Christine-Boutin-Je-preserve-ma-sphere-personnelle-et-intimiste_article_popin

 

Je souhaiterais réagir – après tout le monde (désolé pour la lenteur ^^) – suite au nouveau tollé suscité il y a 4 jours par la révélation des propos de Christine Boutin dans la revue Charles publiée il y a pourtant trois mois de cela. « Je n’ai jamais condamné un homosexuel. Jamais. Ce n’est pas possible. L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. »

Une telle citation n’a pas manqué de diviser la communauté catholique en deux camps : ceux qui se croient pondérés (en soulignant la distinction entre personnes homosexuelles et actes homos… distinction qu’a déjà faite auparavant Christine Boutin d’ailleurs : « L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. » Pourquoi alors la lui répéter et la lui enlever ?) et qui affichent leur indignation pour mieux traîner l’ancienne ministre en procès de manque de charité (« Non mais franchement, Boutin nous donne encore une sale image ! ») ; puis ceux qui au contraire saluent le manque de nuance des mots comme un courageux jusque-BOUTIsme et comme une excuse pour justifier leur propre homophobie (« Les propos de Boutin sont justes parce qu’ils sont bibliques donc vrais, parce qu’ils sont sans concessions, qu’ils font mal et qu’ils dérangent ! »). Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de réagir soit en « catho qui a peur de son image » soit en « catho qui est excessivement fier de son image (même sale) », car dans les deux cas, on s’attache au paraître, on n’est plus/pas dans la réalité des faits, on ne propose aucune analyse du terme « homosexualité », on condamne les personnes et on ne fait pas avancer le débat.

Loin de vouloir jouer à l’avocat d’une prétendue « diablesse » ou au contraire au lèche-cul démago, je voudrais juste donner ma position personnelle sur cette histoire montée en épingle et qui pourtant devrait nous remplir d’émerveillement vis à vis de la personne concernée.

Franchement, en lisant les propos de Christine Boutin, non seulement je n’ai pas été pris par surprise, mais en plus, je me suis dit spontanément quatre choses :

1)   Quelle amoureuse de la Bible et de l’Église !

2)   Quel courage de prononcer des mots aussi tabous et de les assumer dans des médias !

3)   Quel bel exemple de Charité que de parler ainsi des personnes homosexuelles tout en leur disant en face la vérité sur leurs actes !

4)   Si ça se trouve, elle n’a même pas employé le terme « homosexualité » (je commence à avoir l’habitude de faire des interviews dans les revues et de voir mes propos pourtant précis sur l’homosexualité déformés par certains journalistes à la prise de note douteuse et approximative : par exemple, je ne compte même pas le nombre d’articles où on m’a fait dire « les homos » alors que je me suis toujours efforcé à dire « les personnes homosexuelles » !).

Cependant, je mentirais si je disais, concernant les phrases prêtées ou employées par Christine Boutin, qu’il n’y a pas eu dérapage objectif de sa part. Dérapage que je ne justifie pas. Mais qui est dû non pas à l’emploi du mot « abomination » (comme le laissent entendre l’ensemble des critiques ; ce terme prendra d’ailleurs tout son relief quand on commence à étudier les nombreux liens entre viol et désir homosexuel), mais uniquement à l’imprécision et l’emploi du mot « homosexualité » (qui peut se référer soit au « désir », soit à l’« acte », soit à la « personne », soit au « couple-acte », soit au « couple-personnes » : cinq réalités bien différentes ! dont deux seulement – l’ « acte » et le « couple-acte » – sont concernées par le qualificatif d’abomination). En aucun cas il peut être interprété comme un « manque de charité ». Il est une maladresse, tout au plus. Et une maladresse courageuse !

Alors pour cela, je me permets de vous remercier, Christine Boutin !

Merci de nous révéler à votre insu le piège des mots « homosexualité » et « hétérosexualité ». Cela nous aidera à l’avenir à ne pas les employer du tout, ou alors, si on les emploie, à mieux les expliciter (désir ? acte ? personne ? union ?).

Merci de nous montrer l’importance de la Bible. Qu’elle soit notre gouvernail de tous les instants.

Merci de nous inviter au courage et à la visibilité de notre catholicisme.

Merci d’oser parler d’un sujet aussi tabou que l’homosexualité.

Nous avons besoin de vous et moi, je suis fier de vous !

Philippe