SVP, ne nous donnez pas le mariage

 
 

Chers amis politiques français,

 
 

Nous voilà en route pour les présidentielles de 2012, à un virage décisif. Et comme vous devez le constater, la proposition de loi pour imposer le « mariage homo » comme légal – et tacitement « normal » – dans notre pays se fait de plus en plus pressante, impérieuse, surtout en ces temps de Gay Pride où certains preux défenseurs de la Cause homosexuelle s’activent à se trouver un nouveau cri de ralliement accrocheur, une excuse percutante à leur déni identitaire et amoureux, une légitimité médiatique, pour recoller les morceaux d’une communauté homo pourtant en mille morceaux. Ça circule déjà partout sur internet, sur Facebook. Ça se présente comme une évidence incontournable et logique. On s’indigne sur le « retard français » (tout dépend de ce qu’on met derrière le mot « progrès »…), sur « l’homophobie d’État » (nouvelle trouvaille idéologique, suite au tout récent NON de l’Assemblée Nationale il y a 4 jours, le 14 juin 2011 dernier). Et ça accule aux décisions hâtives.

 

C’est pourquoi je me permets de vous écrire cette lettre pour que vous entendiez une autre voix que celle de vos interlocuteurs homosexuels habituels. Quitte à passer pour un homophobe de première ou un traître à mon propre camp, je vous demande de ne pas défendre dans votre programme électoral le « mariage homo » pour les prochaines élections présidentielles. Peut-être que le cas français concernant l’avancée des droits des couples homos, qui vous est montré comme une eau stagnante et moribonde, n’est pas si honteux et désespéré que cela… Peut-être même qu’il est réellement révolutionnaire ! Moi, en tout cas, je le crois. Et j’aime chez certains membres de la classe politique – dont vous faites peut-être partie – la résistance, l’inquiétude intellectuelle, la prudence, l’entêtement, l’insupportable « lenteur ». Sans rien perdre de leur fougue révolutionnaire et de leurs ardents désirs de changement, quelques politiciens n’oublient pas que le vrai Révolutionnaire est aussi celui qui résiste aux slogans publicitaires du soi-disant « progrès », qui tient tête aux fausses révolutions de notre époque si gourmande de droits… et si réfractaire aux devoirs.

 

Alors, comme ces dirigeants souples et fermes à la fois, n’ayez pas peur d’être impopulaires, de rester lucides, et ne mettez pas toutes les personnes homosexuelles dans le même panier, je vous prie. Les membres de la grande famille Rainbow ne sont pas tous d’accord pour soutenir le projet de loi du « mariage homo », et loin de là ! (moi par exemple, je suis homosexuel, et je trouverais aberrant que l’Etat français donne aux personnes homosexuelles – même aux couples fidèles et durables – ce droit), et il est important que vous entendiez ces dissonances, car elles peuvent être plus justes que la partition simpliste des premières personnes auditionnées.

 

Avec force, je vous appelle à NOUS résister, nous, personnes homosexuelles. Je vous enjoins à tenir bon, à ne pas tout nous céder, même si notre chant coloré de sirènes pleurnichardes (« Avez-vous pensé à tous ces enfants malheureux dans les orphelinats ?… à tous ces malheureux ‘parents’ stériles, surtout…? ») a ses délices et offrira pour certains d’entre vous de nombreux avantages et applaudissements émus ! Je me doute que vous êtes en ce moment particulièrement pressionnés à créer un PaCS amélioré : pressionnés par votre conscience et votre narcissisme déjà… mais aussi par un entourage amical et politique de plus en plus « arc-en-ciel » ; tannés par certains médias (qui vous menacent de vous afficher comme des « réac’ » si vous n’applaudissez pas des deux mains au passage des sympathiques chars pink), par l’image séduisante de la « tolérance made in Gauche » (et par son antithèse, le Spectre du Conservatisme nommé « Christine Boutin et sa clique »), par les slogans Bisounoursscandés par les haut-parleurs des militants homosexuels hargneux, par de nombreux pays dits « démocratiques » et qui ont baissé leur garde pour « faire plaisir » à la minorité homosexuelle. Mais malgré tout, gardez la tête froide, suivez votre conscience et votre bon sens, en prenant toujours assise sur le Réel, et vous serez les plus forts. Durablement.

 

La Formalité

 

Pourquoi je vous demande avec insistance de ne pas nous accorder la loi du « mariage homo » ? Ne croyez pas que ce soit par pure provocation ou pour faire parler de moi. Ne croyez pas non plus que je refuse cette loi du fait que je la trouverais mauvaise. À mon avis, elle n’est ni mauvaise, ni impossible, ni désastreuse. Elle est juste inadaptée. Si je dis non à la loi du « mariage homo », c’est uniquement parce que d’une part, nous, personnes homosexuelles, nous ne la voulons pas vraiment (demandez-nous dans les yeux si notre requête est réellement réfléchie, ou le fruit d’un discernement longuement mûri, et vous aurez la réponse… : ceux d’entre nous qui réclament le mariage à cor et à cris le veulent en réalité « pour le droit de le refuser », ou bien « pour les autres mais pas pour eux-mêmes », et n’ont pas compris ce qu’était la réalité du mariage : un engagement ouvert sur la vie à travers la procréation, et non un petit arrangement entre amis, un banal contrat bourgeois et individualiste signé entre deux êtres non-procréateurs ensemble), et d’autre part parce qu’elle est inutile. Tout comme le PaCS, une telle loi n’apportera pas plus d’amour aux couples homos, ne changera rien à leur quotidien ni à la dualité déréalisante du désir homosexuel. Mais, en revanche, à échelle plus large, l’universalisation par voie légale du couple homosexuel, entériné socialement en tant que « famille » alors qu’il n’est objectivement pas une famille – puisque la vraie famille est fondée sur la procréation et la différence des sexes -, peut avoir, pour le coup, des conséquences beaucoup plus dramatiques que les récits idylliques ficelés par les quelques couples homos soutenant mordicus l’évidence qu’il est POSSIBLE qu’un binôme homo élève convenablement un enfant : quand le Droit s’éloigne du Réel, Il laisse le champ libre à des formes nouvelles de violence, et on s’en rend compte généralement sur le long terme. Le couple homo et le couple femme-homme aimant sont deux réalités sociales bien différentes – l’un est fermé à la vie donnée par la procréation, l’autre largement moins -, et n’aboutissent pas aux mêmes résultats, contrairement au couple homo et au couple hétéro qui sont des modèles conjugaux qui engendrent des violences et des divisions absolument similaires. Par conséquent, vous n’avez pas à les traiter de la même manière, ni à leur donner les mêmes droits/statuts sous couvert d’une égalité concrètement inexistante.

 

De plus, je crois que ce projet de loi du « mariage gay » est principalement le cache-misère de problèmes internes à la communauté homosexuelle que celle-ci ne veut pas regarder en face et régler… car la demande répétée de « droits presque inutiles » n’est chez elle qu’une stratégie du déni de souffrances. Comprenez bien que les personnes homosexuelles, en réclamant avec insistance des droits qui ne leur sont pas essentiels, qui sont surtout inadaptés à leur réalité et au bonheur de la société, trouvent la bienveillante indifférence sociale à leur égard finalement insupportable. C’est pourquoi elles en viennent à faire des appels inconscients, maladroits, capricieux, et de plus en plus agressifs, à leur société pour qu’elle leur dise enfin la vérité sur leur désir homosexuel. Aussi contradictoire que cela puisse paraître, elles ne demandent pas ce qu’apparemment elles demandent. Elles veulent plutôt que les ambiguïtés et les limites de leur désir homo-érotique soient démasquées. Elles espèrent (autant qu’elles craignent !) qu’on leur parle du viol réel qu’elles ont minoritairement subi, ou au moins du fantasme de viol qu’elles partagent toutes unanimement. Elles s’impatientent de voir dénoncés tous les manquements d’amour qu’elles ont vus dans les couples hétéros et les couples homos de leur entourage, toutes les souffrances que certaines lois « pro-minorités » irréalistes (qui fleurissent autour d’elles comme des champignons censés les combler… mais ça n’amuse/n’anesthésie qu’un temps Bébé) camouflent démagogiquement au nom de la tolérance et de l’égalité.

 

Le Cliché « profond »

 

Selon la poignée de militants homosexuels et de leurs démagogiques suiveurs gay friendly, qui se plait à nous caricaturer – nous les personnes homos réfractaires à cette loi du « mariage gay » – en obsédés de la famille ou de la procréation que nous ne sommes pas (il n’y a pas plus défenseur du célibat temporaire que moi ! ; et je précise que je n’idéalise absolument pas les familles avec enfants, ni tous les couples femme-homme, puisque pour moi la différence des sexes et la présence des enfants ne sont pas positives en soi, ni des absolus de bonheur), qui rêve de se racheter une image d’intellectuels progressistes tolérants et d’utiliser la communauté homosexuelle pour flatter leur narcissisme (… et surtout faire gonfler leur capital sympathie et leur porte-feuille !), le « mariage gay » s’impose comme la prochaine étape législative à conquérir en France. La « communauté homosexuelle », qui n’en est plus à son premier déni de souffrances ou cheval de bataille de pacotille, s’est trouvée le mariage comme marotte pour opérer un nouveau chantage aux sentiments… voire un chantage au spirituel, puisque l’institution du mariage entretient des liens étroits avec la religion (La corruption par la foi, c’est la plus sincère mais aussi malheureusement la plus malhonnête de toutes les corruptions ! Si les personnes homosexuelles étaient vraiment croyantes et pratiquantes, jamais elles ne demanderaient le « mariage »). Ne rentrez donc pas vous aussi dans le jeu de notre militantisme agressif gay. Vous le savez déjà, mais je le redis : ce qui doit présider à l’établissement des lois d’une société, ce n’est pas le sentiment, ni la compassion : c’est le Réel et le service du bien commun. Et dans le cas du « mariage gay », le Réel n’est pas respecté, étant donné que le couple homo n’est pas, par nature, procréatif ; et le bien commun n’est pas recherché par des individus homosexuels qui en règle générale méprisent la société et toute forme d’institution humaine traditionnelle. Si la justice et la loi française, pour faire comme « tout le monde » (mais quelle doxa se cache derrière cette soi-disant « Voix du Peuple » ?), s’amusent, sous la pression d’un certain lobby homosexuel et gay friendly (moi, je dirais plutôt inconsciemment homophobe !), si peu représentatif de ce que pensent réellement toutes les personnes homosexuelles, à donner artificiellement/législativement corps à un semi-mensonge anthropologique (je dis « semi-mensonge », car pris individuellement, les deux membres d’un couple gay pourraient très bien procréer chacun de leur côté, et fonder une famille), c’est le non-contrôle des fantasmes assuré, et la porte ouverte à l’expression sociale de la pulsion. Voulez-vous d’une société qui fonctionne à l’envie individuelle, où chacun fait ce qui lui plaît, où les limites civilisationnelles humanisantes qui nous rappellent la primauté et le respect de la Nature, du Réel, et des Autres, soient gommées ? Voulez-vous d’une barbarie institutionnalisée, dont on ne pourrait plus arrêter la course folle parce que les juges en seraient les gardes-fous ? Par pitié, ne soyez pas « sympas » avec nous les personnes homosexuelles ! Ne cherchez pas à nous faire plaisir ! Arrêtez de nous ménager ! Responsabilisez-nous plutôt ! C’est le meilleur moyen de nous respecter et de nous reconnaître vraiment. Ne nous enlevez pas notre identité. Réveillez les victimes de nous-mêmes que nous sommes devenus ! Vous ne devez pas cautionner nos revendications particularistes, même si elles s’avancent sous les hospices de la solidarité, du respect, et de l’ouverture universelle. Ce qui compte, ce ne sont pas les intentions : c’est la bonté en acte.

 

Depuis le début de mes recherches sur l’homosexualité, et dans toutes mes actions auprès des personnes homos, je n’ai de cesse de lutter en faveur de tous les exclus du « milieu homo », ceux dont la communauté homosexuelle ne parle jamais, et qu’elle maltraite, en plus : les hommes et les femmes bisexuels, les personnes transgenres et transsexuelles, les sidéens, les jeunes qui souffrent d’être exploités ou mal acceptés par le reste de leurs pairs homosexuels, les prostitués, les internautes malheureux, les pères de famille, les personnes homos discrètes (et fustigées par les militants), les mecs « casés » mais si seuls et si mal accompagnés. J’écris pour tous les coeurs brisés, pour les hommes homos maltraités non pas tant par la société « hétérosexiste et homophobe » que par leurs frères homosexuels, pour les suicidaires, pour tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le « milieu homosexuel » (… et pour ceux qui s’y reconnaissent trop pour ne pas s’y noyer). Je prête ma plume à tous ces sans-voix. Certainement pas pour leur inventer un « Malheur homosexuel » – qui, concrètement, n’existe pas -, ni pour m’écrire un destin de Pasionaria des Homos. Juste parce que cette souffrance-des-personnes-homos-créée-par-les-personnes-homos-elles-mêmes (et qui s’appelle homophobie) existe vraiment et reste intolérable ! Une loi en faveur du « mariage gay » enfonce encore plus dans le silence toutes ces personnes que je viens de citer. Alors de grâce : réfléchissez avant de proposer une loi qui efface nos repères anthropologiques fondamentaux.

 

Merci de m’avoir lu.

 

Courage ! La politique, c’est beau si vous l’exercez vraiment.

 
 

Philippe Ariño