Code n°167 – Talons aiguilles (sous-code : Talons aiguilles rouges)

Actrice-traîtresseTalons Aiguilles

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

La « quenelle » dieudonnéenne, mais version homosexuelle

 

Film "Talons Aiguilles" de Pedro Almodovar

Film « Talons Aiguilles » de Pedro Almodóvar


 

Les talons aiguilles, en ce moment, c’est un peu le révolver queer des idéologues du Gender refusant les castrations symboliques pourtant salutaires.

 

Toutes les femmes réelles ne chaussent pas des talons hauts. En général, quand les talons aiguilles deviennent une habitude, c’est mauvais signe pour celle (ou celui) qui les porte. Cela veut dire qu’elle s’élève pour s’exposer en vitrine (comme un objet), qu’elle force sa féminité pour la rendre agressive et conquérante, qu’elle désire changer de sexes (c’est une féminité d’accessoire), qu’elle se prend pour un dieu surélevé, qu’elle va agresser d’une manière ou d’une autre (les talons aiguilles font partie de l’attirail sadomasochiste, du déguisement de la femme phallique – l’icône du danger sexuel machiste dont les prostitué(e)s sont les dignes représentant(e)s), qu’elle désire violer (le talon aiguille est un pénis artificiel) et être violé (le talon aiguille artificiel appelle à son remplacement par le pénis réel). Les talons aiguilles ne respectent pas la femme, ne sont pas connectés au Réel (les randonnées sur pavés ou en montagnes, je déconseille). Je veux bien croire qu’ils excitent érotiquement certains esprits souffrants en mal de domination/soumission/identité… mais très vite, ils font vivre trop haut et trop penché (ou en diagonale), font mal au dos, font perdre l’équilibre, donnent une identité de pacotille qui appelle à la violence.

 

Pièce "Les Amazones 3 ans après..." de Jean-Marie Chevret

Pièce Les Amazones 3 ans après… de Jean-Marie Chevret


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme fellinienne géante et Pantin », « Carmen », « Reine », « Bergère », « Destruction des femmes », « Putain béatifiée », « Prostitution », « Bourgeoise », « Actrice-Traîtresse », « Amant diabolique », « Tante-objet ou Maman-objet », « Symboles phalliques », « Un Petit Poisson Un Petit Oiseau », « Icare », « Femme allongée », « Se prendre pour le diable », « Adeptes des pratiques SM », « S’homosexualiser par le matriarcat », à la partie « Travestissement » du code « Substitut d’identité », à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée », et à la partie « Pied cassé » du code « Se prendre pour Dieu », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

 

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FICTION

 

a) La fascination fétichiste homosexuelle pour les talons aiguilles :

Dans les fictions homo-érotiques, les talons aiguilles de la femme-objet surélevée fascinent le personnage homosexuel : cf. le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon (avec les talons aiguilles noirs posés sur le piano), la pièce « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec la chaussure de Cendrillon, fétiche du désir), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec le téléphone en forme de talons aiguilles), la pièce L’Émule du Pape (2014) de Michel Heim, le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems (avec la femme et ses « hautes bottes »), etc.

 
talons aiguilles love
 

Les talons aiguilles, c’est l’accessoire par excellence de la femme-objet cinématographique déifiée, qui descend sur scène du haut de son grand escalier en forme de chaussure : cf. l’album « Music » de Madonna, la pochette de l’album « Mes courants électriques » d’Alizée (ainsi que la chanson « J’ai pas 20 ans »), le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliott (avec le toboggan en forme de talons aiguilles), etc. Par exemple, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, fait sembler de rouler les mécaniques pour marcher comme un hétéro, puis trahit son identité d’homosexuel en se foulant le « talon ».

 

TALONS Alizée
 

Les talons aiguilles aident le héros homosexuel à se sentir plus en confiance avec lui-même, à se vieillir, à décupler son pouvoir narcissique et phallique, à se consoler d’avoir (ou de manquer d’)un pénis puisqu’ils servent de pénis artificiels : cf. le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, etc. « Et puis au début il était juste fétichiste des talons aiguilles, soit, mais il a commencé à les porter. » (la femme parlant de son ex-compagnon Jean-Luc, converti à l’homosexualité, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Ma marraine Janine, c’est ce que j’appelle ‘mes chaussures du pouvoir’. » (Vincent Nadal dans sa pièce Des Lear, 2009) ; « Mes talons hauts me donnent confiance. » (cf. la chanson « Sur un fil » de Jenifer) ; « Et mes talons aiguilles, un talent de fille, mélodie du vent. » (cf. la chanson « J’ai pas 20 ans » d’Alizée) ; « J’ai toujours été folle des chaussures. Avec des paillettes. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Ce ne sont pas des chaussures pour un garçon de ton âge. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère lui parlant, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Je les aime bien ces chères chaussures… » (Laurent Spielvogel se retirant les talons aiguilles, idem) ; « J’aime surtout les talons hauts. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère, idem) ; « Excuse-moi mais je suis une vilaine fille à talons. Une vilaine fille ! Il faut que le monde entier soit au courant ! » (Éric le héros homo, dans l’épisode 5 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Niña De Tus Ojos » (« La Fille de tes rêves », 1998) de Fernando Trueba, Castillo, le personnage homosexuel, se propose de retirer à Blas ses bottes ; celui-ci ne le supporte pas et l’éjecte, comme si le fait de se faire déchausser revenait à faire un coming out.

 

 

b) L’ange déchu qui tombe de ses chaussures :

En règle générale, les talons aiguilles sont l’attribut de la femme fatale, de la tigresse phallique qui viole les hommes avec son faux pénis (= le talon) pour ne pas être violée en retour, de la mère incestueuse qui homosexualise son fils et le pousse à la prostitution, de l’amant homosexuel qui sodomise sauvagement : cf. la pièce Les Amazones 3 ans après… (2007) de Jean-Marie Chevret, le film « Tacones Lejanos » (« Talons aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar (avec le talon-flingue), la nouvelle « L’Encre » (2003) d’un ami homosexuel angevin, le film « Blue Velvet » (1986) de David Lynch, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Garance, la lesbienne prostituée aux talons aiguilles), le vidéo-clip de la chanson « Je suis gay » de Samy Messaoud, la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi (avec les deux paires de bottes à talons aiguilles), etc.

 

Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, les talons aiguilles symbolise le fantasme d’être une prostituée, d’être violé : « Anna s’habille comme une pute. […] Je crois qu’elle aimerait bien. Son maquillage, ses talons hauts qu’elle adore ; ce sont des choses que porterait une prostituée. » (Maria, la prostituée, décrivant la jeune Anna, p. 165) ; « Ils arrivaient dans leur propre rue. Jane [l’héroïne lesbienne] remarqua deux prostituées à l’angle, portant des bottes à talons hauts, des shorts moulants et des corsages encore plus ajustés. » (p. 37) Anna, l’adolescente de 13 ans, essaie de suivre le chemin de sa mère prostituée professionnelle en portant des talons aiguilles, en se déguisant en l’adulte pour couvrir les abus sexuels de son père sur elle. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Solange, la machiavélique belle-mère en pantalon panthère, porte des talons aiguilles rouges.
 
 

L. – « Si papa savait ce que tu es devenue, il en mourrait une deuxième fois !

Mère – Et s’il savait que c’est toi qui l’a tué, il en mourrait une troisième fois !

L. – Tu sais très bien que je n’ai pas tué papa ! Pourquoi est-ce que j’aurais tué papa ?

Mère – Parce qu’il te sodomisait ! Je t’ai vu l’assommer à coups de talon aiguille avant de l’étrangler avec des bas de soie ! »

(Copi, Le Frigo, 1983)

 

 

« La semaine suivante, Varia est arrivée en cours avant le professeur Gritchov, et accompagnée d’une camarade que je n’avais jamais vue. C’était une brune très maquillée, habillée tout en similicuir. Elle avait l’air encore plus diabolique que Varia. […] [Elle et sa copine] Je les aurais tuées. […] La nuit, Varia revenait me hanter. Je la voyais marcher vers moi, depuis l’extrémité d’un couloir interminable, percé de portes plus noires que des trappes, perchée sur ses talons qui perforaient le carrelage. Elle avançait, un fouet à la main, toute de blanc vêtue, la chevelure souple et ondoyante, les lèvres rouges et serrées. À quelques pas de moi, elle ouvrait sa bouche pour me sourire. Je découvrais alors des canines de vampire, maculées de sang. » (Jason, le héros homosexuel parlant de la vénéneuse Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 58-59) ; « Je me suis mis à chercher Groucha dans tous les bâtiments. J’ai fini par la trouver assise dans un couloir, avec sa minijupe blanche remontée jusqu’en haut des cuisses, et ses talons aiguilles plantés dans le carrelage. » (Yvon en parlant de Groucha, idem, pp. 261-262) ; « Votre pied a-t-il résisté à mon talon ? » (Mathilde, l’amante lesbienne ayant marché sur le pied de la narratrice, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 13) ; « Ma mère a essayé de me finir à coups de talons aiguilles dans la face. » (David Forgit, le travesti M to F, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show, 2013) ; etc.

 

"Le Livre blanc" de Copi

Le Livre blanc de Copi


 

Par exemple, dans le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, Leonora (Liz Taylor), la femme machiste, pénètre symboliquement sa bonne car cette dernière n’arrive pas à lui retirer ses bottes. Dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, la chaussure, et spécialement la botte, est souvent utilisée comme un instrument de torture : « Tu préfères recevoir un de ces fatals coups de bottes ? […] Sinon, je sors ma botte. » (Fred menaçant son amant Max) Dans la comédie musical Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphane Druet, le père de Yolanda la prostituée transgenre M to F a été « assassiné à coups de talons aiguilles ». Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, la psychanalyste est parodiée en femme SM, avec talons aiguilles rouges, perruque verte et fouet. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne machiavélique, descend un escalier en forme de talons aiguilles rouges, et décide de nuire à tout son entourage, par sadisme et mégalomanie : « J’ai planté bien profond mes talons aiguilles ! » Dans la pièce Les Paravents (1961) de Jean Genet, Saïd force sa mère à porter des talons aiguilles (« Vous ne voulez pas mettre vos souliers ? Je ne vous ai jamais vue avec des souliers à talons hauts. […] Mettez vos souliers à talons hauts. […] EN-FI-LEZ vos souliers ! […] Vous êtes belle, là-dessus. Gardez-les. Et dansez ! Dansez ! ») ; elle riposte faiblement puis exécute l’ordre filial (« Mais, mon petit, j’ai encore trois kilomètres. J’aurai mal et je risque de casser les talons. »). Le spectateur découvre que c’est finalement elle qui prend le dessus et qui achève son fils : « Ma Mère qui danse, ma Mère qui vous piétine sue à grosses rigoles… Les rigoles de sueur qui dégoulinent de vos temps sur vos joues, de vos joues à vos nichons, nichons à votre ventre… Et toi, poussière, regarde donc ma Mère, comme elle est belle et fière sous la sueur et sur ses hauts talons !… […] Dans ma vie, je les ai mis deux fois. La première, c’est le jour de l’enterrement de ton père. […] La deuxième fois que je les ai mis, c’est quand j’ai dû recevoir l’huissier qui voulait saisir la cabane. » (Saïd) Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Alba chausse ses talons aiguilles rouges et raye avec une clé une belle jaguar noire. Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Rambo, l’un des personnages gays, cherche à déguiser son pote Adrien en vraie traînée, et lui tend une paire de talons aiguilles rouges.

 

Les talons aiguilles sont le symbole de la prétention diabolique du héros homosexuel à vouloir être quelqu’un d’autre, à être hautain. C’est la raison pour laquelle ils sont souvent rouges : cf. le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat (avec Amira Casar), la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec les escarpins rouges de Joséphine), le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan (avec Diane, la mère-traîtresse aux chaussures compensées rouges), la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez (avec Kanojo, une des héroïnes lesbiennes), la pièce L’Amant (2007) de Boris Van Overtveldt (avec Sarah), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec Vera), la chanson « Les Démons de minuit » du groupe Image, le téléfilm « Sa Raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec les talons aiguilles rouges de Sharon la lesbienne), la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, le conte Les Chaussons rouges d’Hans Christian Andersen, le film « Les Chaussons rouges » (1948) de Powell et Pressburger, le film « Devil Wears Prada » (« Le Diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy (avec Stéphanie), le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan (avec Marie), le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes, le film « Birth 3 » (2010) d’Antony Hickling, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec Scarlett, la danseuse du cabaret Au Cochon stupéfiant), la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat (avec Joséphine), la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial di Fonzo Bo et Claire Diterzi, le roman La Vie est un tango (1979) de Copi (avec Arlette en sur scène), la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali (avec Heïdi, une des héroïnes lesbiennes), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec Otho, le héros homo), la pièce Nationale 666 (2009) de Lilian Lloyd, le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, le spectacle musical Une Étoile et moi (2009) d’Isabelle Georges et Frédéric Steenbrink, le one-woman-show lesbien Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, la pièce Golgota Picnic (2012) de Rodrigo Garcia, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza (avec Abbey, la « fille à pédés »), la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine (avec Damien, l’homme travesti M to F), la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen (avec les talons aiguilles rouges de Graziella, la présentatrice-télé psychopathe), etc. « J’ai peint en rouge un de mes souliers. » (le narrateur homosexuel du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 40)

 

Le motif de la botte revient relativement fréquemment dans la fantasmagorie homosexuelle. Il renvoie au satanisme et à la monstruosité. « Le chauffeur maquisard a un visage terrible, d’assassin. […] C’est un boiteux ; un de ses souliers a une semelle très haute, avec un talon bizarre, en argent. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 52)

 

"The butch Manual" de Clark Henley

The Butch Manual de Clark Henley


 

Le pire, c’est que les talons aiguilles, qui constituent l’arme du crime (symbolique) de la femme-objet (ultra-féminisée et virilisée dans le même mouvement) vont être reniés et même détruits quand celle-ci finit par se rendre compte de leur caricature, de leur faux pouvoir, de sa propre prétention. « Ne jamais porter de talons ! » (Emory, le héros homosexuel très efféminé, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Laisse mes talons aiguilles faire de moi une fille sans me regarder comme un objet. » (cf. la chanson « Être une femme » d’Anggun) ; « Je pourchasse impitoyablement le maquillage, les talons hauts, les fioritures en tout genre, et cela avec de moins en moins de tolérance. » (Suzanne, l’héroïne lesbienne du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 223) ; etc. Il n’est pas rare de voir (surtout chez les héroïnes lesbiennes) la scène de destruction des bottes ou des talons aiguilles par le héros homosexuel : cf. le film « Benzina » (« Gazoline », 2001) de Monica Stambrini (les bottes cramées au briquet), le film « Shortbus » (2005) de James Cameron Mitchell, le film « Lesby Nenosi Vysoké Podpatky » (« Les Lesbiennes ne portent pas de talons hauts », 2009) de Viktoria Dzurenkova, le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues (avec les talons aiguilles plongés dans l’aquarium), etc. Les talons aiguilles sont les masques et au fond les révélateurs du viol. Par exemple, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet, Octavia la Blanca, le transsexuel M to F, pour cacher qu’il vient de se faire violer, simule un problème de chaussures : « Non non, rien… Je me suis cassée un talon. »

 

 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La fascination fétichiste homosexuelle pour les talons aiguilles :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il y a un lien entre pied et désir. Pas seulement parce qu’il serait une zone érogène. Mais parce que le pied nous connecte avec la Terre, avec le Réel, avec la plupart de nos actions. Par exemple, bien des théologiens nous expliquent que la foi vient d’abord par les pieds ; et je suis une des personnes convaincues que beaucoup de nos bonnes idées viennent en marchant. L’arrivée des talons aiguilles dans la vie des filles, puis dans la vie de certains hommes, symboliquement, nous indique une baisse du désir, de l’action, de la marche (ils ne sont pas faits pour la marche, d’ailleurs). Mais dans un premier temps, ce catapultage dans l’irréalité de l’artifice fascine, envoûte, ravit, fait paillettes et Jet Set.

 

« En 1913, Havelok Ellis, dans son étude Inversion sexo-esthétique : Ellis pense qu’il s’agit là d’une forme de symbolisme érotique, d’ailleurs souvent accompagnée de fétichisme du soulier, du corset, etc. et ayant des rapports de similitude avec le fétichisme érotique et avec le narcissisme. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 302) ; « Je portais une longue robe mauve […], des bottes noires qui me rendaient fortes. » (Joan Nestle, citée dans l’essai Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 25) ; « Depuis longtemps, Lita avait délaissé les chaussons de danse pour les talons aiguilles. Elle avait toujours détesté les chaussons qui la tassaient, qui la rendaient un peu naine. C’est la raison pour laquelle tous les rôles de son répertoire post-professionnel furent dansés sur les talons aiguilles et non les pointes. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 295-296) ; « Il portait des chaussures différentes, des espadrilles vertes simples et très jolies. Je les ai tout de suite adorées. Je voulais les mêmes. […] Je voulais de toute façon avoir exactement les mêmes espadrilles que lui. » (Abdellah Taïa parlant de son domestique Karabiino, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 76) ; « La Chola [homme travesti M to F] avait caché ses courbes dans une serviette et avait formé avec une autre un énorme turban. Celle qui enveloppait son corps était trop petite et l’autre, immense, lui donnait une apparence de géante. Elle portait, matin et soir, des talons aiguilles, toujours pailletés. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 187-188) ; « Son casse-tête, ce sont les chaussures. » (la voix-off par rapport à Laura, homme M to F, dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6) ; etc.

 

Dessin "Shoes" d'Andy Warhol

Dessin Shoes d’Andy Warhol


 

Les chaussures à semelle compensée ou les talons hauts de la femme-objet surélevée fascinent bien des personnes homosexuelles : je pense à Pedro Almodóvar, Yves Saint-Laurent, Andy Warhol (il a d’ailleurs fait des publicités pour les chaussures : Shoes en 1955), Néstor Perlongher (qui a écrit un texte sur « el deseo de pie »), Claude Cahun (cf. son dessin Elles s’aiment en 1929), Mika (lors de son concert à Paris-Bercy en avril 2010, sur la chanson « Big Girl »), Steven Cohen (toujours perché sur ses échasses, avec des talons aiguilles en crânes), etc. Je vous renvoie au logo de l’association MiddleGender. Moi-même, très tôt dans mon enfance, j’avoue avoir été attiré par ce drôle de fétichisme des pieds (même si je n’ai jamais tenté l’expérience de chausser des talons aiguilles) : quand j’étais en grande section de maternelle, je dessinais déjà des femmes avec des talons aiguilles ; et quand j’ai, à l’adolescence, vue les chaussures écrase-merde improbables des chanteuses comme les Spice Girls, je reconnais les avoir enviées.

 

Spice Girls

Spice Girls

 
 

b) Les talons anguilles

Quand on se surélève, gare à la chute et à l’atterrissage ! Bien des artistes transgenres ou homosexuels, dans leur mise en scène, parodient la Miss France qui tombe de ses talons hauts parce qu’elle est enserrée par les carcans de sa féminité d’accessoire : Thierry Le Luron, Bruno Bisaro, David Forgit, Zize, etc. « Est-ce moi qui tangue comme une ombre sur les talons d’une reine en cavale ? » (cf. la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro)

 

Concert d'Alizée

Concert d’Alizée en 2004


 

« La Chola [homme travesti M to F] avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. Sur son passage, flottait un délicieux parfum douceâtre. Ses formes étaient exaltées par un tailleur blanc moulant et une petite ceinture rouge. La Chola s’arrêta devant une maison basse, peinte à la chaux et surmontée d’un énorme écriteau où l’on pouvait lire ‘Église scientifique’. De part et d’autre de la porte étaient peints deux angelots assis chacun sur son nuage. Elle frappa. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 233)

 

TALONS SM
 

Les talons aiguilles sont le symbole de la prétention diabolique de l’individu homosexuel à vouloir être quelqu’un d’autre, à être hautain, à ne pas reconnaître ses limites, à vouloir se transformer en objet ou en prostitué : cf. les clichés du « Christ homosexuel » en talons aiguilles (1999) de la photographe lesbienne Élisabeth Olsson. « Entre la fin de l’été et l’âge du grand pas (16 ans), je suis obsédé par une seule chose. Les talons aiguilles. Dès que je croise une femme dans la rue qui en porte, je la poursuis dans l’espoir qu’elle me remarque, et que nous fassions l’amour. […] J’enfilais les talons aiguilles de ma mère, nous avions la même taille, et je m’observais dans la grande glace de la chambre à coucher de mes parents. Je fus émerveillée de voir mes jambes mises en valeur. Le plaisir des bas sur la peau donnait le frisson, et la hauteur des talons, me rendait narcissique en regardant mes jambes. Ce n’était plus moi, garçon dans la glace, mais les jambes d’une superbe garce. » (Cf. un texte d’un homme travesti du Québec, Vanessa, consulté en juin 2005) C’est la raison pour laquelle ils sont souvent rouges : cf. le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger (avec les talons aiguilles rouges dans le magasin de sextoys). Par exemple, dans le documentaire « Et ta sœur » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, les talons aiguilles rouges sont filmés par terre, renversés sur un plancher.

 

Le port du talon-aiguille est un clin d’œil voilé à la sodomie.

 

Chorégraphie de Yanis Marshall

Chorégraphie de Yanis Marshall


 
 

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