Télévore

Télévore et Cinévore

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Quoi qu’en disent les intellectuels « historiens » homosexuels, et les promoteurs d’une identité homosexuelle transhistorique indiscutable, tout porte à croire que, même s’il est indéniable qu’il a de tout temps existé comme une constante humaine, que le désir homosexuel est surtout un enfant de la modernité. Quand on observe les vecteurs de la révélation du désir homosexuel, ceux qui l’ont révélé ou stimulé, on constate que c’est surtout l’homme-objet, sacralisé dans l’ère moderne par la sculpture, la peinture, la photographie, le cinéma, la médecine légale, la psychanalyse, le théâtre, la mode, les films pornos, le sport…, qui est le messager principal du fantasme homosexuel : rarement les êtres réels de chair et de sang. Ce n’est qu’après avoir flashé sur un être télévisuel sur papier glacé que l’individu homo cherchera dans sa réalité un garçon qui se rapprochera à peu près de sa projection mentale de magazine. Il semblerait bien que si les personnes homosexuelles avaient pu sortir avec leur télé ou leur magnétoscope, elles l’auraient fait ! Il n’y a qu’à voir toutes celles qui considèrent leur vie comme un vrai film ou un vidéo-clip.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Drogues », « Obèses anorexiques », « Actrice-Traîtresse », « Substitut d’identité », « Planeur », « Bergère », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Photographe », « Fan de feuilletons », « Jeu », « Patrons de l’audiovisuel », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », « Tomber amoureux d’un personnage de fiction ou du leader de la classe », « Don Juan », « Bergère », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Amant modèle photographique », « Musique comme instrument de torture », « Milieu homosexuel paradisiaque », et à la partie « Actrice iconoclaste » du code « Déni » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 
 

a) Télé et ciné, l’adoration homosexuelle :

Film "L'Objet de mon affection" de Nicholas Hytner

Film « L’Objet de mon affection » de Nicholas Hytner


 

Souvent dans les fictions homo-érotiques, le personnage homosexuel adore le cinéma et/ou la télévision : cf. le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick (avec le couple lesbien Rachel et Christine), le film « J’adore le cinéma » (1998) de Vincent Lannoo, le film « Chuck & Buck » (2001) de Miguel Artera (avec Buck), le film « La meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller (avec Philippe, le héros homosexuel passionné des films en noir et blanc), le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Paul dont la chambre est décorée de photos d’acteurs et d’actrices), le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault (avec le personnage d’Angelo), l’opéra-rock Starmania de Michel Berger (avec le personnage de Ziggy), le film « Beautiful Thing » (1995) d’Hettie Macdonald (avec Jamie), le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar (avec Esteban, le jeune cinéphile), le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (avec Molina, le héros homosexuel connaissant les films des années 1930 par cœur), le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues (avec Rui), la chanson « Ton cinoche » d’Étienne Daho, la chanson « J’aime la pub » de Charles Trénet, la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec Harper), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec le couple homo David et Philibert), le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra Von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder (avec Petra), le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman (avec Jarry), le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, le roman La Hermana Secreta De Angélica María (1989) de Luis Zapata, le film « Armaguedon » (1976) d’Alain Jessua, le film « La jeune fille assassinée » (1974) de Roger Vadim, le film « À tout prendre » (1963) de Claude Jutra, le film « The Fan » (1981) d’Edward Bianchi, le film « Frisk » (1995) de Todd Verow, le film « Anonymous » (2004) de Todd Verow, le film « Dreamers Of The Day » (1990) de Patricia Spencer et Philip Wood, le film « A Strange Love Affair » (1985) d’Éric De Kuyper et Paul Verstraten, le film « Écran magique » (1982) de Gianfranco Mingozzi, le film « Goodbye, Dragon Inn » (2003) de Tsai Ming-liang, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le one-woman-show La folle parenthèse (2008) de Liane Foly (avec Pedro le fan de « La Guerre des étoiles »), le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (avec le couple Claudio et François), le film « Des choses que je ne t’ai jamais dites » (1996) d’Isabel Coixet (avec la lesbienne réparatrice de télés), la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet (avec Nina, l’héroïne lesbienne et grande consommatrice de télé), la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi (avec Yoann, le héros homosexuel), etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

« Si la télévision portative sort de la chambre, je sors de la chambre aussi ! » (Léopold, le père, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « T’as pas de télé ??? Sana, mets France Info ! » (Angelo, le héros homosexuel de la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone) ; « Petite, je passais ma vie devant les télés. » (Nana, comédienne lesbienne dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3ème Festigay de Paris au Théâtre Côté Cour en avril 2009) ; « J’deviens publivore. » (Jérôme Loïc dans son one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal, 2009) ; « J’aime de plus en plus la télévision. » (Hubert dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « J’aimerais aller au cinéma. » (Jacques, l’un des personnages transgenres M to F de la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Tu adores les films… et les étudiants sont sûrement mignons… » (Toph s’adressant à son futur amant Zach qui est prof de cinéma en Université de Cinéma, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Tu ne penses qu’au cinéma. » (la grand-mère de Robbie s’adressant à son petit-fils homo, dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann) ; « Je m’écrasais devant la télé, je regardais des vieux films en noir et blanc. » (Jean-Marc, le narrateur homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 155) ; « J’aurais voulu que la femme du bidonville [Rani] soit à mon entière disposition. Des images de films hindis dans lesquels le brahmin de la caste supérieure s’éprend de la domestique de la caste inférieure et lui fait passionnément l’amour ne cessaient de tournoyer dans ma tête. Ma vie, je voulais qu’elle progresse en avance rapide. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 20) ; « J’ai toujours voulu faire des études de cinéma. » (Smith, le héros homosexuel du film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki) ; « Je le connais, mon p’tit Thomas. Il doit être à la maison en train de se faire les replays de ‘Plus belle la vie’. » (François, parlant nostalgiquement de son amant Thomas, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) ; « Je le connais, mon p’tit Thomas. Il doit être à la maison en train de se faire les replays de ‘Desperate Housewives’. » (idem) ; etc.

 

TÉLÉVORE Ceci-n-est-pas-un-film-de-cowboys-parent-homosexualite-court-metrage

Film « Ce n’est pas un film de cow-boys » de Benjamin Parent (sur l’impact du « Secret de Brokeback Mountain » sur des jeunes des cités)


 

Dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, Hugo, le héros homosexuel, adore les comédies romantiques au cinéma. Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier, tout de suite après avoir viré sa cuti, a décidé de s’abonner au câble. Dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire a « la passion pour les comédies romantiques débiles ». Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ben, l’un des héros homos, est fan de comédies musicales, telles que Bananasplit. Dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, Brahim , l’un des héros homos, passe son temps à regarder des conneries à la télé. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, rêve de quitter l’Albanie et de faire de son grand frère Ody la future star de l’émission de télé-crochet Greek Star (en Grèce, donc). C’est exactement le même scénario entre les deux héroïnes lesbiennes Shirin et Atafeh du film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, qui cherchent à quitter Téhéran pour Tel-Aviv afin que l’une d’elle gagne la Star Ac israélienne et que l’autre soit son agent. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., les amants Jonathan et Matthieu regardent pour la énième fois le film « Moulin rouge » à la télévision. Dans le film « Alone With Mr Carter » (2012) de Jean-Pierre Bergeron, John, le jeune héros homosexuel, est fan des films d’Emma Thompson. Dans le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox, la chambre de Yali, héros homosexuel, est remplie de photos d’acteurs et de chanteurs placardées sur les murs. Dans le film « Pourquoi pas moi ? » (1998) de Stéphane Giusti, Camille, l’héroïne lesbienne, est fan de « Star Wars ». Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le couple homo « chante son amour comme dans ‘Les Parapluies de Cherbourg’. » Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pour son anniversaire, Bryan reçoit de son amant Kévin dix places de cinéma (p. 169). Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert, le héros homo, va louer des films au Vidéo Club. Dans le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2004) de Frank Oz, Roger, le héros gay, est fan de Hairspray, la série musicale. Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Antionetta se rend compte que Gabriele, son ami homosexuel, a l’esprit et le cœur contaminés « d’actrices, de chanteuses, de présentatrices ». Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, Giles, le personnage homo âgé, est fan des vieux films en noir et blanc. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, l’oncle Samuel de Elio, le héros homosexuel, voue un véritable culte au cinéma, notamment surréaliste : il chante les louanges de Buñuel.

 

La télé ou le cinéma constitue pour le personnage homo un cocon protecteur qui semble le préserver de la « dureté » du Réel et de la société : « Il paraît que le cinéma, c’est pour s’extraire de la Réalité. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Il aimait le cinéma : il s’y sentait bien au chaud et entouré. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 213) ; « La télé est éteinte au lieu d’être allumée. Moi qui rêvais de drames, ceux des autres, pas les miens » (dans la chanson « À table » de Jann Halexander) ; « Quand je rêve, y’a toujours des pubs qui passent dans mes rêves. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « J’espère qu’il y a la télé Là-haut ? » (idem) ; « Ce serait bien que mon nouveau voisin me fasse voler comme dans ‘Titanic’… » (Bernard, le héros homosexuel fantasmant sur Didier son voisin de pallier, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; etc.

 
 

b) L’idolâtrie vire à la (simulation de) destruction :

La présence de la télévision ou du cinéma dans le quotidien des héros homosexuels semble pourant être démesurée et envahissante. « Le film commande. » (Lena dans le film « Los Abrazos Rotos », « Étreintes brisées » (2009) de Pedro Almodóvar) Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, voit le monde à travers le Journal Télévisé de Jean-Pierre Pernaut. Pendant la pièce La Femme assise qui regarde autour (2007) d’Hedi Tillette Clermont Tonnerre, la télé est constamment allumée sur scène. C’est la même chose avec l’ordinateur branché non-stop sur Internet dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche.

 

Film "Das Flüstern Des Mondes" de Michael Satzinger

Film « Das Flüstern Des Mondes » de Michael Satzinger


 

Certains personnages homosexuels adorent tellement la télévision et le cinéma qu’ils cherchent à la détruire, ou plutôt à simuler sa destruction (par la parodie ou le camp) : cf. le film « Blue Velvet » (1986) de David Lynch, le film « Le Fabuleux Destin de Perrine Martin » (2002) d’Olivier Ciappa, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg (avec David Bowie se révoltant contre ses écrans de télé), le film « Hollywood malgré lui » (2004) de Pascal-Alex Vincent, etc.

 

TÉLÉVORE Kang 2

B.D. « Kang » de Copi


 

Par exemple, sans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc, le héros homosexuel, est lassé des « inévitables reprises de Dynasty ou Dallas qu’on a vues cent fois et dont on voudrait étrangler les personnages tellement ils nous énervent… » (p. 67)

 

« La persistante et douloureuse soif des yeux ! » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 230) ; « J’en ai marre de la télé ! » (Damien dans la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois) ; « Une bande magnétique. Un soupir lui échappe. Sur un écran géant, ses yeux se ferment. Cherchez le garçon, trouvez son nom, cherchez le garçon. Réveil tragique succède. Un sommeil sans rêve. La forme de son corps ne veut rien dire pour moi. Cherchez le garçon, trouvez son nom, cherchez le garçon. Une bande magnétique. Un soupir lui échappe. Sur un écran géant, une goutte de sang. » (cf. la chanson « Cherchez le garçon » du groupe Taxi Girl) ; « I never look the publicity. » (Jules, l’homo dandy bobo adorant le cinéma et jouant pourtant le figurant dans certains films, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Lumière artificielle qui brûle tes rêves. » (la figure de Judy Garland dans la chanson « Une Étoile est née » du spectacle musical Une Étoile et moi (2009) d’Isabelle Georges et Frédéric Steenbrink) ; « Il cinema porta disgrazia. » (Pietro, l’amant du narrateur homo, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 12) ; « Jean-Rémy inculqua aux Boludos l’art du cinéma, tout en sachant qu’il en serait la première victime. » (cf. la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983) de Copi, p. 60) ; « Je ne me souviens jamais des titres, même des films. » (Vincent, le jeune héros homosexuel de la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; etc.

 

Ils finissent, à leur contact, par être blessés. Comme quelqu’un qui s’est frotté à une plaque coupante. Par exemple, dans le film « L’Homme d’à côté » (2001) d’Alexandros Loukos, Alkis, le héros homosexuel, affirme subir tous les après-midi un feuilleton grec débile, Elvira, que sa grand-mère suit assidûment. Mais ce qu’il ne dit qu’à demi-mot après, c’est que cela lui plaît : « À force d’être scotché devant la télé, je devenais une Elvira ! » Dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, Éric, en zombie télévisuel, dort les yeux ouverts devant la télé. Dans le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le professeur d’université d’Angela meurt devant un film d’horreur projeté dans une salle de cinéma déserte. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Matthew, le couturier homo, se fait assassiner dans la salle de projection où il regarde un film porno gay. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, se retrouve coincé dans une « touze » avec trois mecs qui rêvent de « se taper du rebeu », et qui entre-temps comatent devant leur télévision.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

 

a) Télé et ciné, l’adoration homosexuelle :

C’est peu de dire que les personnes homosexuelles aiment les images déréalisantes télévisuelles ou cinématographiques : littéralement, elles les adorent. Elles sont, à leurs yeux, une véritable religion : « Aller au cinéma, c’est entrer dans une église et assister à une cérémonie. » (le réalisateur Jean-Daniel Cadinot dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 64) ; « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 31) ; « J’avais lu trop de livres, vu trop de films. Ma vie et mes sentiments me dépassaient. » (idem, p. 41) ; « Il y avait quand même la télé, il y avait le cinéma ! » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 30) ; etc. À titre d’illustration, dix pages sont consacrées au cinéma dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon : il s’agit du chapitre le plus long de tous ! Par exemple, dans le documentaire « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti, Andrea, l’une des témoins homosexuels, a sa chambre tapissée d’affiches de films de ciné. Tout le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand est construit sur la base de souvenir de films du héros homosexuel, héros qui s’auto-proclame cinévore : « Je suis cinéphile. Quand j’ai besoin de me défendre, je me fais une palme. » Les personnes homosexuelles sont souvent des (ex)drogués de télévision, de dessins animés, de jeux vidéo, de cinéma. La grande majorité d’entre elles croient que la Vérité sort de la bouche de leurs écrans : pour elles, il va insciemment de soi que « le monde du film est bien plus vrai que la vraie vie » (Frédéric Mitterrand, La mauvaise vie (2005), p. 67). Dans leur discours, réalité concrète et réalité cinématographique se mélangent très fréquemment, même si bien entendu elles sont intellectuellement capables de distinguer les deux et qu’elles s’affairent à se prouver à elles-mêmes et aux autres qu’elles sont capables de détruire les images qu’elles continueront d’aduler. Il semble que ce sont prioritairement les icônes cinématographiques qui ont fait l’effet d’électrochoc du désir homosexuel. Beaucoup de personnes homosexuelles ont voulu coucher avec l’archétype de la beauté défini par leur époque et les médias. Leurs personnages de fiction disent eux-mêmes maintenir « des relations très intimes avec leur magnétoscope » (l’ami gay de Charlie dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear) et tomber amoureux des personnages de leurs livres, de leur télévision, de leurs magazines et des publicités. Elles-mêmes semblent préférer le cinéma à leurs amants : « Décidé. Le cinéma serait ma vie. En moi, malgré moi. Il n’y avait plus que cette vérité qui comptait. Qui continuait de parler. De suivre et d’écrire mon histoire. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 32) ; « Juste avant de partir Slimane a dit : ‘Qu’est-ce que tu préfères, l’amour ou le cinéma ?’ Il ne m’a pas laissé le temps de répondre. Il devait savoir mieux que moi ma réponse. » (Abdellah Taïa parlant de sa rupture avec son ex, op. cit., p. 109) ; etc.

 

Si un certain nombre de personnes homosexuelles croient que les estampes offertes par les médias sont fidèles à la Réalité, c’est notamment à cause d’une révolution technique audiovisuelle qui s’est produite à la fin du XIXe siècle et qui a joué et joue encore actuellement un rôle capital dans nos représentations mentales du monde et dans notre sexualité : je veux parler de la transition des images fixes aux images-mouvement, observable notamment dans le cinéma d’animation. La succession de vingt-quatre images par seconde et les images en 3D peuvent nous laisser croire qu’une photo, par essence morte, a le pouvoir de s’animer et d’aimer sans l’intervention humaine, que notre imagination est la Réalité, que ce que nous rêvons arrive à être tel que nous le conceptualisons mentalement, que le désir de celui qui a accès au maniement des nouvelles technologies iconographiques est tout-puissant.

 

L’impression saisissante de vraisemblance, permise par l’image-mouvement, n’est pas sans risque. L’image déréalisée, en déguisant le mythe en Réalité, peut encourager le passage des fantasmes à la pulsion actualisée, autrement dit la création de réalités fantasmées. Les nombreuses limites invisibles que nous impose l’objet cinématographique qui nous promet tout sans rien changer durablement à notre quotidien va réveiller chez certaines personnalités un fort sentiment de trahison et de frustration. Nous pouvons le constater par exemple avec les films pornos. Au bout d’un moment, l’image, même très réaliste et sexuellement excitante, ne suffit plus : elle en appelle d’autres, exige un passage à l’acte, encourage au désenchantement du monde, et à l’autodestruction. Les médias ne provoquent pas ce qu’ils filment : ils l’encouragent, et peuvent agir symboliquement par les effets désirants qu’ils provoquent en l’Homme. Si l’influence des images déréalisantes sur nos modes de vie n’est pas reconnue (car certaines personnes se servent du fait qu’elle est toujours imparfaite et qu’elle mobilise quoi qu’il arrive notre liberté de spectateurs pour ne pas la reconnaître), elle peut conduire à des comportements agressifs. La transition des images fixes aux images-mouvement nous fait souvent préférer le monde virtuel au quotidien, et donc impulse nos désirs de mort et de réification. Le désir homosexuel me semble être un produit de cette révolution picturale puisqu’il tend naturellement vers le matérialisme, l’« être objet » ou « icône vivante ».

 

Série Queer As Folk (version nord-américaine)

Série Queer As Folk (version nord-américaine)


 

Beaucoup de personnes homosexuelles (surtout celles qui, à certains moments, feignent de les rejeter) adorent le cinéma et/ou la télévision : Francis Bacon, Pedro Almodóvar, Jacques Nolot, Andy Warhol, Jean-Louis Bory, Abdellah Taïa, etc. « Dans les ouvrages de Burroughs, l’influence de la technique du cinéma est partout manifeste. » (Susan Sontag, « William Burroughs et le roman », L’Œuvre parle (1968), p. 147) Frédéric Mitterand, par exemple, crée son propre cinéma, l’Olympic. Dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6), on mesure tout l’impact des vidéos Youtube et Instagram dans l’imaginaire des personnes transgenres.

 

« Je suis toujours aussi émerveillé par la magie du cinéma. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 72) ; « J’allais au cinéma, évidemment, à peu près tous les soirs. » (Frédéric Mitterrand, La mauvaise vie (2005), p. 106) ; « J’ai toujours eu une passion qui est le cinéma. » (Mylène Farmer citée dans la biographie Mylène Farmer, le Mystère (2003) de Mathias Goudeau, p. 60) ; « Je me revois quand j’étais un garçonnet à la peau pâle et aux cheveux blonds cendrés, pas amateur des jeux et de la vie dans la rue pour un sou. […] C’est ainsi que les samedis après-midi je les passais là, dans ma chambre, en regardant sur cette télévision très grande les programmes jeunesse qu’une délicieuse speakerine, María Luisa Seco, annonçait. » (cf. l’article « Entre El Papel Y La Pluma » de Xosé Manuel Buxán, cité dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 173) ; « Je fis une station devant chaque cinéma que je croisai : le Princess, le Palace, le Cinéma de Paris, le Loew’s, le York, pour réchauffer mes pieds autant que pour regarder les affiches. Au York, Sophia Loren et Charlton Heston s’embrassaient passionnément devant un panorama de désert sec et torride, les chanceux ! » (Michel Tremblay dans son roman autobiographique La Nuit des princes charmants (1995), p. 31) ; « La télévision avait de tout temps fait partie de son paysage. Nous en avions quatre dans une maison de petite taille, une par chambre et une dans l’unique pièce commune, et l’apprécier ou ne pas l’apprécier n’était pas une question qui se posait. » (Eddy Bellegueule, parlant de sa mère, dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 63) ; « Vers l’âge de dix ans, je regardais la télévision, comme je le faisais régulièrement toute la nuit quand mes frères et sœurs s’absentaient, partaient dormir chez des amis. » (idem, p. 83) ; « J’appartenais au monde de ces enfants qui regardent la télévision le matin au réveil, […] qui regardent la télévision, encore, l’après-midi, le soir pendant des heures, la regardent entre six et huit heures par jour. » (idem, p. 102) ; « Nous avons bu un verre en regardant des niaiseries à la télévision, occupation pour laquelle Marie-France avait énormément de dispositions. […] Cette Marie-France qui ne s’intéressait qu’aux clés à molette et aux programmes télévisés les plus stupides. » (Paula Dumont décrivant une de ses amies lesbiennes, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), pp. 204-206) ; etc.

 

Dans mon essai Homosexualité intime (2008), j’avais déjà étudié l’attrait des personnes homosexuelles pour la télévision et le cinéma (même si cette idolâtrie se traduit chroniquement par une simulation bobo du rejet de ces derniers). Je n’échappe pas à cette tendance. Dès mon plus jeune âge, je fuyais le Réel à travers la télévision, le cinéma. Non pas que mes parents m’avaient abandonné ou planté devant le poste : au contraire, ils m’avaient inscrit à tout un tas d’activités – foot, scoutisme, dessin, sport… – qui m’écartaient des grands écrans. Mais malgré cela, j’ai quand même réussi à passer mon enfance et mon adolescence devant la télé, si bien que ma mère m’avait surnommé une fois « Monsieur Magnétoscope ». Il suffisait de me demander ce qui passait à la télévision tel jour : j’étais capable de répondre, vu que je connaissais le magazine Télé 7 Jours par cœur !

 
 

 

b) L’idolâtrie vire parfois à la (simulation de) destruction :

Derrière cette idolâtrie homosexuelle, il y a une peur et un manque de confiance en soi qui, poussés à l’excès, se mutent parfois en schizophrénie : « Le cinéma me montrait un monde tellement différent du mien, mystérieux et intrigant ! […] Fasciné par les stars du cinéma, je les imitais. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 48) ; « Vers l’âge de neuf, dix ans, je me suis mis à organiser des émissions fictives de radio et de télévision. Je me prenais pour un animateur […]. Je me prêtais différentes personnalités pour composer mon personnage. Avec une constante : je portais un nom féminin et je parlais, grammaticalement, comme si j’étais une femme. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 28) ; « Ma vie n’était pas si triste mais elle avait ses côtés morbides que je trompais en regardant compulsivement des films. » (Frédéric Mitterrand, La mauvaise vie (2005), p. 255) ; etc.

 

Film "Todo Sobre Mi Madre" de Pedro Almodovar

Film « Todo Sobre Mi Madre » de Pedro Almodovar


 

Beaucoup de personnes homosexuelles, devinant leur fragilité idolâtre sans pour autant l’affronter et la régler, feignent de détester la télé et le cinéma, pour continuer d’aller les voir (en cachette ou sur Internet ou dans leur salle de projection privée bobo) : « La 17e édition a la couleur de l’audace, de la créativité, et défend une cinéphilie LGBT rigoureuse et plus que jamais au-delà des clichés. » (cf. Pascale Ourbih, homme transsexuel M to F, parrain du 17e Festival Chéries-Chéris du Forum des Images de Paris le 7-16 octobre 2011, s’exprimant sur l’éditorial de la plaquette de l’événement) ; « Télé, plus télé, plus été, plus été. Marre de la télé ! Pourtant elle continue à répandre ses images en couleurs, une bouillie de débats de société, d’enquêtes policières, de reportages bidon. Elle s’impose comme, à la campagne, un feu de bûches dans une cheminée. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), p. 118) ; « Je n’ai pas de télévision. Parce que je l’aime trop. Elle est ensorcelante. » (Julien Green dans l’émission Apostrophe, sur la chaîne Antenne 2 le 20 mai 1983) ; « Le cinéma est le lieu de l’absolue cruauté. […] Le cinéma nous inachève. Il nous apprend que nous ne sommes pas entiers, que notre construction est fragile. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 97) ; « Manuel Puig écrit sur la trahison du cinéma qui, en nous faisant rêver de l’impossible, nous empêche parfois de vivre nos possibles. Il brosse le portrait réaliste et impitoyable d’une société qui pratique toutes les hypocrisies, y compris sexuelle, et dont le cinéma des années 1930 et 40 est l’un des principaux modèles de conduite. […] Il entretient un rapport douloureux avec le cinéma qu’il aime. Expression parfaite de son idéal esthétique fait de kitsch et de glamour, le cinéma américain tout comme son contemporain allemand est, avant tout, cinéma de propagande. » (Lionel Souquet, Le Kitsch de Manuel Puig (1996), p. 174) ; « Le Sida est une maladie de la communication. » (cf. un étonnant slogan d’Act-Up désignant le Sida comme cache-misère médiatique et comme une instrumentalisation des personnes homos et de leurs malheurs) ; « Je ne voulais pas qu’on voie que je venais à peine d’être une nouvelle fois rejeté. Que je m’étais trompé. Je ne voulais pas me donner en spectacle. J’avais envie d’errer, de respirer la nuit seul, de traverser cette ville où, depuis que j’avais quitté le Maroc poursuivant des rêves cinématographiques, je me redécouvrais heureux et triste, debout et à terre. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 45) ; etc. Par exemple, le réalisateur homosexuel Pier Paolo Pasolini, pourtant féru d’images, prétendait haïr la télévision et ne jamais la regarder.

 

Il n’y a pas de causalité directe entre homosexualité et cinéma/télé (la télévision ne crée rien : elle n’est qu’une loupe des fantasmes et des volontés humaines, d’un rapport entre l’Humain et ce qu’il voit) : « Les enfants qui regardent la télévision plus de 4 heures par jour avant l’âge de 6 ans ont 5 fois plus de chances d’adopter des comportements violents pour résoudre les difficultés de leur vie quotidienne une fois devenus adultes. (5% de ceux qui regardent la télévision moins d’une heure par jour adopteront des comportements violents, contre 25% de ceux qui la regardent plus de 4 heures) Cinq fois plus, c’est considérable. Mais si on s’intéresse de plus près aux chiffres, on s’aperçoit que 75% des enfants qui regardent la télévision plus de 4 heures par jour dans leurs premières années… n’adopteront pas plus la violence que ceux qui la regardent moins d’une heure ! Comment se fait-il que la consommation massive d’images n’ait eu chez eux aucun des effets redoutés ? C’est tout simplement parce qu’il n’y a jamais les ‘images’ d’un côté et ‘l’enfant’ de l’autre, mais aussi l’histoire de celui-ci, sa famille, ses copains, son école, et l’ensemble de son environnement. Dans tous les cas, c’est l’intrication des images violentes avec de nombreux facteurs qui est décisive. » (cf. l’article « Les jeunes et les images » de Serge Tisseron, dans l’essai Zoom sur l’image (2004), p. 8)

 
 

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