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Code n°152 – Putain béatifiée (sous-codes : Prostituée lesbienne / Pute de luxe)

Putain béatifiée

Putain béatifiée

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

La jouissance d’être un « piège à hommes », une « arme de séduction massive »

 

Énormément de personnes homosexuelles abordent le thème de la prostitution, féminine comme masculine, parce que celle-ci correspond chez elles à un fantasme esthétisé de viol plus ou moins avoué, parfois actualisé dans leur propre mode de vie, ou projeté à tort sur les femmes réelles.

 

Pour beaucoup d’entre elles, la première des putains, c’est d’abord leur maman (plus symbolique que biologique) : d’une part, si on rentre dans leur système de pensée incestuel, leur mère biologique a bien dû « fauter » au moins une fois avec leur père pour les avoir ! ; d’une part, leur mère cinématographique a bien été obligée de se vendre scandaleusement pour réaliser de beaux films ! Sur pellicule, l’insulte « pute » s’étendra à toutes les femmes que les personnages homosexuels rêvent vierges et qui ne leur ont pas consacré leur virginité.

 

La putain est la reine de la communauté homo. Mais attention, quand je dis ça, je parle surtout de la péripatéticienne scénique. La majorité des personnes homosexuelles ne s’intéressent pas tant à la prostituée réelle qu’à l’icône de la bad girl. Si elles étaient réellement sensibilisées aux conditions difficiles dans lesquelles vivent les vraies prostituées (précarité financière, exposition aux maladies, alcoolisme, drogue, suicide, solitude, mort prématurée, persécution policière, exil, absence d’amour, mépris du corps, etc.), elles ne les idéaliseraient ni ne les mépriseraient pas autant. Leur prostituée adorée, c’est plutôt une actrice bourgeoise volontairement vulgaire et peste : elle peut être aussi bien la femme de chambre au-dessus de tout soupçon que la pute de luxe fière de l’être. Nous observons par exemple ce duo à travers les personnages de Pierrette (Fanny Ardant) et Louise (Emmanuelle Béart) dans le film « Huit Femmes » de François Ozon ; ou bien les deux prostituées jumelles (la riche et la pauvre) du vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer.

 

Cette sacralisation de la prostituée cinématographique, de la pute de luxe, n’est pas propre à l’homosexualité masculine, comme se plaisent à le croire certaines femmes lesbiennes qui pensent que la femme-objet est précisément l’anti-modèle de la communauté lesbienne. Elle est aussi typiquement lesbienne, sauf que le désir de fusion s’est érotisé dans le cas lesbien. La seule différence entre les hommes gays et les femmes lesbiennes, c’est que les hommes homos ne désirent pas génitalement l’icône prostitutive à laquelle ils s’identifient esthétiquement de manière plus démonstrative et assumée que les femmes lesbiennes ; alors que les femmes lesbiennes désirent génitalement l’icône de la femme prostituées à laquelle elles s’identifient esthétiquement dans l’attraction-répulsion, à la sauce bisexuelle et machiste : elles rejettent sa sur-féminité pour l’échanger contre une sur-masculinité, tout aussi artificielle et asexuée, finalement.

 
 

N.B. 1 : Ce code est indissociable du code « Prostitution » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

N.B. 2 : Je vous renvoie également aux codes « Mariée », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Talons aiguilles », « Reine », « Cour des miracles homosexuelle », « Regard féminin », « Attraction pour la foi », « Blasphème », « Femme étrangère », « Tante-objet ou Maman-objet », « Défense du tyran », « Actrice-Traîtresse », « Carmen », « Femme allongée », « Vierge », « Bergère », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Femme-Araignée », « Femme fellinienne géante et le pantin », « Don Juan », « Inceste », à la partie « Femme-pute » dans le code « Destruction des femmes », à la partie « Bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église » du code « Bourgeoise », à la partie « Prostituée noire » du code « Noir », à la partie « Maman-putain » du code « Matricide », à la partie sur le « Transsexuel divin » dans le code « Se prendre pour Dieu », et à la partie sur les marins dans le code « Eau », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Passion pour la prostituée de luxe :

Film "Prenez garde à la sainte putain" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Prenez garde à la sainte putain » de Rainer Werner Fassbinder


 

Dans les œuvres homo-érotiques, il est plutôt question de la prostituée et de la prostitution féminine que de la prostitution masculine : cf. l’album Putain de Jean Guidoni, le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day, le film « Les Dames du bois de Boulogne » (1945) de Jean Cocteau, le roman Les Dames du bois de Boulogne (1949) de Robert Bresson, le vidéo-clip « Roxanne » de George Michael, la chanson « Ojos Verdes » de Nazario, la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi, la comédie musicale Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy, le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le roman El Último Pecado De Una Hija del Siglo (1914) d’Álvaro Retana, le film « Les Compagnes de nuit » (1953) de Ralph Habib, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, la chanson « Fille du soleil » de Kristel Adams dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec Yolanda), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, la chanson « La Garce » de Elodie Frégé, la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, qui se prostitue), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le film « Pasajero » (2010) de Miguel Gabaldón, le film « Jeune et Jolie » (2013) de François Ozon, etc.

 

En général, le personnage homosexuel voue une passion idolâtre pour la prostituée ou la femme scandaleuse. Il la trouve magnifique et hyper glamour : « Et quand revient l’aube des hommes, je vous assure je reste belle. » (Scarlett, la prostituée-louve de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Mourad déclara que Varia était sans doute une pétasse, mais qu’il adorait les pétasses. » (Mourad, l’un des deux héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 67) ; « Je n’ai aimé que les catins. » (Lacenaire dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Par exemple, la pièce L’Amant (1962) d’Harold Pinter s’achève par la « déclaration d’amour » que Richard formule à sa femme Sarah en la traitant de « merveilleuse putain ». Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca dit sa fascination pour Déborah, un piège-à-hommes : « C’était mon idole. »

 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa la prostituée est carrément virginisée et sacralisée par ses camarades prostituées nommées « Trente-cinq » et « Quarante » : « Pire : elle est saine. » (Quarante) ; « Rosa, c’est sacré pour nous. » Lors du repas où sa bande de crapules se réunit pour une fête, elle se retrouve à la place du Christ, au milieu de la Cène.
 

La prostituée qu’aime le héros homosexuel peut même être une reine, une princesse, une femme d’affaires politiques, ou une bourgeoise : cf. la chanson « Queen Bitch » de David Bowie, la B.D La Verdadera Historia Del Superguerrero Del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik (avec Cheo-Seon, la reine-putain), la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi (avec Madame Ada, la bourgeoise prostituée), la chanson « My Shocking Princess » de Paco Solis (dédiée à l’actrice porno Clara Morgane), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, etc. Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le sauna est montré comme un salon à la Nadine de Rothschild, où il convient de respecter les « codes de bienséance » et de se comporter comme une vraie Lady. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marilyn est le cadeau d’anniversaire du père de Chris : traitée de prostituée par Sultana, elle porte quand même la couronne de Reine de Beauté. Dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, Marie-Solène, la mariée en blanc, est comparée à une prostituée sur qui tous les invités de l’église sont passés.

 

La prostituée adulée par le héros homo est en général une femme à poigne, qui ne se laisse pas faire, qui après avoir été violée finit par se venger et par reconquérir son honneur et sa virginité en prenant le dessus sur ses violeurs et en réaffirmant son statut de « piège à hommes », d’icône machiste hypersexuée (cf. je vous renvoie à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra (traitée de pute par Raúl) finit par tuer au couteau de cuisine Raúl qui allait la tuer.

 

Les créateurs homosexuels aiment également le retournement camp de la grande bourgeoise en courtisane libertine : ils le trouvent non seulement drôle mais désirable (il n’y a pas que de l’auto-dérision dans la démarche d’inversion : celle-ci est aussi très naïve) : « La Reine des Rats se glissa entre mes pattes et me suça le pénis sans résultat. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 118) ; « Le job, c’est de l’argent, et l’argent, c’est que pour le sexe ! Time is money, money is sex. » (la Comtesse Conule de la Tronchade, surnommée « la comtesse de Sodome et Gomorrhe », dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je ne suis pas une putain, c’est moi qui paie ! » (Maria-José, le transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 36) ; « Chaque jour vers l’enfer nous descendons d’un pas, sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange le sein martyrisé d’une antique catin, nous volons au passage un plaisir clandestin. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel adore s’insulter ou traiter ses amis homos de putes : « Quelle chaleur de pute ! » ; « Qu’est-ce que tu fous, connasse ? » ; « T’as dormi où, p’tite salope ? » ; etc.

 

La prostituée des fictions homo-érotiques a le privilège de mériter de l’allégorie ! Je pense par exemple aux majuscules mises à « la Pute » ou « la Garce » dans le discours de Vincent Garbo, le héros bisexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta.

 

Ce n’est pas la prostituée réelle mais la « pute de luxe », la prostituée cinématographique, qui trouve grâce aux yeux du héros homosexuel (la détresse de la vraie prostituée, il s’en moque bien !). La seconde doit obligatoirement figurer au carré d’or, « VIP », sous le feu des projecteurs : cf. le film « Puta De Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria, le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (avec les personnages sulfureux, et pourtant bien sous tous rapports, de Pierrette, la pute lesbienne sophistiquée et « bourgeoise ratée » jouée par Fanny Ardant, et de Claire, la domestique « chaudasse » et impertinente interprétée par Emmanuelle Béart), les vidéo-clips des chansons « California » et « Libertine » de Mylène Farmer, le film « La Punition » (1972) de Pierre-Alain Jolivet (avec la prostituée de luxe), etc.

 

« J’adore les prostituées au cinéma. » (« », le héros homosexuel du film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) ; « Groucha ne correspondait pas exactement à l’image usuelle de la garce et relevait en fait d’une sous-catégorie moins connue mais encore plus dangereuse de garces, la garce sophistiquée. » (Yvon, le héros « hétéro » du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 68) ; « Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. » (idem, p. 264) ; « Vous êtes une putain, Valmont. » (Merteuil s’adressant à Valmont avec son voile blanc de mariée, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; etc.

 

Par exemple, Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), tous les personnages du travesti M to F David Forgit sont des prostituées misérables mais qui jouent cyniquement à être des putes de luxe quand même : « Oui, j’ai fait carrière au bois… […] J’ai toujours eu les yeux plus gros que le ventre… question luxe. […] Fille de joie au bois… depuis 30 ans. » Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, Reme est surnommée la « pute d’or » par Peio. Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, l’actrice Jane Randolph est érigée en modèle de vertu par Molina, le héros homosexuel. Dans le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, la mère est à la fois la femme adultère et la parfaite bourgeoise digne et pieuse. Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval rappelle avec nostalgie son fantasme d’incarner la vamp, la prostituée de luxe qui ramène chez elles des « jeunes hommes sans cervelle ». Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Martine, la prostituée, est plus fine et perspicace que les autres personnages.

 

Souvent, le héros homosexuel est touché par la fragilité de la prostituée, par son statut de reine détrônée, d’ange déchu, de vierge violée mais aussi vengeresse. « Je suis si fragile qu’on me tienne la main. » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Ne la laisse pas tomber. Elle est si fragile. Être une femme libérée, tu sais, c’est pas si facile. » (cf. la chanson « Femme libérée » de Cookie Dingler) ; « Je suis stoïque, mais plus pour longtemps… » (cf. la chanson « Pas de doute » de Mylène Farmer) C’est son propre fantasme narcissique de viol qu’il admire en elle. La prostituée est une icône de puissance (encore en veilleuse), du danger sexuel. Elle en impose. Par exemple, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, c’est Scarlett, la prostituée tueuse, qui butera le loup. Dans le film « L’Affaire Crazy Capo » (1973) de Patrick Jamain, Alice Sapritch tient un luxueux bordel masculin, est meneuse d’hommes. La prostituée est l’incarnation du meurtre parricide élégant : « Jolie s’empara d’une brosse d’argent et le frappa sur la tête. Le Sénateur tomba la tête la première dans l’eau. » (Copi, La Vie est un tango (1979), pp. 27-28) ; « Change de trottoir, le mien est piégé. Si c’est trop tard, ne reste pas figé ! Sors du trou noir ! Je fais mon métier. J’ai peur de rien, je suis une femme pressée ! » (cf. la chanson « Une Femme pressée » du groupe L5)

 

La prostituée que le héros homosexuel vénère peut également être tout simplement le rôle homosexualisé (et finalement dégradant, féminisé, exploité) qui est donné à l’amant de ce dernier : « Malgré son côté sainte-nitouche, ça doit être une sacrée salope au lit. » (Jonathan en parlant de son futur « plan cul » avec Matthieu, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves traite Jacques, son futur amant, de « pute »… alors que ce dernier rêverait ironiquement, en bon dandy dix-huitiémiste qui se respecte, de se faire au moins traiter de « catin » : ça fait plus classe !

 

Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, la relation de « couple » est mise sur le même plan que la relation prostitutionnelle. Par exemple, Petra demande à son amante Jane si elle a déjà payé pour coucher. Voyant l’attraction interdite de sa compagne pour les prostituées (et notamment la jeune Anna), Petra ironise : « Ça te fascine, hein ? T’aimerais qu’on en ramène une un jour ? » (Petra s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 78) ; « Plus tard, alors qu’elles étaient couchées et que Petra commençait à lui embrasser la nuque, le souvenir des deux filles lui revint à l’esprit. Elle se souvint du contraste saisissant entre leurs longs cheveux noirs et leur peau pâle, comme Blanche-Neige, qui lui rappelait tant le teint d’Anna. » (p. 79)
 

En somme, la prostituée fantasmée par le personnage homo est l’incarnation « vivante » de ce désir-machiste-dans-un-corps-voulu-asexué-ou-hypersexué qu’est le désir homosexuel ou le désir hétérosexuel : « Vous aussi, vous êtes un mec bien. » (Jules, le personnage homosexuel s’adressant à Michèle la prostituée, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau)

 
 

b) La sacralisation de la sainte Pute :

Film "Entre Tinieblas" de Pedro Almodóvar

Film « Entre Tinieblas » de Pedro Almodóvar


 

Le héros homosexuel pousse la passion pour la prostituée cinématographique au paroxysme de la dévotion. Il la présente (et pas qu’ironiquement) comme une sainte, une Marie-Madeleine ! cf. la pièce L’Ingénue Libertine (1909) de Colette, le film « La Sorcière vierge » (1972) de Ray Austin, le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec Cristina), le film « Couvent de la Bête sacrée » (1974) de Norifumi Suzuki, le film « Esperanza et ses saints » (2000) d’Alejandro Springall, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Mousse, la prostituée héroïnomane rentrant dans l’église), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar (avec la chanteuse-prostituée Yolanda arrivant dans l’église du couvent comme une apparition divine), le vidéo-clip de la chanson « Like A Prayer » de Madonna, la chanson « Maria-Magdalena » de Sandra, etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le sauna est transformé en église, en lieu de « mystère et de sensualité », avec de l’encens, des clients qui chantent du gospel, et même des « novices » ! Le film « Y a-t-il des pommes au paradis ? » (2006) de Ben Yamed Mohamed Bahri raconte comment un travesti rencontre Jésus. Dans la pièce Les Monologues du pénis(2007) de Carlos Goncalves, l’actrice Monica Bellucci est, selon Sylvain le personnage homosexuel, la « sainte patronne des comédiens ». Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane, l’héroïne lesbienne, représente la vierge cachée derrière la « pute » : elle a une réputation d’allumeuse dans le club de piscine (« Elle fait encore la pute, ta copine. » dit une camarade à la future amante de Floriane, Marie) alors qu’en réalité, elle n’a jamais couché avec un garçon. Finalement, Floriane est la Don Juane qui, pour faire mentir son image sulfureuse (ou carrément pour la confirmer et la forcer), draguera Marie pour de vrai : « Si jamais François sait que chuis pas une vrai salope, c’est fini. […] J’voudrais que ce soit toi, Marie. Que tu sois la première. Que tu me débarrasses. » Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, le spectateur assiste à la métamorphose de la prostituée lesbienne Jézabel en dévote : « Qui sait ? Peut-être que t’as l’âme d’une sainte. » (le père David s’adressant à Jézabel) Dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, il est question d’« une petite vierge élevée pour être putain ». Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, la meilleure amie de Zize, le travesti M to F, s’appelle « Annonciade » et est prostituée également.

 

« Elle s’appelait Maria. » (Jane à propos de la prostituée Maria, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 159) ; « Rien ne semble pouvoir briser le cycle monotone du quotidien mélancolique de Maria qui vit et travaille à Paris. Jusqu’au jour où cette prostituée anglaise, esseulée, sera élue et révélée par l’Annonciation. » (cf. la critique du film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » (2011) d’Antony Hickling, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « La garce et la grâce ! » (Nietzsche à sa sœur Élisabeth, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Toutes, sans exception, sont vierges ! » (le Maître de Cérémonie en parlant des 6 call-girls qui l’entourent, dans la comédie musicale Cabaret (2011) de Sam Mendes et Rob Marshall) ; « Vous êtes la nouvelle Vierge Marie ? » (Yoann, le héros homosexuel, s’adressant à l’ex-femme de son amant Julien, Zoé, une femme très légère, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Elle baise pas. C’est une sainte. » (Meri, le transsexuel M to F se moquant de la prudence de Davide, son jeune camarade homo de 14 ans, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « La Sainte Vierge incarnée ! » (Azario, un ami homo de Davide tout content d’avoir peinturluré de maquillage son amie gothique, idem) ; etc.

 
 

c) L’identification narcissique à la prostituée, l’icône de l’hypersexualité machiste et asexuée :

Pochette de l'album Les Chansons de l'innocence retrouvée d'Étienne Daho

Pochette de l’album Les Chansons de l’innocence retrouvée d’Étienne Daho


 

Le héros homosexuel sacralise la prostituée en Reine parce qu’il rêve de se substituer à elle, de lui piquer son diadème, et de se déifier lui-même par identification : cf. le roman Jésus-la-Caille (1914) de Francis Carco, le film « Morrer Como Um Homem » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues (avec Tonia, le transsexuel M to F, priant saint Antoine à genou chez elle), le film « L.A. Zombie » (2010) de Bruce LaBruce, le roman Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet (avec le travesti « Divine »), la pièce Les Précieux ridicules (2008) de Damien Poinsard et Guido Reyna, etc. « Fais-moi un chèque, chèque, si tu veux me check-check, si tu veux mes fesses, traite-moi comme une princesse, mec. » (cf. la chanson « Fais-moi un chèque » du travesti Jena Kanelle) ; « Dans la nuit, j’étais la poupée qu’on habille et qu’on déshabille. » (cf. la chanson « Le Privilège » de Michel Sardou) ; « Tu m’as pris pour une pute ? » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017) ; « Je suis né il y a quelques jours dans un bois. Et tout qui s’est passé avant ça compte pas. » (Angelo, le prostitué bien nommé, retrouvé inanimé au Bois de Boulogne, dans le film « Notre Paradis » (2010) de Gaël Morel) ; « Moi, j’ai été enfant de chœur de la Vierge de Fatima ! » (Raulito le prostitué, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Cette nuit, je suis allé dans un lieu dont je n’ose même pas vous parler… eh bien bizarrement, j’ai l’impression qu’Il [Dieu] était là aussi. Comme si aucun lieu ne Lui échappait ! » (Malcolm, le prostitué homosexuel, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, pp. 120-121) ; « Le trottoir, c’est mon Royaume ! Sur le trottoir, je suis née, la pissoire c’est mon Palais. » (Fifi, le travesti M to F de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Cody est petit, musclé à l’américaine, avec des muscles ronds et gras. Il teint ses cheveux en blond et passe son temps à les ramener derrière les oreilles alors qu’ils ne font pas plus de trois millimètres de longueur. Il semble regarder par en dessous avec son petit air de princesse ou de pute supérieure, derrière des lentilles bleues. » (Mike, le narrateur homosexuel décrivant Cody, son pote gay efféminé nord-américain, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 89) ; « Devant le miroir, Cody lève les cheveux de sa perruque blonde et dit ‘Je souis Catherine Denouve, non, dans une film de Bunuel ?’ En me regardant, les cheveux toujours maintenus en l’air, il dit ‘Toi, tu es Vanessa ? Ça fait très français, ça, comme nom, quoi. Catherine Denouve et Vanessa de Paris, les putes gratuites qui cherchent les hommes pour leur vagina.’ » (Cody, idem, p. 101) ; etc.

 

L’identification du personnage homosexuel à la prostituée est parfois totale : « Je veux être une traînée. » (Paul, le héros homosexuel du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Si ! Je suis une Salope ! » (Todd, le héros homosexuel du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; « Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre. » (cf. la phrase inscrite sur l’affiche du film « Prêtre » (1994) d’Antonia Bird) ; « J’embrasse comme une prostituée. » (Arnold Wilcox, le flic gay de la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd) ; « J’ai toujours rêvé d’aller tapiner sur Hollywood Boulevard ! » (Daniel dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez) ; « On dirait deux putes ! » (Max, en parlant de lui et de son amant Fred, habillés avec un tee-shirt TATI, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « C’est depuis que je suis petit que ça me tient : l’envie d’être pute. » (Franck, le héros homosexuel de la pièce Mon amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « J’ai comme une envie de voir ma vie au lit. » (cf. la chanson « Je t’aime mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Je, je, suis libertine, je suis une catin ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Et c’est devenue une traînée… comme moi. » (Jérémy Lorca parlant de l’actrice Brigitte Bardot, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, le comédien imite une metteur en scène acariâtre, Julie Duchâtel, qui se définit elle-même comme la « P.U.T. du Paca » : « Je suis pute. » Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, Cosette (interprétée par un homme travesti) veut devenir prostituée. Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, l’écrivain maudit homosexuel, a tourné dans le film « Les Misérables » et a joué le rôle d’une pute.

 

Cette identification à la prostituée n’est pas propre aux personnages homos masculins. Elle vient aussi beaucoup des héroïnes lesbiennes, qui vivent leur homosexualité en même temps qu’elles font le tapin. La figure de la prostituée lesbienne est récurrente : cf. le film « Gigola » (2010) de Laure Charpentier (avec la figure de la garçonne vêtue d’un smoking), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, l’héroïne lesbienne), la pièce Psy (2009) de Nicolas Taffin (avec Natacha, la strip-teaseuse bisexuelle), la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet (avec le personnage de Caroline), la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt (avec le personnage de Jessy), la chanson « Bad Girl » de Mylène Farmer, le film « Hardcore » (2004) de Dennis Iliadis, le film « Monster » (2003) de Patty Jenkins, le film « Fiona » (1999) d’Amos Kollek, le film « Et mourir de désir » (1973) de Jean Bastia, le sketch « Les Scénaristes » des Robins des Bois, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Garance, la prostituée lesbienne), etc.

 

« J’ai eu quelques femmes au début, mais c’est plus rares maintenant. » (Martine, la prostituée gérant une maison close, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Le pasteur l’avait-il vraiment prise pour une prostituée enceinte à la recherche d’un abri ? Elles étaient jolies, ces filles, beaucoup plus jeunes qu’elle, pour la plupart ; peut-être devrait-elle prendre cela pour un compliment. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 54) ; « C’est nous qui lançons la mode. Nous, les blacks et les gays. » (Maria, la prostituée, s’adressant à Jane, idem, p. 165) ; « Greta m’a embrassée une fois. Elle embrassait bien. Moi aussi je l’ai embrassée. » (Frau Becker s’adressant à Jane, idem, p. 215) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Simon, l’un des héros homosexuels, compare sa meilleure amie lesbienne Polly à une prostituée (p. 13). Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, on trouve des prostituées (les « dames du Lusty »), dont certaines sont lesbiennes. Dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, Simone, l’hétérosexuelle bourgeoise, se révèle finalement lesbienne. Dans le film « Where’s Poppa ? » (1970) de Carl Reiner, la prostituée représente la tentation bisexuelle. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne, détourne le jeune Santiago. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Camille, l’héroïne bisexuelle, est présentée comme une « femme libre et sans entraves », volage et libérée.

 

C’est souvent l’héroïne lesbienne ou bisexuelle elle-même qui se définit comme une prostituée : « Je je suis libertine, je suis une catin ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Moi, c’que je veux, c’est devenir une pute ! » (Camille, la narratrice lesbienne dans son one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Je suis mauvaise. Une dévergondée. Une putain. » (Hadda dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 195)

 

À force de fuir la femme-objet cinématographique soumise au viol (le viol de la prostitution, voire le viol maquillé par le mariage bourgeois), l’héroïne lesbienne, même butch, finit par fusionner avec la prostituée, pour ne former qu’une seule et même créature : « Elle gère son sex-appeal. Ça lui donne même un côté pute de luxe à mille lieues de l’image qu’on se fait de la lesbienne un peu tarée de cinquante berges. » (Mike, le narrateur homo, parlant de sa pote lesbienne masculine Claude, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 49-50) ; « C’était une pute gouine. » (l’un des jurés, homo, qui ressemble aux chanteurs du groupe Indochine, « clashant » un candidat-chanteur dans le sketch « Stop Stars » de Kad & Olivier) ; etc. Par exemple, dans la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, Nina, l’héroïne lesbienne, vit en colocation avec Janis, la strip-teaseuse.

 

C’est la confrontation à des hommes machos et obsédés uniquement par leur petite jouissance qui conduit certaines « travailleuses du sexe » à se tourner vers les femmes.

 
 

d) Le goût de « l’idée de prostitution » comme le signe d’un désir homosexuel incestuel :

L’attachement homosexuel à la prostituée renvoie également à l’inceste. La prostituée est la figure enviée mais aussi jalousée de la mère : « Et si on trouvait une prostituée pour ton père ? » (Khalid s’adressant à son amant Omar, au moment où ils pénètrent la plus grande forêt du Maroc, la Mamora, un haut lieu de prostitution, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 124) ; « Elle faisait vraiment vieille pute, dans son peignoir à fleurs. Peut-être était-elle réellement une pute, d’ailleurs. » (Corinne décrivant sa probable mère biologique, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 226) ; « C’est un manteau de ma mère, cette salope ! » (Chloé dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe Botti) ; « Quand ton père m’a connue, j’étais une junkie séropositive. » (la mère d’Ariane – et aussi du héros homosexuel – s’adressant à sa fille, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Maman, elle était pas plus religieuse que moi ! » (Carmen, la fille légère de la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Christian Bordeleau) ; « Ma maman, c’est une pute. Et Dieu sait combien j’l’adore ! » (Crunch, l’un des héros homosexuels, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Frigo (1983), la mère de « L. » se prostitue avant d’aller aux offices religieux : « Je m’attarde sur les escaliers du Sacré-Cœur avant la première messe. » (p. 29). Dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la mère de Dzav est prostituée au Bois de Boulogne. Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, la mère de la petite Jeanne (6 ans) est prostituée. Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Suzanne (la mère du héros homosexuel, jouée par Catherine Deneuve) est décrite comme une « bourgeoise nymphomane ». Dans le roman Hawa (2011) de Mohamed Leftah, les jumeaux Zapata et Hawa sont les fruits de la rencontre d’un soldat américain et d’une prostituée. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, met sa grand-mère (qui le traite de « pupute » au lieu de « pupuce » sans s’en apercevoir) sur un piédestal car il soutient qu’il « l’adore ». Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, la mère de Nicolas (le héros homosexuel), est une séduisante femme-objet fatale surnommée « Désirée », portant un manteau de fourrure, un peu pute et aguicheuse. Dans le film « Mommy » (2014) (toujours de Dolan), Diane, la mère de Steve (le héros homosexuel), est présentée comme la Grande Pute jalousée et magnifiée par son fils homo Steve.

 

Parfois, la fusion incestueuse est telle qu’il existe une collaboration et une étonnante compétition entre le fils homosexuel féminisé et sa mère autour de leur travail commun de prostituées. Ceci est particulièrement visible dans l’œuvre du dramaturge et dessinateur argentin Copi. Par exemple, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, c’est la mère d’Evita qui envoie sa fille « tapiner ».

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Chez Copi, la mère et la fille (transsexuelle) sont souvent amantes, ou bien l’une est la sœur maquerelle de l’autre, et elles se partagent/disputent le butin. « Ma mère, que fais-tu ici ? Je t’ai interdit de venir traîner dans mon territoire ! » (Lou s’adressant à sa mère Solitaire, à Montmartre, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1986)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 
 

La mère – « J’ai besoin d’argent pour payer mon gigolo !

« L. », la fille – C’est fini, je ne te file plus de sous !

La mère – Je t’en prie, mon chéri, juste un petit chèque pour finir de payer les traites de mon gigolo ! »

(cf. un extrait de dialogue de la pièce Le Frigo, 1983)

 

Planche "Telle mère telle fille" de la B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi

Planche « Telle mère telle fille » de la B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi


 

On a de quoi douter très sérieusement de la sexuation féminine des deux personnages en question. Il s’agit plutôt de deux parodies machistes de sur-féminité, jouées par deux hommes homosexuels travestis :

 

« L. » – « Veux-tu une tasse de thé ?

La mère – Avec un nuage de sperme, comme d’habitude. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Passion pour la prostituée de luxe :

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

Certaines personnes homosexuelles ont pu être en contact très jeunes avec le monde de la prostitution, même à travers l’industrie du porno. Même s’il est dur, il a pu bénéficier de la ré-écriture enchanteresse de l’enfance : « Cher Jorge Lavelli, Je te donne cette pièce [La Journée d’une rêveuse] en souvenir attendri de la ville de Buenos Aires qui a été, pour nous aussi, un peu le parc de notre enfance. C’est dans un coin de rue rose de cette ville que nous avons tué à coups de marteau dix-sept facteurs, un marchand de melons et la putain du coin avant d’aller comme des gosses scier les arbres des patios de San Telmo. » (cf. l’extrait d’une lettre de Copi à Jorge Lavelli, en préface de La Journée d’une rêveuse (1968), p. 7) ; « Tu me rappelais souvent que le premier mot que j’aie prononcé était ‘pute’. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 164)

 

Elles vouent une passion idolâtre pour la prostituée cinématographique ou la femme scandaleuse des médias (la prostituée réelle, elles s’en moquent éperdument !). « Si tu es libre, on va te traiter de pute. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla). Il arrive qu’elles trouvent ce « piège à hommes » magnifique et hyper glamour : « Avec la volupté d’une cover-girl, je m’en allais dans un délire de trémoussements en changeant de partenaire à chaque changement de morceau. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 133) ; « J’étais fan de Béatrice Dalle. » (Denis, un témoin homosexuel cité dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 57) ; « Et si je parle beaucoup des prostituées, c’est qu’elles portent en elles une mythologie poétique merveilleuse. Le port, les marins… Ce sont de beaux univers. Ils ont inspiré beaucoup d’auteurs et de poètes. » (Denis D’Arcangelo à propos de son spectacle Madame Raymonde, cité dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 38) Par exemple, la Patty Diphusa du réalisateur Pedro Almodóvar est certes star du porno… mais diva quand même ! Autre exemple : à l’âge de 9 ans, le couturier homosexuel Jean-Paul Gaultier, à l’école, dessinait déjà des danseuses des Folies Bergère. Pour ma part, quand j’étais en grande section de maternelle, je faisais des dessins de grandes actrices avec des talons aiguilles, un peu provocantes.

 

Cette tendance, aussi étonnant que cela puisse paraître, n’est pas circonscrite à la sphère homosexuelle. Elle s’ouvre à la collectivité qui s’hétérosexualise à grands pas. Par exemple, socialement, on observe que les Femen, ces femmes aux seins nues venant saccager des églises françaises – et dont certaines ont fait de la prostitution leur « métier » – sont portées aux nues (c’est le cas de le dire…) par nos mass médias et sont devenues très vite les porte-drapeau des droits LGBT et des défenseurs hétéros gay friendly et homosexuels du « mariage pour tous » en France. Même Anne Hidalgo, le maire de Paris, leur tresse des couronnes et arrive à les trouver « touchantes ». Ce sont nos dirigeants socialo-féministes et un certain nombre de militants homosexuels qui ont concrètement soutenu le mythe (violemment actualisé) de la putain béatifiée.

 
 

b) La sacralisation de la sainte Pute :

Jean-Paul Gaultier rejouant "Entre Tinieblas"

Jean-Paul Gaultier rejouant « Entre Tinieblas »


 

Certaines personnes homosexuelles poussent la passion pour la prostituée cinématographique au paroxysme de la dévotion. Il la présente (et pas qu’ironiquement) comme une sainte, une Marie-Madeleine ! cf. l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli (avec la prostituée Rita de Jésus). « La Vierge, c’est un monstre par définition. Dans le sens de malformation. Elle a des pouvoirs. Au sens de créature.[…] L’autre paradoxe de Caravage, c’est que le modèle de la Vierge était une pute. » (Celia la conservatrice de musées face au tableau de Carravage où la Vierge Marie, toute habillée de rouge, est enterrée, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 

Par exemple, le peintre Caravage (1571-1610) a représenté en peinture le cadavre de la Vierge… et la femme réelle qui lui a servi de modèle pour cette toile était une prostituée. Ce fait est relaté dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher).

 

Dans ses articles, le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher, après avoir détruit verbalement Eva Perón, la sanctifie : elle devient une déesse de perversion, une putain béatifiée, distribuant de la marihuana à tous les pauvres.

 

« Tu te souviens de la prostituée à la fin […]. Elle avait une tête d’ange. » (cf. un dialogue entre les trois tantes d’Alfredo Arias, se rappelant un film qu’elles ont vu ensemble, dans l’autobiographie de ce dernier, Folies-Fantômes (1997), p. 116) ; « La Chola avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. Sur son passage, flottait un délicieux parfum douceâtre. Ses formes étaient exaltées par un tailleur blanc moulant et une petite ceinture rouge. La Chola s’arrêta devant une maison basse, peinte à la chaux et surmontée d’un énorme écriteau où l’on pouvait lire ‘Église scientifique’. De part et d’autre de la porte étaient peints deux angelots assis chacun sur son nuage. Elle frappa. » (Alfredo Arias, op. cit., p. 233) ; « J’aime beaucoup Brigitte Bardot. On sent chez elle un cœur pur. » (le romancier homosexuel Julien Green, cité dans l’article « Julien Green, l’Histoire d’un Sudiste » de Philippe Vannini, sur le Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 103) ; « J’étais scandalisé qu’on traite cette femme comme une voleuse et qu’on la salisse. » (Jean-Claude Brialy parlant de Joséphine Baker, dans son autobiographie Le Ruisseau des singes (2000), p. 338)

 

Certaines personnes homosexuelles vraiment sanctifient la pin up (littéralement « celle qu’on crucifie »). Kake Frears, par exemple, n’hésite pas à qualifier la blonde aux gros seins Dolly Parton de « sainte » (cf. le documentaire « Sex’n’Pop, Part IV » (2004) de Christian Bettges). Ari Gold trouve Madonna « fantastic » (idem). Plus la femme télévisuelle est vulgaire, plus elle a des chances de devenir une icône homosexuelle adulée comme une vierge (Madonna, Mylène Farmer, Britney Spears, Christina Aguilera, Donna Summer, Bette Midler, Samantha Fox, Janet Jackson, Pussycat Dolls, Rihanna, etc.).

 

Vidéo-clip de la chanson "Like A Prayer" de Madonna

Vidéo-clip de la chanson « Like A Prayer » de Madonna


 

Dans le « milieu homosexuel », on trouve une certaine sophistication jouissive à se traiter mutuellement de « garces » ou de « putes » pour se rendre plus important. « On se dit partout ‘connasses’. On s’insulte de sales pestes. » (cf. la chanson « L’Amour ça va » de Mauvais Genre)

 

Beaucoup de créateurs homosexuels aiment également le retournement camp de la grande bourgeoise en courtisane libertine : ils le trouvent non seulement drôle mais désirable. Il n’y a pas que de l’auto-dérision dans la démarche d’inversion : celle-ci est aussi très sincère et naïve. Par exemple, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence tiennent les comptes de meurtres de prostituées, avec un Livre des Martyres. Elles jouent elles-mêmes les prostituées béatifiées.

 
 

c) L’identification narcissique à l’icône de l’hypersexualité machiste et asexuée :

Certaines personnes homosexuelles sacralisent la prostituée en Reine parce qu’elles rêvent de se substituer à elle, de lui piquer son diadème, de se déifier elles-mêmes par identification, mais aussi parfois de reprendre la main sur un viol passé. « Sur scène, j’essaie d’incarner à la fois le mac et la pute. » (le rappeur gay Mykki Blanco interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Il ne faut pas laisser les couturiers homosexuels habiller les femmes, car ils vont les transformer en prostituées.» (la couturière Gabrielle Chanel) ; etc. Il n’est pas rare qu’elles se présentent comme des saintes, des repentis de la prostitution, des Marie-Madeleine modernes ! Par exemple, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, une Sœur de la Perpétuelle Indulgence raconte (en boutade ?) qu’elle est rentrée dans la « Congrégation » après avoir été « récupérée sur un trottoir ». Harry Glenn Milstead a créé, avec John Waters, un personnage de travesti ultra-vulgaire qui s’appelait « Divine ». Pareil pour le flamboyant « Hedwig » de John Cameron Mitchell, se comparant à Lazare ; ou bien pour Yvette Leglaire, la chanteuse-prostituée travestie qui joue les monstres sacrés immortels ; ou bien pour « Madame H. », la bourgeoise-maquerelle interprétée par un travesti. Beaucoup de personnes transsexuelles M to F se prennent pour des prostituées angéliques. L’une des dénominations d’« homosexuel » les plus utilisées dans le langage courant – « queen » – est en réalité une déformation du mot « quean », qui signifiait à la base « prostituée » (cf. Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 271).

 

Cette identification à la prostituée n’est pas propre aux personnes homos masculines. Elle vient aussi beaucoup des femmes lesbiennes, qui vivent parfois leur homosexualité en même temps qu’elles font le tapin. Comme l’explique Suzette Robichon dans son article « Gouine » dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon (p. 227), à l’origine, le terme « gouine » désignait autrefois une prostituée. Dans l’iconographie, la sulfureuse garçonne flirte avec les tabous : elle se maquille et fume en public, comme les prostituées. La comédienne lesbienne Louise de Ville est le parfait exemple de la femme lesbienne passant de la pin-up coquine à la prostituée. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, Ebba, la dame de compagnie et amante secrète de la Reine Christine, est surnommée « la Catin de la Reine ».

 

À force de fuir la femme-objet cinématographique soumise au viol (le viol de la prostitution, voire le viol maquillé par le mariage bourgeois), ou bien de voir des exemples de femmes hétérosexuelles maltraitées (pléonasme…), voire de tomber sur des hommes qui se conduisent avec elles comme des clients se rendant au bordel, certaines femmes lesbiennes, même butch, finissent par fusionner avec la prostituée (celle qui semble maîtriser son corps et ses désirs, qui donne une impression d’indépendance) pour ne former qu’une seule et même personne. Et côté « travailleuses du sexe », c’est certainement la confrontation régulière à des hommes machos et obsédés uniquement par leur petite jouissance qui conduit certaines à se tourner vers les femmes. Par exemple, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, on nous parle d’une prostituée lesbienne (p. 82). Dans énormément de films pornos, beaucoup d’actrices sont forcées de tourner des scènes lesbiennes. Dans le documentaire « Tierra Madre » (2011) de Dylan Verrechia, l’héroïne, Aidee, est lesbienne et strip-teaseuse.

 

Cette putain convoitée est en réalité une projection du machisme, que certaines personnes homos ont intégrée comme la femme réelle, leur copine d’apparat : « Le soir même quand j’ai retrouvé mon cousin Stéphane il m’a posé des questions ‘C’est vrai que maintenant t’as une meuf, que ta meuf c’est Laura, celle que tout le monde dit que c’est une vraie salope’. J’avais perçu dans sa question une forme d’admiration, de complicité virile que je n’avais jamais partagées avec lui. Il était encore plus valorisant pour moi de fréquenter une ‘salope’. Elle faisait de moi un machiste qui entrait dans le cercle des garçons-que-Laura-avait-fréquentés. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 170)

 
 

d) Le goût de « l’idée de prostitution » comme le signe d’un désir homosexuel incestuel :

L’attachement homosexuel à la prostituée renvoie également à l’inceste. La prostituée est la figure enviée mais aussi jalousée de la mère : « Lorsque j’ai eu 40 ans, ma mère m’a dit : ‘Maintenant, tu fais ce que tu veux, mais, surtout, ne dis rien à ton père, ne lui montre jamais que tu es comme ça, il va dire que c’est de ma faute, que je suis une prostituée.» (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 89)

 

Par exemple, dans le cas des GPA (Gestation Pour Autrui), certains couples d’hommes cherchent des femmes à louer pour qu’elles portent « leur » futur bébé. C’est une forme d’exploitation, de « prostitution sans génitalité », mais qui passe pour une merveilleuse collaboration parce que, quelque part, elle donne la vie. Je garderai toujours en tête les propos qu’a rapportés Darren Rosemblum lors de sa conférence à Sciences-Po sur « L’homoparentalité aux USA », le 7 décembre 2011. Le jeune avocat racontait, avec des étoiles dans les yeux, comment il avait loué, avec son compagnon, le ventre d’une femme, Beth, pour avoir « leur » petite fille, et ce que Beth, la mère porteuse, avait fini par conclure qu’ils avaient tous les trois été d’accord pour opérer ensemble une « exploitation mutuelle ». Quand homosexualité, prostitution et maternité se rejoignent, cela forme un trio incestueux qui fait froid dans le dos…

 
 

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Code n°156 – Reine (sous-code : Cruella)

Reine

Reine

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La Reine prise pour l’incarnation de la différence des sexes

 

La Reine dans le film "Blanche-Neige" de Walt Disney

La Reine androgynique dans le film « Blanche-Neige » de Walt Disney


 

Encore un cadeau inattendu de Jésus ce 29 septembre 2014 en soirée. Je finalisais la rédaction de cet article traitant du lien entre PRINCESSE/REINE et HOMOSEXUALITÉ. Et ce même soir, à tout « hasard », je me suis rendu à la Manufacture des Abbesses (Paris) voir cette pièce Mâle Matériau d’Isabelle Côte Willems, œuvre très « queer » (et très merdique aussi ; mais ça, je m’en doutais un peu : passer une heure à écouter le délire schizo d’une femme qui se prend sérieusement pour un homme, ça ne risquait pas d’être brillant. Bref.). Et la toute première tirade de la pièce ne parlait que de la Princesse ! « Quand j’étais petite, j’aimais bien les déguisements de princesse. Mais avec une robe de princesse, on peut pas courir : ça se déchire. On peut pas nager, sinon on se noie, etc. » La comédienne sur scène a commencé d’emblée à réduire en pièce cette Princesse qui l’empêcherait d’être elle-même, à massacrer cette Reine mentale et de chiffon comme elle rejetait sa sexuation de femme, parce que dans son esprit les deux ne faisaient qu’une, parce qu’au fond elle amalgamait la Princesse et la différence des sexes (et ça marche aussi avec le Superman hyper viril). J’avais bientôt fini d’écrire mon code, mais ce one-woman-show m’a fait réaliser une chose capitale, m’a montré la dernière pièce manquante du puzzle : dans l’esprit de bien des personnes homosexuelles, transgenres ou transsexuelles, la Reine EST la différence des sexes à elle seule. Et l’homme-objet EST également la différence des sexes à lui tout seul. C’est pourquoi elles cherchent à rentrer dans la peau de l’archétype médiatique du sexe complémentaire – archétype qu’elles confondent avec les personnes réelles du sexe complémentaire (le Don Juan mis à la place des hommes, la Reine mise à la place des femmes) – afin d’incarner à elles seules la différence des sexes, mais aussi afin de neutraliser celle-ci par les objets et le pastiche mimétique. Rien d’étonnant que les personnes lesbiennes/transgenres F to M nées femmes, qui renient leur sexuation et la différence des sexes, rejettent dans le même mouvement les princesses et les reines qu’elles ont prises pour toutes les femmes réelles et plus globalement pour la différence des sexes. Rien d’étonnant non plus que les personnes gays/transgenres M to F nées hommes, qui renient leur sexuation et la différence des sexes, rejettent et jalousent dans le même mouvement les princesses et les reines qu’elles ont prises pour toutes les femmes réelles et plus globalement pour la différence des sexes.

 

Drag-queen

Drag-queen


 

Le désir homosexuel et transgenre, qui tente d’en même temps détruire la différence des sexes et de l’incarner à soi seul, explique que la communauté homosexuelle détruise, nie, mais aussi sacre la Reine comme une Reine, obéisse (plus ou moins ironiquement) à la logique du titre qu’elle lui décerne. C’est pourquoi paradoxalement la Reine, cette femme puissante et objet à la fois, soi-disant la première à être entrée dans une Histoire écrite majoritairement par des hommes et en leur honneur, a tout pour devenir l’icône des féministes et des personnes homosexuelles. Pratique et impactante, elle leur permet de cacher leur misogynie ou leur haine d’elles-mêmes à travers une idolâtrie que peu de nos contemporains identifient comme jalouse, haineuse, destructrice, car celle-ci scintille de mille feux. La Reine n’est pas tellement une femme. Elle est la figure fantasmée de la mère (donc l’allégorie de l’inceste), la figure fantasmée du père (donc l’allégorie du pouvoir, de la force machiste, du viol), de l’homme-objet devenu dieu (donc l’allégorie de l’androgyne asexué travesti). Les personnes homosexuelles l’intronisent puis la détruisent – comme la Reine de Beauté d’un carnaval ou d’un concours (c’est bien le char le plus beau qui subit le sort des flammes à la fin du défilé) – pour prouver qu’Elle est toute-puissante, et surtout pour cacher leur haine des femmes réelles (qui sont pourtant Reines autrement : par leur fragilité, leurs défauts, leurs imperfections, leur incarnation, leur Humanité créée par Dieu), pour cacher également leur mal-être existentiel, et parfois leur viol, à travers une carcasse d’arrogance savamment travaillée, une simulation de confiance et de fermeté. La Reine est le masque du faible, du lâche qui pense ne faire de la force d’une affaire d’apparences.

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Femme au balcon », « Douceur-poignard », « Mort = Épouse », « Mariée », « Actrice-Traîtresse », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Bergère », « Androgynie bouffon/tyran », « Vierge », « Poupées », « Femme allongée », « Bourgeoise », « Carmen », « Femme et homme en statues de cire », « Tante-objet ou Mère-objet », « Grand-mère », « Putain béatifiée », « Regard féminin », « Femme étrangère », « Mère possessive », « Matricide », « Conteur homosexuel », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Parodies de Mômes », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Éternelle jeunesse », « Don Juan », « Super-héros », « Homosexuels psychorigides », « Sirène », « Maquillage », « Liaisons dangereuses », « Destruction des femmes », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Cour des miracles », « Tout », à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et Masques », à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée », à la partie « Beauté du diable » du code « Haine de la beauté », à la partie « Applaudissements » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », à la partie « Mère folle » du code « Milieu psychiatrique », et à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) La Reine rose et gentille :

Le femme-objet adulée par le héros homosexuel est souvent une Reine : cf. la chanson « Dancing Queen » du groupe ABBA, le film « The Great McGonagall » (1974) de Joseph McGrath (avec la Reine Victoria), le film « Desperate Living » (1977) de John Waters, le film « Edward II » (1991) de Derek Jarman, le film « Senso » (1954) de Luchino Visconti, le film « Music Lovers » (1970) de Ken Russell, le film « La Reine Christine » (1933) de Rouben Mamoulian, le film « Orlando » (1992) de Sally Potter (avec la Reine Élisabeth), le film « Reinas » (2005) de Manuel Gómez Pereira, le film « I Wonna Be A Beauty Queen » (1979) de Richard Gayer, le film « Queen Of The Whole Wide World » (2001) de Roger Hyde, le film « La Reine Christine » (1933) de Rouben Mamoulian, le film « Parigi O Cara » (1962) de Vittorio Caprioli, le film « Il était une fois dans l’Est » (1974) d’André Brassard (avec la Reine Cléopâtre), le film « Cleopatra’s Second Husband » (1998) de Jon Reiss, le film « Princesa » (2001) d’Henrique Goldman, le film « Elizabeth » (1997) de Shekhar Kapur, la pièce Attachez vos ceintures (2008) de David Buniak, le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie (avec la reine endormie), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec la Reine Victoria), le vidéo-clip de la chanson « Todos Me Miran » de Gloria Trevi, la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi (avec Madame Ada, la femme de l’Ambassadeur d’Angleterre), le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer (sur un monde asexué proche de l’enfance), la pièce Mon beau-père est une princesse (2013) de Didier Bénureau, le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, la pièce Queen Size (2018) de Mandeep Raikhy, la chanson « Les Pingouins » de Juliette Gréco, etc.

 

Par exemple, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas, Gabriel et Rudolf, les trois héros gays, forment le chœur heureux d’une princesse « Sissi » autrichienne nouvelle génération : une sorte de cantatrice fantomatique des montagnes, ultra-maquillée, transgenre M to FSissi est de retour !! »). Dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, Paul, l’un des héros homosexuel, est fan de la Princesse de Clèves. Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Rani, l’une des héroïnes lesbiennes, la bonne et amante d’Anamika, porte un prénom qui signifie « Reine ». Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, se fait traiter de « Miss Bretagne » par Ninon.

 

Ellie dans la série Glee

Ellie dans la série Glee


 

En général, la Reine se résume à un costume de bal masqué ou à une femme-objet des concours de beauté. Elle est l’incarnation de l’innocence féérique et angélique : cf. le film « Little Miss Sunshine » (2006) de Jonathan Dayton, le film « La Reine du Bal » (« Prom Queen », 2004) de John L’Écuyer, le film « Miss Congeniality » (« Miss Détective », 2000) de Donald Petrie (avec quelques reines de beauté lesbiennes), la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (deux amies, Amy et Karma, sont célébrées comme le couple lesbien roi de la Fête du Lycée), le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, etc.

 

Série Faking It

Série Faking It


 

« Il y a toujours un personnage de l’Histoire de France qui m’a fasciné : c’est Marie-Antoinette. Je ne sais pas pourquoi. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Je suis la reine du camouflage. » (Martial dans la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon) ; « Je suis la Reine des Belges ! » (le Docteur Meinthe dans le film « Parfum d’Yvonne » (1993) de Patrice Leconte) ; « Pierre et moi dans une fête hippie déguisés tous les deux en Marie-Antoinette à Ibiza en 1971. » (le narrateur homosexuel et son amant Pierre, dans le roman Le Bal des folles (1977), p. 11) ; « Dans le quartier, on me surnomme l’Impératrice du Bon Goût. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « J’ai failli être Miss France. » (idem) ; « Je me refais mon couronnement toute seule. » (idem) ; « Pourtant sommeille en moi une princesse toute en délicatesse. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; etc.

 

Cette reine est aussi, pour un temps assez court en général, l’amant que le héros homosexuel se choisit : « Vous, comme ça, trônant dans ce décor mi-colonial mi-artiste. Vous, ma Gabrielle. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 143)
 

La revendication d’une royauté (matérielle, de pouvoir, ou de pacotille) n’échappe pas souvent au second degré camp de l’autoparodie. « Je me marre à regarder les photos de la Reine Juliana. » (le narrateur homosexuel lisant Paris-Match, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 26) ; « Le trottoir, c’est mon Royaume ! Sur le trottoir, je suis née, la pissoire c’est mon Palais. » (Fifi, le héros travesti M to F de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je suis la Reine des boniches. » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; etc. Par exemple, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, Stephany, l’héroïne homosexuelle, se rebaptise ironiquement « Lady Di version lesbienne ». Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Schmidt se prend pour une « princesse » du monde de la musique, pour la chanteuse Beyonce. Dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt, Eddy rêve, en tant qu’acteur, de jouer le rôle d’une Princesse byzantine.

 

Le fait de transgresser la différence des sexes, ou de jouer l’inversion sexuée par rapport à son sexe de naissance, est parfois directement associé à la royauté de la Reine. Par exemple, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, le producteur traite Bonnard de « Reine » quand celui-ci se travestit en femme.

 
 

b) La Reine sombre et despotique :

La Reine que le héros homosexuel adule n’est pas qu’une gentille poupée Barbie. Elle a du caractère, est indépendante, a du répondant, sait s’imposer. C’est la matrone hiératique qui domine son univers et a le pouvoir des hommes : cf. la pièce La Casa De Bernarda Alba (La Maison de Bernarda Alba, 1936) de Federico García Lorca, le film « The Queen » (2006) de Stephen Frears, le one-woman-show Femmes de pouvoirs, pouvoirs de femmes (2013) d’Océane Rose-Marie, le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan (avec Élisabeth, magnat sans pitié), le film « La Reine Margot » (1994) de Patrice Chéreau (avec Catherine de Médicis), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph Mankiewicz (avec Mrs Venable), le roman Du côté de chez Swann (1913) de Marcel Proust (avec Madame Verdurin), le film « Girl King » (2001) d’Ileana Pietrobruno, la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters (avec Velma Von Tussle, la productrice odieuse et hystérique), le film « The Devils Wears Prada » (« Le Diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel (avec le personnage de Miranda), la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, etc. On peut penser à la description enthousiaste de Marie de Médicis, la reine toute de noir vêtue, dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher.

 

« La maison tout entière se mettait à la disposition de la vieille dame. […] Elle était comme ces reines qui ont été régentes […]. » (la description de Doña Augusta dans le roman Paradiso (1967) de José Lezama Lima, p. 20) ; « Il les aime vaches et friquées. » (Wilma, le flic travelo M to F, s’adressant à Steeven, le héros homosexuel du film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee) ; « Magda Sterner tournait aussi autour de la quarantaine. Son chignon, ses yeux noirs et l’ovale de son visage lui donnaient l’allure d’une madone de Quattrocento. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p. 22) ; « Vous pensez que je suis folle, je suis juste sous l’emprise de mes hormones, je veux diriger l’empire des sens, être votre maîtresse à tous ! […] Oui, c’est ça dont on manque, de folie… de folles… Oui, c’est pour ça que moi je suis gay, voilà j’ai réussi à le prouver ! La folie, c’est la seule chose qui ne soit pas mondialisée. La folie c’est la véritable différence entre les gens, c’est la vérité. C’est quand on est fou qu’on est différent. La reine des folles, c’est moi ! Voilà ce qu’il nous faut : Une folle présidente ! » (le Comédien dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; etc.

 

Film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

La Reine des fictions homo-érotiques prétend transgresser la différence des sexes et n’a que mépris pour les femmes « ordinaires », mères, mariées ou en couvent. C’est la raison pour laquelle elle se dit parfois lesbienne : cf. le film « Maciste contre la Reine des Amazones » (1973) de Jesus Franco, le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot (avec Marie-Antoinette la reine lesbianisée), etc. « Je mourrai célibataire ! » (Greta Garbo, dans un éclat de rire, dans le film « La Reine Christine » (1933) de Rouben Mamoulian) ; « Si au moins ils partaient en colonie de temps en temps… Je sais pas être une mère formidable. Je veux être la marâtre de Blanche-Neige ! Je veux aimer à mi-temps. » (la mère dans le one-woman-show Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « La Reine était de race ogresse. Et elle avait les inclinaisons des hommes. » (cf. une réplique de la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) ; « Je tire à boulet rouge sur tout ce qui bouge. Les handicapés. Les enfants. » (Doris, la reine télévisuelle lesbienne qui se définit elle-même comme une « peau de vache », dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; etc. Par exemple, dans le film « Les 101 Dalmatiens » de Walt Disney, Cruella d’Enfer est célibataire, a un look très androgyne, et se moque du statut de femme mariée de son ancienne camarade d’école Anita. Dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant, l’Infante lesbienne trouve les femmes (qu’elle idéalise en la personne d’Inès de Castro) trop « molles ».

 

La Reine chérie du héros homosexuel est même capable d’être cruelle et autoritaire comme les méchantes de Walt Disney (du genre Maléfice ou Cruella d’Enfer) : cf. le film « Diva Histeria » (2006) de Denis Gueguin, la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim (avec la fée Carabosse), le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le dessin Cruella de Vil (1984) de Keith Haring, la chanson « Killer Queen » du groupe Queen, le film « Barbarella » (1968) de Roger Vadim (avec le « Grand Tyran » c’est-à-dire la reine noire de la Planète Sorgho), le film « Willow » (1988) de Ron Howard, la comédie musicale Créatures (2008) d’Alexandre Bonstein et Lee Maddeford, le film « Séduction femme cruelle » (1985) de Monique Treut, Le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, les films « Kika » (1993) et « Carne Trémula » (En chair et en os », 1997) de Pedro Almodóvar (avec l’apparition de la méchante reine de Blanche-Neige de Disney), le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues, le roman Le Visionnaire (1934) de Julien Green (avec la châtelaine cruelle et orgueilleuse), la pièce Agrippine (1654) de Cyrano de Bergerac, la chanson « Disco Queen » de La Palma dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, le roman Une Reine de la nuit (1971) de Christian Giudicelli, le roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos (avec le personnage lesbien de la Marquise de Merteuil), le film « Prête à tout » (1995) de Gus Van Sant (avec Nicole Kidman), la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali (avec Jean-Luc, coiffé en Cruella), le film « Alice In Wonderland » (« Alice au Pays des Merveilles » (2010) de Tim Burton (avec la cruelle Reine rouge), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec Bijou, la « Reine des Rats », surnommée aussi la « Reine des Ombres »), la pièce musicale Tatouage (2009) d’Alfredo Arias (avec Nana, la Reine des Rats habillée d’une écharpe avec plein de rats cousus dessus), la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec la cantatrice Regina Morti), le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa (avec Suze déguisée en Cruella), le film « Mascarade » (2012) d’Alexis Langlois, etc.

 

« Marie-Ange, tu es Cruell… a. » (Marie-Ange parlant d’elle-même, dans la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet) ; « Je serai gentille comme une reine. […] Je suis la reine des requins. » (Cherry, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « La Reine des Rats arriva en haut de Notre-Dame couverte de bigoudis, criant hystériquement. » (le narrateur bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, pp. 98-99) ; « Ce n’est pas une princesse, c’est une véritable sorcière. » (Béatrice décrivant Aubépine, une sorte de fée Carabosse, dans le roman L’Hystéricon (2010) Christophe Bigot, p. 436) ; « Et voilà la fée Carabosse ! » (Benjamin, le héros homosexuel méprisant l’arrivée de la belle Isabelle, la femme qui se prépare à faire un enfant à son amant Pierre, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Y’a des baisers volés dans les trains de tsarines. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « J’irai à l’orient embrasser les tsarines et les bateliers. » (cf. la chanson « Alexis m’attend » de Philippe Lafontaine) ; etc.

 

Victoria Abril dans le film "Kika" de Pedro Almodovar

Victoria Abril dans le film « Kika » de Pedro Almodovar


 
 

Cyrille (le héros homo) – « Et n’oubliez pas que pour le monde, dorénavant, je suis Madame Dubonnet.

Hubert – Maître, quel honneur ! Je n’aurais jamais osé rêver d’un tel dénouement !

Cyrille – Tout arrive dans la vie, Hubert. Mais je serai une Madame Dubonnet insupportable, attendez-vous à subir une tyrannie féminine sans merci. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Par exemple, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry pique des crises d’hystérie dignes de Cruella d’Enfer. Dans la pièce Wona, Księżniczka Burgunda (Yvonne, Princesse de Bourgogne, 1957) de Witold Gombrowicz, la Reine Marguerite se plait à admirer, horrifiée, sa « laideur » devant son miroir au moment de commettre un crime. Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie, l’un des héroïnes lesbiennes, endosse son costume de Cruella d’Enfer pour effrayer les enfants. Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, la puissante Élisabeth de Bataurie se transforme en femme-vampire. Dans la pièce La Cage aux folles (1975) de Jean Poiret, Zaza Napoli, le héros homosexuel, chante « I’m so glamourous, so dangerous… » et est comparée à la fée Carabosse. Dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, Cyrille, le héros homosexuel, se conduit comme une Reine autoritaire et excédée : « Hubert, ma psyché ! »

 

Cruella d'Enfer dans le film "Les 101 Dalmatiens" de Walt Disney

Cruella d’Enfer dans le film « Les 101 Dalmatiens » de Walt Disney


 

Je crois que les personnages homosexuels en panne d’identité cherchent appui sur une femme extraordinaire et forte comme la Reine pour compenser l’effondrement narcissique de leur personnalité. « Helena aimait ces impérieuses femmes. Ces capricieuses manigances où les hommes, enchantés par les traîtres drogues de l’amour, soumettaient leurs âmes aux pulsions tyranniques de leurs corps. Quand le sexe faible enchaînait le fort au diable de ses courbes. En vérité, elle idolâtrait les femmes machiavéliques, celles qui faisaient de leur beauté un pouvoir invincible, qui savaient que seule la femme, dotée d’un charme omnipotent, pouvait gouverner l’univers. Car qu’y a-t-il de plus puissant que le charme lui-même ? » (cf. un extrait d’une nouvelle, « L’Encre », écrite par un ami romancier homosexuel en 2003, p. 29) ; « Je tremble devant votre beauté et votre pouvoir. » (le Rat s’adressant à la Reine dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Vous avez vu comme elle est mauvaise. J’adore ! » (Yoann, le héros homosexuel, à propos de la méchante Solange, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; etc.

 

La vénération de la Reine médiatique est certainement un résidu d’un complexe d’Œdipe mal géré ou d’un désir incestuel fusionnel entre le héros homosexuel et sa propre mère biologique. « Tu te passionnes pour les mères des autres, les reines de France, leurs petits maris, et toute l’histoire du temps. » (Félix, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 205) Par exemple, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, qualifie sa mère de « Reine ». Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel qualifie sa mère appelée Berthe de « Reine Berthe ».

 

L’intronisation homosexuelle de la Reine est beaucoup plus amèrement le signe d’une véritable misogynie. Le personnage homosexuel met les femmes sur un piédestal pour mieux les tenir à distance de sa vie. Par exemple, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche (cf. l’épisode 8, « Une Famille pour Noël »), Martin, le héros homosexuel barman qui vient de quitter femme et enfants pour partir en couple avec un homme, a créé un cocktail nommé « Christine Queen » en l’honneur de son ex-femme.

 
 

c) La femme monarque blessée, la reine du Carnaval intronisée puis incendiée :

Film "La Reine Margot" de Patrice Chéreau

Film « La Reine Margot » de Patrice Chéreau


 

La Reine devient une icône d’identification homosexuelle car elle incarne la victime d’un viol incomprise, la poignante diva Drama Queen (maltraitée et mal jugée par les paparazzis et par son Peuple). « Je ne suis pas un homme et je n’ai pas le droit d’être une femme. Je suis un jouet, on a ignoré que j’ai un cœur ! » (la Reine Gertrud dans le film « Hamlet » (1921) de Sven Gade) C’est le mélange de force et de faiblesse (à l’image du désir homosexuel, qui est un élan apparemment fort et puissant, mais qui ne dure pas et qui est lâche car il ne repose pas sur la différence des sexes) qui touche chez cette inébranlable ébranlée, qui la rend désirable esthétiquement et parfois érotiquement. Le motif de la Reine violée est récurrent dans les fictions homo-érotiques : cf. le roman Marie-Antoinette (1933) de Stefan Zweig, la pièce La Reine morte (1942) d’Henri de Montherlant, le film « La Reine des Neiges » (1957) de Lev Atamanov, le film « Sodome et Gomorrhe » (1961) de Robert Aldrich et Sergio Leone, la pièce La Reina Del Silencio (1911) de Ramón Gy de Silva, le film « La Reina Anónima » (1992) de Gonzalo Suárez, le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder (avec Petra), le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik (avec Cheo-Seon la reine putain), l’affiche du film « La Reine Margot » (1994) de Patrice Chéreau (avec la robe blanche ensanglantée d’Isabelle Adjani), etc. Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, le père de Charlène (l’héroïne lesbienne) surnomme sa fille « Princesa » et la chatouille de manière excessive et déplacée. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ted, l’un des héros homos, est scotché à sa télé devant Games Of Thrones, et se dit fan de Daenerys Targaryen, « la princesse exilée » : « Je l’adore ».

 

 

 

Le héros homosexuel finit par excuser et par désirer (identitairement ou amoureusement) cette méchante Reine transgenres hystérique, un peu cinglée, qui le méprise et qui a été méprisée. « On n’en voyait de là que sa blancheur suprême, plutôt la pâleur maladive d’une reine violée. » (cf. un extrait d’une nouvelle, « L’Encre », écrite par un ami romancier homosexuel en 2003, p. 22) ; « Elle était toute sale… la nappe. » (Laurent Spielvogel feignant de parler de la Princesse Anne, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Dans le royaume des hommes je suis LA souillure, sur l’échiquier des dames, le pion en attente caché derrière une reine hautaine qui choisira seule le bon moment pour se déplacer. Là, aveugle et naïve j’irais buter contre un des cavaliers noirs… Pour l’instant, j’arrive à me dédoubler : je suis pion et joueuse à la fois. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 61) ; « Je ne savais même pas que je cherchais alors, mais, la voyant, reine en haillons, marquise hautaine, vieille petite fille ridée, elle, la Dame de Bois-Rouge, puisqu’il faut dire son nom, je suis restée fascinée au centre de sa toile et je n’en suis sortie qu’éreintée, pourfendue, achevée par ses coups de pioche dans le cœur. » (Émilie parlant de son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 129) ; « Le rôle de ma vie, c’est Marie-Antoinette. » (Charlène Duval, le travesti M to F, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; etc.

 

Il y a une forme de sincérité jusque-boutiste chez la Reine méchante qui la fait passer, aux yeux du héros homosexuel, pour une femme héroïque. Par exemple, le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot s’achève avec la mise à mort symbolique de la Reine, Amande, coiffée au poteau d’exécution par son groupe d’« amis », livrée à la vindicte populaire, et sauvée in extremis… car bien sûr, la jolie peste de l’histoire ne doit pas mourir ! Elle est éternelle ! « Mourad [l’un des héros homosexuels] jubilait. Amande était une peste, mais sa méchanceté avait une drôlerie sans équivalent. Il suffisait de la lancer sur une piste, et elle démarrait au quart de tour, brossant des portraits comme une virtuose, se dépensant sans compter. » (p. 83) ; « Il était un inconditionnel d’Amande. Elle était pour lui le condiment sans lequel l’atmosphère aurait affreusement manqué de saveur. » (idem, p. 415) ; etc. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane, la mère de Steve (le héros homosexuel), est présentée comme la Grande Méchante jalousée par son fils homo Steve. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), la langue de Laurent Spielvogel, le héros homosexuel, fourche : au lieu de dire l’expression « exécution des Bar Mitsvah », il dit « exécution des Miss ». Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, dans le salon familial, pendant le dîner, Jonas, le héros homo et ses parents regardent à la télé les informations relatant en 1997 la mort de la Princesse Lady Di.

 

Dans la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, la voix narrative s’imagine en train de courir comme une reine en fuite : « Est-ce moi qui tangue comme une ombre sur les talons d’une reine en cavale ? » Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, s’émeut pour le « destin » tragique de Marie-Antoinette, « la reine infortunée, comme si, pour quelque raison, la malheureuse femme en appelait personnellement à elle » (p. 314). Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, la figure de Vincent McDoom interprète à sa sauce le rôle de Marie Stuart, la reine exécutée, dans une pièce.

 

La Reine adorée par le héros homo est une princesse régnante déclassée, qui a le malheur de vivre à un temps de vaches maigres où elle va être déchue de son autorité et de la gloire qui lui serait due par son rang et son sang. « Tu es la fille d’une époque où les femmes étaient des ânes, pour ne pas dire des ânesses ; je t’ai fait naître Princesse d’une Reine de la Belle Époque ! » (Solitaire s’adressant à sa fille lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Tu t’es créé un monde pour être la reine. Mais réveille-toi. Tu ne l’es pas ! T’es juste une lycéenne comme toutes les autres. Tu vas tomber de ton piédestal. Pour une fois, c’est moi qui te regarderai de haut. » (Juna, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Ce sont des princesses sans Royaume. Mais le seul endroit où on peut les retrouver, c’est Eurodisney. » (Samuel Laroque parlant des homos, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Marie-Antoinette, femme courageuse qui n’a jamais su s’intégrer. » (Patrick, le héros hétéro-bisexuel, présentateur télé s’entraînant pour bien articuler cette phrase, dans le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue) ; etc. Par exemple, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain Canard, le coiffeur homosexuel, organise des soirées déguisées spéciale « dessins animés de notre enfance » chez lui, et pour la plus récente, il s’est déguisé en Princesse Sarah. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny, le héros homosexuel, est qualifié par Abbey, une de ses amies, de « Reine du mélo ». Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, raconte comment il est sorti avec un certain Fabrice, un « escroc qui l’a ruiné après lui avoir fait vivre une vie de « princesse » : « Il s’est tiré avec la caisse. Plus rien. Une princesse déchue. » Plus tard, le spectateur découvre que Jeanfi n’a pas renoncé à vivre comme une reine, en côtoyant le monde du show-biz, de la télé et en se cherchant un appartement digne de son rang : « Une Princesse, c’est propriétaire. Pas locataire. »

 

Cependant, le personnage homosexuel ne pardonne pas à la Reine sa fausse force, la moindre défaillance (qui vient contredire sa divinité)… et parfois, il se décide donc à la tuer ou à l’incendier… comme un dernier geste d’« amour » qui ne sera au fond que la preuve d’une idolâtrie. L’acte régicide viendrait restaurer la Reine dans une nouvelle royauté, cette fois maculée de sang (la pureté de l’or soumise à l’épreuve du feu !) : « J’ai pas du tout envie d’être la Reine d’une île grecque. » (Europe dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; « Pourquoi est-ce que je la tue ? Il doit y avoir une raison mais je ne me l’explique pas. » (le Roi Ferrante parlant d’Inès de Castro, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant) ; « Cette salope de Margaret Thatcher ! » (Cliff, le vieux gay, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Je te tue, Madame ! Tu sais ce que je vais faire avec ta porcelaine de Limoges ? Je vais te lacérer les fesses et je vais te crever les yeux, ma petite patronne ! » (Goliatha, la domestique s’adressant à « L. », dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; etc. Il cherche à la détruire pour prouver qu’elle est immortelle et que son acte de destruction est vain. Par exemple, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat, la femme devient « la reine des putes » pour Rocco Siffredi. Dans la pièce L’Alligator, le Thé (1966) de Copi, Copi incarne un crocodile et Jérôme Savary une princesse. Dans son vidéo-clip de la chanson « Beyond My Control », Mylène Farmer passe sur le grill. Lors du concert Météor Tour du groupe Indochine à Paris Bercy le 16 septembre 2010, on nous montre sur les écrans géants une Miss Italy sur un bûcher embrasé.

 

La Reine homosexuelle meurt éternellement sur scène (comme Dalida), simule le sempiternel départ. Beaucoup de personnages homosexuels s’attachent à elle comme à une chimère, comme si elle incarnait leur seul espoir de rendre leurs amours impossibles possibles. « Elle danse et sans aucune retenue, sourit mais pense à partir pour vivre mais comme une reine, ou être une sirène. » (cf. la chanson « Leïla » de Lara Fabian) ; « La tradition veut que je ne meure jamais ! » (la Reine de la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; etc.

 

Enfin, la Reine (ou le héros homosexuel) fictionnelle a des raisons de se méfier de la glorification spontanée et sincère qu’organise son fan bisexuel ou hétéro-gay friendly autour d’elle ou/et de son homosexualité. Le couronnement des héros homosexuels est parfois une stratégie de l’homophobie gay friendly pour ridiculiser le héros homosexuel tout en (se) donnant l’impression de le révéler à lui-même par l’homosexualité et de le célébrer comme une Reine (exactement comme les machinations collégiennes pour faire élire le pauvre type de la classe comme délégué : le caressant foutage de gueule) : « On va les élire Reines du Bal de la Rentrée ! Longue vie aux Reines ! Longue vie aux Reines ! Longue vie aux Reines ! » (Shane, le héros homosexuel outant Amy et Karma, les deux meilleures amies hétérosexuelles, en les consacrant « Reines du Lycée » à leur insu, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « C’est le rêve de ta vie de te faire bien empaler, enculé efféminé, petite Reine de la Beauté du podium de ton quartier ! » (Fifi, le héros travesti M to F s’adressant à Pédé, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Toutes les Premières Dames de France réunies en un seul homme ! » (Arnold, le héros homo se moquant du statut inconfortable et caché de son meilleur ami gay Georges qui prétend être en couple avec le futur président de la République qui ne l’assume pas, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; « Le p’tit Martin à sa maman est une Cendrillon ! » (Malik, le héros hétéro se moquant de Martin, le héros sur qui pèse une présomption d’homosexualité, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc. Prodigieuse confusion paradoxale de ce couronnement-humiliation dans la tête de ceux qui chaussent le diadème. Au fond, les personnages homosexuels devinent que c’est l’étiquette dorée et royale de « l’homosexuel » qui est homophobe, car elle réduit leur personne à une tendance sexuelle ou à une pratique amoureuse ambiguë. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Bernard, pour mépriser son pote gay efféminé, l’affuble du féminin dégradant et excessivement valorisant de « Queen ! ». Pas de meilleure illustration de l’insulte royale… ou plutôt de la royale insulte.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La Reine rose et gentille :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. Femme assise de Copi


 

La Reine est un rôle particulièrement apprécié dans la communauté homosexuelle. « Elle est sublime, l’Archiduchesse Sophie ! » (Guillaume, le héros bisexuel se mettant dans la peau de Sissi Impératrice, dans le film autobiographique « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) Je vous renvoie au documentaire « La Reine » (1968) de Frank Simon. Par exemple, Christopher Marlowe (1564-1593) fut au service secret de la Reine d’Angleterre. Dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2, il y a un tableau de la Reine Élisabeth II qui trône dans l’appartement du couple « marié » Pierre/Bertrand.

 

En argot, le mot « Queen » signifie homosexuel (le terme « drag-queen » est l’une de ses déclinaisons). Ce n’est pas par hasard si le groupe de Freddie Mercury a choisi de s’appeler Queen, et si l’une des plus célèbres boîtes homos parisiennes se nomme le Queen. Il y a régulièrement des concours de Reines et de Rois de Beauté, de « Miss travesties » ou de « Misters gays », organisés dans le monde interlope. Et les cérémonies actuelles de « mariages homos » sont des parodies sérieuses et sincères de ces sacres de Reines. Par ailleurs, la reine est la figurine de cartes à jouer préférée de beaucoup de personnes homosexuelles.

 

De nombreuses chanteuses et actrices encouragent les personnes homosexuelles à se prendre pour des reines : « Don’t be a drag, just be a queen. Don’t be a drag, just be a queen. » (cf. la chanson « Born This Way » de Lady Gaga) ; « Je suis la reine. Dans la nuit on me voit. Amours modernes, on ne se cache pas. » (cf. la chanson « La Reine » de Lorie)

 

Son Altesse Sir Elton John

Son Altesse Sir Elton John


 

Et ça « marche », visiblement. Par exemple, lors des représentations de la pièce Antoine et Cléopâtre (1606) de William Shakespeare, un comédien jouait Cléopâtre. Dans le film « Orlando » (1992) de Sally Potter, le comédien homosexuel Quentin Crisp s’est mis dans la peau de la Reine Elisabeth I. Le chanteur homosexuel Elton John se travestit en Marie-Antoinette. Il donna en octobre 1972 un concert de gala au Royal Variety Show de Londres pour la Reine d’Angleterre. Il chantera à la messe d’enterrement de Lady Di en 1998. Le comédien Samuel Laroque s’est véritablement déguisé en Marie-Antoinette dans le métro parisien. Denis d’Archangelo adore s’habiller en reine du music-hall. Lors des carnavals interlopes annuels de l’Élysée Montmartre à Paris, l’arrivée de la Reine travestie M to F fait l’objet de tout un cérémonial. Lors de la cérémonie de l’élection Miss France 2016, sur la chaîne TF1, le 19 décembre 2015, Jean-Paul Gaultier, le couturier homosexuel, président de cérémonie, débarque sur scène avec un diadème sur la tête avec l’inscription « Miss », en avouant devant les caméras qu’il réalise son « rêve de toujours ».

 

Quentin Crisp dans le film "Orlando" de Sallie Potter

Quentin Crisp dans le film « Orlando » de Sallie Potter


 

« Ces superbes costumes plaisaient aux homos qui avaient envie de se déguiser en Agnetha ou en Anni-Frid, les deux chanteuses d’ABBA. » (Patrick Lindner parlant de la chanson « Dancing Queen », dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Vous êtes une reine ! » (Robert, le coiffeur homosexuel attitré de l’animatrice Ménie Grégoire, dans le film documentaire « Ménie Grégoire : Une Voix sur les ondes » (2007) de Marie-Christine Gambart et Sophie Garnier, diffusé sur la chaîne France 5) ; etc. Rien d’étonnant que le dessin animé d’animation « Frozen » (« La Reine des Neiges », 2013) des Studios Disney, aient été suspectés de promouvoir l’homosexualité.

 

Film "La Reine des Neiges" de Walt Disney

Film « La Reine des Neiges » de Walt Disney


 

Souvent, ce sont les « filles à pédés » réelles (actrices ou chanteuses), ou bien les chanteurs transgenres et transsexuels, qui ont joué des rôles de reines dans leurs films ou leurs clips : Elisabeth Taylor, Isabelle Adjani, Annie Lennox, Madonna, Christina Aguilera, Britney Spears, Conchita Wurst, Dalida (ancienne Miss Égypte), etc. Je vous renvoie au vidéo-clip de la chanson « Remember The Time » de Michael Jackson, au vidéo-clip de la chanson « Walking On Broken Glass » d’Annie Lennox, au vidéo-clip de la chanson « What A Girl Wants » de Christina Aguilera, au vidéo-clip de la chanson « Vogue » de Madonna au MTV Music Awards 1990, à la tournée Aphrodite (2010) de Kylie Minogue, à la chanson « Diva » (1998) de l’homme transsexuel M to F Dana International (avec l’identification à la Reine Cléopâtre), à la chanson « La Reine » de Lorie, etc.

 

 

 

 

Et maintenant, même les reines attitrées jouent les gays friendly ou carrément les femmes lesbiennes (cf. la Reine suédoise Christine).

 

 

Socialement, le fait de s’identifier à la reine ou à la princesse est associé à un symptôme d’homosexualité.

 

 
 

b) La Reine sombre et despotique :

Ce que les personnes homosexuelles vénèrent chez le personnage de la Reine, c’est sa personnalité de femme à poigne, c’est l’impression que son inflexibilité (car il s’agit souvent d’une femme hiératique, un peu facho, incorrecte, sophistiquée, cinglée, courtisane, exerçant un pouvoir qui normalement ne serait réservé qu’aux hommes) devient éternité. « Ta mémé, c’est notre reine. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), p. 21) De plus, la force de cette reine fantasmée, puisqu’elle n’est pas fondée sur le Réel ni sur la différence des sexes, a quelque chose d’indécidable, de dangereux, d’inquiétant. Elle sied donc aux individus qui veulent se rendre intéressants et intrigants à « peu » de frais. D’ailleurs, rien d’étonnant que ces derniers se qualifient de « queer », terme anglosaxon comme par hasard très proche de « queen », et qui signifie « bizarre ».

 

Comédie musicale Les Divas de l'obscur de Stéphane Druet

Comédie musicale Les Divas de l’obscur de Stéphane Druet


 

La Reine applaudit par la communauté homosexuelle est tellement forte qu’elle en est obligée de devenir méchante et violente (comme Cruella d’Enfer) pour être crédible. « J’ai de ma grand-mère une photo où elle est debout, la main sur la poignée de portière d’une limousine : habillée ostensiblement en femme, avec manteau croisé à col de fourrure, chapeau incliné sur l’œil, gants, collier de perles ; et, sous la voilette, quel air autoritaire, méchant ! […] Son cœur était-il capable d’amour ? […] Pour la fête des Rois chez le couturier Paul Poiret, en 1923, il fallait se costumer. Maurice Sachs, dans son livre ‘Au temps du Bœuf sur le toit’, sorte de journal des Années folles, a fait la liste des invités, parmi lesquels Mme Fernandez, en Marie Stuart. Ce choix peut paraître étrange ; pour une battante comme ma grand-mère, prendre les traits d’une reine vaincue et décapitée ! » (Dominique Fernandez parlant de sa grand-mère paternelle, dans la biographie Ramon (2008), pp. 87-89 puis p. 93) ; Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la Reine Christine, pseudo « lesbienne », est décrite comme une femme despotique : « Ton destin de souveraine est la volonté de Dieu. » (la voix-off s’adressant à Christine) ; « Elle a été élevée pour régner. » (la biographe Marie-Louise Rodén parlant de Christine, idem) ; etc. Par exemple, le metteur en scène Stéphane Druet m’a avoué que pour sa comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011), il s’était inspiré des Reines méchantes de Walt Disney. L’artiste performer lesbienne Louise de Ville a calqué son pseudonyme sur Cruella d’Enfer.
 

Christine de Suède incarne ce désir de toute-puissance royale : « Il n’y a que moi qui suis roi de Suède. » (Christine s’adressant à Pierre Chanut) ; etc. Le Comte Magnus la présente comme « une reine dangereuse » et cela la fait rire : « Ta reine nage comme un poisson, dévore comme une lionne et navigue comme un vicking. » Plus tard, quand Christine fait n’importe quoi de sa royauté, c’est fini de rire : « Les femmes ne devraient jamais régner. »

 

 

Je n’échappe pas à cette tendance. Quand j’avais 5 ans, je dessinais déjà sans arrêt des princesses et des reines couronnées : soit elles étaient vierges et innocentes (blondes, avec de très longs cheveux, des yeux bleus cristallins, un point à la place de la bouche), soit au contraire elles étaient cruelles et sanguinaires (avec des couronnes pointues, des yeux fardés de noir, des talons aiguilles, de longs ongles à la Jeanne Mas). Par exemple, dans le dessin animé Les Trois Mousquetaires, mon personnage préféré était la méchante et caressante Milady. J’avais, à l’âge de 8 ans, réalisé une bande dessinée qui s’intitulait Le Concours de Beauté, et qui racontait l’histoire du couronnement d’une grenouille nommée Yoplaie (comme les yaourts), maquillée comme une voiture volée et au caractère pimenté, menacée par une méchante sorcière que j’aimais tout autant (voire plus !).

 

La vénération de la Reine médiatique est certainement un résidu d’un complexe d’Œdipe mal géré ou d’un désir incestuel fusionnel entre l’individu homosexuel et sa propre mère biologique. Par exemple, la maman du dramaturge homosexuel Copi était consul d’Argentine en Irlande… et ensuite, ce dernier n’a fait qu’honorer mais aussi détruire par la parodie des reines, des princesses, pendant toute sa vie.

 
 

c) La femme monarque blessée, la reine du Carnaval intronisée puis incendiée :

Les personnes homosexuelles pratiquantes ont un rapport étrange à la femme politique médiatisée, à la Reine réelle. Un rapport d’attraction-répulsion qu’on peut facilement identifier comme de l’idolâtrie, ou si vous préférez, de la jalousie. Par exemple, le dramaturge argentin Copi (encore lui !) a été fasciné par la figure d’Evita, la femme politique morte à 32 ans et qui a connu un succès fulgurant : en 10 années seulement, elle est passée du statut de petite paysanne brune à la star hollywoodienne blonde. Il l’a ridiculisée et magnifiée iconographiquement (notamment à travers une pièce Eva Perón, qu’il a écrite en 1969) en la transformant en pute tyrannique fatale et sépulcrale, en « mélange de Mae West et de Staline ». Le poète Néstor Perlongher a fait de même avec la femme de Perón ou encore Lady Diana, en les massacrant poétiquement comme s’il s’agissait de zombies. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la comédienne transgenre F to M, sur scène, se met dans la peau d’une Reine Victoria transformée en nunuche homophobe : « Les femmes ne font pas ces choses-là. »

 

J’ai déjà vu dans les appartement de certains amis homos des affiches géantes de films à la gloire de la méchanceté féminine royale, tels que « The Devils Wears Prada » (« Le Diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel, « Frozen » (« La Reine des Neiges », 2013) de Walt Disney, « Enchanted » (« Il était une fois », 2007) de Kevin Lima, etc.

 

Lors de sa conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon organisée à la Mairie du IIIème arrondissement le 18 novembre 2010, le romancier Christophe Bigot défend son personnage de peste royale : « J’ai pas mal de tendresse pour Amande, le personnage de la garce dans l’Hystéricon. » L’une des phrases du roman marque cette étrange soutien homosexuel pour la Reine méchante : « Que ferait-on sans les Aubépine qui parsèment le plat pays de nos existences ? » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 439)

 

La Reine est davantage un costume de travelo que la femme régnante réelle. Elle est employée dans la communauté homosexuelle comme un masque que l’on s’applique à soi-même pour singer sa prétention à changer de sexe et à se prendre pour Dieu. Elle célèbre et détruit à la fois le ridicule de l’orgueil humain. « Le Camp, c’est une glorification du ‘personnage’. […] Ce que voit le Camp et ce qu’il apprécie c’est la force de la personnalité. » (cf. l’article « Le Style Camp » de Susan Sontag, L’Œuvre parle (1968), p. 439) ; « Pourquoi donc le jeune Adrien Baillon, le plus masculin des homos de Montmartre, viril au lit et casse-cou dans les rues, sodomite actif et criminel aguerri, railleur des tantes et frère de pogne de Mignon, répond-il de toujours au sobriquet de reine de ‘Notre-Dame-des-Fleurs’ ? » (François Cusset, Queer Critics (2002), p. 183) ; etc. C’est pourquoi, notamment au Gay Pride, la Reine apparaît souvent comme un objet ironique qui provoque féérie et risée collective. Elle est le vecteur de l’ironie kitsch & camp, l’incarnation « vivante » du « BON mauvais goût », de la sophistication féminine forcée, de la dépression sublimée de la Drama Queen (celle qui est violée par les paparazzis et ar son Peuple), de la frivolité soi-disant consciente de sa prétention et de sa naïveté : cf. l’article « Todo El Poder A Lady Di » (1982) de Néstor Perlongher. Elle est détruite autant qu’acclamée. Je vous renvoie à la ligne de vêtements de la styliste new-yorkaise Parisa Parnian (avec des logos tels que « Queer’n’Dirty ») ; ou encore à l’intérêt mi-distancé mi-sérieux du public homosexuel pour les revues de la presse people (Paris-Match, Gala, etc.) ; mais aussi à l’admiration homosexuelle mitigée pour la Première Dame de France bafouée (et illégitime), Valérie Trierweiler.

 

La Reine chérie par le public LGBT meurt éternellement sur scène (comme Dalida ou Mylène Farmer !), simule le sempiternel départ. Beaucoup de personnes homosexuelles s’attachent à elle comme à une chimère, comme si elle incarnait leur seul espoir de rendre leurs amours impossibles possibles. « Je crois que si les hymnes gays sont souvent interprétés par des femmes, c’est parce qu’on peut tout à fait s’identifier à elles, à leur position d’opprimées. Et opprimées, elles le sont toujours, malheureusement. C’est pour ça qu’on est enclin à s’identifier à une femme qui se défend, qui garde la tête haute. » (Barbie Breakout, dragqueen M to F, interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Les chanteuses appréciées des gays, c’est des filles qui sont comme des garçons. Elles n’ont pas froid aux yeux. Elles sont fortes. » (Michel Gaubert, idem) ; etc.

 

 

Je pense que les personnes en panne d’identité cherchent appui sur une femme extraordinaire et forte comme la Reine cinématographique pour compenser l’effondrement narcissique de leur personnalité. Dans leur esprit, la Reine n’est pas une réalité sexuée : elle est plutôt l’androgyne, le fantasme machiste de toute-puissance pour masquer une peur existentielle ou un drame comme le viol et le désamour (= peines de cœur homosexuelles). « Un jour, à 12 ans, je feuilletais la revue Blanco Y Negro et regardais des photos de tableaux anciens, lorsque je fus surpris par l’image de la Reine Isabelle I. J’ai eu l’impression que cette reine était en réalité un homme. […] C’est ainsi que m’est venue l’idée qu’elle pouvait devenir le personnage principal d’une pièce de théâtre. » (Francisco Ors dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 280) ; « Je me fais l’effet d’être ‘die alte Marschallin’. » (Klaus Mann en référence à la « Vieille Maréchale » de l’opéra Le Chevalier de la Rose de Richard Strauss, dans son Journal : les Années d’exil, 1937-1949, p. 326) ; « Quelque part, t’es une reine et t’es répudiée. » (Manuela, l’homme transsexuel M to F, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) ; etc. Elles vénèrent en elle leur propre pulsion de mort : cf. la biographie romancée de l’exécution de Marie Stuart (1938) par Stefan Sweig, la chanson « Candle In The Wind » d’Elton John pour Lady Diana, etc.

 

Il faut bien comprendre que le lien non-causal entre Reine et homosexualité renvoie au ressenti ou à la réalité de la prostitution. Comme l’indique l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, étymologiquement, l’expression « fish queen », qui aux États-Unis pouvait être synonyme d’« homosexuel », provient en réalité d’une déformation du mot, « quean » désignant une prostituée (p. 271).

 

Les individus homosexuels ont des raisons de se méfier de la glorification spontanée et sincère qu’organise son fan bisexuel ou hétéro-gay friendly autour d’eux ou/et de leur homosexualité. Le couronnement actuel des personnes homosexuelles (en tant que reines dans les mass médias, en politique, dans les émissions de télé-réalité, dans certains groupes scolaires) est parfois une stratégie de l’homophobie gay friendly pour les ridiculiser tout en (se) donnant l’impression de les révéler à eux-mêmes par l’homosexualité et de les célébrer telles des souveraines gâtées (exactement comme les machinations collégiennes pour faire élire le pauvre type de la classe comme délégué : le caressant foutage de gueule). Prodigieuse confusion paradoxale de ce couronnement-humiliation dans la tête de ceux qui chaussent le diadème et qui se font outer. Au fond, c’est l’étiquette dorée et royale de « l’homosexuel » qui est homophobe, car elle réduit la personne à sa tendance sexuelle ou à sa pratique génitale et affective.

 

Un lycéen homo élu "Reine de beauté" par ses camarades

Un lycéen homo élu « Reine de beauté » par ses camarades en Californie


 

Pour finir, je crois que la communauté homosexuelle, en pointant du doigt ou en singeant la Reine bafouée éternelle, nous rappelle beaucoup plus constructivement l’existence d’une blessure plus que jamais ouverte dans le cœur de notre Humanité. D’abord et avant tout la blessure d’être encore séparés de notre Mère du Ciel et Reine de tous les Hommes qu’est la Vierge Marie. Mais aussi, d’un point de vue bassement terrestre, la blessure d’être de plus en plus déconnectés de notre Reine terrestre qu’est la différence des sexes. Je partirai de l’exemple tout bête de la Reine française Marie-Antoinette, l’épouse de Louis XVI, morte décapitée en 1793, mort qui a signé l’arrêt de la monarchie en France. Dans la mémoire collective française et mondiale, la Reine Marie-Antoinette, bien au-delà de la légende noire du « despotisme d’une monarchie dépravée » tressée par l’historiographie contemporaine héritée des Lumières, incarne ce tournant dramatique entre monde régi par Dieu et respectueux de la différence des sexes, et monde régi par la technique, le matérialisme et le libéralisme bisexuel asexualisant ; entre royauté de Droit divin et république laïcarde de droits individualistes. En somme, la Reine française Marie-Antoinette est la dernière représentante de la reconnaissance sociale de la différence des sexes, l’ultime vestige d’un monde encore humain et à l’écoute de Dieu. Les personnes homosexuelles essaient de la faire revivre dans la parodie. Mais une fois qu’elles essaieront de la faire revivre dans la foi, et pour le Réel qu’elle représentait, ça sera nettement moins glauque.

 

Madonna en Marie-Antoinette

Madonna en Marie-Antoinette


 
 

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