Je suis quelque peu inquiet du retour actuel du fascisme dans la population. Qui est d’autant plus invisible et puissant qu’il prend la forme prétentieuse, vengeresse et justicière de l’antifascisme.
Je me trouvais ce soir à la librairie italienne de Paris, La Libreria, autour de l’interview de Gianluca Passarelli, qui présentait son livre européiste La Roccia di Ventotene. Il était entouré de plusieurs éminents profs, politologues et universitaires, italiens comme français, et tous convaincus que l’idée de « nation » et d’« État » était obsolète voire dangereuse (À bas Meloni et les nationalistes réactionnaires d’extrême droite!), qu’il fallait défendre d’urgence l’Europe et un fédéralisme européen, « les États-Unis d’Europe », au nom de « l’unité », du « social », de la « culture », de la « paix », du « peuple » et de la « démocratie », de « notre survie mondiale », que l’union et la fraternité étaient forcément la solution pour sortir de la crise…
Moi, j’ai pris la parole à la toute fin pour refroidir leur zèle : « O.K. C’est bien beau l’Europe l’Unité… mais tout dépend autour de quoi ou de qui et comment on les établit. Car le fascisme et le nazisme étaient aussi sociaux (« nazisme », c’est littéralement « national-SOCIALisme »…), démocrates, populistes, unitistes, libéraux, et même pacifistes. » Là, ça a jeté un gros froid. Car les Antifas soixante-huitards n’y connaissent tellement rien aux fascismes et au nazisme qu’ils prétendent combattre, qu’ils les imitent inconsciemment en pensant les éviter.
J’ai ensuite cité deux romans d’anticipation traitant de l’Antéchrist : d’abord Le Maître de la Terre (1905) de Robert-Hugh Benson, où l’Antéchrist crée précisément « les États-Unis d’Europe » ; et d’autre part, Le Père Elijah (1995) de Michael O’Brian, dans lequel le nom du Gouvernement Mondial créé par l’Antéchrist s’appelle « Unitas ». Le tout en critiquant le récent discours du parti macroniste Renaissance qui veut établir « les États-Unis d’Europe » (c.f. le discours de Gabriel Attal), ainsi que l’imminent congrès papal à Metz pour défendre la béatification de Robert Schumann (l’un des « pères de l’Europe »), ainsi que « l’unité et la paix ».
Et puis j’ai posé la question de « l’âme de l’Europe » : « C’est quoi l’âme de l’Europe ? » Et que pour moi, ce n’était pas « l’unité », ni la « paix », ni la « démocratie », ni la « survie ». Je me suis gardé de parler de « Jésus » et des « racines chrétiennes de l’Europe »… J’ai juste laissé la question en suspens, en l’offrant à Gianluca Passarelli, qui s’est rabattu sur l’argument du culturel (argument vaseux et lacunaire, car même une dictature peut se présenter comme une « culture »).
Et la conférence s’est achevée sur le sursaut des européistes de l’assistance (largement majoritaires dans la salle : moi, j’étais petite fourmi), qui se sont présentés comme d’indécrottables « optimistes » qui voulaient – après m’avoir entendu parler d’Antéchrist et écorcher leur utopie moniste/unitiste sucrée – finir « sur une note positive », et qui « voyaient quand même bien Macron devenir la président des États-Unis d’Europe » (véridique !). Pour soutenir leur idée, il y en a même un qui s’est extasié que « pendant la terrible pandémie COVID qui avait fait tant de morts, il avait vu comment l’Europe unie qu’il rêve s’était fédérée, avait fait front ensemble et avait déployé un formidable élan de solidarité et de cohésion » (Une pandémie ? Quelle pandémie ? Quelle hécatombe ? De quelle vague de mortalité parlez-vous ?).
Bref, je me suis abstenu de commenter, et suis parti. En me disant intérieurement que je n’avais même réussi, par mon intervention calme et argumentée, à leur faire désacraliser les mots « unité » et « paix », même en les associant à juste raison au fascisme et au diable (l’Antéchrist). J’en conclus face à vous qu’on est mondialement bien dans la merde. Y compris les éminents universitaires ou intellectuels sont endoctrinés à l’antifascisme pacifiste, au culte de « l’unité en soi ». J’assiste, impuissant, au retour en force du fascisme. Et ça me fait peur. Car personne ne voit le danger.

