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Code n°99 – Inversion (sous-codes : Carte / Couteau / Trottoir d’en face)

Inversion

Inversion

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Ceux de la rive d’en face

 

Film "Au premier regard" de Daniel Ribeiro

Film « Au premier regard » de Daniel Ribeiro


 

Étant donné que le mal dont ils découvrent que l’Homme est porteur ne peut être détruit par leurs propres efforts, beaucoup d’individus homosexuels vont faire semblant de renoncer à son éradication en proposant une version résignée, mais non moins orgueilleuse, de celle-ci : l’inversion. Ce mot, qui définissait déjà les personnes homosexuelles du début du XXe siècle (on les appelait bien les « invertis »), remplace actuellement dans les discours celui de révolution : « les homosexuels » seraient, selon eux et leurs amis gays friendly, cette race d’Hommes dont le désir soi-disant révolutionnaire inverserait toute chose. Avec lui, « les choses se prennent à l’envers, par le revers » (cf. l’article « La Fuerza Del Carnavalismo » (1988) de Néstor Perlongher, dans Prosa Plebeya (1997), pp. 59-61). L’inversion défendue par les membres de la communauté LGBT s’exerce prioritairement sur la sexuation : le révolutionnaire par excellence serait l’homme efféminé, le garçon manqué (cf. le dessin animé Lady Oscar), ou bien le transgenre. L’inversion carnavalesque homosexuelle consiste en une juxtaposition fusionnelle et imprévisible du féminin et du masculin, du bas et du haut, de ce qui est méprisé et de ce qui est consacré, ou bien en un retournement de carte donnant l’illusion du changement de carte ou de la suppression de celle-ci. Beaucoup d’individus homosexuels s’imaginent qu’ils peuvent avoir leur supposé ennemi avec ses armes, en rentrant dans son jeu et en se jouant de lui par la technique de la contrefaçon inversante. Mais dans les faits, leur inversion n’est qu’un spectacle de révolution, qu’un échange de déguisements entre victime et bourreau fictionnels (Pensez par exemple au retournement du fouet de la sentence dans le vidéo-clip de la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer, fortement chargé esthétiquement), et non un changement concret d’identités et de réalités. Leur « retournement stratégique » (cf. l’article « Non au sexe roi » de Michel Foucault, dans Dits et écrits II (2001), p. 261) n’est pas si « stratégique » qu’ils le disent, puisqu’il est davantage esthétique que réel : ce n’est pas parce qu’on retourne une carte qu’on supprime son existence !

 

En croyant échapper au totalitarisme par l’inversion, beaucoup de personnes homosexuelles ne font qu’imiter ce qu’elles prétendent évincer puisqu’elles auront amorcé leur réaction d’opposition en négatif de la réaction première ou supposée des autres. Dans leur cas, au lieu de « révolution », je parlerais plutôt de copiage inconscient, car excessivement motivé par l’intention de fuir l’objet d’aliénation, ce dernier étant la plupart du temps le fruit de leurs propres fantasmes. Par exemple, puisque pour certaines, l’interdiction est en soi mauvaise, inversement, elles vont soutenir que tout ce qui est interdit est juste, ou bien qu’il est interdit d’interdire. « Il est bon d’être sale et barbu, de porter des cheveux longs, de ressembler à une fille lorsqu’on est un garçon (et vice versa). Il faut mettre ‘en jeu’, exhiber, transformer et renverser les systèmes qui nous ordonnent paisiblement. » (Michel Foucault, Dits et écrits I (2001), p. 1061) Mais elles restent ainsi à leur proie tout entières attachées. L’anti-conformisme est souvent un conformisme qui s’ignore, étant donné qu’il se focalise davantage sur sa volonté sincère de détruire le mal que sur l’acte de destruction.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Lune », « Faux révolutionnaires », « Homme invisible », « Humour-poignard », « Douceur-poignard », « Doubles schizophréniques », « Moitié », « Miroir », « Substitut d’identité », « Clown blanc et Masques », « Amant narcissique », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Amant modèle photographique », « Magicien », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « Désir désordonné », à la partie « Amant-paravent » du code « Pygmalion », à la partie « Paravent » du code « Maquillage », à la partie sur les « Paradoxes » du code « Déni », à la partie « Chute » du code « Icare », à la partie « Cartomancienne » du code « Voyante extra-lucide », et à la partie « Accident » du code « Passion pour les catastrophes », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) L’inversion comme homosexualité :

INVERSION Reine de coeur

 

La fantasmagorie homosexuelle regorge de références à l’inversion : cf. la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec l’Acte 1 intitulé « Elle fait tout à l’envers »), le film « L’Inversion » (2012) de François Chang, la chanson « Walk On The Wild Side » de Lou Reed, le film « La Fille à l’envers » (1973) de Serge Roullet, la chanson « Pull-over » de Mélissa Mars, la chanson « Je marche à l’envers » d’Ophélie Winter, le one-man-show À l’envers à l’endroit (2013) de Sébastien Savin, le film « Recto verso » (1999) de Jean Marc Longval, le roman Le Monde inversé (1949) d’André Du Dognon, le film « Feux croisés » (1947) d’Edward Dmytryck, le film « Le Monde à l’envers » (1999) de Rolando Colla, les films « El Otro Lado De La Cama » (2002) et « Los Dos Lados De La Cama » (2005) d’Emilio Martínez Lázaro, le film « Pon Un Hombre En Tu Vida » (1999) d’Eva Lesmes, le film « Le Nom de la rose » (1986) de Jean-Jacques Annaud (avec les pages du livre à ne pas retourner), le dessin L’Ange à l’envers (1976) d’Endre Rozsda, le tableau Le Baiser (2003) de Bruno Perroud, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois (avec la chanson « Pile/Face »), la chanson « Alexander : The Other Side Of Dawn » (1977) de John Erman, la chanson « Pile ou face » de Corynne Charby, la chanson « Tourne-toi » de Benoît, la chanson « Toi mon toit » d’Élie Medeiros (« Qui fait le premier pas pour s’aimer à l’envers ? »), le film « Ne te retourne pas » (2013) de Sophia Liu et Benjamin Blot, la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les Monologues du pénis (2007) de Carlos Goncalves, Sylvain, le personnage homosexuel, travaille dans un bar gay appelé le Recto-Verso. Dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca, le héros homosexuel, met son imperméable à l’envers. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, au moment où Levi tombe inconsciemment amoureux de son ami Chance, il se rend compte qu’il a mis son tee-shirt à l’envers. Dans le film « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton, Alice, pendant la danse du quadrille, rêve d’un monde inversé, où les hommes seraient en robe, et les femmes porteraient des pantalons. Dans le film « Jeu de miroir » (2002) de Harry Richard, les deux frères jumeaux (dont l’un est homo) portent des prénoms-anagrammes : Leon et Noel. Dans le film « La Comunidad » (2000) d’Alex de la Iglesia, Julia traite deux clientes de « momies lesbiennes » en leur imaginant des positions sexuelles en forme de ciseaux. Dans la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, José-Maria devient Maria-José après son opération de changement de sexe : l’inversion de son prénom composé indique une fusion des sexes femme-homme en une seule personne. Dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, le coiffeur gay de Laurent (le héros homosexuel) a proposé à ce dernier d’inverser son nom et son prénom pour se démarquer de Laurent Gerra. Dans la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi, la règle du couple homosexuel atypique Ahmed (femme masculinisée) et Micheline (homme féminisé) est l’inversion. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin dit à son amant Bryan qu’il est un « croûton à l’envers » (p. 234). Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, à plusieurs reprises, on voit Frankie, le héros homosexuel, la tête à l’envers, jouant à chat perché dans la salle de danse. Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, Marc marche sur ses mains et conseille à son amant Sieger de l’imiter, pour voir le monde à l’envers et autrement : « Il faut juste oser. »

 

Le renversement (notamment sexué) semble être une habitude du personnage homosexuel : « Je suis complètement indépendante et je fais l’inverse de ce qu’on me dit de faire. Vivo al revés [traduction française : Je vis à l’envers]. » (Alba, l’héroïne lesbienne caractérielle de la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « J’pensais que tous les chorégraphes étaient gay. Or ils étaient auto-reverse. » (cf. une réplique de la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau) ; « Et on se prend la main, et on se prend la main : une fille au masculin, un garçon au féminin. » (cf. la chanson « Troisième Sexe » du groupe Indochine) ; « Moi quand j’étais adolescent, j’ai essayé les vêtements de ma mère. Et j’étais pourtant sûr que ça allait vous plaire et que tous les gens s’y habitueraient. Pourtant on m’a regardé de travers. Alors j’ai mis mes habits à l’envers. » (cf. la chanson « Playboy » du groupe Indochine) ; « Boys and girls dancing all the night. Boys like girls, the girl who kiss and tell. Boys and Girls, don’t you be too shy. Boys and girls, Love games together ! » (cf. la chanson « Boys And Girls » du groupe Charlie Makes The Cook) ; « Toutes les hommes sont belles, tous les femmes sont beaux. » (cf. la chanson « Toutes les hommes sont belles » de Lionel Langlais) ; « Ooh, boys cheeky girls. Ooh, girls cheeky boys, Ooh, boys cheeky girls. Ooh, girls cheeky boys… » (cf. la chanson « Cheeky » du groupe Cheeky Girls) ; « Nom de Zeus ! Les invertis ont créé une inversion ! » (Arnaud, le héros homo parlant du mariage homosexuel et du PaCS, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

L’inversion est souvent synonyme de conversion à l’homosexualité : « L’Abram, il est retourné dans l’autre sens. » (la bouchère parlant de l’homosexualité du héros du film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; « Elle [la petite Nadia] portait une gourmette au poignet où était écrit le nom ‘AIDAN’. […] C’est à ce moment-là que nous nous aperçûmes qu’il ne s’agissait pas d’un mâle comme nous l’avions pensé à présent mais d’une femelle. » (Gouri, le narrateur bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 57) ; « Ils sont interchangeables, ces deux-là. » (le commentateur sportif parlant de Jenko et Zook, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; « T’as basculé, en fait. » (Stan s’adressant à Ninon, l’hétérosexuelle qui est en train de virer sa cutie, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, l’homosexualité est définie comme un « retournement ». Dans la pièce Le Clan des joyeux désespérés (2011) de Karine de Mo, quand Lili rentre dans l’appartement de Mona où celle-ci tente de se suicider au gaz et qu’elle repose inanimée, elle lit le pendentif de Mona à l’envers (« Anom » = à n’homme)… et est tentée de lui faire le bouche-à-bouche, avant de se rétracter par acquis de conscience. Dans la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, Francis a fait une telle dépression quand sa femme Blandine l’a quitté (« Ça l’a retourné. ») qu’il en est devenu homo. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, c’est en voyant son copain Léo de dos sous la douche que Gabriel découvre son trouble homosexuel. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Emily, la mariée désespérée d’affronter le coming out de son presque-mari Howard le jour de leur mariage, se croit téléportée dans un monde inversé, où les homos seraient majoritaires : « Est-ce que tout le monde est gay ? Est-ce que je suis dans la Quatrième Dimension ??? Il me fait un hétérosexuel de toute urgence !! »

 

L’inversion apparaît comme un glissement progressif vers la pente de l’homosexualité (le héros passerait de l’autre côté du miroir, sur le trottoir d’en face) : cf. la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec le changement de trottoir de la mère), la chanson « Une Femme pressée » des L5, etc. « À ses façons, je compris que c’était mon derrière qui l’intéressait le plus. » (Alexandra, la narratrice lesbienne évoquant l’homosexualité d’une de ses domestiques, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 64) ; « Elle [Esti, l’une des héroïnes lesbiennes, par ailleurs mariée] s’était rendue au mikvé afin de se purifier de son mari, mais Ronit [son amante] allait revenir. En marchant vers sa maison, sous la lune décroissante, Esti sentit vaguement la marée s’inverser. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), pp. 36-37) ; « Pourquoi tu vas pas en face ? Ou de l’autre côté ? » (Franck, le héros homo s’adressant à son pote homo refoulé Henri, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie) ; « Remarque, toi, tu t’en fous. T’es passée de l’autre côté. » (une camarade de Floriane sous-entendant le lesbianisme de celle-ci, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma) ; « Vous savez pourquoi vous comprenez rien ? Parce que vous êtes passés de l’autre côté. De l’autre côté de la ligne. » (Charles, l’hétéro, s’adressant au couple Seb et Loïc, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc. Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les personnages homos souhaitent que tout le monde soit homo et marié, qu’ils passent « du bon côté de la barrière ». Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Antonietta trouve, le temps d’une journée, le réconfort dans la compagnie de Gabriel, son voisin de pallier homosexuel, « le voisin d’en face ». Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Irène la sœur de Bryan, le héros homo croyant, qui est une femme libérée et adultère, défend son frère autant que sa propre luxure : « Bryan, marche donc sur ce trottoir, et moi je vais sur celui d’en face. » Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, le rat de Dagobert est renvoyé par Damien sur le trottoir d’en face.

 

Une fois que le désir homosexuel est pratiqué sous forme de couple, l’inversion revêt l’habit de l’amour narcissique impossible entre les amants (cf. je vous renvoie au code « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Me parlez-vous de loin, de votre île de la lune à l’envers qui invite à l’union ? » (Émilie écrivant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 19) ; « J’ai l’impression que vous m’habitez, que vous me parlez sans cesse, de là-bas, de votre domaine sur l’île de la lune à l’envers. » (idem, p. 138) ; « Souvent, dans les bras de ces amants d’un soir, Adrien pensait à lui. Malcolm avait pénétré la mémoire de son corps et il ne s’étonnait plus que son désir le portât vers des hommes à la peau noire. Ils lui ressemblaient. Les mêmes cheveux où agripper ses doigts pour incliner amoureusement la tête, la même peau à la fois douce et tendue, aux reflets mordorés, la même odeur âcre et puissante, les mêmes yeux dont la lumière vient d’autres latitudes, les mêmes muscles saillants et fins, la même allure féline et noble. Tout cela rappelait Malcolm et portait Adrien à chercher l’amour des Noirs. Il s’interrogeait souvent sur les raisons secrètes du désir de cette beauté-là. Un désir de puissance, de virilité ? D’inverser l’ordre de l’Histoire ? D’aimer l’absolument autre ? Peut-être tout cela à la fois. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), pp. 34-35) ; « Mais qui étions-nous quand nous nous sommes rencontrés ? Deux histoires, deux sabliers peut-être, impénétrables. Deux sabliers qui allaient s’inverser comme un miroir. […] Une histoire rêvée, fantasmée […] On descend vers soi, comme le sable, comme le fleuve. » (Adrien s’adressant de son amant Malcolm, op. cit., p. 138) ; « Dans la nuit, j’ai rencontré des fantômes bizarres, des amoureux passés. Au début, j’y croyais à ce monde inversé. […] Mais j’ai cessé d’y croire, à ces histoires compliquées. » (cf. la chanson « Je veux tout changer » d’Hervé Nahel) ; etc.

 
 

b) On me retourne comme une carte à jouer :

Vidéo-clip "Libertine" de Mylène Farmer

Vidéo-clip « Libertine » de Mylène Farmer


 

C’est souvent le jeu de cartes qui représente le mieux fictionnellement la relation homosexuelle ou le personnage homosexuel (cf. je vous renvoie au code « Jeu » et à la partie « Cartomancienne » du code « Voyante extra-lucide » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le film « Une Histoire sans importance » (1980) de Jacques Duron, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le vidéo-clip de la chanson « Libertine » de Mylène Farmer, le film « Días De Boda » (2002) de Juan Pinzás, le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan, le film « La Carte du cœur » (1998) de Willard Carroll, la chanson « Autonome » de Catherine Lara, le tableau Les Complices (2002) de Narcisse Davim, la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, le film lesbien « Poker Face » (2011) de Becky Lane, le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec la mention du jeu de cartes), le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent (avec les deux amis homos de Ricky jouant au Jeu des 7 familles), la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec Mme Mime et la Reine de Cœur jouant ensemble aux cartes), la chanson « Poker Face » de Lady Gaga, le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, la pièce Sallinger (1977) de Bernard-Marie Koltès (avec les 12 personnages du jeu de cartes à jouer : quatre Rois, quatre Dames, quatre Valets), le film « Accatone » (1961) de Pier Paolo Pasolini, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitmann (avec le tour de magie annonçant un Roi de Cœur), le livre Le Cœur de Pic (1937) de Lise Deharme (illustré par Claude Cahun), le film « Je préfère qu’on reste amis » (2005) d’Éric Toledano, le film « Le Marginal » (1983) de Jacques Deray (avec le bar cuir gay Le Carré d’As), la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné, le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson (avec le jeu de cartes traînant dans les loges des danseurs homosexuels), etc.

 

« Dans la famille Mer [on entend « Mère »], je voudrais la grand-mère. » (Laure, l’héroïne lesbienne, parlant à son père pendant le Jeu des 7 familles, dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma) ; « Ginette [l’une des héroïnes lesbiennes] est certainement trop occupée à jouer aux cartes avec les copains. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 31) ; « Tu veux jouer aux cartes ? » (Allan quand il veut détourner la conversation parce qu’il est suspecté par Max d’être homo, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Je t’amène là où je veux. J’ai toutes les cartes du jeu. » (cf. la chanson « Chatte » du groupe travesti M to F Mauvais Genre)

 

Par exemple, dans le film « Puta De Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria, Adrián se prend pour le valet du jeu de carte espagnol El Guiñote. Le conte Lisa-Loup et le Conteur (2003) de Mylène Farmer relate les divagations de Lisa qui rencontre le Loup, un petit garçon tout plat. Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, les deux héroïnes lesbiennes, Idgie et Ruth, jouent au Poker. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la relation amoureuse fusionnelle entre Kévin et Bryan s’annonce comme un jeu de cartes, celui de la bataille. Au moment où ils vont faire l’amour ensemble, Kévin « dit sur un ton catégorique [à Bryan] : ‘On va jouer à un jeu : la bataille. T’as un jeu de cartes ? » (p. 120) ; « ‘J’aime bien jouer avec toi’, dit-il, avec ce sourire qui en disait long sur ce qu’il pensait. » (p. 123) Et lorsque Bryan le remercie de lui avoir changer sa vision du monde et de lui avoir appris l’amour, celui-ci ironise en lui répondant : « Je t’ai appris à jouer aux cartes ! » (p. 390) Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, sur fond de Sida et d’argent, « Rayon », le héros transsexuel M to F propose à Ron de jouer aux cartes à l’hôpital… pour lui proposer un business sur les trithérapies. Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, le machiavélique Lacenaire trie les cartes. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la sœur du héros homosexuel, lit dans les tarots et fait appel à la voyance. « On va voir ce que disent les cartes… » Quand elle tire les cartes à Georges, l’amant de William, elle lui révèle la violence de sa personnalité et de leur amour à lui et William : « C’est drôle… Je ne tombe avec vous que sur du pique et du carreau. » Dans le générique du film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, ça démarre tout de suite avec une succession de photos de statues grecques, mêlé à deux cartes à jouer avec un as de pique et une figure à cœur. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Kena, l’héroïne lesbienne masculine, joue aux cartes avec ses potes garçons. Et on voit la carte à jouer dans le générique du début.

 
 

c) La confusion homosexuelle entre Révolution et Inversion :

Dans les fictions crypto-gays, le personnage gay ou lesbien croit souvent que la révolution, c’est l’inversion ; qu’il suffit de retourner la carte du mal pour le faire disparaître ; qu’il suffit de se retourner pour conquérir : cf. le one-woman-show Femmes de pouvoirs, pouvoirs de femmes (2013) d’Océane Rose-Marie, le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, la chanson « Et vice et versa » des Inconnus, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec la préceptrice lesbienne stricte qui se retourne dans son couloir), etc. Dans son esprit, l’esthétique de l’inversion se veut triomphante. On peut observer cela par exemple à travers l’échange des masques entre les personnages de Claire et de Solange dans la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet, entre Gaby et Louise dans le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon, entre la call-girl de luxe et la prostituée-Cosette dans le vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer, dans le retournement du fouet de la sentence dans le vidéo-clip de la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer, entre la lépidoptériste (spécialiste des papillons) et sa bonne dans le film « The Duke Of Burgundy » (2015) de Peter Strickland, etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Pourvu qu'elles soient douces" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer


 

L’inversion agit comme une prestidigitation épatante, un tour de passe-passe séduisant : « Et n’oublie pas, Chance. C’est une illusion dont tu dois convaincre tout le monde. À commencer par toi-même. » (le drag-queen « Claire Voyante » parlant au héros homosexuel Chance à propos de l’homosexualité et de l’inversion de sexes, dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau) ; « J’avais le cœur à l’envers. » (cf. la chanson « Nuit magique » de Catherine Lara) ; « Ceci dit, il y a une femme dans plus d’un homme. » (Nathalie Rhéa dans son one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « Marie m’avait révélé le désir secret qu’elle avait de me commander. Et la position particulièrement dans laquelle je m’étais mise à genoux, comme lui faisant allégeance, avait encore augmenté mon plaisir. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne soudain dominée par sa bonne, Marie, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 154) ; etc.

 

Film "Le Cercle" (2014) de Stefan Haupt

Film « Le Cercle » (2014) de Stefan Haupt


 

La révolution est réduite puis confondue avec l’inversion : « Ce soir ce que je vous propose, c’est de tout faire à l’envers : on va commencer par la fin d’ailleurs, on va tout bousculer, on va se mettre cul par-dessus tête, la tête à l’envers, on va dire ce qu’il y a derrière les mots, ce qu’on n’a pas le droit de dire, voire un peu ce qui n’est pas la réalité… Ce qui n’existe que dans les théâtres… […] Tout ce qui est interdit serait obligatoire, et inversement ! » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « La première chose qui frappa Stephen [l’héroïne lesbienne] dans l’appartement de Valérie fut son splendide et vaste désordre. […] Rien ne se trouvait là où il aurait dû être, et la plupart des choses se trouvaient là où elles n’auraient pas dû se trouver. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 321) ; « Lady, Lady Oscar, elle est habillée comme un garçon, au lieu de jouer à la poupée toujours elle galopait, Lady, Lady Oscar, tu vivais sous la Révolution, Lady, Lady Oscar, personne n’oubliera jamais ton nom. » (cf. le générique français du manga japonais « Lady Oscar ») ; « La secrétaire modèle qui se transforme en furie syndicaliste… » (Joëlle décrivant Nadège dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « Le sexuel régissant 90% du monde, lorsque tu as appris à inverser les codes, tu pars avec un coup d’avance. » (Chris s’adressant à son amant Ernest, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 134) ; « Tu n’imagines pas, c’est le monde à l’envers. La vraie révolution, c’est ici qu’elle a lieu. » (Amande dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 420) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny, l’un des héros homosexuels, prétend, avec le film qu’il a tourné, créer « un univers où tout est inversé, un monde gay où les hétéros sont une minorité ».

 

L’inversion mise en œuvre par le héros homosexuel est en réalité une opposition faussement révolutionnaire, complètement conformiste dans le copiage de l’extrême inverse de « l’ennemi » choisi : « Je veux faire comme tout le monde, mais à l’envers. » (cf. la chanson « Chemin de croix » du groupe Niagara)

 

Par exemple, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, Gabrielle de Polignac (amante de Marie-Antoinette) échange ses vêtements de noble contre les vêtements de servante de Sidonie (amante secrète de la Reine) pour ne pas être arrêtée par les gardes républicains « révolutionnaires » et sauver sa peau… mais c’est finalement Sidonie qui en paiera les fatales conséquences.

 
 

d) L’inversion comme technique du viol :

En général, le héros ne contrôle pas le basculement tragique de l’inversion, parce qu’il a quitté le Réel. Exactement comme un magicien qui se laisserait prendre par son propre tour (cf. le film « Ridicule » (1996) de Patrick Leconte) : « Comment on voit le monde quand sur son planisphère tout est à l’envers ? » (Lourdes dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’voudrais voir le monde à l’envers. » (cf. la chanson « S.O.S. d’un terrien en détresse » de Zéro Janvier dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Je le crois bien qu’il [le monde] est à l’envers. » (cf. une réplique de la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Très souvent dans ma vie, ce que je prévois n’arrive jamais. C’est toujours au moment où je m’y attends le moins que tout bascule dans l’horreur. Quand je crois au bonheur, le temps et les événements, qui nous ignorent, en décident autrement et rien ne se passe comme prévu. Mais inversement, de sinistres soirées selon mes prévisions, finirent en feux d’artifices. » (Bryan, l’un des héros homosexuels du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 27) ; « Yo ne sé por qué es que yo vivo al revés ! … al revés… al revés… al revés… [traduction française : Je ne sais pas pourquoi je vis à l’envers… à l’envers… à l’envers… à l’envers…] » (cf. les paroles d’une chanson de Tita Merello, citée dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « C’est l’envers qu’on retient, pas l’endroit d’où l’on vient. » (cf. la chanson « Aimez-moi » de Bruno Bisaro) ; « Ici tout se fait à l’envers. Et j’ vous assure que l’exercice, pour ceux qui sont pas très ouverts, c’est un véritable supplice… » (c.f. la chanson « Les petits soldats de Guillaume » d’Émile Soubeiran) ; etc.

 

Le personnage homosexuel dit qu’il vit dans un monde inversé, où la Nature lui apparaît disproportionnée : « L’auteur oubliait que malgré la légende, le sexe des gorilles est inversement proportionnelle à leur taille. » (Essobal Lenoir, parlant de lui-même à la troisième personne, dans sa nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010), p. 99) Par exemple, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, il y a dans la forêt tropicale de la Cité des Rats « des cerises grosses comme des pastèques » (p. 132).

 

Pour sauver (c’est le cas de le dire !) la face, il fait passer l’accident d’inversion pour un renversement « comique » : « Oups, pardon, je suis désolé, c’est une maladie, je fais tout à l’envers. » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) Mais rien n’y fait. L’inversion que le personnage homosexuel met en place le rend objet : « Tu as l’impression d’être en face à un homme dont les traits se sont inversés – le dehors semble rentré au-dedans, comme le moulage en creux d’un buste de Rodin. » (Félix se regardant dans une glace après sa sortie de camps de concentration, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, pp. 136-137)

 

Et cet objet n’est pas pacifique. C’est un objet mort qui, par l’inversion, entraîne vers la mort : le couteau. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le héros homosexuel s’identifie souvent à un couteau à double face : cf. la pièce Lacenaire (2014) d’Yvan Bregeon et Franck Desmedt, le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, la pièce Asseyez-vous sur le canapé, j’aiguise mon couteau (2012) d’Alexandre de Limoges, la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi (avec le poignard dissimulé dans le rat), la pièce Cachafaz (1993) de Copi, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, la pièce Une Visite inopportune (1992) de Copi (dont le titre initial devait être Le Couteau du rosbif), le film « Knives Out » (2019) de Rian Johnson, le téléfilm « Le Deuxième Couteau » (1985) de Josée Dayan, etc.

 

« J’suis déguisée comme un couteau de boucher. » (Dadou, l’héroïne lesbienne de la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy) ; « Mimile sortit de la poussette un grand couteau et il l’enfonça dans le cou de la Reine des Hommes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 61) ; « Si tu ne veux pas de moi vivant, je vais te tuer pour te posséder mort. Notre amour ne sera que plus exaltant. Où est le couteau du rosbif ? » (Regina Mort s’adressant à Cyrille le héros homo, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je vous échange la vie du rat contre le couteau et le canif. » (la Reine s’adressant au Jésuite, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « J’ai l’impression d’exister si peu, si mal, comme un second couteau… » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; « Seulement à cette époque-là, et seulement parce que j’étais fatiguée. Je savais exactement comment je m’y prendrais. J’attendrais qu’ils dorment tous les deux, après quoi j’irais dans la cuisine pour aller chercher un couteau – les Sabatier que Petra et toi nous avez offerts seraient assez tranchants. Et ensuite je leur trancherais la gorge, d’abord celle de Tielo, puis celle de Peter. Après, je m’allongerais sur le lit et je dormirais. » (Ute, la femme hétérosexuelle parlant de son mari Tielo et de ses deux enfants Peter et Carsten, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 33) ; « Jane [l’héroïne lesbienne] pensait avoir rêvé de Greta, la mère d’Anna, qui reposait sous le plancher du deuxième étage, mais dans son rêve Greta se mélangeait avec des putes d’Alban et la fille assassinée du film ; la façon dont ses yeux s’étaient écarquillés quand le couteau s’était enfoncé. » (p. 79) ; « C’est le couteau de chasse qui avait jadis appartenu au grand-père de Petra et Tielo. Les jumeaux s’étaient battus pour l’avoir à la mort de leur propre père. » (Petra s’adressant à son amante Jane, p. 140) ; « Jane sortit le couteau de sa poche pour le lui planter dans la cuisse jusqu’à la garde. Alba Mann hurla. » (p. 232) ; « La fourchette, c’est la maman. Le couteau, c’est le papa. La fourchette, c’est celle que je préfère. » (Laurent Spielvogel dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Dianne et moi, on était comme McGyver et son couteau. » (Phil, le héros homo à propos de sa sœur jumelle, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) ; « Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie, n’ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins, le canevas banal de nos piteux destins, c’est que notre âme, hélas !, n’est pas assez hardie. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; « Maintenant, j’ai le couteau dans le dos. » (c.f. la chanson « Comme ça » d’Eddy de Pretto) ; etc.

 

INVERSION Copi 1

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B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Par exemple, dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, le personnage à qui il est donné le couteau pour couper le gâteau n’est autre que Subtil Dutrouz, celui qui a découpé auparavant Lola Lola, la prostituée, pour la mettre dans une malle. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra finit par tuer au couteau de cuisine Raúl, le héros homo qui la menaçait brutalement. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, quand Emory dit que ses lèvres lui font mal, Michael lui répond : « Si on met un couteau sous le lit, on n’a plus mal, me paraît-il. » ; et il rajoute « Et si on en met un sous la gorge, ça coupe. » Dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, le narrateur homosexuel évoque chez les folles homosexuelles « cette hystérie propre aux groupes de travestis, on se gifle pour un mouchoir, on se casse la gueule pour un client (ne vont-ils pas jusqu’à tuer ?). Elles ont toutes des couteaux au cran d’arrêt dans leurs sacs. » (p. 34) ; « Le dernier tango-couteau ! Tu es la fleur empoisonnée de mon ultime sérénade, ma séductrice envenimée. » (Cachafaz s’adressant à son amant Raulito, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Il se trouvait un couteau à pain sur le bar. María-José [travesti M to F] se concentra dans le désir de le voir s’enfoncer dans le cœur de Louis du Corbeau. » (cf. la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 38) ; « Je ne savais pas qu’Arthur était une épée à double tranchants. » (Hall parlant d’Arthur son frère homosexuel, dans le roman Harlem Quartet (1978), mis en scène par Élise Vigier en 2018, de James Baldwin) ; « Je me sens comme un rasoir qui n’a pas l’âme à raser. » (c.f. la chanson « Tu me divises en 2 » de Marc Lavoine) ; etc. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, et le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. »

 

Bien souvent, l’inversion dans les fictions homosexuelles symbolise une schizophrénie monstrueuse, une séduction diabolique entraînant vers un précipice mortel, une misanthropie : « Je viens d’une planète où on me qualifie comme renversant. » (Frank, le jeune héros homosexuel, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Quand je leur jetais de nouveau un regard, elles [Varia et sa copine] s’étaient transformées en monstre à deux têtes et ricanaient de plus belle, en renversant à tour de rôle leurs chevelures blonde et brune. » (Jason, le héros homosexuel décrivant la vénéneuse Varia Andreïevskaïa dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 59-60) ; « J’ai peur qu’il naisse anormal, avec la tête de ma mère et le corps d’un animal ! » (Lou en accouchant de son bébé, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je sortirai de ce trou de ta mémoire où tu m’as jeté on ne sait quel jour, trou noir à l’envers de quoi j’ai plongé dans ma nuit la tête en bas. » (Vincent Garbo s’adressant à Carole dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 79) ; « Faites l’amour, nous la guerre, nos vies à l’envers. » (cf. la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer) ; « Inverti lui-même, Jonathan Brockett haïssait le monde qui, il le savait, le haïssait en secret. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 316)

 

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L’inversion exercée par le protagoniste homosexuel figure un élan fusionnel (avec l’être aimé) violent, un échange fatal de personnalités, un rite de possession qui a tendance à virer au viol et à l’inceste : cf. le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock (avec la théorie du « criss-cross » – transfert de personnalités – de Bruno, le psychopathe homosexuel), la chanson « Épaule tatoo » d’Étienne Daho (« Vice et vice et versa, Suzy dans le vice, versa, da da dap dap. »), le roman Vice et versa (2008) de Fanny Mertz, la chanson « Et vice et versa » des Inconnus, etc. « Je le renverse dans le lit : il m’est livré. Il est à moi. » (le narrateur homosexuel du roman Chambranle (2006) de Jacques Astruc, p. 97) ; « T’imagines ce que c’est, un viol ?? T’imagines pas ?? C’est l’inverse de donner la vie. On vous prend la vie. Un sentiment de mort. » (Léa, la femme violée, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « N’ayez crainte, je n’ai pas l’intention de vous violer, mais seulement de vous interroger. Pour une fois, c’est vous qui fournirez les réponses, je suis le journaliste. » (Cyrille, le héros homosexuel inversant les rôles et les fonctions avec le journaliste, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je lui ai emboîté le pas. Antoine m’a entraîné jusqu’aux toilettes où il m’a brusquement poussé. J’ai demandé : ‘Pourquoi ?’. ‘Tu verras. C’est un secret.’ Alors je me suis avancé sans broncher et Antoine a refermé la porte derrière lui. Et puis là… oh, la, la, la, la, j’en tremble rien qu’à l’écrire mais Antoine qui s’est immobilisé devant moi, m’a plaqué violemment contre le mur, s’est collé à ma poitrine jusqu’à presque m’étouffer, et d’un geste langoureux, il a posé sa bouche contre ma bouche, et tout en se penchant délicatement près de mon oreille, il m’a soufflé : ‘Je t’aime.’ J’ai failli m’évanouir à cet instant. J’étais transporté aux anges, renversé, ébranlé. » (Julien dans le roman Papa a tort (1999) de Frédéric Huet) ; « Je n’avais jamais été jaloux, avec toi, je suis devenu exclusif ! Cet amour-là est trop violent, il fait trop mal. Je croyais que l’amour était quelque chose d’agréable, qui nous grandissait. Mais celui que je ressens pour toi, me fait parfois l’effet inverse, il me détruit ! » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 417) ; « J’attendais. Dans un autre monde. Le début d’un nouveau monde. Khalid : Omar. Omar : Khalid. » (Omar s’adressant à son amant Khalid, qu’il finira par assassiner, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 151) ; « Auto-reverse ! Comme mamie ! » (la grand-mère gay friendly de Rodolphe, le héros homo, dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Trudy Hobson, la blonde, se venge de sa rivale lesbienne Doris en se faisant passer d’abord pour sa secrétaire afin ensuite de mettre à exécution un plan machiavélique de vengeance, un putsch.

 

Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, dit que sur la fraterie de quatre enfants dont il fait partie, ils sont deux, sa sœur et lui, à avoir fait un coming out : « Ça fait un beau ratio ! ». Il fait la remarque qu’avec sa frangine, qui a choisi d’être chauffeur routier, de se comporter en mec, de changer les plaquettes de freins de leur père, et lui qui a décidé d’assumer sa féminité, d’être hôtesse de l’air, il a dû y avoir « inversion.
 

Concernant les nombreux liens fictionnels entre le trio homosexualité-inversion-inceste, ils s’expliquent par le fait que le désir homosexuel nie non seulement l’existence de la différence des sexes, mais aussi celle de la différence des générations : les rapports père-fils ou adultes-enfants sont régulièrement inversés et neutralisés dans l’esprit du héros homosexuel : « Cahoté par la vieille voiture à deux roues, la tête renversée, l’enfant voyait couler un trouble ciel d’octobre entre les noires cimes pressées et il criait quand, d’une rive mouvante à l’autre, passait un triangle d’oiseaux. Si quelque courant d’eau vive faisait s’infléchir la route et se décelait par une fraîcheur brusque, sa mère le couvrait de son manteau comme d’une aile noire. » (François Mauriac, Génitrix (1928), pp. 105-106) ; « Tu lis en lui comme dans un livre ouvert à l’envers. » (Félix s’adressant à son frère Victor, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 177) ; « Ce fut un innocent coup d’œil en arrière qui perdit le fils. L’homme, que le père semblait fuir, lança au fils un baiser aérien, et ce baiser percuta avec une telle violence l’innocence de ses pensées qu’il faillit tomber à la renverse ; mais le fourmillement délicieux que cette collision déclencha le laissa sur sa faim. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 30) ; « Ce matin-là, j’étais avec mon père. Je l’accompagnais. Il ne pouvait venir seul. Il était l’enfant. J’étais l’adulte. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 39) ; « Que signifiait le baiser qui l’avait tant troublé : défi, ou mépris ? L’homme les avait-il pris, son père et lui, pour des invertis ? » (le narrateur de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 31) ; « Si t’es un bon papa, alors tu fais qu’est-ce que je veux… » (le jeune enfant s’adressant à son père, dans la nouvelle « L’Histoire qui finit mal » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 5) Par exemple, dans la chanson « Lisa tu étais si petite » de Faby, il est question d’homosexualité et « des enfants qui grandissent plus vite que les parents ». Cette inversion générationnelle, s’ajoutant à l’inversion des sexes par l’homosexualité, fait des dégâts. Par exemple, dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Maria, actrice qui interprétait le rôle de Sigrid, une gamine qui menait son amante plus âgée Helena au suicide, doit rentrer vingt ans après dans la peau d’Helena pour rejouer la même pièce. Elle ne vit pas bien cette inversion des rôles, qui la met face à face avec la cruelle réalité de sa vieillesse. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud nous est dépeint un monde sans différence des sexes, où la différence des générations s’est substituée à la différence des sexes à travers le clonage. L’être humain y est mesuré comme un cheval : il doit correspondre exactement à l’idéal physique des eugénistes homosexuels, obnubilés par la « pureté » et le « pedigree » des couples homos qu’ils veulent former à tous prix pour assurer leur descendance. Les rapports à la fois homosexuels et incestueux entre les personnages conduisent ces derniers à la mort.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’inversion comme homosexualité :

Photo Trois Scenarii de Man Ray

Photo Trois Scenarii de Man Ray


 

Le monde homosexuel réel regorge de références à l’inversion : je vous renvoie par exemple à l’essai Recto/Verso (2007) de Gaël-Laurent Tilium (où l’auteur parle de sa vie homosexuelle), à l’autobiographie Je me retrournerai souvent (1990) de Dominique Arbanau, au smoking masculin pour femmes qu’a lancé le couturier homosexuel Yves Saint-Laurent, ou encore aux clichés de Benjamin Fondane Trois Scénarii (1928) par Man Ray. Par ailleurs, la revue homosexuelle Inversions fondée en novembre 1924 est devenue ensuite L’Amitié. Le cinéaste français homosexuel Paul Vecchiali crée sa propre société : Diagonales. Rien que le nom du groupe fétiche de la communauté gay, ABBA, suggère l’inversion et la symétrie axiale.

 

Photo de Claude Cahun

Photo de Claude Cahun


 

Il ne faut pas perdre de vue qu’avant de se faire appeler « les homosexuels », les personnes homosexuelles portaient le nom d’« invertis » (le terme « inversion » fut créé par Charcot en 1889). Par ailleurs, il n’est pas anodin que, dans la sphère publique, croiser les jambes, pour un homme, puisse parfois être perçu comme un signe d’efféminement voire d’homosexualité (suspicion qui, il y a encore cinquante ans, n’existait pas).

 

Jean-Paul Gaultier

Jean-Paul Gaultier


 

Socialement, l’inversion est souvent synonyme de conversion à l’homosexualité, de penchants inversement naturels. On retrouve l’idée d’inversion dans les expressions populaires telles que « virer sa cuti » ou « changer de bord/trottoir » concernant l’homosexualité. « Henri III disait ‘Il faut savoir tourner le badge’. » (le chanteur Nicolas Bacchus) ; « Le romantisme français a été fasciné par le travestissement et l’inversion – Mademoiselle de Maupin, de Gautier, Sarrazine et La Fille aux yeux d’or de Balzac. Avec Seraphitus-Seraphita celui-ci reprend le thème swedenborgien de l’androgyne comme image de l’être parfait, de l’être angélique. » (cf. l’article « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau » de Françoise Cachin, dans l’essai Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 87) ; « Depuis petite, j’ai la passion d’inverser, juste pour voir. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 136) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti, il est question, quand on fait son coming out, de « se trouver de l’autre côté ». Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M se propose de « passer d’un camp à l’autre ». Dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta, un témoin anonyme homo français déclare qu’il s’est téléporté « dans le monde d’en face ».

 

Film "Poker Face" de Becky Lane

Film « Poker Face » de Becky Lane


 
 

c) La confusion homosexuelle entre Révolution et Inversion :

J’ai souvent remarqué parmi mes amis et dans ma propre vie, que les personnes homosexuelles s’imaginent souvent que la révolution, c’est l’inversion ; qu’il suffit de retourner la carte du mal pour le faire disparaître ; qu’il suffit de se retourner pour conquérir. Par exemple, quand j’étais en collège, je me souviens que je trouvais très esthétique de me virevolter théâtralement pour styliser mon mouvement de tête (comme si mes cheveux allaient suivre le mouvement ralenti et impeccable des brushing de mes actrices préférées : Jaclyn Smith en Kelly Garreth dans la série Drôles de Dames, par exemple)… Cette comédie m’a d’ailleurs valu les railleries et les imitations de mes camarades de classe, qui m’appelaient par mon prénom en plein cours, exprès pour que je me tourne vers eux et qu’ils puissent se moquer de moi. Dans mon esprit, l’esthétique du basculement se voulait pourtant triomphante.

 

Si l’on regarde bien, on peut constater que l’inversion est une technique iconographique très employée par les artistes homosexuels. Par exemple, Marcel Duchamp, en 1950, se définit comme une « Prima Donna à l’envers ». Yves Saint Laurent est le premier couturier à faire porter des smokings aux femmes. Je pense aussi aux Reversals (1979) d’Andy Warhol, ces compositions existantes reprises en négatif.

 

Dans l’esprit de beaucoup de sujets homosexuels, la révolution est réduite puis confondue avec l’inversion. Ils font du paradoxe ou de l’inversion le sommet de la destruction du mal, la Voie Royale de la rédemption. L’alliance des contraires, technique rhétorique très appréciée des écrivains bobos homosexuels et des théâtreux post-modernes queer, repose en effet sur l’inversion (cf. je vous renvoie à la partie « Paradoxes » du code « Déni » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. l’essai L’inversion de la question homosexuelle (2005) d’Éric Fassin, etc. Ils nous sortent des phrases zaziesques qui ne veulent rien dire, mais qui « sonnent bien » : « Des idées plein la tête, même dans le sexe, des idées plein le sexe. » (cf. la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier, pp. 18-19) Par exemple, l’essayiste Lionel Souquet défend « un mentir vrai », soi-disant « ravageur et révolutionnaire ».

 

À leurs yeux, l’inversion agit comme une prestidigitation épatante, un tour de passe-passe extraordinaire, une hilarité corrosive et éclatante. « L’inversion est une déviation du cours naturel des choses. Mais souvent cette déviation oblige l’individu à agir d’une manière plus noble que ceux qui sont nés pour tout bêtement consommer les fruits de la terre. » (Havelock Ellis, L’Inversion sexuelle (1909), cité dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 374) Chez le dramaturge homosexuel argentin Copi, notamment, elle représente une nouvelle cosmogonie (ex : dans le roman La Cité des Rats (1979), ce sont les dauphins les méchants, et les requins les gentils), elle figure la puissance révolutionnaire de l’« Art » en prenant l’aspect décalé et surréaliste de l’animal du Rat. Par exemple, dans son roman La Cité des Rats, l’entrée de la Cité est signalée par un écriteau où sont marquées en caractères traglodites les lettres « ARTS » (p. 140). Dans la pièce Le Frigo (1983), le Rat est l’allégorie de l’art d’inversion, de la schizophrénie en d’autres termes, puisque ce personnage est la voix-marionnette qui double le héros travesti « L. » : « Est-ce que tu sais qu’est-ce que c’est l’art, au moins ? Hé bien, c’est ça l’art, mais on ne prononce pas ‘rat’, on prononce ‘art’. » (« L. » à son Rat)

 

L’inversion mise en place par les personnes homosexuelles se veut d’abord un jeu humoristique, corsé par un vernis de militance, d’originalité et de créativité : en effet, les artistes homosexuels prétendent « bousculer les idées reçues en inversant les clichés ». Mais bon… leur victoire se joue davantage sur le terrain des images que sur celui du Réel. Par exemple, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Lennon, le gros « hétéro », fait peu à peu son « coming out », tandis que Martin, sur qui pèse pourtant une forte présomption d’homosexualité, s’annonce « hétéro ». Waou… quels superbes « surprise » et pied de nez aux « conventions » du genre…

 
 

d) L’inversion comme technique du viol :

Si au départ l’inversion fait rire (d’un rire bien mécanique), elle traduit sur la durée un glaçant désir d’être objet, une misanthropie, un esthétisme du désenchantement « banal et optimiste » (du genre « La vie ne vaut rien, et rien ne vaut la vie… ») : « Les rats renvoient à l’envers des humains. » (Copi dans la préface de son roman La Cité des Rats (1979), p. 11) ; « Je m’échine à expliquer aux autres, à ceux qui n’en ont rien à foutre, qui me tapent sur l’épaule et qui se marrent, à quel point ce monde est à l’envers. » (Mireille Best, Camille en octobre (1988), pp. 206-207)

 

L’inversion mise en œuvre par les personnes homosexuelles (en art mais aussi en identité et en amour) est en réalité une opposition faussement révolutionnaire, souvent complètement conformiste et violente dans le copiage de l’extrême inverse de « l’ennemi » choisi : « Si elle avait pu, je pense qu’elle n’aurait pas eu d’enfant non plus, donc j’avais quand même un modèle féminin, enfin de mère, qui était un peu atypique ; tout en étant, alors sur le plan esthétique, visuel et autres une femme des plus féminines par ailleurs : très attachée à son apparence, changeant de coupe de cheveux et de teinture et de je ne sais quoi d’autre, quasiment tous les mois, un jour blonde, un jour brune, un jour rousse. Je n’ai jamais compris quelle était sa vraie couleur de cheveux (rires), toujours en tailleur, ou avec de belles chaussures à talons, intéressée par sa silhouette, avec un tas de produits et de choses et très maquillées, etc. Tout l’inverse de moi, on va dire. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi(2010) de Natacha Chetcuti, p. 65)

 

Il y a dans l’« anti » et dans l’inversion de principe un mimétisme et un attachement inconscient à ce que l’on dit combattre ou imiter dans l’extrême. Dès qu’on s’oppose par principe et non librement, on tombe alors sur la bêtise de nos injonctions paradoxales du type : « Il est interdit d’interdire ! ». « Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi. » (Jean Cocteau, Le Rappel à l’ordre (1926), cité dans le Magazine littéraire, n°423, septembre 2003, p. 55)

 

C’est alors que certains sujets homosexuels, à force de sacraliser l’inversion, basculent dans la violence et la schizophrénie. Par exemple, dans sa biographie sur Jean Genet Saint Genet (1952), Jean-Paul Sartre évoque à juste titre « cette inversion généralisée qui caractérise le mal » (p. 131). Le propre de l’individu psychotique, c’est d’inverser les choses, de cacher et de mentir sincèrement, de « faire éponge » avec tout ce qui l’entoure et de le diviser, car il ne se distingue pas mentalement du monde alentour : « Dans une psychose, les transformations ‘en contraire’ sont très fréquentes, le désir de battre devient envie d’être battu, le désir de dévorer devient la peur d’être dévoré, le plaisir de regarder du schizophrène se transforme en peur d’être épié (c’est la direction de la pulsion qui est transformée et aucunement la représentation de l’objet). L’exhibitionnisme lui-même peut nous proposer une solution acceptable, car il y a sans doute dans le travesti l’identification avec l’objet qu’on aimerait regarder, satisfaisant ainsi d’une façon narcissique un voyeurisme ‘retourné’. » (Docteur Hans Werner cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 306)

 

En suivant la logique de l’inversion identitaire et amoureuse, il arrive que les personnes homosexuelles s’identifient vraiment à un couteau à double face : « Le côté ‘face’ de ma vie me prend la tête. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 11) ; « Barbara que vous voyez là assise, c’est un peu comme un couteau à double face. Ici aiguisé, ici aiguisé. Barbara telle que vous la voyez là, a un côté femme et un côté… Barbara est une femme sophistiquée. » (un témoin décrivant l’homme transsexuel M to F Barbara dans le documentaire « Woubi Chéri » (1998) de Philip Brooks et Laurent Bocahut) ; « Quand on écrit, on imagine le temps de telle action, comme on prend le couteau. » (le dramaturge argentin Copi lors de son entretien avec Michel Cressole, « Copi : Le Théâtre exaltant », en 1983) ; etc. Miss Knife, par exemple, est un personnage travesti créé par Olivier Py. Lacenaire, dans son journal, se définit comme un couteau.

 

L’inversion, qui, si elle avait été connectée au Réel, aurait pu être idéalement subversion, conversion et guérison, se mute en perversion (dans le sens psychanalytique du terme, à savoir « non-contrôle des pulsions »), en diversion, en passerelle honteuse entre homosexualité et hétérosexualité ou entre homosexualité et homophobie, en « Pont (menaçant) de la Bisexualité », en passage brutal de la vie à la mort, de l’amour au viol : « Comment passe-t-on d’une rive à l’autre ? Comment se fait-il que le désir puisse défier et même provoquer la mort ? » (cf. l’article « Matan A Una Marica » (1985) de Néstor Perlongher, dans Prosa Plebeya (1997), p. 35)

 

D’ailleurs, l’Histoire humaine montre bien que la défense de l’inversion a toujours eu une double facette tragi-comique pour la communauté homosexuelle : ceux qui ont défendu l’inversion homosexuelle sont aussi ceux qui, peu de temps après, l’ont condamnée et ont persécuté la soi-disant « espèce homosexuelle invertie ». Rappelons qu’au début du XXe siècle, l’inversion a été un argument scientifique homosexuel ET homophobe (logique puisque le désir homosexuel est intrinsèquement homophobe : il est pour et contre lui-même). Elle renvoie à la théorie uraniste et fin-dix-neuvièmiste du « Troisième Sexe » (= l’âme d’une femme dans un corps d’homme, ou bien l’âme d’un homme dans un corps de femme), à la croyance à la fois pro-gay et anti-homo du « corps homosexuel ». Par exemple, dans son essai (retiré de la vente) 700 millions de GEIS (2010) – en apparence scientifique (mais en réalité très homophobe ! –, Chekib Tijani défend l’existence d’une espèce homosexuelle clairement identifiable et détachée du reste de l’Humanité : le « Genre Endogène Inversé » (= GEI). « Quand il y a non-concordance entre sexe anatomique et sexe psychologique au sein d’un même individu, il y a inversion identitaire. Inversion parce que sexe psychologique et sexe anatomique sont l’inverse l’un de l’autre. » (p. 13) Il donne des conseils « pédagogiques » et « psychiatriques » pour que l’épidémie du GEI ne se développe pas et ne conduise pas le monde à sa perte : « Imaginons quelques instants le chaos dans lequel plongerait l’humanité si la moitié féminine de la population du monde se refusait à la moitié masculine. Ne serait-ce pas là un désordre fondamental pour la population masculine du monde entier ? C’est un tel désordre que vit la population GEI face à la population hétérosexuelle qui se refuse à elle. » (idem, p. 68) ; « Il importe de mobiliser tous les parents d’enfants en bas âge dans le monde sur la nécessité et les moyens de prévenir l’inversion de genre. » (idem, p. 78)

 

À la base, l’inversion homosexuelle semblait se réduire à une banale et poétique affaire de subjectivité culturelle, à la non-correspondance à l’image sexuée de son genre social. Elle devait être (à en croire les militants du Gender et de la Queer Theory) uniquement une question de paraître, donc relative et peu condamnable. En réalité, comme il s’agit d’un jeu de rôles interchangeables, on voit que c’est plus qu’une affaire de paraître ou de « genres culturels » contextuels : l’inversion concerne au fond la relation homosexuelle en elle-même, les actes homosexuels et les rapports de force (de soumission et de domination) qui se jouent au sein du couple homosexuel réel. Par exemple, dans son Journal (1889-1939), André Gide définit l’homme inverti comme celui qui « dans la comédie de l’amour, assume le rôle d’une femme et désire être possédé » (p. 671). La pratique sensuelle homosexuelle encourage au bout d’un moment les personnes homos à être auto-reverse (passive et active), à fusionner identitairement avec leur(s) amant(s), à violer et à être violées : « Je me dis – romanesque ! – que je suis un peu métis. Mes ancêtres auraient-ils jeté quelque semence de blanc dans le ventre d’une femme noire, ou l’inverse peut-être. » (Hugues Pouyé dans le site Les Toiles roses en 2009) ; « Dans le monde des homosexuels, les sodomistes, eux, sont légions, et pas forcément invertis. Mais cette séparation n’est en réalité qu’un alibi issu d’un cerveau intellectuel, puisque, pratiquement, les pédérastes soi-disant moraux ne manquent pas, la plupart du temps, de passer à la sodomie. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essaiHistoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 93) ; etc.

 

Le plus paradoxal dans l’inversion homosexuelle, c’est qu’elle est à la fois l’instrument du viol et le masque de ce dernier. Elle illustre le viol ET l’indifférence au viol : « Il suffisait, je le savais, d’un rien, d’un geste, d’une sensation, pour que le miroir bascule et que l’envers du décor rempli d’abîmes et de dangers disparaisse. » (Berthrand Nguyen Matoko face à la proposition d’un poste de prostitué, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 117)

 
 

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