Un sucre et tais-toi !

 

Synopsis de la pièce : Un jeune homme homosexuel, William, déprime dans la garçonnière de son amant Georges, un homme marié bisexuel et père de famille, avec qui il vit une liaison secrète et en pointillé, et dont il ne supporte plus les nombreuses absences. Il lui fait un chantage au suicide et menace de déménager définitivement de leur luxueux appartement commun (un ouvrier hétérosexuel, Pierre, s’occupe d’ailleurs de ce déménagement) si jamais il ne décide pas de stopper sa double vie et qu’il ne choisit pas de se consacrer entièrement à leur « couple ». Adèle, la sœur de William, sert d’intermédiaire et de médiatrice pour gérer la crise. Pierre a un coup de cœur pour elle… mais il ne sera pas réciproque. Le couple William/Georges va se réunir et décider d’être plus complet dans son engagement.

 
 

SUGAR affiche

 

Une pièce nulle ou bête ne suffit pas, en général, à me faire écrire un article. Je n’ai pas trop de temps à perdre (si je commence à écrire sur toutes les pièces nulles que je vois, je n’ai pas fini). Et puis il est difficile d’en vouloir à l’ignorant et à ses productions pleines de bons sentiments gays friendly. La plupart du temps, je passe mon chemin.

 

SUGAR caricature

 

En revanche – et ce fut le cas pour la pièce des Virilius d’Alessandro Avellis, ou bien encore pour la pièce Sugar de Joëlle Fossier que j’ai vue hier soir –, quand l’ignorant en question se la joue père-la-morale sur scène, donneur de leçons, agresseur menaçant, et que, en plus de nous prendre pour des cons, il devient violent et essaie de nous faire passer pour plus cons que lui, le tout en se victimisant, là, c’est autre chose. Là, on a le devoir de s’énerver, et pas qu’un peu. Personnellement, dans ces cas-là, j’ai comme une grosse envie de régler son compte à l’attitude de petit merdeux (en l’occurrence ici, de petite merdeuse) de l’auteur de la « comédie » dramatique.

 

Car il s’agit bien d’un dressage dont j’ai été témoin hier. Un dressage sur ce qu’il convient de penser ou de ne pas penser. Un dressage s’adressant aux récalcitrants qui n’auraient toujours pas collaboré au domptage du « mariage pour tous » et à ses conséquences sociales (pour le moins ambiguës et graves), aux « réacs » homophobes qui rechigneraient à avaler le morceau de sucre de Maman Taubira (ou ici, de Maman Fossier).

 

Le mot « dressage » n’est pas excessif et me semble particulièrement bien adapté à la pièce Sugar puisque les sanctions dont Joëlle Fossier menace tacitement le public sont annoncées et illustrées sur scène par le procès en « homophobie » que les personnages homosexuels ou gays friendly de la pièce (le beau William et sa sœur fusionnelle Adèle) font encourir aux personnages hétéros comme bisexuels (Georges, l’homme marié et amant secret du jeune William ; puis Pierre, l’ouvrier hétéro), personnages caricaturaux au possible (je dis « caricaturaux » car par exemple, je n’ai jamais vu, dans la réalité, un individu comme le personnage de Pierre passer aussi rapidement d’un discours gay friendly à un discours clairement homophobe ; je n’ai jamais vu non plus un homme marié bisexuel comme le personnage de Georges retourner aussi rapidement sa veste à l’homosexualité en jetant par-dessus bord femme et enfants de sa précédente vie hétérosexuelle).

 

L’ensemble de la pièce de Joëlle Fossier nous susurre à l’oreille : Voilà ce qui va vous arriver si vous ne dites pas que le couple homo est (je cite) « un amour extraordinaire », si vous n’êtes pas d’accord avec le « mariage pour tous », si vous n’applaudissez pas à l’adoption et à la PMA/GPA pour les couples de même sexe et que vous esquisseriez, comme le personnage de Pierre (l’hétéro), l’ombre d’un doute sur la justesse de ces lois/pratiques.

 

T'as un problème ?

T’as un problème ? (Le piège antihomophobie se referme sur Pierre, l’abruti d’hétéro)


 

En gros, la condamnation publique que subit d’abord William, puis finalement Pierre, est la mise en scène de la victoire de l’inceste (féministe, bisexuelle, homosexuelle et matriarcale) sur la paternité et les hommes-mâles en général (cf. je vous renvoie ci-dessous en fin d’article  au décryptage de la pièce à travers le tamis de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Sugar est un parricide symbolique, officiellement par la promotion d’un amour asexué universel (et donc possiblement homosexuel), concrètement par la pratique de l’inceste, du libertinage et du divorce homme-femme.

 

Les deux amants William et Georges

Les deux amants William et Georges (l’« Amour fou »)


 

En voyant hier cette pièce qui, au départ, démarrait bien (les dialogues sont bien écrits, et les comédiens jouent plutôt bien, voire même très bien pour Stéphane Douret) devenir un jugement de personnes et une soupe idéologique à la pensée unique désincarnée et misandre, j’ai peu à peu déchanté.

 

Comment des personnages aussi peu aimants à l’image (le couple William/Georges passe son temps à se déchirer), aussi vulgaire (Adèle ou encore Pierre ne brillent pas par leur classe), aussi intolérants (le personnage d’Adèle défend comme une lionne son frère William en insultant et humiliant Georges), aussi peu innocents (William trompe Georges ; Georges abandonne sa femme et ses enfants ; William et Georges sont prêts à se marier et à obtenir des enfants à n’importe quel prix), aussi brutaux (William et son amant Georges en viennent aux mains ; Pierre, l’hétéro, se fait provoquer, draguer puis gifler par le couple homo William/Georges), aussi incestueux (Adèle est totalement fusionnelle avec son frère homo William et se fait passer pour sa petite copine), aussi déséquilibrés (William fait une grave dépression, est suicidaire et sombre souvent dans l’hystérie), peuvent avoir le culot et la prétention ensuite de jouer les victimes et de se présenter comme les chantres de l’amour, de la fidélité, de l’ouverture d’esprit, de la justice, de l’équilibre, de la famille ? Mais pour qui se prennent ces acteurs et ces metteurs en scène ?? Il faudrait qu’on gobe cette couleuvre en applaudissant des deux mains leur hypocrisie puante ??

 

Le Tribunal des sourcilleux antihomophobie are watching you !

Les antihomophobie are watching you ! (William, Adèle et Georges guettent le dérapage « homophobe » de Pierre l’hétéro)


 

Et encore. S’ils étaient un petit peu humbles, on leur pardonnerait presque leur aveuglement et leurs bonnes intentions gays friendly. Mais avec Sugar, la bêtise se pare de prétention, de manichéisme, de moralisme, joue le grand Seigneur qui rend les copies et va distribuer les bons et les mauvais points (les morceaux de sucre, quoi) à tout le monde : ça finit avec la conversion téléphonée (et improbable) de Georges, l’homophobe recalé et repêché in extremis par « l’amour » et par l’argumentaire-massue homo-identitaire-amoureux ; avec la fessée déculottée de Pierre l’éternel homophobe qui, en plus d’avoir perdu l’amour de sa vie (Adèle), n’a plus qu’à s’en aller en portant le bonnet d’âne honteux de l’hétérosexualité homophobe ; et avec la happy end parachutée, volontairement kitsch, et carrément cynique, du « bonheur retrouvé » entre William et Georges. Rideau sur ce piteux scénario manichéen.

 

Depuis l’approbation de la Loi Taubira, les personnes homosexuelles et leurs suiveurs gays friendly, les socialos déçus qui ont à présent de plus en plus de mal à faire perdurer autour d’eux la présomption d’innocence et d’amour, se donnent parfois le luxe, à travers des pièces moralistes comme Sugar, d’être artistiquement agressifs, râleurs, cyniques, de se venger d’eux-mêmes, de leur propre naïveté et de leur mauvaise gestion de l’amour, sur leurs personnages et sur leur public. Attitude détestable de petits cons donneurs de leçons s’il en est.

 

SUGAR Femme fellinienne

Les Femmes fortes gays friendlys vont parler : Attention ! La Messe !


 

Et le plus triste, c’est que le public du Vingtième Théâtre, censé avoir un peu plus de culture et de jugeote que les Français qui n’ont pas les moyens ni l’initiative de sortir au théâtre, semble gober massivement le morceau de sucre en hurlant « bravo ! encore ! un autre ! » à la fin du spectacle, et en ovationnant massivement ces œuvres de propagande idéologique à deux balles. En France, nos « élites » artistiques et intellectuelles, qui devraient avoir un minimum de sens critique pour comprendre les contradictions de pièces comme Sugar, et ne pas les cautionner, deviennent peu à peu des moutons. À mon insu, j’observe, impuissant, la dégringolade : force est de constater que beaucoup de nos artistes et intellectuels influents sont véritablement en train de démissionner.

 

SUGAR Romero

 

Ça m’a paru flagrant hier. Je suis ressorti de la salle en me disant que nous étions actuellement replongés au « bon vieux temps » du communisme, où la pensée unique règne en maître, et où les intellectuels sont isolés, pointés de « fachos », envoyés parfois dans des goulags encore inconnus, dans l’indifférence gauche-caviar quasi générale. Nos ancêtres avaient pourtant juré, après 1945, qu’on ne les y reprendrait plus. Tu parles. Nous sommes rentrés concrètement dans un pré-contexte national de dictature, construit de toutes pièces par les anti-fascistes d’aujourd’hui. Oui. Sans alarmisme je le dis. La situation de la France est inquiétante. Et la pièce de Joëlle Fossier n’est qu’un morceau de sucre de plus de l’effet-dominos de la chute que nous vivons actuellement. Ni plus, ni moins.

 

 

SUGAR Billet Réduc

 
 
 

Décryptage de la pièce à travers le Dictionnaire des Codes homosexuels :

 

Code « Amant triste » : « Je suis pas triste. Je suis désespéré. » (William, le héros homosexuel vivant une dépression à cause des absences de son amant Georges)

 

Codes « Milieu psychiatrique » + « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ » + « Mort (suicide) » : William, le héros homosexuel, est dépressif, fait des crises de tétanie et d’angoisse depuis qu’il est petit (ça ressemble à des crises d’épilepsie), est fragile psychologiquement et a des tendances suicidaires (parce qu’il ne supporte pas les absences de Georges, son amant négligent) : d’ailleurs, ses chantages amoureux prennent des allures de tragédie grecque.

 

Code « Obèses anorexiques (Poison) » : William, le héros homosexuel, par dépit amoureux, arrête de manger pendant des semaines… et il est pourtant surnommé « Sugar » (« sucre » en anglais) par son amant Georges. Ce dernier est comparé à un poison : « Tu m’empoisonnes. » (William)

 

Codes « Pygmalion (Statues) » + « Peinture » + « Collectionneur (Matérialiste) » : Georges, le héros homo, possède dans son appartement des statuettes, des tableaux de maîtres.

 

Code « Eau » : « Mon poisson rouge, je le garde. » (William, le héros homosexuel)

 

Code « Chat » : William, le héros homo, se fait surnommer « mon p’tit chat » par sa sœur Adèle.

 

Code « Infirmière » : William, le héros homo, surnomme sa sœur Adèle « Blouse blanche ». Et pour cause : cette féministe invétérée exerce le métier d’« infirmière-urgentiste » Bizarrement, elle effraie un peu son frère, qui ne veut pas trop être réifié ni étudié par elle : « Enlève ta blouse. Elle m’intimide. » Et on comprend pourquoi : Adèle n’exerce pas que la médecine. Elle est un peu sorcière et prédit l’avenir dans le tarot. Sa dualité peu scientifique finit même par exciter la colère de l’amant de William, Georges, qui insulte l’infirmière de « baiseuse de mes deux ».

 

Code « Médecines parallèles » : Adèle, la sœur du héros homosexuel, est une « infirmière-urgentiste » dont les méthodes sont quand même bizarres car elle lit dans les tarots et fait appel à la voyance. Son frère s’en étonne : « Comment une personne telle que toi peut croire ce que disent les cartes ? »

 

Code « Voyante extra-lucide » : Adèle, la sœur de William (le héros homosexuel), lit dans les tarots et fait appel à la voyance. « On va voir ce que disent les cartes… […] La nuit entre deux rondes, j’interroge les arcades du futur. » Voyant que ses prédictions se révèlent justes, Georges, l’amant de William, lui propose de se professionnaliser : « Vous n’en ferez jamais un métier, de la voyance ? »

 

Code « Inversion (Carte) » : Adèle, la sœur du héros homosexuel, lit dans les tarots et fait appel à la voyance. « On va voir ce que disent les cartes… » Quand elle tire les cartes à Georges, l’amant de William, elle lui révèle la violence de sa personnalité et de leur amour à lui et William : « C’est drôle… Je ne tombe avec vous que sur du pique et du carreau. »

 

Code « Fleurs » : Adèle offre un bouquet de fleurs à son frère gay William.

 

Code « Sommeil » : « Tout ce que je veux c’est dormir. » (William, le héros homo dépressif)

 

Code « Trio » : Le trio gay friendly William/Georges/Adèle forme une coalition pour mater « l’hétéro » homophobe Pierre qui a eu la cuistrerie de draguer franchement Adèle (Non mais dis donc !).

 

Code « Carmen » : Adèle est la femme en rouge.

 

Code « Moitié » : L’amant homosexuel, Georges, est à la fois invisible (il est toujours absent) et bipartite : « Finalement, elle a trois jambes, cette fiancée ? » (Adèle s’adressant à son frère homo William en feignant d’ignorer le sexe de son amant Georges) William finit par le confondre avec un pyjama à « deux pattes et deux manches en chiffon ».

 

Code « Manège » : La relation entre William et Georges, pourtant présentée comme formidable et authentique, bat de l’aile : « Elle n’était pas vouée à l’échec. » (William) ; « Nous devenons deux êtres médiocres vivant une relation médiocre. Trop forte pour que tu t’en prives. Pas assez forte pour que tu te battes pour elle. » (William s’adressant à Georges) ; « C’est terrible de s’apercevoir qu’on aime si mal la personne qu’on aime. » (Georges)

 

Code « Pygmalion » : « C’est mon monument à moi. » (William parlant de son amant Georges)

 

Code « Drogues » : « Je suis addict. C’est pire qu’une drogue. » (William parlant de son amant Georges)

 

Code « Éternelle jeunesse (Refus de grandir) » : William, le héros homosexuel (le plus jeune du couple homo formé avec Georges), veut rester en enfance : « Pourquoi faut-il grandir, Adèle ? c’est si bon, l’enfance. »

 

Code « Amoureux » : « Tomber amoureux, c’est l’Âge d’Or ! » (Pierre l’hétéro) ; « Chacun fait c’qu’il veut. » (Pierre n’osant pas se positionner sur l’homosexualité, idem). La partie « Tu ne sais pas aimer » : « C’est terrible de s’apercevoir qu’on aime si mal la personne qu’on aime. » (Georges, le héros homosexuel faisant son autocritique, dans sa relation coûteuse avec William)

 

Code « Inceste entre frères » : William, le héros homo, et Adèle sa sœur, ont une relation particulièrement fusionnelle et incestuelle : elle l’appelle « mon p’tit chat », est particulièrement collante. Et William lui a décerné un statut exceptionnel : « C’est la sentinelle de ma vie, ma sœur. Mon pilier. » Georges, l’amant de William, ignore d’abord qu’elle est la sœur de son compagnon. « Vous êtes sa mère, sa nounou, sa petite amie ? » Et Adèle accepte d’être un peu tout, joue à être l’« ex » de son frère. Quand Georges découvre qu’Adèle a pris sa place dans le cœur de William, il s’insurge contre cette « copine » envahissante : « Qu’est-ce que c’est que cette sangsue ? »

 

Code « Doubles schizophréniques » : William, le héros homo, et Adèle sa sœur, ont une relation particulièrement fusionnelle et incestuelle. Ils semblent inséparables et sont même une menace pour l’amant de William, Georges : « Qu’est-ce que c’est que cette sangsue ?? » demande ce dernier pour les déscotcher.

 

Code « Inceste » : William sort avec un homme marié, Georges, qui a le double de son âge.

 

Code « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu » : William sort avec un homme marié, Georges, qui a le double de son âge, et qui l’infantilise en l’appelant « Sugar ».

 

Code « Homme invisible » : « Je ne vous imaginais pas. » (Adèle s’adressant à Georges, le compagnon jusque-là inconnu de son frère) ; « On s’est quittés aux aurores sans avoir échangé un mot. Je ne me rappelle plus de sa tête. » (William après son aventure avec un inconnu)

 

Code « Femme fellinienne géante et pantin » : avec Adèle, la femme féministe en rouge, à la poitrine imposante, et défendant la « montée » du pouvoir des femmes.

 

Code « Mère gay friendly (Intuition féminine) » : Adèle, la sœur du héros homosexuel William, est celle qui devine tout (elle est voyante, d’ailleurs) et qui a compris l’homosexualité de son frère avant tout le monde : « Je savais même que tu savais que je savais. » (William) Adèle fait des leçons à Georges, le copain de William, sur le fait qu’il n’assumerait pas totalement son couple avec William. C’est elle à qui revient la tache de débusquer et de mater l’homophobie intériorisée qui traîne chez l’homme marié bisexuel. Et cette inquisitrice gay friendly fait la leçon aux hétéros qui ne la suivraient pas immédiatement dans son grand élan de solidarité pro-gays et qui esquisseraient l’ombre d’un doute sur la véracité de l’amour homosexuel : « Deux hommes ensemble, ça vous dérange ? » menace-t-elle Pierre, l’hétéro pas très assuré ni très expert sur l’homosexualité. La gentillesse écrasante de la Miss France autoritaire, un chouïa gestapo arc-en-ciel.

 

Code « Homosexuel homophobe » : Adèle, la sœur du héros homosexuel William, fait des leçons à Georges, le copain de William sur le fait qu’il n’assumerait pas son couple avec William parce qu’il ne délaisse pas son statut bancal d’homme marié bisexuel. Elle et son frère le maltraitent verbalement et physiquement : « Tu te fous de moi ! Ça fait cinq ans que tu m’abreuves de mensonges ! Marre ! Marre ! Marre ! Marre d’être englouti dans ta double vie ! » (William) Les homosexuels assumés (ou leurs défenseurs gays friendly) font le procès des hommes bourgeois bisexuels, donc de leurs amants secrets.

 

Code « Promotion ‘canapédé’ » : avec Georges, le notaire, marié… et homosexuel planqué.

 

Code « Symboles phalliques » : Adèle soupçonne Georges, le copain de son frère William, d’être impuissant parce qu’il n’assume pas de quitter sa femme pour vivre avec William : « Il est mal loti, mon William, avec un impuissant… »

 

Code « Faux révolutionnaires » : Adèle reproche à Georges, le copain de son frère William, de ne pas vivre pleinement son homosexualité au grand jour avec William. William est l’homosexuel courageux et malheureux à cause de la lâcheté de Georges « l’homme qui n’assume pas l’amour qu’il lui porte ». C’est une pièce où on nous fait la morale, pour nous faire comprendre que la culpabilité de l’homme marié bisexuel qui ne s’assume pas pleinement homo et qui ne reconnaît pas « l’amour véritable » est criminelle. À la fin de l’histoire, Georges, face aux résistances de Pierre l’hétérosexuel (qui s’obstine à être gêné par le « mariage pour tous »), se montre inquiet concernant la montée de « l’homophobie » en France : « Comme quoi, 3 ou 4 décrets, c’est pas suffisant pour assurer notre liberté du jour au lendemain. »

 

Code « Destruction des femmes » : La misogynie de Georges, l’homme marié bisexuel, va s’accroître à mesure qu’il choisit de devenir un homosexuel exclusif : « Les femmes sont de plus en plus insupportables. » Il se met à rêver d’un monde sans femmes, puis s’en excuse à peine : « On ne peut pas s’empêcher d’espérer l’impossible. C’est humain. »

 

Code « Voyage » : Georges est un notaire qui est sans cesse en voyage : William, son copain, ne supporte plus ses absences.

 

Code « Liaisons dangereuses » : William engueule son amant Georges à cause de ses absences : il lui dit qu’il est fou d’amour pour lui, mais avec une agressivité qui laisse entendre le contraire : « Tu te fous de moi ! Ça fait cinq ans que tu m’abreuves de mensonges ! Marre ! Marre ! Marre ! Marre d’être englouti dans ta double vie ! » Il le maltraite verbalement et physiquement.

 

Code « Bonbons » : « Tu ne me confonds pas avec ton dessert préféré ! » (William s’insurgeant contre son amant Georges qui l’affuble du doux nom infantilisant de « Sugar »)

 

Code « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois (Été) » : Chaque été, c’est le temps du voyage de Georges, de l’absence et de la mort du couple Georges/William.

 

Code « Douceur-poignard » : « C’est drôle… Je ne tombe avec vous que sur du pique et du carreau. » (Adèle, la cartomancienne de bazar, s’adressant de manière piquante à Georges, l’amant de son jeune frère William)

 

Code « Parricide la bonne soupe » : Toute la pièce Sugar est orientée vers le parricide : c’est le père de famille bisexuel (Georges), ou encore le bon « hétéro » pas du tout concerné par l’homosexualité (Pierre) et qui devient comme par « magie » homophobe, qui sont placés sur la sellette. On assiste au procès des pères de famille et des mâles en général. Ils s’en prennent plein la figure et sont sommés de faire leur coming out, leur mea culpa gay friendly, ou alors ils méritent les insultes et les coups. C’est le mariage traditionnel, la paternité et la masculinité passant au crible de la coalition fraternelle (et incestuelle) d’une part (celle de William et sa sœur Adèle), et la coalition homosexuelle (celle des deux amants réconciliés William/Georges, liaison clairement incestuelle aussi) d’autre part. Hallucinant. Les incestueux qui font la morale à la paternité et à la conjugalité. On aura tout vu !

 

Code « Amant diabolique (Anonymat) » : « J’ai l’impression que tu t’es infiltré dans mon esprit. Je suis habité, envahi, possédé, obsédé par toi. » (William s’adressant à son amant Georges) ; « On s’est quittés aux aurores sans avoir échangé un mot. Je ne me rappelle plus de sa tête. » (William après son aventure avec un inconnu, idem)

 

Code « Petits Morveux » : Les enfants sont à la fois méprisés et demandés comme des dus. Par exemple, William menace Pierre « l’hétéro » de parvenir à avoir des enfants avec son copain Georges quand ils le désireront (après leur « mariage »). Et pourtant, il oblige Georges à renoncer à son passé d’homme marié et de père avec enfants, et à abandonner ses enfants pour le garder pour lui tout seul : « Tes enfants ! Ton alibi suprême ! »

 

Code « Haine de la famille » : Le mariage femme-homme est dévalorisé (le couple Georges/Christelle ne tient pas), la paternité et les enfants aussi. William, l’amoureux capricieux, demande à son amant Georges qu’il renonce totalement à son ancienne vie d’homme marié et de père : « Tes enfants ! Ton alibi suprême ! » Il lui fait même du chantage au divorce : « Tant que tu ne seras pas divorcé, notre situation restera bancale. Attention, Maître Blanchet, vous êtes sous serment. » Pierre, l’hétérosexuel qui se rend compte de la destruction de la famille que les deux tourtereaux homosexuels ont planifiée à plus ou moins long terme (en effet, Georges se met à négliger les liens du sang au profit des liens sentimentaux : « Les liens de l’esprit ont parfois plus de valeur que les liens du sang. »), tente de s’insurger – pas très finement – contre leur projet de mariage et d’enfants : « Vous la faites partir en couilles, la famille, avec vos histoires ! »

 

Code « Icare (Chute) » : « Je suis tombé avec toi dans un puits sans fond. » (William s’adressant à son amant Georges)

 

Code « Aube » : « On s’est quittés aux aurores sans avoir échangé un mot. Je ne me rappelle plus de sa tête. » (William après son aventure avec un inconnu)

 

Code « Fusion » : « Moi qui nous croyais soudés… » (Georges s’adressant à son amant William) ; « Je brûle pour toi jusqu’à l’asphyxie. » (William s’adressant à Georges, idem)

 

Code « Homosexuels psychorigides » : Georges est officier ministériel, notaire, obéissant aux règles et aux protocoles.

 

Code « Pédophilie » : Georges, le père de famille homosexuel, est suspecté officieusement par sa femme Christelle de pédophilie : elle l’empêche d’approcher leurs propres enfants.

 

Code « Femme et homme en statue de cire » : Le couple marié formé de l’homosexuel refoulé Georges et de sa femme Christelle est typiquement hétérosexuel. Il se caractérise par deux poupées très bisexuelles et séparées par un mur : « Nous sommes murés tous les deux dans l’incapacité de communiquer. » Par ailleurs, le couple homo William/Georges et le couple hétéro impossible Adèle/Pierre sont à l’image l’un l’autre.

 

Code « Désir désordonné (Désir-roi) » : « Ne jamais rien sacrifier à sa propre cohérence. » (Adèle, la « fille à pédé »)

 

Code « Quatuor » : Le quatuor Adèle/William/Gabriel/Pierre est réuni pour le procès de la bisexualité (autrement dit de l’hétérosexualité).

 

Code « Île » : « Faudrait voir à ne pas vivre dans sa planète à part. » (Pierre, l’hétéro mettant en garde contre la tendance autarcique des couples homos)

 

Code « Méchant pauvre » : « Être homo dans le milieu ouvrier, c’est du rail. » (Pierre, l’ouvrier hétéro, très vite jugé « gaffeur homophobe » par la doxa Adèle/William/Georges)

 

Code « Violeur homosexuel » : Les amants Georges et William tapent sur Pierre l’hétérosexuel, et essaient de l’approcher, de le provoquer physiquement (par rapport à une homosexualité supposée latente chez lui). Georges lui fout une baffe, et ça finit en bagarre que les lamentations théâtrales d’Adèle, la « fille à pédé » pleureuse internationale, viennent miraculeusement éteindre en jetant tout de même toute la faute sur la soi-disant « homophobie » de Pierre.

 

Code « Poids des mots et des regards » : « Et voilà… le regard des autres… » (William, le héros homo, blasé par la soi-disant « homophobie » dont il ferait l’objet)

 

Code « Ennemi de la Nature » : « Les liens de l’esprit ont parfois plus de valeur que les liens du sang. » (Georges, un des héros homosexuels)

 

Code « Milieu homosexuel paradisiaque (Cuculand) » : Georges, après avoir été pourtant absent de son couple avec William, assure vivre « l’amour véritable ». La fin de cette œuvre théâtrale qui restera dans les annales (ou pas) continue de cultiver le mythe : la happy end kistch (avec boule à facettes) et l’annonce de la reformation du couple William/Georges sont totalement forcées dans le cynisme auto-parodique.