fantasmagorie

Fantasmagorie de l’épouvante

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

Film "Poltergay" d'Éric Lavaine

Film « Poltergay » d’Éric Lavaine


 

Pourquoi les films d’horreur attirent autant le désir homosexuel ? D’un côté, on pourrait se dire qu’ils ne concernent essentiellement qu’un public masculin en quête de sensations fortes. Pour des raisons culturelles, les hommes seraient en effet prédisposés à relever des défis, à encaisser davantage les fortes montées d’adrénaline, à regarder des images insoutenables en face sans se dérober. De l’autre, à y regarder de plus près, les films d’épouvante les plus connus défendent l’émancipation de la femme, à travers la figure d’une héroïne courageuse qui sort de son rôle de femme-potiche pour endosser celui du guerrier. Ça peut être une des explications de l’engouement de beaucoup de personnes homosexuelles pour ce genre de films. Par rapport aux films d’action, l’identification aux femmes est facilitée et renforcée. Et comme par hasard, les personnages masculins (souvent très beaux gosses) de ces films gore passent rarement à la casserole avec la femme de leur rêve : ils ont plutôt tout du « pédé placardisé » comme dirait BBJane Hudson (dans le cas où ils sont assassinés par le scénario) ou à l’inverse ils ont le profil type de l’assassin (la bombe sexuelle, icône du danger sexuel : je pense par exemple au personnage du bellâtre Bosco dans l’excellent film « Tesis » d’Alejandro Amenábar). On retrouve dans les films d’horreur et chez les méchants tout le maniérisme qui plait aux personnes homosexuelles : les héros qui disparaissent un à un de manière différente, tous plus beaux et plus suspects les uns que les autres ; le tueur qui compose un personnage d’esthète névropathe sophistiqué, peaufinant avec art, minutie et humour, ses supplices : il cherche toujours à être plus original que les autres (ce qui n’est pas le cas des vrais violeurs et assassins qui se baladent dans la Nature). Il se délecte de sa démence (contrairement aux véritables fous qui parfois sont tristes et effrayés d’être esclaves d’eux-mêmes : je pense à Jeffrey Dahmer, qui s’effrayait lui-même tout en persistant à continuer ses crimes odieux).

 

Alors, finalement, plaisir de frémir (étrange autant que bien commun) ou de voir souffrir, ou autre chose ? Je dirais plutôt : une angoisse de vivre et une peur encore très infantile de la sexualité et de la différence des sexes (je précise « infantile » car il y a aussi quelque chose de la régression puérile dans ce souhait d’avoir peur, d’être croqué par le loup et d’être pourchassé par ses propres émotions). Je crois que, plus que du côté des intentions, il faut chercher les raisons de cette attraction homosexuelle pour l’horreur-cinéma davantage dans l’inconscient, dans la confusion entre éthique et esthétique (donc dans l’idolâtrie), ainsi que dans la défense quasi incontrôlée que mettront en place certaines personnes pour faire face à des peurs existentielles qui les assaillent et les submergent. Concernant la réalisation de ces films, pourquoi serait-elle plus spécifiquement objet de conquête, d’excitation chez des metteurs en scène homosexuels ? Parce qu’à défaut d’expier une pulsion sadique intrinsèque au désir homosexuel (cf. je vous renvoie aux codes « Adeptes des pratiques SM », « Désir désordonné » et « Coït homosexuel = viol » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), elle l’exprime et donne l’illusion à celui qui est « mort de peur » d’avoir la main sur sa peur. Le réalisateur de films gore se donne pour tache de devenir Dieu, c’est-à-dire d’imiter la réalité par l’artifice artistique, au point de la rendre repoussante (à ses yeux, « réelle ») … et finalement pour cacher que ce sont sa fuite du Réel, son orgueil, sa peur, sa haine de lui-même qui sont surtout repoussants. Pour lui, les apparences sont trompeuses ET pourtant, il misera tout là-dessus ! Ce paradoxe est typique de la croyance idolâtre selon laquelle l’image serait plus forte que le Réel et pourrait se supplanter à Lui, que les sens seraient plus forts que le Sens, que le mal serait plus fort que l’Homme, que les apparences seraient plus fortes que la Vérité, que la peur est créatrice. Dans les nanars de l’épouvante, tout est basé sur les effets, les impressions, le visible, l’auditif, l’humour noir, l’imaginaire. Très peu de psychologie, de profondeur, de rapprochement au Réel visible et invisible. Un désenchantement de l’Humanité et de la sexualité, de la vie (où tout ne serait qu’apparences trompeuses et déterminisme) est exprimé.

 

On a l’impression que les cinéastes homos de l’épouvante se délectent de la transcendance et du Réel visible (= ce qui se voit à l’œil nu) et invisible (= le monde du paranormal). En fin de compte, il n’en est rien. Tout comme les films érotiques ne célèbrent pas, malgré les apparences, la véritable sexualité, les films d’horreur ne célèbrent pas davantage le Réel (en accentuant les moindres bruits, les portes qui claquent, les robinets d’eau qui font « floc floc », bref, en forçant les vraisemblances). Les personnages de ces films de bas étage sont tous des objets, des jouets, des instruments d’un destin implacable. À la différence des films pornos qui mettent en avant la pulsion génitale, les films d’horreur insistent sur les sens, l’image (même l’image elliptique, quand l’horreur passe par sa propre suggestion) et toutes les pulsions. Ils célèbrent finalement le fantasme réaliste.

 

Le désir homosexuel, fuyant la différence des sexes qui est le socle du Réel, est par définition un désir pulsionnel. Il était logique que le genre filmique de l’épouvante l’appelle donc plus spécifiquement. Les productions gore sont, en somme, une confession angoissée de la peur – magnifiée et salie – de la sexualité chez leurs concepteurs. Plus simplement, ils sont une manière peu franche (ou, ce qui revient au même, trop franche !) d’attirer l’attention sur soi. Je me contenterai, pour me faire comprendre, de citer une réplique du personnage horrorifique de Vicky Fantômas dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi : « J’espère que je ne vous fais pas peur. Si, je vous fais peur. Alors c’est parce que je n’ai pas d’autre moyen d’attirer votre attention. »

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mort », « Morts-vivants », « Milieu homosexuel infernal », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Frankenstein », « Reine », « Homosexualité noire et glorieuse », « Symboles phalliques », « Se prendre pour le diable », « Clown blanc et masques », « Main coupée », « Déni », « Télévore et Cinévore », « Violeur homosexuel », « Couple criminel », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Vampirisme », « Haine de la beauté », à la partie sur le « Cri d’épouvante » du code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Des héros effrayés (par la sexualité) :

Beaucoup de personnages homosexuels se caractérisent par leur peur maladive (et pas toujours consciente) d’eux-mêmes et des autres : cf. la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier (avec « le Grand Concours de la Peur »).

 

« Parfois, je me fais peur toute seule. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 70) ; « Que s’est-il passé dans votre vie pour que vous soyez aussi soupçonneuse ? » » (le docteur Mann à Jane, idem, p. 174) ; « Ma vie me faisait peur, je ne faisais que jouer un rôle… et je ne redevenais que moi-même quand j’étais dans le noir. La solution c’était le noir éternel ou porter ne perruque sur une scène. […] J’ai suicidé la réalité, j’ai fait une apnée de moi même. […] Mais dès que le rideau tombe, dès que la vie reprend, j’ai peur. […] C’est agressif la vie. C’est agressif la vérité. » (l’Actrice dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je reste presque seul, dans l’évident triomphe de mes seize ans, entouré de femmes qui prennent soin de moi, de leur affection excessive et peureuse. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 14) ; « Tu es absolument paranoïaque. » (Michael, homosexuel s’adressant à son colocataire Harold, lui-même homo, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. [Levant les yeux au ciel] Seigneur, je n’y arriverai pas !!! […] Je me sens si mal. J’en ai assez de vivre et j’ai peur de mourir. Si on pouvait ne pas tant se haïr. C’est tout. Si on essayait de ne pas tant nous détester. » (Michael, le héros homosexuel s’adressant à son ami Donald, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La vie me fait peur. C’est grave, docteur ? » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Goliatha, le rat me regarde ! J’ai peur ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Mais vous ne dites rien ? Regardez-moi. Je vous fais peur ? » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Ça doit être une déformation professionnelle : j’angoisse pour un rien. » (Mélodie, l’héroïne bisexuelle du film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; etc.

 

En réalité, leur peur est liée à la sexualité en général, à la différence des sexes. « Je n’ai jamais été actif. Simon dit : ‘Tous les pédés c’est pareil, ils sont passifs quand ils ont vingt ans, et en vieillissant, ils deviennent actifs pour pouvoir continuer à coucher avec des mecs de vingt ans, c’est pathétique. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 68) ; « Polly aime bien être passive, ça l’arrange que Claude veuille toujours être dominante. Dans le fond, elle sent bien qu’elle est complètement inhibée avec le cul. » (idem, p. 74) ; « J’ai peur d’avoir des enfants ! » (Lou, l’héroïne lesbienne dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je n’oserai pas regarder une femme en train d’accoucher ! » (Martin, idem) ; « Il a râlé comme une peine, comme une longue douleur, je crois qu’il a mal. Moi, je sais. Je n’aimerais jamais ça. Le vide devait rester vide, jamais plus aucun ne ferait sur moi l’expérience de sa virilité, jamais je ne ferais l’usage de la féminité. » (une héroïne racontant la douleur d’un homme après un acte sexuel avec une femme, dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Il l’a peint en rouge et me l’a monté en pendentif… » (la femme à propos du sexe de son ex-compagnon Jean-Luc, converti en homo, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Les papous ne s’embrassent jamais, ils ont peur qu’on leur vole leur âme… Moi je me sens papou bizarrement certains matins… » (le comédien dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Juan-Carlos savait-il la gravité de son mal ? » (Manuel Puig, Boquitas Pintadas, Le plus beau tango du monde (1972), p. 120) ; « J’ai peur des phallus… J’en ai un, là, dedans. Faut me l’enlever. » (une patiente dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Ainsi de jour-là, était-ce dû à la chaleur ? À une pression artérielle trop élevée ? À une faiblesse nasale ? Ou peut-être les trois à la fois… Je me mis à saigner du nez. Une vraie hémorragie ! N’ayant pas de mouchoir et sentant mon nez couler, je m’essuyai discrètement d’un revers de main. Le liquide rouge que j’en ramenais était sans équivoque. Laëtitia, qui avait toujours tout, me donna ses mouchoirs. Je saignais tant que je vidais le paquet. Lorsqu’enfin les vannes se fermèrent, je n’étais plus en état d’embrasser qui que ce soit. Fini la frime, je me sentais très piteux. J’eus souvent peur de récidiver les fois suivantes, mais non, ce fut la première mais aussi la dernière. » (Bryan, le héros homosexuel qui a peur d’embrasser sa meilleure amie Laëtitia sur la bouche, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 27-28) ; « Je n’y arriverai jamais. » (Hugo, le héros homosexuel face à sa voisine Franckie avec qui il pourrait coucher, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Heïdi, l’une des deux héroïnes lesbiennes, ne supporte pas d’entendre le mot « zizi » : elle tombe dans les pommes dès qu’il est prononcé. Et lorsque Frédérique – l’amante d’Heïdi – est sur le point de passer au lit avec Romuald, le protagoniste homo – elle pousse un hurlement explicite : « J’ai peur !!! » ; et Romuald aussi : « Je vais porter plainte pour tentative de castration ! » Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, c’est la peur qui pousse Howard à se croire gay.

 

Film "Otto" de Bruce LaBruce

Film « Otto » de Bruce LaBruce


 

Parfois, le protagoniste homosexuel a peur de ne pas contrôler/réfréner ses pulsions sexuelles, et qu’elles se transforment en puissances violentes et mortelles : « Je n’aime pas ce mélange de rêve et de réalité, j’ai peur d’être encore amené à tuer comme dans mes précédents rêves. […] Je sais que même si je ne suis pas un criminel, mon emploi du temps de ces quatre derniers jours m’est complètement sorti de la tête, n’aurais-je pas pendant cette période tué pour de bon ? Est-ce que Marielle ne courra pas un danger restant seule avec moi ? Non, voyons, je suis la personne la plus pacifique du monde. Les gens violents dans leurs rêves sont dans la réalité incapables de tuer une mouche. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 134) ; « J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (Alexandra, la narratrice lesbienne attirée par une mineure, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; etc.

 

Et plus encore : la peur des héros homosexuels est liée à l’homosexualité, à la pratique homosexuelle, et à la croyance en la vérité de l’identité homosexuelle et de l’amour homosexuel… même si, très vite, par auto-persuasion, ils vont se dire que c’est tout ce qui fait frein à celles-ci qui créerait leur angoisse (cf. je vous renvoie au code « Liaisons dangereuses » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je n’avais jamais fait ça de ma vie auparavant. J’avais une trouille bleue. » (Hank parlant de sa première expérience homosexuelle, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Ça chassera peut-être mon angoisse. » (Michael, héros homosexuel se rendant à la messe de minuit pour oublier la misère de sa condition homosexuelle, idem) ; « Je croyais que l’amour était quelque chose d’agréable, qui nous grandissait. Mais celui que je ressens pour toi, me fait parfois l’effet inverse, il me détruit ! Pourquoi ? Puisque ça fait si mal, faut-il avoir peur d’aimer ? » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 417) ; « Je sentais que Marie était tétanisée par la peur que cela ne me déplaise. Dans un effort d’audace, pourtant, elle me prit par la taille. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 152) ; « Par peur d’être catalogués, les homosexuels sortaient uniquement à la tombée de la nuit (pareil à des chauves-souris) pendant que les voyous et les drogués squattaient en permanence les lieux. » (Ednar, le héros homosexuel parlant des Antilles, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 188) ; « Peut-être que ce qui fut jadis la Cour des Miracles saurait le guérir de sa peur, l’aider à s’affirmer auprès des siens. » (Ahmed, le héros homosexuel parlant du Marais, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 52) ; « Quand je l’ai pris dans mes bras, il était léger comme un gosse, j’avais presque peur de lui faire du mal. » (Martin en parlant de Lucas, dans le film « L’Homme que j’aime » (1997) de Stéphane Giusti) ; « Excuse-moi mais tout à coup j’ai peur de ce qui arrive […] peur de ne pas pouvoir te donner tout ce que tu veux, pas le temps, pas le désir. » (Lucas s’adressant à Martin, idem) ; « J’aime quand vous me faites peur. » (cf. la chanson « Consentement » de Mylène Farmer) ; « Je n’ai jamais peur. » (Roméo, le héros homo du film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer) ; etc.

 
 

Stephen – « J’ai peur maintenant… j’ai peur de vous.

Angela – Mais vous êtes plus forte que moi…

Stephen – Oui, c’est pourquoi j’ai si peur… vous me faites sentir ma force… »

(cf. un dialogue entre les deux héroïnes lesbiennes, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 189)

 
 

b) La caricature de cette peur homosexuelle de la sexualité : l’attrait-répulsion pour les univers d’épouvante

Les héros homosexuels sont effrayés et angoissés par ce qu’ils vivent en amour homo et en croyance identitaire homo, et se disent qu’en forçant le signe de leur honte (= la peur), en le grossissant, en le caricaturant et en l’esthétisant à la perfection, il se figera, ne se verra plus et sera hors d’état de nuire. Au-dessus de tout soupçon. Ou plutôt auréolé de soupçons !

 
 

Cyrille [le héros homosexuel] – « Comment me trouvez-vous, Hubert ?

Hubert – Effrayant, maître ?

Cyrille – Vous serez toujours mon meilleur public. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Film "The Gay Bed & Breakfast Of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast Of Terror » de Jaymes Thompson


 

Le film d’épouvante intéresse le personnage homosexuel, et beaucoup de créations traitant d’homosexualité sont des œuvres d’épouvante : cf. le film « À corps perdu » (1988) de Léa Pool, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le film « Frisk » (1995) de Todd Verow (sur les snuff movies), le film « La Sentinelle des maudits » (1977) de Michael Winner, le film « Nouveaux Monstres » (1977) de Dino Risi, le film « Trois visages de la peur » (1963) de Mario Brava et Salvatore Billitteri, le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (le personnage homo se masturbe devant des films d’épouvante), le film « Danse macabre » (1963) d’Antonio Margheriti, la comédie musicale Big Manoir (2007) d’Ida Gordon et d’Aurélien Berda, le film « House Of Horrors » (1946) de Jean Yarbrough, le film « La Maison du diable » (1963) de Robert Wise, le film « Les Monstres » (1963) de Dino Risi, la comédie musicale Créatures (2008) d’Alexandre Bonstein et Lee Maddeford, le film « Une poule, un train et quelques monstres » (1969) de Dino Risi, le film « Le Masque du démon » (1960) de Mario Bava, le film « L’Assassino Ha Riservato Nove Poltrone » (1974) de Giuseppe Bennati, les films « Besame Monstruo » (1969), « La Comtesse perverse » (1973), « Les Possédées du diable » (1974) de Jess Franco, le film « Sometimes Aunt Martha Does Dreadful Things » (1971) de Thomas Casey, le film « Thundercrack » (1975) de Curt McDowell, les films « The Brotherhood » (2000), « The Brotherhood 2 : Young Warlocks » (2001), « The Brotherhood : Young Demons » (2002) et « Final Stab » (2001) de David DeCoteau, le film « The Boy With The Sun In His Eyes » (2009) de Todd Verow (avec le héros homo fan de films d’horreur), le film « Le Fils de Chucky » (2004) de Don Mancini, le film « Troméo et Juliette » (1996) de Lloyd Kaufman, le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, les tableaux Autoportrait avec crâne (1977-1978) et Crâne d’Andy Warhol (1976-1977) d’Andy Warhol, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane, le héros homosexuel adepte des films gore), le film d’épouvante « In The Blood » (« Dans le sang », 2006) de Lou Peterson, le film « Haute tension » (2003) d’Alexandre Aja (avec Cécile de France en lesbienne psychopathe), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec le personnage homosexuel d’Otto), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le film « Who’s Afraid Of Vagina Wolf ? » (« Qui a peur de Vagina Wolf ? », 2013) d’Anna Margarita Albelo, le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec la Schtroumpfette qui fait des films d’épouvante), les films « Jeepers Creepers » (« Le Chant du diable », 2001) et « Jeepers Creepers 2 » de Victor Salva (avec un des personnages ouvertement gay), la série American Horror Story (2011) de Ryan Murphy et Brad Falchuk (avec un couple homo qui se fait enfoncer un tisonnier), le film « October Moon » (2005) de Jason Paul Collum, le film « Hellbent » (2004) de Paul Etheredge-Ouzts (racontant l’histoire d’un psychopathe qui tue ses victimes dans le milieu homo), le film « Lesbian Psycho » (2010) de Sharon Ferranti, le film « The Silence Of The Lambs » (« Le Silence des agneaux », 1991) de Jonathan Demme, le film « Sleepaway Camp » (« Massacre au camp d’été », 1983) de Robert Hiltzik (où le tueur est un trans M to F), le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro (là encore, l’assassin est transsexuel), le film « Pulsion » (1980) de Brian De Palma (avec le trans M to F maniaque), le film « Maniac » (2012) d’Alexandre Aja, le film « The Descent » (2005) de Neil Marshall, le film « Miss Paramount » d’Indochine (avec le Jardin des Tortures), etc. « Était-ce à ce moment-là qu’elle s’était mise à fumer – des après-midi d’école volés passés chez d’autres gamins ; rideaux tirés et vidéos de films d’horreur ; cigarettes communes fumées aux fenêtres du premier. Jane sourit à ce souvenir. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (idem, p. 72) ; « Je vois les films d’épouvante. Je m’en vante, je m’en vante. » (cf. la chanson « La Parisienne » de Marie-Paule Belle) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Chris, le héros homosexuel, est fan de films d’épouvante, et en réalisent : « Chris veut remettre à la mode le film d’horreur. » Quant à Toph, il a tourné un film d’épouvante intitulé « Blood In Barcelona ». Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas et son amant Nathan vont au cinéma voir le film d’épouvante sanguinolent « Nowhere » de Gregg Araki.

 

 

Dans le film « Scream 4 » (2011) de Wes Craven, il y a une référence explicite à l’homosexualité : « En fait, la plus sûre issue de secours pour survivre dans un film d’horreur moderne, c’est d’être gay. » D’où la scène cocasse qui suivra lorsqu’un des personnages est sur le point de se faire tuer : « Attendez, non, vous ne pouvez pas me tuer ! Vous ne pouvez pas ! Il y a des règles ! Je suis gay ! Je suis gay ! »

 

 
 

Dans Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar propose à son amant Khalid d’aller au cinéma voir le film d’horreur « Re-Animator » racontant l’histoire d’« un homme qui réveille les morts » (p. 111).

Khalid – « On pleurera cet après-midi alors… tous les deux… en regardant ton film d’horreur…

Omar – Sur l’affiche, l’acteur principal porte des lunettes.

Khalid – Et alors ?

Omar – Comme toi, avant. »

 
 
 

« C’est toujours la pucelle qui s’en sort le mieux à la fin. » (Jonathan, le héros homosexuel parlant des films d’horreur, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.)

 

 

Les univers folkoriquement « effrayants » apparaissent dans différentes créations : le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Elephant Man » (1981) de David Lynch (repris par Mylène Farmer dans sa chanson « Psychiatric »), le film « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa, le film « The Halloween Parade » de Lou Reed, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, la pièce Amour, gore, et beauté (2009) de Marc Saez, la pièce La Belle et la Bière (2011) d’Emmanuel Pallas, la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010) d’Essobal Lenoir, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, etc. Par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Jason, le héros homosexuel, est un « grand admirateur d’Hitchcock » (p. 414). Dans le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Bobby, seul contre tous », 2009) de Russel Mulcahy, Bobby, le héros homosexuel, connaît les trucages d’Alfred Hitchcock.

 

« La lumière de la lune se suffisait à elle-même, et les éléments du décor se recomposaient harmonieusement, lui révélant, sans plus de raison ni avec moins d’évidence, que l’horreur du monde a pour revers son inexprimable beauté. » (Jason, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 246.)

 

Film "Requiem For A Dream" de Darren Aronofsky

Film « Requiem For A Dream » de Darren Aronofsky


 

Le monde de la « peur de la mort » esthétisée entre en résonnance avec le monde gothique. On retrouve la confluence entre la culture gothique et l’homosexualité dans beaucoup de créations homo-érotiques : cf. le film « Gothic » (1986) de Ken Russell, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez (avec Juna, la lesbienne gothique), le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le roman À ta place (2006) de Karine Reysset (avec Chloé la lesbienne gothique), le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa (Nathalie parle à une gothique de 15 ans dans le magasin de chaussures qu’elle tient), le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson (où Stella, la FAP, est gothique), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec Freddie, l’homme gothique), le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec Corinne, l’amie gothique d’enfance de Jason), la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller (avec Schmidt en gothique efféminé), etc. Par exemple, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara, l’héroïne lesbienne, se fait surnommer « Mercredi » (de la Famille Addams) par ses propres parents. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Henri allait à la messe avec ses costumes gothiques quand il était jeune.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Des êtres effrayés (par l’identité homo et la pratique homo qu’ils s’imposent, et par la sexualité en général) :

Beaucoup d’individus homosexuels se caractérisent par leur peur maladive (et pas toujours consciente) d’eux-mêmes et des autres : « Je me rends compte que j’ai toujours fait tout par peur. » (Guillaume Gallienne dans son film biographique « Les Garçons et Guillaume, à table ! », 2013) ; « Tous les matins se ressemblaient. Quand je me réveillais, la première image qui m’apparaissait était celle des deux garçons. Leurs visages se dessinaient dans mes pensées, et, inexorablement, plus je me concentrais sur ces visages, plus les détails – le nez, la bouche, le regard – m’échappaient. Je ne retenais d’eux que la peur. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs au collège, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 63) ; « Je ne m’acceptais pas (jusqu’à mes 20 ans) parce que j’habite un petit village. C’est une chose dont on ne parle jamais. On se cache. On a peur. » (René, témoin homo suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc. Ils ont souvent une réputation de mauviettes et de froussards, de personnes facilement impressionnables et peu courageuses. Et un certain nombre d’entre eux s’installent dans cette réputation. « Mon envie dans ce film est de faire apparaître la relation que j’ai eue avec Pêche. Parce qu’elle a été sans doute une soupape à mes questions. Parce que j’avais trouvé en lui quelqu’un à qui m’accrocher. À travers cette histoire intime avec Pêche, mais aussi à travers les failles et les choses du monde normées et non normées assimilées, ressortira le cheminement d’un enfant, de sa construction, de ses peurs anciennes face à son homosexualité, mais aussi de ses désirs et secrets les plus beaux qu’il n’ait imaginés. » (le réalisateur Thomas Riera parlant de sa figure-cheval, dans le documentaire « Pêche, mon petit poney », 2012) ; « Le monde s’est mis alors à trembler autour de moi. La terre s’ouvrait sous mes pieds. L’abîme. J’y suis tombé. Le cycle de la mort aveugle, que j’avais déjà croisé enfant, jeune homme, recommençait. C’était le désert. Le désert et la panique. […] J’avais peur, peur, peur… Peur de partir. » (Abdellah Taïa parlant de la mort et de son enfance, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 93) ; « Tout m’inquiète. » (Bruno Wiel, jeune homme trentenaire homosexuel, agressé par quatre hommes qui l’ont laissé pour mort, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; etc.

 

En réalité, leur peur est liée à la sexualité en général, à la différence des sexes. « Le sexe n’existait pas pour moi quand j’étais petite puisqu’il n’était jamais nommé. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 108) ; « Comme Chouaïb, je ne mélangeais pas Dieu et le sexe. Le pur et l’impur. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 26) ; « Je faisais croire que j’étais branché sur les filles ! En réalité, elles me faisaient très peur. Dès qu’elles étaient trop proches, je reculais. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 29-30) ; « La grande majorité des malades qui consultent le psychothérapiste ne sont pas vraiment des homosexuels, mais plutôt des jeunes gens souffrant d’un état d’anxiété. Ignorant le processus de développement de l’instinct sexuel, ne se rendant pas compte qu’ils traversent une étape normale d’homosexualité, truffés de complexes d’infériorité qui leur font redouter l’idée même des responsabilités du mariage, ils montent en épingle leurs tendances homosexuelles pour expliquer leur incapacité à se marier. […] Ce sont les impressions de l’enfance qui marquent l’individu au point de vue sexuel. Si elles ont été désastreuses, l’individu cherche souvent refuge dans l’homosexualité. C’est l’histoire banale des foyers désunis, où la mère, malheureuse et terrorisée par un père brutal, étouffe son enfant sous des manifestations d’affection anxieuse. Elle le retient dans son développement et tend à le conserver pour elle, comme un bébé. L’enfant, dans ces circonstances, témoin d’un rapport sexuel entre ses parents, l’interprète comme une attaque contre sa mère, une brutalité. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 48)

 

 

Et plus encore : la peur des sujets homosexuels est liée à l’homosexualité, à la pratique homosexuelle, et à la croyance en la vérité de l’identité homosexuelle et de l’amour homosexuel… même si, très vite, par auto-persuasion, ils vont se dire que c’est tout ce qui fait frein à celles-ci qui créerait leur angoisse (cf. je vous renvoie au code « Liaisons dangereuses » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’étais heureux et j’avais peur. Tu étais l’homme, le roi. J’acceptais ton pouvoir. » (Abdellah Taïa s’adressant à son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 114) ; « C’est extrêmement difficile à vivre. […] J’ose à peine regarder les autres. […] Quand c’était intime, j’étais dans le malaise. » (Christian parlant de la découverte de son désir homosexuel pendant l’adolescence, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Catherine disait avoir peur : ‘Tu ne sais pas te protéger. Je ne veux pas te faire à nouveau souffrir. Il faut que tu saches qu’avec les femmes, je ne sais pas construire d’avenir. Avec un homme, c’est plus simple, je peux raisonner, ordonner, projeter, il n’y a pas à avoir peur de l’amour. Ne crois pas que tu pourras opérer de miracles. Dans ce domaine, je me sens infirme.’ Je n’arrivais pas à prendre au sérieux cette peur de l’amour et du désir sur laquelle Catherine revenait sans cesse et il me semblait, tant l’amour peut rendre présomptueux, que j’en viendrais facilement à bout. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 53) ; « Ce qu’il y avait entre nous [Martine et elle], c’était quelque chose de bien plus fort, à savoir la peur de la solitude. » (idem, p. 78) ; « Je nageais mais dans la peur. Je tremblais, à l’intérieur. Je ne voyais plus les garçons sauvages mais je les sentais venir, se rapprocher de mon corps, le renifler et le lécher. Dans un instant le violenter, l’un après l’autre le saigner. Le marquer. Lui retirer une de ses dernières fiertés. Le briser. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 25) ; etc.

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko évoque sa peur de l’acte sexuel (« Mes yeux se fermaient à l’idée que le sexe était une combinaison du bon et du mauvais. », p. 63), puis son effroi d’avoir vécu l’acte homo : il raconte la vue de son violeur et de son « sexe brandissant sous ses yeux, écarquillés de peur » (p. 71)

 
 

b) La caricature de cette peur homosexuelle de la sexualité : l’attrait-répulsion pour les univers d’épouvante

Film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Comme pour avoir une main sur leurs peurs cachées (et ne surtout, pour les cacher et ne surtout pas les surmonter), certaines personnes homosexuelles vont, à l’âge adulte, rejoindre le monde de l’horreur cinématographique et donner à croire ainsi que plus rien ne leur fait peur. Quitte à singer la peur et s’illusionner elles-mêmes.

 

 

Il est fascinant de remarquer que beaucoup de réalisateurs de films d’épouvante sont homosexuels : James Whale (le créateur de Frankenstein), Friedrich Wilhem Murnau, Curtis Harrington, Ed Wood (pour son travestisme…), Victor Salva (attiré par l’homosexualité mais aussi la pédophilie), Kenneth Anger, Jack Smith (si on peut le classer comme réalisateur de films d’horreur – dans ce cas, le retenir comme personnalité, avec Andy Warhol et Susan Sontag), les frères Kuchar, Andy Milligan, David DeCoteau (initiateur du fantastique 100% et ouvertement gay), Paul Morrissey, Michael Armstrong (« Mark Of The Devil », « House Of The Long Shadows »), Zebedy Cold (porno fantastique ; il était bi), Tim Sullivan (le remake de « 2 000 Maniacs »), Alan Rowe Kelly, Todd Haynes, Joel Schumacher, Marc Pirro (« Curse Of The Queerwolf »), Tom DeSimone (porno + « Hell Night »), Bart Mastronardi (un jeune indépendant, auteur de très bons films underground), Jason Paul Collum, etc. Gros doute pour Jack Sholder, Philippe Mora et Tom Holland…

 

« Je veux faire qui rende les spectateurs fous, qui les pousse à commettre un meurtre. » (Hisayasu Sato) ; « Bien à l’âge de neuf ans, j’ai été abusée sexuellement par un adolescent et sa sœur. J’ai alors expérimenté une activité hétérosexuelle et homosexuelle affreuse à un très jeune âge et en même temps, j’étais élevée par la télévision – j’avais la permission de regarder des films réservés aux adultes, des films d’horreur, des films à contenu sexuel, donc mon éducation à l’amour et au sexe s’est faite par l’abus et en gros par la négligence parentale, puisqu’ils nous autorisaient à regarder ces choses. » (Shelley Lubben, ex-actrice porno) ; etc.

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles (Clive Barker, Hervé Guibert, Gus Van Sant, etc.) s’inspirent du chef-d’œuvre d’Hitchcock « Psychose » (1960), un modèle du genre du film d’épouvante… et pour cause : Anthony Perkins (l’acteur qui joue Norman) était homosexuel (et très certainement Alfred Hitchcock aussi) ; d’ailleurs, le personnage de Norman Bates, dans le film, est soupçonné d’être inverti. Par exemple, Anne Heche, réalisatrice lesbienne du film « Sex Revelations » (2000), a joué dans le remake de « Psychose » (1998) de Gus Van Sant. Le réalisateur homosexuel espagnol Alejandro Amenábar est fan du film « Psychose », et dit qu’il « dévorait » les romans d’Agatha Christie quand il était adolescent. On retrouve des références à « Psychose » dans le film « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton (avec la musique stridente de « Psychose » au moment où Peggy tue à coups de marteau le vieux Douglas), dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (la rencontre entre George et le prostitué Carlos, avec derrière eux l’affiche du regard de Marion Crane dans « Psychose » d’Hitchcock), dans le one-woman-show Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, dans le film « Hitchcocked » (2006) d’Ed Slattery, etc. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Michael se compare à Norman Bates, le personnage principal du film « Psychose ».

 

« En revenant de la fête, en passant devant le Cinéma Odéon, j’ai remarqué qu’ils donnaient un film d’horreur. Déconseillé à tous les cardiaques. C’est l’histoire d’un dérangé mental qui s’habille comme sa mère et tue des pauvres innocentes qui passent la nuit dans un motel. » (une des 3 tantes d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier Folies-Fantômes (1997), p. 131)

 

 

L’inversion de la peur en désir de créer/faire peur (et l’inversion en tant qu’homosexualité, finalement) est le propre du psychotique, de celui qui s’enchaîne à sa psychose/peur, précisément ! « Dans une psychose, les transformations ‘en contraire’ sont très fréquentes, le désir de battre devient envie d’être battu, le désir de dévorer devient la peur d’être dévoré, le plaisir de regarder du schizophrène se transforme en peur d’être épié (c’est la direction de la pulsion qui est transformée et aucunement la représentation de l’objet). L’exhibitionnisme lui-même peut nous proposer une solution acceptable, car il y a sans doute dans le travesti l’identification avec l’objet qu’on aimerait regarder, satisfaisant ainsi d’une façon narcissique un voyeurisme ‘retourné’. » (le docteur Hans Werner, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 306)

 

Mais revenons plus largement au cadre des films d’horreur. Il existe une forte proximité entre milieu homosexuel et genres cinématographiques de l’épouvante. Je vous renvoie à l’étude sur l’homosexualité dans les films d’horreur Monsters In The Closet : Homosexuality and the Horror Film (1997) de Harry M. Benshoff. Ainsi qu’aux blogs de référence Mein Camp et Fears For Queers, tenus par les très queer BBJane Hudson et Valentine de Luxe, bien documentés (d’ailleurs, on lit sous leur plume toute la jouissance et l’admiration – l’adoration ? – homosexuelles pour les films d’horreur : pour eux, l’horreur visuelle est chef-d’œuvre merdique, bijou de cruauté, suprême et inimitable élégance odieuse !)

 

On peut facilement constater que les univers terroristes et surnaturels d’Anne Rice, Jean Boulet, Clive Barker, Poppy Z. Brite, Jacques Tourneur, Val Lewton, Pedro Almodóvar, Ian McKellen, Copi, drainent une grande partie du public homosexuel : cf. le documentaire « Halloween Queen 1 » (1999) de S. Nhieim, etc.

 

 

Il n’est pas rare non plus que les personnes homosexuelles/bisexuelles rejoignent le courant artistico-spirituel du gothique, c’est-à-dire de l’esthétisme de la mort, de la mélancolie, du diable. Les gothiques sont particulièrement androgynes dans leur style (on y trouve beaucoup d’adolescents, de personnes en panne d’identité et en panne de modèles religieux ou sexués auxquels se raccrocher) : cheveux longs, ongles peints et capes-robes chez les gars ; tatouages, écrase-merde et parfois cheveux rasés pour les filles.

 

David Gerard alias "Red Drag Diva"

David Gerard alias « Red Drag Diva »


 

On retrouve la confluence entre la culture gothique et l’homosexualité dans les univers musicaux de Mylène Farmer, d’Indochine, de Placebo, de Kiss, de Marilyn Manson, de Gossip, de The Smashing Pumpkins, etc. On peut penser également aux auteurs homosexuels amateurs de Sade et du sensationnalisme gothique dixhuitièmiste comme les romans de William Beckford, Charles Maturin, Horace Walpole, Matthew Lewis, etc.

 

 

L’attrait d’un grand nombre de personnes homosexuelles pour les films d’horreur serait drôle s’il était uniquement second degré, s’il se limitait à un jeu collectif, à un folklore de Gay Pride ou d’Halloween. Mais il n’est pas que signe de cela. Il montre une peur de soi et des autres qui, si elle n’est pas identifiée ni donnée, peut se retourner en violence contre soi-même (suicide, mutilation) ou en dictature (cf. je vous renvoie au code « Homosexuel homophobe », au code « Milieu homosexuel infernal », à la partie « Circulez, y’a rien à voir » du code « Déni », ainsi qu’à la partie sur le « terrorisme transsexuel » du code « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Le monde de l’horreur visible permet à bien des personnes homosexuelles de transférer leur peur sur les autres, et notamment un public consentant, qui a soi-disant payé pour ce transfert. Par exemple, dans son article « Les Happenings : Art des confrontations radicales » (1968) traitant du mouvement artistique camp porté par les artistes homosexuels, Susan Sontag souligne l’usage des « techniques d’épouvante du surréalisme » (p. 415). Elle rappelle trois caractéristiques essentielles des happenings : « En premier lieu, l’objectivation ou la dépersonnalisation des personnages ; en second lieu, l’importance accordée au spectacle et au bruitage, au détriment de la parole ; enfin, une volonté délibérée d’éprouver durement le public. […] La technique de l’épouvante des surréalistes retrouve alors la source du meilleur comique : le sentiment d’invulnérabilité du personnage. L’absence de réactions émotionnelles profondes est l’élément essentiel de la comédie. Si nous pouvions rire de bon cœur au spectacle de scènes pénibles et grotesques, c’est que les personnes auxquelles de telles choses arrivent ne semblent pas en être profondément touchées. Peu importe que le public les voie gesticuler, et crier, et invoquer le ciel en se plaignant de leurs malheurs, il sait bien que tout cela demeure superficiel. […] Dans les Happenings, le bouc émissaire, c’est le public. » (pp. 417-420) Sontag souligne à juste raison toute la charge désirante et bien intentionnée (limite amoureuse) qu’investissent les personnes homosexuelles dans l’élaboration d’univers laids et odieux : « Le dernier mot du Camp : affreux à en être beau ! » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), pp. 442-450)

 

Enfin, pour clore ce chapitre, j’aimerais vous livrer mon témoignage concernant mon propre rapport à la peur et aux films d’horreur… car j’ai un parcours étrange (très « queer », au sens originel du terme), qui va de l’excès de trouillardise vers un surprenant aguerrissement.

 

Je pourrais distinguer deux périodes de ma vie presque antagoniques. La première où j’étais, jusqu’à mes 20 ans, une vraie poule mouillée hyper impressionnable (quand j’étais petit, il m’arrivait de faire des cauchemars rien qu’avec les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie ou bien la vue de films avec des scènes violentes tels que « Les Dents de la mer », « Le Silence des agneaux » ou les épisodes de Matt Houston, qui pouvaient me traumatiser au point que je fermais les yeux pour ne pas les affronter ; par ailleurs, il était très facile de me faire hurler si on m’assaillait par surprise derrière une porte ou dans un couloir ; j’avais super peur du noir). La seconde période où je me vois maintenant vacciné et armé pour regarder la mort cinématographique en face, et même parfois la souffrance/la peur/la mort réelles. Je ne veux présager de rien, ni présumer de mes forces : le propre de la mort et de la peur, c’est quand même de nous prendre par surprise. Et n’ayant pas de boule de cristal, je ne sais pas comment je réagirai à chaque fois que la peur me prendra. Néanmoins, je peux quand même dire, au jour d’aujourd’hui, que peu de choses me font vraiment peur (c’est la communion des saints et ma foi en Jésus et Marie qui m’aident incroyablement contre les assauts de la peur), que j’ai acquis avec le temps un courage qui m’étonne moi-même tant j’étais mal parti. Il semblerait que j’ai acquis une insensibilité à l’horreur tout en conservant une vraie empathie pour ceux qui souffrent. Pourvu que ça dure ! De quelqu’un de fragile et d’impressionnable, qui faisait éponge avec toutes les images choquantes qu’il avait sous les yeux, peut parfois sortir un blindage et un courage insoupçonnés ! Ce qui ne nous tue pas nous renforce parfois. Il en est ainsi pour moi. Les images violentes ne m’atteignent plus ; les réalités violentes ne m’atteignent pas au point de m’ôter ma joie !

 

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