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Code n°118 – Médecines parallèles (sous-codes : Psy de bazar / Hypnotiseur / Amoureux du médecin / Faux scientifiques / Apprenti sorcier / Maladie d’amour)

Médecines parallèles

Médecines parallèles

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Tous des psys du Loft

et des médecins bidon ?

 

Si vous commencez à nous écouter, nous individus homosexuels, vous remarquerez que nous éprouvons une aversion ou une simple méfiance pour la science, mais que paradoxalement, nous ne jurons que par elle. Dans notre discours – notamment celui des personnes transsexuelles – la croyance aux progrès de la science est quasi absolue. Et à l’intérieur de nos œuvres, nos personnages lorgnent sans arrêt sur les médecins. En critiquant avec virulence la communauté scientifique (cf. je vous renvoie au code indispensable à la compréhension de celui-ci, à savoir « Médecin tué » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), beaucoup de personnes homosexuelles créent, soit par l’art et le sentiment, soit en vrai, des médecines parallèles dans lesquelles elles reproduisent/détruisent ce qu’elles reprochent (souvent à tort) à la médecine humaniste. C’est ainsi qu’elles finissent bien souvent par devenir en partie leur propre caricature de la science adulée-méprisée. En somme, la majorité des personnes homosexuelles (et leurs suiveurs gay friendly) cherchent à devenir des scientifiques dans le mauvais sens du terme, à savoir des savants fous de laboratoire, des thérapeutes de comptoir, des médecins de seconde zone usant de méthodes peu orthodoxes (hypnose, voyance, médecine verte, massages, clonage, etc.). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que beaucoup d’auteurs homosexuels transforment le psy en être lubrique cachant ses appétits sexuels derrière le masque de la rigueur scientifique et de la compassion du médecin pour le patient, parce qu’ils projettent bien souvent sur lui leurs propres fantasmes. Ils reprennent le jargon universitaire à leur compte, puis attribuent le fanatisme de leurs recherches (en génétique notamment) à leurs homologues scientifiques. Par exemple, leur tentative pour prouver scientifiquement que l’homosexualité est normale et naturelle engendra l’argument du gène récessif qui fit le cauchemar de la communauté homosexuelle pendant la Seconde Guerre mondiale. Au fond, beaucoup de personnes homosexuelles détestent la science parce qu’elle leur renvoie une dictature qu’elles exercent parfois elles-mêmes sur les corps sous l’excuse du progrès scientifique (chirurgie esthétique, fécondation in vitro, opération de changement de sexe, GPA, etc.).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Médecin tué », « Frankenstein », « « Plus que naturel » », « Jardins synthétiques », « Infirmière », « Folie », « Se prendre pour Dieu », « Se prendre pour le diable », « Attraction pour la « foi » », « Différences physiques », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Bobo », « Fresques historiques », « Clonage », « Amoureux », « Ennemi de la Nature », « Adeptes des pratiques SM », « Faux intellectuels », « Faux révolutionnaires », « Milieu psychiatrique », à la partie « Homophobes repentants » du code « Mère gay friendly », à la partie « Sorcières » dans le code « Destruction des femmes », et à la partie « Amour sorcier » du code « Désir désordonné », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

a) La prétention d’être scientifique :

Beaucoup de héros homosexuels, pour justifier leur désir homosexuel et les actes (amoureux et génitaux) qu’il les engage à poser, le présentent comme « naturel », « scientifique » et indiscutable (cf. je vous renvoie au code « « Plus que naturel » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Leurs sympathisants hétéros gay friendly, notamment des médecins et des thérapeutes, soucieux de se racheter une bonne image auprès d’eux, ou de les sortir du marasme sentimental dans lequel leurs amis homos s’engluent, vont généralement dans le sens de cette sincérité et de cette croyance en la scientificité de l’homosexualité. Dans les fictions homo-érotiques, on voit de plus en plus de « psys du Loft » compréhensifs, de psychiatres de comptoir soucieux d’afficher une image d’ouverture et de tolérance que n’auraient pas eues leurs poussiéreux aïeux, et de s’adresser au personnage homosexuel en des termes rassurants pour défendre la normalité de son/leur homosexualité et combattre « l’Hydre de la Culpabilité » ou de « l’Homophobie intériorisée » ! Par exemple, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, Tyler Montague, le conseiller conjugal gay friendly, écrit des livres sur la théorie bisexuelle des « âmes jumelles », se définit lui-même comme le « gourou de l’amour »), et sert d’entremetteur entre Elena et Peyton. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, le psychologue scolaire du campus universitaire, particulièrement gay friendly, essaie d’unir, mielleusement mais artificiellement quand même, les deux potes Jenko et Schmidt pendant la consultation. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Catherine, la prof de maths, est lesbienne.
 

Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, la jeune Hache, la petite sœur de Rachel l’héroïne lesbienne, justifie l’« amour » que vit sa grande sœur avec Luce, par l’astro-physique : elle fait, à l’école primaire, des exposés publics de mécanique quantique et d’astronomie sentimentalisés… et c’est à ce moment-là que dans l’obscurité du public le « couple » Rachel/Luce commence à se former. La bouche sort de la bouche des enfants « savants » ! Et en plus, face au futur « couple » lesbien, elle se met à « philosopher » en réduisant l’amour à une équation astrale et chimique : « Que se passe-t-il quand une force qu’on ne peut pas arrêter rencontre un objet qu’on ne peut pas bouger ? » Même Heck, le mari de Rachel, finit par s’avouer vaincu par la « force » que ressent sa femme pour une autre : « Ce que tu ressens en ce moment, c’est cette force qu’on ne peut pas arrêter. »
 

Ensuite, un certain nombre de héros homosexuels se targuent d’être d’éminents scientifiques… et même des soignants plus puissants, plus humains, plus désintéressés, que les médecins traditionnels (cf. je vous renvoie au code « Médecin tué » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ! : « Ici, la Science c’est moi ! » (la Reine dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je suis scientifique. » (le très efféminé Dr Frankenstein Junior, dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks) ; « J’écris des articles pratiquement scientifiques. » (la figure maniérée d’Anton Tchekhov, dans la pièce Anton, es-tu là ? (2012) de Jérôme Thibault) ; « À seize ans, moi, j’étais encore seulement un fils. Le fils d’un très grand médecin, le saviez-vous ? L’agrégation, la faculté, l’Académie, la faculté, l’Académie, toutes ces choses en imposent à un fils. Je me souviens d’une ombre portée sur nos vies, d’un homme plus grand que nous tous, sans que nous sachions véritablement si cette grandeur était une aubaine ou un malheur pour notre futur d’homme. Aujourd’hui, avec le recul, sans doute, je dirais que notre indifférence réciproque était plus feinte que réelle, et qu’au final j’aurai appris de mon père. » (Vincent, le jeune héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 54) ; « Au fin fond d’une forêt, des personnes sont enfermées dans un hôpital psychiatrique. […] Elles se sont inventées une nouvelle thérapie. » (la voix-off du début de la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet)

 

Par exemple, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Gabriel est gay, et il est la caricature du psychanalyste puisqu’il fait plein de métaphores freudiennes chiantes qui saoulent tout le monde. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, le héros efféminé et émotif, qui suit une thérapie psychanalytique de plus de 10 ans avec sa psychanalyste, joue à se soigner lui-même par un jargon « psy » ronflant et ridicule : il recherche « une psychologie autrichienne de l’amour ». Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, est présenté comme un génie (« un prodige des mathématiques ») qui aurait sauvé 14 millions de vies pendant la Seconde Guerre mondiale parce qu’il a décodé Enigma, un programme de guerre nazi. Dans la pièce La Princesse Rose et le retour de l’ogre (2019) de Martin Leloup, le Prince est campé par un jeune homme peu sûr de sa masculinité, terrorisé par sa Princesse, et qui laisse deviner qu’« entre deux patient » son métier de dentiste le passionne davantage que celui de chevalier : « Je ne peux pas être chevalier. Je veux être dentiste ! »

 

Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne, prétend se substituer à sa thérapeute, et inverse un court instant les rôles : « Le Docteur Feingold a prétendu que cette obsession vestimentaire trahissait une activité de substitution. Elle m’a dit que j’avais besoin de ritualiser mon chagrin et que cette manie de choisir des vêtements remplaçait dans mon esprit une expression plus profonde de la perte. J’ai eu envie de lui demander : ‘Et vous, docteur Feingold, vous vous êtes déjà interrogée sur ce que cela signifie, pour vous, de vivre seule dans un appartement blanc immaculé, avec un chat impeccable que vous appelez Bébé ?’ Bien sûr, je me suis contentée de l’écouter et d’acquiescer, car je n’avais aucune envie d’entamer de nouveau une conversation sur mon agressivité, mes limites et ma tendance à ‘résister au processus’, comme elle dit. Ce qu’elle ignore, c’est que ma vie est bâtie sur cette résistance au processus. » (p. 67)

 

Certains héros homosexuels se piquent au jeu de l’analyse et de l’auto-analyse psychanalytique, pensent qu’une personne n’a la légitimité de parler d’un sujet de société qu’à partir du moment où elle est « en analyse », ou bien si elle a reçu une « formation ». Sinon, elle n’a pas l’habilitation ! On les voit faire des interprétations tirées par les cheveux, saupoudrées de jargon scientifique et de mots ronflants qu’apparemment ils ne comprennent pas. Ils recrachent scolairement du concept : « Polly [l’héroïne lesbienne] dit que la sexualité, de toute façon c’est dans la tête, et en réinterprétant Freud, ‘On est tous des bisexuels qui faisons des choix.’ » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 67-68) ; « Depuis qu’elle est en analyse, elle voit des doubles sens partout. » (Nina parlant de son amante Lola, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Pourquoi tu ne vas pas raconter ça sur le divan d’un psy ? » (Vera s’adressant à Nina, idem) ; etc. Par exemple, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, la mère de Howard, qui, au départ, était homophobe, organise, le jour du mariage hétérosexuel de son fils gay, une sorte de cercle d’alcooliques anonymes improvisé, dans l’église avec les vieilles qui restent.

 

La science, c’est parfois le terrain professionnel officiel du protagoniste homosexuel. Il est soit étudiant en médecine ou en « psycho », soit infirmier, médecin, ou dans les métiers de la santé : cf. le film « Pharmacien de garde » (2001) de Jean Veber, la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe (avec le pharmacien Mikel), la B.D. Anarcoma (1983) de Nazario (avec les frères Herr), le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin (avec Adar, le héros homosexuel psychologue), la B.D. Le petit Lulu (2006) de Hugues Barthe (avec Hugues, le pharmacien gay), le film « Dus Gezginleri » (1994) d’Atif Yilmaz, le film « Ich Möchte Kein Mann Sein » (1933) de Reinhold Schünzel (avec le médecin gay), le film « Dentist On The Job » (1961) de C.M. Pennington-Richards, le film « Quatre garçons dans le vent » (1964) de Richard Lester, le film « Le Fouineur » (1969) d’Ettore Scola, le film « Kaput Lager, Gli Ultimi Giorni Delle SS » (1976) de Luigi Batzella, le film « Fraulein Doktor » (1968) d’Alberto Lattuada, le film « Frontière chinoise » (1965) de John Ford (avec la doctoresse lesbienne), le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Que Me Maten De Una Vez » (1986) d’Óscar Blancarte, le film « Simon » (2004) d’Eddy Terstall (avec le dentiste homo), le film « Delitto Al Blue Gay » (1984) de Bruno Corbucci, le film « Thulaajapoika » (« Le Fils prodigue », 1992) de Veikko Aaltonen (avec le psychiatre gay), le film « Lapsia Ja Aikuisia » (« Production d’adultes », 2004) d’Aleksi Salmenpera (avec la doctoresse bisexuelle), le film « Liv Og Dod » (« Vie ou mort », 1980) de Svend Wam et Peter Vennerod, le film « Hotel Y Domicilio » (1994) d’Ernesto del Rio, le film « Une Vie normale » (1996) d’Angela Pope, le film « Charlotte For Ever » (1986) de Serge Gainsbourg, le film « The Clinic » (1983) de David Stevens, le film « Karakara Hiraku » (1992) de Joji Matsuoka, le film « Dead Ringers » (« Faux-semblants », 1988) de David Cronenberg, la pièce Les Z’héros de Branville (2009) de Jean-Christophe Moncys (avec le Dr Gay), le sketch « J’vous ai pas raconté ? » de Franck Dubosc (avec l’orthopédiste lesbienne), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Omar, étudiant en psycho), le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan (avec Catherine, la gynécologue lesbienne), le film « Le Vilain » (2008) d’Albert Dupontel (avec le médecin homosexuel refoulé), le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Serge, le médecin gay), le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec Göran, le médecin homo), la pièce Psy (2009) de Nicolas Taffin (avec Mr Baubois, le psy gay), le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare (Antoine, le futur « mari » de Jérémie, est titulaire de chirurgie dans un grand hôpital parisien), le film « Je te mangerais » (2009) de Sophie Laloy (avec Emma, étudiante en médecine), le film « Cachorro » (2004) de Miguel Albaladejo (avec le dentiste homosexuel), la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage (avec le psy joué par le père transsexuel M to F), le film « Parfum d’Yvonne » (1993) de Patrice Leconte (avec le Dr René Meinthe, s’exclamant : « Je suis la reine des Belges ! »), le film « MASH » (1970) de Robert Altman (avec le dentiste homo), la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand (avec Hugues, le médecin gay, ainsi que son ami psychiatre Guy, secrètement amoureux de lui), etc. Par exemple, dans énormément de films de Pedro Almodóvar, on retrouve la figure récurrente du faux/beau médecin, du docteur-acteur « folle », ou bien du duo (homosexuel ?) de deux infirmiers. Dans le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti, Mateo est psychanalyste. Dans le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley, Ian, l’ex de Nathan, est infirmier. Dans le film « Verde Verde » (2012) d’Enrique Pineda Barnet, Alfredo est médecin. Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Gabriel, le psy d’Alex, est homo. Dans le film « Yossi » (2012) d’Eytan Fox, Yossi Hoffman, le héros homo, est devenu cardiologue. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Ron, le héros hétérosexuel sidéen, dit, par provocation (mais aussi parce qu’il a identifié en lui une véritable homosexualité) que le docteur Sevard bande pour lui.

 
 

b) Les détournements de la science :

L’appartenance du héros homosexuel au monde scientifique est peut-être bien inscrite noir sur blanc sur son badge… mais dans les faits, on constate bien souvent qu’il joue de son statut de médecin ou de docteur pour laisser libre cours à ses fantasmes les plus incontrôlés et les plus fous. Dans son esprit, il semble avoir substituer la technique (celle qui peut servir l’Homme tout comme L’asservir) à la science (celle qui n’est là que pour servir, guérir et soulager l’Homme). Cette confusion entre science et technique l’entraîne généralement dans une quête effrénée de la performance, du profit, de la productivité, de la consommation, du pouvoir. « Time is money. » (Caroline, la psy avare, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet).

 
 

b) 1 – Le détournement de la science par le sentiment et le génital : l’Amour réduit à une solution chimique ; le sexe envisagé comme une expérience scientifique

 

Il semblerait pour commencer que le héros homosexuel médecin ait souvent du mal à garder sa place de thérapeute, et ne respecte pas la bonne distanciation avec son patient. Par exemple, dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, les rapports entre patient et médecin sont inversés et beaucoup trop affectifs : « Cyril va me rendre folle. » (p. 193) déclare la psychiatre par rapport au garçon qu’elle suit en thérapie criminologique. Dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, Sofia la psy/conseillère conjugale gay friendly, finit par être déboussolée dans sa propre vie sexuelle par le couple homosexuel qui la consulte. Dans le film « C’est une petite chambre aux couleurs simples » (2013) de Lana Cheramy, Mister Jones, vieux peintre aveugle et admirateur de Van Gogh, est soigné dans une maison de repos par Bob, un jeune infirmier dont il tombe amoureux. Dans le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger, un homme, au bras dans le plâtre, se fait laver par la sensuelle éponge d’un infirmier. Dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil, Tom, le fan de Mylène Farmer, se voit conseiller par son médecin de « persévérer » pour sortir de sa pathologie. Il entend dans cet encouragement une invitation à le draguer.

 

Pièce "Une visite inopportune" de Copi

Pièce « Une Visite inopportune » de Copi


 

Pis encore. Il verse quasi systématiquement dans la compassion amoureuse. Très souvent les fictions homo-érotiques font s’entrelacer le docteur et son malade. Il n’y a qu’un pas entre le divan et le lit, entre le billot et la chambre à coucher ! : cf. la série gay espagnole Physico-Chimie, le film « La Sonde urinaire » (2006) de Camille Ducellier, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen (avec Romu, le héros homosexuel, amoureux de son psy), le roman Adrienne Mesurat (1927) de Julien Green (avec Adrienne, l’héroïne, amoureuse du Dr Maurecourt), le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec Karen et le Dr Joe Cardin), le film « Mauricio mon amour » (1977) de Juan Bosch, le film « Psy » (1980) de Philippe de Broca, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane amoureux de son médecin), la pièce Je suis fou de ma psy ! (2007) de Chris Orlandi, le film « Anne Trister » (1985) de Léa Pool (avec Anne amoureuse de sa psy), le film « Parisian Love » (1925) de Louis Gasnier (avec le savant gay), le film « Doctors In Love » (1960) de Ralph Thomas, le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar (avec le dentiste homo et pédophile), la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes (avec Frank, le héros homosexuel, en couple avec un psychiatre, le Dr Baldwin), la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec l’infirmière amoureuse du professeur Vertudeau), la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec le fantasme très marqué du beau médecin Yuri), etc.

 

Par exemple, dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George tombe amoureux de son « infirmier » Kenny. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory est tombé amoureux de son camarade d’enfance Peter, qui, une fois adulte, devient dentiste ; pour le draguer dans son cabinet et avoir le plaisir d’être consulté, il va s’inventer des faux problèmes dentaires. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam soigne et lave Lukacz, qui va tomber amoureux de lui. Dans le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina, la femme-fillette anonyme embrasse sa soignante. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Nono se « fait sauter » par son psy « à chaque séance, deux fois par semaine ». Dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, Ernst dit « bien aimer » (pp. 15-16) son ophtalmo et veut lui offrir un collier de perles, ce qui n’est pas du tout du goût de son père. Dans le film « Dis bonjour à la dame » (1976) de Michel Gérard, Rémi Laurent, un adolescent, met la main sur la cuisse de son psy. Dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, la psychiatre (double androgynique de Cyril) est amoureuse du professeur G. Dans la pièce Les Monologues du pénis (2007) de Carlos Goncalves, Sylvain, le personnage homosexuel, tombe amoureux de son médecin. À la fin du film « Le Zizi de Billy » (2003) de Spencer Lee Schilly, Billy, le héros homosexuel, sort avec le médecin qui l’a soigné. Dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt, Eddy se fait draguer par un médecin qui lui fait une « petite moue » pleine de sous-entendus. Dans le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1983) de Pedro Álmodóvar, la psychanalyste s’occupe de Sexi uniquement pour coucher avec le père de celle-ci, lui-même scientifique. Dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, Jérémie Elkaïm, l’interne à l’hôpital, est homosexuel et le futur amant de Victor. Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Darling, le héros travesti M to F, presse les couilles du médecin hétéro qui vient à domicile chez Marie.

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola sort avec sa prof de physique quantique Vera qui construit méticuleusement autour d’elle une relation tout à fait chimique et intellectuelle. Nina, la maîtresse de Lola, décrit la « mécanique des fluides » circulant entre Lola et Vera. Vera fait le parallèle entre les aventures « extraconjugales » de Lola avec Nina et sa propre activité professionnelle « scientifique » : « Pendant que tu t’enverras en l’air, moi je regarderai sauter les neutrons. » Quant à Nina, elle tombe amoureuse d’un dentiste, Pierre-André, qui la flatte sur ses faux talents artistiques.
 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Et il se trouve que ce thérapeute est homosexuel et va, pour sauver ses patients du naufrage « conjugal », coucher avec Arnaud pour le guérir de l’hétérosexualité. Il leur soumet l’échelle de Kinsey pour les forcer à l’homosexualité. Il élabore une thérapie intrusive, le « Deep in your house », par laquelle il cherche à vivre un couple homosexuel à trois. Il finira même par coucher avec Arnaud à l’insu de Benjamin.
 

« Anna envoyât chercher le docteur. Trouvant que la petite n’avait rien de grave, il prescrivit une dose de poudre de Grégoire. Stephen [l’héroïne lesbienne] avala l’odieux breuvage sans un murmure, presque comme si elle l’aimait ! » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 38) ; « Moi, j’l’ai su dès la naissance, quand je suis tombé amoureux de l’infirmier. » (Samuel Laroque évoquant son premier éveil homosexuel, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « On va faire l’amour dans ton cabinet. » (Fabien s’adressant à son amant et médecin Hugues, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Le premier homme avec lequel Romain franchit le gué fut le psy. » (Françoise Dorin, Les Julottes (2001), p. 97) ; « Le psychanalyste l’excite, voilà pourquoi Irena refuse de se soumettre au traitement. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 35) ; « C’est des années plus tard que je me suis demandé si je n’avais pas un peu extrapolé la situation. » (Jarry, le héros pourtant homosexuel, disant son émoi par rapport à l’infirmière, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « J’adore mon dentiste. » (Benjamin, un des héros homosexuels de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Il est mignon ce chirurgien. » (Jefferey Jordan, mimant la réaction du bébé découvrant son gynéco à sa naissance, dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc.

 

La psychanalyse ou la médecine sont substituées par le mot « amour » (… et surtout, en acte, par le sexe sans Amour !). Que le héros homosexuel soit concrètement diplômé de médecine ou non, peu importe. Avec son amant, ils font comme s’ils vivaient une expérience (scientifique, fusionnelle) ! « À défaut d’une infirmière, je me suis rabattue sur Chloé. » (la P’tite Blan dans la B.D. Coming soon : naissance d’une déviante (2009) de Blandine Lacour et Galou) ; « Jouis tout ce que tu confesses. […] Il glisse l’abdomen dans l’orifice à moi. […] Confidence sur divan, on se psychanalyse. […] Jouis tout ce que tu sussures. » (cf. la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer) Par exemple, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Roberto/Octavia, le héros transsexuel M to F, conseille à Elsa de suivre une analyse, et s’improvise psychothérapeute de charme : « J’ai étudié la psychothérapie pendant des années. Tu t’allonges ? » Dans la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, la pénétration anale de la sodomie homosexuelle est euphémisée par la métaphore comparative de l’insertion du thermomètre dans l’anus : « Je pris donc sa température. » (p. 59).

 

Sans être nécessairement médecin de métier, le libertin homosexuel fictionnel s’achète une conscience par le biais de la science, présente un joli certificat médical en espérant qu’on ne voit pas que la signature en bas est bidon, qu’il est nu sous sa blouse blanche, que son discours est beaucoup plus sentimentaliste que réellement fonder sur les faits, que le docteur qu’il joue à être n’est en réalité qu’un prétexte de plus (le serment d’hypocrite !) pour aller baiser à droite à gauche sans (se) l’avouer (« Je ne drague pas et je ne nique pas ! : je vis juste une Expérience sensible, une Exploration sensuelle ; c’est pour une étude sociologique… » soutient-il sincèrement) : « Ce serait pas le tromper : ce serait de l’expérimentation. » (Ninette parlant de son mari à son amante et amie Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Laisse-toi cueillir âme sœur exquise, à la marge, limite, banquise, le désordre des sens, le démon qui te pique, comme la nature chimique de mon attachement à toi. » (cf. la chanson « Les Fleurs de l’interdit » d’Étienne Daho) ; « Un homme pense en général au sexe 13 fois par jour… oui, je suis anthropologue… » (la femme à propos de son ex-compagnon Jean-Luc converti en homo, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Oui, j’étudie les hommes depuis des années, professionnellement… un peu comme une prostituée en somme… » (idem) ; « Les rapports sexuels augmentent la production d’adrénaline et de cortisol, deux stimulants de la matière grise : le sexe rend donc plus intelligent ! C’est scientifique. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’adore toutes les expériences. Surtout les sorties de corps. » (le compositeur homosexuel Érik Satie dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Je décidai de devenir le polytechnicien de l’amour. » (Eugène, le héros homosexuel du one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien) ; etc.

 

Souvent, le héros homosexuel élabore une théorie scientifiste jargonnante d’intensification de la libido humaine, de guérison de l’être par l’orgasme et le bien-être. Par exemple, dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny a peur de s’abandonner sur l’eau, et donc son amant Romeo lui apprend à faire « la planche » dans la mer : « Pour flotter, il faut lâcher prise et tout oublier. » On retrouve la même scène d’atelier sophrologique dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, avec Adam qui apprend à son futur amant Lukacz à ne pas avoir peur de l’eau.

 

À entendre le personnage homosexuel, il « aime » comme il fait un calcul mathématique (on pourrait tout à fait parler, dans son cas, d’« algèbre du désir »), comme il crée un parfum. Il « fait l’amour » comme il mènerait une opération délicate : avec la froideur et la précision d’un chirurgien de laboratoire. Bip… Bip… Bip… Gants… Vaseline… Menottes… Caresses… Succion… Pénétration… Objectif : atteindre le point G ! … et, au fond, transformer l’amant et lui-même en objets sacrés. « Je veux poser sur le papier la résolution définitive que j’ai prise hier soir : tout mettre en œuvre pour accéder au plaisir que je prends à la compagnie des femmes. Tout combiner des situations, utiliser les sentiments des autres pour accéder au charnel et à ses paroxysmes. Le seul espace où je me sente appartenir au monde des vivantes, quand l’esprit disparaît enfin devant les sensations du corps. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 26) ; « Je revins à son ‘principal [comprendre : le clitoris] avec une lenteur et une précision que je voulais parfaites. […] De nouveau j’approchai ma bouche de son ‘principal’ et repris le travail que tout à l’heure j’avais commencé. » (idem, pp. 200-201) ; « Après l’avoir laissée [l’amante] dans le bâtiment Puchkine, je sentis mon cœur déborder d’un savoir que je ne sus pas identifier sur-le-champ. J’avais tant de fois imaginé ce qu’avait dû ressentir Newton quand la pomme lui était tombée sur la tête, lui révélant brusquement les lois de l’attraction universelle. […] J’aurais aimé qu’il y ait eu un objet tout simple comme une pomme, quelque chose de palpable que je pourrais observer de près et tenir en main, humer et mordre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne, étudiante particulièrement forte dans les matières scientifiques, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 11) ; « Toute personne censée comprendre le calcul différentiel et intégral, et la dérivation des formules sur la force centrifuge, devrait être autorisée à avoir des relations amoureuses, pensai-je. » (idem, p. 19) ; « Je regrettai de ne pas avoir prêté plus d’attention aux détails techniques dans le livre de Vatsyayana. » (idem, p. 60) ; « Dans le car qui me ramenait chez moi, je décidai que trois était le chiffre parfait. Avec deux liaisons, on était écartelé entre deux choix simples. Il y avait là quelque chose de linéaire. J’étais en train de lire un livre en vogue sur la théorie du chaos, d’après lequel le chiffre trois impliquait le chaos. Je désirais le chaos parce que grâce à lui je pourrais créer mon modèle personnel. Je regardais les beaux objets fractals illustrant le volume et voyais Sheela, Linde et Rani [les trois amantes simultanées d’Anamika] dans l’un d’eux, s’amenuisant au fur et à mesure, le motif se répétant à l’infini. Je refermai le livre, convaincue d’avoir choisi la façon de mener ma vie. Le chaos était la physique moderne, c’était la science d’aujourd’hui. » (idem, pp. 64-65) ; « La physique, c’est faire l’amour. » (idem, p. 96) ; « Même à la piscine, le chlore sentait bon. Puissions-nous trouver un jour, le dosage de ce mélange chimique, qui une fois injecté, nous maintiendrait amoureux toute la vie, dans cet état second où tout paraît si beau. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 98) ; « Pourquoi mon cœur, qui n’a pas d’yeux, s’agite-t-il autant quand je te croise […] ! Quelle réaction chimique déclenche cette agitation ? » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 306) ; « Quand est-ce qu’on refait l’amour ? On le réinvente maintenant comme à chaque fois. L’amour est le facteur exponentiel des corps. On se multiplie l’un l’autre. Rien de tout ça ne nous a été transmis, appris. Tout ça on l’avait dedans. » (cf. la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier, pp. 18-19) ; « L’esprit fort est le roi. Il règne ainsi sur la matière. » (cf. la chanson « Méfie-toi » de Mylène Farmer) ; etc.

 

« Aie confiancccce » dans le film « Le Livre de la Jungle » de Walt Disney

 

Sans le vouloir, car son esprit d’esthète romantique le lui interdit, le héros homosexuel traite ses amants comme des souris de labo, sur lesquelles il va pouvoir tester sa culture (« sa » science !), sa sincérité et son pouvoir de séduction. On le voit parfois enrouler/enrôler son patient-compagnon (qu’il a préalablement anesthésié avec des drogues et des mots doux) dans son corps de serpent par la voie de la séduction et de l’hypnose (cette animalisation diabolisante ne doit pas nous paraître excessive, d’autant plus quand on pense que l’héraldique de la médecine est le caducée !). On retrouve beaucoup d’hypnotiseurs dans les œuvres homo-érotiques : cf. le roman The Jungle Book (Le Livre de la Jungle, 1894) de Rudyard Kipling, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Élisabeth hypnotisant son frère Paul), le film « Ô Belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown (avec Brad, le héros homosexuel qui pratique l’hypnose), la série Dante’s Cove (saison 2, 2006) de Michael Costanza (avec le personnage de Grace), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec les séances d’hypnose de Catherine), le film « Dormez, je le veux ! » (1997) d’Irène Jouannet, le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer (avec le loup envoûtant le Petit Chaperon Rouge), le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde (les yeux de Dorian Gray sur Lord Henry), etc. « Aies confianccce. » (Doris, l’héroïne lesbienne s’adressant à sa servante, Peggy, en chantant la fameuse chanson du « Livre de la Jungle », en l’hypnotisant, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on assiste à un spectacle d’hypnotiseur de Karl Lagerfeld qui manipule son amant Jacques à distance et le transforme en tigre soumis, devant un public de dandys décadents. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Richard fait des massages de front relaxants à son amant Kai. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh), le Docteur Mann met de la drogue dans le café de Jane, l’héroïne lesbienne, pour l’endormir (p. 183)/

 

Le jeu d’hypnose se retourne presque systématiquement contre le héros homosexuel, littéralement pétrifié/réifié par le regard et la voix de son amant : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 14) ; « Il faut que je ferme les yeux. » (Charlène Duval, le travesti M to F, opposant théâtralement une résistance à un amant captivant, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « On dirait qu’il t’a hypnotisé ! » (Jean-Henri s’adressant à son camarade homo Jean-Jacques à propos de l’amant de ce dernier, Jean-Marc, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Le père Walter leva la main droite et il redevint l’illusionniste qui avait hypnotisé les fidèles pour leur faire croire que leur dieu était parmi eux. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 209) ; « Sa voix était douce et hypnotique. » (Jane parlant du Dr Mann, idem, p. 227) ; etc.

 
 

b) 2 – Le détournement de la science par l’humour et le jeu :

 

Film "Taxi Zum Klo" de Frank Ripploh

Film « Taxi Zum Klo » de Frank Ripploh


 

La « science » que le héros homosexuel met en place se réduit souvent à un jeu de rôles, de séduction, où l’enjeu n’est pas tant le combat contre la souffrance et en faveur de la vie, mais plutôt une stratégie ludique de conquête de l’amour et de sa soi-disant « légèreté », une mise en scène adolescente : « À dix ans, je jouais les infirmières avec Laurence. » (Nathalie Lovighi dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles (2009) au Troisième Festigay du Théâtre Côté Cour) Par exemple, dans le roman Courir avec des ciseaux (2007) d’Augusten Burroughs, Augusten, le jeune héros homosexuel, veut devenir « star, ou docteur, ou coiffeur ». Dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, Sébastien fait semblant de psychanalyser Paul, son amant. Dans la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette, Diane s’improvise psychanalyste avec sa compagne de cellule Isabelle.

 
MÉDECINES Kang
 

Beaucoup d’auteurs homosexuels, sur le mode comique mais parfois aussi sur un registre beaucoup plus sérieux, nous proposent des théories « scientifico-artistiques » fondées sur l’inversion parodique et le détournement libertin : cf. le roman Sperme (2011) de Jacques Astruc (avec la typologie des différents spermes), la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983) de Copi (avec la fausse histoire anthropologique de la tribu des Boludos), la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot (avec la catégorisation diversifiée de toutes les sortes de pénis existant sur Terre), la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec le panorama des zizis du monde entier que dévoile la Comtesse Conule de la Tronchade dans son Musée des bites), etc.

 

En dépit des apparences, le médecin gay friendly et pro-gaynie le sexe et la sexuation en mettant en avant le génital et la métaphore ; il tue le Sens et l’Humain en privilégiant les Sens ; il décorporéise le vivant en le regardant/disséquant de trop près au scalpel ou au microscope. Par exemple, dans le film « Morrer Como Um Homem » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues), le docteur Francisco, pour employer une image simple et illustrante, présente l’opération du changement de sexe M to F comme un simple pliage de papier. Une cocotte en papier, quoi !

 

L’homosexualité est (au départ ironiquement… mais au final, sérieusement) parodié par certains héros gays friendly ou homosexuels comme un virus qui se transmettrait de personne à personne. Par exemple, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, toute une assemblée de parents et d’élèves venue assister à la remise des récompenses des profs de l’université, joue à « être gay » par contamination avec le prof de lettres homo, Howard Beckett, qu’elle rêve de voir gagner le prix du « meilleur prof de l’année ». Ce genre d’analogies entre homosexualité et maladie, que ces personnages gays friendly s’empresseront d’attribuer aux autres « homophobes », est en réalité la preuve de leur propre homophobie intériorisée.

 

 

b) 3 – Le détournement de la science par la transcendance « artistique » ou « religieuse » :

 

La croyance du héros homosexuel en la science est tellement idolâtre et déconnectée du Réel (à force d’être puriste et cartésienne… voilà le paradoxe !) qu’elle se mute souvent en superstition religieuse ou amoureuse. « Le soleil était devenu, année après année, une grande obsession morbide pour Khalid. Il en parlait tout le temps. Il en avait une connaissance scientifique, intime, amoureuse. » (Abdellah Taïa, Le Jour du Roi (2010), p. 70) ; « Savais-tu qu’avant de devenir médecin, j’avais résolu d’entrer dans les ordres ? » (Randall, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 235) ; « Vous avez ouvert la Voie ! » (Arnaud, le héros homo qui ne s’assumait pas comme tel, et s’adressant à son médecin, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

La science devient à ses yeux une déesse à posséder comme un sceptre, ou bien une Muse cosmique et dominatrice. Par exemple, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, « L. », le héros homosexuel, se prosterne devant la poupée de la Doctoresse Freud : « Vous êtes si belle, doctoresse ! Je serai sage, doctoresse, je serai sage ! » Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Mindy, l’hétérosexuelle bobo, fait de la chronothérapie.

 

Dans les œuvres de fiction traitant d’homosexualité, on assiste à de drôles de croisements entre science et mythologie (en général une mythologie du viol ou de la mort), entre médecine et sentiment, entre confrérie scientifique et secte artistique : cf. le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton (avec le cercle de parole queer et son atelier sophrologique intitulé « Mon corps est une construction sociale »), le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (et les conférences New Age d’un psy pro-gay), le film « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, etc.

 

La jalousie pantoise du héros homosexuel vis à vis de la science est palpable, et ne tarde pas à se montrer sous un jour plus agressif, comme nous allons le voir maintenant…

 
 

b) 4 – Le détournement de la science par le militantisme politique « progressiste », techniciste, mégalomaniaque, pro-gay et finalement homophobe :

 

Le personnage homosexuel est à ce point persuadé qu’il peut incarner à lui tout seul la science (il suffit de la posséder, de la revêtir, de la « sentir », d’en connaître par cœur les formules alambiquées « qui font sérieux », croit-il) qu’il finit par se prendre pour Dieu, pour le Créateur des Hommes et de l’Amour, pour le Maître de la vie : cf. le film « Making Love » (1982) d’Arthur Hiller. C’est la Terre entière et ses habitants qui sont finalement englobés dans sa conception techniciste, sensibleriste, et donc anthropocentrée, de la science et du Réel. « J’ai toujours aimé expérimenter. Observer jusqu’à quel point je pouvais transformer les gens. C’est mon côté docteur Frankenstein. » (Amande, la peste du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 95) ; « Il doit exister quelque part une physique quantique de la rencontre, et il faudra bien l’inventer, croyez-moi, et nous l’inventerons. » (Vincent Garbo, le héros bisexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 228) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, Félix, l’un des héros homosexuels, est chimiste de formation, et envisage les contacts humains – et surtout amoureux – comme des solutions chimiques : « Tu sais que les réactions chimiques sont comme les relations humaines. » (p. 45) ; « Tu considères l’engrenage de la vie. » (idem, p. 71). Son discours est truffé de mariages consanguins entre science et sentiment : « Tu sais qu’un jour, la chimie reviendra à toi, qui lui restes fidèles. » (p. 71) Se prenant pour un médecin divin capable de fusionner avec sa Mère la Science, il prétend contrôler la beauté, créer l’Amour par ses propres moyens, devant son écran d’ordinateur.

 

Paradoxalement, le dandy homosexuel, complètement fleur bleue (voire comique) à certains moments, devient tour à tour dangereux, robotique et vulgaire dès qu’il passe à l’action et tente d’actualiser « scientifiquement » ses fantasmes amoureux : il parle de l’Amour de manière clinique et dépoétisée, comme s’il s’agissait d’une solution chimique entre deux robots, d’un processus physico-psychologique de causalité absolument imparable, d’un échange « logique » et contrôlable de phéromones corporels dans lequel Dieu et les Hommes n’auraient rien à voir, d’un scénario déjà écrit d’avance, où la liberté humaine – et même la douceur ! – n’ont pas du tout leur place.

 

En même temps que le héros homosexuel scientifise le sentiment et romantise la pulsion pour les faire fusionner, il annule les deux ! On retrouve des parodies de scientifiques – autrement dit des savants fous de laboratoire ou des sorciers – dans énormément de fictions homo-érotiques : cf. le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « De la chair pour Frankenstein » (1974) d’Antonio Margheriti et Paul Morrissey, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec le Dr Frank-N-Furter, travesti qui crée son amant Rocky, un Monsieur Muscles), le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec le « Docteur Queen »), le film « Frissons » (1970) de David Cronenberg (avec le savant fou), le film « Les 5000 doigts du Docteur T » (1952) de Roy Rowland, le film « La Fiancée de Frankenstein » (1935) de James Whale (avec les docteurs Frankenstein et Pretorius, en binôme homosexuel), le film « Island Of Lost Souls » (1933) d’Erle C. Kenton, le film « I Was A Teenage Frankenstein » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « Beneath The Valley Of The Ultra Vixens » (1980) de Russ Meyer, le film « L’Effrayant Docteur H. » (1969) de Teruo Ishii, le roman L’Apprenti Sorcier (1964) de François Augiéras, le film « Amours mortelles » (2001) de Damian Harris (avec le psychiatre pervers), le film « Killer Kondom » (1996) de Martin Walz (avec la doctoresse folle), etc. Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle fait une grosse salade entre ses compétences d’« infirmière urgentiste » et la voyance (Son frère homo, William, s’en étonne : « Comment une personne telle que toi peut croire ce que disent les cartes ? ») ; et on ne peut pas dire que son chantage aux sentiments pour justifier à tout prix l’homosexualité de son frère soit des plus psychologiquement doux et honnêtes. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marie-Ange est une psychologue de métier… un peu carrément marabout.

 

« Dire qu’il m’est venu des dons de sorcier juste au moment où ça ne peut me servir de rien. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 42)

 

Au-delà du caractère surréaliste et risible du cliché du savant fou ou du médecin légiste libidineux (cf. je vous renvoie aux codes « Clonage », « Adeptes des pratiques SM », « Frankenstein » et « Liaisons dangereuses » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), les résultats de la confusion entre science et fantasme sont une hybridation à la fois banale et monstrueuse : sous couvert de la science et de la bonne intention, le héros homosexuel libertin justifie et pratique mine de rien la pression psychologique (cf. le film « La Manière forte » (2003) de Ronan Burke, avec le vol de sperme opéré par le couple de lesbiennes), le chantage sentimental/sensuel (cf. la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, avec le Dr Labrosse, l’obsédé homosexuel complet), le vol (cf. le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq, avec la mère porteuse dont le couple gay prend le bébé à la fin), le viol (cf. le film « Hable Con Ella », « Parle avec elle » (2001) de Pedro Almodóvar, avec Benigno, l’infirmier homosexuel chargé de soigner une jeune femme dans le coma, et qui finira par la violer), le meurtre, la manipulation génétique, la mutilation chirurgicale sur les personnes transgenres, etc. Par exemple, dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, l’héroïne lesbienne, tue accidentellement sa belle-mère en lui administrant les mauvais médicaments.

 

Film "Production d'adultes" d'Aleksi Salmenpera

Film « Production d’adultes » d’Aleksi Salmenpera


 

Au bout du compte, on comprend que le héros homosexuel a tendance à ne s’intéresser à la science que pour les progrès artificiels ou dangereux qui flattent son Ego (la procréation médicalement assistée, le clonage, la chirurgie esthétique, l’opération pour changer de sexe, les moyens de contraception, le tantrisme, l’hypnothérapie, etc.), et non pour les avancées scientifiques plus « sociales » et bénéfiques au bien commun.

 

Face au constat et à l’ampleur de ses échecs à élaborer l’élixir d’Amour et de Réel, il arrive qu’il se mette à « maudire scientifiquement » ses solutions romantico-libertines et les créatures difformes que son orgueil a créées. La première de ses inventions étant ce qu’il a cru être « l’Amour » ou « Dieu ».

 

Non seulement il n’éradique aucune maladie, mais en plus, il en crée de nouvelles ! – « l’hétérosexualité », « l’homophobie », « l’amour », et même « l’homosexualité » –, maladies qu’il n’analyse pas, qu’il ne cherche surtout pas à comprendre, qu’il laisse germer, qui ne sont que des nomenclatures pseudo scientifiques qui occultent les réalités violentes qu’elles sont censées dénoncer – le couple femme-homme non-aimant et bisexuel dans le cas de la « maladie de l’hétérosexualité » ; la haine de soi, le désir homosexuel pratiqué, ou le viol dans le cas de la « maladie de l’homophobie », les désirs superficiels homos et hétérosexuels dans le cas de la « maladie d’amour » et « de l’homosexualité » – étiquettes dont la création pourra lui être ensuite imputée par la communauté scientifique bisexuelle (parfois sous forme d’agressions homophobes, pour le coup !).

 

Par exemple, dans la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, la réticence à la soi-disant « Vérité identitaire et amoureuse de l’homosexualité » est montrée du doigt comme une maladie, un signe pervers d’homophobie intériorisée. Dans le film « Plus jamais honte » (1998) de John Krokidas, l’hétérosexualité est considérée comme une maladie. Dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche sont proposées des sessions dans des centres (voire même des camps de concentration !) pour soigner les « femmes-mâles » et les « hommes auxiliaires masculins » hétérosexuels. Dans le spectacle Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. invite le public – majoritairement homosexuel ou gay friendly – à chasser le virus de l’homophobie, en finissant par demander à chaque spectateur de se frapper lui-même.

 

Le héros homosexuel croit tellement que l’identité ou que l’amour homosexuels sont des données uniquement physiologiques et subies que, fatalement, dès que ceux-ci montrent leurs faiblesses (et Dieu sait combien ils en ont !), il se retourne contre eux en les définissant comme des viles pulsions, des maladies incurables, follement « sexy » (et, par ricochet, il s’autoproclame « malade » !) : cf. le roman Un histoire d’amour radioactive (2010) de Antoine Chainas.

 

« C’est la plus belle des maladies, celle dont il ne faut surtout pas guérir… » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 107) ; « Je compris soudain pourquoi on parlait de maladie d’amour. J’étais vraiment malade. » (Bryan, op. cit., p. 272) ; « Je ne cesse de vous écrire dans ma tête. C’est comme une maladie, une douce maladie. Il y a des douleurs qu’on dit exquises. » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 18) ; « J’aimerais tellement que vous soyez atteinte du même mal que moi ! » (idem, p. 72) ; « Sexy coma… sexy trauma… Sexy coma… sexy trauma… » (cf. la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer) ; « Ednar luttait contre ce désir qui l’accablait sans relâche. Il se crut d’abord victime d’une mystérieuse maladie ou d’une malédiction avant de prendre conscience de cette sexualité qui s’éveillait en lui. » (Jean-Claude Janvier-Modeste dans son roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011), p. 20) etc. Par exemple, dans le film « Sitcom » (1997) de François Ozon, l’homosexualité se transmet par les rats, comme la peste.

 

Par la création de ces nouvelles maladies partiellement mythologiques (« l’homophobie », « l’hétérosexisme », etc.) et de leurs faux remèdes (« l’homosexualité » déclinée en couple ou en identité fondamentale), le héros homosexuel ne supprime le mal, mais au contraire le nourrit secrètement, l’occulte, et désigne comme « ennemis » ses réels antidotes (réconciliation avec soi-même, accueil du mystère de la différence des sexes, découverte de l’existence d’un Dieu aimant et plus grand que l’Homme), les seuls qui mettent en péril son unicité/son fantasme de toute-puissance, et qui l’appellent à se décentrer pour aimer vraiment librement (et non plus seulement « techniquement »).

 

L’expérimentateur homosexuel se focalise sur l’innovation (notion ô combien publicitaire et éphémère !) pour délaisser le progrès. Pire, il reproduit la barbarie et la tyrannie qu’il prétend combattre ! Par exemple, dans sa chanson « Réévolution », Étienne Daho proclame que « les arts et les sciences, et la différence, dans un monde réévolué » seront le nouveau genre humain.

 

Il arrive que le héros homosexuel louvoie et couche, à travers la science, avec ses clones scientifiques homophobes. Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, le bloc opératoire des savants fous nazis se transforme en bacchanales. Loin d’apporter des solutions aux maux qu’il veut combattre, il crée ou mime des souffrances parallèles. Par exemple, dans le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, la dictature du sadomasochisme homosexuel répond à l’enfer du milieu hospitalier et de la trithérapie. Dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, le professeur Vertudeau pratique des lobotomies. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, les psychiatres, qu’ils soient homophobes ou homosexuels, se font miroir, tout en étant soi-disant concurrents : en effet, le Dr Apsey essaie de convertir à l’hétérosexualité Frank, le petit copain de son ennemi juré, le Dr Jonathan Baldwin… mais il cultive une telle ambiguïté pour son jeune patient qu’on ne doute pas une seule seconde de son homosexualité latente. Quant à Jonathan, il exprime aussi un élan d’attraction-répulsion mi-homosexuel mi-homophobe pour son confrère psychiatre : « Il arrive que des patients s’attachent à leur thérapeute. Si je l’avais comme psy, il pourrait peut-être me faire bander. » (Jonathan parlant ironiquement à son amant Frank du Dr Apsey, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes)

 
 

c) La supercherie scientifique homosexuelle débusquée :

L’illusion de science que le héros homosexuel a créée ne fait pas long feu. Comme il s’est appuyé davantage sur ses fantasmes de toute-puissance et de possession que sur le Réel et l’Amour, il apparaît comme un charlatan, un inutile, un prétentieux, un savant mi-homosexuel mi-homophobe, ou un fou, aux yeux de la réelle confrérie scientifique planétaire. « Ce sont eux qui me poussent à quitter ma chaire à la Faculté. Mes méthodes de guérison leur paraissent de plus en plus suspectes. Ma médecine est trop humaine pour le monde glacé des laboratoires. […] Et vous, si vous voulez un conseil, soignez-vous par les plantes. » (le professeur Vertudeau dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Pensez-vous qu’ils étudient ? […] Les médecins ne peuvent faire penser les ignorants. » (Adolphe Blanc, médecin parlant des invertis à Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 508) ; « Toi tu arrêtes d’analyser tout le monde, tu commences par t’analyser toi. » (l’héroïne lesbienne Claude à son pote homo Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 108-109) ; « Polly [l’héroïne lesbienne] dit que la sexualité, de toute façon c’est dans la tête, et en réinterprétant Freud, ‘On est tous des bisexuels qui faisons des choix. » (Mike Nietomertz, op. cit., pp. 67-68) ; « Jane n’arrivait pas à croire en Dieu et elle n’avait jamais vraiment été douée en sciences. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 86) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La prétention d’être scientifique :

Beaucoup de personnes homosexuelles, pour justifier leur désir homosexuel et les actes (amoureux et génitaux) qu’il les engage à poser, le présentent comme « naturel », « scientifique » et indiscutable (cf. je vous renvoie au code « « Plus que naturel » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « L’homosexualité a toujours été la plus spontanée des attirances. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 30) Elles créent des ponts langagiers abusifs, des connexions peu évidentes entre science et homosexualité : je vous renvoie par exemple aux nombreux discours hygiénistes sur l’amour en temps de Sida, à la défense de la naturalité de l’homosexualité à travers la lutte contre l’exclusion des personnes homosexuelles au don du sang, etc. Elles reprennent à leur compte les mots à la mode du jargon scientifique traditionnel (« résilience », elles aiment bien ^^) … mais souvent de manière très scolaire (cf. Sylvia Jaén dans l’article « Sí, Se Puede Tocar Una Utopía » de l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 131).

 

Film "House Of Boys" de Jean Claude Schlim

Film « House Of Boys » de Jean Claude Schlim


 

Leurs sympathisants hétéros-gay friendly, notamment des médecins et des thérapeutes, soucieux de se racheter une bonne image auprès d’elles, ou de les sortir du marasme sentimental dans lequel elles s’engluent, vont généralement dans le sens de cette sincérité et de cette croyance en la scientificité de l’homosexualité. Dans les médias, on voit de plus en plus de « psys du Loft » compréhensifs, de psychiatres de comptoir, afficher une image d’ouverture et de tolérance que n’auraient pas eues leurs poussiéreux aïeux, et s’adresser à nous en des termes rassurants pour défendre la normalité de l’homosexualité et combattre « l’Hydre de la Culpabilité » ou de « l’Homophobie intériorisée » ! En général, celui que les journalistes présentent comme un « psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, thérapeute familial et conjugal », s’exprime devant les caméras avec un faux calme, une décontraction travaillée (bobo, quoi), comme si on avait cinq ans d’âge mental. J’en tiens pour preuve les récentes interventions des « psys médiatiques » tels qu’Élisabeth Rudinesco, Serge Hefez, Benjamin Lubszynski (ci-dessous), Stéphane Nadaud, Stéphane Clerget, Yves Ferroul, Joseph Agostini, etc. Et le pire, c’est que leur comédie est très sincère !

 

Benjamin Lubszynski (en mode « relax » de Franckie Goes to Hollywood)

 

Je vous invite à écouter également la psy « trop cool » de l’une des femmes lesbiennes interviewées, Charlotte, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel, diffusée sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012.

 

Ensuite, un certain nombre de personnes homosexuelles se targuent d’être d’éminents scientifiques… et même des soignants plus puissants, plus humains, plus désintéressés, plus modernes, que les médecins traditionnels (cf. je vous renvoie au code « Médecin tué » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ! « Comme le dit Foucault, il faut liquider la psychologie. » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), pp. 151-152) ; « C’est l’antipsychiatrie qui correspond le mieux, au niveau conceptuel, à la pensée queer. […] C’est en débarrassant le sujet de tout cadre qu’on donne au patient la possibilité de se retrouver. » (p. 193) ; « Nous devrions nous conduire, Foucault nous y invite, jour après jour, en médecins de nous-mêmes. » (cf. la conclusion d’Albert Le Dorze, op. cit., p. 230) ; « Je me sens, par moments, non pas, comme certains voudraient le faire croire, ‘l’égal des dieux’, mais parfaitement capable de traiter mon engouement pour les hommes ‘en médecin, en naturaliste, en moraliste même, en sociologue et en historien’. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 91)

 

Elles prétendent souvent se substituer à leur thérapeute, et inversent les rôles : « J’ai fait le psy moi-même ! » (Nancy, un homme transsexuel M to F, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan)

 

Certaines personnes homosexuelles se piquent au jeu de l’analyse et de l’auto-analyse psychanalytique, pensent qu’une personne n’a la légitimité de parler d’un sujet de société qu’à partir du moment où elle est « en analyse », ou bien si elle a reçu une « formation ». Sinon, elle n’a pas l’habilitation ! On les voit faire des interprétations tirées par les cheveux, saupoudrées de jargon scientifique et de mots ronflants qu’apparemment elles ne comprennent pas. Elles recrachent scolairement du concept. Par exemple, dans son autobiographie Mauvais genre (2009), l’essayiste Paula Dumont raconte qu’elle consulte de temps à autre le Petit Larousse de la Médecine pour tirer des conclusions sur les pathologies des gens de son entourage.

 

La science, c’est parfois leur terrain professionnel officiel : pensons à toutes les personnalités homosexuelles qui ont une formation de soignants ou qui ont travaillé dans les hôpitaux (Gertrude Stein, Michel Foucault, Jean Cocteau, etc.). Et attention, ça ne rigole plus ! Il existe, aujourd’hui et partout dans le monde, des groupes de parole thérapeutiques spécifiquement homos, des associations LGBT consacrées à la prévention et à l’hygiène sexuelle, des confréries de psys gay, des AMG comme on dit (Association de Médecins Gays). À quand les hôpitaux gay… ?

 

Pour ma part, j’ai rencontré beaucoup de personnes homosexuelles sur les bancs de la fac de médecine et de « psycho », ou bien dans les métiers de la santé (infirmiers, médecins, chirurgiens, psychologues et psychiatres). Il y aurait, à mon avis, plein de conclusions intéressantes à tirer de cet effet-aimant là !

 
 

b) Les détournements de la science :

Certaines personnes homosexuelles conspuent la communauté scientifique, bien souvent parce qu’elles la jalousent et l’idéalisent trop. C’est pourquoi elles en font souvent une caricature sérieuse, un détournement qu’elles prennent beaucoup plus souvent au premier degré que leur sincérité ne l’imagine. Leur appartenance au monde scientifique est pourtant inscrite noir sur blanc sur leur badge… mais dans les faits, on constate qu’elles jouent régulièrement de leur statut de médecins ou de docteurs pour laisser libre cours à leurs fantasmes les plus incontrôlés et les plus fous. Dans leur esprit, elles semblent avoir substituer la technique (celle qui peut servir l’Homme tout comme L’asservir) à la science (celle qui n’est là que pour servir, guérir et soulager l’Homme). Cette confusion entre science et technique les entraîne généralement dans une quête effrénée de la performance, du profit, de la productivité, de la consommation, du pouvoir.

 
 

b) 1 – Le détournement de la science par le sentiment et le génital : l’Amour réduit à une solution chimique ; le sexe envisagé comme une expérience scientifique

 

Il semblerait pour commencer que les personnes homosexuelles/bisexuelles médecins aient souvent du mal à garder leur juste place de thérapeutes, et qu’elles ne respectent pas la bonne distanciation avec leur patient (parfois lui-même homosexuel). J’en connais beaucoup qui encouragent ce dernier à un mode de vie conjugal homosexuel, à la recherche de « l’amour », sans mesurer les conséquences souvent désastreuses de leur relativisme « décomplexant et dédramatisant ».

 

Pis encore. Il arrive avec lui qu’elles versent dans le copinage gémellaire d’orientation sexuelle, voire la compassion amoureuse !

 

La pub « Sugar Baby Love » d’AIDES (c’est surtout la fin qui est intéressante)

 

L’un des contes de fée cachés (et incestuels) que se racontent beaucoup de personnes homosexuelles, c’est celui qui orchestre qu’elles finissent miraculeusement leur vie dans les bras d’un beau médecin musclé. Par exemple, la romancière nord-américaine Carson McCullers, pourtant lesbienne, croit se mourir d’amour pour le médecin qui l’a soignée, le Dr Robert Myers. Quant à Max Jacob, pourtant mourant, il chuchotera à l’oreille du médecin qui s’est penché sur lui : « Vous avez un visage d’ange. » (Max Jacob cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 277) Dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, Catherine, femme lesbienne de 32 ans, raconte qu’elle est tombée vraiment amoureuse de sa gynéco (p. 130). Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, Brüno drague son psy.

 

« Une seule fois dans ma vie, après le gros coup de fatigue que j’ai subi en 1993, je suis allée consulter un psychiatre, pendant sept mois, à raison de deux séances par semaine. J’étais ravie de ne pas avoir affaire à une femme, car j’avais très peur de faire un transfert, c’est-à-dire de tomber amoureuse de ma psy hypothétique. » (Paula Dumont, Mauvais genre (2009), p. 113) ; « Mes parents ont fini par me demander si je voulais voir un psychiatre. Et j’ai dit oui. Donc ils m’ont pris rendez-vous avec le psy de l’université. Je suis allé le voir. Je suis rentré dans son cabinet. On s’est regardés et on a compris tous les deux qu’on était tous les 2 homos. » (Philip Bockman, vétéran gay, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020).

 

Il n’y a qu’un pas entre le divan et le lit, entre le billot et la chambre à coucher ! Les faits nous le prouvent… Je connais personnellement des médecins qui, en consultation, en ont profité pour draguer et coucher avec leur patient ; ou bien des amis homos qui se sont laissés caresser, embrasser, sucer, par leur médecin traitant, pendant leur adolescence, le tout en justifiant le dérapage par la « nécessité du soin » et le plaisir physiologique ressenti par cette « expérience » inédite ! Le secret professionnel sert parfois de couverture à l’acte homosexuel, voire même au viol. Ne soyons ni paranos ni naïfs !

 

Par ailleurs, je vois combien les démarches préventives de santé, les interventions en milieu scolaire, les campagnes médiatico-scientifiques de lutte contre le Sida, sont, pendant les Gay Pride et dans les associations LGBT militantes notamment, les cautions morales d’une drague frénétique et d’une consommation sexuelle souterraines : on peut niquer tranquille et comme on veut, puisque c’est safe ! Et maudit soit celui qui ose remettre en cause le « travail formidable des médecins gay » au sein de la communauté homosexuelle !!!

 

Au sein de la communauté homosexuelle, la psychanalyse ou la médecine sont substituées par le mot « amour » (… et surtout, en acte, par le sexe sans Amour !). Que les individus homosexuels soient concrètement diplômés de médecine ou non, peu importe. Avec leur(s) amant(s), ils font comme s’ils vivaient une expérience (scientifique, fusionnelle) ! La « science » dont ils parlent est en réalité un expérimentalisme hédoniste et libertin : « Je suis contre tous les tabous sexuels. Je suis pour toutes les libérations. Je ne m’effraye d’aucune combinaison d’ordre sentimental ou érotique, estimant que chaque individu a le droit de disposer de son corps comme il lui plaît et de se livrer à certaines expériences. » (Gérard de Lacaze-Duthiers cité dans l’article « Inversion sexuelle » d’Eugène Armand, dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 398) Par exemple, Patrice Maniglier parle de fonder « une communauté homosexuelle sans rôle complémentaire, où les identités sont réversibles, […] un champ d’expérimentation des possibilités du corps » (cf. l’article « Penser la Culture gay » de Patrice Maniglier, dans le Magazine littéraire, n°426, décembre 2003, p. 59).

 

Sans être nécessairement médecin de métier, certains libertins homosexuels s’achètent une conscience par le biais de la science, présentent un joli certificat médical en espérant qu’on ne voit pas que la signature en bas est bidon, qu’ils sont nus sous leur blouse blanche, que leur discours est beaucoup plus sentimentaliste que réellement fonder sur les faits, que les docteurs qu’ils jouent à être n’est en réalité qu’un prétexte de plus (le serment d’hypocrites !) pour aller baiser à droite à gauche sans (se) l’avouer (« Je ne drague pas et je ne nique pas ! : je vis juste une Expérience sensible, une Exploration sensuelle ; c’est pour une étude sociologique… » soutiennent-ils sincèrement).

 

Souvent, ils élaborent une théorie scientifiste jargonnante d’intensification de la libido humaine, de guérison de l’être par l’orgasme et le bien-être. À les entendre, ils « aiment » comme ils font un calcul mathématique (on pourrait tout à fait parler, dans leur cas, d’« algèbre du désir »), comme ils créent un parfum. Ils « font l’amour » comme ils mèneraient une opération délicate : avec la froideur et la précision d’un chirurgien de laboratoire. Bip… Bip… Bip… Gants… Vaseline… Menottes… Caresses… Succion… Pénétration… Objectif : atteindre le point G ! … et, au fond, transformer l’amant et eux-mêmes en objets sacrés.

 

Sans le vouloir, car leur esprit d’esthètes romantiques le leur interdit, ils traitent leurs amants comme des souris de labo, sur lesquelles ils vont pouvoir tester leur culture (« leur » science !), leur sincérité et leur pouvoir de séduction. On les voit parfois enrouler/enrôler leur patient-compagnon (qu’ils ont préalablement anesthésié avec des drogues et des mots doux) dans leur corps de serpent par la voie de la séduction et de l’hypnose (cette animalisation diabolisante ne doit pas nous paraître excessive, d’autant plus quand on pense que l’héraldique de la médecine est le caducée !). « Il n’était pas mon genre. Pas du tout même. Mais il me regardait. Ses yeux étaient noirs, grands, profonds. Quand il les braquait sur moi, je ne savais que faire. Je devenais timide, petit enfant bien élevé. Malgré moi j’étais comme hypnotisé par un je-ne-sais-quoi en lui qui me dépassait, me transportait et qui se logeait dans son regard perçant et légèrement ironique. » (Abdellah Taïa parlant de son amant Javier, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 36) J’en ai rencontrés beaucoup, des « gourous non-agréés » à la voix anesthésiante et grisante de steward de Minitel rose, des beaux parleurs entreprenants-mais-pas-trop, des Don Juan « thérapeutes » (prétentieux et insouciants à 20 ans, « vieux beaux » non moins prétentieux à 40-50…) qui vous draguent nonchalamment, très nonchalamment…, en vous racontant des mots doux, en vous « proposant » l’air de rien leurs mains « d’experts » (en massages tantriques, bien sûr), leurs yeux langoureux, … leurs bites (oh pardon ! Ma braguette s’est ouverte accidentellement, à l’insu de mon plein gré…).

 
 

b) 2 – Le détournement de la science par l’humour et le jeu :

 

MÉDECINES Sida

 

La « science » que certaines personnes homosexuelles mettent en place se réduit souvent à un jeu de rôles, de séduction, où l’enjeu n’est pas tant le combat contre la souffrance et en faveur de la vie, mais plutôt une stratégie ludique de conquête de l’amour et de sa soi-disant « légèreté », une mise en scène adolescente : « Nous montâmes un intermède d’un auteur espagnol. Je faisais le coiffeur du village et Ernestino le médecin. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes (1997), p. 196) ; « Petit déjà… Je sais maintenant d’où vient cette curiosité excessive que j’avais de zieuter les autres garçons dans les vestiaires de la piscine x). Faut dire aussi que les seules fois où j’ai joué au docteur, c’était avec des garçons. La curiosité, bien sûr. » (cf. le témoignage d’Erwan, homosexuel, dans la rubrique « Déjàtoutpetit » du site Yagg, publié le 7 février 2012)

 
 

b) 3 – Le détournement de la science par la transcendance « artistique » ou « religieuse » :

 

Beaucoup d’auteurs homosexuels, sur le mode comique, mais aussi parfois sur un registre spirituel plus sérieux, nous proposent des théories « scientifico-artistiques », des méthodes analytiques parallèles (par exemple : la pataphysique et l’adolphisme d’Alfred Jarry – le dramaturge a souhaité fonder « une société de recherches inutiles et savantes » –, la paranoïa critique de Salvador Dalí, le surréalisme anti-surréaliste de Jean Cocteau, la schizo-analyse de Gilles Deleuze, le mouvement bisexuel-asexualisant queer actuel, etc.), des raisonnements conceptuels limite « universitaires » mais fondés sur l’inversion et le détournement libertin. C’est la raison pour laquelle des artistes tels que le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, sont décrits comme des scientifiques de laboratoire, « des expérimentateurs incessants » (cf. l’article « Pier Paolo Pasolini » de Francesco Gnerre, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 353) Certains chercheurs homosexuels tentent de faire passer l’art pour un substitut de la science : « La science ne pourrait-elle devenir fictionnelle ? » (Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 87) D’ailleurs, dans les universités d’été organisées par les associations LGBT, lors de leurs séminaires et colloques « scientifiques », ou même dans les clubs de bien-être, de remise en forme de massage, ou les ateliers « sophrologie/interprétation des rêves » et les groupes de parole queer, la frontière est floue/mince entre la démarche scientifique et la réunion d’« artistes ».

 

En dépit des apparences, les médecins gay friendly et pro-gay nient le sexe et la sexuation en mettant en avant le génital et la métaphore ; ils tuent le Sens et l’Humain en privilégiant les Sens ; ils décorporéisent le vivant en le regardant/disséquant de trop près au scalpel ou au microscope. Par exemple, dans son essai Le Genre démasqué (2011), Élizabeth Montfort explique avec pertinence que la Gender & Queer Theory « dissocie le genre (sexe social) du sexe biologique » (p. 21), autrement dit cette idéologie fait de nous des anges asexués et inhumains. Comme l’a fort bien développé Michel Boyancé lors de sa conférence « La Théorie du Genre dans les manuels scolaires : comprendre et discerner » au Collège des Bernardins le 6 décembre 2011, il s’agit pour les promoteurs du Gender de « se libérer de la nature par le droit et par la science ». Quel paradoxal rapport à la Nature…

 

La croyance des personnes homosexuelles en la science est tellement idolâtre et déconnectée du Réel (à force d’être puriste et cartésienne… voilà le paradoxe !) qu’elle se mute souvent en superstition religieuse ou amoureuse. La science devient à leurs yeux une déesse à posséder comme un sceptre, ou bien une Muse cosmique et dominatrice. On retrouve pas mal d’astrologues et d’adeptes d’ésotérisme parmi les personnalités homosexuelles (Didier Derlich, Gavin Arthur, Karl-Günther Heimsoth, René Crével, etc.). Lucía Etxebarría, la romancière espagnole bisexuelle, dit être fascinée par la psycho-analyse, les sciences occultes. Dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin, Joseph, le sorcier gay, a dans sa chambre un énorme poster des Spice Girls.

 

« J’avais remarqué depuis un bon moment l’engouement de mes amis et connaissances homos pour les pseudo-sciences qu’elles soient divinatoires (horoscopes, numérologie) ou médicales (par exemple phytothérapie, se traduisant par des consommations de tisanes en tout genre destinées à de multiples offices). Mais au palmarès des ‘thérapies’ bidon, on en trouve pas mal qui s’accompagnent de contact corporels plus ou moins rapprochés (j’ai un très bon ami qui pratique le Reiki à un haut niveau et n’est jamais à court pour me proposer une séance ; mais on pourrait aussi trouver des choses du côté du massage ayurvédique). En réalité l’intention thérapeutique me semble parfois quelque peu confuse… Pour citer d’autres illustrations intéressantes de tes propos, j’ai dans ma famille un de mes oncles qui a été marié avec une femme qui s’est révélée par la suite être lesbienne et dont il s’est séparé après en avoir eu une fille. Il est tombé un jour sur son journal où elle écrivait qu’elle ne s’était mariée que pour faire une ‘expérience’ avec une froideur assez ‘scientifique’. La même ex-tante, à quelques temps de là, avait décidé, avec quelques amies à elles, de sortir de sainte Anne pour prendre en charge une malheureuse patiente psychotique (c’était au beau milieu de la vague antipsychiatrique des années 1970) sous prétexte qu’elle n’était soignée que par des médecins hommes qui, par définition, ne pouvaient comprendre les femmes (on n’est pas très loin de l’état d’esprit de l’association des médecins gays). Je crois me souvenir que l’expérience s’était terminée par un appel en urgence de la police suite à un carnage de l’appartement par la fameuse patiente (et oui! la psychiatrie c’est un métier comme disait un de mes anciens patrons). Et je ne te raconte pas le pire… Soit dit en passant, je me suis bien amusé, en allant sur le lien de l’association des médecins gays. Bon, disons que je ne pense pas que la délicatesse dans la façon d’interroger un patient et la compétence soit une question d’orientation sexuelle… mais si ça peut faire plaisir à certains de le penser, c’est plutôt un moindre mal… » (un ami quarantenaire par mail, en 2011)

 

Dans leurs discours et dans leur vie, on assiste à de drôles de croisements entre science et mythologie (en général une mythologie du viol ou de la mort), entre médecine et sentiment, entre confrérie scientifique et secte (artistico-religieuse) : « À l’époque, je ne connaissais pas les trucs sur l’intersexe, mais j’ai pensé que j’étais un homme. Et je m’étais dit très scientifiquement, pour évaluer si j’étais vraiment un homme, je vais me féminiser et donc là je me suis mise à avoir des cheveux longs, à me maquiller, à avoir des robes, etc., et dans la même période, je suis partie aux États-Unis avec un pote. Et un jour dans une boîte, j’ai failli me faire violer et là je me suis dit : ‘Non, je ne suis pas un homme, mais habillée comme cela ça ne me correspond pas, il y a quelque chose qui ne va pas.’ Et la séduction que j’exerçais à l’égard des hommes ne me plaisait pas, leur regard ne me plaisait pas. Pas parce qu’ils étaient libidineux, mais parce que je ne voulais pas cela avec les hommes. Pour moi, les hommes c’était mes frères. Alors, la seule fois où j’ai embrassé un homme (j’ai eu quelques flirts comme ça), j’avais l’impression d’une relation incestueuse, tu vois un truc tu touches avec la langue et tu as l’impression de ramasser des fraises, tu vois ? (rires). » (Gaëlle, une femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai « sociologique » Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 80-81) ; « La Chola [un travesti M to F] avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. Sur son passage, flottait un délicieux parfum douceâtre. Ses formes étaient exaltées par un tailleur blanc moulant et une petite ceinture rouge. La Chola s’arrêta devant une maison basse, peinte à la chaux et surmontée d’un énorme écriteau où l’on pouvait lire ‘Église scientifique’. De part et d’autre de la porte étaient peints deux angelots assis chacun sur son nuage. Elle frappa. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 233)

 

La jalousie pantoise des sujets homosexuels vis à vis de la science est palpable, et ne tarde pas à se montrer sous un jour plus agressif, comme nous allons le voir maintenant…

 
 

b) 4 – Le détournement de la science par le militantisme politique « progressiste », techniciste, mégalomaniaque, pro-gay et finalement homophobe :

 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont à ce point persuadées qu’elles peuvent incarner à elles toutes seules la science (il suffit de la posséder, de la revêtir, de la « sentir », d’en connaître par cœur les formules alambiquées « qui font sérieux », croient-elles) qu’elles finissent par se prendre pour Dieu, pour le Créateur des Hommes et de l’Amour, pour le Maître de la vie : cf. le festival de cinéma gay et lesbien L’Amour est à réinventer organisé en 1996. Au nom du « progrès » et du « changement » (« Le changement, c’est maintenant ! »), elles frisent souvent la mégalomanie : « On voit les immenses possibilités qui s’offrent à nous et nous emportent bien loin des recherches menées en biologie sur le clonage et autres technologies de la reproduction. Nous sommes à un tournant de l’histoire. Depuis la découverte de la pilule et la maîtrise de la fécondité par les femmes elles-mêmes, plusieurs choix s’offrent à nous. Le développement des techniques reproductrices, et leurs insolubles conflits éthiques (comment refuser le ‘progrès’ ?), mais aussi la possibilité de donner d’autres buts à la sexualité que la reproduction. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 129)

 

L’ère de la performance, de l’ingénierie, de la toute-puissance matérialiste, numérique et technologique, va de pair avec la volonté du Gouvernement Mondial de promouvoir l’homosexualité. C’est logique. Le robot et l’objet sont eux-mêmes asexués, virent la différence des sexes. Rien qu’en entendant Anne Hidalgo, la maire de Paris, revenant de la Gay Pride et s’adressant à David Abiker au sujet de la communauté homosexuelle et de la communauté technologique, à la Conférence « Starts-up et Étudiants » lors de la première édition du Salon VIVA TECH, le 2 juillet 2016 au Parc des Expos de Paris, on comprend très vite la corrélation : « Ces deux univers ne sont pas si différents. Tous les deux sont ouverts à la différence, au progrès. Ils n’ont pas peur des différences. » Sans transition, Abiker a introduit le discours de clôture des deux initiateurs du VIVA TECHNOLOGY, les PDG Francis Morel et Maurice Lévy, en les comparant à une « Famille homoparentale » : « Un enfant peut avoir deux pères. »
 

C’est la Terre entière et ses habitants qui sont finalement englobés dans leur conception techniciste, sensibleriste, et donc anthropocentrée, de la science et du Réel. Selon elles, le monde ne se divise plus entre les hommes et les femmes, mais uniquement selon les orientations sexuelles définies à la fin du XIXe siècle par la médecine légale (« homos/hétéros ») et selon les sentiments (« les ennemis de l’amour » d’un côté, « naturellement homophobes », et « les amoureux » bisexuels de l’autre, « naturellement gay friendly voire homosexuels »).

 

Elles envisagent les contacts humains – et surtout amoureux – comme des solutions chimiques, autrement dit des feux d’artifice incontrôlés, des coups de foudre censés se produire quand on s’y attend le moins. Leur discours est truffé de mariages consanguins entre science et sentiment. Se prenant pour des médecins divins capables de fusionner avec leur Mère la Science, elles prétendent contrôler la beauté, créer l’Amour par leurs propres moyens, devant leur écran d’ordinateur.

 

Paradoxalement, ces dandys homosexuels, complètement fleur bleue (voire comiques et coquins) à certains moments, deviennent tour à tour dangereux, robotiques, méthodiques et vulgaires dès qu’ils passent à l’action et tentent d’actualiser « scientifiquement » leurs fantasmes amoureux : ils parlent souvent de l’Amour de manière clinique et dépoétisée, comme s’il s’agissait d’une solution chimique entre deux robots, d’un processus physico-psychologique de causalité absolument imparable, d’un échange « logique » et contrôlable de phéromones corporels dans lequel Dieu et les Hommes n’auraient rien à voir, d’un scénario déjà écrit d’avance, où la liberté humaine – et même la douceur ! – n’ont pas du tout leur place.

 

En même temps qu’ils scientifisent le sentiment et romantisent la pulsion pour les faire fusionner, ils annulent les deux !

 

Au-delà du caractère surréaliste et risible du cliché du savant fou ou du médecin libidineux (cf. je vous renvoie aux codes « Clonage », « Adeptes des pratiques SM », « Frankenstein » et « Liaisons dangereuses » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), les résultats de la confusion entre science et fantasme sont une hybridation à la fois banale et monstrueuse : sous couvert de la science et de la bonne intention, beaucoup de personnes homosexuelles libertines justifient et pratiquent mine de rien la pression psychologique, le chantage sentimental/sensuel, le vol, le viol, le meurtre, la manipulation génétique (cf. le recourt à l’AMP – l’Assistance Médicale à la Procréation –, à la GPA – Gestation Pour Autrui –, à la PMA – Procréation Médicalement Assistée –, etc.), la mutilation chirurgicale sur les personnes transgenres, etc.

 

Au bout du compte, on comprend que la majorité des personnes homosexuelles ont tendance à ne s’intéresser à la science que pour les progrès artificiels ou dangereux qui flattent leur Ego (la procréation médicalement assistée, le clonage, la chirurgie esthétique, l’opération pour changer de sexe, les moyens de contraception, le tantrisme, l’hypnothérapie, etc.), et non pour les avancées scientifiques plus « sociales » et bénéfiques au bien commun.

 

Face au constat et à l’ampleur de leurs échecs à élaborer l’élixir d’Amour et de Réel, il arrive que les personnes homosexuelles se mettent à « maudire scientifiquement » leurs solutions romantico-libertines ratées et les créatures difformes que leur orgueil a créées (il n’y a qu’à constater le mépris des personnes transsexuelles et transgenres dans le « milieu homosexuel », ainsi que la vague de suicides qui les emporte). La première de ses inventions étant ce qu’elles ont cru être « l’Amour » ou « Dieu ». Car, que devient la science uniquement tournée vers l’Homme (et non au service de l’Homme-Dieu qu’est Jésus en tout Homme) sinon monstruosité ?

 

Non seulement les individus homosexuels n’éradiquent aucune maladie, mais en plus, ils ont tendance à en créer de nouvelles ! – « l’hétérosexualité », « l’homophobie », « l’amour », et même « l’homosexualité » –, maladies qu’ils n’analysent pas, qu’ils ne cherchent surtout pas à comprendre, qu’ils laissent germer, qui ne sont que des nomenclatures pseudo scientifiques qui occultent les réalités violentes qu’elles sont censées dénoncer – le couple femme-homme non-aimant et bisexuel dans le cas de la « maladie de l’hétérosexualité » ; la haine de soi, le désir homosexuel pratiqué, ou le viol dans le cas de la « maladie de l’homophobie », les désirs superficiels homos et hétérosexuels dans le cas de la « maladie d’amour » et « de l’homosexualité » – étiquettes dont la création pourra leur être ensuite imputée par la communauté scientifique bisexuelle ou homosexuellement refoulée (parfois sous forme d’agressions homophobes, pour le coup ! Je vous renvoie aux écrits homophobes et à la scientificité très discutable de Krafft-Ebing – qui a arbitrairement normativisé et opposé « l’hétésexualité » à l’homosexualité dans sa Psychopathia Sexualis en 1886 –, de Chekib Tijani, de Jean-Louis Chardans, de tous ces savants qui ont abusé de la psychiatrie, de la lobotomie, de la castration, des traitements hormonaux, pour « convertir les invertis en hétéros ») : « D’ores et déjà, dans les représentations dominantes, à une norme hétérosexuelle qui considérait l’homosexualité comme une déviance, se substitue parmi les élites faiseuses d’opinion une norme homosexuelle qui caractérise l’hétérosexualité comme ringarde, voire à son tour, pathologique. » (Michel Schneider, La Confusion des sexes (2007), p. 73) Par exemple, dans son essai De Sodoma A Chueca (2004), Alberto Mira utilise la métaphore filée de la maladie pour décrire l’homophobie (p. 617) : il diagnostique la maladie d’homophobie des stars masculines qui se refusent au soupçon d’homosexualité sous le nom de « Syndrome Alejandro Sanz » (p. 70). Il n’est pas le seul à pathologiser ce qu’il essaie de diaboliser via une rationalisation excessive. Voici quelques exemples de ce discours pseudo-scientifique de plus en plus employé par le militantisme homosexuel actuel : « L’homophobie est en chacun de nous, sous la peau, dans nos chairs. C’est une maladie qui infecte nos tissus et parasite nos neurones. Elle est chez nos proches, nos voisins, elle pourrit notre société et nos institutions. C’est une épidémie ! Si on ne dresse pas de cordons sanitaires, elle se répand. » (Julien Picquart, Pour en finir avec l’homophobie (2005), pp. 17-18) ; « L’homophobie est un mal insidieux. Elle n’éclate au grand jour que par crises sporadiques ; les manifestations anti-PaCS n’étaient que l’épisode virulent d’une affection qui, d’ordinaire, incube sourdement. Elle contamine en silence les pensées et les discours, elle empoisonne le débat démocratique. » (Bertrand Desfossé, Henri Dhellemmes, Christèle Fraïssé, Adeline Raymond, Pour en finir avec Christine Boutin (1999), p. 7). Pour ma part, sur les réseaux sociaux tels que Twitter, je lis sur mon compte de plus en plus de diagnostics « médicaux » qui m’envoient à l’HP pour « graves troubles psychiatriques ».

 

La majorité des personnes homosexuelles croient tellement que l’identité ou que l’amour homosexuels sont des données uniquement physiologiques et subies que, fatalement, dès que ceux-ci montrent leurs faiblesses (et Dieu sait combien ils en ont !), elles se retournent contre eux en les définissant comme des viles pulsions et d’incurables maladies (et, par ricochet, elles s’autoproclament « malades » !) À grand renfort de statistiques et de syllogismes pseudo universitaires, d’une part elles essentialisent le désir homosexuel sous forme d’amour et d’espèce humaine à part – « les » homosexuels –, clairement identifiables (et, selon les moments, clairement stigmatisables : souvenons-nous Magnus Hirschfeld qui, par ses théories essentialistes bien intentionnées, voulait prouver la normalité et la validité du « Troisième sexe », a créé le retour de bâton des camps de concentration nazis…), d’autre part elles scientifisent et justifient le génital/le sentiment/l’affectif pour donner droit de cité à n’importe quel type de pulsions (à commencer par les pulsions homophobes !) à partir du moment où elles les qualifient d’« amour » ou d’« identité naturelle ».

 

Par la création de ces nouvelles maladies partiellement mythologiques (« l’homophobie », « l’hétérosexisme », etc.) et de leurs faux remèdes (« l’homosexualité » déclinée en couple ou en identité fondamentale), elles ne suppriment pas le mal, mais au contraire le nourrissent secrètement, l’occultent, et désignent comme « ennemis » ses réels antidotes (réconciliation avec soi-même, accueil du mystère de la différence des sexes, découverte de l’existence d’un Dieu aimant et plus grand que l’Homme), les seuls qui mettent en péril leur unicité/leur fantasme de toute-puissance, et qui les appellent à se décentrer pour aimer vraiment librement (et non plus seulement « techniquement »).

 

Les expérimentateurs homosexuels se focalisent sur l’innovation (notion ô combien publicitaire et éphémère !) pour délaisser le progrès. Pire, ils reproduisent la barbarie qu’ils prétendaient combattre ! Par exemple, les seuls endroits où j’ai vu des pilules en sachet censées guérir de l’homosexualité et rendre hétéro, c’était… dans des librairies homosexuelles à Paris ! : elles étaient vendues sur le promontoire des Mots à la bouche ou de Bluebook en 2008 (avec des titres comme « Instant Orgasm Pills », ou bien des inscriptions telles que « comment hétérosexualiser son enfant » ou « lutter contre l’homophobie de sa mère »). Malgré la blague de farces et attrapes, tout était fait pour que l’acheteur naïf croie en de vrais médicaments créés par des scientifiques homophobes, alors qu’en réalité c’est une artiste canadienne, Dana Wyse, qui est à l’origine de cette contrefaçon ambiguë.

 

De même, la création d’une confrérie scientifiquement homosexuelle de « psys gays » (les AMG – Associations de Médecins Gays – dont je parlais tout à l’heure) va dans ce sens de l’auto-stigmatisation par le biais de la victimisation. Être en présence d’un personnel soignant étiqueté homosexuel, paraît-il que ça mettrait en confiance les pauvres victimes d’homophobie (que seraient toutes les personnes homosexuelles) d’être en présence de leurs jumeaux d’orientation sexuelle, et même que ces derniers comprendraient mieux, soigneraient mieux, culpabiliseraient moins… Je ne doute pas que le travail d’accompagnement de ces « médecins gay » ait parfois son utilité, son efficacité. Mais a-t-il pour autant sa raison d’être ? La qualité d’un médecin se mesure-t-elle à son orientation homosexuelle ? Choisit-on son soignant selon le discours idéologique qu’on a envie d’entendre de lui ? Je ne crois pas. Cette homosexualisation du monde médical, aussi généreuse qu’elle puisse paraître, est en réalité homophobe : elle copie en tous points l’arsenal « scientifique » mis en place par les opposants aux personnes homosexuelles. Les thérapies de groupe pour « guérir les homos » laissent juste la place aux thérapies de groupe pour « guérir les homophobes » ; le discours scientifique homophobe du « contre-nature » est juste supplanté par un discours freudien frelaté tuant la culpabilité – et pour le coup, la responsabilité – ; la croyance en la nation de « sidaïques » et d’« homosexuels » est juste remplacée par la croyance en la nation de « genres » bisexualisante et asexualisante ; la recherche du « gène gay » et des « causes » de l’homosexualité nourrit à la fois la diabolisation et la sacralisation du désir homosexuel, etc.)

 

Loin d’apporter des solutions aux maux que ces « scientifiques » pro-gay voulaient combattre, ils créent ou miment en général des souffrances parallèles. Par exemple, dans son livre Serial Fucker, Journal d’un barebaker (2003), Érik Rémès remplace le despotisme aseptisé du safer sexpar le culte non moins totalitaire des rapports sexuels non protégés (le « no capote » appelé bare-backing).

 

Autre exemple avec la création scientifico-légale de la « famille homosexuelle ». Lors de sa conférence sur « L’homoparentalité aux USA », à Sciences-Po Paris, le 7 décembre 2011, le jeune professeur Darren Rosenblum raconte comment il s’est lancé illégalement dans un projet de GPA (Gestation Pour Autrui) avec son compagnon et une mère porteuse aux États-Unis, en se justifiant de la normalité de sa situation par un verbiage scientifico-émotionnel d’apprenti sorcier, fortement anti-naturaliste, ou plutôt, ce qui revient au même, surnaturaliste (cf. je vous renvoie au code « « Plus que naturel » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je me sentais enceinte. » ; « On ne voulait pas savoir qui était le père biologique. On sait maintenant qui est le père biologique, mais on garde le secret. » ; « Je soutiens une interprétation de la biologie. » : « Je trouve que ces rôles de père ou de mère ne sont pas essentiels. Si dans une famille un homme veut être la mère, il doit pouvoir le faire. Le sens de ces termes, je pense, va fondre. » Il se montre favorable à l’instauration d’une « philosophie de genres », à une « parentalité androgyne », et parle très sérieusement de « désexuer la parentalité ». En filigrane, on sent pourtant dans son discours une peur que sa supercherie scientifiste soit démasquée. Avec son copain, ils ont fui l’État de New York (où la GPA est illégale) pour venir habiter incognito dans le Marais à Paris, avec leur petite fille de deux ans et demi… mais Darren avoue qu’ils rasent les murs : « J’ai un peu peur d’être maltraité par les gens au moment où je suis avec ma fille. » Peu fiers de ce qu’ils ont fait au nom et grâce à la technique (plus qu’à la science à proprement parler).

 
 

c) La supercherie scientifique homosexuelle débusquée :

L’illusion de science que beaucoup de personnes homosexuelles ont créée ne fait pas long feu. Comme elles se sont appuyées davantage sur leurs fantasmes de toute-puissance et de possession que sur le Réel et l’Amour, elles apparaissent (à leur grande honte) comme des charlatans, des inutiles, des prétentieux, des savants mi-homosexuels mi-homophobes, ou des fous, aux yeux de la réelle confrérie scientifique planétaire.

 

Je m’aligne à leurs constats. Par exemple, le 8 juin 2010 dernier, un peu avant que je donne ma conférence sur la mixité gay/lesbiennes à l’Hôtel Millenium de Paris devant les membres de l’association homosexuelle l’Autre Cercle, j’ai pu assister le même soir au topo insipide de quatre médecins, qui se présentaient comme des « Psys gays », et qui se proposaient de nous parler de l’homophobie : ils n’ont fait que survoler et minorer le phénomène de l’homophobie intériorisée, en noyant le poisson dans une lecture misérabiliste et victimisante. J’étais intérieurement affligé du niveau de réflexion.

 

En somme, on se rend compte que les médecins homosexuels deviennent de vrais charlatans (ou bien que leurs patients homosexuels n’arrivent pas à comprendre les vrais médecins sérieux et solides) dès qu’ils se mettent à justifier la croyance en l’identité homosexuelle, en l’amour homosexuel, dès qu’ils pratiquent des actes homosexuels.

 
 

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Code n°155 – Regard féminin (sous-codes : Cyclope / Pute borgne)

Regard fém

Regard féminin

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

« Elle a les yeux camembert,

elle a le regard qui pue,

elle a pété la première,

m’a touché c’est foutu. »

 

Quand je dis que le désir homosexuel provient et est le signe d’une idolâtrie, je suis très sérieux. Un regard féminisé (mais pas nécessairement applicables aux femmes de chair et de sang : il appartient d’ailleurs davantage à l’androgyne télévisuel asexué, sur-masculinisé et sur-féminisé, qu’à la sexuation femelle réelle, et peut donc tout à fait être porté par des hommes) a capturé le psychisme, le cœur et le désir érotique des personnes homosexuelles, et les a fait désirer être semblables à lui, à des veaux d’or aux yeux scintillants, séduisants et médusants, à des déesses de pacotille, à des poupées vaudou à brûler afin de prouver l’immortalité. Les yeux féminins dans les fictions homo-érotiques, c’est la conscience des actes (homosexuels) mauvais mise au repos, niée par celui qui les posent.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme allongée », « Cercueil en cristal », « Actrice-traîtresse », « Mère possessive », « Destruction des femmes », « Bergère », « Sommeil », « Carmen », « Poids des mots et des regards », « Voyante extralucide », « Cannibalisme », « Lunettes d’or », « Voyeur vu », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Espion », « Femme fellinienne géante et pantin », à la partie « Prostituée lesbienne » du code « Putain béatifiée », à la partie « Intuition féminine » dans le code « Mère gay friendly », à la partie « Regards » du code « Amant diabolique », et la partie « Hypnotiseur » du code « Médecines parallèles » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

a) T’as de beaux yeux, tu sais ?

REGARD FEM 1 Maléfice

Maléfice dans « Sleeping Beauty » de Walt Disney


 

Le regard féminin occupe une place prépondérante dans les œuvres de fiction homosexuelles : cf. le roman Les Yeux d’Elsa (1942) de Louis Aragon, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, la chanson « Les Yeux noirs » du groupe Indochine, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le film « Les Enfants terribles » (1950) de Jean-Pierre Melville (avec l’insistance sur les yeux d’Agathe), la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (1938) de Witold Gombrowicz (avec le regard d’Yvonne), le roman L’Autre (1971) de Julien Green (avec le clin d’œil fait aux Yeux d’Elsa d’Aragon), le film « Amore A Prima Vista » (1999) de Vincenzo Salemme, le film « I Love You Philip Morris » (2009) de Glenn Ficarra et John Requa (avec le regard féminin sur une pancarte), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec les yeux bleus d’Ingrid, la femme fictive de Copi-Traducteur), la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier, le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco (avec le regard pénétrant de Jézabel, l’héroïne bisexuelle, dans tous ses autoportraits), le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, le film « Le Troisième œil » (1989) d’André Almuro, le roman Les Yeux de Zanele (2014) de Claire Sobert, etc.

 

REGARD 2 mannequin

Film « Rosatigre » de Tonino De Bernardi


 

Loin d’être d’abord applicable uniquement aux femmes réelles, il concerne avant tout le veau d’or asexué aux yeux sur-féminisés, objet de tous les fantasmes angélistes, matriarcaux, machistes et réifiants du personnage homosexuel : cf. le film « La Fille aux yeux d’or » (1961) de Jean-Gabriel Albicocco, la chanson « Goldeneye » de Tina Turner, le film « L’Embellie » (2000) de Jean-Baptiste Erreca (avec le regard géant de Marlene Dietrich tapissant le décor du cabaret transformiste), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar, le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar (avec le regard géant et lumineux d’Uma Rojo sur l’affiche de la pièce Un Tramway nommé Désir), la pièce La Femme assise qui regarde autour (2007) d’Hedi Tillette Clermont Tonnerre, la chanson « Ojos Verdes » de Nazario, le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec le regard de Brolovine), la chanson « Bette Davis Eyes » de Kim Carnes, la chanson « Femme comme chacune » de Céline Dion (avec la chanteuse et « ses yeux de clair de lune »), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec le grand regard féminin peint sur le mur de la chambre d’Emmanuel), la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen (avec le portrait de la chanteuse des années 1980 Jackie Quartz trônant dans le salon), etc.

 

Il est fréquent que les yeux de la femme des fictions homo-érotiques homosexualisent le héros homosexuel : « Moi les homos, je les repère en un clin d’œil. » (Luce – Marthe Villalonga – dans la série Y’a pas d’âge diffusée sur France 2 le mardi 15 octobre 2013) Par exemple, dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la mère de Tom espionne derrière le lierre la formation du couple entre son fils et son futur amant Louis. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, la maman d’Oren, Hanna – exerce un mystérieux pouvoir divinatoire d’homosexualité sur Tomas, le héros homo : elle a compris énigmatiquement le lien érotique qui reliait son fils décédé Oren à Tomas. Je vous renvoie à la partie sur l’intuition féminine dans le code « Mère gay friendly » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

REGARD FEM 3 Hedwig

Film « Hedwig And The Angry Inch » de John Cameron Mitchell


 

Le regard féminin dont il est question est vraiment celui de l’actrice, de l’icône cinématographique du danger sexuel sophistiqué, caressant, magnifié par le cinéma : « Elle est là, ma Vénus allongée, le corps et les poignets sanglés. Dans son imper en latex elle m’observe, comme la proie de ses projets. Attitude polaire de surface, sourire de Joconde apaisée. » (cf. la chanson « Les Liens d’Eros » d’Étienne Daho) ; « Chut ! Chut ! Faut pas te réveiller. Je voulais juste t’embrasser, te regarder encore une fois pour t’emporter avec moi là où je vais chanter. » (cf. la chanson « Berceuse » de Céline Dion) ; « J’ai mis de l’ordre à mes cheveux, un peu plus de noir sur mes yeux. » (cf. la chanson « Il venait d’avoir 18 ans. » de Dalida) ; « Je crois que tes yeux voient très bien. » (Martin s’adressant à Chloé, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Jane vit son propre reflet dans les pupilles de la femme, une silhouette pâle et lointaine ; une lueur dans un œil. » (Jane, l’héroïne lesbienne, à propos de la prostituée Maria, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 163) ; etc. Par exemple, dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, a dans sa chambre un poster géant d’un regard d’actrice.

 

REGARD FEM 4 - Mala Edu

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

Les yeux des femmes représentés dans les créations crypto-gays ont tendance à se mythifier. D’ailleurs, la femme dépeinte par les créateurs homosexuels sous forme de prostituée-méduse, de moitié gémellaire narcissique androgynique, ou de serpent faussement assoupi (cf. je vous renvoie au code « Femme allongée » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ressemble à un cyclope, cet être mythique homérique qui ne possède qu’un seul œil : cf. le film « Œdipe N+1 » (2003) d’Éric Rognard (avec Sandra, le transsexuel M to F borgne dans la boîte), le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon, le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day, le film « Le Trou noir » (1997) de François Ozon (avec la prostituée borgne), le film « Punition en uniforme, le chevillage au carré pour trou rond » (1991) d’Hisayasu Sato, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec le Rat crevant un œil au renard en fourrure de « L. »), le film « Barbarella » (1968) de Roger Vadim (avec également une prostituée borgne), le film « Three Strangers » (1946) de Jean Negulesco, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec Dotty, la lesbienne aveugle), le dessin « Le Trou de l’œil » (1965) d’Endre Rozsda, le poème « Howl » (1956) d’Allen Ginsberg (avec la mention de « la mégère borgne du dollar hétérosexuel »), le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec Isabelle, la femme-cyclope), le film « Alice In Wonderland » (« Alice au pays des merveilles », 2010) de Tim Burton (avec Ilosovic Stayne, le valet-cyclope), le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner (avec la prof borgne du club de mambo), le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (avec Chance, le héros homosexuel jouant le dandy de son lycée, avec son œil caché de pirate), le vidéo-clip de la chanson « Alejandro » de Lady Gaga, le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, etc. Par exemple, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, Gwendoline, l’héroïne transgenre de 16 ans, se retrouve à tourner son premier film porno « Danse avec mes deux trous ».

 

REGARD FEM 5 - Tout sur

Film « Todo Sobre Mi Madre » de Pedro Almodovar


 

Le regard féminin homosexuel n’est pas vraiment dialogal ni réfléchissant ni en état de marche : « La Négresse du tableau ne m’aimait pas. Elle avait raison. Elle était devenue, au fil du temps, ma rivale. Mon ennemie. Des yeux qui ne se fermaient jamais. Elle avait, elle aussi, le don de voir. » (Hadda à propos du tableau du Louvre, Portrait d’une Négresse de Marie-Guillemine Benoist, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 196) ; « Il y a de l’écho dans vos yeux, Sophie. » (Nana, le héros homosexuel, se foutant de la gueule du peu de perspicacité de la femme qu’il a rencontrée sur Internet en pensant initialement qu’il s’agissait d’un homme, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « L’eau de la piscine a abîmé les yeux de Karina. » (Gabriel, un des héros homosexuels du film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Ton coup de fil, tu peux te le fourrer dans ton œil pourri de cyclope ! » (Santiago à Doris la présentatrice lesbienne, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « C’est la mère qui a conseillé à Marilyn d’acheter le serpent, c’est bon contre le mal d’œil. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 83) ; « J’ai un œil plus grand que l’autre. » (Solange dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « D’exécrable humeur parce que, disait-elle, elle n’avait pas eu ses dix heures de sommeil, Karen était convaincue que sa première ride, aperçue quinze jours plus tôt dans la glace de son poudrier, était en train de s’installer pour de bon, sous son œil gauche. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 30) ; « Je suis aveugle de l’œil gauche. » (Wave, la copine d’enfance lesbienne de Peyton, l’héroïne du film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Vous êtes tellement maigre qu’on va croire que vous allez perdre un œil. » (Laurent Gérard dans son one-man-show Gérard comme le prénom, 2011) ; « À sa façon de me regarder de l’œil gauche. » (Elliot, le héros homosexuel parlant de sa mère, dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee) ; « Épinglée ? Vous voulez dire avec les yeux troués par les épingles. C’est bien votre style. Alors vous m’avez détestée toute votre vie croyant être ma sœur. » (la Comédienne s’adressant à sa sœur jumelle Vicky à propos de la photo d’elle que cette dernière a clouée sur son miroir, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai mangé un de mes yeux, le droit, et l’autre, le gauche, ma fille l’a mangé. Ainsi, nous sommes jumelles dans l’espace et dans le temps de mère en fille, et ainsi de suite. » (la Reine aveugle dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « À treize ans je lui ai crevé un œil avec une ampoule électrique. » (Joséphine en parlant de sa sœur, dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Oh mon Dieu, elle a reçu une balle dans l’œil ! » (Joséphine à Fougère, idem) ; « Oh, merde, la cocaïne m’a attaqué le nerf optique ! » (idem) ; « Arlette allait et venait devant les CRS les seins à l’air et chantait : Je sais que j’ai un œil en compote. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 122) ; « Parmi les affaires de Kévin, il y avait plusieurs tableaux. L’un d’entre eux représentait deux visages de profil, superposés, avec un seul œil en commun. » (Bryan parlant de son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 13) ; « Il y avait un ours énorme posé sur une chaise. Il n’était pas en très bon état : il lui manquait un œil et était rapiécé de partout. » (idem, p. 72) ; etc. Par exemple, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, le narrateur homosexuel décrit Maureen O’Hara (la mère rousse de son futur amant) comme la reine de l’opéra de Montréal, mais aussi comme une princesse aveugle : « My mother’s eyes aren’t very good… But not in the center… » (le roux prenant des places d’opéra pour sa mère, p. 34) ; « Maureen tenait le bras de son fils et je crus d’abord qu’elle était aveugle. Mais elle promenait autour d’elle ce regard curieux de myope qui ne voit pas ce qui l’entoure et qui se fie au flou des contours pour se guider. Mon rouquin n’avait pas menti au guichet, sa mère avait bel et bien un problème de vision ! » (idem, p. 44) ; « Lentement, délibérément, Anna leva son visage vers la lumière, telle une star du cinéma muet cherchant la caméra, et Jane vit qu’elle avait l’œil gauche noir et enflé. […]Anna sourit. L’ecchymose qu’elle avait au-dessus de l’œil paraissait plus foncée dans l’ombre de la cage d’escalier. » (Jane, l’héroïne lesbienne décrivant Anna, la fillette-prostituée, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 121-123) ; « Greta est une pute. Je l’attends. Quand elle descendra l’escalier l’escalier je lui ferai un croche-patte et je lui enfoncerai les yeux dans les orbites. » (Frau Becker s’adressant à Jane, idem, p. 213) ; « J’aime les poneys avec des têtes de mort. Des poneys qui perdent un œil. » (Juna, l’une des héroïnes lesbiennes, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Je travaille avec une femme qui est en train de perdre la vue. » (Bryan, le héros homosexuel, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc.

 

Et on peut remarquer qu’un certain nombre de personnages homosexuels, en cherchant à imiter cette femme-cyclope, perdent un de leurs deux yeux (l’œil du voyeurisme ?). Par exemple, dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, Ernst ne voit plus de l’œil gauche. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Vivi propose « le borgne » comme copain à Nono. À la fin du roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, la Marquise de Merteuil, lesbienne, affreusement défigurée par la petite vérole, est contrainte de perdre un œil. Dans la nouvelle d’un ami angevin que j’avais lue en 2003, il était fait référence à « un cyclope à deux yeux » (p. 63). Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, Laurie est une femme-cyclope. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Arthur, le héros homo, sort avec des hommes et cache dans un premier temps son homosexualité à sa petite amie Nadine, avec qui il couche occasionnellement. Elle finit par découvrir le pot aux roses, et par comprendre qu’Arthur l’utilise comme une prostituée : « L’autre œil. On dirait un panda borgne. » (Arthur) « Puis-je savoir tes intentions ? On est amoureux ou on n’est pas amoureux ? » (Nadine). Plus tard, Nadine reproche à Arthur de faire les yeux doux dans son rétroviseur à l’auto-stoppeur, Stéphane, qu’ils viennent de prendre en voiture : « Tu veux mes yeux, là ? »

 
 

b) Les yeux-revolver :

 

En général, la femme fictionnelle (endormie ?) épie et hypnotise le personnage homosexuel de ses yeux d’or. Elle a tout de l’espionne inquisitrice qui va le manipuler : « Les yeux de Laura n’ont plus rien à dire. Les yeux de Laura cachent son sourire. » (cf. la chanson « Les Yeux de Laura » du groupe Goût du Luxe) ; « J’ai toujours l’impression que tu vois tout, que tu sens tout. » (Michel s’adressant à Mélodie l’héroïne bisexuelle, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « Laisse-moi être tes yeux. » (cf. la chanson « Le Grand Secret » d’Indochine) ; « Vous avez vu ? Elle m’espionne ! » (la mère d’Evita en parlant de sa propre fille, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Une infirmière apparût. Maria-José [travesti M to F] resta immobile quelques secondes, fascinée par le grand sourire de la jeune femme qui se trouvait dans le coma il y avait à peine une demi-heure. […] Elle fit semblant de se rendormir. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 34) ; « Tu me dévisages. » (Ninette troublée par son amie Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Quand je te regarde, c’est comme si je me remplissais de toi. » (Anna s’adressant à son amante Cassie par écrans Skype interposés, dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin) ; « J’étais un autre avant que mon œil atteigne l’éclat de vos yeux. » (Merteuil s’adressant à sa poupée Madame de Tourvel, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, dans la mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Charlotte, ça fait cinq mois. On fait quoi ? On va où ?? J’vois tes yeux. Et j’vois mon amour qui te pèse. » (Mélodie s’adressant à son amante Charlotte, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; etc. Par exemple, dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, on nous parle de la « persistance rétinienne » de la femme étrangère. Dans le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, Oliver confie à Alice qu’il n’aime pas réellement Iréna mais qu’il est comme hypnotisé par elle : « Je ne peux détacher mes yeux d’elle. Elle m’attire invinciblement. Et pourtant, à bien des égards, nous sommes étrangers l’un à l’autre. » Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank, le personnage homosexuel, se trouve dans un bar, et se sent possédé par les yeux d’une femme : « Elle attrape mon regard ! »

 

Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier, le héros homosexuel, dit être obsédé par « les yeux d’Yvette », son « ex » ; et on voit qu’il a un rapport idolâtre avec elle : « Elle que j’ai eu le malheur d’aimer à outrance. »
 

REGARD FEM 6 - Sans logique

Clip « Sans logique » de Mylène Farmer


 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, le regard féminin n’est pas associé à la douceur et à la fragilité des femmes réelles. Il est plutôt le regard de conquête machiste (arboré parfois par les héros transgenres, ou la prostituée de luxe), de prétention à la possession et à la réification, du voyeurisme, de la puissance de séduction anesthésiante : cf. le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears (avec les yeux inquisiteurs de toutes les femmes de l’intrigue), la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon (avec la description d’un regard féminin dévorant), le film « The Girl With The Hungry Eyes » (1967) de William Rotsler, la chanson « Mais il dort !… » d’Ingrid, la chanson « Chacun fait c’qui lui plaît » du groupe Chagrin d’amour (avec les yeux-miroirs de la prostituée), le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson (avec la mère de Gabriel, le héros homosexuel, qui fouille dans l’ordi portable de son fils, ou encore la grand-mère de Stella qui espionne sa petite-fille au téléphone), la chanson « Femmes à lunettes » de Richard Gotainer (laissant supposer que le regard féminin est machiste, puisque les femmes à lunettes sont censées être des « femmes à quéquette »…), le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini (avec les regards appuyés et déshumanisés d’Annah en boîte), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec la mère de Malik, Sara, regardant son fils et son copain au lit), le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (avec la vraie mère de Guillaume, le héros bisexuel, scrutant tout à la fin du film son fils dans l’ombre du théâtre), le film « Les Yeux de sa mère » (2010) de Thierry Klifa, etc.

 

« Tu sais que je perfectionne mon regard de braise. » (Karma, la fausse lesbienne qui essaie de faire croire à tout son lycée qu’elle est homosexuelle, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Tu lui fais de l’œil avec les jambes. » (Zize, le travesti M to F s’adressant à sa nièce Claire pour qu’elle aguiche le client sur le parking, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’Enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Dévore-moi des yeux, ma Princesse ! » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « Il faut me regarder quand je ne me vois pas ! » (Amira Casar s’adressant autoritairement au héros homosexuel, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat) ; « Je veux un œil qui me regarde quand je lui parle. » (François à sa psychanalyste dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Regarde-moi ou ne me regarde pas ! […] Je n’ai jamais ouvert les yeux. […] Regarde-en mes yeux. » (la diva au protagoniste masculin, dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato) ; « Se voulant discrète, la patronne du café [lesbienne] se contenta de nous observer du coin de l’œil. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 215) ; « Le fait que ta mère te suive dans la rue est inexcusable… » (Chris à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 119) ; « Les yeux d’Irène. Noirs. Ils sont là dans la glace. Dans le coin du bas à droite. Contents d’avoir attrapé les miens. » (le jeune narrateur dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 85) ; « Les yeux fardés jusqu’au mépris. […] Tu es la beauté incarnée, partie à tout jamais. » (Luca, le narrateur homo du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Tu plonges en moi l’acier de ton œil blanc. » (cf. la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude) ; « Tu m’as donné un coup dans l’œil. » (Kanojo s’adressant à son amante Juna, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Une des jeunes femmes pointa deux doigts vers elle en formant le signe du mauvais œil, gardant le bras le long du corps pour que personne d’autre ne le remarque. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 200) ; « Ne me regarde pas ! » (la mère de Chiron, le jeune héros homosexuel, dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les petites femmes de Maupassant (2005) de Roger Défossez, Coralie, le personnage féminin travesti en homme, est soumise à un « espionnage (féminin) de tous les instants ». Dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, le regard d’Emma, la mystérieuse femme masculine, hypnotise Kevin, le personnage homosexuel : elle/il lui adresse des mots mi-séducteurs mi-injonctifs (« Tu peux me regarder en face ! »). Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, Félicité, la mère possessive de Fernand, lui impose son « regard maniaque » (p. 28) ; est décrit chez cette femme la « gloutonnerie du regard », son « attention goulue des hommes ». Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, c’est le regard de la mère de Marc qui surprend son fils et son amant Engel s’échanger un baiser dans le couloir d’hôpital qui met le feu aux poudres. Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, la toute première phrase que Lisa, la future amante de Laure (une vraie surveillante, scrutatrice), sort à l’héroïne lesbienne, se rapporte précisément au registre de la vue : « Tu recherches les autres. Je t’ai vu(e) les regarder. » Dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Max cauchemarde que la mère de Fred, son amant, l’agresse en cuir, comme une femme-tigresse, en lui disant « Vous m’avez tapé dans l’œil, Max ! » et qu’il lui répond « Je suis désolé… » comme un enfant pris en faute. Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, suite au coming out de son fils Antonio, Stefania regarde passivement son fils dans l’encoignure de la porte de sa chambre : son visage est coupée en deux par l’ombre, et son œil scrute passivement Antonio faire ses affaires parce qu’il a été viré de la maison familiale par le père.

 

Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, toutes les femmes sont des voyeuses : la concierge moustachue est un cas d’espèce ; et Antionetta est obsédée visuellement par son voisin de pallier homosexuel, Gabriele, vivant dans l’immeuble d’en face : « Ça fait depuis ce matin que je te regarde. » Même si Gabriele finit par partir, elle prête serment qu’elle continuera de l’observer, comme s’il se trouvait enfermé dans une vitrine : « Moi je regarderai ta fenêtre tous les jours. »
 

Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, le regard féminin des mères est omniprésent, du début à la fin : « Tu me rappelles maman, quand elle avançait masquée, à vouloir je ne sais quoi… » (Camille à sa sœur Pauline) Camille espionne Franck, le copain de son fils décédé, et décide de le suivre partout où qu’il aille, même jusqu’au Portugal ; le film s’achève précisément par un gros plan sur le regard pénétrant, froid, triste, vitreux et surchargé esthétiquement/émotionnellement, de Catherine Deneuve face à « son » Franck endormi.

 

Quelquefois, le pouvoir hypnotique de la femme fictionnelle homo-érotique aux yeux dorés conduit le héros homosexuel qui les observe à devenir lui-même objet, fou à lier (comme le fan), et à mourir (transpercé ou criblé de balles) : cf. le film « Les Yeux de Laura Mars » (1977) d’Irwin Kershner, la chanson « L’Œil sec » des Valentins, le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (avec l’œil de la mère d’Antonio Banderas – Angel – qui scrute son fils nu dans la salle de bain), etc. « Le Sphynx a crevé les yeux de sa mère. » (cf. une phrase de la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand)

 

REGARD FEM 7 SM

 

« Dans le premier rêve, elle ne dit rien, me regarde seulement. Toute la journée d’après, je la passe à curiocreuser la vision et le profond changement qu’en moi j’ai ressenti au réveil. Les yeux de cette femme, et beaucoup plus que ses yeux, le vibrillonnant savoir qu’ils instillent, et tout elle, sa rassurante présence, sa force, irrésistible, presque violente. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 101) ; « Si le subtil lecteur pouvait porter son regard plus loin, au-delà de la place, jusqu’à la fenêtre de l’hôtel particulier rose, là-haut, il apercevrait Boléro de Ravel [surnom d’un travesti M to F] en train de cadrer Tarzan dans le viseur meurtrier de son fusil de chasse. » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 104) ; « Tellement si femme quand elle mord, tellement si femme quand elle dort, elle a les yeux revolver. » (cf. la chanson « Les Yeux revolver » de Marc Lavoine) ; « Ses beaux yeux sont fermés. J’ose pas demander qu’on les ouvre. Et je le regretterai après le trop-tard : c’était ses yeux que je voulais voir. » (le jeune narrateur face à la dépouille de sa grand-mère, dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 71) ; « Je me sers de tes yeux sur moi et à ma guise… » (cf. la chanson « Plaisir extensible » du groupe L5) ; « En une demi-heure, Catherine S. Burroughs devint ma peintre favorite de tous les temps et de toutes les écoles. Je n’aurais vraiment pas su expliquer pourquoi, tout ce que je savais c’était que ses œuvres que je dévorais des yeux sans m’en rassasier, me sautaient dessus, me regardaient jusqu’au fond de l’âme, c’était ça qui était unique, c’étaient elles qui me regardaient ! Muriel Gold me regardait avec amour et je fondais ! » (Jean-Marc, le héros homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 216) ; « Ton regard de Madone me perdra, me tuera. » (cf. la chanson « Corrida » du Teenager de la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « Je me voyais comme par-dessus mon épaule, ou plutôt, à cause du regard de cette salope posé sur moi, comme si j’étais elle. » (Yvon en parlant du regard de Groucha, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p.258) ; « J’ai essayé de dormir. Mais y avait rien à faire. Dès que je fermais les yeux, j’avais des paillettes d’or qui me pleuvaient devant les rétines. Et derrière ce rideau, Groucha, dansant une sorte de danse du ventre, avec son piercing au milieu qui faisait comme un œil éblouissante. Groucha, ça virait à l’obsession. Il me la fallait. Et à froid, loin d’elle et de son regard moqueur, ça me paraissait pas si hors de portée que ça. » (idem, p. 261) ; « Ses yeux, ils devenaient de plus en plus grands et brillants, comme ceux des méchantes dans les dessins animés japonais, avec trois gros points blancs qui tremblent au milieu des iris. ‘Je suis un peu sorcière.’ » (idem, p. 265) ; « Les yeux des filles, ça sert à quoi ? Ça sert à mettre le feu partout. Ça rend fou. […] Les Brésiliennes ont des yeux incandescents. » (Charlène Duval, l’acteur transgenre M to F, dans son spectacle musical Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Il ne faut pas me regarder dans les yeux. […] Votre regard me brûle. Je ne supporte pas votre regard !! » (la Bête s’adressant à la Belle, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Je me dirige vers le groupe que forment quelques femmes sans âge. Elles m’accueillent avec une chaleur exagérée. Je sens votre regard toujours posé sur moi. C’est décidé : je ne vous parlerai pas. Je commence à ne plus aimer vos yeux sur moi. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 17-18) ; « Comment vous faites pour être sexys avec des gros yeux comme ça ? » (Shirley Souagnon s’adressant à toutes les « femmes hétérosexuelles » dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le personnage de Leonora (Elizabeth Taylor) est central, et est visité chaque nuit par le héros homosexuel (William) : elle est veillée et exerce sur lui une emprise énigmatique puisqu’elle lui donne l’impression de le surveiller même quand elle dort les yeux fermés. La passion de William – une adoration distante, décorporéisée, mais pas du tout chaste pour autant – pour Leonora finira tragiquement puisque le héros homosexuel sera achevé d’un coup de revolver par le Major Weldon, lors d’une nuit où il était une nouvelle fois venu vénérer sa Muse assoupie. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, parodie les passagères nord-américaines « aux ongles tellement longs que tu pourrais te crever un œil avec » et qui en grandes bourgeoises s’extasient devant un verre d’eau offert grâcement par la compagnie aérienne. Il éteint leur enthousiasme, en faisant comme par hasard mention de l’or : « Ça va… C’était un verre d’eau, pas un lingot non plus ! »

 

L’espace psychique du personnage gay est tellement envahi par la présence de ce regard féminin (télévisuel, incestueux et maternel la plupart du temps) que ce même héros, une fois arrivé à maturité d’adulte, a souvent du mal par la suite à se donner totalement à son compagnon homosexuel ou à l’amour en général… même si c’est le regard féminin angélique qui lui a parfois appris son homosexualité : « Ma mère nous regarde ! » (Bryan à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 147) ; « Ma mère c’est l’œil de Moscou : elle voit, entend et devine tout ! » (idem, p. 176) ; « Ma mère, c’est simple : c’est l’Œil de Moscou. Toujours sur mon dos, à me juger, à me critiquer. Et je te laisse imaginer : le coming out n’a rien arrangé. » (Sandrine, l’héroïne lesbienne, dans l’épisode 504 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 10 juillet 2019 sur TF1) ; « Le seul regard de femme que tu portes en ton âme n’est plus sur cette terre. Et ce regard de femme, c’est celui de ta mère. » (cf. la chanson « Éternel Rebelle » de la Groupie dans la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « Quand j’ai relevé les yeux, j’ai vu qu’elle [la mère d’Arthur] m’observait, d’un regard qui n’était pas inquisiteur mais plutôt contemplatif. Oui, elle faisait cela, me contempler. Et, dans ses yeux à elle, alors j’ai vu qu’elle savait tout, sans qu’on lui ait rien dit, qu’elle avait tout deviné, qu’elle avait compris toute cette histoire, la nôtre. » (Vincent en parlant à son amant Arthur de sa mère endeuillée, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 169-170) ; « Olivier jette quelques coups d’œil rapides vers son ami, il ne peut pas s’en empêcher. Au bout d’une demi-heure environ, il se rend compte qu’Alice l’observe. Depuis quand le regarde-t-elle ? A-t-elle compris quelque chose ? Les femmes sont plus rapides que les hommes pour décrypter les signes. Olivier se sent comme pris sur le fait, il n’ose plus fixer autre chose que ses feuilles de cours. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 92) ; « Une femme d’humain se tenait debout devant nous et nous regardait, immobile. […] Derrière elle se tenait un homme assez petit. […] L’homme était très poilu et sentait de loin la chèvre. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 59) ; « Je ne me rassemble et ne me définis qu’autour d’elle. Par quelle illusion j’ai pu croire jusqu’à ce jour que je la façonnais à ma ressemblance ? Tandis qu’au contraire c’est moi qui me pliais à la sienne ; et je ne le remarquais pas ! Ou plutôt : par un étrange croisement d’influences amoureuses, nos deux êtres, réciproquement, se déformaient. Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s’aiment se façonne à cette idole qu’il contemple dans le cœur de l’autre… » (Édouard dans le roman Les Faux-monnayeurs (1925) d’André Gide, p. 83) Le regard féminin semble être à lui seul l’allégorie du mirage de l’amour dans lequel chacun des deux membres du couple homosexuel s’est engagé : « Pendant que nous faisions l’amour, nous apercevions à travers la persienne, sur le balcon de la maison d’en face, une jeune femme dont nous pouvions suivre la marche de l’anguille dans la tapisserie. Comment ne pas nous demander si elle ne soupçonnait pas ce qui se passait de notre côté ? Elle nous avait vus fermer la fenêtre, tirer les rideaux. Le mystère de cette présence redoublait notre plaisir. » (Marcel Jouhandeau, Gourdin d’Élise, 1962) ; « Ça te dérange pas que ta mère te voie quand tu baises ? » (Nathan au lit avec Sean, et parlant d’une photo de la mère de Sean punaisée au mur, dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo)

 

Par exemple, dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux amantes Kena et Ziki sont sous le regard délateur et effrayant de toute la communauté féminine et maternelle kényane (la pire, c’est Mama Atim, la commère). En particulier, Rose, la maman de Ziki, a surpris sa fille embrasser Kena : « J’ai tout vu, Ziki. »
 

REGARD FEM 11 Lady Gaga

Lady Gaga


 

Derrière la fixation homo-fictionnelle sur les regards féminins, on peut déceler en toile de fond une peur de la sexualité et de la génitalité en général. Un refus du désir.

 

Michel (hétéro) – « Pourquoi tu me regardes ?

Patricia (lesbienne) – Parce que je te regarde. […] Je ne veux pas être amoureuse de toi. »

(cf. un dialogue du film « P.A. » (2010) de Sophie Laly)

 

Quelquefois, les yeux impénétrables de la femme endormie sont l’allégorie de l’indifférence féminine face à la souffrance et l’individualité masculine : « … La belle Claire aux beaux yeux clairs. Oui, c’est ça : elle n’est peut-être rien d’autre qu’une jolie jeune femme au regard fuyant. » (le narrateur du roman Son frère (2001) de Philippe Besson, p. 48) ; « Toute observatrice qu’elle était, Maman n’avait jamais été d’une grande curiosité. » (Ednar, le héros homosexuel du roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 69)

 

REGARD FEM 8 Concert Mylène

Concert Mylène Farmer, N°5


 

La femme qui n’a qu’un regard à proposer/montrer est aussi tout simplement la femme violée, celle qui est sans voix (et qui est sublimée ainsi) : cf. le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec le regard prononcé de Loïs, l’amie de Kenny ; et puis l’affiche du regard effrayé de Marion Crane dans le film « Psychose » d’Hitchcock), etc. On en trouve un bel exemple avec la scène de sexe lesbien entre deux femmes en burka dans le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina. C’est aussi le cas dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs : la photo-portrait préférée du couple homo Paul-Erik représente le regard affolé d’une femme qui rate son métro. Les héros homosexuels aiment le regard féminin surtout parce qu’il est, de manière voilée et esthétisée, la mémoire du viol qu’ils ont vécu ou désiré. « Elle me regardait comme le Sphinx qui règne sur la plaine d’Égypte. » (Amy Miller par rapport à sa fille Julia, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; « Elle a des yeux d’Égyptienne, des yeux aussi intenses, je n’en ai vus qu’une seule fois dans ma vie. Julia Miller ! » (Arthur, le héros homosexuel, par rapport à Julia, la femme violée par son père, idem)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) T’as de beaux yeux, tu sais ?

REGARD FEM 9 Annie Lennox

Annie Lennox, période « Eurythmics »


 

Un certain nombre de gens dans notre société sacralisent le regard féminin et la perception féminine, comme s’ils étaient le summum de la séduction, de la beauté, du pouvoir. On entend fréquemment (surtout de la bouche des femmes féministes qui « verraient tout » mieux que les autres, ou des femmes lesbiennes) la ritournelle sexiste et misandre sur la soi-disant « intuition féminine naturelle », la force du point de vue des femmes : « Les femmes perçoivent énormément les choses et c’est ce qui les rend si enrichissantes. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 129) Je vous renvoie à la partie « Intuition féminine » dans le code « Mère gay friendly » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

REGARD FEM 10 Cindy

Comédie musicale « Cindy » de Plamondon


 

Le regard féminin, loin d’être d’abord applicable uniquement aux femmes réelles, concerne avant tout le veau d’or asexué aux yeux sur-féminisés (façon danseuse du Lido), objet de tous les fantasmes angélistes, matriarcaux, machistes et réifiants de l’individu homosexuel, que certaines icônes gay se plaisent à incarner : je pense par exemple à la couverture de l’album du spectacle musical Cindy… proche des yeux androgynes ultra-maquillés de Boy George, Jeanne Mas, Marilyn Manson, David Bowie, Marianne James, et tant d’autres.

 

REGARD FEM 11 - Benedict

Clip « Listen to the sand » de Benedict


 

Dans le discours de certains individus homosexuels, le regard féminin a tendance à se mythifier. « Prenez garde ! La Dame blanche vous regarde ! » (Renaud Camus dans le documentaire « L’Atelier d’écriture de Renaud Camus » (1997) de Pascal Bouhénic) D’ailleurs, la femme dépeinte par les créateurs homosexuels sous forme de prostituée-méduse, de moitié gémellaire narcissique androgynique, ou de serpent faussement assoupi (cf. je vous renvoie au code « Femme allongée » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ressemble à un cyclope, cet être mythique homérique qui ne possède qu’un seul œil : je pense par exemple à la photo Juin 1991 de Jean-Claude Lagrèze, au tatouage de l’œil sur l’épaule gauche de Félix Sierra, ou bien encore à la Femme assise de Copi : « Un œil, quatre cheveux, un nez, une chaise : la femme assise. » (cf. l’article de Cavana dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, p. 75). Par exemple, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check,Paul, homme homosexuel, a retrouvé la foi en regardant accidentellement à la télé une nonne borgne, la Mère Angelica, et ça a bouleversé sa vie de foi du tout au tout. Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Linn, jeune homme brésilien travesti en femme prostituée, s’applique du gros scotch partout sur le visage, et ne laisse un trou que sur un de ses yeux, et sur sa bouche ; et ensuite, il suce un godemiché en plastique en forme de bite, puis l’introduit dans son œil. Par ailleurs, en 1943, la sculptrice Louise Bourgeois réalise un dessin d’araignée avec un œil de cyclope.

 

Sketch « Les Scénaristes » des Robins des Bois (avec la référence à la pute-borgne lesbienne)

 
 

b) Les yeux-revolver :

En général, la femme (endormie ?) vue fantasmatiquement par l’individu homosexuel épie et hypnotise de ses yeux d’or. Elle a tout de l’espionne inquisitrice : « ‘Elle est là, murmura-t-elle. Elle m’espionne. Elle est toujours là.’ » (la Chola, un homme transsexuel M to F, parlant de sa voisine de palier dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 237)

 

Quelquefois, le pouvoir hypnotique de cette femme mentale aux yeux dorés conduit celui qui les observe à devenir lui-même objet, fou à lier (comme le fan), et à mourir : « Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité.[…] Et enfin, de sa main droite, elle a bouché mes narines. Plus d’air. Le grand sommeil. Le noir paisible. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 93-94)

 

REGARD FEM 12 - Jeanne Mas

Jeanne Mas


 

Dans le discours de certaines personnes homosexuelles, le regard féminin n’est pas associé à la douceur et à la fragilité des femmes réelles. Il est plutôt le regard de conquête machiste (arboré parfois par les personnes transgenres, les prostituées cinématographiques et les chanteuses « qui n’en veulent »), de prétention à la possession et à la réification, du voyeurisme, de la puissance de séduction anesthésiante. « Ednar savait que Fanny [sa tante] était une femme dépourvue de curiosité mais dotée d’un tempérament d’observatrice innée. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011), p. 54) On lit en toile de fond une peur de la sexualité et de la génitalité, un refus du désir : « Je rougis à chaque fois qu’une paire d’yeux humains, mâles ou femelles, rencontraient les miens. Surtout les yeux féminins, car je passais mon existence entouré principalement de dames et de demoiselles. » (Tennessee Williams parlant de son adolescence, dans son autobiographie Mémoires d’un vieux crocodile (1972), p. 38)

 

REGARD 13 - Boy George

Le chanteur Boy George


 

Plus largement, le regard féminin pesant et idéalisé dont parlent les individus homosexuels et ceux qui défendent leurs couples renvoie à leur propre misanthropie, à leur fuite/extériorisation narcissique d’eux-mêmes, ou à une vision diabolisée et idolâtre de ladite « société », cette Déesse indomptable avec laquelle ils veulent fusionner, par démission (cf. je vous indique la lecture des codes « Poids des mots et des regards » et « Lunettes d’or » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ça se passera d’autant mieux que le regard de la société changera sur ces couples. » (Anne Hidalgo, socialiste, s’exprimant sur la loi pour le « mariage pour tous » dans l’émission Mots croisés « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2 le 17 septembre 2012)

 
 

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