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Code n°175 : « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau… » (sous-codes : Bas-haut / Horizontalité-verticalité / Adieux / Amour impossible)

Un Petit Poisson

« Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau… »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

« Dieu dit : ‘Que les eaux grouillent de bestioles vivantes et que l’oiseau vole au-dessus de la terre face au firmament du ciel.’ Dieu créa les grands monstres marins, tous les êtres vivants et remuants selon leur espèce, dont grouillèrent les eaux, et tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon. » (Gen, 1, 20-22 ; extrait de la TOB, au quatrième jour de la Création)

 

« Vus d’en haut, nous sommes tous des nains. Vus d’en bas, tous des géants. Il nous faut retrouver un regard horizontal. » (Eduardo Galeano, dans le documentaire « L’Amérique latine, à la reconquête d’elle-même » de Gonzalo Arijón, diffusé sur la chaîne ARTE, en 2008)

 

 

La vie sans les trois dimensions (haut/bas/profondeur), sans la perspective, sans centre

 

Comme le désir homosexuel ne part pas prioritairement du Réel et n’est pas attiré par Lui, puisqu’il éjecte ou magnifie excessivement la différence des sexes (qui, je le rappelle, est LE socle du Réel sans lequel nous ne serions pas là pour en parler), il est logique que l’individu qui le ressent et qui s’y adonne n’ait pas une vision du monde et des Hommes en trois dimensions : le haut, le bas, et l’horizontal (… autrement dit le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, figurés par la croix de Jésus). Souvent, les personnes homosexuelles pratiquantes, dans leur manière de vivre et d’aimer, vivent les montagnes russes, passent cyclothymiquement d’un extrême à l’autre, expérimentent la violence oscillatoire d’un mouvement de balancier en dents de scie qui sépare excessivement le haut et le bas, ou, ce qui revient au même, qui les fait fusionner. Dans les deux cas, il n’y a pas de place pour la relation ni pour la matière, le volume, le relief, la perspective, la profondeur, le Sens, l’Amour.

 
 

L’Amour comme un écran plat ou un précipice

 

Leur folie des hauteurs homosexuelle (cf. je vous renvoie aux codes « Planeur », « Icare », « Femme au balcon », et « Se prendre pour Dieu » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) traduit fantasmatiquement une focalisation sur une horizontalité niant toute verticalité, et vice versa. Au niveau du désir homosexuel, il semble que le haut et la bas aient du mal à se rencontrer : dans l’iconographie homosexuelle sont souvent mis en opposition (et en fusion !) le monde aérien de l’oiseau et le monde aquatique du poisson. C’est peut-être ce qui fait dire à Pierre Verdrager, dans son essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007), que « les homosexuels sont parfois dans le monde social comme des poissons dans l’air. » (p. 113) Le désir homosexuel tend vers les extrêmes pour empêcher l’individu de regarder les choses en face, à la bonne hauteur, et en profondeur. Dans les œuvres homo-érotiques, les êtres se déplaçant lentement à l’horizontal (par exemple le cygne glissant sur l’eau, la femme courant dans la forêt, le funambule marchant droit sur une corde raide, l’horizontalité du fleuve, le déplacement rectiligne de la reine du carnaval sur son char, etc.) sont constamment sous la menace de la chute (le cygne noyé chez les néo-baroques, la femme dans la forêt violée et tombant à terre, les chutes d’eau, l’intronisation-détronisation de la reine du carnaval, etc.). En désir, la majorité des personnes homosexuelles sont trop horizontales dans leur volonté de fusion à la terre ou à l’être aimé (c’est pour cette raison qu’elles craignent la chute et qu’elles ne la voient pas venir), et trop verticales (elles planent et ne considèrent plus la Réalité).

 

Au lieu de prendre réellement de la distance par rapport à l’objet d’amour, elles s’y identifient dans l’émotionnel et se soustraient au travail de détachement par la mise en scène parodiée du départ. Elles adorent les créations de la solitude, des adieux larmoyants, de l’amour impossible. C’est pourquoi, iconographiquement, beaucoup d’auteurs homosexuels mettent en scène deux créatures qui ne pourront jamais se rencontrer et s’aimer à cause de la différence radicale de leurs milieux naturels respectifs, sur le modèle de la chanson « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » de Juliette Gréco.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Fusion », « Animaux empaillés », « Manège », « Femme allongée », « Doubles schizophréniques », « Funambulisme et Somnambulisme », « Se prendre pour Dieu », « Liaisons dangereuses », « Désir désordonné », « Aigle noir », « Eau », « Amant narcissique », « Icare », « Femme au balcon », « Planeur », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Lune », « Mort = Épouse », « Sirène », « Voyage », et à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Nager comme un oiseau dans l’eau !

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Curieusement, dans les fictions traitant d’homosexualité, des fusions fantasmatiques hybrides se font entre animaux terrestres et animaux marins, entre volatiles et poissons (et pourtant, il ne s’agit pas uniquement de canards, je peux vous l’assurer !) : cf. le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (avec les oiseaux rasant l’eau de la mer), le film « Navidad » (2009) de Sebastián Campos (avec, en scène finale, l’image d’un personnage en plastique maintenu debout par l’air sortant d’une bouche d’aération urbaine, suivie d’un fondu enchaîné sur un torrent d’eau où nagent des poissons regardé par Aurora), etc. « Embrasse-moi la bouche encore encore encore comme ça. J’ai des plumes. Gentils poissons. » (cf. le poème « Lever le ventre » (1915-1917) de Gertrude Stein) ; « J’aime mon petit oiseau qui s’ébat dans l’eau. » (la voix narrative du poème « Minicamba » (2008) d’Aude Legrand-Berriot) ; « Je suis pas un poisson. Je suis pas un oiseau. » (Manu dans le film « Les Témoins » (2006) d’André Téchiné) ; « Nage nage petit poisson. Vole vole le papillon. » (cf. la chanson finale du film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne) ; « I’m not a cat, I’m not a fish, I’m a catfish, I’m a dog. » (Stan dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Je m’appelle pas Canard, mais Rouge-Gorge. » (Mimile roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 70) ; « Aïe ! Une abeille dans la baignoire ! » (cf. une réplique de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « La mouette ! La mouette qui veut voler dans l’évier ! Elle est en pleine forme ! […] Regarde comme elle flotte ! On dirait un canard en celluloïd ! » (Luc, l’un des héros homosexuels de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Plus le poisson volant se prend pour un oiseau, moins il a de chances de bien nager. » (Joséphine à propos de Thierry, le héros homosexuel, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche ; épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; « Je veux juste flotter. […] Pourquoi elle m’envoie des photos de nuages ? » (Suki, l’héroïne lesbienne voulant rejoindre son amante Kanojo à la piscine, et recevant d’elle des photos en direct, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Qui donc que Dick baptiserait son bateau ‘Bird’ ? » (Marge, la compagne de Dick, le héros bisexuel, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; « Regarde les poissons volants ! » (Joe s’adressant à Jerry, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, le héros homosexuel efféminé, parle à un moment à ses amis de bains aquatiques et d’avion sans qu’on comprenne vraiment pourquoi : « Je prends les deux. Je vais sur la Côte Ouest. » Bernard ironise : « Tu pourras jamais te passer des bains. » Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Atos Pezzini, homosexuel, chaperonne des petits jeunes artistes qui veulent évoluer dans le monde du théâtre : par exemple, il définit Diego, son assistant (habillé en marin), comme « son poisson-pilote ». Dans le film « 510 mètres sous la mer » (2008) de Kerstin Polte, on assiste à une histoire sentimentale lesbienne se déroulant dans un aéroport, avec un avion qui ne décolle pas. Dans le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, l’enfant-poisson est associé au « devenir ange ». Dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, le héros travesti M to F accouche de poissons volants, ou parle à des mammifères semi-terrestres, semi-aquatiques : « Ah la saloperie de cacatoès qui me taillade le clitoris avec son bec ! » ; « Des poissons cacatoès volants ! » ; « J’ai quelqu’un sur ma ligne ! C’est un perroquet ! Dehors ! Dehors ! Rentre dans ta cage ! Dans ta cage ! Allô, allô, allô, allô ? C’était un poisson cacatoès, il y en a partout ! » Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, Line la bourgeoise travestie M to F, en feignant de se balader sur un marché de Lorient, compare chaque catégorie de poissons qu’elle voit sur les étalages des maraîchers à une catégorie d’homos, et à un moment, elle fait référence à des poissons volants. Le titre du roman Le froid modifie la trajectoire des poissons (2010) de Pierre Szalowski, traitant d’une intrigue homosexuelle sur fond de grand froid paralysant la ville de Montréal, induit que l’homosexualité est une déviation (pour ne pas dire péjorativement « déviance ») de la trajectoire de la sexualité incarnée, aquatique ou terrestre. Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, le couple homo Seb/Loïc défie Charles, l’hétérosexuel, en se présentant comme « juste une communauté qui nage à contre-courant dans votre océan ».

 

Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, les Rats (c’est-à-dire l’animalisation des homos et d’une société bisexuelle) et le Diable des Rats veulent d’un monde uniformisé où eux seuls décrèteraient la séparation entre les différents éléments de vie, autrement dit entre l’eau et l’air : « Ils opinèrent à l’unisson dans leurs langues que les eaux finiraient par baisser et qu’il se ferait encore une fois le partage entre terre, air, et mer. » (p. 114)

 

Le Dieu Poisson-Oiseau adoré par certains héros homosexuels ressemble au phallus ou au diable : « Oui, la bite est un oiseau ! Mais c’est un oiseau plongeur ! Il aime bien se baigner ! » (cf. une réplique de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Nous vîmes de notre c