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Code n°64 – Fantasmagorie de l’épouvante (sous-codes : Fan homo des films d’horreur / Peur / Gothique / « Psychose »)

fantasmagorie

Fantasmagorie de l’épouvante

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

Film "Poltergay" d'Éric Lavaine

Film « Poltergay » d’Éric Lavaine


 

Pourquoi les films d’horreur attirent autant le désir homosexuel ? D’un côté, on pourrait se dire qu’ils ne concernent essentiellement qu’un public masculin en quête de sensations fortes. Pour des raisons culturelles, les hommes seraient en effet prédisposés à relever des défis, à encaisser davantage les fortes montées d’adrénaline, à regarder des images insoutenables en face sans se dérober. De l’autre, à y regarder de plus près, les films d’épouvante les plus connus défendent l’émancipation de la femme, à travers la figure d’une héroïne courageuse qui sort de son rôle de femme-potiche pour endosser celui du guerrier. Ça peut être une des explications de l’engouement de beaucoup de personnes homosexuelles pour ce genre de films. Par rapport aux films d’action, l’identification aux femmes est facilitée et renforcée. Et comme par hasard, les personnages masculins (souvent très beaux gosses) de ces films gore passent rarement à la casserole avec la femme de leur rêve : ils ont plutôt tout du « pédé placardisé » comme dirait BBJane Hudson (dans le cas où ils sont assassinés par le scénario) ou à l’inverse ils ont le profil type de l’assassin (la bombe sexuelle, icône du danger sexuel : je pense par exemple au personnage du bellâtre Bosco dans l’excellent film « Tesis » d’Alejandro Amenábar). On retrouve dans les films d’horreur et chez les méchants tout le maniérisme qui plait aux personnes homosexuelles : les héros qui disparaissent un à un de manière différente, tous plus beaux et plus suspects les uns que les autres ; le tueur qui compose un personnage d’esthète névropathe sophistiqué, peaufinant avec art, minutie et humour, ses supplices : il cherche toujours à être plus original que les autres (ce qui n’est pas le cas des vrais violeurs et assassins qui se baladent dans la Nature). Il se délecte de sa démence (contrairement aux véritables fous qui parfois sont tristes et effrayés d’être esclaves d’eux-mêmes : je pense à Jeffrey Dahmer, qui s’effrayait lui-même tout en persistant à continuer ses crimes odieux).

 

Alors, finalement, plaisir de frémir (étrange autant que bien commun) ou de voir souffrir, ou autre chose ? Je dirais plutôt : une angoisse de vivre et une peur encore très infantile de la sexualité et de la différence des sexes (je précise « infantile » car il y a aussi quelque chose de la régression puérile dans ce souhait d’avoir peur, d’être croqué par le loup et d’être pourchassé par ses propres émotions). Je crois que, plus que du côté des intentions, il faut chercher les raisons de cette attraction homosexuelle pour l’horreur-cinéma davantage dans l’inconscient, dans la confusion entre éthique et esthétique (donc dans l’idolâtrie), ainsi que dans la défense quasi incontrôlée que mettront en place certaines personnes pour faire face à des peurs existentielles qui les assaillent et les submergent. Concernant la réalisation de ces films, pourquoi serait-elle plus spécifiquement objet de conquête, d’excitation chez des metteurs en scène homosexuels ? Parce qu’à défaut d’expier une pulsion sadique intrinsèque au désir homosexuel (cf. je vous renvoie aux codes « Adeptes des pratiques SM », « Désir désordonné » et « Coït homosexuel = viol » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), elle l’exprime et donne l’illusion à celui qui est « mort de peur » d’avoir la main sur sa peur. Le réalisateur de films gore se donne pour tache de devenir Dieu, c’est-à-dire d’imiter la réalité par l’artifice artistique, au point de la rendre repoussante (à ses yeux, « réelle ») … et finalement pour cacher que ce sont sa fuite du Réel, son orgueil, sa peur, sa haine de lui-même qui sont surtout repoussants. Pour lui, les apparences sont trompeuses ET pourtant, il misera tout là-dessus ! Ce paradoxe est typique de la croyance idolâtre selon laquelle l’image serait plus forte que le Réel et pourrait se supplanter à Lui, que les sens seraient plus forts que le Sens, que le mal serait plus fort que l’Homme, que les apparences seraient plus fortes que la Vérité, que la peur est créatrice. Dans les nanars de l’épouvante, tout est basé sur les effets, les impressions, le visible, l’auditif, l’humour noir, l’imaginaire. Très peu de psychologie, de profondeur, de rapprochement au Réel visible et invisible. Un désenchantement de l’Humanité et de la sexualité, de la vie (où tout ne serait qu’apparences trompeuses et déterminisme) est exprimé.

 

On a l’impression que les cinéastes homos de l’épouvante se délectent de la transcendance et du Réel visible (= ce qui se voit à l’œil nu) et invisible (= le monde du paranormal). En fin de compte, il n’en est rien. Tout comme les films érotiques ne célèbrent pas, malgré les apparences, la véritable sexualité, les films d’horreur ne célèbrent pas davantage le Réel (en accentuant les moindres bruits, les portes qui claquent, les robinets d’eau qui font « floc floc », bref, en forçant les vraisemblances). Les personnages de ces films de bas étage sont tous des objets, des jouets, des instruments d’un destin implacable. À la différence des films pornos qui mettent en avant la pulsion génitale, les films d’horreur insistent sur les sens, l’image (même l’image elliptique, quand l’horreur passe par sa propre suggestion) et toutes les pulsions. Ils célèbrent finalement le fantasme réaliste.

 

Le désir homosexuel, fuyant la différence des sexes qui est le socle du Réel, est par définition un désir pulsionnel. Il était logique que le genre filmique de l’épouvante l’appelle donc plus spécifiquement. Les productions gore sont, en somme, une confession angoissée de la peur – magnifiée et salie – de la sexualité chez leurs concepteurs. Plus simplement, ils sont une manière peu franche (ou, ce qui revient au même, trop franche !) d’attirer l’attention sur soi. Je me contenterai, pour me faire comprendre, de citer une réplique du personnage horrorifique de Vicky Fantômas dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi : « J’espère que je ne vous fais pas peur. Si, je vous fais peur. Alors c’est parce que je n’ai pas d’autre moyen d’attirer votre attention. »

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mort », « Morts-vivants », « Milieu homosexuel infernal », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Frankenstein », « Reine », « Homosexualité noire et glorieuse », « Symboles phalliques », « Se prendre pour le diable », « Clown blanc et masques », « Main coupée », « Déni », « Télévore et Cinévore », « Violeur homosexuel », « Couple criminel », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Vampirisme », « Haine de la beauté », à la partie sur le « Cri d’épouvante » du code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Des héros effrayés (par la sexualité) :

Beaucoup de personnages homosexuels se caractérisent par leur peur maladive (et pas toujours consciente) d’eux-mêmes et des autres : cf. la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier (avec « le Grand Concours de la Peur »).

 

« Parfois, je me fais peur toute seule. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 70) ; « Que s’est-il passé dans votre vie pour que vous soyez aussi soupçonneuse ? » » (le docteur Mann à Jane, idem, p. 174) ; « Ma vie me faisait peur, je ne faisais que jouer un rôle… et je ne redevenais que moi-même quand j’étais dans le noir. La solution c’était le noir éternel ou porter ne perruque sur une scène. […] J’ai suicidé la réalité, j’ai fait une apnée de moi même. […] Mais dès que le rideau tombe, dès que la vie reprend, j’ai peur. […] C’est agressif la vie. C’est agressif la vérité. » (l’Actrice dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je reste presque seul, dans l’évident triomphe de mes seize ans, entouré de femmes qui prennent soin de moi, de leur affection excessive et peureuse. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 14) ; « Tu es absolument paranoïaque. » (Michael, homosexuel s’adressant à son colocataire Harold, lui-même homo, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. [Levant les yeux au ciel] Seigneur, je n’y arriverai pas !!! […] Je me sens si mal. J’en ai assez de vivre et j’ai peur de mourir. Si on pouvait ne pas tant se haïr. C’est tout. Si on essayait de ne pas tant nous détester. » (Michael, le héros homosexuel s’adressant à son ami Donald, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La vie me fait peur. C’est grave, docteur ? » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Goliatha, le rat me regarde ! J’ai peur ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Mais vous ne dites rien ? Regardez-moi. Je vous fais peur ? » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Ça doit être une déformation professionnelle : j’angoisse pour un rien. » (Mélodie, l’héroïne bisexuelle du film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; etc.

 

En réalité, leur peur est liée à la sexualité en général, à la différence des sexes. « Je n’ai jamais été actif. Simon dit : ‘Tous les pédés c’est pareil, ils sont passifs quand ils ont vingt ans, et en vieillissant, ils deviennent actifs pour pouvoir continuer à coucher avec des mecs de vingt ans, c’est pathétique. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 68) ; « Polly aime bien être passive, ça l’arrange que Claude veuille toujours être dominante. Dans le fond, elle sent bien qu’elle est complètement inhibée avec le cul. » (idem, p. 74) ; « J’ai peur d’avoir des enfants ! » (Lou, l’héroïne lesbienne dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je n’oserai pas regarder une femme en train d’accoucher ! » (Martin, idem) ; « Il a râlé comme une peine, comme une longue douleur, je crois qu’il a mal. Moi, je sais. Je n’aimerais jamais ça. Le vide devait rester vide, jamais plus aucun ne ferait sur moi l’expérience de sa virilité, jamais je ne ferais l’usage de la féminité. » (une héroïne racontant la douleur d’un homme après un acte sexuel avec une femme, dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Il l’a peint en rouge et me l’a monté en pendentif… » (la femme à propos du sexe de son ex-compagnon Jean-Luc, converti en homo, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Les papous ne s’embrassent jamais, ils ont peur qu’on leur vole leur âme… Moi je me sens papou bizarrement certains matins… » (le comédien dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Juan-Carlos savait-il la gravité de son mal ? » (Manuel Puig, Boquitas Pintadas, Le plus beau tango du monde (1972), p. 120) ; « J’ai peur des phallus… J’en ai un, là, dedans. Faut me l’enlever. » (une patiente dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Ainsi de jour-là, était-ce dû à la chaleur ? À une pression artérielle trop élevée ? À une faiblesse nasale ? Ou peut-être les trois à la fois… Je me mis à saigner du nez. Une vraie hémorragie ! N’ayant pas de mouchoir et sentant mon nez couler, je m’essuyai discrètement d’un revers de main. Le liquide rouge que j’en ramenais était sans équivoque. Laëtitia, qui avait toujours tout, me donna ses mouchoirs. Je saignais tant que je vidais le paquet. Lorsqu’enfin les vannes se fermèrent, je n’étais plus en état d’embrasser qui que ce soit. Fini la frime, je me sentais très piteux. J’eus souvent peur de récidiver les fois suivantes, mais non, ce fut la première mais aussi la dernière. » (Bryan, le héros homosexuel qui a peur d’embrasser sa meilleure amie Laëtitia sur la bouche, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 27-28) ; « Je n’y arriverai jamais. » (Hugo, le héros homosexuel face à sa voisine Franckie avec qui il pourrait coucher, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Heïdi, l’une des deux héroïnes lesbiennes, ne supporte pas d’entendre le mot « zizi » : elle tombe dans les pommes dès qu’il est prononcé. Et lorsque Frédérique – l’amante d’Heïdi – est sur le point de passer au lit avec Romuald, le protagoniste homo – elle pousse un hurlement explicite : « J’ai peur !!! » ; et Romuald aussi : « Je vais porter plainte pour tentative de castration ! » Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, c’est la peur qui pousse Howard à se croire gay.

 

Film "Otto" de Bruce LaBruce

Film « Otto » de Bruce LaBruce


 

Parfois, le protagoniste homosexuel a peur de ne pas contrôler/réfréner ses pulsions sexuelles, et qu’elles se transforment en puissances violentes et mortelles : « Je n’aime pas ce mélange de rêve et de réalité, j’ai peur d’être encore amené à tuer comme dans mes précédents rêves. […] Je sais que même si je ne suis pas un criminel, mon emploi du temps de ces quatre derniers jours m’est complètement sorti de la tête, n’aurais-je pas pendant cette période tué pour de bon ? Est-ce que Marielle ne courra pas un danger restant seule avec moi ? Non, voyons, je suis la personne la plus pacifique du monde. Les gens violents dans leurs rêves sont dans la réalité incapables de tuer une mouche. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 134) ; « J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (Alexandra, la narratrice lesbienne attirée par une mineure, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; etc.

 

Et plus encore : la peur des héros homosexuels est liée à l’homosexualité, à la pratique homosexuelle, et à la croyance en la vérité de l’identité homosexuelle et de l’amour homosexuel… même si, très vite, par auto-persuasion, ils vont se dire que c’est tout ce qui fait frein à celles-ci qui créerait leur angoisse (cf. je vous renvoie au code « Liaisons dangereuses » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je n’avais jamais fait ça de ma vie auparavant. J’avais une trouille bleue. » (Hank parlant de sa première expérience homosexuelle, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Ça chassera peut-être mon angoisse. » (Michael, héros homosexuel se rendant à la messe de minuit pour oublier la misère de sa condition homosexuelle, idem) ; « Je croyais que l’amour était quelque chose d’agréable, qui nous grandissait. Mais celui que je ressens pour toi, me fait parfois l’effet inverse, il me détruit ! Pourquoi ? Puisque ça fait si mal, faut-il avoir peur d’aimer ? » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 417) ; « Je sentais que Marie était tétanisée par la peur que cela ne me déplaise. Dans un effort d’audace, pourtant, elle me prit par la taille. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 152) ; « Par peur d’être catalogués, les homosexuels sortaient uniquement à la tombée de la nuit (pareil à des chauves-souris) pendant que les voyous et les drogués squattaient en permanence les lieux. » (Ednar, le héros homosexuel parlant des Antilles, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 188) ; « Peut-être que ce qui fut jadis la Cour des Miracles saurait le guérir de sa peur, l’aider à s’affirmer auprès des siens. » (Ahmed, le héros homosexuel parlant du Marais, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 52) ; « Quand je l’ai pris dans mes bras, il était léger comme un gosse, j’avais presque peur de lui faire du mal. » (Martin en parlant de Lucas, dans le film « L’Homme que j’aime » (1997) de Stéphane Giusti) ; « Excuse-moi mais tout à coup j’ai peur de ce qui arrive […] peur de ne pas pouvoir te donner tout ce que tu veux, pas le temps, pas le désir. » (Lucas s’adressant à Martin, idem) ; « J’aime quand vous me faites peur. » (cf. la chanson « Consentement » de Mylène Farmer) ; « Je n’ai jamais peur. » (Roméo, le héros homo du film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer) ; etc.

 
 

Stephen – « J’ai peur maintenant… j’ai peur de vous.

Angela – Mais vous êtes plus forte que moi…

Stephen – Oui, c’est pourquoi j’ai si peur… vous me faites sentir ma force… »

(cf. un dialogue entre les deux héroïnes lesbiennes, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 189)

 
 

b) La caricature de cette peur homosexuelle de la sexualité : l’attrait-répulsion pour les univers d’épouvante

Les héros homosexuels sont effrayés et angoissés par ce qu’ils vivent en amour homo et en croyance identitaire homo, et se disent qu’en forçant le signe de leur honte (= la peur), en le grossissant, en le caricaturant et en l’esthétisant à la perfection, il se figera, ne se verra plus et sera hors d’état de nuire. Au-dessus de tout soupçon. Ou plutôt auréolé de soupçons !

 
 

Cyrille [le héros homosexuel] – « Comment me trouvez-vous, Hubert ?

Hubert – Effrayant, maître ?

Cyrille – Vous serez toujours mon meilleur public. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Film "The Gay Bed & Breakfast Of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast Of Terror » de Jaymes Thompson


 

Le film d’épouvante intéresse le personnage homosexuel, et beaucoup de créations traitant d’homosexualité sont des œuvres d’épouvante : cf. le film « À corps perdu » (1988) de Léa Pool, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le film « Frisk » (1995) de Todd Verow (sur les snuff movies), le film « La Sentinelle des maudits » (1977) de Michael Winner, le film « Nouveaux Monstres » (1977) de Dino Risi, le film « Trois visages de la peur » (1963) de Mario Brava et Salvatore Billitteri, le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (le personnage homo se masturbe devant des films d’épouvante), le film « Danse macabre » (1963) d’Antonio Margheriti, la comédie musicale Big Manoir (2007) d’Ida Gordon et d’Aurélien Berda, le film « House Of Horrors » (1946) de Jean Yarbrough, le film « La Maison du diable » (1963) de Robert Wise, le film « Les Monstres » (1963) de Dino Risi, la comédie musicale Créatures (2008) d’Alexandre Bonstein et Lee Maddeford, le film « Une poule, un train et quelques monstres » (1969) de Dino Risi, le film « Le Masque du démon » (1960) de Mario Bava, le film « L’Assassino Ha Riservato Nove Poltrone » (1974) de Giuseppe Bennati, les films « Besame Monstruo » (1969), « La Comtesse perverse » (1973), « Les Possédées du diable » (1974) de Jess Franco, le film « Sometimes Aunt Martha Does Dreadful Things » (1971) de Thomas Casey, le film « Thundercrack » (1975) de Curt McDowell, les films « The Brotherhood » (2000), « The Brotherhood 2 : Young Warlocks » (2001), « The Brotherhood : Young Demons » (2002) et « Final Stab » (2001) de David DeCoteau, le film « The Boy With The Sun In His Eyes » (2009) de Todd Verow (avec le héros homo fan de films d’horreur), le film « Le Fils de Chucky » (2004) de Don Mancini, le film « Troméo et Juliette » (1996) de Lloyd Kaufman, le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, les tableaux Autoportrait avec crâne (1977-1978) et Crâne d’Andy Warhol (1976-1977) d’Andy Warhol, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane, le héros homosexuel adepte des films gore), le film d’épouvante « In The Blood » (« Dans le sang », 2006) de Lou Peterson, le film « Haute tension » (2003) d’Alexandre Aja (avec Cécile de France en lesbienne psychopathe), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec le personnage homosexuel d’Otto), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le film « Who’s Afraid Of Vagina Wolf ? » (« Qui a peur de Vagina Wolf ? », 2013) d’Anna Margarita Albelo, le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec la Schtroumpfette qui fait des films d’épouvante), les films « Jeepers Creepers » (« Le Chant du diable », 2001) et « Jeepers Creepers 2 » de Victor Salva (avec un des personnages ouvertement gay), la série American Horror Story (2011) de Ryan Murphy et Brad Falchuk (avec un couple homo qui se fait enfoncer un tisonnier), le film « October Moon » (2005) de Jason Paul Collum, le film « Hellbent » (2004) de Paul Etheredge-Ouzts (racontant l’histoire d’un psychopathe qui tue ses victimes dans le milieu homo), le film « Lesbian Psycho » (2010) de Sharon Ferranti, le film « The Silence Of The Lambs » (« Le Silence des agneaux », 1991) de Jonathan Demme, le film « Sleepaway Camp » (« Massacre au camp d’été », 1983) de Robert Hiltzik (où le tueur est un trans M to F), le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro (là encore, l’assassin est transsexuel), le film « Pulsion » (1980) de Brian De Palma (avec le trans M to F maniaque), le film « Maniac » (2012) d’Alexandre Aja, le film « The Descent » (2005) de Neil Marshall, le film « Miss Paramount » d’Indochine (avec le Jardin des Tortures), etc. « Était-ce à ce moment-là qu’elle s’était mise à fumer – des après-midi d’école volés passés chez d’autres gamins ; rideaux tirés et vidéos de films d’horreur ; cigarettes communes fumées aux fenêtres du premier. Jane sourit à ce souvenir. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (idem, p. 72) ; « Je vois les films d’épouvante. Je m’en vante, je m’en vante. » (cf. la chanson « La Parisienne » de Marie-Paule Belle) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Chris, le héros homosexuel, est fan de films d’épouvante, et en réalisent : « Chris veut remettre à la mode le film d’horreur. » Quant à Toph, il a tourné un film d’épouvante intitulé « Blood In Barcelona ». Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas et son amant Nathan vont au cinéma voir le film d’épouvante sanguinolent « Nowhere » de Gregg Araki.

 

 

Dans le film « Scream 4 » (2011) de Wes Craven, il y a une référence explicite à l’homosexualité : « En fait, la plus sûre issue de secours pour survivre dans un film d’horreur moderne, c’est d’être gay. » D’où la scène cocasse qui suivra lorsqu’un des personnages est sur le point de se faire tuer : « Attendez, non, vous ne pouvez pas me tuer ! Vous ne pouvez pas ! Il y a des règles ! Je suis gay ! Je suis gay ! »

 

 
 

Dans Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar propose à son amant Khalid d’aller au cinéma voir le film d’horreur « Re-Animator » racontant l’histoire d’« un homme qui réveille les morts » (p. 111).

Khalid – « On pleurera cet après-midi alors… tous les deux… en regardant ton film d’horreur…

Omar – Sur l’affiche, l’acteur principal porte des lunettes.

Khalid – Et alors ?

Omar – Comme toi, avant. »

 
 
 

« C’est toujours la pucelle qui s’en sort le mieux à la fin. » (Jonathan, le héros homosexuel parlant des films d’horreur, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.)

 

 

Les univers folkoriquement « effrayants » apparaissent dans différentes créations : le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Elephant Man » (1981) de David Lynch (repris par Mylène Farmer dans sa chanson « Psychiatric »), le film « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa, le film « The Halloween Parade » de Lou Reed, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, la pièce Amour, gore, et beauté (2009) de Marc Saez, la pièce La Belle et la Bière (2011) d’Emmanuel Pallas, la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010) d’Essobal Lenoir, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, etc. Par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Jason, le héros homosexuel, est un « grand admirateur d’Hitchcock » (p. 414). Dans le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Bobby, seul contre tous », 2009) de Russel Mulcahy, Bobby, le héros homosexuel, connaît les trucages d’Alfred Hitchcock.

 

« La lumière de la lune se suffisait à elle-même, et les éléments du décor se recomposaient harmonieusement, lui révélant, sans plus de raison ni avec moins d’évidence, que l’horreur du monde a pour revers son inexprimable beauté. » (Jason, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 246.)

 

Film "Requiem For A Dream" de Darren Aronofsky

Film « Requiem For A Dream » de Darren Aronofsky


 

Le monde de la « peur de la mort » esthétisée entre en résonnance avec le monde gothique. On retrouve la confluence entre la culture gothique et l’homosexualité dans beaucoup de créations homo-érotiques : cf. le film « Gothic » (1986) de Ken Russell, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez (avec Juna, la lesbienne gothique), le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le roman À ta place (2006) de Karine Reysset (avec Chloé la lesbienne gothique), le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa (Nathalie parle à une gothique de 15 ans dans le magasin de chaussures qu’elle tient), le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson (où Stella, la FAP, est gothique), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec Freddie, l’homme gothique), le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec Corinne, l’amie gothique d’enfance de Jason), la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller (avec Schmidt en gothique efféminé), etc. Par exemple, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara, l’héroïne lesbienne, se fait surnommer « Mercredi » (de la Famille Addams) par ses propres parents. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Henri allait à la messe avec ses costumes gothiques quand il était jeune.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Des êtres effrayés (par l’identité homo et la pratique homo qu’ils s’imposent, et par la sexualité en général) :

Beaucoup d’individus homosexuels se caractérisent par leur peur maladive (et pas toujours consciente) d’eux-mêmes et des autres : « Je me rends compte que j’ai toujours fait tout par peur. » (Guillaume Gallienne dans son film biographique « Les Garçons et Guillaume, à table ! », 2013) ; « Tous les matins se ressemblaient. Quand je me réveillais, la première image qui m’apparaissait était celle des deux garçons. Leurs visages se dessinaient dans mes pensées, et, inexorablement, plus je me concentrais sur ces visages, plus les détails – le nez, la bouche, le regard – m’échappaient. Je ne retenais d’eux que la peur. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs au collège, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 63) ; « Je ne m’acceptais pas (jusqu’à mes 20 ans) parce que j’habite un petit village. C’est une chose dont on ne parle jamais. On se cache. On a peur. » (René, témoin homo suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc. Ils ont souvent une réputation de mauviettes et de froussards, de personnes facilement impressionnables et peu courageuses. Et un certain nombre d’entre eux s’installent dans cette réputation. « Mon envie dans ce film est de faire apparaître la relation que j’ai eue avec Pêche. Parce qu’elle a été sans doute une soupape à mes questions. Parce que j’avais trouvé en lui quelqu’un à qui m’accrocher. À travers cette histoire intime avec Pêche, mais aussi à travers les failles et les choses du monde normées et non normées assimilées, ressortira le cheminement d’un enfant, de sa construction, de ses peurs anciennes face à son homosexualité, mais aussi de ses désirs et secrets les plus beaux qu’il n’ait imaginés. » (le réalisateur Thomas Riera parlant de sa figure-cheval, dans le documentaire « Pêche, mon petit poney », 2012) ; « Le monde s’est mis alors à trembler autour de moi. La terre s’ouvrait sous mes pieds. L’abîme. J’y suis tombé. Le cycle de la mort aveugle, que j’avais déjà croisé enfant, jeune homme, recommençait. C’était le désert. Le désert et la panique. […] J’avais peur, peur, peur… Peur de partir. » (Abdellah Taïa parlant de la mort et de son enfance, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 93) ; « Tout m’inquiète. » (Bruno Wiel, jeune homme trentenaire homosexuel, agressé par quatre hommes qui l’ont laissé pour mort, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; etc.

 

En réalité, leur peur est liée à la sexualité en général, à la différence des sexes. « Le sexe n’existait pas pour moi quand j’étais petite puisqu’il n’était jamais nommé. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 108) ; « Comme Chouaïb, je ne mélangeais pas Dieu et le sexe. Le pur et l’impur. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 26) ; « Je faisais croire que j’étais branché sur les filles ! En réalité, elles me faisaient très peur. Dès qu’elles étaient trop proches, je reculais. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 29-30) ; « La grande majorité des malades qui consultent le psychothérapiste ne sont pas vraiment des homosexuels, mais plutôt des jeunes gens souffrant d’un état d’anxiété. Ignorant le processus de développement de l’instinct sexuel, ne se rendant pas compte qu’ils traversent une étape normale d’homosexualité, truffés de complexes d’infériorité qui leur font redouter l’idée même des responsabilités du mariage, ils montent en épingle leurs tendances homosexuelles pour expliquer leur incapacité à se marier. […] Ce sont les impressions de l’enfance qui marquent l’individu au point de vue sexuel. Si elles ont été désastreuses, l’individu cherche souvent refuge dans l’homosexualité. C’est l’histoire banale des foyers désunis, où la mère, malheureuse et terrorisée par un père brutal, étouffe son enfant sous des manifestations d’affection anxieuse. Elle le retient dans son développement et tend à le conserver pour elle, comme un bébé. L’enfant, dans ces circonstances, témoin d’un rapport sexuel entre ses parents, l’interprète comme une attaque contre sa mère, une brutalité. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 48)

 

 

Et plus encore : la peur des sujets homosexuels est liée à l’homosexualité, à la pratique homosexuelle, et à la croyance en la vérité de l’identité homosexuelle et de l’amour homosexuel… même si, très vite, par auto-persuasion, ils vont se dire que c’est tout ce qui fait frein à celles-ci qui créerait leur angoisse (cf. je vous renvoie au code « Liaisons dangereuses » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’étais heureux et j’avais peur. Tu étais l’homme, le roi. J’acceptais ton pouvoir. » (Abdellah Taïa s’adressant à son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 114) ; « C’est extrêmement difficile à vivre. […] J’ose à peine regarder les autres. […] Quand c’était intime, j’étais dans le malaise. » (Christian parlant de la découverte de son désir homosexuel pendant l’adolescence, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Catherine disait avoir peur : ‘Tu ne sais pas te protéger. Je ne veux pas te faire à nouveau souffrir. Il faut que tu saches qu’avec les femmes, je ne sais pas construire d’avenir. Avec un homme, c’est plus simple, je peux raisonner, ordonner, projeter, il n’y a pas à avoir peur de l’amour. Ne crois pas que tu pourras opérer de miracles. Dans ce domaine, je me sens infirme.’ Je n’arrivais pas à prendre au sérieux cette peur de l’amour et du désir sur laquelle Catherine revenait sans cesse et il me semblait, tant l’amour peut rendre présomptueux, que j’en viendrais facilement à bout. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 53) ; « Ce qu’il y avait entre nous [Martine et elle], c’était quelque chose de bien plus fort, à savoir la peur de la solitude. » (idem, p. 78) ; « Je nageais mais dans la peur. Je tremblais, à l’intérieur. Je ne voyais plus les garçons sauvages mais je les sentais venir, se rapprocher de mon corps, le renifler et le lécher. Dans un instant le violenter, l’un après l’autre le saigner. Le marquer. Lui retirer une de ses dernières fiertés. Le briser. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 25) ; etc.

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko évoque sa peur de l’acte sexuel (« Mes yeux se fermaient à l’idée que le sexe était une combinaison du bon et du mauvais. », p. 63), puis son effroi d’avoir vécu l’acte homo : il raconte la vue de son violeur et de son « sexe brandissant sous ses yeux, écarquillés de peur » (p. 71)

 
 

b) La caricature de cette peur homosexuelle de la sexualité : l’attrait-répulsion pour les univers d’épouvante

Film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Comme pour avoir une main sur leurs peurs cachées (et ne surtout, pour les cacher et ne surtout pas les surmonter), certaines personnes homosexuelles vont, à l’âge adulte, rejoindre le monde de l’horreur cinématographique et donner à croire ainsi que plus rien ne leur fait peur. Quitte à singer la peur et s’illusionner elles-mêmes.

 

 

Il est fascinant de remarquer que beaucoup de réalisateurs de films d’épouvante sont homosexuels : James Whale (le créateur de Frankenstein), Friedrich Wilhem Murnau, Curtis Harrington, Ed Wood (pour son travestisme…), Victor Salva (attiré par l’homosexualité mais aussi la pédophilie), Kenneth Anger, Jack Smith (si on peut le classer comme réalisateur de films d’horreur – dans ce cas, le retenir comme personnalité, avec Andy Warhol et Susan Sontag), les frères Kuchar, Andy Milligan, David DeCoteau (initiateur du fantastique 100% et ouvertement gay), Paul Morrissey, Michael Armstrong (« Mark Of The Devil », « House Of The Long Shadows »), Zebedy Cold (porno fantastique ; il était bi), Tim Sullivan (le remake de « 2 000 Maniacs »), Alan Rowe Kelly, Todd Haynes, Joel Schumacher, Marc Pirro (« Curse Of The Queerwolf »), Tom DeSimone (porno + « Hell Night »), Bart Mastronardi (un jeune indépendant, auteur de très bons films underground), Jason Paul Collum, etc. Gros doute pour Jack Sholder, Philippe Mora et Tom Holland…

 

« Je veux faire qui rende les spectateurs fous, qui les pousse à commettre un meurtre. » (Hisayasu Sato) ; « Bien à l’âge de neuf ans, j’ai été abusée sexuellement par un adolescent et sa sœur. J’ai alors expérimenté une activité hétérosexuelle et homosexuelle affreuse à un très jeune âge et en même temps, j’étais élevée par la télévision – j’avais la permission de regarder des films réservés aux adultes, des films d’horreur, des films à contenu sexuel, donc mon éducation à l’amour et au sexe s’est faite par l’abus et en gros par la négligence parentale, puisqu’ils nous autorisaient à regarder ces choses. » (Shelley Lubben, ex-actrice porno) ; etc.

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles (Clive Barker, Hervé Guibert, Gus Van Sant, etc.) s’inspirent du chef-d’œuvre d’Hitchcock « Psychose » (1960), un modèle du genre du film d’épouvante… et pour cause : Anthony Perkins (l’acteur qui joue Norman) était homosexuel (et très certainement Alfred Hitchcock aussi) ; d’ailleurs, le personnage de Norman Bates, dans le film, est soupçonné d’être inverti. Par exemple, Anne Heche, réalisatrice lesbienne du film « Sex Revelations » (2000), a joué dans le remake de « Psychose » (1998) de Gus Van Sant. Le réalisateur homosexuel espagnol Alejandro Amenábar est fan du film « Psychose », et dit qu’il « dévorait » les romans d’Agatha Christie quand il était adolescent. On retrouve des références à « Psychose » dans le film « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton (avec la musique stridente de « Psychose » au moment où Peggy tue à coups de marteau le vieux Douglas), dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (la rencontre entre George et le prostitué Carlos, avec derrière eux l’affiche du regard de Marion Crane dans « Psychose » d’Hitchcock), dans le one-woman-show Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, dans le film « Hitchcocked » (2006) d’Ed Slattery, etc. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Michael se compare à Norman Bates, le personnage principal du film « Psychose ».

 

« En revenant de la fête, en passant devant le Cinéma Odéon, j’ai remarqué qu’ils donnaient un film d’horreur. Déconseillé à tous les cardiaques. C’est l’histoire d’un dérangé mental qui s’habille comme sa mère et tue des pauvres innocentes qui passent la nuit dans un motel. » (une des 3 tantes d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier Folies-Fantômes (1997), p. 131)

 

 

L’inversion de la peur en désir de créer/faire peur (et l’inversion en tant qu’homosexualité, finalement) est le propre du psychotique, de celui qui s’enchaîne à sa psychose/peur, précisément ! « Dans une psychose, les transformations ‘en contraire’ sont très fréquentes, le désir de battre devient envie d’être battu, le désir de dévorer devient la peur d’être dévoré, le plaisir de regarder du schizophrène se transforme en peur d’être épié (c’est la direction de la pulsion qui est transformée et aucunement la représentation de l’objet). L’exhibitionnisme lui-même peut nous proposer une solution acceptable, car il y a sans doute dans le travesti l’identification avec l’objet qu’on aimerait regarder, satisfaisant ainsi d’une façon narcissique un voyeurisme ‘retourné’. » (le docteur Hans Werner, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 306)

 

Mais revenons plus largement au cadre des films d’horreur. Il existe une forte proximité entre milieu homosexuel et genres cinématographiques de l’épouvante. Je vous renvoie à l’étude sur l’homosexualité dans les films d’horreur Monsters In The Closet : Homosexuality and the Horror Film (1997) de Harry M. Benshoff. Ainsi qu’aux blogs de référence Mein Camp et Fears For Queers, tenus par les très queer BBJane Hudson et Valentine de Luxe, bien documentés (d’ailleurs, on lit sous leur plume toute la jouissance et l’admiration – l’adoration ? – homosexuelles pour les films d’horreur : pour eux, l’horreur visuelle est chef-d’œuvre merdique, bijou de cruauté, suprême et inimitable élégance odieuse !)

 

On peut facilement constater que les univers terroristes et surnaturels d’Anne Rice, Jean Boulet, Clive Barker, Poppy Z. Brite, Jacques Tourneur, Val Lewton, Pedro Almodóvar, Ian McKellen, Copi, drainent une grande partie du public homosexuel : cf. le documentaire « Halloween Queen 1 » (1999) de S. Nhieim, etc.

 

 

Il n’est pas rare non plus que les personnes homosexuelles/bisexuelles rejoignent le courant artistico-spirituel du gothique, c’est-à-dire de l’esthétisme de la mort, de la mélancolie, du diable. Les gothiques sont particulièrement androgynes dans leur style (on y trouve beaucoup d’adolescents, de personnes en panne d’identité et en panne de modèles religieux ou sexués auxquels se raccrocher) : cheveux longs, ongles peints et capes-robes chez les gars ; tatouages, écrase-merde et parfois cheveux rasés pour les filles.

 

David Gerard alias "Red Drag Diva"

David Gerard alias « Red Drag Diva »


 

On retrouve la confluence entre la culture gothique et l’homosexualité dans les univers musicaux de Mylène Farmer, d’Indochine, de Placebo, de Kiss, de Marilyn Manson, de Gossip, de The Smashing Pumpkins, etc. On peut penser également aux auteurs homosexuels amateurs de Sade et du sensationnalisme gothique dixhuitièmiste comme les romans de William Beckford, Charles Maturin, Horace Walpole, Matthew Lewis, etc.

 

 

L’attrait d’un grand nombre de personnes homosexuelles pour les films d’horreur serait drôle s’il était uniquement second degré, s’il se limitait à un jeu collectif, à un folklore de Gay Pride ou d’Halloween. Mais il n’est pas que signe de cela. Il montre une peur de soi et des autres qui, si elle n’est pas identifiée ni donnée, peut se retourner en violence contre soi-même (suicide, mutilation) ou en dictature (cf. je vous renvoie au code « Homosexuel homophobe », au code « Milieu homosexuel infernal », à la partie « Circulez, y’a rien à voir » du code « Déni », ainsi qu’à la partie sur le « terrorisme transsexuel » du code « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Le monde de l’horreur visible permet à bien des personnes homosexuelles de transférer leur peur sur les autres, et notamment un public consentant, qui a soi-disant payé pour ce transfert. Par exemple, dans son article « Les Happenings : Art des confrontations radicales » (1968) traitant du mouvement artistique camp porté par les artistes homosexuels, Susan Sontag souligne l’usage des « techniques d’épouvante du surréalisme » (p. 415). Elle rappelle trois caractéristiques essentielles des happenings : « En premier lieu, l’objectivation ou la dépersonnalisation des personnages ; en second lieu, l’importance accordée au spectacle et au bruitage, au détriment de la parole ; enfin, une volonté délibérée d’éprouver durement le public. […] La technique de l’épouvante des surréalistes retrouve alors la source du meilleur comique : le sentiment d’invulnérabilité du personnage. L’absence de réactions émotionnelles profondes est l’élément essentiel de la comédie. Si nous pouvions rire de bon cœur au spectacle de scènes pénibles et grotesques, c’est que les personnes auxquelles de telles choses arrivent ne semblent pas en être profondément touchées. Peu importe que le public les voie gesticuler, et crier, et invoquer le ciel en se plaignant de leurs malheurs, il sait bien que tout cela demeure superficiel. […] Dans les Happenings, le bouc émissaire, c’est le public. » (pp. 417-420) Sontag souligne à juste raison toute la charge désirante et bien intentionnée (limite amoureuse) qu’investissent les personnes homosexuelles dans l’élaboration d’univers laids et odieux : « Le dernier mot du Camp : affreux à en être beau ! » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), pp. 442-450)

 

Enfin, pour clore ce chapitre, j’aimerais vous livrer mon témoignage concernant mon propre rapport à la peur et aux films d’horreur… car j’ai un parcours étrange (très « queer », au sens originel du terme), qui va de l’excès de trouillardise vers un surprenant aguerrissement.

 

Je pourrais distinguer deux périodes de ma vie presque antagoniques. La première où j’étais, jusqu’à mes 20 ans, une vraie poule mouillée hyper impressionnable (quand j’étais petit, il m’arrivait de faire des cauchemars rien qu’avec les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie ou bien la vue de films avec des scènes violentes tels que « Les Dents de la mer », « Le Silence des agneaux » ou les épisodes de Matt Houston, qui pouvaient me traumatiser au point que je fermais les yeux pour ne pas les affronter ; par ailleurs, il était très facile de me faire hurler si on m’assaillait par surprise derrière une porte ou dans un couloir ; j’avais super peur du noir). La seconde période où je me vois maintenant vacciné et armé pour regarder la mort cinématographique en face, et même parfois la souffrance/la peur/la mort réelles. Je ne veux présager de rien, ni présumer de mes forces : le propre de la mort et de la peur, c’est quand même de nous prendre par surprise. Et n’ayant pas de boule de cristal, je ne sais pas comment je réagirai à chaque fois que la peur me prendra. Néanmoins, je peux quand même dire, au jour d’aujourd’hui, que peu de choses me font vraiment peur (c’est la communion des saints et ma foi en Jésus et Marie qui m’aident incroyablement contre les assauts de la peur), que j’ai acquis avec le temps un courage qui m’étonne moi-même tant j’étais mal parti. Il semblerait que j’ai acquis une insensibilité à l’horreur tout en conservant une vraie empathie pour ceux qui souffrent. Pourvu que ça dure ! De quelqu’un de fragile et d’impressionnable, qui faisait éponge avec toutes les images choquantes qu’il avait sous les yeux, peut parfois sortir un blindage et un courage insoupçonnés ! Ce qui ne nous tue pas nous renforce parfois. Il en est ainsi pour moi. Les images violentes ne m’atteignent plus ; les réalités violentes ne m’atteignent pas au point de m’ôter ma joie !

 

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Code n°129 – Morts-vivants (sous-code : Monstres / Zombies)

Morts-vi

Morts-vivants

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Quand la lumière du Désir sexué s’éteint…

 

Michael Jackson et ses démons de "Thriller"

Michael Jackson et ses démons de « Thriller »


 

Vivre comme un zombie, c’est vivre déconnecté du Réel, donc de Dieu et de la différence des sexes aimante. Notre corps se déplace, notre esprit et nos fantasmes sensoriels voyagent aussi… et pourtant, ce corps et cette conscience, qui forment indiscutablement un Tout (sauf pour les schizophrènes), ne sont plus reliés. Et pour le coup, nous ne sommes plus libres ni joyeux quand nous agissons. À nos yeux grands ouverts, vidés d’âme et de conscience, le Réel qui vient nous réveiller et se rappeler à notre bon souvenir, nous apparaît alors comme un terrible monstre qu’Il n’est pas. « Le sommeil de la raison engendre des monstres » a peint Goya. En fuyant le Réel et en se barricadant derrière nos écrans, tout ce que nous vivons, nous finissons par le subir. Et nous évoluons dans la société comme des automates, avides d’accumuler des devoirs et angoissés-ramollis de fuir nos devoirs.

 

Bien sûr que le temps terrestre de latence et d’attente jusqu’à la Vie éternelle nous prouve qu’on peut très bien vivre relativement heureux et faire du bien (ou en tous cas, pas de mal ni de dérangement) autour de nous sans la reconnaissance de Dieu, sans la pratique quotidienne de la prière et du rite catholique, sans la reconnaissance de la différence des sexes. Mais la question qui se pose, c’est « Comment vit-on ? » et surtout « Comment vit-on au mieux, avec ce feu qui étanche toutes nos soifs, qui calme toutes nos souffrances, qui nous fait croquer la vie à pleines dents, qui nous fait rechercher avec enthousiasme la Vérité ? ». Et de ce que j’observe dans ma vie de tous les jours, il est clair que les personnes de mon entourage qui vivent le plus heureuses, les deux pieds sur terre ancrés dans le Réel, au service des autres, dans la joie durable et l’humilité, qui créent du beau et du solide, ce sont précisément des gens qui reconnaissent l’existence de Dieu et de la différence des sexes, et qui s’engagent dans l’Église catholique.

 

En revanche, j’ai croisé chez les personnes qui fuient la différence des sexes (les personnes homosexuelles en première ligne) ou qui la sacralisent de manière trop arbitraire ou trop molle (les hétéros gays friendly athées), beaucoup de zombies, c’est-à-dire des individus qui vivent pour leur bien-être, leur confort matériel, leurs voyages (ou plutôt leurs errances), qui se laissent vivre, qui consomment pour oublier qu’ils ont peur d’aimer et qu’ils n’aiment pas vraiment en actes. Certes, ils peuvent connaître la réussite, s’engager politiquement, poser quelques actes de solidarité de temps à autre, picorer des amourettes par-ci par-là, et même vivre des expériences spirituelles ponctuelles. Mais il leur manque l’âme du Réel, l’humilité du Croyant. Au fond, nous vivons à une époque peuplée de morts-vivants. L’image cinématographique du zombie de film d’épouvante peut prêter à rire et nous sembler totalement excessive et déconnectée de la réalité. Mais détrompons-nous. Si les morts-vivants, les vampires, les monstres, les fantômes, peuplent de plus en plus nos écrans de cinéma, c’est qu’ils sont un peu le reflet de ce que notre monde intérieur, psychique, désirant, et parfois concret, sécrète, de ce que notre époque individualiste, matérialiste et jugement-phobiste suscite en nos cœurs endormis.

 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Frankenstein », « Vampirisme », « Doubles schizophréniques », « Clown blanc et Masques », « Voyante extra-lucide », « Homme invisible », « Amant diabolique », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Jumeaux », « Sommeil », « Mort = Épouse », « Mort », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Oubli et Amnésie », « Funambulisme et Somnambulisme », « Maquillage », « Main coupée », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Poupées », « Extase », « Ombre », « Animaux empaillés », « Femme allongée », « Moitié », « Substitut d’identité », « Regard féminin », « Lunettes d’or », « Planeur », « Se prendre pour le diable », « Cour des miracles », « Milieu homosexuel infernal », « Déni », « Homosexuel homophobe », « Lune », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Milieu psychiatrique », « Voyage », « Andogynie bouffon/tyran », « Voyeur vu », « Espion homo », « Aube », « Clonage », « Douceur-poignard », « Amant triste », « Araignée », « Miroir », « Appel déguisé », « Homosexualité noire et glorieuse », « Parodies de Mômes », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », à la partie « Promenade chorégraphique » du code « Bobo », à la partie « Hypnose » du code « Médecines parallèles », à la partie « Ennui » du code « Manège », et à la partie « Hamlet » du code « Parricide la bonne soupe », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Zom-bi(sexuel) :

La nuit des morts-vivants...

La nuit des morts-vivants…

On retrouve beaucoup de fois dans les fictions homo-érotiques la figure du mort-vivant ou du zombie. C’est d’ailleurs souvent le héros homosexuel lui-même : cf. le film « O Fantasma » (2000) de João Pedro Rodrigues, le film « Walked With A Zombie » (1942) de Jacques Tourneur et Val Lewton, l’album « Sleeping With Ghosts » du groupe Placebo, la pièce Hamlet, Prince du Danemark (1602) de William Shakespeare (« Être ou ne pas être, telle est la question… »), la chanson « Ghosts » de Michael Jackson, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le recueil poétique Vivir Sin Existir (Vivre sans exister, 1945) de Luis Cernuda, le film « Homo Zombies » (2000) de Let Me Feel Your Finger First, le film « L’Invasion des morts-vivants » (1965) de John Gilling, le film « Le Zombie venu d’ailleurs » (1978) de Norman J. Warren, le recueil de poésies Cadáveres (1987) de Néstor Perlongher, la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, la pièce Giving Up The Ghost (1986) de Cherrié Moraga, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt (avec le fantôme), le film « Révolte des morts-vivants » (1971) d’Amando de Ossorio, le film « Party Monster » (2003) de Fenton Bailey et Randy Barbato, le film « Ghosts Of The Civil Dead » (1989) de John Hillcoat, la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou (avec les morts-vivants dans le train), le vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson, le vidéo-clip de la chanson « Substitute For Love » de Madonna, le vidéo-clip de la chanson « Le Brasier » d’Étienne Daho, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » de Cassandre, la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec la Nation de mortes-vivantes dans un hôpital psychiatrique), le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys (avec Bryan, le héros homosexuel qui finit le roman en cadavre parlant), le roman Un Garçon d’Italie (2002) de Philippe Besson (avec Luca, le mort-vivant), le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles, le film « Ausente » (« Absent », 2011) de Marco Berger, le roman Les Absents (1995) d’Hugo Marsan, la pièce Récits morts : un rêve égaré (1973) de Bernard-Marie Koltès, le film « The Dead Man 2 : Return Of The Dead Man » (1994) d’Aryan Kaganof, le film « Le Bain » (2012) de Joao Vieira Torres, le film « Caballeros Insomnes » (« Les Chevaliers insomniaques », 2012) de Stefan Butzmühlen et Cristina Diz, le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, la série In The Flesh (2013) de Dominic Mitchell (définie comme « la série de zombies gays friendly » officielle), etc.

 

« Tu as l’air d’un zombie. » (cf. une réflexion faite à Prior, le héros homosexuel de la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner) ; « Gordon marchait comme un zombie. » (Hervé Claude, Riches, cruels et fardés (2002), p. 238) ; « Si, dans les mains du Seigneur qui t’éduqua de la sorte, ‘bonheur’ rime avec ‘malheur’ et les mots ‘vivante’ et ‘morte’ frappent toujours à la même porte, c’est au-delà de notre faute. » (Ahmed s’adressant à Lou, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Sale petit zombie. » (le père d’Howard – le héros gay – s’adressant à Cameron Drake qui a outé son fils, ans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « Je dois avoir l’air d’un zombie. » (Vincent Garbo, le héros homosexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 112) ; « Je flotte dans les rues comme sous analgésiques. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Je ne connais aucun crépuscule. » (l’un des héros homosexuels de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « Les morts entendent tout et voient tout. » (Vincent, le héros homosexuel de la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux) ; « Nous mourrons. Puis nous revenons. » (Tommaso, le héros homosexuel, dans le film « Mine Vaganti », « Le Premier qui l’a dit » (2010) de Ferzan Ozpetek) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le héros homosexuel croque-mort, s’exerce aux « mots-croisés pour zombies ». Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 2 décrit son fils homosexuel comme « un machin pâlot et anémié », qui « traîne sa tronche grisâtre ». Dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret, John Breakdown, le chorégraphe homosexuel, met en scène un « tableau des zombies » pour sa nouvelle mise en scène. Dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, les oiseaux sont une foule de rapaces d’outre-tombe. Dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Chloé dit que Martin, le héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité, a une « tête de zombie ». Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, veut aller voir le Musée des morts de Guanajuato (Mexique). Palomino, son amant et guide mexicain, joue à fond la carte du mysticisme mortuaire : « Demander une rançon même pour un mort est une pratique courue au Mexique. ». Lorsque les deux tourtereaux se baladent dans le musée, ils voient des masques hurlants de cadavres qui semblent vivants. Dans l’épisode 321 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 26 octobre 2018 sur TF1, Barthélémy Vallorta, le héros homo-bisexuel, se prépare à fêter Halloween et compte se déguiser en zombie pour la soirée au bar du Spoon. L’un des gérants, Thomas Delcourt, lui demande « où en est son maquillage de zombie ». Et le Dr Samuel Chardeau, qui les écoute au comptoir, lui propose carrément de visiter une morgue : « Si tu veux voir des zombies, je peux t’en présenter. À la morgue. »
 

 

Le zombie homosexuel vit dans l’illusion d’être quelqu’un d’autre… parce qu’en fait il se déteste lui-même, doute de son incarnation et de sa consistance, expérimente un effondrement narcissique de sa personnalité, un trouble dans la perception de son identité. « Je t’écris pour te dire que je ne suis pas mort. » (Heiko, le héros homosexuel s’adressant à son amant Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Il ne peut rien arriver à un cadavre. » (Valmont dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; etc. Son désir est capturé, envoûté, anesthésié et vampirisé par une idole, une projection idéalisée de lui-même. Par exemple, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien se retrouve « en léthargie » (p. 91) quand il se met dans la peau des autres, plongé dans un « lourd sommeil » qui n’est « ni la mort ni la vie » (p. 302) : un état intermédiaire, celui des zombies. Dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, Laure remarque qu’« il y a donc des êtres humains qui ont une âme et d’autres qui n’en ont pas » (p. 359), ce à quoi Jean-Pierre lui répond que « ce serait une explication idéale pour les philosophes qui soutiennent l’existence des zombies ». Dans sa nouvelle « La Playa » (2000), Eduardo Muslip décrit les homosexuels comme des « personnes semi-endormies semi-réveillées qui peuvent être capturées par les rêves » (p. 260) et fait directement le parallèle entre le « devenir zombie » et le « devenir homosexuel » quand il écrit : « À coup sûr, j’ai dû être capturé par une sorte de fantaisie homosexuelle. » (idem, p. 261) Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny explique à Roméo, juste avant de l’embrasser pour la première fois, que lorsque quelqu’un meurt, son cerveau continue de rêver encore cinq minutes après que son cœur se soit arrêté, et que ce temps de latence, de tension entre la vie et la mort, ce serait l’Éternité, l’Amour vrai, la véritable identité de la personne homosexuelle.

 

Le zombie est parfois l’amant homosexuel du héros, ou bien ce même héros homosexuellement amoureux : un être apathique, qui s’ennuie, mou du genou, à apparence mortelle, un pantin bizarre voire inquiétant comme le diable : « Je me donne à un zombie. » (Camille chantant une chanson lesbienne à Yann, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, dans l’épisode 3 de la saison 1) ; « C’est Chloé, et c’est autre chose, un zombie, un fantôme. » (Cécile décrivant son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 23) ; « Certains jours, au réveil, je pense que mon mec il a une âme morte dans la bouche… » (le Comédien dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Mais avant de faire mon entrée chez les morts vivants, j’évite de me plaindre. Je peux encore écrire, vous écrire, n’est-ce pas ? » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 181) ; « C’est un secret. Ça reste entre nous. Je peux rentrer en contact avec les morts. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Je peux rentrer en contact avec les personnes mortes, ou les personnes en sommeil paradoxal. » (Noémie dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone) ; « J’ai vu des morts, mais j’ai saisi le merveilleux. » (c.f. la chanson « Désobéissance » de Mylène Farmer) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar propose à son amant Khalid, d’aller au cinéma voir le film « Re-Animator », une œuvre qui raconte l’histoire d’« un homme qui réveille les morts » (p. 111). Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Omar décrit Xav comme un « mort-vivant dégoulinant de sueur ». Dans le film « Otto ; Or, Up With Dead People » (2007) de Bruce Labruce, Otto, un jeune zombie paumé, sans souvenirs, erre dans Berlin. Il ne dort pas. Comme la chair humaine le dégoûte, il ne mange que des cadavres. Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago apparaît comme un fantôme vivant à Miguel. Dans le film « The Last Girl : The Girl with all the Gifts » (2017) de Colm McCarthy, par exemple, Melanie, une gamine zombie noire, tombe amoureuse de sa prof humaine Miss Helen Justineau, et leur « amour » chevaleresque est montré comme indestructible, authentique, durable « jusqu’à la fin des temps ».

 

Emory racontant son 1er amour homo, dans le film "The Boys In The Band" de William Friedkin

Emory racontant son 1er amour homo, dans le film « The Boys In The Band » de William Friedkin


 

L’état amoureux homosexuel rend zombie : « Les yeux noyés comme deux mutants sous hypnose. » (cf. la chanson « Les Voyages immobiles » d’Étienne Daho) ; « Kévin traversa le premier trimestre comme un zombie. » (Bryan parlant de son amant, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 460) ; « Tu es sûre d’être vivante, chérie ? » (Louise s’adressant à Jeanne dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Je ne suis pas un monstre mais une fille douce que le désir des hommes jamais n’intéressa. » (c.f. la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette) ; etc. Les techniques d’approche et d’identification homosexuelles sont calquées sur l’attitude des morts-vivants cinématographiques : « Ces regards insistants, cette façon languide de se tenir. » (le narrateur homosexuel se retrouvant face à deux pairs homosexuels, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 28)

 

Ce qui caractérise l’état du mort-vivant, c’est la souffrance muette, l’absence de Désir : « Les zombies ne parlent pas, ne pensent pas, mais ils souffrent, bien sûr, car parfois, quand la lune les éclaire, on voit tomber leurs larmes. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est obéir, et souffrir. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 164) ; « Son visage était comme un masque, absolument sans expression. Elle se mouvait avec raideur, avec une précision singulière. […] Un cadavre… elle portait en elle un cadavre. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 258) ; « Intoxiques nos insomnies de leur infectieuse mélancolie. » (cf. la chanson « Les Torrents défendus » d’Étienne Daho) ; « Je ne sais pas vraiment ce que je fais. » (Elena par rapport à sa relation lesbienne avec Peyton, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; etc. Littéralement, le personnage homosexuel « s’absente sur place » : « J’ai été assez absent. » (le héros dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato) ; « Ces absences, tu les as toujours ? » (un amant de Dany, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « Encore une fois, penser à ceux qui ne sont pas là ! Toujours ce décalage, pourquoi ? Je me suis souvent posé cette question. Une seule réponse plausible : je me suis inquiéter pour ceux qui sont présents. Ça ne les rend pas invulnérables pour autant, mais c’est comme ça. Je n’ai peur que pour les absents ! Comment les protéger, les secourir ? » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 242) ; « Je ne suis que le fantôme de moi-même. » (Nathan dans le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez) ; « Je m’absente… un peu comme si je n’étais plus là. » (Éric, l’un des héros homos du film « New Wave » (2008) de Gaël Morel) ; « Depuis ce matin-là, je suis comme absente. On me parle, je réponds, mais sans écouter… Le soir, c’est pis encore. Souvent, avant de m’endormir, j’imagine des situations qui dépassent le possible en m’inspirant des gravures que le libraire m’a montrées. Mon envie change souvent selon mon humeur. Cette nuit, j’ai rêvé de deux filles qui se rendaient leurs caresses dans un dortoir de pensionnat… Enfin, je pense à toutes ces situations que la plupart des femmes ne connaîtront jamais, par ce manque de courage qu’elles ressentent pour assumer leurs goûts au regard des conventions imposées. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 71) ; etc.
 

Le psychotique n’a pas accès à la métaphore : c’est à cela qu’on le reconnaît. C’est ce qui arrive par exemple à Todd, l’un des héros homos du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson : « C’est quoi, une métaphore ? »
 

En général, le héros homosexuel gravite dans des lieux et un milieu social (le « milieu homosexuel ») où il rentre en contact avec des gens semi endormis, immatériels, qui le contaminent par leur pouvoir anesthésiant et déprimant (j’emploie le verbe « contaminer » à escient, car dans la fantasmagorie homosexuelle, les morts-vivants sont fréquemment l’allégorie des hommes porteurs du VIH ou des humains dépressifs) : « Je suis un fantôme au milieu des fantômes. Mon ombre ne se distingue pas de celle de mes compagnons. » (Leo, le héros homosexuel du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 78) ; « Vous n’avez jamais rencontré de vrais homosexuels. Ce sont des bossus qui riraient de votre mariage. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne, s’adressant à sa fille et à la compagne de celle-ci, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « J’avoue ne pas être tranquille la nuit ; dans ces lieux qui semblent maudits, j’ai la frousse de croiser un zombie un de ces quatre. » (Dylan, le héros homosexuel, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 51) ; « Je me perds entre les buissons, je croise des garçons auxquels je n’ai pas envie d’agripper ma solitude. Regards fermés, gestes lents, comme des funambules suicidaires. Ils font l’amour debout, le jeans baissé sur les chevilles. Sur leur visage un air triste d’avoir abandonné le combat. » (Simon dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 14-15) ; « S’ils existaient, il y aurait des fantômes partout dans cette ville, partout dans toutes les villes. Et Glasgow ? Un meurtre à chaque coin de rue. » » (Petra, l’héroïne lesbienne parlant de Berlin à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 36) ; « Ne vous inquiétez pas pour votre immeuble fantôme. Cette ville est pleine de fantômes, mais la plupart sont inoffensifs. C’est des vivants qu’il faut se méfier. dit Jurgen. Il faisait presque nuit dans la chambre. Jurgen et Jane avaient eux aussi l’impression d’être suspendus dans l’espace. Pas morts, mais déconnectés des vivants. » (Jane, l’héroïne lesbienne, idem, p. 117) ; « Je l’ai vue. […] Elle avait les cheveux emmêlés, il y avait des feuilles dedans, comme si elle venait de sortir de sa tombe, et elle pleurait. C’était peut-être un fantôme. » (Frau Becker décrivant Petra, l’amante de Jane, comme une morte-vivante à Jane, idem, p. 216) ; « Ses lèvres fines étaient sèches et gercées, blanchies par le froid, mais sa bouche était toujours large et clownesque et il était facile de l’imaginer en train de hanter un cortège de fantômes. » (Jane décrivant le vieux Herr Becker, idem, p. 218) ; etc.

 

Beaucoup de bars homosexuels fictionnels sont dépeints comme des repères de morts-vivants. « C’est comme une morgue ici ! » se fait la réflexion Charlie dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear. « Mon parc est semé de gens morts ! » (Copi, La Journée d’une rêveuse, 1968) ; « Ils sont tous morts, vos amis. » (Cyrille, le héros homosexuel malade du Sida s’adressant à Hubert, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Dans la nuit, j’ai rencontré des fantômes bizarres, des amoureux passés. Au début, j’y croyais à ce monde inversé. Mais j’ai cessé d’y croire, à ces histoires compliquées. » (cf. la chanson « Je veux tout changer » d’Hervé Nahel) ; etc. Dans les films « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, « Les Nuits fauves » (1992) de Cyril Collard, « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, le spectateur a le loisir d’observer ce peuple de zombies homosexuels errer comme des somnambules le long des quais, dans les lieux de drague nocturnes. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Thibault, homosexuel, leader du mouvement Act-Up, décrit « les pédés de la Gay Pride » comme des « folles qui marchent comme des zombies. »

 

On retrouve la métaphore des sidéens homosexuels assimilé à des fantômes dans le roman Les Fantômes (2005) de Jameson Currier, et dans bien d’autres œuvres telles que le roman Les Absents (1995) d’Hugo Marsan, le roman L’Amant des morts (2008) de Mathieu Riboulet, le roman Le Mausolée des amants (1976-1991) d’Hervé Guibert : « Ici, dans notre cher gaytto, tu ne peux pas faire trois pas sans tomber sur la silhouette étonnamment familière de quelqu’un que tu pensais mort et enterré depuis belle lurette. » (Michael évoquant les années Sida, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 11) ; « Dès l’âge de 14 ans, je vivais aux côtés de mes amis du cimetière. » (l’un des héros homosexuel de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; etc.

 

L’homosexualité pratiquée n’aide pas à connecter le corps à la conscience. Par exemple, dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, le capitaine Edelson, chef de police, qualifie les homos de « paumés qui ne savent pas ce qui les pousse à faire ce qu’ils font ».
 
 

b) Le bal des monstres fantomatiques :

Le fait que le héros homosexuel fuie sa sphère de conscience (de son corps sexué), de raison, de Désir, lui fait quelquefois connaître des hallucinations, voir des monstres, des spectres et des fantômes. C’est le retour de boomerang du Réel qui a été éjecté : cf. la pièce Les Monstres sacrés (1940) de Jean Cocteau, le film « Monster » (2003) de Patty Jenkins, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « Like A Monster » du groupe Indochine, le roman Monstre (1950) de Yukio Mishima, le film « Les Monstres » (1963) de Dino Risi, le film « Mes Parents » (2002) de Rémi Lange, le film « Le Bouc » (1969) de Rainer Werner Fassbinder, le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec « L. », le héros transgenre M to F, habillé en fantôme), le film « An Ambush Of Ghosts » (1992) d’Everett Lewis, le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, « Closet Monster » (2015) de Stephen Dunn, etc.

 

« Si l’on était capable de croire en Dieu, ce n’était sûrement pas difficile de croire en Dieu, ce n’était sûrement pas difficile de croire aux dragons. Pourquoi ne parvenait-elle pas à faire comprendre au prêtre qu’il restait des monstres à combattre ? » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 206) ; « Va-t’en, sale monstre ! » (Ayrton s’adressant à son grand frère homosexuel Donato, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Les corps apparaissent parfois ici. » (Donato s’adressant à son amant Konrad, en attendant que la marée ramène le corps d’Heiko l’amant de Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Dehors les monstres ! » (Peuple face à la troupe de Lettie, la femme-à-barbe transgenre, dans le film « The Greatest Showman » (2017) de Michael Gracey) ; « Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; « Mon propre fils me répète que je suis un monstre. » (Morgane, héros transsexuel M to F, dans l’épisode 405 de la série Demain Nous Appartient, diffusé sur TF1 le 21 février 2019) ; etc.
 

Par exemple, dans le roman La Peau des zèbres (1969) de Jean-Louis Bory, le narrateur homosexuel décrit des draps vivants : « Dans la salle de bains il refuse de regarder les draps. Il les voit. Ils se sont dénoués. Ils vivent. Mais ils se taisent. » (p. 47) Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, dès que Rana, chauffeuse de taxi, découvre la transsexualité de sa passagère intersexe F to M Adineh, elle hurle, la gifle et la voit comme un monstre : « Me touche pas ! Sors de ma voiture !! » Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le père de Davide, le jeune héros homosexuel qui se travestit, traite son fils de monstre, et s’adresse à la femme priant dans l’église avec leur enfant à ses côtés : « Il dégoûte tout le monde. À quoi bon prier ? » Dans l’épisode 5 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Tom est effrayé par Otis travesti en femme et court pour lui échapper, comme s’il avait affaire à un monstre transsexuel.

 

Il arrive que le personnage homosexuel tombe amoureux d’un monstre : « Petit monstre, petite teigne, démon à apparence humaine, mon ballon d’oxygène, tu me plais car tu me touches beaucoup. J’aime tes fruits défendus, ton cul haut perché comme ces statues africaines. ». (cf. la chanson « Quand tu m’appelles Éden » d’Étienne Daho) ; « Quand on pense à tous les monstres avec lesquels on couche… » (Omar, l’un des héros homosexuels de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; etc. Par exemple, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane, le romancier homosexuel, avoue que « les écrivains sont des monstres anthropophages. » ; son ex-amant Vincent lui répond dans la foulée : « Que tu sois un monstre, je n’en ai jamais douté. » Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Gatal, le héros homo, demande désespérément à son futur fiancé de renoncer au pouvoir et à son travail, car il a l’impression d’avoir en face de lui « un monstre, un épouvantail, le grand chef d’entreprise ». Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Ayrton dit de Konrad, l’un des héros homosexuels, qu’il « ressemble à Ghost Rider ». Le troisième chapitre intitulé « Un Fantôme me parlant l’allemand » se rapporte au héros homosexuel Donato, un Brésilien qui n’a pas donné de nouvelles à sa famille et qui est allé s’exiler en Allemagne. D’ailleurs, Ayrton, le petit frère de Donato, le surnomme « le fantôme » sur le ton du reproche. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Nathan raconte qu’il s’est sentimentalement et homosexuellement identifié à un couple gay apparemment idyllique aperçu sur une photo, resté longtemps ensemble avant que la maladie du Sida ne mette fin à leur idylle et n’emporte l’un des deux membres, Keany : « Il s’appelait Keany. On aurait dit un monstre. »
 

Parfois, le héros homosexuel, à force de voir des monstres, se transforme lui-même en créature hideuse et agit comme un monstre : cf. le roman Vous m’avez fait former des fantômes (1987) d’Hervé Guibert, le film « Monster In The Closet » (1986) de Bob Dahlin, etc. « Vous êtes des monstres ! […] Je vous vois tous comme des monstres ! » (Daphnée dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Je suis envahi par les fantômes. » (Silvano dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 173) ; « J’perçois des funérailles, cerveau en bataille. Tu te veux liquide. Pantin translucide. Mais tu n’pourrais rien changer. Côté sombre, c’est mon ombre. » (cf. la chanson « Et tournoie » de Mylène Farmer) ; « T’es immonde. T’es répugnant ! » (Gabriel s’adressant à son pote homo Nicolas, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « T’as l’impression d’être un monstre et qu’il faut refaire toute ta gueule. » (Jeanfi, le steward homo, face au chirurgien esthétique, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Ça fait des semaines que je me demande si je ne suis pas un monstre. » (Rémi dévoilant dans la douleur ses sentiments amoureux cachés à son ami hétéro Damien, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Vous ne devriez pas copier un monstre, comme la Merteuil. » (Merteuil dans la peau de Valmont, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Vous êtes un monstre, Valmont, et je veux en devenir un. » (Valmont dans la peau de Merteuil, idem) ; « Si j’ai pas ma dose de café, je me transforme en monstre. […] Ça devrait calmer le monstre. » (Morgane, l’infirmière scolaire lesbienne, s’adressant à Sandrine, dans l’épisode 383 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 22 janvier 2019 sur TF1) ; etc.

 

Il n’est pas rare d’entendre des personnages homosexuels se prendre pour des monstres, considérer l’existence humaine ou la sexualité comme horribles. « Tu n’es qu’un enfant répugnant ! Je te hais ! […] Va-t’en, monstre ! » (Petra, l’une des héroïnes lesbiennes s’adressant à sa fille Gaby, dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Tu m’appelles monstre de foire mais je suis un jeune artiste. » (Ahmed s’adressant à Lou l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Mère dit que je suis un type bizarre. » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; « Ils avaient raison. Tu es vraiment un monstre. » (Joan Clarke s’adressant à Alan Turing, idem) ; « Quand je leur jetais de nouveau un regard, elles [Varia et sa copine] s’étaient transformées en monstre à deux têtes et ricanaient de plus belle, en renversant à tour de rôle leurs chevelures blonde et brune. » (Jason, le héros homosexuel décrivant Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 59-60) ; « On s’ra plus monstres que les monstres, mais bien plus humains que des ours ! Regardez notre déguisement : la Raulito et Cachafaz, c’est le comble du repoussant ! » (Raulito s’adressant à son amant Cachafaz, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « C’est pas un loup-garou. » (Nadia s’adressant à Jessica qui lui demande comment son père « s’est transformé en gay », dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent) ; etc. Par exemple, dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, les enfants sont définis comme des « monstres ». Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, le père de Christian est désigné comme un monstre. Dans son roman Three Tall Womens (1990-1991), Edward Albee règle ses comptes avec sa génitrice qu’il qualifie de monstre. Dans son poème « Abuela Oriental », Witold Gombrowicz décrit sa grand-mère à la fois comme un « monstre mythologique » et une muse merveilleuse. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Gatal, le héros homosexuel, est présenté par ses deux « pères » comme un véritable sale gosse… alors qu’il a l’air au contraire d’un adulte docile et sage : « Tu as été un petit animal violent, un enfant insatiable. » (le père 2). Le jeune homme a fini par intégrer qu’il était « l’animal colérique qu’il a fallu dompter » et qui « doit quitter la Voie de la Bête ».

 

Le monstre est d’abord une posture esthétique, une attitude narcissique (un peu ironique et mégalomaniaque) qui plaît sans arrière-pensée au personnage homosexuel : « Tu sais, les monstres vivent en tribu. » (Louise, le personnage trans M to F, s’adressant ironiquement à son ami Clément au sujet des personnes transsexuelles, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « C’est monstrueux ! » (Cyrille, le héros homosexuel dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « On devrait se déguiser en Pokémons. » (Eytan, élève homosexuel du lycée, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; « Vous savez ce que vous êtes pour moi ? Un monstre ! Une manipulatrice ! » (Julien, le héros homosexuel, s’adressant à sa belle-mère, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Ne croyez pas que vous êtes plus monstrueuse que nous, dans le monde du spectacle nous le sommes tous. » (l’Auteur s’adressant à Vicky Fantômas, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Nous savons que vous êtes un monstre. » (idem) ; « Dalida, l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire, le monstre à deux têtes, Luigi, Lucien, Richard, pris dans un lien inextricable. » (l’actrice jouant Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Il voulait se faire passer pour un fantôme et être accepté comme tel. » (Sévéria parlant de l’homosexuel Stratoss Reichmann, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Nous, les monstres du Créateur ! » (Luca, le narrateur homosexuel du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; etc. Par exemple, dans Le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, l’équipe de water-polo gay finit son cri de guerre avec une gestuelle de monstres.

 
 

Cyrille – « Comment me trouvez-vous, Hubert ?

Hubert – Effrayant, maître ?

Cyrille – Vous serez toujours mon meilleur public. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Mais en règle générale, le bal des monstres et des morts-vivants est triste et conduit les protagonistes homosexuels vers la mort. « J’avais envie de faire l’amour avec un mort. Pas avec un mort-vivant. Mais avec UN CADAVRE ! » (le narrateur homosexuel du roman L’Autre Dracula contre l’Ordre noir de la Golden Dawn (2011) de Tony Mark, p. 53) Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le cortège des fiançailles est formé de cinq hommes avec des cornes de cerf sur le dos, avançant avec lenteur et de manière hypnotique, comme dans un défilé mortuaire : il signe la mort par strangulation d’un des deux fiancés. Dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, Adrien, le héros homosexuel suicidé, apparaît comme un mystérieux revenant ; après sa mort, il est aperçu par diverses personnes : la petite voisine, sa mère Marie, etc.

 

C’est souvent que la transformation du héros homosexuel en zombie se fait par l’intermédiaire d’un objet ou d’un écran de cinéma assurant une captation magique et mortifère. Par exemple, dans le film « L’Homme d’à côté » (2001) d’Alexandros Loukos, Alkis, le héros homosexuel, affirme subir tous les après-midi un feuilleton grec débile, Elvira, que sa grand-mère suit assidûment… mais ce qu’il n’avoue qu’à demi-mot après, c’est que cela lui plaît : « À force d’être scotché devant la télé, je devenais une Elvira ! » Dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, Éric, en zombie télévisuel, dort les yeux ouverts devant la télé. Dans le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le professeur d’université d’Angela meurt devant un film d’horreur projeté dans une salle de cinéma déserte.

 

L’état de léthargie éthérée, en plus de révéler une atrophie du désir, peut signifier symboliquement quelque chose de beaucoup plus grave. Comme je le signale dans les codes « Sommeil » et « Oubli ou Amnésie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, le mort-zombie est parfois la victime d’un viol, qui par son silence, couvre son agresseur ou la future agression qu’elle va reproduire parce qu’elle n’a pas conscience de la violence qu’elle a subie. On retrouve le thème du cauchemar ou du mauvais réveil par exemple dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, etc. « C’est mon cauchemar qui continue ! » (Orphée dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau) ; « Réveil tragique succède. Un sommeil sans rêve. La forme de son corps ne veut rien dire pour moi. » (cf. la chanson « Cherchez le garçon » du groupe Taxi Girl) ; « À l’aube, il s’arrache au sommeil sans avoir l’impression d’avoir dormi. » (Jim Grimsley, Dream Boy (1995), p. 85) ; « Loin de me perdre dans la vie des autres, je m’y nourris, je m’en nourris. J’y secoue mon sommeil de larve. » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 35) ; « Je ne dors plus, professeur. Je reste éveillé nuit et jour. » (Freddie s’adressant au professeur Goldberg, dans le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker) ; « Il nous faut tuer pour vivre ! Ou alors seulement survivre comme morts-vivants à Nanterre, pavillon de la Misère ! » (Mimi et Fifi, les deux travestis M to F de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Zom-bi(sexuel) :

Film "Cupcake : A Zombie Lesbian Musical" (2010) de Rebecca Thomson

Film « Cupcake : A Zombie Lesbian Musical » (2010) de Rebecca Thomson


 

Dans la réalité concrète, les personnes homosexuelles, même si elles sont effectivement bien humaines et pas du tout monstrueuses, évoquent néanmoins de temps en temps l’existence des morts-vivants, ou bien se présentent elles-mêmes comme des zombies : cf. le documentaire « Unsere Leichen Leben Noch » (« Nos cadavres vivent encore », 1981) de Rosa von Praunheim, le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, la Gay Pride de Toronto, etc. Par exemple, chez le réalisateur homosexuel Bruce LaBruce, la thématique des zombies homosexuels est centrale, est une marotte. Il dit lui-même qu’il fait du « Porno Zombie » : je vous renvoie à ses films « Otto Or Up With Dead People » (2008), « Interview With A Zombie » (2010), « L.A. Zombie » (2010), etc. Lors de la deuxième édition de l’émission The Voice 2 (2012) en France, le jeune chanteur homosexuel Olympe reprend comme par hasard la chanson « Zombie » du groupe britannique The Cranberries. De plus en plus de séries américaines intègrent des zombies gays dans leur intrigue : Ouat, Games Of Thrones, The Walking Dead, In The Flesh, etc. Dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6, Isaac, femme F to M qui s’appelle initialement Taïla, s’identifie à un personnage de série, Teenwolf.

 

Dans bien des cas, parce qu’ils fuient leur réalité sexuée et divine, les sujets homosexuels ou transgenres se condamnent à s’absenter sur place, à vivre une sexualité sans sexualité, à tomber éternellement amoureux sans aimer vraiment, à devenir des êtres humains sans désir et sans monde intérieur. Des coquilles apparemment vides. « J’étais un jeune homme sans psychisme. » (Kim Pérez Fernández-Figares, homme transsexuel M to F, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 253) ; « Comme si mon énergie que je traîne était une énergie de cadavre, de mort, j’ai cherché en d’autres hommes l’énergie de vie, en me comparant à eux. J’ai l’impression d’être un enfant bloqué dans un corps d’adulte me confrontant aux mondes d’adultes. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; etc.

 

Par exemple, lors de sa conférence « Pierre Loti, l’Homme aux deux visages » à Savigny s/Orge le 15 février 2007, Georges Poisson décrit Pierre Loti comme un zombie, vidé de conscience : « C’est vraiment un homme d’une inconscience totale. » Dans son essai Souci de soi, oubli de soi (2002), le psychiatre Jacques Arènes parle du « suicide psychique » (p. 57) trouvé dans le sadomasochisme, pratique souvent homosexuelle. Dans l’essai Saint Genet, comédien et martyr (1952), le personnage de Querelle est décrit comme un « joyeux suicidé moral » (p. 86) par Jean-Paul Sartre. Charles Trénet habitait une grande demeure baptisée le « Domaine des Esprits ».

 

Quand une personne ne semble pas avoir conscience des symptômes de sa douleur, de sa condition de souffrant, cela s’appelle médicalement l’anosognosie. Et en écoutant des personnalités comme Virginia Woolf, Andy Warhol, Pier Paolo Pasolini, Christine Angot, Guillaume Dustan, Renaud Camus, Nina Bouraoui, je la vois assez nettement. « Après tout, être vivant ou mort, cela revient au même. » (le réalisateur homosexuel italien Pier Paolo Pasolini, dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » d’Andreas Pichler)

 

C’est souvent l’état amoureux homosexuel qui anesthésie les personnes et les ravit (au sens propre du terme) : « J’étais devenu un zombie. Un fou dans la nuit. Un mystique de l’amour. Un amoureux éconduit. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 53) ; « Dans le grand parc solitaire et glacé, deux spectres ont évoqué le passé… » (Verlaine s’adressant à son amant Rimbaud, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 30) ; etc.

 

Je retrouve par exemple l’attitude concrète de morts-vivants dans le flot de paroles endormies et endormantes de beaucoup de dragueurs des sites de rencontres homosexuels, dans l’esbroufe des séducteurs-crooners du « milieu homo » qui se disent « homos mais pas gays », « hors milieu » et qui susurrent des métaphores poétiques à deux balles au téléphone, dans les voix-off caressantes et inconsistantes des films du très bobo François Zabaleta.

 

Le monde de la nuit homosexuelle est souvent investi par des morts-vivants : par exemple, dans l’essai autobiographique Recto/Verso (2007), Gaël-Laurent Tilium se voit « fendre la cohorte des zombies aux mains baladeuses » (p. 190) à l’intérieur d’un sex-club gay. La métaphore des morts-vivants homosexuels peut se référer aux années noires de la décennie des années Sida 1980, puis ensuite par l’expérience de la séropositivité : « Je voulais vivre ailleurs qu’à San Francisco. Il semblait que la mort était partout. » (Paul, homme homosexuel racontant qu’il a perdu 90% de ses amis homos de l’époque des années 1980, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Si t’as pas l’énergie pour te confronter à tous ces fantômes, t’es vraiment tout seul. Y’a personne ! » (Mateo, homosexuel et séropositif, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) ; etc.

 

Film "Otto" de Bruce LaBruce

Film « Otto » de Bruce LaBruce


 

Les artistes homosexuels trouvent dans cette errance du zombie qu’ils imitent un esthétisme bobo nostalgico-dépressif qui leur tient chaud, et qui nourrit le mythe réconfortant et victimisant de l’« homosexualité noire ». « Je suis un spectre, une ombre. » (Stéphane Corbin pendant son concert Les Murmures du temps au Théâtre de l’Île Saint-Louis Paul Rey à Paris en février 2011) Dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, cet état douloureux de l’inconscience qui écartèle l’individu entre la vie et la mort (un coma ou un purgatoire) se substituerait à la Résurrection, serait le signe de la victoire révolutionnaire de leur homosexualité, de la Vie sur la mort… alors que dans les faits, il est plutôt le stade intermédiaire où la Vie n’a pas encore été choisie et où la mort menace de l’emporter sur Elle. « Col fantasma o spirito o spettro o larva o zombie, Copì, io sottoscritto penso d’aver avuto (e ancora ho), da lunga pezza, proficui, costanti, ridenti e soddisfacentissimi appuntamenti. » (cf. l’article « Les Étoiles Psychotiques » d’Enzo Moscato, dans l’essai Il Teatro Inopportuno Di Copi (2008) de Stefano Casi, p. 10) Par exemple, dans le documentaire « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, on entend l’ode au sommeil « Muerta Pero Viva » des femmes-zombies féministes et lesbiennes. Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont s’annonce dès le départ comme « La Revenante », et élève son lesbianisme en étendard d’une nouvelle naissance.
 
 

b) Le bal des monstres fantomatiques :

Les écrits et dessins homo-érotiques vomissent des monstres : Catulle Mendès et ses Monstres parisiens (1882-1885), les monstres et mandragores de Jean Boullet, les peintures de Salvador Dalí ou de Francis Bacon, etc. « J’ai créé un monstre. Et maintenant, je dois vivre avec. » (Yves Saint-Laurent dans la biopic « Saint Laurent » (2014) de Bertrand Bonello) Ce sentiment d’être un monstre a pu être impulsé par l’entourage familial : « Tu nais, coiffée de la tête jusqu’aux genoux, toute velue. Ta mère te trouve repoussante. » (Christine se parlant à elle-même à la deuxième personne, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « Être gay au Bénin, c’est être un monstre. » (Olympe dans l’exposition photos Garçons de Cotonou (2015) de Michel Guillaume) ; etc.

 

Le monstre est également le produit d’un processus individuel. La sortie de sa sphère de conscience produit parfois des hallucinations monstrueuses ou un suicide psychique, comme l’écrit si bien Christiane Singer. « Fuis ! Sauve-toi ! Cours pour ta vie ! En courant, l’homme moderne tente d’esquiver la légion de fantômes à ses trousses, de succubes et de zombies qu’il s’est créés lui-même. Il y a des fuites qui sauvent la vie : devant un serpent, un tigre, un meurtrier. Il en est qui la coûtent : la fuite devant soi-même. » (Christiane Singer, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le Ciel est en toi ? (2001), p. 12) Je vous renvoie à la gravure Le Sommeil de la Raison engendre des monstres (1797) de Francisco Goya, au documentaire « Body Without Souls » (1996) de Wiktor Grodecki, à l’essai Ceci n’est pas un fantôme (2011) de Pierre Katuszewski, aux Die-In mis en scène par certains militants homosexuels (comme par exemple celui du Boulevard Henri IV de la Gay Pride parisienne de 1999).

 

Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand Bonello est obsédé par le monde de la peinture. Mais curieusement, pendant tout le reportage, le passionné de peinture va se mettre en quête du motif de la monstruosité dans les œuvres picturales qu’il observe, au point d’en faire son sujet d’étude. Celia, la conservatrice de musées, qui lui fait des visites guidées, s’étonne de sa recherche (« Vous, ce qui vous intéresse, c’est un monstre inquiétant. »), puis finalement se prête au jeu (« On va chercher le monstre dedans. »). Elle associe la gémellité picturale ainsi que l’homosexualité, l’inversion des sexes, à la monstruosité quand elle commente les toiles : « Cette figure de femme hommasse peut tenir lieu d’identification. »

 

Il n’est pas rare d’entendre des personnes homosexuelles se prendre pour des monstres, considérer l’existence humaine ou l’amour comme horribles. « Je me voulus semblable à cette femme qui, à l’abri des gens, chez elle conserva sa fille, une sorte de monstre hideux, difforme, grognant et marchant à quatre pattes, stupide et blanc. En accouchant, son désespoir fut tel sans doute qu’il devient l’essence même de sa vie. Elle décida d’aimer ce monstre, d’aimer la laideur sortie de son ventre où elle s’était élaborée, et de l’ériger dévotieusement. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 30) ; « Que Michael Jackson nous épargne ses jérémiades sur la pureté des enfants. Ce sont des monstres, comme nous. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 155) ; « Ce sont mon sentiment, ma faiblesse qui ont fait de moi un monstre. Oui, un monstre, puisque, au moment où je fais le bilan de mon existence, je m’aperçois que je n’ai jamais rien compris de la vie… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80) ; « Fais-moi le monstre en colère. » (Laurent demandant à son amant André de l’exciter au lit, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; etc.
 

Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, le terme « Bixa » signifie à la fois « tapette » et « bestiole »… et c’est ainsi que s’auto-déterminent les témoins travestis.
 

Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Déborah, personne intersexe élevée en fille, et son amie Audrey, elle aussi intersexe, se baladent au Muséum d’Histoires Naturelles de Lausanne (en Suisse), et y observent les animaux empaillés, et notamment un « Chat : Monstre à tête double », en rappelant qu’à une certaine époque de la médecine légale, les hermaphrodites ou les intersexes comme elles étaient considérées comme des monstruosités de la Nature. Un peu plus tard, Vincent Guillot, militant intersexe, a de la révolte en lui : « Le médecin m’a dit : ‘T’es un mutant, t’auras jamais d’enfant, tu seras toujours différent des autres.’ »

 

Les monstres (en latin, « monstrare » signifie « montrer ») qui surgissent de l’imaginaire humain (torturé !) de nos contemporains nous montrent à mon sens deux choses : d’une part une passion morbide croissante pour la laideur et la mort, d’autre part une tentative de censure d’actes mauvais qui sont posés en l’honneur de la croyance en la « réalité » de ces mêmes monstres. Comme le souligne à juste raison le philosophe Philippe Muray dans l’essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), notre époque, qui est à la mode de « l’indignation n’ayant pas conscience de ce qui l’indigne » (et même pire : qui fait de l’indignation affichée sur les réseaux sociaux et à la télé un cache de l’objet d’indignation), est une époque propice à voir des monstres partout (au départ des « monstres gentils » comme Casimir) et à en produire sur nos écrans, pour ensuite se justifier de ne pas penser, de ne rien montrer de l’horreur de certaines pratiques destructrices et des folies humaines irraisonnées : « Monstre’ est un mot commode pour ne rien nommer du tout, et par conséquent ne rien essayer de comprendre non plus, puisqu’il s’agit aussi d’innommable, justement, de non-représentable, d’impensable. » (p. 129)

 

L’état de léthargie éthérée, en plus de révéler une atrophie du désir, peut signifier symboliquement quelque chose de beaucoup plus grave. Comme je le signale dans les codes « Sommeil » et « Oubli ou Amnésie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, le mort-zombie est parfois la victime d’un viol, qui par son silence, couvre son agresseur ou la future agression qu’elle va reproduire parce qu’elle n’a pas conscience de la violence qu’elle a subie. « J’attendais. Mieux que ça, je rêvais. Un rêve comme celui du Bon Dieu qui couche avec Satan. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 72) Par exemple, le 23 décembre 2002, dans les Hauts-de-Seine (banlieue parisienne), Philippe Digard, âgé de 26 ans, étouffe et tue Ilia, un jeune prostitué homosexuel : il semble, selon les propres mots de l’avocate générale Marie-Claire Maïer, que ce criminel « consommait beaucoup de cocaïne. Et la cocaïne, ça décuple les forces. Il s’est transformé en zombie, un zombie dopé ». Autant les zombies n’existent pas, autant les attitudes de zombies, autrement dit de possession diabolique ou de captation du désir par l’irréel, peuvent exister… et sont tout sauf douces !
 

Dans énormément de films actuels traitant de la Bête de l’Apocalypse, l’homosexualité y apparaît… preuve que l’homosexualité est un symptôme de Fin des Temps mais également de satanisme : « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, « La Belle et la Bête » (2017) de Bill Condon, « La Bête curieuse » (2016) de Laurent Perreau, « The Last Girl » (2016) de Colm McCarthy, « The Greatest Showman » (2017) de Michael Gracey, le film « Seules les bêtes » (2019) de Dominik Moll, etc.
 
 
 

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