Allez : faites-nous une belle Bête (V + W) corporelle


 

a) Pas Nanarland :

 

On nous présente la comédie musicale « Lalaland » comme LE succès du moment, un « Triomphe absolu ». Je confirme : un triomphe absolu de boboïsme. Les bobos nous vendent leur nostalgie et leur incroyance en l’Amour comme de l’Amour. Et ils le font bien, en plus ! « Lalaland », ce n’est pas du tout « Nanarland ». C’est « Boboland », dans tout ce que le boboïsme peut déployer de qualité et de sincérité, générer de plaisir et de réconfort, même s’il n’y a pas de Vérité et finalement pas de vraie qualité.
 

Dans « Lalaland », on a du mal à voir la déprime qu’est le boboïsme, vu que ce film affiche un vernis consistant de positivité, d’esthétisme, de retenue, de pudeur, de respectabilité et d’hommage fidèle aux genres cinématographiques qu’il reproduit (= la comédie musicale romantique et dramatique), d’éthique, de beauté, de nostalgie, d’humour, d’autodérision kitsch apparemment assumé, de sensibilité, qui se fait passer pour un réenchantement du Réel et du monde. Pour de l’amour. Alors oui, c’est indéniable : le film est plaisant, très bien interprété. C’est une prouesse technique, artistique et émotionnelle. On passe objectivement un bon moment. Et vu de manière extérieure, ça « nous change » de la vulgarité et de la violence des films actuels. Ça évade. Ça fait rêver. Donc en comparaison avec le reste des films, on lui pardonnerait presque la légèreté de ses messages, et son caractère immoral, désabusé, bobo. On le trouverait presque magnifique et aimant.
 

 
 

b) Boboland :

Et pourtant, la déprime et l’immoralité sont bien là :
 

– Le monde et l’Amour sont envisagés comme une comédie musicale, une jolie mascarade, une belle chansonnette « Lalala ». Du point de vue du réalisateur Damien Chazelle et de son entourage bobo, les gens qui nous entourent (filmés façon « Mannequin Challenge » : tous en mode « flashmob », « expression corporelle engagée ») sont des statues, des figurants, un rêve éveillé. Ils sont interchangeables, remplaçables les uns les autres (la figure du double revient très souvent dans le film : Mia et l’actrice célèbre ; Seb et le nouveau mari). Les vies sont parallèles. Les êtres humains deviennent des options, des clones, des hologrammes. Les événements deviennent des circonstances, se répètent et se reproduisent presque à l’identique, comme pour illustrer la vacuité de l’existence (« Lalaland » fonctionne beaucoup sur les « déjà-vus », le rêve éveillé), la notion de destin (si chère aux tragiques) et de déterminisme. Nous ne serions pas libres, et nous devrions consommer/expérimenter tout puisque tout serait écrit, enrichissant, décidé d’avance, à vivre. Quelle horreur de message, quand on y pense.
 

– « Lalaland » nous dépeint un monde aseptisé, sensibleriste mais sans Vérité, vraisemblable mais totalement irréel et sans Espérance, sans foi, sans Jésus, où tout est versatile et en changement. Un monde de perfection lisse. Et le pire, c’est que ça se fait passer pour de la dénonciation, de la révolution ou de l’Amour… alors que c’est une soumission au paraître, au « feeling ». Dans « Lalaland », l’Amour est esthétisé dans la carte postale rétro-kitsch. Mais ces réalisateurs-là n’ont rien compris à l’Amour vrai. Ils ne défendent de l’Amour que sa pseudo désincarnation. À les entendre, l’Amour ne durerait que le temps d’une chanson (cf. la chanson de Céline Dion « Le temps qui compte »). L’Amour n’existerait que de ne pas être consommé, de ne pas être vécu sur la durée. Les adieux sont sacralisés, présentés comme plus authentiques que l’amour durable, officialisé par le mariage, fidèle et prétendument « rangé » et « enfermant ». Immaturité affective d’une époque.
 

– Ce film est un condensé des 60 codes bobos de mon livre Les Bobos en Vérité :

 

Code 1 – Petit-fils de 1968 : Le couple-vedette de cette comédie musicale (Emma Stone dans le rôle de Mia, Ryan Gosling dans le rôle de Sebastian) symbolise la quintessence des seventies, la jeunesse rebelle qui va se ranger dans la vieillesse, le conformisme, le luxe et la carrière. Les héros croient cependant conserver au fond d’eux leur « âme de révolutionnaires » autonomes et affranchis des codes. Par exemple, Mia, lors de son casting, vénère les « rebelles… même s’ils ont l’air fous ». Et Seb est le pianiste maudit, écorché vif, anticonformiste.
 

Code 2 – « Je suis original ! » : Les héros de « Lalaland » sont focalisés sur l’idée de « faire différents », de se démarquer, de mettre leur patte personnelle au monde conformiste/anticonformiste qu’ils essaient d’intégrer. Bref, sur la « Singularité » made in Google (Raymond Kurzweil).
 

 

Code 3 – Haine de la matière, de l’argent et des richesses : Au début du film, Mia et Seb trouvent ça cool d’être sans-le-sou.
 

Code 4 – Le consommateur masqué : Seb qui était un rebelle se retrouve pianiste dans un groupe superstar. Il rentre dans le système capitaliste. Malgré son goût de la bohème, il vit mal son train de vie de pauvre. Il finit par devenir grand patron d’un bar de jazz. Il ne se bat pas pour son couple ni pour vivre en conformité avec ses idéaux de pauvreté : « Je crois qu’il n’y a rien à faire. » Quant à Mia, elle devient une actrice célèbre et richissime. Par ailleurs, Mia et Seb sont suspendus à leur portable, vivent au rythme des « vues » Youtube et des swimming-pool parties. Enfin, on trouve dans ce film un bel exemple de bourgeoise bobo emmerdeuse, avec la cliente du snack-bar qui exige un gâteau sans gluten.
 

Code 5 – La solidarité d’apparat : Seb aime le jazz car celui-ci est issu des quartiers populaires, « est né dans un foyer de SDF ».
 

Code 6 – Plus bourgeois que bourgeois : l’élite du bon « mauvais goût » : Seb, même en étant photographié avec mauvais goût en tant que pianiste d’un groupe à la mode, n’en perdrait pas sa classe et son talent « brut ».
 

Code 7 – Jargon vulgos-pédant : Mia et Seb, même s’ils se rêvent femme et homme du monde, se permettent d’être vulgaires, de faire des doigts d’honneur, de s’exprimer comme des charretiers. Pour « casser les codes ».
 

Code 8 – Parler anglais : L’américanité du film « Lalaland » n’est pas à prouver.
 

Code 9 – Optimisme et Espoir : Tout le film repose sur la positivité. Il n’y a pas d’Espérance, mais il y a de l’espoir, de l’optimisme, de la combativité. Le message, c’est « il faut prendre de la vie ce qu’il y a de bon. Tout mérite d’être vécu, même si c’est éphémère et que ça dure le temps d’une chanson, d’un lalala ». Il faut se battre pour ses rêves, même s’ils sont irréalisables. « C’est ton rêve. ». Il faut être révolutionnaire en réalisant ses projets.
 

Code 10 – Adjectif « Petit » : Pensons au plaidoyer pro-minorités (ridicule) de Mia pendant son casting : en prenant comme exemple sa tante artiste bobo, elle remercie tous les ratés de la terre : « Merci aux doux rêveurs, même s’ils nous laissent songeurs. Merci à leurs ratures. »
 

Code 11 – « Je ne souffre pas ! » : Aucun personnage du film ne montre ses doutes, ses péchés. Ils sont tous persuadés d’avoir raison, même quand ils se plantent et galèrent. Ils pleurent leurs échecs, mais pas leur culpabilité ni leurs fautes. Ils regrettent juste que ça ne marche pas.
 

Code 12 – Globe-trotter : Plusieurs scènes du film nous montrent les deux héros en cavale, sur les routes ou la voie lactée.
 

Code 13 – Canapé : À un moment, Mia se retrouve assise sur un canapé destroy.
 

Code 14 – Scooter : La voiture décapotable avec le « vieux » klaxon, si typique et personnalisé, c’est un cri d’amour (bobo) !
 

Code 15 – Mosaïque multiculturelle : Le film « Lalaland » se veut un hymne à la mixité mondiale (Mannequin Challenge, diversité de supermarché, flashmobs) C’est la société « Toi + Moi (+ Lui + tous ceux qui sont seuls) ».
 

Code 16 – Fanfare jazzy : Seb est un futur patron d’un club de jazz. Il veut monter un bar samba-tapas (véridique). Le jazz est montré comme une institution sacrée… qui arrive à convertir même ceux qui le considéraient comme une musique d’ascenseur.
 

Code 17 – Le vieux marin breton : Seb danse avec une vieille dame noire sur un ponton de bords de mer. Mia rend hommage à sa vieille tante, icône de liberté anticonformiste artistique.
 

Code 18 – Vive le vieux ! : Tout le film est fondé sur le rétro, la nostalgie passéiste, la reproduction stylée du vintage des années 1950-60-70. Les héros vivent leur petite vie contemporaine entourés de vieux objets : vinyle, tourne-disques, vieilles bagnoles, vieux tubes musicaux, anciens hôtels habités par les stars du ciné hollywoodien, monde des pin-up, etc.
 

Code 19 – Chapeau Charlie Winston : Seb et ses amis portent des chapeaux vintage. Dans le genre, on a le personnage de Keith, sorte de Pharrell Williams.
 

 

Code 20 – Clope : Seb ne fume pas… mais il boit. Parce qu’il est éduqué mais quand même cool.
 

Code 21 – Ville européenne : La ville est contemplée de loin, comme un cliché romantique. Mais omniprésence. Et Paris, LA ville européenne, est sacralisée.
 

Code 22 – La Passion pour la Nature, le Vent et la Mer : Seb se retrouve sur un ponton Fahrenheit, et se contemple en train de « philosopher » face à la mer. Mia et Seb s’en vont également au vert, dans un parc.
 

Code 23 – « La Nature me domine et prouve ma méchanceté d’être humain. » : Souvent, les images du film sont percées d’un rayon de soleil seventies bobo pour flouter la carte postale et la rendre mythique. Et par ailleurs, l’attraction des corps humains est montrée comme irrépressible, cosmique : ce sont les astres qui commandent !
 

 

Code 24 – « Je ne crois pas en Dieu mais je fais comme si » : Les héros de « Lalaland » croient au « Destin ». Le message de fond du film, c’est qu’il faut « se battre pour ses rêves », « avoir l’envie » (Seb s’adressant à Mia), « raconter une histoire » (cf. consigne du casting de Mia, très Cours Florent). C’est le primat de la sincérité, de l’intuition, du « projet » (« Je dois lancer mon projet. » déclare Seb), du « lâcher prise », de la volonté individuelle, de la combativité, de la « foi » en tant que « foi en soi-même », de l’onirisme. Affligeant.
 

Code 25 – Nostalgie de la messe du dimanche et de la vie communautaire : Il n’est pas du tout fait référence à Jésus ni à l’Église Catholique. En revanche, on retrouve dans « Lalaland » des pastiches profanes de messes, des égrégores, des moments de grande communion émotionnelle : le concert de Keith, la colocation de Mia avec ses 3 copines, la scène d’ouverture sur l’autoroute (rituel de l’embouteillage), etc.
 

 

Code 26 – Festi-schisme : L’une des ritournelles coconnes du film, c’est que La vie est une fête.
 

Code 27 – New Age et psychologie : Mia et Seb se retrouvent à l’observatoire d’astronomie du film « La Fureur de vivre ».
 

Code 28 – Ni remords ni péché : Dans « Lalaland », on observe chez les deux héros beaucoup d’orgueil, et pas de demande de pardon, de repentir. Une désinvolture qui se veut optimiste et qui ne dira jamais qu’elle regrette ce qui s’est passé. L’important, selon Mia et Seb, c’est de « tout assumer ». C’est particulièrement visible quand, à la fin du film, Mia part de la boîte de jazz, sans se retourner.
 

Code 29 – L’enterrement bobo : Rien à signaler.
 

Code 30 – Croisade iconoclaste contre les « clichés » : Alors que ce film est un hommage aux clichés, les personnages se veulent anti-clichés. Par exemple, Seb veut faire du « free jazz ». Mia, elle, écrit une pièce autobiographique (un one-woman-show) naze, narcissique, iconoclaste mais finalement très cliché.
 

Code 31 – Super-Zéro : Seb et Mia planent dans la Voie lactée, ou bien se retrouvent sur le toit du monde, surplombant la ville la nuit… pour s’avouer que leur amour est impossible, qu’ils n’assument pas leurs sentiments (top bobo : le bobo ne supporte pas de dire franchement « Je t’aime »), que leurs chaussures leur font mal au pied. Un super-héroïsme de losers.
 

Code 32 – La folie pour le blanc (sali) : Mia et Seb se baladent dans des décors tout en blanc. Par ailleurs, Mia place sa tante-artiste dans une carte-postale immaculée : « Elle, la Neige et la Seine ».
 

 

Code 33 – Barbu : On a droit dans « Lalaland » au quota de barbus et de mal-rasés. Parce que c’est le style cool.
 

Code 34 – Silence et Pudeur sacrés : On n’a pas de scènes de sexe. Et le film « Lalaland » essaie de faire passer les héros pour des gens respectueux, qui ne se sautent pas dessus.
 

Code 35 – La voix-off insupportable : Les chansons sont parfois slamées, « salies » par les rires nerveux et le côté backstage, pseudo improvisé, susurré.
 

Code 36 – Bougies : Guirlandes électriques, les bougies partout (pas les chandelles des aristos, voyons !), les lampions, etc., l’éclairage bio est bien là !
 

Code 37 – Le mariage bobo : Pensons au mariage bobo de Laura et Jordan, qui proposent un concert dans leur jardin ! Viva Boboland !
 

Code 38 – Le blogueur catho (et sa bière !) : Seb a pour projet de monter un bar cool : « Je servirai du poulet, de la bière et du jazz. » (Eh ben je ne viendrai pas)
 

Code 39 – Le bobo d’extrême droite : Rien à signaler.
 

Code 40 – Dandy Queer & Camp : Seb est le prototype du dandy class et wild. Et Mia, lors de son casting, rend hommage à sa tante-artiste « dérangeante ». Les bobos font habituellement l’éloge de la folie : « il faut un petit grain de folie pour mettre des couleurs à la vie. »
 

Code 41 – Style artistique sobre-trash : Dans « Lalaland », le boboïsme bat son plein avec le savant mélange du rétro et du moderne. On a des séquences filmées en Super-8, façon vintage. Ce film – sur la simplicité – a dû coûter une blinde !
 

Code 42 – Pas d’humour : On ne rigole pas beaucoup en regardant « Lalaland ». Sans doute parce que le conformisme et l’absence de liberté plombent les rires qui auraient pu être suscité par l’énonciation de Vérités gênantes.
 

Code 43 – Photolâtrie : Mia prend des photos et vit pour son ordinateur portable. La figure de l’artiste divin aux doigts d’or est célébrée.
 

 

Code 44 – « J’aime / J’aime pas » (les listes) : Le couple Mia/Seb se forme autour des goûts, et non autour des valeurs ni de la foi. L’Amour est clairement confondu avec les goûts, le ressenti, le sentiment. Par exemple, Mia vit un coup de foudre en rentrant dans le restaurant où elle voit Seb jouer au piano. Elle retombe amoureuse de lui en pénétrant dans une salle de ciné. Et enfin, en rentrant dans le club de jazz à la fin.
 

Code 45 – Promenade chorégraphique : Très souvent dans « Lalaland », l’Amour est considéré comme une musique (la musique au cœur), un clip. C’est l’amour-cinéma : les personnages sont toujours devant des écrans de ciné, et cherchent à reproduire leurs films préférés.
 

Code 46 – Sifflotements, xylophones, banjo et piano : « Lalaland » a choisi le piano-bar comme scène sacrée. Plusieurs chansons du film prennent comme base le sifflotement désinvolte de l’artiste cool. La toute dernière chanson du film, c’est Mia qui fredonne, « l’air de rien ».
 

Code 47 – Le monde enfantin désenchanté : Les enfants sont quasiment absents du film.
 

Code 48 – Le divertissement jeunesse confié au bobo : À la fin du film, l’enfant de Mia est confiée à la nounou trentenaire.
 

Code 49 – « L’Amour n’existe pas. Les amours (éphémères) oui. » : Le film défend l’idée que « l’amour dure 3 ans » (Beigbeder), que l’Amour serait vrai par son impossibilité et par son intensité/fulgurance, parce qu’il est platonique et impossible. Maladie du romantisme ! Mirage des libertins nostalgiques ! Les héros passent leur temps à rêver leur vie. Notre époque souffre d’ignorer et de caricaturer l’Amour.
 

Code 50 – « Je suis vivant » ou « J’ai aimé » : Même si le couple Seb-Mia décide de se séparer et qu’en réalité il ne fonctionne pas et ne s’aime pas (puisqu’il ne dure pas), les deux tourtereaux se persuadent quand même qu’ils « ont aimé » : « Je t’aimerai toujours. » déclare Mia à Seb ; et ce dernier lui répond : « Moi aussi. ». Et pourtant, ils n’assument pas de se pardonner et de fonder une famille.
 

Code 51 – « L’amour s’impose à moi. Je le construis par mon ressenti » : L’amour entre Mia et Seb commence par un doigt d’honneur (tout un programme…). Puis aussi par une infidélité : Mia trompe son petit ami Greg avec Seb. Les premiers contacts entre Seb et Mia sont très violents (y compris physiquement), méprisants. L’amour est présenté comme une énergie cosmique, une confluence des astres, un processus intense et « purement » quantique/physique : « le champ magnétique des pôles » Les bobos sont incapables de lier l’Amour à la liberté et au pardon. Pour eux, c’est forcément violent ET naturel.
 

Code 52 – « J’aime là où je ne désire pas/ne m’engage pas » : Dans « Lalaland », l’amour serait là où on ne l’attend pas, voire même où on déteste. Il ne faut surtout pas désirer !
 

Code 53 – « Je t’embrasse… Prends soin de toi… » : Seb se revendique comme « romantique ».
 

Code 54 – « Je ne drague pas. Et c’est pas sexuel. » : « Je ne veux rencontrer personne ! » s’insurge Seb, qui n’assume pas sa recherche amoureuse. Et quand Mia court le rejoindre au ciné, leurs doigts s’effleurent. Leur union est désincarnée, désinstitutionnalisée, pas assumée, asexuée.
 

Code 55 – Mademoiselle : La tante de Mia, actrice d’une troupe itinérante, qui jouait pieds nus, est vraiment le cliché de la bobo : l’artiste indépendante, créative, sulfureuse, incapable de se donner : « Elle aimait la bouteille. » Elle était un peu folle…
 

Code 56 – Trio bisexuel (en plein déménagement…) : Mia est prise en sandwich entre Seb (son amour de jeunesse) et son mari actuel. Ou bien elle ne sait pas choisir entre Greg et Seb.
 

Code 57 – Le mariage (ou pas) : Les héros du film ne se marient pas. Ils vivent ensemble sans s’engager. Quant au mariage, il est réduit à un statut social, un arrangement administratif, un choix certes arrangeant et pas désagréable mais un peu illogique et triste.
 

Code 58 – « Famille, tu me saoules ! » : Dans « Lalaland », la famille n’est pas représentée (sauf à la fin : comme une vie ennuyeuse et faite de faux-semblants). Et les parents ou les vieux sont à peine visibles.
 

Code 59 – L’enfant : mon projet et mon pote : L’enfant de Mia est confiée à la nounou, délaissée par ses parents qui préfèrent aller s’éclater et vivre pour leurs goûts. C’est l’enfant-pote.
 

Code 60 – Bobo homo : Enfin, Mia est l’ambassadrice du « mythe pansexualiste du ‘féminin sacré’ » prédominant dans la pensée New Age (cf. le livre Les Raisons d’espérer (2008) de Monseigneur Léonard, p. 93). Elle est l’archétype de la success story à l’américaine, mais cette fois incarnée par la working-woman (dite « plus forte et déterminée » que les hommes) plutôt que par Seb.
 
 

c) En conclusion :

Oui. « Lalaland » n’est pas un navet techniquement parlant (car les bobos savent maintenant faire des prodiges de technicité et de jeu pour masquer l’absence de fond). Mais c’est quand même un navet moralement parlant. C’est un film pour midinette bobo dépressive, immature et déçue de l’Amour, tous sexes confondus. Les concepteurs de ce genre de films ne sont pourtant pas des amateurs ni des radins : ils mettent les formes, soignent et assument leurs références culturelles (même kitsch), pensent au confort de leurs spectateurs, leur en donnent pour leur argent et leur plaisir, ont une forme de probité et de générosité. Ce n’est pas ça le problème. En revanche, inconsciemment, je crois que ce sont des hédonistes dépressifs, et des menteurs sincères. Ils nous proposent une merde. Mais une merde qui a du goût, et un peu plus de goût que bien des merdes qui sortent aujourd’hui au cinéma. Cela dit, ça reste une merde. On nous infantilise en nous montrant une prison dorée hollywoodienne. Alors ne nous faisons pas avoir ni prendre par les émotions. « Lalaland » est immoral et n’est pas au service de la Vérité. Ce n’est certainement pas le Film du Siècle. Arrêtons et réveillons-nous.
 

 

P.S. : Pour lire d’autres critiques de films que j’ai écrites, voir « Le Pape François », « Tu ne tueras point », « La Cinquième Vague », « La Vie d’Adèle », « Le Petit Prince », « Le Tout Nouveau Testament », « Marguerite », « Le Monde de Dory », « Vice & Versa », entre autres. Pour ce qui est des émissions de télé, lire « The Voice », « Mariés au premier regard », etc. Enfin, pour commander Les Bobos en Vérité, voici le lien.