« Regarde le Ciel »

L’autre jour, je me baladais dans mon quartier du cinquième arrondissement, à Paris, et au moment de traverser un passage piéton, j’ai vu une inscription peinte en bleu sur le sol : « REGARDE LE CIEL ! » Voilà une invitation qui ressemblait bien à une injonction paradoxale du type « Il est interdit d’interdire! » ou « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais » : on nous fait regarder le sol pour mieux nous orienter vers le Ciel. Moyen détourné et en apparence opposé au but affiché. Diversion Pop Art honnête ou manoeuvre malhonnête et insensée ? Ça m’a amusé, et fait réfléchir, cet art de rue « philosophique ». Je me suis dit que ces mots terrestres étaient exactement à l’image de la démarche de mon livre : vers le Désir par le désir homosexuel ; à Dieu par les personnes homosexuelles.

L’idéal de la Sainte Famille

Ce n’est pas parce que je dis que le couple homo n’est pas idéal que je soutiens par là qu’il n’est pas possible, ni souhaitable et beau dans certains (rares) cas. Après, certains ricaneront en m’avançant que « chez les hétéros, il n’y a pas de couple idéal non plus! ». Ce à quoi je leur réponds : « Chez ‘les hétéros’, comme vous dites, non. Mais chez certains couples femme-homme (pourtant défectueux mais proches de l’idéal) et dans l’Église catho, si : la Sainte Famille (Joseph, Marie, et Jésus), c’est quoi? C’est pas du flan ni du vent! C’est duconcret, encore aujourd’hui! » Encore faut-il y croire. Mais sur le terrain de la croyance, on n’est pas plus dans la certitude du côté des athées sceptiques que du côté des croyants. Alors que les incroyants défaitistes de l’amour nous laissent croire ce qu’on veut, nous les défenseurs exigeants et confiants de l’idéal de la famille, comme nous leur laissons croire en leur triste et irréaliste vide spirituel matérialiste!

Ne pas tuer la reconnaissance du désir homosexuel (Sinon, on suit la logique du Gender)

Je m’oppose fortement à l’étiquetage identitariste et essentialiste actuel des sexualités, qui stigmatise sous forme d’espèces les individus selon leur orientation sexuelle, leur apparence physique, ou leur subjectivité (« les homos », « les lesbiennes », « les bisexuels », « les transsexuels », « les transgenres », etc.). Mais, à la différence des sujets homos « honteuses » méprisant uniquement la visibilité homosexuelle et les clichés de l’homosexualité pour mieux pratiquer les actes homos en toute discrétion sans les remettre en cause, et à la différence des partisans de la Queer & Gender Theory qui certes critiquent le même étiquetage caricatural que moi mais pour mieux nier la réalité de la sexuation, s’éloigner des corps, et mettre sur le même plan tous les désirs humains dans un relativisme effrayant qui évacue toute réflexion sur le sens du désir homosexuel et le Sens de l’existence humaine, je me bats pour qu’en même temps que soient combattues les nomenclatures marchandes et pseudo médicales des sexualités, les clichés de l’homosexualité et la spécificité du désir homosexuel soient préservés,reconnus et expliqués, sans être justifiés, moralisés, essentialisés. Mon approche de la culture homosexuelle n’est donc ni essentialiste ni iconoclaste. Elle est symboliste, et donc réaliste, y compris dans la prise en compte de la probable actualisation des fantasmes humains inconscients.