Le mot « misopédie » (haine des enfants) arrive dans nos médias. Faut-il s’en réjouir ? Oui, mais à 2 conditions. Sinon, il deviendra un poison.

Tadam ! C’est officiel ! Après le concept de « misogynie », le mot « misopédie » (haine des enfants) arrive en force dans nos salles de classe, dictionnaires, universités et médias. Et, avec lui, son cortège de déclinaisons néologiques (« être misopède », « enfantisme », « adultisme »…) dont les sociologues, universitaires et psychologues nous gratifient déjà et sont friands. Ainsi, ils pourront faire encore plus leurs intéressants et leurs sachants !
 

C’est en revenant ce soir de la conférence de la sympathique Cécile Kovacshazy à la librairie Delta, à Paris, présentant justement son livre et ses colloques sur ce nouveau concept de « misopédie », que j’ai réalisé l’efficacité et la séduction intellectuelle du truc !
 

Alors, faut-il se réjouir de l’arrivée de ce mot ? De prime abord, j’ai envie de dire oui. D’ailleurs, les personnes présentes lors de la signature avaient l’air d’adhérer à fond à cette nouvelle cause. Et moi aussi, a priori, j’étais enthousiaste. Nommer un mal qui affecte beaucoup d’êtres fragiles, c’est déjà faire la première moitié du chemin pour l’éradiquer. Donc je signe direct !
 

Mais en y réfléchissant bien, je crois que tout nouveau concept contient sa part d’orgueil idéologique ou théorique, et même son effet retors, sa malhonnête variable d’ajustement, selon sa compréhension ou les modalités de son application : car on peut soit élargir celui-ci à des réalités qui ne le concernent pas exactement (voire pas du tout), ou bien au contraire en exclure des réalités qui le concernent directement mais qu’on ne veut pas affronter… Donc en gros, on pourrait choisir ses « misopédies » et rejeter celles que, selon nos oeillères, le terme ne recouvrirait pas ! La belle affaire !
 

Et en l’occurence, sur le chemin du retour, en débriefant par hasard dans le métro avec un couple homme/femme qui avait assisté à la rencontre littéraire, et en soulignant que j’avais regretté qu’on n’ait pas du tout traité, en lien avec la misopédie, de la question du désir d’enfant et de l’avortement (j’avais en tête qu’en Espagne, par exemple, la haine/peur des enfants se traduisait concrètement par une chute spectaculaire de la natalité), tout d’un coup, j’ai vu chez la femme du couple la violente réaction de déni et de rejet que je puisse associer l’avortement à la misopédie… ! Or tuer un enfant à naître ou tout juste né est un infanticide tout aussi choquant que la maltraitance infantile et le viol pédéraste, il me semble. L’avortement demeure le premier acte concret de misopédie.
 

Pour se défendre, la jeune femme m’a sorti deux arguments de mauvaise foi : le premier, que l’avortement n’était pas un infanticide (Ah bon ? Qu’est-ce que c’est d’autre, alors?) ; le deuxième, qu’en tant qu’homme, je n’avais pas mon mot à dire sur l’avortement (elle m’a répété à deux reprises : « C’est pas vous qui les portez ! »). Comme si ça changeait quelque chose à l’infanticide que l’enfant soit tué par sa mère ou par son père ou quelqu’un qui n’a pas porté l’enfant… Bref, je suis resté très courtois et souriant, et je suis descendu à Châtelet. Avec, en tête, cette pensée pour les exclus de la misopédie, pour les grands absents des enfants méprisés et haïs : à savoir les bébés.
 

Donc, pour résumer ma pensée : la création du concept « misopédie », ok, génial, félicitations ! Mais à la condition : 1) qu’on dédiabolise le mot pédophilie ; et 2) que l’on accepte de reconnaître que la première misopédie c’est l’avortement. Sinon, la lutte contre la misopédie sera malade à sa racine, puisqu’elle niera le stade embryonnaire et fondateur non seulement de l’enfance mais aussi de la misopédie ; et elle constituera même l’excuse pour un développement de la réelle misopédie !
 

 

Et en étant objectif, j’ai l’impression que dans la salle de la librairie Delta, je n’ai pas posé la question fatidique, mais je pense que ça aurait créé une levée de boucliers que j’aborde le thème de l’avortement en lien avec la misopédie. Donc l’assistance choisit ses misopédies pour ensuite se répandre en plaintes, en solutions, en compassion, etc., sur ses représentations limitées et restrictives du concept. Le problème de ce terme, c’est qu’on l’enferme à certaines formes de misopédie pour ne pas aborder les plus originelles ou les plus choquantes. Et l’infanticide, après la maltraitance et le viol d’enfant(s), est une forme choquante de misopédie.
 

Donc pour vraiment lutter contre la misopédie, je récapitule : je préconise deux conditions préalables fondamentales (Sinon, le mot va nous alourdir socialement et dans les débats, nous desservir voire – pire – créer ce qu’il prétend dénoncer). Quelles sont ces deux conditions (qui sont loin d’être conscientisées et défendues par les chantres de la lutte contre la « misopédie », puisqu’elles n’ont pas été du tout abordées de la soirée) ?
 

1) la dédiabolisation sociale du terme « pédophilie » (confondu à tort avec la pédérastie), qui signifie littéralement « l’amour des enfant » (et qui devrait devenir une cause nationale, autant que la lutte contre la misopédie, puisque la pédophilie est l’antidote de la misopédie).

2) l’inclusion, dans la misopédie, de l’avortement, donc de l’infanticide.
 

Quand je dis que ces deux conditions sont loin d’être réunies, c’est que dans la salle, j’aurais mis ma main à couper qu’à la question « Est-ce que vous êtes tous misopèdes ? Et est-ce que vous êtes tous d’accord pour dire que la misopédie est un mal et qu’il faut qu’on se mobilise pour lutter contre ? », tout le monde aurait répondu unanimement « OUIIIII !!! », mais qu’en revanche, concrètement, si on avait posé à l’assistance la question subséquente qui lui est concomitante « Est-ce que vous êtes prêts à défendre la pédophilie ? », ou bien « Est-ce que vous êtes contre l’avortement ? », là, une très faible minorité – voire personne – aurait répondu « oui ».
 

Donc pour moi, le mot « misopédie » – dans sa compréhension ou sa définition actuelles – est de la nitroglycérine, voire un poison. Le pompier pyromane.
 

Bonne soirée à tous !