Quand certains catholiques m’assurent que l’Église a déjà tout dit en matière de sexualité – Théologie du Corps de Jean-Paul II et Bible à l’appui – et qu’Elle n’a rien à rajouter (comprendre = « Il ne faut pas utiliser la novlangue avec son cortège de mots sexualisés absurdes tels que ‘homosexualité’, ‘hétérosexualité’, ‘bisexualité’, ‘homophobie’, qui nous corrompent à l’esprit du monde ! »), je leur réponds : « Certes, l’Église a apparemment tout dit sur la différence des sexes, donc sur la sexualité. Elle a déjà tout dit en Jésus, de toute façon. Et quand on interroge le Pape sur l’Union Civile et l’homosexualité, il s’en rallie prudemment à son Magistère en alléguant qu’il n’inventera rien de nouveau que ses prédécesseurs. Et pourtant, nos contemporains sont de plus en plus paumés et désintéressés par ce discours direct et positif sur la sexualité, car les gens d’Église ne disent absolument rien sur les simulacres actuels de la sexualité que sont l’hétérosexualité et l’homosexualité, considérés dans la tête et dans le coeur de nos contemporains (y compris des cathos) comme l’authentique et unique sexualité. »
 

Il est donc indispensable et urgent de s’attaquer aux contrefaçons actuelles de la sexualité. La description de ces fausses sexualités parlera bien mieux de la vraie sexualité qu’un discours scolaire et théologique uniquement centré sur la définition positive de la sexualité et de ses beaux fruits (= ‘la procréation’, ‘la valeur sacrée de l’enfant, ‘l’Homme et la dignité humaine’, ‘la sponsalité de l’union de l’homme et de la femme’, ‘le mariage’ et ‘la Famille’), discours positif qui touche de moins en moins nos contemporains blessés dans leur sexualité et obnubilés par les copies techniques, sentimentales et plus sombres de la sexualité, qui collent davantage à leur vécu émotionnel souffrant : les coups de coeur et les flirts décevants, les viols et abus, le porno, l’enfant-projet ou l’enfant adopté, l’Homme autodéterminé, le « mariage gay » et asexué, la famille sentimentale éclatée, recomposée et « homoparentale », etc.
 

Pour sortir de ce marasme de la « vérité sur la sexualité épanouie », les catholiques doivent donc faire entorse à leur purisme intellectualiste/doctrinal et à leur attachement à l’argumentation positive de la sexualité, pour prendre le risque de défendre la vraie sexualité par ses sosies modernistes négatifs. C’est seulement en décrivant la couche de vernis qu’apparaîtra concrètement la bonne couleur de la sexualité. Sinon, en balançant directement la bonne couleur, et en ne nommant pas explicitement le mal (= la différence des sexes travestie en ‘hétérosexualité’), beaucoup de gens ne se représentent ni la bonne sexualité ni sa contrefaçon mauvaise, au point de nier carrément le sexuel.