En ce moment, vu qu’on ne veut plus voir le mal extérieur et l’affronter, c’est la grande mode de la chasse au mal intériorisé (« intériorisation de la haine et des clichés », « intériorisation inconsciente de la haine de soi et des homophobies », « homophobie ou racisme ou sexisme INTÉRIORISÉS », etc.). D’une part parce que concrètement il y a de plus en plus de portes ouvertes aux infiltrations démoniaques dans notre espace spirituel, de pertes de conscience et d’âme, mais également parce que nos contemporains basculent dans les fantasmes et usent de la peur comme moyen de censure psychologisant pour donner raison à ces derniers. En effet, si le réel devient l’intérieur plus que le monde extérieur, on peut lui faire dire ce qu’on veut ; et si on veut faire taire quelqu’un, il est facile de lui imputer un procès d’intentions – ou ici, d’ « intériorité malsaine » … d’autant plus malsaine qu’elle serait inconsciente, invisible, sincère, involontaire, bien-intentionnée, cachée, en lui : « Tu dis ça ou tu réagis ainsi parce que tu souffres, tu te hais toi-même, tu es soumis à une éducation ou à une superstition religieuse, tu as intégré une violence qu’on t’a faite et que tu as fini par faire tienne, tu n’aimes pas les autres et tu cherches irrationnellement à les détruire et à assouvir une secrète vengeance, etc. etc. ». C’est le Printemps des psys de bazar idolâtrant/diabolisant/colonisant notre intériorité psychique et spirituelle. C’est le Printemps des paranoïaques perçants.