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Code n°36 – Conteur homo (sous-codes : Dessins animés / Bandes Dessinées)

contes

Conteur homo

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

« Ne croyez jamais le conteur, mais le conte. » (D. H. Lawrence)

 
 

La captation de la conscience, du désir et de la liberté, par le conte et l’image-mouvement animée

 

CONTEUR Belle au bois dormant

Une étrange hybridité entre les princes Disney


 

Qui mieux que le conte ou le dessin animé pouvait donner, dans les esprits humains de plus en plus allergiques au Réel, une consistance à l’irréalité sincère et sentimentale de l’homosexualité ? Qui mieux que les histoires enfantines et les films d’animation ont la possibilité de devenir à l’heure actuelle les prescripteurs de modes de pensée, façonner les esprits les plus malléables (des plus petits aux plus âgés), diffuser des messages asexués/inhumains sans même que nous nous en rendions compte ?

 

Le dessin animé Bob l'Éponge censuré en Ukraine

Le dessin animé Bob l’Éponge censuré en Ukraine


 

Le dessin animé, dans le cœur des gens, a une popularité, une accessibilité, une magie, une innocence, un humour et une universalité, tout à fait séduisants, surtout auprès des personnes soucieuses de redorer le blason de leurs fantasmes identitaires et amoureux bien-intentionnés. On ne s’en méfie pas. Discret et divertissant, il semble donner corps à tous nos désirs humains, accorder une vraisemblance à tous nos impossibles, dégénitaliser et désincarner nos corps vulnérables, neutraliser/transcender pendant quelques minutes nos limites humaines. Il est le vecteur idéal des idéologies asexuées, bisexuelles et libertines telles que l’homosexualité, l’inceste, la zoophilie, le parricide, la luxure, l’adultère, etc. Idéal car oui, il semble inattaquable : il est difficile d’en vouloir à un héros de dessin animé (il est plus facile de se retourner contre un comédien réel, un acteur d’un film ou un réalisateur visible). Et l’œil critique qui ose dénoncer la fausse innocence, la suggestion ou les messages cachés d’un dessin animé de Walt Disney, par exemple, a de fortes chances de déclencher l’hilarité, le sarcasme, voire la colère. On lui reprochera vite de voir le mal partout !

 

Et pourtant, exactement comme le Bien, le mal prend l’apparence d’un bien. Pourquoi ce mal se priverait-il donc d’envahir l’innocence des dessins animés et des contes ? Au nom de quoi ne profiterait-il pas du capital sympathie que ces films gentillets et kitsch ont acquis depuis un siècle et demi dans le cœur des enfants et des familles ?

 

En voyant le sensationnel (et flippant tellement il est réaliste !) documentaire « Pin-Up Obsession » d’Olivier Mégaton diffusé sur la chaîne ARTE en 2004, traitant de l’évolution de l’image des femmes depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, j’ai réalisé, dans notre quotidien, l’incroyable signifiance, le pouvoir et l’influence puissante des dessins animés – qui, je le répète, annoncent, reflètent et parfois orientent notre Monde. Souvent, ils ont même, grâce à notre entremise humaine, pouvoir de vie et de mort, de paix et de guerre, sur nos existences : je n’exagère pas ! Même à travers Betty Boop, Tex Avery, les premiers Walt Disney, nous nous retrouvions déjà devant des miroirs d’époque, des documents historiques à peine schématiques. C’est pourquoi je crois qu’il faut prendre les dessins animés, les B.D. et les contes, un petit peu plus au sérieux qu’on ne les envisage aujourd’hui, car ils contiennent une grande part des secrets du Sens de l’Histoire humaine internationale. Derrière les films d’animation, il y a des concepteurs réels et peu innocents, capables de donner corps à leur propre vision du Monde, capables d’orienter nos désirs sexuels et nos identités à notre place si nous n’y prenons pas garde. Les dessins animés sont des univers suffisamment borderline pour que puisse se glisser facilement la perversion, la régression sexuelle, la suggestion génitale, l’anecdote lubrique, le double sens vulgaire, le sous-entendu (pédophile, incestuel, violent). Pas de paranoïa ; mais pas d’aveuglement non plus !

 

Film d'animation La Reine des Neiges de Walt Disney (Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais c'est pas si facile...)

Film d’animation La Reine des Neiges de Walt Disney (Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile…)


 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Pygmalion », « Bovarysme », « Pédophilie », « Super-héros », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Télévore et Cinévore », « « Plus que naturel » », « Élève/Prof », « Couple homo enfermé dans un cinéma », « Peinture », « Fan de feuilletons », « Substitut d’identité », « Éternelle Jeunesse », « Amoureux », « Drogues », « Parodies de Mômes », « Tomber amoureux du leader de la classe ou d’un personnage de fiction », « Cour des miracles », à la partie « Albator » du code « Désir désordonné », à la partie « Fée » du code « Vierge », à la partie « Cuculand » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », et à la partie « Hypnotiseur » dans le code « Médecines parallèles », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le conteur homosexuel ou homosexualisant :

 

Film "Saturno Contro" de Ferzan Ozpetek

Film « Saturno Contro » de Ferzan Ozpetek


 

Bien souvent dans les fictions homo-érotiques, le personnage homosexuel est conteur (la voix-off suggère souvent une schizophrénie ou un isolement entre le héros et le monde extérieur, d’ailleurs), ou bien se laisse bercer par un(e) conteur(-euse) anesthésiant(e) : cf. le film « Beignets de tomates vertes » (1991) de Jon Avnet, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, la chanson « La Légende de Rose la Tulipe » de Ronan et Cindy dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver, le film « La Tourneuse de pages » (2005) de Denis Dercourt, le film « 17 fois Cécile Cassard » (2002) de Christophe Honoré (avec Béatrice Dalle chantant une berceuse), le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie, le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye (avec les deux amants qui se lisent des livres entre eux), le one-(wo)man-show Madame H. raconte la Saga des Transpédégouines (2007) de Madame H. (présidente de Homosexualité et Bourgeoisie), le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley, le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand (composé uniquement de critiques de films que Rodolphe a vus et raconte), le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré (avec Orphée racontant des légendes mythologiques à ses compagnons de voyage médusés), le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram (avec la conteuse lesbienne), le film « The Last Girl : The Girl with all the Gifts » (2017) de Colm McCarthy, etc.

 

« C’est mon métier de raconter des histoires. » (Claire dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat) ; « Tout doux, tout doux, tout doucement… en flânant gentiment… » (cf. la chanson d’entrée du film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Moi, j’étais un fils-à-maman, et tous les soirs en m’endormant, elle me disait : Quand tu seras grand, tu danseras le prince charmant dans La Belle au bois dormant. » (cf. la chanson « La Chanson de Ziggy » de Ziggy et Marie-Jeanne dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Tanguy l’admirait. Rachel parlait plusieurs langues étrangères, connaissait des contes magnifiques où il était question de gnomes et de fées. Elle était artiste aussi. […] Les contes, pour lui, c’était la paix. Rachel, avec sa voix douce, était une merveilleuse ‘conteuse’. […] Tanguy avait besoin de croire aux contes. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), pp. 28-30) ; « Quant à moi, je serai la conteuse de ces malheurs. » (la narratrice-lectrice évoquant Dorian de la pièce Le Portrait de Dorian Gray (2012) du groupe Imago) ; « Cette nuit, ils ne font pas l’amour. Cette nuit, ils ne se défoncent pas. Plancher, sur le lit, les draps trempés. Il grelotte, il suffoque. Le thermomètre indique quarante de fièvre. Javier veille son ami. Passe la main sur son visage, le calme lorsqu’il s’agite trop, porte les verres d’eau, maintient le gant de toilette imbibé d’eau froide sur son front, caresse sa chevelure, sa nuque, lui raconte un tas d’histoires sans intérêt pour l’apaiser, le serre dans ses bras, embrasse sa joue en feu, l’aide à ingurgiter aspirine sur aspirine. » (Antoine Chainas, Une Histoire d’amour radioactive, 2010) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Isabelle (Ariane Ascaride) lit une histoire à son ami Félix (le héros homo) au lit. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Dodo raconte une histoire d’un ours polaire homosexuel qui visite l’Afrique. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, dix amis se racontent des histoires dans une maison abandonnée. Dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, Bernard est conteur et c’est son métier. Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, Garnet, le héros homosexuel, paie des conteurs à son service pour qu’ils lui fassent la lecture. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Annella, la mère de Elio, lit à son fils de 17 ans le conte du XVIe siècle d’un prince qui avoue son amour interdit à une princesse… ce qui poussera Elio à oser déclarer sa flamme à Oliver tout de suite après.

 

Devenir un certain type de conteur, c’est, dans certaines créations homo-érotiques, comme « s’homosexualiser » et chercher à susciter le désir homosexuel. Comme le Molina avec Valentin dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, par exemple : le personnage homosexuel raconte à son amant infantilisé des histoires dont il est le héros dans l’obscurité d’une chambre-cinéma, tire les ficelles de la narration, interprète tous les autres personnages en donnant à son compagnon de jeu l’illusion de liberté et d’interactivité. Il combine le travail de metteur en scène avec celui d’acteur. « Faisons une chose : quand je sentirai que je peux te raconter quelque chose, je te le raconterai, avec plaisir. Mais ne me le demande pas, je te le proposerai tout seul. D’accord ? » (Molina, p. 50)

 

Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony initie le jeune Jim, homo comme lui, à la vénération de la Phalange sacrée de Thèbes, légende homo-érotique qu’il lui raconte. Toute l’intrigue de ce roman est fondée sur la chaîne de captation homo-érotique d’un conteur sur un autre : Scrotes a été le conteur de son ex-amant Anthony ; Anthony a été le conteur du jeune Jim ; et enfin, Jim devient le conteur de son amant Doyler, qui part vers la mort.
 

« Raconte-moi la légende du Niño-Pez. » (Ailín dans le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] faisait la lecture à Mary, guidant l’esprit assimilateur de la jeune fille dans de nouveaux domaines inexplorés jusqu’ici, lui enseignant la joie qui peut résider dans les livres. […] Et Mary, écoutant la voix de Stephen, assez profonde et toujours un peu rauque, pensait que les mots, lorsque c’était Stephen qui les prononçait, étaient plus harmonieux que de la musique, et plus inspirateurs. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 432) ; « Ce soir, nous allons dîner au clair de lune, je vous réciterai les vers de Lorca. » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant à Hubert, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, p. 72) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, Sidonie est la lectrice officielle (et l’amant officieuse) de la Reine Marie-Antoinette : elle lui lit Félicie. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Gabriel et Léo vont au cinéma ensemble voir un film que Gabriel raconte verbalement à Léo parce que ce dernier est aveugle. Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc devient le conteur de son ex, Luc, mourant du Sida ; Bill, par la suite, décrit tout ce qu’il voit à Rob, son compagnon aveugle. La pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay s’achève avec une scène où l’un des deux héros lit une histoire à l’autre avant qu’il ne s’endorme. Dans la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas, Billy chante du blues à son compagnon de cellule. Dans le film « C’est une petite chambre aux couleurs simples » (2013) de Lana Cheramy, Mister Jones, vieux peintre aveugle et admirateur de Van Gogh, est soigné dans une maison de repos par Bob ; grâce aux mots du jeune infirmier, la chambre des deux amants va peu à peu s’animer aux couleurs des tableaux du peintre néerlandais. Dans le film « Camping 2 » (2010) de Fabien Onteniente, alors que Alors Patrick et Jean-Pierre sont coincés sur une île, le premier raconte une histoire au second : la légende de l’île de la Vieille. Dans le film « Lust » (2000) de Dag Johan Haugerud, l’un des deux amants avoue à son copain que durant son enfance, il est tombé amoureux du personnage fantastique « le Mounime » dans le livre de contes qu’ils sont en train de feuilleter amoureusement. Dans le film « Au mariage de nos âmes loyales » (2010) d’Andrew Steggall, deux jeunes Irakiens embarquent illégalement sur un bateau qui les mène de Bagdad à Londres. Enfermés, Falah réconforte Hayder en lui murmurant en arabe les vers des sonnets amoureux de Shakespeare. Dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider, Laurent veut que son amant André lui raconte « le Poème de Ceylan » qu’il aime tant. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Franck et Henry passent leur journée face au lac à se raconter des histoires.

 

Le plus souvent, le personnage homosexuel confond la narration avec son propre contexte de narration, et finit par croire vraiment aux contes de fées (et parfois, par se casser le nez !) : « On dit que les contes de fée finissent bien. » (Rachel, l’héroïne lesbienne du film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « Just a first kiss from my lover… Beautiful kiss and forever : I love him… » (cf. la chanson « Father I Am » de Jann Halexander) ; « Kévin et moi nous ne nous quittions plus. Je croyais le temps arrêté sur mon bonheur, quelle utopie ! Je vivais un rêve, comme dans un conte de Noël. » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 393) ; « Ah ! Je vois que tu connais tes classiques ! Tu as lu Le Petit Prince» (Bryan s’adressant à Kévin, op. cit., p. 87) ; « Je croyais que les contes de fées n’existaient pas, c’est ce qu’on m’avait toujours dit. Aujourd’hui, je n’en suis pas si sûr car c’est ce que je vis avec toi depuis le début de l’année. Mais un conte de fées, ça finit toujours bien. Pourquoi le nôtre finit-il si mal ? » (idem, p. 300) ; « Le p’tit Martin [héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité] à sa maman est une Cendrillon ! » (Malik se moquant de Martin dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Le prince charmant existe-t-il ? […] Le grand jour arriva enfin, comme on dit dans les contes de fées. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 23 puis p. 39) ; « J’ai rencontré le Grand Amour. Comme dans les contes de fée. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, est obsédé par l’idée d’être embrassé pour la première fois sur la bouche, et il idéalise complètement cet instant fantasmé ; sa meilleure amie Giovanna la prévient de l’atterrissage (« Tu pourrais te transformer en crapaud. »).

 

On retrouve souvent Cendrillon, Blanche-Neige, Peau d’Âne mentionnés dans les œuvres homo-érotiques : cf. le one-woman-show Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, le film « Little Black Boot » (2004) de Colette Burson, le film « Amour toujours » (1995) de Gabriel de Monteynard, le film « Scène de lits » (1997) (avec « Monsieur Propre » notamment) de François Ozon, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le film « Muriel » (1994) de P. J. Hogan, le film « Pôv fille ! » (2003) de Jean-Luc Baraton et Patrick Maurin, la pièce Cendrillon (1994) de Lindsay Kemp, la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino (avec la référence à Blanche-Neige), etc. Par exemple, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Anne vole un collier dans une bijouterie, pour « faire comme dans Peau d’Âne ». Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, « Peau d’Âne » est le film préféré de Greg, le personnage homo.

 

Charles Gray, le machiavélique "story-teller" du film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Charles Gray, le machiavélique « story-teller » du film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Une fois passée la rêverie planante et infantilisante, l’effet que produit le conte est souvent violent : dépersonnalisation, perte de contrôle, manipulation, voire viol. Par exemple, dans le film « Simple appareil » (2009) de Jean-Christophe Cavallin, Pierrick et Jacques son amant-internaute passent la nuit ensemble dans la chambre de Pierrick, près du Canal Saint-Martin, à se raconter leurs blessures intimes… et la narration tourne au drame. Le conteur homosexuel conduit quelquefois à la mort ou à la guerre : cf. le film « Little Lies » (2012) de Keith Adam Johnson, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse, le film « Passion » (1964) de Yasuzo Masumara, le poème « Canción De Amor A Los Nazis En Baviera » de Néstor Perlongher (avec la conteuse anesthésiante Marlene Dietrich, qui parle aux soldats coincés au front), le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (avec les quatre divas qui amènent les êtres humains à la torture), le film « Les Enfants terribles » (1950) de Jean-Pierre Melville (avec Catherine qui manipule incestueusement son frère Paul par le conte), etc. « Ma grand-mère me lisait Mein Kampf avant de m’endormir. » (Mémé Huguette dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « J’adore les comptines pour enfants, toujours tragiques et macabres. » (Christopher Wren, le héros homosexuel de la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; « Quand on se réveille, je propose que l’on retire nos bandeaux, mais Vianney trouve ça prématuré. Il geint ‘Pas cette fois, s’il te plaît…’ Avant qu’il ne parte, je lui raconte l’histoire de La Symphonie Pastorale de Gide. Vianney dit que c’est triste, cette fille aveugle à qui on fait croire que le monde est beau, et qui, quand elle recouvre la vue, s’aperçoit qu’on lui a menti. » (Mike racontant son aventure avec un certain Vianney qu’il accueille chez lui pour un « plan cul » alors qu’il a les yeux bandés, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 85-86) ; « Dans les contes de fées. Pères tyranniques et marâtres cruelles, enfants abandonnés et épouses assassinées, telles étaient les matières premières des légendes, mais aussi de la vie. […] Les mères de ces contes attiraient ces malédictions parce qu’elles avaient fait preuve de négligence. C’était également vrai dans la vie. Il suffisait de tourner le dos un instant et le pire pouvait arriver. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 104) ; etc. Par exemple, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014), Shirley Souagnon simule de raconter un conte pour enfant à sa future progéniture, en s’imaginant en train de « pousser l’enfant dans l’escalier ». Dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan explique que sa grand-mère Mamie Suzanne lui racontait des histoires et des comptines, tout pendant qu’elle était odieuse avec lui. Cette maltraitance l’a poussé à « voir du sexe partout même dans les comptines pour enfants » : selon lui, « Au clair de la lune » est une chanson « érotique », et « Les 3 Petits Cochons, là, c’est carrément dans une soirée SM ! »

 

Le conte peut même conduire à la mort. Par exemple, dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Ruth demande à sa compagne Idgie de lui raconter l’histoire narcissique qui les lie : « J’adore tes histoires. Raconte-moi une histoire, ma charmeuse d’abeilles. Tiens. Raconte-moi l’histoire du lac. » Idgie ne se rend compte de la mort de Ruth qu’une fois son conte terminé.
 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 
 

b) Dessin animé : le meilleur conte puisqu’il est animé et potentiellement humain et « aimant » :

Dessin animé Scoubidou (avec le chien particulièrement mauviette) d'Hanna Barbera

Dessin animé Scoubidou (avec le chien particulièrement mauviette créé par d’Hanna Barbera)


 

Le personnage homosexuel est souvent un grand consommateur de dessins animés et de bandes dessinées : cf. le film « Getting To Know You » (2004) de Liz Lachman, le film « Méprise multiple » (1997) de Kevin Smith, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (avec les Simpsons), le film « Le Club des cœurs brisés » (2002) de Greg Berlanti (avec le fan homosexuel inconditionnel de Scoubidou, qui ne veut pas rater son rendez-vous télévisuel quotidien), le film « Artistes et Modèles » (1955) de Frank Tashlin (avec Eugene, l’amateur de B.D.), le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne (avec Albator prenant forme humaine), la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon (avec la mention d’Albator), le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre (avec la scène du dessin animé diffusé dans la boîte gay), la nouvelle « Quoi ? Zob, zut, love » (1983) de Copi (avec Ninu-Nip, un lettriste de bandes dessinées), la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (avec Nono, l’un des héros homos portant un tee-shirt Mickey), le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel (avec le chat de Matthieu qui s’appelle Stelly, en référence au manga Albator), le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen (avec Benoît, le héros homosexuel, fan de dessins animés), etc.

 

« Peter Pan et Tom Sawyer m’attendent. » (cf. la chanson « Boulevard des Rêves » de Stéphane Corbin) ; « Walt Disney, le héros de mon enfance. » (Jean-Marc, le héros homosexuel dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 109) ; « J’ai passé l’avant-midi du deuxième jour devant de vieux dessins animés dont la plupart, je m’en souvenais très bien, avaient enchanté mes premières années de téléphage enragé. » (idem, p. 204) ; « Tout au fond de ma mémoire, je le sens se réveiller, l’ancestral désir de toi : c’est le désir de monter sur un beau tapis magique pour survoler toute l’Afrique dans un dessin animé. » (Lou, l’héroïne lesbienne de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ses yeux, ils devenaient de plus en plus grands et brillants, comme ceux des méchantes dans les dessins animés japonais, avec trois gros points blancs qui tremblent au milieu des iris. ‘Je suis un peu sorcière.’ » (Yvon en parlant de Groucha, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 265) ; « Je suis sorti avec un chanteur… et il travaille à Disney maintenant. » (Matthieu, l’un des héros homos de la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Ce sont des princesses sans Royaume. Mais le seul endroit où on peut les retrouver, c’est Eurodisney. » (Samuel Laroque décrivant les personnes homosexuelles, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Tom et Jerry sont un couple gay. » (Veronika, l’héroïne lesbienne s’adressant à deux garçons qui la draguent Nina et elle, et qui s’appellent Tom et Jerry, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky) ; « Ils ont pas voulu de moi chez Astérix. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro mère porteuse, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Candy : ce dessin animé m’émeut vachement. » (Rodolphe Sand imitant une femme lesbienne super dure, Joyce, idem, 2014) ; « Alors comme ça, tu aimes bien les dessins animés ? Je dis ça par rapport à ton pseudo Peter Plan… » (Jérémy Lorca discutant avec Damien, un amant internaute qu’il a rencontré « en vrai », dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc.

 

CONTEUR Disney

« Légers » détournements parodiques


 

Par exemple, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Ben est fan des dessins animés de Walt Disney. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, nombreuses sont les références aux dessins animés (cf. Belle et Sébastien, Albator, etc.). Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, les deux amantes lesbiennes Lucie et Léonore s’organisent une soirée Cartoons. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homo, est fan de B.D., de supers-héros (Superman, Batman) et de dessins animés (The Simpsons, Toy Story, etc.) ; et les deux amants Jean et Juan se rendent ensemble à Eurodisney. Dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain Canard, le coiffeur homosexuel, organise des soirées déguisées : la dernière qu’il a faite, c’était sur le thème « Dessins animés de notre enfance » et il était accoutré en Princesse Sarah. Dans le sketch « Le Pays de la Magie » de Bruno Salomone, Disneyland est décrit comme le monde de la bisexualité par excellence. Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque vit dans la nostalgie des dessins animés de son enfance (Candy, les Schtroumpfs)… qu’il parodie « façon camp » pour se donner l’illusion de se les réapproprier de manière adulte et mature (cf. la Schtroumpfette qui fait des films d’épouvante). Dans le film « Masala Mama » (2010) de Michael Kam, le jeune héros homosexuel vole une B.D. de supers-héros dans une épicerie indienne. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, la mère de Dany, le héros homosexuel, l’a forcé, étant petit, à rester planté devant les dessins animés. Le lavage de cerveau semble avoir marcher puisque Dany conserve une image du manga Sailor Moon dans son agenda. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, lorsque la narratrice transgenre F to M se travestit, elle met une musique « parodique » de dessin animé de Super-héros avec une voix robotique signalant « Métamorphose ! » (la comédienne porte d’ailleurs un marcel de Goldorak). Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, les quatre lolitas lesbiennes ne vivent qu’à travers leurs mangas et les Disney : par exemple, Kanojo chante « ce Rêve bleu » d’Aladdin sous sa douche. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, parodie le dessin animé Les Maîtres de l’Univers : « Par le pouvoir du Crâne Ancestral ! » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, lorsque Frankie rencontre en boîte pour la première fois Walt, le mec avec qui il va coucher le soir-même, il fait un jeu de mots avec son prénom : « Comme Whitman ? » Walt lui répond : « Comme Disney ». Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Julien traite son amant Yoann comme un petit enfant qu’il amène au Parc Astérix. Et Yoann s’excite toujours autant d’y être emmené. Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, fait référence au dessin animé Ken le Survivant ainsi qu’au Marsipulami. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, les amants Thomas et François voient dans leur amour commun pour le dessin animé « Le Roi Lion » un signe qu’ils doivent se remettre ensemble : « Hier soir, j’avais le blues et j’ai voulu regarder le Roi Lion. » dit François. « C’est marrant… Moi aussi. » répond Thomas.

 

Cette fuite du héros homo dans le monde virtuel des contes et des dessins animés l’entraîne parfois dans la dépression et la frustration, car il se rend bien compte que la vie n’est pas un film d’animation : « J’ai toujours confondu la vie avec les bandes dessinées. » (cf. la chanson « S.O.S. d’un terrien en détresse » de Johnny Rockfort) ; « Je ne suis pas un de tes supers-méchants de tes B.D. Je n’ai pas le pouvoir dont tu parles. » (le père de Danny s’adressant à son fils homosexuel, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le conteur homosexuel ou homosexualisant :

Parfois dans la communauté homosexuelle, on rencontre des conteurs ou des personnes qui jouent le rôle de nous bercer en nous racontant des histoires : cf. l’autobiographie Elle était une fois… (2003) de Marie-France. Par exemple, un certain nombre de personnalités du monde homosexuel sont attachées aux contes et chansons d’Anne Sylvestre (Michel Heim, Jann Halexander, etc.) ou à des animatrices d’émissions pour enfants qui racontaient des histoires (Chantal Goya, Karen Chéryl, Dorothée, Doushka… ou Jean Rochefort). Dans son film « Parking » (1985), Jacques Demy dédicace son film à Jean Cocteau : « À JEAN COCTEAU qui aimait ces mots magiques : ‘Il était une fois…’ J.D. »

 

El Beso de la Mujer-Araña (1976) de Manuel Puig (mise en scène de Rubén Schumacher en 2009 à Buenos Aires)

Le roman El Beso de la Mujer-Araña (1976) de Manuel Puig (mise en scène de Rubén Schumacher en 2009 à Buenos Aires)


 

Devenir un certain type de conteur, cela revient parfois à « s’homosexualiser » et à susciter le désir homosexuel. Quand je dis cela, je me base sur un fait bien précis de ma vie. J’avais 22 ans quand je suis tombé pour la première fois (par hasard ?) sur El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig. Personnellement, j’ai compris grâce à ce roman l’universalité-singularité de mon désir homosexuel, puisque l’aventure cinématographique que le personnage homosexuel de Molina propose à son compagnon de cellule Valentín (Molina, la « grande folle » qui se définit lui-même comme la « femme-araignée », passe son temps à raconter des films en noir et blanc des années 1930 à son camarade de prison), c’est exactement ce que j’ai mis en scène pour mon frère jumeau Jean pendant 4 années entre l’âge de 6 ans et 10 ans (avant que nous ne dormions plus dans la même chambre) avec « Les Aventures de Jean », une sorte de conte oral extensible à l’infini, dont Jean était le héros, et qui se construisait selon notre/mon imagination, soir après soir. Quand j’ai découvert en 2002 que le livre de Manuel Puig relatait un des événements-phare de mon enfance (moi aussi, j’ai transformé ma chambre gémellaire en salle de cinéma), je me suis dit intérieurement : « Y’a un truc… C’est pas possible… Et si le désir homosexuel se laissait décoder ? Et s’il existait un Universel homosexuel qui ne soit pas identitaire ni amoureux, mais uniquement désirant ? » Le roman El Beso De La Mujer-Araña a mis en lumière mon identité de conteur (homosexuel), ainsi que l’existence future de mon Dictionnaire des Codes homos (car ce roman réunit quasiment tous les codes du Dico que j’ai découverts par la suite !).

 

Je ne suis pas du tout le seul à avoir cherché à vivre ma vie comme un grand dessin animé. Souvent, en écoutant mes amis homosexuels, j’ai constaté qu’ils confondaient la narration (d’une histoire, d’un poème, d’un dessin animé, d’un conte) avec leur propre contexte de narration, et finissaient par croire vraiment aux contes de fées. « Un jour, j’aurai le prince charmant. C’est tellement rassurant d’être avec quelqu’un, de passer une nuit avec quelqu’un… » (Vincent, un témoin homosexuel de 22 ans, dans le documentaire « Ma Vie (séro)positive » de Florence Reynel, diffusé sur la chaîne France 4 le 2 avril 2012)

 

Dans les œuvres de fiction homo-érotiques, les contes de notre enfance sont régulièrement réadaptés par les créateurs homos-bisexuels. Par exemple, Mylène Farmer revisite le conte de Blanche Neige dans le vidéo-clip de sa chanson « Tristana », le Petit Chaperon Rouge dans le vidéo-clip de sa chanson « Monkey Me » ; elle joue le rôle de Pinocchio dans ses vidéo-clips « Tristana » et « Sans contrefaçon ». Par ailleurs, Amélie Poulain inspire la chanson « Amélie m’a dit » d’Alizée et le film « Le Fabuleux Destin de Perrine Martin » (2002) d’Olivier Ciappa. L’histoire de La Belle au bois dormant sert de trame au film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne. Le film « La Belle et la Bête » (1946) de Jean Cocteau fournit un autre exemple de reprise de contes. On retrouve Blanche-Neige dans le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set. Les comédies musicales La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, ou encore La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim se calquent parodiquement sur la Belle au bois dormant, bien entendu ; etc.

 

Certains artistes homosexuels (ou icônes gays) prétendent rédiger des « contes philosophiques » de la même veine et profondeur que le Petit Prince. Ils s’improvisent illustrateurs par des dessins minimalistes et naïfs à la Saint-Exupéry : cf. Lisa-Loup et le Conteur (2003) et le vidéo-clip de la chanson « C’est une belle journée » de Mylène Farmer, les calligraphies de Jean Cocteau, le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, le film « Peeling » (2002) d’Heidi Anne Bollock, le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, les illustrations minimalistes d’Andy Warhol ou de Keith Haring, les photos enfantines et paradisiaques de Pierre et Gilles, les contes pour enfants de Christophe Honoré ou encore de David Dumortier, la nouvelle « Margot, histoire vache » (2010) d’Essobal Lenoir, les croquis minimalistes pornographiques de Sergueï Eisenstein, etc.

 
 

b) Dessin animé : le meilleur conte puisqu’il est animé et potentiellement humain et « aimant » :


 

Dans mon essai Homosexualité intime (2008), j’aborde la question de l’attrait des personnes homosexuelles pour les médias, et notamment pour les films d’animation. Je n’échappe pas à cette tendance. Dès ma plus tendre enfance, je pense que je fuyais le Réel à travers la télévision, le cinéma, et surtout les dessins animés : mes préférés étaient Les Cités d’Or, Jeanne et Serge, Scoubidou, l’Inspecteur Duflair, She-ra et Princesse Sarah. J’ai eu aussi ma période Tintin, et bien sûr Walt Disney. Même à 15 ans, je demandais encore les cassettes VHS des « Grands Classiques » de Disney pour Noël ou mon anniversaire (mes parents se demandaient quand est-ce que j’aurais des goûts un peu plus « adultes »…) et j’en connaissais les dialogues par cœur. D’ailleurs, ma passion de l’enregistrement des dessins animés m’a fait glisser peu à peu une pente très homosexuelle et peu glorieuse : celle des films érotiques et pornographiques. Me levant très tôt pour voir certains dessins animés, j’avais quartier libre pour le zapping sur d’autres chaînes aux programmes beaucoup moins innocents… Je suis donc très bien placé pour parler des croisements (non-causaux) entre dessins animés et homosexualité !

 


 

J’ai remarqué que les personnes homosexuelles sont souvent des grands consommateurs de dessins animés et de bandes dessinées : « On m’emmena au cinéma voir ‘Blanche-Neige’. J’étais fasciné, comme envoûté, les yeux écarquillés, la bouche ouverte, la respiration suspendue. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 23) Ces outils leur servent de référentiel et de lunettes pour interpréter les réalités qui les entourent, et surtout les altérer : « Un beau jour, mon regard croisa celui d’un garçon qui ne cessait de cocher, je ne sais quoi, dans son journal. […] Tantôt souriant, tantôt faisant la moue, ses mimiques très drôles lui donnaient cette familiarité, si sympathique, des personnages de bandes dessinées. » (Berthrand Nguyen Matoko lors de la drague, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 99) Lors du débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017, Lucas Carreno, femme F to M, est née jumelle avec un frère. Quand elle était petite, elle s’identifiait toujours à Peter Pan ou Mowgli.

 

Programme d'éducation sexuelle (genre Le Baiser de la Lune) diffusé actuellement dans certaines écoles françaises pour apprendre aux jeunes que le plaisir sexuel existe et qu'il n'est pas mauvais...

Programme d’éducation sexuelle (proche du « Baiser de la Lune » de Sébastien Watel) diffusé actuellement dans certaines écoles françaises pour apprendre aux jeunes que « le plaisir sexuel existe et qu’il n’est pas mauvais »… Merci Najat Vallaud-Belkacem !


 

Jérôme Savary n’a pas tort quand il affirme que « l’homosexualité est souvent le refus d’entrer dans la vie d’adulte » (Jérôme Savary cité dans l’article « Tous ses personnages, c’est lui » de Gilles Costaz, dans le Magazine littéraire, n°343, Paris, mai 1996, p. 42) Il n’y a qu’à voir dans les créations homo-érotiques les nombreuses références faites à Peter Pan, aux contes de fée, aux dessins animés, aux bandes dessinées, aux boîtes à musique, aux mobiles enfantins suspendus en l’air, pour le comprendre.

 

Si un certain nombre de personnes homosexuelles croient que les images offertes par les dessins animés et les contes sont fidèles à la Réalité, c’est notamment à cause d’une révolution technique audiovisuelle qui s’est produite à la fin du XIXe siècle et qui a joué et joue encore actuellement un rôle capital dans nos représentations mentales du Monde et dans notre sexualité : je veux parler de la transition des images fixes aux images-mouvement, observable notamment dans le cinéma d’animation. La succession de vingt-quatre images par seconde et les images en 3D peuvent nous laisser croire qu’une photo, par essence morte, a le pouvoir de s’animer et d’aimer sans l’intervention humaine, que notre imagination est la Réalité, que ce que nous rêvons arrive à être tel que nous le conceptualisons mentalement, que le désir de celui qui a accès au maniement des nouvelles technologies iconographiques est tout-puissant.

 

L’impression saisissante de vraisemblance, permise par l’image-mouvement, n’est pas sans risque. L’image déréalisée, en déguisant le mythe en Réalité, peut encourager le passage des fantasmes à la pulsion actualisée, autrement dit la création de réalités fantasmées. Les nombreuses limites invisibles que nous impose l’objet cinématographique qui nous promet tout sans rien changer durablement à notre quotidien va réveiller chez certaines personnalités un fort sentiment de trahison et de frustration. Nous pouvons le constater par exemple avec les films pornos. Au bout d’un moment, l’image, même très réaliste et sexuellement excitante, ne suffit plus : elle en appelle d’autres, exige un passage à l’acte, encourage au désenchantement du monde, et à l’autodestruction.

 

Les dessins animés ne provoquent pas ce qu’ils filment : ils l’encouragent, et peuvent agir symboliquement par les effets désirants qu’ils provoquent en l’Homme. Si l’influence des images déréalisantes sur nos modes de vie n’est pas reconnue (car certaines personnes se servent du fait qu’elle est toujours imparfaite et qu’elle mobilise quoi qu’il arrive notre liberté de spectateurs pour ne pas la reconnaître), elle peut conduire à des comportements agressifs. La transition des images fixes aux images-mouvement nous fait souvent préférer le monde virtuel au quotidien, et donc impulse nos désirs de mort et de réification. Et en écoutant les personnes homosexuelles de mon entourage, je vois bien que, même si elles sont tout à fait capables intellectuellement de faire la différence entre un conte et le Réel, dans leur cœur elles désirent vivre elle aussi dans l’image. Voire vivre l’image, celle-ci devenant leur réalité.

 

Film d'animation "Pocahontas" de Walt Disney (avec Ratcliffe et son toutou à sa mémère)

Film d’animation « Pocahontas » de Walt Disney (avec Ratcliffe et son toutou à sa mémère)


 

Certaines ont l’honnêteté de reconnaître dans leur rapport aux dessins animés une probable explication ou moteur de leur élan homosexuel : « Dessins animés. Une étrange histoire nous rassemble, ces films faussement innocents et nous. Nos parents sont naïfs… Ils ne pensaient pas que nous trouverions des sous-entendus dans les œuvres de Walt Disney. » (un interviewé homosexuel, cité dans la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 100) ; « J’avais l’impression d’avoir une image asexuée, comme un prince de Disney, ni avec un homme ni avec une femme. Cette ambiguïté me suit depuis longtemps, alors autant ne pas cacher les choses, ne pas jouer à être quelqu’un d’autre. » (le chanteur Emmanuel Moire faisant son coming out) ; etc. Par exemple, dans son autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004), le romancier Alexandre Delmar avoue être tombé amoureux du personnage d’Esteban dans le dessin animé franco-japonais Les Mystérieuses Cités d’Or : « Oui, on peut trouver un personnage de dessin animé infiniment beau ! Absolument ! Je ne trouve pas ce concept du tout surprenant. » (p. 13) Autre exemple, dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger, la B.D. Martine est présentée (ironiquement ?) comme un déclencheur du désir lesbien. Je vous renvoie également à ce canular téléphonique de Laurent Baffie sur la B.D. Tintin.

 

CONTEUR Martine

 

Et plus ça va, moins les confluences entre le monde de Walt Disney et le monde homosexuel sont méconnues : voici six liens pour vous faire une idée (le premier sur les personnages gays dans les Disney ; le deuxième avec un diaporama des héros ambigus dans les Disney ; le troisième sur la polémique d’un pasteur autour de la Reine des Neiges ; le quatrième toujours concernant la Reine des Neiges ; le cinquième étant un décryptage gay de la Reine des Neiges ; et le sixième avec la traduction de l’affaire Frozen en français). Par exemple, pour écrire sa comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011), Stéphane Druet dit qu’il s’est inspiré des méchantes de Disney. Le chanteur Mika, quant à lui, est friand des dessins animés Disney, et notamment du « Livre de la Jungle ».

 

Disney, c'est... très gay !

Disney, c’est… très gay !


 

J’ai déjà rencontré dans mon entourage amical homosexuel un certain nombre d’employés travaillant chez Disney/Astérix ou qui sont figurants dans les parcs d’attraction à thèmes. Ces temples des dessins animés et de la B.D. ont même carrément leurs Journées Gay Friendly.

 

CONTEUR avion

Les « soldes » annoncées par avion…

Pour la petite histoire, un des mes « ex » (qui avait travaillé chez Disney Studio) a même fini par se dire que c’était son homosexualité qui l’avait fait postuler là-bas.

 


 

Au risque d’en choquer certains, je soutiens que les dessins animés n’ont pas grand-chose d’innocent. Le documentaire « Pin Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton insiste sur l’influence capitale qu’ont eu les dessins animés sur les représentations fantasmatiques de la différence des sexes dans l’inconscient collectif mondial, depuis Betty Boop, Tex Avery, jusqu’à nos jours. Je conseille à tout le monde le visionnage de cet excellent reportage qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale, et qui ferait davantage de bien dans les établissements scolaires que tous les ABCD de l’Égalité de la Terre et tous les programmes de santé publique à l’adresse des adolescents !

 


 

Pour ma part, je regarde avec une attention décuplée le tournant idéologique qui est en train de se prendre tout doucement avec les derniers films d’animation qui arrivent sur nos écrans (surtout depuis Aladdin, Raiponce et La Reine des Neiges de Walt Disney), car les chansons, les messages de plus en plus ouvertement féministes et misandres (la décrédibilisation de la masculinité et la paternité est en voie d’accélération), la tonalité des phrases, les scenari de plus en plus insensés, les dialogues tournés vers la violence ou le slogan libertaire et égalitariste, ne présagent à mon sens rien de bon pour notre Monde…

 
 

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