Tant d’imprécision entoure le mot « homosexualité » ! Il va nous falloir certainement beaucoup de temps pour intégrer les nuances nécessaires à une meilleure compréhension de ce thème tellement malmené, vulgarisé, disputé par ceux qui ne veulent pas voir à quels fantasmes de violence il fait écran. Mais il n’est jamais trop tard pour revenir aux sources, et ça ne nous fera pas de mal d’adopter un mini-lexique pour parler du sujet. Je vais essayer de le faire bref. Ce qui me semble primer dans toute cette histoire d’homosexualité, c’est la Réalité ; c’est ce qui non seulement EXISTE mais aussi dans un second temps ce qui est VRAI. Or, concernant le seul thème de l’homosexualité, si on commence à s’y pencher d’un peu plus près, on se rend vite compte que peu des choses dont on parle comme des évidences existent, et de surcroît sont vraies. L’unique chose dont on peut être sûr, c’est l’existence du désir homosexuel. L’attirance sensuelle et génitale pour les personnes du même sexe que soi est une donnée physique : ça ne se commande pas. Pour le reste – l’ « homosexualité » (la manière dont on vit ce désir, dont on le pratique), l’ « homophobie » (définie actuellement comme la haine des personnes homosexuelles), l’existence « des » homos et « des » hétéros (comme s’ils étaient les deux uniques espèces qui composent l’Humanité toute entière), le « couple » homo et l’ « amour homo » (envisagés comme des équivalents à l’amour entre une femme et un homme, ou entre un célibataire consacré et Dieu), le « troisième sexe » ou le changement de sexe, la « famille » homoparentale -, c’est très flou, on a de quoi douter, et en général, on nage en pleine confusion. Par des abus de langage souvent bien-intentionnés mais criants, on remplace une réalité par des mots qui en recouvrent une autre (nous héritons ici des dérives de la philosophie nominaliste), tout cela pour cultiver le mensonge et les ambiguïtés. Voici quelques exemples de ces mots qu’on emploie pour d’autres afin de nous faire avaler des couleuvres :

 

– Par exemple, on nous parle actuellement de manière systématique « des » homosexuels, comme s’ils formaient une espèce à part de l’Humanité, alors qu’on ne devrait pas substantiver ce qui initialement et historiquement n’était qu’un simple adjectif – un adjectif synonyme d’ « hétérosexuel » et de « bisexuel » en plus ! La tendance sexuelle – et Dieu sait si celle-ci est évolutive chez tout être humain – ne peut résumer à elle seule toute notre identité. Même quand nous sentons un désir homo relativement profond en nous, nous ne sommes pas qu’homosexuels. Tous nos désirs ne sont pas des réalités. L’orientation sexuelle est une dimension importante de notre être, mais n’oublions pas que nous sommes un mystère à nous-même ! la sexualité humaine est avant tout un chemin, une évolution, un processus lent et pas toujours harmonieux, une inconnue (et si on veut la résoudre trop vite ou comme une équation mathématique, on la vit sans liberté, sans confiance, dans l’isolement et la frustration). C’est pourquoi la mise en avant de nos fantasmes personnels, de nos bons sentiments, de nos envies instantanées, des sens, de l’orientation sexuelle, de l’esthétique, au détriment du Réel, de l’éthique, de la relation à l’Autre, de la durée, de l’engagement, de la Nature, et du sens caché de notre sexe anatomique, dans ce climat social fortement anti-naturaliste et individualiste qui est le nôtre, est une réduction flagrante de la sexualité et de l’identité des personnes. Dans l’idéal, tout individu qui se ressent homosexuel devrait non pas dire qu’il est « un » homo ou « une » lesbienne », mais plutôt qu’il est « une personne qui se sent habitée plus ou moins durablement par un désir homosexuel »… mais comme c’est un peu long comme formule ^^, on se contentera d’utiliser la périphrase « personne homosexuelle », qui a le mérite d’être « un peu développée mais pas trop », et de ne pas choquer l’oreille de Monsieur Tout-le-monde.

 

– Par ailleurs, on nous force socialement à parler « des » homos et « des » hétéros, comme s’il s’agissait d’espèces et de réalités indiscutables (et souvent opposées). Ce binarisme réducteur autour des orientations sexuelles plutôt qu’autour des sexes réels nous ferait presque oublier que le monde n’est composé, du point de vue sexuel et sexué, que de femmes et d’hommes (mis à part les très rares cas d’intersexuation, qui en aucune façon ne peuvent servir à l’établissement de règles générales et universelles). Or les créatures médicales qu’on appelle « les » homos et « les » hétéros sont des concepts récents (d’autant plus discutables qu’ils sont liés en plus à l’homme-objet cinématographique et médical), des nomenclatures « scientifiques » particulièrement déréalisantes, et qui ne peuvent certainement pas se substituer aux sexes anatomiques ni au sens de leur union. Car, faut-il le rappeler, notre Planète ne se divise pas entre « hétéros » d’un côté et « homos » de l’autre, selon le prisme narcissique et égocentrique des tendances sexuelles (et bientôt des « genres »…), mais uniquement entre femmes et hommes (selon la réalité objective de la différence des sexes, celle qui a permis à tous les Hommes de naître, et qui permet à tout Homme de vivre).

 

– Ensuite, on nous force actuellement à parler de « famille » concernant deux partenaires de même sexe qui accueillent un enfant, alors que le couple homosexuel n’est pas procréatif et ne peut constituer une famille de sang. On rentre là encore dans une extension lexicale abusive d’un terme (« famille », « mariage », « fils »…) dont on dénature la réalité à coup de sentiments, d’affect, de chantage, de victimisation.

 

– Par ailleurs, l’homophobie – concept très « tendance » en ce moment – n’est pas, comme on essaie de nous le faire croire, un phénomène haineux extérieur aux personnes homosexuelles, ni – les rares fois où il est envisagé comme intérieur – simplement une conséquence d’une oppression extérieure hétérosexuelle, mais bien une haine de soi (« homo » signifie « même », et « phobie » renvoie à la peur), applicable aussi bien aux personnes qui refoulent leur désir homosexuel (ça, c’est l’étape où tout le monde s’arrête et tombe d’accord, pour mieux sacraliser l’ « Identité homosexuelle éternelle » comme LA « Vérité » fondamentale des personnes homos) qu’aux personnes homosexuelles dites « assumées » (et qui pensent qu’une fois qu’elles sont « born again », qu’elles ont accepté leur « Vérité » et leur « Identité » homosexuelles « profondes » – comprendre leur homosexualité -, elles sont totalement à l’abri de la haine de soi et de la haine à l’égard de leurs semblables d’orientation sexuelle : pure baliverne quand on regarde le panier de crabes qu’est la Communauté homosexuelle, et qu’on s’intéresse de près à l’identité trouble des criminels homophobes !). Cette deuxième catégorie de personnes homophobes – pourtant la plus nombreuse – passe complètement inaperçue socialement. Du coup, tout le monde est capable de dire « non » à l’homophobie devant une caméra, mais sans savoir ce que c’est vraiment…

 

– On nous force également à parler de l’évidence de « l’ amour homo », ou du « couple » homo… alors que, concrètement, ils sont loin d’être simples, réels, durables, évidents. Il y a même des penseurs, tels que Tony Anatrella, qui vont jusqu’à discuter le terme de « couple » homosexuel concernant ce qui, selon lui, ne restera qu’un « duo » (et je crois qu’il n’a pas tort de faire cette distinction). De même, j’ai entendu récemment l’homme de théâtre Fabrice Hadjadj discuter le fait qu’on applique à l’homosexualité le statut de « sexualité ». Pour lui, en effet, la véritable sexualité implique la fécondité ainsi que l’intégration harmonieuse de la différence des sexes… ce à quoi n’engagent ni le désir homosexuel ni le « duo » homosexuel. Il explique à juste titre que le rapport génital entre deux personnes de même sexe n’est pas un rapport à proprement parler sexuel : « C’est un usage non-sexuel des parties sexuelles. » C’est, je crois, très vrai. C’est la raison pour laquelle le terme « homosexualité » n’a pas de sens, et que rien ne remplacera la justesse des expressions « homophilie » ou « désir homosexuel ».

 

– On nous force à accepter que les membres de la communauté homosexuelle s’auto-proclament « spécialistes » et forcément « défenseurs gay friendly » de leur propre tribu, intérêts, et droits. Mais vu la censure qu’ils opèrent sur le sens de la culture homosexuelle et de leur production artistique, ce qu’on appelle pompeusement les « Études gaies et lesbiennes », les « associations LGBT pro-gay », ou les « Queer & Gender Studies », mériterait presque tout le temps de s’appeler plutôt « Le Comité de Censure homophobe ». Ils défendent aveuglément les deux piliers idéologiques sur lesquels reposent tacitement (et fébrilement) la pauvre communauté LGBT : la croyance en l’identité homosexuelle éternelle (personnifiable en « les » homosexuels) ainsi que la croyance (cynique) en la force de « l’amour » homo. Ces deux piliers qui ont fait les jours noirs des communautés homosexuelles passées, et qui sont des poudrières d’homophobie…

 

– On nous présente la communauté homosexuelle comme la Reine de la Tolérance et de l’Accueil des différences… alors que concrètement toute personne homosexuelle rejette, de par son désir, LA Différence fondamentale à qui elle doit son existence : la différence sexuelle (et finalement, on se rend compte, en observant les modes de vie des personnes homosexuelles, que le rejet de cette différence-là s’étend bien souvent à d’autres différences humaines, moins fondatrices). Non : la plupart des personnes homosexuelles ne sont pas des amis de la différence.

 

– On veut nous faire croire qu’on peut, à travers le cas des personnes transsexuelles ou transgenres (les secondes étant celles qui se sentent de l’autre sexe, mais qui ne feront pas le pas de la mutilation chirurgicale), changer de sexe. Malheur à celui qui n’admet pas cette légende pourtant énorme qui stipule qu’un garçon est une fille (s’il se sent ainsi depuis la naissance) ou qu’une fille est un gars ! À nouveau, la confusion lexicale est entretenue : on veut nous pousser à remplacer le terme « homme » par celui de « femme », le pronom personnel « il » par « elle »… et on nous demande instamment, au nom de la générosité et du combat difficile que traversent certaines personnes en pleine crise identitaire, de cautionner/normaliser un fantasme.

 

– Je terminerai mon petit lexique de l’homosexualité par une remise en cause du statut de « désir » qu’on donne au désir homosexuel. Pour moi, ce dernier est davantage un élan qu’un désir. Car le désir homosexuel est trop faible et trop éloigné du Réel pour mériter le nom de désir. D’ailleurs, en étudiant les qualificatifs employés par les personnes homosexuelles elles-mêmes pour définir leur élan homo-érotique intérieur, je me suis rendu compte qu’ils parlaient davantage d’un « manque de désir » que d’un « désir » fondamental, fort, et plein.

 
 

Quand on fait le compte, cela fait mine de rien beaucoup d’abus de langage pour un sujet – à en croire nos médias et nos contemporains – aussi « banal », « simple », et « acceptable », que serait l’homosexualité… ! Mais à nous d’être précis, et de rendre aux mots leur Réalité. Changeons nos habitudes langagières concernant l’homosexualité, et parlons uniquement du désir homosexuel. Ça me paraît le plus juste. Tout le reste, c’est du langage politiquement correct qui ne se rapporte pas à des faits.