Vous connaissez la différence fondamentale entre le couple burlesque Coluche/Le Luron et les couples homos actuels qui demandent le mariage? C’est que le premier avait conscience de jouer un sketch.
Vous connaissez la différence fondamentale entre le couple burlesque Coluche/Le Luron et les couples homos actuels qui demandent le mariage? C’est que le premier avait conscience de jouer un sketch.
On nous fait croire, et la majorité des personnes homosexuelles se font croire à elles-mêmes, que la sainteté n’est pas à leur portée, est super compliquée ou inaccessible. Or, la sainteté pour elles, je le pense vraiment, est très simple, voire même plus simple que pour les autres. Elle consiste surtout à refuser la croyance en l’amour homo et l’acte charnel homosexuel, autrement dit elle se limiterait presque qu’à la continence. Je m’en rends compte en me remémorant un simple épisode de ma vie, qui peut paraître tout bête et insignifiant, mais qui pourtant prouve ce que je dis. Je me trouvais en soirée dans la boîte-bar gay « Le Cargo » à Angers, dans les premières années où je fréquentais le « milieu ». J’avais 22 ans. C’était en 2002. Et alors que je me trouvais assis sur les marches d’un recoin de la piste de danse aux côtés d’un homme d’une trentaine d’années, Olivier, qui entamait la discussion avec moi pour essayer de me draguer, il s’est passé une drôle de réaction chez lui, réaction dont je n’y suis (presque) pour rien. Olivier, sans que je m’y attende (et pourtant, il n’était pas du tout saoul) a essayé de m’embrasser sur la bouche par surprise. Et moi, je me suis dérobé, sans agressivité. Et simplement parce que je lui avais offert une opposition fraternelle, il n’en revenait pas. Je le voyais répéter frénétiquement, comme s’il venait d’être touché par la Grâce ou qu’il avait vu la Vierge à Lourdes : « C’est pas vrai. T’es un saint?!… T’es un saint?! C’est ça? J’en reviens pas… J’ai affaire à un saint… ?! » Tout ce que je vous raconte est vrai. Alors si ça ne tient qu’à ça, la sainteté des personnes homosexuelles (et je la crois réelle, bien vivante et bien forte), je peux vous dire que nous sommes particulièrement gâtées !
Punaise… avec mon Dictionnaire des Codes homosexuels, j’ai démasqué le diable.
Jean-Baptiste Hibon, catholique pratiquant, homme marié de quarante ans, père de deux enfants, fortement handicapé suite à une erreur médicale à la naissance, s’exprimant avec grande difficulté et lenteur, mais qui a toute sa tête (et plutôt deux fois qu’une ! Son caractère bien trempé et son amour de la Vérité – qui m’ont fait craqué ! – contrastent complètement avec l’image de Quasimodo-débile-mental-boîtant qu’on peut avoir de lui à première vue), me l’a appris : Pas de pitié pour les victimes, car ce sont avant tout des PERSONNES LIBRES.
Je veux vous raconter un fait réel, que j’ai vécu avec lui il n’y a pas si longtemps. C’était à Lyon, en novembre dernier (2012). Nous étions en voiture. Jean-Baptiste au volant. Nous attendions au feu rouge. Et un homme estropié, sale, court vêtu, boitant avec sa béquille, faisait la manche, de voiture en voiture, en affichant une mine défaite pour apitoyer son monde. N’importe qui de normalement constitué se serait au pire réfugié dans une indifférence méprisante et banale, au mieux ému, en sentant la honte monter en lui d’« envoyer bouler » un infirme. Personne ne serait venu remettre en cause l’acte de cet homme, de peur de passer pour un raciste et un monstre d’insensibilité. Et là s’est produit un coup de théâtre que je n’attendais pas, qui m’a estomaqué. Jean-Baptiste a descendu manuellement la vitre de sa porte pour aller à la rencontre de ce mendiant qui faisait de ses moignons et de son handicap un fond de commerce et d’exhibition. Il lui a dit d’une voix forte, toujours avec son grand problème d’élocution : « Toi et moi, on est pareils ! ON EST PAREILS ! Tu donnes une mauvaise image. Tu donnes une mauvaise image de nous ! ». Il a remonté sa vitre et nous avons tracé notre chemin.
J’aurais pu mourir de honte sur place, liquéfié. J’aurais pu m’enfoncer dans mon siège et attendre que la gêne passe. J’aurais pu trouver que Jean-Baptiste y était allé un peu fort, qu’il avait manqué d’humanité, qu’il avait fait preuve du comble de la grossièreté. Mais au contraire. Je suis resté un moment coi. Puis je n’ai pas pu m’empêcher de sourire avec émerveillement. Intérieurement, j’étais convaincu que mon ami avait été juste et humain. Il n’avait pas succombé à une mauvaise compassion, celle qui encourage la personne qui se victimise à rentrer dans le paraître, et qui nivelle par le bas. En gros, Jean-Baptiste venait de dénoncer non pas le handicap de ce monsieur, mais ce qu’il en faisait : une caricature misérabiliste, un prétexte pour ne pas s’en sortir, un business où la relation humaine était complètement délaissée au profit du fric, de l’image et de la haine de soi. De l’extérieur, seul Jean-Baptiste aurait pu se permettre d’engueuler ainsi son semblable sans passer pour un ignoble personnage. C’est sa force et son privilège. Et inconsciemment, j’ai reconnu en lui la force, le culot, l’improbabilité, l’humour et la légitimité de ma position de « paradoxe vivant » et fragile parmi les personnes homosexuelles dont je passe mon temps à critiquer les actes, parce que, dans l’exigence, je les aime vraiment. Jean-Baptiste et moi, chacun à notre manière, sommes bipatrides. Ce sont notre handicap assumé et donné, notre écartèlement pour tendre à la Vérité dans la cohérence et le service, qui sont notre force de médiateurs-serviteurs, qui font de nous des signes de contradiction puissants et culottés.
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Réponse de Jean-Baptiste Hibon (janvier 2013) :
« Le Système H. J’ai rencontré Philippe Ariño cet automne, après avoir vu une vidéo où il analysait l’homosexualité, appuyé sur son expérience personnelle, qu’il livre avec une simplicité bouleversante. J’ai repéré aussitôt la convergence de nos pensées alors qu’il décrivait une situation apparemment éloignée de la mienne. Ainsi j’ai découvert que l’homosexualité éclaire la sexualité de tout être humain, tout comme le handicap éclaire la réalité de chacune de nos vies ! Ces deux réalités objectives, subies, peuvent paraître inimaginables à bien des gens… Pourtant, quand une différence est vécue dans l’exigence de la vérité, elle éclaire toutes les dimensions de la personne humaine. Je cite Philippe Ariño: «Reconnaître que la structure identitaire et amoureuse homosexuelle est lacunaire ne réduit en rien les personnes qui le portent en « espèce » ni en « malades ». Simplement, le désir homosexuel est une blessure qui, si on s’y adonne (…) peut (…) créer ou agrandir ce handicap. Il est possible (…) de s’installer ou non dans son handicap : tout individu humain, même très limité, reste libre d’assumer ce que la vie et les événements lui ont imposé. Personne n’est totalement victime des handicaps qu’il porte à plus ou moins long terme. » Cette rencontre m’a émerveillé, car c’est le désir de reconnaître la personne dans sa réalité et sa liberté, sans illusions ni victimisation, qui nous réunit. En frères du système H. »
Que ça ne fasse pas plaisir aux organisateurs de la « Manif pour Tous » du 13 janvier 2013 de l’apprendre, que ça les attriste et les vexe, qu’ils s’en mordent les doigts, on peut bien le comprendre ! Constat amer d’homophobie, d’homophobie d’indifférence et de trouillardise : concrètement, à cette « Manif pour Tous », il a été fait extrêmement peu de place aux personnes homosexuelles opposées au « mariage pour tous », alors qu’elles auraient dû avoir en toute logique la première place, le plus de poids. Elles n’ont pas eu la parole. Je peux vous l’assurer. Ni sur les chars, ni devant les caméras (ce n’est pas avec Xavier Bongibault qu’on entend parler d’homosexualité), ni sur les podiums. La Famille a occupé le haut du pavé, alors que nous savons très bien que c’est au nom de l’« amour » homosexuel, au nom de la reconnaissance de l’homosexualité, et par les personnes homosexuelles, que cette loi du « mariage pour tous » risque de passer comme une lettre à la Poste.
La foule d’un million de personnes n’a même pas entendu parler des couples homos, d’homosexualité, n’a pas eu l’occasion de voir les quelques témoins homosexuels qui étaient pourtant disponibles pour se rendre visibles. Il n’a pas été fait mention une seule fois, au micro, des manifestants homosexuels qui pouvaient se trouver présents dans les cortèges de rue. Rien ! D’ailleurs, en off, ça a été une consigne donnée aux organisateurs et aux chefs de chars de ne pas prononcer publiquement le mot « homosexualité », de ne pas donner le micro aux témoins homosexuels les plus adéquates pour faire contrepoids à la Manif des pro-mariage-pour-tous prévue fin janvier. Sous prétexte que c’était « trop compliqué » pour la foule d’entendre parler d’homosexualité, « trop polémique » ; que parler d’amour ce n’était pas la question du mariage (civil) et qu’il fallait mieux mettre un couvercle sur l’homosexualité et le couple pour se concentrer uniquement sur la famille. « Ce n’est pas le lieu ni le moment ! Donnons au Peuple le foin le plus efficace et le plus simplificateur qui soit : la filiation, l’enfant, la différence des sexes en tant que famille ! Pas la différence des sexes en tant que couple ! Les conséquences du ‘mariage pour tous’, tournées autour de l’enfant, c’est ça qui fout le plus les boules aux Français de base. » Logique inconsciemment infantilisante et intimidatrice. Nous, personnes homosexuelles, avons dû mendier dix minutes de micro au podium du Champs de Mars parce que nous étions écartées. Je l’ai vu de mes propres yeux. Si nous n’avions pas fait de passage en force, jamais la parole ne nous aurait été accordée. « Homovox », le seul mouvement de personnes homosexuelles opposées au projet de loi, a été considéré comme une « association comme une autre », alors que ce n’est pas du tout vrai. C’est nous qui avions le plus de poids, et qui aurions dû avoir le plus de poids. Je ne dis pas cela pour des raisons d’image et d’égo, ou parce que je serais vexé de ne pas avoir été mis en avant (d’ailleurs, si ce n’était que ça, je l’ai eu, mon petit quart d’heure de gloire, en parlant 5 minutes devant une foule immense au podium du Champs de Mars…). Je dis cela parce que c’est vrai et que tous le savent. Nous, les personnes homosexuelles, avons été mis de côté alors que nous étions objectivement les plus importantes, les plus courageuses, et les plus adéquates pour faire contre-poids à la manif du 27 janvier.
On nous a muselées sous prétexte qu’il fallait respecter l’« unité » autour du poncif idéologique du sacro-saint Enfant (… autour de Frigide Barjot, en fait), que l’opposition au « mariage pour tous » se fondait principalement sur la famille. Moi, je peux vous assurer qu’on n’a eu quasiment aucune place. L’unité invoquée, il faut savoir ici que c’est en réalité l’autre nom de la peur : peur de parler frontalement des sujets qui fâchent, peur des personnes homosexuelles et de poser un regard vrai sur les limites objectives de leurs couples. Peur de parler d’Amour, du mariage en tant que tel. Que les organisateurs de la « Manif pour tous » ne s’étonnent pas après que cette dernière apparaisse comme homophobe. Qu’ils ne viennent pas pleurer. Car dans les faits, elle l’a (involontairement ?) été. À présent, je ne me reconnais ni dans la « Manif pour tous » du 13 janvier, ni dans la « Manif pour l’Égalité » de fin janvier qui va nous bouffer tout cru. Même si j’aime les 1, 3 millions de manifestants « anti-mariage-pour-tous » et leur énergie !
(N.B. : Hier, lundi 14, une amie lesbienne m’a appelé par téléphone pour me raconter ce qui s’était passé lors de mon bref discours sur le podium du Champs de Mars. Pendant que les écrans géants me montraient et qu’elle se trouvait perdue dans la foule, elle a entendu un de ses voisins maugréer : « Qu’est-ce qu’il vient faire là, ce mec ? Pourquoi il parle d’homosexualité ? Qu’est-ce ça vient faire dans notre Manif ? » CQFD.)
Du plus loin que je me souvienne, et si je suis vraiment honnête avec moi-même, mon désir homosexuel est apparu au moment de mon enfance où j’ai eu peur : peur de mon corps, de mon unicité, de ma liberté, de ma singularité, du Réel, du monde, des autres, des groupes. J’étais certes un enfant sage, souriant, prévenant… mais je cachais bien mon jeu. Je cherchais à être quelqu’un d’autre parce que mon image de moi-même et des autres était négative, me faisait souffrir. Parce que je ne me supportais pas. Dès l’âge de 5 ans, j’ai joué à la mauviette. À la boule d’hyper-sensibilité, fragile, qu’un rien ne casse, qui fuyait les autres et l’amitié car elle les voyait comme des menaces. Je sais que l’homosexualité est une blessure d’orgueil, qui donne raison à la peur, et qui, pour se justifier de le faire sans que ça se voit, use de l’excuse des goûts ou de l’esthétisme. Pendant toute mon adolescence, j’ai manqué de simplicité. J’étais une personne à l’orgueil blessé. Un adolescent trouillard, effrayé par l’effort et la nouveauté, choisissant des rôles de planqué. Un être paresseux en même temps que craintif, mal à l’aise avec le collectif, misanthrope, paranoïaque, mal dans ses baskets, orgueilleux. Toute personne homosexuelle, je crois, connaît tacitement le contexte peu glorieux de l’émergence de son désir homosexuel. Sa genèse boueuse.
Ce qui est dramatique, c’est que des hommes et des femmes politiques « pro-mariage-pour-tous » tels que Cécile Duflot, Najat Vallaud Belkacem ou Erwann Binet, emploient à tout bout de champ le mot « homophobie » (sans comprendre ce qu’elle est vraiment!) pour imposer leur point de vue et ne pas avoir à argumenter leurs bonnes intentions déconnectées du réel et des personnes qu’ils défendent. Exactement comme jadis la matraque verbale du mot « racisme ». Ils détournent de manière honteuse – et finalement très homophobe ! même si cette homophobie prend le visage souriant de la lutte ‘gay friendly’ contre les « discriminations » – la réalité de l’homophobie, homophobie qui n’a pas à être une ACCUSATION DE PERSONNES, mais qui n’est autre qu’un ACTE VIOLENT contre les personnes personnes homosexuelles, au nom de leur orientation sexuelle, et dont les personnes homosexuelles sont prioritairement responsables puisque ce ne sont qu’elles qui le perpétuent, en réalité. Ils personnifient l’acte brutal pour ne pas avoir à l’analyser et à le dénoncer. Cette personnification du mal, injustifiable, c’est typique de la violence, et donc de l’homophobie ou du racisme.
L’acte homophobe a lieu dans le cadre d’une RELATION. En aucun cas il faut le transformer en accusation de PERSONNES ou en espèce humaine fictive, y compris pour prendre la défense de cette dernière. La victimisation ne sert pas les personnes qu’on défend et sur lesquelles on pleure. L’important est de ne pas ôter à la victime sa liberté de ne pas reproduire le viol qu’elle a subi.
L’homosexualité n’a jamais été un problème : seule la croyance en celle-ci ou sa mise en pratique en sont un. Mais en soi (et je m’en rends très bien compte aujourd’hui à travers mon choix de vie), elle ne dérange absolument personne !
Les personnes homosexuelles ne sont pas les seules personnes blessées dans leur sexualité. Tout être humain est marqué par la coupure de la différence des sexes, par cette blessure du manque. D’ailleurs, le mot sexualité vient du verbe latin « secare », qui signifie « couper ». Mais au lieu, comme les personnes non-homosexuelles, de faire de la déchirure universelle une porte ouverte à l’altérité sexuelle, à la complémentarité, les personnes homosexuelles ont voulu la nier ou au contraire l’agrandir, en l’élargissant et en prétendant l’incarner à elles seules. Finalement, l’homosexualité n’est pas une blessure spécifique aux personnes homosexuelles : elle est l’autre nom de la sexualité, ou plus précisément d’une mauvaise gestion de celle-ci.
L’homosexualité, c’est exactement comme l’obésité : il y en a certains qui ne l’ont absolument pas choisie et qui n’y sont pour rien ; il y en a qui à la fois l’ont subie et qui s’y installent ; d’autres qui en sont totalement responsables par leurs comportements. Et avec tous ces degrés différents de liberté, on voit bien qu’on ne peut socialement ni l’applaudir, ni la proposer comme norme d’identité et de bonheur.