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Code n°44 – Désert (sous-codes : Sable / Cendres)

Désert

Désert

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Les anti-Moïse

 

Vidéo-clip de la chanson "Désenchantée" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer


 

Au moment de se retrouver lui-même au désert, face au Réel, face à ses pères, dans la concrète solitude de sa singularité, le personnage homosexuel (et souvent l’individu homosexuel) est pris en général de panique, lui, l’angoissé de lui-même. Le désert, qui idéalement devrait être le lieu du repos, du sevrage de nos anciennes addictions, de la purification, du chemin de la Résurrection pascale, apparaît dans les fictions traitant d’homosexualité comme un abîme terrible.

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Manège », « Mort », « Homme invisible », « Eau », « Fusion », « Faux révolutionnaires », « Clown blanc et Masques », « Aube », « Focalisation sur le péché », « Lunettes d’or », « Ennemi de la Nature », « Voyage », « Vampirisme », « Vent », « Solitude », « Icare », « Île », « Jardins synthétiques », à la partie « Haine de la Réalité » du code « Planeur », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Le désert ou l’errance :

DÉSERT jaune

 

Il est souvent question du désert dans les fictions homo-érotiques. Le personnage homosexuel se dirige vers un désert (réel ou mental) : cf. la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, le roman Et le désert (1989) d’Andrea H. Japp, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le roman Le Monde désert (1927) de Pierre Jean Jouve, le roman Un Thé au Sahara (1949) de Paul Bowles, le film « Gerry » (2002) de Gus Van Sant, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, le film « Whity » (1970) de Rainer Werner Fassbinder, la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, le roman Déserts… (1982) de Julien Cendres, le film « Du sang dans le désert » (1957) d’Anthony Mann, le film « Cent mille dollars au soleil » (1963) d’Henri Verneuil, le film « Beau Travail » (1999) de Claire Denis (avec la mort dans le désert), le film « Sun Kissed » (2009) de Patrick McGuinn, le film « Lawrence d’Arabie » (1962) de David Lean, le film « Les Châtaigniers du désert » (2009) de Caroline Huppert, le film « Yossi » (2012) d’Eytan Fox, le film « Joshua Tree 1951 : A Portrait of James Dean » (2012) de Matthew Mishory, le film « The Desert Song » (« Le Chant du désert », 1929) de Roy Del Ruth, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec le poème « Le Premier Paradis, Odette… »), le film « Edipo Re » (« Œdipe-Roi », 1967) de Pier Paolo Pasolini, le film « Thelma et Louise » (1991) de Ridley Scott, le roman Le Monde désert (1927) de Pierre-Jean Jouve, le roman Le Désert mauve (1987) de Nicole Brossard, etc. Par exemple, dans la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, Arnold Wilcox, un des héros homosexuels, feuillette une encyclopédie sur les animaux du désert.

 

« C’est le désert. On est marqués par le désert. » (cf. une réplique des personnages de la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Je connais bien le désert ! » (cf. une réplique de la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Tentons la traversée du désert ! » (le Jésuite, idem) ; « Je suis sèche comme le désert d’Arizona. » (Jessica, le héros transsexuel M to F, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; « Je vais me promener sur les dunes avec mon chien Lambetta. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 12) ; « J’veux juste m’enfuir dans un désert et creuse un trou dans une dune. » (Hubert, le héros homosexuel s’adressant à sa mère qu’il cherche à fuir, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Tu resteras dans l’oasis que je vais te faire construire au beau milieu du désert vivre une vie de chimères ! » (Ahmed s’adressant à Lou, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Mon Dieu. J’arrive du désert de Gobi. Je suis en plein jetlag. » (Nathalie Rhéa dans le one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « C’est comme le désert, mais version campagne. » (Vincent s’adressant à Moussa à propos du film « Le Secret de Brokeback Mountain », dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent) ; etc.

 

Le désert peut être sacralisé par les protagonistes homosexuels car il est vu comme un espace du silence, de l’acorporéité, du confort dans la victimisation : « Sacré, le désert. » (cf. une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg) ; « Elle s’asseyait au bord de mon lit […] et me racontait avec un accent étranger le curieux récit du désert. […] Oui, l’ivresse du désert existe, Ourdhia l’a rencontrée. » (la narratrice lesbienne parlant de sa grand-mère, dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, pp. 52-54) ; « S’il le faut, je traverserai le désert sur un genou pour assurer ton bonheur. » (le Père 1 s’adressant à son futur gendre de manière despotique, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Je veux marcher jusqu’en Afrique et traverser le désert. » (Rimbaud s’adressant à son amant Verlaine, dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland) ; « Je fis une station devant chaque cinéma que je croisai : le Princess, le Palace, le Cinéma de Paris, le Loew’s, le York, pour réchauffer mes pieds autant que pour regarder les affiches. Au York, Sophia Loren et Charlton Heston s’embrassaient passionnément devant un panorama de désert sec et torride, les chanceux ! » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 31) ; « Le désert était bien là. Mon cabinet de toilette étouffait sous un bloc généreux de sable : la dune. » (la narratrice lesbienne dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 53) ; etc.
 
 

b) Le sable, métaphore du désir :

Film "Sun Kissed" de Patrick McGuinn

Film « Sun Kissed » de Patrick McGuinn

 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, on retrouve souvent la mention du sable en tant que métaphore (métonymique) du désir : cf. la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo, le poème « L’Île au trésor » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, le film « Love Letter In The Sand » (1988) d’Hisayasu Sato, le film « Sand » (2011) de Julie Carlier, le roman Les Dollars des sables (2006) de Jean-Noël Pancrazi (avec l’usage récurrent du point virgule), le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, « Sous le sable » (2000) de François Ozon, le roman Une Poignée de sable (1971) de Christian Giudicelli, le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, la chanson « The One » d’Elton John, le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec le sablier), le poème « Les Fantômes du désir » de Luis Cernuda, le film « Grains de sable » (1995) de Ryosuke Hashiguchi, la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, le roman Poudre d’or (1993) d’Yves Navarre, le film « Boys In The Sand » (1971) de Wakefield Poole, le film « Lang Tao Sha » (1936) de Wu Yonggang, le film « De sable et de sang » (1987) de Jeanne Labrune, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, etc. « Poussière poudre d’or. » (le narrateur dans la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet) Par exemple, dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, il est question de « poussières d’or » (p. 123). Dans le livre Papa, c’est quoi un homosexuel ? (2007) d’Anna Boulanger, l’homosexuel est qualifié d’« amateur de terre jaune ». Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, s’unit à son amant Kevin sur la plage… et son sperme dans la main se mêle au sable.

 

Régulièrement, le héros homosexuel se prend pour le sable, donc pour son propre désir, son propre amour (narcissique, plein de mirages et de réverbérations) : « J’ai mis le sable et tu as mis l’eau. D’un grain de sable et d’une larme, nous avons fait un couple. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’égrènerai le sable, le sable incandescent : mon rosaire d’amour ! » (cf. le poème « À Gilles R*** » de Denis Daniel, dans l’autobiographie Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 57) ; « Mais qui étions-nous quand nous nous sommes rencontrés ? Deux histoires, deux sabliers peut-être, impénétrables. Deux sabliers qui allaient s’inverser comme un miroir. […] Une histoire rêvée, fantasmée […] On descend vers soi, comme le sable, comme le fleuve. » (Adrien, le narrateur homosexuel parlant de son amant Malcolm, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 138) ; « Maintenant, je me trouve au milieu d’un désert de sable surplombé par un mont également désert. […] Par pudeur j’ai jeté deux poignées de sable sur son sexe entrouvert. » (le narrateur homosexuel du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, pp. 26-27) ; « Essaie de prendre une poignée de sable dans ta main. » (Mathilde s’adressant à son meilleur ami homo Guillaume, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; etc. Par exemple, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Pablo demande à son futur amant Bruno « Si tu étais un minéral, que serais-tu ? » ; il lui répond « le sable » ; et lui, « de l’eau ». Dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier, le Comédien et son amant accumulent des « objets comme des collections de sable, témoins de nos escales dans le monde amoureux ».
 
 

Cachafaz – « Ell’ te plaît pas molle, ma bite ?

Raulito – J’aimerais mieux de l’eau bénite ou traverser le Sahara ! »

(Copi, Cachafaz, 1993)
 
 
 

c) Le sable de mort : la cendre

Dans les fictions homo-érotiques, le désert et le sable sont davantage une épreuve ou l’endroit d’un viol (incestueux parfois) qu’un lieu ou un facteur de vie. « Pour un désert, c’est un désert ! » (le vieux Largui traversant le désert pour aller jusqu’aux chutes d’Iguazú dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Je maudis ce désert où nos corps sont jetés. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 109) ; « 17 ans, 17 carêmes. » (cf. la chanson « La Chanson de Jérémy » de Bruno Bisaro) ; « Qui a mis du sable dans la tête à maman ? » (Corinne dans le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Le sablier se vide et se remplit de sang. » (la narratrice lesbienne dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 92) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis, le désert est clairement montré comme le théâtre de la mort. Dans le film « Il Decameron » (1971) de Pier Paolo Pasolini, on retrouve le personnage de « l’homme du désert », défini comme un « saint à l’envers », diabolique. Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, Gouri et Rakä ne veulent pas revenir dans le monde du Réel et souhaitent faire demi-tour, rester dans « l’immense désert de sable » (p. 148) de la Cité des Rats… mais la porte qui sépare ce désert de la Réalité s’est refermée derrière eux et le retour est pour eux impossible. Dans le roman Le Sang du désert (2012) d’Alicia Garspar de Alba, Ivon, l’héroïne lesbienne, souffre de l’homophobie de sa mère : sa mère biologique tout comme sa mère géographique puisque l’intrigue se passe le long de la frontière mexicano-américaine. Dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, les protagonistes cherchent un Alaska mythique où elles n’arriveront jamais. Dans le film « The Return Of Post Apocalyptic Cowgirls » (2010) de Maria Beatty, au cœur d’une humanité dissoute, quatre jeunes femmes survivent dans le désert de l’Arizona et leurs désirs s’apprivoisent dans un cimetière d’avions. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Tom, le chanteur gay, a réalisé un clip dans un désert où il dit s’être pris pour Dieu, pour un Noé face à la menace de Déluge. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Il leur prescrit 40 séances pour transformer les deux jeunes hommes en couple homo assumé.
 

Le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz démarre sur des images de deux motards (les deux amants Konrad et Heiko) qui roulent de manière complètement désordonnée et incontrôlée dans le sable d’une plage ; Heiko va ensuite se noyer dans une baignade de « couple ». La thématique du visage de l’amant narcissique disparu apparaissant sur le sable est soulignée par le play-back de la chanson « Aline » (de Christophe) par Konrad et Donato son partenaire de substitution.

 

Comme le sable n’est ni connecté au Réel, ni connecté à l’Amour vrai, ni à la personne du héros homosexuel, ce dernier finit par s’en venger, par le voir comme un sable de mort : « Il faut faire attention au virus des steppes. » (Garbo dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi) ; « J’ai du sable dans la gorge, qui demande à être arrosé, du sable sous les paupières, me grattant jusqu’au sang. Je m’effrite de partout, en paillettes de mica, en granulés sableux. Je ne peux plus parler. » (Yvon en parlant de Groucha, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 264) ; « La valise, elle était pleine de sable ! Maintenant, je traîne. Ma valise. » (le Fils dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Je suis comme l’on est au désert. Rien de ce qui m’intéresse n’est là, et je n’ai plus le cœur de provoquer ces instants qui pourtant m’étaient tout. Hier, il faisait ce grand froid qui gèle tous les échanges. Aucune visite. Mes rêves seuls me tiennent encore compagnie. Ils sont peuplés de ces Grecques qui avaient à l’époque toutes les facilités pour vivre des relations maintenant interdites, et la nuit je participe à tout ce que mon imagination peut inventer. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 73-74) ; « Le goût familier et oublié des cendres brûlées lui revint dans la bouche. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The S