Ça paraît dingue qu’un sujet aussi invisible, apparemment révolu et historiquement lointain, ait encore autant d’influence et parvienne à imposer une telle omerta aujourd’hui, surtout dans les plus hautes instances décisionnelles de l’Église. Et pourtant, c’est ce qui se passe.
 

Connaissant des cas concrets, je vois qu’un certain nombre d’évêques, du fait d’être tenus au secret de confession, du fait d’avoir été sensibilisés par un parcours douloureux d’une personne homo de leur entourage, du fait d’avoir été mis au courant d’un secret qui accompagne l’homosexualité et qui est lié à une énorme souffrance (pour les hommes homos, ce sera en général une séropositivité, une agonie accompagnée dans le cadre d’un « couple », l’expérience d’un deuil ; pour les femmes lesbiennes, ce sera soit un viol, soit un désir de maternité ou une maternité menée à terme), du fait d’avoir été marqués par les « années Sida », du fait aussi de leur éloignement des réalités parfois effrayantes du monde (les fidèles catholiques n’osent pas souvent déballer le plus trash de leur vie à un évêque), ont tendance à se laisser impressionner, noyauter et intimider par l’homosexualité au point de la valider (sous forme d’« identité » ou d’« amour ») en comparaison à cette souffrance avouée censée la dépasser. Par un subtil chantage aux sentiments, basé sur des faits et des situations dramatiques réelles, on leur a acheté leur silence, ils se sont sentis flattés d’avoir été introduits dans le secret inconnu du diable ou du mal, ils sont tentés de s’enorgueillir ou de s’effrayer des souffrances et des violences humaines mondiales cachées derrière le rideau rose de l’homosexualité. Et je crois que beaucoup d’évêques sont tenus au silence rien qu’à cause du Sida. Ils ont troqué l’homosexualité contre le Sida, et plus fondamentalement la Vérité contre la confidence taboue grave. Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans bien des cas concernant l’homosexualité, la séropositivité est le secret additionnel qui achète le silence des évêques sur l’homosexualité et transforme cette dernière en pratique/identité tacitement validée comme un lot de consolation, une complicité d’éprouvés invisibles. Ma main à couper que les situations de tragédie et de grandes souffrances en lien avec l’homosexualité (Sida en tête) court-circuitent le discernement de beaucoup de prélats. C’est pour ça que je dis aux quelques évêques qui me lisent ou me liraient : « Ne vous laissez pas impressionner/embobiner/corrompre par le Sida ! Y compris et a fortiori en 2018 ! L’homosexualité n’est pas le VIH ! Et un mal plus impressionnant ne valide pas un mal moins impressionnant. Ne ménagez pas les personnes séropos et parfois homos-séropos ! Ne jouez pas à la marchande ni aux confidentes flattées de connaître l’Horreur ! Ayez un cœur, mais à la bonne place. Sortez du marché de la compassion ou au contraire de la réaction dépassionnée. »