La continence sans regrets

Message personnel à ceux qui rêveraient que mon voeu de continence soit absolument un choix par défaut, un croix de suicidaire qui ne s’aime pas, la preuve chez moi d’un orgueil démesuré, d’une frustration non-assumée, le fruit d’une série de déceptions amoureuses que je n’aurais pas digérées, le signe d’une diabolisation homophobe de l’amour homosexuel, une fuite maladive de la sexualité et des plaisirs, le résultat d’une peine de coeur irréparable. Dommage pour eux : dans ma période de « flirt » d’un an et demie (de 2009 à 2011) où j’ai vécu concrètement l’expérience charnelle avec des garçons, je peux leur assurer que je suis toujours sorti avec des garçons adorables et respectueux, que j’ai vécu des relations dans une grande sincérité, et que le sexe homosexuel, j’ai adoré ça. J’ai pris mon pieds, vraiment. Et c’est justement parce que je suis allé jusqu’au bout de mes fantasmes, et que j’ai connu – même de manière fugace – les beautés du couple homo, que je peux justement dire maintenant qu’il ne me suffit pas, et qu’il y a largement mieux. C’est précisément parce que l’amour homosexuel est juste « bien » qu’il n’est pas le meilleur ! C’est précisément parce que je n’ai vécu que des expériences amoureuses homosexuelles satisfaisantes que mon choix de la continence est libre et positif ! Un vrai OUI, quoi. Et je remercie mes « ex » de m’avoir fait découvrir cela, à leur insu.

 

Le poison de la jalousie

La jalousie, c’est le déni de son propre désir de se substituer à l’autre et de le détruire dans cette fusion. Qu’il chante et danse juste, on lui dira qu’il « se la pète ». Qu’il se montre et se donne, et on le taxera d’exhibitionniste, de narcissique, de victime de l’image et de la starification. Qu’il dise des vérités, et on lui inventera un orgueil démesuré ou le résultat de leurs pires instrumentalisations. Qu’il soit jeune, et on lui reprochera son manque d’expérience ou de recul, son idéalisme mièvre. Qu’il soit âgé et on le dira passéiste, conservateur. Qu’il soit homme et on lui dira qu’il ne peut pas comprendre les femmes, et inversement. Qu’il soit croyant, et on le déguisera de fondamentaliste aliéné par sa propre religion. On lui demande au fond d’être les autres, d’être Tout, et de renoncer à être simplement quelqu’un. Quelqu’un d’unique, avec un passé, une éducation, une histoire, des croyances, des désirs, des convictions, des amis divers, une vie faite de ratés et de réussites. Oui, le seul tort que le jaloux a à faire porter à celui qu’il jalouse, c’est d’exister.

 

Retour des JMJ de Madrid (été 2011)

Je reviens juste des JMJ de Madrid, après une semaine d’évangélisation au Parc du Retiro, aux côtés de Frigide Barjot. Une incroyable expérience de rencontres. Une communion puissante qui m’a dépassé. J’ai découvert avec surprise pendant cet événement que mon témoignage en tant que continent homosexuel avait un fort impact sur les jeunes, et surtout un impact particulier sur les prêtres, les moines, et les religieuses, même « hétéros ». J’ai vu que mon expérience de vie les soulageait d’un poids énorme et leur donnait une joie profonde ! Moi qui ne suis pourtant qu’un simple laïc, je ne constate que maintenant que je reçois de Dieu un charisme spécial de guérison des prêtres au sein de l’Église catholique. Quel paradoxe ! Quelle joie ! Dieu est grand ! Et comme j’aime l’exigence de l’Église à nous demander de vivre concrètement ce que l’on dit !

 

« Un prêtre, c’est un homme seul avec un ordinateur. »

Plus je découvre la grandeur de l’Église catho, plus j’apprends aussi que le loup est entré dans la bergerie, et que certains hommes d’Église sont en grand danger parce qu’ils ne conforment pas leurs actes avec le sacrement qu’ils ont reçu. Nous devons spécialement prier pour eux, surtout ceux qui se découvrent homosexuels et qui passent à l’acte : ils sont minoritaires parmi les consacrés, mais tout de même nombreux. Je le sais puisque, depuis ma médiatisation, certains viennent à moi pour m’en parler. Leurs tentations sont diverses, et contrairement à ce que les non-croyants peuvent penser, elles ne viennent pas de l’extérieur ni du voeu de célibat et de continence : elles sont d’abord à l’intérieur. Tout récemment, un ami homo curé de mon entourage – jeune, beau et intelligent, en plus ! – m’a donné une courte définition du danger qui guette nos célibataires consacrés : « Un prêtre, c’est un homme seul avec un ordinateur. » Pas trouvé mieux.