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Code n°2 – Adeptes des pratiques SM (sous-code : Saint Sébastien)

Adeptes des pratiques SM (saint Sébastien)

Adeptes des pratiques SM

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Je rejoins la souffrance… parce que je ne la supporte pas et je la fuis !

 

Film "Looking For" de Michelle Pollino

Film « Looking For » de Michelle Pollino


 

Étrange autant que fascinant. Je vais vous expliquer comment ceux qui rejoignent le sadomasochisme sont, contrairement à l’idée reçue, les fils-à-maman douillets terrorisés par la souffrance.

 

En effet, certaines personnes homosexuelles se sont parfois attachées viscéralement à une mort imagée pour ne pas affronter (ce qu’elles imaginent être) la mort réelle. Du coup, elles cherchent parfois à se frotter aux deux. C’est le cas de l’écrivain Yukio Mishima qui, à force de vouloir fuir la mort, l’a rejointe dans le mythe actualisé en se suicidant selon la tradition samouraï : « Je me complaisais à imaginer des situations dans lesquelles j’étais moi-même tué sur le champ de bataille ou assassiné. Pourtant, j’avais de la mort une peur anormale. » (Confession d’un masque, 1971) De même, la pratique du sadomasochisme dans la communauté homosexuelle ne renvoie pas du tout au soi-disant « plaisir dans la douleur » comme la société et beaucoup de personnes homosexuelles se plaisent souvent à le faire croire. Il s’agit plutôt du rejet de la souffrance qui conduit à la mise en scène actualisable de celle-ci. Ce sont d’ailleurs les personnes homosexuelles qui refusent le plus catégoriquement de reconnaître la réalité de la violence, qui s’exposent paradoxalement au sadomasochisme. « Je ne supporte pas l’idée de souffrance » déclare par exemple Pablo, l’adepte des clubs cuir dans le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni. C’est pourquoi on compte, parmi les personnes homosexuelles, un certain nombre d’adeptes des pratiques SM, des individus qui, par ailleurs, ressemblent à des « Monsieur Tout le Monde » dans la vie quotidienne, voire à des mauviettes. Comme pour eux, le plaisir dans la souffrance n’est pas dans sa réalisation mais dans sa figuration, et qu’il s’agit moins de détruire que d’illustrer esthétiquement la destruction, ils atténuent la réalité du sadomasochisme dans le « milieu homosexuel » en affirmant qu’elle est « cliché » ou « réservée aux dépravés » ou bien en la spiritualisant/l’esthétisant/la romantisant, pour ensuite la rendre parfois effective. L’évitement de la castration (au sens de la reconnaissance des limites du Réel) conduit au masochisme. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la liberté humaine est toujours limitée et a un prix : la souffrance. Et si ce prix n’est pas assumé, mais qu’au contraire il est nié, l’être humain s’expose à rechercher – cette fois sans liberté et sans conscience – la souffrance. Sous toutes ses formes. Y compris la forme homosexuelle et la forme brutale. La violence fait partie intégrante du désir homosexuel, même si actuellement on préfère n’y voir qu’amour, douceur, progrès et liberté. Les libertaires homosexuels, en voulant sincèrement abolir les limites humaines pour acquérir ce « toujours plus de liberté » – une liberté sans forme et sans corps sexué –, finissent par s’imposer d’autres limites, plus radicales, plus invisibles, et qu’ils n’ont pas toujours la force de dénoncer. Curieusement, la fuite du Réel par le fantasme conduit à l’appétit de violence chez des individus pourtant souvent angoissés par le sang, la mort et la souffrance réels, et qui ont même une apparence de fils-à-maman anxieux, vu de l’extérieur. Chez eux, la violence de l’acte sadomasochiste est atténuée par une sacralisation de la dimension ludique/scénique du SM, et par une sublimation des intentions amoureuses poussée à l’extrême. Il n’y a là aucun goût pour le « souffrir » ou le « faire souffrir », au final.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Super-Héros », « Talons-aiguilles », « Musique comme instrument de torture », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexualité noire et glorieuse », « Liaisons dangereuses », « Vierge », « Androgynie Bouffon/Tyran », « Fusion », « Symboles phalliques », « Chiens », « Se prendre pour Dieu », « Coït homosexuel = viol », « Planeur », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « Extase », « Voleurs », « Quatuor », « Homosexuels psychorigides », « Hitler gay », « Entre-deux-guerres », et à la partie « Désir de viol » dans le code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel s’adonne au sadomasochisme :

ADEPTES Un Año Sin Amor

Film « Un Año Sin Amor » d’Anahi Bernen


 

Il est question de sadomasochisme en lien avec l’homosexualité dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, le film « Preaching To The Perverted » (1997) de Stuart Urban, la pièce À trois (2008) de Barry Hall, le vidéo-clip de la chanson « Beyond My Control » de Mylène Farmer, le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes, le film « Brüno » (2009) de Larry Charles, le one-man-show Le Comte de Bouderbala (2014) de Sami Ameziane (avec le flic homo), la chanson « Viril » de Jean Guidoni, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui, le film « The Caretaker » (« Le Gardien », 1963) de Clive Donner, le film « Kurutta Butokai » (« Asti : Lunar Eclipse Theater », 1989) d’Hisayasu Sato, le film « Fireworks » (1947) de Kenneth Anger, la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le film « Singapore Sling » (1990) de Nikos Nikolaidis, le roman La Colmena (1951) de Camilo José Cela (avec Matías le personnage homo), le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob (avec le tee-shirt « Monsieur SM » en guise de décor), le film « Les Nuits fauves » (1991) de Cyril Collard, le film « The Black Cat » (« Le Chat noir », 1934) d’Edgar G. Ulmer, le film « The Glass Key » (« La Clé de verre », 1942) de Stuart Heisler, le film « Brute Force » (« Démons de la liberté », 1947) de Jules Dassin, le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey, le film « Billy Budd » (1962) de Peter Ustinov, le film « Sadomania : Hölle Der Lust » (1981) de Jess Franco, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand (avec la psychanalyste parodiée en thérapeute SM, avec son fouet), le film « Hana To Hebi » (« Fleur secrète », 1974) de Masaru Konuma, le film « El Topo » (1970) d’Alejandro Jodorowsky, le film « Mercy » (« Amours mortelles », 2001) de Damian Harris, le film « Frisk » (1995) de Todd Verow, les films « The Elegant Spanking » (1995), « The Black Glove » (1997) et « Ecstasy In Berlin 1926 » (2004) de Maria Beatty (traitant du SM lesbien), le film « Taxi Nach Kairo » (1987) de Frank Ripploh, le film « Die Grausame Frau » (« Séduction, femme cruelle », 1985) de Monique Treut, le film « Las Edades De Lulú » (« Les Vies de Loulou », 1990) de Juan José Bigas Luna, le film « Empire State » (1987) de Ron Peck, le film « The Attendant » (1992) d’Isaac Julien, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, le film « Irréversible » (2001) de Gaspar Noé, le film « Sitcom » (1997) de François Ozon, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la planche « Les Beaux Quartiers » dans la B.D. Le Monde fantastique des gays (1986) de Copi, le vidéo-clip « Outside » de George Michael, le film « Hors les murs » (2012) de David Lambert, le film « Clamp » (2000) de Maïa Cybelle Carpenter, le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler, le film « Tom à la ferme » (2014) de Xavier Dolan, le vidéo-clip de la chanson « Foolin’ » de Devendra Banhart, la chanson « Hellbent For Leather » du groupe Juda’s Priest (avec la référence au cuir, notamment), la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette (avec l’amour lesbien pour la cravache), etc.

 

On retrouve l’association entre homosexualité et sadomasochisme chez Zhang Yuan, Isabelle Ponnet, Michael Kleeberg, Élisabeth Herrgott, etc. Les personnages homosexuels disent trouver leur bonheur dans la souffrance : « Il souffrait de joie. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957) p. 102) ; « You are in love with pain. » (Michel Hermon se parlant à lui-même, dans son spectacle-cabaret Dietrich Hotel, 2008) ; « Il y a des douleurs qu’on dit exquises. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 18) ; « À la première seconde, je savais que j’allais l’aimer, que j’allais souffrir. Au fond, il m’avait déjà échappé au premier instant où je l’ai vu. J’ai voulu faire durer cette imposture le plus longtemps possible. La douleur est éblouissante, très pure. Insultes, bagarres, nuit aux urgences, points de suture. Encore du sang entre nous. […] Si j’avais voulu ne pas souffrir, j’aurais refusé de sortir avec toi. » (Stéphane parlant de son ex-amant, le jeune et beau Vincent qui le frappe de temps en temps physiquement, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « J’aimerais beaucoup être un Sauveur pour Collins… Je l’aime et je désire être blessée comme vous l’avez été. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, parlant à Jésus en croix, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1932) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 31) ; « Le bonheur réside souvent dans ce qui nous fait souffrir. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, dans le roman La Désobéissance (2006), p. 227) ; « J’aimerais bien prendre un coup. » (Jules, le héros homosexuel, au lieu de dire « Je vais prendre un coup » pour dire « boire un verre », dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Personnellement, je préfère le fouet. » (Miss Daisy, le personnage transsexuel M to F du film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) ; « Chez les 4 Jean, on a un baptême du feu spécifique. Tu dois faire preuve d’allégeance et de soumission à tes futurs compagnons. […] Les Sentinelles, c’est un truc de passifs. […] Si demain tu veux t’enchaîner toi aussi, tu n’hésites pas. » (Jean-Jacques s’adressant à Jean-Marc le novice, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Selon le rituel de nos frères de Russie, nous allons te purifier. » (les Virilius bizutant et maltraitant le traître homo, Jean-Marc) ; « Qu’est-ce que j’ai fait de mes menottes, moi ? Ah oui ! Je les ai oubliées chez Hervé ! » (un ami homo du couple lesbien Kim/Alexandra, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; « Pauvre femme battue. Jane n’est plus assez rapide pour parer tes coups de poings. » (Tielo, le frère jumeau de Petra, l’héroïne lesbienne en couple avec Jane, charriant sa sœur à cause de l’éraflure au visage de sa compagne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 32) ; « Tu sais pourquoi les gens aiment la violence ? Parce que ça fait du bien. » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel, s’adressant à Hugh, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; « Je voudrais juste qu’il souffre. » (Bryan parlant de son amant Tom, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Cage aux Folles de Jean Poiret (version 2009, avec Clavier et Bourdon), Jacob réclame sa fessée. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, la thématique du SM dans le « milieu homo » est abordée : les personnages portent des « cuirs et des menottes », et s’interrogent sur les pratiques de leurs pairs : « Ah ? Ils sont gays, les homos ? Ils attrapent par le sling. » Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika, l’héroïne lesbienne, rêverait de poser à une de ses profs une question provocatrice sur le sadomasochisme lesbien : « Madame, est-il vrai que certaines femmes aiment la violence ? » (p. 113) Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, Lucifer, habillé en cuir, entretient une relation SM avec l’Archange Raphaël, la « pédale » super efféminée ; ils finiront en couple. Dans le film « Haltéroflic » (1983) de Philippe Vallois, on assiste à la passion sadomasochiste entre un flic et un athlète. Dans la pièce Le Frigo de Copi (mise en scène en 2011 par Érika Guillouzouic), surgit un moustachu sadomaso. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Lucas et Vincent fréquentent le milieu cuir gay. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne possède dans sa chambre de la ficelle, des menottes. Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, les protagonistes lesbiennes se maltraitent en même temps qu’elles « se baisent » : par exemple, Alexandra, la narratrice lesbienne, attache sa bonne, Marie, au lit (p. 202). Et elle se laisse dominer par elle : « Marie m’avait révélé le désir secret qu’elle avait de me commander. Et la position particulièrement dans laquelle je m’étais mise à genoux, comme lui faisant allégeance, avait encore augmenté mon plaisir. » (Alexandra, la narratrice lesbienne, commandée par sa bonne, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 154) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin/Bryan, en couple, se frappent mutuellement et « par amour » : « J’ai besoin d’un punching-ball » dit Bryan, qui avoue avoir « besoin de dominer Kévin » ; et Kévin émet l’hypothèse qu’il puisse aimer que Bryan le frappe (p. 231) mais a quand même peur qu’il recommence (p. 233). Quand la mère de Kévin lui demande s’il aime souffrir ainsi que le masochisme, il lui répond « Un peu » (p. 273). Dans le film « Freier Fall » (« Free Fall », 2014) de Stephan Lacant, c’est lors d’une simulation d’émeute entre manifestants et CRS que Engel et Brandt rentrent violemment en contact… juste avant de sortir ensemble. Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, la sonnerie de portable de Jessica, le héros transsexuel M to F, ce sont des coups de poing. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le bourgeois libertin homosexuel organisant des parties SM dans son manoir. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, au moment des coïts, Emma et Adèle, au moment de leur coït, s’infligent des fessées au sommet de l’orgasme. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, le couple homosexuel Vivi et Norbert scénarise son coït comme un hold-up pour pimenter leur plaisir. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François, homosexuel, est vendeur dans un magasin de vêtements féminins et fait croire qu’il est frappé par son amant Thomas afin d’apitoyer la clientèle : « Non Régine, il ne m’a pas refrappé. » Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Zook fait mine de suggérer un tournage de fist-fucking en proposant à son pote Jenko de jouer aux jeux-vidéo. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler couche avec un amant de passage qu’il maltraite… et qui en redemande, par « amour », en plus : « Si tu veux, tu peux me frapper. » Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon deux fois (2015) de Philippe Cassand, Fabien entretient lui-même une liaison dangereuse avec un repris de justice sado-masochiste : Herbert. Dans le film « The Duke Of Burgundy » (2015) de Peter Strickland, Une lépidoptériste (spécialiste des papillons) austère entretient une relation sadomasochiste avec sa femme de ménage, jeune et soumise à tous ses désirs. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa la prostituée et son client Jules, avant de passer au lit dans une scène SM, simule le joli petit couple à table qui va manger du canard à l’orange.

 

Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Fabien entretient avec son amant Herbert une relation SM. Pourtant, le jeune homme est en couple régulier avec Hugues, son médecin. Et ce dernier n’est pas tant choqué par l’infidélité de Fabien que par les risques hygiéniques qu’il prend : « Je crois qu’ils ont des rapports sado-masos… et qu’ils sont non-protégés. »
 

On peut identifier dans le sadomasochisme vécu par le héros homosexuel une forme d’homophobie intériorisée, dans laquelle il se punit lui-même de pratiquer son désir homosexuel en allant jusqu’aux ultimes limites de ce comportement. « Tu crois que c’est comme les pédés qui cherchent à se faire violenter dans le SM, tu finis toujours par t’apercevoir à un moment ou un autre que ce qu’ils recherchent dans cette violence contrôlée (parce qu’elle est donnée dans un cadre sexuel stricte) c’est de vivre ce qu’ils ont le sentiment de mériter en tant que pédé. Genre je suis pédé, je mérite de me faire tabasser, je me fais honte, steplé, tabasse-moi pour que je sois en concordance avec moi-même. Tu crois pas ? » (Claude, l’héroïne lesbienne dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 47) ; « Les garçons préfèrent toujours ceux qui les malmènent. » (Laurent Spielvogel imitant André, un homme gay d’un certain âge, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’amalgame entre homosexualité et sadomasochisme soit fait par les héros homophobes qui rêvent de reproduire sur leurs victimes homosexuelles les pratiques violentes de leur propre homosexualité refoulée. Par exemple, dans la B.D. Pressions & Impressions (2007) de Didier Eberlé, Romain, le héros homosexuel, est suspecté d’être « un de ces sadomasos en cuir ».

 

Le héros homosexuel suit le chemin du SM paradoxalement parce qu’il cherche à fuir à tout prix la mort et la souffrance réelles : « Je ne suis pas apte pour la souffrance. » (cf. réplique de la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd) ; « J’ai horreur de la violence sauf pour jouer et jouir. » (François pratiquant le SM avec son « mari » Max, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 110) ; « Et pourtant, je n’ai jamais supporté la souffrance d’un être animé… » (Lacenaire, le criminel de la pièce éponyme (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; etc. La souffrance et le viol sont esthétisés, donc leur violence, atténuée : « Mon plaisir se construit sur un paradoxe : je ne peux aspirer à la flagellation, celle qui blesse, punit, avilit ; mais l’idée d’un châtiment est un puissant stimuli érotique. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 60) ; « La fessée est par nature baroque. » (idem, p. 52) ; « Mes coups, parfois, je les retenais pas. Mes mots, oui. » (Vincent s’adressant à son amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport, la protagoniste lesbienne est excitée par les résistances de sa copine (« Arrête, lâche-moi ! ») et se sent poussée à la violenter pour la satisfaire et éteindre ses plaintes, paradoxalement.

 

Film "Bedrooms and Hallways" de Rose Troche

Film « Bedrooms and Hallways » de Rose Troche


 

Le plus étonnant, c’est que le héros homosexuel qui pratique la sadomasochisme n’est pas dans la vie la brute épaisse qu’on attendait, mais au contraire le fils-à-maman douillet, raffiné et précieux.

 

ADEPTES Les Beaux quartiers

 

ADEPTES Les Beaux quartiers 2

Planche « Les Beaux Quartiers » de la B.D. « Le Monde Fantastique des Gays » de Copi


 
 

b) Le personnage homosexuel se prend (ou est pris) pour un saint Sébastien martyrisé :

On retrouve le charismatique saint Sébastien dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, le film « Saint » (1996) de Bavo Defurne, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, la pièce La Tempête (1661) de William Shakespeare, le film « Lilies » (1996) de John Greyson, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, le roman Les Archers de Saint Sébastien (1912) de Jean Cocteau, le vidéo-clip de la chanson « Losing My Religion » du groupe R.E.M., la photo Queer Saint (1999) de Joël Peter Witkin, la toile Saint Sébastien (2003) de Pierre Buraglio, le roman Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, le roman Le Martyre de Saint-Sébastien (1911) de Gabriele d’Annunzio, la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le roman Marcos, Amador De La Belleza (1913) d’Alberto Nin Frías, la chanson « I’m A Sinner » de Madonna, le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos, le film « Sebastiane » (1975) de Derek Jarman, le film « Mishima » (1984) de Paul Schrader, la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras (avec le saint Sébastien de Pierre et Gilles en affiche dans la chambre d’Alex), etc. Par exemple, dans « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel porte un tatouage avec un Saint Sébastien sur le cœur ; et à la fin du film, il se met à battre son jeune amant en lui flanquant des fessées et en l’étranglant. Benji, le héros homo de la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, prend à un moment donné la position du saint Sébastien. Dans le film « Adèle Blanc-Sec » (2010) de Luc Besson, la momie fait les yeux doux au tableau de Saint Sébastien exposé au Louvre. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, l’appartement berlinois du « couple » Petra et Jane donne sur le cimetière de Saint-Sébastien.

 

Le saint Sébastien homosexuel est représenté en photo (Pierre et Gilles, Michel Guillaume, Raymond Voinquel, Orion Delain, Fred Jagu, Pierre Sarfati, Christian Rouchouse et Marcel, Joseph Caprio, Miklos Feyes, David Nassoy, etc.), en sculpture (Tony Riga, Ange et Damnation, etc.), en peinture (Gustave Moreau, Alex Rochereau, Bertrand Bolognesi, Philippe Bernier, Moktar Bakayoko, Sandra Venturini, Franck Rezzak, Paul Boulitreau, Bruno Perroud, Jérôme Marichy, Narcisse Davim, Michael Sebah, etc.), en dessin (Kinu Sekigushi, Logan, Guy Thomas, Jean Cocteau, Édouard MacAvoy, Olympe, Phil Burns, Elsa Caitucoli, Thom Seck, Christophe Catalan, Alain Burosse, Cuneo, Ers Raspaut, etc.). Je vous renvoie au grand dossier consacré entièrement à saint Sébastien dans l’art homosexuel, dans Triangul’Ère 3 (2001) de Christophe Gendron (pp. 1049-1105).

 

Film "Salo ou les 120 Journées de Sodome" de Pier Paolo Pasolini

Film « Salo ou les 120 Journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Certaines personnes homosexuelles s’adonnent au sadomasochisme :

ADEPTES Bataille

 

On trouve chez les personnes homosexuelles un certain nombre d’adeptes des pratiques SM : Xavier Gicquel, le groupe britannique Frankie Goes to Hollywood, Michel Foucault, James Dean (il aime les brûlures de cigarettes), Dennis Cooper, Francis Bacon, Jane Bowles, Sylvano Bussoti, Hervé Guibert, Patrice Chéreau, Eloy de la Iglesia, Valentine Penrose, Mario Mieli, Mathieu Lindon, Yukio Mishima, Paul Verlaine, etc. « J’ai aussi vécu des choses de domination. » (la femme transsexuelle F to M interviewée dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) Par exemple, Jean-Luc Lagarce, dans sa pièce biographique Ébauche d’un portrait (2008), narre ses expériences sado-masochistes. Michel Foucault voit dans le SM une contribution à « l’art de vivre », à la culture de soi : « Ce que les pratiques SM nous montrent, c’est que nous pouvons produire du plaisir à partir d’objets très étranges, en utilisant certaines parties bizarres de notre corps, dans des situations très habituelles. » (Michel Foucault, « Sexe, pouvoir et la politique de l’identité », Dits et Écrits II, p. 1557) Marcel Jouhandeau raconte à l’émission « Apostrophe » (du 22 décembre 1978 sur Antenne 2) que « tout ce qui lui fait du mal lui fait du bien ». Pietro Citati souligne à propos de Marcel Proust que « son destin était celui de la douleur. C’est par la douleur qu’il établissait son rapport aux autres » (Pietro Citati, « La Douleur pour destin », dans Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 24). Dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, il est fait allusion à « la tendance à l’autodestruction de Carson McCullers » (p. 135). Selon Gérard Lefort, Yves Saint Laurent possède « cet étrange art de se détruire » (cf. la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 54). Jacques Guérin évoque également la tendance à l’autodestruction chez Genet et Leduc : « Jean Genet avait en commun avec Violette Leduc ce goût du massacre, ce besoin de démolir. Pour des gens comme eux, il fallait que tout aille mal, c’était une stimulation. » (Valérie Marin La Meslée, « Jacques Guérin : Souvenirs d’un collectionneur », dans Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 72). Pascal Sevran, dans sa biographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), parle de certains de ses amants ayant des pratiques SM : « De la fessée, ce bonheur démodé, les enfants rêvent toute leur vie, c’est la punition du bon Dieu, celle de l’amour aussi. Stéphane en raffolait, Julien la recherche. » (p. 109) Parmi les sites de rencontres homos, certains ont des noms évocateurs : SmBoy, entre autres. Le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari confine au documentaire, car avec le sadomasochisme (tout comme avec le porno d’ailleurs), la simulation devient action concrète : les scènes de SM sont filmées sur le vif, dans de vrais bars cuir new-yorkais, et ne sont plus jouées.

 

Certains n’hésitent pas à voir dans le sadomasochisme une voie transgressive de vivre ses désirs, un chemin alternatif révolutionnaire : « La révolution sexuelle est en marche à Hollywood ! » (cf. le commentaire par rapport au film sur le SM « Interior. Leather Bar » (2013) de James Franco et Travis Matthews, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en 2013, p. 29) ; « La plupart des lieux de prédilection fréquentés par les homosexuels étaient urbains, civils, sophistiqués. Le scénariste américain Ben Hecht, à l’époque correspondant à Berlin pour une multitude de journaux des États-Unis, se souviendra longtemps d’y avoir croisé un groupe d’aviateurs, élégants, parfumés, monocle à l’œil, bourrés à l’héroïne ou à la cocaïne. Les hommes s’habillaient en femmes et les femmes en homme, travestis ou non. On pouvait fouetter ou se faire fouetter, sucer, inonder de pisse ou de merde, étrangler jusqu’à un fil de la mort. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 30) ; etc. Comme l’explique très bien le psychanalyste Jean-Pierre Winter, le sadomasochisme est le signe d’un refus de ses limites humaines et un désir de toute-puissance : « L’évitement de la castration conduit au masochisme. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 132)

 

Le sadomasochisme semble être aussi, pour les personnes en panne d’identité, le moyen ultime pour exister (par personne interposée ou poing inséré !), pour « se sentir ». Par exemple, dans son essai Saint Foucault (2000), David Halperin écrit que le sadomasochisme représente « une rencontre entre le sujet moderne de la sexualité et l’altérité de son corps » (p. 101). On rejoint ici les paradoxes du désir de fusion (identitaire) que je décris dans le code « Fusion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « En l’observant pénétrer Fabien, la jalousie m’a envahi. Je rêvais de tuer Fabien et mon cousin Stéphane afin d’avoir le corps de Bruno pour moi seul, ses bras puissants, ses jambes aux muscles saillants. Même Bruno je le rêvais mort pour qu’il ne puisse plus m’échapper, jamais, que son corps m’appartienne pour toujours. » (Eddy Bellegueule se faisant sodomiser par son cousin Bruno, aux côtés de Fabien et de son violeur, dans la biographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 154)

 

En réalité, je vois dans le sadomasochisme une forme d’homophobie intériorisée, dans laquelle les personnes se punissent de pratiquer leur désir homosexuel en allant jusqu’aux ultimes limites de ce comportement (et du déni de ce dernier). Comme l’a souligné René Girard, se cachent derrière la pratique SM la haine de soi et la jalousie : « Le masochisme, la jalousie morbide et l’homosexualité latente se présentent perpétuellement ensemble. » (René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), p. 473)

 

 

Dans le reportage « La Fistinière : Caméra au poing », on voit bien que le sadomasochisme, bien loin de se cantonner à l’homosexualité, est un éloge du libertinage asexué. Il est une pratique qui traduit un appétit d’excitation sexuelle et génitale plus global, une boulimie incontrôlée, angoissée et débordante, plus proche de la bisexualité et de la pulsion asexuée libertine que de l’homosexualité. « Je n’étais pas spécialement attiré par les filles, ni par les garçons… Dans ma dernière année d’humanité, j’ai entendu parlé pour la première fois de la masturbation et suite à ces conversations, j’ai essayé de me masturber… cela a marché. De plus, je me masturbais en mettant une veste de cuir de mon frère et aussi des bottes de cuir : cet acte fétichiste ajoutait à ma satisfaction. Je ne sais pas pourquoi je recherchais ces vêtements liés à certains fantasmes de mon enfance… J’en ai quelques souvenirs ! […] Durant toutes ces années de formation puis après l’ordination, j’ai continué à me masturber sans jamais me confesser de ce péché bien que je pratiquais ce sacrement; j’étais comme bloqué pour avouer ce péché ! Certaines périodes étaient plus calmes et je pensais être débarrassé de cette habitude mais cela reprenait et parfois je le faisais plusieurs jours en suivant; Au niveau du fétichisme, j’avais des gants et des bottes en caoutchouc qui ajoutaient à mon excitation. » (un ami de 52 ans, dans un mail d’octobre 2013) ; « J’ai vu alors apparaître sur mon écran des scènes que je soupçonnais même pas. J’y ai pris du plaisir et je me suis masturbé. Il m’est arrivé de passer une nuit à regarder ces scènes à m’inscrire sur des sites où peut chater avec quelqu’un qui se masturbe, j’ai écrit des propos obscènes. J’étais pris dans les filets de la pornographie ! Je me suis inscrit sur des sites de rencontres pour gays, ou sur Doctissimo avec les forums de discussion sur les fantasmes : j’y ai rencontré quelqu’un et je me suis masturbé sous ses ordres : nous nous respections mais je cherchais à discuter avec lui et à nous donner du plaisir ; Tous ces sites m’ont aussi conduit à fixer une rencontre – un plan cul – chez moi. Heureusement, cela ne s’est jamais produit ! Finalement, dans toutes ces pérégrinations, j’ai découvert deux sites qui m’ont beaucoup excité : Bluf (pour les hommes qui aiment les pantalons et bottes de cuir et les uniformes) et aussi Recon Leather (pour les fétichistes du cuir). Que de beaux mecs ! Je me suis renseigné afin de rencontrer un membre de Bluf en Belgique afin qu’il me conseille pour m’équiper de cuir : bottes, veste et pantalon … Nous avons fixé un rendez-vous pour ce jeudi 24 octobre… ! » Le sadomasochisme vient aussi d’un ennui vécu dans la vie sexuelle. Ce n’est pas un hasard qu’il soit pratiqué majoritairement par des individus plus âgés, qui cherchent à tout prix à repousser leurs limites et qui n’ont trouvé que la violence pour vivre de nouvelles expériences amoureuses après leurs nombreuses années de pratiques sexuelles débridées mais encore soft (cf. le documentaire « Zucht Und Ordnung », « Law And Order » (2012) de Jan Soldat).

 

En France, en 1996, se crée l’association des filles SM, les Maudites Femelles. Je vous renvoie au documentaire sur le milieu SM lesbien avec « Bloodsisters : Leather, Dykes And Sadomasochism » (1995) de Michelle Handelman, ainsi qu’aux spectacles de Judy Minx. Il existe un lien étroit entre désir lesbien et sadomasochisme… étonnant si on s’en tient aux discours habituels sur l’amour lesbien, chantant l’exceptionnelle douceur des femmes lesbiennes (qui seraient nettement plus « sentimentales », « fidèles », et plus « fines » que leurs homologues masculins…). À la question « Existe-t-il un sadomasochisme lesbien ? », Viviane, femme lesbienne de 38 ans, répond : « Oh oui ! (rires) ne serait-ce qu’à l’Entrepôt, mais ça a fermé. Ça a quand même duré un an ou deux. J’ai vu des filles au festival de films lesbiens qui se réclamaient du S/M. » (Viviane dans Natacha Chetcuti, Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), p. 237)

 

ADEPTES Flic

Film « And Then Came Lola » de Megan Siler & Ellen Seidler


 

Le dégoût affiché de la violence ne va pas forcément vers le rejet de celle-ci. Bien au contraire. Il s’organise sous forme de mise en scène qui aveugle celui qui s’efforce de croire que le jeu atténue, éloigne, fige, voire neutralise la mort. « On rejoue la crucifixion et le sacrifice de Jésus. Mais ce n’est pas qu’un jeu. Il serait dommage de ne voir tout cela que comme une mascarade. C’est bien mieux d’en voir une version authentique et concrète. Tout ceci forme un grand jeu bien réglé. Un jeu sacré. Et le sacré accentue encore le caractère orgiaque de cette mise en scène. » (David Berger, homosexuel attiré par le sadomasochisme et ancien clerc, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) C’est la raison pour laquelle chez Barthes par exemple, « la violence s’organisait toujours en scène », et qu’il a rejoint la souffrance tant détestée et crainte par la théâtralité du SM : « Il tolérait mal la violence. » (Roland Barthes, parlant de lui-même à la troisième personne, dans Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 140) Fuir la douleur par le fantasme, et elle revient au galop, d’abord sous forme de désir, puis parfois concrètement. Certains auteurs homos tels que Copi, à travers une frontière volontairement mal définie entre autobiographie et auto-fiction, illustrent parfaitement ce flou artistique entretenu entre le jeu et la douleur sur lequel repose le SM. « Voici ce que je vous propose : dans ce roman, je serai masochiste. J’aurai découvert ça en 1965, quand j’ai commencé à mener une vie publique homosexuelle après l’avoir longtemps pas mal cachée. Le masochisme se révéla pour moi comme une homosexualité de plus, ou de rechange. Jusque-là j’avais vécu l’homosexualité comme un vice, rendue publique elle devenait presque une vertu, je me réfugiai dans le masochisme. […] Quand j’ai rencontré Pierre à Rome j’avais des cicatrices infectées dans les mamelles, des brûlures dans les fesses, j’arrivais tout droit de Paris d’une séance trop poussée. D’autres vont chez le psychanalyste. Dans ce sens, ça me guérit, je me sens jeune et gai. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, pp. 21-22)

 

Le sadomasochisme, contrairement à ce que voudraient faire croire ceux qui le pratiquent, n’est pas une pratique réservée aux lieux officiellement réservés pour ça (saunas, backrooms et autres manoirs champêtres). Le phénomène de la violence dans les « couples » homosexuels est très répandu, et pourtant peu reconnu comme du sadomasochisme, car il n’en porte pas le nom. Pourtant, il bien est là. Et parmi mes connaissances, contre toute attente, ce ne sont pas les mecs homos les plus dépravés, ni les barbus musclés ni ceux qui fréquentaient assidument les établissements homosexuels, qui pratiquent le SM. Ce sont plutôt des garçons au look de « premiers de la classe », des profs de lettres, parfois des garçons tout doux et efféminés (et qui cherchent à dompter leur efféminement par le jeu de rôles qu’est le sadomasochisme).

 
 

 

b) Certaines personnes homosexuelles se prennent pour des saints Sébastien martyrisés :

Yukio Mishima, pour exhiber son corps musclé, pose pour les photographes sous les traits d’un saint Sébastien percé de flèches. Je vous renvoie par ailleurs à la thèse Homoerotismo En La Iconografía De San Sebastián Mártir (1996) de Manuel Buxán, ainsi qu’à l’essai Sébastien Le Renaissant (1999) de Jacques Sarriulat.

 

Yukio Mishima

Yukio Mishima

 
 

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Code n°167 – Talons aiguilles (sous-code : Talons aiguilles rouges)

Actrice-traîtresseTalons Aiguilles

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

La « quenelle » dieudonnéenne, mais version homosexuelle

 

Film "Talons Aiguilles" de Pedro Almodovar

Film « Talons Aiguilles » de Pedro Almodóvar


 

Les talons aiguilles, en ce moment, c’est un peu le révolver queer des idéologues du Gender refusant les castrations symboliques pourtant salutaires.

 

Toutes les femmes réelles ne chaussent pas des talons hauts. En général, quand les talons aiguilles deviennent une habitude, c’est mauvais signe pour celle (ou celui) qui les porte. Cela veut dire qu’elle s’élève pour s’exposer en vitrine (comme un objet), qu’elle force sa féminité pour la rendre agressive et conquérante, qu’elle désire changer de sexes (c’est une féminité d’accessoire), qu’elle se prend pour un dieu surélevé, qu’elle va agresser d’une manière ou d’une autre (les talons aiguilles font partie de l’attirail sadomasochiste, du déguisement de la femme phallique – l’icône du danger sexuel machiste dont les prostitué(e)s sont les dignes représentant(e)s), qu’elle désire violer (le talon aiguille est un pénis artificiel) et être violé (le talon aiguille artificiel appelle à son remplacement par le pénis réel). Les talons aiguilles ne respectent pas la femme, ne sont pas connectés au Réel (les randonnées sur pavés ou en montagnes, je déconseille). Je veux bien croire qu’ils excitent érotiquement certains esprits souffrants en mal de domination/soumission/identité… mais très vite, ils font vivre trop haut et trop penché (ou en diagonale), font mal au dos, font perdre l’équilibre, donnent une identité de pacotille qui appelle à la violence.

 

Pièce "Les Amazones 3 ans après..." de Jean-Marie Chevret

Pièce Les Amazones 3 ans après… de Jean-Marie Chevret


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme fellinienne géante et Pantin », « Carmen », « Reine », « Bergère », « Destruction des femmes », « Putain béatifiée », « Prostitution », « Bourgeoise », « Actrice-Traîtresse », « Amant diabolique », « Tante-objet ou Maman-objet », « Symboles phalliques », « Un Petit Poisson Un Petit Oiseau », « Icare », « Femme allongée », « Se prendre pour le diable », « Adeptes des pratiques SM », « S’homosexualiser par le matriarcat », à la partie « Travestissement » du code « Substitut d’identité », à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée », et à la partie « Pied cassé » du code « Se prendre pour Dieu », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

 

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FICTION

 

a) La fascination fétichiste homosexuelle pour les talons aiguilles :

Dans les fictions homo-érotiques, les talons aiguilles de la femme-objet surélevée fascinent le personnage homosexuel : cf. le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon (avec les talons aiguilles noirs posés sur le piano), la pièce « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec la chaussure de Cendrillon, fétiche du désir), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec le téléphone en forme de talons aiguilles), la pièce L’Émule du Pape (2014) de Michel Heim, le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems (avec la femme et ses « hautes bottes »), etc.

 
talons aiguilles love
 

Les talons aiguilles, c’est l’accessoire par excellence de la femme-objet cinématographique déifiée, qui descend sur scène du haut de son grand escalier en forme de chaussure : cf. l’album « Music » de Madonna, la pochette de l’album « Mes courants électriques » d’Alizée (ainsi que la chanson « J’ai pas 20 ans »), le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliott (avec le toboggan en forme de talons aiguilles), etc. Par exemple, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, fait sembler de rouler les mécaniques pour marcher comme un hétéro, puis trahit son identité d’homosexuel en se foulant le « talon ».

 

TALONS Alizée
 

Les talons aiguilles aident le héros homosexuel à se sentir plus en confiance avec lui-même, à se vieillir, à décupler son pouvoir narcissique et phallique, à se consoler d’avoir (ou de manquer d’)un pénis puisqu’ils servent de pénis artificiels : cf. le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, etc. « Et puis au début il était juste fétichiste des talons aiguilles, soit, mais il a commencé à les porter. » (la femme parlant de son ex-compagnon Jean-Luc, converti à l’homosexualité, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Ma marraine Janine, c’est ce que j’appelle ‘mes chaussures du pouvoir’. » (Vincent Nadal dans sa pièce Des Lear, 2009) ; « Mes talons hauts me donnent confiance. » (cf. la chanson « Sur un fil » de Jenifer) ; « Et mes talons aiguilles, un talent de fille, mélodie du vent. » (cf. la chanson « J’ai pas 20 ans » d’Alizée) ; « J’ai toujours été folle des chaussures. Avec des paillettes. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Ce ne sont pas des chaussures pour un garçon de ton âge. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère lui parlant, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Je les aime bien ces chères chaussures… » (Laurent Spielvogel se retirant les talons aiguilles, idem) ; « J’aime surtout les talons hauts. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère, idem) ; « Excuse-moi mais je suis une vilaine fille à talons. Une vilaine fille ! Il faut que le monde entier soit au courant ! » (Éric le héros homo, dans l’épisode 5 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Niña De Tus Ojos » (« La Fille de tes rêves », 1998) de Fernando Trueba, Castillo, le personnage homosexuel, se propose de retirer à Blas ses bottes ; celui-ci ne le supporte pas et l’éjecte, comme si le fait de se faire déchausser revenait à faire un coming out.

 

 

b) L’ange déchu qui tombe de ses chaussures :

En règle générale, les talons aiguilles sont l’attribut de la femme fatale, de la tigresse phallique qui viole les hommes avec son faux pénis (= le talon) pour ne pas être violée en retour, de la mère incestueuse qui homosexualise son fils et le pousse à la prostitution, de l’amant homosexuel qui sodomise sauvagement : cf. la pièce Les Amazones 3 ans après… (2007) de Jean-Marie Chevret, le film « Tacones Lejanos » (« Talons aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar (avec le talon-flingue), la nouvelle « L’Encre » (2003) d’un ami homosexuel angevin, le film « Blue Velvet » (1986) de David Lynch, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Garance, la lesbienne prostituée aux talons aiguilles), le vidéo-clip de la chanson « Je suis gay » de Samy Messaoud, la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi (avec les deux paires de bottes à talons aiguilles), etc.

 

Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, les talons aiguilles symbolise le fantasme d’être une prostituée, d’être violé : « Anna s’habille comme une pute. […] Je crois qu’elle aimerait bien. Son maquillage, ses talons hauts qu’elle adore ; ce sont des choses que porterait une prostituée. » (Maria, la prostituée, décrivant la jeune Anna, p. 165) ; « Ils arrivaient dans leur propre rue. Jane [l’héroïne lesbienne] remarqua deux prostituées à l’angle, portant des bottes à talons hauts, des shorts moulants et des corsages encore plus ajustés. » (p. 37) Anna, l’adolescente de 13 ans, essaie de suivre le chemin de sa mère prostituée professionnelle en portant des talons aiguilles, en se déguisant en l’adulte pour couvrir les abus sexuels de son père sur elle. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Solange, la machiavélique belle-mère en pantalon panthère, porte des talons aiguilles rouges.
 
 

L. – « Si papa savait ce que tu es devenue, il en mourrait une deuxième fois !

Mère – Et s’il savait que c’est toi qui l’a tué, il en mourrait une troisième fois !

L. – Tu sais très bien que je n’ai pas tué papa ! Pourquoi est-ce que j’aurais tué papa ?

Mère – Parce qu’il te sodomisait ! Je t’ai vu l’assommer à coups de talon aiguille avant de l’étrangler avec des bas de soie ! »

(Copi, Le Frigo, 1983)

 

 

« La semaine suivante, Varia est arrivée en cours avant le professeur Gritchov, et accompagnée d’une camarade que je n’avais jamais vue. C’était une brune très maquillée, habillée tout en similicuir. Elle avait l’air encore plus diabolique que Varia. […] [Elle et sa copine] Je les aurais tuées. […] La nuit, Varia revenait me hanter. Je la voyais marcher vers moi, depuis l’extrémité d’un couloir interminable, percé de portes plus noires que des trappes, perchée sur ses talons qui perforaient le carrelage. Elle avançait, un fouet à la main, toute de blanc vêtue, la chevelure souple et ondoyante, les lèvres rouges et serrées. À quelques pas de moi, elle ouvrait sa bouche pour me sourire. Je découvrais alors des canines de vampire, maculées de sang. » (Jason, le héros homosexuel parlant de la vénéneuse Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 58-59) ; « Je me suis mis à chercher Groucha dans tous les bâtiments. J’ai fini par la trouver assise dans un couloir, avec sa minijupe blanche remontée jusqu’en haut des cuisses, et ses talons aiguilles plantés dans le carrelage. » (Yvon en parlant de Groucha, idem, pp. 261-262) ; « Votre pied a-t-il résisté à mon talon ? » (Mathilde, l’amante lesbienne ayant marché sur le pied de la narratrice, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 13) ; « Ma mère a essayé de me finir à coups de talons aiguilles dans la face. » (David Forgit, le travesti M to F, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show, 2013) ; etc.

 

"Le Livre blanc" de Copi

Le Livre blanc de Copi


 

Par exemple, dans le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, Leonora (Liz Taylor), la femme machiste, pénètre symboliquement sa bonne car cette dernière n’arrive pas à lui retirer ses bottes. Dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, la chaussure, et spécialement la botte, est souvent utilisée comme un instrument de torture : « Tu préfères recevoir un de ces fatals coups de bottes ? […] Sinon, je sors ma botte. » (Fred menaçant son amant Max) Dans la comédie musical Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphane Druet, le père de Yolanda la prostituée transgenre M to F a été « assassiné à coups de talons aiguilles ». Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, la psychanalyste est parodiée en femme SM, avec talons aiguilles rouges, perruque verte et fouet. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne machiavélique, descend un escalier en forme de talons aiguilles rouges, et décide de nuire à tout son entourage, par sadisme et mégalomanie : « J’ai planté bien profond mes talons aiguilles ! » Dans la pièce Les Paravents (1961) de Jean Genet, Saïd force sa mère à porter des talons aiguilles (« Vous ne voulez pas mettre vos souliers ? Je ne vous ai jamais vue avec des souliers à talons hauts. […] Mettez vos souliers à talons hauts. […] EN-FI-LEZ vos souliers ! […] Vous êtes belle, là-dessus. Gardez-les. Et dansez ! Dansez ! ») ; elle riposte faiblement puis exécute l’ordre filial (« Mais, mon petit, j’ai encore trois kilomètres. J’aurai mal et je risque de casser les talons. »). Le spectateur découvre que c’est finalement elle qui prend le dessus et qui achève son fils : « Ma Mère qui danse, ma Mère qui vous piétine sue à grosses rigoles… Les rigoles de sueur qui dégoulinent de vos temps sur vos joues, de vos joues à vos nichons, nichons à votre ventre… Et toi, poussière, regarde donc ma Mère, comme elle est belle et fière sous la sueur et sur ses hauts talons !… […] Dans ma vie, je les ai mis deux fois. La première, c’est le jour de l’enterrement de ton père. […] La deuxième fois que je les ai mis, c’est quand j’ai dû recevoir l’huissier qui voulait saisir la cabane. » (Saïd) Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Alba chausse ses talons aiguilles rouges et raye avec une clé une belle jaguar noire. Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Rambo, l’un des personnages gays, cherche à déguiser son pote Adrien en vraie traînée, et lui tend une paire de talons aiguilles rouges.

 

Les talons aiguilles sont le symbole de la prétention diabolique du héros homosexuel à vouloir être quelqu’un d’autre, à être hautain. C’est la raison pour laquelle ils sont souvent rouges : cf. le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat (avec Amira Casar), la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec les escarpins rouges de Joséphine), le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan (avec Diane, la mère-traîtresse aux chaussures compensées rouges), la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez (avec Kanojo, une des héroïnes lesbiennes), la pièce L’Amant (2007) de Boris Van Overtveldt (avec Sarah), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec Vera), la chanson « Les Démons de minuit » du groupe Image, le téléfilm « Sa Raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec les talons aiguilles rouges de Sharon la lesbienne), la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, le conte Les Chaussons rouges d’Hans Christian Andersen, le film « Les Chaussons rouges » (1948) de Powell et Pressburger, le film « Devil Wears Prada » (« Le Diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy (avec Stéphanie), le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan (avec Marie), le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes, le film « Birth 3 » (2010) d’Antony Hickling, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec Scarlett, la danseuse du cabaret Au Cochon stupéfiant), la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat (avec Joséphine), la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial di Fonzo Bo et Claire Diterzi, le roman La Vie est un tango (1979) de Copi (avec Arlette en sur scène), la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali (avec Heïdi, une des héroïnes lesbiennes), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec Otho, le héros homo), la pièce Nationale 666 (2009) de Lilian Lloyd, le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, le spectacle musical Une Étoile et moi (2009) d’Isabelle Georges et Frédéric Steenbrink, le one-woman-show lesbien Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, la pièce Golgota Picnic (2012) de Rodrigo Garcia, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza (avec Abbey, la « fille à pédés »), la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine (avec Damien, l’homme travesti M to F), la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen (avec les talons aiguilles rouges de Graziella, la présentatrice-télé psychopathe), etc. « J’ai peint en rouge un de mes souliers. » (le narrateur homosexuel du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 40)

 

Le motif de la botte revient relativement fréquemment dans la fantasmagorie homosexuelle. Il renvoie au satanisme et à la monstruosité. « Le chauffeur maquisard a un visage terrible, d’assassin. […] C’est un boiteux ; un de ses souliers a une semelle très haute, avec un talon bizarre, en argent. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 52)

 

"The butch Manual" de Clark Henley

The Butch Manual de Clark Henley


 

Le pire, c’est que les talons aiguilles, qui constituent l’arme du crime (symbolique) de la femme-objet (ultra-féminisée et virilisée dans le même mouvement) vont être reniés et même détruits quand celle-ci finit par se rendre compte de leur caricature, de leur faux pouvoir, de sa propre prétention. « Ne jamais porter de talons ! » (Emory, le héros homosexuel très efféminé, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Laisse mes talons aiguilles faire de moi une fille sans me regarder comme un objet. » (cf. la chanson « Être une femme » d’Anggun) ; « Je pourchasse impitoyablement le maquillage, les talons hauts, les fioritures en tout genre, et cela avec de moins en moins de tolérance. » (Suzanne, l’héroïne lesbienne du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 223) ; etc. Il n’est pas rare de voir (surtout chez les héroïnes lesbiennes) la scène de destruction des bottes ou des talons aiguilles par le héros homosexuel : cf. le film « Benzina » (« Gazoline », 2001) de Monica Stambrini (les bottes cramées au briquet), le film « Shortbus » (2005) de James Cameron Mitchell, le film « Lesby Nenosi Vysoké Podpatky » (« Les Lesbiennes ne portent pas de talons hauts », 2009) de Viktoria Dzurenkova, le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues (avec les talons aiguilles plongés dans l’aquarium), etc. Les talons aiguilles sont les masques et au fond les révélateurs du viol. Par exemple, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet, Octavia la Blanca, le transsexuel M to F, pour cacher qu’il vient de se faire violer, simule un problème de chaussures : « Non non, rien… Je me suis cassée un talon. »

 

 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La fascination fétichiste homosexuelle pour les talons aiguilles :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il y a un lien entre pied et désir. Pas seulement parce qu’il serait une zone érogène. Mais parce que le pied nous connecte avec la Terre, avec le Réel, avec la plupart de nos actions. Par exemple, bien des théologiens nous expliquent que la foi vient d’abord par les pieds ; et je suis une des personnes convaincues que beaucoup de nos bonnes idées viennent en marchant. L’arrivée des talons aiguilles dans la vie des filles, puis dans la vie de certains hommes, symboliquement, nous indique une baisse du désir, de l’action, de la marche (ils ne sont pas faits pour la marche, d’ailleurs). Mais dans un premier temps, ce catapultage dans l’irréalité de l’artifice fascine, envoûte, ravit, fait paillettes et Jet Set.

 

« En 1913, Havelok Ellis, dans son étude Inversion sexo-esthétique : Ellis pense qu’il s’agit là d’une forme de symbolisme érotique, d’ailleurs souvent accompagnée de fétichisme du soulier, du corset, etc. et ayant des rapports de similitude avec le fétichisme érotique et avec le narcissisme. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 302) ; « Je portais une longue robe mauve […], des bottes noires qui me rendaient fortes. » (Joan Nestle, citée dans l’essai Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 25) ; « Depuis longtemps, Lita avait délaissé les chaussons de danse pour les talons aiguilles. Elle avait toujours détesté les chaussons qui la tassaient, qui la rendaient un peu naine. C’est la raison pour laquelle tous les rôles de son répertoire post-professionnel furent dansés sur les talons aiguilles et non les pointes. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 295-296) ; « Il portait des chaussures différentes, des espadrilles vertes simples et très jolies. Je les ai tout de suite adorées. Je voulais les mêmes. […] Je voulais de toute façon avoir exactement les mêmes espadrilles que lui. » (Abdellah Taïa parlant de son domestique Karabiino, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 76) ; « La Chola [homme travesti M to F] avait caché ses courbes dans une serviette et avait formé avec une autre un énorme turban. Celle qui enveloppait son corps était trop petite et l’autre, immense, lui donnait une apparence de géante. Elle portait, matin et soir, des talons aiguilles, toujours pailletés. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 187-188) ; « Son casse-tête, ce sont les chaussures. » (la voix-off par rapport à Laura, homme M to F, dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6) ; etc.

 

Dessin "Shoes" d'Andy Warhol

Dessin Shoes d’Andy Warhol


 

Les chaussures à semelle compensée ou les talons hauts de la femme-objet surélevée fascinent bien des personnes homosexuelles : je pense à Pedro Almodóvar, Yves Saint-Laurent, Andy Warhol (il a d’ailleurs fait des publicités pour les chaussures : Shoes en 1955), Néstor Perlongher (qui a écrit un texte sur « el deseo de pie »), Claude Cahun (cf. son dessin Elles s’aiment en 1929), Mika (lors de son concert à Paris-Bercy en avril 2010, sur la chanson « Big Girl »), Steven Cohen (toujours perché sur ses échasses, avec des talons aiguilles en crânes), etc. Je vous renvoie au logo de l’association MiddleGender. Moi-même, très tôt dans mon enfance, j’avoue avoir été attiré par ce drôle de fétichisme des pieds (même si je n’ai jamais tenté l’expérience de chausser des talons aiguilles) : quand j’étais en grande section de maternelle, je dessinais déjà des femmes avec des talons aiguilles ; et quand j’ai, à l’adolescence, vue les chaussures écrase-merde improbables des chanteuses comme les Spice Girls, je reconnais les avoir enviées.

 

Spice Girls

Spice Girls

 
 

b) Les talons anguilles

Quand on se surélève, gare à la chute et à l’atterrissage ! Bien des artistes transgenres ou homosexuels, dans leur mise en scène, parodient la Miss France qui tombe de ses talons hauts parce qu’elle est enserrée par les carcans de sa féminité d’accessoire : Thierry Le Luron, Bruno Bisaro, David Forgit, Zize, etc. « Est-ce moi qui tangue comme une ombre sur les talons d’une reine en cavale ? » (cf. la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro)

 

Concert d'Alizée

Concert d’Alizée en 2004


 

« La Chola [homme travesti M to F] avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. Sur son passage, flottait un délicieux parfum douceâtre. Ses formes étaient exaltées par un tailleur blanc moulant et une petite ceinture rouge. La Chola s’arrêta devant une maison basse, peinte à la chaux et surmontée d’un énorme écriteau où l’on pouvait lire ‘Église scientifique’. De part et d’autre de la porte étaient peints deux angelots assis chacun sur son nuage. Elle frappa. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 233)

 

TALONS SM
 

Les talons aiguilles sont le symbole de la prétention diabolique de l’individu homosexuel à vouloir être quelqu’un d’autre, à être hautain, à ne pas reconnaître ses limites, à vouloir se transformer en objet ou en prostitué : cf. les clichés du « Christ homosexuel » en talons aiguilles (1999) de la photographe lesbienne Élisabeth Olsson. « Entre la fin de l’été et l’âge du grand pas (16 ans), je suis obsédé par une seule chose. Les talons aiguilles. Dès que je croise une femme dans la rue qui en porte, je la poursuis dans l’espoir qu’elle me remarque, et que nous fassions l’amour. […] J’enfilais les talons aiguilles de ma mère, nous avions la même taille, et je m’observais dans la grande glace de la chambre à coucher de mes parents. Je fus émerveillée de voir mes jambes mises en valeur. Le plaisir des bas sur la peau donnait le frisson, et la hauteur des talons, me rendait narcissique en regardant mes jambes. Ce n’était plus moi, garçon dans la glace, mais les jambes d’une superbe garce. » (Cf. un texte d’un homme travesti du Québec, Vanessa, consulté en juin 2005) C’est la raison pour laquelle ils sont souvent rouges : cf. le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger (avec les talons aiguilles rouges dans le magasin de sextoys). Par exemple, dans le documentaire « Et ta sœur » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, les talons aiguilles rouges sont filmés par terre, renversés sur un plancher.

 

Le port du talon-aiguille est un clin d’œil voilé à la sodomie.

 

Chorégraphie de Yanis Marshall

Chorégraphie de Yanis Marshall


 
 

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Les alliances lesbiennes seraient moins violentes que celles entre hommes ?

Les alliances lesbiennes seraient moins violentes que celles entre hommes ? Non. Ce n’est pas parce que la violence de l’expulsion de la différence des sexes s’exprime différemment selon les sexes qu’elle cesse d’exister entre femmes. Au contraire. Si, avec deux « mecs » ensemble il y a inflation des pulsions, dans le cas des femmes, la possession brutale de l’autre passera par une exacerbation des émotions. Je ne sais pas ce qui est mieux et moins enfermant !