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Mon regard sur le concert Free, The One Woman Funky Show de Shirley Souagnon

Shirley
 

En me rendant hier soir au Sentier des Halles au concert Free, The One Woman Funky Show de Shirley Souagnon, je savais que j’allais y retrouver un certain nombre des codes de mon Dictionnaire (la comédienne a fait son coming out public)… mais pas à ce point-là ! Fascinant :
 
 
Femme et homme en statues de cire

Entre-deux-guerres

Noir

Amour ambigu pour le pauvre

Folie

Attraction pour la foi

Voyage

Drogues

Homme invisible

Vent

Obèses anorexiques

Parricide la bonne soupe

Matricide

Inceste (père et fils gays)

Tante-objet ou Mère-objet

« FAP la fille à pédé(s) »

Orphelins

Pygmalion

Musique comme instrument de torture

Blasphème

Don Juan

Artiste raté

Voleurs

Petits Morveux

Substitut d’identité

Se prendre pour le diable

Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme

Symboles phalliques

Liaisons dangereuses

Je suis un Blanc-Noir

Ennemi de la Nature

Différences physiques

Viol (peur d’être objet)

Scatologie

Mère Teresa

Fan de feuilletons

Hitler gay

Homosexualité noire et glorieuse

Fresques historiques

Trio

Homosexualité, Vérité télévisuelle ?

Doubles schizophréniques

Voyeur vu

Amant diabolique

Éternelle jeunesse

Conteur homo

Chat

Solitude

Eau

Humour-poignard

Bergère

Regard féminin

 
 

Mon avis sur le concert : Sur le moment, il fascine la majorité du public parce qu’il est dynamique, sympathique, techniquement réussi. Mais pendant et après, on est frappé de voir qu’il est, comme beaucoup de spectacles de notre époque libertaire et déprimée, imprégné de l’idéologie transhumaniste LGBT.

 

Ce spectacle est malsain pour plusieurs raisons : par son absence de sens (un message presqu’uniquement libertaire – « C’est bon d’être libre » -, qui ne va donc pas chercher bien loin) ; par sa tonalité (le public est constamment rabaissé, fliqué et méprisé par la chanteuse) ; par les idées qui y sont développées (l’homosexualité est promue alors que la mention des drames et des violences qu’elle génère/illustre ponctuent le discours de la comédienne ; d’ailleurs, l’opposition au « mariage gay » est tournée en dérision, et visiblement, Shirley Souagnon n’a toujours pas compris la gravité de cette loi) ; par la faiblesse du public (des gens issus de l’immigration, des jeunes adultes influençables et tentés de signer à l’homosexualité parce que celle-ci recouvre, pendant une heure, un visage sympathique, décomplexé, cool, funky) ; par son (il faut le reconnaître) efficacité du moment (en tant que spectateur, on est forcément touché par le talent vocal de la chanteuse, son auto-dérision, son bagout, son franc-parler, ses provocations, son identité de femme marginale). Mais c’est un feu de paille : falsification historique + Immoralité de l’ensemble + violence des propos et des vannes + absence de sens et de douceur. Voilà mon bilan. Peut-être que je serais le seul à avoir interprété ce concert ainsi. Mais j’assume.
 

Et j’ai envie de demander à Shirley Souagnon quand est-ce qu’elle compte s’aimer un peu plus elle-même, aimer un peu plus les autres, quand est-ce qu’elle compte arrêter de raconter des futilités (même si cette futilité a sa drôlerie, sa signifiante, sa convivialité), se prendre un peu plus au sérieux mais aussi en douceur et en profondeur ?

Décryptage symbolique du film « La Vie (narcissique) d’Adèle »

Décryptage symbolique du film « La Vie (narcissique) d’Adèle »

 

LE FILM « LA VIE D’ADÈLE », PASSÉ AU CRIBLE DU « DICTIONNAIRE DES CODES HOMOS »

 

La vie d'Adèle eau

 

Plutôt que de blablater sans fin sur la valeur de « La Vie d’Adèle », le 5ème film d’Abdelatif Kechiche qui a reçu en mai dernier la Palme d’or au Festival de Cannes et qui est sorti hier au cinéma en France, plutôt que de jouer les offusqués d’un tel scandale (car OUI c’est une honte qu’une « palmette » bobo d’aussi mauvaise qualité et avec un message aussi pauvre soit applaudie, OUI c’est très inquiétant qu’une « œuvre de crise » comme celle-là, où le viol et la maltraitance sont à tous les étages – y compris lors du tournage et pour les actrices qui avouent « s’être senties filmées comme des prostituées » – soit encouragée), plutôt que de rentrer dans le concert stérile des opinions de goûts « Méritée/Pas méritée/J’ai aimé/J’ai pas aimé/Ça m’a choqué/Ça ne m’a pas choqué » qui fait écran à l’analyse et qui finalement donne raison à la démarche narcissique et puérile de beaucoup de nos cinéastes pseudo « sulfureux et avant-gardistes » actuels (pour eux, en effet, ce qui compte n’est pas la qualité d’un film mais juste qu’on « en parle » ; ce n’est pas l’œuvre en elle-même mais ce qu’elle symbolise et comment elle est reçue ; ce n’est pas l’action mais ses « bonnes » et ses « mauvaises » intentions), je me suis dit qu’il serait plus constructif de passer directement à la phase de la description. Ben voui. Avant de dire « J’ai détesté » ou « J’ai adoré » ou « J’ai ressenti », c’est vraiment tellement plus intéressant de se demander « Qu’est-ce que j’ai vu et qu’est-ce que ça signifie ? ». Et même avec une daube comme « La Vie d’Adèle », il y a énormément de choses à voir, à analyser, au-delà de la qualité et des intentions de l’auteur et des comédiens (il suffit de les écouter pour comprendre qu’ils n’ont rien à dire et qu’ils n’ont pas compris ce qu’ils ont fait). On va maintenant les aider, non pas à dire que leur création est géniale parce qu’elle est truffée de symboles, mais juste qu’elle est signifiante et non-libre/non-libérante de regorger précisément d’autant d’inconscient !

 

La vie d'Adèle affiche bleue

 
 

Je vais dresser froidement la liste de ce que j’ai vu hier lors de la projection de « La Vie (narcissique) d’Adèle » (comme je l’appelle ironiquement), en passant le film au tamis de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, pour vous montrer combien même la merde a sa logique, combien le retour du refoulé humain a sa lisibilité et sa part de génie, combien ma grille d’analyse est géniale (car je doute que l’égocentrique et imbuvable Abdelatif Kechiche ait pris connaissance de mes écrits et ait décidé de plein gré de coller aussi précisément aux codes symboliques de mon Dictionnaire).

 

Code « Eau » ou « Amant narcissique » ou « Miroir » ou « Fusion » :

– Tout le film est mis sous le signe de la couleur bleue et de l’eau (Adèle à la mer et qui fait la planche, Adèle sous la douche, les cheveux bleus d’Emma, les vêtements bleus, etc.).

– Pendant 3 heures de film, on n’a quasiment que des gros plans très resserrés sur les visages… quand ce ne sont pas des plans carrément flous d’être trop proches, ni des scènes filmées en caméra subjective (avec les tremblements qui vont avec, et qui font « trop naturalistes »). Il n’y a pas d’espace : ni entre les personnages (qui passent leur temps à s’embrasser), ni entre le réalisateur et ce/ceux qu’il filme. Cela montre bien que « La Vie d’Adèle », même dans sa forme, est un film égocentrique, narcissique, fusionnel et oppressant.

– Adèle se masturbe.

– L’importance des miroirs dans le film.

– « J’adore la couleur bleue ! » (une amie bobo beaux-ardeuse d’Emma)

– Lors d’un cours de français sur la pesanteur, il est question d’« un vice intrinsèque à l’eau ».

– Dans un musée, Emma et Adèle s’extasient devant des toiles représentant des baigneuses nues dans des bains, ou bien sur des Ophélie aquatiques et inanimées dans l’eau.

– « Tout ce qui vient de la mer, c’est vrai que j’ai un peu de mal. » (Adèle)

– À la fin du film, Adèle est le Narcisse qui s’est noyé : elle pleure dans le resto au décor bleu.

 

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la vie d'adèle double miroir

la vie d'adèle fusion

La vie d'adèle herbes

Blue Is the Warmest Colour (La Vie d'Adele) film still

la-vie-d-adele-moquette

 

Code « Éternelle jeunesse » :

– Les deux amantes vivent une idylle d’adolescence. L’une d’elle, Adèle, est en classe de première au lycée.

 

Code « Liaisons dangereuses » ou « Violeur homosexuel » ou le sous-code « Mélodrame » du code « Emma Bovary « J’ai un amant ! » » :

– Dans le discours des personnages, il est très souvent question de la défense de la « prédestination » dans les rencontres amoureuses. Celles-ci seraient déjà écrites d’avance, ne se choisiraient pas, et devraient obligatoirement se vivre. Ce film offre une vision de l’amour comme un destin tragique.

– Le premier regard lesbien que Adèle porte à Emma (quand elle se croise dans la rue) est teinté de peur, pire encore, de terreur.

– Thomas, le copain furtif de Adèle, dit que le seul roman qu’il a lu et aimé de sa vie, ce sont Les Liaisons dangereuses de Laclos.

– « La tragédie, ça touche à l’essence même de l’être humain. On ne peut y échapper. » (un des profs de littérature d’Adèle)

– « Il n’y a pas de hasards. » (Emma à Adèle)

 

Sous-code « Regards » dans le code « Amant diabolique » :

– Le regard désirant est désigné comme déterminant et est impérieux.

 

Code « Viol » ou « Poids des mots et des regards » :

– Le lesbianisme d’Adèle naît de la pression sociale à « niquer », à « faire couple » obligatoirement (les amies d’Adèle la poussent dans les bras de Thomas).

 

Sous-code « Descentes aux enfers » du code « Milieu homosexuel infernal » :

– Pendant le jeu télévisé Questions pour un champion, Julien Lepers pose la question suivante : « Quel est le nom de la femme d’Orphée qui descend aux enfers ? » (réponse : Eurydice)

 

Code « Milieu homosexuel infernal » :

– Le milieu lesbien est montré comme un milieu hostile, moqueur, narquois, grippe-fesses, puéril.

 

Code « Déni » :

– Pendant le jeu télévisé Questions pour un champion, Julien Lepers pose la question de la définition de l’« omerta », la fameuse « Loi du silence ».

– « De toutes façons, tu le sais. » (une amie lycéenne, parlant à Adèle de l’amour alors que cette dernière croit qu’il s’agit de son homosexualité : vieux quiproquo)

 

Code « Sommeil » ou « Femme allongée » :

– Les personnages du film sont souvent filmés endormis ou ensommeillés.

– L’un des tableaux que fait Emma de son amante Adèle est justement une femme allongée.

 

Code « Voyage » :

– On voit tout le temps Adèle dans les transports en commun, pile au moment où elle « se lesbianise ».

– « C’est bien de voyager : ça ouvre l’esprit. » (la phrase « profonde » de Samir)

 

Code « Amant triste » :

– Adèle et Emma sourient très rarement, et pendant tout le film, ce sont des pleureuses qui sont montrées, parce qu’elles se font énormément souffrir ensemble (après s’être bien consommées et après avoir esthétisée leur « idylle »).

 

Code « Bovarysme » ou « Poids des mots et des regards » ou « Élève/Prof » :

– Adèle est en classe de 1ère L (Littéraire) et vit à travers les livres. Elle dira elle-même qu’elle « les adore ». Elle croit quasiment tout ce que ses profs de lettres lui disent, et essaie de transposer ce qu’elle entend ou lit sur sa vie réelle et sentimentale.

– Adèle lit La Vie de Marianne, le roman à l’eau de rose de Marivaux.

– Depuis qu’Adèle sort avec Emma, elle aurait fait des progrès spectaculaires en classe.

– Ce n’est pas un hasard qu’Emma s’appelle Emma (comme Bovary).

 

Code « Faux révolutionnaires » :

– Adèle défile avec la CGT contre la privatisation de l’enseignement public, et chante « On lâche rien ». Puis, une fois en couple, elle s’excite à la Gay Pride parisienne.

– Dans l’histoire, Emma incarne la lesbienne assumée et qui a assurée alors qu’Adèle est celle qui a trahi par sa bisexualité (cf. le sous-code « L’homo combatif face à l’homo lâche »).

 

Code « Faux intellectuels » :

– Adèle, qui est en filière littéraire (waou !), qui écrit un peu et qui prétend adorer les grands chefs-d’œuvre de la littérature, se révèle être pourtant une lycéenne très passive et nonchalante en cours, une fille visiblement sans conversation (l’actrice Adèle Exarchopoulos ne semble pas faire mieux que son personnage…), une piètre institutrice.

– Adèle à la fenêtre, en train d’écrire (cf. le code « Femme au balcon »).

– Dialogues du film absolument nuls, uniquement centrés sur les goûts et sur le ressenti des héros. Aucune poésie ou philosophie là-dedans.

– Mention à l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, montré comme le fin du fin de la pensée contemporaine… alors qu’il est juste instrumentalisé pour justifier un discours ET relativiste ET volontariste sur l’amour (le « pro-choix » déterministe et individualiste d’une Caroline Fourest, par exemple) : « On peut décider soi-même de sa vie. » dit Emma la « peintre-philosophe ».

– Adèle considère Bob Marley et Sartre comme le summum de l’engagement existentiel, comme des « prophètes » (au moins ça, oui…).

– Soi-disant Adèle aurait fait des progrès pharamineux en cours de philo grâce à ses discussions amoureuses avec Emma : en réalité, on voit que la philo dont parlent les deux filles suit l’arithmétique du plaisir sexuel (elles se moquent d’ailleurs d’elles-mêmes, en se donnant des « notes de philo » au lit et en enchaînant les métaphores filées : « Je jouis du savoir ! » s’esclaffent-elles à poil).

– Vincent (le beau-père d’Emma) confond la culture avec le simple hédonisme épicurien, puisqu’il se définit comme un « amateur de bonne chair, de bons vins… et de culture ! ».

 

Sous-code « Amant miniature » du code « Amant comme modèle photographique » :

– L’insistance sur la place de l’adjectif « petit » dans la pièce classique Antigone.

 

Code « Fan de feuilletons » ou « Jeu » :

– Les parents d’Adèle passent leur temps devant la télé à comater devant des jeux.

 

Code « Parricide la bonne soupe » :

– L’image des hommes dans ce film est pathétique : ils sont montrés comme des bourrus qui n’ont que la réussite financière en tête (exemple avec le père d’Adèle), de gentils beaufs ignorants et incultes (Thomas), des ennuyeux ou des terre à terre, des profiteurs et des tentateurs (le collègue instit). Les seuls qui trouvent grâce aux yeux du réalisateurs sont soit homos (Valentin), soit « artistes » bisexuels (Joachim), soit rebeux et volontairement instables (Samir).

 

Code « Lune » :

– Lorsque Adèle s’homosexualise, elle perd tellement pied avec le réel que sa mère, à table, lui fait gentiment remarquer qu’elle est dans la lune : « Dans la lune, Adèle… »

 

Code « Amant narcissique » ou « Bobo » ou « Plus que naturel » :

– Tous les bruitages (l’eau des canalisations dans les toilettes, le chant des oiseaux, les effleurements de peau, la salive des baisers échangés) sont décuplés… pour emprisonner le spectateur dans la sensation ou l’émotion, et donc finalement pour prouver de manière naturaliste et « sobre » à la fois, que l’amour homo est « naturel ». Il n’y a d’ailleurs pas de musique de fond dans le film (sauf pour les moments officiels de chansons, où là le réalisateur se fait plaisir en transformant son film en grand vidéo-clip).

– On joue sur le quotidien, le côté « ressenti », « tranche de vie » prise sur le vif.

– Le couple lesbien est toujours filmé dans des cadres bucoliques (parcs, jardins, mer, etc.).

– « C’est ce qu’il y a de meilleur, la texture. » (Emma la « peintre-philosophe »)

– Ce film se veut un bal de sensations « Nature et Découverte » : Je me ressens fumer. Je me masturbe verbalement, sensiblement. Je touche les peaux. J’écoute la Nature, le vent dans les arbres. Je raconte mon bien-être, carpe diem et hédonisme de bas étage : « On est bien, là, hein ? » dit Emma étendu dans l’herbe. « Un peu trop, même… » lui répond Adèle.

– Confusion (typiquement bobo) entre les goûts et l’amour, entre la simplicité et l’amour : « Elles sont délicieuses, vos pâtes, en tous cas. C’est simple mais c’est très bon. » (Emma au père d’Adèle) (Pour moi, la plus belle réplique du film. LOL)

– « Tu veux toucher ? » (Liz, la femme lesbienne enceinte avec son ventre rond, et présentant la maternité comme une sensation)

 

Code « Bobo » :

– Adèle et son bonnet péruvien (premières images du film) ou ses cours de professeur des écoles « cools Africa » (elle fait danser ses petits de maternelle sur une chorégraphie de danse africaine pour la kermesse de l’école).

– Les effets de caméra vacillante.

– Adèle est filmée en train de cuisiner.

 

Code « Duo totalitaire lesbienne/gay » :

– Valentin, le meilleur ami d’Adèle, est homo lui aussi. Ils vont dans les bars gays ensemble, mais finissent par draguer chacun de leur côté.

– Quand, au lycée, la relation amoureuse entre Adèle et Emma est devinée, Adèle engueule Valentin d’avoir cafté qu’ils étaient allés dans des établissements LGBT, le traite de traître.

 

Sous-code « Cousin » du code « Inceste entre frères » :

– Lors de leur première rencontre, dans le bar lesbien, Emma fait passer Adèle pour sa « cousine » auprès de ses camarades lesbiennes, pour mieux lui mettre le grappin dessus et se la réserver.

 

Sous-code « Lesbienne alcoolique » du code « Drogues » :

– Emma boit beaucoup de bières, et elle dit qu’elle les « adore ».

– En boutade, Emma rebaptise la bière Gulden : « Gulden : la Bière des goudous ! »

 

Code « L’homosexuel = L’hétérosexuel » :

– Emma qualifie Adèle comme l’archétype de « l’hétéro qui serait plutôt curieuse [de l’homosexualité] », de l’extérieur.

 

Code « Icare » :

– Pour draguer poétiquement et faire semblant de « se la péter » humoristiquement, Emma veut traduire le prénom « Adèle », et le premier mot qui lui sort, c’est « Soleil ».

– L’un des baisers lesbiens entre Emma et Adèle se fait sur fond solaire.

 

Code « Peinture » :

– Emma est en 4e année de Beaux-Arts, et exerce le métier de peintre (…révoltée par le « système » capitaliste qui transforme l’art en business).

– Joachim (bisexuel) est galleriste.

– On a droit, pour la fin du film, au vernissage de l’expo d’Emma avec son cercle d’artistes bobos.

 

Sous-code « Coiffeur homo » du code « Pygmalion », ou bien le code « Maquillage » :

– Adèle, pour déconner, soupçonne Emma d’être « coiffeuse » à cause de sa teinture de cheveux de celle-ci, qui est bleue.

 

Code « Pédophilie » :

– Emma sort avec Adèle, qui est mineure (au fur et à mesure de l’intrigue, cette dernière passera le cap des 18 ans : ‘ttention, c’est une film vachement moral…).

 

Code « Tout » :

– « Avec toi, c’est tout ou rien. » (Emma parlant à Adèle)

 

Code « Cannibalisme » ou « Vampirisme » :

– Dans ce film, la conception de l’amour repose uniquement sur les goûts. Elle est gustative et sensitive.

– « Je mange toutes les peaux. » (Adèle à Emma)

– « À quel âge t’as goûté une fille ? » demande Adèle à Emma. Cette dernière la corrige pour atténuer le lapsus consumériste : « Goûter une fille’ ou ‘embrasser’ ? »)

– Au lit, Emma mord vraiment Adèle, et celle-ci se laisse faire… ce qui étonne Emma : « Tu m’as fait peur. J’ai cru que tu allais crier. » Adèle lui répond avec malice : « Heureusement que tu t’es arrêtée. »

 

Sous-code « Caméléon » du code « Homme invisible » :

– « La peau du caméléon, c’est pour se cacher des autres animaux. » (Prune, en lecture de classe à l’école primaire)

 

Code « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu » :

– « J’ai une infinie tendresse pour toi. Qui durera toute la vie. » (Emma à Adèle) La relation amoureuse sans forme…

 

Sous-code « Amant-objet » du code « Pygmalion » ou code « Amant comme modèle photographique » :

– Emma tire le portrait d’Adèle dès leur deuxième rencontre.

– « Je touche du bois ! » dit, en boutade, Emma, en claquant les fesses d’Adèle au lit.

 

Sous-code « Paradoxes du libertin » du code « Liaisons dangereuses », ou bien code « Bobo » :

– Le réalisateur du film nous fait croire qu’Emma et Adèle sont patientes, ont la sagesse de ne pas s’embrasser sur la bouche dès la deuxième rencontre, et que cette mesure prouverait la force de leur « amour ».

 

Sous-codes « Fatigue d’aimer », « Ennui » et « Infidélité » du code « Manège » :

– Tout le message du film consiste à laisser croire que « l’amour vrai ne dure pas » et que ça ce serait magnifique.

– Emma est déçue que Adèle soit une amante sans ambition, sans créativité. On voit très vite le manque de communication dans leur « couple ». D’ailleurs, elles finissent chacune par aller voir ailleurs.

 

Code « Désir désordonné » :

– Emma se qualifie « d’un peu bizarre » comme fille.

 

Code « Homosexuel homophobe » :

– La lycéenne et « pote » d’Adèle, pro-gay et indifférente à la pratique homosexuelle, insulte Adèle de « sale goudou » et l’imagine en train de se faire mater/tripoter salement par elle.

– Adèle dément qu’elle est lesbienne : « Puisque je vous dis que je ne suis pas lesbienne ! » (cf. le code « Déni »)

 

Code « Milieu homosexuel paradisiaque » ou « Mère gay friendly » ou « FAP la « fille à pédé(s) » » :

– Les amies d’Adèle la harcèlent pour qu’elle fasse son « coming out » (« Juste assume ! »), pour ensuite lui reprocher qu’elle n’obtempère pas et se retourner contre elle.

 

Code « Blasphème » :

– Pendant le cours de français, les catholiques sont associés à la bien-pensance et à une censure de la pensée. (gros LOL)

 

Code « Obèses anorexiques » ou « Drogues » :

– Tous les personnages du film sont filmés en train de manger.

– « Je mange de tout. Je pourrais manger en continu toute la journée. » (Adèle)

– Tout le monde est filmé en train de manger, en train de consommer (des pâtes et des spaghettis plusieurs fois, de la boisson alcoolisée, du tabac, du sexe, de la sensation naturelle, etc.). C’est un film sur la consommation et destiné à des consommateurs bobos.

 

Code « Humour-poignard » :

– La blague (la seule du film) potache sur les huîtres (symboles saphiques cousus de fil blanc et graveleux. Adèle, qui n’aimait pas les huîtres, finit par les aimer : ha ha ha, qu’est-ce qu’on rigole… Les bobos se payent le luxe d’être triviaux, et ça ne fait rire qu’eux.)

 

Code « Putain béatifiée » ou « Coït homo = viol » :

– Le réalisateur veut, au final, prouver l’Orgasme entre femmes, l’Orgasme sans l’homme, l’Orgasme au féminin exclusif. Il filme la jouissance, avec la crudité du porno mais sans les techniques et les cadrages caméras propres au porno (belle hypocrisie, là encore…). On voit tout. Quelle humiliation pour les actrices, qui sont à la fois obligées (et libres, pourtant) de dévoiler leur intimité profonde, sommées de jouer les putes en orgasme ou se masturbant pendant tout le film (il y a au moins 4 scènes de « pur » cul… sans compter la scène de masturbation du début, et le commencement de la scène de cul dans le restaurant). Les deux actrices soi-disant « consentantes » sont instrumentalisées comme des preuves vivantes et vibrantes que « l’orgasme est possible entre deux femmes » (au cas où le spectateur l’ignorerait ou n’aurait pas compris… C’est sûr, nous sommes d’éternels « gros prudes » judéo-chrétiens qui nous offusquons d’un rien). On a droit à assister au coït pendant près de 10 longues minutes, et malheur à celui qui trouverait ça insoutenable et avilissant. C’est de la provocation et de l’esthétisme à deux balles, d’accord, mais n’oublions pas que c’est surtout une violence faite à tout le monde.

– Emma et Adèle, pendant l’« amour », se donnent des fessées. Le spectateur a honte pour elle (ou bien rit pour masquer sa honte).

– Emma insulte Adèle de « sale pute », de « traînée », de « prostituée ».

– On voit s’instaurer entre les deux protagonistes une relation de prostitution (même si la monnaie d’échange est le sexe et les sentiments) : quand Adèle dit qu’elle veut acheter une toile à Emma, elle lui propose sérieusement de « la payer en nature ».

 

Sous-code « Princesse orientale » du code « Femme étrangère » :

– Sur un char de Gay Pride, un homme homosexuel est filmé déguisée en danseuse orientale voilée.

 

Sous-code « Parents divorcés » du code « Orphelins », ou bien code « Mère gay friendly » :

– Emma, dont les parents sont divorcés, a une mère très « open ».

 

Code « Appel déguisé » ou « Manège » :

– Lorsque Emma trinque avec sa mère, son beau-père et Adèle, « à l’Amour ! », Vincent (le beau-père) rajoute spontanément « Tout de suite les grands mots… », réaction spontanée qui fait rire jaune tout le monde.

 

Code « Haine de la famille » ou « Parodies de mômes » :

– Adèle fuit ses collègues de travail et prétexte qu’elle a des « dîners de famille » pour cacher qu’elle passe toutes ses soirées avec sa compagne.

– « Ça fait deux enfants à la maison. Ça fait beaucoup. C’est la famille. » (Emma disant qu’elle s’entend très bien avec la gamine de sa compagne Liz, et qu’elles font des conneries ensemble).

 

Code « Petits Morveux » :

– L’enfant est considéré comme un objet. « Vous jouez avec le bébé ? » (Joachim s’approchant du couple Emma/Adèle qui touche le ventre arrondi de Liz)

 

Code « Artiste raté » ou « Bobo » ou « Faux intellectuels » :

– Guirlande d’ampoules dans le jardin, et projection d’un film des années 1920 en noir et blanc (avec Louise Brooks et sa coupe au carré) en pleine nature, avec le cercle de bobos « artistes » amis d’Emma, qui s’écoutent parler de ce qu’ils ressentent et de ce qu’ils aiment esthétiquement. Une amie beaux-ardeuse d’Emma fait une thèse sur « la morbidité chez le peintre Egon Schiele ». Joachim, le galeriste bisexuel, tient un discours soi-disant érudit (il fait référence à la bisexualité « artistique » de Tirésias, le personnage mythologique grec) et prône « l’orgasme au féminin » (qui n’aurait rrrrien à voir avec la présence des mâles : « Je suis persuadé que l’orgasme féminin est mystique » ; selon lui et les autres invités bobos-bis-féministes, l’extase sexuelle serait réservé aux femmes). Emma dit qu’elle aime chez Egon Schiele la « noirceur », le côté « artiste écorché ». Discussions pseudo « intellectuelles » et pseudo « expertes » sur la différence entre Schiele et Klimt (quel haut niveau !), qui reposent sur un échange de goûts et de sensations, et qui finissent par une conclusion complètement plate et relativiste : « Des goûts et des couleurs, ça ne se discute pas : tout est une affaire de points de vue ! ». Merci. C’est hyper profond. Adèle se sent inculte devant tant d’esbroufe. Ça veut dire que même le réalisateur du film pense nous proposer de la culture de haute volée. Nan mais allô quoi ! 😉

– La scène finale : le vernissage de l’expo d’Emma (avec les interprétations psychologisantes nullissimes des Beaux-ardeux).

 

Code « Emma Bovary « Oh mon Dieu ! » » :

– L’arrêt sur image du visage expressionniste et inquiet de Louise Brooks dans le film des années 1920.

 

Sous-code « Solitude à deux » du code « Île » :

– « J’me sentais toute seule [‘avec toi’, ou ‘dans notre couple’]. » Phrase que répète plusieurs fois, éplorée, Adèle à Emma, pour se justifier de lui avoir été infidèle.

 

Code n°97 – Infirmière

infirmière

Infirmière

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

L’Ange qui fait mal

 
INFIRMIÈRE costume trans
 

L’infirmière, dans les fictions homo-érotiques, et quelquefois dans les faits, n’est pas tellement une femme réelle ni un être spécifiquement sexué féminin : elle est plutôt l’allégorie d’un désir incestueux (le besoin de se faire cajoler et manipuler par un substitut maternel, dans un moment de fragilité physique et psychologique), d’un désir de toute-puissance (l’infirmière est un ange androgynique avec lequel il serait possible de fusionner et de dépasser le mal), d’un désir homosexuel (la douceur du rapport soignant/malade peut être projetée voire corporellement effective), d’un désir de viol (c’est la domination et la soumission, avec un rapport de forces nécessairement déséquilibré, inégalitaire, à cause de la maladie, qui parfois s’instaure pendant les soins). Et ce désir peut être ressenti ou stimulé par beaucoup d’hommes. Les hospitalisations obligent à une approche intime des corps. Et en état de faiblesse, le désir homosexuel, proposant un dépassement des limites, de la souffrance, et des corps, de la différence des générations, de la différence des espaces et de la différence des sexes, a tout le loisir de s’immiscer ! L’infirmière (ou l’infirmier) n’est donc pas qu’un déguisement parodique de travelo, qu’un cliché graveleux de films pornos, ni une blague potache dans les conversations en société (Que cachent les infirmières sous la blouse ? Qui veut jouer au docteur avec ma p’tite seringue ?). Elle désigne le désir homosexuel comme un élan fantasmatique souffrant, et parfois violent quand il est pratiqué.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Médecin tué », « Adeptes des pratiques SM », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Mariée », « Femme allongée », « Milieu psychiatrique », « Mort-Épouse », « Folie », « Vierge », « Tante-objet ou Mère-objet », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Cour des miracles », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Médecines parallèles » et « Inceste », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Infirmière au chevet de l’homosexualité :

Dans beaucoup de fictions traitant d’homosexualité, on retrouve la figure de l’infirmier ou de l’infirmière : cf. le film « Herkulesfürdöi Emlek » (1976) de Pal Sandor, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « A Question Of Love » (1978) de Jerry Thorpe, la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le film « Persona » (1966) d’Ingmar Bergman, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le film « Sonate d’Automne » (1978) d’Ingmar Bergman, le film « Allez coucher ailleurs » (1949) d’Howard Hawks, le film « La Falaise mystérieuse » (1944) de Lewis Allen, le film « La Polka des marins » (1951) d’Hal Walker, le film « MASH » (1970) de Robert Altman, le film « Zurück Auf Los ! » (1999) de Pierre Sanoussi-Bliss, le film « Total Loss » (2000) de Dana Nechushtan, le film « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ! » (1982) de Coline Serreau, le film « Du côté des filles » (1999) de Françoise Decaux, le film « Kazetachi No Gogo » (1980) d’Hitoshi Yazaki, le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec Irja), l’opéra King Arthur (2009) d’Henry Purcell, le film « Taxi Zum Klo » (1981) de Frank Ripploh, la pièce Tu ris pour rire ou pour pleurer ? (2014) de Sophie Davidas, etc.

 

Comédie musicale Le Cabaret des Hommes perdus de Christian Siméon

Comédie musicale Le Cabaret des Hommes perdus de Christian Siméon


 

Parfois, c’est le héros homosexuel lui-même qui exerce le métier d’aide-soignant. « Je peux te faire un pansement. J’ai mon diplôme d’infirmière. » (Octavia, le héros transsexuel M to F, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homo, est brancardier dans les hôpitaux.

 
 

b) Elle était belle cette infirmière : je l’aime

Il arrive que le personnage homosexuel tombe amoureux de l’infirmière ou de l’infirmier qui le soigne : cf. le one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, la publicité de campagne AIDES « Sugar Baby Love », la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer, etc.

 

"Mo-Mo" de la Cruz dans la série "Nurse Jackie

« Mo-Mo » de la Cruz dans la série « Nurse Jackie

 

« Quoi que maman dise, elle était belle cette infirmière. Je l’aime. » (cf. la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer) ; « Vous m’aiderez à mourir comme une sage-femme. C’est pour ça que je vous aime. » (Evita s’adressant à l’Infirmière, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Cette nuit, ils ne font pas l’amour. Cette nuit, ils ne se défoncent pas. Plancher, sur le lit, les draps trempés. Il grelotte, il suffoque. Le thermomètre indique quarante de fièvre. Javier veille son ami. Passe la main sur son visage, le calme lorsqu’il s’agite trop, porte les verres d’eau, maintient le gant de toilette imbibé d’eau froide sur son front, caresse sa chevelure, sa nuque, lui raconte un tas d’histoires sans intérêt pour l’apaiser, le serre dans ses bras, embrasse sa joue en feu, l’aide à ingurgiter aspirine sur aspirine. Le jeune homme ne semble pas vraiment réagir. Les seules fois où il se lève, c’est pour se précipiter aux toilettes et vomir. Il refuse que le capitaine l’y accompagne, tire la chasse avant de sortir et revient se coucher illico. Javier est tenté un moment de l’emmener aux urgences, mais son amant l’en dissuade. Demain, il ira voir quelqu’un, promis. En attendant, il veut juste se reposer. S’il te plaît, mon amour. » (Antoine Chainas, Une Histoire d’amour radioactive, 2010) ; « À 10 ans, je jouais les infirmières avec Laurence. » (Nathalie Lovighi dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3ème Festigay au Théâtre Côté Cour de Paris en avril 2009) ; « J’ai entendu frapper, la porte s’est ouverte et sa silhouette s’est découpée dans la lumière du couloir comme une apparition surnaturelle. Malgré la pénombre dans laquelle était plongée la chambre en écarquillant les yeux je devinais quelques détailles de son visage. Comment exprimer ce que j’ai pensé, ressenti, éprouvé, ce qui s’est passé en moi en voyant ce garçon : celui que j’attendais depuis que j’étais entré dans cette clinique, tout en sachant que cela n’arriverait pas. ‘Bonjour monsieur, vous dormiez ?’ ‘Non, je somnolais…’ Je venais de m’endormir lorsqu’il avait frappé à la porte, mais pour rien au monde je n’aurais voulu lui faire une autre réponse. ‘J’allume.’, a-t-il ajouté. Ce n’était pas un bellâtre ni un beau gosse, simplement un charmant garçon que l’on prend plaisir à regarder. Ses joues étaient rondes, ses cheveux claires et courts tenus en l’air avec du gel, son regard profond. Il n’était pas costaud ou bodybuildé, mais son corps était solide, ses épaules carrées et sur son visage une barbe de trois jours ajoutait quelques années à ses vingt ans. Il m’a posé les questions usuelles : comment je me sentais, si je n’avais pas trop mal ; celles que tous les infirmiers posent à tous les patients en entrant dans leur chambre. J’ai répondu d’un ton détaché que ça allait. Je ne voulais pas geindre devant lui et paraitre trop diminué. Pendant qu’il s’activait autour de moi, je continuais à détailler son visage en me cachant derrière une inquiétude feinte, celle du patient qui se demande avec angoisse ce qu’on va lui faire. Sous sa lèvre inférieure, entre les poils de sa barbe naissante, j’ai vu briller la pointe d’un labret qui m’a rappelé ces garçons que l’on croise dans les bars du marais…Sur le côté droit de son cou il y avait un petit tatouage ‘soleil tribal’ à trois branches en forme de flammes et un plus imposant au milieu de sa nuque. Ses bras étaient vigoureux, duveteux et, à droite sur le côté de son biceps, se détachait sur sa peau clair un gros grain de beauté tout rond et plat (semblable à deux autres placés sous sa pommette gauche), où poussaient deux petits poils folâtres. J’étais comment dire… Subjugué, charmé (?), par ce garçon qui venait d’entrer dans ma chambre, me parlait, s’occupait de moi, moi qui dans la solitude de mon petit lit, figé dans la douleur, à des milliers d’années lumière de tous mes rêves, n’attendais plus rien. » (cf. la nouvelle « Chambre 311 : l’infirmier de nuit » (2013) sur le site La Passion des garçons) ; etc.

 

Film "Taxi Zum Klo" de Frank Ripploh

Film « Taxi Zum Klo » de Frank Ripploh


 

Par exemple, dans le film « C’est une petite chambre aux couleurs simples » (2013) de Lana Cheramy, Mister Jones, vieux peintre aveugle et admirateur de Van Gogh, est soigné dans une maison de repos par Bob, un jeune infirmier dont il tombe amoureux. Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, Daventry, l’amant homosexuel, est associé à une infirmière. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, soi-disant « hétéro », exerce le métier d’infirmier. Rémi tombe sous son charme : « C’est une chance de tomber sur un infirmier.« . Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, tombé du tire-fesses, se fait soigner par un animateur de colo hétéro, Andreas, dont il tombe amoureux. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam plonge sauver Lukacz de la noyade, et son assistance de secouriste va faire naître l’« amour » entre eux. Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, Ander tombe amoureux de José qui le soigne. Dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio, Alicia tombe amoureuse d’Aurora, celle qui l’a aidée à se rétablir. Dans le film « Bug Chaser » (2012) de Ian WolfleyIan, l’ex de Nathan, est infirmier. Le film « Gerontophilia » (2013) de Bruce LaBruce raconte l’histoire d’« amour » entre un jeune infirmier et son patient nonagénaire. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Gabriel prend sous son aile son camarade aveugle Léo, et cette défaillance commune fait chavirer leurs cœurs.

 

L’infirmière est l’autre nom implicite de l’amant homosexuel : « Elle va comment ton infirmière ? » (Laurence s’adressant à son ex-amante Sandrine à propos de Morgane la nouvelle copine trans M to F de cette dernière) « D’abord, c’est pas mon infirmière. Et ensuite, elle s’appelle Morgane. » (Sandrine, dans l’épisode 409 de la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1 le 27 février 2019).
 

La relation amoureuse qui s’instaure entre le patient et l’infirmière semble au départ idyllique, quasi sacrée, mais immatérielle : cf. la roman Le Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig (avec les infirmières comparées à des anges), le film « La Déesse » (1958) de John Cromwell, le film « Dallas Buyers Club » (2013) de Jean-Marc Vallée, etc. Par exemple, dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, l’infirmière est comparée à une « bonne fée ». Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1932) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, à l’âge de 7 ans, projette ses sentiments amoureux naissants, sur Collins, sa nurse, qu’elle n’hésite pas à qualifier de « déesse » (p. 29) : « Elle avait une abondante poitrine, trop abondante, en vérité, pour une fille de vingt ans. […] En un instant, Stephen connut qu’elle l’aimait… Stupéfiante révélation ! »

 

« Sous ses habits blancs elle faisait songer à une fée. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 200) ; « L’infirmière leva la tête et me regarda, les yeux encore pleins des images de son livre. Si je ferme les miens à présent – au moment où j’écris – et essaie de retrouver son regard, il me semble que je pourrais en déduire quel livre elle lisait. Une histoire pleine de crinolines – le froissement des robes, les années 1840 : La Chartreuse de Parme peut-être. J’adressai à la jeune femme un petit salut. » (Laura, l’héroïne lesbienne du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 70) ; « Je la connais depuis un rien de temps, Barbara, mais je l’aime comme ma mère. » (Chris, le héros homosexuel parlant de l’infirmière, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 197) ; « Elle était forte et avait le visage qu’ont souvent les femmes de sa corpulence, lisse, sans rides, joli avec de grands yeux bleus d’où émanait une vraie douceur. Des yeux que la souffrance n’a pas endurcis mais purifiés. Échanger quelques paroles avec elle apaisa Adrien. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 123) ; « Ce sont des personnes comme vous qui me font aimer ce métier, qui me donnent envie de soigner, de ne jamais désespérer. » (l’infirmière s’adressant à Adrien, le héros homosexuel, idem, p. 132) ; etc.

 
 

c) La piqûre de mort :

Le fait que l’amour avec l’infirmière n’arrive pas à se concrétiser génère déception, sentiment de frustration et de trahison, voire même un ressentiment haineux. Le héros homosexuel associe l’infirmière à une traîtresse qu’il faut tuer, ou tout du moins écarter… : cf. la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti (avec l’infirmière à deux têtes).

 

Par exemple, dans le film « Yossi » (2012) d’Eytan Fox, Yossi, cardiologue secrètement homosexuel, écarte l’infirmière de service qui le drague. Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, l’infirmière finit par être poignardée.

 

Film "Œdipe (N + 1)" d’Éric Rognard

Film « Œdipe (N + 1) » d’Éric Rognard


 

L’infirmière incarne parfois la mère incestueuse qui anesthésie et couve. Par exemple, dans le film « Le Tout Nouveau Testament » (2015) de Jaco Van Dormael, la mère de Willy, le gamin transgenre M to F qui se prend pour une fille, est présentée par son cher fiston comme une méchante infirmière : « Je savais que quelque chose clochait avec ses piqûres. » Le héros homosexuel, au contact de l’infirmière, souffre de ne pas pouvoir grandir ni s’émanciper comme un adulte : cf. le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, le roman Trois poèmes à ma nourrice (1929) de Saba, le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui (avec Ourdhia l’infirmière-nourrice), le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman (avec l’infirmière de l’école), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec la « nourrice bien-aimée » de Bijou), etc. Par exemple, dans la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, Joséphine, la mère de Kevin (le héros homosexuel), se déguise en soignante. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homo, surnomme sa sœur Adèle « Blouse blanche ». Et pour cause : cette féministe invétérée exerce le métier d’« infirmière-urgentiste » Bizarrement, cette sœur collante et fusionnelle effraie un peu son frère, qui ne veut pas trop être réifié ni étudié par elle : « Enlève ta blouse. Elle m’intimide. » Et on comprend pourquoi : Adèle n’exerce pas que la médecine. Elle est un peu sorcière et prédit l’avenir par le tarot. Sa dualité peu scientifique finit même par exciter la colère de l’amant de William, Georges, qui insulte l’infirmière de « baiseuse de mes deux ! ».

 

Film "Gerontophilia" de Bruce LaBruce (avec l'infirmier qui couche avec son papy)

Film « Gerontophilia » de Bruce LaBruce (l’infirmier couchant avec papy)


 

« J’ai pensé à elle, Laura Jones, ma gouvernante galloise, dont je ne saurai jamais, en somme, si je l’ai aimée comme une mère ou comme une femme. L’un et l’autre, sans doute. » (Suzanne, l’héroïne lesbienne du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 34) ; « C’est une femme merveilleuse, mais ô combien envahissante. […] Elle joue à la moman inquiète, pis ça m’énerve. » (Luc, l’un des héros homos sidéens à propos de l’infirmière rebaptisée « Garde Cinq-Mars », dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, pp. 274-275) ; « Nous avons tous une femme fatale dans la vie, et c’est souvent notre nourrice. » (Hubert, l’un des héros de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Mon pauvre professeur, les nourrices sont les êtres les plus sauvages sur terre ! » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant au professeur Vertudeau, idem) ; « Je vous interdis de vous mêler de ma vie privée ! » (Cyrille s’adressant à l’infirmière, idem) ; etc.

 

Parfois, cette infirmière prend la projection diabolisante pour un ordre, et maltraite/viole effectivement son malade : cf. la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir » (1950) d’Élia Kazan, le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2002) de Pedro Almodóvar (avec Benigno, l’infirmier violeur), etc. « Les infirmières repoussèrent Truddy. » (Copi, « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 34)

 

L’infirmière est l’allégorie de l’hypersexualité. « Je vous adore ! […] Vous êtes mon idéal féminin ! » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant à l’infirmière, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) Ce n’est même pas une femme véritable, en réalité. C’est la bombe sexuelle transgenre, l’incarnation de la femme-objet : cf. le film « Insatisfaites poupées érotiques du professeur Hitchcock » (1971) de Fernando Di Leo, la série Hanazakari No Kimiachi E (2011) diffusée au Japon (avec l’infirmier gay pervers), etc. Par exemple, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, l’Infirmière est ce croque-mort transgenre corrompue par Evita pour qu’elle lui administre la mort la plus grandiose qui soit : « Tu aimes les bijoux, hein ? Prends ça aussi. Et le collier. Tiens, tiens, ne me remercie pas. […] Tu aimes l’argent, hein ? » (Evita à l’Infirmière)

 

Nakatsu dans la série "Hanazakari No Kimiachi E"

Nakatsu dans la série Hanazakari No Kimiachi E


 

La seringue de l’infirmière apparaît parfois comme un pénis symbolique. L’infirmière est cette femme phallique qui va pénétrer, et donc soulager et exciter par cette pénétration, le malade homosexuel. Par exemple, dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, vit l’introduction d’un tuyau pour un lavement d’anus par une femme norvégienne de la station thermale comme un supplice, un viol qui « déniaise » et dégoûte de la sexualité : « Défloré par Ingeborg… »

 
INFIRMIER Caricature
 

L’infirmière est l’androgyne messager de mort : cf. la pièce Eva Perón (1970) de Copi, le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard (à propos du clonage), le film « Tras El Cristal » (1985) d’Agusti Villaronga, le film « Bandaged » (2009) de Maria Beatty (avec Joan, une infirmière vénéneuse qui va soigner Lucille), le film « East Of Eden » (« À l’est d’Éden », 1955) d’Elia Kazan (avec l’infirmière odieuse), etc. « Une infirmière apparût. Elle resta immobile quelques secondes, fascinée par le grand sourire de la jeune femme qui se trouvait dans le coma il y avait à peine une demi-heure. […] Maria-José [le héros transsexuel M to F] fit semblant de se rendormir. » (Copi, « Le Travesti et le Corbeau » (1983), de Copi, p. 34) ; « On est au Parc d’attractions et je suis Madame Godzilla. » (l’infirmière d’hôpital s’adressant à Rana, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc. Par exemple, dans les films de Pedro Almodóvar, les infirmières annoncent toujours un drame ou la mort ou un choc brutal (perte de mémoire, coma, etc.).

 

La sortie de l’identification à l’infirmière équivaut symboliquement à un coming out et à une homosexualité assumée. Par exemple, dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Kena et Ziki sont en couple, et la seconde cherche à décourager la première de devenir infirmière, car elle la voit médecin : « Tu pourrais faire autre chose qu’infirmière. Tu peux devenir médecin. » (Ziki). Au départ, Kena se justifie de ne pas viser plus haut (« Les gens ont besoin d’infirmières. »), mais elle finit par décrocher le concours de médecine… à la plus grande joie de sa compagne qui la taquine (« Et tu voulais être infirmière ?? Avec ces notes-là ??? »).
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Infirmière au chevet de l’homosexualité :

Est-ce que l’infirmière n’est qu’un cliché homosexuel sans fond ? Non. Je connais personnellement des personnes homosexuelles qui travaillent, nombreuses, dans le milieu médical. La profession d’infirmière est très féminisée… ce qui explique que les hommes qui l’exercent aient parfois choisi ce métier comme une manière de ne pas assumer leur masculinité, ou bien comme une manière d’assumer leur homosexualité. Ils seraient aussi intéressant de voir, dans la profession d’infirmière, la part d’homosexualité, même si on ne peut pas en faire de statistiques comme l’a fait le Dr Henry Amoroso face à Elula Perrin (lesbienne) dans l’émission de Philippe Bouvard L’Huile sur le feu diffusée sur Antenne 2 le 11 juillet 1977 : « Vous tombez très mal avec les infirmières ! Il est prouvé que 80 % des ambulancières en 1914 étaient des lesbiennes ! »

 

Pendant l’émission Homo Micro diffusée le 12 février 2007 sur Radio Paris Plurielle, Brahim Naït-Balk pose avec facétie cette question au romancier homosexuel « Ron l’Infirmier » : « Les infirmières en général ont la réputation d’être de jolies femmes. Ça existe, de beaux garçons, chez les infirmiers ? » La réponse salace ne se fait pas attendre, et elle est particulièrement signifiante : « Alors infirmier pour les garçons, c’est comme steward, ou coiffeur. Voilà… C’est 90% des infirmiers hommes… […] Mais j’pouvais pas être infirmière, alors, voilà… »

 

Pièce "Une Visite inopportune" de Copi

Pièce « Une Visite inopportune » de Copi


 

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que, dans l’esprit de certaines personnes homosexuelles, l’infirmière est un rôle ou une « fonction » ou une projection identitaire, bien plus qu’une personne réelle. C’est la jumelle narcissique, le rôle travesti : « L’infirmière [de Eva Perón], un intrigant miroir d’Eva elle-même. » (cf. l’article « Eva Perón, où Copi reprend corps » de Maia Bouteillet, dans le journal Libération du 23 octobre 2001) ; « Cristobal avait revêtu l’uniforme d’infirmière qu’elle ne quittait presque jamais et qui l’avait rendue populaire à Buenos Aires. On l’appelait ‘l’Infirmière dingue’. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 277) ; etc.

 
 

b) Elle était belle cette infirmière : je l’aime

S'il te plaît, occupe-toi de moi

S’il te plaît, occupe-toi de moi


 

La proximité corporelle et sentimentale que permet la défaillance physique et psychique d’une malade, que permet le contexte hospitalier, suffit largement à expliquer que l’homosexualité se glisse souvent entre patient et soignant. Une forme de rapport infantilisant réconfortant dans l’épreuve. Il se peut d’ailleurs que cette épreuve soit au départ fantasmée ou jouée : « J’aimerais pouvoir être malade et avoir des dames. Je suis si sensible aux charmes des femmes. » (Virginia Woolf dans une lettre à son amante Violet Dickinson, dans les années 1920)

 

Entre la blague et le sérieux du fantasme, c’est toujours difficile d’y voir clair. Par exemple, dans le documentaire « Le Bal des chattes sauvages » (2005) de Véronika Minder, des femmes lesbiennes disent leur passion pour les infirmières. Mais quand on voit qu’il existe réellement des sites « agréés » où la relation patient/malade est placée sous le sceaux de la préférence sexuelle, il est difficile de mettre totalement le cliché de l’amant homosexuel infirmier à l’abri du second degré…

 
INFIRMIER Médecin gay
 

Par ailleurs, la fonction quotidienne d’infirmière se marie logiquement très très bien avec la justification sociale gay friendly de notre époque. Les infirmières ont objectivement de fortes chances d’être aimées en tant que « filles à pédés » car elles se trouvent aux avant-postes des confidences de souffrances. Par exemple, ce sont les infirmières scolaires qui sont les premières au courant de l’homosexualité des adolescents qui se confient à elles… et parfois, flattées d’être les gardiennes d’un secret lourdement porté, elles ont la tentation de jouer les mères agressivement gays friendly, gardant jalousement leur trésor d’homosexualité pour mieux se venger de leurs déboires sentimentaux personnels et pour s’acheter une image de conscience de l’Humanité qui a tout compris tout entendu.

 
 

c) La piqûre de mort :

Le cliché homosexuel de l’infirmière, tout drôlatique et décalé (et carrément camp) qu’il paraisse, ne doit pas que nous faire rire. Car derrière, il dit une souffrance. Personne ne joue au malade ou au soignant s’il n’est pas habité par une souffrance réelle (qui se singe elle-même) ou s’il ne nie pas sa souffrance dans un fantasme asexué de toute-puissance. Par exemple, il n’est pas étonnant que dans la mise en scène 2002 de la pièce Eva Perón de Copi par Marcial Di Fonzo Bo, le metteur en scène homosexuel ait fait jouer la mère d’Evita par un homme en jarretelles, et en affublant l’infirmière d’un sexe masculin. Dans l’émission V.I.P. de la chaîne KTO diffusée le 2 janvier 2016, Dominique Fernandez, académicien homosexuel, révèle son aversion pour les infirmières qu’il voit comme des êtres terrifiants. Il y a dans l’instrumentalisation homosexuelle du rôle des infirmières un fantasme de transgression de la différence des sexes qui lui est très violent. L’infirmière, dans les cas de suicides réels, de morts, d’opérations lourdes qui mutilent les personnes homosexuelles ou transsexuelles, est quelquefois ce témoin impuissant et complice d’un carnage.

 

L’Histoire a prouvé malheureusement que c’est le Sida qui a renforcé et fait connaître ce cliché gay sur l’infirmière, qui a rappelé la forte proximité entre l’infirmier et son patient homo. Une proximité de vie mais aussi de mort. Ne l’oublions pas. « J’ai entendu d’une infirmière : ‘Je vais faire sa piqûre au pédé.’ Ça fait toujours du mal à entendre. » (un témoin anonyme homo français, malade du Sida, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta)

 
 

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Code n°161 – Sirène (sous-code : « Je suis le fils de la femme-poisson »)

Icône 160

Sirène

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La fascinante sirène lesbienne ou transsexuelle

 

Film "Sirènes" de Sarah Swords

Film « Sirènes » de Sarah Swords


 

Quelle est cette sirène au chant mélodieux qui a attiré le personnage homosexuel dans ses filets au point de le rendre semblable à elle et qu’il prétende être son fils ? C’est initialement la femme-objet cinématographique, … et sa jumelle humaine qui l’a imparfaitement/pâlement copiée, à savoir la femme lesbienne ou la prostituée. À ce propos, il est amusant que l’une des représentations les plus répandues de la lesbienne soit la sirène, et que les homos soient parfois figurés comme les petits poissons rouges accompagnant leur maîtresse Médusa… idole chanteuse au regard médusant. La sirène, mi-poisson mi-humain, est la déesse de paillettes, d’écailles, qui s’est substituée à Dieu dans le Panthéon homosexuel, et qui fait office de Veau d’or de la communauté LGBT. Elle est plus fondamentalement l’allégorie de l’éloignement de la sexualité.

 

B.D. "Le Livre blanc" de Copi

B.D. « Le Livre blanc » de Copi


 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « S’homosexualiser par le matriarcat », « Femme-Araignée », « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau », « Regard féminin », et à la partie « Poissons » du code « Eau », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

Le personnage homosexuel est le fils de la femme-poisson :

 

Parfum de Jean-Paul Gaultier

Parfum de Jean-Paul Gaultier


 

« L’homosexuel » n’est pas le fils de sang de la femme forte iconographique, mais son fils d’idolâtrie, son enfant spéculaire. Nous observons la filiation fantasmagorique entre l’allégorie iconographique de la femme lesbienne, à savoir la sirène, et l’homme gay, dans bon nombre d’ouvrages : la chanson de Charles Trénet « Je suis le Fils de la Femme’Poisson » (qu’il a initialement empruntée à Fréhel) nous en fournit l’exemple le plus saillant. Mais il est question de la sirène (lesbienne ?) et de son fils homosexuel dans de nombreuses autres œuvres traitant d’homosexualité : cf. le roman Le Fils de la Sardine (1999) d’Ilan Duran Cohen, le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, le dessin La Sirène (2006) d’Olympe, le film « Et la tendresse… ? bordel ! » (1978) de Patrick Schulmann, les tableaux d’Alex Rochereau, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, la chanson « La Naïade » de Jean Guidoni, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen, le film « Le Bal des sirènes » (1944) de George Sidney, le roman Querelle de Brest (1947) de Jean Genet, le film « Mrs Stevens Hears The Mermaids Singing » (2004) de Linda Thornburg, la comédie musicale Le Cabaret des hommes perdus (2006) de Christian Siméon, le film « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig (avec la cruelle et triomphante nageuse), la pièce Sirenas Mudas (1915) de Ramón Gy de Silva, le film « Le Chant des sirènes » (1987) de Patricia Rozema, le film « Jules et Jim » (1962) de François Truffaut (avec Catherine, la nageuse), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec Catherine et son maillot de bain transparent), le conte La Petite Sirène (1835) d’Hans Christian Andersen, le film « A Mermaid Called Aida » (1996) d’Aida Banaji, la chanson « Talisman » d’Étienne Daho (« Loin du chant des sirènes envoûtant… »), la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl la femme aquatique), le roman Sirena (1985) de Graciela Iturbide, la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le film « Normal Love » (1963) de Jack Smith (avec la sirène harcelée par un loup-garou), le roman Louves de mer (2007) de Zoé Valdés, le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, le film « La Sirène des tropiques » (1927) de Maurice Dekobra, le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot, le concert Les Murmures du temps (2011) de Stefan Corbin, le film « Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Ecuyer (avec les premières images du film où l’on voit Marc, le héros homo, au lit, comme une sirène dans l’eau, battant la mesure avec ses pieds invisibles sous ses couvertures), le tableau La Sirène et le Marin (2007) de Pierre et Gilles, le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari (avec Loba, la femme aquatique allongée dans l’eau), le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec la femme-fillette allongée près d’un étang artificiel d’eau), le film « Sirènes » (2010) de Sarah Swords, le vidéo-clip de la chanson bobo « New Soul » de Yaël Naïm (avec le lâcher du poisson rouge du bocal), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (dans le discours de Stella, l’héroïne lesbienne, sur la sirène), la chanson « Camille » de Jean Yann (avec le poisson hermaphrodite), le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, la chanson « Garçon Sirène » d’Oh Mu, etc.

 

Film d'animation "La Petite Sirène" de Walt Disney

Film d’animation « La Petite Sirène » de Walt Disney


 

Dans le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox, Noam formait partie d’un groupe musical au lycée appelé « Les Sirènes ». Au début du film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, George, le héros homosexuel, propose une version théâtrale moderne de « La Petite Sirène » en guise de spectacle de fin d’année scolaire pour ses élèves. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno dit que dans une vie antérieure il a été un poisson rouge. Dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, la femme est associée à un poisson. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Solitaire Grillon est comparée par Fifi à un « gros poisson ». Dans le film « Rue des Roses » (2012) de Patrick Fabre, lorsque Medhi (le héros homosexuel vivant en couple avec Axel, son copain) accueille sa petite fille Allison pour la fête des pères, et que celle-ci lui offre un cadeau (une cravate rouge), Medhi fait semblant de ne pas deviner ce que c’est, pour l’amuser : « Qu’est-ce que c’est ? Un livre ? Un DVD ? Un poisson rouge ? » Dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin, le cadeau d’Ana pour l’anniversaire de sa compagne Cassie est « rouge et visqueux » ; Cassie prend d’abord ça pour un « poisson rouge », ce qui fait bien rire Anna : « Comment veux-tu que je t’envoie un poisson rouge par la Poste ? » Dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), Karma, l’une des héros quasi lesbiennes dit que son plat préféré, c’est la salade de thon. Dans la série Demain nous appartient (2017) de Frédéric Chansel diffusée sur la chaîne TF1, Sara Raynaud, l’héroïne lesbienne, dit qu’elle est du signe astrologique du poisson (épisode 64).

 

Pochette de la chanson "Enchanted" de Marc Almond

Pochette de la chanson « Enchanted » de Marc Almond


 

La sirène est en général la figure de la séduction hypnotique ou de la tentation amoureuse homosexuelle : « Là, là, Collins, ne faites pas la sotte, vous êtes un drôle de petit poisson ! » (Stephen, l’héroïne lesbienne à son amante Collins, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 35) ; « Je vois des sirènes par dessus ton épaule. » (cf. la chanson « Laisse venir demain » de Bruno Bisaro) ; « Mais rien ne vaut la sirène… d’un bateau qui s’en va. » (Joséphine, la mère du personnage homosexuel Kevin, dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte) ; « Où est ma sirène ? Où est ma sirène ? » (Philippe, le héros homosexuel de la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) ; « J’ai entendu ta voix grelot qui m’appelait, chant de sirène hors de l’eau. » (Cécile parlant à son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 33) ; « Dans son lit, par cette tiède nuit d’été austral, Gabrielle s’étonne des remous imprévisibles qui créent en elle les mots de la lumineuse Émilie. Égarée, emportée dans un vertigineux tourbillon, il lui revient en mémoire la détresse d’Ulysse sur le point de succomber au chant mortel des sirènes. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), pp. 72-73) ; « Viens au fond de ma bassine r’pêcher ta p’tite sardine. » (le sosie homo d’Isabelle Adjani dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Quand tu la vois, ta volonté fond comme devant une méduse. » (sir Harold Nicolson s’adressant à sa femme Vita Sackville-West, lesbienne, à propos de Virginia Woolf, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.

 

SIRÈNE Cet homme veut devenir sirène

 

La transformation des femmes en monstres marins par le personnage homosexuel peut être la marque de la misogynie de ce dernier : « Cette chair satisfaite qui s’accrochait à lui, par les bras et par les jambes, lui faisait maintenant l’impression d’une méduse. » (Nicolas l’homosexuel après sa nuit avec une femme, dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, p. 110) ; « Qu’est-ce qu’il dit, le saumon périmé ? » (la mamie de Tom – le héros homosexuel – s’adressant à la présentatrice-télé Graziella dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen) ; « T’as une gueule de poisson pané ! » (la mamie de Tom s’adressant à Cindy, idem) ; « On dirait un poulpe. » (Yoann, le héros homosexuel, à propos d’un soutien-gorge qu’il trouve dégueulasse, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; etc. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, décrit sa mère de 130 kg comme une orque et une baleine. Un peu plus tard, dans un moment de grande précarité économique, il avoue qu’« il en ai mangé de la morue ! » Et à la fin de la pièce, il qualifie sa mère de « Première Baleine » dans un Concours de Beauté. Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homosexuel, donne une gifle à Michèle (l’actrice) et traite Martine (la prostituée) de « morue ». Dans la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, les femmes sont comparées à des « fruits de mer ». Dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, Jenny est souvent comparée à une sirène (« Faudrait faire attention à ne pas se prendre pour une sirène ! » prévient Joe) ; Kevin, au contact de cette femme-poisson, devient homosexuel, et la quitte après lui avoir fait un enfant : « Elle aurait dû savoir, Jenny, que je préférais l’odeur des poissons à la sienne ! » Dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier voit sa cousine/fille à pédés comme un horrible poisson. Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Stella, l’héroïne lesbienne, traite le beau Prentice de « Sissy » (= tantouze) parce qu’il fait des mouvements de danse sur la plage. Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, Jessica, le héros transsexuel M to F, voulant échapper à un client qui a découvert sa véritable identité d’homme, prétexte soudainement « un rendez-vous urgentissime avec la marraine de son poisson-rouge ». Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Vincent, héros homosexuel, s’immerge dans la piscine complètement shooté et voit des sirènes sous l’eau qui l’appellent « Viens Vincent… » et l’entraînent vers la mort. Il est sauvé in extremis. Par ailleurs, les Gay Games sont animés dans ce film par un animateur hystérique déguisé en Médusa tentaculaire.

 

Film "Le Chant des mariées" de Karin Albou

Film « Le Chant des mariées » de Karin Albou

 

Le motif de la sirène symbolise la peur du sexuel. « Ils étaient ainsi enlacés, torses nus, quand éclata dehors le hurlement d’une sirène. Antivol de voiture… Les deux corps se serrèrent plus fortement. […] Que signifiait ce torse nu serré contre le sien, dans l’obscurité orageuse où hululait cette sirène ? » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), p. 83) ; « Vous me faites penser à du poisson pas frais. » (Catherine s’adressant à son mari Jean-Paul, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; etc. Par exemple, dans le film « Dead Ringers » (« Faux semblants », 1988) de David Cronenberg, l’identification des héros aux poissons renvoie au refus de la sexualité, à une peur du corporel, à une recherche de la toute-puissance par l’asexualité ; les jumeaux de l’histoire nous expliquent en effet que les poissons sont une des rares espèces à pouvoir se reproduire sans que les corps se touchent au moment du coït.

 

La sirène est aussi l’incarnation d’un féminisme machiste conquérant, lesbien la plupart du temps : « Tu n’es pas à la hauteur, me souffle la nageuse d’un air désabusé. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 115) ; « À ce moment-là, je ressemblais sûrement à une sirène. » (Katia la prédatrice jalouse, dans la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev) ; « Amande était officiellement intouchable, et ne l’eût-elle pas été qu’elle eût de toute façon paralysé Cédric, avec son regard de Méduse. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 155) ; « C’est moi la sirène ! » (John Breakdown, le chorégraphe homosexuel, dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret) ; « J’ai un goût de langoustine dans la bouche. » (Adam, le héros homo, dans l’épisode 1 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, Marilyn, avec « ses tentacules » (p. 100), menace et terrifie le narrateur homosexuel. Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, Fernand, le personnage gay refoulé, vit sous l’emprise de sa femme Mathilde (« La belle affaire, songe-t-elle, d’avoir su attiser le désir de ce quinquagénaire timide ! D’autant que le gros poisson avait donné, de son plein gré, dans la nasse tendue… », pp. 21-22) et surtout d’une mère despotique à « tête de Méduse » (pour le coup, Félicité est souvent présentée comme une mère-poisson). Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine, l’héroïne lesbienne, a tout de la sirène : indépendante, portant un pull marin, vivant ses ébats lesbiens avec Carole dans des rivières, disant qu’elle vit dans une terre du Limousin qui est aquatique (« Chez moi, j’ai toujours l’impression que la terre est pleine d’eau. »). Carole lui fait même remarquer, lors de leur première rencontre, dans un bar, qu’elle la voit maître-nageuse : « Maître-nageuse… ça, ça t’irait bien. »

 

La sirène symbolise la surféminité : c’est pourquoi elle est l’un des costumes favoris des travestis ou des transsexuels fictionnels. Dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret, notamment, Zaza est comparé(e) à un « monstre marin ». Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Atos Pezzini, homosexuel, chaperonne des petits jeunes artistes qui veulent évoluer dans le monde du théâtre : par exemple, il définit Diego, son assistant (habillé en marin), comme « son poisson-pilote ». Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas achète à son amant François un poisson rouge, à défaut de pouvoir adopter : « Et pour finir, François, je te présente Tchang. Tiens, dis bonjour à papa. » La femme marine est donc associée logiquement à la prostituée, à la courtisane dangereuse : « Les sirènes, c’est un peu les péripétassiennes de la mer. » (Mado la Niçoise déguisée en Amélie la Sirène, dans le one-woman-show Mado fait son show (2010) de Noëlle Perna) ; « J’ai l’impression d’être une sirène. » (Gwendoline en train de simuler une fellation à quelqu’un du public, et allongée – sur moi ! – dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Quand la porte s’est ouverte, je suis resté planté devant elle comme une grosse merde. Elle portait une robe noire moulante et décolletée, qui faisait ressortir sa peau laiteuse, ses seins pareils à deux blocs de beurre frais. Aux pieds, elle avait des mules en soie noire, avec un liseré genre plumes d’autruche de la même couleur. Elle avait des ongles vernis eux aussi de la même couleur, enfin si on considère que le noir est une couleur, aussi bien ceux des mains que ceux des pieds, comme j’ai pu m’en rendre compte quand elle a négligemment fait glisser sa mule gauche pour caresser son mollet droit avec ses orteils. Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. Elle m’apporte un verre avec une substance un peu trouble dedans, genre sirop d’orgeat ou de gingembre, vous voyez ce que je veux dire ? Je lui demande ce que c’est. Elle me dit de deviner. Je goûte. Un machin indescriptible. Amer, mais avec une note de citron, de sucre, et un arrière-goût un peu fade aussi, limite farineux, sauf que la farine ça a pas de goût, alors je dirais limite lacté, mais plus comme du lait en poudre que comme du vrai lait. Je lui dis que je ne devine pas. Et alors là, véridique, elle me fait : ‘C’est un philtre d’amour.’ […] les aréoles des seins qui pointent sous le tissu, qui ont l’air de vouloir le transpercer […] Elle me paraît minuscule, et comme en hauteur, au sommet d’une montagne, parmi les neiges éternelles. Pour couronner le tout, elle a beau être assise immobile dans le canapé, j’ai l’impression qu’elle remue ses hanches, qu’elle ondule de droite et de gauche, comme si elle faisait la danse du ventre, avec des oscillations de sirène, des variations régulières de courbe sinusoïdale. Vu d’ici, ça fait plein de petites étoiles scintillantes. L’image se décompose, à travers une sorte de filtre brumeux, un diamant taillé ou un kaléidoscope, comme dans les films psychédéliques ou les premiers épisodes de Columbo. » (Yvon en parlant de Groucha, la vénéneuse et inaccessible Russe, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 262-264)

 

Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, au moment de son couronnement, a été surnommée « la Raie » ; elle souligne qu’elle « est petite-fille de pêcheur » ; et lorsque sa sœur Lili a mis au monde son fils, elle la compare a une vache qui a « mis bas » et que le gynéco a utilisé un harpon pour prendre le bébé dans le cachalot (« Willie »).

 

B.D. "Le Livre blanc" de Copi

B.D. « Le Livre blanc » de Copi


 

Le monde de la prostitution, où l’amour est mis à mort, devient la scène privilégiée des sirènes interlopes, des homosexuels fictionnels. Par exemple, dans le one-woman-show Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval, les travestis brésiliens sont comparés à des sirènes. Dans le livre d’illustrations Un Livre blanc (2002) de Copi, une sirène baptisée « Boléro de Ravel » se trouve être en réalité un travesti qui « s’exhibe sur scène » et qui exerce son pouvoir despotique de « femme » phallique sur l’homme-objet homosexuel : « Si le subtil lecteur pouvait porter son regard plus loin, au-delà de la place, jusqu’à la fenêtre de l’hôtel particulier rose, là-haut, il apercevrait Boléro de Ravel en train de cadrer Tarzan dans le viseur meurtrier de son fusil de chasse. » (p. 104) Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, la prostituée « Quarante » et la prostituée « Trois-cinq » parlent des « poissons-pilotes », c’est-à-dire « des rémoras »., pour évoquer les hommes : « Les rémoras c’est des ventouses ». Le jeune client, qui va tomber dans leur filet, rajoute : « C’est des poissons qui se collent aux requins pour se faire transporter. »

 

Entre le personnage gay et la femme-poisson, c’est souvent l’histoire d’un massacre, d’une blessure d’amour étouffée dans l’idolâtrie : « Magda tentait d’extraire une minuscule arête de la chair du poisson. La pointe du couteau travaillait délicatement le médaillon. Antoine se dit que c’était peut-être ainsi que Magda avait travaillé le cœur d’un homme, avant de se retrouver seule dans la vie. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p. 77)

 

Étrange cosmogonie… La femme-poisson est parfois désignée par le héros homosexuel comme sa mère, comme le terreau de son désir homosexuel : « Comment avez-vous fait pour passer d’un thon à une femme ? » (Romuald à Frédérique la lesbienne, dans la pièce, Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Ma main est dans son ventre comme un poisson dans l’eau. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 47) ; « Les œufs de poisson poussent sur notre Terre. Au fond des temps, les poissons n’existaient pas. Alors mon ancêtre la Reine Pililili fit pleuvoir ses larmes sur notre terre, et d’une des graines de notre Terre sortit le premier poisson. Mais sa fille Palalala chassa les poissons sous prétexte qu’elle en avait marre d’avoir de l’eau jusqu’aux genoux. Néanmoins nous marchandâmes pendant mille générations. Finalement les poissons acceptèrent de revenir si je faisais le sacrifice de ma fille. À ce moment-là je pleurerai tant de larmes que la mer se refera sur la terre inca et les poissons reviendront vivre joyeux avec nous ! Et c’est très bon, croyez-moi ! J’en ai mangé un dans ma jeunesse ! » (la Reine dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « La sirène sculpturale représentait un symbole maléfique. […] Et, peut-être, au fond, conservait-elle un tel pouvoir… Car c’était d’elle que tout était parti. Les seins roses et pointus, au calibre exagéré, les avaient fascinés… » (Pascal à propos de Régis Bonname qui tenta de l’initier aux plaisirs homosexuels, dans le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, p. 243) ; « Plus je côtoie Mme Bauer et plus je trouve qu’elle ressemble à mon père. […] Elle est une excellente nageuse. Elle passe le plus clair de son temps sous l’eau quand elle se baigne. Elle plonge en canard, ne remonte qu’une à deux minutes plus tard. » (Denis Lachaud, J’apprends l’allemand (1998), p. 130) ; « Les hommes, ils sont comme les poissons. C’est leur cul qui leur fait changer de direction. C’est pas moi qui le dit. C’est un proverbe grec… » (Mado la Niçoise déguisée en Amélie la Sirène, dans le one-woman-show Mado fait son show (2010) de Noëlle Perna) ; « Mon poisson rouge dans mon bain de mousse, je l’emmitoufle. » (cf. la chanson « J’en ai marre » d’Alizée) ; « Prends un petit poisson, glisse-le entre mes jambes. » (cf. la chanson « Toi mon toit » d’Élie Medeiros) ; « Jane regarda une nouvelle fois l’immeuble en ruine qui s’élevait de l’autre côté de la rue. Elle l’avait pris pour une réplique, plus jolie que le leur, plus élégant et rénové, mais peut-être était-ce l’inverse et leur bâtiment était-il le reflet de l’immeuble délabré. Cette idée lui donna l’impression d’être petite, et l’enfant qu’elle portait plus petit encore, un poisson solitaire piégé dans des eaux fluviales. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 70-71) ; « Jane se rappela des histoires de selkies, ces sirènes capturées par des marins qui tombaient amoureux d’elles et les prenaient pour épouses. Ces femmes paraissaient heureuses pendant un temps, s’occupaient de la maison et avaient des bébés, mais pour finir l’attrait de la mer était toujours plus fort, et elles reprenaient leur peau de sirène, retrouvaient leur ancienne forme et replongeaient dans ses profondeurs. La nuit, on entendait les selkies, déchirées entre la mer et la grève, pleurant leurs enfants perdus. Parfois, elles rapportaient des peaux d’écailles à leurs fils et leurs filles, et les enfants rejoignaient leurs mères dans les vagues, laissant leurs pères mortels abandonnés sur la plage. » (idem, pp. 176-177) ; « T’as réussi à faire peur à tous les requins. » (Ned, le père de Luce l’héroïne lesbienne, s’adressant à sa femme Tessa à propos de leurs vacances dans une barrière de corails, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; etc.

 

La maman-sirène, par son déni – ou à l’extrême inverse son adoration – de l’homosexualité de son fils, a éteint en lui tout désir et le conduit à la mort. Par exemple, dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, la mère d’Adrien (le héros homosexuel qui s’est suicidé), par une hallucination, voit en vrai son fils mort dans sa baignoire. Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Michel, en couple avec deux femmes lesbiennes Charlotte et Mélodie, dit qu’il veut bosser dans les rivières et qu’il a rencontré un expert de celles-ci qui se penche sur « la féminisation des poissons d’eau douce ». Dans son one-woman-show Chatons violents (2015) d’Océane Rose-Marie, Océane évoque l’existence, sur la cour d’école, d’un « thon homosexuel », métaphore d’un enfant qui deviendra homo plus tard. Dans le film « Le Tout Nouveau Testament » (2015) de Jaco Van Dormael, Willy, le garçon transgenre M to F qui veut devenir une fille, voit un poisson volant fantôme lumineux qui l’accompagne partout dans ses déplacements, comme s’il s’agissait de sa conscience. Il se voit attribuer par Éa, l’héroïne « divine », la chanson « La Mer » de Charles Trénet.

 

Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, raconte comment il a commencé à tomber amoureux d’une femme, Cécile, sur une « plage abandonnée, coquillages et crustacés » (« Je te kiffe grave. » lui a-t-il dit), puis à rejeter subitement son amour (« J’ai été obligé de la laisser étendue sur le sol. C’est pas grave, c’est qu’une fille. On s’en fiche. »). Plus tard, quand il évoque son essai de retour vers les femmes et de devenir hétéro, il répond : « Qu’est-ce que j’en sais si elle est bonne ou pas ? Je suis allergique aux fruits de mer. ». Ultimement, il verse dans la misogynie homophobe : « C’est mal fichu, une fille. Il manque l’essentiel ! C’est à se demander comment les lesbiennes font pour se reproduire ! Vous imaginez ? Passer de la saucisse à la moule : bonjour l’indigestion ! »
 

SIRÈNE horloge

 

La genèse de l’homosexualité semble se situer du côté des êtres immatériels que sont les sirènes. Par exemple, le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza commence précisément par une saynète de théâtre en classe, pendant laquelle deux fillettes – dont Juliette, l’héroïne lesbienne amoureuse de sa prof de français, Mme Solenska – joue le rôle des sirènes d’Ulysse qui ligotent un homme et mettent à mort la différence des sexes. Ensuite, Mme Solenska, la prof, explique que dans certaines gravures de la Grèce Antique, les sirènes étaient représentées par des poissons. Autrement dit, ce sont des symboles d’androgynie ; et en l’occurrence, dans ce film, elles annoncent l’homosexualité naissante de Juliette.

 

Film "Another Gay Movie 2" de Todd Stephens

Film « Another Gay Movie 2 » de Todd Stephens


 

Dans le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, Chéri, le protagoniste homo, est défini comme un poisson frais (« une sole ») par Léa. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand se désigne lui-même comme un « thon ». Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Mme Julie Cloutier, la prof de français d’Hubert, le héros homosexuel, le compare dans une lettre à un poisson nageant en eaux profondes. Dans le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, la mère impose à son fils Julien d’aller à la piscine avec elle. Dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, la mère de François, le héros bisexuel, est prof, et se fait traiter de sirène homosexuelle par un de ses élèves : « Madame, t’es gouine comme une dorade ! » Dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, Loretta Strong, l’héroïne travestie, accouche de « poissons cacatoès volants » : « Ah la saloperie de cacatoès qui me taillade le clitoris avec son bec ! » Dans le film « Friendly Persuasion » (« La Loi du Seigneur », 1956) de William Wyler, Jacques se fait traiter de « moule » à la fête foraine. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Anchise, le contremaître, pêche une énorme carpe et la montre à Elio, le jeune héros homosexuel, qui imite le poisson face à lui.

 

Alizée et son poisson rouge

Alizée et son poisson rouge


 

Enfin, il est étonnant de retrouver la fameuse chanson « Je suis le fils de la femme-poisson » de Fréhel (celle dont le refrain mentionne : « Je suis le fils de la femme-poisson. Ma tante était femme à barbe. Mon grand-père était homme-tronc. Mon frère est dompteur de lions ! Ah ! Ah ! Et mon cousin tient une maison de plaisir près de Tarbes… ») dans différentes œuvres homosexuelles : c’est le cas par exemple dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, ou bien encore dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi (à un moment, l’Auteur est assez clair dans l’intertextualité : « J’ai une grande-tante qui était femme à barbe. Je l’ai connue. ») Par ailleurs, j’ai déjà cité Charles Trénet (chanteur homosexuel notoire), et sa reprise de la chanson de Fréhel.

 

 

Comédie musicale "Le Cabaret des hommes perdus" de Christian Siméon

Comédie musicale « Le Cabaret des hommes perdus » de Christian Siméon


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

L'icône gay Bette Midler

L’icône gay Bette Midler


 

Les liens entre l’homosexualité et la mère-sirène sont fréquents dans le monde homosexuel, tout symboliques qu’ils soient. Je pense aux clichés d’Amanda Lear déguisé(e) en sirène écaillée étincelante, ou à Bette Midler, l’icône gay par excellence, jouant la femme-poisson pendant ses concerts (parfois en fauteuil roulant !). En 2020, Kevin Mezrag, le nageur, devient le premier homme-sirène de France.

 

Lady Gaga

Lady Gaga


 

Ce n’est pas un hasard non plus que l’affiche choisie pour l’Euro-Pride 2010 de Warsaw (Pologne) montrant un homme torse nu posant avec une queue de sirène. On pourrait citer aussi le documentaire « Deux mamans pour un Colin » sur la chaîne France 5 (feuilleton « Qui va garder les enfants ? » de l’émission Les Maternelles, filmant Séverine Tardy et sa compagne Valérie en train d’élever « leur » fils de 3 ans, Colin, en 2013)

 

Tableau "Le Poète et la Sirène" de Gustave Moreau

Tableau « Le Poète et la Sirène » de Gustave Moreau


 

Cette sirène symbolise à mon sens la mort du désir masculin et l’émergence sociale d’un matriarcat castrateur homosexualisant. On le comprend tout à fait rien qu’en observant le tableau Le Poète et la Sirène (1894) de Gustave Moreau (peintre homosexuel), où un Orphée féminisé repose comme un almée chaste aux pieds d’une sirène au regard de feu. Autre exemple : dans le documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, Lise, l’une des femmes lesbiennes, se rend dans un aquarium pour y être dégoûtée d’attendre un enfant.

 

Film "Les filles ne savent pas nager" d'Anne-Sophie Birot

Film « Les filles ne savent pas nager » d’Anne-Sophie Birot


 

Cette mise à mort du désir ne rend pas nécessairement triste l’Homme symboliquement châtré. En cadeau de consolation, il repart avec une nouvelle identité postiche : son homosexualité… et un sentiment de maternité complice : « J’irais pleurer de tendresse sur les yeux de ce poisson-lune, sur cette face ronde et sotte ! […] Mais je l’adorerais cette voleuse qui est ma mère. » (Jean Genet, Journal du Voleur (1949), p. 22) ; « Ta reine nage comme un poisson, dévore comme une lionne et navigue comme un vicking. » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », s’adressant au Comte Magnus, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « Maria contemple fascinée un poisson dans son aquarium, comme si elle voyait son double. » (Maria au jeune homme dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 38) ; « Elle [l’actrice Lola Sola] était championne de natation. Une fille au physique exceptionnel. Imaginez un peu. Elle a commencé à nager à dix ans. Des jambes incroyables. Et surtout une poitrine naturelle d’une générosité… rarement vue. Quand elle a été championne, on voyait partout des photos d’elle. Le metteur en scène Carlos Sanchez a eu l’idée, en voyant ces clichés, de transformer la nageuse en sex-symbol. Et on peut dire qu’il a gagné son pari. Maintenant, elle est doublement championne : de natation et de sex-appeal. » (Fernando, idem, p. 250) ; « Tu devais rêver à une sirène, parce que, si tu me pardonnes, j’ai senti ton sexe coller à mon dos. La nature t’a bien doté. » (Jacques racontant à Pedro leur voyage en autobus collés l’un à l’autre, idem, p. 262) ; « Sirène de l’asphalte, donne ton corps à qui pourra s’en charger. Délivre-moi, arme-moi, bats-toi pour moi. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) d’Yves Riou et Philippe Pouchain, Jean Marais parle de « la pieuvre chaude des étreintes sexuelles » qu’il a vécues avec Jean Cocteau.

 

SIRÈNE Napoli Pride

 

Dans le secret de leur inconscient, les individus homosexuels, hommes et femmes confondus, se prennent orgueilleusement pour les enfants de la sirène, autrement dit les créatures aquatiques de la mère androgynique asexuée que le cinéma glorifie actuellement. « Kimy voulait se déguiser en sirène. Il aimait les paillettes. » (Mathilde Dutour, directrice d’une école d’Annecy-le-Vieux, parlant du cas de Kimy, un de ses élèves transgenres M to F de 8 ans, qu’elle a décidé d’accompagner dans sa transition, lors du débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017) Par exemple, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans fait l’inventaire des noms donnés/que se sont donnés les individus homosexuels au long du XXème siècle ; et l’un d’entre eux est fish queen (queen est, selon lui, une déformation du mot quean, qui désigne une prostituée ; p. 271) Dans la revue Bizarre de Jacques Sternberg et Jean-Pierre Castelnau, le dessinateur argentin Copi, à l’âge de 24 ans, réalise une planche de 16 dessins, dans lesquels il montre une dame se laissant caresser dans sa baignoire par un partenaire invisible qui se révèle être le poisson rouge invisible de sa petite fille.

 

Dans son documentaire « Salon de T : Farrah Diod » (2009) d’Hélène Hazéra et Christophe Martet, Farrah Diod, l’artiste transsexuel M to F présente ses dernières créations, dont un très poétique voyage avec un poisson.

 

 

Mais j’ai trouvé mieux comme illustration de cette drôle de généalogie homosexuelle. Dans l’article « El Pez Doncella » de Manuel Rivas, publié dans le journal El País le 18 octobre 1998, est développée une brillante et inédite « théorie de l’évolution » des temps modernes puisque cette fois, dans un monde de plus en plus mécanisé et déshumanisé, ce n’est plus la femme qui naît de la côte d’Adam, mais l’homme gay et « sauvage » qui vient de la femme lesbienne (je développe plus longuement la périphrase burroughienne des « Garçons sauvages » définissant les personnes homosexuelles, dans mon code « Désir désordonné » du Dictionnaire des Codes homosexuels). Cette femme-sirène asexuée, nommée Ève, décrite par Rivas comme une poupée Barbie « mi-homme mi-femme » emprisonnée sous cellophane et donnant vie à sa réplique masculine exposée elle aussi sur l’étalage des sexualités contemporaines, représente une deuxième race de femmes : celle qui crée les hommes-objets, et donc parfois les hommes homosexuels. On retrouve exactement ce lien entre la femme phallique et l’homosexuel dans le film « La Manière forte » (2003) de Ronan Burke : l’homme gay s’appelle Adam et est assailli par le couple lesbien qui veut lui voler son sperme. La filiation des personnes homosexuelles avec la femme-objet aérienne et aquatique m’apparaît, au fur et à mesure de mes recherches, incontestable… même si on continue de parler d’êtres mythiques. Le désir homosexuel n’a pas eu prioritairement besoin de Réalité pour se déclarer !

 

Générique du film "Barbarella" de Roger Vadim (avec Jane Fonda)

Générique du film « Barbarella » de Roger Vadim (avec Jane Fonda)


 

Affiche vue le 16 septembre 2019 au bar lesbien parisien La Mutinerie


 
 

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Les alliances lesbiennes seraient moins violentes que celles entre hommes ?

Les alliances lesbiennes seraient moins violentes que celles entre hommes ? Non. Ce n’est pas parce que la violence de l’expulsion de la différence des sexes s’exprime différemment selon les sexes qu’elle cesse d’exister entre femmes. Au contraire. Si, avec deux « mecs » ensemble il y a inflation des pulsions, dans le cas des femmes, la possession brutale de l’autre passera par une exacerbation des émotions. Je ne sais pas ce qui est mieux et moins enfermant !

 

Faut-il être nécessairement antipathique pour « être » lesbienne ?

(Je précise avant de commencer que cet article ne traite pas uniquement des femmes lesbiennes « butch« , c’est-à-dire cultivant un genre masculin : il parle et s’adresse justement aussi aux femmes lesbiennes féminines. J’apporte cette précision au cas où certains voudraient se désolidariser de mes propos du simple fait qu’ils s’imaginent que l’antipathie lesbienne serait exclusive aux femmes lesbiennes camionneuses et proportionnelle au degré de masculinité que les femmes lesbiennes cultivent. On peut être une femme lesbienne féminine ET antipathique : si si)

 

 

Rien qu’avec un titre pareil, je risque de me faire taxer de connard lesbophobe et misogyne d’office. Et j’en frétille d’avance !… car par son aspect caricatural et volontairement absurde, il est tellement une fausse question qu’il mérite à peine qu’on y réponde. Cette interrogation est plutôt faite pour qu’on l’encadre dans les toilettes afin d’amuser ceux qui tomberont par hasard dessus, pour qu’on la soumette en tête à tête à chaque femme qui se dit lesbienne pratiquante, comme une « grosse blague pas drôle » permettant de s’afficher mutuellement nos dentitions qu’on croyait à tort catastrophiques et laides, comme une réelle occasion amicale de démasquer un rôle, des peurs, des complexes, une blessure, une fausse assurance, la théâtralité de notre misandrie (= la haine des mecs) et de notre misanthropie (= la haine des humains en général). Oui, ce titre, tout provocant et piquant qu’il semble être, s’il est accueilli sans révolte et compris dans son second degré, peut dérider, mine de rien, beaucoup de gens qui se prennent trop au sérieux, et desserrer bien des string ! Moi, j’y crois !

 

 

Rassurez-vous, je ne pense pas qu’il faille être obligatoirement désagréable pour se dire lesbienne. Je connais suffisamment de femmes lesbiennes délicieuses, sympathiques, et ayant du recul sur la « Goudou Attitude », pour en être persuadé, et oser avec elles la correction fraternelle. En revanche, que ma question, sans être une affirmation, induise aussi un coup de gueule sérieux, une dénonciation face à une tendance comportementale inadmissible que j’ai observée à diverses reprises, et qui ne stigmatisera pas pour autant une catégorie de personnes précise (« les » lesbiennes, en l’occurrence), pas plus qu’elle ne dressera de généralités sur le lesbianisme, je ne peux pas le nier ! J’ai des choses à dire à mes camarades lesbiennes. Qu’elles le prennent mal ou non, j’ai des choses à leur dire.

 

 

Mal baisées, celles qui s’autodésignent parfois comme « gouines » ? Pas baisables ? Disgracieuses (voire carrément moches) ? Féministes radicales ? Vulgaires ? Crades ? Sans gêne ? Chiennes de garde ? Percées et tatouées de partout ? Croqueuses d’hommes et de femmes ? Putes ? Prostituées ? Rebelles ? Bûcheronnes ? Pas super drôles et affables ? Peu féminines ? Rondouillardes ? Droguées ? Alcooliques ? Brutales (voire criminelles) ? Mythomanes ? Possessives et psychopathes en amour ? Sadomasos ? Sauvages et indépendantes ? Bobos ? Bisexuelles ? Mal dans leur peau ? Autoritaires ? Femmes à poigne « ayant réussi l’amalgame de l’autorité et du charme » ? Ni oui ni non. Comme tout cliché attribué à des êtres humains, il contient une part de réalité qui ne sera jamais personnifiable, généralisable, absolue, mais juste probable, actualisable selon qu’on l’affronte ou pas. En revanche, trouillardes, bourrées de complexes, crispées, et pour le coup, possiblement agressives, là, je dis oui. Comme pour toute personne humaine qui joue la fière et la dure pour nier ses souffrances.

 

 

Les femmes lesbiennes, à l’instar des féministes et des prostituées, sont une catégorie de femmes qui nous prouve qu’on peut tout à fait être machiste sans être un mec. Le machisme, ce n’est pas fondamentalement une question de genre sexué. Il est humain, et peut être porté aussi bien par des hommes que par des femmes, d’autant plus les femmes lesbiennes, qui sont connues pour cacher leurs fragilités sous une carapace d’assurance cinématographique machiste. Le machisme n’est pas autre chose que la négation/diabolisation de ses limites et de ses faiblesses humaines, qui se résout généralement en refus de l’altérité sexuelle et en viol. Si l’accouplement lesbien ne dégageait aucune violence, il n’aurait pas envahi à ce point-là l’univers machiste du porno. Si les couples lesbiennes étaient vraiment aimantes et douces, elles auraient accueilli la différence des sexes ; elles favoriseraient davantage la mixité dans leurs cercles relationnels amicaux et amoureux, ce qui n’est franchement pas le cas. Minorité dans la minorité, elles jouent de leur double statut d’« exclues » (en tant que femmes et en tant que lesbiennes) pour s’isoler encore plus des hommes non-homosexuels (et des hommes gay en particulier), et pour radicaliser/consolider leur sexisme. Beaucoup d’entre elles n’ont aucune sympathie pour les « folles », ni pour les hommes que les personnes gay représentent. En général, ces derniers ne gardent de la femme lesbienne que l’image d’une Josiane Balasko qui les bouscule dans les bars sans même s’excuser, qui ne leur adresse pas la parole quand elle débarque dans leur groupe d’amis, qui ne fait la bise qu’aux filles (véridique ! C’est du vécu), qui les chasse de leurs universités, colloques, week-end « entre filles », festivals de cinéma, réseaux de rencontres, … sans parler de leur sexualité (cela va de soi !).

 

 

Que les choses soient claires. Si le couple lesbien (tout comme le couple gay) et les femmes lesbiennes ont du mal à être acceptés socialement, et font violence à beaucoup de monde, ce n’est pas pour des prunes. Le couple lesbien est le signe d’une exclusion radicale : une exclusion non de la féminité (il y a des femmes lesbiennes très féminines, baptisées fem), non de la maternité (il existe des femmes lesbiennes qui sont mères), mais de la différence des sexes désirante, autrement dit de LA condition de notre existence et de notre bonheur sur Terre. Une exclusion de l’autre moitié de l’Humanité, excusez du peu ! Et ça, c’est objectivement violent et discriminant, que les femmes lesbiennes le reconnaissent ou non. Par conséquent, que les héritières des belliqueuses amazones ne s’étonnent pas de susciter ensuite l’indignation autour de leurs couples, de s’attirer les foudres de leurs contemporains, et de passer pour violentes, iniques et antipathiques !

 

À leur décharge, il faut bien reconnaître aux femmes lesbiennes une inégalité de traitement et de nature avec les hommes, et au lesbianisme une précarité qui peut rendre les couples lesbiens objectivement plus fragiles, moins crédibles, et par conséquent plus volontaristes et plus agressifs que les couples gay (… encore que, au bout du compte, cette inégalité est une illusion d’optique, car la violence vécue dans les couples d’hommes sera tout aussi présente, sauf que cette fois, elle ne viendra pas de l’autre sexe : elle s’effectuera entre amants de même sexe. Dans les cas gay comme lesbien, on voit que ce n’est pas la différence des sexes qui fait violence, mais le rejet de celle-ci par l’homosexualité pratiquée). Mais en effet, à priori, comparé aux couples lesbiens, les couples d’hommes ont moins à subir de sollicitations à changer de bord (ils sont par exemple peu exposés aux viols correctifs de la part des membres de l’autre sexe : s’ils se violent, ce ne sera qu’entre eux ; par ailleurs, ils ne se font pas lourdement draguer en boîte), moins à prouver leur homosexualité (du fait de la soi-disant « passivité » des femmes par rapport à la soi-disant « activité » des hommes lors des coïts humains classiques ; du fait aussi de la plus grande capacité des femmes à simuler pendant l’acte sexuel – un homme qui ne bande pas devant la femme avec qui il couche, c’est plus décisif et problématique !), moins un passé « hétéro » à porter (contrairement aux filles lesbiennes, la plupart des garçons gay n’ont jamais goûté à une fille avant de se lancer tête baissée dans des relations amoureuses exclusives avec leurs semblables). De plus, on considèrera davantage le lesbianisme comme une passade, un entêtement gratuit, un caprice, une ignorance des plaisirs de la sexualité dite « naturelle », que l’homosexualité masculine. Socialement, on accorde aux couples d’hommes, à tort j’en conviens (c’est juste qu’ils sont anatomiquement plus armés pour cacher/justifier leur fuite de la différence des sexes), plus de crédit qu’aux couples de femmes parce que les accouplements des femmes entre elles sont par nature moins excluants que les accouplements d’hommes (par exemple, dans les films pornos, les ébats lesbiens ne sont en général qu’un gentil préliminaire pour laisser place à l’achèvement de l’orgasme par l’homme ; à l’inverse, on imagine mal le coït entre hommes conclu par l’arrivée d’une femme ! : en cela, l’homosexualité masculine donne l’illusion, dans l’inconscient collectif, d’être beaucoup plus achevée, irréprochable, indiscutable, que l’homosexualité féminine). Cela dit, la fragilité du lesbianisme, même si elle est plus visible, et apparemment plus disqualifiée socialement que l’homosexualité masculine (qui sera autrement plus fragile et qui se disqualifiera d’elle-même), n’excuse en rien l’agressivité misandre et sexiste de certaines femmes lesbiennes : les hommes n’ont pas choisi d’être homme, pas plus que les femmes n’ont choisi de naître femmes, jusqu’à preuve du contraire ! Je ferme ici la parenthèse de la victimisation des unions saphiques.

 

 

Même si les femmes lesbiennes ne sont bien évidemment pas toutes infectes du point de vue de l’attitude et du comportement (d’ailleurs, au final, je constate qu’elles ne deviennent désagréables que lorsqu’elles pratiquent leur homosexualité ; alors que prises individuellement, elles sont des filles géniales, agréables, drôles, libres, beaucoup plus épanouies que lorsqu’elles se forcent à vivre en couple lesbien), j’en connais un paquet qui sont râleuses, agressives, pessimistes, amères, grognonnes, mécontentes, rarement joyeuses (vous avez déjà réussi à voir un sourire radieux sur le visage d’une Caroline Fourest, par exemple ? Le jour où ça arrive, téléphonez-moi : 06 84 26 15 58), sexistes, misandres, racistes, franchement hautaines, désagréables, parfois hystériques et brutales, sans humour, opportunistes (souvent, elles se rapprochent des garçons uniquement quand ils peuvent leur servir d’appât pour draguer une fille en soirée, ou bien par intérêt matériel, législatif, professionnel, ponctuel). Il n’est absolument pas question ici de jugement de personnes, de considérations de nature ou de beauté physique (un laideron peut être beau uniquement parce qu’il est aimable) : je ne parle que de laideur d’attitude, que de mauvais usage de sa liberté, et de comportements. Quand je me retrouve face à une femme lesbienne désagréable, au bout d’un moment, j’ai juste envie de la regarder dans le blanc des yeux (quand c’est possible… car c’est souvent un bel exploit d’arriver à capter un regard aussi fuyant que le sien !), et de lui dire : « C’est QUOI, ton problème ? Est-ce qu’il faut que la Terre entière, et les méchants ‘mâles’ que je représente visiblement à tes yeux, paient pour ta mauvaise humeur, et surtout ton mépris de toi-même parce que tu diabolises tes fragilités ? Ça va durer combien de temps, ta comédie, ta peur des hommes, ta sacralisation des femmes, ton jeu de « fausse dure » que rien ne touche ? »

 

L’antipathie d’indifférence que l’on retrouve chez beaucoup de femmes lesbiennes (même si elle n’est pas propre au lesbianisme : faut pas exagérer non plus) s’explique assez bien : l’attirance amicale qu’aurait créée l’attraction sexuelle avec les membres de l’autre sexe n’est plus là. On se rend vite compte qu’entre femmes lesbiennes et hommes gay, ce manque de complémentarité symbolique des désirs sexuels influe même dans la qualité des relations simplement amicales. Chacune des parties a l’impression de passer bien après la recherche d’amant(e)s de l’autre, et de servir de « bouche-trou » lors des soirées. Pour le coup, la déférence gay envers les femmes lesbiennes vire souvent à une parodie de galanterie ou de copinage, qui indique parfois l’existence des braises d’un incendie qui ne demande qu’à s’étendre. La femme lesbienne et l’homme homosexuel simulent l’harmonie parfaite. En réalité, ils ne font que différer le moment de leur affrontement réel. Tant que leurs conquêtes pour les « droits sociaux des homos » ne cesseront de s’accumuler, ils joueront la comédie de l’amitié. Une fois qu’ils n’auront plus besoin l’un de l’autre et qu’ils auront souri ensemble pour la photo, ils risquent de se jeter/s’anéantir mutuellement s’ils ne travaillent pas ensemble à démasquer les ambiguïtés violentes de leur désir homosexuel. C’est déjà ce qui est en train de se produire, rien qu’en observant le fossé grandissant qui s’est creusé en seulement dix ans entre la communauté gay et la communauté lesbienne, qui passent de moins en moins de temps ensemble, dans des lieux communs.

 

 

« Quel gâchis ! » serais-je alors tenté de dire. Pas dans le sens génital ou conjugal de l’expression, mais déjà simplement amical et humain. Car l’agressivité réciproque entre femmes lesbiennes et hommes gay, ou même l’indifférence mal lunée/apathique de beaucoup de femmes lesbiennes à l’égard de leur entourage, signent toujours un constat d’échec de l’amitié, une victoire de l’isolement, de la misanthropie, et de la peur… et ça, c’est un peu désespérant. Pourtant, à de rares occasions, et dans le privé, il arrive que quelques femmes lesbiennes expriment le besoin d’avoir une bande d’amis garçons, même si elles soupirent à chaque fois qu’elles voient débarquer les groupes de « mâles » dans « leurs » bars.

Alors, oui, même si l’exclusion qui sévit dans le milieu lesbien, et qui surgit du milieu lesbien, ne m’empêche pas de dormir, j’ai envie de croire en cette « fausse indifférence » à l’encontre de la différence des sexes dont parlent la psychanalyste Virginie Mouseler, ou encore l’écrivain Philippe Besson dans son roman Un Garçon d’Italie (2003).

 

Et je finirai mon papier par une « spéciale dédicace » à nos amies lesbiennes qui me lisent à présent et qui auront eu le courage surhumain (l’humour surtout !) d’arriver jusqu’au bout de ce Phil de l’Araignée :

 

Les filles, ne vous sentez pas obligées d’être antipathiques et de jouer les bad girls pour (vous) plaire : ce n’est ni esthétique, ni séduisant. Je vous dis cela à la fois ironiquement et très sérieusement, parce que, aussi paradoxal que celui puisse paraître, beaucoup d’entre vous nourrissez l’illusion que le mal/mâle sur votre corps de femme est magnifique (comme moi j’ai longtemps imaginé que l’imitation de la femme-objet fatale et hautaine sur mon corps d’homme était beaucoup plus attrayante que ma propre sexuation, et qu’elle sublimait cette dernière). Cessez de croire que la noirceur de la courtisane saphique, du cow-boy statique et glacial, est la plus belle déclaration d’attraction qui puisse exister entre filles (« Les lesbiennes font la gueule pour draguer. », cf. la revue Têtu, n° 127, novembre 2007, p. 108), que la méchanceté machiste est d’un esthétisme ravageur. Je vous assure que tout cela est une illusion d’amour et de séduction : pour plaire et aimer vraiment, la grâce et la gentillesse, ça marche tout aussi bien (… voire mieux !). Il paraît même que ça facilite et adoucit la vie 😉 Alors si on n’arrêtait, au moins un court instant, tous ensemble, la comédie de la condescendance sexiste ?