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Manifest : une série en or massif…


 

 

 

La série nord-américaine Manifest (2018) de Jeff Rake veut visiblement faire de nous des enfants de la chance… et de la reliure aurique ! … même si, pour l’instant, il y a peu de gens qui les identifient car quasiment tout le monde se franc-maçonnise sans s’en rendre compte. Dans les années 1980, Serge Gainsbourg chantait « Aux enfants de la chance », pour donner à la drogue le doux nom illusoire de « Chance ». Il a été bien inspiré car l’opium que distribue le Gouvernement Mondial pour anesthésier les foules s’appelle précisément « chance » ou « seconde chance » (qui est le contraire du pardon, car l’Antéchrist ne laisse en général pas de troisième chance !) et prend souvent la forme de l’or électrique, pierreux ou filandreux, comme on peut le voir dans la plupart des pubs, des séries et des films qui sortent actuellement à la télévision et au cinéma (j’aurai un très long chapitre dédié à la « deuxième/seconde chance » dans mon prochain livre sur Joséphine ange gardien), notamment dans la nouvelle série diffusée en ce moment en France sur la chaîne TF1 : Manifest. J’ai vu l’intégralité des 16 épisodes de la saison 1. En voici les six messages principaux :
 
 

SECONDE CHANCE

En lien avec la passion, la chance est l’autre nom de l’or spirituel – ou de la Bête 666 décrite par saint Jean dans l’Apocalypse – visé par la Nouvelle Religion mondiale antéchristique (alors que Jésus n’a jamais défendu la chance). Ça marche aussi pour l’or physique (par exemple, la Française des Jeux s’appuie en ce moment beaucoup sur le concept de « chance » pour couvrir d’or un heureux élu lors de ses tirages : « FDJ : Chaque jour est une chance. »). Ça tombe bien : dans la série Manifest, c’est incroyable comme la seconde ou la deuxième chance est considérée comme le nouveau dieu devant lequel il faudrait se proSTERNer.
 

– « L’Univers vient de nous accorder à tous une seconde chance. » (Grace s’adressant à Michaela, dans l’épisode 1).
 

– « Grâce à ce vol, il s’est vu offrir une seconde chance. » (Saanvi à propos de son jeune patient Caleb, dans l’épisode 1).
 

– « Je sais que notre amour te paraît un peu lointain. Mais on nous offre une seconde chance. » (Ben s’adressant à sa femme Grace, dans l’épisode 2).
 

– « Une chance que le vol soit rapide » (Kelly Taylor, dans l’épisode 3).
 

– « Danny, je te l’ai dit ! Je veux donner à mon couple une seconde chance ! » (Grace parlant de Ben son mari, dans l’épisode 5).
 

– « Parmi les bénéficiaires de ce qui peut apparaître comme une incroyable seconde chance figure l’éminente chercheuse Fiona Clarke. » (le présentateur du JT, dans l’épisode 5).
 

-Dans la continuité des épisodes de Manifest, on nous bassine avec la seconde ou deuxième chance : « La vie vous offre une seconde chance. C’est l’occasion de devenir quelqu’un d’autre, celui que vous voulez. » (Michaela, dans l’épisode 15).
 

-La Deuxième Chance est à entendre comme un pacte satanique, une liberté conditionnelle, une date de péremption accélérée, une épée de Damoclès, un faux nouveau départ. « On n’a fait que prendre l’avion. Rien de plus. Et à cause de ça, notre vie ne sera plus jamais la même. Tous les passagers du vol ont eu droit à une deuxième chance. Et ça ne s’est pas fait sans mal. On a tous dû faire énormément de sacrifices. Et aujourd’hui, un nouveau danger nous guette. » (Ben, dans l’épisode 10). D’ailleurs, dans l’épisode 15, James Griffin, revenu à lui après une noyade qui aurait dû lui coûter la vie, a une espérance de vie mathématiquement équivalente à la durée de sa noyade. Et comme il n’obéit pas aux appels intérieurs et veut faire de ces derniers un business, il n’a pas la possibilité de gagner des points de vie, et son existence s’en trouve vite abrégée. Quant à tous les passagers de l’avion, on apprend dans l’épisode 16 qu’ils ont disparu dans l’espace-temps pendant 2037 jours, et qu’ils ont à leur retour, comme dit Grace, une « date de péremption » qui leur permettra de vivre le même temps jusqu’au 2 juin 2024, si jamais ils n’obéissent pas aux appels intérieurs qu’ils reçoivent. La seconde chance est minutée : elle correspond à un retour conditionnel. Ce n’est pas la continuité d’une vie humaine unique : c’est un duplicata d’une vie antérieure fatale, ou dit autrement, une double vie qui ne pardonne plus. « C’est votre dernière chance. » (William s’adressant à Fiona, dans l’épisode 11)
 

 

-Point commun entre tous les passagers, puis ensuite entre tous ceux qui « ressuscitent » après avoir disparu brutalement sans s’être préparé : le concept – adoré des francs-maçons et des bobos faisant de la psychologie de bazar – du « stress post-traumatique » (Ben, dans l’épisode 15). Ce stress est tout simplement une marque d’orgueil et un refus de se reconnaître pécheur et responsable du mal. Il est spectaculairement réduit à un « sentiment de culpabilité/d’être fautif », à une difficulté de « faire son deuil », ou mieux, à une « expérience mystique/paranormale ». Tous les personnages ayant vécu un saut dans le temps ressemblant à une seconde, ont tous perdus un être cher. Et à leur retour dans le monde, on leur fait payer à la fois le crime qu’ils ont commis, à la fois leur sentiment de culpabilité de ce crime. Par exemple, on apprend qu’Ézékiel a tué accidentellement sa sœur Chloé. James a perdu son meilleur ami Davon et se sent coupable de son accident de canoë. Michaëla, alcoolisée, a tué sa meilleure amie Evie dans un accident de voiture. Ben a le sentiment que son jeune fils Caleb va mourir de leucémie ; etc. Ils n’ont pas fait leur travail de deuil, et c’est ça qui les rend immortels pendant un certain laps de temps. Mais en contrepartie, ils vivent dans cet intervalle un enfer. « Vous vous sentez coupable. Ça vous poursuit depuis 15 ans. […] On nous a tous accordé une chance de faire les choses autrement. Là, vous tenez la vôtre ! […] Vous avez passé un accord qui a foutu votre vie en l’air. Et là, vous vous apprêtez à recommencer ! […] Vous avez une chance de vous racheter ! » (Michaela s’adressant à James Griffin, dans l’épisode 15). Ils veulent tous se rattraper, réparer par eux-mêmes le crime qu’ils portent sur la conscience, ou conjurer une mort, voire leur propre mort. On retrouve d’ailleurs dans Manifest l’idée très bouddhiste de la réincarnation et du mauvais « karma » (on subirait les conséquences négatives ou positives de ses vies « antérieures »)… même si, à de rares moments, ce fatalisme est gentiment adouci par la solidarité (Par exemple, dans l’épisode 7, on apprend que la mort tragique d’Évie dans l’accident de voiture provoqué par Michaëla a bénéficié au jeune Carlos, qui a reçu le cœur transplanté de la jeune femme décédée et a pu ainsi vivre).
 

-Le concept de « chance » englobe les notions superstitieuses, ésotériques et fatalistes de « hasard/destin » et de soi-disant « renaissance/nouvelle vie » (à la sauce protestante : les born again) : « On sera cinq à prendre un nouveau départ. » (Ben, dans l’épisode 16) ; « Nous sommes tous unis par le destin. » (Michaela, épisode 7) ; « C’était peut-être notre destin de nous rencontrer. » (Ézékiel s’adressant à Michaela, dans l’épisode 13) ; « tous les obstacles que le destin a mis sur notre route » (Jared, dans l’épisode 14) ; « Ça n’a rien d’un hasard. » (Grace, dans l’épisode 14) « Ça n’a rien d’un coup de chance. » (Grace à Ézékiel, dans l’épisode 14).
 
 

L’OR ÉLECTRIQUE

Manifest est incontestablement la série de l’or électrique solaire (héliocentrique), succédant/se supplantant à l’or textile et à l’or pierreux.
 

– À cause d’un surbooking, les passagers du vol 828 ont accepté, pour 400 $, de prendre le vol suivant leur avion plein.
 

– Dans l’épisode 1, Michaela veut « récupérer sa plaque » de flic.
 

– Dans l’épisode 1 toujours, les sœurs Pyler (Hallie et Samantha) – nom de famille qui se prononce « Pailleur » (je rappelle que l’orpailleur est le travailleur qui récolte l’or) – sont détenues dans une cabane où un ignoble ferrailleur, avec plein d’équerres et de compas maçonniques dans son atelier, les a enfermées.
 

 

– Dans l’épisode 2, Adio avait un job dans la bijouterie new-yorkaise Valero et a fini injustement en prison pour vol de bijoux en son sein. On voit d’ailleurs le directeur de la bijouterie manipuler une montre en or en gros plan.
 

 

-Dans l’épisode 2, Grace et son fils Caleb arpentent l’Avenue Goldenberg à New York.
 

 

– Dans les épisode 2 et 6, Saanvi, la chercheuse en neurobiologie, insiste pour installer des « électrolytes » sur Caleb.
 

– Dans l’épisode 2, on apprend que Caleb fait « collection de cailloux ».
 

– Michaela a un nom de famille pierreux : elle s’appelle « Stone » (qui veut dire « pierre » en anglais). Et c’est le nom de la famille centrale de la série. Manifest est portée par la famille de la Pierre Philosophale, décriant l’Empire des pierres réelles pour lui voler la vedette.
 

– Dans l’épisode 3, le meurtrier de Kelly Taylor l’a égorgée sans rien voler chez elle : il s’est contenté de lui arracher le collier d’or inca qu’elle portait autour du coup. Plus tard, Michaela finit par remettre la main sur la fameuse chaîne, en arrêtant Christine.
 

 

 

 

– Dans l’épisode 4, une statue de pierre de Central Park apparaît à Saanvi et à Michaela.
 

 

– Dans l’épisode 4, le meilleur ami gay asiatique d’Olive se maquille en or.
 

 

– Toujours dans l’épisode 4, Olive vole du maquillage brillant (un tube de rouge à lèvres) dans une parfumerie appelée Blue Mercury (Le mercure fait partie des ingrédients alchimiques ; et Hermès est le dieu du commerce et des voleurs).
 

 

 

– Dans l’épisode 5, on voit un flash-back nous montrant que Jared a fait sa demande en mariage à Michaela en lui offrant une bague, et qu’il doute qu’elle lui dise « oui » à l’issue du voyage en avion que la jeune femme a entrepris sans lui car elle sort tout juste indemne mais choquée d’un accident de voiture dans lequel elle a tué Evie une de ses meilleures amies : « Je sais que je vais droit dans le mur. C’était beaucoup trop tôt après l’accident. Elle n’est pas prête. Elle va descendre de l’avion. Elle va me rendre la bague… » confesse-t-il à Lourdes. L’avion – nous le verrons à la toute fin de cet article – est la cabine pressurisée de transformation alchimique luciférienne anti-mariage, anti-différence des sexes, et pro-homosexualité.
 

 

 

– Dans l’épisode 5, dans le bureau du directeur du Renseignement, Monsieur Vance, on voit un aigle héliocentrique ainsi qu’un livre sur le sable (Silicon Sat) dans la bibliothèque.
 

 

– Dans l’épisode 5, Ben propose à son fils Caleb de laisser libre cours à leurs envies en mettant en place la théorie top maçonnique de l’ordre par le chaos (ordo ab chaos) reposant sur l’or : « T’as pas l’impression d’être contrôlé ? Et si on se laissait un peu porter par la théorie du chaos ? par l’imprévisible ? » (Ben) « On fait comment ? » (Caleb) « C’est simple. On ne décide de rien. On tire à pile ou face. On s’en remet au hasard. Y’a personne qui commande. Pile : on va au bowling. Et face, on va a Coney Island. On est les maîtres de notre Destin ! ». Père et fils s’ordonnent au retournement d’une pièce de monnaie. En réalité, dans leur bouche, « personne », ou le « hasard », ou bien encore le « Destin », c’est l’or. Les personnages laissent le métal aurique décider à leur place, leur dicter leurs choix… même s’ils prétendent par la suite être libres et n’avoir d’autre maître qu’eux-mêmes : « On a dit qu’on faisait ce que disait la pièce ! » (Caleb).
 

 

 

– Dans l’épisode 5 toujours, Jared montre sa plaque de flic flambant neuve à Lourdes.
 

 

– Comme Manifest est une série vouant un culte à l’or, à l’électricité et au soleil (à tout ce qui brille matériellement, en somme), il était logique qu’elle reprenne dans certains tableaux le spectre coloré des bandes de pouvoir du rite inca (religion héliocentrique par excellence) déclinées par Alberto Villoldo : le blanc (sixième chakra), l’argent (cinquième chakra), le jaune (quatrième chakra), le rouge (deuxième et troisième chakras) et le noir (premier chakra). C’est le cas par exemple dans l’épisode 5 dans la chaufferie où est caché Thomas.
 

 

 

– L’or peut choisir comme support soit la pierre soit le tissu. La Nouvelle Religion mondiale pense ainsi nous statufier comme des momies en satin doré. Dans Manifest, la maman arachnéenne de Michaela, Karen, est experte en broderie : « Tout à l’heure, je suis tombée sur une couverture fabriquée par maman. » (Michaela) « Ah… ces foutues couvertures… Elle n’arrêtait pas d’en faire. Une vraie usine ! Je ne pouvais pas m’asseoir sans retrouver un crochet planté dans mes fesses ! » (Steve, le papa de Michaela, parlant de sa femme décédée, dans l’épisode 5).
 

 

– Dans tous les épisodes, les cheveux de l’héroïne principale, Michaela, sont teints en or. Et elle porte beaucoup de bagouzes aux doigts.
 

 

 

– Un certain nombre de personnages de Manifest se réfèrent à leur carrière (au sens pierreux du terme) et s’en soucient : « Votre carrière est en jeu, Vazquez. On est là pour vous aider. » (un agent de la NSA s’adressant à Jared, dans l’épisode 5) ; « J’ai fait disparaître pas mal de choses dans ma carrière. » (Vance, dans l’épisode 6).
 

– Dans plusieurs scènes de la série, les passagers de l’avion ont des flash, ou bien sont irradiés, comme s’ils vivaient des extases, des expansions de conscience, et sortaient de leur corps. Comme s’ils étaient des êtres de lumière traversés par une décharge électrique. C’est le cas de Ben dans l’épisode 5, par exemple.
 

 

– L’épisode 6 de Manifest s’intitule « La fièvre bulgare » (comme la fièvre de l’or…). Et comme par hasard, on y voit Marco, un Bulgare, qui se retrouve sur une table d’opération, entouré de lumières jaunes, soumis à un programme où il est symboliquement transformé en Frankenstein aurique, dans une ferme gouvernementale (il nous est dit que cette ferme appartenait à une banque jadis, comme par hasard…). Je rappelle à ceux qui l’ignoreraient que la Bulgarie est, selon les historiens, le premier pays au monde où l’extraction d’or a commencé (- 7000 av. J.-C.).
 

 

 

– Toujours dans l’épisode 6, Ben évoque la présence de « détecteurs de plaques » (il se réfère aux plaques minéralogiques).
 

– Encore dans l’épisode 6, on apprend le nom d’une nouvelle passagère de l’avion 828, Lena Rasmussen, une Norvégienne… et là encore, Rasmussen est le nom d’une compagnie métallurgique de Norvège.
 

 

– Dans Manifest, l’or a une place en or ! Je souligne au passage que Len Goldstein est productor executive de la série. Surtout à partir de l’épisode 10, les personnages sont couverts d’or et considérés comme des métaux vivants, notamment à travers la revisite du Saint Graal (calice ayant contenu le Sang de Jésus). D’ailleurs, dans l’épisode 10 intitulé « La Quête du Graal » (titre ô combien franc-maçon !), la scientifique Saanvi dit texto que « Le Saint Graal, ce sont des personnes. ». Les héros sont réduits à des blocs d’or, donc à des talents : « J’ai vu que t’avais du talent. » (Ézékiel s’adressant à Caleb, dans l’épisode 14). Et bien sûr, le saint des saints Graals de la série, c’est le jeune garçon :dans l’épisode 11, le Major définit Caleb comme « le Saint Graal ».
 

 

– Dans l’épisode 8, le sigle de la Taverne « O’Ryans Tavern » met en évidence le préfixe « Or ».
 

 

– Dans l’épisode 11, Caleb réclame à William, le pilote de l’avion, son badge doré avec des ailes. Il finit par le lui offrir.
 

 

– Les personnages de Manifest sont tellement englués d’or qu’ils se noient dedans. Par exemple, dans l’épisode 11, Michaëla déclare qu’elle se sent comme « quelqu’un qui essaie de s’extirper des sables mouvants ».
 

– Dans l’épisode 7, Ben travaille au cabinet d’expertise UDS en tant que comptable : « Je sais comment les retrouver. Par la finance. ». Son collègue Ronnie le surnomme « Big Ben ».
 

– La série réduit les êtres humains à des bâtiments en pierre ou à des pierres : « Il arrive un moment où tu arrives à te reconstruire. Une pierre après l’autre. » (Michaëla s’adressant à Carlos, dans l’épisode 7) ; « La peinture rupestre, elle nous représente toi et moi. » (Michaëla s’adressant à Ézékiel, dans l’épisode 14).
 

 

– Dans l’épisode 12, le jeune Caleb réalise des dessins de rochers.
 

– Beaucoup de personnages de Manifest font référence à leur « carrière » : Ben dans l’épisode 10, William dans l’épisode 11, Jared dans l’épisode 12. Et dans l’épisode 15, on retrouve le personnage de Devon Carrick. Ils sont obnubilés par l’argent, et certains décrivent leur vie comme un plateau de Monopoly : c’est le cas, dans l’épisode 16, de James Griffin, qui, grâce à ses appels intérieurs, compte « devenir un homme riche », et parvient à sortir de prison : « On dirait que j’ai pioché la carte ‘Vous êtes libéré de prison’. » (c.f. épisode 15).
 

– La pierre n’est pas souvent bon signe. Par exemple, dans l’épisode 13, un groupe de fondamentalistes extrémistes considérant les passagers du vol 828 comme de dangereux aliens, lancent une brique de pierre contre la fenêtre de la maison de Ben Stone.
 

– L’expansion de conscience vécue par les passagers de l’avion puis, par extension, tous les revenants, est décrite comme un tremblement de terre ou un éboulement de pierres. Toujours dans l’épisode 13, Ézékiel affirme qu’« Il y a eu comme une avalanche. ». Il aurait vécu l’expérience de la « foudre noire » ou du « tremblement de terre », exactement comme dans l’avion de Michaëla. D’ailleurs, Ben voit une correspondance entre la chute du jeune homme dans la crevasse de sa grotte et l’expérience paranormale de l’avion : « Le vol 828 défie toutes les lois de la physique. Et là, on découvre qu’il s’est passé exactement la même chose dans une grotte bleue. Le même phénomène. Y’a forcément un lien entre les deux. […] Il faut tout analyser, chercher tout ce qu’il peut y avoir comme propriétés communes entre l’avion et la grotte. Dimensions, volumes, je sais pas, le type de métaux présents, les lignes d’énergies… ».
 

 

– Certains protagonistes, suite à une expérience électrique, se pétrifient en statues de pierre. Par exemple, dans l’épisode 13, Chloé, la sœur d’Ézékiel, est morte dans la même montagne que lui en 2006. Et ce dernier culpabilise. Il croit l’avoir tuée, et identifie Chloé aux montagnes (« Ces montagnes ne me rappellent rien d’autre. » dit-il à propos de sa famille), à la grotte dans laquelle elle est tombée. Grâce à Michaëla, il finit par faire son deuil : « Je me remets à aimer ces montagnes. ». Il bâtit même un monument commémoratif bobo appelé « cairn », défini comme « des petits empilements de pierres » : « On en faisait tout le temps avec Chloé. » confesse Ézékiel ; et Chloé envisageait les cairns comme les « tours pour des fées ». Ézékiel prend tellement le totem pierreux pour la réincarnation de sa sœur disparue qu’il lui accroche dans sa partie supérieure le collier serti d’une étoile d’or qui appartenait à Chloé et qu’il portait à son cou depuis sa mort.
 

 

 

 

– Encore dans l’épisode 13, il est question de l’idolâtrie pour les cailloux, donc de l’idolâtrie maçonnique : « On a une passion pour les cailloux ? » (Ézékiel ironique à Michaela qui prend en photo la caverne) « Je prends une photo pour mon frère. » (répond Michaela à propos de Ben) « C’est lui qui adore les cailloux ? » (Ézékiel) « Non. Lui, son truc, c’est les énigmes. Et il se trouve que cette grotte est une des pièces du puzzle. » (Michaela).
 

– Des pierres philosophales se dégageraient une énergie, une lumière aurique électrique. Par exemple, dans l’épisode 13, Ézékiel avoue que Chloé, sa jumelle narcissique, « était brillante ».
 

 

– Il est énormément question d’électricité dans Manifest : on nous parle de « phénomène électrique », de « stimulations électro-corticales », et d’électrocution dans l’épisode 8 (la barmaide de la Taverne « O’Ryans Tavern » est électrocutée). Dans l’épisode 9, c’est le thème des électrochocs et de « l’électro-thérapie ». Dans l’épisode 11, William le pilote pense que le vol 828 a traversé un « orage électrique », et veut savoir s’il peut survivre une seconde fois à « la foudre noire ». Dans l’épisode 14, la jeune Chloé fait griller un cornichon par l’électricité. Et à la toute fin de l’épisode 14, la fourgonnette du convoyeur de fonds James Griffin, immergée dans la baie de New York avec des billets à l’intérieur, appartient à une société d’électricité baptisée « Schnitman Electric ». L’électricité est souvent en lien avec le courant gnostique (gnose signifie « connaissance ») des francs-maçons : notamment dans l’épisode 12, il nous est dit que le Major « est toujours au courant de tout. ».
 

 

 

 

 

– La série Manifest constitue le parfait outil de propagande de la Nouvelle Religion mondiale qui entend remplacer la divinité de Jésus par le dieu « Électricité » et le dieu « Soleil ». Les héros se prennent pour des étoiles, portent des pendentifs étoilés en or (c’est le cas d’Olive dans l’épisode 12, de Chloé dans l’épisode 13, de la médaille solaire de Fiona Clark dans l’épisode 11). Justement, dans l’épisode 13, Michaela demande à Ézékiel « ce que représente pour lui les étoiles » Et ce dernier lui montre l’étoile en pendentif et en or qui appartenait à sa sœur Chloé et qu’elle avait reçue pour ses 8 ans. Dans l’épisode 14, on apprend qu’Olive est reliée à son frère jumeau Caleb par la constellation étoilée des jumeaux : « C’est dans les étoiles qu’il fallait chercher la réponse. » dit-elle. Manifest est la série de l’héliocentrisme luciférien (hélios, en grec, signifie « soleil »). D’ailleurs, dans la chambre de Caleb trône sur le mur un immense poster portant l’inscription « Solar System », à la plus grande gloire du dieu « Soleil ».
 

 

 

 

 
 

ALCHIMIE

En lien (c’est le cas de le dire !) avec l’or, l’alchimie – qui prétend transformer le plomb en or, et plus spirituellement créer l’Amour, l’Humanité, la Divinité et l’immortalité – est très présente dans le discours et les symboles de la série Manifest. L’alchimie, si vous préférez, c’est le labo de création de l’Homme par lui-même et par l’entremise de la chimie spiritualiste.
 

– On trouve des laboratoires dans pas mal d’épisodes : Saanvi, l’une des héros principaux, est chercheuse en neurobiologie, et a créé un modèle de régénération cellulaire. Par ailleurs, les méchants du film établissent un programme transhumaniste de transformation de l’Humain dans des laboratoires planqués dans des fermes.
 

-Dans l’épisode 1, il est question de l’hégémonie des « groupes pharmaceutiques ».
 

– Comme dans tout labo, il y a des espaces hermétiques (l’avion en première ligne) et des tables de travail (les 20 passagers présents sur le tarmac lors de l’explosion de l’engin se retrouvent dans la ligne de mire).
 

– Dans l’épisode 4, Harrington, un collègue policier de Michaela, a une canalisation qui a sauté chez lui, et il a fait venir un plombier.
 

– Dans l’épisode 4, Grace songe à vendre son matériel de cuisine pour subvenir aux besoins de sa famille : « J’ai touché l’argent de l’assurance. 500 000 $. J’ai tout dépensé. ». Ben, son mari, en bon chimiste, lui dit qu’il va « trouver une solution. » C’est son expression-fétiche ! Il la ressort souvent (« Ça y est ! Je crois que j’ai la solution ! », épisode 6). Toujours dans l’épisode 4, le couple Grace/Ben compte beaucoup sur la science pour rallumer la flamme entre eux (Ben parle d’« analyse chimique ») et favoriser une nouvelle alchimie sexuelle : « C’est les maths qui te font craquer ? » (Ben) « Je ne savais pas que les maths étaient aussi sexys… » (Grace).
 

– Encore dans l’épisode 4, Thomas est abrité dans une chaufferie.
 

– Dans l’épisode 6, à propos de tous les passagers, Ben se demande : « Est-ce qu’on a été victimes d’une anomalie de la physique ? Il faut qu’on sache ce qui s’est passé ! ».
 

– L’ensemble du scénario de Manifest reprend les étapes du processus alchimique : réception de l’argent par les passagers, entrée dans l’espace hermétique de l’avion, illumination amnésique, redescente sur terre après 5 ans et demie d’enfermement, réception sur le tarmac, explosion de l’avion, répartition des passagers dans des bus, immersion dans le monde pour certains et transformation/opération de cobayes dans des hangars pour d’autre. Les passagers de l’avion font tous l’objet d’une expérience scientifico-mystique vers une conversion aurique. Dans l’épisode 6, Michaela parle de « leur arrivée au hangar. », et s’étonne que le 5e bus qui devait réceptionner l’ensemble des passagers, avec à bord 11 passagers, ait disparu.
 

 

– En lien avec l’électricité, dans l’épisode 13, lorsque Ézékiel et Michaëla se rencontrent et se serrent dans les bras l’un de l’autre, des éclairs fissurent le ciel. Figuration classique du coup de foudre, en mode pierreux et alchimique.
 

 

 

 

– Justement, l’hermétisme, grande marotte de la Franc-Maçonnerie alchimique, est à nouveau très présent à partir de l’épisode 6 de la saison 1. Il est beaucoup question de sécurité, de protection (parodies de l’Amour vrai), du secret, de transparence et de franchise : « À partir de maintenant, tu me dis tout. » (Grace) « J’te dis tout. » (Ben, dans l’épisode 12) ; « Personne ne doit savoir. » (Grace) « Savoir quoi ? » (Caleb) « Le monde est rempli de gens ignorants. » (Ben, dans l’épisode 13) ; « À partir de maintenant, il n’y aura plus de secret entre toi et moi. On ne se cache plus rien. » (Ben s’adressant à sa fille Olive, dans l’épisode 13 encore) ; « Il faut se protéger les uns les autres. » (Ézékiel s’adressant à Caleb, dans l’épisode 16).
 

– La quête de la solution (algébrique, mathématique ou chimique) est au centre de Manifest : « Vous avez une solution pour sauver mon fils ? » (Ben s’adressant à Vance, dans l’épisode 7). De plus, Ben est mathématicien et comptable (il a un doctorat en maths appliquées) ; sa fille Olive est présentée comme un génie en numérologie ; et Saanvi la laborantine manie également les statistiques.
 

– Les personnages de Manifest, pour mener à bien leur processus de création, ont besoin d’une table de travail : « On va trouver un sol. » (Jared s’adressant à Michaela, dans l’épisode 11). Leur labo s’appelle notamment « la salle blanche » (c.f. épisode 8). Ils font passer les matériaux par plein d’états différents (la fusion, les « refroidissements » dans l’épisode 8). On apprend que le premier centre d’expérimentation de transmutation des passagers du vol 828 se situe dans l’usine chimique de Red Hook. À propos de la fusion, dans cette même usine, dans l’épisode 9, les personnages suivent des couloirs et des tunnels qu’ils comparent à « des anciennes caves à charbon ». Et dans l’épisode 15, James Griffin annonce un attentat à la bombe cramant femmes et enfants en plein cœur de Manhattan : « Y’a une explosion ! Tout brûle ! »
 
 

MARQUE DE LA BÊTE DIABOLIQUE

Manifest est vraiment la série de l’or alchimique franc-maçon et de la Marque de la Bête apocalyptique. Rien que le choix et la typologie du titre le démontrent : le « MANI » (main) en gras et « fest » (fête) en caractères normaux indiquent l’idolâtrie de la main. Les deux mains se joignant, en plus d’être un symbole maçonnique rebattu, illustre souvent la « confiance en l’autre », donc un pacte satanique. On peut observer la puce électronique subcutanée, ou du moins une marque lumineuse sur la main ou sur le front, à plusieurs reprises, inscrite sur les protagonistes. Par exemple, dans l’épisode 5, Caleb porte une lumière au front. Dans l’épisode 6, les cobayes de l’hôpital de campagne ont tous des patch et des électrodes collés à leurs tempes. Et toujours comme un marquage de possession satanique.
 

 

– Dans l’épisode 3, Olive, la sœur jumelle de Caleb, dit qu’elle « a le même marqueur que son frère » (Olive).
 

– Chaque personnage est suspendu à la Bête technologique, c’est-à-dire à son portable. Il s’identifie même à un numéro : « Je n’ai même plus un numéro de téléphone à mon nom ! » s’enquiert Michaela, dans l’épisode 1.
 

– Dans l’épisode 4, Saanvi puis Michaela voient une statue maléfique, l’Ange de Central Park qui surplombe la fontaine de Bethesda, laisser sur son passage des « empreintes mouillées » sur le sol, et donner d’apparents mauvais conseils. Les manifestations d’ordre diabolique et angélico-bestial (n’oublions pas que Lucifer est un ange) ne manquent pas dans Manifest !
 

 

– Le chiffre 6 (composant le fameux 666, la Marque de la Bête) revient assez souvent : « Tu t’es arrangé pour qu’on soit seuls dans une voiture pendant 6 longues heures ?!? » (Michael s’adressant à Jared, dans l’épisode 4) ; « C’est la 6e table ronde qu’on organise. Pourquoi ce serait différent des 5 autres ? » (Tim Powell, dans l’épisode 6).
 

– Dans l’épisode 1, il est question d’un esprit malveillant : « Est-ce que t’as pas l’impression que ton esprit te joue des tours ? » (Michaela s’adressant à Ben).
 

– Le titre de la série (« Manifest ») renvoie à l’Apocalypse : le terme « Apocalypse », loin d’être synonyme « Fin du Monde », signifie « Révélation » et « Manifestation ». Donc, oui, il s’agit bien d’un téléfilm apocalyptique.
 

– Dès le premier épisode, l’ordre de la Voix Intérieure qu’entendent Michaela et son frère Ben dans leur tête est de précisément « libérer la Bête », c’est-à-dire de lâcher deux chiens dangereux enfermés dans un enclos : « Libère-les ! Libère-les ! ».
 

 

– Le petit Caleb ne se sépare pas de son doudou, Arthur le Dragon, qui est la Bête. Et quand, dans l’épisode 6, il est possédé par l’âme d’un homme bulgare dont il ressent toutes les sensations et souffrances fiévreuses à distance, il serre fort contre lui sa bestiole. Il est pris de convulsions et parle une langue étrangère qu’il ne connaît pas… exactement comme les réels possédés.
 

 

– L’avion est comme sous l’emprise d’une présence diabolique qui le hante : il est baptisé « l’avion maudit » (c.f. épisode 5).
 

– Certains lieux de la série, telle que la ferme gouvernementale, apparaît comme l’antre des enfers : « Pas l’entrée rouge !! » crie Caleb en songe, dans l’épisode 6.
 

– On observe des pratiques qui ont trait à l’occultisme. Par exemple, dans l’épisode 8, la famille Stone joue au Scrabble, à l’instar du Ouija.
 

 
 

– Le diable est très présent à partir de l’épisode 6 de la saison 1 de Manifest. Dans l’épisode 7, on a droit à l’histoire de l’Ange de la Mort. Et dans l’épisode 8, dans la chambre d’Harvey, est écrit en rouge en graffiti : « Je suis l’ange de la mort ». Donc ce passager s’est pris pour le diable.
 

Belle étoile hexagonale satanique


 

– La Bête de l’Apocalypse apparaît concrètement en vision à différents personnages : Ézékiel, Caleb, Michaëla. Elle se jette sur eux. Caleb annonce son règne prochain (en parlant du loup) : « Il sera bientôt là. » (c.f. épisode 14). Il n’est pas le seul. Saanvi fait de même : « Quelque chose me dit que ce qu’on va découvrir sera abominable. » (c.f. épisode 15). Et dans l’épisode 15, Michaëla voit la Bête au beau milieu de la foule de Manhattan.
 

 

 

– En plus d’être un animal visible, la Bête est la voix intérieure que les héros entendent : « Mon loup, l’appel que j’ai eu » (Ézékiel, dans l’épisode 14). Et ceci est corroboré par la mention récurrente de « l’instinct » ou de « l’intuition », communément attribués aux animaux. Les personnages se prennent pour la Bête : « C’était comme si mon instinct me disait que vous pouviez m’aider. » (Autumn Cox s’adressant à Ben, dans l’épisode 9) ; « C’est une sorte d’instinct chez lui. Comme si il suivait une piste. » (Ben par rapport à son fils Caleb, 10 ans, dans l’épisode 12).
 

– Les appels intérieurs que les héros entendent depuis leur voyage en avion fonctionnent comme des alarmes ou des sonneries sonnant le glas pour eux s’ils ne leur obéissent pas. En général, ils sont malfaisants et traduisent la présence d’un être maléfique qui fait tomber sur les personnages un châtiment : « J’ai peur. Je le sens toujours à l’intérieur. » (Caleb, dans l’épisode 7) ; « Et si on se faisait punir ? » (Michaela s’adressant à Ben, dans l’épisode 7) ; « Et si on se faisait punir ? » (Michaela, dans l’épisode 8) ; « Il faut que tu obéisses à l’appel. » (Saanvi s’adressant à Michaëla, dans l’épisode 10) ; etc. Au fond, la seconde chance qui leur est accordée est une sorte de sas-purgatoire mais vers l’enfer.
 

– Les appels sont considérés par les protagonistes comme une sorte de divinité : « Les appels sont censés nous amener à un but supérieur. » (Michaela, dans l’épisode 15). Mais ils sont une force de mort autant que de vie, donc une énergie à double tranchant. Par exemple, dans l’épisode 9, les gens au courant des appels meurent les uns après les autres. Dans l’épisode 16, Saanvi ne croit pas « au côté bienveillant des appels ». Les appels sont certes des missives divines, mais injonctives et impitoyables. Malheur à celui qui ne s’y soumet pas, qui ne décroche pas son portable intérieur, ou qui se déconnecte et les détourne ! « Il a trahi les appels intérieurs. » (Michaela par rapport à James Griffin, dans l’épisode 16) ; « Les appels ont un caractère urgent. » (Ben, dans l’épisode 15) ; « Chaque appel est vital. Il doit être systématiquement suivi à la lettre. » (Michaela, idem) ; « Il faut suivre scrupuleusement les appels » (Ben, idem). « Une fois que ça commence, ça ne vous lâche plus. » (Michaela parlant des appels intérieurs, idem).
 

– Tous les passagers du vol 828 sont rentrés finalement dans la Bête. Dans l’épisode 11, William Daly, le pilote de l’avion, se rappelle du trou noir diabolique à l’intérieur duquel ils ont pénétrés : « Oui. Il était même monstrueux. Il a surgi comme ça de nulle part. » dit-il à propos de l’orage. Et depuis cette possession collective, il ne leur arrive que des ennuis. Certains portent des noms de démons (par exemple Saanvi Bahl) ; d’autres sont suicidaires (par exemple, Harvey Stein dans l’épisode 8) ; ils déclenchent autour d’eux des réactions démoniaques (Adrian créant sa secte, Alice braquant Saanvi dans l’épisode 14, Jared perdant la tête et piquant une crise de jalousie/paranoïa à l’égard d’Ézékiel dans l’épisode 16, etc.).
 

 

– L’arrivée de la Bête officielle coïncide avec l’apparition du personnage roux de James Griffin, le braqueur homicide (… qui électrocute ses victimes). Des bruitages de grognements canins l’entourent dans l’épisode 16. Et déjà, dans l’épisode 15, intitulé « Le Grand Méchant Loup », la venue de la Bête humaine était annoncée. James Griffin est littéralement diabolisé. C’est lui la Bête. Il est dessiné comme un loup sautant à la gorge de Michaëla par Caleb. Il est totalement déshumanisé et monstruosifié par les héros : « Il n’a aucune corde sensible. » déclare Saanvi à son propos, dans l’épisode 16. On le destine à l’enfer, et ce, définitivement : « Oui, le loup c’était ça. Griffin. Un prédateur sera toujours un prédateur. » (Ben) « Mais comment un homme comme lui a pu être choisi pour ressentir un appel ? un homme qui est définitivement perdu ? » (Grace, dans l’épisode 15). Il finit par mourir comme une personne possédée par le diable : il vomit toute l’eau qu’il a ingérée pendant sa noyade. « Griffin nous a fait un numéro digne de la gamine de l’Exorciste. » ironise Jensen dans l’épisode 16. Michaëla parle du pacte satanique qu’il a signé avec Satan : « Vous avez passé un accord qui a foutu votre vie en l’air. Et là, vous vous apprêtez à recommencer ! ». À l’instar de Griffin, tout personnage – remis sur le « circuit » de la vie après son expérience de mort imminente – qui ne répond pas à l’injonction des appels est considéré comme totalement damné. Celui qui joue avec ces derniers et s’en sert à des fins personnelles est abaissé au rang de pire des criminels, au statut de Bête. Dans Manifest, c’est l’injonction (bestiale !) à la solidarité et au Salut des autres par soi-même.
 

 

 

– Les personnages de Manifest reçoivent concrètement la Marque de la Bête de l’Apocalypse, soit sur la main, soit sur le front. Je pense à l’éraflure de Saanvi sur la tempe (c.f. épisode 14), à la cicatrice que porte Caleb sur la main (on apprend dans l’épisode 13 qu’il se l’était faite en passant la main à travers une grille de fer pour récupérer une de ses petites voitures). Tous les passagers-revenants portent le même « marqueur sanguin » : c’est leur marque de fabrique (c’est le cas de le dire). Dans l’épisode 15, Saanvi, concernant Ézékiel, cherche à « voir si le sang contient le même marqueur que le nôtre ». Elle aboutit au même constat avec James : « Lui aussi, il a le même marqueur. Il est comme nous. Il est comme Ézékiel. ». Dans l’épisode 16, c’est au tour du Docteur Troy Davis de parler du « marqueur sanguin ». Et Saanvi s’enquiert de savoir si (je cite) « quelqu’un a découvert le marqueur sanguin. ».
 

 

 

– C’est une obligation pour les héros de la série d’être tracés et munis de la puce électronique, visiblement : « Ici, tu vas nulle part si t’as pas ton badge. » (Ronnie, le collègue d’UDS de Ben, dans l’épisode 7) ; « Ne ratez pas le chapitre VI : le Saint Graal à portée de main. » (Aaron, dans l’épisode 10) ; « Faut que je t’achète un téléphone portable. » (Michaela s’adressant à Ézékiel, dans l’épisode 16).
 

– Les passagers de l’avion sont aussi stigmatisés par la population civile sous forme de marque. Le « X » rouge, écrit à la bombe de peinture sur leur porte de maison, est la manière de marquer les « aliens », comme on le voit dans l’épisode 13.
 

– La Marque de la Bête est le 666. Et ce dernier apparaît souvent dans Manifest : deux fois 333 sur l’ascenseur des immeubles des bureaux d’UDS dans l’épisode 8, les petites bouteilles de l’épicerie marquées 666 face à Ézékiel dans l’épisode 16, les « 6 tentatives ! » de William dans l’épisode 11, les 3 tombes dessinées par Caleb dans l’épisode 16 représentant trois fois la date du 2 juin 2024 (déjà, dans l’épisode 11, le pilote William Daly avait fixé la date de l’Apocalypse des passagers à 2024 : « Rendez-vous en 2024 ! »… et 2024 est désignée par Olive comme l’année du dragon de bois dans la zodiaque chinois, dans l’épisode 16). Et comme je vous l’ai expliqué plus haut, Manifest est une série apocalyptique. Donc il est logique qu’elle fasse référence aux Fins dernières : « Je te propose de rester allongés jusqu’à la Fin des temps sur cette plage. » (Grace s’adressant à son mari Ben, dans l’épisode 16).
 

 

 

 

 
 

NOUVELLE RELIGION MONDIALE

Même s’il est très peu fait référence à Dieu (dans l’épisode 1, Michaela se rend dans une église et fait mine de feuilleter la Bible… mais elle est peu convaincue par sa lecture puis par le prêtre), une autre spiritualité prend la place : celle du dieu « Énergie », voire cosmique et extraterrestre.
 

 

 

– Par exemple, dans l’épisode 2, les scientifiques pensent que la disparition de l’avion est due à « un trou de verre ou une rencontre extraterrestre ».
 

– En fait, les passagers de l’avion semblent avoir été victimes d’un égrégore alchimique collectif luciférien, autrement dit, d’un possession envoûtement bestial prenant la forme d’une fièvre/amnésie/appel intérieur auriques. Par exemple, ils entendent des voix intérieures injonctives, des locutions, des prémonitions et des hallucinations qui ont l’air malveillantes et qu’ils doivent décrypter comme des énigmes, sans quoi ils frôlent ou génèrent des catastrophes.
 

– Dans l’épisode 1, il est question d’une force qui s’est emparée de tous les passagers : « Aucun d’entre nous ne savait quelle force nous avait réunis. » (Michaela, l’héroïne principale). Rebelote dans l’épisode 5 : « Je sais que pour toi, on est tous liés les uns aux autres par une grande force mystérieuse. » (Ben s’adressant à Michaela).
 

 

Les personnages de Manifest ressemblent aux adeptes d’une secte qui n’en porte pas le nom : « Ça a marché. On a obéi à l’Appel Intérieur. » (Michaela s’adressant à Ben, dans l’épisode 4) ; « Je suis le mouvement. » (Michaela, dans l’épisode 6).
 

 

– Les protagonistes n’ont que mépris pour l’Église Catholique et pour Dieu : « Je ne suis pas sûr que Dieu ait un rôle à jouer dans tout ça. » (Ben, dans l’épisode 2). En revanche, ça ne les empêche pas de se prendre pour Dieu et d’adopter un déisme panthéiste illuminé d’inspiration vaguement juive. Ils parlent de « miracles », de « mission ». Ils reçoivent des confirmations de leur élection par des guides, des illuminés (la passante évangéliste qui prend à parti Caleb en plein New York pour lui hurler « Il est ressuscité !!! » dans les oreilles, sans jamais nommer Jésus, dans l’épisode 2 ; l’Amicale de la chandelle dans l’épisode 3), ou par des apparitions effrayantes : « Tu fais partie des élus. » (Isaïa s’adressant à Michaela, dans l’épisode 3). Caleb (nom hébraïque) est l’enfant placé au centre de l’intrigue de Manifest : c’est lui le premier illuminati puisque dans l’épisode 6, il est le seul à voir la Lumière à l’extérieur de l’avion face-à-face.
 

 

 

 

– La spiritualité, ou plutôt le spiritisme, occupe une grande place dans cette série pragmatique. Par exemple, dans l’épisode 3, la thèse de la NDE (Expérience de mort imminente) est abordée. Dans l’épisode 4, le meilleur pote d’Olive, gay, parle de « l’avion magique ».
 

– Le titre de l’épisode 5 est « Tout est relié. ». Et effectivement, les membres de l’avion fusionnent, en corps et en esprit. Ils sont reliés ; comme des alliages alchimiques, comme des reliures (au sens de papier ou d’enluminures auriques). À la fin de cet épisode, on voit justement le jeune Caleb face à une immense lumière qui ne l’éblouit pas et qu’il regarde à travers le hublot de l’avion, en disant : « Oui, tout est relié. » Tout au long des épisodes, les héros sont immergés dans un bain de lumière électrique et aurique. C’est l’or fluidique du monisme (le monisme est la Nouvelle Religion mondiale, qui pourrait se résumer à cette maxime : « Le Tout dans l’Un, et l’Un dans le Tout. »). L’une de ses marottes est l’intuition et la communion gémellaire. D’ailleurs, dans Manifest, Olive et Caleb sont jumeaux. Et ils se comprennent et se sentent comme s’ils ne formaient qu’une seule entité. Olive parle d’ailleurs du « pacte des jumeaux » (comme les pactes diaboliques). L’autre grand concept du Gouvernement Mondial moniste, c’est bien évidemment l’Unité. Et les passagers du vol 868 sont précisément pris en charge par un organisme qui s’appelle « Unified Dynamic Systems ».
 

Manifest voue un culte à la Religion mondiale luciférienne, c’est-à-dire celle qui est centrée sur la lumière énergétique, électrique et solaire. D’ailleurs, l’une des publicités TF1 la sponsorisant est la marque Essilor Transitions : « La lumière sous contrôle. ». Comme par hasard…
 

– Certains passagers du vol 828 montent des sectes en se faisant passer pour des anges ressuscités. C’est le cas d’Adrian dans l’épisode 14 : « Bénis soient ceux qui sont restés car ils seront amenés vers la Lumière. […] On est des saints. […] Béni soit le vol 828, le Vaisseau du Grand Miracle. ». Ils flirtent avec l’hindouisme et le bouddhisme New Age. Par exemple, dans l’épisode 12, Ézéchiel parle d’une « sorte de mantra qu’on se répète ». Dans l’épisode 16, James Griffin pense qu’il va « choper un mauvais karma ».
 

– Dans Manifest, on retrouve des traces d’un judaïsme mal compris (c.f. épisode 13) ou alors un mimétisme agnostique de l’Église Catholique, mais bien sûr sans Jésus : je vous renvoie au titre de l’épisode 13 « Faire une Croix ». Je vous renvoie également au nom de famille de Paul dans l’épisode 10 : Santino (« petit saint » en espagnol). Michaëla, l’héroïne principale, porte le nom d’un ange biblique (l’Archange Saint Michel). Et Ézékiel, quant à lui, est le nom d’un prophète de l’Ancien Testament. Concrètement, il se prend pour un ange de l’Apocalypse : « Si je suis revenu, c’est sûrement pour accomplir quelque chose. Mais je ne sais pas encore ce que c’est. » (c.f. épisode 15). Dans l’épisode 11, Caleb a un « don » et est l’incarnation d’un Messie non-agréé (dans l’épisode 16, Ézékiel lui dit « Tu m’as sauvé. »). Dans l’épisode 15, Ben affirme « obéir à la volonté d’une puissance bienveillante ». Dans l’épisode 16, lors d’une manifestation de rue, une personne soutenant les passagers du vol 828 tient une pancarte où est inscrit : « Croyez aux anges. ». Les personnages ont également tous des visions prophétiques. Par exemple, Ben voit un paon, messager et symbole d’immortalité, dans l’épisode 13. Dans l’épisode 11, William, le pilote de l’avion, déclare qu’« on vient de lui couper les ailes. ».
 

 

– Beaucoup de personnages de la série ont tout des illuminati francs-maçons. Ils évoquent les fameuses « idées claires » de Descartes, fondement de la gnose luciférienne contemporaine : « Harvey n’avait plus les idées claires. » (Michaela, dans l’épisode 8) ; « Je suis passé d’entrepreneur de génie à chômeur de génie. » (Adrian, dans l’épisode 10) ; « Y’a que vous qui pouvez m’aider à y voir clair. » (Ben s’adressant à William, dans l’épisode 11) ; « C’est une intuition. » (Ben, dans l’épisode 14). Dans l’épisode 9, alors que les troupes de Fiona sont perdues dans l’obscurité des catacombes de l’usine chimique, Ben est le seul à voir le chemin lumineux tracé au sol : « Il faut suivre le chemin lumineux. Vous ne voyez pas les lumières ? ».
 

 

– La Nouvelle Religion mondiale se veut cosmique, panthéiste, et voue un culte à « l’Univers ». Ce dernier est le Grand Architecte, celui qui tisse sa toile : « Qu’est-ce qui nous dit que c’est pas l’Univers qui tire les ficelles ? » (Michaela, dans l’épisode 7) ; « On ne sait pas encore qui tire les ficelles. » (Ben, dans l’épisode 10).
 

 

– Il est aussi question d’une énergie qui guide secrètement les élus du vol 828 : « On écoute une Force invisible depuis notre retour. » (Michaela) « On n’a aucun contrôle sur cette Force. » (Ben, dans l’épisode 9). Dans l’épisode 12, Ben décrit « l’appel de Caleb et la Force derrière tout ça ». La Force dont il est tant fait cas a un champ d’action extensible. Comme l’explique Michaëla dans l’épisode 16, « ça ne concerne pas seulement les passagers. En tout cas, plus maintenant. » (Michaela). Les personnages de Manifest s’échangent des fluides énergétiques à travers lesquels ils communieraient et rentreraient en fusion alchimique les uns avec les autres : « C’est comme si vous me transmettiez votre Force. Comme si vous vouliez que je survive. » (Ézéchiel s’adressant à Michaëla à propos de la photo de cette dernière qu’il a vu dans un journal, dans l’épisode 12). Dans l’épisode 7, Fiona Clark pense que les êtres humains peuvent se connecter neuronalement les uns aux autres, grâce aux neurones-miroirs (le titre de sa conférence – « Singularity Project » – renvoie exactement au jargon de la puce électronique et de l’Intelligence Artificielle, d’ailleurs : la singularité désigne ce moment où la Bête technologique surpassera son créateur humain). Dans l’épisode 11, William, le pilote, croit en la « communion avec les esprits ».
 

 

– Le mythe de la fusion énergétique et cosmique entre les Humains est alimenté dans Manifest par la sacralisation de l’inceste (en particulier entre frère et sœur, ou entre jumeaux, ou entre mère et fils). Par exemple, bon nombre de personnages de la série ont un lien cérébral/de conscience avec leur frère ou leur jumeau : c’est le cas d’Olive et Caleb (connectés mystérieusement pas la constellation des jumeaux) ; le cas aussi d’Ézékiel et sa sœur Chloé (« C’est vrai. Je l’adorais. Mais elle est morte. » dit Ézékiel dans l’épisode 13 ; avant la mort de cette dernière, il lui a demandé d’« arrêter de le coller. »… et c’est cette demande de séparation des jumeaux siamois qui a créé le décès de Chloé) ; c’est le cas encore entre Grace et son fils Caleb (« Je sais tout de toi. Les mamans sentent ces choses. Je lis dans ton cœur. », c.f. épisode 13).
 

 

 
 

FRANC-MAÇONNERIE

Pour ceux qui parmi vous s’y connaissent un peu en concepts maçonniques, vous verrez que la série Manifest regorge de références à la Franc-Maçonnerie (donc les 3 champs lexicaux sont la lumière, l’architecture et l’Humanisme intégral).
 

– On retrouve par exemple la croyance en la possibilité de l’impossibilité, appelée grossièrement « miracle » : « On peut rayer ‘Impossible’ de notre vocabulaire. » (une femme flic face au retour inattendu de l’avion disparu, dans l’épisode 1).
 

– On a aussi la croyance maçonnique en l’ordre par le chaos (ordo ab chaos), qui est un fac-simile de la théorie du « bien par le mal », ou encore du machiavélisme du genre « la fin justifie les moyens » : « Tout contribue au bien. » (Karen Stone, dans l’épisode 1) ; « On va arranger ça. » (Ben, dans l’épisode 1) ; « Tous nos plans ont changé quand l’appareil a été déroutés. » (Bethany, dans l’épisode 4) ; « Tout contribue au bien. » (Karen, mère de Michaela, dans les épisodes 1 et 5). Par exemple, dans l’épisode 5, Thomas propose au jeune Caleb de jouer aux échecs (… sur un beau Pavé Mosaïque !).
 

 

 

– La Franc-Maçonnerie est contre la différence des sexes (donc anti-sexuation biologique et anti-mariage homme/femme) et contre la différence Créateur/créatures (donc Jésus et l’Église Catholique). Rien d’étonnant, donc, qu’une série comme Manifest, qui déroule tous les poncifs alchimiques et francs-maçons de l’Humanisme intégral et de « l’Amour inconditionnel » (« Il ne faut jamais se sentir coupable d’aimer. C’est une bénédiction. » déclare la mère de Michaela dans l’épisode 5), s’attaque au mariage et défende la pratique homosexuelle. Tous les couples homme/femme mariés de la série sont en sursis ou pètent à cause de l’ellipse temporelle des 5 ans et demie de vol en avion. Les hommes sont présentés comme des cons infidèles et volages : « C’est quoi, tous ces mecs ? Ils ne peuvent pas attendre 5 ans sans sauter sur tout ce qui bouge ? » (Ana Ross, dans l’épisode 6). Et les personnages homosexuels sont forcément les gentils et les victimes : Thomas est enfermé en hôpital psychiatrique et a souffert le martyre en Jamaïque (son voyage en avion l’empêchera de revoir son boyfriend Léo) ; Olive a pour ami gay un Asiatique qui a l’air d’être aux petits soins avec elle ; Bethany, l’hôtesse de l’air, prend la défense de son neveu Léo ainsi que du compagnon de ce dernier, Thomas, et elle est elle-même « mariée » à une femme, Georgia, qui est la gentille de la série.
 

 

– La série Manifest fait la part belle à la franchise : « On aurait dû être francs avec elle dès le départ. » (Jared s’adressant à Michaela, dans l’épisode 14). Et comme je le dis souvent, « Quand c’est franc, c’est franc-mac’ ! ».
 

– Comme dans les loges maçonniques, les personnages de Manifest s’interpellent en s’appelant « frères » ou « sœurs » : par exemple, dans l’épisode 14, Adrian surnomme Ben « frère Ben », et Alice l’appelle « frère Adrian ».
 

 

– Le lexique de l’architecture et du projet civilisationnel/urbain est omniprésent. Par exemple, dans l’épisode 8, Ben travaille au service des « acquisitions de biens immobiliers » dans une boîte de Manhattan. Le Major, quant à elle, regarde depuis son Roof-top la ville de New York qu’elle souhaite conquérir : « Vous serez aux premières loges pour savoir tout ce qui se passe en ville. » lui promet un de ses hommes de main, dans l’épisode 12. Et pour ce qui est d’Ézékiel, il porte comme nom de famille la célèbre ville de Londres : il se prénomme Ézékiel James London.
 

– La Franc-Maçonnerie repose entièrement sur le symbolisme, et aime, par ce dernier, élaborer des plans, des planches : « J’ai un plan. » (Ben, dans l’épisode 7) ; « On peut parler de ton super plan. » (Michaëla, idem) ; « Tout ce qui est symbolisme ancien, c’est pile ma came. » (Olive, dans l’épisode 13). Ce sont surtout les « dessins prophétiques » du petit Caleb sur lesquels se concentrent les intrigues. « On dirait qu’il nous a laissé un plan. » dit Ben en décryptant une des œuvres de son fils, dans l’épisode 12. Le garçonnet fait des dessins d’événements qui se sont produits ou qui vont se produire. En général, il s’agit d’événements tragiques. C’est pourquoi Caleb a peur de son crayon et a un rapport superstitieux à ses propres croquis : il croit qu’il crée ce qu’il dessine (comme les personnes psychotiques, en fait, qui pensent que le mot « chien » peut mordre) : « J’peux pas ! Si je dessine le loup, il deviendra réel ! » (Caleb, dans l’épisode 14).
 

– Parmi les figures gnostiques les plus appréciées des initiés francs-maçons (car elles symbolisent la perfection), on retrouve le triangle. Et il est très présent dans Manifest. Par exemple, dans l’épisode 8, Fiona Clark « souhaiterait effectuer une triangulation ». Dans l’épisode 11, Harris, l’agent de contrôle aéronautique, a « fait une blague sur le triangle des Bermudes » à Ben.
 

– Autre accessoire très important dans les loges maçonniques : les gants blancs. Et dans la série, certains personnages portent des noms de famille gantés. C’est le cas d’Aaron Glover, le journaliste de l’épisode 10.
 

– Enfin, comme je le signalais un peu plus haut, les deux ennemis principaux de la Franc-Maçonnerie sont la différence des sexes (la sexualité, le mariage) et la différence Créateur-créatures (Jésus, l’Église Catholique). Et comme par hasard, les personnages de Manifest évoquent ou provoquent la destruction de la famille, mais également du Gouvernement et de l’Église. Par exemple, Michaëla couche avec Jared, homme marié, dans l’épisode 7, même si au départ elle joue la vierge effarouchée : « Vous avez un enfants avec Lourdes. C’est dans l’ordre des choses. J’ai pas l’intention de m’y opposer. […] Je produis le même effet qu’une bombe et je ne veux pas détruire ce que tu as construit. » (Michaela). Jared a décidé d’assumer tout de suite leur adultère : « Ce qui est arrivé, c’est une bonne chose. Et tu le sais. » dit-il dans l’épisode 11. Toujours dans ce même épisode, William, le pilote de l’avion déclare : « J’ai tout perdu. Mon travail, mon honneur, ma famille. ». Dans l’épisode 10, Paul Santino, l’un des passagers, qui battait sa femme Helen avant le voyage, découvre à son retour qu’elle l’a quitté : « Comment on peut oublier sa propre femme ? J’veux qu’on me rende ma vie ! ». Michaëla se réjouit de cette rupture : « Je suis trop contente que vous soyez seul ! » Encore dans l’épisode 11, le couple Ben/Grace est en crise, malgré la réunification fulgurante. Il lui faudra du temps pour se reconstruire… d’autant plus qu’à la fin de l’épisode 16, on devine que Grace est enceinte de Dany, son ex. Ce même Dany impute à Ben la dissolution de la famille : « C’est à cause de vous que la famille a pété les plombs ! » (c.f. épisode 10). Encore une bombe… Dans l’épisode 13, Ézékiel se sent responsable de la disparition de sa famille : « À cause de moi, ma famille a été démolie. » Et dans l’épisode 16, il en remet une couche : « Certaines familles ne sont pas faites pour être unies. ». Quant au diabolique James Griffin, il ajoute sa patte ou sa griffe dans l’épisode 15 en soutenant cyniquement qu’« il y a toutes sortes de familles ».
 

– À noter que ce sont toujours les moches, les personnes âgées ou les pères qui meurent et disparaissent en premier dans Manifest. Discrimination par le physique, l’âge et le sexe.
 

– En ce qui concerne, pour terminer, les attaques contre les pères symboliques, nationaux ou spirituels, dans Manifest, le Gouvernement est clairement désigné comme le menteur et le manipulateur de population civile, dans l’épisode 11. Et bien évidemment, les grands méchants (Jensen, le Major, etc.) sont blonds, blancs, et ont des look de Nazis ou d’espions russes. Dans la série, Ben apparaît comme le cartésien et le bouffeur de curés… même si sa sœur Michaëla ne manque pas de lui rappeler les paradoxes de son anticléricalisme : « Pour un athée, t’as des sacrés souvenirs de la Bible… » (c.f. épisode 14).
 
 

Voilà. Vous l’aurez compris : avec la série Manifest, eh bien manifestement, bienvenue en Franc-Maçonnerie !

Dernière ligne droite pour Joséphine + rencontre avec un adorateur de Lucifer


 

Bonne nouvelle. Si tout va bien, je finis aujourd’hui la phase de rédaction de mon livre sur Joséphine ange gardien. Ça veut dire que j’ai tout le mois de mars pour ranger tous les paragraphes rédigés dans le bon ordre dans mon plan, les relier logiquement entre eux. Et après, il restera la relecture. Puis viendra la recherche d’une maison d’édition (pas catho, car les maisons d’édition actuelles qui se disent « cathos » ne le sont pas/plus). Je suis en tout cas d’ores et déjà super content du résultat qu’est mon écrit. Je ne pouvais pas faire mieux pour expliquer de manière simple et populaire la Franc-Maçonnerie. C’est un peu La Franc-Maçonnerie pour les nuls ^^.
 

Par ailleurs, rien à voir (quoique…) mais hier soir, j’ai encore eu, sans le vouloir, une rencontre impromptue (et carrément glaçante par certains aspects) avec un adorateur de Lucifer. Sur Messenger. C’est un gars homo de mon âge, séducteur intransigeant et impitoyable, très propre sur lui et dandy parfumé, hyper drôle, archi cynique aussi, un esprit brillant, qui met l’intelligence à la place de l’Amour. De son propre aveu, il m’a dit qu’il s’aimait lui-même mais « n’aimait pas les autres ». C’est un misanthrope n’ayant que mépris pour les Hommes (qu’il qualifie souvent de « bêtes ») et pour l’Église-Institution Catholique (il se dit contre « les intermédiaires » entre lui et la divinité ; Sodoma est son livre de chevet). Et à un moment, il m’a carrément sorti sa déclaration « ironique » d’attachement et d’empathie à Lucifer qu’il prend en pitié et fait passer pour la victime (jusque-boutiste et héroïque) de Dieu. Je le cite (morceaux choisis) :
 

« Eh ben moi Lucifer je le comprends. Trahi par des proches… Déchu… Et putain comment il sait s’amuser ! Et c’est à lui que l’on demande de faire les basses tâches que les autres refusent. C’est lui qui se salit les mains. Mais sur ceux qui le méritent. Je ne veux pas suivre Lucifer. Je veux être Lucifer. Je n’ai pas dit le diable ou un autre nom satanique. J’ai bien dit Lucifer. Le porteur de lumière. Le trahi. Le déchu. Je suis CONTRADICTION. »
 

Voilà voilà. Autant vous dire que celui-là je ne vais pas le lâcher fraternellement ! D’une part parce qu’il se hait/s’adore lui-même (donc son âme est en grand danger), d’autre part parce qu’il me fait rire et me touche par sa sincérité, transparence et sensibilité. Il m’a dit sérieusement qu’il attendait d’être vraiment catéchisé car en réalité il n’y connaît rien à Jésus ni à la démonologie, et qu’il était ravi/intrigué d’apprendre qu’il était (en pensées et en discours) « protestant et luciférien » à son insu ! Ça promet ! ^^

Ma rencontre impromptue avec un envoyé du diable (?), hier, le soir de la saint Valentin


 

Vous me croyez si vous voulez. Et tant pis si le titre que j’ai mis sonne grandiloquent et sensationnaliste. Mais hier soir, en plein jour de saint Valentin, le diable est venu me rendre visite, à travers un jeune trentenaire, d’une grande beauté, roux, cheveux en bataille, barbu, d’une extrême sensibilité et fougueuse générosité, au regard souvent fuyant (car je l’ai vu en vrai sur écran), au pseudonyme étrange (je ne vous le donnerai pas tel quel mais je peux juste vous donner une traduction approximative : « Esprit du Mensonge »), à l’adresse mail bestiale – « L’Animal » – (vrai de vrai : je n’invente rien ; et en plus je ne diabolise/bestialise absolument pas le bonhomme en tant que tel… car d’une part il le fait bien assez par lui-même, visiblement, et d’autre part, parce que le vrai diable n’est pas humain).
 

Il a déboulé dans la soirée sans crier gare. Pile au moment où je naviguais en eaux troubles sentimentalement et éclésialement parlant. Un peu avant la diffusion de l’émission du Palmashow sur TF1. C’est allé super vite. Après une rapide prise de contact par mails, on a eu une discussion vidéo en « face time » de deux heures et d’une grande intensité amoureuse. Il m’a dit que je lui plaisais sur tous les plans (en particulier physique, mais aussi intellectuel), qu’il monterait dès qu’il pourrait à Paris pour me rencontrer (il a même parlé de ce week-end ou du début de semaine), m’a conté fleurette mais avec art, délicatesse, subtile flatterie et grande brillance intellectuelle… jusqu’au moment où – et là je n’ai rien compris de son revirement vu qu’on avait parlé de ma foi et de mes engagements politiques et intellectuels sans détour – il a découvert, en l’espace des deux heures sans contact qui ont suivi notre échange-vidéo, ce que j’écrivais (mon blog, mes vidéos, mes articles, mes livres…), s’est laissé submerger par Internet (malgré mes mises en garde), m’a suspecté de duplicité, comme si je l’avais « dupé » en jouant un double jeu, et que le Philippe médiatique – à ses yeux méchant – n’avait absolument rien à voir avec le Philippe intime et réel – à ses yeux adorable – qu’il était disposé à aimer. Il n’a jamais su me dire pourquoi il me coupait en deux comme ça ; et je l’ai mis au défi de me dire en quoi mes écrits ou vidéos seraient sectaires, dangereux ou éloignés de ses valeurs profondes ainsi que de moi.
 

Tant et si bien que, du 7ème Ciel, nous avons dégringolé en fin de soirée au 36e dessous. Sans transition. Sans explication rationnelle de sa part (j’ai juste décelé dans les quelques longs messages qu’il m’a écrits pour justifier sa prise de distance une admiration jalouse : il a en effet pris ombrage – c’est lui-même qui m’a parlé d’ « ombre » – de mes articles et s’est à plusieurs reprises rabaissé intellectuellement par rapport à moi, comme si j’étais bien plus fin et brillant que lui… alors que, franchement, de ce côté-là, il n’avait pourtant rien à m’envier). Il s’est volatilisé du jour au lendemain. Ses profils (Whatsapp, compte sur les réseaux) n’existent plus. Il ne donne plus signe de vie. Sur le coup, ça m’a scié les pattes. Car j’y ai cru (malgré la fulgurance de la rencontre, et le stade embryonnaire de cette dernière) et j’ai trouvé ce basculement humainement injuste et incompréhensible. D’une violence extrême.
 

Mais je m’en remettrai. Et pour deux raisons bien simples. D’abord parce qu’au fond de moi est semé la certitude éternelle que je suis aimé de Jésus. J’accueille cet homme et sa réaction comme des dons de Dieu et je les resitue dans une perspective d’éternité, de surnaturalité. J’ai l’intime conviction que tout a un beau Sens, même ce qui nous apparaît sur le coup comme des injustices et des tuiles. Je sais que, quoi qu’il arrive et quels que soient les événements ou les rencontres qui me sont données de faire, je suis aimé et que s’accomplit Sa Volonté. Je n’ai donc pas de haine ni d’amertume envers mon déconcertant visiteur. Sans compter qu’intimement j’ai aussi l’assurance que s’il n’a pas été en mesure d’accueillir mon passé et ma production, c’est qu’il ne m’aurait pas aimé vraiment et qu’il n’aurait pas pu m’aider à porter mes combats dans la joie et le respect. Donc c’est sans regret. Je veux être aimé en entier. Pas être saucissonné, ni inquiéter, ni être pris pour le Docteur Jekyll et Mister Hyde que je ne suis pas.
 

Enfin, la seconde raison qui me console, c’est le caractère improbablement surnaturel de l’événement. Et là encore, je ne me rabats pas dans la facilité d’une lecture trop spiritualiste, diabolisante et manichéenne des choses pour me dédouaner de toute responsabilité ou me victimiser, ni pour transformer mon bel inconnu en diable incarné (qu’il n’est à l’évidence pas). Je me contenterai de parler de manifestation humaine à caractère démoniaque. Car tout simplement, les indices démonologiques sont bien là. Et je ne peux pas les nier. J’ai donc moi aussi peut-être vécu à mon insu un épisode spirituel similaire à celui de mes frères homos.

Mon départ du mouvement Unité Nationale à cause de leur refus de mon article sur Joséphine ange gardien et l’Europe, et surtout de ma défense de l’universalité de la divinité de Jésus et de l’Unité autour de Lui


 

Je viens de quitter par la petite porte le mouvement Unité Nationale suite à leur refus de mon article sur les liens entre la série Joséphine ange gardien et l’Europe, destiné à leur prochain Mag’ de juin 2019, à l’occasion des élections européennes. Que je sois catho, homo, continent, et même opposé au « mariage gay », passe encore (et même très bien ! : c’est exotique, c’est figure puissante de diversité et de singularité)… mais que je me fasse le promoteur de l’universalité de la divinité de Jésus et que je défende l’Unité autour de Lui et non l’Unité en soi, là, Vade retro !! Le simple fait que je demande aux responsables d’Unité Nationale autour de qui se fait cette « Unité » si merveilleuse et que je tique sur l’interdiction qui m’est faite de poser cette question ou d’exiger une réponse – car en réalité, l’unité que les fondateurs de ce mouvement flou prônent est recherchée pour elle-même, et ils imposent qu’il n’y ait surtout personne derrière – m’a valu non pas une exclusion/éviction explicite (c’est moi qui claque la porte : ils sont suffisamment futés pour ne pas avoir à éjecter quiconque eux-mêmes) mais un simple refus de publication ainsi qu’un procès (en coulisses) pour haute trahison (je me suis fait traiter de « Judas »).
 

Ça serait arrivé tôt ou tard. Je le sentais venir, quand j’ai vu que ce mouvement était plébiscité par pas mal d’initiés francs-maçons, et que, même sans ça, il adoptait scolairement/inconsciemment tout le jargon classique de la Franc-Maçonnerie mondialiste actuelle sans même s’en rendre compte (lumière/architecture/humanisme intégral). La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est quand j’ai dit que, dans le roman Le Père Élijah de Michael O’Brien, le mouvement international créé par l’Antéchrist s’appelait Unitas : là, c’en était trop ! Je savais qu’un jour ou l’autre, on allait se friter sur la question centrale de l’Unité. C’est ce qui vient de se produire par l’intermédiaire de Jo (dont je mettrai l’article en conclusion de ce billet).
 

J’ai donc décidé de me retirer d’Unité Nationale, mouvement qui a le vent en poupe en ce moment, et qui est en train de doubler tous les partis politiques en France (je dis bien TOUS : même Macron, Marine Le Pen et Wauquiez leur ont envoyé leurs vœux de Bonne Année et les courtisent ! ) car je crois qu’il incarne – à sa grande surprise – la future et prochaine Gouvernance Mondiale, l’étape politique logique subséquente au cuisant marasme des gauches et des droites « démocratiques » internationales. Car qui, aujourd’hui, peut s’opposer au rouleau compresseur « apolitique » et « anational » de l’UNITÉ ? Désormais, plus personne à part Jésus et Marie.
 

 

Le concept de « gouvernance populaire d’Unité » fait déjà des petits dans d’autres pays européens (Unité Nationale s’exporte), et très bientôt, ce mouvement français est amené à s’étendre dans toutes les autres nations, impatientes de se débarrasser de leurs partis politiques. C’est inéluctable : notre monde se dirige unanimement vers la construction d’un Gouvernement universel spiritualiste (il n’est même pas question, selon ses concepteurs, de « religion ») d’Unité internationale. Pour leur survie, les partis politiques et les religions institutionnelles ne pourront pas y couper. Et ce mouvement est inattaquable puisqu’il n’a pas de chef identifié, accueille apparemment tout le monde, n’a pas d’ambition d’argent ni de pouvoir, pas de visées électorales ni politiciennes, prétend tout accepter et tout accueillir, faire de la place à chacun, être une grande Maison Commune où tout le monde aurait sa place et où personne ne serait ennemis. La devise spéculaire et narcissique de l’Unité Nationale (et finalement Internationale), c’est « Notre idéal : défendre le vôtre ! ». Autrement dit, c’est celle du serpent génésique dans la Bible : contenter tout le monde et dire à chacun « Ton désir individuel est notre ordre et notre roi. Tu seras comme un Dieu et tu seras ton propre chef. Ta volonté et ta perception individuelles sont reines. Paix et Unité, mon frère. Namasté. ». La règle qu’ils arborent fièrement comme une loi intangible et juste, c’est l’auto-détermination : tu as carte blanche* ! (* … à partir du moment où tout ce que tu demandes, tu ne te l’imposes qu’à toi-même). Et l’interdit tacite, c’est la recherche et la proposition d’une Vérité unique universelle et d’un chef clairement identifiable.
 

 

La carte blanche qui m’a été donnée contre toute attente par l’Unité Nationale à mon arrivée il y a quelques mois (car je rappelle que je suis ignoré et viré de toutes les maisons d’édition, de toutes les paroisses et de tous les médias dits « cathos »), c’est ce qui m’a séduit au départ quand j’ai écrit trois contributions pour leur Mag’ (une sur l’unité, l’autre sur la dignité, et une troisième sur la nation). Je me suis dit « Waou ! Ils n’ont pas froid aux yeux ! Tant qu’ils me laissent dire ce que je veux, y compris des choses hyper risquées pour leur image – je représente tout de même l’Église Catholique, la communauté homosexuelle et l’opposition au « mariage gay », donc des sujets explosifs et impopulaires qui pourraient largement entacher leur image de marque –, c’est qu’ils sont non seulement inoffensifs, mais de surcroît, plus audacieux, ouverts, aimants et vrais que les catholiques qui m’ont fermé leurs portes ! ».
 

Mais l’os, c’est qu’ils n’accueillent le catholicisme que comme un particularisme individuel, un folklorisme de diversité qui ne doit surtout pas dépasser les autres particularismes. Leur ennemi n°1, c’est l’UNIVERSALITÉ DE LA DIVINITÉ DE JÉSUS. Ils tolèrent que nous soyons catholiques, et même que nous croyions que Jésus est Dieu, à partir du moment où nous privatisons cette croyance, et à la condition que nous nous en fassions détenteurs et que nous la désuniversalisions. Si nous commençons à leur dire que l’universalité de la divinité de Jésus ne nous appartient pas plus à nous qu’à eux mais qu’en revanche elle les concerne et leur est aussi offerte (car Jésus aime tous les Hommes et est le Dieu unique de tous les Hommes sans exception), si nous soutenons que cette divinité universelle dépasse la croyance personnelle et qu’elle existerait même sans cette dernière, que Jésus est notre unité à tous, là, ça ne passe plus du tout ! On est traînés en procès de fondamentalisme, de dogmatisme, de prosélytisme, d’intégrisme, de haute trahison, de superstition ! On est même taxés tacitement de diables (même s’ils n’emploieront pas le terme car ils ne croient pas au diable ni au mal). Selon eux, on a le droit d’être cathos ; mais on ne peut pas être TOUS cathos, ni appelés (au nom de l’Amour universel de Jésus) à le devenir. C’est inconcevable ! Il ne faut pas que Jésus soit Roi unique et Dieu unique (d’Amour) de l’Humanité et de l’Univers tout entiers. Ça, NON !!
 

L’Unité fasciste défendue par ces unitaires « sans étiquette », et à laquelle tout le monde va être sommé de se plier prochainement, tenez-le-vous pour dit, est la Nouvelle Gouvernance mondiale, et également la Nouvelle Religion mondiale, fondée peu ou prou sur le zoroastrisme, une philosophie venue de la Perse (Iran), présentée comme la première spiritualité monothéiste authentique au monde (elle aurait devancé chronologiquement le judaïsme, le christianisme et l’Islam), et défendue (comme par hasard) par l’un des philosophes les plus anticléricaux et nihilistes que le monde des idées ait porté : Nietzsche. C’est exactement ce que j’explique concernant l’axe Ukraine-Iran dans le chapitre III de mon livre Homo-Bobo-Apo sur la Fin des Temps et la Bataille d’Armageddon. Le zoroastrisme – mais plus largement la Nouvelle Gouvernance mondiale – est une spiritualité antithéiste (c’est-à-dire contre l’Église-Institution Catholique et contre Jésus en tant que Dieu unique et Fils de Dieu) mais quand même déiste (ces adeptes gnostiques, les zoroastriens, croient en un « Dieu » énergétique, une entité de lumière, une connaissance transcendante supérieure). Si vous vous intéressez à son contenu, cette philosophie ressemble exactement, dans son discours, à la spiritualité éthérée, poétique, sans substance, sans incarnation, sans visage, décrite dans Le Maître de la Terre de Robert Hugh Benson (par exemple, l’Esprit Saint est remplacé par le « bon esprit », Jésus ou Dieu le Père par le terme « Seigneur », etc. ; le diable ou le mal n’existeraient pas).
 

Je vous laisse à présent avec mon article sur Joséphine ange-gardien et l’Europe, qui m’a valu d’être non pas banni mais traîné en procès de « traîtrise » à la déesse Unité. Joséphine, je savais que je pouvais compter sur toi. #JoséphineForever.
 

 
 
 
 

JOSÉPHINE ANGE GARDIEN, LA SÉRIE TYPIQUEMENT EUROPÉENNE

Qu’elle plaise ou non, qu’on la juge beauf ou innocente, la série Joséphine ange gardien, diffusée sur TF1, et popularisée par l’actrice naine Mimie Mathy, fait incontestablement figure d’exception dans le paysage télévisuel français, ne serait-ce que par son incroyable longévité : 20 ans.
 

C’est sur les raisons de ce « succès » que Philippe Ariño, intellectuel catholique et homosexuel, auteur du livre Homo-Bobo-Apo et blogueur de l’Araignée du Désert, s’est penché, en choisissant deux angles d’analyse : l’homosexualité et la Franc-Maçonnerie. Par cette insoupçonnable paire de lunettes, il démontre que Joséphine est d’une part l’ambassadrice du téléphone portable (puce électronique subcutanée), d’autre part l’ambassadrice de la Nouvelle Religion mondiale fondée sur l’héliocentrisme (culte du Soleil). Autrement dit, le monde actuel tente de remplacer Jésus par les dieux « Électricité » et « Soleil », bref, par la magie technologico-énergétique alchimique.
 

Série européenne dans son contexte d’apparition

Joséphine ange gardien et l’Europe : quel est le rapport ? me direz-vous. Je me suis « tapé » tous les épisodes et il n’est quasiment jamais question d’Europe. Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Mais en y regardant de plus près, c’est incroyable tous les trésors qu’on peut trouver sur ce lien. D’abord, la série est apparue en 1997, deux ans pile avant l’arrivée de la monnaie euro : elle lui a servi de marchepied, en quelque sorte. Par exemple, dans l’épisode 91 consacré à la Coupe du Monde 1998, elle revient sur sa genèse historique contextuelle : l’ange gardien stagiaire Ismaël s’amuse de redécouvrir l’existence des billets en francs (à l’effigie de Saint-Exupéry) qu’il avait oubliés. Ensuite, la série Joséphine s’exporte particulièrement dans les pays européens les plus stratégiquement décisionnaires au niveau de l’Europe : la Belgique, la Suisse et le Luxembourg. Et les premiers épisodes sont des coproductions avec la télévision belge (pays du Parlement Européen), et même l’épisode 5 (traitant de la prostitution) est tourné in situ à Bruxelles. Enfin, la société de production de la saga joséphinienne est le groupe Lagardère Entertainment, tenu entre autres par Denis Olivennes, directeur d’Europe 1. Cette radio co-produit Joséphine. D’ailleurs, dans l’épisode 7, ce sont les caméras d’Europe 1 et de TF1 qui couvrent la mutinerie d’usine de teinture présidée par l’héroïne. Sans compter que pour fêter les 20 ans anniversaire du téléfilm (en octobre 2017), c’est la radio Europe 1 que Mimie Mathy a choisie comme tribune principale.
 

Joséphine, Ambassadrice rigolote de l’Europe

Concrètement, dans Joséphine ange gardien, il est beaucoup fait référence à l’Europe, même si l’héroïne ne s’y déplace quasiment pas, excepté dans les épisodes 5 (Belgique), 53 (Suisse) et 54 (Écosse)… encore que, pour la troisième destination, on puisse douter de l’enracinement british du lieu fictionnel : quand on sait que les scènes oxfordiennes du film « Guillaume et les garçons à table ! » de Guillaume Gallienne ont été tournées à la Cité Universitaire de Paris, il faut s’attendre à tous les artifices avec les réalisateurs d’aujourd’hui !
 

En revanche, les Européens, en tant que visiteurs ponctuels de la France ou bien immigrés – clandestins et/ou assimilés – occupent une place confortable dans la série : la Grèce (épisode 76), la Pologne (épisode 24), la Russie (épisodes 18 et 58). Certains pays européens ne jouissent pas d’une excellente réputation (l’Allemagne, ce sont les méchants Nazis, dans l’épisode 49 ; la Russie et la Pologne sont présentées comme le goulag ou les terres des mafieux, dans les épisodes 24, 49 et 66 ; l’Italie est représentée par les ritals magouilleurs, forains machos de deuxième génération, dans l’épisode 63).
 

Joséphine instaure avec les pays européens un rapport mi taquin mi moqueur, en imitant les parodies vivantes de leurs natifs – imitations construites de toute pièce par la subculture mondialiste franchouillarde – de manière tellement grossière que parfois ça passe, parfois ça casse : par exemple, dans l’épisode 33, elle feint d’entretenir une discussion téléphonique avec Camila, une amie anglaise imaginaire ; dans l’épisode 37, elle se fait passer pour la prof d’anglais de Camille, mais elle finit par être démasquée ; dans l’épisode 39, elle imite une touriste allemande perdue dans Paris afin de distraire un groupe d’entrepreneurs.
 

En général, le contact de Joséphine avec l’Europe est distant, bourgeois, folkloriste, vestimentaire (dans l’épisode 73, elle porte un foulard de Merlin l’Enchanteur avec des étoiles blanches sur fond bleu roi, presque comme le drapeau européen), consumériste (dans l’épisode 33, elle se lance sans peur dans un karaoké au resto italien), onirique (dans l’épisode 58, elle dit qu’elle s’est déjà rendue en Russie il y a plusieurs siècles ; et à la toute fin, elle exprime une forte envie de partir en Espagne : « Une p’tite mission à Séville, ce serait trop top ! »). D’ailleurs, lorsque notre ange débarque sur terre et se croit dans un pays européen, ça sent très vite l’intox : « Apparemment, je suis pas en Hollande… parce qu’en bas, c’est pas les tulipes. » marmonne-t-elle du haut du toit du cabaret du Moulin Rouge à Paris, au début de l’épisode 17.
 

Série européenne dans le sens mondialiste et spiritualiste du terme

Joséphine, c’est un peu le nain d’Amélie Poulain. Le cortège de déplacements européens qu’elle effectue n’est qu’un décor en carton pâte ou une succession de diapositives défilant derrière elle et traduisant son immobilisme. On en a la preuve dans l’épisode 5, quand elle déroule fièrement son énorme collection de passeports multinationaux. Joséphine est la Citoyenne du Monde, et non l’Européenne pure souche, enracinée dans un territoire réel. L’Europe que la série dépeint est le monde, ou plutôt une certaine idée mondialiste du monde : un espace transnational, à la merci de la Finance et de l’Internet. L’européanisme transnational qu’illustre Joséphine ange gardien transparaît déjà à travers le nom d’un des éditeurs du téléfilm : les Éditions Europe Images International.
 

Mais en écoutant les dialogues de la série, on retrouve également cette Europe-Monde. Joséphine est un feuilleton propagandaire d’uniformisation-alignement des normes à la législation de l’Union Européenne en matière de technologie (épisodes 72 et 82), de sécurité (épisodes 63 et 78), de santé (épisode 7 et 77), de procréation (épisodes 34, 55 et 58), d’écologie (épisodes 10 et 83), de Droits de l’Homme (épisodes 12 et 32) et d’« amours » (épisode 8). Par exemple, dans l’épisode 51, notre héroïne se présente comme « experte en biodynamique naturelle » et dit qu’elle « a été mandatée par le Conseil de l’Environnement Européen Planétaire, le CEEP, afin de faire une étude sur les potentialités des exploitations bios » (et, de son propre aveu, elle est un agent aveugle de ce programme européano-international : « Je comprends rien à ce que j’ai dit… »). Dans l’épisode 62, elle intègre une multinationale vendant des produits cosmétiques partout sur la planète et qui s’appelle Privela Europe : elle tient l’antenne canadienne. Dans l’épisode 68, Joséphine débarque en Thaïlande et travaille en tant que « coordinatrice » pour une « agence » de détectives privés chargés de retrouver des gens pour des clients : en fait, elle est un agent double européen qui s’ignore, puisque son ordre de mission lui est fourni dès son arrivée à l’aéroport sous la forme d’une serviette d’Europ Assistance (ça ne s’improvise pas !) avec un téléphone à l’intérieur qui la relie à sa boss (Clara Milton) pilotant son opération depuis l’Europe.
 

Joséphine ange gardien nous mène en bateau – ou plutôt en train ! – vers la Nouvelle Religion mondiale : celle que les ingénieurs de la Tech élaborent en ce moment pour nous, en lien avec le culte luciférien de l’énergie (émotionnelle, cérébrale, électrique, internétique et solaire) présentée comme divine. La série-phare de TF1 propose en ce sens un retour étonnant aux civilisations héliocentriques (hélios, c’est le « soleil » en grec), en particulier égyptienne (épisode 71) et inca (épisodes 52).
 

Exemple truculent. Dans l’épisode 92, Jérémie ressort de son grenier un vieux train électrique qu’il refait marcher pour son fils. Comme par hasard, celui-ci est aux couleurs des cinq bandes de pouvoir aurique du rite inca déclinées par Alberto Villoldo (blanc, argent, jaune, rouge et noir… couleurs que l’on retrouve presque systématiquement dans les derniers épisodes). « J’ai retrouvé mon vieux train électrique. Ça intéresse quelqu’un ? » Oui !!! Nous !!! Et pourquoi ? Je vous le donne en mille : le train s’appelle « Inter Europe »…
 

Européanisation angéliste et luciférienne du monde

La nature angélique et mondialiste de Joséphine ange gardien pose de plain-pied la question de la Nouvelle Gouvernance mondiale luciférienne. Tant pis si je sors les grands mots qui font « complotistes, conspirationnistes et paranoïaques ». Mais après tout, on est libres, à l’Union Nationale ! L’Antéchrist (l’ennemi luciférien qui, dans l’Apocalypse de saint Jean, au chapitre 13, est décrit comme le « Prince » qui conduira notre monde juste avant l’arrivée ultime et victorieuse de Jésus à la Fin des Temps) compte se servir de l’Europe comme laboratoire et tour de contrôle mondiale. Par exemple, dans le roman Le Maître de la terre (1907) de Robert Hugh Benson, Felsenburgh (l’Antéchrist) est nommé « Président de l’Europe » et se fait « élire à la présidence des deux Amériques » : l’Amérique des USA et l’Amérique européenne. Dans le roman Le Père Elijah (1996) de Michael O’Brien, l’Antéchrist occupe la fonction de « nouveau président pour la Fédération des États Européens », sorte d’Amérique européenne. Dans le Court Récit sur l’Antéchrist (1900) de Vladimir Soloviev, « ‘l’homme-qui-vient’ est élu à la quasi unanimité président à vie des États-Unis d’Europe. On le nomme Empereur romain. » C’est un prélude à l’hégémonie atlantiste de l’OTAN
 

Ce n’est pas que de la fiction. Beaucoup d’hommes politiques actuels se revendiquent « européens ». Mais il faut bien comprendre dans quel sens ils emploient l’adjectif : ce n’est pas celui d’Europe physique, ni même d’Union Européenne, mais d’idéologie surnaturelle et ultralibérale mondialiste, de patrimoine spirituel où triompheront l’Optimisme et la Liberté digitale. « Je suis lucidement libéral, résolument social, et profondément Européen » disait encore il n’y a pas si longtemps Pierre Méhaignerie, l’ancien ministre de la Justice français à Orvault, le 26 octobre 2016. Les néo-européistes ne se réfèrent pas à l’Europe réelle mais à une allégorie, une grande Cité d’or franc-maçonne, un royaume fantasmé : l’Europa de la mythologie grecque, assise sur son taureau cornu.
 

Comme le dévoile Philippe de Villiers dans son autobiographie Le Moment est venu de dire ce que j’ai vu (2015) à propos de son expérience politique en tant que député européen, en évoquant « l’erreur de Maastricht », les fondateurs de la Nouvelle Europe entendent « dissoudre les nations » et l’Espace Schengen, fonder « une Cité sans frontière et sans racines ». Il souligne également la prédominance de l’idéologie hétéro-bisexuelle à la gouvernance de l’Europe actuelle : « Il y a deux tiers du Parlement Européen qui sont membres du LGBT, quand même ! »
 

L’européisation du monde est l’autre nom de la mondialisation antéchristique. Le plan de l’Antéchrist et de son cercle de diplomates, c’est de défendre l’Europe comme entité internationale, comme espace a-national… même si chaque pays continuera, par pur nominalisme et folklorisme, d’exister. « L’Europe veut actuellement se repenser en moteur de la construction du Nouvel Ordre Mondial. » (Malachi Martin, Windswept House, 1996, p. 340). L’Antéchrist joue sur l’amalgame entre européanité et universalité pour instiller « l’esprit européen global » (Soloviev, p. 99), imposer l’« égalitarisme indifférencié » et construire « le monde civilisé, ou européen, qui croît peu à peu et s’agrandit pour finalement embrasser tous les Peuples en retard sur ce mouvement historique et les inclure dans un unique ensemble pacifique, international et solidaire. L’instauration de la Paix internationale éternelle » (idem, p.123). Autrement dit, l’adjectif « européen » devient synonyme de « Citoyen du Monde » et de « Paix universelle ».
 

Depuis les Traités de Rome (1957) qui ont donné naissance de la Communauté Européenne, l’Antéchrist et son Gouvernement travaillent à une unification des États-Unis et de la France (la French American Foundation). Le président américain George H. W. Bush parlait déjà de son Amérique comme d’une « puissance européenne ». Emmanuel Macron, lors de la visite du président nord-américain Donald Trump à Paris en juillet 2017, a scellé solennellement ce pacte préparé par ses prédécesseurs atlantistes en réaffirmant l’éternité de l’alliance entre la France et les États-Unis : « Rien ne nous séparera jamais. » L’Antéchrist sait qu’idéologiquement, intellectuellement, artistiquement, politiquement, historiquement, religieusement, l’Europe est le berceau de tous les autres continents, et que s’il y installe son pouvoir, il entraînera tous les autres pays à sa suite : « Les Américains, les Africains et les Asiatiques s’étaient toujours rangés derrière les Européens » (Malachi Martin, p. 353).
 

Les européistes antéchristiques ont deux leitmotiv : « l’ouverture » d’abord, « l’unité » ensuite. Ils veulent d’« une Europe ouverte » (idem, p. 256). Cette ouverture n’est qu’une façade : ils cassent quelques frontières pour en construire le double, et de surcroît dans un matériel plus invisible et flatteur car ce sont des miroirs narcissiques numériques s’habillant d’anticonformisme rebelle (ex : le mouvement altermondialiste d’extrême gauche des « No Border »). Dans le roman Le Père Elijah, le mouvement mondial créé par l’Antéchrist s’appelle comme par hasard Unitas, et abrite même les représentants des trois religions monothéistes.
 

L’invocation de l’« unité » est à l’« ouverture » ce que l’« égalité » est à l’idéologie hétérosexuelle de la « diversité » : son pendant fusionnel destructeur. User de ce mot rassembleur qu’est l’« Unité » dispense les européistes de dévoiler autour de qui ils se rassemblent : l’Antéchrist. Derrière l’union invoquée, il y a l’idée que ce sont les nationalismes/patriotismes et les religions qui « clivent » et qui sont les ennemis de l’Europe-Monde, et donc les bêtes à abattre… même si l’Antéchrist ne va pas les éradiquer tout de suite et se servira plutôt de leurs conflits internes pour qu’ils se bouffent les foies entre eux : « Ces gens veulent construire une nouvelle Europe de l’Atlantique à la Mer du Japon, mais sans la foi de la bonne vieille Europe. » (idem, p. 568) ; « La souveraineté nationaliste ou religieuse constituait dorénavant une menace pour la survie et un ennemi du progrès dans l’habitat nouveau et harmonieux de l’humanité. » (idem, p. 162). L’Antéchrist va profiter du vieux conflit « entre les euro-atlantistes et les eurocentristes » (idem, p. 263), c’est-à-dire entre les Macronistes et les Lepenistes isolationnistes, ou, si vous préférez, entre « ceux qui veulent vivre dans un monde transnational » (idem, p. 271) et les euro-sceptiques aspirant au protectionnisme nationaliste, pour s’imposer. Cela s’appelle « diviser pour mieux régner » ! Et finalement, on voit bien que le fédéralisme du Front National (aujourd’hui Rassemblement National), anti-Union Européenne, rentre dans cette même logique de l’internationalisation par l’européanisation : pendant l’entre-deux-tours des élections présidentielles françaises de 2017, Marine Le Pen entendait remplacer l’Union Européenne par une « Alliance Européenne des Nations Libres et Souveraines »… ce qui revient à en faire une constellation mondialisée. Macron globalise une masse de nations ; Le Pen a le nez collé sur la mosaïque des nations folklorisées, sans voir que chaque morceau indépendant qui la compose (et qui se vaut d’un Brexit, d’un Frexit et compagnie) dessine également une masse globalisée.
 

 

Les catholiques et leurs chefs religieux ne sont pas en reste dans la consolidation du projet civilisationnel de l’Antéchrist. La majorité des évêques et cardinaux, par intérêt personnel et passéisme piétiste, bref par romantisme, se sentira investie de la « noble » Mission de reconstituer la Vieille Europe chrétienne et ses racines dans un continent menacé d’apostasie et de démembrement généralisés. Le pape Pie XII nous a prévenus de la terrible Europemania qui gagnera le clergé, et qui parfois prendra même la forme d’une opposition frénétique à cette même Europemania : « Le jour où ce Saint Siège sera attelé à la nouvelle Europe des diplomates et des politiciens, à l’Europe centrée sur Bruxelles et Paris, ce jour-là, les malheurs de l’Église commenceront pour de bon. » (idem, p. 6). L’idée de l’Antéchrist, c’est d’« englober la société des nations et l’Église Catholique Romaine en tant qu’institution internationale. » (idem, p. 554), « de créer un lien de sang entre les évêques catholiques du cœur de l’Europe et les puissants Commissaires de la Communauté Européenne » (idem, p. 143). Le Gouvernement Mondial tentera en réalité de soudoyer les évêques, de les flatter dans leur rôle de « fondateurs d’Unité (européenne-chrétienne) », de les transformer en clergymen diplomates avec micro-cravate, attaché-case et soutane, si besoin est par la valorisation et la béatification de figures européennes catholiquement correctes telles que Robert Schuman. Je l’observe déjà chez les jeunes curés français carriéristes que je connais : défendre l’Europe et le procès de béatification de Schuman revient à booster sa carrière ecclésiale. Ça fait engagé, moderne et traditionnel à la fois (bobo, quoi). Ça fait « missionnaire aux périphéries ». Par ailleurs, l’Antéchrist essaiera d’habiller son rêve européen d’historicité et d’un vernis de culturalité spirituelle rassurant aux yeux des fidèles catholiques, en proposant au Pape « quelque chose au sujet de l’Europe qui devrait retourner à ses racines chrétiennes » (idem, p. 260). Dans ce contexte de grande confusion, cela risque d’être très très dur pour le vrai catholique de « s’opposer à l’Europe pour les bonnes raisons », et surtout de défendre les Européens et l’identité de Fille de Dieu de la véritable Europe ! Heureusement, Joséphine est là pour veiller sur nous, pauvres pécheurs.

La Nuit des Musées à Paris, et autres événements récents : ça y est, les démons sont lâchés

La période est propice à toutes les craintes (… mais aussi à l’Espérance puisque Jésus va bientôt se montrer à tous) tant les manifestations démoniaques, les rituels satanistes, l’occultisme, ont pignon sur rue, débarquent à la télé, et sont plébiscités par une large part de la population désormais.
 

Pour éviter les procès en exagération ou en complotisme paranoïaque, je vais prendre 6 événements récents, qui montrent l’ampleur de l’infiltration de la Franc-Maçonnerie et des démons dans nos structures politiques, culturelles, artistiques, et même ecclésiales : le mariage de Meghan et Harry, la diffusion du téléfilm en 3 parties Au-delà des murs sur ARTE, et mes visites dans 4 musées parisiens (le Musée Grévin, le Quai Branly, le Musée de la Franc-Maçonnerie, et enfin la Fondation Louis Vuitton), Je vous encourage bien sûr à compléter ce descriptif par la lecture ou l’écoute de mon livre Homo-Bobo-Apo et d’autres articles.
 

1) Le mariage de Meghan et du mari de Meghan (Harry) :


 

C’était le samedi 19 mai 2018. Meghan Markle a refusé d’obéir à son mari le prince Harry… et le monde a applaudi cet affront comme un merveilleux sacre, un beau serment.
 

 

Notre époque associe de plus en plus l’obéissance à la soumission. Et à tort. Ou alors à tort quand le mot « soumission » est lui-même connoté négativement comme une destruction ou un rapport de force dominant-dominé. La preuve : Meghan Markle refuse d’« obéir » à son mari. Elle se contente de répondre « I will », en contournant la formule requise. Et ça fait sourire tout le monde, tout en se donnant des airs de défi, de conquête, de militance féministe, de pied-de-nez aux conventions « patriarcales », de modernité et d’émancipation. Alors qu’il n’y a pas, pour une femme, de réelle liberté sans soumission, sans consentement à appartenir, sans obéissance (à Dieu, à travers notamment son mari). Avec Meghan, nous avons affaire à une sorte de Princesse Disney, rebelle, effrontée, faussement impertinente, presqu’à une louve déguisée en brebis.
 

2) Le téléfilm Au-delà des murs (2016) de Marc Herpoux :

La Bête ne se cache plus…


 

Jeudi 17 mai 2018 a été rediffusé un téléfilm du genre « fantastique », sur la chaîne ARTE. Tous les ingrédients des rituels satanistes s’y trouvaient (la maison labyrinthique habitée par « les autres », les personnages masqués et cornus, les oiseaux morts, les tatouages 666, les morts vivants, les portes rouges, le détournement de la Bible, les revenants dans les placards, les colonnes noires, la Veuve, les fillettes vierges, le Minotaure, les bougies, la tête de la Bête sur la tapisserie du mur, etc.) sans être dénoncés (évidemment !) puisque ces abysses infernales où se retrouvent les âmes des mortels avec les âmes des défunts du passé (un soldat de la Première Guerre mondiale, Julien) sont présentées comme le lieu de prédilection de l’expérience de l’Amour véritable : Julien et Lisa – femme du présent – vont connaître ensemble leur unique amour existentiel en enfer. « Je veux que tu restes ici avec moi jusqu’à la Fin des Temps » déclare à la fin de cette mini-série Sophie, la jeune sœur de Lisa, que cette dernière n’a pas été capable de sauver de la noyade narcissique mise en scène par les réalisateurs bobos d’ARTE, fascinés par la mort et la damnation. Oui : ces téléfilms sont bien des signes démoniaques inconscients de Fin des Temps.
 

 

 

 

3) Musée Grévin :


 

Je me suis rendu récemment au fameux Musée Grévin de Paris, situé sur les Grands Boulevards. À la base, c’était uniquement pour me faire estampiller avec la statue de Mimie Mathy (pour la couverture de mon prochain livre sur Joséphine Ange gardien). Eh puis finalement, ça a fini en mitraillage photographique de tous les indices de Franc-Maçonnerie et d’anticatholicisme observables dans ce musée : promotion ouverte de la magie noire, du chamanisme (avec le « Palais des Mirages », de forme circulaire, avec des mises en scène et des éclairages mettant en relief le spiritisme animiste vaudou), de la médiumnité (Nostradamus trône en bonne place), reprise des codes maçonniques traditionnels (la « Salle des Colonnes » avec le fameux pavé mosaïque, les enluminures, les dorures et les jeux lumineux partout, les loges de toutes sortes, etc.), cultes des libertaires (par exemple, Jean de la Fontaine ou Victor Hugo sont célébrés comme des grands défenseurs de la « Liberté » ; la Déclaration des Droits de l’Homme et l’abolition de l’esclavage sont placés au centre de la visite du musée), vénération non-voilée des Lumières et des Illuminati (les écriteaux placés à côté des statues de Voltaire et de Diderot nous indiquent que « c’est dans les salons littéraires du XVIIIe siècle que l’on rencontre les plus beaux noms de la pensée française. »). Et comme par hasard, qui sont les seuls à s’en prendre plein la gueule ? Les catholiques ! Le roi saint Louis n’est plus appelé « saint » et est dépeint ironiquement comme un faux humble et un ignoble monarque idéalisé par les obscurantistes chrétiens : « La légende le montre administrant la justice sous un chêne à Vincennes. Incarnant la modération, la droiture et la paix, il a l’image du souverain ‘idéal’. Économe jusqu’à la privation, il dépensa pourtant des fortunes en reliques et en vaines croisades (il succombera d’ailleurs lors du siège de Tunis). D’une piété fervente, il mena une vie d’ascète mais se montra intraitable envers les ennemis de la religion : joueurs, duellistes, prostituées… »). Jeanne d’Arc, quant à elle, perd aussi son titre de « sainte ». Il est même indiqué que c’est le méchant « évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, qui a présidé son procès ». Des tableaux sinistres du Moyen-Âge sont représentés à Grévin (salles de tortures peu éclairées), comme si cette période n’avait été qu’obscurantisme et persécutions orchestrées par l’Église. Bien sûr, personne ne sera étonné de voir la diabolisation de l’Inquisition, présentée comme une Gestapo à la sauce médiévale : « Du XIIIe au XIVe siècle en France, l’Inquisition, institution judiciaire ecclésiastique, pourchasse les hérétiques et veut les contraindre à abjurer leur foi. Les inquisiteurs, des religieux impitoyables, ne reculent devant rien : emprisonnement, privation de nourriture, tortures… tous les moyens sont bons pour faire avouer les suspects. » Aux antipodes de ce qu’était la véritable inquisition, un tribunal créé pour que le peuple se soit pas livré à une auto-tyrannie sans loi et ait accès à une procédure légale de jugement en cas de délits. Le Musée Grévin, en gros, c’est le laboratoire alchimique des créateurs francs-maçons de Frankensteins post-modernes. J’attends avec impatience l’arrivée des chimères et les cyborgs.
 

 

 

 

 

 

4) Expo Enfers et Fantômes d’Asie au Musée du Quai Branly :


 

Pour débuter mon circuit de visites de la Nuit des Musées le 19 mai 2018 (j’en avais prévu 3 : le Quai Branly, la Franc-Maçonnerie et la Fondation Vuitton), je me suis rendu dès 18h à l’exposition sur la monstruosité et l’enfer vu par les Asiatiques. Plusieurs choses m’ont sidéré : d’abord, la totale absence de représentativité de la vision de l’enfer adoptée par les grandes religions monothéistes en Asie (or, c’est un continent qui, face à la vacuité du bouddhisme et des cultes sataniques animistes, connaît une énorme vague de conversions à l’Islam et au catholicisme, justement : le parti pris de cette expo était donc implicitement anticlérical et antichristique) ; ensuite, la totale décomplexion de ce musée à promouvoir ouvertement des pratiques diaboliques auprès du grand public (on nous explique – je cite – « Comment devenir un monstre ? », de quelle manière rentrer en lien avec les défunts et les entités démoniaques, on nous montre des amulettes, des poupées ligotées, les accessoires d’emprise démoniaque… et tout ça, sous l’excuse du « culturel », du ludique, du zen, du folklorique, du rigolo, du plaisir de se faire peur, etc.) ; enfin, l’affluence massive de visiteurs à cet événement (la queue d’attente pour rentrer n’en finissait pas). Ce succès, cet engouement pour la laideur et le mal folklorisé, cet attrait général pour les enfers et l’au-delà vidé du Christ, montrent combien nos contemporains sont complètement naïfs et paumés dans leur spiritualité, et qu’ils sont prêts à vivre des rituels satanistes et des expériences paranormales puisque la sorcellerie a désormais pignon sur rue.
 

 

 

 

 

 

 

5) Musée de la Franc-Maçonnerie au Grand Orient de France :


 

J’ai poursuivi ma Nuit des Musées avec une visite qui me tenait à cœur : le Musée de la Franc-Maçonnerie, rue Cadet à Paris. J’ai encore appris beaucoup de choses sur le mode de pensée des francs-maçons. Déjà, la visite guidée a commencé fort : notre sympathique conférencière a arrêté mon petit groupe de 30 personnes devant l’écriteau d’une phrase attribuée à Antoine de saint Exupéry : « Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m’enrichis. », et m’a fait un plaisir immense puisqu’elle a démarré en disant clairement ce que je me tue à expliquer dans tous mes écrits, et notamment dans mon livre Homo-Bobo-Apo, sur la Franc-Maçonnerie : que la Franc-Maçonnerie repose sur l’hétérosexualité, c’est-à-dire sur un culte de l’altérité absolue, une idolâtrie pour les différences en elles-mêmes (au détriment de la différence des sexes couronnée par le mariage religieux et de la différence Créateur-créatures à savoir Jésus et l’Église Catholique). En effet, la conférencière a déclaré (et je l’ai enregistrée sur mon téléphone portable) : « C’est un peu un de nos fondamentaux en Franc-Maçonnerie : nous allons à la recherche de la Différence de l’Autre/l’autre. » CQFD. « La différence de l’autre est essentielle. » a-t-elle insisté un peu plus tard. À noter que « l’Autre », dans la Bible, est un des noms du diable. Cette passion des francs-maçons pour l’hétérosexualité, la diversité, la différence, cache donc un culte satanique.
 

Par ailleurs, plusieurs réflexions et découvertes me sont venues pendant la visite. J’ai relevé diverses réalités de la Franc-Maçonnerie : notamment la contradiction dans le discours franc-maçon entre les intentions et les actes (la conférencière nous a soutenu mordicus que l’infiltration de la Franc-Maçonnerie dans les médias et les partis politiques était un mythe complotiste – « On ne discute pas de politique en loge. »… alors que dans les couloirs du GODF étaient placardées les affiches de la prochaine « Tenue blanche » privée de la ministre Marlène Schiappa programmée le 2 juin prochain) ; le déni de la structure hiérarchique pyramidale (Pour les francs-maçons, leurs 33 grades ou degrés n’existent pas, la distinction entre maîtres/compagnons/apprentis n’est pas verticale et n’est qu’une affaire d’approches et d’« expériences différentes ») ; l’antifascisme fasciste (Les francs-maçons sont antifascistes et sont persuadés, comme l’a affirmé ma conférencière, que « les fascistes veulent casser du maçon »… sans réaliser qu’eux-mêmes sont fascistes, même dans le sens historique et intentionnel du mouvement : ils défendent les faisceaux de lumière, les processus et les marches, les confréries libertaires, à l’instar des fascismes historiques. D’ailleurs, dans un des temples que nous avons visités, j’ai même vu plein de faisceaux de licteurs, sachant que les licteurs romains étaient des Hommes dits « libres ») ; l’anticléricalisme franc-maçon, qui passe par l’auto-victimisation (les maçons soutiennent que c’est l’Église Catholique qui seule leur en veut, alors qu’eux pensent la « respecter » : notre conférencière nous a soutenu que « les francs-maçons n’étaient pas des bouffeurs de curés » et que « la seule religion qui est contre eux, c’était l’Église Catholique. Les autres religions, non. ») ; l’intérêt des francs-maçons pour les thématiques de la Nouvelle Religion énergétique mondiales (le boboïsme – une soirée « Jazz et maçonnerie » va avoir lieu prochainement – ; les pierres vivantes – « Chacun d’entre nous est une pierre brute, pour construire cette Humanité meilleure et éclairée. » nous a sorti la conférencière ; le dithéisme – « J’ai mes côtés noirs et mes côtés blancs… comme en loge… et j’essaie de m’améliorer. » a déclaré la conférencière en se référant au Pavé Mosaïque ; le culte des sens – dans un des temples que mon groupe a visité, j’ai vu dans un des frontons un triangle de verre où était inscrit le mot « les Sens » – ; le handicap – une soirée « Société civile et Handicap » consacrée justement au handicap aura bientôt lieu le 31 mai 2018 – ; l’écologie – un colloque public au CNAM sur « Transition énergétique et Humanisme » se déroulera le 9 juin prochain – ; le revenu universel – notre conférencière nous a dit qu’un groupe de travail de sa loge planchait en ce moment sur la création du « Revenu Universel Inconditionnel » – ; le féminisme – notre conférencière, à diverse reprise, n’a pas caché son militantisme féministe… ainsi que sa passion pour les chats ! – ; l’égalité hommes-femmes ; le transhumanisme, etc. Notre conférencière nous a d’ailleurs avoué qu’elle était en faveur de l’euthanasie et qu’elle faisait partie du collectif Mourir dans la dignité…) ; l’intellectualisme élitiste et la déconnexion avec le Réel chez les francs-maçons (par exemple, j’ai appris qu’au Grand Orient, qui est l’obédience la plus importante numériquement en France, et qui se targue de favoriser le brassage socio-professionnel et le non-classement des personnes sur la base de leur salaire ou de leur métier… en réalité, il y a très peu d’ouvriers, et la moyenne d’âge est de 59 ans, donc très élevée).
 

Ce qui me marque dans la Franc-Maçonnerie, c’est également la dépersonnalisation des membres des loges : ils ont beaucoup de mal à dire « je » ou à parler en leur propre nom dès qu’il s’agit d’aborder les questions intimes et collectives (sexualité, religion, politique, opinions personnelles, etc.) ; entre eux, ils ne se demandent pas quel métier ils font, ni leur nom entier, mais uniquement à quelle loge ils appartiennent. Le processus d’identification s’arrête là. Et ils font passer cette destruction ou cet effacement de l’identité pour une procédure ou un protocole associatif « égalitaire » et « fraternel ». Preuve de ce lavage de cerveau, de ce déni de la personne, de cette dépersonnalisation, en Franc-Maçonnerie : les organisateurs qui nous accueillaient et assuraient les visites de La Nuit des Musées ne portaient pas de badge nominatif. Ils étaient réduits à leur fonction : « Accueil », « Conférencier », « Sécurité » (d’ailleurs, dans le staff de surveillance, il n’y avait que des Noirs : pour un mouvement anti-colonialiste et anti-racisme comme la Franc-Maçonnerie, ça fait plutôt sourire…). Ils diront que c’est par manque de moyens, ou pour l’aspect pratique, qu’ils n’affichent pas leur nom et prénom sur leur badge… mais en réalité, ça dit plus profondément une négation de la personne au sein des obédiences maçonniques.
 

Enfin, une chose m’a frappé en visitant les locaux du Grand Orient de France : c’est la manière dont les francs-maçons arrivent à convaincre leur auditoire du bien fondé de leur œuvre/association (même s’ils prétendent « ne vouloir convaincre personne » et « ne pas faire de zèle »). Ils arrivent à rallier à leur cause en particulier les jeunes (il y avait ce soir-là beaucoup de trentenaires, de geeks, et même des familles avec des jeunes enfants), les personnes homosexuelles, (j’ai vu plusieurs « couples » gays parmi les visiteurs), et – plus surprenant – les catholiques (soixante-huitards comme tradis). Dans mon groupe, je me suis effectivement retrouvé nez à nez avec un couple (homme-femme) de paroissiens de l’église saint-Éloi à Paris, très séduit par la Franc-Maçonnerie, qui m’a reconnu, et qui m’a dit qu’il était en faveur du « mariage gay » (preuve que la porte d’entrée dans la Franc-Maçonnerie est bien l’hétérosexualité, au sens bisexuel et gay friendly du terme, et non l’initiation officielle). La moisson des âmes, dans ce genre d’événements, est donc abondante ! Les francs-maçons ne se gênent pas, et séduisent à fond !
 

 

La corniche triangulaire avec « les sens »…


 

 

 

6) Fondation Vuitton :

J’ai fini mon « marathon de musées » avec la Fondation Louis Vuitton, en plein cœur du Bois de Boulogne, car elle fermait à 1h du matin (plus tard que les autres). Il y avait une file d’attente monstrueuse, et un certain nombre de personnes homos dans le public de visiteurs, dont un « couple » tendrement enlacé et complice juste devant moi. Bref, c’était Boboland (je me serais cru à Lyon). Pour ce qui est de la visite en elle-même, pas grand-chose à en dire, si ce n’est que c’était très planant, très New Age, très Nouvelle Religion mondiale, très franc-mac : les œuvres exposées (dont certaines me faisaient penser aux parodies de la vacuité de l’art contemporain par les Inconnus) avaient pour thème « le Vivant », l’énergie, l’or, la lumière (et ses dérivés : il était question de luminescences, d’« irradiances »), l’écologie, les migrants, l’architecture, l’animisme et l’animalisme, etc. Yves Klein a par exemple signé une toile qui représente exactement la Bête de l’Apocalypse. La Fondation Louis Vuitton : un beau miroir américanisé de la Fin des Temps.
 

L’Oiseau bestial de Klein


 

Plénitude amnésique…


 

L’or dans la main


 

 

 

Les ondes, espace des démons


 

J’ai maintenant la confirmation que les ondes (électromagnétiques, radiophoniques, etc.) – qui passionnent tant actuellement les scientifiques francs-maçons – sont les vecteurs ou les canaux de communication avec les démons ou les esprits des âmes damnées. Même les ondes dites « positives ». Ce soir, dans le film « Le Labyrinthe 2 » diffusé sur TF1, un des personnages (Jorge) a déclaré qu’il lui arrivait d’entendre « sur les ondes papoter les fantômes ». Et j’ai vu dernièrement dans une série espagnole une adolescente qui était contactée par des âmes défuntes qui essayaient d’entrer en communication avec elle via sa C-B radio. Je sais qu’en ce moment, certains scientifiques-médiums cherchent dans les ondes un moyen de rentrer en contact avec des entités énergétiques occultes, et même « extra-terrestres ». Et je vois qu’il s’agit, derrière l’excuse scientifique ou médiatique ou humanitaire/optimiste, d’un spiritisme masqué proche du satanisme.

Opéra rock Le Rouge et le Noir au Palace : l’Antéchrist apparaît sur l‘écran

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Je suis allé voir hier soir avec des amis l’opéra-rock Le Rouge et le Noir au Palace à Paris, daube maçonnique qui s’amuse à faire péter la différence des sexes (le mariage) et la différence Créateur-créatures (le sacerdoce et l’Église)… comme si notre monde en avait besoin actuellement. Bref. Mais au-delà de ça, à un moment du spectacle, l’écran divisé en deux a bien illustré l’écartèlement duel de l’Antéchrist (vous voyez les V? les X? les W?). Et cette crise rougeoyante se résout comme par hasard par l’apparition unifiante d’une Croix du Christ, victorieuse. Le diable se grille tout seul.
 
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LE LANGAGE CONTEMPORAIN DU DIABLE (par l’écriture, la géométrie et les personnes)

 
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Vous vous intéressez à notre époque, à l’héraldique et aux emblèmes codés qu’utilise l’Antéchrist (et ses agents maçons du Gouvernement Mondial) pour s’imposer dans les esprits des êtres humains du monde entier ? Alors cet article, qui est l’un des plus importants que j’aie écrits, est pour vous ! Je vais essayer de vous expliquer en quoi le diable essaie de s’approprier l’écriture et le langage pour ensuite posséder la matière et (en vain) les âmes humaines et le Christ.
 

 

Ma démonstration se découpera donc en 3 parties parallèles :

– Les LETTRES du diable (alphabet, écriture et langage) : Du V en passant par le M et le W jusqu’au X ou au Z.

– Les FIGURES du diable (géométrie, volume et architecture) : Du Triangle en passant par le Rond et le Carré jusqu’au Losange ou au Trapèze ; ou bien de la Pyramide en passant par le Cube et la Sphère jusqu’au Sablier ou à la Quenouille

– Les PERSONNES du diable (démonologie) : De Jésus en passant par Marie jusqu’à l’Antéchrist et Satan. Autrement dit, le diable par les lettres, par les figures et par les personnes terrestres et célestes.
 

Ne vous en faites pas. Mon exposé ne sera pas très long à lire ni très compliqué à comprendre, car il n’y a pas beaucoup de textes, et il ne comporte quasiment que des images à regarder.
 

Mais une fois que vous aurez compris le truc, vous finirez par ne voir que ça… et pas partout, en plus ! Alors bonne plongée vers la Fin des temps !
 

N.B. : Cet article est évidemment à compléter avec ceux sur la quenouille, l’Humanisme intégral, Les Bobos en Vérité, la puce, l’Antéchrist, le cube, le noachisme, le triangle, la Franc-Maçonnerie, même s’il les condense un peu tous.

 
 
 

I – Les LETTRES du diable (écriture et langage) : Du V en passant par le M et le W jusqu’au X ou au Z

Tout ce qui est oblique, en biais, en diagonale, non droit, c’est ce qui fait obstacle, ce qui se met en travers du chemin de Jésus, ce qui divise. C’est bien la particularité du diable. On retrouve cela avec certaines lettres de l’alphabet (W, V, M, X, et un peu A, N, Z, K, Y) très communément employées par le Gouvernement Mondial et l’Antéchrist.
 

Le V (il est très proche du A et du Y) est souvent synonyme d’ouverture, de victoire, de validation, de voyage aérien (l’oiseau), et aussi d’autocensure, de manque de confiance en soi (regardez les ados qui font leur « V » de la victoire avec les doigts pour se donner une contenance et se cacher).
 
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Le W (il est très proche du M et du N) est synonyme de construction, de travail (Work en anglais), de progrès, d’internet (Word Wild Web), de superpouvoir (Wonder Woman), de guerre (War en anglais), et se fond souvent dans le V (étant un double V s’encastrant en lui).
 

Par ailleurs, V et X se rapportent en général aux extraterrestres et à l’inframonde/supramonde. D’ailleurs la série télé V et la série X-Files en fournissent de parfaits exemples).
 

Le M est souvent synonyme du diable (Pensons à Méphisto et aux chansons de Mylène Farmer, de Madonna). Il tente de violer le M de Marie tout en l’imitant.
 

Le X (il est très proche du Z, du K, et V) est synonyme d’orgasme (le marché du porno), d’inversion (symétrie axiale), de sablier réversible, d’immortalité, de suppression (la croix de refus), de modernité. Il parodie le Christ – parfois symbolisé aussi par le X – mais en devenant une anti-croix (antéchristique, du coup) : le X est une Croix du Christ subtilement retournée.
 


 

Enfin, dans les Google Doodle maçonniques, j’aimerais retenir votre attention sur l’importance de l’écriture et du scribe. Car selon la pensée nominaliste de l’Antéchrist, c’est l’écrivain qui crée le monde et le modifie par l’écriture, les lettres et les mots. Et notamment les quatre lettres dont je viens de souligner la place prépondérante.
 
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Présent au Salon ViVa Technology de Paris en juillet 2016, à la plus grande gloire du V (Aie confiance...)

Présent au Salon ViVa Technology de Paris en juillet 2016, à la plus grande gloire du V (Aie confiance…)


 
Premier nom d'Internet

Premier nom d’Internet


 
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Plus une personne ou une chose est limitée, plus on lui attribue la toute-puissance du W

Plus une personne ou une chose est limitée, plus on lui attribue la toute-puissance du W


 
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Le W est évidemment mondialiste

Le W est évidemment mondialiste


 
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x-cloud
 
x-horloge
 
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Et quand les lettres font des mariages hybrides, ça donne ça :
 

 

Fond de tapisserie du Salon ViVa Technologie

Fond de tapisserie du Salon ViVa Technology


 
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Principaux symboles francs-maçons

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Le Cercle Vortex par Maître Gims

Le Cercle Vortex par Maître Gims


 

 
Kate Simko and London Electronic Orchestra

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Marks & Spencer

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Je vous renvoie à mon article

Je vous renvoie à mon article


 
Omnivore Tour (Regardez le "M" du dessus : on en reparle au 3e chapitre...)

World Omnivore Tour (Regardez le « M » du dessus : on en reparle au 3e chapitre…)


 
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II – Les FIGURES du diable (géométrie, volume et architecture) : Du Triangle en passant par le Rond et le Carré jusqu’au Losange ou au trapèze ; ou bien de la Pyramide en passant par le Cube et la Sphère jusqu’au Sablier ou à la Quenouille

Si je me suis permis de parler longuement de toutes ces lettres – et surtout du W, M, X, V – c’est qu’elles ont sans exception comme dénominateur commun le TRIANGLE. Le diable cherche à conquérir la Nature et la matière pour se donner une contenance et un pouvoir.

 

Dans le premier chapitre, nous avons étudié le triangle du point de vue alphabétique/scriptural. Le point de vue hiéroglyphique/symbolique/pictural/pluridimensionnel/en 3D, c’est maintenant ! Nous allons parler construction, architecture. Les lettres prennent « magiquement » du volume et de la « vie » !

 

Il y a bien sûr un lien entre toutes ces figures géométriques et les outils des francs-maçons : équerres, compas, quenouilles, plans de construction des architectes-ingénieurs, etc.
 

Globalement, le triangle est figure de progrès et également de monisme : dans la pensée antéchristique, l’Humain se prend pour la base du sommet de sa transcendance et pour le point de départ et d’arrivée d’un grand Tout énergétique cosmique dont il serait l’une des émanations (monade). Le triangle renvoie à la pyramide, en particulier égyptienne (cf. le noachisme et la panmythologie), sorte d’assemblement de pierres philosophales qui serait dans son ensemble l’Homme divinisé lui-même. Tout comme le cube d’ailleurs, très à la mode en ce moment, notamment le Rubik Cube, présenté comme un condensé d’humanité divine, mais sans Jésus et sans le passage par la Croix d’Amour (renoncement à soi-même). L’Antéchrist essaie de faire croire à l’être humain que ce dernier pourrait se construire, avec son aide et l’entremise de ses légions d’anges extraterrestres humanoïdes, comme une pyramide ou un totem ou cube, et qu’il aurait en lui-même le secret de sa fondation et de son immortalité. Une fois qu’il arrive au sommet de son intériorité, à la source de son désir (le trou du sablier), l’Homme pourrait ensuite diluer son Moi dans le grand Tout cosmique d’où il identifierait son origine, comme dans un sablier qui se renverserait éternellement. Il ne vous échappera pas que la figure architecturale du sablier (deux pyramides qui s’opposent par le sommet, ou encore un X devenu bâtiment-armature) renvoie au mythe icarien/prométhéen/sisyphien/luciférien de l’éternel recommencement, de la réincarnation, bref, de la damnation et de l’esclavage perpétuels.
 
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Tour Triangle à Paris

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Tour Part-Dieu à Lyon

Tour Part-Dieu à Lyon


 
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Le Triangle comme symbole de danger (radioactif)

Le Triangle comme symbole de danger (radioactif)


 
Le triangle comme signe de lecture, de progrès

Le triangle comme signe de lecture, de progrès


 
Progrès optimiste

Progrès optimiste


 
La chanteuse nord-américaine Beyoncé

La chanteuse nord-américaine Beyoncé


 
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Le Complexe Carré de Soie à Boboland (Lyon)

Le Complexe Carré de Soie à Boboland (Lyon)


 
La X-Box One Scorpio

La X-Box One Scorpio


 

Photo prise le 14 décembre 2016 en Suisse, près de la Cathédrale


 
Cube Apple

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Cube Häagen-Daz "Style Inside" à la Gare Saint-Lazare à Paris

Cube Häagen-Daz « Style Inside » à la Gare Saint-Lazare à Paris


 
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La Pyramide cubique : non, je ne rêve pas

La Pyramide cubique : non, je ne rêve pas


 
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Cube Windows 10 à Pompidou (Paris)

Cube Windows 10 à Pompidou (Paris)


 
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Google Doodle

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British Got Talents 2016 (Voir mon article sur le cube)

British Got Talents 2016 (Voir mon article sur le cube)


 
Le Cube vu comme un humain divin par lui-même et sa rationnalité

Le Cube vu comme un humain divin par lui-même et sa rationalité


 
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Le Cube comme émanation d'une humanité cosmique, d'une réalité augmentée

Le Cube comme émanation d’une humanité cosmique, d’une réalité augmentée


 
Jaillissement d'une énergie

Jaillissement d’une énergie


 
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Et quand les figures géométriques font des mariages hybrides, ça donne ça (et parfois des sabliers et des losanges pyramidaux) :
 
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Google Doodle

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Le film "Le Vent se lève" de Miyazaki (cf. mon article sur la quenouille maçonnique)

Le film « Le Vent se lève » de Miyazaki (cf. mon article sur la quenouille maçonnique)


 
« Veux-tu un monde avec pyramide, ou sans pyramide: moi j'ai choisi un monde avec des pyramides, même si je n'oublie pas qu'elle sont issues de la souffrance » dit le personnage de Caproni se rêvant debout sur les ailes d’un avion de la Seconde Guerre Mondiale, dans le film d’animation « Le Vent se lève »

« Veux-tu un monde avec pyramide, ou sans pyramide: moi j’ai choisi un monde avec des pyramides, même si je n’oublie pas qu’elle sont issues de la souffrance » dit le personnage de Caproni se rêvant debout sur les ailes d’un avion de la Seconde Guerre Mondiale, dans le film d’animation « Le Vent se lève »


 
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(Regardez bien la déformation stylisée du "R")

(Regardez bien la déformation stylisée du « R »)


 
C'est la fête du losange pyramidal !

C’est la fête du losange pyramidal !


 
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Pièce de théâtre sur l'homosexualité et l'asexualité conjointes

Pièce de théâtre sur l’homosexualité et l’asexualité conjointes


 

 
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Symboles maçonniques (l'équerre et le compas correspondant au cube et au cercle)

Symboles maçonniques (l’équerre et le compas correspondant au cube et au cercle)


 
Temple de la Rose-Croix, Loge maçonnique

Temple de la Rose-Croix, Loge maçonnique


 
Le Quartier des Affaires à Lyon (Part-Dieu), top bobo et donc franc-maçon !

Le Quartier des Affaires à Lyon (Part-Dieu), top bobo et donc franc-maçon !


 
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Institut du Monde arabe à Paris

Institut du Monde arabe à Paris


 
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Satellite

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Installation lumineuse et musicale O X à la Gaite Lyrique

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III – Les PERSONNES du diable (démonologie) : De Jésus en passant par Marie jusqu’à l’Antéchrist et Satan. Autrement dit, le diable par les lettres, par les figures et par les personnes terrestres et célestes

 

Vous aurez peut-être remarqué à travers les deux chapitres précédents que Satan utilise la Bible, la Croix du Christ, et les figures parfois attribuées à Jésus (le X, le losange), à l’Esprit Saint (le W), à la Vierge (le M, la sphère) et à la Trinité (le V, le Père, le Fils et l’Esprit avec le triangle) pour les inverser, les distordre, les détourner et se faire passer pour eux. Donc raison de plus pour ne pas diaboliser ces lettres ni crier au diable ou à l’Antéchrist dès qu’on voit une pyramide, un V ou un X ! Mon relevé n’est là que pour apporter de la confiance et de la conscience christique et mariale : pas pour nous inquiéter ni nous crisper encore davantage. Oui, c’est vrai, Satan va s’approcher de notre Roi (Jésus) et de notre Reine (Marie) pour les violer/singer par les mots, la matière, les esprits et les personnes. Il va les transpercer de 7 glaives. Et ça nous transpercera un peu aussi. Mais il a déjà perdu. Et même s’il avance masqué, son orgueil est sa signature visible. Donc il se trahit lui-même à son insu, y compris symboliquement (avec le 666 et les lettres/figures géométriques dont j’ai parlées, je crois). Alors confiance et en avant vers la victoire de Jésus en nous (qui ressemble à une défaite d’un point de vue humain et mondain) !
 

C'est l'Instant X...

C’est l’Instant X…


 

Le diable en toutes lettres :
 

Série V (sur les OVNI)

Série V (sur les OVNI)

 
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devil fire font - letter W

devil fire font – letter W


 
w-diable
 
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(Regardez la croix christique inversée sous le S)

(Regardez la croix christique inversée sous le S)


 
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Plateau de Nazca

Plateau de Nazca


 
Publicité SONY Xperia

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Série X-Files sur les extraterrestres

Série X-Files sur les extraterrestres


 
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x-files-oeil
 
x-men
 
Saga X-Men, des êtres antéchristiques

Saga X-Men, des êtres antéchristiques


 
 

Le diable en toute géométrie :
 

Publicité Adopte un mec

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Film "Black Swan"

Film « Black Swan »


 
La Passerelle enchantée de Daniel Hourdé, sur le Pont des Arts en 2016

La Passerelle enchantée de Daniel Hourdé, sur le Pont des Arts en 2016


 
Google Doodle

Google Doodle


 
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Jeu en lien avec le Triangle des Bermudes

Jeu en lien avec le Triangle des Bermudes


 
Le Voleur satanique (Drone)

Le Voleur satanique (Drone)


 
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Le diable travestissant Jésus et la Vierge, reprenant ses symboles :
 

Le soir, la Tombée du jour (1869) de William Rimmer

Le soir, la Tombée du jour (1869) de William Rimmer


 
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Représentation de Dieu, le "Grand Architecte", par les Francs-Maçons

Représentation de Dieu, le « Grand Architecte » soi-disant satanique, par les Francs-Maçons


 
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Lucifer prométhéen vu au Louvre à Paris

Lucifer prométhéen vu au Louvre à Paris


 
Archange Saint Michel (en forme de V) à l'église éponyme à Paris (17e)

Archange Saint Michel (en forme de V) à l’église éponyme à Paris (17e)


 
Tableau Tentation du Christ (1854) d'Ary Scheffer (Le 4 contre le W)

Tableau Tentation du Christ (1854) d’Ary Scheffer (Le 4 contre le W)


 
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Symboles de la Rose-Croix (Franc-Maçonnerie)

Symboles de la Rose-Croix (Franc-Maçonnerie)


 
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Novak Djokovic et sa religion de l'Amour...

Novak Djokovic et sa religion de l’Amour…


 
Croix du Christ travestie en X. C'est l'affiche du prochain "Projet Blairwitch"

Croix du Christ travestie en X. C’est l’affiche du prochain « Projet Blairwitch »


 
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La Toute-puissance de la Rationalité vantée par les lucifériens

La Toute-puissance de la Rationalité vantée par les lucifériens


 
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Les bobos cathos s'y mettent aussi...

Les bobos cathos s’y mettent aussi…


 
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Code n°4 – Amant diabolique (sous-codes : Faust / Regards / Langue au chat / L’Autre)

Amant diabolique

Amant diabolique

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Aussi surprenant que cela puisse sembler, ce n’est pas parce que les artistes et les intellectuels homosexuels (souvent athées auto-proclamés) tentent maintes et maintes fois de prouver que l’amour homosexuel est merveilleux et positif qu’ils en construisent un portrait idyllique dans leurs créations. Tout le contraire ! C’est sous les traits du diable qu’est décrit par le héros homosexuel – et parfois par les personnes homosexuelles athées elles-mêmes, c’est ça le comble ! – l’amant tant désiré. Cet être-sans-nom, appelé mystérieusement « L’Autre », au regard pénétrant et troublant, peut s’incarner partiellement en un jeune adulte innocent, magnifique, muet, qui fait signer à la personne qu’il subjugue un contrat à l’encre sympathique, lui imposant ainsi une perverse loi du silence. Il est possible que le mythique héros faustique homosexuel, qui vend son âme à ce perfide « amant double » félin sous la pression de ses vils instincts, en perde sa langue… puisqu’il donne, littéralement, sa langue au chat. La métaphore du diable est une manière, pour de nombreuses personnes homosexuelles, de dire tout bas l’ambiguïté de l’amour (des amours) qu’elles sont en train de vivre : il a le goût et la forme de l’Amour vrai, mais il n’en est pas un exactement. Et c’est cette confusion qui ressemble à une lente descente aux enfers dans le couple homosexuel.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Première fois », « Coït homosexuel = viol », « Se prendre pour Dieu », « Vampirisme », « Violeur homosexuel », « Liaisons dangereuses », « Homme invisible », « Regard féminin », « Désir désordonné », « Chat », « Oubli et amnésie », « Homosexuel homophobe », « Se prendre pour le diable », à la partie « le diable au corps » du code « Ennemi de la Nature », à la partie « Fixette sur un amant perdu et déifié » du code « Clonage », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 

FICTION

 
 

a) L’amant homosexuel prend les traits du diable :

Film "Hellbent" de Paul Etheredge-Ouzts

Film « Hellbent » de Paul Etheredge-Ouzts


 

On peut voir dans les œuvres artistiques suivantes que le personnage homosexuel a le diable pour amant : cf. le roman Le Diable en personne (2001) de Robert Lalonde, le film « Chloe » (2009) d’Atom Egoyan (avec la belle call-girl lesbienne intrusive), la nouvelle Ernesto (1953) d’Umberto Saba, le film « Armaguedon » (1976) d’Alain Jessua, le film « The Devil’s Playground » (1976) de Fred Schepisi, le film « Diaboliquement vôtre » (1967) de Julien Duvivier, le tableau Ange au couteau de Michael Sebah, le film « Hellbent » (2005) de Paul Etheredge-Ouzts, le film « Nowhere » (1997) de Gregg Araki, le roman L’Ange en décomposition (1970) de Yukio Mishima, le roman Méphisto (1936) de Thomas Mann, le roman Y De Repente, Un Ángel (2005) de Jaime Bayly, le film « Le Messager » (1971) de Joseph Losey, le film « Adrien et le loup » (1999) de Sylvie Lazzarini, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti (avec Gino, l’étranger diabolique), le film « Aniel » (1997) de Francois Roux (avec Aniel, celui par qui le trouble arrive), le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec Gabriel, le nouvel élève débarquant à l’improviste et dont personne ne connaît l’origine), le film « Fraulein Doktor » (1968) d’Alberto Lattuada, le film « Rendez-vous de satan » (1972) d’Anthony Ascott, le film « L’Amant bulgare » (2003) d’Eloy de la Iglesia (avec Kyril, la figure de l’étranger), le film « Intrusion » (2003) d’Artémio Benki (avec Florence, l’étrangère démoniaque), le film « L’Inconnu du Nord-Express » (1951) d’Alfred Hitchcock (avec Bruno, l’intrusif amant), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec l’étranger qui détruit une famille bourgeoise entière), le roman L’Inattendue (2003) de Karine Reysset, le film « L’Inattendue » (1987) de Patrick Mimouni, le film « Trop (peu) d’amour » (1997) de Jacques Doillon, le film « Dallas Doll » (1993) d’Ann Turner, le film « When The Right Hand Sleeping » (2002) d’Hiroyuki Oki, le film « Nettoyage à sec » (1997) d’Anne Fontaine, le film « En route » (2004) de Jan Krüger (toujours avec la figure de l’étranger diabolique), le film « The Grotesque » (1995) de John-Paul Davidson, le film « Ti Kniver I Hjertet » (1995) de Marius Holst, le roman La Vallée heureuse (1939) d’Anne-Marie Schwarzenbach, le film « Amor Maldito » (1986) d’Adelia Sampaio, le film « A Un Dios Desconocido » (1977) de Jaime Chavarri, le film « Gypo » (2005) de Jan Dunn, la chanson « I Fell In Love With The Devil » dans le film « Wild Side » (2003) de Sébastien Lifshitz, la chanson « La Légende de Rose Latulipe » de Cindy et Ronan dans le comédie musical Cindy (2002) de Luc Plamondon, la chanson « La Beauté du diable » de la Diva dans la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Berger, le film « Lucifer Rising » (1974) de Kenneth Anger, le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui, le film « Love Is The Devil » (1998) de John Maybury, le film « The Demon Fighter » (1982) de Chu Yin-Ping, les photos Anges et Démons de Jean-Daniel Cadinot, le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, la chanson « L’adorer » d’Étienne Daho, le film « Le Masque du démon » (1960) de Mario Bava, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec le jeune Tadzio), le film « Wishing Stairs » (2003) de Yun Jae-yeon, le film « Créatures célestes » (1995) de Peter Jackson, la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen, le roman Cœur de démon (2003) de Claude Neix, le roman Petite cuisine du diable (2004) de Poppy Z. Brite, le film « The Pollen Of Flowers » (1972) d’Ha Kil-jong, le roman Un Ange cornu avec des ailes de tôle (1994) de Michel Tremblay, les romans L’Ange maudit (2000) et L’Innocence du diable (2001) d’Eyet-Chékib Djazari, le roman Un Ange est tombé (2000) de Claude Neix, le film « Amour et mort à Long Island » (1997) de Richard Kwietniowski, les tableaux Les Démons de Manu (1998) et Bouc et mystère (1991) de Michel Giliberti, le roman Quand tu vas chez les femmes (1982) de Christiane Rochefort, le film « Speed Demon » (2003) de David DeCoteau, le dessin animé « South Park, plus long, plus grand et pas coupé » (1998) de Trey Parker (avec le couple gay Saddam Hussein/Satan), le roman La Colline de l’ange (1989) de Reinaldo Arenas, le roman L’Homme de ma mort (2002) de Jonathan Denis, le film « Chambre 666, n’importe quand » (1982) de Wim Wenders, le roman La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar (avec la description de Zahir), le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland, le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, le poème « L’Ange double » de Carson McCullers, la chanson « La Java du diable » de Charles Trénet, le roman L’Étranger de la famille (2001) d’Olivier Lebleu, le roman El Ángel Descuidado (1965) d’Eduardo Mendicutti, le film « Le Serpent » (1972) d’Henri Verneuil, le film « De Duivel Te Slim » (« Plus Malin que le diable ») (1960) d’Edith Kiel, le film « Toto Che Visse Due Volte » (1998) de Daniele Cripi et Franco Maresco, le film « Lucifer-Sensommer : Gul Og Sort » (1990) de Roar Skolmen, le film « L’Ange noir » (1993) de Jean-Claude Brisseau, le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, le dessin L’Ange à l’envers (1976) d’Endre Rozsda, le tableau Coït subliminal (2003) de Nikolaï Saoulski, les tableaux de Priscilla Cuvelier, la photo Le Diable – Pierre (1997) de Pierre et Gilles, la photo Les Affranchis (2003) de J.-P. David Ponce-Blanc, la photo Ange ou démon… car qui veut faire l’ange fait la Bête de Patrick Sarfati, la photo Regard d’un ange (1986) de Jean-Claude Lagrèze, le film « Le Dénommé » (1988) de Jean-Claude Dague, le film « Le Sang du poète » (1930) de Jean Cocteau (avec l’ange noir), le film « L’Étranger » (1967) de Luchino Visconti, le film « My Brother The Devil » (2012) de Sally El Hosaini, les films « Les Diables » (1971) et « Le Messie sauvage » (1972) de Ken Russell et Derek Jarman, la chanson « Dile A Tu Amiga » de Dalmata (avec le diable charmant le couple de lesbiennes et le chanteur), le film « The Devil Wears Prada » (« Le diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Loreleï, l’amante diabolique et accaparante), le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion (avec Osmond, le mari d’Isabelle), le roman Le Diable à Westease (1947) de Vita Sackville-West, le film « Birthday » (2010) de Jenifer Malmqvist (avec le personnage de Fredrick), la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (dans l’épisode 3 de la saison 1), le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (avec Sarah, l’une des héroïnes lesbiennes, la nouvelle élève qui débarque dans la classe de Charlène, et qui va la détruire), le film « Un Beau petit Diable » (« Handsome Devil », 2016) de John Butler, la chanson « Parce que » de Daniel Darc et Bill Pritchard, la chanson « Imprudentes ! » de Georgius, etc.

 

« ’L’enfer n’existe pas’, dit Jane. ‘Avant, je faisais des cauchemars à propos des Russes, et après, j’ai fait des cauchemars dans lesquels Greta Mann m’attirait à une fête avec le diable. Parfois, les rêves se mélangeaient et les Russes étaient là avec Greta, en train de m’attendre. » (Frau Becker et Jane l’héroïne lesbienne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 215) ; « Un Russe, messager de l’Enfer. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « J’ai passé deux enfers à vous aimer ! » (Anthony, le héros homosexuel s’adressant à son amant Scrotes, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « On parle du loup, on en voit la queue. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc.

 

B.D. "Fallen Angels" de Cuho et Cantero

B.D. « Fallen Angels » de Cuho et Cantero


 

Dans certains films, il arrive que des personnages disent à leur amant homosexuel qu’ils voient en lui une créature qu’ils n’arrivent pas à identifier, autrement dit l’androgyne : « C’est quelque chose en toi qui me dégoûte. Je ne pense pas que ce soit directement lié au physique » entendons-nous dans le film « La Confusion des genres » (2000) d’Ilan Duran Cohen. « Vous êtes une fille étrange. Tombée du ciel. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Mon ange. Tombé du ciel. » (idem) Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis, l’un des héros homosexuel, parle « du démon qu’il s’est choisi ». Parfois, la menace satanique vient directement d’un personnage homosexuel qui au départ s’adresse à son amant sur le ton de la blague, mais qui finit par s’exécuter sérieusement à la fin, comme Mona dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky. Le diable cinématographique est invisible, et pourtant, certains personnages lui parlent. « Suppôt de Satan ! Étron de Belzébuth ! » (le Père 2 s’adressant à son futur gendre, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) Par exemple, dans le film « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera, Roberto, pendant qu’il se masturbe tout seul dans son salon, s’adresse à quelqu’un que nous ne voyons pas à l’image mais qui le malmène (« Va te faire foutre connard ! Fils de pute ! »). Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Michel dit à la femme qu’il aime, la très bisexuelle Mélodie, qu’elle est « diabolique », ce à quoi elle lui répond : « J’ai aucune envie d’être diabolique. C’est la vie qui est diabolique. ». Quelques voix narratives laissent entendre qu’elles ont fini par se prendre pour des êtres ayant vendu leur âme à l’antéchrist, et devenant, par contamination, le diable en personne. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Dick reconnaît chez Tom, l’homme amoureux de lui, le diable : « C’est démoniaque. Tu fais toujours ça avec ton cou. » Il finit par lui donner des idées puisque cette présomption se révèlera concrète : Tom va effectivement le tuer.

 
 

Hubert – « De toute façon vous m’aviez déshonoré bien avant d’avoir déshonoré ma famille. Quant à ma sœur Adeline, ne vous en formalisez pas, je l’avais déshonorée bien avant vous.

Cyrille – Vous êtes diabolique, Hubert. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius tombe amoureux de Dracula (nom qui signifie « diable »). Dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, « Big Demon » est le nom du prostitué transsexuel travaillant au Bois de Boulogne. Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, Lucifer est l’amant homo SM de l’archange Raphaël, défini comme « une pédale », et super efféminé. Dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, dont j’ai fait référence un peu plus haut, Mona s’adresse à son amante Tamsin en des termes explicites : « Je suis le diable et je suis venu pour te tuer. » À la fin du film, elle cherchera d’ailleurs à la noyer. Dans le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius, l’amant homosexuel apparaît comme le tentateur du personnage joué par Jean Dujardin, avec sa pomme d’amour qu’il déguste langoureusement (c’est d’ailleurs pour cette raison que l’espion lui répondra : « Serpent, je ne mange pas de ce pain-là. ») Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, est attaqué dans son lycée, en début de film, par deux camarades déguisés en diable. Dans le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, Texor est l’étranger diabolique qui s’introduit dans la vie de Jérôme. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, et son amour de jeunesse, Kevin, se retrouvent à l’âge adulte à cause d’une chanson qui a réactivé leurs souvenirs et leur « amour, et qui commence ainsi : « Salut l’Inconnu ». Dans le film « Social Butterfly » (2012) de Lauren Wolkstein, une Américaine de 30 ans fait irruption dans une soirée d’adolescents sur la Côte d’Azur et aucun d’entre eux ne comprend les raisons de sa troublante présence. Dans la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, Staline est le tentateur homosexuel pénétrant dans le couple Boulgakov/Boulgakova. Dans le film « Tenue de soirée » (1987) de Bertrand Blier, Bob, un cambrioleur, débarque dans la vie d’un couple ordinaire, Antoine et Monique, pour initier Antoine à l’homosexualité, et créer le désordre. Dans la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650, adaptée en 2008) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le héros est visité par « le démon de Socrate », autrement dit l’amour platonicien grec. Dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, l’amant androgynique, mi-homme mi-femme, de par sa dualité, est décrit comme diabolique. Dans la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, Joe, en évoquant les illustrations d’une Bible pour enfants de sa jeunesse, dit qu’il s’est depuis toujours identifié au Jacob en lutte contre un séduisant ange blond. Dans la pièce Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, la relation homosexuelle est décrite comme un « enfer », et l’amant prend la forme d’un « démon ». Le héros du ballet Alas (2008) de Nacho Duato voudrait « pouvoir être capable de s’enthousiasmer avec le diable ». Dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, Hervé appelle son copain Alex « la Créature ». L’androgyne diabolique, c’est l’être invisible qui parle à l’intérieur du personnage du roman Les Mauvaises Pensées (2005) de Nina Bouraoui (« Je porte quelqu’un à l’intérieur de ma tête », p. 9) ou bien l’« implacable maître » intérieur évoqué par Truman Capote dans sa préface de Musique pour caméléons (1979). Dans les chansons de Mylène Farmer, il est fréquemment question de la rencontre avec l’ange diabolique : « Il est entré dans mon lit sans un bruit, sans même troublé la nuit… L’Ange m’a fait croire au bonheur. » (cf. la chanson « L’Annonciation ») ; « L’Inconnu a meurtri plus d’un cœur. » (cf. la chanson « L’Innamoramento ») ; « Ange, parle-moi. De voir qu’en lui, ils étaient deux. Je sais ce que mentir veut dire pour moi. […] Don’t let me die, l’Ange, don’t let me die, l’Archange. Tu sais Dieu a rompu son pacte avec cet étranger. » (cf. la chanson « Ange, parle-moi ») Dans la pièce Angels in America (2008) de Tony Kushner, Prior prend son amant Louis pour un fantôme. Dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, l’amant homosexuel, ce « cher fantôme » (p. 7), est comparé à un « hôte inquiétant » (p. 85), à « une inquiète déchirure » (p. 28) à « un homme au double aspect » (p. 34) : « Sa voix chaude et compatissante ouvrait en moi quelque chose comme une blessure. » (p. 108) Dans la chanson « Paradize » du groupe Indochine, l’amant diabolique est le double narcissique : « Toi, tu viens par ici. Je dis toi regarde moi Toi. Si tu me vis Oui. Toi, suis-moi au paradis – so far a wheel – s’éclaircir pour la dernière fois à s’introduire juste au dessus de moi et tu verras ce qu’il nous reste à faire/on revient de loin. » Voltaire, dans L’Anti-Giton (1714), parle de l’amant homo comme un imposteur amoureux : « Ce pauvre dieu courut de ville en ville […] quittait les cieux pour éprouver les hommes. […] D’un beau marquis il a pris le visage. […] Trente mignons le suivent en riant. […] Ce faux amour, […] cet enfant jaloux, il vole parmi nous. » Dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, Saint Loup voit son amant-ennemi dans son propre lit. Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Greg, le héros homosexuel, taquine le couple lesbien Jézabel/Erika en les qualifiant de « deux diablesses ». Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Olivier essaie de dissuader le jeune Mathan de croire en l’amour homo, car ses onze années de couple avec Jacques ont été visiblement éprouvantes : « J’espère que ça ne te fait pas rêver. C’est l’enfer. » Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony, l’homosexuel âgé, essaie de jeter le jeune Jim dans les bras du jeune Doyler : « C’est un ami qui va venir. Pas un étranger. Quand on aime quelqu’un, il n’y a rien à faire. » Dans le film « Thelma » (2017) de Joachim Trier, la belle Anja va attirer dans ses filets la jeune et timide Thelma. Leur liaison donne lieu à des phénomènes physiques (crises d’épilepsie d’une grande violence pour Thelma) mais également surnaturelles, de nature démoniaque. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam, le héros homosexuel, se targue de regarder des films satanistes sur Porn Hub où par exemple « un démon en images de synthèse baise un cheval. » (c.f. épisode 1 de la saison 1). Dans l’épisode 3 de la saison 1, l’Inquisiteur extraterrestre de la B.D. de Lily fait son coming out : « ‘Je suis gay !’ dit l’Inquisiteur. » Dans l’épisode 4 de la saison 1, Tanya et son amante Ruthie regardent un docu sur les requins (à défaut de pouvoir faire l’amour), et Tanya regarde Ruthie en souriant de toutes ses dents, d’un air diabolique et concupiscent.

 

Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz, le jeune héros homosexuel, garde un mauvais souvenir de son premier baiser homo qu’un certain Joachim lui aurait arraché dans un foyer de garçons : « Je me suis senti très mal. » Plus tard, il suit dans la rue un homme de quinze ans de plus que lui, Léopold, qui l’entraîne chez lui. Avant de passer à la casserole, Léopold propose à Franz de jouer aux petits chevaux… et il s’amuse, quand il lance les dés, de tomber trois fois de suite sur un « 6 » (je rappelle que 666 est le chiffre attribué au diable). Ensuite, Franz lui raconte le cauchemar qu’il a fait à propose de son beau-père, qu’il a pourtant désiré sexuellement : « Puis il est venu dans mon lit. J’avais l’impression de devenir de plus en plus petit. Comme une fille. Puis il est rentré en moi. » Excité par son histoire, Léopold commande à Franz de revivre son humiliation fantasmatique : « Déshabille-toi et j’arriverai. Comme l’homme du rêve. » L’un comme l’autre s’utilisent et se piègent : « Vous m’avez pris de court. » (Franz à Léopold) ; « Je me suis bien fait avoir. » (Franz après avoir couché avec Léopold) ; « Vous m’avez bien eu. » (Léopold à Franz) ; « C’est drôle, je n’ai pas l’habitude d’être dans la peau d’une marionnette. » (Franz)

 

 

Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Oliver, l’Américain, est l’étranger qui débarque dans la famille Perlman. Ce Don Juan va y séduire tout le monde, et en particulier le père (Sammy), et bien sûr le jeune fils de 17 ans Elio, avec qui il va avoir une liaison. Une fois qu’Oliver initie Elio à l’homosexualité, il essaie de le convaincre de déculpabiliser (« On n’a rien fait de honteux. » ; « Fais pas l’enfant. Rendez-vous à minuit. »)… même si Elio en pleure. Il l’embobine, lui fait croire à l’amour le temps d’un été, et après, disparaît pour toujours de la vie du jeune adolescent de 17 ans, afin de se marier. C’est pourquoi Elio le qualifie à deux reprises de « traître ». Le personnage d’Oliver incarne la beauté satanique insaisissable, inconstante : il se passionne d’ailleurs pour les « entités » occultes chez les Grecs. À un moment nocturne, Oliver est submergé par des images en négatif, de couleur rouge, de son jeune amant Elio, comme une vision psychédélique et satanique se superposant au réel. Oliver provoque à diverses reprises la chute d’Elio, ou bien lui-même chute (à vélo, dans le plan d’eau, etc.). À la fin du film, Elio sera transformé lui-même en diable : dans les dernières images, on voit en gros plan son visage éclairé par le feu de cheminée rougeâtre, qui passe des larmes au défi démoniaque.
 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola trompe sa copine Vera d’un commun accord avec Nina. Un trio diabolique s’organise autour des calculs machiavéliques de Vera : « Lola a une espèce de fascination pour vous. » (Nina s’adressant à Vera) ; « À cet instant, j’avais décidé que tu serais à moi. » (Vera s’adressant à Lola à propos de leur première rencontre) ; « Lola, tu sais que j’ai toujours eu ce que je voulais. » (idem) ; « En général, elle se plie à ma volonté. » (Vera parlant de Lola à Nina) ; etc. Lola se rend compte de l’identité satanique de sa compagne : « Cette femme est diabolique. Elle a trouvé le moyen de me déculpabiliser. » ; « La femme avec qui je m’épanouis sexuellement est une conne ; et la femme avec qui je vis est une lumière. » Mais elle consent à son aliénation : « D’une manière générale, je suis à ta disposition. J’éprouve une réelle volupté à laisser diriger ma vie par toi. » (Lola s’adressant à Vera) Quant à Nina, elle finit par ne plus supporter l’emprise de Vera sur Lola : « Si je comprends bien, ma relation avec Lola est sous ton contrôle ? » (Nina s’adressant à Vera) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (idem) ; « Ta dépendance et ta soumission avec cette fille me gêne profondément. » (Nina s’adressant à son amante Lola, idem)
 

Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se fait sodomiser par Palomino : « Ça fait mal. Ça pique ! Je vais vomir. Je saigne ! ». Ce dernier le rassure un peu : « Une vierge est censée saigner. » Avec une jouissance malsaine, il lui parle de la syphilis, maladie transmise aux Russes, et qui se serait appelée « le mal mexicain ». Palomino semble se venger de la domination coloniale des Occidentaux sur les Orientaux en inversant, par la sodomie, la domination, comme s’il rééquilibrait le sens de l’Histoire : « Tu es l’Ancien Monde. Je suis le Nouveau Monde. Je veux jouir de ton cul russe et virginal. »
 

Le diable ressemble parfois au phallus ou au désir qui endurcit le sexe génital pour les personnes de même sexe : « Satanas, sors de mon slip ! » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012)

 

DIABLE Tadzio

Tadzio dans le film « Mort à Venise » de Luchino Visconti


 

Dans le roman Le Moine (1796) de Matthew Lewis, le diable prend la forme d’un jeune homme d’à peine 18 ans, au visage et au corps parfait, complètement nu, avec une étoile scintillante sur son front, des ailes rouges, des boucles de cheveux soyeuses attachées par un ruban de feu multicolore qui brûle autour de sa tête. La grâce angélique de cet éphèbe est seulement trahie par la férocité de son regard et son aspect mélancolique. On retrouve cette beauté du diable dans les romans de Philippe Besson, et notamment dans Un Garçon d’Italie (2003), avec la description de Leo : « On s’y laisse forcément prendre, à cet air angélique, à ces manières de Christ, à cette négligence dans la posture, à ces yeux qui fouillent au-dedans de nous alors qu’ils paraissent à peine nous regarder. Oui, on a envie de le prendre entre nos mains, ce visage d’enfant de chœur à qui on ne donnerait pourtant aucun bon Dieu sans confession, à ce sourire qui creuse des fossettes et qui ramène à l’adolescence, à ce que nous avons perdu. » (p. 98) ; « Les yeux fardés jusqu’au mépris. » (Luca, le narrateur homo du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; etc.

 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Paulo se demande par rapport à Pierrot s’il n’est pas homo : « Il est pas de la jaquette ? » Gilbert, intrigué, lui demande : « À quoi tu vois ça ? » Paulo lui rétorque : « Il regarde. »
 

Le diable est véritablement diabolique de ressembler dans un premier temps à Dieu : cf. le poème « Howl » (1956) d’Allen Ginsberg (avec l’ange blond qui perce avec son épée), la pièce Un Ángel Para La Señora Lisca (Un Ange pour Madame Lisca, 1953) de Copi, etc. Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, la belle Sarah, tout de rouge vêtue, maltraite son amante Charlène, révèle les secrets de celle-ci aux autres, la harcèle au téléphone, la manipule. Elle la menace même de mort si jamais Charlène avoue sa véritable origine sociale : « Si t’en parles, je te tue. » Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil se dit attirée par le « derrière virginal » de Cécile Volanges, « cette vierge que le diable a recrutée contre elle ». Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Audrey, le bel agresseur homophobe, drague Anton, le héros homosexuel, avant de l’attirer dans un get-apens. Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, Marc est le jeune et beau séducteur diabolique qui matte Sieger pour le déstabiliser. Dans l’épisode 268 de la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1 le 13 août 2018, lorsque Bart demande à Hugo son amant « Tu viens d’où ? », ce dernier lui montre le ciel (« De là. »), ce à quoi Bart plaisante : « T’es du genre un ange tombé du ciel, quoi… »

 

« À la première seconde, je savais que j’allais l’aimer, que j’allais souffrir. J’ai voulu faire durer cette imposture le plus longtemps possible. La douleur est éblouissante, très pure. » (Stéphane parlant de son ex-amant, le jeune et beau Vincent, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Suivre les yeux fermés notre hôte de charme. » (cf. la chanson « Les Chiens perdus » du Beau Claude) ; « Chaque dimanche tu apportais ta mousse au chocolat. Tout le monde disait ‘Il est humain’, blablabla. […] Tu attendais qu’au ciel les guirlandes d’étoiles guident tes pas pressés, rôdeur dominical, t’attirent hors de chez toi. » (cf. la chanson « Tu étais si gentil » du Beau Claude) ; « Ce petit, c’est ma damnation. » (Jacques, l’écrivain homo quinquagénaire ayant couché avec le jeune Mathan de 18 ans, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « J’voulais dire. T’es comme un ange. Un ange qui passe… » (Ryan dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays) ; « Le Dieu des Hommes […] s’éleva de 7 mètres au-dessus de nous, allant se placer haut à l’intérieur de l’aiguille de la Sainte-Chapelle dont les vitraux à mille et une couleurs produisaient sur lui (un barbu blanc aussi poilu qu’un ours polaire) un effet de kaléidoscope très agréable. » (Gouri, le narrateur bisexuel du roman La Cité des Rats (1979), p. 85) ; « Malcolm se leva et fit signe à Adrien de le suivre. Il le conduisit dans une petite pièce adjacente. Il alluma la lumière et tendit le bras : ‘Regarde, c’est beau non ? Tu vois, ça c’est celui je préfère ! Adrien s’approcha. Un enfant dont le visage n’était pas vraiment celui d’un enfant, plutôt celui d’une créature sortie d’un monde fantastique, mi-homme mi-volatile, chevauchait une bicyclette aux roues enflammées. La chevelure abondante, prise au vent, ressemblait à un plumage d’oiseau. Le plumage d’oiseau qui vole à contresens. Le rouge et l’orange dominaient. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 30) ; « J’ai regretté quelquefois de l’avoir écouté. J’ai même pensé qu’il avait pu être l’instrument du diable. Je sais maintenant qu’il a été comme un ange, un messager. Un ange que j’aurais, peut-être, dû laisser passer, avec qui je n’aurais pas dû combattre et dont je n’aurais gardé que le souvenir du passage… Oui, j’aurais peut-être dû le laisser filer, l’enfant-oiseau à la bicyclette enflammée ! » (Adrien à propos de Malcolm, idem, p. 49) ; « Plus beau que jamais, il ressemblait à un ange… à mon ange. » (Ednar, le héros homosexuel du roman autobiographie Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste) ; « [Jonathan Brockett, le personnage homo] Brockett était intelligent, il était d’une intelligence diabolique. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 307). « C’est pourquoi Brockett écrivait de si belles pièces, des pièces si cruelles ; il alimentait son génie de chair vive et de sang ! Génie carnivore ! » (idem, p. 308) ; « un homme absolument vicieux et cynique, un homme dangereux aussi parce qu’il était brillant » (idem, p. 351) ; « Derrière la porte, souriait de toutes sa nacre un garçon enjôleur que n’importe qui d’un peu novice aurait immanquablement trouvé joli. Laurent resta pétrifié sur le seuil de la porte. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Cœur de Pierre » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 47) ; « Un ange éploré était accroupi à la base d’une grande croix, les bras levés vers le ciel dans une posture suppliante. Ses ailes étaient aussi longues que son corps, son visage beau et torturé, évoquant un Jésus féminin. Le sculpteur avait fait du bon travail ; une impression de lumière se dégageait des plis de pierre de sa robe, laquelle épousait ses formes athlétiques mais manifestement féminines. Jane s’aperçut que son regard s’attardait sur les fesses de l’ange. Elle rit et murmura : ‘ Du porno de cimetière. ’. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) ; etc.

 

Par exemple, dans son roman La Dame à la Louve (1904), Renée Vivien évoque la séduction mortifère de l’amante lesbienne : « C’était un être bizarre. Lorsque je m’approchai d’elle pour la première fois, une grande bête dormait dans les plis traînants de sa jupe. » (p. 19) Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny n’arrête pas de s’entendre dire de son amant Romeo qu’il est « étrange ». C’est bien par le biais de la beauté que le diable se rend acceptable : « Elle est canon, toi tu lui donnais le bon Dieu sans confession. » (cf. la chanson « JBG » d’Alizée) On retrouve cette fausse innocence du diable dans la chanson de Dalida plébiscitée par la communauté gay, « Il venait d’avoir 18 ans » : « Il m’a dit ‘c’était pas si mal’ avec la candeur infernale de sa jeunesse. » Dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, Pietrino considère son amant Fefe (qui va le détruire) comme « un ange merveilleux ». Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, Claude tombe sous le charme d’un adolescent candide et diabolique. Dans sa chanson « Vie de couple avec un chien », Jann Halexander parle d’un mystérieux inconnu à l’air ingénu. Dans son roman En l’absence des hommes (2001), Vincent a tout de Lucifer, le roi de la lumière (il s’appelle d’ailleurs « Vincent de L’Étoile ») : il est jeune, blond, et il tente Proust (« Je vous écoute dire cela : vous êtes un ange, parler de mon angélisme. », p. 54). Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf décrit Pierre, son amant qui vient de le larguer, à un ange de lumière à qui il s’adresse encore nostalgiquement comme un ange solaire : « Et toi, t’étais assis dans ce rayon toute la journée. Je me souviendrai longtemps de ce rayon. » Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, le héros gay Jason est l’archétype du diable magnifique qui conduit à la mort : « Jason venait de faire son apparition. Il se tenait debout sur le rocher au-dessus d’eux, les mains sur les hanches, la jambe gauche s’avançant légèrement dans le vide. Il était doré comme un croissant. Ses boucles blondes flottaient dans la brise légère. Corinne, assise à ses pieds, l’observait, incrédule. Avec son maillot de bain qui représentait des têtes de mort sur fond noir, il ressemblait vraiment à un messager des dieux de l’enfer. ‘Encore une beauté d’archange’, songeait Corinne. » (p. 83) Plus loin, le roman se poursuit avec la description du couple Jason/Mourad, où Mourad, tué symboliquement/oniriquement par son amant, prend le masque satanique à son tour : « Jason avait d’abord rêvé de Mourad, debout dans un paysage enneigé. De ses lèvres coulaient avec abondance un sang très rouge, et de ses yeux des larmes se mêlaient au ruisseau rubis. Jason voulait s’approcher de Mourad pour le consoler, mais ce dernier éclatait soudain d’un rire moqueur, puis disparaissait en quelques instants, fondant avec la neige. » (p. 279) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan dit à son amant Kévin : « Tu es beau, calme, irrésistible, mais pas de doute : envahissant. » (p. 210) Il le décrit comme un ange torturant (p. 144) : « Comment fais-tu ? T’es trop beau. T’es infernal. » (p. 317) ; « Je t’ai vu descendre du ciel, un matin d’hiver. Je t’ai vu seul, sombre et silencieux. » (p. 453) Dans son roman Par d’autres chemins (2009), Hugues Pouyé décrit toute l’ambiguïté du bel amant homosexuel Malcolm, qui subjugue le héros Adrien, et qui lui semble pourtant diabolique : « J’ai regretté quelquefois de l’avoir écouté. J’ai même pensé qu’il avait pu être l’instrument du diable. Je sais maintenant qu’il a été comme un ange, un messager. Un ange que j’aurais, peut-être, dû laisser passer, avec qui je n’aurais pas dû combattre et dont je n’aurais gardé que le souvenir du passage… Oui, j’aurais peut-être dû le laisser filer […] ! » (p. 49) Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, Garbo est précisément la figure du tentateur. Il détourne d’ailleurs un prêtre qui « ne voit pas sous le masque de l’adolescent timide les deux ronds de perversité qui enluminent la gueule d’ange. » (p. 133) Dans son roman Génitrix (1928), le héros de François Mauriac narre le chantage sentimental cruel de l’ange adolescent : « Il fredonnait : ‘Non, tu ne sauras jamais – ô toi qu’aujourd’hui j’implore – si je t’aime ou si je te hais… » (p. 25) Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ian, le bel homme, est décrit par le couple homo Ben/George qu’il a aidé à trouver un nouveau logement, comme « l’étranger », « l’Ange » bienfaiteur. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, lorsqu’Yvette tombe sur Paulo, elle s’exclame : « Tiens ? Qui va là ! La Tentation en personne ! »

 

Étant donné que le diable est un ange, il est normal qu’il n’ait pas de sexe, ou qu’il offre le visage de l’androgyne bisexuel, mi-homme mi-femme : « Quel est cet homme-femme ? L’absurde Charnel, ‘plus-que-Charnel’ ? Qui était cet homme que tu as aimé jusqu’aux larmes. […] La Divine est ici. Elle est entrée. Elle sourit. Elle est assise à côté de moi. » (la voix narrative de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Et puis j’ai senti que je n’étais pas seul. Un être se tenait là. […] Puis j’ai entendu sa voix. Grave. Forte. Virile. Et pourtant une voix de femme. Elle m’appelait par mon prénom. Nous avons longuement discuté. Je lui ai promis de garder le silence sur tout ce qu’elle m’apprenait. […] Cela fait longtemps que je discute avec Dieu, il n’y a rien là de surprenant. Seulement c’est la première fois qu’il m’apparaît sous la forme d’une femme. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, pp. 60-63) ; « J’ai pris l’habitude de ses visites nocturnes. […] Une étreinte ferme et invisible qui se voulait rassurante. » (idem, p. 97) ; « J’irai au bout de la mission qu’il m’a confiée. […] La tentation est toujours plus forte. » (idem, p. 98) ; « Qui peut croire par exemple que des esprits peuvent communiquer avec nous ? Que des démons peuvent entrer dans notre chair ? Moi, j’y crois. » (idem, p. 99) ; « Michael est le charme… désincarné. » (Harold, le héros homosexuel parlant de son colocataire gay, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin raconte à son psy sa première rencontre homosexuelle avec son amant Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, alors que le tableau est idyllique : « C’était comme au cinéma. C’était au bord de la plage. C’est alors qu’il m’est apparu. Un petit air de Ryan Gosling… avec le corps d’Élie Sémoun. » De son côté, Arnaud donne une autre version des faits au psychanalyste, en partant sur le quiproquo incestueux que le thérapeute lui parlait de sa première cuite : « Ma première fois, c’était avec mon oncle dans sa cave. ». « Je comprends le traumatisme… » interrompt le psy. Arnaud poursuit : « J’avais 12 ans. J’étais consentant. […] C’était un Cabernet d’Anjou. Ma première cuite. » Réalisant qu’il y a eu malentendu, il se reprend : « Je sortais du cinéma. Il faisait 40° C. Ça puait la pisse. Je passe par Paris-Plage. Et là, avec le soleil qui m’aveugle, je me prends Ben en pleine gueule. Mais bon, moi j’ai le mal de mer, alors je lui en veux pas. »
 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, le futur amant de Jonas, fait irruption en retard dans l’amphi le jour de la rentrée des classes au collège, en gênant la prof qui parle et en dirigeant un clin d’œil à Jonas qui le met dans l’embarras. Il s’assoit en cours à côté de ce dernier, en jartant Caroline qui pourtant était là avant lui. Le papa de Jonas met en garde son fils contre Nathan : « Fais gaffe, Jonas. ». Mais ce dernier ne suivra pas son conseil et sort avec Nathan. Quand Nathan fait croire à Jonas qu’il a été abusé par un prêtre à l’école primaire, non seulement il lui ment mais il le menace de l’égorger si jamais il trahit son « secret » (on découvrira que la balafre que Nathan porte sur sa joue ne vient pas d’un coup de calice donné par le prêtre, mais d’un lynchage collectif qu’il a subi aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans dans un parc d’attractions appelé Magic World). Nathan dévergonde le petit garçon sage qu’est Jonas… ce qui le transformera en homme drogué et instable à l’âge adulte. Il se moque de lui parce qu’il n’a pas d’amis au collège : « Pourquoi t’as pas d’amis ? », et le force à avouer qu’il était amoureux de son unique ancien ami, Nicolas, qu’il a perdu. De plus, pour embrasser Jonas, il le fait fumer dans la salle de sport du collège (ce qui deviendra une dépendance pour Jonas à l’âge adulte). Pour se venger d’un camarade de classe homophobe qui lui taxe toujours des clopes, Nathan empoisonne celles-ci afin de le rendre malade… et ça marche. De plus, Nathan ment à Jonas, l’humilie, le manipule, au point que ce dernier a peur et le croit fou : « T’es dingue. ». À l’âge adulte, Jonas finit, par contamination, par devenir aussi mauvais que son amant d’adolescence qu’il n’a plus jamais revu. Pourtant très sage et introverti à l’adolescence, il est devenu un vrai junkie : il est amené au poste de police pour avoir déclenché une baston dans un club gay, The Boys. Il pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, et le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. Si je reviens et que tout le monde est mort, et que t’as buté tout le monde, on fait comment ? » Jonas enfreint toutes les règles et fume dans sa chambre d’hôtel. Les deux amants, Nathan et Jonas, sont finalement devenus des bad boys au contact l’un de l’autre. Des petits diables.
 

Dans la pièce Sallinger (1977) de Bernard-Marie Koltès, le Rouquin apporte une vérité satanique, c’est-à-dire une vérité fondée non plus sur la Vérité en elle-même (en tant que priorité victorieuse sur le mal) mais sur la dénonciation des petits défauts et des faux-semblants des autres. Par purisme perfectionniste de la Vérité, il en arrive paradoxalement à détruire ce qui est juste. Son regard sur les êtres humains est dénué d’émerveillement et d’espérance. Sa « vérité » n’est pas aimante. Elle est pure opposition au Bien, jugé naïf et trop soumis. Il s’agit d’une vérité cynique qui consiste simplement à mettre son essentiel à prouver le mensonge. C’est en quelque sorte une « vérité par défaut ». L’inconnu du film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, lui aussi, est présenté comme ce messager de la Mauvaise Nouvelle : il se contente de révéler aux autres leur bonheur illusoire, et la vanité de leur existence.

 

DIABLE Main marionnette

 

L’amant homosexuel diabolique est parfois un marionnettiste qui donne l’impression au manipulé d’être marionnettiste de son marionnettiste : « Il me traitait à la fois comme sa marionnette et son propre marionnettiste. » (Fermín dans la nouvelle « Primavera » de Claudia Schvartz, incluse dans le recueil Historia De Un Deseo (2000) de Leopoldo Brizuela, p. 278) ; « Petra et elle s’étaient écartées l’une de l’autre et se tenaient à présent face à face sur le canapé, comme si elles s’apprêtaient à entamer un match de boxe ou un jeu de ficelle. » (Jane, l’héroïne lesbienne en couple avec Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 54) ; « Je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de moi. » (Delphine en parlant de son amante Elle, dans le film « D’après une histoire vraie » (2017) de Roman Polanski) ; « J’ai l’impression que tu t’es infiltré dans mon esprit. Je suis habité, envahi, possédé, obsédé par toi. » (William s’adressant à son amant Georges, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Nous sommes des dieux, Scrotes, et ces deux jeunes hommes sont nos jouets. » (Anthony s’adressant à son amant, par rapport au jeune couple homo naissant Jim/Doyler, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Il me tire à lui, je te dis, et je ne peux pas rompre l’emprise qu’il a sur moi. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, parlant du jeune David qui l’attire, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 175) ; « Sur l’oreiller du mal, c’est Satan Trismégiste, qui berce longuement notre esprit enchanté. Et le triste métal de notre volonté est tout vaporisé par ce savant chimiste. C’est le diable qui tient les fils qui nous remuent. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. La même chose se produit dans la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac (précédemment citée), dans le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, dans le spectacle Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, etc. Dans le film « Une Histoire sans importance » (1980) de Jacques Duron, Philippe se sent manipuler et incompris par Claude : « Tu aimes en moi ce que je n’aime pas. » Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, un jeu de séduction malsain s’établit entre la jeune Isabelle et la vénéneuse Serena Merle qui téléguide la vie de la première à sa place. Quand Isabelle s’en rend compte, parce qu’en réalité elle a gâché sa vie en se mariant à un homme (Osmond) vers lequel Serena l’a poussée, elle se tourne vers Serena en l’identifiant comme un démon manipulateur : « Mais qui êtes-vous ? Qu’avez-vous à voir avec moi ? » ; Serena lui répond : « Tout ». Plus tard, Serena avouera à Osmond, le mari d’Isabelle : « J’étais la proie du mal. » Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Cécile a passé son temps à décrire sa copine Chloé comme un pantin. Et, surprise, à la fin de l’histoire, c’est elle qui se fige en objet : « Je suis pétrifiée, à mon tour je suis devenue statue. » (p. 157) La poupée et le diable fusionnent souvent ensemble : « Jean-Jacques n’était pas un chef. Il n’était qu’un pantin dans tes mains perverties. » (Jean-Paul s’adressant à Jean-Marc, le héros homo infiltré, en lui parlant de son amant, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Khalid était à moi. Il s’enfonçait dans ma bouche. Je continuais de voyager dans la sienne. Des voies. Des ruelles. De l’obscurité. Des lumières, rares. J’étais devenu un sorcier : le fils de Bouhaydoura. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 141) ; etc. Le héros devient cet amant diabolique par atavisme. « S’il se souvient de moi et qu’il se retourne vers moi, pour moi, je le sauverai, je redeviendrai un ange, juste un petit diable, le petit pauvre. » (Omar après avoir tué son amant Khalid, idem, p. 169) À la fin du roman Les Illusions perdues (1837-1843) d’Honoré de Balzac, Lucien comprend qu’il ne contrôle plus son propre destin. Il écrit à propos de Carlos Herrera, son amant homosexuel : « Au lieu de me suicider, j’ai vendu ma vie. Je ne suis plus maître de moi-même. Je ne suis que le secrétaire d’un diplomate espagnol. Je suis sa créature. » (Gregory Woods, Historia De La Literatura Gay (1998), p. 673) Dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1947) d’André Gide, le héros n’est pas lâché par le diable : « La famille respectait sa solitude ; le démon pas. » (p. 11) Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, que ce soit le psy (le Dr Apsey) ou le petit copain (Jonathan), ils sont tout deux les petites « voix » (diaboliques) de la conscience de Frank, le héros homosexuel : ils le manipulent à distance, comme s’il était leur marionnette. C’est pour ça que Frank dit de son amant Jonathan qu’« il le force à faire des choses qu’il ne veut pas faire. » Jonathan confirme : « Oui, je te manipule. » Le psy fait de même, et fait dire à Frank ce qu’il veut quand celui-ci pense être tout seul avec son copain Jonathan. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael, le héros homosexuel, force tous ses amis gays, par jeu, à téléphoner à leur premier grand « amour » homo pour leur montrer la vanité de celui-ci. Cela les plonge dans la nostalgie minante de l’arroseur arrosé : « Pourquoi j’ai appelé ? Pourquoi j’ai fait ça ? Je n’aurais pas dû ! » se lamente par exemple Bernard après avoir joint par téléphone son amant disparu, Peter. Quand Bernard dit qu’il a perdu « sa dignité » suite à ce coup de fil raté, Michael affiche un rire sardonique. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adrian, le jeune délinquant homosexuel, a identifié l’homosexualité du père Adam, et joue au chat et à la souris avec lui au point de l’outer. Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Engel (l’ange blond) est le tentateur de Marc, l’homme marié et futur père : ce dernier lui reproche d’avoir « bousillé sa vie » en lui ayant fait découvrir les plaisirs homosexuels. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna étouffe ses amies (Suki et Kanojo) à distance, pendant un combat de magie qu’elle finit par perdre avec Kanojo qui lui adressera un dernier éloge mortuaire : « Mon amour, mon ange noir, pardonne-moi. »

 

En général, le héros homosexuel est pris de court (ou fait comme si il l’était, en jouant la vierge effarouchée) : « Tout ceci est déroutant. Toi ici ?… » (André par rapport à Laurent, qui revient à lui après l’avoir lâché et rompu une relation de 10 ans, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « J’suis hétéro. J’ai dérapé. J’allais pas bien. Il était là. » (Didier en parlant de Bernard ans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Es-tu un frère ? Es-tu un rêve ? À des milliers d’âmes anonymes. » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre » de Mylène Farmer) ; « Je suis vraiment gêné de faire irruption comme ça. » (Alan qui vient menacer le couple Larry/Hank, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

Parfois, le personnage homosexuel se sent habité par une force diabolique qui le rend semblable à elle : cf. le film « Stranger Inside » (2001) de Cheryl Dunye. « Elle est rentrée en moi. J’ai cru que j’allais exploser. » (Irène après sa première relation lesbienne, dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport) ; « Le jeudi, j’ai fait quelque chose de mal. […] J’ai senti la culpabilité me brûler le visage tandis que je demandais la chose en question, et dans ma tête une petite voix disait : ‘Celle-là, elle n’est pas pour toi. […] Tu essaies de voler ce que tu ne désires même pas. Parce que tu t’y connais, en désir ? Ça, au moins, c’est notre domaine, pas le tien. Et pourquoi tu parles de voler ? Je l’ai trouvée la première. » (Ronit, l’héroïne lesbienne qui entend une voix maléfique avec qui elle dialogue, au moment où elle prétend voler le cœur d’Esti, la femme mariée, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 223-224) ; etc.

 

« Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. […] Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. Elle n’en fut pas surprise et se laissa faire, mais sans participer en rien. Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (Alexandra, la narratrice lesbienne cherchant à draguer une jeune religieuse dans un train, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 223-224)

 
 

b) Le regard diabolique est échangé entre les amants homosexuels :

On retrouve le motif du regard diabolique dans différentes œuvres homo-érotiques : le film « L’Œil du diable » (1960) d’Ingmar Bergman, le roman Dans œil de l’ange (1998) d’Andrea H. Japp, la chanson « Les Yeux androgynes » de Jeanne Mas, les chansons « Je te rends ton amour » et « Beyond My Control » de Mylène Farmer, le roman Les Yeux silencieux (2003) de Michel Giliberti, la chanson « Les Yeux d’un ange » de Pascal Sevran, etc. Le regard du viol imposé par l’amant homosexuel diabolique est frénétique, triste, noir, angoissé, mécanique, sans tendresse, cannibale. On le voit particulièrement dans des films tels qu’« Une Vue imprenable » (1993) d’Amal Bedjaoui et « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera ; ou bien dans des chansons comme « Black Eyed » du groupe Placebo, « Les Yeux noirs » du groupe Indochine, et « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer (où il est fait référence au regard noir), le film « L’homme blessé » de Patrice Chéreau (avec les regards fiévreux et inquiets dans la gare), le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec Gabriel, l’intrus au visage d’ange, « vu » par son futur amant Léo, le protagoniste aveugle), la chanson « Les beaux yeux des garçons » du Beau Claude, etc.

 

Les yeux du violeur ne sont pas forcément désagréables d’ailleurs : ils peuvent être, comme le décrit Marcel Jouhandeau dans Carnets de Don Juan (1957), « plus graves qu’une nuit d’amour » : « Non, je n’ai jamais été violé et abandonné comme par ce regard en une seconde et en pleine rue, subtil, sagace, sûr de son harpon et sans remords… Cet homme… s’est retourné tout d’un coup et, me dévoilant son visage d’Archange, m’adressa face à face ce message d’une langueur, d’une ferveur et à la fin d’une férocité qui n’avaient plus rien d’humain… » (p. 96)

 

« Tout passe par les yeux. » (cf. une réplique de la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Son visage était fin, la peau, foncée sans être noire, était belle mais ce fut surtout la couleur et la forme des yeux qui le frappèrent. Ils étaient noisette, presque verts, légèrement dessinés en amande. Le regard le rassura. » (Adrien parlant de son amant Malcom, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 27) ; « Je découvris la douceur des regards complices de ces androgynes que sont parfois les adolescents. » (le narrateur homosexuel parlant de ses années collège, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 18-19) ; « Ton regard… tes yeux. […] J’ai besoin de m’y perdre, de m’y noyer. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 317) ; « Pour tes regards éperdus, ton regard d’amour désespéré, mon sperme s’est répandu. » (Luca dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Il jouit en moi comme il s’en retire, sans un bruit, sans un regard pour moi, sans un mot ou un geste. Je le regarde partir se laver dans la salle de bain dans une odeur de merde chauffée, le cul endolori, la bite encore dure, avec un sentiment violent de frustration. Il revient, s’installe pour dormir, me repousse quand je veux me coller à lui en m’expliquant Ah non, ça m’empêche de dormir, d’avoir quelqu’un collé à moi.’ » (Mike, le narrateur homo parlant à son amant Léo, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 98) ; « C’est l’œil de judas qui cligne, le nouveau péché original. » (le narrateur queer parlant de la sodomie, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « On raconte que quand les ‘Boludos’ vous regardent dans les yeux vous restez figé dans la même position pour l’éternité. On a trouvé sur leur chemin d’innombrables statues en lave représentant des êtres humains et des animaux à l’expression effrayée. » (Copi, « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983), p. 58) ; « Tu n’arrives pas à partir. Comme pour un accident. On ne peut regarder ni détourner le regard. » (Michael, le héros homo parlant de l’attraction homosexuelle, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Il a touché mon visage, et ses yeux sont devenus plus sombres. » (Arthur, le personnage homo, parlant d’un de ses premiers amants anonymes, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, les deux héroïnes, Emma et Adèle, ont un drôle de premier contact : c’est l’échange inquiet des regards impérieux sur un passage clouté qui révèlera à Adèle son attrait pour les filles. Dans le film « Petit cœur » (2012) d’Uriel Jaouen Zrehen, le temps d’un regard dans le métro, une fille est troublée par une autre fille. Dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, le narrateur homosexuel identifie ses pairs homosexuels à leurs « regards insistants », à « cette façon languide de se tenir » (p. 28). Quand ils se trouvent à l’opéra, il joue au Grand Seigneur lorgnant de manière méthodique sur ses proies sexuelles (qui instaurent le même jeu de regards que lui !) : « Il y avait des jeunes gens comme moi, amoureux fous de l’opéra, conscients ou non de leur différence, qui scrutaient chaque nouveau visage, beau ou laid, se présentant aux doubles portes d’entrée, à la recherche d’un signe de reconnaissance, d’un regard un tant soit peu insistant, peut-être même d’un sourire. Je tombais moi-même amoureux aux trente secondes, convaincu que tel ou tel spectateur regardait dans ma direction, plantait son regard dans le mien, hésitait à m’aborder. » (idem, p. 43) ; « Je choisissais les plus beaux et vivais une intense aventure de dix secondes avec chacun. » (idem, p. 44) ; etc. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Les regards entre Lukacz et Adam sont le détonateur de l’ambiguïté homo-érotique, et comme par hasard, ils sont échangés au milieu des flammes d’un feu de camp.

 

Le diable homosexuel, en général, ne parle pas. Son unique moyen de communication est le regard (Comme en boîte de nuit gay ou dans le contexte furtif du voyage en métro) : « Déjà ce soir-là Méphisto incognito guettait sa victime en rasant les murs. Dans les vitrines se croisent leurs regards, miroirs qui se font signe, sans parole et sans signature. » (cf. la chanson « Les Trottoirs de Los Angeles » de la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « Il a changé votre vie. Son regard pénétrant vous hantera jusqu’à la fin de vos jours. » (Thibaut de Saint Pol, N’oubliez pas de vivre (2004), p. 246) ; « Il me dévisagea de ses grands yeux bleus comme le ciel et impitoyables. » (Garnet Montrose décrivant Daventry, dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 43) ; « Il avait un drôle de truc dans l’œil. » (Henry parlant de Michel, le tueur homosexuel homophobe de l’île, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie) ; « Diego fut fasciné, sans pouvoir détourner le regard de ce demi-dieu qui l’observait et se laisser observer. Ils n’échangèrent pas un mot : l’autre le prit par le bras, le retourna contre le mur et le posséda. ‘Je suis rentré au dortoir ma bougie éteinte, mais éclairé de l’intérieur, et avec le pressentiment d’avoir soudain compris le monde’, dit-il. » (Senel Paz, Fresa Y Chocolate (1991), p. 22) ; etc. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, le héros homosexuel efféminé, parle de son premier amour, Delbert, un amour impossible, non-réciproque, qui le torture autant qu’il le ravit : « Je l’ai aimé dès que mes yeux se sont posés sur lui. J’étais au collège et lui au lycée. »

 
 

c) Le personnage homosexuel faustique vend son âme au diable en l’échange de l’immortalité :

DIABLE Claudine Candat Diabolo Pacte

 

Beaucoup d’auteurs homos réactivent le mythe de Faust, ce personnage qui a signé un pacte avec le diable pour devenir l’égal de Dieu, c’est-à-dire l’Amour-même : je pense en particulier au ballet Notre Faust (1976) de Maurice Béjart, au film « La Comtesse aux Pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, au roman Docteur Faust (1983) de Thomas Mann, au roman Faust (1990) de Fernando Pessoa, au roman Docteur Faustroll (1898) d’Alfred Jarry, à la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès (avec l’amant diabolique insistant), à la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, au roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde, au roman Faust (1594) de Christopher Marlowe, au personnage de Fausto dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, au film « Doctor Jekyll And Sister Hyde » (1971) de Roy Ward Baker, au film « Morgane et ses nymphes » (1970) de Bruno Gantillon, au film « Ma Vie est un enfer » (1991) de Josiane Balasko, au roman L’Autre Faust (2001) de Didier Godard, la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, le film « Don Juan et Faust » (1922) de Marcel L’Herbier, le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, etc.

 

« Faust est un emblème, l’expression d’une donnée agissante. » (un des héros de la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo) ; « Ne commence pas à vendre des bouts de toi-même à des gens comme Shane. » (Zach s’adressant au jeune Danny, avec qui il a couché et qui maintenant se laisse entretenir par Shane, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « On lui a volé son âme ! » (Fifi et Mimi s’adressant à Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur  (1986) de Copi) ; « De Gounod, je ne connaissais que l’inévitable Faust pour lequel j’avais eu une passion pendant toute mon adolescence. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 27) ; « Dès les premiers mots, j’ai su que ce que nous venions de vivre intensément ensemble, cet échange, cette fusion, cette transformation, ce pacte, cette forêt noire. » (Omar parlant de lui et de son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 165) ; etc.

 

D’ailleurs, le titre du roman El Lugar Sin Límites (1966) de José Donoso est un clin d’œil au Docteur Faust de Christopher Marlowe où Méphistophélès déclare que l’enfer n’a pas de frontières. Dans la pièce de Lorca La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935), Doña Rosita est prise de souhaits faustiques : « Ah… Si je pouvais vendre mon âme au diable… » Dans les œuvres homo-érotiques, le dialogue amoureux homosexuel prend très régulièrement la forme d’un échange commercial diabolique : « As-tu vendu ton âme au diable, Jimmy Dean ? » (cf. la chanson « Les Trottoirs de Los Angeles » dans la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « J’ai pas eu de jeunesse. Ma jeunesse, je l’ai vendue. » (Jacques Nolot dans son film « La Chatte à deux têtes », 2002) Le héros homo de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier parle de son sentiment d’avoir été leurré par le diable : « Les papous ne s’embrassent jamais, ils ont peur qu’on leur vole leur âme… Moi je me sens papou bizarrement certains matins… » Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le Baron homosexuel donne du poison à Elliot, pour mieux le posséder. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji s’adresse avec impuissance à son amant Maxence qui lui a fait perdre son innocence et sa virginité : « Mon cœur, tu l’as volé, et sans détour. » Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, Dorian Gray, par sa beauté et ses yeux captivants, inspire la « terreur » à Lord Henry ainsi qu’à Basile, le peintre qui le portraiture : « J’avais l’impression d’avoir donné mon âme à un être qui met une fleur à sa boutonnière. » (Basile) Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Négoce est le héros homosexuel entremetteur, un mafieux crapuleux, un chasseur de têtes engagé par des « couples de pères homos » pour arranger des mariages homos entre des jeunes hommes célibataires : « Merci. Vous savez mon fond de commerce… »

 
 

d) Le personnage homosexuel donne sa langue au chat diabolique :

N.B.: Je vous renvoie également aux codes « Douceur-poignard », « Première fois » et à la partie « Tendresse » du code « Drogues » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Il n’est pas rare de voir que l’amant homosexuel est comparé à un chat. C’est le cas dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol : « Où est le chat ? C’est lui la solution. » (p. 107) Entre la voix narrative et ce « félin cajoleur » (idem, p. 204), c’est l’histoire d’une possession : « Vous êtes tout à lui. Il a gagné. » (idem, p. 234). D’ailleurs Quentin, l’amant homosexuel de l’histoire, a un « sourire félin » (idem, p. 247). Dans le film « Giallo Samba » (2003) de Cecilia Pagliarani, Monica la lesbienne discute avec son meilleur ami, Joaquim, qu’elle compare à un « chat ». Dans le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, Mathieu, le héros homosexuel, dit à son chat qu’il « est son p’tit Prince charmant maintenant ». Dans le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le diable a un chat prénommé « Chacha ».

 

Film "Jennifer's Body" de Karyn Kusama

Film « Jennifer’s Body » de Karyn Kusama


 

Il est absolument fascinant de découvrir le nombre de fois dans les œuvres homosexuelles où l’expression « donner sa langue au chat » est employée, au moment précisément du premier baiser du personnage homosexuel à son amant, qui apparaît avec un masque félin : c’est par exemple le cas dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le film « Embrasser les tigres » (2004) de Teddi Lussi Modeste, la chanson « La Langue des anges » de Catherine Lara dans l’opéra-rock Sand et les romantiques, dans la B.D. Journal (1) de Fabrice Neaud, la chanson « Ma langue au chat » d’Élodie Frégé, etc. Dans le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, Isabelle, la femme violée, dit à Texor Texel qu’elle « donne sa langue au chat. » Dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, la Vierge Marie, en parlant du diable, dit que « c’est une méchante langue ! » Dans la pièce Transes… sexuelles (2007) de Rina Novi, Jacques parle de « donner sa langue à la chatte ». Donner sa langue au chat est une pratique fictionnelle homosexuelle assez courante : « Il m’a fallu l’impasse, donner ma langue au chat pour contrer l’existence. » (cf. la chanson « Méfie-toi » de Mylène Farmer) ; « Fais attention ou j’t’arrache la langue avec ma chatte ! » (Vaginette à Diego, dans le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set) ; « Entre moi, entre toi, ta langue de fer ou langue de chat. » (cf. la chanson « La Chevauchée des champs de blés » du groupe Indochine) ; « C’est pas d’ma faute, et quand je donne ma langue au chat, je vois les autres tout prêts à se jeter sur moi. » (cf. la chanson « Moi… Lolita » d’Alizée) ; « Je titille à présent son sexe, à demi dressé, de coups de langue lents et mesurés, à la manière d’un félin. » (Éric dans Albert Russo, L’Amant de mon père (2000), p. 36) ; « Sven se mit à lécher la hampe, par petites touches, comme un jeune chat qui découvre une nouvelle friandise. » (idem, p. 98) ; « J’ignorais qu’un chat pouvait sourire. » (le père d’Alice dans le film « Alice In Wonderland », « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton) ; etc.

 

Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, le dialogue entre Manuela, la sœur d’Héloïse, et Suzanne, l’amante d’Héloïse, est plutôt signifiant : Suzanne, parlant des aventures amoureuses lesbiennes d’Héloïse, déclare : « Je me suis dit que cette pauvre Héloïse […] allait y passer. Que son sort allait être réglé en deux coups de dents, et que… » Manuela l’interrompt brusquement : « Tu as de ces expressions ! » Suzanne poursuit : « Pardon. En deux coups de langue… » À nouveau, Manuela, offusqué s’interpose : « Manuela ! » Suzanne surenchérit malicieusement : « Ben quoi ! Un chat est un chat. » (p. 249) CQFD.

 

« Un jour l’amour décline, tous nos mots se mêlent, Ange. Ta douce langue se fourche. […] Ce qui était à toi, il faut que je le vende. » (cf. la chanson « Ange » du Beau Claude) ; « Le pire membre chez l’homme, c’est la langue. » (Vincent Nadal dans sa performance Des Lear, 2009) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… […] Je referme la porte et tout de suite nous portons nos mains sur le visages de l’autre, pour sentir le bandeau, pour être sûr que le contact est respecté. Il sourit, je sens sous mes doigts sa bouche tendue. Moi aussi je souris. On se prend dans les bras l’un de l’autre et on cherche nos bouches, qu’on s’embrasse voracement, qu’on viole avec la langue. Après un instant, en reprenant notre souffle, il dit ‘Ouhaou, c’est chaud !’ Je le prends par la main. Je me glisse devant lui, et ensemble nous marchons comme un seul homme dans l’appartement, Vianney parfaitement collé à ma nuque, mon dos, mes fesses, mes jambes. » (Mike racontant son aventure avec un certain Vianney, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 84) ; « Ce fut un innocent coup d’œil en arrière qui perdit le fils. L’homme, que le père semblait fuir, lança au fils un baiser aérien, et ce baiser percuta avec une telle violence l’innocence de ses pensées qu’il faillit tomber à la renverse ; mais le fourmillement délicieux que cette collision déclencha le laissa sur sa faim. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 30) ; « Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. […] Je suis encore troublé par ce baiser volé. » (Kévin s’adressant à son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 207) ; « Khalid s’est avancé vers moi et il m’a embrassé. Sur la bouche. Avec la langue. Longtemps. Les yeux fermés, j’ai pris sa bouche, ses lèvres en moi. Et, triste, amer, j’ai joué violemment avec sa langue. Il n’a pas protesté. » (Omar après avoir tué son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 168) ; « Que signifiait le baiser qui l’avait tant troublé : défi, ou mépris ? L’homme les avait-il pris, son père et lui, pour des invertis ? » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 31) ; etc.

 

Si la langue de l’amant homosexuel n’est pas toujours celle du chat, en tout cas elle est souvent dangereuse ou diabolique, associé au baiser traître de Judas : cf. le roman Baiser de sang (2008) de Tony Mark, le film « Kiss Me God Damn It ! » (2006) de Stian Kristiansen, etc. Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny Reyes a réalisé un film intitulé « Judas Kiss », littéralement le baiser de Judas.  Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, la langue de l’amant homosexuel est comparée à celle du serpent (p. 65). Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Paul embrasse son amant Erik pour lui donner une bouffée de drogue.

 

« Le pire membre chez l’homme, c’est la langue. » (Vincent Nadal dans sa performance Des Lear, 2009) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… […] Je referme la porte et tout de suite nous portons nos mains sur le visages de l’autre, pour sentir le bandeau, pour être sûr que le contact est respecté. Il sourit, je sens sous mes doigts sa bouche tendue. Moi aussi je souris. On se prend dans les bras l’un de l’autre et on cherche nos bouches, qu’on s’embrasse voracement, qu’on viole avec la langue. Après un instant, en reprenant notre souffle, il dit ‘Ouhaou, c’est chaud !’ Je le prends par la main. Je me glisse devant lui, et ensemble nous marchons comme un seul homme dans l’appartement, Vianney parfaitement collé à ma nuque, mon dos, mes fesses, mes jambes. » (Mike racontant son aventure avec un certain Vianney, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 84) ; « Ce fut un innocent coup d’œil en arrière qui perdit le fils. L’homme, que le père semblait fuir, lança au fils un baiser aérien, et ce baiser percuta avec une telle violence l’innocence de ses pensées qu’il faillit tomber à la renverse ; mais le fourmillement délicieux que cette collision déclencha le laissa sur sa faim. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 30) ; « Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. […] Je suis encore troublé par ce baiser volé. » (Kévin s’adressant à son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 207) ; etc.

 

Cette langue du diable peut être la représentation de l’emprise invisible exercée par un chanteur ou une chanteuse : « Il montre du doigt la langue de Janis Joplin qui sort de sa bouche comme un sabre ensanglanté. » (cf. une réplique de la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper)

 

Symboliquement, le fait de donner sa langue au chat démontre qu’un pacte du silence et du déni du mal est instauré entre les deux amoureux homosexuels. Ils s’utilisent l’un l’autre en se jurant de prouver à la face de la Terre que ce qu’ils vivent est de l’amour… même si, concrètement, ça n’en sera pas. C’est la raison pour laquelle le diable homosexuel des fictions prend la forme de l’action des sorcières de William Shakespeare dans la pièce Macbeth (1623), c’est-à-dire d’« un faire qui n’a pas de nom » (Acte IV, scène 1, p. 163). Le contrat est conclu à l’encre sympathique : « La signature finale est illisible. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 101) ; « J’ai fait des études de lettres. De lettres anonymes, bien sûr. » (Michel dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) Dans sa chanson « Les Passagers », Étienne Daho nous parle bien du « passager de plus qui n’a pas de nom, pas de prénom, anonyme » et qui s’immisce discrètement dans le couple homosexuel. « C’est le chat de gouttière le plus anonyme du monde. », rajoute Jean-Pierre Belone, l’homosexuel du film « Le Placard » (2001) de Francis Veber. Dans le roman de Julien Green Si j’étais vous (1947), Fabien rencontre précisément incognito l’énigmatique et diabolique Brittomart, « l’inconnu aux yeux noirs » : « La rencontre était anonyme. » (p. 23) ; leur pacte identitaire est scellé sans contrat visible : « Cette parole que vous venez de prononcer nous tiendra lieu de tous les parchemins traditionnels signés de notre sang, voulez-vous ? De telles billevesées ne sont plus de notre temps, pas plus que ce mot de diable qui vous a échappé, tout à l’heure et que vous bannirez de votre vocabulaire. » (Brittomart à Fabien, idem, p. 75)

 

Le diable peut distraire de tout, y compris de lui-même (n’oublions pas qu’il se déteste et qu’il ne veut surtout pas entendre parler de lui !). Certains personnages homosexuels, en lui donnant leur langue, souffrent d’amnésie et ne peuvent plus parler (cf. le dessin du monstre félin dans le journal intime d’Hervé dans le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni). « Toi et moi, on ne s’est jamais rencontrés, ok ? On ne se connaît pas. » (Zach parlant à Danny, suite à la nuit de sexe qu’ils ont vécue ensemble sans même prendre le temps de se connaître, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « On n’a même pas eu le temps de se présenter… » dira Dany (idem) Leur voix intérieure leur impose cette maxime : « Dis que tu viens d’un monde effacé… monde de songe… » (Manuel Puig, El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976), p. 219) ; « Je ne me souviens plus de son prénom. Même son visage est flou » (Vincent s’adressant à son ex-compagnon Stéphane, qu’il a trompé en n’assumant pas du tout son acte d’infidélité, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Je suis le plus redoutable et le plus doux des dieux. […]Je suis peut-être pire que les autres dieux. […] Je ne m’attaque qu’à ceux qui doute de ma nature divine. » (Bacchus dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; etc. Les mots du contrat diabolique tiennent en une consigne toute simple que Pascal Bruckner rappelle dans La Tentation de l’innocence (1995) : « Tu adopteras mes méthodes tout en me reniant. » On la retrouve édictée dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell : « Deny me and be doomed. » (« Renie-moi et sois maudit. ») Elle apparaît aussi dans la bouche de Tirésias, le pédiatre du film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, conseillant, par un pacte, à la mère de Narcisse de noyer l’identité de son fils : « Il aura une vie longue et heureuse s’il ne se reconnaît pas. »

 

Par exemple, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca ressent une culpabilité indicible : il fait allusion à une douleur qui semble physique mais qu’il ne voit pas et qu’il n’identifient pas « Mais de quoi étais-je donc le complice ?? […] Mais de qui étais-je donc complice ? […] Sur mon poitrail, aucune cicatrice. » Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, a dirigé des fouilles archéologiques à Carthage pour le Musée du Louvre, et a vécu là-bas sa première expérience homosexuelle avec un homme anonyme : « Il était grand, costaud. Je sais même pas s’il était beau. Je ne me souviens même pas de son visage. […] Les détails s’imposent à moi de façon démoniaque. Pourquoi je me sens si coupable ? » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, lorsque Frankie demande à son amant Todd comment s’appelle le dernier « plan cul » de ce dernier (« Il n’a pas de nom ? »), Todd répond cyniquement « probablement que si », parce qu’en fait il n’a pas la réponse.

 

Le diable fait oublier le prénom tout en donnant au personnage qu’il habite l’impression de l’unifier. « Homonymes… Anonymes. » (cf. la chanson « Les Passagers » d’Étienne Daho) Dans le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan, Catherine baptise son amante Chloé de « Personne ». Dans sa nouvelle « La Queue du diable » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel finit par connaître l’envers du décor amoureux de son bel amant : « Le sourire éthéré dont s’auréola le visage de l’ange me fit soupçonner quelque chose de pas catholique. » (p. 114) ; mais cela ne l’empêche pas de « tirer par la queue le beau diable qui se débat derrière lui » (p. 116) ; et il conclut ainsi : « Mon histoire finit là, car avant de nous ramener dans le monde des vivants, il nous fit signer un pacte promettant le silence sur ce que nous vîmes. » (cf. la dernière phrase, p. 118) Dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès, le tentateur explique sa tactique : « J’ai le langage de celui qui ne se fait pas reconnaître. » Et celui qui se laisse tenter se plaint sans se plaindre, comme un parfait amnésique : « Je souffre de ne pas savoir quelle blessure vous me faites. »

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, les personnages homosexuels enchaînent les relations sexuelles sans lendemain, dans la clandestinité et l’anonymat : « On s’est vus aux bains et on a couché ensemble, sans se parler, sans connaître nos prénoms. » (Donald à propos de Larry) « Peu après mon arrivée, j’avais emballé un mec dans les toilettes de la gare. Je suis tombé sur un gars sympa. Je ne l’ai jamais revu ensuite. […] Ce qui est drôle, c’est que je ne me rappelle pas son nom. […] Après, ce fut plus facile. On s’améliore avec la pratique. » (Hank racontant sa « première fois ») ; etc.

 

Même si le diable viole le héros homosexuel, ce dernier vit comme un envoûtement, un ravissement qui le privent de mots et même de la conscience d’être possédé : « Et Dieu ? Et ses anges ? Et le diable : est-il toujours le diable ? » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 177) ; « Un jet de semence issu de la verge du mari fusa en une parabole lactée au pied de la pauvre épouse, tel un Mercure ailé dont le message était transparent. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 61) ; « Un voyage onirique au cœur de l’inconscient et de ses mécanismes de défense, tel que le déni, ici, celui du viol dont Anne a été victime dès son plus jeune âge. À la recherche d’elle-même, mais aussi de l’autre, lui, qu’elle prend pour ce qu’elle croit être un ange. » (cf. le commentaire du film « Incidences » (2012) d’Andromak, sur la plaquette du 18e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013) ; « On s’est quittés aux aurores sans avoir échangé un mot. Je ne me rappelle plus de sa tête. » (William après son aventure avec un inconnu, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; etc. Par exemple, dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, voit débarquer (au ralenti) le beau Nicholas dans sa salle de classe, et c’est tout de suite le coup de foudre. L’écran se teinte de rouge à ce moment-là. Et il se trouve que Nicholas le trahira sexuellement avec Katya, la meilleure amie de Phil. Mais Phil est subjugué.

 

Le discours du diable tend à enfermer le héros homosexuel dans une identité ou une pratique homosexuelle factices, même s’il s’affaire précisément à justifier que ce serait le rejet de cet enfermement qui serait diabolique : « Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » (Harold, le héros homosexuel machiavélique parlant de manière anesthésiante et culpabilisante à son colocataire gay Michael, non moins sournois, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin)

 
 

e) Le personnage homosexuel évoque la présence d’une créature (généralement diabolique) appelé « L’Autre » :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Comme le héros homosexuel a donné sa langue au chat, ou a demandé sa langue à son partenaire, il ne peut plus identifier son agresseur comme le diable. En général, la parade inconsciente qu’il trouve, c’est qu’il appelle son énigmatique amant « l’Autre », ou bien qu’il se fait appeler ainsi. Pour illustrer mon observation, je vous renvoie notamment à la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa, au roman L’Autre (1971) de Julien Green, à la chanson « Cœur déjà pris » d’Alizée, à la chanson « Si j’avais au moins » de Mylène Farmer, à la pièce À trois (2008) de Barry Hall, au film « L’Un dans l’autre » (1999) de Laurent Larivière, au film « La vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, au roman Le Nid d’autrui (1894) de Jacento y Martinez Benavente, à « L’Autre » dont parle Jean Guidoni lors de son concert à la Boule Noire à Paris en avril 2007, à la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, à la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650, adaptée en 2008) de Cyrano de Bergerac, au film « Le frère, la sœur… et l’Autre » (1970) de Douglas Hickox, au tableau L’un de l’autre (2004) de Charles-Louis La Salle, au roman L’Un et l’Autre (2006) de Mathieu Riboulet, à la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, au roman L’Autre Dracula contre l’Ordre noir de la Golden Dawn (2011) de Tony Mark, au roman L’Autre homme de ma vie (2010) de Stephen McCauley, le roman Un homme et un autre (1928) d’Henri Deberly, la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, la chanson « Autonome » de Catherine Lara ; etc.

 

Dans la chanson « L’Autre » de Mylène Farmer, « l’Autre » est l’androgyne, le jumeau narcissique (« Toi et moi du bout des doigts nous tisserons un autre : un autre Moi. »). Il est présenté comme une créature angélique prenant forme humaine (« Mais qui est l’Autre ? Quel étrange messager ! »). L’Autre est un dieu : « Tu m’as toujours paru si fort, si indépendant ! Tu ne faisais pas de compromis. […] En t’observant, je ne pouvais m’empêcher de me sentir affreusement corrompu, impur : je suis si différent ! » (Christopher Isherwood, Rencontre au bord du fleuve (1982), p. 11) ; « N’avoir d’autre voeu que l’Autre, même un instant. » (c.f. la chanson « City of Love » de Mylène Farmer) ; « Et sans l’Autre on a quoi ? Qu’un pauvre miroir. » (c.f. la chanson « On a besoin d’y croire » de Mylène Farmer) ; « Quand on a tant besoin de l’autre, faire quoi ? » (c.f. la chanson « Retenir l’eau » de Mylène Farmer) ; etc. Mais il s’agit d’un être imaginaire qui n’a pas vraiment réussi à s’incarner totalement : « Oh, il y eut d’autres gens pour venir, ça oui. Je ne peux pas me les rappeler tous. […] mais vous comprenez, l’autre est venu, et c’est la vraie raison pour moi d’écrire dans ma tête ce journal. » (Garnet Montrose dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 39)

 

La référence à l’autre renvoie au mépris, à l’extase, à la haine de soi et des autres (qui, par moment, apparaît comme une fuite ravissante et ludique) : « Et si on changeait de noms ? Je veux dire échanger nos prénoms, juste nos prénoms… […] On ferme les yeux dix secondes. Après, chacun de nous deux sera l’autre. Je deviendrai toi, TU deviendras moi. » (Omar proposant à son amant Khalid un jeu sylvestre mortel, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 138) ; « Le corps extase, envie, mon corps genre, sexe, orgasme, comme un médium de plaisir, le terrain des amours et des haines, de soi et des autres, le terrain de l’autre. Le corps autre. » (la voix narrative dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Elle est partie avec l’Autre ? » (Pierre parlant de Benoît, le copain d’Isabelle, sa potentielle mère porteuse, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Je ne vous aimais pas. C’était l’Autre. » (Cyrano s’adressant à Roxane dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « Je veux vous dire que, lorsque je déclare que ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes, je signale simplement que, dans une relation amoureuse, souvent, il en est un qui donne et l’autre qui prend, un qui s’offre et l’autre qui choisit, un qui s’expose et l’autre qui se protège, un qui souffrira et l’autre qui s’en sortira. C’est un jeu cruel parce qu’il est pipé. C’est un jeu dangereux parce que quelqu’un perd obligatoirement. » (la figure de Marcel Proust à son jeune amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 164-165) ; « Du reste, ‘l’autre non plus n’y comprend rien, retournée dans son pays là-bas. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 12) ; « l’autre là-bas » (idem, p. 23) ; « Varia, c’est l’autre. » (Jason, le héros homosexuel décrivant Varia Andreïevskaïa, sorte de dangereuse Vampirella, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 64) ; « Je ne suis pas fils d’un roi… mais bien fils d’un Autre. » (Djalil dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Trans, c’est pas moi… c’est une autre. » (un des héros homosexuel de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « N’avoir d’autre vœu que l’Autre, même un instant. » (cf. la chanson « City Of Love » de Mylène Farmer) ; « J’ai l’impression d’avoir volé la place d’un autre. » (John parlant de son existence et ne se sentant pas légitime pour vivre, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; « Je supporte pas d’être chez moi. J’ai l’impression que je suffoque ; comme si je vivais dans le corps d’un autre, comme si je m’enfonçais dans la vie d’un autre. » (Jackson élevé par deux lesbiennes, dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; « Dominique, c’est l’autre. » (Mireille parlant du « mari » de Marcel, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; « Chez lui, c’est chez l’autre. » (c.f. la chanson « C’est la misère » de Dick Annegarn) ; etc. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, dit au médecin militaire qu’il a fait une tentative de suicide « parce que l’Autre a essayé de le noyer ». Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine reçoit Carole, son amante (habillée en rouge), dans sa maison familiale en rase campagne. Ce n’est pas du tout du goût de sa mère, Monique, qui, une fois le pot aux roses découvert, chasse les deux femmes, et traîne en procès de sorcellerie Carole : « Vous l’avez détraquée. Sortez !! Vous êtes le diable dans ma maison ! » Plus tard, Monique surnomme Carole « l’Autre ».

 

L’Autre renvoie également à une étrangeté horrifiante (et diabolique) que les amants homosexuels identifient à demi-mot entre eux : « J’ai l’impression que depuis toutes ces années, j’ai vécu avec quelqu’un d’autre. » (Sandrine Lazzari face à sa compagne et « femme » Laurence Moiret jugée pour meurtre, dans l’épisode 298 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 24 septembre 2018 sur la chaîne TF1).
 

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) b) c) d) L’amant diabolique (regard/Faust) :

DIABLE Lorelei

Lorelei, la lesbienne diablesse dans le film « Kaboom » de Gregg Araki


 

Depuis bien longtemps déjà, Platon avait dépeint la figure du diable angélique bisexuel et androgyne par le biais du personnage fictionnel d’Alcibiade : « Dans les pages du Banquet, Socrate cherche à se laver de tout soupçon en décrivant le bel Alcibiade, couronné de violettes, essayant vainement de séduire. Il nous le montre sous les traits de l’inverti constitutionnel, cultivé et mondain, tout semblable à ceux de nos jours : ‘Il est en tout excessif, intelligent jusqu’à la subtilité, amoureux des arts jusqu’à l’esthétisme, élégant jusqu’à l’affection… Fils de noble qu’environne une coterie, c’est un causeur étincelant qui, en tous lieux, soigne ses effets et veut qu’on le remarque. Sa suprême jouissance est de scandaliser…’ » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 124) ; « Dimanche 30 mars 1919. Ai oublié hier par fatigue de noter que ce jeune élégant qui ressemble à Hermès et qui m’avait fait une si forte impression il y a quelques semaines assistait à la conférence [au club]. Son visage, allié à sa légère silhouette de jeune homme, à par sa joliesse et sa folie quelque chose d’antique, de ‘divin’. Je ne sais comment il s’appelle, et ça n’a pas d’importance. . » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 122) ; etc.

 

Mais rassurez-vous. La fantasmagorie homosexuelle du diable n’est qu’un code qui traduit un fantasme ou un délire gothique genre Gay Pride, bien avant de décrire une réalité fantasmée : cf. le docu-fiction « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari (avec l’homme au masque de diable). Évidemment, il ne s’agit pas de diaboliser l’union homosexuelle concrète ni les individus homosexuels (ils le font déjà bien assez par eux-mêmes !). En revanche, il me semble tout de même important de souligner que l’incorporation de l’androgyne, toujours incomplète, en soi ou en la personne aimée, n’est pas toujours uniquement symbolique. La créature mythique diabolique habite fantasmatiquement les personnes humaines qui veulent se quitter elles-mêmes et se détruire par amant interposé. « J’aimais un homme et voulais qu’il me tue » écrit Olivier Py dans L’Inachevé (2001). Le personnage de l’amant homosexuel diabolique nous dit tout bonnement que le désir homosexuel tourmente.

 

Toujours Lorelei dans "Kaboom"

Toujours Lorelei dans « Kaboom »


 

La présence du diable dans l’iconographie homosexuelle, si elle n’est envisagée que dans son sens symbolique, obéit en réalité à un régime de causes inconscient qui, à l’inverse de la logique de coïncidences qui lutte contre les déterminismes, peut s’actualiser dans la réalité concrète à travers un jeu amoureux libertin souvent machiavélique. Je vous renvoie par exemple au journal L’Ange sauvage de Cyril Collard, au documentaire « Devil In The Holy Water » (2001) de Joe Balass, à l’amant diabolique anonyme dans La mauvaise vie (2005) de Frédéric Mitterrand (p. 159), etc. « On ne lutte pas avec les anges. » (Patrick Dupont, le chorégraphe, dans l’émission Prodiges sur la chaîne France 2 le 29 décembre 2016) Dans l’essai Rimbaud, la double vie d’un rebelle (2011) d’Edmund White, Rimbaud est défini comme « l’époux infernal » de Verlaine, sa beauté fatale qui le hantera toute sa vie. Dans son autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004), Alexandre Delmar aborde bien ce malaise perceptible dans beaucoup de couples homos réels, cette guerre de marionnettistes que se mènent les semblables sexués entre eux : « Mais à quoi joue-t-il à la fin ? […] J’ai beau être persuadé que je le manipule, j’en arrive quand même à me demander si ce n’est pas moi le pantin dans l’affaire. » (p. 50) L’enfer pavé de bonnes intentions s’expriment en beauté sous la plume d’Oscar Wilde dans De Profundis (1897) : « Les Dieux sont étranges. Ce n’est pas uniquement de nos vices qu’ils font des instruments pour nous châtier. Ils nous mènent à la ruine par ce qu’il y a en nous de bonté, de douceur, d’humanité, d’amour. » Dans son essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont illustre tout à fait le jeu interchangeable marionnette/marionnettiste qui s’exerce dans beaucoup de relations amoureuses homosexuelles réelles : « Catherine pensait-elle que j’étais une marionnette dont elle pouvait tirer les ficelles à son gré pour la faire gesticuler selon ses humeurs ? » (p. 124) C’est parfois à la beauté du diable que certaines personnes homosexuelles succombent, parce qu’elles-mêmes agissent à certains moments sous une emprise maléfique : « Sous un physique d’angelot, il cachait à peine une nature de gamin démoniaque. » (Frédéric Mitterrand, La mauvaise vie (2005), p. 204) ; « Jack Kerouac leva la tête de l’oreiller et me regarda par-dessus mon épaule ; juste à notre gauche, la lumière du néon rosé donnait à la chambre une couleur légèrement diabolique. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 351) Cathy Bernheim, dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003), évoque précisément « le petit chat échaudé qui repose en son amante » (p. 142) ; « Je me laisse piéger. Et là, je suis dans un engrenage infernal. » (Christian, le dandy homosexuel de 50 ans, parlant de sa faiblesse par rapport à la masturbation face à un prêtre qui l’a initié aux plaisirs homosexuels quand il était jeune adulte, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Thriller" de Michael Jackson

Vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson


 

Les regards jouent un rôle prépondérant dans la chute infernale que vivent les personnes homosexuelles apparemment consentantes avec leur(s) amant(s) lunatiques, joueurs, menteurs, paradoxaux, traîtres, homophobes refoulés : « Je me promène aux Champs. Je n’accoste personne, jamais. C’est les types qui viennent. Vous voyez bien quand un type vous regarde. Remarquez, on ne peut jamais savoir ; il y en a qui restent là à vous regarder pendant cinq minutes, et si vous leur parlez, ils disent : ‘Qu’est-ce que vous me voulez, ça va pas non ?’. Des refoulés. » (Pierre Benichou pour le journal Le Nouvel Observateur, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 44) La douceur également joue un rôle capital : « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24)

 

Ne pensez pas que ce n’est que du délire paranoïaque, cette affaire. La rencontre avec le diable, je le crois, peut se faire régulièrement dans les lieux d’homopratiques ou à travers les personnes de même sexe qui cherchent à coucher avec nous. Ce sont mes propres amis (certains, grands consommateurs de sexe) qui me le confirment : « Une fois, je me retrouvais seul dans la backroom et j’ai vu une ombre bouger. J’étais terrifié. Je te raconte ça parce que j’ai eu d’autres témoignages de personnes homosexuelles qui ont vécu la même expérience que moi. » (Gianni, un ami homosexuel de 26 ans, sur le chat de Facebook, le 25 août 2014). Pour ma part, j’ai été aussi le témoin vivant de phénomènes réels à caractère démonologique, comme je le raconte le soir de la saint Valentin de 2019.

 

« Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps, déjà marqués par leur classe sociale, laissant déjà apparaître sous une peau fine et laiteuse d’enfants leur musculature d’adultes en devenir, aussi développée à force d’aider les pères à couper et stocker le bois, à force d’activité physique, des parties de football interminables et recommencées chaque jour. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153)

 

Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte sa rencontre en boîte avec le premier homme qui va le sodomiser sauvagement (on voit peu à peu que la fascination laisse vite place au désenchantement) : « Il m’avait paru beau garçon, sûrement le plus beau de la soirée. Sa démarche faite d’ondulations dures, comme une danse sévère, attirait les yeux des femmes. […] Son corps vêtu de feu  […] Son torse apparut nu après une salsa endiablée. […] Nos regards se croisèrent à plus de deux reprises et chaque fois, l’effet en fut brûlant et bouleversant. » (p. 65) ; « J’observais imperceptiblement ce manège avec une étrange fascination, reprochant toutefois à mon complice son silence et la manière dont il manifestait avidement ses envies. » (idem, p. 66) Cet amant ne porte pas de nom : on sait juste que Berthrand Nguyen Matoko est « troublé par l’attirance vers cet inconnu » (idem). Leur coït qu’ils vivent est décrit comme un viol. « Plus tard, à l’approche de la première lumière qui annonce le grand jour, je me retrouvais dans sa chambre sans trop savoir pourquoi. Sa forte ombre qui tournait autour de moi bourdonnait des mots incompréhensibles, tel un chanteur aux mâchoires serrées. […] La sensation de beauté qui m’avait ébloui la veille, laissa la place à un visage banalement masculin, pas nécessairement très beau mais sexy, avec un air d’ivresse dans les yeux. » (idem, pp. 66-67) ; « Je sentais chaque centimètre de mon corps me distendre et m’étirer. Indéfiniment. De me sentir possédé, je me mis à pleurer. » (idem, p. 69) ; « J’attendais. Mieux que ça, je rêvais. Un rêve comme celui du Bon Dieu qui couche avec Satan. » (idem, p. 72)

 

Parfois, le diable aperçu par certaines personnes homosexuelles en l’amant est uniquement le reflet de leur propre déception vengeresse sur un homme fantasmé qui ne s’est pas laissé totalement faire homosexuellement par elles, ou bien juste le reflet de la violence inconsciente de leur indécente audace. Par exemple, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa décrit le regard diabolique de son cousin Chouaïb dont il est amoureux, mais qui ne l’aime pas en retour : « Il était à côté de moi. Ses yeux étaient rouges, furieux. Ils me fixaient. Ils ne voyaient que moi. Ils ne m’aimaient pas. » (p. 19)

 

Concernant les rapprochements réels avec le mythe de Faust, on note aussi quelques correspondances troublantes : dans l’Espagne des années 1940 en Espagne, Juan Soto interprète des chansons du répertoire de la revue Si Fausto Fuera Faustina ; en France, Émilienne d’Alençon tient le rôle principal du Petit Faust (1898) à l’Opéra-Comique de Paris ; Ernst Röhm, durant l’été 1919, crée le Eiserne Faust (le Poing de fer), une organisation nationaliste révolutionnaire, où il attire un certain Adolf Hitler qu’il découvre à cette occasion. Diverses personnes homosexuelles parlent explicitement du diable dans leur vie. C’est le cas de Franco Brusati, qui le met en relation avec son homosexualité : « L’homosexualité m’intéresse dans la mesure où elle suppose un rapport tout à fait spécial avec sa propre image, un combat entre le réel et l’imaginaire. Le combat avec l’ange… » Jean Cocteau, quant à lui, déclare qu’il est parfois « poussé par le diable. » (cf. le spectacle musical Un mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala) Christophe Tison, dans son autobiographie Il m’aimait (2004), décrit l’homme qui l’a violé comme un jumeau de Belzébuth : « Il était de dos, dans cette maison tranquille et silencieuse, et j’eus soudain terriblement peur. Peur qu’il ne se retourne en ayant un autre visage. (Le visage du diable.) » (p. 48) Gaël-Laurent Tilium, dans Recto/Verso (2007), fait un rapprochement entre son amant Sébastien, malade du Sida, et l’ange diabolique : « Sébastien me serrait la main avec la force de l’amour qu’il avait pour moi, avec la rage de la culpabilité, celle d’avoir invité parmi nous cette chose indésirable qu’il nous fallait combattre. » (pp. 238-239) ; « Il n’y a pas de possibilité. Il ne peut rien se passer. On s’aime trop. Il est trop jeune, trop mignon, c’est un ange. » (idem, p. 235) ; « J’avais près de moi l’ennemi et l’ami, la tentation et l’innocence, le plaisir et le danger. » (idem, pp. 159-160) Dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, Eddy Bellegueule raconte comment, au collège, il a instauré un pacte tacite entre lui et ses deux agresseurs : « Ils sont revenus. Ils appréciaient la quiétude du lieu où ils étaient assurés de me trouver sans prendre le risque d’être surpris par la surveillante. Ils m’y attendaient chaque jour. Chaque jour je revenais, comme un rendez-vous que nous aurions fixé, un contrat silencieux. […] Uniquement cette idée : ici, personne ne nous verrait, personne ne saurait. » (p. 38)

 

Film "Les Amitiés particulières" de Jean Delannoy

Film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy

 

Par exemple, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Pascal, homosexuel et séropositif, raconte qu’avant d’attraper le VIH, il avait été prévenu par un inconnu quand il faisait le tapin, et que ce serment qu’il n’a pas tenu le hante : « Je faisais les quais, en 1984. Un homme m’a demandé de faire une promesse. ‘tu tombes dans une génération où vous allez tous tomber. ’ Et à chaque fois que je couchais, je me rappelais : ‘T’as pas tenu ta promesse… T’as pas tenu ta promesse… »

 

Dans notre monde contemporain, on a l’occasion de retrouver de nombreux signes de demande de possession diabolique de la part de la communauté homosexuelle : exemple avec le magazine des sexualités gays qui s’intitule Prends-moi. « Je débarquais dans la véritable délinquance avec une grande aisance, sans l’infime doute de me heurter aux barrières de la vie, sans avoir auparavant développé un sens aigu de la relativité des choses. En vendant ainsi mon âme au diable, je me baladais pendant des heures entières à travers des songes inassouvis… » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 53) ; « Ce qui fait faillite dans le Faust de Gœthe, ce sont les valeurs du patriarcat. C’est le genre masculin qui s’effondre. » (Jacques Le Rider, lors de la rencontre-débat Atelier de la Pensée sur le thème « Quand commence la signature d’un pacte avec le diable ? » animée par Laure Adler, à l’Odéon Théâtre de l’Europe le 6 juin 2009) ; etc. Par exemple, dans son Journal (1889-1939), André Gide définit l’inverti comme celui qui « dans la comédie de l’amour, assume le rôle d’une femme et désire être possédé » (p. 671).

 
 

e) L’Autre :

Album de photos "La Beauté du diable" de Joseph Dupouy

Album de photos « La Beauté du diable » de Joseph Dupouy


 

C’est bien parce que la grande majorité des personnes homosexuelles rejette en bloc la différence des sexes qu’elles établissent un rapport excessif (et diabolique, pour le coup !) d’adoration/répulsion vis à vis de l’Altérité : cf. l’association L’Autre Cercle, le collectif Autrement Gay (à saint Étienne), l’Altercorpus (association de défense des personnes intersexes), etc. Cela me semble faux de dire que les personnes homosexuelles, du seul fait de ne pas intégrer dans leurs couples la différence des sexes, n’acceptent pas les différences : au contraire, elles les idolâtrent ! Comme l’écrit à juste titre Jean-Paul Sartre à propos de Jean Genet dans Saint Genet (1952) : « Étranger à lui-même, il ne peut aimer qu’un Autre-que-soi, car c’est lui-même dans son absolue altérité qu’il aime sous les espèces de l’autre. […] Il se fascine sur l’Autre et fuit sa propre conscience de soi. » (p. 109 et p. 169) Les personnes homosexuelles vouent un culte aux différences (à défaut de vouer un culte à LA Différence, celle des sexes), et entre autres à l’hétérosexualité. Pour elles-mêmes déjà, puisqu’elles vont se rêver ultra-originales, voire divines (le Tout-Autre, c’est Dieu Lui-même). Par exemple, Emilio Barón, dans Luis Cernuda Poeta (2002), insiste sur la recherche d’altérité absolue chez le poète espagnol : « Fidèle héritier de la tradition romantique, Luis Cernuda se présente comme l’exilé, le marginal, ‘l’Autre’. » (p. 11) Mais cette quête fiévreuse d’altérité va se faire aussi pour les autres, et dans leur recherche amoureuse : « Quand je vois un homme différent de moi, je n’en reviens pas ; je suis ébloui, émerveillé par la différence des autres. » (Jean Genet cité dans Tahar Ben Jelloun, « Une crépusculaire odeur l’isole », dans Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 30) Comme l’écrit très justement Jacques André, « l’homos-sexualité n’est pas la méconnaissance de l’altérité, elle en serait plutôt le savoir excessif » (Jacques André, « Le Lit de Jocaste », dans Incestes (2001), p. 18). Ce rapport excessivement proche à l’altérité aborde de front, et sans même que les personnes homosexuelles le verbalisent consciemment, la problématique de l’inceste ou du viol, qui surviennent justement lors de l’effacement des différences par une exaltation de celles-ci : « L’Autre, c’est cet étranger qui s’est immiscé dans ma vie et dans mon corps. » (Martine Cauvent, Guérir de l’inceste (2006), p. 17) ; « Combien de fois, à l’aube, alors que, sur les vieilles toitures de Clermont, l’affreux ciel des petits matins pâles cherchait sa vie, n’ai-je pas été saisi de nausées ? Tandis que je procédais à une toilette minutieuse, toujours comme ces femmes dont je me moque tant, j’ai vu dans mon miroir l’être de cendre que je suis vraiment. Par la porte entrouverte, j’apercevais un étranger, couché dans mon lit, satisfait après notre affreuse passion. Qui était-il ? qui nous avait poussés l’un vers l’autre, comme ‘les autres’ vers les putains ?… Quelle impasse ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 98) ; « Je vais être obligé d’avouer quelque chose d’un peu personnel. Moi, j’ai toujours été attiré par les pissotières, par ce contact, par ce qui se passe entre des corps étrangers qui se rencontrent au départ pour uriner, et au bout de quelques secondes, de quelques minutes, ça se transforme en autre chose. J’ai toujours trouvé ça très poétique, très entraînant, et je dois avouer que ça me rappelle la sexualité enfantine de groupe que j’ai eue avant l’âge de 12 ans. Et cette fascination pour les pissotières rejoint un peu ça : ce côté gentil, bienveillant, ce côté étranger et tout d’un coup on se donne l’un à l’autre, pendant un p’tit moment, et complètement dans l’interdit… Malheureusement, il n’y a plus de pissotières à Paris. » (Abdellah Taïa, romancier homosexuel, dans l’émission Homo Micro de Radio Paris Plurielle, le 25 septembre 2006) ; « Autre… mais indétectable. Presque un shoot. » (la narratrice transgenre F to M dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; etc.

 

Le fanatisme homosexuel pour les différences cache au fond un mépris de l’altérité concrète (beaucoup de personnes homosexuelles tiennent d’ailleurs le double discours paradoxal : « Il faut respecter toutes les différences… et les différences n’existent pas puisque nous sommes tous égaux. »), et plus largement une schizophrénie diabolique, une misanthropie. « Ma maison avait deux tours : l’une plongée dans la lumière et l’autre obscure. » (l’écrivain homosexuel Hugues Pouyé parlant de son enfance dans le site Les Toiles roses en 2009) ; « J’ai un mec à l’intérieur de moi qui me dit : ‘Il faut pas que t’aies un mec à l’intérieur de toi ! » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Jamais on n’a autant célébré l’Autre. C’est l’Autrisme. Et jamais l’autre n’a eu aussi peu droit de cité. » (Élisabeth Lévy dans l’essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005) de Philippe Muray, p. 28)

 

Enfin, je terminerai ce chapitre délicat sur les liens étranges entre désir homosexuel et démonologie par ce constat. Aux vues des nombreuses attaques et manifestations d’ordre surnaturel que j’identifie autour de moi en ce moment, je peux dire qu’actuellement, dans notre monde d’aujourd’hui, le diable a spécialement élu domicile dans l’homosexualité (homosexualité en tant qu’acte et en tant que mot ou étiquette). Pourquoi ? C’est très simple. L’homosexualité est la seule chose qui est objectivement violente, mauvaise (elle exclut la différence des sexes qui est le fondement de notre existence humaine, de notre identité et de notre amour) mais que pour autant notre Monde et nos contemporains sont capables de massivement/passivement reconnaître comme une identité humaine ou un amour magnifiques, banals et indiscutables. Autant l’avortement, la contraception, le vol, le divorce, l’euthanasie, la GPA, le clonage, la prostitution, l’adultère, les guerres, sont un peu plus unanimement reconnus comme « mauvais » par la masse, autant le seul sujet de société qui divise et anesthésie les gens, ce sera uniquement l’homosexualité. Il est alors logique que le diable se serve de l’homosexualité comme principal pare-feu, comme voile pudique, comme rideau rose fleuri derrière lequel il pourra planquer toutes les souffrances et toutes les violences humaines dont il est l’auteur : il sait que très peu de personnes se risqueront à analyser ce rideau rose et à le soulever (il n’est pas du tout content, d’ailleurs, quand quelqu’un s’en approche de trop près !). Et il fait tout pour que tout le monde applaudisse les speakerines parlant devant ce cache-misère fleuri et qui sont prêtes à se caricaturer en « homos » ou en « hétéros gay friendly » pour faire diversion, pour faire leurs intéressantes ou jouer les victimes indignées d’elles-mêmes. J’ai compris que l’homosexualité était la planque privilégiée du diable d’une part quand j’ai perçu l’importance universelle de la différence des sexes (importance que la pratique homo remettait directement en cause), et puis surtout quand je vois qu’après mes conférences, ou bien dans les mails que je reçois, les gens me racontent tous leurs malheurs et leurs souffrances, y compris ceux qui n’auraient a priori rien à voir avec l’homosexualité. C’est donc que l’homosexualité éclaire et fait écho à toutes les souffrances humaines, sans exception. Non pas que l’homosexualité serait à l’origine de tous les maux de la Planète. Mais en tous cas, elle en est le signe et l’alibi n°1. C’est la raison pour laquelle il est central de prendre ce sujet très au sérieux, et même d’en faire LA priorité de nos combats contre le transhumanisme homicide et cet humanisme intégral prônant l’Homme sans Dieu et sans différence des sexes.

 
 

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Code n°160 – Se prendre pour le diable (sous-codes : Je suis maudit / Manichéisme nihiliste / Le Bien par le mal)

Icône 159

Se prendre pour le diable

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

 

Film "All Flowers In Time" de Jonathan Caouette

Film « All Flowers In Time » de Jonathan Caouette

 

Voilà le revers déplaisant (et surprenant !) d’une « fierté homosexuelle » sans fond : un profond mépris de soi, qui peut aller jusqu’à l’auto-diabolisation. En effet, on ne peut pas être fier de ce qui n’existe pas (l’identité homosexuelle) ou de ce qui existe de manière limitée (l’amour homo), sans qu’il y ait derrière des conséquences caricaturales. Si notre fierté est mal placée, si on se force à être fier de ce qui n’existe pas vraiment, on finit par se faire inconsciemment violence ou injure, d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi il est assez fréquent de voir dans les fictions homosexuelles les personnages homos se définir comme des diables ou des fils de satan. Et c’est parfois ce que prétendent les personnes homosexuelles elles-mêmes, y compris celles qui se disent athées (on peut être athées ET superstitieux). Mais ne nous y trompons pas : cette haine de soi est consubstantielle au désir homosexuel et à l’orgueil gay. C’est parce qu’on s’adore qu’on se déteste. Dans les deux cas, on ne s’aime pas.

 

Comment les personnes homosexuelles en sont arrivées à tel degré d’auto-détestation ? Moi, je ne vois qu’une seule explication : le viol, ou le fantasme de viol (réactualisés ensuite dans la pratique homosexuelle dite « amoureuse »). Seuls ces derniers peuvent faire qu’un individu se haïsse autant.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Blasphème », « Appel déguisé », « Milieu homosexuel infernal », « Manège », « Désir désordonné », « Mort = Épouse », « Amant diabolique », « Focalisation sur le péché », « Amant triste », « Homosexualité noire et glorieuse », « Vampirisme », « Liaisons dangereuses », « Carmen », « Actrice-traîtresse », « Destruction des femmes », « Se prendre pour Dieu », à la partie « Cruella » du code « Reine », à la partie « Beauté du diable » du code « Haine de la beauté », à la partie « Monstres » du code « Morts-vivants », à la partie « Le Diable au corps » du code « Ennemi de la Nature », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

Film "Hellbent" de Paul Etheredge-Ouzts

Film « Hellbent » de Paul Etheredge-Ouzts


 

Pour allégoriser un désir de fusion amoureuse avec soi-même qui existait chez l’Homme bien avant qu’il ne le conceptualise, Platon a imaginé dans son Banquet une race de créatures séparées par les dieux en deux moitiés, l’une mâle, l’autre femelle : les androgynes. L’androgyne est l’être imaginaire idéal, affranchi des contraintes du temps et de l’espace, vivant du fantasme de retrouver la plénitude de la totalité originelle en lui-même, aspirant au retour au jardin d’Éden, maudissant la sexualité qui l’a coupé littéralement en deux. Rien d’étonnant que dans l’iconographie traditionnelle, il soit donc associé au diable – dans la Bible, le diable se prénomme parfois « le Double » ou « le Séparé » –, et représenté par un être asexué, mi-démoniaque mi-angélique.

 

Ange préféré de Dieu, il a voulu prendre la place de ce dernier, non par cruauté comme le voudrait la croyance populaire, mais par bonté, pour communier avec lui dans la substitution fusionnelle. Les figurations traditionnelles du diable nous ont induits en erreur en nous le présentant uniquement comme un méchant de dessins animés, un monstre mal-intentionné et repoussant. Contrairement à l’idée reçue, l’androgyne (ou le diable) n’est pas l’opposé du Christ. Il est plutôt ce roi de pique déguisé en roi de cœur, comme dans le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman. À la différence de Dieu qui n’est qu’homme, c’est-à-dire sexuellement limité (parce qu’Il a accepté de s’abaisser à la condition humaine en Jésus), l’androgyne a voulu être femme ET homme, voire supra-homme-femme. À la différence de Dieu qui n’est que Père, Fils et Esprit, il n’a voulu devoir son origine qu’à lui-même. À la différence de Dieu qui n’est que serviteur et maître, il a voulu être esclave et tyran. À la différence de Dieu qui n’est que Bien, ce personnage-miroir à double faces (souvent décrit dans la fantasmagorie homosexuelle comme un reflet transparent, un homme invisible, une obscure clarté, un diamantaire) est mal ET Bien, mort ET vie, ombre ET lumière. Mais mis à part cela, l’androgyne a tout, en intentions, de Dieu.

 
se prendre pour le diable
 

L’androgyne n’est pas, comme le Christ, diabolique d’être son extrême opposé : il est diabolique d’être en apparence son jumeau : je dis bien « en apparence », car il n’est que la photocopie, à défaut d’avoir pu être l’original, créature et non Créateur. Il est un être mythique qui essaie d’avoir l’air de se réaliser, d’exister au moins aux yeux des autres, même s’il est déjà mort, un peu comme l’éclat d’étoile signant l’arrêt de mort d’un astre alors même que nous le voyons concrètement. Il se sert des Hommes réels qui désirent l’imiter pour donner l’impression qu’il est réel. Il existe davantage en désir et en croyance qu’en réalité. Son seul pouvoir réside en l’Homme qui, en s’y identifiant, peut créer des réalités fantasmées et s’autodétruire, car ce que l’androgyne n’a jamais réussi à faire, contrairement à Dieu, c’est « l’incarnation longue durée », paisible, joyeuse, et porteuse de vie. Une fois confronté à la Réalité, il cesse d’être, comme le souligne Jean Libis : « Il est à l’image du Phénix ou du feu mythique, l’ultra vivant. Mais ceci n’est vrai que dans la logique du mythe. » (Jean Libis, Le Mythe de l’androgyne, 1980, p. 262)

 

La croyance en l’androgyne ne date pas d’hier, ni de l’époque platonicienne. Certains intellectuels trouvent encore de nos jours les théories réactionnaires d’Aristophane littéralement « révolutionnaires » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ?, 2004, p. 31), alors même que Platon avait justement créé ce personnage comme un exemple à ne pas suivre si les Hommes veulent accéder au véritable amour. Beaucoup de personnes homosexuelles et hétérosexuelles d’aujourd’hui font partie des gens qui perpétuent en désir et parfois en acte le culte à l’androgyne, même si elles ne l’identifient pas clairement en tant qu’androgyne. Elles en parlent quand même comme si elles le connaissaient personnellement et que, par l’intime expérience schizophrénique et leur difficulté à le décrire, elles le vivaient à nouveau en elles. « Il n’est ni homme, ni femme. Il se produit là quelque chose qui a à voir avec la reconnaissance. C’était cela qu’on recherchait, que l’on espérait sans le savoir. Quelque chose d’éternel descend ici, qui existait déjà dans une autre dimension, et qui devient concret, labile, incroyable, mais effectif. » (Paula Siganevich, « Géneros De Vida Y Literatura », 2000, p. 360) Quelques voix narratives laissent entendre qu’à force de chercher à fusionner avec l’androgyne, elles ont fini par se prendre pour des êtres ayant vendu leur âme à l’antéchrist, et devenant, par contamination, le diable en personne.

 

Mais comme intellectuellement, elles ne croient pas en son existence, car elles ont décidé de nier leur responsabilité dans les actes mauvais qu’elles ont posés, elles vont intégrer dans le secret de leur cœur qu’elles sont diaboliques, qu’elles sont les filles de satan, sans le dire à personne (… ni même à elles-mêmes !). C’est la grande ruse du diable que de faire oublier son existence à celui qui le suit ! On a vite fait d’oublier qu’il se déteste lui-même au point de ne plus vouloir entendre parler explicitement de sa présence.

 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, ce rejet brutal de l’existence du vrai et du faux, et donc le refus du choix entre l’un et l’autre, s’accompagne souvent de l’élection du mal, car seul le mal promeut l’indécision. Mal agir, ce n’est pas uniquement décider de suivre délibérément le mal, contrairement à l’idée communément admise ; c’est aussi « faire en laissant faire », promouvoir le non-choix entre le mal et le Bien parce que nous voulons suivre les deux, c’est l’immobilisme mortifère suscité par la saisissante découverte de notre libre arbitre. Le mal nous suggère de faire comme l’âne adolescent qui, en voyant qu’il a la possibilité de boire à la fontaine située à sa droite ou bien de manger les fruits du pommier à sa gauche, décide de crever de faim et de soif sur place parce que la perspective du choix le paralyse.

 

Notre société matérialiste actuelle, qui veut nous éviter de faire des choix en nous assénant qu’ils sont tous possibles, s’affaire précisément à gommer toute frontière entre le Bien et le mal. Et l’Homme moderne obéit souvent à la lettre au commandement du rejet du jugement de valeur et de la morale en croyant penser par lui-même en ne prononçant pas les mots interdits « Vrai », « faux », « Bien », « mal », « Dieu », « diable », « pardon », « culpabilité », « mort », « péché », etc. En général, il n’aime pas apprendre que le Bien et le mal existent, car cette démarche lui montre qu’il peut être libre s’il pose un choix entre les deux et qu’il privilégie la Vie. Or, comme il a de plus en plus à tendance à s’éviter des choix entiers qui le rendraient responsable de ses actes, il réduit le Bien comme le mal à des abstractions effrayantes pouvant toutes deux s’incarner en personnes humaines clairement identifiables. En refusant de reconnaître l’existence du Bien et du mal, il se condamne sans s’en rendre compte à une lecture manichéenne du monde exprimée sous la forme du déni : il croit vivre « par-delà le Bien et le mal ».

 

DIABLE Kookaï

 

Quand je parle de manichéisme ici, je ne me réfère pas uniquement au sens social actuel du terme, qui me paraît spectaculairement réduit : le manichéisme n’est pas que la création paranoïaque d’un axe séparant clairement un Bien et un mal jugés humainement personnifiés ; il se situe aussi dans la négation de cet axe ou de l’existence du Bien comme du mal. Le manichéisme historique est un mouvement religieux syncrétique dans lequel le Bien et le mal sont posés comme des forces égales (= des moitiés androgyniques identiques) et radicalement opposées que l’on pourrait posséder comme des objets ou incarner soi-même en les niant. L’individu manichéen croit au Bien mais aussi au mal personnifiés à vie en l’Homme. Or le mal n’a jamais pu s’incarner éternellement en l’Homme comme l’a fait le Bien. En ce sens, cela relève de l’anachronisme et du non-sens d’affirmer par exemple que l’Église catholique est fille ou mère du manichéisme. D’une part, d’un point de vue historique, le manichéisme est apparu postérieurement et en opposition au christianisme, au IIIe siècle après J.-C. : l’Église catholique a de tout temps dénoncé le manichéisme comme une secte. Et d’autre part, même si dans son discours le christianisme parle de « Bien », de « mal », de « péché » et de « tentation », et qu’elle considère que Dieu et le diable existent, elle n’envisage absolument pas le Bien comme une possession, ne croit pas en l’incarnation durable du mal, et avance que la force du Bien est supérieure à celle du mal. Tout le contraire, donc, de la pensée manichéenne !

 

Certains penseurs de renom se confondent encore dans les termes quand ils projettent sur les religions leurs propres fantasmes manichéens. Ils prennent tout discours sur le Bien et le mal pour un discours manichéen qui s’accaparerait ces deux forces, alors que la reconnaissance de l’existence du Bien et du mal – qui sont des réalités visibles et concrètement à l’œuvre dans notre monde – pour tendre vers le Bien, n’a jamais impliqué la promulgation doctrinale d’une « frontière nettement discernable » (Milan Kundera, L’Art du roman, 1986, p. 17) entre Bien et mal, ni la prétention à la possession de la Vérité unique universelle. Comme l’énonce à juste titre Michel Foucault, ce n’est pas parler du mal qui fait le mal : c’est précisément de ne pas en parler bien qui implique que nous soyons tentés de séparer hâtivement l’Humanité en moutons blancs d’un côté et en moutons noirs de l’autre. « Tous les gens qui disent qu’il ne faut pas penser en termes de bien et de mal pensent eux-mêmes profondément en termes de bien et de mal. […] Il n’est pas possible de ne pas penser en termes de bien et de mal. Mais il faut à chaque instant dire : mais si c’était le contraire ou si ce n’était pas ça, ou si la ligne passait ailleurs… » (cf. « Radioscopie de Michel Foucault », entretien avec Jacques Chancel en 1975) Les membres d’une société sont bien obligés, pour co-habiter ensemble, de se faire une idée de ce qui est bon ou mauvais pour l’Homme et son épanouissement, et de reconnaître que le Bien et le mal existent, pour risquer une parole de vie et tracer (au crayon à papier !) des lignes de conduite donnant des repères aux individus plus fragiles, en tenant toujours compte des réalités parfois complexes et toujours singulières de chacun, et en déclinant par le compromis casuistique le binôme « Bien/mal » en trio « moins pire/bien/meilleur ».

 

Le manichéisme historique a encore laissé des traces dans nos civilisations actuelles (la traditionnelle confusion entre péché et défaillance, la croyance en l’existence réelle des gentils et des méchants cinématographiques, l’idée répandue selon laquelle Hitler était le diable en personne, ou que tout chercheur et défenseur de la Vérité unique et universelle est un monstre d’orgueil, le démontrent bien !), traces d’autant plus tenaces qu’il est appliqué sans être nommé explicitement en tant que tel puisqu’il se déclare intentionnellement contre lui-même. Les nouveaux manichéens passent en effet leurs temps à se présenter comme des défenseurs de l’anti-manichéisme ! Ils se pensent à l’abri du manichéisme, mais poussent des hauts cris (manichéistes !) à chaque fois qu’ils entendent parler explicitement de « Bien » ou de « mal », ou prêtent attention à ceux qu’ils ont définis comme les représentants humains de ceux-ci. Ils considèrent sans se l’avouer que le Bien et le mal sont des choses qu’ils peuvent devenir par contagion. Le signe montrant qu’ils se situent dans la moralisation manichéenne et non la morale, c’est la dénégation de leurs propres actes qu’ils ne souhaitent pas juger en leur âme et conscience, qu’ils voudraient banals, ni bons ni mauvais. Le « Il ne faut pas faire parce que c’est mal » devient fréquemment dans leurs discours « Je ne fais pas ». Ils ont tendance à confondre les faits avec les opinions, le constat avec le moralisme. Ils se persuadent que tout est permis, et que rien ne les guide … surtout pas le mal, évidemment. « Si j’ai pu faire du mal [dans ma vie], c’est tout à fait inconsciemment. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 9) La vision du monde connue actuellement comme manichéenne et qui stipule que « le Bien se trouve ici et le mal là » est souvent remplacée chez eux par une fable équivalente : « Rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir parce que tout est un peu des deux à la fois et que rien n’a à être prioritairement ni bon ni mauvais : c’est à moi de décider où se trouve le bien et le mal pour mon existence. » (Adam et Ève devant l’Arbre de la connaissance du Bien et du mal tiennent exactement le même discours : c’est cela, le péché « originel », à proprement parler) Mais en contrepartie, les manichéens des temps modernes, qui en général ne vivent que pour le plaisir et l’argent (ou le refus affiché de l’argent), se construisent leur propre morale maison sous la forme du binarisme moralisant, laissant de côté la morale humaniste, celle qui ne résout pas les problèmes de la vie par des « oui » ou des « non » catégoriques, des « pour » ou des « contre » schématiques, mais par des « comment », une observation au cas par cas, la nuance, le compromis, le doute, et une espérance tournée vers le meilleur possible. L’antagonisme « équilibrant » – en réalité une philosophie de vie pseudo humaniste s’appuyant sur une pensée bouddhiste mal comprise (par exemple l’équilibre dit « nécessaire » et « indispensable » entre le « yin » et le « yang » ; ou bien encore la croyance non moins absurde que le mal est comme la face pile du Bien, et même la raison d’être du Bien) est le propre de la pensée manichéenne contemporaine.

 

Les nouveaux manichéens ne saisissent pas qu’en se plaçant constamment en « justes » milieux dans une confortable neutralité jugée seule vraie, ils font déjà preuve d’un dogmatisme qui ne s’assume pas lui-même : ils se créent mentalement un bon et un mauvais à fuir à tout prix comme des pestes parce qu’ils désirent inconsciemment les déifier derrière un neutralisme bien-pensant. Ils conçoivent non plus le Bien et le mal en termes de forces extérieures à eux et incarnées par les autres – cette image du manichéen classique, au contraire, les répugne plus qu’autre chose –, mais cette fois sous forme de forces intérieures ayant le pouvoir de s’incarner dans l’individu même, et donc en eux (et c’est cela, vivre le véritable enfer : croire qu’on est le diable en personne !). Leur manichéisme place l’Homme en unique énonciateur silencieux du Bien et du mal pour lui et pour les autres, et traduit chez l’être humain qui en adopte la doctrine muette un désir et un sentiment d’incarner cette créature qui condense Dieu et le diable et qui passe de l’un à l’autre sans se définir : l’androgyne. La croyance manichéenne d’être le diable incarné est bien plus répandue dans la communauté homosexuelle que ne l’imagine l’opinion publique. Beaucoup de personnes homosexuelles traitent souvent du thème du diable qui s’incorpore en elles comme un esprit. La métaphore de la chute en Enfer est un lieu commun de l’art homosexuel. Il n’est pas rare de lire sur les chat Internet gay des pseudonymes puisant abondamment dans le lexique démonologique. Dans leurs spectacles de travestis ou pendant Halloween, beaucoup de personnes homosexuelles se déguisent en diablotins. Elles s’identifient à des personnages qui se prennent pour Lucifer. Dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, par exemple, Catherine parle de la tendance de son cousin homosexuel Sébastien à se prendre pour le diable. « Je voulais l’empêcher de parfaire une image qu’il se faisait de lui-même et qui était une sorte de sacrifice à une redoutable sorte de… dieu. Sébastien qui était doux, généreux, voyait de la dureté et de la cruauté dans tout l’Univers et aussi quelque chose de terrible en lui-même. » On peut entendre à maintes reprises les personnes homosexuelles de notre entourage dire qu’elles se sentent incapables d’être bonnes, d’aimer et d’être aimées. Elles font du diable, qui est par définition une créature extérieure à l’Homme et déjà morte, une essence intérieure qui les définit profondément, parce qu’elles n’ont rien compris à la véritable identité du diable ni de son mariage raté avec l’Humanité : « Nous sommes les très humbles domestiques d’une force qui nous habite. Nous sommes menés par une force qui n’est pas externe à nous, qui est interne, nous sommes menés par cette nuit qui est notre véritable Moi. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un inconnu » (2003) d’Edgardo Cozarinsky) En interprétant des personnages imaginaires démoniaques, beaucoup de personnes homosexuelles extériorisent la très mauvaise image qu’elles ont d’elles-mêmes et de leurs proches. Elles tentent de dire aux autres combien elles se trouvent moches/grandioses, et cherchent à les décourager de les aimer. Voilà tous les excès du refus manichéen de la reconnaissance de l’existence de la Vérité et du mal.

 

Film "J'ai pas sommeil" de Claire Denis

Film « J’ai pas sommeil » de Claire Denis


 

Les nouveaux manichéens homosexuels se prennent pour l’incarnation du Bien et du mal, si bien qu’ils se font en silence tantôt des déclarations d’adoration, tantôt des aveux de haine. Ils nous promettent qu’ils n’énonceront de vérités que pour eux-mêmes sans déborder du cadre du privé. Mais leurs pulsions héroïsantes pour lutter contre le mal dont ils se croient les uniques visionnaires/commissionnaires font bien souvent chez eux sauter le vernis du respect de la liberté d’autrui et de la nécessité du non-procès. À l’heure actuelle, les manichéens qui définissent le « politiquement correct » social, qui se présentent volontiers comme des anti-manichéens comprenant le monde « par-delà le Bien et le mal », creusent des tranchées virtuelles entre ennemis du Bien et ennemis du mal avec un naturel déconcertant : les ennemis du mal, ce sont eux, bien sûr, aux côtés de la foule des victimes du mal ; et les êtres démoniaques, ce sont forcément toujours les autres, … ou alors toujours eux (logique de la moitié androgynique narcissique à retrouver oblige). Dans la culture médiatique mondiale présente, nous identifions à peu près ces camps Bien/mal (érigés pourtant au nom du refus du manichéisme) : femmes/hommes, enfants/adultes, pauvres/bourgeois, gauche politique/droite politique, athées/croyants, homos/hétéros-homophobes, étrangers/Blancs, baroques/classiques, psychiatres/patients, etc. Comme on peut le constater, ceux qui refusent l’existence du Bien et du mal se condamnent inconsciemment à la sacralisation et à la diabolisation de ceux qui les entourent, à une lecture binaire du monde, donc au manichéisme.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) Le personnage homosexuel se prend pour le diable :

C’est le cas dans le film « Les Diaboliques » (1954) d’Henri-Georges Clouzot, le film « Maléfique » (2002) d’Éric Valette, le film « Endiablé » (2000) d’Harold Ramis, la pièce Sallinger (1977) de Bernard-Marie Koltès (avec la figure diabolique du Rouquin), le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Élisabeth qui tue son frère et veut être diabolique), le film « La Troisième Génération » (1979) de Rainer Werner Fassbinder (avec le diable représenté par Eddie Constantine), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec l’intrus diabolique homosexuel venu semer la zizanie dans une famille bourgeoise), le vidéo-clip de la chanson « It’s OK To Be Gay » de Tomboy, le film « Diabolique » (1995) de Jeremiah Chechick, le film « Damned If You Don’t » (1987) de Su Friedrich, le film « La Maison du diable » (1963) de Robert Wise, le roman Antéchrista (2003) d’Amélie Nothomb, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot (avec Dick déguisé en diable), le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki (avec Neil déguisé en diablotin pour Halloween), la chanson « Halloween Parade » de Lou Reed, le film « Les Diables » (1971) de Ken Russell, la nouvelle « San Sebastián Y Los Centauros » (1999) de Nazario Luque (avec satan en « grand folle »), le film « Fille du feu » (1932) de John Francis Dillon, le film « Huis-clos » (1954) de Jacqueline Audry (avec Inès Serano, la lesbienne maléfique), le film « Born To Be Bad » (1950) de Nicholas Ray, le film « So Young, So Bad » (1950) de Bernard Vorhaus, le film « Toto Diabolicus » (1962) de Steno, les films « Le Cabaret des filles perverses » (1977), « Les Possédées du diable » (1974), « Les Petites vicieuses font les grandes emmerdeuses » (1976) de Jess Franco, le film « Portrait d’une enfant déchue » (1970) de Jerry Schatzberg, le film « Invocation Of My Demon Brother » (1974) de Kenneth Anger, le film « Pandemonium » (1971) de Toshio Matsumoto, le film « Onibi le démon » (1995) de Rokuro Mochizuki, la chanson « My Secret Love » (« Love have never been easy for me ») dans le film « Grace Of My Heart » (1996) d’Allison Anders, le film « The Story Of A Bad Boy » (1998) de Tom Donaghy, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le film « J’ai horreur de l’amour » (1996) de Laurence Fereira-Barbosa, le film « The Snake Boy » (2001) de Michelle Chen et Xiao Li, le film « Les Anges déchus » (1995) de Wong Kar-wai, la chanson « Réévolution » d’Étienne Daho (avec la mention aux anges déchus), le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » de Cassandre, le roman Un mauvais fils (2010) de Ilmann Bell, le film « My Brother The Devil » (2012) de Sally El Hosaini, le roman L’Ange impur (2012) de Samy Kossan, le roman L’Ange déchu (1986) de Per Olov Enquist, le film « … No Soy El Lobo Feroz » (« Je ne suis pas le Grand Méchant Loup », 2011) de Susita Ghan & Coco Manolo, le film « All Flowers In Time » (2010) de Jonathan Caouette (avec les filles et les garçons aux yeux rouges), le film « Superbad » (2007) de Greg Mottola, le roman Le Diable emporte le fils rebelle (2019) de Gilles Leroy, film « Que le diable nous emporte » (2017) de Jean-Claude Brisseau, etc.

 

Film "Priscilla folle du désert" de Stephan Elliott

Film « Priscilla folle du désert » de Stephan Elliott


 

En général, le personnage homosexuel met en garde les autres contre sa soi-disant « profonde » méchanceté : « Je suis satanopathe. » (Juna, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « J’étais ce qu’ils appellent, là-bas, une femme damnée. Déjà damnée, n’est-ce pas. » (Inès la lesbienne de la pièce Huis clos (1944) de Jean-Paul Sartre) ; « J’ai été autorisé à vivre, mais sous les traits d’une créature des enfers. » (Garnet Montrose dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 28) ; « Je me méfie terriblement des paradis, je dois être un démon. » (François dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 107) ; « Je suis le génie du mal. » (le diable homosexuel dans la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti) ; « Tu sais que tu formes un tout. Et tu brilles comme la plus lumineuse étoile. » (Hedwig dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell) ; « Je sens le roussi. » (la voix narrative dans le roman Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud) ; « Je suis un homme mauvais. » (le héros homo de la comédie musicale Angels In America(2008) de Tony Kushner) ; « Je ne crois pas avoir réussi à garder en moi une partie saine. » (Prior, idem) ; « Je suis bête, méchante, et mal-intentionnée. » (Simone dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) ; « J’ai pas envie d’aimer. » (Martin dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Je me demande si je suis fait pour la vie de couple. » (Vincent, l’un des héros homos de la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Ne te fie pas aux apparences, je suis tout le contraire d’un mec bien. » (Bryan, le héros homo à Stéphanie, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 61) ; « Peut-être que je suis naturellement vicieux… » (l’un des héros homos de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « Je suis le diable en personne. Je suis ce qu’on pourrait dire un monstre délicat. […] Les ténèbres, je connais bien. » (le Baron Lovejoy, le méchant de l’histoire, homosexuel de surcroît, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Je suis devenu diable. » (cf. la chanson « Boulevard des rêves » de Stéphane Corbin) ; « My name is Mister Dark. » (Yanowski dans le concert Le Cirque des mirages, 2009) ; « Je suis méchant !!! » (un des personnages de la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard) ; « Le diable m’a promis de me sacrer Reine des Ténèbres après ma mort en échange de quelques services. » (Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Les jeux sont faits, ma sœur. Dieu est avec vous, le Diable est avec moi ! » (Vicky à la Comédienne, idem) ; « You know I’m bad ! You know it ! » (cf. la chanson « Bad » de Michael Jackson) ; « Que tu ailles dans un sens ou dans l’autre, tu es damné. » (Emmanuel Fruges dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 183) ; « Bienvenue dans ce monde merveilleux, la maison du Seigneur. Je suis votre nouveau messie. Je suis like a monster. » (cf. la chanson « Like A Monster » du groupe Indochine) ; « J’m’appelle Armageddon, Ducon. » (le comédien homosexuel dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Si vous aimez le show, vous brûlerez en enfer avec nous. » (la voix-off du « musical » gay Adam et Steeve, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Ma mauvaise nature m’avait appris que mon plaisir était plus grand quand il était pris sans prudence, à l’instant où il se présentait. […] En société, j’imaginais les femmes qui m’entouraient déshabillées et offertes, et très vite, dans un état presque halluciné, je leur prêtais des postures ou des situations que je n’ose décrire, même dans mon carnet… Ma cruauté, dans ces instants, me préparait à l’idée qu’un jour je n’aurais plus vraiment de limite et que mon « vice » m’avalerait entièrement. Je combinais et raisonnais de plus en plus en fonction de lui, sentant bien que, quand j’étais dans ces étranges dispositions, en crise, comme on dirait, c’était lui qui déterminait tout ce que je pensais et faisais. J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. […] Je voulais ma nuit avec une femme, comme l’on veut sa naissance. Une nuit de noces, comme celle où je perdis ma virginité et décidai, pour cette occasion, de me choisir un nouveau prénom… Alexandra. Ce serait désormais par ce choix secret que je marquerais ma différence, comme l’avant et l’après du baptême. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; « Je suis troublée à la pensée que mon esprit puisse fabriquer tant de cruauté. Ce que ces femmes enduraient, et dont la vision me plaisait tant, me laisse dans une grande interrogation vis-à-vis de ma véritable nature. » (idem, p. 197) ; « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-223) ; « Je ne m’accepte pas ! » (Claire, l’héroïne lesbienne de la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Que laisserons-nous de nous, moitié-anges moitié loups, quand nos corps seront dissous dans la langueur monotone du premier frisson d’automne ? » (Luca, le narrateur homo du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « C’est comme un mal en moi qui m’effraie qui me tord. » (cf. la chanson « Les Voyages immobiles » d’Étienne Daho) ; « Scrotes, pourquoi insistez-vous sur le fait que je me méprise moi-même ? » (Anthony, le héros homosexuel s’adressant à son amant, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « J’en ai eu marre d’être gentille. » (Océane Rose-Marie, l’héroïne lesbienne sortant d’années d’humiliation au lycée, dans son one-woman-show Chatons violents, 2015) ; « Je dois quitter le paradis en vitesse. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, ayant vécu son homosexualité clandestinement au Mexique, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « Dites que je suis mauvais ! Dites-moi que j’irai en enfers ! » (Bryan, le héros homo, s’adressant au père Raymond, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « Avec les autres, je suis mauvais, je répands le mal. C’est une manie chez moi. » (Jacques, le héros homo, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; « Ça va être l’enfer. » (Marco, homo malade du Sida, au sortir du bain, idem) ; « Qu’est-ce que tu fais de ta vie ? » (Arthur) « Oula… je cours à ma perte. » (Jacques, son amant, idem) ; « Excuse-moi mais je suis une vilaine fille à talons. Une vilaine fille ! Il faut que le monde entier soit au courant ! » (Éric le héros homo, dans l’épisode 5 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; « Je sème en vous le trouble. » (c.f. la chanson « Espionne » de Catherine Lara) ; etc.

 

Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Ron dit au transsexuel M to F Rayon qu’il « n’a pas le droit de ne pas s’aimer ». Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, le personnage de Burger s’exclame que « Satan l’habite », puis se dit « invisible ». L’androgyne diabolique, c’est l’être transparent qui parle à l’intérieur de la narratrice du roman Les Mauvaises pensées (2005) de Nina Bouraoui (« Je porte quelqu’un à l’intérieur de ma tête », p. 9) ou bien l’« implacable maître » intérieur évoqué par Truman Capote dans sa préface de Musique pour caméléons (1979). Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), quand Pierre Fatus passe son stétoscope sur un des hémisphères de son cerveau, il entend une voix lui dire : « Il y a ici crime de sorcellerie ! » Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Bram, le héros homo, organise dans la maison de sa tante, un bal masqué Halloween.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, toute la bande de copains homos joue à être diaboliques. Par exemple, Larry trompe son amant Hank en connaissance de cause et en sachant qu’il le fait souffrir… en trouvant le moyen de se victimiser d’être infidèle : « Pourquoi est-ce que j’ai toujours le mauvais rôle ? […] Si je ne suis pas le briseur de ménage, je suis impossible à vivre. » Quant à Harold, il se place en spectateur cynique du travail de destruction verbale et psychologique qu’opère son colocataire Michael sur tous leurs invités en cherchant à briser leurs illusions d’amour homo tout en se valant de la foi : « Oui, je crois en Dieu. S’il n’existe pas, je n’ai rien perdu. S’il existe, je suis couvert. Je suis catho qui pèche la nuit et va à l’église le lendemain. »

 

Dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011), Karine débarque sur scène déguisée en Ève damnée. Dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, Gouri est prévenu en songe par le diable qu’il est son « élu » (p. 107). Dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, le prostitué transsexuel du Bois de Boulogne s’est rebaptisé « Big Demon ». Dans la trilogie Nikopol d’Enki Bilal (qui comporte les trois bandes dessinées La Foire aux Immortels (1980), La Femme Piège (1986) et Froid Équateur (1992)), Alcide Nikopol prête son corps au dieu Horus, qui tente de se rebeller contre sa communauté et intervient, sous les traits de Nikopol, dans la vie des humains. Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis, le héros homosexuel, se décrit textuellement comme un diable luciférien devant son ordinateur. Dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt, Lacenaire croit que lui et son partenaire Avril n’ont pas d’âme : « Comme le diable et son valet, on marche ensemble. ». Il a une très mauvaise image de lui-même, malgré son arrogance : « Je ne pense pas beaucoup de bien de moi-même, monsieur Mérimée. » ; « Le diable se niche dans les détails. C’est dans les détails que vous me retrouverez. »

 

On apprend que le personnage homosexuel qui est habité par le diable, qui effraie les oiseaux dans les animaleries, qui porte malheur à son entourage, a souvent été violé. Il est alors presque systématiquement figuré par une femme fatale : « Lorsqu’ils entrent tous les deux dans la boutique aux oiseaux, c’est comme si y était entré on ne sait qui, le diable. Les oiseaux s’affolent. » (Irina dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-araignée (1979) de Manuel Puig, p. 14) Je vous renvoie au film « Pas de printemps pour Marnie » (1964) d’Alfred Hitchcock (Marnie crée la panique chez le marchand d’oiseaux), au film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur (Irena effraie les oiseaux de l’animalerie), le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar (avec la gamine rousse qui bloque les ascenseurs à distance, crée des catastrophes), etc. Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, la description du « démon maternel » (p. 123) incestueux va dans le même sens : « La vieille femme regarda les persiennes où filtrait une lueur funèbre. […] Près du magnolia, elle fit peur à un rossignol. Sur son passage, le long du pré sec et poussiéreux, les grillons se turent. » (idem, p. 44-45).

 

Film "Kaboom" de Gregg Araki

Film « Kaboom » de Gregg Araki


 

Il arrive que la menace du réveil diabolique du personnage homosexuel surgisse sans crier gare et sans que ce dernier puisse se contrôler : je pense aux yeux rouges qui s’allument chez Michael Jackson dans le vidéo-clip de la chanson « Thriller », chez Nina dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, à la métamorphose effrayante de David Bowie dans le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg, etc. « Ses yeux, ils devenaient de plus en plus grands et brillants, comme ceux des méchantes dans les dessins animés japonais, avec trois gros points blancs qui tremblent au milieu des iris. ‘Je suis un peu sorcière. » (Groucha dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 265) ; « À 17 ans, je suis devenu une femme-reptile. » (un personnage homo dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Pourquoi tu as les yeux rouges ? » (Rana s’adressant à son mari incarcéré Sadegh, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc. Dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty, Ninette fait le monstre face à son amante lesbienne Rachel. Dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, Mona s’adresse à son amante Tamsin en des termes explicites : « Je suis le diable et je suis venu pour te tuer. » Elle essaie de la noyer dans une rivière à la fin de l’histoire. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin, l’homosexuel efféminé, change subitement de voix et en prend une grave au téléphone.

 

Cette identité diabolique que décrit le personnage homosexuel en lui-même est parfois l’autre nom qu’il donne à son désir homosexuel (autant dire que ce code « Se prendre pour le diable » renvoie à la dualité idolâtre et homophobe du désir homosexuel !) : « Depuis son enfance, il devinait en lui la présence de quelque chose qui, d’une manière inexprimable, demeurait hors de sa portée. » (le héros du roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 16) ; « J’crois que j’suis pas normale. » (Florence la lesbienne dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « C’est drôle, tout se mélange dans ma tête. On a une chose en soi dont on ignore tout car on ne le soupçonne même pas. Et soudain un soir, par ennui, une enfant raconte un mensonge. Et c’est là qu’on en prend conscience. On s’interroge : l’a-t-elle vu ? L’a-t-elle senti ? » (Martha parlant de son homosexualité dans le film « The Children’s Hour », « La Rumeur » (1960), de William Wyler) ; « J’crois que y’a quelque chose de totalement mauvais en moi. C’est comme ça depuis le début. Mes parents. Mon choix. Mon désir. » (Emmanuel s’adressant à son amant Guillaume, pour mieux l’apitoyer et se ustifier de lui sauter dessus, dans la série Ainsi soient-ils (2013) de David Elkaïm, épisode 6 saison 1) ; « L’homme qui vivait en moi, j’en avais même peur. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc.

 

Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien affirme ressentir à l’adolescence « une peur immense de ce qu’il était, un garçon attiré par les garçons » (p. 73) : « Longtemps, Adrien avait cru ce penchant, ce mauvais penchant, surmontable. Dieu serait plus fort que son désir. Il saurait même dissiper, extirper jusqu’à sa racine ce mal profond. Il avait bien fini par comprendre, de guerre lasse, que la blessure resterait longtemps. » (idem, p. 25) Dans sa pièce Le Maître des ténèbres : Confession d’un ange déçu (2003), Vincent Byrd Le Sage, en interprétant le diable, joue la grande tapette : « Je suis de Jésus le double négatif. » Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, le personnage de Lucifer est homosexuel. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Sébastien, l’homosexuel, qualifie sa meilleure amie lesbienne Marcy de « satanique ».

 

Le désir homosexuel n’est-il finalement pas l’autre nom (aseptisé) de la jalousie ? de l’orgueil égocentré fantasmé ? Par exemple, dans le film « East Of Eden » (« À l’est d’Éden », 1955) d’Elia Kazan), le personnage de Cal, interprété par James Dean, se prend pour le diable car d’une part il ne se sent pas aimé de ses parents (son père lui dit : « Tu es mauvais, irrémédiablement. ») et d’autre part il est rongé par la jalousie, surtout à l’égard de son frère Aaron (« Tu as raison, je suis mauvais. Je le sais depuis assez longtemps. Aaron, lui, est bon. J’ai dû prendre la mauvaise part. » répond Cal ; « Aaron a raison. Il a toujours raison. Et c’est comme ça depuis toujours. » ; « Apprends que je suis jaloux depuis toujours. Je suis jaloux à en crever. »).

 

Chez le personnage homosexuel, le sentiment d’être diabolique est, comme par hasard, très souvent lié au fait d’être en couple homo. C’est bien l’acte conjugal homosexuel qui crée le malaise et la culpabilité, et non simplement le désir homosexuel. Et comme la responsabilité du mal homosexuel n’incombe à un individu qu’à partir du moment où deux personnes fautent ensemble, les amants homosexuels pensent qu’ils ne peuvent plus condamner chez l’autre un reflet diabolique qui représente exactement leur même et unique action mauvaise. Autrement dit, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. S’il y a un coupable dans le couple homo, il ne sera jamais solitaire ! : « Tu sais très bien que tu es aussi méchant que moi. Nous sommes pareils, malgré tout ce qui nous sépare. De la même nature. » (Khalid à Omar, dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 75) ; « Nous avons suivi un autre dieu, un autre maître, un autre diable. » (Omar parlant de son couple avec Khalid, idem, p. 108) ; « Je suis l’une de celles que Dieu a marquées au front. Comme Caïn, je suis marquée et flétrie. Si vous venez à moi, Mary, le monde vous aura en horreur, vous persécutera, vous taxera d’impureté. » (Stephen à son amante Mary dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 394)

 

Film "Satan Was A Lesbian" de Fred Haley

Film « Satan Was A Lesbian » de Fred Haley


 

Le personnage homosexuel, héros faustique par excellence, devient diabolique par contamination avec satan : « Était-ce avec le diable ou est-ce avec lui-même qu’il signa de son sang ce pacte indélébile ? » (cf. la chanson « New York City Nineteen-Fifty » du Clergyman dans le spectacle musical La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « Quand je dis ‘non’, il me poursuit, il fait ron-ron quand je dis ‘oui’, il me fait faire à reculons tout ce qui sert ses ambitions, il m’appelle par mon nom mon démon, il m’appelle et je réponds ‘non non’. Il m’appelle par mon nom mon démon, et je réponds mon nom. Mon démon, mon démon, quand je sors avec lui au milieu de la nuit, je n’sais plus qui je suis, si je suis moi ou lui. » (cf. la chanson « Mon Démon » du Teenager, idem) ; « Je veux croire alors qu’un ange passe, qu’il nous dit tout bas : ‘Je suis ici pour toi, et toi c’est moi. » (cf. la chanson « L’Autre » de Mylène Farmer) ; « C’est le diable qui tient les fils qui nous remuent. […] Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien écrit une nouvelle intitulée Un Rendez-vous avec le diable. Il finit par rencontrer en vrai « l’inconnu », mais celui-ci le persuade qu’il s’est incorporé en lui et qu’en réalité il est tout seul. « Avec le temps il en arrivait à croire qu’il avait été l’objet d’une illusion, qu’une sorte de rêve éveillé s’était joué de lui et que ce vieillard n’existait pas. » (p. 43) La victoire du mal est bien de faire croire à celui qu’il possède qu’il n’existe pas.

 
 

b) « Je suis un maudit » :

N.B. : Je vous renvoie également au code « Focalisation sur le péché » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Une autre litanie de la haine de soi sort de la bouche du héros homosexuel : celle de se croire maudit et incapable d’aimer/d’être aimé : cf. le film « Les Maudits » (1947) de René Clément, la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset (avec le motif du garçon maudit), le roman La Maudite (1954) de Guy des Cars, le film « Gazon maudit » (1995) de Josiane Balasko, le film « Children Of The Damned » (1964) d’Anton Leader, etc.

 

Comme ses tentatives de formation d’un couple homosexuel heureux et durable se révèlent souvent infructueuses, le personnage homosexuel en déduit qu’il ne mérite pas d’être aimé et qu’il est incapable, comme le diable, d’aimer et de garder une personne : « Je ne suis pas de celles qui peuvent se faire aimer. » (Élise dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 278) ; « I can’t love for more than one day. » (Michel Hermon dans son spectacle-cabaret Dietrich Hotel, 2008 ; traduction : « Je ne peux pas aimer plus d’un jour ») ; « Un homosexuel est un homme qui souffre et qui a mal. […] Depuis que je suis petit, mon existence est un calvaire. […] Personne ne m’a jamais dit je t’aime. » (Bernard, le héros homosexuel déclaré de la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Je dois pas être fait pour la vie de couple. » (Jean-Louis dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; « Dalida, l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire. » (l’actrice jouant la chanteuse Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Saïd est mort, tué par l’orage, un signe peut-être que Dieu n’approuve pas ce que les garçons s’apprêtaient à faire ce soir. » (Saïd et Ahmed, le couple homo maudit, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 48) ; « En réalité je m’aperçois que je n’ai jamais été aimée. Je ne connais rien des ‘sentiments’, toujours plus préoccupée par la passion du corps que par celle de l’esprit. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 183) ; « Je suis pas fait pour vivre une histoire. » (Léo, un des héros homos du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 117) ; « J’aime répandre le bonheur. » (Shirley Souagnon maltraitant et cassant sans arrêt son public, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, par exemple, Nicolas évoque « son incapacité à aimer » (p. 124). Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Olivier, l’un des héros homosexuels, pense qu’être homo, c’est être « perdu, maudit ».

 

Comédie musicale "Le Cabaret des Hommes perdus" de Christian Siméon

Comédie musicale « Le Cabaret des Hommes perdus » de Christian Siméon


 

La Drama Queen homosexuelle pense que, comme Carmen, la sincère mais dangereuse bohémienne, elle n’attire à elle que des cas sociaux en amour : « Je dois être maudit. » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 288) ; « Ce que j’ai compris, c’est que j’ai un don : celui de rendre les autres malheureux. » (idem, p. 437) ; « Je peux être avec personne. » (Pablo, le personnage homosexuel, à Laura, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger) ; « Le pire, c’est que je rends tout le monde malheureux autour de moi. » (Florian, le héros gay, à Thomas, dans la série télévisée Plus belle la vie, sur la chaîne France 3) ; « Je suis une femme damnée. » (Héloïse, l’héroïne lesbienne, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 324) ; « Nous sommes les amants maudits ! » (Raulito et Cachafaz dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Elle s’en veut du gâchis de sa vie, de son inaptitude au bonheur. » (Gabrielle, l’héroïne lesbienne du roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 77) ; « Moi, je reste plus sale qu’un damné. » (Yanowski dans son concert Le Cirque des Mirages, 2009) ; « Nous sommes en si grand nombre… des milliers d’indésirables qui n’avons aucun droit à l’amour, aucun droit à la compassion parce que nous sommes mutilés, hideusement mutilés et laids… Dieu est cruel ; il tolère que nous naissions défectueux. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 270) ; « Qu’ai-je fait pour être ainsi maudite ? » (idem, p. 285) ; « Je suis d’une génération désenchantée. » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) ; « J’hallucine, j’suis pédé ! Je serai jamais heureux ! » (Lennon en panique, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Au départ, le sentiment de déterminisme dans la souffrance, ou de « malheur comme destin », a pu être instillé sournoisement par l’entourage extérieur du protagoniste homosexuel : « Ah, race de femmes maudites, vous êtes toutes des putes ignorant tout de la bite ! » (Ahmed parlant des femmes lesbiennes dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ah, les lesbiennes maudites ! » (Martin, idem) ; « Vous êtes maudit ! » (le Professeur Foufoune s’adressant à Bill dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) ; « Cet homme était un démon. » (le Gros concernant Silberman, le personnage homosexuel, dans la pièce La Vie est un tango (1979) de Copi) ; « Il a le culot du démon ! » (le chœur des voisines décrivant le personnage homosexuel de Cachafaz, dans la pièce éponyme (1993) de Copi) ; « Répète après moi : JE FAIS PARTIE DU MAL !! » (les Virilius, groupe composé de puceaux et d’homos refoulés, s’adressant à Jean-Marc, le héros homosexuel assumé, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; etc. Par exemple, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, l’homme marié parle de l’« âme noire » de Jézabel, l’héroïne bisexuelle avec qui il partage quelques « plans cul ». Et Stan, le sacristain, en rajoute une couche auprès du père David : « Tu vois pas que cette fille, elle est noire, elle sent le souffre ? »

 

Mais paradoxalement, le héros homosexuel affiche une résistance tellement fausse et contrariée à la vindicte « populaire » (une sorte de « Même euh… pas vrai, d’abord ! » résigné) qu’on finit par constater qu’il a finalement intériorisé l’insulte : « Non je ne suis pas si mauvais, non je ne suis pas si maudit. » (cf. la chanson « Attractions-Désastre » d’Étienne Daho) ; « Je voulais être l’étrange sodomite, celui dont on ne parle pas. » (Anthony, le héros homosexuel du roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; etc. Il se croit destiné au malheur depuis sa naissance, se juge inapte à rentrer dans le monde : « Il advint qu’à la veille de Noël, Anna Gordon accoucha d’une fille : un petit têtard de bébé aux hanches étroites, aux larges épaules, et cela hurla et hurla sans cesse pendant trois heures, comme si cela était indigné de se retrouver projeté dans la vie. » (Stephen, l’héroïne lesbienne parlant de sa naissance, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 19)

 

Chez le héros homosexuel, la croyance en sa propre malédiction ne se limite pas uniquement au terrain de l’amour ou du sens de l’existence. Il arrive que certains personnages diabolisent et sacralisent dans un même mouvement la pandémie du Sida, par exemple, comme si elle était une matraque céleste bénie. « Mais le sida, c’était une vraie chance, je veux dire, c’était à nous, juste les pédés, tu vois, il a complètement dilapidé le truc, on le donne à tout le monde. » (Willie, l’un des protagonistes homos du roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 132) Par exemple, dans le film « Encore » (« Once More », 1987) de Paul Vecchiali, le Sida est « inscrit dans le destin des homos ».

 

Ce qui empêche certains héros homosexuels d’identifier leur haine d’eux-mêmes qui les désigne comme diaboliques (à leurs yeux), c’est qu’ils surjouent, par provocation cynique ou par sincérité, l’adoration d’eux-mêmes… pour sauver la face, pour garder la main sur leur souffrance tandis qu’ils nient cette dernière. Par exemple, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, la carcasse de suffisance affichée par Pierre, le héros homo (« Je me dis qu’avec les gènes que j’ai, je n’ai pas le droit de ne pas me reproduire. ») révèle une montagne d’auto-dépréciation (« Je ne suis pas sûr de m’aimer. ») et d’insatisfaction personnelle (« J’ai raté ma vie privée. »)

 
 

c) Le bien par le mal (et la pédagogie de l’erreur) :

Le dilemme moral du personnage homosexuel, c’est qu’intellectuellement il sait très bien que le mal n’est pas à faire ; mais esthétiquement il le trouve quand même beau et désirable : cf. le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan (avec la beauté machiavélique de Chloé, la lesbienne), le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta (avec le bellâtre pervers, Vincent Garbo), le roman Lo Verdadero Es Un Momento De Lo Falso (2010) de Lucía Etxebarría, la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, etc. « C’est si bon, la haine ! » (la grand-mère dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Dans ce mal, je me sens vivant. » (Daniel s’adressant à son amant Luther, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Mon père, ce monstre est bon. » (la Belle s’adressant à son père par rapport à la Bête, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « La haine, c’est la règle n°1. Y’a que ça qui peut te sauver. » (Jean s’adressant à son futur amant Henri, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « Vous avez vu comme elle est mauvaise. J’adore ! » (Yoann, le héros homosexuel, à propos de la méchante Solange, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; etc. Ses goûts et sa conscience s’entrechoquent… et ce sont les goûts qui finissent par l’emporter. Comme il pense que rien n’est trop beau ni trop juste pour le bien (pas même l’action mauvaise !), il arrive à penser que la fin justifie les moyens.

 

Je ne voudrais pas empiéter sur le code de la « Reine » du Dictionnaire des Codes homosexuels, qui aborde plus longuement la question de la beauté du diable féminisé, avec surtout l’emblématique Cruella de Vil, ni sur les codes « Haine de la beauté » et « Liaisons dangereuses » qui traitent de l’usage du mensonge et de la cruauté en amour… mais juste vous dire que le mal exerce une attraction sur le héros homosexuel, attraction qui n’est ni très rationnelle ni totalement calculée, même si elle repose sur la foi en la toute-puissance de la sincérité.

 

Très souvent, le personnage homosexuel aborde sa fascination pour le diable, pour l’efficacité temporaire du mal, pour le génie de satan : « Jonathan Brockett [le personnage homo] était intelligent, il était d’une intelligence diabolique. […] C’est pourquoi il écrivait de si belles pièces, des pièces si cruelles ; il alimentait son génie de chair vive et de sang ! Génie carnivore ! » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 307) ; « [C’était] un homme absolument vicieux et cynique, un homme dangereux aussi parce qu’il était brillant. » (idem, p. 351) ; « J’étais Marlon Brando. Un vieil homme qui avait de la classe et de la cruauté. Un vieil homme irrésistible, généreux, impitoyable, sanguinaire. » (Omar après avoir tué son amant Khalid, dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 168)

 

On observe un phénomène absolument étonnant sous la plume d’un écrivain comme Christophe Bigot : il sublime la vengeance ou la médisance, généralement en les féminisant, c’est-à-dire que tout ce qui touchera à la souffrance, à la mort, à la mélancolie, à la peur, sera chez lui associé, via l’esthétique et l’art, au plaisir ou à l’amour, même si éthiquement cette idée le répugne. On se demande, en lisant son roman L’Hystéricon (2010), s’il critique réellement la beauté du diable, s’il dénonce vraiment le cynisme du dandy (il parle de sa « beauté d’archange » d’ailleurs, p. 83) : d’un côté, oui (et on le voit surtout lors de l’échange final entre Jason et Colette, quand Jason cherche sincèrement des solutions pour lutter contre sa propre misanthropie) ; d’un autre côté, non, car il semble encore prisonnier de la beauté ou de la sincérité de la méchanceté (« l’horreur du monde a pour revers son inexprimable beauté » lit-on p. 246). Parfois, à travers ses personnages, Christophe Bigot soutient l’argument suivant : « Finalement, qu’on soit méchant n’est pas tellement le problème, pourvu qu’on le fasse avec art, et qu’on évite la faute de goût. » D’ailleurs, on remarque cela quand son protagoniste principal, Jason, édicte à ses invités les règles des histoires qu’ils doivent se raconter entre eux : il leur reproche non pas d’être méchants, mais de ne pas être « artistiquement méchants », ou bien d’être méchants sans « style » (p. 414) : « Tous ensemble, ils s’étaient éparpillés, égarés. Par impatience, par émulation frénétique dans le lynchage, ils n’avaient pas soigné leurs anecdotes. […] Jason conseillait d’éviter les simples portraits, ou les vulgaires ragots, mais de leur préférer des histoires, de vraies histoires, avec un début, un milieu et une fin. » (idem, p. 46) Et finalement, c’est un peu ce que l’auteur a fait aussi avec la grande histoire, à savoir son roman : mettre les petits plats dans les grands… pour la médisance. « Mourad [l’amant de Jason] jubilait. Amande était une peste, mais sa méchanceté avait une drôlerie sans équivalent. Il suffisait de la lancer sur une piste, et elle démarrait au quart de tour, brossant des portraits comme une virtuose, se dépensant sans compter. » (p. 83)

 

les Méchants de Walt Disney

les Méchants de Walt Disney


 

Se mettre dans la peau d’un ignoble diable de dessins animés, voilà un fantasme très homosexuel. Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Lucie, maîtresse de cérémonie macabre, prend plaisir à faire cracher tous les secrets honteux de ses trois invités (les trois « ex » de son futur mari).

 

Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Lucie rend hommage « à tous les méchants ». Dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit dédie son spectacle à son public et à toutes « ses sœurs salopes ».

 

Dans les romans de Thibaut de Saint Pol (surtout Pavillon Noir (2007), avec Cyril le geek psychopathe désirant la fin du monde ; mais aussi N’oubliez pas de vivre (2004), dépeignant l’univers impitoyable de la prépa ; ou bien encore À mon cœur défendant (2010), avec Heinrich le cruel Nazi), il y a toujours la figure du Grand Méchant gniarc-gniarc-gniarc, celui dont les victimes impuissantes ne peuvent que pousser le cri Orangina « Mais pourquoi est-il aussi méchant ??? » (« Paskeeeeuu !!! » répond le fou avec un rire sardonique), celui qui maltraite ses bras droits, celui qui (comme un Docteur Mad de films de James Bond) aime écraser gratuitement les animaux inoffensifs qui l’entourent : « Elle [Madeleine] est partie ! […] Où qu’elle soit, je la retrouverai ! […] De toute manière, elle n’ira pas loin… je suis sûr qu’elle n’imagine pas l’enfer qui l’attend. » (Heinrich dans le roman À mon cœur défendant, p. 80) ; « Je trouverai bien un moyen de la faire parler… » (idem, p. 62) ; « C’est insensé ! Quelle bande d’incapables ! » (Heinrich parlant de ses complices, idem, p. 140) ; « Mon cœur s’exalte à sentir les traces de l’orage que nous [= les Nazis] pouvons déchaîner. […] Nous sommes aux frontières d’une aube nouvelle. La France aux mains des Juifs, des bolcheviks et des ploutocrates ne pouvait que sombrer. Elle ne pourra se relever qu’avec nous, aux côtés de l’Allemagne, avec le concours de ceux qui comme moi la connaissent, et la veulent purifiée. […] La guerre me rend lyrique. » ; « Je veux le prendre avec des gants blancs […] Je suis sûr que n’importe quel autre espion lui aurait arraché son triste bien par la force, mais je ne suis ni un simple sbire ni un voleur à la tire : ich bin zivilisiert. » (Heinrich parlant du Traité que possède Madeleine, idem, pp. 46-47) On peut désirer être diabolique, dit le héros homosexuel, à partir du moment où on a la classe d’un Arsène Lupin !

 

Pour le héros homosexuel, mentir et faire le mal, c’est aimer (si on le fait par amour ! si le désespoir purifie l’action mauvaise) : « C’est la première fois que je mens pas à un mec, en plus. » (Mike, le narrateur homo parlant de sa liaison avec Léo, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 101) ; « J’ai détroussé des centaines de personnes, égorgé deux personnes… mais je fais peu de fautes d’orthographe ! » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Par exemple, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank passe son temps à mentir à son psychiatre pour le faire tourner en bourrique et le séduire : « On obtient la vérité qu’en mentant. »

 
 

d) Le relativisme manichéen et nihiliste qui voit les choses « par-delà le Bien et le mal », mais qui au fond trace implicitement de nouveaux camps « bons » et « mauvais » :

Comme un slogan publicitaire bien appris, le personnage homosexuel soutient à la fois que l’enfer n’existe pas (quid de la liberté humaine de le choisir, alors ?) et qu’« on ira tous au paradis », dans un discours flower power optimiste qui nie le libre arbitre des êtres humains : « Tribu, qu’est-ce que nous voulons ? Paix et Liberté maintenant ! […] L’enfer n’est pas pour nous ! » (les personnages de la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, à l’unisson) ; « Ils disent qu’on brûlera en enfer, mais je pense qu’ils se trompent. » (cf. la chanson « Outlaws » d’Adam Lambert)

 

On voit ce flou artistique entre le Bien et le mal, d’inspiration bouddhiste, cultivé dans le film « Au-delà du bien et du mal » (1977) de Liliana Cavani, la chanson « Au diable nos adieux » de Zazie, le film « Ni Dieu ni démon » (1998) de Bill Condon, etc.

 

Le personnage homosexuel, dans un relativisme et un manichéisme saisissants, se met à placer le bien et le mal sur le même plan, comme s’ils étaient deux forces égales qui s’annulaient l’une l’autre : « Et Dieu ? Et ses anges ? Et le diable : est-il toujours le diable ? » (Omar dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 177) ; « Le bien, le mal n’existent pas dans le bonheur, dans le malheur. Les hommes sont des animaux, les femmes sont des animales. » (Cachafaz dans la pièce éponyme (1991) de Copi, pp. 52-53) ; « Ni enfer, ni paradis. Là-bas, la vraie vie ! » (Kiwi dans la B.D. Kiwi au Paradis (1999) de Teddy of Paris) ; « Au diable le bien et le mal, et les serments artificiels ! » (cf. la chanson « Au commencement » d’Étienne Daho) ; « Sa notion du bien et du mal, ça commençait à me taper sur le système ! » (Stéphane, le héros homo, par rapport à Hélène, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « L’enfer, le paradis, que des conneries ! » (le fils homosexuel à son père dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan) ; « La culpabilité, ça n’existe pas ! » (idem)

 

Le diable lui a donné comme consigne de ne pas parler de lui, de nier son existence… et le héros homosexuel obtempère ! C’est exactement l’attitude neutraliste qu’adopte le personnage de Vincent (d’ailleurs défini comme un « ange de lumière ») dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson. On assiste à l’apologie du lavement des mains : « Je suis l’enfant insouciant. Je n’ai pas de morale. » (pp. 46-47) ; « D’ailleurs, rien n’est grave. » (idem, p. 30) ; « Non, je ne suis pas un traître. Oui, je suis un jeune homme de seize ans, sans complexes, qui ne découpe pas le monde entre ce qui est bien et ce qui est mal. » (idem, p. 50)

 

En fuyant l’existence du Bien et du mal, et en ne reconnaissant pas la supériorité du premier sur le second, le personnage homosexuel s’expose à leur retour en force sous forme de marionnettes, de furies schizophréniques. En effet, parfois, le héros est entouré d’un petit diable et d’un petit ange qui tentent de le conseiller (par exemple Maxence dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot), le harceler, et qui finissent par s’incorporer en lui pour le diviser en deux (cf. le roman Mi-ange, mi-démon (2006) de Muriel Bonneville, etc.) : « De ce paradoxe, je ne suis complice. Souffrez qu’une autre en moi se glisse. Car sans logique, je me quitte aussi bien satanique qu’angélique. » (cf. la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer) ; « Nous comprîmes que nous bénéficiions de la protection d’un être de nature soit divine, soit diabolique, ou une alliance des deux. » (Gouri dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, p. 93). Le fait de se sentir diabolique est l’un des effets de la schizophrénie : « Je suis toi. Je suis la partie de toi que tu t’es forcé d’ignorer. » (Texor Texel à Jérôme dans le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb)

 

L’esprit manichéen croit une ânerie : que le diable a réussi une incarnation-longue-durée sur lui, comme Dieu l’a fait avec Jésus : « Le diable s’est incarné. Il a pris corps en vrai. » (Vincent Byrd Le Sage dans la pièce Le Maître des ténèbres : Confession d’un ange déçu, 2003)

 

Selon la pensée manichéenne, le mal serait dans le Bien, le Bien dans le mal, et tout cela formerait le Tout – et même l’Équilibre suprême ! – de notre « monde complexe »… comme le défend par exemple la chanson de Louis « La Mort est dans la vie » dans le film « Once More » (« Encore », 1988) de Paul Vecchiali.

 

L’anticonformiste bobo anti-diable ne se sait pas conformiste dans la révolte : il se rêve hors de tout, du Bien comme du mal, et cet ailleurs est pour lui le Bien absolu. Il chante le culte – pourtant rétrograde – de l’Être auto-engendré, maître de son progrès : « Détourne-toi du conforme et de l’inconforme. […] Alors invente, invente toujours ! » (le discours final de la pièce Le Cabaret des utopies (2008) du Groupe Incognito) ; « Nous ne sommes pas des anges ni des damnés. Nous ne sommes pas des anges ? À vérifier… » (cf. la chanson « Adulte et sexy » d’Emmanuel Moire) ; etc. Non seulement il n’échappe pas à la tentation manichéiste, mais il y replonge de plus belle, en créant cette fois ses propres binarismes moralisants délimités par un axe bien/mal invisible, qu’il croit inédit. Les dualités gauche/droite (politiques), ou homo/hétéro, sont souvent employées dans les créations homosexuelles : « Tu as viré hétéro, tu vas voter à droite. » (Robert à l’un de ses amis homosexuels, dans le film « Un Couple presque parfait » (2000) de John Schlesinger) ; « C’est juste du bon sens. Je veux dire, s’ils sont intelligents, ils sont gays ; et, s’ils sont stupides, ils sont hétéros… » (Édith dans le film « Female Trouble » (1974) de John Waters) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certains personnes homosexuelles se prennent pour le diable :

Je vous renvoie au titre de l’autobiographie Frédéric Mitterrand La Mauvaise vie (2005), à la photo Self Portrait (1985) de Robert Mapplethorpe (où l’on voit le photographe avec le sceptre de la mort), aux photos d’hommes homosexuels déguisés en diable pendant les Gay Pride parisiennes de 1996 et 2002 (dans la revue Triangul’Ère 7 (2007) de Christophe Gendron). Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, on apprend que la Reine Christine, pseudo « lesbienne », lit des lectures sataniques. Son Peuple la compare à Jézabel.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles aiment jouer au diable. On ne sera pas étonner que la fête d’Halloween remporte un franc succès dans la communauté homosexuelle : les bars et discothèques gay friendly font le plein ce soir-là, au point qu’on pourrait presque qualifier Halloween de « deuxième Gay Pride » ! Dans le docu-fiction « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, pour dire leur mécontentement, les militants Act-Up sifflent comme des serpents.

 

DIABLE Halloween

 

Mais parfois, le jeu de la diabolisation va plus loin et sort du cadre de la blague ou de la mise en scène ludique. Certains individus homosexuels touchent à leur prénom : les pseudonymes concotés par les internautes des sites de rencontres homos sont à consonance démonologique et ne brillent pas par leur originalité ; le nom que le photographe Jean-Daniel Cadinot s’est choisi en tant que réalisateurs de films pornos gays est « Tony Dark » ; l’écrivain Claude Brami a écrit sous le pseudonyme de « Christopher Diable ». Les noms de scène (Louise de Ville, le groupe Mauvais Genre, l’album Mister Bad Guy (1985) de Freddie Mercury, etc.) et les rôles de théâtre que certains prennent (Jean-Claude Dreyfus interprétant le diable dans la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti) résonnent comme des aveux.

 

C’est parfois l’expérience de la maladie (VIH) corollée à l’homosexualité qui donne à certains individus l’impression d’être diaboliques ou possédés. Par exemple, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, quand Éric, homosexuel et séropositif, décrit les effets surprenants de la trithérapie, il dit que c’était comme dans le film « L’Exorciste » : vomissements, états seconds, malaises, dérèglement du métabolisme (estomac surtout)…
 

Par ailleurs, un certain nombre de personnes homosexuelles réelles s’identifient clairement au diable : « De fait, j’y trouvais incomparable jouissance, sans doute par l’instigation du Diable. Il y a huit ans que cette idée diabolique me vint… » (Gilles de Rays écrivant au Roi de France Charles VII, et cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 132) ; « J’ai l’impression d’être un personnage diabolique. » (James Dean à Philip K. Schever du journal Los Angeles Times, cité dans la biographie James Dean (1995) de Ronald Martinetti, p. 137) ; « Je suis un véritable diable. » (Pier Paolo Pasolini dans le reportage « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975 » (1997) d’Alain Bergada) ; « Vous êtes cet enfant orgueilleux, vous ne doutez pas que le diable en question, c’est vous. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 26) ; « Leur distance me renvoyait l’image, ils étaient tous devenus de ces chats qui me fuient, des chats allergiques au diable. » (Hervé Guibert, malade du Sida, dans son autobiographie À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990), p. 222) ; « Car, bien entendu, il y avait du diable dans tout cela. » (Julien Green, à propos de son désir de se substituer aux autres, préface de son roman Si j’étais vous (1947), pp. 10-11) ; « Jeffrey croyait qu’il était le diable. Il se pensait aussi démoniaque que satan. » (Gerald Boyle, dans le documentaire « Jeffrey Dahmer, le Cannibale de Milwaukee » (1996) de Christine Shuler) ; etc.

 

C’est même sans culpabilité, sans s’auto-flageller, avec grand calme et désinvolture (presque avec l’humour du désespoir), qu’elles se présentent comme diaboliques : « Nous, les amis du diable » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 68) ; « Si, comme le prétend Thierry Séchan, le vert est la couleur du diable, alors je suis le diable. » (idem, p. 176) ; « Et non seulement j’ai mauvais genre, mais encore j’aggrave mon cas en ayant de mauvaises mœurs. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 7) ; « Le jour où on découvre qu’on aime les garçons, on a l’impression de ne pas être normal. » (Sacha, jeune Allemand homo, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt) ; « Aux yeux des chrétiens, je suis un sataniste. De mon point de vue, bien sûr, je ne le suis pas. Satan n’est pas au cœur de ma vision des choses. Ce n’est pas un dieu. Il incarne la rébellion. Si je pouvais être mon propre dieu, tout cela lui serait égal. » (Gaalh, la star norvégienne de death metal, ouvertement homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Ernst Röhm, dès 1928, écrit ses Mémoires d’un traître et confie : « Étant immature et mauvais, je suis plus en faveur de la guerre et du désordre que de l’ordre bourgeois bien élevé. […] J’affirme d’emblée que je ne fais pas partie des braves gens et que je n’ai aucune envie de leur ressembler. » (p. 267 et p. 362) Dans l’émission Danse avec les stars 6 du 28 novembre 2015, le chanteur Loïc Nottet avoue que, lorsqu’il était jeune et se regardait dans la glace, il s’imaginait non pas être face à lui-même mais face à un « double diabolique ».

 

Dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010, Alexandre, jeune témoin homo suisse de 24 ans, raconte qu’à 18 ans il est parti en famille au père, à Seattle (USA) et est tombé dans une famille « très religieuse, très religieuse, et souvent on disait que l’homosexualité était quelque chose de satanique, que c’était le diable qui était là, et que Dieu tous les jours testait notre foi en Lui. » : « À l’église, devant 600 personnes, le pasteur a dit qu’il fallait brûler les homosexuels et que c’étaient des gens possédés. Et petit à petit, on rentre dans ce discours-là. Je ne sais pas si j’y croyais à 100 %. En tout cas, y’avait une partie de moi qui voulais y croire. »
 

Quelques personnes homosexuelles évoquent la présence d’une force maléfique en elles, qui les définirait totalement : « Nous sommes les très humbles domestiques d’une force qui nous habite. Nous sommes menés par une force qui n’est pas externe à nous, qui est interne, nous sommes menés par cette nuit qui est notre véritable Moi. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Jean Cocteau, autoportrait d’un inconnu » (2003) d’Edgardo Cozarinsky) ; « J’étais dans l’horreur de ma propre confusion. Je la voyais bien. Je la comprenais parfaitement. Je marchais avec elle en silence, en bataille, jamais en paix. Je n’y pouvais rien, j’étais dominé par cette force supérieure, invisible, inconnue, et qui m’entraînait vers le chaos intime. Je voyais de temps en temps en moi l’image de ma sœur Lattéfa qu’on disait possédée. Qui l’était. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 86) ; « À peine fut-il sur moi, que je versais des larmes de désolation. L’instant de sodomie, rigoureusement chargé, vit tout mon être disparaître dans les profondeurs du mal pour ne devenir qu’une empreinte. […] De me sentir possédé, je me mis à pleurer. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 68) ; « Pourtant, le Seigneur, lui, à cause de l’amour qu’il porte à l’être intérieur où il retrouve sa marque et le reflet de sa face, aime aussi passionnément le transgresseur qu’il découvre caché là, en siamois du fils vertueux. Que sommes-nous, devant l’attitude du Maître, pour bouder l’amour à l’égard de cet habitant de mauvaise mine ? » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 14) ; etc.

 

Certaines personnes homosexuelles pensent même qu’elles ont le pouvoir diabolique de faire mourir les autres à distance : « Je me suis sentie confusément coupable de la mort du fiancé de Janette Levreau et encore bien davantage du chagrin de cette dernière. Et depuis ces temps troublés, je me suis demandé souvent si je n’avais pas des pouvoirs paranormaux. En tout cas, je veille très attentivement à ne jamais avoir de souhaits homicides. […] Après avoir assassiné mon frère et un jeune militaire, j’ai assez de crimes sur la conscience ! » (Paula parlant de sa maîtresse de CM2, dans son autobiographie Mauvais genre (2009), p. 47)

 

Cette identité diabolique que décrit la personne homosexuelle est parfois l’autre nom qu’il donne à son désir homosexuel (autant dire que ce code « Se prendre pour le diable » renvoie à la dualité idolâtre et homophobe du désir homosexuel !) : « J’ai grandi caché dans mon secret. Longtemps je me suis blotti en lui comme s’il me protégeait d’une menace indistincte. Il a fini par faire partie de moi. […] Un poison me rongeait. […] Le vrai nom de ce venin, l’homosexualité, je n’en avais aucune idée. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 13) ; « J’ai mauvais genre. Bien qu’étant une femme, j’ai les cheveux courts comme les messieurs qui ne veulent pas se faire remarquer. En outre, je m’obstine à m’habiller de telle manière qu’on me prend souvent pour un homme. » (Paula Dumont, Mauvais genre (2009), p. 7) ; « Je suis fermement décidée à emmerder le monde jusqu’à mon dernier souffle. » (idem, p. 12)

 

Ce « diable » en la personne homosexuelle, c’est surtout ce qu’on appelle plus simplement le doute d’être aimé/d’être capable d’aimer vraiment quelqu’un : « C’est ainsi qu’à 18 ans, je me suis repliée sur moi-même, et que j’ai abandonné jusqu’à la simple idée qu’on puisse m’aimer d’amour. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 19) ; « Vous vous aimez si peu que ça ? » (un des psys s’adressant à Guillaume, le héros bisexuel, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; etc. On entend souvent les personnes homosexuelles faire de l’Amour une question de mérite, sans penser que l’Amour vrai se donne gratuitement et au-delà de nos actes : « Pas capable d’aimer. Pas capable d’être aimé. » (André, 33 ans, sodomisé sauvagement par son père à l’âge de 13 à 16 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 148) ; « Il voit en lui un démon qui le transforme en un être qui ne peut aimer. » (Dan Kiley, Le Syndrome de Peter Pan (1983), p. 89) ; « Entre 20 et 30 ans, je cherche plutôt quelqu’un qui affirmera que je suis humaine : un spécimen d’humanité ni plus ni moins compliqué que les autres. Il me reste encore beaucoup de chemin à faire pour m’en convaincre moi-même. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 212)

 

Le « diable » est aussi l’autre nom de la honte de soi : honte de son physique (comme celle que ressent par exemple John Edgar Wideman par rapport à sa couleur de peau noire : il raconte dans Brothers And Keepers (1984) qu’il a « peur qu’on découvre le diable en lui, qu’on le rejette comme un lépreux » et que sa « négritude l’accuse », pp. 56-57) ou honte de son origine sociale (de son côté, Didier Éribon, dans Retour à Reims (2010), explique que c’est « la culture ouvrière qui l’accusait » : « Il me fallait exorciser le diable en moi, le faire sortir de moi. Ou le rendre invisible, pour que personne ne puisse deviner sa présence. Ce fut pendant des années un travail de chaque instant. », p. 115).

 

Dans l’émission Infra-Rouge intitulée « Souffre-douleurs : ils se manifestent » diffusée sur la chaîne France 2 le 10 février 2015, le jeune Lucas Letellier, lycéen se disant « homosexuel », affirme qu’il a subi le harcèlement scolaire de la part de ses camarades uniquement « parce qu’il est homosexuel » : « Le pire que j’ai ressenti, c’est Fils de Satan. »
 

Si les personnes homosexuelles ne sont crues incapables d’aimer, c’est bien parce que certains esprits (homophobes, bisexuels, ou homos refoulés) leur ont mis cette absurdité dans le crâne (« Tu vois, je te l’avais dit, tu es incapable d’aimer… »), et qu’elles l’ont validée : « L’espoir fait vivre dit-on, et il faut savoir qu’une grande partie de l’humanité vit de ses rêves d’amour. Quand nous disons que le gei est privé d’amour, cela signifie qu’il est aussi privé de ce rêve. Depuis son plus jeune âge il réalise que l’amour n’est pas fait pour lui. Contrairement à l’adolescent hétérosexuel, il sait qu’il n’y a rien pour lui à l’horizon. » (Chekib Tijani, 700 millions de GEIS (2010), p. 62) ; « Les geis naissent vils et inférieurs. » (idem, p. 95) ; « Dans leur tête, il y a ce mal en moi : j’étais devenu mauvais. » (Samuel, jeune homme homosexuel par rapport à ses parents juifs ortodoxes, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; etc.

 
 

b) « Je suis un maudit » :

N.B. : Je vous renvoie également au code « Focalisation sur le péché » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles ne se jugent pas aimables et aimantes. Elles se présentent au contraire comme maudites par le Ciel, par l’Amour, et par les événements humains. « Je ne pouvais plus vivre en ce monde où me guettaient la malchance et le deuil. » (Jean Cocteau dans son Livre blanc, 1930) La mélancolie les dorlotte : « New York me désespérait avec une grâce certaine où, la sereine langueur de la pollution piquée par le bruit et la chaleur, apportait un bonheur furtif et réparateur mais où, planaient irrémédiables, mon angoisse de vivre et l’attente de la mort. Damné jusqu’à la fin des temps, encombré de mes grandes jambes inutiles, j’étais seul, la nuit, plein de désirs inexaucés, sans savoir que mes seuls amis étaient les étoiles, émues, anonymes, de ma présence. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 118)

 

Par exemple, pour Ricardo Arenales, Luis Cernuda ou encore Marcel Proust, les personnes homosexuelles (ou « inverties ») forment une « race maudite ». Arthur Rimbaud, quant à lui, revendiquera toute sa vie son appartenance à la race « des maudits, des criminels, des malades ». Dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata, Charles Trénet avoue qu’il souffre, en amour, d’un « mal mauve », celui « de l’ombre et du remord ».

 

On trouve dans certains discours la croyance au Sida en tant que matraque céleste. « Il fallait que le malheur nous tombe dessus. Il le fallait, quelle horreur, pour que mon livre voie le jour. » (Hervé Guibert dans son autobiographie À l’Ami qui ne m’a pas sauvé la vie, 1990) ; « Je suis un scarabée retourné sur sa carapace et qui se démène pour se remettre sur ses pattes. Je lutte. Mon Dieu, que cette lutte est belle. » (Hervé Guibert cité dans l’essai Les Écrivains sacrifiés des années Sida (1995) de Jean-Luc Maxence, p. 25)

 

L’amour homosexuel se présente d’office comme fragile ou perdu d’avance, et la majorité des personnes homosexuelles pensent cycliquement qu’elles sont des oubliés de l’Amour vrai (y compris celles qui vivent en couple) : « Ça va pas, on arrête tout de suite, je ne suis pas quelqu’un à marier. » (Élodie, femme lesbienne de 46 ans, interviewée dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 59) ; « À 18 ans, je me suis repliée sur moi-même, et j’ai abandonné jusqu’à la simple idée qu’on puisse m’aimer d’amour. » (Paula Dumont, La Vie dure (2010), p. 19) ; « Lui dirais-je combien j’avais pu, adolescente, me sentir infirme, monstrueuse, vouée à jamais à la solitude quand je m’éprenais d’une fille de mon âge ? » (idem, p. 42) ; « Elle se sentait incapable d’aimer : ‘J’ai comme la lèpre au cœur. » (Paula Dumont citant son amante Catherine, idem, p. 154)

 

Mais il ne faut pas croire qu’elles ne trouvent que des inconvénients à l’étiquette de « maudits » qu’elles se collent au front. Au contraire, l’auto-stigmatisation peut, dans l’instant, dorloter l’âme en peine, l’installer dans le confort de la plainte ou du militantisme marginal, lui donner l’impulsion désespérée de la menace puérile. « Je choisis cette planète maudite, je l’habite avec les bagnards de ma race. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 49).

 

Elle a même le pouvoir de faire aimer (un peu) ! Jouer le maudit d’amour, le bobo écorché vif et incompris, le pestiféré qui porte malheur à tous ses partenaires, est une technique de drague très employée par les courtisans-crooners homosexuels. Ces derniers font agir le chantage aux sentiments pour apitoyer leur proie (« Les autres m’ont abandonné prématurément… mais toi, tu n’es pas capable de me faire une chose pareille, hein ? »). Avec leur air de chien battu, ils demandent à leur partenaire du moment de leur faire le plaisir de leur prouver qu’ils valent encore quelque chose dans le « marché gay » en acceptant de sortir avec des « maudits d’amour » comme eux, qui se croient les seuls à aimer bien, en vérité, à 100%, contrairement à leurs amants de passage qui n’ont/auraient pas « joué le jeu » de l’amour jusqu’au bout, qui n’ont/n’auraient pas su les aimer comme eux les a/aurait aimées d’un cœur entier, sacrificiel, pur, gratuit, limite ascétique et platonique… Et il faut avouer que cette stratégie de la folle perdue est très efficace : elle donne à celui qui se laisse prendre l’illusion temporaire de la charité, de la réparation de l’injustice, du sacrifice d’amour.

 
 

c) Le bien par le mal (et la pédagogie de l’erreur) :

N.B. : Je vous renvoie également au code « Liaisons dangereuses » et à la partie « Cruella » du code « Reine », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Vidéo-clip de la chanson "Je te rends ton amour" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer


 

Le dilemme moral de beaucoup de personnes homosexuelles concernant le diable, c’est qu’intellectuellement elles savent très bien que le mal n’est pas à faire ; mais esthétiquement elles le trouvent quand même beau et désirable. Leurs sens entrent en conflit avec leur conscience, et gagnent souvent la bataille, au point que l’esthétique est confondue avec l’éthique. La philosophe Susan Sontag explique très bien ce phénomène quand elle traite du mouvement artistique camp, défendu par une majeure partie des membres de la communauté homosexuelle, et qui repose sur la représentation (ironique ? militante ? iconoclaste ?) de la violence, de la mort, de la destruction : « Le goût camp refuse l’axe bipolaire du jugement esthétique habituel : bon-mauvais. » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), p. 440)

 

Par exemple, lors de la conférence « Différences et Médisances » à la Mairie du IIIe arrondissement, le 18 novembre 2010, l’écrivain Christophe Bigot parle de « sauver la médisance ». D’ailleurs, celle-ci est au centre de l’intrigue de son roman L’Hystéricon : c’est presque l’héroïne principale. Tous ses personnages sont des « mauvaises » (Les Médisances a failli être le titre de son livre, d’ailleurs !) : « Il y a du brillant dans le père siffleur. » dira-t-il. « J’ai pas mal de tendresse pour Amande, le personnage de la garce dans l’Hystéricon»

 

J’ai déjà vu dans les appartement de certains amis homos des affiches géantes de films à la gloire de la méchanceté « féminine » cinématographique, tels que « The Devil Wears Prada » (« Le Diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel.

 

Se situant davantage sur le terrain des intentions que des actes, un certain nombre d’individus homosexuels vont se mettre en effet à défendre le génie séducteur du diable, la « pédagogie par l’erreur », ou bien le fait que la fin justifie les moyens : « Le poète s’occupe du mal. C’est son rôle de voir la beauté qui s’y trouve, de l’en extraire et de l’utiliser. L’erreur intéresse le poète, puisque l’erreur seule enseigne la vérité. » (Jean Genet cité par Philippe Sollers, « Physique de Genet », dans le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 42) ; « Le mensonge absolu était la vraie forme d’expression artistique de Truman Capote, limitée mais, paradoxalement, authentique. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 281) ; « Je peux vraiment être méchant. » (Jean-Louis Bory s’en amusant au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

Étant donné qu’on peut, en théorie, tirer profit de toute action, même mauvaise, de tout échec, de toute épreuve de la vie, ils soutiennent que tous les actes humains sont bons à vivre, y compris les actes mauvais, sans penser que ce n’est pas parce que beaucoup de choses nous sont possibles, et qu’on peut tirer profit de tout (même du pire), qu’il n’y a pas certaines expériences qui nous sont plus utiles, plus souhaitables, plus profitables, et plus idéales à vivre, que d’autres. C’est ainsi que Marcel Jouhandeau, par exemple, exalte la « beauté de l’immoralité » et l’utilité sociale du « vice » dans l’essai Éloge de l’imprudence (1931). Dans son Algèbre des valeurs morales (1935), les titres des chapitres parlent d’eux-mêmes : « Apologie du mal » et « Défense de l’enfer ». Bruce LaBruce, quant à lui, défend une « incorrection jouissive ». Roland Barthes, de son côté, veut que la société reconnaisse qu’il existe une joie de la perversion, que le mal n’est pas totalement mauvais (et qu’il peut même aimer à la place de l’Amour !) : « Le pouvoir de jouissance d’une perversion est toujours sous-estimé. La Loi, la Doxa, la Science ne veulent pas comprendre que la perversion, tout simplement, rend heureux ! » (Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes, 1975). Le personnage de Boris dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1926) d’André Gide reprend cette philosophie du « bien par le mal » : « Il prenait plaisir à se perdre et faisait, de cette perdition même, sa volupté. »

 
 

d) Le relativisme manichéen et nihiliste qui voit les choses « par-delà le Bien et le mal », mais qui au fond trace implicitement de nouveaux camps « bons » et « mauvais » :

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles


 

Beaucoup de personnes homosexuelles, effrayées par les mots « mal »/« diable »/« péché », trop connotés religieusement à leur goût, défendent l’idée selon laquelle le mal est un concept subjectif soumis à l’appréciation de la conscience individuelle de chacun, et qui en aucun doit être défini collectivement. « À la radicalité du mal dont on découvre avec effroi que l’homme est porteur, on va opposer l’espérance radicale de la disparition du mal. » (Élisabeth Lévy, Les Maîtres Censeurs (2002), p. 23) ; « Décidé à l’avance que mon histoire aurait un dénouement malheureux, le mal ne pouvait être qu’un leurre. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 126) ; etc.

 

Au fur et à mesure, se crée dans leur esprit une équivalence morale entre le Bien et le mal, étant donné que ces deux réalités sont reléguées au simple statut d’« opinions subjectives, variables et incertaines » : « La Vérité, le mensonge… les deux se valent. » (Jean Cocteau cité dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala) ; « J’aime ce mélange entre bien et mal. Tout est mélangé. » (Barbara, un homme transsexuel M to F, dans le documentaire « Woubi Chéri » (1998) de Philip Brooks et Laurent Bocahut) ; « L’enfer ne nous fait pas peur, le paradis non plus. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 102)

 

Or, comme l’écrit très justement Maurice Zundel dans Silence, Parole de Vie (1990), « il y a une différence entre le bien et le mal et ils ne peuvent aboutir au même résultat. Cette idée profondément juste, il ne faut pas l’affaiblir, tout au contraire ! Il faut constamment souligner que le bien et le mal sont différents et qu’ils ne peuvent pas avoir la même issue. » (p. 70)

 

La peur d’entendre parler du mal, très prononcée chez les personnes homosexuelles, me semble être d’une part le signe d’une angoisse face à sa propre liberté d’engagement (Jean-Paul Sartre, dans Saint Genet (1952), explique, en partant de l’écrivain Jean Genet, que « Genet craint de se découvrir soudain maître du Bien et du Mal : cette réflexion s’angoisse devant le vide de la conscience, devant sa liberté », p. 170), et d’autre part le signe du déni des mauvais emplois de cette même liberté. Toujours dans son Saint Genet, Sartre énonce que le propre de l’action diabolique, c’est de se nier tout en se faisant : il développe à juste titre l’idée que le diable se déteste lui-même, qu’il s’est en horreur, qu’il ne veut même pas entendre prononcer son nom ni voir formuler verbalement son agissement. « La seule marque immédiate et universelle dont on dispose pour reconnaître le Mal, c’est qu’il est détestable. Non point détestable aux yeux de celui-ci ou celui-là mais pour tous, donc pour le méchant lui-même. » (idem, p. 174) ; « La trahison a le mérite de faire horreur au traître. » (idem, p. 207) ; « Gide a raison de dire que le Diable a gagné s’il me persuade qu’il n’existe pas. » (idem, p. 182)

 

Pascal Bruckner va plus loin dans La Tentation de l’innocence (1995), quand il écrit que le déni de l’existence du mal est bien souvent la preuve de notre collaboration factuelle avec lui : « Le ‘refus du manichéisme’ dont certains se gargarisent comme d’un exploit intellectuel […] dissimule mal une sympathie active pour l’agresseur. […] Cette neutralité-là est l’autre nom de la complicité. » (p. 221)

 

Comment la communauté homosexuelle assure, sans même s’en rendre compte, les beaux jours du manichéisme diabolisateur ? En diabilisant/personnifiant le diable (sans jamais l’appeler ainsi, bien entendu… sauf dans les moments exceptionnels de croisade épique contre l’Homophobie, quand les mots finissent par dépasser les « pensées » !), et en travaillant, comme les sophistes, sur la forme lexicale sans cesse renouvelée de leurs binarismes idéologiques moralisants. L’axe manichéen bien/mal, venu suppléer l’axe religieux non-manichéen Bien/mal (tout est dans la majuscule !), prendra d’autres noms et d’autres acteurs pour se faire passer pour « démocratique » : on parlera d’opposition femme/homme, homos/hétéros, gay friendly/homophobes, etc. Les récents manichéens homosexuels tracent de nouvelles frontières pour départager leurs amis de leurs ennemis, mais sans s’avouer, évidemment, que ces limites sont manichéennes. Le clivage gauche/droite est l’une de leur marotte : « L’homophobie est surtout de droite. » (cf. l’article « France » de Pierre Albertini, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 185)

 

Ces manichéens modernes montrent à leur insu que le véritable enfer, ce n’est pas d’être le diable en personne (le diable en personne n’existe pas !), mais uniquement de croire qu’on l’est (ou au contraire qu’on ne l’incarne jamais partiellement dès que nous agissons mal). On retrouve très fréquemment dans la pensée manichéenne des personnes homosexuelles l’idée selon laquelle « le mal et le Bien n’existent pas », « le mal existe pour qu’il y ait l’équilibre avec le Bien », ou encore que « l’existence du Mal est nécessaire à celle du bien ». Un des moyens de déni du mal est la simplification caricaturale de celui-ci : on lui ôte toute intelligence, comme l’a fait l’écrivain nord-américain Armistead Maupin quand je lui ai demandé, le 12 avril 2008, lors de la séance de dédicaces de son roman Michael Tolliver est vivant (2007) à la Librairie Bluebook à Paris, de m’écrire une phrase sur la violence : « Violence is the refuge of the stupid ! » (traduction : « La violence est le refuge du stupide ! ») m’a-t-il improvisé. Mais qui a dit que la violence était bête et illogique, si ce n’est la personne qui veut en user sans la reconnaître ?

 

Le meilleur moyen de lutter contre le mal et de porter un regard réaliste et aimant sur notre société, c’est au contraire, comme le démontre Philippe Muray dans Festivus festivus (2005), de comprendre la logique du diable, pour précisément ne pas le justifier lui dans le déni de son existence éphémère : « Ce n’est pas de chercheurs sociologues ou de prétendus philosophes que ce monde a besoin, c’est à proprement parler de démonologues. Il faut, et je ne m’excuse pas d’employer ce langage quasi médiéval, des spécialistes de la tentation ; du moderne en tant que tentation démoniaque. » (p. 24) ; « Il faut inventer une nouvelle démonologie, cela me paraît être la mission de la littérature d’aujourd’hui. » (idem, p. 29) Alors au boulot !

 
 

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