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Code n°130 – Musique comme instrument de torture (sous-codes : Opéra / Mélomane / Danse)

Musique com

Musique comme instrument de torture

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La grande majorité des personnes homosexuelles a bien suivi à la lettre la consigne mondiale actuelle qui nous encourage à devenir tous la déesse Musique pour mieux nous détruire et nous réifier par nous-même sans que nous nous en rendions compte : « Vous êtes tous des chanteurs, vous êtes tous des stars de la chanson, la musique est votre vie, et votre vie est un clip. »

 

La musique a énormément influé sur la construction identitaire homosexuelle. Beaucoup de personnes homosexuelles disent ne plus pouvoir s’en passer, qu’elle est leur vie, même si, à d’autres moments, elles l’associent à un instrument de torture parce qu’elles se rendent compte qu’elles se sont excessivement enchaînées à cette idole apparemment immatérielle et pourtant concrète. Quand nous regardons bien, les icônes de la communauté homosexuelle sont presque toutes des chanteurs et des chanteuses. Certaines personnes homosexuelles en arrivent même à se définir uniquement par la musique qu’elles écoutent (opéra, danse, disco des années 1970, pop des années 1980, et plus récemment techno-house et électro).

 

Quoi de plus impalpable, en suspension, et paradoxalement vraisemblable, que la musique ? Exactement comme un fantasme. On l’entend concrètement mais on ne peut ni la toucher ni savoir exactement de quoi elle est faite et par quel mystère nous la trouvons appréciable ou dissonante. Elle peut donner à croire que tous nos désirs sont concrétisables. Par conséquent, il était logique que les personnes homosexuelles, qui partent du principe que tous leurs fantasmes identitaires et amoureux (même les plus irréels) sont des réalités, s’en saisissent en masse… même si, bien évidemment, il s’agit d’une lubie qui n’est pas proprement homosexuelle, et qui indique que l’idolâtrie pour la musique, qui a déferlé de manière mondialisée après la Première Guerre mondiale (avec l’essor de la radio et du cinéma), est globale. La Tour de Babel a des allures de fête bisexuelle et le rythme dans la peau !

 

Par conséquent, il faut se garder de ne pas causaliser le lien entre homosexualité et musique. Car il est non seulement faux (ce n’est parce qu’on se sent homosexuel qu’on est forcément un génie de la musique), mais il est en plus à la fois gay friendly et homophobe (exactement comme le racisme positif). Parler d’un « sixième sens homosexuel inné pour la musique », cela revient à magnifier une sensibilité qui, si elle était comprise telle qu’elle est vraiment, à savoir l’indicateur d’une blessure, n’aurait pas de quoi émerveiller.

 

Ci-dessous, je vous propose un extrait du film « Philadelphia » (1993) de Jonathan Demme, qui m’agace autant qu’il me fait sourire, car il illustre bien la propagande gay friendly visant à faire croire à tout le monde que nous, les personnes homosexuelles, aurions des aptitudes « naturelles » pour la musique, et que nous allons vous donner une leçon exceptionnelle d’humanité et de perception de ce qu’est la « vraie musique ». Pur mensonge démagogique. Au lieu de nous figer en espèce humaine à part de l’Humanité et de nous déterminer par le caractère, le goût ou le savoir faire artistique, nos contemporains feraient mieux de regarder en face ce que nous vivons, de quelle souffrance notre « sensibilité artistique homosexuel » est le reflet !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Télévore et Cinévore », « Artiste raté », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Éternelle jeunesse », « Milieu homosexuel infernal », « Tomber amoureux d’un personnage de fiction ou du leader de la classe », « Fan de feuilletons », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Wagner », « Sirène », « Pygmalion » et à la partie « Play-back » du code « Substitut d’identité » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Mélo-man:

Film "Tan Lines" d'Ed Aldrige

Film « Tan Lines » d’Ed Aldrige


 

Beaucoup de héros homosexuels des fictions homo-érotiques sont mélomanes et ne vivent que par/pour la musique. Ils sont parfois eux-mêmes musiciens ou chanteurs : cf. le film « Saturday Night’s Fever » (« La Fièvre du samedi soir », 1977) de John Badham, le roman On Wings Of Songs (1979) de Thomas M. Disch, le film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick, le film « Dance Me To My Song » (1998) de Rolf De Heer, le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Last Days » (2005) de Gus Van Sant, le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, la chanson « Blah Blah Blah On The Radio » d’Ace of Base, « Don’t Stop The Music » de Rihanna, la pièce Un Ange pour Madame Lisca (1962) de Copi (avec un vieux pédé violoniste qui poursuit un jeune homosexuel de province), la pièce Musique brisée (2010) de Daniel Véronèse, le film « Ma mère préfère les femmes » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox (avec Noam, le héros homosexuel qui vend des disques), le film « Quartet » (1948) d’Harold French, le film « Music Lovers » (1970) de Ken Russell, le film « Solamente Nero » (1978) d’Antonio Bido, le film « Uncut » (1997) de John Greyson, le film « 800 Tsu Rappu Rannazû, Fuyu No Kappa » (1994) de Kazama Shiori, le film « Saved By The Belles » (2003) de Ziad Touma, le roman New Wave (2008) d’Ariel Kenig, le film « Le Maître de musique » (1988) de Gérard Corbiau, le film « Quartetto Basileus » (1981) de Fabio Carpi, le film « Food Of Love » (2001) de Ventura Pons, le film « Young Soul Rebels » (1991) d’Isaac Julien, le film « Tatie Danièle » (1989) d’Étienne Chatiliez, le film « Rome désolée » (1995) de Vincent Dieutre, le film « 15 » (2003) de Royston Tan, le film « He’s A Woman, She’s A Man » (1994) de Peter Chan, le film « Un Amour de Swann » (1983) de Volker Schlöndorff, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane, le fan homosexuel de Madonna et de Whitney Youston ; cette pièce est truffée d’intermèdes des chansons des années 1980-1990-2000 assurant le fil rouge), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec le personnage de David), le film « Sonate d’automne » (1978) d’Ingmar Bergman, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec Aschenbach, le musicien raté), le film « Muriel » (1994) de P. J. Hogan, le film « Komma Ut » (« Coming Out », 2011) de Jerry Carlsson (avec la chambre remplie de photos de chanteurs), la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan (avec Isabelle, la cantatrice lesbienne), le film « Sur le départ » (2011) de Michaël Dacheux, « Can’t Stop The Music » (1980) de Nancy Walker, le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec Éric, homo et fan de musique), la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti (dans laquelle l’influence de la radio, la télé, la musique des années 1980, est très marquée), la pièce Bonjour Ivresse ! (2010) de Franck Le Hen (Benoît, le héros homo, est fan de Jackie Quartz), la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi (China écoute à la radio des chanteuses de variété telles que Tita Morello, Libertad Lamarque), la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis (Hugo, le héros homo, se déchaîne sur « It’s Raining Men » et d’autres daubes musicales), la chanson « Music Was My First Love » de John Miles, le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret (avec John Breakdown, le chorégraphe homosexuel), le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec Aurore, danseuse bisexuelle), la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen (avec Tom, le héros homosexuel chanteur), le one-man-show Les Bijoux de famille (2015) de Laurent Spielvogel, etc. Par exemple, dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Marilyn tombe amoureuse de Mona, une femme maghrébine avec qui elle va faire de la danse orientale dans un club. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, est chanteur. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Ziki, l’amante lesbienne, fait des chorégraphies colorées qui hypnotisent son amante Kena.

 

« VIVE LA MUSIQUE !!!!!! » (cf. la chanson « Une chanson sans paroles et sans musique » de Jann Halexander) ; « On vit dans la musique. » (Stef, un des héros homos de la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « Les rockeurs, les chanteurs de charme en étaient quasiment tous. » (Gérard dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim) ; « Ahmed [le héros homosexuel] est cool. Le gars de la ville connaît tellement de choses : tous les chanteurs populaires, les derniers tubes et toutes les nouvelles danses en vogue dans les discothèques d’Alger, alors qu’à la campagne, on fronce les sourcils sur tout genre de déhanchement, surtout sur des musiques américaines. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), pp. 42-43) ; « Y’a plein de lesbiennes dans la musique ! » (Rachel, l’héroïne lesbienne de la pièce Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « J’pensais que tous les chorégraphes étaient gays. Hors ils étaient auto-reverse. » (cf. réplique de la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau) ; « Benjamin est chorégraphe. Comme tous les mecs qui ont raté leur carrière de danseur. » (Pierre parlant de son amant, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « J’adore la musique. » (Chloé, l’héroïne lesbienne du film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan) ; « J’ai une passion pour l’Opéra. » (le transsexuel M to F Octavia, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « J’adore la musique. La Musique est ma vie. Il n’y a que ça qui compte. » (Levi, un des héros homosexuels du film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau) ; « C’est pas vrai… J’adore cette chanson ! » (Éric le héros homo au bal de son lycée, dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Le lien qu’entretient le personnage homosexuel avec la musique est de nature incestueuse, nostalgique et fusionnelle. Par exemple, dans le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, Julien passe son temps dans la cuisine de sa maman où la radio est allumée en permanence. C’est la même chose pour le jeune Miguel dans le film « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » (1984) de Pedro Almodóvar. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Rettore et Davide, les deux héros homosexuels, vont écouter des vinyles dans une chambre obscure chez un disquaire muet qui leur fait revivre la nostalgie des chanteuses italiennes des années 1960-1970. Le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras est une ode aux chanteuses italiennes des années 1950-1960 (Patty Bravo, Raffaella Carrà, etc.). Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Gabriele, le chroniqueur radio homosexuel, est danseur de rumba (il en écoute dans son gramophone), et en apprend quelques pas à Antonietta, sa voisine de pallier. Tous les héros homosexuels de l’histoire font des chorégraphies et des play-back sur leurs « tubes », les considèrent comme leurs véritables mamans (« Ma mère était chanteuse. Elle pouvait chanter. » déclare Dany). Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, a été initié à la musique classique par sa mère et sa grand-mère… et la sonnerie de portable indiquant l’appel entrant de sa mère (ultra-possessive), c’est comme par hasard « Casse-Noisette » de Tchaïkovsky. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, lorsqu’Henri a eu 8 ans, sa mère a voulu l’inscrire à un cours de danse classique. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, les amants Frankie et Todd vivent pour la musique : ils ont toujours le walk-man sur les oreilles, et sont danseurs dans une troupe de danse contemporaine. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, toute l’idyle lesbienne entre Thérèse et Carol est mise sous le signe des disques vinyles des années 1950, de l’ambiance jazzy ou piano bar nord-américain. D’ailleurs, à un moment, les héroïnes se retrouvent dans un magasin de disques vinyles. Thérèse sent les regards insistants de deux autres lesbiennes garçonnes posés sur elle. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Kevin revient plusieurs années après leur idylle adolescente, vers Chiron, le jeune héros homosexuel, sous le prétexte d’une chanson qu’il a entendue dans le juke-box de son restaurant : « Une chanson m’a fait penser à toi. » Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Elio, le héros homosexuel, vit avec le walkman aux oreilles et garde toujours son poste de radio allumé. Il joue également brillamment de la guitare, du piano, et séduit ainsi Oliver, qui quant à lui, est fan d’un groupe musical queer Richard Butler. La musique semble être leur unique lien d’« amour »

 

Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel fait de sa mère et de sa grand-mère l’inspiratrice de son goût pour la musique : il découvre dans le grenier de la seconde un coffre avec plein de disques qui l’homosexualisent. « J’adorais la musique. Un jour, ma mère m’a acheté le CD qui a changé ma vie : André Rieu. » Le coming out est d’ailleurs mis par lui sur le même plan que la musique : « À cette époque, je n’ai pas encore dit à mes parents que… j’étais musicien. » Quand il arrive à l’âge adulte, Jefferey voue une passion (scatologique) avec la musique (il en écoute même « dès qu’il allait faire caca »), puisqu’il apprend le violon et considère celui-ci comme son amant. Il le baptise « Jean-Jacques » et envisage de se marier avec lui dans une « union officieuse ». Jefferey aime la « sonorité androgyne du violon ». Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, l’homosexualité est mise sur le même plan que le talent pianistique inné : Irène, au moment où le père Raymond lui demande d’où lui vient sa prédisposition au métier de pianiste, lui répond, pour défendre l’homosexualité de son frère Bryan : « C’est comme demander à Bryan pourquoi il est gay. » Dans la série The Last of Us (épisode 3, 2023) de de Neil Druckmann et Craig Mazin, c’est la maman de Bill qui lui a appris le piano, et notamment des chansons au texte cryptogay de Linda Rondstadt.
 

La musique est montrée comme un univers merveilleux, magique, meilleur que la réalité. Une nouvelle religion. « Rien ne remplacera jamais l’opéra ! » (Élisabeth dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « En vérité cette folle-là était d’une sensibilité incroyable et avait le goût le plus vif pour la musique ; je n’ai jamais connu personne sur qui elle eût produit des effets aussi singuliers. » (Denis Diderot, La Religieuse, 1760) ; « À l’Opéra, on s’est convertis. » (le couple homo dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Il y a mon costumier, fou de taffetas et d’opéra. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; etc.

 

Par exemple, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche (épisode 8, « Une Famille pour Noël »), Martin, l’un des héros homosexuels, est fan d’Opéra. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, George, le héros homo, est chef de chœur. Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, aller au ballet, selon Édouard, c’est comme faire son coming out. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Stuart, un des héros homos, fait une thèse sur les racines de la comédie musicale américaine. Dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, Jean-Paul, le héros homosexuel, est un vrai juke-box programmé sur les chansons des années 1980. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se prend pour Madonna et devient son sosie ; au passage, c’est un juke-box parlant, qui truffe toutes ses phrases de références musicales (Dalida, entre autres). Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Patou, l’ex de Bernard, adore le chanteur Étienne Daho. Dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque se montre fan des chanteuses de son enfance : Dalida, Mylène Farmer, Dorothée, Chantal Goya… Dans le film « Navidad » (2009) de Sebastián Lelio, Alicia, l’héroïne lesbienne, compare les disques à des diamants. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Romuald, le héros homosexuel, qualifie les lesbiennes de « mangeuses de disques ». Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky se tissent des relations lesbiennes dans le milieu de la danse classique. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Graziella, l’agent de Tom (le héros homo) qui veut le forcer à paraître hétéro, lui soumet un test de questions pour savoir s’il arrive à rentrer dans la peau de son personnage. Et l’un des questions est : « Country ou Opéra ? » Tom prend sur lui pour répondre « Country »… mais le « naturel » ne tarde pas à revenir au galop.

 

Le personnage homosexuel considère souvent la musique comme un être humain réel, à qui il peut ressembler et s’identifier. C’est sa manière de devenir une poupée magique : cf. le film « Techno Boys » (1997) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, la chanson « Benoît tourne-toi » du groupe Benoît (où « être techno » signifie « être homo »), le film « Yossi » (2012) d’Eytan Fox, le roman Le Chant d’Achille (2014) de Madeline Miller, etc. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy, l’héroïne lesbienne, parle à son poste CD comme s’il était vivant : « Toi aussi, tu me lâches… » Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann, le héros homosexuel, est un juke-box sur pattes, et se prend pour les chanteurs qu’ils imitent : « Tout le monde dit que je ressemble à Ricky Martin. » ; « C’est moi qui fais Lady Gaga. » (idem) Il rêve d’enregistrer un disque.

 

Par exemple, dans le film « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, jouer du piano, c’est comme changer de sexe, ou se dire homosexuel : Kimpira s’étonne avec fascination que Shûhei soit « pianiste alors que c’est un garçon… ». Dans le sketch « Le Papa Zonard » de Bruno Salomone, le fils qui écoute la comédie musicale Roméo et Juliette, se fait soupçonner de « dalepé » (= « pédale » en verlan) par son père.

 

Plus encore, le héros homosexuel croit que la musique est un amant à qui il peut faire une déclaration d’amour. « Quand je t’ai rencontré, j’ai entendu l’intro comme une comédie musicale. […] C’est notre histoire d’amour musicale. Nous l’écrivons scène après scène et notre amour grandit pendant ce voyage vers la liberté ! » (Adam s’adressant amoureusement à Steve dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Quelqu’un a dit : ‘Sans la musique, la vie serait illogique.’ J’ajoute : ‘Sans Ernest, ma vie serait illogique.’ » (Chris dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, pp. 84-85) ; « Tous les ‘Je t’aime’ des chansons, j’ai fini par croire que c’était à moi qu’ils étaient adressés. Les chansons, je ne veux pas en sortir. Les chansons, elles sont comme nous : elles vivent comme nous. » (Frédéric Zeitoun dans la pièce musicale Toutes les chansons ont une histoire (2009) de Quentin Lamotta) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] faisait la lecture à Mary, guidant l’esprit assimilateur de la jeune fille dans de nouveaux domaines inexplorés jusqu’ici, lui enseignant la joie qui peut résider dans les livres. […] Et Mary, écoutant la voix de Stephen, assez profonde et toujours un peu rauque, pensait que les mots, lorsque c’était Stephen qui les prononçait, étaient plus harmonieux que de la musique, et plus inspirateurs. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 432) ; « J’écoutais la chanson ‘Réunion’ de M23, et j’ai pensé à toi. » (Simon s’adressant à son amant Bram, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi

B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi


 

Par exemple, dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, Garnet danse en cachette dans une salle de danse, au son d’un phonographe. Dans la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall, le très efféminé Maître de Cérémonie vit un orgasme en écoutant une de ses chanteuses préférées devant son gramophone. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Luce et Rachel, les deux amantes, tombent amoureuses en faisant un karaoké dansant avec une machine. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, la musique jazz est associée à l’androgynie. Tom, le héros homosexuel, est fasciné par la chanson « My Funny Valentine » de Chet Baker : « On ne sait même pas si c’est un homme ou une femme. » Lui-même est accordeur de piano et sort avec Peter, un pianiste. Par ailleurs, Tom tombe amoureux de Dick en lui faisant croire qu’il est, comme lui, fan de jazz. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien et Rémi flashent l’un sur l’autre en écoutant « Take On Me » de A-ha. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Arthur impose régulièrement à son amant Jacques la musique de son walkman : « J’te fais écouter ma musique ? »

 

Film "Anastasia" de Don Bluth et Gary Goldman

Film « Anastasia » de Don Bluth et Gary Goldman


 

D’ailleurs, la rencontre amoureuse homosexuelle se fait souvent sur un air de musique : cf. le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, l’opéra-rock Starmania de Michel Berger (avec Ziggy, le héros homosexuel passionné par David Bowie), le roman Mathilde je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung (où la narratrice tombe amoureuse d’une rock star), le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler (Beni tombe amoureux de Fögi, un chanteur underground), etc.

 

« Je mets donc toute mon âme dans la musique, et mon cœur sombre d’un seul coup dans le chagrin de ce peintre raté qui voit se défaire devant lui un couple d’amis. […] Je me dis souvent que ce n’est pas en restant écrasé dans le fauteuil rouge à écouter Leonie Rysanek chanter la ‘Chanson du saule’ que je risque de trouver l’âme sœur. Il y a bien le parc Lafontaine pour faire exulter le corps, mais ça ne reste que des attouchements impersonnels qui n’ont rien à voir avec quelque sentiment que ce soit. Mais je ne me décide pas à faire le grand saut, à partir à l’aventure ou, du moins, à la recherche de mes semblables, je me contente de sublimer depuis déjà trop longtemps, j’en suis parfaitement conscient et je n’y peux rien. » (le narrateur homosexuel parlant de l’opéra La Bohème de Puccini dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 19)

 

La musique apparaît comme un aphrodisiaque. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Bernard raconte qu’il a couché avec Peter, un hétéro, « un soir, après une soirée arrosée autour d’une piscine ». À son grand regret, ce ne sera qu’une seule fois. Et Larry rajoute cyniquement : « Le bon vin et la bonne musique excitent la curiosité… » Dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, Bernard essaie de draguer Philippe en lui apprenant à jouer du xylophone. Et quand il doute de son homosexualité, Philippe le rassure en lui rappelant son goût pour la musique : « Te poses pas de questions. T’es fait pour les garçons. Je veux du jazz. » Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Bernard, homo, arrive à faire tomber son voisin de pallier hétéro, Didier, dans ses filets, grâce à de l’alcool et de la musique vahiné et indienne : « Il est bon de planer. » Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu sort avec son nouveau copain, Jonathan, qui se dit chanteur ; et ce n’est pas la première fois que ça lui arrive : « Chez les pédés, c’est fréquent de tomber sur des mecs qui veulent être chanteur, acteur, mannequin. » (Matthieu, un des personnages homos de la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Je suis sorti avec un chanteur… et il travaille à Disney maintenant. » (idem) ; etc.

 

Dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, le couple lesbien Shirin/Atefeh regarde la Star Academy locale à Téhéran : elles rêvent de quitter leur pays, l’Iran, pour se lancer dans la chanson, et être l’agent l’une de l’autre : « Tu chantes et je deviens ton agent. » dit Ati ; et Shirin, dès la première phrase du film, lui promet de l’emmener vers « un endroit où elle sera son agent ». Dans le film « Compilation : 12 instants d’amour non partagés » (2007) de Frank Beauvais, pour revoir Arno, Frank lui propose de venir quotidiennement chez lui écouter de la musique, celle qui devient l’unique dialogue entre eux. Dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, au moment où ils vont sortir ensemble, Bilal va rendre à Malik ses disques : « J’vous ai rapporté vos disques… » Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le couple homo « chante son amour comme dans Les Parapluies de Cherbourg. » Dans sa chanson « Avec des si », Monis dit qu’« il a couché avec la Musique ». Dans le film « Sherlock Holmes » (2008) de Guy Ritchie, au moment où Sherlock Holmes invite Watson à l’Opéra, on comprend l’ambiguïté homosexuelle de la proposition. Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, Isabelle tombe amoureuse de la veuve Serena Merle, rien qu’en l’écoutant jouer du Schubert au piano : « Elle est charmante. Elle joue admirablement du piano. » Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara tombe sous le charme de Sonia en l’entendant chanter au micro un duo avec un musicien qui la dépucellera.

 

La musique ramène le héros homosexuel à l’enfance (… et à l’infantilisation anesthésiante). On retrouve souvent, dans la fantasmagorie homosexuelle, la présence des boîtes à musique : cf. le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, le film « Les Frissons de l’angoisse » (1975) de Dario Argento, la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec l’acteur travesti M to F et son tourne-disques), le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, etc. La musique dans les fictions homo-érotiques a très souvent un parfum nostalgique de pathos rétro. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, offre à Paqui, une femme mûre espagnole qu’il admire, un disque de Julio Iglesias. « Elle s’appelait Voom-Voom Pérez. Je ne manque jamais de lui apporter un petit cadeau : une paire de bas de soie ou une boîte à musique. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 39)

 
 

b) Over-music-dose :

Quand la musique est bonne… bonne bonne bonne… (un peu trop, même…). Le problème, c’est qu’à force de s’en gaver et de chercher à se réifier par elle, le héros homosexuel finit par se révolter contre elle, par être saoulé par cette étrange maîtresse dominatrice invisible qui ressemble plus à du bruit qu’à une mélodie harmonieuse : « Votre obsession pour la musique nous coûte une fortune. » (la Mère Générale s’adressant à sœur Augustine, dans le film « La Passion d’Augustine » (2016) de Léa Pool) ; « La musique, ça aide les gens à croire qu’ils ne s’ennuient pas ensemble. » (Stéphane, le héros homosexuel de la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Jeanne casse le disque et introduit les morceaux dans un grand moulin à café, elle tourne la manivelle. » (Copi, La Journée d’une Rêveuse, 1968) ; « Je déteste les cantatrices d’opéra, il est impossible de les faire taire. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Tu te tannes jamais de toujours écouter les mêmes chanteurs beugler les mêmes affaires plates à journée longue ? » (la mère du narrateur homosexuel, piquant des crises en rentrant dans la chambre de son fils, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 29) ; « Ça te changera de ta musique de dégénérés. » (Olga, la vieille, s’adressant à Anton, le héros homosexuel, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « Une chanson pop explosa dans sa tête, ne parvenant pas tout à fait à couvrir les cris tandis que les poings martelaient la chair. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 124) ; « À l’école, les garçons se moquaient de moi parce que j’écoutais des trucs de filles. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc.

 

Il est fréquent, dans les œuvres artistiques, que la musique soit présentée comme une drogue, une obsession, une mélancolie, une séduction diabolique, et même un instrument de torture qui entraîne le personnage homosexuel jusqu’au viol, la débauche et la mort. « Tout le monde vous dira qu’ils y vont parce qu’ils adorent la… musique. » (Jonathan, le héros homosexuel parlant du Dépôt, le centre de backroom près du Marais à Paris, et ironisant sur l’hypocrisie des clients qui n’avouent pas directement leur attraction pour le sexe et se trouvent l’excuse de l’ambiance musicale, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Je ne suis pas un warrior. J’écoute Céline Dion. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; « Tout cela m’est advenu par la faute de la musique. Cet art m’a fait plus de mal que de bien. » (le compositeur homosexuel Érik Satie dans la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Tu entends Le Roi des Aulnes. La mélodie de Schubert accompagne chacun de tes mouvements ; sous l’œil aguerri des kapos, une chorégraphie conduit ton labeur. » (Félix, le héros homosexuel dans le camp de concentration, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 99) ; « Les détonations s’enchaînent comme des accords de piano frénétiques. » (idem, p. 101) ; « Si vous l’entendez, il est déjà trop tard. » (cf. slogan du film « Jeepers Creepers, le Chant du diable » (2000) de Victor Salva) ; « Le jeune amant [Marcel, le héros homo] entend dans sa tête Jacques Brel qui chante ‘Voir un ami pleurer’, un des nombreux grands artistes que Bertrand lui a fait découvrir. Souvent Marcel doit aussi essuyer ses yeux mouillés. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 25) ; « Besoin de bruit même la nuit, sinon, j’suis insomniaque. » (cf. la chanson « L’Enfant de la pollution » de Ziggy, le héros homo de l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Je remets ce disque encore une fois. […] Je l’écouterais bien 100 fois. » (cf. la chanson « Encore cette chanson » d’Étienne Daho) ; « À la radio Call Me de Blondie, Contagieuse mélodie, Call Me, Call Me, Ronger sa mélancolie » (cf. la chanson « L’Étrangère » d’Étienne Daho) ; « Dès l’âge de 6 ans, je passais tout mon temps à écouter la radio américaine. Tard dans la nuit, je continuais d’écouter la voix des maîtres américains. Toni Tenille. Debbie Boone, Lou Reed, Iggy Pop, David Bowie. Ces artistes ont réussi à me marquer aussi fortement que la grille du four sur mon visage… Comment faire mieux que Toni ou que Lou ? » (Hedwig, le héros transgenre M to F du film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell) ; « Un bar bruyant […], tôt ou tard, je sature et j’ai besoin d’un break, de me trouver quelques étoiles, de respirer une louche d’air frais et de me sortir la Christina Aguilera de la tête. » (Michael, le héros homosexuel du roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 126) ; « C’était un soir de printemps, un soir de fête de la musique. La date fixée par le ministère était martelée par les téléviseurs depuis plusieurs jours. […] Les sons mélangés s’insinuaient dans le moindre recoin de l’appartement. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), p. 27) ; « Cette musique obsessionnelle, ce rituel du néant exaspérait beaucoup de mélomanes. » (Le narrateur à propos de la musique de boîte, idem, p. 52) ; « La musique – dire qu’elle était tonitruante serait un euphémisme – me brisait les tympans et me brassait la cage thoracique. […] Je me jurai de rester une demi-heure par pure politesse et de me sauver à la maison. Il était impossible de ne pas bouger, même à l’extérieur du plancher de danse, alors je faisais comme tout le monde, je me dandinais sur place en regardant évoluer le zoo qui m’entourait […]. J’aurais juré être une paillette de couleur au milieu d’un kaléidoscope manipulé par un fou. » (Jean-Marc, le héros homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 172) ; « Il songea que tout cela était trop fou, trop atroce pour être dit avec de simples mots. Une chanson idiote qui avait conduit 9 superbes jeunes hommes à une mort abominable, 9 couplets débiles qui avaient détruit 9 vie, soufflé 9 flammes. » (Rémi dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, p. 174) ; « Une de tes spécialités, la musique militaire. » (Michael parlant à Emory, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « J’en peux plus de cette musique ! » (Delphine excédée de la musique wagnérienne que son grand-père secrètement homo, Frédérick, écoute tous les matins dans la maison familiale, dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Un groupe de musiciens berbères est soudain apparu devant nous. Ils avaient l’air dangereux, très dangereux même, mais ils jouaient merveilleusement bien tout un répertoire du folklore du Sud marocain. […] Ils étaient tous noirs, ces musiciens. Absolument noirs. Et leur musique, fascinante, nous a obligés, Khalid et moi, à suspendre notre dialogue et à les écouter un bon moment. » (Omar, l’un des héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 115) ; « Esti fut soudain submergée par l’immensité de la situation. Elle [Ronit, l’héroïne lesbienne] était là. Après tant de temps. Ici. Une tension pesait sur son front, lui enserrait le crâne, un bourdonnement pareil à celui d’un engin électrique. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 85) ; « L’éclat lumineux […]. Dovid l’entendait dans ses oreilles, elle résonnait comme une musique aiguë, douloureuse. Belle et effroyable à la fois. » (idem, p. 240) ; « Cette Barbara Streisand, elle t’a pas un peu déformé le cerveau ? » (le père d’Howard s’adressant à son fils suite au coming out de ce dernier, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « C’est vrai que la musique adoucit les mœurs… » (Rodolphe Sand, tout en racontant sadiquement des horreurs, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « J’ai déjà pleuré sur du R’n’B français. » (Shirley Souagnon, racontant comment elle finit par adorer la « musique noire » au rythme de son père, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Nous les gays, on a une arme fatale : c’est Alizée. Alizée, elle te vide un immeuble entier. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, le concours Eurovision de la chanson est comparé à la cocaïne. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Donato, l’un des héros homosexuels, se saoule de musique arabisante en boîte, au point d’en perdre la tête. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 2 écoute de la musique militaire (fanfares) bien fort dans l’appartement. Dans le film « Love, Valour And Compassion » (1997) de Joe Mantello, la danse en tutu finale préfigure la mort du Sida de chacun des personnages homos. Dans le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò et les 120 Journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini, les récitals des quatre divas sont un avant-goût du déchaînement de violence de la dictature de Salò. Dans le film « La Vierge des tueurs » (2000) de Barbet Schroeder, le jeune Alexis passe son temps à allumer la musique à fond sur la chaîne hi-fi du salon. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, le libertin Emmanuel se plaît à écouter de la musique rétro, Charles Aznavour, pour pleurer en silence ses parties de jambes en l’air. Dans le vidéo-clip « Que mon cœur lâche », l’ange Mylène Farmer n’arrive pas à entendre ce que lui dit Dieu car elle écoute son walkman. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, la musique est mise trop forte et Franck ne veut pas la baisser. Toujours dans le même film, une ancienne amie portugaise de Matthieu, le héros homo décédé, vient innocemment rendre visite à la mère de Matthieu, Camille, sans savoir que Matthieu est mort, et lui offre le disque que ce dernier lui avait envoyé en cadeau : l’écoute solitaire de cet album par la maman est une torture qui la replonge dans la douleur du deuil. Dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain Canard, le coiffeur gay, n’a aucune distance par rapport à la musique, il se met dans tous ses états quand il entend quelques notes de piano ; il croit que le fantôme d’Isabelle, la concertiste, revient le persécuter. Dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, Julia, l’héroïne lesbienne, ne peut plus écrire tranquillement dans sa chambre tellement sa voisine, Lisa, écoute de la musique rock fort et refuse de la baisser. Dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire force Joséphine à écouter des 45 tours dans une cave, comme une séance de torture : « Vous connaissez pas la musico-thérapie ? » rit-elle sardoniquement. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam se met de la musique à fond dans son appartement, précisément pour s’oublier lui-même, se noyer dans l’alcool, danser avec le portrait de Benoît XVI, et décider de s’homosexualiser. Dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Harvey Milk regarde la mort scénarisée dans un opéra… qui préfigure sa propre mort imminente.

 

Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, entre les locataires de la maison coupée du monde, c’est la guerre (apocalyptique) du « son » où chacun essaie d’imposer sa musique : « Les habitants de la tour de Babel ne toléraient que leur propre musique, ne s’intéressaient qu’à elle, par principe et avec obstination, espérant toutefois l’imposer aux autres, à force de la diffuser à un volume maximal. Ils s’indignaient alors de l’indifférence qu’elle rencontrait, comme on s’offusque d’une évidence mal comprise, incapables d’envisager que l’agression n’est jamais qu’une séduction […]. Au fond, chacun d’entre eux aurait donné cher pour obtenir le silence. Mais comme chacun considère ses déjections comme un prolongement de soi et les supporte mieux que celles des autres, chacun préférait s’abîmer les tympans avec sa propre pollution sonore, plutôt que de subir celle du voisin. Alors c’était la guerre par le bruit. L’affirmation chaotique et arrogante de soi par l’exhibition musicale. » (pp. 150-151)

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, écoute toujours de la musique à fond. Sa mère pète un plomb : « C’est cacophonique ! » Kyla, la voisine qui donne des cours particuliers au jeune homme, le supplie de baisser la musique : « La musique, Steve, baisse-la. » Lors d’une séance de karaoké, où Steve se ridiculise, la prestation vire à la vision d’enfer : le héros voit tous les clients du bar ricaner, puis en menace violemment un avec une bouteille de bière car il ne gère pas l’humiliation.
 

Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, parle carrément d’une possession de son corps par l’âme des chanteuses qu’il imite : « Madonna, quand elle rentre, pour la faire sortir… [c’est pas gagné !] » On retrouve la même idée dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, avec Norbert qui se retrouve possédé par le fantôme d’Édith Piaf : « Édith, sors de ce corps !!! »

 

Film "Xenia" de Panos H. Koutras

Film « Xenia » de Panos H. Koutras


 

Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, a été tellement gavé de musique kitsch qu’il régurgite et fait une scène à son grand-frère Ody quand il l’entend rechanter des tubes de leur enfance pour se préparer à un concours de chansons : « C’est de la soupe ! » récrimine-t-il (ce à quoi l’agent homo de Ody, Tassos, lui rétorque qu’il n’a pas à se plaindre et à être ingrat : « N’oublie pas que cette soupe t’a nourri pendant des années ! »). Plus tard dans le film, Dany réutilise la musique de son enfance comme une matraque qu’il retourne contre son propre géniteur. En effet, il fait écouter en direct depuis son téléphone portable l’audition vocale de son grand-frère Ody à la Greek Star (l’équivalent de l’émission de télé-réalité The Voice en Grèce) tout en pointant son flingue contre son prétendu père biologique et Vivi la nouvelle femme de celui-ci. Il les oblige même à applaudir la prestation musicale qu’ils entendent. On voit donc très bien ici que la musique est considérée comme un instrument de torture, comme un pistolet.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, la musique annonce des catastrophes. Par exemple, Jonas, le héros homosexuel, écoute des cochonneries sur la sexualité sur Fun Radio. Plus tard, il se rend avec son amant Nathan dans le club gay Boys Paradise, sont refoulés à l’entrée, et finissent par être accostés par un prédateur qui les amènent dans un autre club, La Dolce Vita, qui est une discothèque homo fictive. Sur le trajet, le prédateur homo, qui a l’air pourtant d’avoir des goûts musicaux de midinette (il écoute à fond la chanson « T’en va pas » d’Elsa, et ne veut pas baisser le son), refuse de faire descendre les deux jeunes garçons et donne un coup mortel à Nathan. Les paroles « Nuit tu me fais peur, nuit tu n’en finis pas comme un voleur. » résonnent comme une préfiguration du drame à l’issue duquel Jonas ne reverra plus son compagnon.
 

La musique ou la danse sont à la fois les bâtons privilégiés de l’homophobie ordinaire (ou de l’homophobie intériorisée), et les vecteurs, selon certains héros homosexuels, de leur identité homosexuelle « profonde » (cf. le film le film « Billy Elliot » (1999) de Stephen Daldry). « Pour une fois qu’un prof de danse n’était pas pédé… » (Océane Rose Marie, La Lesbienne invisible, 2009) ; « Danser, c’est pour les pédés. » (Kevin dans la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell) ; etc. Par exemple, dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Stella, l’héroïne lesbienne, traite Prentice de « Sissy » parce qu’il fait des mouvements de danse sur la plage. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus. Mark dit fièrement aux journalistes que grâce au travail des mineurs gallois qu’il soutient avec son groupe LGBT, « les gays comme lui peuvent prendre leur pied sur du Bananarama ». Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Howard écoute seul chez lui une cassette d’un guide vocal qui donne des cours de masculinité (une sorte de méthode assimil pour redevenir hétéro) et le met à l’épreuve en lui faisant écouter « I Will Survive » de Gloria Gaynor pour qu’il ne craque pas et ne bascule pas du côté obscur de la force ( = l’homosexualité). Ce « tempo endiablé et démoniaque » a malheureusement raison de lui, finit par produire l’effet inverse escompté puisqu’Howard se met à danser comme une tapette : la voix du coach « hétéro », impuissante face aux décibels disco, devient agressive, insultante (« Soyez un homme ! Faites n’importe quoi mais ne dansez pas !!! Arrêtez de tortiller des fesses, espèce de grande folle !!! »)… pour finalement s’avouer vaincue et s’homosexualiser elle aussi (« Alors ? Comment tu t’en es sorti, mon mignon ? ») !

 

 

Dans quasiment toute la production du réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder, la musique rend fou. Par exemple, dans le film « Lili Marleen » (1980), la torture qui est infligée à Robert, jeune musicien d’origine juive amoureux de la célèbre chanteuse allemande Lili Marleen, c’est d’entendre en boucle le disque rayé de sa dulcinée dans sa cellule carcérale. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997), Franz tourne en rond dans l’appartement qu’il partage avec son amant Leopold, écoute sans arrêt les mêmes morceaux musicaux (notamment l’« Alleluia » de Haendel) et rumine son amertume amoureuse ; Leopold finit par péter un plomb : « Et cette maudite musique !! Il faut toujours qu’on entende des musiques de ce genre ??? Éteins la musique !! » Dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil, Tom, le fan de Mylène Farmer, est interné en hôpital psychiatrique à cause de sa passion.

 

Film "Lili Marleen" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Lili Marleen » de Rainer Werner Fassbinder


 

Le monde de la nuit en boîte homosexuelle représente cette organisation institutionnalisée de la torture musicale « consentie », « autorisée », aseptisée, à cause du manque de communication et d’humanité qu’instaure l’excès de décibels : cf. le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, le vidéo-clip de la chanson « Le Slow » de Zazie, la comédie musicale Sauna (2011) de Tom Evanicki et Esther Daack, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le téléfilm « Juste une question d’amour »(2000) de Christian Faure, le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec Gabriel, DJay à la soirée de Karina), le roman Vernon Subutex (2015) de Virginie Despentes, etc. « Je n’y vais plus. J’en ai marre des boîtes. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, la rencontre en boîte homo que fait le héros bisexuel avec Karim se finit presque en « tournante à quatre ». Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, l’ambiance en discothèque lesbienne est très malsaine : les clientes se disputent les nouvelles recrues comme de la chair fraîche. Dans le film « La Partida » (« Le Dernier Match », 2013) d’Antonio Hens, Reinier et Juan se rencontrent lors d’une sortie en boîte sous ecstasy. Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Glen et Russell sortent ensemble en boîte gay parce qu’ils sont désespérés et dégoûtés de l’amour (leur histoire d’« amour » ne durera qu’un week-end, d’ailleurs). Le film « D’un trait » (2004) d’Alexis Van Stratum se déroule en boîte gay et illustre la descente aux enfers de toute personne homosexuelle qui fréquence le monde de la nuit homo. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach sort avec Danny en boîte sans savoir qu’il est un de ses élèves de fac. Dans l’épisode 98 « Haute Couture » de la série Joséphine ange gardien, Dallas, l’assistant-couturier homosexuel de Cecilia, s’appelle en réalité Claude François. « Ma mère l’adorait. » À la fin, il mime avec Joséphine le coup de griffe de « Baracouda » de la chanson « Alexandrie-Alexandra »… et porte la Marque de la Bête.

 

Les discothèques gays dans les fictions homo-érotiques sont parfois le théâtre de l’horreur (à cause d’un attentat, d’un incendie ou des violences qui s’y déroulent entre clients). Par exemple, dans la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, le meurtre du barman a lieu un soir d’orgie, lors d’un « bal macabre » (p. 83) dans une backroom d’une boîte homo de Pigalle. Dans le film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, la bande de morts-vivants homosexuels hantant la maison de Marc et Emma a péri dans une boîte gay qui a brûlé dans les années 1970. Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, une explosion de chaudière mettant le feu à une fête interlope fait un carnage très meurtrier dans l’Hôtel Continental. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, un maquereau veut lancer Davide, le héros homosexuel, dans la chanson. Il apparaît comme le chevalier blanc (il porte un costard blanc, a une belle voiture blanche). Mais en réalité, c’est pour s’attirer les faveurs sexuelles du petit. C’est de la prostitution pédophile déguisée (Davide a quatorze ans). Il se lamente de « la musique de merde » qu’écoutent les prostitués qu’il entretient financièrement.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Mélo-men:

Film "Pink Narcissus" de James Bidgood

Film « Pink Narcissus » de James Bidgood


 

Nos pays occidentaux peu à peu nous le prouvent à leur insu, à travers des émissions de variétés, de télés-crochet, telles que The Voice (concours de voix) où les finalistes sont particulièrement androgynes et souvent homosexuels : il y a de nombreux croisements entre désir homosexuel et musique.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont mélomanes et ne vivent que par/pour la musique : il n’y a qu’à voir les films de Gaël Morel, Xavier Dolan, François Ozon, Pedro Almodóvar, Stephan Elliott, Panos H. Koutras, les one-man-show de Samuel Laroque, Jérôme Loïc, Yoann Chabaud, Rodolphe Sand, les pièces de Michel Heim, Martial Di Fonzo Bo, Franck Le Hen, qui sont des clips rallongés en longs métrages, pour s’en persuader. Certaines ont des discothèques impressionnantes : c’est le cas de Michel Gaubert, entouré de tous ses vinyles. Elles exercent parfois le métier de chanteurs, de musiciens, de danseurs, de compositeurs, de chorégraphes : Emmanuel Moire, Elton John, George Michael, Vaslav Nijinski, Jacques Chazot, Patrick Dupond, Rudolf Noureev, Jean Sablon, Charles Trénet, Érik Satie, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Ricky Martin, Sinead O’Connor, Leonard Bernstein, Benjamin Britten, Camille Saint-Saens, Manuel de Falla, Georges Gershwin, Maurice Ravel, Anne-Laure Sibon, Maurice Béjart, Catherine Lara, Janis Joplin, Sergei Diaghilev, Freddy Mercury, Jimmy Sommerville, Boy George, Patrick juvet, Étienne Daho, Dave, Ari Gold, Morrissey, Klaus Nomi, Johannes Brahms, Frédéric Chopin, Jean-Baptiste Lully, Franz Schubert, William Young, Stephen Gately, Hervé Vilard, Luis Mariano, Félix Mayol, K.D. Lang, Yvonne George, Suzy Solidor, etc. Je vous renvoie au documentaire « Porträt Marianne Rosenberg » (1976) de Rosa von Praunheim (dédié aux stars du disco), le documentaire « Hang The DJ » (1998) de Marco et Mauro La Villa, le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin (avec Joseph, le sorcier gay, qui a dans sa chambre un énorme poster des Spice Girls), etc.

 

Par exemple, en 2009, Eytan Fox a dirigé la série musicale Mary Lou, d’après les chansons de la célèbre chanteuse Tzvika Pik, fable moderne où un jeune homosexuel part à la recherche de sa mère. Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte que, pendant son adolescence, il a été élu meilleur danseur de son école. En 2013, Benjamin Millepied, le pianiste lyrique, a fait la Une du magazine Têtu. De mon côté, la musique a toujours été centrale dans la construction de mon identité et de ma sexualité (j’ai créé, à une période, beaucoup de sketchs construits sous la forme du film « On connaît la chanson » (1997) d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri).

 

mille

 

Pour certaines personnes homosexuelles, l’identification à la danse ou la chanson est totale : « Je ne chante pas des chansons ni les interprète. Moi je suis la chanson. » (Boule de Neige cité par Deny Extremera, « Bola de Nieves : Yo Soy La Canción. », sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003)

 

« Sur ma lancée d’organisateur de jeux pour le quartier, je pris en charge les fêtes de la Saint-Jean. J’avais tout juste treize ans. Je montai une comédie musicale avec mes camarades, abusant du play-back. C’était le début du disco et je me trémoussais avec enthousiasme durant le spectacle, incarnant… des chanteuses. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière, 2011, pp. 29-30) ; « Mes goûts aussi, toujours automatiquement tournés vers des goûts féminins sans que je sache ou ne comprenne pourquoi. J’aimais le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées. […] Mon père pensait que le football m’endurcirait et il m’avait proposé d’en faire, comme lui dans sa jeunesse, comme mes cousins et mes frères. J’avais résisté : à cet âge déjà je voulais faire de la danse ; ma sœur en faisait. Je me rêvais sur une scène, j’imaginais des collants, des paillettes, des foules m’acclamant et moi les saluant, comblé, couvert de sueur – mais sachant la honte que cela représentait je ne l’avais jamais avoué. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 29-30) ; « La musique et les boîtes disco ont été essentiels dans le développement de la culture gay. » (Steve Blame interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « La musique d’Amanda Lear m’a aidé à accepter mon aberration. Je me disais que la chanson d’Amanda Lear ‘Follow Me’ est peut-être plus aberrante que ce que j’éprouve. En ce sens, elle m’a beaucoup aidé et ça m’a rendu plus fort. J’avais tous les disques d’Amanda Lear. Je les connaissais par cœur. Et ça a vraiment renforcé ma confiance en moi. » (Hape Kerbeling, idem) ; « La Symphonie de Franck. Je l’ai aimée depuis mon adolescence. Pour une raison que je ne m’explique pas bien, cette musique m’a toujours donné l’impression d’être couleur de violette, peut-être à cause de sa mélancolie, sa douce nostalgie de je ne sais quel bonheur. […] De la musique encore et encore. Elle me donne ce que les mots ne me donnent jamais tout à fait. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, mars 1981, pp. 15-18) ; etc.

 

La musique est considérée par la communauté homosexuelle comme un univers merveilleux, magique, meilleur que la réalité. « Ma première émotion artistique, je la dois à la radio. Je me souviens très précisément des soirs où, de mon lit, j’entendais le poste dans la salle à manger : Rina Ketty, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Mistinguett chantaient et j’étais fasciné par ces voix lointaines qui berçaient mon imagination et m’endormaient dans un sommeil de fête. J’écoutais ces musiques très gaies, les réclames, et j’avais l’impression qu’à Paris tout le monde dansait, s’amusait, que personne ne travaillait, que les gens passaient leur temps à chanter dans les rues. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 23) ; « Du piano à la découverte de cette autre ‘sensation’, j’appris également les techniques du chant. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 36) ; « C’était la belle époque, celle de mes découvertes musicales et de ma passion pour la musique. » (idem, p. 45) ; « C’était une époque où la radio possédait encore tout son pouvoir d’envoûtement. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 149) ; etc. Rappelons par exemple qu’en France, l’ancien Ministre de la Culture, Jack Lang, bisexuel, est à l’initiative de la Fête de la Musique. Par ailleurs, force est de constater que les Gay Pride du monde entier reposent exclusivement sur la musique.

 

Quand j’ai demandé, le 12 février 2014, à un ami pianiste professionnel (lui-même homo) s’il y avait beaucoup de personnes homos dans le monde du piano, et quelle était la proportion, il m’a répondu : « Ah oui, énormément ! Dans le milieu musical classique en général d’ailleurs… C’est tellement particulier le Conservatoire, le monde des Concours, même l’apprentissage d’un instrument à haut niveau, qui doit se faire très jeune, il faut à la fois une force et stabilité intérieures immenses, et en même temps, une sensibilité extrême… Donc pour avoir les deux, cela repose souvent sur des failles, des blessures intérieures, et l’homosexualité en fait partie… D’où le nombre ahurissant de gays au Conservatoire de Paris, dans toutes les disciplines, partout… » J’ai eu droit aux mêmes constats de la part de grands connaisseurs des milieux des chorales, des organistes, ainsi que des danseurs classiques/modernes !

 

 

Le monde de la musique classique ou de l’Opéra lyrique regorge de personnes homosexuelles, très attirées par la confusion entre éthique et esthétisme. « À dix-neuf ans, Jean-Luc [homosexuel de 27 ans], le petit étudiant, se trouvait, par les hasards de l’amour, l’amant de l’un des premiers secrétaires d’ambassade des U.S.A. En quelques mois, nouveau prince de Paris, il se voyait offrir sa loge réservée à l’Opéra, une voiture et tout l’argent de ses désirs. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 73) ; « Ces hommes qui, à travers promenades et conversations érudites sur les pièces de théâtre, l’opéra, les musées ou les voyages, parlant le plus souvent deux à trois langues, vous font faire un marathon culturel en s’affirmant intellectuels et appartenant à une autre catégorie de gens. Entre eux et moi, l’argent s’imposait c’est vrai. Mais leurs convictions également. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de ses connaissances homosexuelles qu’il qualifie de « vautrés dans la culture », dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 122) ; « Deux êtres se rencontrent et une musique s’élève. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

Opéra Dictators And Bishops

Opéra Dictators And Bishops


 

La cantatrice tragédienne (Maria Callas en première ligne, mais aussi Élisabeth Schwarzkopf, Natalie Dessay, Jessye Norman ; et toutes les tragédiennes chanteuses de la culture pop : Jeanne Mas, Mylène Farmer, Lady Gaga, Dalida, Barbara…), par son interprétation fragile et forte du malheur amoureux, et par sa vie sentimentale tumultueuse, est facilement élue porte-parole du mal de vivre que la communauté homosexuelle souhaite nier/exprimer par l’esthétique tragique musicale.

 

MUSIQUE Schneider

 

Et un grand nombre d’Opéras (classiques ou opérettes modernes) incorporent directement la question de l’homosexualité dans leur intrigue (cf. voir ici la liste): cf. King Arthur (2009) d’Hervé Niquet, Billy Bud (1951) de Benjamin Britten, Alas (2008) de Nacho Duato, etc. Dans un registre plus populaire, les soap operas et les comédies musicales sont très prisés par le milieu interlope : cf. Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall, Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks, Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, Adam et Steve intégrée au film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Ball Im Savoy (Bal au Savoy, 1932) de Paul Abraham, comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, Le Cabaret des hommes perdus (2006) de Christian Siméon, Chienne (2011) d’Alexandre Bonstein, Madame Mouchabeurre (2010) de Michel Heim, Mon ange au masculin (2013) de Marie-Claire D’Or et Alexia Vé, « West Side Story » (1960) de Robert Wise, « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini, La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, Une Étoile et moi (2009) d’Isabelle Georges et Frédéric Steenbrink, Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy, HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, Hairspray (2011) de John Waters, Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (qui parodie les soaps operas), etc. Et puis quand on descend encore plus bas, on a les concerts hardos et vulgos camp : Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Tirez sur la pianiste (2011) d’Anne Cadilhac, le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, etc.

 

Opéra Eugène Onéguine de Piotr Ilitch Tchaïkovski

Opéra Eugène Onéguine de Piotr Ilitch Tchaïkovski


 

Beaucoup des chanteuses et des chanteurs qui plaisent aux personnes homosexuelles disent d’ailleurs que la musique peut se substituer à la vie réelle : Madonna, Britney Spears ou encore Lady Gaga nous font régulièrement le coup.

 

 

Un grand nombre de personnes homosexuelles considère la musique comme un être humain réel, à qui elles peuvent ressembler et s’identifier. « La première fois que j’ai entendu le mot homosexuel, c’était à la radio, j’avais quatorze ans, et j’écoutais la radio le soir tard, dans mon lit. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 64) ; « Je me suis jeté à corps perdu dans la musique, à raison de cinq à six heures de piano par jour. » (Jean Le Bitoux, Citoyen de seconde zone (2003), p. 59) ; « Une bonne moitié des artistes mâles de la danse sont entraînés vers des complications sexuelles hors nature, par suite de la trop grande présence de la femme et surtout de la sexualité dans ce métier. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 200) ; etc. C’est leur manière de devenir une poupée magique. Par exemple, dans les documentaires « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan et « Boy I Am » (2006) de Sam Feder et Julie Hollar, les personnes transsexuelles interviewées ont tout fait pour ressembler à leur idole de la chanson : Nicco (née femme) ressemble à Eminem, Axel (née femme) à Pascal Obispo, Manuela (né homme) à Loana, Bambi (né homme) à Coccinelle, Claire (né homme) à Stone, et Nancy (né homme) à Joséphine Baker.

 

En général, le lien qu’entretiennent les sujets homosexuels avec la musique est de nature incestueuse, nostalgique et fusionnelle. « J’ai une maman chanteuse qui m’a toujours fait chanter. » (le chanteur homosexuel Halim Corto dans l’émission Je veux te connaître de la Radio de Nancy RCN le 25 octobre 2011) Par exemple dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, le lien incestuel entre le fils homo (Kai) et sa mère (Junn) tient à un fameux CD que le premier oublie toujours de lui donner (après quatre oublis, Kai finira par mourir).

 

Plus encore, beaucoup de personnes homosexuelles croient que la musique est un amant à qui elles peuvent faire une déclaration d’amour. « Toute suite ça a été une grande histoire d’amour avec la musique. […] Quand j’arrête de parler, j’ai encore de la musique dans la tête. » (Étienne Daho dans l’émission Alcaline sur France 2 le 20 février 2014) ; « Les chansons que j’écoutais à la radio me confirmaient dans mes certitudes au sujet de l’amour. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 44) ; « Une fois rentrées à la maison, nous avons écouté Jessye Norman en nous serrant tendrement l’une contre l’autre sur le vieux canapé du salon où nous avions pris place. » (Paula et Catherine, dans l’autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, p. 46) ; etc. Le phénomène des groupies ou des fan club a été/reste largement cautionné par elles : cf. les biographies Mylène Farmer phénoménale (2005) et Sainte Mylène, priez pour moi ! (2007) et Madonna absolument ! (2008) d’Erwan Chuberre, la chanson « Comme dans une chanson d’Anne Sylvestre » de Jann Halexander, le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, (où Gustav est fan de Madonna), la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo (avec David Bowie envisagé en tant que religion), etc. Les icônes de la communauté homosexuelle actuelle sont davantage chanteuses qu’actrices, peintres, ou mannequins. « Il existe plusieurs patriotismes. J’écoute Mistinguett comme l’Écossais la cornemuse. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Cocteau et compagnie » (2003) de Jean-Paul Fargier)

 

D’ailleurs, la rencontre amoureuse homosexuelle se fait souvent sur un air de musique ou dans des lieux musicaux envahis de sons. « Le chanteur est arrivé : la foule s’est agitée, elle s’est compressée en direction de la scène. Le corps de l’homme s’est retrouvé poussé contre le mien, collé au mien, et à chaque mouvement de foule nos corps entraient en friction. Nous étions de plus en plus serrés l’un contre l’autre. Il souriait, gêné et amusé, le corps irradiant l’odeur de la sueur. J’ai perçu son changement d’état, son sexe se dresser progressivement et cogner le bas de mon dos, presque en cadence, au rythme de la musique, chaque fois plus gros et plus raide. C’est la fièvre qui m’a saisi cette nuit-là. Je n’ai pas bougé pour maintenir mon corps contre le sien alors que la musique m’était insupportable. Après cette nuit je l’ai écoutée encore et encore pour essayer de reconstituer, au moins dans mes rêves et mes pensées, le souvenir de cet homme.» (Eddy Bellegueule, En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 177)

 

La musique ramène les personnes homosexuelles à l’enfance (… et à l’infantilisation anesthésiante). Les chansons aimées par certains membres de la communauté homosexuelle choisissent très souvent comme trame de fond un air de boîte à musique (cf. la « Everytime » de Britney Spears, « Je t’écris » des Valentins, « J’aime, j’aime pas » et « Lola majeur » de Zazie, « La Bûddha Affaire » d’Indochine, « Hijo De La Luna » du groupe Mecano, « Ainsi soit-je » et « Effets secondaires » de Mylène Farmer, etc.). L’homosexualité est d’ailleurs associée dans leur répertoire musical aux comptines enfantines (cf. « Quel souci La Boétie ! » (1987) de Claudia Phillips – chanson racontant l’amitié entre Montaigne et La Boétie sur l’air d’« Am stram gram » –, les chansons « L’Âme-Stram-Gram », « Consentement » ou encore « L’Amour n’est rien » de Mylène Farmer, etc.).

 
 

b) Over-music-dose :

La musique occupe une place tellement importante dans le mode de vie de la plupart des personnes homosexuelles qu’elle en devient envahissante et anti-relationnelle. Par exemple, parmi les rares hommes avec qui je suis sorti, je constatais avec désolation et frustration que tout leur quotidien était rempli par leurs goûts musicaux au point qu’ils n’étaient pas capables de parler d’autres choses, qu’il n’y avait pas de place pour moi dans leur cœur (et pourtant, Dieu sait si j’aime la musique, la danse, les karaokés, et que je peux passer une soirée entière à ne discuter que de musique !). Par ailleurs, j’ai remarqué que dans les restaurants étiquetés publiquement gays, la musique y était mise plus en avant et plus forte. Celle-ci contribue tout autant à la convivialité qu’à l’isolement et aux pratiques violentes, anonymes. Je comparerais donc les effets de la musique exactement à ceux de l’alcool.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Quand la musique est bonne… bonne bonne bonne… (un peu trop, même…). Le problème, c’est qu’à force de s’en gaver et de chercher à se réifier par elle, beaucoup de personnes homosexuelles finissent par se révolter contre elle, par être saoulées par cette étrange maîtresse dominatrice invisible qui ressemble plus à du bruit qu’à une mélodie harmonieuse. Elle est même souvent notre premier cache-misères : « Je dissimulais les taches de moisissure [sur le mur de ma chambre] avec des posters de chanteuses de variétés ou d’héroïnes de séries télévisées découpés dans les magazines. Mon grand frère, qui préférait, comme les durs, les chanteurs de rap ou la musique techno, se moquait ‘T’en as pas marre d’écouter que de la musique de gonzesse’. » (Eddy Bellegueule, En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 79)

 

Il est fréquent, dans le discours des personnes homosexuelles, que la musique soit présentée comme une drogue, une obsession, une séduction diabolique, et même un instrument de torture qui les entraîne jusqu’à la folie, le viol, la débauche et parfois la mort. « Oui, il y avait un secret entre le piano et moi. Je n’y touchais jamais que seule, mais je le fis aussi souvent que possible cet été-là. C’était aussi violent que magique. » (Carson McCullers, la romancière américaine lesbienne dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 31) ; « Y’a des musiques et des mots qui vous transpercent de part en part. » (Étienne Daho, juste avant de chanter Le Condamné à mort lors de son concert à Rueil en 2008) ; « T. ne supporte pas la solitude, ni le silence : dès qu’il entre dans la chambre d’hôtel, dès qu’il se réveille, il doit mettre la radio, ou allumer la télévision. » (Hervé Guibert, Le Mausolée des amants (2001), p. 29) ; « Dans son office où il [le père Basile, son violeur] me recevait les après-midi, il y avait non seulement de quoi manger et boire, mais également un piano où je m’amusais à jouer n’importe quoi et n’importe comment. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 35) ; « Dans son château, le Marquis de Sade renouvelait ce qu’il appelait ‘les sept jours de Sodome et Gomorrhe’, où il sodomisait ‘en musique’ jusqu’à douze jeunes garçons dans la même matinée. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 160) ; « Quand le danseur espagnol s’est fait insulter par les autres élèves sur le ring, il a utilisé la cadence des injures pour exécuter une danse gitane. Quelque temps plus tard, les mêmes élèves, pour l’humilier, ont voulu introduire un morceau de craie dans son anus. Il a tellement crié qu’ils ont arrêté net. Dans ses cris, le danseur a découvert une voix ample que de temps en temps il utilise avec succès dans son répertoire de chansons espagnoles. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 162) ; « Sabah y était plus blonde et plus figée que jamais. Sa voix n’avait miraculeusement pas changé mais son visage blanc était devenu un masque, celui de la mort peut-être. […] Mais ce retour-événement était, au fond, lui-même triste. Sabah n’était plus Sabah. L’âge d’or cinématographique et musical que je connaissais très bien et auquel elle avait contribué était révolu depuis au moins trois décennies déjà. » (Abdellah Taïa parlant d’une de ses chanteuses fétiches, Sabah, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 67) ; « Ils me tirent les cheveux, toujours la lancinante mélodie de l’injure ‘pédé, enculé’. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs au collège, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 38) ; « Je fais de ma musique une arme. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

Par exemple, lors de son concert à Rueil en 2008, Étienne Daho choisit pour décor scénique un disque vinyle en spirale sur la chanson « Le Grand Sommeil », comme pour figurer l’hypnose ou le lavage de cerveau qu’opère la musique dans sa vie. Dans son récit autobiographique Nicolas Pages (1999), Guillaume Dustan compare les sensations provoquées par les pulsations de la techno qu’il entend dans les boîtes gays au stage prénatal du ventre maternel, à quelque chose de très bestial et régressif au niveau de la sexualité.

 

La musique de boîte agit comme un accélérateur de pulsions, d’adrénaline, d’attraction physique violente et diabolique, à cause du manque de communication et d’humanité qu’instaure l’excès de décibelles : « J’essaie de me rappeler. Le début. Ce qui m’a attiré. La nuit. Une boîte de nuit où je me rendais pour la première fois de ma vie. La foule branchée que je n’aimais pas. […] Il dansait. Seul. […] Plus tard, audacieux, je lui ai parlé, je l’ai complimenté. Il a levé les yeux, a souri et moi je suis tombé amoureux, immédiatement, instantanément. On appelle ça le coup de foudre. Moi, j’appelle ça la reconnaissance mutuelle. […] Je ne l’ai pas quitté. Il ne m’a pas quitté. On a dansé ensemble. Une fois. Un slow. ‘Pull marine’. Isabelle Adjani. » (Abdellah Taïa parlant de Slimane, son « ex » qui l’a tant fait souffrir, dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 108) ; « Je levais les yeux vers les spots dont la puissance s’accroissait aux rythmes de la musique, troublé par l’attirance vers cet inconnu. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 66) ; « Plus tard, à l’approche de la première lumière qui annonce le grand jour, je me retrouvais dans sa chambre sans trop savoir pourquoi. Sa forte ombre qui tournait autour de moi bourdonnait des mots incompréhensibles, tel un chanteur aux mâchoires serrées. […] La sensation de beauté qui m’avait ébloui la veille, laissa la place à un visage banalement masculin, pas nécessairement très beau mais sexy, avec un air d’ivresse dans les yeux. » (idem, pp. 66-67) ; « Une musique à briser tous les tympans, le disque pétaradait. » (idem, p. 132) ; « Les lumières paralysantes, la musique hurlait pour couvrir la rumeur générale qui s’amplifiait. » (idem, p. 133) ; « Je me suis mis à marcher derrière Bruno comme quand on suit aveuglément l’amour, pour trouver au comptoir un centimètre carré disponible. Lumières paralysantes, la musique hurlait pour couvrir la rumeur générale qui s’amplifiait alors que, les bières se vidaient. Hommes enlacés, bouche à bouche, sexe à sexe, ils se déchaînaient pour un soir en libérant toutes leurs pulsions, le temps de vivre leurs désirs. Les plus âgés, relativement plus calmes, ‘des aventuriers de l’âge perdu’, comme les appelait Bruno, qualification qui me déplaisait fortement, lorgnaient sans doute vers le passé déchu qui s’écoulait à la vitesse des perfusions. » (idem, p. 133) ; « À être entassés les uns sur les autres, à vivre en permanence dans l’agitation, on perd vite l’exercice d’une liberté responsable. Il suffit d’un bon rythme de techno pour faire perdre en partie conscience de soi à quelqu’un. Une quantité suffisamment élevée de décibels, et une bonne rythmique qui cible votre personne à travers son cerveau reptilien, et vous êtes en état de quasi-hypnose collective. » (Père Samuel, frère jésuite, « Les Structures de péché », Actes du colloque de Banneux, les Attaques du démon contre l’Église, 2009, p. 56)

 

À ce propos, il n’est pas anodin que beaucoup de personnes homosexuelles ayant fait partie de la « Génération Clubbing » ou « Disco » des années 1970-1980, ont connu la mort par le Sida. Je pense par exemple au compositeur de disco américain, Patrick Cowley, mort en 1982.

 

Patrick Cowley

Patrick Cowley


 

La musique aurait-elle donc le pouvoir de tuer ? Bien sûr que nous. Mais de faire le lit de la souffrance et de la violence, parfois oui.

 
 

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