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Code n°152 – Putain béatifiée (sous-codes : Prostituée lesbienne / Pute de luxe)

Putain béatifiée

Putain béatifiée

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

La jouissance d’être un « piège à hommes », une « arme de séduction massive »

 

Énormément de personnes homosexuelles abordent le thème de la prostitution, féminine comme masculine, parce que celle-ci correspond chez elles à un fantasme esthétisé de viol plus ou moins avoué, parfois actualisé dans leur propre mode de vie, ou projeté à tort sur les femmes réelles.

 

Pour beaucoup d’entre elles, la première des putains, c’est d’abord leur maman (plus symbolique que biologique) : d’une part, si on rentre dans leur système de pensée incestuel, leur mère biologique a bien dû « fauter » au moins une fois avec leur père pour les avoir ! ; d’une part, leur mère cinématographique a bien été obligée de se vendre scandaleusement pour réaliser de beaux films ! Sur pellicule, l’insulte « pute » s’étendra à toutes les femmes que les personnages homosexuels rêvent vierges et qui ne leur ont pas consacré leur virginité.

 

La putain est la reine de la communauté homo. Mais attention, quand je dis ça, je parle surtout de la péripatéticienne scénique. La majorité des personnes homosexuelles ne s’intéressent pas tant à la prostituée réelle qu’à l’icône de la bad girl. Si elles étaient réellement sensibilisées aux conditions difficiles dans lesquelles vivent les vraies prostituées (précarité financière, exposition aux maladies, alcoolisme, drogue, suicide, solitude, mort prématurée, persécution policière, exil, absence d’amour, mépris du corps, etc.), elles ne les idéaliseraient ni ne les mépriseraient pas autant. Leur prostituée adorée, c’est plutôt une actrice bourgeoise volontairement vulgaire et peste : elle peut être aussi bien la femme de chambre au-dessus de tout soupçon que la pute de luxe fière de l’être. Nous observons par exemple ce duo à travers les personnages de Pierrette (Fanny Ardant) et Louise (Emmanuelle Béart) dans le film « Huit Femmes » de François Ozon ; ou bien les deux prostituées jumelles (la riche et la pauvre) du vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer.

 

Cette sacralisation de la prostituée cinématographique, de la pute de luxe, n’est pas propre à l’homosexualité masculine, comme se plaisent à le croire certaines femmes lesbiennes qui pensent que la femme-objet est précisément l’anti-modèle de la communauté lesbienne. Elle est aussi typiquement lesbienne, sauf que le désir de fusion s’est érotisé dans le cas lesbien. La seule différence entre les hommes gays et les femmes lesbiennes, c’est que les hommes homos ne désirent pas génitalement l’icône prostitutive à laquelle ils s’identifient esthétiquement de manière plus démonstrative et assumée que les femmes lesbiennes ; alors que les femmes lesbiennes désirent génitalement l’icône de la femme prostituées à laquelle elles s’identifient esthétiquement dans l’attraction-répulsion, à la sauce bisexuelle et machiste : elles rejettent sa sur-féminité pour l’échanger contre une sur-masculinité, tout aussi artificielle et asexuée, finalement.

 
 

N.B. 1 : Ce code est indissociable du code « Prostitution » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

N.B. 2 : Je vous renvoie également aux codes « Mariée », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Talons aiguilles », « Reine », « Cour des miracles homosexuelle », « Regard féminin », « Attraction pour la foi », « Blasphème », « Femme étrangère », « Tante-objet ou Maman-objet », « Défense du tyran », « Actrice-Traîtresse », « Carmen », « Femme allongée », « Vierge », « Bergère », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Femme-Araignée », « Femme fellinienne géante et le pantin », « Don Juan », « Inceste », à la partie « Femme-pute » dans le code « Destruction des femmes », à la partie « Bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église » du code « Bourgeoise », à la partie « Prostituée noire » du code « Noir », à la partie « Maman-putain » du code « Matricide », à la partie sur le « Transsexuel divin » dans le code « Se prendre pour Dieu », et à la partie sur les marins dans le code « Eau », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Passion pour la prostituée de luxe :

Film "Prenez garde à la sainte putain" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Prenez garde à la sainte putain » de Rainer Werner Fassbinder


 

Dans les œuvres homo-érotiques, il est plutôt question de la prostituée et de la prostitution féminine que de la prostitution masculine : cf. l’album Putain de Jean Guidoni, le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day, le film « Les Dames du bois de Boulogne » (1945) de Jean Cocteau, le roman Les Dames du bois de Boulogne (1949) de Robert Bresson, le vidéo-clip « Roxanne » de George Michael, la chanson « Ojos Verdes » de Nazario, la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi, la comédie musicale Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy, le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le roman El Último Pecado De Una Hija del Siglo (1914) d’Álvaro Retana, le film « Les Compagnes de nuit » (1953) de Ralph Habib, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, la chanson « Fille du soleil » de Kristel Adams dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec Yolanda), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, la chanson « La Garce » de Elodie Frégé, la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, qui se prostitue), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le film « Pasajero » (2010) de Miguel Gabaldón, le film « Jeune et Jolie » (2013) de François Ozon, etc.

 

En général, le personnage homosexuel voue une passion idolâtre pour la prostituée ou la femme scandaleuse. Il la trouve magnifique et hyper glamour : « Et quand revient l’aube des hommes, je vous assure je reste belle. » (Scarlett, la prostituée-louve de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Mourad déclara que Varia était sans doute une pétasse, mais qu’il adorait les pétasses. » (Mourad, l’un des deux héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 67) ; « Je n’ai aimé que les catins. » (Lacenaire dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Par exemple, la pièce L’Amant (1962) d’Harold Pinter s’achève par la « déclaration d’amour » que Richard formule à sa femme Sarah en la traitant de « merveilleuse putain ». Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca dit sa fascination pour Déborah, un piège-à-hommes : « C’était mon idole. »

 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa la prostituée est carrément virginisée et sacralisée par ses camarades prostituées nommées « Trente-cinq » et « Quarante » : « Pire : elle est saine. » (Quarante) ; « Rosa, c’est sacré pour nous. » Lors du repas où sa bande de crapules se réunit pour une fête, elle se retrouve à la place du Christ, au milieu de la Cène.
 

La prostituée qu’aime le héros homosexuel peut même être une reine, une princesse, une femme d’affaires politiques, ou une bourgeoise : cf. la chanson « Queen Bitch » de David Bowie, la B.D La Verdadera Historia Del Superguerrero Del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik (avec Cheo-Seon, la reine-putain), la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi (avec Madame Ada, la bourgeoise prostituée), la chanson « My Shocking Princess » de Paco Solis (dédiée à l’actrice porno Clara Morgane), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, etc. Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le sauna est montré comme un salon à la Nadine de Rothschild, où il convient de respecter les « codes de bienséance » et de se comporter comme une vraie Lady. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marilyn est le cadeau d’anniversaire du père de Chris : traitée de prostituée par Sultana, elle porte quand même la couronne de Reine de Beauté. Dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, Marie-Solène, la mariée en blanc, est comparée à une prostituée sur qui tous les invités de l’église sont passés.

 

La prostituée adulée par le héros homo est en général une femme à poigne, qui ne se laisse pas faire, qui après avoir été violée finit par se venger et par reconquérir son honneur et sa virginité en prenant le dessus sur ses violeurs et en réaffirmant son statut de « piège à hommes », d’icône machiste hypersexuée (cf. je vous renvoie à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra (traitée de pute par Raúl) finit par tuer au couteau de cuisine Raúl qui allait la tuer.

 

Les créateurs homosexuels aiment également le retournement camp de la grande bourgeoise en courtisane libertine : ils le trouvent non seulement drôle mais désirable (il n’y a pas que de l’auto-dérision dans la démarche d’inversion : celle-ci est aussi très naïve) : « La Reine des Rats se glissa entre mes pattes et me suça le pénis sans résultat. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 118) ; « Le job, c’est de l’argent, et l’argent, c’est que pour le sexe ! Time is money, money is sex. » (la Comtesse Conule de la Tronchade, surnommée « la comtesse de Sodome et Gomorrhe », dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je ne suis pas une putain, c’est moi qui paie ! » (Maria-José, le transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 36) ; « Chaque jour vers l’enfer nous descendons d’un pas, sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange le sein martyrisé d’une antique catin, nous volons au passage un plaisir clandestin. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel adore s’insulter ou traiter ses amis homos de putes : « Quelle chaleur de pute ! » ; « Qu’est-ce que tu fous, connasse ? » ; « T’as dormi où, p’tite salope ? » ; etc.

 

La prostituée des fictions homo-érotiques a le privilège de mériter de l’allégorie ! Je pense par exemple aux majuscules mises à « la Pute » ou « la Garce » dans le discours de Vincent Garbo, le héros bisexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta.

 

Ce n’est pas la prostituée réelle mais la « pute de luxe », la prostituée cinématographique, qui trouve grâce aux yeux du héros homosexuel (la détresse de la vraie prostituée, il s’en moque bien !). La seconde doit obligatoirement figurer au carré d’or, « VIP », sous le feu des projecteurs : cf. le film « Puta De Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria, le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (avec les personnages sulfureux, et pourtant bien sous tous rapports, de Pierrette, la pute lesbienne sophistiquée et « bourgeoise ratée » jouée par Fanny Ardant, et de Claire, la domestique « chaudasse » et impertinente interprétée par Emmanuelle Béart), les vidéo-clips des chansons « California » et « Libertine » de Mylène Farmer, le film « La Punition » (1972) de Pierre-Alain Jolivet (avec la prostituée de luxe), etc.

 

« J’adore les prostituées au cinéma. » (« », le héros homosexuel du film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) ; « Groucha ne correspondait pas exactement à l’image usuelle de la garce et relevait en fait d’une sous-catégorie moins connue mais encore plus dangereuse de garces, la garce sophistiquée. » (Yvon, le héros « hétéro » du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 68) ; « Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. » (idem, p. 264) ; « Vous êtes une putain, Valmont. » (Merteuil s’adressant à Valmont avec son voile blanc de mariée, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; etc.

 

Par exemple, Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), tous les personnages du travesti M to F David Forgit sont des prostituées misérables mais qui jouent cyniquement à être des putes de luxe quand même : « Oui, j’ai fait carrière au bois… […] J’ai toujours eu les yeux plus gros que le ventre… question luxe. […] Fille de joie au bois… depuis 30 ans. » Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, Reme est surnommée la « pute d’or » par Peio. Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, l’actrice Jane Randolph est érigée en modèle de vertu par Molina, le héros homosexuel. Dans le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, la mère est à la fois la femme adultère et la parfaite bourgeoise digne et pieuse. Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval rappelle avec nostalgie son fantasme d’incarner la vamp, la prostituée de luxe qui ramène chez elles des « jeunes hommes sans cervelle ». Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Martine, la prostituée, est plus fine et perspicace que les autres personnages.

 

Souvent, le héros homosexuel est touché par la fragilité de la prostituée, par son statut de reine détrônée, d’ange déchu, de vierge violée mais aussi vengeresse. « Je suis si fragile qu’on me tienne la main. » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Ne la laisse pas tomber. Elle est si fragile. Être une femme libérée, tu sais, c’est pas si facile. » (cf. la chanson « Femme libérée » de Cookie Dingler) ; « Je suis stoïque, mais plus pour longtemps… » (cf. la chanson « Pas de doute » de Mylène Farmer) C’est son propre fantasme narcissique de viol qu’il admire en elle. La prostituée est une icône de puissance (encore en veilleuse), du danger sexuel. Elle en impose. Par exemple, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, c’est Scarlett, la prostituée tueuse, qui butera le loup. Dans le film « L’Affaire Crazy Capo » (1973) de Patrick Jamain, Alice Sapritch tient un luxueux bordel masculin, est meneuse d’hommes. La prostituée est l’incarnation du meurtre parricide élégant : « Jolie s’empara d’une brosse d’argent et le frappa sur la tête. Le Sénateur tomba la tête la première dans l’eau. » (Copi, La Vie est un tango (1979), pp. 27-28) ; « Change de trottoir, le mien est piégé. Si c’est trop tard, ne reste pas figé ! Sors du trou noir ! Je fais mon métier. J’ai peur de rien, je suis une femme pressée ! » (cf. la chanson « Une Femme pressée » du groupe L5)

 

La prostituée que le héros homosexuel vénère peut également être tout simplement le rôle homosexualisé (et finalement dégradant, féminisé, exploité) qui est donné à l’amant de ce dernier : « Malgré son côté sainte-nitouche, ça doit être une sacrée salope au lit. » (Jonathan en parlant de son futur « plan cul » avec Matthieu, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves traite Jacques, son futur amant, de « pute »… alors que ce dernier rêverait ironiquement, en bon dandy dix-huitiémiste qui se respecte, de se faire au moins traiter de « catin » : ça fait plus classe !

 

Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, la relation de « couple » est mise sur le même plan que la relation prostitutionnelle. Par exemple, Petra demande à son amante Jane si elle a déjà payé pour coucher. Voyant l’attraction interdite de sa compagne pour les prostituées (et notamment la jeune Anna), Petra ironise : « Ça te fascine, hein ? T’aimerais qu’on en ramène une un jour ? » (Petra s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 78) ; « Plus tard, alors qu’elles étaient couchées et que Petra commençait à lui embrasser la nuque, le souvenir des deux filles lui revint à l’esprit. Elle se souvint du contraste saisissant entre leurs longs cheveux noirs et leur peau pâle, comme Blanche-Neige, qui lui rappelait tant le teint d’Anna. » (p. 79)
 

En somme, la prostituée fantasmée par le personnage homo est l’incarnation « vivante » de ce désir-machiste-dans-un-corps-voulu-asexué-ou-hypersexué qu’est le désir homosexuel ou le désir hétérosexuel : « Vous aussi, vous êtes un mec bien. » (Jules, le personnage homosexuel s’adressant à Michèle la prostituée, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau)

 
 

b) La sacralisation de la sainte Pute :

Film "Entre Tinieblas" de Pedro Almodóvar

Film « Entre Tinieblas » de Pedro Almodóvar


 

Le héros homosexuel pousse la passion pour la prostituée cinématographique au paroxysme de la dévotion. Il la présente (et pas qu’ironiquement) comme une sainte, une Marie-Madeleine ! cf. la pièce L’Ingénue Libertine (1909) de Colette, le film « La Sorcière vierge » (1972) de Ray Austin, le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec Cristina), le film « Couvent de la Bête sacrée » (1974) de Norifumi Suzuki, le film « Esperanza et ses saints » (2000) d’Alejandro Springall, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Mousse, la prostituée héroïnomane rentrant dans l’église), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar (avec la chanteuse-prostituée Yolanda arrivant dans l’église du couvent comme une apparition divine), le vidéo-clip de la chanson « Like A Prayer » de Madonna, la chanson « Maria-Magdalena » de Sandra, etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le sauna est transformé en église, en lieu de « mystère et de sensualité », avec de l’encens, des clients qui chantent du gospel, et même des « novices » ! Le film « Y a-t-il des pommes au paradis ? » (2006) de Ben Yamed Mohamed Bahri raconte comment un travesti rencontre Jésus. Dans la pièce Les Monologues du pénis(2007) de Carlos Goncalves, l’actrice Monica Bellucci est, selon Sylvain le personnage homosexuel, la « sainte patronne des comédiens ». Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane, l’héroïne lesbienne, représente la vierge cachée derrière la « pute » : elle a une réputation d’allumeuse dans le club de piscine (« Elle fait encore la pute, ta copine. » dit une camarade à la future amante de Floriane, Marie) alors qu’en réalité, elle n’a jamais couché avec un garçon. Finalement, Floriane est la Don Juane qui, pour faire mentir son image sulfureuse (ou carrément pour la confirmer et la forcer), draguera Marie pour de vrai : « Si jamais François sait que chuis pas une vrai salope, c’est fini. […] J’voudrais que ce soit toi, Marie. Que tu sois la première. Que tu me débarrasses. » Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, le spectateur assiste à la métamorphose de la prostituée lesbienne Jézabel en dévote : « Qui sait ? Peut-être que t’as l’âme d’une sainte. » (le père David s’adressant à Jézabel) Dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, il est question d’« une petite vierge élevée pour être putain ». Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, la meilleure amie de Zize, le travesti M to F, s’appelle « Annonciade » et est prostituée également.

 

« Elle s’appelait Maria. » (Jane à propos de la prostituée Maria, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 159) ; « Rien ne semble pouvoir briser le cycle monotone du quotidien mélancolique de Maria qui vit et travaille à Paris. Jusqu’au jour où cette prostituée anglaise, esseulée, sera élue et révélée par l’Annonciation. » (cf. la critique du film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » (2011) d’Antony Hickling, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « La garce et la grâce ! » (Nietzsche à sa sœur Élisabeth, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Toutes, sans exception, sont vierges ! » (le Maître de Cérémonie en parlant des 6 call-girls qui l’entourent, dans la comédie musicale Cabaret (2011) de Sam Mendes et Rob Marshall) ; « Vous êtes la nouvelle Vierge Marie ? » (Yoann, le héros homosexuel, s’adressant à l’ex-femme de son amant Julien, Zoé, une femme très légère, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Elle baise pas. C’est une sainte. » (Meri, le transsexuel M to F se moquant de la prudence de Davide, son jeune camarade homo de 14 ans, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « La Sainte Vierge incarnée ! » (Azario, un ami homo de Davide tout content d’avoir peinturluré de maquillage son amie gothique, idem) ; etc.

 
 

c) L’identification narcissique à la prostituée, l’icône de l’hypersexualité machiste et asexuée :

Pochette de l'album Les Chansons de l'innocence retrouvée d'Étienne Daho

Pochette de l’album Les Chansons de l’innocence retrouvée d’Étienne Daho


 

Le héros homosexuel sacralise la prostituée en Reine parce qu’il rêve de se substituer à elle, de lui piquer son diadème, et de se déifier lui-même par identification : cf. le roman Jésus-la-Caille (1914) de Francis Carco, le film « Morrer Como Um Homem » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues (avec Tonia, le transsexuel M to F, priant saint Antoine à genou chez elle), le film « L.A. Zombie » (2010) de Bruce LaBruce, le roman Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet (avec le travesti « Divine »), la pièce Les Précieux ridicules (2008) de Damien Poinsard et Guido Reyna, etc. « Fais-moi un chèque, chèque, si tu veux me check-check, si tu veux mes fesses, traite-moi comme une princesse, mec. » (cf. la chanson « Fais-moi un chèque » du travesti Jena Kanelle) ; « Dans la nuit, j’étais la poupée qu’on habille et qu’on déshabille. » (cf. la chanson « Le Privilège » de Michel Sardou) ; « Tu m’as pris pour une pute ? » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017) ; « Je suis né il y a quelques jours dans un bois. Et tout qui s’est passé avant ça compte pas. » (Angelo, le prostitué bien nommé, retrouvé inanimé au Bois de Boulogne, dans le film « Notre Paradis » (2010) de Gaël Morel) ; « Moi, j’ai été enfant de chœur de la Vierge de Fatima ! » (Raulito le prostitué, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Cette nuit, je suis allé dans un lieu dont je n’ose même pas vous parler… eh bien bizarrement, j’ai l’impression qu’Il [Dieu] était là aussi. Comme si aucun lieu ne Lui échappait ! » (Malcolm, le prostitué homosexuel, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, pp. 120-121) ; « Le trottoir, c’est mon Royaume ! Sur le trottoir, je suis née, la pissoire c’est mon Palais. » (Fifi, le travesti M to F de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Cody est petit, musclé à l’américaine, avec des muscles ronds et gras. Il teint ses cheveux en blond et passe son temps à les ramener derrière les oreilles alors qu’ils ne font pas plus de trois millimètres de longueur. Il semble regarder par en dessous avec son petit air de princesse ou de pute supérieure, derrière des lentilles bleues. » (Mike, le narrateur homosexuel décrivant Cody, son pote gay efféminé nord-américain, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 89) ; « Devant le miroir, Cody lève les cheveux de sa perruque blonde et dit ‘Je souis Catherine Denouve, non, dans une film de Bunuel ?’ En me regardant, les cheveux toujours maintenus en l’air, il dit ‘Toi, tu es Vanessa ? Ça fait très français, ça, comme nom, quoi. Catherine Denouve et Vanessa de Paris, les putes gratuites qui cherchent les hommes pour leur vagina.’ » (Cody, idem, p. 101) ; etc.

 

L’identification du personnage homosexuel à la prostituée est parfois totale : « Je veux être une traînée. » (Paul, le héros homosexuel du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Si ! Je suis une Salope ! » (Todd, le héros homosexuel du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; « Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre. » (cf. la phrase inscrite sur l’affiche du film « Prêtre » (1994) d’Antonia Bird) ; « J’embrasse comme une prostituée. » (Arnold Wilcox, le flic gay de la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd) ; « J’ai toujours rêvé d’aller tapiner sur Hollywood Boulevard ! » (Daniel dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez) ; « On dirait deux putes ! » (Max, en parlant de lui et de son amant Fred, habillés avec un tee-shirt TATI, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « C’est depuis que je suis petit que ça me tient : l’envie d’être pute. » (Franck, le héros homosexuel de la pièce Mon amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « J’ai comme une envie de voir ma vie au lit. » (cf. la chanson « Je t’aime mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Je, je, suis libertine, je suis une catin ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Et c’est devenue une traînée… comme moi. » (Jérémy Lorca parlant de l’actrice Brigitte Bardot, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, le comédien imite une metteur en scène acariâtre, Julie Duchâtel, qui se définit elle-même comme la « P.U.T. du Paca » : « Je suis pute. » Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, Cosette (interprétée par un homme travesti) veut devenir prostituée. Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, l’écrivain maudit homosexuel, a tourné dans le film « Les Misérables » et a joué le rôle d’une pute.

 

Cette identification à la prostituée n’est pas propre aux personnages homos masculins. Elle vient aussi beaucoup des héroïnes lesbiennes, qui vivent leur homosexualité en même temps qu’elles font le tapin. La figure de la prostituée lesbienne est récurrente : cf. le film « Gigola » (2010) de Laure Charpentier (avec la figure de la garçonne vêtue d’un smoking), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, l’héroïne lesbienne), la pièce Psy (2009) de Nicolas Taffin (avec Natacha, la strip-teaseuse bisexuelle), la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet (avec le personnage de Caroline), la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt (avec le personnage de Jessy), la chanson « Bad Girl » de Mylène Farmer, le film « Hardcore » (2004) de Dennis Iliadis, le film « Monster » (2003) de Patty Jenkins, le film « Fiona » (1999) d’Amos Kollek, le film « Et mourir de désir » (1973) de Jean Bastia, le sketch « Les Scénaristes » des Robins des Bois, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Garance, la prostituée lesbienne), etc.

 

« J’ai eu quelques femmes au début, mais c’est plus rares maintenant. » (Martine, la prostituée gérant une maison close, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Le pasteur l’avait-il vraiment prise pour une prostituée enceinte à la recherche d’un abri ? Elles étaient jolies, ces filles, beaucoup plus jeunes qu’elle, pour la plupart ; peut-être devrait-elle prendre cela pour un compliment. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 54) ; « C’est nous qui lançons la mode. Nous, les blacks et les gays. » (Maria, la prostituée, s’adressant à Jane, idem, p. 165) ; « Greta m’a embrassée une fois. Elle embrassait bien. Moi aussi je l’ai embrassée. » (Frau Becker s’adressant à Jane, idem, p. 215) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Simon, l’un des héros homosexuels, compare sa meilleure amie lesbienne Polly à une prostituée (p. 13). Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, on trouve des prostituées (les « dames du Lusty »), dont certaines sont lesbiennes. Dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, Simone, l’hétérosexuelle bourgeoise, se révèle finalement lesbienne. Dans le film « Where’s Poppa ? » (1970) de Carl Reiner, la prostituée représente la tentation bisexuelle. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne, détourne le jeune Santiago. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Camille, l’héroïne bisexuelle, est présentée comme une « femme libre et sans entraves », volage et libérée.

 

C’est souvent l’héroïne lesbienne ou bisexuelle elle-même qui se définit comme une prostituée : « Je je suis libertine, je suis une catin ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Moi, c’que je veux, c’est devenir une pute ! » (Camille, la narratrice lesbienne dans son one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Je suis mauvaise. Une dévergondée. Une putain. » (Hadda dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 195)

 

À force de fuir la femme-objet cinématographique soumise au viol (le viol de la prostitution, voire le viol maquillé par le mariage bourgeois), l’héroïne lesbienne, même butch, finit par fusionner avec la prostituée, pour ne former qu’une seule et même créature : « Elle gère son sex-appeal. Ça lui donne même un côté pute de luxe à mille lieues de l’image qu’on se fait de la lesbienne un peu tarée de cinquante berges. » (Mike, le narrateur homo, parlant de sa pote lesbienne masculine Claude, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 49-50) ; « C’était une pute gouine. » (l’un des jurés, homo, qui ressemble aux chanteurs du groupe Indochine, « clashant » un candidat-chanteur dans le sketch « Stop Stars » de Kad & Olivier) ; etc. Par exemple, dans la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, Nina, l’héroïne lesbienne, vit en colocation avec Janis, la strip-teaseuse.

 

C’est la confrontation à des hommes machos et obsédés uniquement par leur petite jouissance qui conduit certaines « travailleuses du sexe » à se tourner vers les femmes.

 
 

d) Le goût de « l’idée de prostitution » comme le signe d’un désir homosexuel incestuel :

L’attachement homosexuel à la prostituée renvoie également à l’inceste. La prostituée est la figure enviée mais aussi jalousée de la mère : « Et si on trouvait une prostituée pour ton père ? » (Khalid s’adressant à son amant Omar, au moment où ils pénètrent la plus grande forêt du Maroc, la Mamora, un haut lieu de prostitution, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 124) ; « Elle faisait vraiment vieille pute, dans son peignoir à fleurs. Peut-être était-elle réellement une pute, d’ailleurs. » (Corinne décrivant sa probable mère biologique, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 226) ; « C’est un manteau de ma mère, cette salope ! » (Chloé dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe Botti) ; « Quand ton père m’a connue, j’étais une junkie séropositive. » (la mère d’Ariane – et aussi du héros homosexuel – s’adressant à sa fille, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Maman, elle était pas plus religieuse que moi ! » (Carmen, la fille légère de la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Christian Bordeleau) ; « Ma maman, c’est une pute. Et Dieu sait combien j’l’adore ! » (Crunch, l’un des héros homosexuels, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Frigo (1983), la mère de « L. » se prostitue avant d’aller aux offices religieux : « Je m’attarde sur les escaliers du Sacré-Cœur avant la première messe. » (p. 29). Dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la mère de Dzav est prostituée au Bois de Boulogne. Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, la mère de la petite Jeanne (6 ans) est prostituée. Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Suzanne (la mère du héros homosexuel, jouée par Catherine Deneuve) est décrite comme une « bourgeoise nymphomane ». Dans le roman Hawa (2011) de Mohamed Leftah, les jumeaux Zapata et Hawa sont les fruits de la rencontre d’un soldat américain et d’une prostituée. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, met sa grand-mère (qui le traite de « pupute » au lieu de « pupuce » sans s’en apercevoir) sur un piédestal car il soutient qu’il « l’adore ». Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, la mère de Nicolas (le héros homosexuel), est une séduisante femme-objet fatale surnommée « Désirée », portant un manteau de fourrure, un peu pute et aguicheuse. Dans le film « Mommy » (2014) (toujours de Dolan), Diane, la mère de Steve (le héros homosexuel), est présentée comme la Grande Pute jalousée et magnifiée par son fils homo Steve.

 

Parfois, la fusion incestueuse est telle qu’il existe une collaboration et une étonnante compétition entre le fils homosexuel féminisé et sa mère autour de leur travail commun de prostituées. Ceci est particulièrement visible dans l’œuvre du dramaturge et dessinateur argentin Copi. Par exemple, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, c’est la mère d’Evita qui envoie sa fille « tapiner ».

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Chez Copi, la mère et la fille (transsexuelle) sont souvent amantes, ou bien l’une est la sœur maquerelle de l’autre, et elles se partagent/disputent le butin. « Ma mère, que fais-tu ici ? Je t’ai interdit de venir traîner dans mon territoire ! » (Lou s’adressant à sa mère Solitaire, à Montmartre, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1986)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 
 

La mère – « J’ai besoin d’argent pour payer mon gigolo !

« L. », la fille – C’est fini, je ne te file plus de sous !

La mère – Je t’en prie, mon chéri, juste un petit chèque pour finir de payer les traites de mon gigolo ! »

(cf. un extrait de dialogue de la pièce Le Frigo, 1983)

 

Planche "Telle mère telle fille" de la B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi

Planche « Telle mère telle fille » de la B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi


 

On a de quoi douter très sérieusement de la sexuation féminine des deux personnages en question. Il s’agit plutôt de deux parodies machistes de sur-féminité, jouées par deux hommes homosexuels travestis :

 

« L. » – « Veux-tu une tasse de thé ?

La mère – Avec un nuage de sperme, comme d’habitude. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Passion pour la prostituée de luxe :

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

Certaines personnes homosexuelles ont pu être en contact très jeunes avec le monde de la prostitution, même à travers l’industrie du porno. Même s’il est dur, il a pu bénéficier de la ré-écriture enchanteresse de l’enfance : « Cher Jorge Lavelli, Je te donne cette pièce [La Journée d’une rêveuse] en souvenir attendri de la ville de Buenos Aires qui a été, pour nous aussi, un peu le parc de notre enfance. C’est dans un coin de rue rose de cette ville que nous avons tué à coups de marteau dix-sept facteurs, un marchand de melons et la putain du coin avant d’aller comme des gosses scier les arbres des patios de San Telmo. » (cf. l’extrait d’une lettre de Copi à Jorge Lavelli, en préface de La Journée d’une rêveuse (1968), p. 7) ; « Tu me rappelais souvent que le premier mot que j’aie prononcé était ‘pute’. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 164)

 

Elles vouent une passion idolâtre pour la prostituée cinématographique ou la femme scandaleuse des médias (la prostituée réelle, elles s’en moquent éperdument !). « Si tu es libre, on va te traiter de pute. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla). Il arrive qu’elles trouvent ce « piège à hommes » magnifique et hyper glamour : « Avec la volupté d’une cover-girl, je m’en allais dans un délire de trémoussements en changeant de partenaire à chaque changement de morceau. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 133) ; « J’étais fan de Béatrice Dalle. » (Denis, un témoin homosexuel cité dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 57) ; « Et si je parle beaucoup des prostituées, c’est qu’elles portent en elles une mythologie poétique merveilleuse. Le port, les marins… Ce sont de beaux univers. Ils ont inspiré beaucoup d’auteurs et de poètes. » (Denis D’Arcangelo à propos de son spectacle Madame Raymonde, cité dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 38) Par exemple, la Patty Diphusa du réalisateur Pedro Almodóvar est certes star du porno… mais diva quand même ! Autre exemple : à l’âge de 9 ans, le couturier homosexuel Jean-Paul Gaultier, à l’école, dessinait déjà des danseuses des Folies Bergère. Pour ma part, quand j’étais en grande section de maternelle, je faisais des dessins de grandes actrices avec des talons aiguilles, un peu provocantes.

 

Cette tendance, aussi étonnant que cela puisse paraître, n’est pas circonscrite à la sphère homosexuelle. Elle s’ouvre à la collectivité qui s’hétérosexualise à grands pas. Par exemple, socialement, on observe que les Femen, ces femmes aux seins nues venant saccager des églises françaises – et dont certaines ont fait de la prostitution leur « métier » – sont portées aux nues (c’est le cas de le dire…) par nos mass médias et sont devenues très vite les porte-drapeau des droits LGBT et des défenseurs hétéros gay friendly et homosexuels du « mariage pour tous » en France. Même Anne Hidalgo, le maire de Paris, leur tresse des couronnes et arrive à les trouver « touchantes ». Ce sont nos dirigeants socialo-féministes et un certain nombre de militants homosexuels qui ont concrètement soutenu le mythe (violemment actualisé) de la putain béatifiée.

 
 

b) La sacralisation de la sainte Pute :

Jean-Paul Gaultier rejouant "Entre Tinieblas"

Jean-Paul Gaultier rejouant « Entre Tinieblas »


 

Certaines personnes homosexuelles poussent la passion pour la prostituée cinématographique au paroxysme de la dévotion. Il la présente (et pas qu’ironiquement) comme une sainte, une Marie-Madeleine ! cf. l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli (avec la prostituée Rita de Jésus). « La Vierge, c’est un monstre par définition. Dans le sens de malformation. Elle a des pouvoirs. Au sens de créature.[…] L’autre paradoxe de Caravage, c’est que le modèle de la Vierge était une pute. » (Celia la conservatrice de musées face au tableau de Carravage où la Vierge Marie, toute habillée de rouge, est enterrée, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 

Par exemple, le peintre Caravage (1571-1610) a représenté en peinture le cadavre de la Vierge… et la femme réelle qui lui a servi de modèle pour cette toile était une prostituée. Ce fait est relaté dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher).

 

Dans ses articles, le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher, après avoir détruit verbalement Eva Perón, la sanctifie : elle devient une déesse de perversion, une putain béatifiée, distribuant de la marihuana à tous les pauvres.

 

« Tu te souviens de la prostituée à la fin […]. Elle avait une tête d’ange. » (cf. un dialogue entre les trois tantes d’Alfredo Arias, se rappelant un film qu’elles ont vu ensemble, dans l’autobiographie de ce dernier, Folies-Fantômes (1997), p. 116) ; « La Chola avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. Sur son passage, flottait un délicieux parfum douceâtre. Ses formes étaient exaltées par un tailleur blanc moulant et une petite ceinture rouge. La Chola s’arrêta devant une maison basse, peinte à la chaux et surmontée d’un énorme écriteau où l’on pouvait lire ‘Église scientifique’. De part et d’autre de la porte étaient peints deux angelots assis chacun sur son nuage. Elle frappa. » (Alfredo Arias, op. cit., p. 233) ; « J’aime beaucoup Brigitte Bardot. On sent chez elle un cœur pur. » (le romancier homosexuel Julien Green, cité dans l’article « Julien Green, l’Histoire d’un Sudiste » de Philippe Vannini, sur le Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 103) ; « J’étais scandalisé qu’on traite cette femme comme une voleuse et qu’on la salisse. » (Jean-Claude Brialy parlant de Joséphine Baker, dans son autobiographie Le Ruisseau des singes (2000), p. 338)

 

Certaines personnes homosexuelles vraiment sanctifient la pin up (littéralement « celle qu’on crucifie »). Kake Frears, par exemple, n’hésite pas à qualifier la blonde aux gros seins Dolly Parton de « sainte » (cf. le documentaire « Sex’n’Pop, Part IV » (2004) de Christian Bettges). Ari Gold trouve Madonna « fantastic » (idem). Plus la femme télévisuelle est vulgaire, plus elle a des chances de devenir une icône homosexuelle adulée comme une vierge (Madonna, Mylène Farmer, Britney Spears, Christina Aguilera, Donna Summer, Bette Midler, Samantha Fox, Janet Jackson, Pussycat Dolls, Rihanna, etc.).

 

Vidéo-clip de la chanson "Like A Prayer" de Madonna

Vidéo-clip de la chanson « Like A Prayer » de Madonna


 

Dans le « milieu homosexuel », on trouve une certaine sophistication jouissive à se traiter mutuellement de « garces » ou de « putes » pour se rendre plus important. « On se dit partout ‘connasses’. On s’insulte de sales pestes. » (cf. la chanson « L’Amour ça va » de Mauvais Genre)

 

Beaucoup de créateurs homosexuels aiment également le retournement camp de la grande bourgeoise en courtisane libertine : ils le trouvent non seulement drôle mais désirable. Il n’y a pas que de l’auto-dérision dans la démarche d’inversion : celle-ci est aussi très sincère et naïve. Par exemple, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence tiennent les comptes de meurtres de prostituées, avec un Livre des Martyres. Elles jouent elles-mêmes les prostituées béatifiées.

 
 

c) L’identification narcissique à l’icône de l’hypersexualité machiste et asexuée :

Certaines personnes homosexuelles sacralisent la prostituée en Reine parce qu’elles rêvent de se substituer à elle, de lui piquer son diadème, de se déifier elles-mêmes par identification, mais aussi parfois de reprendre la main sur un viol passé. « Sur scène, j’essaie d’incarner à la fois le mac et la pute. » (le rappeur gay Mykki Blanco interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Il ne faut pas laisser les couturiers homosexuels habiller les femmes, car ils vont les transformer en prostituées.» (la couturière Gabrielle Chanel) ; etc. Il n’est pas rare qu’elles se présentent comme des saintes, des repentis de la prostitution, des Marie-Madeleine modernes ! Par exemple, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, une Sœur de la Perpétuelle Indulgence raconte (en boutade ?) qu’elle est rentrée dans la « Congrégation » après avoir été « récupérée sur un trottoir ». Harry Glenn Milstead a créé, avec John Waters, un personnage de travesti ultra-vulgaire qui s’appelait « Divine ». Pareil pour le flamboyant « Hedwig » de John Cameron Mitchell, se comparant à Lazare ; ou bien pour Yvette Leglaire, la chanteuse-prostituée travestie qui joue les monstres sacrés immortels ; ou bien pour « Madame H. », la bourgeoise-maquerelle interprétée par un travesti. Beaucoup de personnes transsexuelles M to F se prennent pour des prostituées angéliques. L’une des dénominations d’« homosexuel » les plus utilisées dans le langage courant – « queen » – est en réalité une déformation du mot « quean », qui signifiait à la base « prostituée » (cf. Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 271).

 

Cette identification à la prostituée n’est pas propre aux personnes homos masculines. Elle vient aussi beaucoup des femmes lesbiennes, qui vivent parfois leur homosexualité en même temps qu’elles font le tapin. Comme l’explique Suzette Robichon dans son article « Gouine » dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon (p. 227), à l’origine, le terme « gouine » désignait autrefois une prostituée. Dans l’iconographie, la sulfureuse garçonne flirte avec les tabous : elle se maquille et fume en public, comme les prostituées. La comédienne lesbienne Louise de Ville est le parfait exemple de la femme lesbienne passant de la pin-up coquine à la prostituée. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, Ebba, la dame de compagnie et amante secrète de la Reine Christine, est surnommée « la Catin de la Reine ».

 

À force de fuir la femme-objet cinématographique soumise au viol (le viol de la prostitution, voire le viol maquillé par le mariage bourgeois), ou bien de voir des exemples de femmes hétérosexuelles maltraitées (pléonasme…), voire de tomber sur des hommes qui se conduisent avec elles comme des clients se rendant au bordel, certaines femmes lesbiennes, même butch, finissent par fusionner avec la prostituée (celle qui semble maîtriser son corps et ses désirs, qui donne une impression d’indépendance) pour ne former qu’une seule et même personne. Et côté « travailleuses du sexe », c’est certainement la confrontation régulière à des hommes machos et obsédés uniquement par leur petite jouissance qui conduit certaines à se tourner vers les femmes. Par exemple, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, on nous parle d’une prostituée lesbienne (p. 82). Dans énormément de films pornos, beaucoup d’actrices sont forcées de tourner des scènes lesbiennes. Dans le documentaire « Tierra Madre » (2011) de Dylan Verrechia, l’héroïne, Aidee, est lesbienne et strip-teaseuse.

 

Cette putain convoitée est en réalité une projection du machisme, que certaines personnes homos ont intégrée comme la femme réelle, leur copine d’apparat : « Le soir même quand j’ai retrouvé mon cousin Stéphane il m’a posé des questions ‘C’est vrai que maintenant t’as une meuf, que ta meuf c’est Laura, celle que tout le monde dit que c’est une vraie salope’. J’avais perçu dans sa question une forme d’admiration, de complicité virile que je n’avais jamais partagées avec lui. Il était encore plus valorisant pour moi de fréquenter une ‘salope’. Elle faisait de moi un machiste qui entrait dans le cercle des garçons-que-Laura-avait-fréquentés. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 170)

 
 

d) Le goût de « l’idée de prostitution » comme le signe d’un désir homosexuel incestuel :

L’attachement homosexuel à la prostituée renvoie également à l’inceste. La prostituée est la figure enviée mais aussi jalousée de la mère : « Lorsque j’ai eu 40 ans, ma mère m’a dit : ‘Maintenant, tu fais ce que tu veux, mais, surtout, ne dis rien à ton père, ne lui montre jamais que tu es comme ça, il va dire que c’est de ma faute, que je suis une prostituée.» (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 89)

 

Par exemple, dans le cas des GPA (Gestation Pour Autrui), certains couples d’hommes cherchent des femmes à louer pour qu’elles portent « leur » futur bébé. C’est une forme d’exploitation, de « prostitution sans génitalité », mais qui passe pour une merveilleuse collaboration parce que, quelque part, elle donne la vie. Je garderai toujours en tête les propos qu’a rapportés Darren Rosemblum lors de sa conférence à Sciences-Po sur « L’homoparentalité aux USA », le 7 décembre 2011. Le jeune avocat racontait, avec des étoiles dans les yeux, comment il avait loué, avec son compagnon, le ventre d’une femme, Beth, pour avoir « leur » petite fille, et ce que Beth, la mère porteuse, avait fini par conclure qu’ils avaient tous les trois été d’accord pour opérer ensemble une « exploitation mutuelle ». Quand homosexualité, prostitution et maternité se rejoignent, cela forme un trio incestueux qui fait froid dans le dos…

 
 

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Code n°155 – Regard féminin (sous-codes : Cyclope / Pute borgne)

Regard fém

Regard féminin

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

« Elle a les yeux camembert,

elle a le regard qui pue,

elle a pété la première,

m’a touché c’est foutu. »

 

Quand je dis que le désir homosexuel provient et est le signe d’une idolâtrie, je suis très sérieux. Un regard féminisé (mais pas nécessairement applicables aux femmes de chair et de sang : il appartient d’ailleurs davantage à l’androgyne télévisuel asexué, sur-masculinisé et sur-féminisé, qu’à la sexuation femelle réelle, et peut donc tout à fait être porté par des hommes) a capturé le psychisme, le cœur et le désir érotique des personnes homosexuelles, et les a fait désirer être semblables à lui, à des veaux d’or aux yeux scintillants, séduisants et médusants, à des déesses de pacotille, à des poupées vaudou à brûler afin de prouver l’immortalité. Les yeux féminins dans les fictions homo-érotiques, c’est la conscience des actes (homosexuels) mauvais mise au repos, niée par celui qui les posent.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme allongée », « Cercueil en cristal », « Actrice-traîtresse », « Mère possessive », « Destruction des femmes », « Bergère », « Sommeil », « Carmen », « Poids des mots et des regards », « Voyante extralucide », « Cannibalisme », « Lunettes d’or », « Voyeur vu », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Espion », « Femme fellinienne géante et pantin », à la partie « Prostituée lesbienne » du code « Putain béatifiée », à la partie « Intuition féminine » dans le code « Mère gay friendly », à la partie « Regards » du code « Amant diabolique », et la partie « Hypnotiseur » du code « Médecines parallèles » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

a) T’as de beaux yeux, tu sais ?

REGARD FEM 1 Maléfice

Maléfice dans « Sleeping Beauty » de Walt Disney


 

Le regard féminin occupe une place prépondérante dans les œuvres de fiction homosexuelles : cf. le roman Les Yeux d’Elsa (1942) de Louis Aragon, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, la chanson « Les Yeux noirs » du groupe Indochine, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le film « Les Enfants terribles » (1950) de Jean-Pierre Melville (avec l’insistance sur les yeux d’Agathe), la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (1938) de Witold Gombrowicz (avec le regard d’Yvonne), le roman L’Autre (1971) de Julien Green (avec le clin d’œil fait aux Yeux d’Elsa d’Aragon), le film « Amore A Prima Vista » (1999) de Vincenzo Salemme, le film « I Love You Philip Morris » (2009) de Glenn Ficarra et John Requa (avec le regard féminin sur une pancarte), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec les yeux bleus d’Ingrid, la femme fictive de Copi-Traducteur), la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier, le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco (avec le regard pénétrant de Jézabel, l’héroïne bisexuelle, dans tous ses autoportraits), le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, le film « Le Troisième œil » (1989) d’André Almuro, le roman Les Yeux de Zanele (2014) de Claire Sobert, etc.

 

REGARD 2 mannequin

Film « Rosatigre » de Tonino De Bernardi


 

Loin d’être d’abord applicable uniquement aux femmes réelles, il concerne avant tout le veau d’or asexué aux yeux sur-féminisés, objet de tous les fantasmes angélistes, matriarcaux, machistes et réifiants du personnage homosexuel : cf. le film « La Fille aux yeux d’or » (1961) de Jean-Gabriel Albicocco, la chanson « Goldeneye » de Tina Turner, le film « L’Embellie » (2000) de Jean-Baptiste Erreca (avec le regard géant de Marlene Dietrich tapissant le décor du cabaret transformiste), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar, le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar (avec le regard géant et lumineux d’Uma Rojo sur l’affiche de la pièce Un Tramway nommé Désir), la pièce La Femme assise qui regarde autour (2007) d’Hedi Tillette Clermont Tonnerre, la chanson « Ojos Verdes » de Nazario, le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec le regard de Brolovine), la chanson « Bette Davis Eyes » de Kim Carnes, la chanson « Femme comme chacune » de Céline Dion (avec la chanteuse et « ses yeux de clair de lune »), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec le grand regard féminin peint sur le mur de la chambre d’Emmanuel), la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen (avec le portrait de la chanteuse des années 1980 Jackie Quartz trônant dans le salon), etc.

 

Il est fréquent que les yeux de la femme des fictions homo-érotiques homosexualisent le héros homosexuel : « Moi les homos, je les repère en un clin d’œil. » (Luce – Marthe Villalonga – dans la série Y’a pas d’âge diffusée sur France 2 le mardi 15 octobre 2013) Par exemple, dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la mère de Tom espionne derrière le lierre la formation du couple entre son fils et son futur amant Louis. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, la maman d’Oren, Hanna – exerce un mystérieux pouvoir divinatoire d’homosexualité sur Tomas, le héros homo : elle a compris énigmatiquement le lien érotique qui reliait son fils décédé Oren à Tomas. Je vous renvoie à la partie sur l’intuition féminine dans le code « Mère gay friendly » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

REGARD FEM 3 Hedwig

Film « Hedwig And The Angry Inch » de John Cameron Mitchell


 

Le regard féminin dont il est question est vraiment celui de l’actrice, de l’icône cinématographique du danger sexuel sophistiqué, caressant, magnifié par le cinéma : « Elle est là, ma Vénus allongée, le corps et les poignets sanglés. Dans son imper en latex elle m’observe, comme la proie de ses projets. Attitude polaire de surface, sourire de Joconde apaisée. » (cf. la chanson « Les Liens d’Eros » d’Étienne Daho) ; « Chut ! Chut ! Faut pas te réveiller. Je voulais juste t’embrasser, te regarder encore une fois pour t’emporter avec moi là où je vais chanter. » (cf. la chanson « Berceuse » de Céline Dion) ; « J’ai mis de l’ordre à mes cheveux, un peu plus de noir sur mes yeux. » (cf. la chanson « Il venait d’avoir 18 ans. » de Dalida) ; « Je crois que tes yeux voient très bien. » (Martin s’adressant à Chloé, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Jane vit son propre reflet dans les pupilles de la femme, une silhouette pâle et lointaine ; une lueur dans un œil. » (Jane, l’héroïne lesbienne, à propos de la prostituée Maria, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 163) ; etc. Par exemple, dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, a dans sa chambre un poster géant d’un regard d’actrice.

 

REGARD FEM 4 - Mala Edu

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

Les yeux des femmes représentés dans les créations crypto-gays ont tendance à se mythifier. D’ailleurs, la femme dépeinte par les créateurs homosexuels sous forme de prostituée-méduse, de moitié gémellaire narcissique androgynique, ou de serpent faussement assoupi (cf. je vous renvoie au code « Femme allongée » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ressemble à un cyclope, cet être mythique homérique qui ne possède qu’un seul œil : cf. le film « Œdipe N+1 » (2003) d’Éric Rognard (avec Sandra, le transsexuel M to F borgne dans la boîte), le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon, le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day, le film « Le Trou noir » (1997) de François Ozon (avec la prostituée borgne), le film « Punition en uniforme, le chevillage au carré pour trou rond » (1991) d’Hisayasu Sato, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec le Rat crevant un œil au renard en fourrure de « L. »), le film « Barbarella » (1968) de Roger Vadim (avec également une prostituée borgne), le film « Three Strangers » (1946) de Jean Negulesco, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec Dotty, la lesbienne aveugle), le dessin « Le Trou de l’œil » (1965) d’Endre Rozsda, le poème « Howl » (1956) d’Allen Ginsberg (avec la mention de « la mégère borgne du dollar hétérosexuel »), le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec Isabelle, la femme-cyclope), le film « Alice In Wonderland » (« Alice au pays des merveilles », 2010) de Tim Burton (avec Ilosovic Stayne, le valet-cyclope), le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner (avec la prof borgne du club de mambo), le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (avec Chance, le héros homosexuel jouant le dandy de son lycée, avec son œil caché de pirate), le vidéo-clip de la chanson « Alejandro » de Lady Gaga, le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, etc. Par exemple, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, Gwendoline, l’héroïne transgenre de 16 ans, se retrouve à tourner son premier film porno « Danse avec mes deux trous ».

 

REGARD FEM 5 - Tout sur

Film « Todo Sobre Mi Madre » de Pedro Almodovar


 

Le regard féminin homosexuel n’est pas vraiment dialogal ni réfléchissant ni en état de marche : « La Négresse du tableau ne m’aimait pas. Elle avait raison. Elle était devenue, au fil du temps, ma rivale. Mon ennemie. Des yeux qui ne se fermaient jamais. Elle avait, elle aussi, le don de voir. » (Hadda à propos du tableau du Louvre, Portrait d’une Négresse de Marie-Guillemine Benoist, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 196) ; « Il y a de l’écho dans vos yeux, Sophie. » (Nana, le héros homosexuel, se foutant de la gueule du peu de perspicacité de la femme qu’il a rencontrée sur Internet en pensant initialement qu’il s’agissait d’un homme, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « L’eau de la piscine a abîmé les yeux de Karina. » (Gabriel, un des héros homosexuels du film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Ton coup de fil, tu peux te le fourrer dans ton œil pourri de cyclope ! » (Santiago à Doris la présentatrice lesbienne, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « C’est la mère qui a conseillé à Marilyn d’acheter le serpent, c’est bon contre le mal d’œil. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 83) ; « J’ai un œil plus grand que l’autre. » (Solange dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « D’exécrable humeur parce que, disait-elle, elle n’avait pas eu ses dix heures de sommeil, Karen était convaincue que sa première ride, aperçue quinze jours plus tôt dans la glace de son poudrier, était en train de s’installer pour de bon, sous son œil gauche. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 30) ; « Je suis aveugle de l’œil gauche. » (Wave, la copine d’enfance lesbienne de Peyton, l’héroïne du film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Vous êtes tellement maigre qu’on va croire que vous allez perdre un œil. » (Laurent Gérard dans son one-man-show Gérard comme le prénom, 2011) ; « À sa façon de me regarder de l’œil gauche. » (Elliot, le héros homosexuel parlant de sa mère, dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee) ; « Épinglée ? Vous voulez dire avec les yeux troués par les épingles. C’est bien votre style. Alors vous m’avez détestée toute votre vie croyant être ma sœur. » (la Comédienne s’adressant à sa sœur jumelle Vicky à propos de la photo d’elle que cette dernière a clouée sur son miroir, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai mangé un de mes yeux, le droit, et l’autre, le gauche, ma fille l’a mangé. Ainsi, nous sommes jumelles dans l’espace et dans le temps de mère en fille, et ainsi de suite. » (la Reine aveugle dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « À treize ans je lui ai crevé un œil avec une ampoule électrique. » (Joséphine en parlant de sa sœur, dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Oh mon Dieu, elle a reçu une balle dans l’œil ! » (Joséphine à Fougère, idem) ; « Oh, merde, la cocaïne m’a attaqué le nerf optique ! » (idem) ; « Arlette allait et venait devant les CRS les seins à l’air et chantait : Je sais que j’ai un œil en compote. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 122) ; « Parmi les affaires de Kévin, il y avait plusieurs tableaux. L’un d’entre eux représentait deux visages de profil, superposés, avec un seul œil en commun. » (Bryan parlant de son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 13) ; « Il y avait un ours énorme posé sur une chaise. Il n’était pas en très bon état : il lui manquait un œil et était rapiécé de partout. » (idem, p. 72) ; etc. Par exemple, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, le narrateur homosexuel décrit Maureen O’Hara (la mère rousse de son futur amant) comme la reine de l’opéra de Montréal, mais aussi comme une princesse aveugle : « My mother’s eyes aren’t very good… But not in the center… » (le roux prenant des places d’opéra pour sa mère, p. 34) ; « Maureen tenait le bras de son fils et je crus d’abord qu’elle était aveugle. Mais elle promenait autour d’elle ce regard curieux de myope qui ne voit pas ce qui l’entoure et qui se fie au flou des contours pour se guider. Mon rouquin n’avait pas menti au guichet, sa mère avait bel et bien un problème de vision ! » (idem, p. 44) ; « Lentement, délibérément, Anna leva son visage vers la lumière, telle une star du cinéma muet cherchant la caméra, et Jane vit qu’elle avait l’œil gauche noir et enflé. […]Anna sourit. L’ecchymose qu’elle avait au-dessus de l’œil paraissait plus foncée dans l’ombre de la cage d’escalier. » (Jane, l’héroïne lesbienne décrivant Anna, la fillette-prostituée, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 121-123) ; « Greta est une pute. Je l’attends. Quand elle descendra l’escalier l’escalier je lui ferai un croche-patte et je lui enfoncerai les yeux dans les orbites. » (Frau Becker s’adressant à Jane, idem, p. 213) ; « J’aime les poneys avec des têtes de mort. Des poneys qui perdent un œil. » (Juna, l’une des héroïnes lesbiennes, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Je travaille avec une femme qui est en train de perdre la vue. » (Bryan, le héros homosexuel, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc.

 

Et on peut remarquer qu’un certain nombre de personnages homosexuels, en cherchant à imiter cette femme-cyclope, perdent un de leurs deux yeux (l’œil du voyeurisme ?). Par exemple, dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, Ernst ne voit plus de l’œil gauche. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Vivi propose « le borgne » comme copain à Nono. À la fin du roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, la Marquise de Merteuil, lesbienne, affreusement défigurée par la petite vérole, est contrainte de perdre un œil. Dans la nouvelle d’un ami angevin que j’avais lue en 2003, il était fait référence à « un cyclope à deux yeux » (p. 63). Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, Laurie est une femme-cyclope. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Arthur, le héros homo, sort avec des hommes et cache dans un premier temps son homosexualité à sa petite amie Nadine, avec qui il couche occasionnellement. Elle finit par découvrir le pot aux roses, et par comprendre qu’Arthur l’utilise comme une prostituée : « L’autre œil. On dirait un panda borgne. » (Arthur) « Puis-je savoir tes intentions ? On est amoureux ou on n’est pas amoureux ? » (Nadine). Plus tard, Nadine reproche à Arthur de faire les yeux doux dans son rétroviseur à l’auto-stoppeur, Stéphane, qu’ils viennent de prendre en voiture : « Tu veux mes yeux, là ? »

 
 

b) Les yeux-revolver :

 

En général, la femme fictionnelle (endormie ?) épie et hypnotise le personnage homosexuel de ses yeux d’or. Elle a tout de l’espionne inquisitrice qui va le manipuler : « Les yeux de Laura n’ont plus rien à dire. Les yeux de Laura cachent son sourire. » (cf. la chanson « Les Yeux de Laura » du groupe Goût du Luxe) ; « J’ai toujours l’impression que tu vois tout, que tu sens tout. » (Michel s’adressant à Mélodie l’héroïne bisexuelle, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « Laisse-moi être tes yeux. » (cf. la chanson « Le Grand Secret » d’Indochine) ; « Vous avez vu ? Elle m’espionne ! » (la mère d’Evita en parlant de sa propre fille, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Une infirmière apparût. Maria-José [travesti M to F] resta immobile quelques secondes, fascinée par le grand sourire de la jeune femme qui se trouvait dans le coma il y avait à peine une demi-heure. […] Elle fit semblant de se rendormir. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 34) ; « Tu me dévisages. » (Ninette troublée par son amie Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Quand je te regarde, c’est comme si je me remplissais de toi. » (Anna s’adressant à son amante Cassie par écrans Skype interposés, dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin) ; « J’étais un autre avant que mon œil atteigne l’éclat de vos yeux. » (Merteuil s’adressant à sa poupée Madame de Tourvel, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, dans la mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Charlotte, ça fait cinq mois. On fait quoi ? On va où ?? J’vois tes yeux. Et j’vois mon amour qui te pèse. » (Mélodie s’adressant à son amante Charlotte, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; etc. Par exemple, dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, on nous parle de la « persistance rétinienne » de la femme étrangère. Dans le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, Oliver confie à Alice qu’il n’aime pas réellement Iréna mais qu’il est comme hypnotisé par elle : « Je ne peux détacher mes yeux d’elle. Elle m’attire invinciblement. Et pourtant, à bien des égards, nous sommes étrangers l’un à l’autre. » Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank, le personnage homosexuel, se trouve dans un bar, et se sent possédé par les yeux d’une femme : « Elle attrape mon regard ! »

 

Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier, le héros homosexuel, dit être obsédé par « les yeux d’Yvette », son « ex » ; et on voit qu’il a un rapport idolâtre avec elle : « Elle que j’ai eu le malheur d’aimer à outrance. »
 

REGARD FEM 6 - Sans logique

Clip « Sans logique » de Mylène Farmer


 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, le regard féminin n’est pas associé à la douceur et à la fragilité des femmes réelles. Il est plutôt le regard de conquête machiste (arboré parfois par les héros transgenres, ou la prostituée de luxe), de prétention à la possession et à la réification, du voyeurisme, de la puissance de séduction anesthésiante : cf. le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears (avec les yeux inquisiteurs de toutes les femmes de l’intrigue), la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon (avec la description d’un regard féminin dévorant), le film « The Girl With The Hungry Eyes » (1967) de William Rotsler, la chanson « Mais il dort !… » d’Ingrid, la chanson « Chacun fait c’qui lui plaît » du groupe Chagrin d’amour (avec les yeux-miroirs de la prostituée), le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson (avec la mère de Gabriel, le héros homosexuel, qui fouille dans l’ordi portable de son fils, ou encore la grand-mère de Stella qui espionne sa petite-fille au téléphone), la chanson « Femmes à lunettes » de Richard Gotainer (laissant supposer que le regard féminin est machiste, puisque les femmes à lunettes sont censées être des « femmes à quéquette »…), le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini (avec les regards appuyés et déshumanisés d’Annah en boîte), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec la mère de Malik, Sara, regardant son fils et son copain au lit), le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (avec la vraie mère de Guillaume, le héros bisexuel, scrutant tout à la fin du film son fils dans l’ombre du théâtre), le film « Les Yeux de sa mère » (2010) de Thierry Klifa, etc.

 

« Tu sais que je perfectionne mon regard de braise. » (Karma, la fausse lesbienne qui essaie de faire croire à tout son lycée qu’elle est homosexuelle, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Tu lui fais de l’œil avec les jambes. » (Zize, le travesti M to F s’adressant à sa nièce Claire pour qu’elle aguiche le client sur le parking, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’Enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Dévore-moi des yeux, ma Princesse ! » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « Il faut me regarder quand je ne me vois pas ! » (Amira Casar s’adressant autoritairement au héros homosexuel, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat) ; « Je veux un œil qui me regarde quand je lui parle. » (François à sa psychanalyste dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Regarde-moi ou ne me regarde pas ! […] Je n’ai jamais ouvert les yeux. […] Regarde-en mes yeux. » (la diva au protagoniste masculin, dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato) ; « Se voulant discrète, la patronne du café [lesbienne] se contenta de nous observer du coin de l’œil. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 215) ; « Le fait que ta mère te suive dans la rue est inexcusable… » (Chris à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 119) ; « Les yeux d’Irène. Noirs. Ils sont là dans la glace. Dans le coin du bas à droite. Contents d’avoir attrapé les miens. » (le jeune narrateur dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 85) ; « Les yeux fardés jusqu’au mépris. […] Tu es la beauté incarnée, partie à tout jamais. » (Luca, le narrateur homo du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Tu plonges en moi l’acier de ton œil blanc. » (cf. la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude) ; « Tu m’as donné un coup dans l’œil. » (Kanojo s’adressant à son amante Juna, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Une des jeunes femmes pointa deux doigts vers elle en formant le signe du mauvais œil, gardant le bras le long du corps pour que personne d’autre ne le remarque. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 200) ; « Ne me regarde pas ! » (la mère de Chiron, le jeune héros homosexuel, dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les petites femmes de Maupassant (2005) de Roger Défossez, Coralie, le personnage féminin travesti en homme, est soumise à un « espionnage (féminin) de tous les instants ». Dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, le regard d’Emma, la mystérieuse femme masculine, hypnotise Kevin, le personnage homosexuel : elle/il lui adresse des mots mi-séducteurs mi-injonctifs (« Tu peux me regarder en face ! »). Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, Félicité, la mère possessive de Fernand, lui impose son « regard maniaque » (p. 28) ; est décrit chez cette femme la « gloutonnerie du regard », son « attention goulue des hommes ». Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, c’est le regard de la mère de Marc qui surprend son fils et son amant Engel s’échanger un baiser dans le couloir d’hôpital qui met le feu aux poudres. Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, la toute première phrase que Lisa, la future amante de Laure (une vraie surveillante, scrutatrice), sort à l’héroïne lesbienne, se rapporte précisément au registre de la vue : « Tu recherches les autres. Je t’ai vu(e) les regarder. » Dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Max cauchemarde que la mère de Fred, son amant, l’agresse en cuir, comme une femme-tigresse, en lui disant « Vous m’avez tapé dans l’œil, Max ! » et qu’il lui répond « Je suis désolé… » comme un enfant pris en faute. Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, suite au coming out de son fils Antonio, Stefania regarde passivement son fils dans l’encoignure de la porte de sa chambre : son visage est coupée en deux par l’ombre, et son œil scrute passivement Antonio faire ses affaires parce qu’il a été viré de la maison familiale par le père.

 

Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, toutes les femmes sont des voyeuses : la concierge moustachue est un cas d’espèce ; et Antionetta est obsédée visuellement par son voisin de pallier homosexuel, Gabriele, vivant dans l’immeuble d’en face : « Ça fait depuis ce matin que je te regarde. » Même si Gabriele finit par partir, elle prête serment qu’elle continuera de l’observer, comme s’il se trouvait enfermé dans une vitrine : « Moi je regarderai ta fenêtre tous les jours. »
 

Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, le regard féminin des mères est omniprésent, du début à la fin : « Tu me rappelles maman, quand elle avançait masquée, à vouloir je ne sais quoi… » (Camille à sa sœur Pauline) Camille espionne Franck, le copain de son fils décédé, et décide de le suivre partout où qu’il aille, même jusqu’au Portugal ; le film s’achève précisément par un gros plan sur le regard pénétrant, froid, triste, vitreux et surchargé esthétiquement/émotionnellement, de Catherine Deneuve face à « son » Franck endormi.

 

Quelquefois, le pouvoir hypnotique de la femme fictionnelle homo-érotique aux yeux dorés conduit le héros homosexuel qui les observe à devenir lui-même objet, fou à lier (comme le fan), et à mourir (transpercé ou criblé de balles) : cf. le film « Les Yeux de Laura Mars » (1977) d’Irwin Kershner, la chanson « L’Œil sec » des Valentins, le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (avec l’œil de la mère d’Antonio Banderas – Angel – qui scrute son fils nu dans la salle de bain), etc. « Le Sphynx a crevé les yeux de sa mère. » (cf. une phrase de la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand)

 

REGARD FEM 7 SM

 

« Dans le premier rêve, elle ne dit rien, me regarde seulement. Toute la journée d’après, je la passe à curiocreuser la vision et le profond changement qu’en moi j’ai ressenti au réveil. Les yeux de cette femme, et beaucoup plus que ses yeux, le vibrillonnant savoir qu’ils instillent, et tout elle, sa rassurante présence, sa force, irrésistible, presque violente. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 101) ; « Si le subtil lecteur pouvait porter son regard plus loin, au-delà de la place, jusqu’à la fenêtre de l’hôtel particulier rose, là-haut, il apercevrait Boléro de Ravel [surnom d’un travesti M to F] en train de cadrer Tarzan dans le viseur meurtrier de son fusil de chasse. » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 104) ; « Tellement si femme quand elle mord, tellement si femme quand elle dort, elle a les yeux revolver. » (cf. la chanson « Les Yeux revolver » de Marc Lavoine) ; « Ses beaux yeux sont fermés. J’ose pas demander qu’on les ouvre. Et je le regretterai après le trop-tard : c’était ses yeux que je voulais voir. » (le jeune narrateur face à la dépouille de sa grand-mère, dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 71) ; « Je me sers de tes yeux sur moi et à ma guise… » (cf. la chanson « Plaisir extensible » du groupe L5) ; « En une demi-heure, Catherine S. Burroughs devint ma peintre favorite de tous les temps et de toutes les écoles. Je n’aurais vraiment pas su expliquer pourquoi, tout ce que je savais c’était que ses œuvres que je dévorais des yeux sans m’en rassasier, me sautaient dessus, me regardaient jusqu’au fond de l’âme, c’était ça qui était unique, c’étaient elles qui me regardaient ! Muriel Gold me regardait avec amour et je fondais ! » (Jean-Marc, le héros homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 216) ; « Ton regard de Madone me perdra, me tuera. » (cf. la chanson « Corrida » du Teenager de la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « Je me voyais comme par-dessus mon épaule, ou plutôt, à cause du regard de cette salope posé sur moi, comme si j’étais elle. » (Yvon en parlant du regard de Groucha, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p.258) ; « J’ai essayé de dormir. Mais y avait rien à faire. Dès que je fermais les yeux, j’avais des paillettes d’or qui me pleuvaient devant les rétines. Et derrière ce rideau, Groucha, dansant une sorte de danse du ventre, avec son piercing au milieu qui faisait comme un œil éblouissante. Groucha, ça virait à l’obsession. Il me la fallait. Et à froid, loin d’elle et de son regard moqueur, ça me paraissait pas si hors de portée que ça. » (idem, p. 261) ; « Ses yeux, ils devenaient de plus en plus grands et brillants, comme ceux des méchantes dans les dessins animés japonais, avec trois gros points blancs qui tremblent au milieu des iris. ‘Je suis un peu sorcière.’ » (idem, p. 265) ; « Les yeux des filles, ça sert à quoi ? Ça sert à mettre le feu partout. Ça rend fou. […] Les Brésiliennes ont des yeux incandescents. » (Charlène Duval, l’acteur transgenre M to F, dans son spectacle musical Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Il ne faut pas me regarder dans les yeux. […] Votre regard me brûle. Je ne supporte pas votre regard !! » (la Bête s’adressant à la Belle, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Je me dirige vers le groupe que forment quelques femmes sans âge. Elles m’accueillent avec une chaleur exagérée. Je sens votre regard toujours posé sur moi. C’est décidé : je ne vous parlerai pas. Je commence à ne plus aimer vos yeux sur moi. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 17-18) ; « Comment vous faites pour être sexys avec des gros yeux comme ça ? » (Shirley Souagnon s’adressant à toutes les « femmes hétérosexuelles » dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le personnage de Leonora (Elizabeth Taylor) est central, et est visité chaque nuit par le héros homosexuel (William) : elle est veillée et exerce sur lui une emprise énigmatique puisqu’elle lui donne l’impression de le surveiller même quand elle dort les yeux fermés. La passion de William – une adoration distante, décorporéisée, mais pas du tout chaste pour autant – pour Leonora finira tragiquement puisque le héros homosexuel sera achevé d’un coup de revolver par le Major Weldon, lors d’une nuit où il était une nouvelle fois venu vénérer sa Muse assoupie. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, parodie les passagères nord-américaines « aux ongles tellement longs que tu pourrais te crever un œil avec » et qui en grandes bourgeoises s’extasient devant un verre d’eau offert grâcement par la compagnie aérienne. Il éteint leur enthousiasme, en faisant comme par hasard mention de l’or : « Ça va… C’était un verre d’eau, pas un lingot non plus ! »

 

L’espace psychique du personnage gay est tellement envahi par la présence de ce regard féminin (télévisuel, incestueux et maternel la plupart du temps) que ce même héros, une fois arrivé à maturité d’adulte, a souvent du mal par la suite à se donner totalement à son compagnon homosexuel ou à l’amour en général… même si c’est le regard féminin angélique qui lui a parfois appris son homosexualité : « Ma mère nous regarde ! » (Bryan à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 147) ; « Ma mère c’est l’œil de Moscou : elle voit, entend et devine tout ! » (idem, p. 176) ; « Ma mère, c’est simple : c’est l’Œil de Moscou. Toujours sur mon dos, à me juger, à me critiquer. Et je te laisse imaginer : le coming out n’a rien arrangé. » (Sandrine, l’héroïne lesbienne, dans l’épisode 504 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 10 juillet 2019 sur TF1) ; « Le seul regard de femme que tu portes en ton âme n’est plus sur cette terre. Et ce regard de femme, c’est celui de ta mère. » (cf. la chanson « Éternel Rebelle » de la Groupie dans la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « Quand j’ai relevé les yeux, j’ai vu qu’elle [la mère d’Arthur] m’observait, d’un regard qui n’était pas inquisiteur mais plutôt contemplatif. Oui, elle faisait cela, me contempler. Et, dans ses yeux à elle, alors j’ai vu qu’elle savait tout, sans qu’on lui ait rien dit, qu’elle avait tout deviné, qu’elle avait compris toute cette histoire, la nôtre. » (Vincent en parlant à son amant Arthur de sa mère endeuillée, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 169-170) ; « Olivier jette quelques coups d’œil rapides vers son ami, il ne peut pas s’en empêcher. Au bout d’une demi-heure environ, il se rend compte qu’Alice l’observe. Depuis quand le regarde-t-elle ? A-t-elle compris quelque chose ? Les femmes sont plus rapides que les hommes pour décrypter les signes. Olivier se sent comme pris sur le fait, il n’ose plus fixer autre chose que ses feuilles de cours. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 92) ; « Une femme d’humain se tenait debout devant nous et nous regardait, immobile. […] Derrière elle se tenait un homme assez petit. […] L’homme était très poilu et sentait de loin la chèvre. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 59) ; « Je ne me rassemble et ne me définis qu’autour d’elle. Par quelle illusion j’ai pu croire jusqu’à ce jour que je la façonnais à ma ressemblance ? Tandis qu’au contraire c’est moi qui me pliais à la sienne ; et je ne le remarquais pas ! Ou plutôt : par un étrange croisement d’influences amoureuses, nos deux êtres, réciproquement, se déformaient. Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s’aiment se façonne à cette idole qu’il contemple dans le cœur de l’autre… » (Édouard dans le roman Les Faux-monnayeurs (1925) d’André Gide, p. 83) Le regard féminin semble être à lui seul l’allégorie du mirage de l’amour dans lequel chacun des deux membres du couple homosexuel s’est engagé : « Pendant que nous faisions l’amour, nous apercevions à travers la persienne, sur le balcon de la maison d’en face, une jeune femme dont nous pouvions suivre la marche de l’anguille dans la tapisserie. Comment ne pas nous demander si elle ne soupçonnait pas ce qui se passait de notre côté ? Elle nous avait vus fermer la fenêtre, tirer les rideaux. Le mystère de cette présence redoublait notre plaisir. » (Marcel Jouhandeau, Gourdin d’Élise, 1962) ; « Ça te dérange pas que ta mère te voie quand tu baises ? » (Nathan au lit avec Sean, et parlant d’une photo de la mère de Sean punaisée au mur, dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo)

 

Par exemple, dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux amantes Kena et Ziki sont sous le regard délateur et effrayant de toute la communauté féminine et maternelle kényane (la pire, c’est Mama Atim, la commère). En particulier, Rose, la maman de Ziki, a surpris sa fille embrasser Kena : « J’ai tout vu, Ziki. »
 

REGARD FEM 11 Lady Gaga

Lady Gaga


 

Derrière la fixation homo-fictionnelle sur les regards féminins, on peut déceler en toile de fond une peur de la sexualité et de la génitalité en général. Un refus du désir.

 

Michel (hétéro) – « Pourquoi tu me regardes ?

Patricia (lesbienne) – Parce que je te regarde. […] Je ne veux pas être amoureuse de toi. »

(cf. un dialogue du film « P.A. » (2010) de Sophie Laly)

 

Quelquefois, les yeux impénétrables de la femme endormie sont l’allégorie de l’indifférence féminine face à la souffrance et l’individualité masculine : « … La belle Claire aux beaux yeux clairs. Oui, c’est ça : elle n’est peut-être rien d’autre qu’une jolie jeune femme au regard fuyant. » (le narrateur du roman Son frère (2001) de Philippe Besson, p. 48) ; « Toute observatrice qu’elle était, Maman n’avait jamais été d’une grande curiosité. » (Ednar, le héros homosexuel du roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 69)

 

REGARD FEM 8 Concert Mylène

Concert Mylène Farmer, N°5


 

La femme qui n’a qu’un regard à proposer/montrer est aussi tout simplement la femme violée, celle qui est sans voix (et qui est sublimée ainsi) : cf. le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec le regard prononcé de Loïs, l’amie de Kenny ; et puis l’affiche du regard effrayé de Marion Crane dans le film « Psychose » d’Hitchcock), etc. On en trouve un bel exemple avec la scène de sexe lesbien entre deux femmes en burka dans le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina. C’est aussi le cas dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs : la photo-portrait préférée du couple homo Paul-Erik représente le regard affolé d’une femme qui rate son métro. Les héros homosexuels aiment le regard féminin surtout parce qu’il est, de manière voilée et esthétisée, la mémoire du viol qu’ils ont vécu ou désiré. « Elle me regardait comme le Sphinx qui règne sur la plaine d’Égypte. » (Amy Miller par rapport à sa fille Julia, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; « Elle a des yeux d’Égyptienne, des yeux aussi intenses, je n’en ai vus qu’une seule fois dans ma vie. Julia Miller ! » (Arthur, le héros homosexuel, par rapport à Julia, la femme violée par son père, idem)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) T’as de beaux yeux, tu sais ?

REGARD FEM 9 Annie Lennox

Annie Lennox, période « Eurythmics »


 

Un certain nombre de gens dans notre société sacralisent le regard féminin et la perception féminine, comme s’ils étaient le summum de la séduction, de la beauté, du pouvoir. On entend fréquemment (surtout de la bouche des femmes féministes qui « verraient tout » mieux que les autres, ou des femmes lesbiennes) la ritournelle sexiste et misandre sur la soi-disant « intuition féminine naturelle », la force du point de vue des femmes : « Les femmes perçoivent énormément les choses et c’est ce qui les rend si enrichissantes. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 129) Je vous renvoie à la partie « Intuition féminine » dans le code « Mère gay friendly » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

REGARD FEM 10 Cindy

Comédie musicale « Cindy » de Plamondon


 

Le regard féminin, loin d’être d’abord applicable uniquement aux femmes réelles, concerne avant tout le veau d’or asexué aux yeux sur-féminisés (façon danseuse du Lido), objet de tous les fantasmes angélistes, matriarcaux, machistes et réifiants de l’individu homosexuel, que certaines icônes gay se plaisent à incarner : je pense par exemple à la couverture de l’album du spectacle musical Cindy… proche des yeux androgynes ultra-maquillés de Boy George, Jeanne Mas, Marilyn Manson, David Bowie, Marianne James, et tant d’autres.

 

REGARD FEM 11 - Benedict

Clip « Listen to the sand » de Benedict


 

Dans le discours de certains individus homosexuels, le regard féminin a tendance à se mythifier. « Prenez garde ! La Dame blanche vous regarde ! » (Renaud Camus dans le documentaire « L’Atelier d’écriture de Renaud Camus » (1997) de Pascal Bouhénic) D’ailleurs, la femme dépeinte par les créateurs homosexuels sous forme de prostituée-méduse, de moitié gémellaire narcissique androgynique, ou de serpent faussement assoupi (cf. je vous renvoie au code « Femme allongée » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ressemble à un cyclope, cet être mythique homérique qui ne possède qu’un seul œil : je pense par exemple à la photo Juin 1991 de Jean-Claude Lagrèze, au tatouage de l’œil sur l’épaule gauche de Félix Sierra, ou bien encore à la Femme assise de Copi : « Un œil, quatre cheveux, un nez, une chaise : la femme assise. » (cf. l’article de Cavana dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, p. 75). Par exemple, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check,Paul, homme homosexuel, a retrouvé la foi en regardant accidentellement à la télé une nonne borgne, la Mère Angelica, et ça a bouleversé sa vie de foi du tout au tout. Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Linn, jeune homme brésilien travesti en femme prostituée, s’applique du gros scotch partout sur le visage, et ne laisse un trou que sur un de ses yeux, et sur sa bouche ; et ensuite, il suce un godemiché en plastique en forme de bite, puis l’introduit dans son œil. Par ailleurs, en 1943, la sculptrice Louise Bourgeois réalise un dessin d’araignée avec un œil de cyclope.

 

Sketch « Les Scénaristes » des Robins des Bois (avec la référence à la pute-borgne lesbienne)

 
 

b) Les yeux-revolver :

En général, la femme (endormie ?) vue fantasmatiquement par l’individu homosexuel épie et hypnotise de ses yeux d’or. Elle a tout de l’espionne inquisitrice : « ‘Elle est là, murmura-t-elle. Elle m’espionne. Elle est toujours là.’ » (la Chola, un homme transsexuel M to F, parlant de sa voisine de palier dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 237)

 

Quelquefois, le pouvoir hypnotique de cette femme mentale aux yeux dorés conduit celui qui les observe à devenir lui-même objet, fou à lier (comme le fan), et à mourir : « Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité.[…] Et enfin, de sa main droite, elle a bouché mes narines. Plus d’air. Le grand sommeil. Le noir paisible. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 93-94)

 

REGARD FEM 12 - Jeanne Mas

Jeanne Mas


 

Dans le discours de certaines personnes homosexuelles, le regard féminin n’est pas associé à la douceur et à la fragilité des femmes réelles. Il est plutôt le regard de conquête machiste (arboré parfois par les personnes transgenres, les prostituées cinématographiques et les chanteuses « qui n’en veulent »), de prétention à la possession et à la réification, du voyeurisme, de la puissance de séduction anesthésiante. « Ednar savait que Fanny [sa tante] était une femme dépourvue de curiosité mais dotée d’un tempérament d’observatrice innée. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011), p. 54) On lit en toile de fond une peur de la sexualité et de la génitalité, un refus du désir : « Je rougis à chaque fois qu’une paire d’yeux humains, mâles ou femelles, rencontraient les miens. Surtout les yeux féminins, car je passais mon existence entouré principalement de dames et de demoiselles. » (Tennessee Williams parlant de son adolescence, dans son autobiographie Mémoires d’un vieux crocodile (1972), p. 38)

 

REGARD 13 - Boy George

Le chanteur Boy George


 

Plus largement, le regard féminin pesant et idéalisé dont parlent les individus homosexuels et ceux qui défendent leurs couples renvoie à leur propre misanthropie, à leur fuite/extériorisation narcissique d’eux-mêmes, ou à une vision diabolisée et idolâtre de ladite « société », cette Déesse indomptable avec laquelle ils veulent fusionner, par démission (cf. je vous indique la lecture des codes « Poids des mots et des regards » et « Lunettes d’or » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ça se passera d’autant mieux que le regard de la société changera sur ces couples. » (Anne Hidalgo, socialiste, s’exprimant sur la loi pour le « mariage pour tous » dans l’émission Mots croisés « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2 le 17 septembre 2012)

 
 

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