Je ne cautionne ni l’homophobie de la Manif Pour Tous ni l’indifférence de Muriel Robin


 

Ces gens qui chantent « toutes les différences » virent concrètement les deux différences les plus fondatrices de l’existence, de l’identité, de la sexualité et de l’amour ouvert sur la vie: la différence des sexes et la différence Créateur-créatures. Et après, ils osent nous parler d’« amour » et de leur respect des « différences ?
 

La sacralisation des différences ne les reconnaît pas et les aplanit au même niveau. Alors qu’il y a des différences plus fondatrices et prioritaires que d’autres (exemple : la différence des sexes est une question de vie ou de mort; pas le fait d’avoir les yeux marrons ou d’avoir une jambe cassée. ) Certaines personnes, blessées dans le mariage ou dans l’Église, ne priorisent plus du tout.
 

Néanmoins, l’inquiétante indifférence (relativiste) de Muriel Robin ne rattrape en aucun cas l’homophobie de la Manif Pour Tous.

Que faudrait-il dire sur la Loi Taubira, si vous étiez à la place de Fillon ?

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Ce soir, une femme vient me voir et me dit qu’elle « préfère Poisson à Fillon ».
 

Je lui réponds : « C’est la même chose. Poisson et Fillon n’abrogeront jamais la GPA et la Loi Taubira puisque par homophobie, ils refusent tous les deux de parler d’homosexualité. »
 

Elle me demande : « Mais précisément, qu’auriez vous aimé les entendre dire au sujet de l’homosexualité ? »
 

Je lui réponds : « Il faut parler de l’orientation sexuelle des personnes comme critère législatif (rappeler la violence que c’est, y compris pour les personnes homosexuelles), puis remettre en question la dénomination d’‘amour homosexuel’ (chose que seule une personne homosexuelle est accréditée à faire). Fillon, même si personne ne le verra, est aussi lâche et contradictoire que Juppé, ET sur la question de l’Union Civile, ET sur la question du ‘mariage gay’ (qu’il saucissonne en deux, en se réfugiant derrière la filiation), ET sur la question de l’ ‘amour’ homo, ET sur la question de la GPA, ET sur la question de l’homosexualité, ET sur la question de l’hétérosexualité. Je le cite ce soir sur TF1 : ‘J’ai toujours dit qu’on ne reviendrait pas sur le mariage homosexuel, et qu’on respectait l’amour homosexuel’. Il se rétame, La Manif Pour Tous avec. Et l’ensemble des catholiques avec. »
 

Elle conclut : « Merci pour ce début d’explication. Je pense que l’on aura occasion d’y revenir. Bonne soirée. »
 
 

Lui, il dit des phrases énormes qui devraient tous nous mettre en alerte et nous inquiéter. Mais non. Personne ne bronche. Pire. Tout le monde applaudit!

Lui, il dit des phrases énormes qui devraient tous nous mettre en alerte et nous inquiéter. Mais non. Personne ne bronche. Pire. Tout le monde applaudit!


 
 
 

Voilà le tsunami qui nous arrive. Vous n’avez pas voulu m’écouter et vous avez écarté l’important de l’analyse de l’homosexualité : ici le résultat, avec le discours d’Elisabeth Badinter (à partir de la 13e minute).

Fillon marche sur les eaux

Alors là, je tombe des nues… Les #CathosCons ont encore frappé lol! Je reçois à l’instant un mail, avec un appel (sérieux) à voter Fillon, et promettant à ce dernier une victoire christique dimanche prochain (Fillon marchera sur les eaux, comme l’Évangile du jour). Rien n’arrête les #CathosCons LMPT. Sachez-le.
 
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(Au fait, comme moi je suis un #CathoMalade, je préviens aussi mes aimables contacts Facebook – enfin, ceux qui restent… – que si je vois qu’ils soutiennent SarkoFion, c’est également EXIT de ma liste. Il faut savoir choisir son camp)

L’Aide précieuse des francs-maçons (Il est urgent que nous, catholiques, nous laissions enseigner par eux : ils nous conduisent à la sainteté et décrivent mieux que personne l’Antéchrist)

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a) Un plaisir de les rencontrer :

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En me rendant au 14e Salon maçonnique du Livre le week-end dernier (19-20 novembre 2016 à Paris), qui est un événement annuel faisant office de Grandes Assises inter-obédientielles des Loges maçonnes françaises, je dois vous avouer que je ne pensais pas me sentir aussi à l’aise, aussi bien accueilli, ni tomber sur des personnes aussi cordiales et parfois brillantes intellectuellement, loin des clichés diabolisants sur la Franc-Maçonnerie. J’ai vraiment passé deux jours agréables. Pas au point de devenir maçon (loin de là). Mais j’en suis ressorti au moins avec l’envie de revoir certaines personnes pour poursuivre l’échange. J’ai été en particulier ébloui par la finesse et la gentillesse de quatre francs-maçons, qui ne ressemblent en rien à des individus manipulés et manipulateurs (même si, au fond, ils le sont, comme nous tous parfois) : Lénaïc (d’une obédience maçonne multi-spiritualiste, la GLISRU, Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis), Alain Roussel (un franc-maçon ressemblant à un pasteur écossais du XVIIIe siècle), Éric Giacometti (romancier et « profane », c’est-à-dire non-officiellement-franc-maçon) et Jean-Marc Pétillot (ancien Grand Maître de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra). Je ferai un focus sur certains d’entre eux en cours d’article.
 
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Pendant ces deux journées, j’ai appris à démystifier un peu plus la Franc-Maçonnerie, à comprendre que je me trouvais face à des personnes plutôt qu’à un Système, ou un appareil institutionnel, ou une confrérie secrète malveillante et sciemment déconstructrice. J’ai appris à respecter ce que j’entendais, à écouter (même s’il me reste encore beaucoup à apprendre), à comprendre la sincérité des francs-maçons, souvent blessés par les caricatures qui sont faites d’eux et qui se méprennent autant sur leurs intentions que sur la portée de leurs actions (même si mon propos ne vise pas à édulcorer ni innocenter la gravité de cette portée). Beaucoup d’entre eux soulignent d’ailleurs la fraternité réelle, la bulle d’oxygène, d’écoute et de dialogue constructif, l’apaisement et la confiance en soi retrouvée, le soutien, le grandissement intellectuel et spirituel, l’enrichissement et l’ouverture, la méthode de travail, qu’ils expérimentent vraiment dans leur loge. Et rien qu’en entendant par exemple Jean-Marc Pétillot, ancien Grand Maître, je me dis qu’on est loin du discours orgueilleux, mégalomaniaque, relativiste, libertaire et gauchiste qu’on pouvait attendre logiquement de l’humanisme franc-maçon : « Il y a des limites à la tolérance. » ; « Nous sommes tous plus ou moins profanes. » ; « Il existe des intégristes de la Franc-Maçonnerie. » ; etc. Je peux en témoigner : il y a de l’auto-critique, de la réflexion profonde, de la nuance, de l’humilité et de la remise en question, au sein de la Franc-Maçonnerie. L’ouverture et la construction ne sont pas que des vœux « pieux ».
 

Table ronde "Le Graal, une quête intemporelle" (lumière rouge éclairant tous les plateaux), avec Jacques Varenne et Éric Giacometti

Table ronde « Le Graal, une quête intemporelle » (lumière rouge éclairant tous les plateaux), avec Jacques Varenne et Éric Giacometti


 

Et franchement, le peu que j’en ai vu, je les crois sincères, je les crois de bonne foi… même si leur foi n’est pas bonne car elle est anthropocentrée (c’est l’Homme qui se fait Dieu), libertaire (ils n’ont que le mot « liberté » à la bouche), individualiste (c’est l’introspection et le travail sur soi qui priment, et qui parfois éventuellement se partagent, s’altruisent et s’universalisent, mais ce sera dans un deuxième temps : la Franc-Maçonnerie, c’est vraiment l’individualisme de masse), productiviste et actionnelle (tout est centré sur l’agir, le travail, la construction et le développement personnel), évaporée (les maçons insistent sans arrêt sur les mythes, le questionnement sans but, le « processus », l’« évolution », l’« ouverture », le perfectionnement de soi, la « transformation » : que des concepts éthérés), sans véritable amour (c’est juste de l’humanisme, du progressisme, et de l’altruisme d’« amélioration de soi »), sans véritable foi (car le doute est absolutisé, le questionnement est recherché pour lui-même, et la Vérité unique en Jésus est complètement bannie).
 
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En gros, la maçonnerie est un RATIONALISME SPIRITUALISTE SANS JÉSUS. Et tous ses membres sont prisonniers de cet inextricable binarisme sans fond, sans Incarnation, sans l’Amour en Personne (= Jésus). Ils s’emmêlent perpétuellement les pinceaux avec cette réalité antinomique qu’est le rationalisme spiritualiste déchristianisé, c’est-à-dire une idéologie des « moyens qui sont devenus des buts qui ne s’assument pas comme buts ». Une chrétienté sans le Christ.
 

Modern Talking, Brothers Louie (Bon, ok... Jacques Varenne et Éric Giacometti)

Modern Talking, Brothers Louie (Bon, ok… Jacques Varenne et Éric Giacometti)


 

Par exemple, ils passent leur temps à dire qu’ils sont francs-maçons mais pas vraiment francs-maçons (C’est typiquement homosexuel, comme fonctionnement, soit dit en passant). Le jeu taquin de jumeaux siamois faussement opposés qu’interprètent publiquement Jacques Varenne – ouvertement franc-maçon – et Éric Giacometti – qui feint de ne pas l’être – (les deux pères de la saga romanesque des Marcas) en fournit la parfaite illustration. L’un se dit ironiquement « dans l’ombre », l’autre « dans la lumière », l’un dans l’ignorance, l’autre éclairé par la science gnostique, pour cacher qu’ils sont tous les deux dans le gris, donc finalement dans l’ombre. J’ai compris grâce à leur petit manège de francs-maçons-qui-ne-s’assument-pas-et-qui-s’assument-trop qu’être « initié » en Franc-Maçonnerie ou pas n’avait que peu d’importance : c’est l’adhésion aux idées maçonnes qui prévaut et qui rend maçon. Giacometti, par dandysme et schizophrénie bobo, refuse le « Système maçon » pour en épouser secrètement toute l’idéologie… comme tout franc-mac, finalement ! Les disciples aveugles du règne de Satan sont, comme lui, divisés contre eux-mêmes. C’est complètement logique. Ils se gargarisent de ne pas savoir ce qu’ils veulent… ou plutôt, ils simulent de ne pas savoir ce qu’ils veulent, et mordent à l’hameçon de leur propre sincérité, parce qu’ils sont au fond terrorisés par la Vérité.
 
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Ça, c’est la facette plus sombre. Mais ce qu’il faut se dire, c’est que le caractère polymorphe, lâche, et de plus en plus aléatoire/optionnel de l’étiquette « franc-maçon » et de l’initiation en Franc-Maçonnerie, permettent beaucoup plus positivement de désenclaver les maçons de leur propre cinéma/structure. La frontière poreuse entre francs-maçons et profanes nous indique que nous pouvons, en étant catholiques, complètement rejoindre les francs-maçons, d’autant plus que nous sommes cernés par les maçons non-officiels, y compris dans nos églises et nos assemblées dominicales ! C’était une belle expérience – que j’aimerais renouveler – que de m’inviter chez les Francs-Maçons officiels : ils sont les premiers étonnés qu’on vienne sur leur territoire, qu’on s’intéresse à eux gratuitement, qu’on ne se méfie pas d’eux et qu’on ne les traite pas comme des pestiférés et des gens dangereux ! Ça m’a touché, leur surprise et leur accueil. Et notre gémellité, nos nombreux points communs, aussi ! De même, j’ai aimé parler leur langue, me prêter à l’exercice de me faire comprendre d’eux sans les heurter et en cachant humoristiquement mon identité et ma recherche. Aoutsu chihila. Je peux maintenant dire que je parle franc-maçon (les rudiments de la langue maçonne, du moins) : Je m’appelle Philippe, j’ai 36 ans, je suis un profane qui a compris que la Franc-Maçonnerie, toutes obédiences confondues, était un rationalisme spiritualiste, refusant l’athéisme mais aussi Jésus-Fils-de-Dieu (pas Jésus en tant que croyance strictement privée, ni même en tant que « pratique extérieure parallèle à la franc-maçonnerie » ou « option comme une autre »). Je vais maintenant m’atteler à expliquer ce paradoxe.
 
 

b) Un athéisme théiste (les francs-maçons sont tous des chrétiens… contrariés) :

Affiche que j'ai trouvée dans la même rue (rue Boyer) que le Salon, quartier on ne peut plus bobo. L'identité humaine réduite à un processus et une transformation spirituelle, c'est tout à fait ça ! C'est exactement la Franc-Maçonnerie

Affiche que j’ai trouvée dans la même rue (rue Boyer) que le Salon, quartier on ne peut plus bobo. L’identité humaine et divine réduite à un processus et une transformation spirituelle, à une chaîne énergétique méliorative sans but, c’est tout à fait ça ! C’est exactement la Franc-Maçonnerie


 

Le rationalisme spiritualiste sans Jésus pousse fatalement les francs-maçons à dire qu’ils croient en Dieu sans y croire, en faisant notamment l’artificielle distinction entre foi et religion (Pour eux, la foi est bonne et respectable tant qu’elle reste une option non imposée et non révélée à tous ; alors que la religion est forcément dogmatique, normative et liberticide), en faisant l’artificielle distinction entre raison et religion (Pour eux, la raison respecte l’individu, alors que la religion le détruit), en faisant l’artificielle distinction entre spiritualité et foi (Certains francs-maçons, peu à l’aise avec la teinte religieuse trop marquée sur les mots « foi » ou « transcendance », leur préfèrent les termes plus scientistes d’« irrationalité » ou d’« imaginaire », voire carrément le silence « laïc »), en faisant l’artificielle distinction entre le Grand Architecte et Jésus (Pour eux, le Grand Architecte ou Dieu n’est pas une personne, mais un symbole), en faisant l’artificielle distinction entre vérités et Vérité (Pour eux, il n’existe que des vérités parcellaires et relatives qui se contredisent et s’empilent indéfiniment les unes sur les autres – sous forme parfois de secrets – pour s’annuler et se nourrir de leur propre annulation), en faisant l’artificielle distinction entre personne et cheminement existentiel (Avec les francs-maçons, l’être humain est perpétuellement confondu avec son processus de croissance, de construction, son travail : il n’est que devenir, faire et penser ; il n’est que fuite en avant et en arrière), en faisant l’artificielle distinction entre personne et symbole (d’où leur iconoclastie anticléricale qui se déporte en fétichisme carnavalesque : les épées, les gants, les armures, des accessoires de ouf !), en faisant l’artificielle distinction entre Histoire et mythes (Pour eux, l’archéologie réactive les mythes et les légendes, et réenchante l’avenir : les mythes occupent une place prépondérante dans la Franc-Maçonnerie, alors que l’Histoire réelle importe peu), en faisant l’artificielle distinction entre imagination et imaginaire (Ils privilégient l’imaginaire, par définition éloigné du Réel et de Jésus, imaginaire qui selon eux peut paradoxalement émaner de la matière, ou plutôt de l’étude de la matière), en faisant l’artificielle distinction entre doute et objet du doute, entre recherche et sacralisation de cette même recherche, en faisant l’artificielle distinction entre déisme et théisme (Alain Roussel explique très bien que dans le déisme, il n’y a pas de relation entre l’Humain et le divin, pas de Providence, tandis que dans le théisme, il y a une relation entre le divin et l’Humain : l’Humain s’emploie à s’accorder avec le divin, notamment par des pratiques telluriques, par des prières, par des invocations et des incantations, en espérant que la divinité interagisse. Roussel regrette d’ailleurs que la frontière entre les deux soit de moins en moins respectée dans la Franc-Maçonnerie), en faisant l’artificielle distinction entre foi et croyance (Pour les francs-maçons, la foi est une « hypothèse confiante », une « perpétuelle recherche et un perpétuel inachèvement », une « quête » sans fin et sans visage… alors que la croyance, du fait d’avoir un but et un seul corps, est forcément dogmatique, fasciste, bouffie d’orgueil et pétrie de « certitudes » dangereuses et prétentieuse. C’est simple : ils ont diabolisé la prétention à la recherche de Vérité unique et universelle qu’est Jésus. À les entendre, il ne s’agit pas de croire mais d’entamer un cheminement. C’est le cheminement en tant que tel qui est devenu tacitement leur dogme invisible, leur dieu. On taille chacun sa propre pierre, et on se regarde avec émotion dedans, comme un miroir embellissant !), en faisant l’artificielle distinction entre chrétienté et catholicisme (Ils « respectent » – comprendre « ignorent/tolèrent » – la première pour mieux nier et singer le second), etc.
 

D’une manière ou d’une autre, à plus ou moins long terme, le rationalisme spiritualiste sans Jésus engage forcément les francs-maçons dans un labyrinthe de contradictions insolubles (insolubles… sauf bien sûr en Jésus). Ces derniers passent leur temps à dire qu’ils sont « rationalistes mais pas que »… car la raison humaine bute très vite sur ses propres limites et convoque à un moment donné la transcendance ; et la fameuse « quête » du maçon appelle d’elle-même à une mission, à un partage de gnoses, à une sortie de soi vers un théisme/déisme (Même Emmanuel Pierrat, le « bouffeur de transcendantalistes », l’avoue !). Autres contradictions flagrantes de leur athéisme théiste : les francs-maçons nous assurent sans arrêt qu’ils sont « discrets » mais pas « secrets » (la nuance est ténue et bien subjective…), qu’ils accueillent officiellement tout le monde sans distinction de classes sociales, d’opinions et de pensées (… sauf ceux qui s’opposent au « mariage gay » et ceux qui leur apparaissent comme une « minorité chez les catholiques » à savoir « les catholiques croyant que leur religion s’inscrit sur le meilleur chemin de Vérité et obéissant aux dogmes d’une Église-Institution préférée et authentifiée comme supérieure aux autres religions »). Autant vous dire que c’est une drôle de conception de l’ouverture, de la tolérance et de la recherche de Vérité… Selon ces dogmatiques de l’adogmatisme, chacun va trouver sa vérité intérieure, sa propre ligne de sagesse, mais elles ne se conjuguent qu’au puriel ! Quels tristesse et isolement, quand on y pense, malgré le vernis de partage des découvertes sur soi qu’ils font en groupe…
 

Maintenant, à nous de comprendre les subtilités de leur foi contradictoire. Loin d’attribuer et de circonscrire ces contradictions à la seule Franc-Maçonnerie, la tentation du repli spiritualo-scientiste nous concerne surtout nous, catholiques. La Franc-Maçonnerie est l’un des reflets possibles et peu souhaitables du catholicisme. C’est la raison pour laquelle il nous est vital de réaliser combien les francs-maçons ont glissé du catholicisme au rationalisme spiritualiste antichristique. Ils doivent nous servir de modèles. Qu’au moins, ils ne chutent pas pour rien et ne nous entraînent pas dans leur chute ! Qu’au moins nos ressemblances nous aident tous, francs-maçons et catholiques, à nous relever ensemble en Jésus !
 

Ce qu’il faut bien comprendre (car c’est tout sauf évident), c’est que les francs-maçons ne rejettent pas le mot « Dieu » ni même la « chrétienté » (et j’oserais dire qu’une part d’eux ne rejette pas le catholicisme et s’imagine l’intégrer harmonieusement). La chrétienté est ontologique à leurs obédiences. Ce fut un peu une découverte pour moi, car j’avais été influencé à croire le contraire, d’une part à cause du visage anticlérical caricatural que les complotistes anti-francs-maçons dépeigne sur internet (Ces hystériques rêvent que les francs-macs soient à tout prix contre nous : connerie monumentale), et d’autre part à cause des nombreuses piques anti-Église-Institution que les francs-maçons, surtout les Français, lancent contre Jésus et contre les catholiques (Pendant cette 14e édition du Salon Maçonnique, Jacques Varenne, Stéphan Hébert, Emmanuel Pierrat, Jean-Michel Ducomte, Laurent Kupferman, entre autres, ne se sont pas privés d’attaquer l’Église). En réalité, ces francs-maçons anticléricaux et anti-transcendance ne connaissent pas leur propre baraque. Ce que je dis est historique. La Franc-Maçonnerie, à la base, au XIIe siècle, est une hérésie chrétienne. Sa souche est chrétienne ! Et aujourd’hui, dans le monde, seuls 3 à 4 % des obédiences maçonnes ne sont pas chrétiennes ! « La maçonnerie chrétienne, c’est non seulement massif mais C’EST la maçonnerie. » m’a dit très calmement une franc-maçonne qui s’auto-proclamait « bibliste », au stand de la loge Renaissance Traditionnelle. Difficile d’être plus explicite !
 

Joseph Macé-Scaron, homosexuel, dans un Temple franc-maçon

Joseph Macé-Scaron, homosexuel, dans un Temple franc-maçon


 

C’est hallucinant de le constater – et ça fait bondir Joseph Macé-Scaron qui hurle au « relativisme religieux » et à la « récupération confessionnelle » dès qu’il entend que sa conscience pensante puisse être liée de près ou de loin à la chrétienté – mais c’est pourtant la vérité. Comme la France, aux côtés de la République Tchèque, est un des pays les plus sécuralisés et laïcards au monde, beaucoup de francs-maçons français sont persuadés que la Franc-Maçonnerie est plus rationaliste et scientiste qu’irrationaliste, spiritualiste et déiste/théiste… mais ils se leurrent. Christianisme et Franc-Maçonnerie sont les deux faces d’une même pièce de monnaie. En particulier dans le monde occidental anglo-saxon et nord-américain (qui forme le gros des troupes francs-maçonnes :on compte 2 300 000 francs-maçons dans le monde, dont 1 300 000 rien qu’aux États-Unis : excusez du peu !), la Franc-Maçonnerie est largement chrétienne, et ne voit aucun inconvénient à marier maçonnerie et christianisme évangéliste – les protestants sont d’ailleurs les pères des premières loges francs-maçonnes historiques – et plus dramatiquement à marier maçonnerie et catholicisme (comme si c’était concrètement possible et souhaitable !) Pour la petite histoire, au Salon, un vieux franc-maçon m’a avoué qu’il était « catholique et franc-maçon », que ça ne « posait aucun problème », et que selon lui, « seuls 10% des catholiques – la frange la plus ‘intégriste’ – trouvaient que Franc-Maçonnerie et catholicisme étaient inconciliables, alors que la grande majorité des catholiques et des prêtres s’en accommodaient très bien », alors… Et pour prendre un autre exemple illustrant parfaitement cette ambivalence chrétienne du rationalisme spiritualiste franc-maçon, lors de sa conférence aux côtés Éric Giacometti, le romancier maçon Jacques Varenne a déclaré publiquement qu’il voulait « déchristianiser le Saint Graal » – la Coupe qui a porté le Sang du Christ – et Lui enlever les « oripeaux d’un mysticisme chrétien qui se L’est accaparé » (il a notamment dénoncé la « christianisation du Graal pendant les Croisades »). Mais là encore, malgré tous ses efforts, il n’est pas arrivé à gommer le christianisme de la Franc-Maçonnerie. Certes, il « laïcise » le Graal. Certes, il Le décrète arbitrairement « non spécifiquement chrétien » pour L’ouvrir à d’autres champs spatiaux-temporels extérieur au christianisme. Certes, il tente de Le disperser dans un universalisme « intemporel », dans un passé et un temps mythiques qui Le désincarnent. À entendre Varenne, le Graal s’étend à « toute quête de soi-même », à tout combat humain inaccessible mais à tenter quand même, il se réduit à une « Puissance archétypale », à un « objet d’imaginaire » qui nous conduirait vers un endroit et un état inénarrables, « forts », impossibles à définir. On est d’accord, c’est du christianisme qui ne s’assume pas lui-même. Mais il n’empêche que Varenne utilise quand même une Relique importante du catholicisme et y reste attaché. Il ne parvient pas à La dépouiller de sa dimension sacrée, transcendante et spirituelle. De sa dimension chrétienne et catholique ! Quoi qu’il en dise !
 

Ce n’est pas une blague. Pendant ces deux jours de Salon, j’ai découvert qu’il existait des maçons qui se définissent comme « biblistes » (exemple : Roger Dachez) voire carrément comme « catholiques » (j’en ai rencontrés plusieurs en vrai… même si j’ai compris qu’ils n’allaient plus à la messe). À la différence des catholiques et des protestants, ils se croient héritiers d’une vérité transmise par l’expérience personnelle rendue ensuite collective, et non d’une vérité révélée par Jésus, son Église, les sacrements et les prêtres. Derrière « la Bible », les francs-maçons n’identifient juste pas une personne, et encore moins Jésus ou une institution ecclésiale. Pour eux, Elle se limite à un corpus de jolies légendes inspirantes pour la raison et l’amélioration de soi, à une modeste contribution au patrimoine de la « sagesse » universelle. Au lieu de nommer « Dieu », ils préfèrent parler de « principe supérieur », de « tradition immémoriale ». Beaucoup de francs-maçons sont capables de se dire à la fois catholiques/chrétiens et « adogmatiques » (= ce qui signifie selon eux qu’ils ne pratiquent pas de rite religieux), à la fois catholiques/chrétiens et « non-croyants » (ils distinguent, comme je l’ai signalé plus haut, « foi » et « croyance »). « Adogmatique… et plus encore ! » insiste par exemple Emmanuel Pierrat, qui estime que « la transcendance n’est pas son affaire » et qui souhaite remplacer celle-ci par le terme « perspective » (Ça ne l’empêche pas de s’adresser à ses masques africains juste avant de s’endormir…). Inconsciemment ou non, les francs-maçons voient la chrétienté comme une source d’inspiration rituelle, une mémoire anhistorique, un ensemble de « valeurs » personnelles, un « symbole », « une force » et une « puissance » qu’ils ne veulent surtout pas nommer et qui émanerait de leur propre « moi/quête/travail/recherches/humanisme/intuition/sensibilité/altruisme libertaire/actions solidaires/réflexions ».
 

Mais malgré cela, les francs-maçons dans leur ensemble, tout cartésiens et « libres penseurs » qu’ils veuillent paraître, sont rattrapés par le mysticisme, l’ésotérisme, les sciences occultes, la magie, l’alchimie, le transhumanisme, l’irrationnel, le transcendant, même si leur rêve d’immanence leur interdit d’en parler. Beaucoup de livres vendus pendant le Salon littéraire prouvent la forte imprégnation de la transcendance dans la Franc-Maçonnerie. Je peux vous citer quelques titres de bouquins que j’ai aperçus çà et là : La Foi d’un franc-maçon de Richard Dupuy, Franc-Maçonnerie et Révélation spirituelle de Jean Bartholo et Claude Gilbert, La Franc-Maçonnerie : une spiritualité vivante de Rémi Boyer, etc. Fuyez le spirituel, il revient au galop ! Et fuyez le Christ : son rejet vous reviendra sous forme d’Antéchrist !
 
 

c) Francs-maçons, précieux prophètes de l’Antéchrist (focus sur Éric Giacometti et Alain Roussel) :

Vous voyez, le gars avec son ordi allumé en bas, adossé au pilier de gauche, eh ben c'est moué (héhé!)

Vous voyez, le gars avec son ordi allumé en bas, adossé au pilier de gauche, eh ben c’est moué (héhé!)


 

Les seuls intervenants du Salon Maçonnique – et c’est la raison pour laquelle ils m’ont davantage intéressés et que je vais maintenant m’y arrêter en conclusion – qui ont osé donner accidentellement à cette force divine un contour personnifié, humano-christique, autrement dit antéchristique, ce sont Alain Roussel – qui m’a parlé des « égrégores » (ces « condensation d’énergies astrales » brillamment décrites par le père bénédictin catholique Verlinde https://www.araigneedudesert.fr/les-egregores-qui-guettent-leglise-catholique/) – et Éric Bertinotti – qui m’a parlé quant à lui des « héros », une sorte de conscience « pas humaine » qui parviendrait à répondre à l’intuition d’un large nombre d’entités raisonnantes humaines.
 

Là où j’ai trouvé ma brève incursion dans le petit monde des francs-maçons vraiment sainte – ce fut pour moi un cadeau de Marie et Jésus, une véritable Révélation, j’ose le dire ! -, c’est que j’ai entendu de la bouche de ceux qui rejettent Jésus et même qui rejettent l’Antéchrist (car les francs-maçons ne croient pas au diable ; ils rejettent le concept d’incarnation, de Vérité révélée, de Dieu-personne, d’anges, et même de mal : leur « Dieu », ce sont leurs idées et les moyens réflexifs pour les atteindre, ce sont l’émotion émanant d’une assemblée réunie par le génie humain et la compréhension émotionnelle/irrationnelle de ce dernier) parler de Jésus et de l’Antéchrist comme nulle part ailleurs (excepté bien sûr dans l’Église catholique), avec une précision bluffante. Face à Éric Giacometti par exemple, je suis resté scotché. Et ce n’était pas sa personne ni même sa personnalité qui m’ont épaté : c’est le fait que Jésus parlait à travers cet homme snob et imbus de sa raison/sa perception !
 

Alors je le dis pas du tout ironiquement ni hypocritement : Nous, catholiques, devons écouter les Francs-Maçons, et de toute urgence. Avec attention et bienveillance. Car ils sont prophètes malgré eux. Ils annoncent à leur insu l’arrivée de l’Antéchrist et décrivent parfaitement son terrain d’atterrissage bobo humain (= la Religion Naturelle) : merci à eux. Nous devons les écouter et partir à leur rencontre. Sans renoncer à notre foi et en la juste croyance que l’Église Catholique et Jésus-Fils-de-Dieu sont les meilleurs chemins de Vérité, sont les personnes incarnant la plénitude de la Grâce. Sans diaboliser non plus nos frères maçons (c’est d’ailleurs l’excellente démarche de Serge Abad-Gallardo, ex-franc-maçon, qui appelle à partir à la rencontre des personnes maçonnes). Les Francs-maçons détiennent sans le savoir une clé capitale de compréhension du terrain rationaliste-spiritualiste mondial sur lequel va précisément s’appuyer l’Antéchrist.
 

Sur les étalages des livres en vente, et à côté des Évangiles apocryphes, une B.D. franc-maçonne, Lacrima Christi de Didier Convard et Denis Falque, traite ouvertement de l’Antéchrist

Sur les étalages des livres en vente, et à côté des Évangiles apocryphes, une B.D. franc-maçonne, Lacrima Christi de Didier Convard et Denis Falque, traite ouvertement de l’Antéchrist


 

En outre, chercher à les comprendre et à les écouter nous mettra en lien non pas avec une élite fermée, mais avec le monde entier, avec nous-mêmes, puisque ce qu’il faut bien réaliser, c’est que sont maçons non pas seulement les francs-maçons officiels (très peu nombreux : en France, ils ne sont que 170 000 à tout casser, soit 10% de la totalité des francs-maçons dans le monde), mais tous ceux qui, sans le savoir, en adoptent la foi laïque humaniste déchristianisée (c’est-à-dire énormément de gens non-maçons, énormément d’Éric Giacometti, énormément de musulmans, énormément d’athées, et même énormément de catholiques et de cardinaux corrompus à l’esprit égalitariste du monde). Face à un franc-maçon, en réalité, je me trouve nez à nez avec mon propre pharisaïsme, ma propre tentation de me penser supérieur (à lui !) parce que j’aspire à une transcendance, de me croire auteur et constructeur de mon propre Salut. C’est pourquoi le Franc-Maçon m’aide à être saint.
 

J’ai réalisé que la Vérité catholique sortait de la bouche des francs-maçons en assistant à deux conférences hyper importantes pendant ces deux journées de Salon littéraire : la première, c’était la table ronde du samedi 19 novembre 2016 sur le thème « Le Graal, une quête intemporelle » où participait Éric Giacometti ; la seconde, c’était la table ronde du dimanche 20 intitulée « La Franc-Maçonnerie, Dieu et les religions », où s’est illustré Alain Roussel. Je vais les résumer l’une après l’autre, pour vous expliquer combien Giacometti et Roussel m’ont informé sur l’Antéchrist bien mieux que ne l’auraient fait les catholiques.
 

Éric Giacometti

Éric Giacometti (Parce qu’il le vaut bien)


 

Éric Giacometti, étonnamment, s’est mis en public, à remettre en cause son propre scepticisme d’une part à l’égard de la Franc-Maçonnerie en tant que statut et institution, et d’autre part à l’égard de son propre rationalisme/agnosticisme, en expliquant que ce dernier débouchait malgré tout et irrémédiablement vers un spiritualisme, tout profane et « non-illuminé » qu’il se présentait. Giacometti, c’est vraiment pour moi l’archétype du néo-franc-maçon, de l’athée bobo qui va basculer très vite vers un illuminisme spiritualiste et antéchristique : un homme se croyant suffisamment libre (« la liberté de penser », la « pensée en construction », toutes ces conneries florentpagniennes) et suffisamment rebelle d’adhérer à la croyance franc-maçonne sans en assumer ni le nom ni l’étiquette ni l’appartenance ni la réputation ni l’adhésion ni l’influence toxique. Et son cas est tout à fait signifiant, car je crois en effet que le rationalisme/cartésianisme/humaniste absolutisé constitue le terreau parfait pour l’arrivée d’une entité non-humaine (= l’Antéchrist) et pour l’émergence d’une foi scientiste anti-religieuse, anti-Jésus, fondée sur ce que Giacometti appelle « l’irrationel », « le symbolique » (ou « image archétypale ») et « la science de l’imaginaire » (l’imaginaire étant l’autre nom du mal, comme l’écrivait à juste raison Jean-Paul Sartre). En écoutant soigneusement Giacometti, j’ai halluciné : il nous parlait mot pour mot (sans même s’en rendre compte, et sans le nommer ainsi) de l’Antéchrist ! Il a évoqué devant nous, dans un moment surréaliste, l’existence d’une « force cosmique qui est extérieure à nous et qui nous rendrait humbles » Je le cite : « On ne peut pas tout ramener à l’Homme. Je pense qu’il y a quelque chose qui me dépasse. Cette force, je l’associe aux héros dans l’Histoire, et notamment à la possibilité de l’arrivée de l’un d’eux. Quelqu’un qui surgit comme ça et qui va être en résonnance avec une collectivité, un très grand nombre de personnes. Ces héros-là sont en contact avec une sorte de Conscience universelle. C’est pas humain, ce dont je vous parle. » À l’issue de la table ronde, je suis parti à la recherche de l’orateur pour obtenir un rendez-vous individuel avec lui, pour lui poser des questions sur sa vision des « héros » dont ils parlaient, au départ en pensant cacher mon identité et mon intérêt pour l’Antéchrist. Puis, une fois face à lui (j’ai eu de la chance, car je suis tombé sur Éric Giacometti au moment où il n’était pas accaparé par la foule de lecteurs se pressant autour de lui pour la séance de dédicaces : c’est saint Antoine de Padoue qui a exaucé ma prière et a arrangé le coup !), j’ai finalement tout dévoilé de mes intentions. Le romancier a infirmé mes dires quand je lui ai formulé qu’il prônait un « rationalisme spiritualiste ». Il ne m’a en revanche pas suivi quand j’ai prononcé le mot « Antéchrist » : rien d’étonnant à cela, puisqu’il n’y croit pas, ou bien l’associe à un méchant de dessin animé 100% mauvais et 100% diabolique (alors qu’en réalité, le vrai diable, c’est 99% de bon et 1% de mal). Concernant l’interview particulière, il m’a gentiment fait comprendre qu’il était en phase d’écriture avec son acolyte Jacques Varenne et qu’il allait très prochainement hiberner. Donc elle tombait à l’eau. Néanmoins, notre court entretien individuel improvisé a été fructueux puisque, lorsque j’ai évoqué l’Antéchrist et les « héros » afin qu’il développe sa pensée, Giacometti m’a immédiatement parlé d’« avatars négatifs » et d’« avatars positifs », certes pour caricaturer ce qu’il pensait être l’Antéchrist, mais également pour donner raison à son insu à la Bible d’une part (car saint Jean, dans l’Apocalypse, aborde beaucoup plus l’Antéchrist comme une image de lui-même – il est question d’« image de la Bête » – et comme une virtualité, que comme un être unifié) et pour faire écho d’autre part à ce qu’il appelle une « Puissance archétypale » (Jung parle quant à lui de « monde archétypal »). J’ai donc pu avancer sur ma connaissance de l’Antéchrist qui, pour les gens qui suivront ce prince de lumière, prend plus la forme d’une puissance énergétique lumineuse, d’un symbole, d’un mythe ou d’une légende, d’une illumination, d’une fulgurance massivement intuitive, d’un « état de conscience », d’un « chemin de transcendance », d’une spiritualité, d’un travail sur soi (mais sans relation à Dieu : on reste dans l’immanence, l’illusion d’autonomie) que d’une personne.
 

Alain Roussel

Alain Roussel


 

Le lendemain matin (dimanche), à la table ronde « La Franc-Maçonnerie, Dieu et les religions », en interrogeant Alain Roussel (l’un des pontes francs-maçons les plus ouverts à l’irrationnel et à la spiritualité, et les plus à même de me parler inconsciemment de l’Antéchrist) sur ce qu’il entendait derrière « le Grand Architecte de l’Univers » et derrière le mot « Présence » qu’il a utilisé, j’en ai appris encore davantage sur qui est l’Antéchrist. J’ai osé demander devant tout le monde s’il pensait que le fameux Grand Architecte allait « se manifester un jour ». Je l’ai fait doucement rigoler, ainsi que l’assistance. Pourtant, ma question était loin d’être sotte,, car l’ambivalence crypto-christique de la Franc-Maçonnerie est bien réelle : le fait que les maçons empruntent aux rituels chrétiens, le fait qu’ils œuvrent pour organiser et construire quelque chose, le fait qu’ils parlent parfois d’une « Présence », le fait qu’ils baptisent (pour ceux qui croient encore au « Grand Architecte ») leur Grand Architecte d’« Organisateur », tout cela montre qu’ils se préparent à accueillir quelque chose qui n’a pas forme humaine mais qui a de l’énergie. Le modérateur, Stéphan Hébert, a ri dans sa barbe quand il m’a entendu, en soutenant que, par « Grand Architecte », il s’agissait plutôt d’une abstraction allégorique, d’une sublimation de la pensée humaine, et que « le Grand Architecte, c’est sans doute pas humain. » Quant à Alain Roussel, il m’a rétorqué que le Grand Architecte n’était pas à appréhender en tant que « personne » ni comme un Créateur ex nihilo, mais bien en tant que « Symbole », « puissance », « Présence divine » déshumanisée (il a employé le mot juif kavod), « Gloire ». Je le cite :« La Grand Architecte, on l’approche comme symbole mais on ne le définit pas comme personne. On s’approprie chacun son approche du Grand Architecte. La notion de symbole, on ne peut pas la définir. Le Grand Architecte, c’est un symbole ou une personne. Chaque franc-maçon décide ou non d’adhérer à la Vision anthropique du Grand Architecte » Ça paraît un peu confus, son explication, vue de l’extérieur, mais pourtant, en évoquant un « ressenti du divin », une « reconnaissance de la Présence », Alain Roussel a apporté de l’eau à mon moulin et a mis sans le savoir des mots exacts sur ce que moi j’identifie comme l’Antéchrist. Selon notre « théosophe », l’agnosticisme ou l’athéisme ne suffisent pas et n’ont pas durablement leur place dans la Franc-Maçonnerie : arrive toujours un moment au cours duquel la Franc-maçonnerie se dirigera d’elle-même vers une transcendance (c’est la marche logique de son processus gnostique qui l’exige), vers un esprit sans forme, vers une présence que moi je qualifierais d’« angélique » et « antéchristique ». Un peu plus tard après la conférence, je suis allé enquêter et creuser davantage auprès d’Alain Roussel pour savoir ce que ce vieux sage écossais imaginait sous le vocable de présence. Il m’a répondu ceci, avec une grande douceur et attention paternelles, avec un flegme britannique protestant : « La Présence, c’est de l’ordre du ressenti. Je ne cherche pas à lui donner une définition. » Comme il me voyait insatisfait et curieux, il a fini par cracher le morceau en associant ce qu’il appelle « Présence » au mot « égrégore » : « L’égrégore, a-t-il rajouté, c’est ressentir une entité qui dépasse la somme des individualités d’un groupe. Je ne ressens pas le besoin de définir cet égrégore. » À mon sens, l’égrégore est une émanation énergétique d’un groupe spirituel rejetant Jésus et qui veut faire de son humanisme le remplaçant de Dieu. Quand je me suis permis de reformuler sa notion de « Présence » comme une « personne-processus », Roussel a acquiescé d’un air coquin et entendu : « On peut dire ça comme ça. »

Les affiches de la « honte » : l’homophobie des catholiques contre l’homophobie des gays friendly

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Je n’avais pas pris la parole sur la récente polémique des affiches de prévention Sida/VIH, parce que je n’y voyais pas clair. À présent, je me permets juste de relever la bassesse des débats, chacun des deux camps (progressistes ou traditionnalistes) jouant le même jeu de l’indignation et de la censure/promotion de l’homosexualité/homophobie. Et ce sont toujours les mêmes qu’on n’écoute pas : nous, les personnes homosexuelles.
 

Je suis surtout navré de l’homophobie dans mon propre camp… car eux, les catholiques, ont les moyens intellectuels, de cœur, humains, et spirituels, pour nous sortir du pétrin et nous aider à comprendre l’homosexualité. Mais par orgueil, carriérisme et cupidité, ils cherchent encore à se placer, et étouffent la Vérité.
 

Je suis stupéfait de voir, en les entendant, leur complaisance au sujet de l’homosexualité active et discrète. À les entendre, si on avait montré un couple homo fidèle sur une affiche, ils n’auraient rien trouvé à redire (ça a déjà été le cas à Montpellier pour des affiches de Nouvel An en 2014, même s’il s’agissait d’une initiative isolée, locale, et non nationale). Ils n’assument pas de se positionner sur « l’amour » homo. Ils font de l’homosexualité un non-sujet (« L’infidélité, l’adultère, la différence d’âges, l’impudeur, c’est ça le vrai problème de ces affiches, disent-ils : pas le fait que ce soit deux hommes ») ou une abstraction idéologique lobbyisée (« Le fait de confondre prévention contre le Sida et promotion idéologique LGBT, c’est une instrumentalisation homophobe des personnes homosexuelles »).
 

Autrement dit, les catholiques coupent artificiellement le « milieu homosexuel » en deux : les couples homos publics, instrumentalisés par les médias et la politique, et puis les couples homos discrets, dont il ne faudrait rien dire, et que finalement ils promeuvent (« On met sur le même plan une relation d’amour stable et un ‘coup d’un soir’ ou une relation avec un inconnu… » déclare le maire de Joinville-le-Pont, Olivier Dosne). Ils n’assument pas ce que dit leur Église sur l’homosexualité.
 

L'agenda (avec plein de petits coeurs arc-en-ciel) de la collégienne

L’agenda (avec plein de petits coeurs arc-en-ciel partout) de la collégienne


 

C’est inconsciemment cette couardise, ainsi que cette schizophrénie hypocrite, que les Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem et la plupart des personnes homosexuelles – qui attendent une parole de Vérité sur ce qu’elles vivent, même si une part d’elles la redoutent fortement – dénoncent. Et à raison. Dans les débats, on fait intervenir des Tugdual Derville (qui versent dans l’abstraction manichéenne, en dénonçant une propagande avec un sombre « message politico-idéologique », en faisant de l’homophobie un non-sujet, en réduisant spectaculairement l’homophobie à une insulte et en court-circuitant la richesse de son étude : « L’accusation d’homophobie est immédiatement brandie pour étouffer tout débat sur cette campagne et annihiler la liberté de conscience et d’expression » : il n’a rien compris), des François-Xavier Bellamy (qui déplacent lâchement le problème de l’homosexualité sur celui de l’infidélité ou de la protection de l’enfance : « L’État n’est pas dans son rôle quand il promeut la fragilisation des liens affectifs en valorisant une sexualité sans lendemain» : lui non plus n’a rien compris), et tout un tas d’autres interlocuteurs qui ne sont pas légitimes sur ces questions d’homosexualité. Les catholiques ne laissent toujours pas la place aux personnes homosexuelles catholiques, et c’est attristant. Leur homophobie fragilise à nouveau l’Église.
 

Affiche à Montpellier en 2014

Affiche à Montpellier en 2014


 

S’il est vrai, comme le dit François-Xavier Bellamy, qu’il y a une homophobie d’État subtilement/perversement cachée par une gay friendly attitude « préventive » et « sentimentale », il n’en reste pas moins que son homophobie à lui et à quasiment l’ensemble des catholiques français est elle aussi bien existante, et consiste à étouffer le débat de l’homosexualité et de l’homophobie en prenant médiatiquement la place des personnes homosexuelles, ou en méprisant le mot « homophobie ».
 

Donc entre les deux homophobies – celle des catholiques et celle des gays friendly – (persuadées de ne pas être homophobes), comment on avance ? C’est le dialogue de sourds. Moi, j’ai honte de l’apostasie invisible qui gagne l’Église Catholique en France en ce moment. Quelques journalistes dits « catholiques » se réjouissent déjà du retrait des affiches dans certaines villes, comme s’il s’agissait d’une victoire, alors que tout le monde sait pertinemment que rien ne sert d’arracher la mauvaise herbe si on ne s’occupe pas de la cellule souche (à savoir l’imprégnation de la croyance sociale – surtout chez les jeunes – de « l’amour homo », et l’ignorance bien-intentionnée des gens par rapport à l’homosexualité). Elle repoussera ailleurs.
 

Le Cardinal André Vingt-Trois, sur Twitter, le 25 novembre 2016

Le Cardinal André Vingt-Trois, sur Twitter, le 25 novembre 2016, à qui j’ai répondu : « Faites votre travail et nommez le vrai problème, Monseigneur »

« Tu ne tueras point » (… ton public… ni le catholicisme) : le cas psychiatrique du film de Mel Gibson

affiche
 

Le tout dernier film « Tu ne tueras point » (titre anglais : « Hacksaw Ridge ») de Mel Gibson vient de sortir en salles en France. Un peu plus de dix ans après « La Passion du Christ » (2004) et « Apocalypto » (2006). Il s’agit d’une biopic retraçant l’histoire « vraie » de Desmond Doss, un soldat-infirmier de l’armée nord-américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, ayant été objecteur de conscience au nom de sa foi chrétienne, et ayant sauvé par son héroïsme 75 compagnons pendant la bataille d’Okinawa (1945).
 

Tout porte à croire que Gibson a réalisé un bel hommage, puisqu’il défend un message antimilitariste et chrétien noble, difficilement réfutable. Et pourtant, beaucoup trop de parasites, d’actes iconographiques ou de vices de forme, de son film prouvent que Desmond Doss et sa vie n’ont été utilisés que comme un prétexte. Et j’ose même dire que Dieu a Lui aussi été utilisé comme un prétexte. D’où, la gravité de l’œuvre de Gibson, et la sévérité critique qu’elle mérite. Car s’il est vrai qu’il est beau de donner sa vie pour sauver celle des autres, s’il est beau et risqué de défendre cinématographiquement Dieu dans un monde de plus en plus apostat, il n’est pas beau de défendre cette vérité comme ça. S’il est vrai qu’il est objectivement grave de tuer une vie humaine, s’il est vrai qu’il est bon d’obéir au 5e Commandement divin « Tu ne tueras point » et de le rappeler avec insistance à tous, il ne faut pas que cela noie voire contredise carrément les autres Commandements, comme notamment le 2e du Décalogue : « Tu n’invoqueras pas le Nom du Seigneur ton Dieu en vain ; car le Seigneur ne laisse pas impuni celui qui invoque Son nom en vain. » (1 Rois 18). Entre la bonne intention et l’acte/la forme concrets, entre la sincérité et la Vérité, il y a parfois un monde, comme nous le démontre le film de Mel Gibson ! Et ce fossé, il est de notre devoir de le dénoncer et de ne surtout pas l’applaudir.
 

Caméra ou arme ?

Caméra ou arme ?


 
 
 

a) Les journalistes « catholiques » ne font plus leur boulot

Le drame, c’est que nos « journalistes catholiques » font l’amalgame entre l’intention d’un film et son contenu (contenu qu’ils ne regardent pas et n’analysent pas, d’ailleurs). Ils discutent du thème du film ou de ce que ce film aurait voulu dire, ils glosent sur les bonnes intentions d’un long-métrage plutôt que sur ce qui nous est concrètement montré à l’écran. Et alors ils se mettent à applaudir un navet, voire même à identifier du catholicisme là où celui-ci n’est pas (car « Tu ne tueras point » n’est pas un film catholique), à voir du catholicisme là où Jésus, Marie, l’Église et les sacrements ne sont pas annoncés. C’est très grave. Regardez un peu quelques « critiques » que j’ai capturées sur Twitter :
 
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La grande majorité des « journalistes catholiques » se situent sur deux registres apparemment opposés mais qui sont en réalité le signe d’un même rapport idolâtre (et protestant) à Dieu et au Réel : le registre fusionnel de l’identification (le rapprochement excessif), ou à l’extrême inverse, le registre du transfert schizophrène (le procès d’intention, ou la réduction des faits aux intentions des personnes). En effet, quand on leur demande ce qu’ils ont pensé de « Tu ne tueras point », ils n’interprètent rien. Ils restent au ras des pâquerettes, dans le descriptif factuel du synopsis. Et surtout (misère !), ils s’extasient sur les prétendues bonnes intentions du film (« C’est pour montrer que le Christ a souffert. » ; « C’est pour montrer que la guerre ça mène à rien et que la non-violence est plus forte » ; « Ce genre de films aidera quand même des gens à croire en Dieu… » ; etc.) et excusent ses mauvaises intentions cachées (« C’est beau de se sacrifier et de donner sa vie pour les autres » ; « Il faut aussi savoir regarder en face l’horreur inhumaine de toute guerre » ; etc.). Ils n’ont juste pas compris que la fin ou l’intention ne justifiait jamais les moyens.
 

En faisant un rapide tour de piste des avis donnés sur « Tu ne tueras point » sur les réseaux sociaux, il apparaît que les journalistes « catholiques » ont apparemment adoré le film (ils ont obéi au titre à la lettre !), et en général, ils ne savent même pas argumenter pourquoi. Alors ils vomissent leurs bonnes intentions ou leur fausse érudition : « Est-ce ce surnaturel qu’on a voulu épargner aux moins de 12 ans en leur interdisant le film ? Sans doute car la violence ici n’a d’autre sens que de faire comprendre la grâce. » (Édouard Huber, dans Famille chrétienne) ; « ‘Tu ne tueras point’ vaut dix films de guerre à lui seul. La dernière réalisation de Mel Gibson tient tête aux chefs-d’œuvre du genre. » (Alexandre Meyer, dans Aleteia) ; « Nous avons eu la chance de voir ce film il y a quelques semaines, pour notre plus grand bonheur. Plutôt qu’un long discours, je vous laisse découvrir la bande-annonce… » (Hubert de Torcy, dans France Catholique). L’émission de Radio Notre-Drame du 18 novembre 2016, animée par Jean-Marie Marçais, et dédiée au film de Gibson, a quand même battu tous les records de nullité critique : il n’a pas été question du film (en dehors du synopsis), et le « débat » s’est vite évaporé sur d’autres sujets périphériques qui n’avaient rien à voir avec le film : le titre « Tu ne tueras point » et la réflexion philosophico-théologique qui l’entoure, les anecdotes biographiques de Mel Gibson, la nécessité de l’engagement jusqu’au don de sa vie, le sacrifice existentiel, l’euthanasie, la légitime défense, etc. Rien du côté du sens ou de l’interprétation des faits cinématographiques. Rien d’une amorce de sens critique.
 

Une fois n’est pas coutume, ce sont les critiques des journalistes des revues réputées relativistes/anarchistes qui se sont montrés les plus impartiaux sur ce coup-là : « Et qu’on ne vienne pas nous faire croire que ce film écœurant serait un réquisitoire contre la guerre. Un film à fuir. Au nom de l’objection de conscience. » (Jean-Claude Raspiengeas, dans La Croix, parlant à juste titre de l’« obscénité » de Mel Gibson) ; « Tu ne tueras point relève presque du cas psychiatrique et fait basculer le cinéma de Gibson dans l’ère du ‘catho-porn’, cet Hollywood parallèle destiné à remplir les multiplexes de l’Amérique bigote » (Romain Blondeau, Les Inrocks). Car oui, « Tu ne tueras point » n’est pas un film catholique, et il est surtout à déconseiller vivement aux catholiques (notamment les religieux et les jeunes, qui n’ont pas besoin de voir cette boucherie-au-nom-de-Dieu). Il relève exactement de la psychiatrie. Et en disant cela, je vais argumenter largement à présent.
 
 

b) La maladie protestante du soldat Gibson :

Comme je viens de vous le dire, « Tu ne tueras point » n’est pas un film catholique… même s’il en a la discrète prétention, et même s’il est applaudi comme « catholique » par certains catholiques et même des prêtres (c’est bien là l’inquiétant : l’heure de la Grande Apostasie pour beaucoup d’entre eux a sonné). On en ressort avec le même sentiment de supercherie narcissique que devant « L’Amante religieuse » (2014) de Natalie Saracco par exemple : une dégoulinade de bienpensance… mais cette fois à la sauce Tomato Ketchup protestante nord-américaine. Saint François de Sales (1567-1622) interdisait fermement la médisance… « sauf, ajoutait-il en boutade, en cas de protestantisme ». Alors on ne va pas se gêner !
 

« Tu ne tueras point » aligne effectivement les hérésies et les comportements de piété protestants. C’est d’ailleurs ce qui me fait penser que le protestantisme, malgré toutes ses bonnes intentions, est une maladie religieuse redoutable. Le seul critique cinéma catholique qui l’a vu, c’est Jérémy-Marie Pichon dans la revue PHILITT. Merci à lui pour son excellent article qui démine (sans trop de mauvais jeux de mots) le protestantisme du film.
 
emotion
 

Mel Gibson se dit certes « catholique ». Et après tout, ce que je vais dire ici ne préjuge pas de sa relation intime à Dieu (dont je ne connais rien), ni de ce que Dieu va opérer plus tard dans son cœur, ni de son évolution de foi. Mais il faut savoir que c’est un catholique qui se dit « traditionnaliste ». Son ex-femme est anglicane. Et lui prétend être très attaché à la messe tridentine. En fait, il a tout du « catholique identitaire » version « bobo anar d’extrême droite » (cf. le code n°39 de mon livre Les Bobos en Vérité), qui défend plus la « chrétienté » ou encore un christianisme musclé, zélé, saignant, culturel, cinématographique, sentimental, politisé, qu’un catholicisme humble, sobre, intelligent, liturgique, et assumant vraiment la vulnérabilité et la joie du Christ.
 

Ceci transparaît très nettement dans ses films « La Passion » et « Tu ne tueras point ». Le second est un film protestant car d’un catholicisme assaillant, vindicatif, volontariste, et absolument pas humble (même s’il prétend filmer l’humilité). Dans celui-ci, on se situe dans la « loi religieuse » (pour citer Fabrice Hadjadj), dans l’interdit, le précepte, l’action. Exactement comme chez les pharisiens et les zélotes. On fait les choses arbitrairement parce qu’on doit les faire, parce que Dieu l’a/l’aurait demandé, parce qu’on les ressent et parce qu’on les fait, plus que parce qu’elles viennent de l’extérieur et d’une relation intime de prière avec Jésus et Marie. Ou alors on répète les interdits parce que « c’est de la tradition ». On se base sur les « valeurs », comme si la foi était une affaire de « convictions » personnelles avant d’être un don reçu de Jésus. Plusieurs fois dans « Tu ne tueras point », le personnage principal de Desmond justifie ses actions non par l’amour ni par Jésus, mais par le devoir, la comptabilité (« Encore un de plus »), les « valeurs », les « convictions » individuelles, l’efficacité d’action. Mel Gibson n’a pas compris que la foi n’était pas une opinion, n’était pas une décision, n’était pas un « faire » : c’est avant tout une qualité d’être, et en particulier d’« être aimé » par Jésus. « Desmond va au combat avec rien d’autre que sa foi et ses convictions. » (Mel Gibson) Lors du générique final montrant des interviews et des images d’archives, Hal Doss, le frère biologique de Desmond, soutient le fait d’« avoir des convictions ». Vers la fin du film, idem, le capitaine de Desmond salue chez son soldat « sa croyance ». Et ce dernier trouve très beau et très important de « défendre ce en quoi il croit ». Bien souvent, chez les bobos cathos protestantisés, le Christ est remplacé par les « valeurs » et les « croyances » qu’Il est censé incarner. Il devient un simple système réflexif, volontariste, sentimental, intuitif, actionnel, transcendant… et n’est quasiment plus nommé « Jésus (Fils de Dieu) ». « Tu crois que la guerre va coller avec tes principes ? » demande à un moment donné le père de Desmond à son fils. Ça, c’est du pharisaïsme évangéliste pur et dur. Or, la foi véritable n’est pas une affaire de principes, de jolies idées humanistes, de sensations spirituelles, de convictions ni d’aspirations personnelles à la transcendance. Elle n’est pas un code de bonne conduite : elle est une affaire de dogmes-de-cœur avec Jésus.
 
valeurs
 

Dans le film de Mel Gibson, ça sent le puritanisme et le spiritualisme à plein nez. Autrement dit le légalisme pharisien et le moralisme sentimental. « Il faut sauver des vies et ne pas tuer. » Répétez tous en chœur ! « Et il faut croire en Dieu parce que c’est très FORT. Et il ne faut pas toucher une arme. Même pas pour jouer avec, même pas effleurer, et même pas pendant les entraînements de simulation ! » (Franchement, j’ai des doutes que le vrai Desmond Doss ait fait preuve d’un rigorisme aussi maladif : et je dis pourtant cela en étant moi-même antimilitariste et ennemi des armes). L’objection de conscience filmée par Gibson confine au grotesque, puisque l’interdit est mélodramatisé (la scène de comparution de Desmond devant la cour martiale ressemble à ces scènes de cinéma pseudo grandioses qui en réalité nous trompent depuis les années 1980 sur le véritable visage du courage, un courage pauvre, vraiment désarmé et sans violons), puisque l’interdit est décidé, puisque l’interdit est psychologisé (Si Desmond refuse les armes, attention, c’est à cause d’un traumatisme secret de l’enfance, venant d’une part de la tentative de meurtre fratricide, d’autre part du refoulement intérieur du meurtre parricide : ça ne rigole plus…), puisque l’interdit est déchristianisé (L’antimilitarisme chez la figure de Desmond, ça devient une question d’entêtement et de foi personnels et une question de désobéissance courageuse à la hiérarchie : pas du tout, comme ça devrait être le cas, une question de « personne de cœur » qu’est Jésus, et d’obéissance à ce dernier). Ce dogmatisme intransigeant du pharisien est du même acabit que le refus de la transfusion sanguine ou des fêtes d’anniversaire par les Témoins de Jéhovah. Ça ne vole pas plus haut que qu’un dogmatisme moraliste.
 
puritanisme
 

Quand je dis que le protestantisme est une maladie religieuse, je suis très sérieux. Il est une schizophrénie d’idolâtrie et de sensiblerie. Il oscille entre les extrêmes car il n’a pas d’unité. À cause de son rejet de l’Incarnation de Jésus en tout Homme et de son iconoclastie (destruction des images saintes, statues, et objets de culte), il déporte son refus des images et des représentations de Dieu en idolâtrie hyper-émotionnelle et réifiante de la Bible et de la transcendance. La Bible n’est d’ailleurs plus considérée comme une Parole ni la Personne vivante du Christ qui survit au papier, mais elle est chosifiée – selon le matérialisme superstitieux et crispé protestant – en grigri, en doudou, en porte-bonheur qu’il faut aller rechercher à tout prix et au péril de sa vie sur le champ de bataille (cf. la scène finale avec Desmond qui, sur sa civière, balbutie à ses camarades qu’il n’a plus sa Bible sur lui). Et après, ce sont les protestants qui les premiers vont traiter les catholiques d’« idolâtres »… No comment.
 

Tu la perds, hein ! (Sinon, ça veut dire que tu ne m'aimes plus)

Tu la perds pas, hein… (Sinon, ça veut dire que tu ne m’aimes plus ; ça veut dire que tu n’aimes plus Dieu et que tu finiras en enfer)


 

Dans « Tu ne tueras point », par exemple, le manque de pudeur et d’intériorité est marquant. Ce film prétend tout montrer (En ce sens, il y a une impudicité et une obscénité chez Mel Gibson, que Jean-Claude Raspiengeas a soulignées fort justement). Tout est gros, tout est surjoué (même la pudeur), tout est extériorisé (même l’intériorité et la spiritualité), tout est singé (comme du Almodóvar mais puritain : cf. la scène de tentative de meurtre du père). C’est concert de violons à fond les ballons à presque toutes les scènes. La moitié du film est tournée au ralenti (ça, c’est quand même fort de café !). Et le ralenti chez Gibson, au lieu de s’arrêter sur l’essentiel et sur la beauté, magnifie de surcroît la violence. Il apparaît même, à mon sens, comme un signe d’hystérie et de paranoïa : les actions humaines sont absolutisées, les émotions sont esthétisées/divinisées à l’extrême. Le protestantisme est bien la maladie de la sincérité (sincérité qui est à distinguer de la Vérité : on peut vouloir le Bien sans Le faire). On est faux-cul, mais on y croit !
 

Le chantage aux sentiments à l'américaine (Le pire, c'est que Michelle y croit à fond)

Le chantage aux sentiments à l’américaine (Le pire, c’est que Michelle croit à fond à sa pleurniche)


 

Il y a un autre paradoxe du protestantisme qui est visible dans « Tu ne tueras point » : c’est le pharisaïsme des actions. Pour les protestants, si tu fais et si tu ressens (ou montres que tu ressens), tu es. Ce n’est que dans l’action concrète qu’ils te jugent. Et en même temps, ils sont les premiers à dissocier radicalement les actes et la foi. Il n’y a pas de juste milieu entre ces deux attitudes. Le protestantisme est la maladie du volontarisme qui veut agir et ressentir plus qu’il ne fait vraiment/humblement/secrètement, et surtout plus qu’il ne laisse Jésus et ses ministres faire (par les sacrements notamment). Tu dois opérer la liste des actes qui font de toi un bon chrétien (donner sa vie pour les autres, risquer sa peau, pardonner, honorer son père, se sacrifier, y croire, avoir la foi, être fort, aimer son ennemi, être fou aux yeux du monde, avoir la force de la « lâcheté », porter son frère sur ses épaules, être persévérant et fidèle, se marier, avoir le sens du devoir, être bon, lire la Bible, porter l’Évangile aux extrémités du monde, etc., … et accessoirement, remercier Jésus). Aux yeux du protestant, la prière devient plus une bénédiction de ses propres actions qu’une véritable place laissée à Dieu et à ses prêtres humains pour agir en lui. D’ailleurs, dans le film de Gibson, Jésus n’est jamais nommé. C’est un « Dieu » en l’air. Et une fois qu’il est prié, ça enchaîne directement sur la tuerie (cf. les images de fins : une p’tite prière, et après, ça repart pour la boucherie !).
 

Chez Mel Gibson, cette volonté d’évangéliser, de toucher les cœurs, d’annoncer que derrière toute vie humaine il y a une présence divine, est touchante, quelque part. Il veut apprendre à chaque Homme qu’Il est guidé par un « Dieu », une instance supérieure, une « Force mystérieuse », et qu’Il ne doit pas faire n’importe quoi, qu’Il doit « respecter et aimer son prochain ». C’est un peu la base de la foi, me direz-vous , et c’est un bon début, une bonne sensibilisation au catholicisme. C’est déjà mieux que rien. Ok. Mais dans cette « foi pour les nuls », où est Jésus ? Où est aussi la Vérité et la vraie liberté ? Un film comme « Tu ne tueras point » accule à la foi : si tu ne crois pas, en gros, t’es un salaud et un insensible. Et, comme dans les campagnes publicitaires trash de la Sécurité Routière ou en faveur du préservatif, on te pousse à la foi par l’écœurement ou par le protectionnisme ou par le sensationnalisme. Ce n’est ni solide, ni remplissant pour le cœur, ni convaincant sur la durée. Il n’y a pas d’amour. Juste un devoir d’aimer, un précepte sacrificiel altruiste. Ça finit par sonner creux.
 

En plus, « Tu ne tueras point » n’aide pas à rejoindre le Christ puisque soit la caméra se prend pour Jésus (je repense à la caméra subjective du film « La Passion », justement, dans la salle de flagellation), soit le Christ est remplacé par l’un de ses représentants messianisés. Régulièrement, le cinéma de Gibson verse dans le délire mystique mégalomaniaque. C’est le cas du personnage de Desmond Doss, carrément déifié à l’écran. Dans « Tu ne tueras point », il devient une figure complètement christique. On veut nous faire croire que c’est lui le Sauveur de l’Humanité (Dieu a un peu contribué, mais à peine…). Il ressuscite ceux qu’on croyait mort. Il fait des miracles et rend la vue aux aveugles. « Il ne se contente pas de ne pas tuer. Il sauve des vies. » (Marie-Noël Tranchant du Figaro). Il sauve même la vie de ses ennemis. Cet Homme providentiel qui ne payait pas de mine inspire la confiance de tous, provoque des mea culpa, des repentances et des conversions spectaculaires : « J’ignorais qui vous étiez. » lui avoue son capitaine, qui finalement recouvre lui aussi la vue et est sujet à une illumination, une révélation. À la fin du film, le corps de Desmond s’élève même vers les Cieux, en lévitation sur son brancard solaire (Nan mais sérieux…). Le film de Gibson est tellement caricaturalement manichéen que son héros possède zéro défaut (à part quand il est gamin et qu’il manque d’assassiner accidentellement son frère). Au fond, le réalisateur n’a pas compris que Jésus n’était pas un pacifiste (puisqu’Il est venu apporter un glaive au monde, et que la Paix qu’Il donne a la forme d’une Croix peu cinématographique). Sa mise en scène de l’héroïsme désarmé est une parodie de la Paix de Jésus. De même qu’il n’a pas compris que la force de Jésus résidait dans son obéissance et non dans une forme de désobéissance active.
 

Comble de la protestantisation du catholicisme prôné par Mel Gibson : il fait le portrait d’un croyant qui n’est pas catholique. Desmond Doss, effectivement, fait partie d’une secte évangéliste : les Adventistes du 7e Jour. « Je suis adventiste du 7e Jour » La preuve que pour Gibson, peu importe finalement que Dieu soit porté par une personne spécifiquement catholique ou non, par l’Institution romaine ou non, du moment qu’Il est proclamé. C’est con parce que ce qui fait un catholique, c’est justement cette préférence humble, inclusive et universaliste pour l’Église-Institution-romaine. « Tu ne tueras point » aurait donc mérité aussi de s’appliquer au catholicisme : Tu ne tueras point… le catholicisme.
 
 

c) Le fanatisme de la Vérité… qui aboutit au mensonge et au sadisme démoniaque :

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Médiatiquement, toutes les critiques élogieuses du film de Mel Gibson nous le vendent comme un bijou de réalisme, de Vérité. La Vérité, mon frère ! L’effet réaliste, l’effet autobiographique et historique, c’est d’ailleurs leur seul argument pour le défendre (en plus de la teinte ouvertement et « courageusement » chrétienne qu’il affiche). Ce serait parce que d’entrée de jeu « Tu ne tueras point » se présente comme un hommage à un héros de l’ombre ayant réellement existé, une histoire réelle et vraie, que forcément, il serait bon et irréfutable. Ce serait parce qu’il est visuellement efficace et impactant que forcément il toucherait le cœur et serait vrai.
 

Alors je tiens à vous prévenir tout de suite : ce n’est pas parce qu’en intention, une chose est prétendue vraie, a fortiori avec des moyens technologiques (effets spéciaux) qui lui rajoutent de la vraisemblance et de la crédibilité, qu’elle en devient vraie. La Vérité n’a pas besoin de se prouver et de se montrer à l’excès, puisqu’Elle EST, en toute simplicité. Dans le film de Gibson, le réalisme est tellement poussé à l’extrême que paradoxalement, il en devient surréaliste, irréel. Trop de Réel tue le Réel. D’ailleurs, pour un film qui se veut fidèle au Réel, et qui se présente comme un document d’archive (dès le générique d’entrée, on nous indique que nous allons voir « une histoire vraie » et pas simplement une « fiction inspirée d’une histoire vraie ou de faits réels » !)
 

 

Il existe bien, chez Gibson et plus largement dans le protestantisme, ce que j’appellerais un « fanatisme du vrai », celui qui cherche à prouver et à asséner la « Vérité » au lien de simplement La vivre, se rendre présent à Elle, et La proposer sans fioritures ni zèle excessivement émotionnel. C’est le fanatisme des nouveaux convertis born again : agressif, bourrin, publicitaire. Cela transpire dans « Tu ne tueras point ». Mel Gibson veut tout montrer, veut d’une foi démonstrative, héroïque, qui agit et procure des émotions grandioses, des sensations fortes comme dans un grand 8. C’est en cela qu’on peut parler d’hystérie. On pourrait croire que les ralentis font ressortir encore mieux le Réel dans le détail… mais en réalité, ça ne se passe absolument pas comme ça dans la vraie Vie. Idem pour la bande-son, ou encore les bruits intérieurs du corps : dans le quotidien, personne n’entend le pouls de son cœur (à deux reprises dans le film, Gibson nous donne à entendre les battements du cœur de Desmond), personne ne voit ses actions ou ses sensations accompagnées d’un orchestre philarmonique de violons, personne (à moins d’être schizo) n’entend de voix-off qui commente ses faits et gestes (« Avez-vous entendu ? » susurre la voix-off dès la première phrase). Pendant une vraie guerre, le bruit des armes n’est pas celui qu’on entend dans « Tu ne tueras point ». C’est du faux réalisme. La souffrance qui est filmée est certes impressionnante et douloureuse. Mais elle est différemment et autrement moins ou plus douloureuse dans la réalité. Gibson construit un réalisme en carton pâte et en viande hachée. Les spectateurs et les journalistes qui saluent la « vérité dans la crudité » de son film n’ont rien compris.
 
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Comme je le signalais un peu plus haut, le cinéma de Mel Gibson, c’est de la tragédie grecque post-moderne, du soap opera amélioré, du Almodóvar anglophone mélodramatisé, mais version cucul-gore. On passe de l’Image d’Épinal la plus cliché (la pin-up du soldat, le « Sir Yes Sir ! », la mort du camarade de tranchées, le frère porté sur les épaules, la plume bleue inspirant le sifflotement avec les oiseaux de la nature, etc.) au revirement le plus trash (la brique assommant le frère Hal, la caricature des chefs militaires hurlant sur leurs soldats, le moment « Lâche ton flingue Bobby !! » où Desmond renonce à tirer au revolver sur son père battant sa mère, etc.). La scène de « Tu ne tueras point » qui dépasse toutes les autres en terme de sincérité kitsch, c’est quand Gibson nous filme au ralenti la douche « bien-être divin » (Tahiti Douche) que prend Desmond Doss après en avoir bien chié sur le front. Il y a toujours, dans les films bobocathos, ce moment fatidique où les réalisateurs vont trop loin sans s’en rendre compte, où ils sont dépassés par leur propre hystérie et pathologie, par leur propre obsession de « faire vrai », de « faire sobre », de « faire sensible », de « faire original », de « faire catho mais pas comme les autres » (genre la scène sidérante de la cire rouge et du cercle de bougies à la fin de « L’Amante religieuse » de Saracco), et où ils se trahissent. Et côté spectateurs, c’est la crise de rire intérieure assurée (pour ceux qui peuvent comprendre le phénomène, bien entendu).
 
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Malgré les apparences, la « Religion du réalisme » que Mel Gibson suit n’est pas celle de l’Incarnation. Malheureusement, on est plutôt au rayon « chair à saucisse » et « charpie ». Le Corps du Christ est tellement regardé au microscope qu’il n’est plus considéré. Et concrètement, ça donne du cinéma christique de gros bourrin, avec un Rambo certes désarmé, mais dont la violence se transpose tout autour de lui, de manière décuplée et cauchemardesque. Quand un film commence d’emblée par des ralentis, c’est déjà très mauvais signe. Mais alors, quand en plus il s’agit de ralentis sur des représentations surdimensionnées de la souffrance et de la violence, là, le spectateur a de quoi s’inquiéter sur la santé mentale du pauvre réalisateur qui s’est fait « plaiz » en mettant en scène sa propre violence intérieure, sa morbidité, sa fascination pour l’hémoglobine, les corps décharnés, les kalachnikovs, les explosions, les détonations de mitraillettes, les lance-flammes, etc.
 
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Aussi bizarre ou insensible que cela puisse paraître, la guerre qu’a mise en scène Gibson n’est même pas réaliste. Jamais on ne verra des lombrics de cette taille et cette foule de rats sortir comme ça de cadavres des soldats qui viennent d’être tués sur le champ de bataille. Jamais on n’entendra un pareil bourdonnement de mouches autour des boyaux et des tripes à l’air des corps en charpie, y compris dans les conflits mondiaux les plus violents. Jamais les explosions de bombes dans le réel ne se déroulent comme dans les films d’action américains. Gibson semble oublier que l’image de souffrance n’est pas vraie. Elle peut être vraisemblable et agir sur la réalité sensible de son spectateur mais elle n’est pas vraie. Il semble oublier que la guerre (et la foi) n’est pas un jeu vidéo. Le naturalisme poussé à l’extrême conduit au délire, un délire certes vraisemblable et vraiment écœurant (encore que : je trouve les films de Pasolini tels que « Salò ou les 120 jours de Sodome » largement plus insoutenables), mais un délire quand même. C’est de la sublimation perverse de souffrance et de violence. Comme dans les films fantastiques d’aventure (cf. le cœur arraché à main nue dans « Indiana Jones et le Temple maudit »), sauf que cette fois les effets spéciaux ne sont plus « à deux balles ». Il y a chez Gibson quelque chose qui a à voir avec le faux réalisme des films pornos et des films d’horreur : une complaisance à grossir le scabreux, le douloureux, l’affreux, à nous faire ressentir la souffrance. On a même droit au vomi, au sang qui pisse : qu’on ne vienne pas nous dire après que ce n’est pas de la violence gratuite ! À un moment, le personnage de Desmond Doss va jusqu’à se retrouver à hurler face à un cadavre décomposé qu’il a soulevé de terre comme un pied de râteau lui revenant à la figure, et hurlant comme lui, façon Musée des horreurs. Là, c’est carrément de la fascination identificatoire à la mort (ou plutôt à l’image de mort). Mel Gibson est un grand malade.
 

Film "Braveheart"

Film « Braveheart »


 

Déjà, au début du film, la scène de la prise de sang de Desmond par l’infirmière (Dorothy, sa future femme) nous mettait bien sur la piste de la complaisance de Gibson pour le réalisme de la souffrance. Au lieu de nous passer ce détail, le réalisateur est allé jusqu’à nous montrer comment l’aiguille perce bien la peau du bras du héros et comment le sang en jaillit abondamment. Ensuite, on voit que tous les films de Gibson se choisissent comme héros des sadiques, des impulsifs, des brutes « antimilitaristes », des psychopathes. Dans « Tu ne tueras point » notamment, Desmond lit des livres d’anatomie et semble fasciné par le sang ; Smitty, son camarade soldat, s’enfonce un couteau dans le pied ; il y a même un soldat nudiste exhibitionniste à la caserne. Le choix du ralenti sur les scènes les plus violentes et sur les organes humains qui explosent démontre bien tout le sadisme de Mel Gibson, qui magnifie la souffrance et veut la faire durer. Aucun détail ne nous est épargné : sur les injections de morphine, le sang sur l’oreiller, les dégoulis de sang, les jambes broyées (de Ralph), les décapitations, la surenchère de cris horrifiés et de charpie (la véritable violence, quant à elle, est plus sourde). Il faut, selon Gibson, que ce soit crade. Absolument crade. Il faut que ça fasse réagir. Il faut que ça traumatise. Il faut que le spectateur culpabilise et souffre visuellement et physiquement de sa soi-disant indifférence de petit-bourgeois occidental programmateur de guerres. Il va payer (sa place de cinéma et son inaction), le petit con ! En ce sens, « Tu ne tueras point », loin d’être pédagogique, est terroriste et réactionnaire stricto sensu. Le simple fait de considérer qu’aller au cinéma serait un acte de bravoure, n’est pas normal et surtout illustre une inquiétante confusion entre la fiction et la réalité, une méprise sur ce qu’est le véritable courage ou le rôle du cinéma. Même au nom de la foi et de la dénonciation de la violence, un réalisateur n’a pas le droit, moralement, de créer ainsi du dégoût, d’exagérer la violence (déjà bien assez horrible et niée comme ça dans notre monde d’aujourd’hui !), de créer au forceps de la réaction (à la fois excessivement négative et excessivement positive), de la brutalité (symbolique) à son tour. Il a pas le droit de tenir en otage ses spectateurs (et l’interdit au moins de 12 ans n’est pas assez sévère : il devrait s’étendre aux 77 ans). Composer un enfer cinématographique ne servira jamais à bien défendre le paradis et à bien nous battre dans le Réel.
 
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Le film de Gibson ne fait pas ce qu’il prétend, ne fait pas ce qu’il dit. Ce qui est décrit comme « un paradoxe admirable » par la journaliste Marie-Noël Tranchant du Figaro), à savoir le fait de prôner cinématographiquement la non-violence par un film hyper violent, ne mérite non seulement pas notre euphorie, mais au contraire réclame notre indignation. C’est scandaleux de défendre le Paix et la Foi comme ça. On ne prouve pas une chose par son contraire, et la fin ne justifie pas les moyens. Ces dix dernières années, Mel Gibson a eu des problèmes d’alcoolisme, et il semblerait que sa frénésie pour la non-violence et le pacifisme de Desmond Doss soit plus une démarche inconsciente pour se rattraper, se racheter une conscience et pour dissimuler ses excès (il exalte la non-violence car il ne peut l’atteindre ; il exalte la foi parce qu’il ne prie pas assez) qu’une charité en actes. Être objecteur de conscience, c’est aussi et avant tout le refus de représenter la violence comme il le fait. Il doit être objecteur de violence, même de violence iconographique. Gibson maltraite le spectateur au nom de la volonté de le vacciner contre la violence. Quelque chose ne va pas dans la méthode et l’intention ! Ça joue les pacifistes mais en étant terroriste. La preuve en est que dans « Tu ne tueras point », Gibson pousse le sadisme jusqu’à faire peur à deux reprises à son public de manière totalement inutile : d’abord lors des scènes de cauchemar de Desmond (comme si nous, public, n’avions pas assez à souffrir des épisodes de conflit dits « réels », il faut en plus que Gibson nous fasse sursauter inutilement sur des scènes que nous croyons réelles mais qui se révèlent n’être finalement que des rêves d’une violence extrême !) ; deuxièment lorsque Desmond va traverser la rue pour retrouver sa dulcinée, et qu’il manque deux fois de se faire écraser par une bagnole. Qu’est-ce que ces effets terroristes apportent au scénario et au message du film ? Nada, rien, nothing. En revanche, à mon avis, ils classent temporairement Mel Gibson dans la catégorie des faux prophètes exaltés et dérangés de la Cathosphère. Ses films sont sérieusement à éviter.
 

Dernière chose pour enfoncer le clou (le clou étant ce film, et non la personne de Mel Gibson, infiniment aimée de Dieu, bien évidemment) : il ne nous faut pas sous-estimer toute la part démoniaque (oui, j’ose cet adjectif) qui a inspiré « Tu ne tueras point » et que traduisent beaucoup d’éléments apparemment anodins de sa composition. Je pense par exemple à l’analogie entre Desmond (au prénom proche de « démon ») et Caïn tentant de tuer son frère Hal en début de film ; je pense aux pulsions meurtrières de Desmond vis-à-vis de son père et ensuite vis-à-vis de toute autorité hiérarchique (le film de Gibson louvoie avec le parricide et prône une forme de « sainte » désobéissance, mais une désobéissance quand même). Je pense à la totale omission de Jésus, Marie, l’Église et les sacrements, dans le film. Je pense à la sublimation exagérée de l’objection de conscience et au purisme de l’anti-militarisme, qui peuvent conduire à plus ou moins long terme à la puce électronique mondiale. Je pense à tous les personnages de possédés que Mel Gibson se plut à incarner ou à mettre en scène dans ses films. Et clou du spectacle : le réalisateur ne respecte même pas les dernières volontés du vrai Desmond Doss qui, de son vivant, a toujours refusé qu’on écrive ou fasse des films sur sa vie et qu’on le traite en héros. « Tu ne tueras point » a donc ceci de diabolique qu’en rendant hommage, il salit la sainte volonté de celui qu’il « honore ». Au final, c’est un film anti-testamentaire. Dieu se sert de tout, même des désobéissances. M’enfin quand même ! « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » (Mt 18, 16)
 
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P.S. : Réaction de ma mère spirituelle à l’article (j’ai éclaté de rire) : « Je suggérerais un autre scénario, un peu plus corsé: un gars du GIGN converti à l’église Adventiste du 7ème jour et qui refuse le jour d’une attaque terroriste de tirer sur le terroriste en train de dégommer tous les enfants d’une école juive à Paris. Je me demande si cela serait très commercial comme film, surtout à Hollywood ??? » Qui a laissé croire que les religieuses d’aujourd’hui étaient cuculs?^^

#CathosCons votent #Fillon : ça rime

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Les CathosCons, en votant Fillon (ça marche aussi avec Poisson, cela dit), sont convaincus qu’ils ont voté juste et qu’ils ont outrageusement contourné le Système (alors qu’ils sautent les deux pieds dedans et votent pour un type qui n’abrogera jamais la GPA puisqu’il cautionne l’ « amour homo » et l’Union Civile). Mais dans quel monde vivent ces gens-là?
 
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Voilà où nous entraîne l’homophobie des catholiques.
 

Frigide Barjot, pendant ce temps-là, jubile…
 
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Pendant que les déçus pour Poisson n’ont toujours pas compris non plus que Fillon et Poisson c’était kif-kif.
 
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P.S. : Le nombre de mes contacts Facebook fond comme neige au soleil (il passe en-dessous de la barre des 1600). Mais je n’hésiterai pas à descendre davantage s’il le faut. Il y a des limites à la connerie, à l’aveuglement et à l’apostasie. Choisissez votre camp. Moi, j’ai choisi celui du Coeur de Jésus-Christ (qui, de plus en plus, est en train d’embrasser majoritairement des gens pas officiellement « catholiques », mais au fond, « catholiquement vrais »).

Il Padre Charamsa mi conosce

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Scoop! Un amico italiano ha scritto a Charamsa (l’ex-prete), chiedendogli se mi conosceva e cosa pensava di me. Il prete polacco omosessuale spretato – che era balzato agli onori della cronaca un anno fa facendo il suo coming out al momento del Sinodo sulla Famiglia – mi conosce. Dice che sono un « mitomane pericoloso ». Ma ha talmente paura di farmi pubblicità che non pronuncia nemmeno il mio nome, né sul suo blog, né sul messaggio che ha inviato al mio amico (si accontenta di scrivere le mie iniziali « P.A. ») : « Buongiorno. I testi di P.A. sono la mescolanza di fondamentalismo religioso e di patologizzazione del sano orientamento sessuale. Molti mitomani pericolosi sono ben documentati. Incece ci sono vari teologi seri che hanno affrontato già l’incontro tra fede, ragione e orientamento sessuale. Ricordo alcuni di loro nel mio libro ‘La prima pietra’. Cordiali saluti. Charamsa. »

Le Père Charamsa me connaît

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Scoop : Un ami italien a écrit à (l’ex-père) Charamsa, en lui demandant s’il me connaissait et ce qu’il pensait de moi. Le prêtre homosexuel polonais défroqué – qui avait défrayé la chronique il y a un an en faisant son coming out au moment du Synode sur la Famille – me connaît. Il dit que je suis un « mythomane dangereux« . Mais il a tellement peur de me faire de la publicité qu’il ne prononce même pas mon nom, ni sur son blog ni sur le mail qu’il a adressé à mon ami (il se contente d’écrire mes initiales : « P.A.« ) :
 

« Buongiorno. I testi di P.A. sono la mescolanza di fondamentalismo religioso e di patologizzazione del sano orientamento sessuale. Molti mitomani pericolosi sono ben documentati. Incece ci sono vari teologi seri che hanno affrontato già l’incontro tra fede, ragione e orientamento sessuale. Ricordo alcuni di loro nel mio libro « La prima pietra ». Cordiali saluti. Charamsa. »
 

Moi, on cherche à me tuer en ne me nommant pas.

Imminence de la conversion des Musulmans au catholicisme

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En allant hier au Sacré-Cœur, j’ai appris que les Musulmans de France vont contribuer au grand Réveil de Sainteté français car ils vont réaliser que la Sainte Vierge existe, et sont déjà très proches de la Reine des Cieux. N’ayons pas peur de la présence des Musulmans en France. Ce sont des futurs convertis au catholicisme en masse. Un signe leur suggérant l’existence de Marie et de Jésus, et yallah, nous allons nous rejoindre très très vite! Marthe Robin a d’ailleurs annoncé cela. Elle a dit que les Musulmans seraient les premiers à se convertir. Je vois mes anciens élèves, musulmans, et la conversion de leur coeur. Ils sont secrètement contre le « mariage gay » (même s’ils n’ont rien dit), ils nous ont vus souffrir. Et ils croient en Jésus (en tant que prophète) et en Marie. Jésus appelle les Musulmans, et beaucoup vont l’entendre.
 
 

Par ailleurs, si vous comprenez l’italien…
 

 

C’est le témoignage percutant d’un Musulman qui raconte sa conversion au catholicisme. Il était jadis combattant afghan. Il a retrouvé la foi grâce au christianisme, non pas par une conversion-éclair magique, mais tout simplement en découvrant que ses racines spirituelles musulmanes étaient chrétiennes (l’Islam est « juste » une hérésie chrétienne : c’est intéressant de voir les liens insoupçonnés aujourd’hui entre l’ancienne Église syrienne et les origines du Coran). Avec Farhad, c’est comme une confirmation existentielle, à la source, que les Musulmans vont bientôt venir au catholicisme en revenant vers eux-mêmes, vers le point d’achoppement entre catholicisme et Islam ! Vivement qu’ils découvrent leur histoire et l’identité de l’Islam primitif.
 

Parallèlement à la vidéo de Farhad Bitani al Sermig, je vous livre aussi le témoignage de l’une des seules personnes en France qui sait parler super bien de l’Islam et qui aide à la conversion de beaucoup de Musulmans : Jean-Yves Nerriec. J’en parlais déjà dans mes « 247 questions sur l’homosexualité à intérieur de l’Église ».