Promo canapédé

Promotion « canapédé »

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

En direct de la rue des Francs-Bourgeois… ou des bourgeois francs

 

Film "Jet Set 2" de Fabien Onteniente

Film « Jet Set 2 » de Fabien Onteniente


 

Sans pour autant être vraie et aimante, la bourgeoisie (dans le sens post-moderne du terme : l’attrait pour le « devenir-objet » et pour le matérialisme) est très sincère et franche. Et le désir homosexuel, étant par définition le désir d’être objet (vous irez voir le code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels pour ceux qui ne le connaissent pas encore) et le désir sincère qui ne parvient pas à être pleinement vrai, est particulièrement bourgeois. Ce que je dis n’est pas nouveau. Déjà, dans la Bible, il est fait mention que Sodome et Gomorrhe étaient des villes bourgeoises. Et si nous regardons autour de nous, il n’est pas difficile de constater que la pratique et la visibilité de l’homosexualité sont prioritairement observables dans les sphères de pouvoir, de luxe et de matérialisme déshumanisant de la gauche caviar. Pas étonnant que certains pays de l’Hémisphère Sud les considèrent aujourd’hui comme des « vices occidentaux » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 162) venant des Blancs riches.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie est souvent reconnue, et malheureusement causalisée, par beaucoup de personnes à la fois homosexuelles et homophobes. Or, bien évidemment, cette proximité est de l’ordre de la coïncidence et n’est pas systématique. C’est d’ailleurs pour cette raison que le désir homosexuel peut être ressenti par des gens objectivement sans argent ou par des individus au train de vie bobo (bourgeois-bohème). Toutes les personnes homosexuelles ne sont pas bourgeoises, ni en porte-monnaie, ni en attitudes. Je ne parle que d’une tendance très marquée du désir homosexuel pratiqué, et non du désir homosexuel seulement ressenti. Bien avant d’être un signe extérieur de richesse effective, l’homosexualité cherchant à s’incarner est d’abord un désir de richesse matérielle. Dans les fictions homo-érotiques, force est de constater que le personnage homosexuel joue souvent le dandy bourgeois ou le jeune homme arriviste qui louvoie avec le monde de l’argent et de la Jet Set grâce à son homosexualité… et plus on nie la part de vérité de ce cliché, plus il s’actualise.

 

On le voit dans bien des corps de métiers (mode, sport, médias, théâtre, opéra, hôtellerie, etc.) : l’homosexualité pratiquée est un moyen d’insertion à l’intérieur de certains milieux professionnels et sociaux. Dans le monde du libéralisme économique déshumanisé et conquérant, certaines personnes n’hésitent pas à user de leur prétendue « identité homosexuelle » (… ou de la pratique discrète des actes homosexuels « entre deux réunions », « sous le bureau », ou « dans la salle de la photocopieuse ») pour gravir les échelons de leur entreprise ou de leur milieu professionnel/artistique/politique. Elles semblent prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Elles mêlent sans complexe génitalité et travail, vie privée et carrière, business et séduction. Et si on les soupçonne d’arrivisme, de corruption, de semi-prostitution, ou d’élitisme de nouveaux riches (les cercles d’artistes dandys ou d’universitaires homosexuels petits-bourgeois du début du XXe siècle ne sont pas si loin de nous !), elles avancent avec le masque du nouveau spectre de la communauté homosexuelle : l’Homophobie dans le Travail. Mais pourtant, aucune n’ignore la force de corruption de pouvoir qu’exerce le désir homosexuel actualisé.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Patrons de l’audiovisuel », « Prostitution », « Bourgeoise », « Méchant Pauvre », « Bobo », « Homosexuels psychorigides », « Liaisons dangereuses », « Solitude », « Lunettes d’or », « Amour ambigu du pauvre », « Homosexuel homophobe », « Innocence », « Défense du tyran », « Poupées », « Pygmalion », « Homosexualité vérité télévisuelle ? », « Androgynie bouffon/tyran », « Faux révolutionnaires », « Faux intellectuels », à la partie sur l’appât du gain dans le code « Artiste raté », à la partie « matérialiste » du code « Collectionneur » et à la partie « Apocalypse » du code « Entre-deux-guerres » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) La haine des bourgeois du fils-à-papa homosexuel :

Dans les fictions homo-érotiques, énormément de héros homosexuels expriment leur haine des bourgeois et des riches : « Je hais les mini et les super-puissants !!! Je les vomis. » (Belle Espérance en parlant des « gens de la Haute » dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « Sales bourgeois ! » (Daphnée, la bourgeoise par excellence, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; etc. Par exemple, dans le film « La Cérémonie » (1995) de Claude Chabrol, Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert détruisent une famille de bourgeois. Dans le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, l’Étranger sème le trouble en couchant avec tous les membres d’une famille aisée. Dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, Scott, le héros homosexuel, le fils du maire, rentre en conflit avec son milieu social d’origine pour vivre dans des squats. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, les bourgeois sont moqués.

 

Mais la haine des bourgeois est justement propre aux bourgeois ! Comme l’explique à juste titre Mère Teresa, qui est bien placée pour parler de la misère et des pauvres puisqu’elle les a côtoyés de près, jamais le vrai pauvre ne singe ni ne grossit sa souffrance, jamais il n’haït les riches : « Je n’ai jamais entendu un pauvre grogner ou maudire, je n’en ai jamais vu terrassé par une dépression. » (Mère Teresa, Il n’y a pas de plus grand Amour (1997), p. 163)

 

Le héros homosexuel devient bourgeois d’abord parce qu’il désire se faire objet, qu’il nie son humanité et qu’il rejoint donc la violence et les mondes déshumanisés. « Bande de faux-culs, vous les bourgeois ! Vous êtes les premiers à défiler dans les manifs ‘Les pédés au bûcher !’, mais on vous voit dans les bois ! » (Herbert, homosexuel, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Depuis longtemps, Jason n’était plus capable d’apprécier le spectacle de la nature pour lui-même. En bon dandy féru de décadence, et ayant entretenu son raffinement avec le soin maniaque que l’on prend à s’occuper d’un bonzaï, il était saturé de culture. Un flot de références picturales ou littéraires venait faire écran à toute impression spontanée, et spécifier la teneur même de son émotion. C’est ainsi que la mer, à l’horizon, lui parut avoir revêtu son plus beau bleu Klein. […] La transparence de l’air lui rappela quelque ciel italien de Corot. Quant aux hortensias qui exhibaient avec une joyeuse fierté leurs gros pompons roses, bleus et mauves, ils semblaient sortis du costume d’Arlequin d’une fête galante de Nicolas Lancret. » (Jason, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 31) Par exemple, dans le film « Gigola » (2010) de Laure Charpentier, l’héroïne lesbienne incarne parfaitement la figure de la garçonne envahie par les objets : elle est vêtue d’un smoking, porte un œillet rouge à la boutonnière, brandit une canne à pommeau d’argent incrusté d’une tête de cobra.

 

Le désir bourgeois et homosexuel n’est pas uniquement l’appât du gain. Il est celui qui naît de la jalousie ou/et du conformisme, de la haine de soi, de l’attrait pour le paraître. Il consiste à dire : « Je ne désire pas profondément une personne ou un objet, mais je le prétends parce que je sens que c’est désiré par ‘les autres’ (… et surtout par ceux du sexe complémentaire !) ». C’est l’élan mimétique largement décortiqué par René Girard : « Oui, elle était bandante, c’est le mot. Les mâles de la salle de jeu et moi, nous le savions bien. Et tout à coup j’ai eu envie de les battre sur leur propre terrain. Apparemment tout le monde avait envie de cette belle brune. Pourquoi pas moi ? » (Suzanne, l’héroïne lesbienne bourgeoise du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 237)

 

Certains héros homos créent une version dark, trash, camp, queer et bobo, des bourgeois qu’ils méprisent… pour se donner l’illusion qu’ils sont des marginaux iconoclastes et révolutionnaires parmi les marginaux aisés, des aristos « plus bourgeois que bourgeois » : cf. le bourgeois le châtelain libertin organisant des parties SM dans son manoir dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, la bourgeoisie incorrecte dans la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, etc. « Vous êtes un mondain pour vos amis, un snob pour vos détracteurs. Je ne tranche pas. Après tout, je suis comme vous. » (Vincent, le jeune héros homosexuel s’adressant à la figure de Marcel Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 26) Par exemple, dans la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel voue une passion sans limite pour le « trash bourgeois » et « l’érotisme de salon » (p. 97). Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le jeune héros homosexuel, joue le dandy à part de ses camarades de lycée : il s’habille avec chapeau haut de forme et canne de « Lord anglais », avec un œil caché de pirate.

 

L’élitisme de l’incorrection ou la marginalité camp des héros homosexuels n’est qu’une bourgeoisie qui s’ignore, car ces derniers restent enchaînés au paraître : « Quelques pédés paradent et ça sent le pédant. » (l’un des héros de la pièce Intérieur ou la Traversée spectaculaire d’un foutoir devenu trentenaire (2011) de Jérôme Thibault) La bourgeoisie, c’est finalement l’attachement haineux aux images et aux objets.

 
 

b) Bourgeoisie et homosexualité :

Film "Victor Victoria" de Blake Edwards

Film « Victor Victoria » de Blake Edwards


 

Derrière l’arrogance provocante et iconoclaste par rapport au monde du paraître, il y a une idolâtrie. En effet, beaucoup de personnages homosexuels regrettent le déclin de la bourgeoisie, expriment leur nostalgie de la noblesse (ou plutôt de leur « idée de noblesse ») : cf. le film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming, le roman Le Dernier des Médicis (1994) de Dominique Fernandez, le film « Déclin de l’Empire américain » (1986) de Denys Arcand, le roman Feu le monde bourgeois (1966) de Nadine Gordimer, etc. Par exemple, dans le roman El Ángel De Sodoma (1928) d’Hernández Catá, José María est le dernier maillon d’une famille aristocrate en décadence. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, les amantes Thérèse et Carol sont l’archétype des deux grandes bourgeoises qui aiment vivre dans le luxe et le désuet. Je vous renvoie au code « Entre-deux-guerres » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

D’ailleurs, le héros homosexuel des fictions est souvent issu d’une famille bourgeoise : par exemple Lars dans le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato, Julien dans le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, François dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Tala et Leyla dans le roman I Can’t Think Straight (2011) de Shamim Sarif (les deux amantes sont toutes deux héritières de très bonne famille), Tadzio dans le film « Morte A Venezia » (« Mort à Venise », 1971) de Luchino Visconti, Sébastien dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph Mankiewics, Kyril le dandy avec son monocle dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, etc. Dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, Henriette, le héros travesti M to F, se définit lui-même comme un « fils-à-papa ». Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, Suzanne, l’héroïne lesbienne, se fait traiter de « bourgeoise des Chartrons ». Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, Hervé appartient à la « petite noblesse bretonne » (p. 62). Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux « pères » de Gatal, le héros homosexuel, ont tenu à ce que leur fils suive sa scolarité dans les « écoles les plus chères et les plus cotées ».

 
 

Lou – « Je ne suis pas assassine, je suis une fille riche !

Mimi – Riche, dit-elle, archi-riche ! C’est Mademoiselle d’Onassis ! »

(Lou et Mimi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi)

 
 

L’homosexuel, dans bien des cas, est présenté comme le fils de la bourgeoisie. « L’idéal d’la féminité, c’est d’être née avec du blé ! C’est comm’ ça qu’elle’ pond’ des pédés. […] Ell’ font d’eux des efféminés. » (Cachafaz dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Vous êtes une petite bourgeoise. » (le père de Claire, parlant à Suzanne, la compagne de celle-ci, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; etc. Ainsi que le montre le début du film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, la bourgeoisie serait congénitale et engendrerait l’homosexualité. Par exemple, dans le roman Le Bal des folles (1977), Copi-narrateur se définit lui-même comme un « fils de bourgeois » (p. 143), et décrit ses camarades homosexuels comme des bourges : « Elles sont toutes des bourgeoises tarées. » (p. 130) Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, les homos sont définis comme des « bourgeois arriérés ». Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Matthieu-Alexandre, le fils aîné de la bourgeoise Marie-Muriel, est homo : il fait partie d’un club très fermé d’art, et sa mère anti-mariage-pour-tous ne se rend même pas compte de sa tendance, même si elle l’avoue à son insu : « Il est tellement sensible… » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie est le prototype du gosse de bobo qui va se marier avec un autre homme de sa classe et de sa situation, Antoine : « Il est successful, il est riche. » Il trouve même qu’il a finalement une vie « trop cadrée ». Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Freddie, l’hétéro de base, sous-entend qu’il a compris l’homosexualité cachée de Tom, le héros homosexuel, quand il tourne en dérision l’intérieur riche de son appartement : « C’est tellement… bourgeois… ». Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Audrey, la journaliste noire, qualifie au départ les préoccupations homosexuelles de Rupert par rapport à John de « petits problèmes de riches ».

 

Film "Maurice" de James Ivory

Film « Maurice » de James Ivory


 

« Je me demande pourquoi il y a toujours autant de pédales chez les bourgeois. Ça doit être l’absence d’effort physique. À force de rien foutre assis sur des fauteuils, leurs gènes deviennent mous et dégénérés. » (le boucher joué par Philippe Nahon dans le film « Seul contre tous » (1998) de Gaspard Noé) ; « Toi, t’es aristocratique. » (Vanessa s’adressant à son mari homosexuel Laurent, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Allez vivre dans le tiers monde ! Riche comme vous êtes, vous devriez régner sur une cour d’éphèbes qui vous éventent les mouches à l’aide de feuilles de bananier. » (Cyrille, le héros homosexuel, parlant à Hubert dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « C’est la classe, les gays ont tout. […] Et j’suis fier, et j’suis snob. » (l’un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Vous êtes une petite bourgeoise. » (le père de Claire, s’adressan à Suzanne, la copine de celle-ci, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener), etc.

 

À en croire certains propos, l’homosexualité serait une pratique plus tolérée et courue dans les milieux aisés : « Tout comme aujourd’hui, jadis, on retrouvait plus de compassion pour la communauté homosexuelle dans les milieux aisés de notre population. La classe moyenne avait de tout temps marqué du mépris et du dégoût envers ces ‘gens-là’ comme ils disaient. » (Ednar à propos de la Martinique, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 27) Je vous renvoie aux codes « Défense du tyran » et « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Souvent, dans les films homo-érotiques, c’est ambiance bourgeoise et salon de thé : cf. la chanson « À table » de Jann Halexander, les vidéo-clips des chansons « Maman a tort », « Libertine » et « Plus grandir » de Mylène Farmer, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec la relation sensuelle entre les petites filles modèles et leurs gouvernantes), le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander, le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, le roman Los Alegres Muchachos De Atzavará (1987) de Manuel Vázquez Montalbán, le film « Parfum d’absinthe » (2005) d’Achim von Borries, le film « The Queen » (2006) de Stephen Frears, le film « Rocco et ses frères » (1960) de Luchino Visconti, le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1982) de Pedro Almodóvar, le film « Amours particulières » (1969) de Gérard Trembaciewicz, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec les parties mondaines du couple lesbien Catherine S. Burroughs/Muriel Gold), le roman Off-Side (1968) de Gonzalo Torrente Ballester, le film « Il Disco Volante » (1964) de Tinto Brass, le film « Fraude Matrimoniale » (1977) d’Ignacio F. Iquino, le film « Le Feu Follet » (1963) de Louis Malle, le film « Dandy Dust » (1998) d’Hans A. Scheirl, le film « Concussion » (2013) de Stacie Passon (avec Abby, la lesbienne fortunée), le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2014) de Frank Oz (avec le couple de bourgeois homosexuels fraîchement installé dans la bourgade bourgeoise de Stepford ; l’un d’eux est politicien de droite), la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin (avec le précieux dandy criminel, Lacenaire), etc.

 

Fictionnellement, les politiciens, magistrats, députés ou businessmen fortunés sont souvent homosexuels : cf. le film « Ronde de nuit » (2004) d’Edgardo Cozarinsky, le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « El Diputado » (1978) d’Eloy de la Iglesia, la trilogie « Dead Or Live » (1999-2002) de Takashi Miike (avec le maire homo), le film « Le Corps de mon ennemi » (1976) d’Henri Verneuil (avec le maire homo), le film « Tempête à Washington » (1962) d’Otto Preminger (avec le sénateur Brig Andersen), le film « Que le meilleur l’emporte » (1964) de Franklin J. Schaffner (avec le gouverneur Cantwell), le film « The Barber, l’homme qui n’était pas là » (2001) de Joel Coen (avec le chef d’entreprise gay), le film « Jack le Magnifique » (1979) de Peter Bogdanovich (avec le sénateur homo), le film « Hécate, maîtresse de la nuit » (1982) de Daniel Schmid (avec le diplomate joué par Bernard Giraudeau), le film « Brylcream Boulevard » (1995) de Robbe de Hert (avec le politicien homo), le film « Charmant Garçon » (1999) de Patrick Chesnais (avec le Ministre de la culture), le film « The Everlasting Secret Family » (1988) de Michael Thornhill (avec le vieux ministre), la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier (avec Georges, le notaire marié et secrètement homosexuel), le dessin animé « Les Douze Travaux d’Astérix » (1976) de René Goscinny et Albert Uderzo (avec le directeur efféminé de la Maison qui rend fou), etc. « Il est pédéraste ? Alors on en fera un bon sénateur ! » (les deux sénateurs dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky) ; « George Washington était une lesbienne noire. » (le professeur d’histoire souhaitant une grande liberté de ton dans ses cours, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; « Les hommes politiques, c’est un peu comme les homosexuels. Ça te fait gober tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe. » (Samuel Laroque parlant de ses pairs homos, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « À la mairie de Paris, y’a vraiment beaucoup de pédés ! » (Laurent Violet dans son one-man-show Faites-vous Violet, 2012) ; « J’oublie toujours que ce Ministère des Finances est comme une ruche. » (Mathilde, jalouse que son meilleur ami homo Guillaume ait fait une rencontre amoureuse au travail, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « Ils [les hommes politiques] en sont tous. » (un des quatre héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Les pédés obtiennent toujours tout les premiers. » (Senel Paz, Fresa Y Chocolate (1991), p. 10) ; « Les folles sont partout… même au gouvernement ! » (le pasteur Ralph, homosexuel refoulé, dans le film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer) ; etc. Par exemple, dans le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner, le Ministre de la Sécurité Intérieure, Benyamin Landau, est homosexuel. Dans le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg, David Bowie est PDG. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand présente satiriquement le Prince Charles comme un homo, et laisse entendre que vu sa vie débridée et ses déboires avec les femmes, le coming out du président François Hollande serait « imminent ». À la fin, il dépeint les différentes catégories d’homos qu’il a identifiées dans la communauté LGBT, dont « les bien introduits dans les meilleures sociétés, les politisés ». Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Jurgen est l’amant du patron de la boîte de Petra, elle-même homosexuelle.

 

On retrouve beaucoup dans les fictions homo-érotiques la figure du bourgeois homo : Bernard le bobo homo sophistiqué dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Georges l’homosexuel bourgeois dans la pièce La Cage aux folles (1973) de Jean Poiret, Jean Desailly en un grand bourgeois inverti dans le film « Un Flic » (1971) de Jean-Pierre Melville, Gabriel de la Serna dans la B.D. Muchacho (2006) d’Emmanuel Lepage,Jean-Paul le pédé bourgeois avec son petit chien de compagnie surnommé « Cocteau » dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier), le Baron Lovejoy dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le narrateur homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, le dandy de la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, Pietrino le dandy efféminé dans le film « Toto Cue Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, les dandys oisifs du film « Godelureaux » (1960) de Claude Chabrol, Mathias dans le film « Claude et Greta » (1969) de Max Pécas, les deux artistes Sulki et Sulku dans le film « Musée haut, Musée bas » (2011) de Jean-Michel Ribes, David et Philibert les dandys capricieux dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, Stephen l’héroïne lesbienne dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, le baron Charlus et Swann dans le roman À la recherche du temps perdu (1913-1927) de Marcel Proust, la dandy lesbien dans le film « Love Is The Devil » de John Maybury, Jacques-Henri dans les films « Les Visiteurs » (1992) et « Les Visiteurs II, les Couloirs du Temps » (1998) de Jean-Marie Poiré, le dandy homosexuel du film « Quartet » (1948) d’Harold French, Harold pédé dandy qui case des mots de français quand il parle anglais dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Jules le poète maudit snob dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Philippe le « dandy macho » homo dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, etc.

 

Dans le mot « luxure », il y a « luxe ». En amour, beaucoup de couples homosexuels fictionnels vivent une existence pépère faite de loisirs, de sexes, de parties, de jolis voyages : « Nous menons une vie bourgeoise. » (Pretorius en parlant de lui et de son amant Dracula, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach et Nate se rencontrent dans un cocktail mondain et se draguent. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, fréquente les salons anglais smart de thé, où il drague les bons pères de famille bourgeois : Samuel (Omar Sy), son ami hétéro, lui reproche de s’acheter des « lustres à 6 milliards » d’euros.

 

L’homosexualité se présente comme une préciosité artistique, une sophistication matérielle et gestuelle, une douilletterie, voire une misanthropie et un caprice bourgeois : cf. la chanson « la bourgeoisie des sensations » de Calogéro (traitant précisément des méandres de la bisexualité), le roman El Misántropo (1972) de Llorenç Villalonga, le roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde (avec le dandy refusant de vieillir), le roman Le Goût de Monsieur (2004) de Didier Godard, etc. « J’ai des acouphènes en avion. » (Jean-Paul, le pédé bourgeois du film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; « J’ai rencontré cet homme [Éric] qui me subjugua par son esprit vif et ses manières d’aristocrate. » (Albert Russo, L’Amant de mon père (2000), p. 25) ; « Je suis un misanthrope élitiste assumé. » (Karl Lagarfeld cité dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; etc. Par exemple, dans la chanson « Les gens de couleur n’ont rien d’extraordinaire… » de Jann Halexander, le narrateur célèbre le snobisme comme un raffinement, un « art de vivre » noble, une originalité exceptionnelle (homosexuelle, même !), « l’élégance du luxe de la Différence » : « Mais j’avais un problème : quoi porter ? On ne s’habillait pas n’importe comment pour aller à l’opéra. […] Je n’allais tout de même pas me présenter devant le Tout-Montréal déguisé en cousin pauvre ! Même si je n’étais que le cousin pauvre du cousin pauvre ! […] J’aimais mieux faire artiste que péquenaud. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 39)

 
 

c) Le goût homosexuel pour l’argent :

Les héros homosexuels affichent à maintes reprises leur attrait pour les privilèges de la noblesse matérialiste (ou bobo anti-matérialiste) et les Jet Set : cf. le tableau Dollar Sign (1981) d’Andy Warhol, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, la pièce Coming out (2007) de Patrick Hernandez, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, le film « Le Cercle des poètes disparus » (1989) de Peter Weir, le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, le film « Gigolo » (2004) de Bastien Schweitzer, le film « J’en suis » (1997) de Claude Fournier, les films « Jet Set » (1999) et « People » (2004) de Fabien Onteniente, le film « Années volées » (1998) de Fernando Colomo, le film « Bezness » (1992) de Nouri Bouzid, le film « Los Placeres Ocultos » (1977) d’Eloy de la Iglesia, le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana, le roman Paradiso (1967) de José Lezama Lima, le film « Noblesse oblige » (1949) de Robert Hamer, le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, le film « Costa Azzura » (1959) de Vittorio Sala, le film « Cent francs l’amour » (1985) de Jacques Richard, le film « Primary Colors » (1998) de Mike Nichols, le film « Les Rênes du pouvoir » (1999) de George Hickenlooper, le film « The Ritz » (1976) de Richard Lester, le film « L’Amour » (1972) de Paul Morrissey, la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, le film « Funeral Parade Of Roses » (1969) de Toshio Matsumoto, le film « Pretty Persuasion » (2005) de Marcos Siega, le film « High Art » (1998) de Lisa Cholodenko, le film « Riches et célèbres » (1981) de George Cukor, le film « Ho Visto Le Stelle ! » (2003) de Vincenzo Salemme, le film « Per Finto O Per Amore » (2002) de Marco Mattolini, le film « A.K.A. » (2001) de Duncan Roy (fonctionnant comme un roman d’apprentissage), le film « Gamin de Paris » (1992) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Love, Valour And Compassion » (1997) de Joe Mantello, la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay, le roman L’Ami de passage (2014) de Christopher Isherwood (avec une bande d’homosexuels qui gravitent autour d’Ambrose, un Anglais riche et dépravé), la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis (avec le cercle de petits bourges puceaux, homophobes… et homosexuels), etc. Par exemple, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabel, l’héroïne bisexuelle, accède au milieu branchouille des artistes. « Goudron organisait tant de salons et de soirées fréquentées par des centaines de personnes ridicules de toutes sortes. Il les collectionnait, vous savez. » (le pervers Comte Smokrev s’adressant à Pawel Tarnowski, au sujet de son mécène homosexuel Goudron, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 308)

 

Film "Gigola" de Laure Charpentier

Film « Gigola » de Laure Charpentier


 

« J’ai des relations mondaines. J’ai des relations. J’connais la baronne du Maine. Son fils Absalon. » (cf. la chanson « Les Relations mondaines » de Charles Trénet) ; « Moi ce que je vise, c’est le fric. » (Tedd, l’un des héros homosexuel du film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « C’est ma dernière mission là-bas, avait alors promis Ginette. Je ne pars que pour six mois. Je ferai une tonne d’argent, et l’on va l’avoir, notre maison de campagne. » (Ginette s’adressant à son amante Lucie, dans son roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 30) ; « J’adore la vélocité de l’argent. » (une phrase du poème Howl (1956) d’Allen Ginsberg) ; « Que c’est beau, le fric. » (la bourgeoise imitée par Rodolphe Sand, dans le one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Comme j’suis vénale… J’adore le fric ! » (Blanche-Neige dans le one-(wo)man-show Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set) ; « Vous êtes la Reine des Affaires ! » (François Dourdan s’adressant à Marina, le travesti M to F, dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « J’ai toujours voulu être capitaliste. […] J’ai un capital : c’est mon corps. Je suis une capitaliste interne. […] J’ai décidé de capitaliser mon corps de l’intérieur. » (Nathalie Rhéa se justifiant d’avoir pris du poids, dans son one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « La nuit, je restais éveillée dans mon lit, oubliant un moment la dure réalité de mes seize ans et de ma condition de faible femme dénuée de fortune, pour imaginer que j’étais l’homme des films. Je voulais la richesse, le pouvoir, la célébrité […]. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 24) ; « Le fric… j’ai grand besoin de fric. » (le Baron Lovejoy, homosexuel, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « J’ai toujours rêvé d’habiter dans un 4 étoiles. » (Dany, le jeune héros homosexuel du film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « Avec toutes ces conneries, on a perdu beaucoup d’argent. On est passé à l’émission ‘Money Drop’ de Florence Boccolini, spéciale couples gays. » (Benjamin parlant de lui et de son amant Arnaud, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

Par exemple, tous les personnages du roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green (Fabien, Emmanuel Fruges, etc.) émettent le souhait de vivre dans le luxe ; notamment, Fabien regrette « de ne pas être riche » (p. 42) : « Il se mit à courir à la recherche de la première personne qui lui parût heureuse, mais surtout riche. » (idem, p. 82) Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane veut devenir « aussi riche que Madonna ». Dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, le narrateur homosexuel ne cache pas ses appétits carriéristes. Dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, Paola joue la proximité avec les célébrités. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Roy Cohn est de mèche avec la « First Lady » des États-Unis. Dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, Willie est obsédé par l’envie d’être célèbre.

 

Pas besoin d’être riche pour être bourgeois. Il suffit d’être obsédé par l’argent et le matériel, de désirer être riche… et cette soif est donnée aux héros homosexuels de classe aisée comme aux héros sans le sou. « Il faut que je t’avoue quelque chose : je ne suis pas riche. Je suis une mythomane. En fait, j’habite dans une chambre de bonne, rue Monsieur-le-Prince. » (Micheline, le travesti M to F, s’adressant à Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi)

 

On observe que le personnage homosexuel évolue souvent dans un univers capitaliste très mécanisé et déshumanisé : cf. le vidéo-clip de la chanson « Cargo de nuit » d’Axel Bauer, le roman La Comédie humaine (1825) d’Honoré de Balzac (avec le personnage de Vautrin), le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, la pièce La Machine infernale (1934) de Jean Cocteau, la chanson « Chain Reaction » de Diana Ross, la chanson « Spinning The Wheel » de George Michael, la chanson « Material Girl » de Madonna, la chanson « Telephone » de Lady Gaga, etc. Je vous renvoie également la partie « Automates » du code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

d) L’homosexualité pratiquée (et parfois la prostitution homosexuelle) comme moyen d’ascension sociale :

Le goût homosexuel pour l’argent pourrait paraître purement vénal et glacial s’il ne se mâtinait pas de sentimentalité et de sensualité pseudo « désintéressées » pour se justifier. Dans les œuvres homo-érotiques, un certain nombre de relations conjugales homosexuelles sont effectivement placées sous le signe de l’argent et du matériel. « Khalid, j’admirais tout en lui. J’aimais tout en lui. […] Les lumières autour de lui. Sa richesse. Khalid était riche. Tout en lui me le rappelait. Me le démontrait. […] Khalid était riche et il était beau. Khalid était riche et il était beau. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 81) Je vous renvoie à la partie « Amant-objet » du code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Beaucoup d’amants fictionnels se gavent de cadeaux, se soudoient pour se prouver mutuellement leur amour. Ils sont davantage tenus par le matériel et les biens communs accumulés par la vie de « couple » que par l’Amour et la joie : « Tu aimes les bijoux, hein ? Prends ça aussi. Et le collier. Tiens, tiens, ne me remercie pas. […] Tu aimes l’argent, hein ? » (Evita s’adressant à l’infirmière, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Ici, on dit ‘partners’ pour deux hommes qui vivent ensemble, comme s’ils fondaient une affaire commerciale, comme s’ils construisaient une nouvelle société. Gordon et Sean ne sont peut-être que cela. » (Claudio, l’un des héros homosexuels parlant d’un couple d’amis homos à lui, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 100) ; « En plus, mon keum est architecte. Il est pété de thune. C’est pas mal pour une vieille pédale comme moi ! » (Serge parlant de son compagnon Victor au jeune Basile, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; etc.

 

Le héros homosexuel fait passer sa quête bourgeoise de paraître pour un élan combatif, une curiosité, une ouverture vers l’inconnu. On retrouve parfois dans les fictions homo-érotiques la magie des récits des romans d’apprentissage. Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F ne cache pas ses prétentions de gloire et de pognon : « Je viens à Paris pour être une star. » Il/Elle se caricature en Miss France vulgaire, courtisé(e) par un producteur, Monsieur Benamou, qui s’intéresse mystérieusement à lui/elle et veut en faire son égérie pour son agence de sosies : « Si ça se trouve, on va gagner des ronds… » accepte Zize après rapide réflexion. Il/Elle est pris(e) pour une prostituée par un passant dès son arrivée à la Gare de Lyon de Paris.

 

Très souvent dans les fictions, rapports hiérarchiques professionnels et rapports amoureux homosexuels se confondent. L’homosexualité se transforme en droit de cuissage laboral : c’est le cas notamment entre Frédéric et son bras droit Nicolas dans le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp, entre Cédric le botaniste et son jeune étudiant stagiaire Laurent dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, entre Gérard Lanvin et son mystérieux supérieur Michel Piccoli chargé de réorganiser l’entreprise dans le film « Une étrange affaire » (1981) de Pierre Granier-Deferre, entre le professeur Daniel Auteuil et l’escort boy Stuart Townsend dans le film « Mauvaise Passe » (1998) de Michel Blanc, entre l’adjuvant Denis Lavant et le jeune légionnaire Grégoire Colin dans le film « Beau travail » (2000) de Claire Denis, entre l’avocat Fabrice Luchini et Roschdy Zem son garde du corps dans le film « La Fille de Monaco » (2008) d’Anne Fontaine, entre le Duc de Richelieu et son jeune et beau Louis-Marie de Montédour-Trémainville dans le roman Le Crépuscule des bourbons (2012) de Philippe Gimet, etc. Par exemple, dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie et Léonore couchent ensemble pour réussir dans le milieu artistique. Dans la comédie musicale Le Rouge et le Noir (2016) d’Alexandre Bonstein, Géronimo parle d’« introduire » son patron, le Marquis de la Mole. Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, José toujours appelle son futur amant Ander « patron ». Dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch, Jean-Luc, chef de chantier, est en couple avec son ouvrier arabe Rachid. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny se laisse entretenir par Shane, et son ambition est de « devenir riche ». Dans le téléfilm « Sa raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand, Pierre est un ministre homosexuel, et Nicolas (qui devient l’amant) monte en grade dans son cabinet. Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Sigrid profite de son amante Helena, plus âgée qu’elle, pour devenir son assistante et monter en grade dans son entreprise. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, un maquereau veut lancer Davide, le héros homosexuel de 14 ans, dans la chanson. Mais pour cela, Davide passe d’abord à la casserole. Dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, Petra favorise l’ascension de Karin (son amante) dans le monde du mannequina. Dans le film « La Partida » (« Le Dernier Match », 2013) d’Antonio Hens, Reinier rencontre Juan, un quadragénaire espagnol et voit en lui son passeport pour quitter Cuba et la misère. Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Vincent, agent artistique, est l’amant de Stéphane (qui a toujours rêvé d’être une star). Dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, Claudio essaie de s’attirer les faveurs économiques de Gordon. Dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, Juan le jardinier homo désire « faire grimper son derrière en même temps que sa carrière » (p. 147). Dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, les consultants sont traités de « bande de pédés ! » (p. 194). Dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, le verbe « pistonner » utilisé par Gérard remplace le verbe « sodomiser ». Dans le film « Le Placard » (2001) de Francis Veber, François Pignon découvre qu’en faisant au faux coming out, non seulement il ne sera pas viré de son entreprise comme initialement prévu mais il montera en grade. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, sort avec des amants plus âgés et riches que lui, qui l’entretiennent. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François, homosexuel, est vendeur dans un magasin de vêtements féminins et fait passer son compagnon Thomas pour un livreur : « C’est bon pour le commerce. » lui dit-il pour justifier son mensonge homophobe. Dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, le couple homo est composé de Barthélémy, un Blond dont les dents rayent le parquet, fils de bonne famille potentiellement à la tête d’un Empire industriel important, et de Brahim, un Maghrébin, fin stratège et bras droit d’Élizabeth (la tante de Barthélémy, un vrai requin, à la tête de l’entreprise familiale). Ces deux ambitieux sortent ensemble pour réunir leurs appétits carriéristes. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, drague ouvertement Samuel (joué par Omar Sy) et l’aide à trouver un travail de cascadeur. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann, le héros homosexuel, et Julien, le héros bisexuel, maintiennent une relation amoureuse d’intérêt. Julien exploite sexuellement et professionnellement Yoann en tant qu’assistant et « plan cul » ponctuel. Et ce dernier semble disposé à se laisser corrompre, à jouer « la bonne » : « Je suis un petit peu son PM : Personal Manager. » ; « J’adore mon job. » ; « T’es chouette comme patron. » ; etc. Yoann est de plus en plus gourmand. Julien le comprend : « Je t’augmente. » « De combien ? » lui demande Yoann. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel se moque du cliché selon lequel « Le gay aurait toujours un travail de rêve ». Au contraire, il fait du conseil téléphonique pour les banques, et se plie à une séduction hypocrite très commercial. En revanche, en génitalité, il reproduit le même business : quand il tente d’expliquer à son éditeur hétéro la notion d’« actif » et « passif », ce dernier lui rétorque : « C’est quoi l’actif ? C’est quoi le passif ? Moi, à part dans un bilan comptable, je sais pas ce que c’est. » Je vous renvoie aux codes « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Homosexuels psychorigides » et « Pygmalion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

L’homosexualité est présentée comme une force de conviction professionnelle, comme l’atout majeur de l’entrepreneur self-made-man auto-suffisant, meneur d’hommes et de femmes, sachant ce qu’il veut. « C’est dingue ! Ma boss est lesbienne ! » (Florence, l’héroïne lesbienne, parlant de son nouveau job aux États-Unis, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « La passion financière resurgissait continuellement de ses propos. Sur un ton de plaisanterie, Julien évoquait le projet d’user de ses charmes pour séduire un célèbre milliardaire homo. […] L’argent, toujours l’argent ! »  (Benoît Duteurtre décrivant un jeune homosexuel arriviste, dans le roman Gaieté parisienne (1996), pp. 72-97) ; « Par l’intermédiaire de l’un d’eux, j’ai fait connaissance avec le milieu homosexuel local. À la Marsa, il y avait un couple célèbre. Donald, un Libano-Américain richissime d’au moins soixante-dix ans, et Sami, un Tunisien trente ans plus jeune que lui. Ils organisaient des fêtes privées, plus ou moins clandestines. […] Dans ces soirées, il y avait beaucoup de touristes. Des résidents étrangers, des huiles des milieux culturels et diplomatiques. Des intouchables, en bref. Beaucoup de fric, et même de l’alcool. » (Mourad, l’un des héros homosexuels dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 343) ; « Je suis le genre de garçon qui est monté à Paris depuis la Meurthe-et-Moselle, et qui était prêt à gravir les échelons de l’échelle sociale. » (Jacques, le héros homo, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Choses secrètes » (2002) de Jean-Claude Brisseau, Nathalie et Sandrine décident d’utiliser le sexe comme arme de progression sociale et se font embaucher dans une entreprise : « Les femmes fatales sont en général narcissiques ou lesbiennes, frigides avec les hommes. Elles ne jouissent que si elles en ont envie, donc pas souvent, c’est ce qui fait leur force. » (Nathalie) Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas dit qu’« il ne faut pas mélanger sexe et travail », mais immédiatement après se justifie de draguer lourdement le beau et jeune serveur autrichien qui s’occupe de sa table au chalet de montagne ; son pote gay Gabriel semble être dans la même démarche : « Ma vie est un entretien d’embauche ! » Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le mariage homo et l’amour homo sont considérés comme un moyen de toucher le pactole de l’héritage. Selon Dodo, il s’agit de « faire semblant d’être gay pour réussir ». Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel imite André un homme qui le drague dans un hammam en lui proposant tout son carnet d’adresses du milieu artistique : « Je suis très introduit dans le milieu du théâtre. » Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Joël se fait passer pour un trader, un magnat de la finance, et attire ainsi dans ses filets un bel athlète croate dans une discothèque. Ce dernier est prêt à faire affaire avec lui : « On est pareils. On mise sur le pétrole, sur le gaz. Je veux te sucer. » Au moment du coït et de se faire sucer par lui à l’hôtel, Joël l’insulte en plein orgasme de « sale capitaliste ! ».

 

Très souvent dans les fictions, rapports hiérarchiques professionnels et rapports amoureux homosexuels se confondent : « En serez-vous ? Si vous en êtes, faut reconnaître qu’à notre époque, ça mène à tout. Pour réussir, il faut en être. Un p’tit effort, Zou ! En serez-vous ? » (cf. la chanson « En serez-vous ? » des duettistes Gilles et Julien, en 1932) ; « Vous voulez vraiment que je vous dise ? J’veux coucher avec vous. […] On a quand même le droit d’avoir envie de son patron ! » (Armand à son patron Paul, qu’il va finir par sucer, dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie) ; « Je suis quand même plus amoureuse avec ta carte de crédit. » (cf. la chanson « Fais-moi un chèque » de Jena Kanelle) ; « Vous avez déjà pensé à être mannequin ? C’est possible avec les bonnes connexions, vous savez… » (Monsieur Chateigner, client d’un hôtel de luxe, cherchant à draguer le jeune et joli garçon d’hôtel Anthony, dans le film « Consentement » (2011) de Cyril Legann) ; « Le job, c’est de l’argent, et l’argent, c’est que pour le sexe ! Time is money, money is sex. » (la Comtesse Conule de la Tronchade dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Certains ont le goût de l’argent, d’autres du pouvoir et d’autres encore de conquérir les corps et parfois les âmes avec. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 51) ; « Duccio connaît le directeur de casting. Mais malgré ça, il n’a pas été pris. » (Bernard en parlant d’un de ses potes homos faisant du porno, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Il s’appelle R., il a dix-neuf ans tout juste et la naïveté de croire que le monde du spectacle l’attend. […] Je mens, je dis que j’ai déjà mis en scène une pièce. Il est intéressé. Je dis ‘t’es prêt à tout pour jouer dans ma prochaine pièce ?[…] Dans le fond, je m’en fous de parler, tout ce que je veux c’est le baiser. » (Mike le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 67) ; « J’essaye de dénicher la petite bonne qu’il me faut, et il s’en présente beaucoup de nouvelles. » (Alexandra, la narratrice lesbienne couchant avec toutes ses domestiques, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 13) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, met sur le même plan sa relation de subordination au commandant de bord de l’avion qu’il occupe avec la fellation : « Ben c’est le commandant… » dit-il avec un geste obscène.

 

L’homosexualité se présente comme un pass pour monter les marches de l’échelle sociale : « Dès que j’ai su qui j’étais, j’ai su que j’allais monter l’échelle sociale. J’ai vu passer les ascenseurs. […] Grimper ! Grimper ! […] Monter en grade. » (l’un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Si on est gay, on attire les médias, et donc les producteurs. » (Dzav et Bonnard dans leur pièce Quand je serai grand, je serai intermittent, 2010)

 

Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le monde où la différence des sexes a été totalement rejetée se trouve être un espace totalement mécanisé, où les personnages homos sont des robots qui se clonent entre eux et ne vivent que pour leur travail, leur image, leur production : Gatal, le héros homosexuel, par exemple, travaille en tant que chef de produits, dans une boîte qui s’appelle Craker Booster… et qui lui demande sans cesse des résultats, une charge de travail inhumaine. Il va être contraint de s’accoupler avec son directeur. Négoce est le personnage homosexuel entremetteur, un mafieux crapuleux, un chasseur de têtes engagé par des « couples de pères homos » pour arranger des mariages homos entre des jeunes hommes célibataires : « Merci. Vous savez mon fond de commerce… » Dans cette pièce, le sperme et la procréation sont véritablement des monnaies d’échange : « Ta semence est épaisse et riche. » (le Père 2) Et la formation des couples homos obéit à une logique principalement stratégique, productiviste, mécaniste et capitaliste.
 

Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, le jeune Vincent (au chômage) est sorti avec Stéphane, l’écrivain célèbre et de vingt ans son aîné, pour la gloire, l’image, le luxe et l’ascension sociale : « Je me suis dit qu’avec toi j’allais progresser. » Quand Stéphane lui demande : « Tu m’aurais aimé si j’avais été pauvre, inconnu ? », Vincent lui avoue que « non », mais il s’en sort en lui prétextant qu’il aurait refusé de l’aimer autrement que ce qu’il était : riche et connu. Mais l’exploitation est réciproque, car Vincent passe son temps à reprocher à Stéphane de l’avoir utilisé comme un escort boy, un faire-valoir : « Tu me prenais pour une pute ! » Leur toute première rencontre a eu lieu lors d’une séance de dédicace d’un roman de Stéphane. Vincent lui reproche d’avoir acheté son cœur par une signature : « C’était déjà une manière de me considérer comme une pute. »
 

La connexion entre homosexualité et bourgeoisie se cristallise souvent autour de la prostitution. « Mon amour pour votre nation se fait par ma prostitution. Je prends des Blancs de classe moyenne. Question d’amour et d’argent, Maman. Et le luxe est mon meilleur amant. C’est une question harassante que l’or. » (le gigolo homosexuel de la chanson « Question d’amour et d’argent » de Jann Halexander) Par exemple, dans le film « Esos Dos » (2011) de Javier de la Torre, le client Rubén appelle Eloy le prostitué avec qui il couche « mon amour, mon petit » : ce dernier lui renvoie la monnaie de sa pièce (si on peut dire) puisqu’il lui « fait payer » sexuellement le fait que celui-ci le paye financièrement pour du sexe.

 

Le sexe, les sentiments ou la tendresse atténuent la conscience de la consommation mutuelle et de l’exploitation mercantile : « L’argent, ça n’existe plus. À partir de ce soir. » (Cherry s’adressant à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) C’est pour cela que la « promotion canapédé » semble, aux yeux des personnages homosexuels qui s’y livrent, un cadeau, une preuve supplémentaire et tangible qu’il est bien question d’amour entre le client et son protégé, entre le mécène et son Eugène de Rastignac.

 

La soif d’ascension sociale peut même pousser le héros homosexuel à la trahison (de lui-même), à la « collaboration », au vol, au viol, au meurtre. « Je suis sûr que n’importe quel autre espion lui aurait arraché son triste bien par la force, mais je ne suis ni un simple sbire ni un voleur à la tire : ich bin zivilisiert. » (Heinrich, l’espion sophistiqué du roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, pp. 46-47) ; « Un vrai bourgeois, le présumé d’Al Qaïda ! » (Billy à propos de son compagnon de cellule et amant Rasso, dans la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas) ; etc. Par exemple, dans le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, Statross Reichmann, un bourgeois métis bisexuel, vit une relation tourmentée avec Hans, un jeune homme blanc d’extrême droite. Dans le film « Dinero Fácil » (« Argent facile », 2010) de Carlos Montero Castiñera, Jaime, un jeune prostitué, va aider un de ses clients à tuer sa femme.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie finit souvent par être reconnue, causalisée et dénoncée par beaucoup de personnages à la fois homosexuels et homophobes. Par exemple, dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, la jalousie de Régis, personnage hétéro, vis à vis de son petit frère Vincent, ne fait que s’accroître quand ce dernier fait son coming out : « Si j’avais su qu’il fallait être pédé pour réussir… »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La haine des bourgeois du fils-à-papa homosexuel :

Parmi les personnes homosexuelles, beaucoup expriment leur haine des bourgeois et des riches (cf. je vous renvoie au code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ce qu’elles ont un mal fou à comprendre, c’est que la haine des bourgeois est justement propre aux bourgeois, et notamment aux bourgeois de la gauche caviar ! Comme l’explique à juste titre Mère Teresa, qui est bien placée pour parler de la misère et des pauvres puisqu’elle les a côtoyés de près, jamais le vrai pauvre ne singe ni ne grossit sa souffrance, jamais il n’haït les riches : « Je n’ai jamais entendu un pauvre grogner ou maudire, je n’en ai jamais vu terrassé par une dépression. » (Mère Teresa, Il n’y a pas de plus grand Amour (1997), p. 163)

 

La plupart d’entre elles deviennent bourgeoises d’abord parce qu’elles désirent se faire objet, qu’elles nient leur humanité et qu’elles rejoignent donc la violence et les mondes déshumanisés. Le désir bourgeois et homosexuel n’est pas uniquement l’appât du gain. Il est celui qui naît de la jalousie ou/et du conformisme, de la haine de soi, de l’attrait pour le paraître : « Truman Capote était étonnamment innocent. Il prit les riches qui aimaient la publicité pour la classe dominante, et il prit beaucoup trop ses aises parmi eux, pour finalement se rendre compte qu’il n’était pour eux qu’un animal de compagnie dont ils pouvaient très bien se passer, comme ce fut le cas lorsqu’il publia de terribles ragots sur leur compte. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 359)

 

Certains auteurs homosexuels créent une version dark, trash, camp, queer et bobo, des bourgeois qu’ils méprisent… pour se donner l’illusion qu’ils sont des marginaux iconoclastes et révolutionnaires parmi les marginaux aisés, des aristos « plus bourgeois que bourgeois » : « [La visibilité homosexuelle], c’est même un peu BCBG. J’aimerais qu’une année, la Gay Pride passe dans les cités. Parce que, pour l’instant, on reste trop chez les Marie-Chantal. » (Henri Chapier dans l’essai Christine Boutin, Henry Chapier, Franck Chaumont : Les homosexuels font-ils encore peur ? (2010) de Xavier Rinaldi, p. 56) ; « L’homosexuel demeure un loup, libre et fier, farouchement indépendant et sans doute encore sauvage, et rien ne l’oblige à se faire chien, animal domestique, embourgeoisé et de bonne compagnie. » (Dominique Fernandez, Le Loup et le Chien, 1999)

 

Dans son essai Camp (1983), Mark Booth situe les origines du mouvement camp (particulièrement homosexuel) au XVIIe siècle français dans les pratiques de cour à Versailles, sous Louis XIV. Et dans son article « Notes on Camp » (1964), Susan Sontag assimile les sujets homosexuels actuels à des « aristocrates du goût » qui « ont lié leur intégration sociale à la promotion du sens esthétique ». Dans son article « Le Style Camp » (L’Œuvre parle, 1968), elle montre combien la marginalité camp des artistes homosexuels signe l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie : « Le dandy d’autrefois haïssait la vulgarité. Le dandy moderne, passionné de Camp, apprécie la vulgarité. […] Le dandy était un être suréduqué. […] Il avait la vocation du ‘bon goût’. Le connaisseur du Camp a découvert des plaisirs plus ingénieux. Il ne s’agit plus d’apprécier la poésie latine, des vins rares et des gilets de velours, mais de goûter aux plus épicés, aux plus communs des plaisirs, aux arts dont se délecte la masse. […] [Le Camp est] un groupe social, formé par cooptation, composé pour une bonne part d’homosexuels, et qui joue ce rôle improvisé de l’aristocratie du goût. […] Le rapport existant entre l’homosexualité et le goût camp demanderait une explication. On ne saurait confondre le goût camp et le goût homosexuel, mais il est évident qu’il y a entre l’un et l’autre des interférences et d’indéniables affinités. […] Le goût camp comporte toujours un élément de prosélytisme […] Les homosexuels fondent dans la promotion de valeurs purement esthétiques un espoir de disparition du ban social qu’ils encourent. Le Camp décompose la moralité. Il neutralise l’indignation morale, patronne la légèreté et le badinage. » (pp. 444-447)

 

Mais rien n’y fait. L’élitisme de l’incorrection ou la marginalité camp choisie par beaucoup de personnes homosexuelles n’est qu’une bourgeoisie qui s’ignore, car ces dernières restent enchaînées au paraître. Elles nous proposent parfois des mises en scène grotesquement sérieuses de libertinage, des remake réchauffés du Marquis de Sade… un peu sur le modèle de la Fistinière, ce relais-château près d’Assigny (France) où des adeptes du SM se retrouvent pour se torturer entre eux (mais avec art et méthode, attention !).

 

La bourgeoisie, c’est finalement l’attachement haineux aux images, aux objets, aux intentions (idolâtres ou destructrices) plus qu’au Réel et aux personnes.

 
 

b) Bourgeoisie et homosexualité :

Portrait de Lady Una Troubridge (1924) par Romaine Brooks

Portrait de Lady Una Troubridge (1924) par Romaine Brooks


 

Certains artistes homosexuels s’expriment comme des petits-bourgeois, même s’ils pensent que la parodie de bourgeoise qu’ils jouent conjurera parodiquement le sort : « Nous n’avons pas les mêmes valeurs ! » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 81) ; « Et après ça, on prétend que c’est moi qui ai un goût de chiotte ! » (idem, p. 92) ; « Le hasard voulut que nous nous retrouvassions… » (le narrateur de la nouvelle « Crime dans la cité » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 73) ; « Conditions de vie innommables ! […] Une crise arrive dans le pays, c’est la débâcle c’est la faillite. » (cf. la chanson « Chroniques d’une famille australienne » de Jann Halexander) ; « Le chaos est dans l’air. » (cf. la chanson « Gabon » de Jann Halexander) ; « Finie la prison de Turcs, et place au terrain de cricket ! » (Guillaume, le héros bisexuel en Angleterre, dans le film autobiographique « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « J’ai toujours rêvé de visiter les châteaux de Louis II de Bavière. » (idem) ; etc.

 

Mais rien n’y fait. Énormément de personnes homosexuelles se comportent en bourgeois à cause de leur enchaînement au paraître. Derrière l’arrogance provocante et iconoclaste par rapport au monde des images déréalisantes, il y a une idolâtrie. En effet, il arrive que des sujets homosexuels regrettent le déclin de la bourgeoisie, expriment leur nostalgie de la noblesse (ou plutôt de leur « idée de noblesse »). Passéisme classique des antiquaires, collectionneurs et des voyageurs dépressifs… : cf. l’essai Éloge du snobisme (1993) de Jacques de Ricaumont, Un jeune homme chic (1978) d’Alain Pacadis, Le Dictionnaire du snobisme (1958) de Philippe Jullian, etc. Par exemple, Lucien Daudet (le fils homosexuel d’Alphonse Daudet) vivait mal le fait d’avoir un nom de famille sans particule. Dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain, on apprend qu’André Breton trouvait Jean Cocteau trop mondain. Alfred Krupp, l’homme le plus riche d’Allemagne au début du XXe siècle, qui emploie plus de 50 000 personnes, se livre à des pratiques homosexuelles avec des jeunes gens.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie est souvent reconnue, et malheureusement causalisée, par beaucoup de personnes à la fois homosexuelles et homophobes. « Sylvain devait penser au contraire que le procureur était ridicule. Qu’il parlait comme un pédé. » (Eddy Bellegueule, En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 140) ; « Ils ont des façons délicates/ Tous auraient pu être traités de ‘pédés’ au collège. Les bourgeois n’ont pas les mêmes usages de leur corps. Ils ne définissent pas la virilité comme mon père, comme les hommes de l’usine. (Ce sera bien plus visible à l’École normale, ces corps féminins de la bourgeoisie intellectuelle.) Et je me le dis quand je les vois, au début. Je me dis ‘Mais quelle bande de pédales Et aussi le soulagement ‘Je ne suis peut-être pas pédé, comme je l’ai pensé, peut-être ai-je depuis toujours un corps de bourgeois prisonnier du monde de mon enfance’. » (Eddy Bellegueule, homosexuel et venant d’un milieu prolétaire, décrivant son entrée dans l’internat du prestigieux Lycée Michelis, op. cit., p. 218) Or, bien évidemment, cette proximité est de l’ordre de la coïncidence, du fantasme, et n’est pas systématique. Toutes les personnes homosexuelles ne sont pas bourgeoises, ni en porte-monnaie, ni en attitudes. Je ne parle que d’une tendance très marquée du désir homosexuel, mais pas réservée à lui. Elle est particulière à la pratique de celui-ci. Après, dans l’histoire des personnes homosexuelles, on découvre que l’attachement au matériel a pu camoufler/engendrer des souffrances. Par exemple, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton, il apparaît clairement que le « couple » Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent compense par le matériel son manque d’amour : il y a des tableaux partout chez eux ; tout est centré sur le fric et les objets. En 1908, selon Weindel et Fischer, les adeptes de l’homosexuels « se recrutent dans le monde des théâtres, ou dans les classes élevées de la société » (p. 91).

 

Force est de reconnaître que beaucoup d’individus homosexuels sont issus d’une famille bourgeoise : « Vous savez, les fils de bonne famille comme moi […] » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 11) ; « Dès les premiers jours, je fus happé par un groupe de jeunes filles qui me décrétèrent mignon comme un ‘petit blanc’ et donc enfant de riche et de bonne éducation. Bientôt, ma personne fit le tour de la classe auprès des collègues masculins qui, jalousement, trouvèrent à leur tour que j’étais efféminé et que cet aspect attirait la compagnie des filles. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 46) ; « Moi, je la vois [mon enfance] comme une période qui ne nous a pas du tout armés. Je vais grandir moins vite que les autres. » (Christian, le dandy quinquagénaire homo, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc.

 

À la base, la création de l’homosexualité et même de l’hétérosexualité est bourgeoise : « C’est le XXe siècle bourgeois qui a voulu figer les choses pour enfermer les gens dans des petites cases. » (le rabbin Haïm Korsia dans l’émission Les Enfants d’Abraham sur le thème « Adoption homosexuelle : Pour ou contre ? », diffusée sur la chaîne Direct 8 le 1er décembre 2009)

 

Le sujet homosexuel, dans bien des cas, est présenté/se présente comme le fils de la bourgeoisie : « Les personnes homo-bisexuelles ont un niveau d’étude plus élevé que les personnes hétérosexuelles […]. Quant aux hommes, la déclaration d’une pratique homosexuelle est plus fréquente parmi les professions intellectuelles et cadres des entreprises, les professions intermédiaires de la santé et du secteur social et les employés de commerce. » (Enquête sur la sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 257) ; « On [les homos] est plus riches que les hétéros. » (Éric Garnier dans à l’émission radio Homo Micro du 3 mai 2006 sur Radio Paris Plurielle) ; « Marc était très dépensier, il le reconnaissait lui-même, et très élégant, ceci expliquant cela. » (Paula Dumont, l’auteure lesbienne décrivant son meilleur ami homo, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 77) ; « Dieu sait si nous autres, les invertis, nous sommes prudents en matière d’argent, quoi qu’en dise la légende ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 87) ; « Vous avez un sacré pouvoir d’achat, vous, les couples gays ! Ça part dans les relais-châteaux… » (Dominique de Souza Pinto, femme politique lesbienne à la conférence « Le Lobby gay… Un bruit de couloir » à l’Amphithéâtre Érignac à Sciences-Po Paris, le mardi 22 février 2011) ; « La population gay est celle qui possède le plus fort pouvoir d’achat du marché musical. » (la voix-off du documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; etc. Les personnes homosexuelles, de par leur statut de « vieux garçons célibataires à deux » (ou de « vieilles filles ») ont, il est vrai, un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne, en général.

 

À en croire certains propos, l’homosexualité serait une pratique plus tolérée et courue dans les milieux aisés : « C’est épouvantable ce que j’ai pu entendre. Dans ces milieux-là, en usine, ça n’existe pas l’homosexualité. Un milieu de cols blancs, un milieu universitaire, c’est probablement une fourmilière pour les gays, c’est le paradis. » (un témoin homosexuel ayant grandi dans un milieu ouvrier, cité dans l’essai Mort ou fif (2001) de Michel Dorais, p. 73) ; « Pendant l’Occupation, je fus, bien entendu, l’ami de nombreux officiers allemands. J’évitais ainsi la déportation et pus, grâce à mes relations, ouvrir mon premier magasin d’antiquités. Ces quatre années furent, quoique comparativement plus calmes, une longue suite d’aventures sentimentales, fort compliquées, selon ‘notre tradition’. Très vite, grâce au premier argent si généreusement laissé par mon attaché d’ambassade, je me fis un nom dans la hiérarchie des antiquaires. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 86) ; etc. Ce n’est pas un hasard si un certain nombre de cinéastes de la « Nouvelle Vague » du cinéma français des années 1960 (Jean-Luc Godard notamment) considéraient l’homosexualité comme un signe d’embourgeoisement. Je vous renvoie aux codes « Défense du tyran » et « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Pierre Drieu La Rochelle

Pierre Drieu La Rochelle


 

Pour avoir assisté en vrai à des dîners mondains et des « soirées Grand Siècle » à la Thierry Ardisson, j’ai remarqué que souvent, dans les regroupements entre personnes homosexuelles, c’était ambiance bourgeoise et Précieuses de salon design. On trouve un nombre important de jet-setter dans le « milieu homosexuel » (agréé… ou pas) : Stéphane Bern, Frédéric Mitterrand, Roger Stéphane, Georges Mandel, Brummel, Robert de Montesquiou, Luis Cernuda, Andy Warhol, Lucien Daudet, Jan Lechon, Oscar Wilde, Marcel Proust, Siegfried Sassoon, Maurice Rostand, Ernest Thesiger, Jacques Chazot, Matthieu Galey, Jacques Fath, Tennessee Williams, Alain Pacadis, Truman Capote, Jean Cocteau, Francis Poulenc, Bola de Nieves, Bertrand Delanoë, Cecil Beaton, Christophe Girard, Natalie Clifford Barney, Antonio de Hoyos, Elton John, etc. « Jean Sénac adorait rencontrer des personnalités. » (cf. le documentaire « Jean Sénac, le Forgeron du soleil » (2003) d’Ali Akika)

 

Les cercles intellectuels de dandys homosexuels existent depuis très longtemps. En voici quelques exemples : la Confrérie du Comte de Vermandois en 1681, la Wickersdorf fondée par Gustav Wyneken en 1906, le groupe londonien de Bloomsbury, le salon parisien lesbien de Romaine Brooks, l’Homintern d’Oxford dans les années 1930, la Société des Apôtres à Cambridge, le salon parisien de Winnaretta et du prince Edmond de Polignac, les salons de thés lesbiens de la chanteuse Suzy Solidor, les salons de Jacques de Ricaumont invitant le Tout-Paris, la Resi espagnole des années 1930, les soirées au Palace en 1980, les soirées privées des Bains Douches, les réunions parisiennes du cercle intellectuel La Rive opposée, etc., sans compter le monde associatif ou télévisuel actuel. Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on voit une reproduction des réunions de dandys décadents de Karl Lagerfeld.

 

Je connais parmi mes amis homos des presque-caricatures vivantes de bourgeois. Et dans les plus connus des dandys et des bourgeoises télévisuels, on peut citer Gabriel de la Serna, Oscar Wilde, Marcel Proust, Natalie Barney, Suzy Solidor, Jean Cocteau, Pascal Sevran, Gertrude Stein, etc. « Ce dandy fin de siècle [Jean Lorrain] avait le goût des bijoux aux enroulements inquiétants et des pierres ‘vénéneuses’. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 188) Par exemple, dans l’article de Cavana sur l’édition de la pièce Une Visite inopportune (1988), le dramaturge argentin Copi est décrit comme un « aristocrate » (p. 76). Ce dernier ne dément pas l’affirmation : « Avec un ami, j’ai vendu des dessins sur le pont des Arts, mais je restais très bourgeois. […] Mon père qui m’envoyait de l’argent était en exil dans une ambassade. » (le dramaturge homosexuel argentin Copi, cité dans l’article « Entretien avec Michel Cressole : Un mauvais comédien, mais fidèle à l’auteur » de Michel Cressole, publié dans le journal Libération du 15 décembre 1987)

 

Dans la classe politique et dans le milieu huppé des magistrats, des maires, des chefs d’entreprise et des députés, force est de constater qu’on retrouve une forte pratique homosexuelle (ce qui est logique, car la vie politique implique un éloignement de la famille, une surcharge de travail qui réclame une compensation affective débordante, un célibat tout donné à une cause, un égocentrisme et un goût de l’image auquel il est difficile de résister). On trouve beaucoup d’hommes homosexuels au pouvoir : Bertrand Delanoë (Maire de Paris), Harvey Milk (1930-1978), Uzi Even (ex-député israélien, David Girard (1960-1990), Sunil Babu Pant (politicien gay du Népal), André Boisclair (ex-chef du parti québécois), Frédéric Mitterrand, Jack Lang, Xavier Bettel (Premier ministre luxembourgeois), Klaus Wowereit (le maire de Berlin), Corine Mauch (la maire de Zürich), François Fillon (giton de Joël le Theule), Emmanuel Macron (avec le président de Radio France Mathieu Gallet), etc. Anne Holt, ex-Ministre de la Justice norvégienne, est ouvertement lesbienne. La première ministre islandaise est lesbienne. Les entrepreneurs homosexuels créent des corporations et des réseaux « 100% gay ». Par exemple, en France, le SNEG est le Syndicat National des Entreprises Gaies, et défend tous les patrons et entreprises qui se disent gays friendly ou homosexuels.

 

Cette observation peut être faite aussi dans la sphère « privée » du couple homosexuel. N’oublions pas que dans le mot « luxure », il y a « luxe ». En amour, beaucoup de couples homosexuels vivent une existence pépère faite de loisirs, de sexes, de parties, de jolis voyages, d’infidélités libertines bourgeoises. Ils se goinfrent de loisirs et d’images.

 

Par ailleurs, beaucoup d’acteurs, en interprétant des rôles de bourgeois au cinéma ou au théâtre, ont cultivé une apparence efféminée ou singé une pratique homosexuelle : cf. Jean-Marc Thibault dans le film « La Belle Américaine » (1961) de Robert Dhéry, Jean Carmet dans le film « La Métamorphose des Cloportes » (1965) de Pierre Granier-Deferre, Jacques Sereys dans le film « La Chamade » (1968) d’Alain Cavalier, Guy Michel dans le film « Le Mouton enragé » (1973) de Michel Deville, etc.

 

La plupart du temps, l’homosexualité se présente comme une préciosité artistique, une sophistication matérielle et gestuelle, une douilletterie, voire une misanthropie et un caprice bourgeois : « Il est doté de cette classe anglo-saxonne qui me fascine au plus haut point. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 15)

 
 

c) Le goût homosexuel pour l’argent :

Le fils (gay) de Magic Johnson

Le fils (gay) de Magic Johnson


 

L’homosexualité, on le remarque bien dans notre société, se marie très bien avec la branchitude et le petitembourgeoisement. Pas besoin d’être riche pour être bourgeois. Il suffit d’être obsédé par l’argent et le matériel, de désirer être riche… et cette soif, c’est donné aux gens de classe aisée comme aux gens sans le sou : « Elle avait toujours aimé traîner dans les boutiques, même quand elle n’avait pas d’argent à dépenser. » (Martine, la compagne de Paula Dumont parlant de son ex-compagne Martine, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), pp. 152-153)

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles ne cachent pas leur attrait pour les privilèges de la noblesse matérialiste et les Jet Set. « Félix Sierra aime les bijoux et le luxe. » (Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 186) ; « Je rêve de devenir riche un jour. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 57) ; « Je ne serai jamais qu’un pauvre petit Français sans le sou condamné à sécher sur des désirs insensés. » (idem, p. 58) ; « L’argent me manquait et l’indispensable de l’argent dans ma vie n’était plus à démontrer. Mes échecs fréquents étaient là pour souligner l’importance de mes mouvements réactionnels aspirés par cette vie. […] Même réduit à son strict minimum, l’argent supporte toute la symbolique de l’échange, de la médiation entre la société et l’individu. C’est une chaîne impossible à rompre, mais si l’excès d’argent pèse aux riches, combien est davantage contraignant le manque d’argent pour ceux qu’on dit pauvres ! » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 119) ; « L’argent était devenu quelque chose de très important pour moi. Le matériel était ce qui me maintenait dans la relation. » (Rilene, femme homosexuelle, évoquant sa relation de 25 ans avec Margo, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Pour être libre, il n’y a pas 36 000 solutions : il faut de l’argent. » (Axel, une femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) ; etc. Par exemple, le dramaturge argentin Copi, dans ses B.D. et dans ses pièces, parle sans arrêt d’argent : c’est une obsession chez lui. Dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), l’écrivaine lesbienne Paula Dumont en vient à exprimer en boutade son « regret de ne pas avoir été élevée chez les milliardaires comme Natalie Barney » (p. 104). Quand on demande à Andy Warhol ce qu’il aime le plus, il répond sans hésiter « l’argent » (cf. le reportage « Vies et morts de Andy Warhol » (2005) de Jean-Michel Vecchiet). Le peintre espagnol Salvador Dalí voulait devenir, selon ses propres termes, « légèrement multimillionnaire », et fut baptisé par André Breton d’« Avida Dollars » : l’artiste attaqué répliqua en disant : « Ce fut André Breton, pour piquer à vif mon attirance pour l’or, qui inventa cet anagramme… Il croyait ainsi mettre au pilori mon admirable nom, mais il n’a rien fait d’autre que composer un talisman… L’Amérique m’a accueilli comme l’enfant prodige et m’a couvert de dollars… L’or m’illumine et les banquiers sont les suprêmes prêtres de la religion Dalinienne. » (Salvador Dalí) Dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), Denis Daniel avoue avoir conservé des « goûts du luxe » (p. 46), même si par ailleurs, il cherche à tout prix à se débarrasser de l’image du « petit-bourgeois » qui lui colle à la peau depuis son enfance et qui le fait tant souffrir (idem, p. 68).

 

Il existe une étroite relation entre la spéculation boursière effrénée et l’homosexualité : certaines personnes homosexuelles cherchent à faire fructifier leur cœur comme si c’était un plan épargne (avec un capital-sentiments, un capital-tendresse, un capital-sincérité, un capital-sexe, etc.). À ce sujet, les mots de l’essayiste lesbienne Cathy Bernheim dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003) ne laissent aucun doute : « Je VEUX que l’amour me rapporte. Finis les investissements en pure perte, les amantes perdues au détour d’une querelle. […] Si l’amour n’est plus l’aventure, je ne suis pas loin de me demander quel intérêt il peut y avoir. Intérêt : encore du vocabulaire d’épargnante ! » (pp. 170-171) Le lien entre capitalisme et homosexualité a été étudié par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans L’Anti-Œdipe, Capitalisme et Schizophrénie (1972).

 
 

d) L’homosexualité pratiquée (et parfois la prostitution) comme moyen d’ascension sociale :

Le goût homosexuel pour l’argent pourrait paraître purement vénal et glacial s’il ne se mâtinait pas de sentimentalité et de sensualité pseudo « désintéressées » pour se justifier. Dans les discours et les faits, un certain nombre de relations conjugales homosexuelles sont effectivement placées sous le signe de l’argent et du matériel. Je vous renvoie à la partie « amant-objet » du code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Beaucoup d’amants en union homo se gavent de cadeaux, se soudoient pour se prouver mutuellement leur amour. Ils sont davantage tenus par le matériel et les biens communs accumulés par la vie de « couple » que par l’Amour et la joie : « Entre eux et moi, l’argent s’imposait, c’est vrai. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de ses amants, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 122) Par exemple, le poète homosexuel Sergueï Esenin, de son propre aveu, a fait de son statut de « poète-paysan » un moyen d’ascension sociale et d’accès à la célébrité. Dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, Gaétane, un homme transsexuel M to F, se compare à Rastignac, le jeune personnage de Balzac.

 

Dans certaines sphères professionnelles et relationnelles, rapports hiérarchiques professionnels et rapports amoureux homosexuels se confondent : « Jeune garçon de 19 ans cherche personne aisée et distinguée pour payer ses études. » (Berthrand Nguyen Matoko passant une annonce, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 100) ; « De nos jours, les homosexuels forment deux catégories : ceux qui s’y adonnent par goût, et ceux qui s’y livrent par calcul ; les seconds vivant, bien entendu, aux crochets des premiers. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 54) ; « J’ai toujours pensé que perdre ma virginité ferait avancer ma carrière. » (la chanteuse Madonna citée dans la pièce Ma première fois(2012) de Ken Davenport) ; « La société française ne fait en cette matière, comme en d’autres, qu’imiter le monde américain. Aussi connaîtrons-nous, à l’instar des États-Unis, l’étape suivante, avec des entreprises qui courtiseront les homosexuels, chercheront à les recruter et s’afficheront gay friendly. » (Alain Minc, Épîtres à nos nouveaux maîtres (2002), p. 72)

 

L’homosexualité se transforme en droit de cuissage laboral : c’est le cas notamment dans des milieux comme l’art, l’Éducation Nationale, le show business, le prêt-à-porter, la haute couture, le sport, l’hôtellerie, etc. (je vous renvoie aux codes « Patrons de l’audiovisuel », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre » et « Pygmalion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels : « Le citoyen moyen, lui, devient de plus en plus tolérant, et peut-être aussi de plus en plus indifférent. Finalement, dans une famille bourgeoise, aujourd’hui, quand on parle de Valentino, le garçon coiffeur de Madame, on ne parle même plus de sa sexualité. » (Henri Chapier dans l’essai Christine Boutin, Henry Chapier, Franck Chaumont : Les homosexuels font-ils encore peur ? (2010) de Xavier Rinaldi, p. 55) ; « À dix-neuf ans, lui, le petit étudiant, se trouvait, par les hasards de l’amour, l’amant de l’un des premiers secrétaires d’ambassade des U.S.A. En quelques mois, nouveau prince de Paris, Jean-Luc se voyait offrir sa loge réservée à l’Opéra, une voiture et tout l’argent de ses désirs. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 73) ; « J’étais, à l’époque, très innocent encore, semblait-il et, il faut le dire, très beau ; je fus tour à tour la ‘maîtresse’ d’un écrivain célèbre et d’un attaché à l’ambassade des États-Unis. » (idem, p. 84) ; etc.

 

Des amis vendeurs chez Zara à Paris, par exemple, m’ont certifié que tous leurs collègues étaient homos, et avaient été choisis en grande partie pour ça… même si ça peut difficilement être prouvé. Lors de mon voyage en Côte d’Ivoire en juin 2014, des Ivoiriens m’ont raconté que les entreprises qui engagent leurs employés à condition qu’ils virent homos était une pratique de plus en plus répandue.

 

L’homosexualité est considérée par certains patrons ou certains employés comme un pass pour monter les marches de l’échelle sociale, comme une force de conviction personnelle, comme l’atout majeur de l’entrepreneur self-made-man auto-suffisant, meneur d’hommes et de femmes, sachant ce qu’il veut : « Je le voyais, Abdellah. Naïf. Amoureux. Paresseux. Ambitieux. Décidé à conquérir Paris. Impatient. » (Abdellah Taïa parlant de lui à la troisième personne, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 63) ; « Dès le début de sa carrière, Cocteau entre de plain-pied, après une adolescence fiévreuse et brûlante d’enfant gâté, dans les hauts parages de la société parisienne. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 204) ; « J’ai cultivé l’ambiguïté [sexuelle] pour vendre beaucoup de disques. » (la chanteuse Amanda Lear dans l’émission « Jean-Louis Bory 2 ») ; « Un jeune homme désireux de se faire une carrière dans n’importe quel domaine n’a aucune chance s’il se présente, ne serait-ce qu’une seule fois, accompagné de sa femme ou de sa fiancée, fût-elle la femme la plus brillante, la plus sensationnelle de la capitale. Ses sorties même, s’il veut réussir, il doit les organiser en compagnie de garçons de son âge, sinon plus jeunes. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 17) ; « En face de la ‘maffia rose’ de ceux qui ‘en sont’, de la ‘grande famille’, de l’inconsciente et toute-puissante franc-maçonnerie des pédérastes, les jeunes n’hésitent plus : pour réussir, ils s’enrôlent, eux aussi. » (idem, p. 18) ; « On les retrouve dans les salons de la meilleure société. […] Ils sont nombreux, sinon très nombreux, dans les postes élevés de l’administration, des ministères, dans les coulisses même de la diplomatie (Roger Peyrefitte, dans Les Ambassades, nous a permis d’y jeter un coup d’œil). » (idem, p. 20) ; « Les titres de noblesse et les noms ronflants parent les invertis d’une curieuse auréole. Qu’on porte le pantalon étroit et la veste à pont, ou le pardessus court et une légère moustache, on se fait appeler la grande duchesse de Montreuil, la marquise de Vaugirard, la vicomtesse de Meudon. Les grands noms, arrangés à la mode tutupanpanse croisent et s’apostrophent le long des allées historiques où les moineaux roturiers n’en ont jamais tant entendu. C’est un petit Sodome à la mode du XVIIe siècle. » (idem, p. 25) ; « Son enfance est marquée par sa honte d’être pauvre, et sa soif de mondanités, qui le pousse dès l’âge de 20 ans à la conquête du Tout-Paris. » (Michel Larivière à propos de Philippe Jullian, dans le Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres (1997), p. 199)

 

Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), Didier Éribon expose la correspondance entre son coming out et le « transfuge de classe » (p. 25) qui l’a éloigné du milieu ouvrier dont il était issu : « Pourquoi, moi qui ai tant éprouvé la honte sociale, la honte du milieu d’où je venais quand, une fois installé à Paris, des gens qui venaient de milieux sociaux si différents du mien, à qui je mentais plus ou moins sur mes origines de classe, ou devant lesquels je me sentais profondément gêné d’avouer ces origines, pourquoi donc n’ai-je jamais eu l’idée d’aborder ce problème dans un livre ou un article ? » (p. 21) ; « La décision de quitter la ville où je suis né et où j’avais passé toute mon adolescence pour aller vivre à Paris, quand j’avais 20 ans, signifia en même temps pour moi un changement progressif de milieu social. » (p. 22) ; « Mon frère correspondait sans problème et sans distance au monde qui était le nôtre, aux métiers qui se proposaient à nous, à l’avenir qui se dessinait pour nous. Moi, je n’allais pas tarder à éprouver et cultiver l’intense sentiment d’un écart que les études et l’homosexualité concourraient à installer dans ma vie : je n’allais être ni ouvrier, ni boucher, mais autre que ce à quoi j’étais socialement destiné. » (p. 111)

 

L’humoriste Akim Omiri dans sa première partie du spectacle En état d’urgence (2017) de Mathieu Madenian au Bataclan, raconte comment un producteur l’a harcelé sexuellement en lui faisant des avances de nature homosexuelle pour qu’il passe des « petits plateaux aux grandes salles ».
 

La connexion entre homosexualité et bourgeoisie se cristallise souvent autour de la prostitution. « Devant mon représentant, mes absences commencèrent à faire désordre. Je donnais l’impression de ne rien faire et d’être immensément riche. Ce qui, mal s’en fut, suscita d’énormes questions. Il pensait, en effet, que j’étais tombé dans une histoire de drogue. Le moyen le plus sûr était de l’ignorer totalement, lorsqu’il souhaitait faire ma chambre de fond en comble. Mais s’avouer homosexuel et, par-dessus le marché, se faire entretenir, n’était pas mieux non plus. […] À l’allure de ces contacts qui foisonnaient de partout, surgit ma rencontre avec un fils de riche monégasque qui m’initia aux joies du mannequinat et des voyages à l’étranger. Cette formule de voyages à l’étranger, appelée ‘Escort’ dans le milieu, n’était autre qu’un accompagnement auprès des hommes d’affaires dans leurs déplacements. Bien sûr, avec le sexe à l’appui ! » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de son métier de prostitué-escort boy, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 115) ; « Des séances de photos en spectacle où le corps avait la parole, je devins l’ovation des plus belles fesses, du plus beau sourire… […] Je plaisais aux hommes et en contrepartie, l’argent me plaisait. » (idem, p. 120) ; « De Brazzaville à Paris, mes rapports sexuels définissaient une périlleuse échelle sociale très discutée. Le déshonneur n’existait plus, rien d’autre non plus. Poches pleines ou vides, les jours se suivaient intrinsèquement et ne se ressemblaient pas. » (idem, p. 123) Par exemple, dans le documentaire « Habana Muda » (« La Havane muette », 2011), Chino, un Cubain sourd, en plus d’enchaîner les petits boulots, vend ses charmes le soir aux touristes étrangers ; l’un d’eux, José, tombe amoureux de lui et lui propose de l’emmener au Mexique pour lui dénicher un vrai métier.

 

Le sexe, les sentiments ou la tendresse atténuent la conscience de la consommation mutuelle et de l’exploitation mercantile. C’est pour cela que la « promotion canapédé » (néologisme-maison) semble, aux yeux de certains individus homosexuels qui s’y livrent, un cadeau, une preuve supplémentaire et tangible qu’il est bien question d’amour entre le client et son protégé, entre le mécène et son poulain. Mais dans les faits, nous remarquons que la soif d’ascension sociale n’est pas du tout poétique : elle peut même pousser à la trahison (à soi-même), à la « collaboration », au vol, au viol, au meurtre. Je vous renvoie aux codes « Amour ambigu du pauvre », « Prostitution », « Liaisons dangereuses », « Homosexuel homophobe » et « Méchant Pauvre » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie finit souvent par être reconnue, causalisée et dénoncée par beaucoup de personnes à la fois homosexuelles et homophobes. Par exemple, le 12 octobre 1998 à Laramie aux États-Unis (Wyoming), Aaron McKinney et Russell Henderson, les assassins de Matthew Shepard (jeune homme homosexuel), s’étaient attaqués à lui pour leur dérober des objets. D’ailleurs, le soir du meurtre, ils lui ont piqué sa carte bancaire, ses fringues, ses chaussures, et avaient l’intention de le cambrioler : « Matthew, c’était une pute pétée de tune ! » On voit bien que socialement, l’un des fruits de la pratique homosexuelle, à savoir l’argent, symbolise et est parfois le moteur de l’homophobie.

 

 
 

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