Archives par mot-clé : marionnette

Code n°73 – Femme fellinienne géante et Pantin (sous-code : Cruelle marionnettiste)

femme fellini

Femme fellinienne géante et pantin

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Si tu es grande, blonde et à forte poitrine, tu m’intéresses aussi

 

Par leur façon de parler du couple « hétéro », nous comprenons tout de suite que beaucoup de personnes homosexuelles confondent la famille composée de la femme et de l’homme réels, avec la famille décrite par les prospectus publicitaires ou cinématographiques : un couple fusionnel et vivant la domination de l’homme sur la femme ou de la femme sur l’homme. L’attachement des personnes homosexuelles au mythe du prince charmant et de la princesse blonde, qu’elles attribuent bizarrement à tout individu qui s’accouple avec une personne du sexe « opposé », leur apparaît évidemment intolérable puisqu’elles le choisissent comme modèle de référence ou anti-modèle, et qu’elles ont pour la plupart du temps contribué à le rendre iconographiquement réel, par leur création d’une image violente du couple femme-homme. Car qui transforme la femme et l’homme en statues de cire à la fois stoïques et en conflit, sinon une majorité d’entre elles ? (cf. je vous renvoie au code « Femme et homme en statues de cire » dans mon Dictionnaire des Codes homos). Elles prouvent souvent à l’image qu’elles confondent le couple réel avec leurs effigies parce qu’elles le regardent précisément comme un objet destructeur, tout-puissant, et enviable. Le motif de la femme fellinienne géante et du pantin masculin, de la blonde vénéneuse qui manipule le mâle avec un rire sardonique, ou bien de l’amant amoureux de sa figurine qui se refuse sans arrêt à lui, reviennent fréquemment dans les œuvres homosexuelles.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles mettent fréquemment en scène l’impossibilité de l’union femme/homme, souvent par le traitement tragi-comique, à travers une scène de répudiation entre une femme hautaine et un homme désespéré l’implorant à genou, ou bien des disputes cataclysmiques jouées par des stéréotypes agressifs de chacun des deux sexes. C’est tout simple : la plupart d’entre elles ont tellement peur de la femme qu’elles adorent et qu’elles ont mise sur le piédestal de la vierge maternelle toute-puissante, qu’elles imaginent qu’elle les manipule, qu’elle va les engloutir, que la Madone va les percer de ses obus (= seins).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme-Araignée », « Femme allongée », « Talons aiguilles », « Bergère », « Actrice-Traîtresse », « Femme et homme en statues de cire », « Destruction des femmes », « Parricide la bonne soupe », « Frankenstein », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Amant modèle photographique », « Poupées », « Sirène », « Regard féminin », « Pygmalion », « Putain béatifiée », et « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) La Géante :

Pièce Les Insatiables d'Hanokh Levin

Pièce Les Insatiables d’Hanokh Levin


 

Dans les fictions homo-érotiques, on retrouve souvent une femme géante, à la poitrine généreuse et dangereuse : cf. le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan, la comédie musicale Fame (2008) de David de Silva, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le film « Carne Trémula » (« En chair et en os », 1997) de Pedro Almodóvar, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec Jenny, le plantureux transsexuel M to F), le film « Ma mère préfère les femmes (surtout les jeunes…) » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, le roman Man And Superman (1903) de Bernard Shaw, la chanson « Poupée psychédélique » de Thierry Hazard, le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec la référence à « une grande dame »), le film « Brüno » (2009) de Larry Charles, le film « The Dead Man 2 : Return Of The Dead Man » (1994) d’Aryan Kaganof, la chanson « Monsieur Sainte Nitouche » de French Cancan, la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat (avec le personnage lesbien de Catherine), la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier (avec Adèle, la femme féministe en rouge, à la poitrine imposante, et défendant la « montée » du pouvoir des femmes), le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems (avec la femme et ses « hautes bottes »), la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling, avec Merteuil perchée sur sa chaise géante), etc.

 

Cette femme est un être sur-féminisé et sur-masculinisé, à peine sexué (elle peut être transsexuelle), et qui a tout de la vamp phallique et castratrice, avec des jambes interminables et des obus à la place des seins. Par exemple, dans le one-(wo)man-show Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set, Vaginette, le travesti M to F, dit qu’il a « des seins comme des obus ». Dans le film « Alice In Wonderland » (« Alice au Pays des Merveilles », 2010) de Tim Burton, Stayne, le valet, aime la « grandeur » d’Alice. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se déguise en Madonna, avec le corset pointu qui met en valeur sa poitrine imaginaire. Et quand elle conseille à sa nièce Claire de faire le tapin et d’appâter le client, comme elle, elle lui dit : « Tu lui fais de l’œil avec les jambes. » Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, il est question d’une prostituée russe géante, Katouchka, qui est surnommée par Yoann l’amant de Julien « Catouchatte », par jalousie. Celle-ci aurait couché avec Julien, et fait des défilés pour Karl Lagerfeld, à poil, « avec un diamant à la place de la chatte ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel, est contrainte d’assister au mariage d’inconnus, Laurence et Martin, qu’elle cherche à détruire de son regard critique assassin : « On ne peut pas se concentrer avec deux obus pareils ! Une pute ! Avec des seins énormes ! » Dans le roman Harlem Quartet de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Amy Miller a des « jambes interminables », une poitrine opulente, et des talons aiguilles.
 

« Il est aussi grand que Wonder Woman… avec des talons. » (la bande de prostitués masculins homos face à la cantatrice trans M to F, Louvre, une grande blonde siliconée en concert, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Comme dans un film américain, elle a croisé les jambes si haut. » (Jean-Paul, le héros homosexuel par rapport à Catherine, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; « Truddy n’avait plus de force dans aucun muscle, le bourreau la soutenait par les cheveux comme un pantin malgré ses quatre-vingts kilos. » (Copi, « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 40) ; « D’habitude les seins gros me font un effet puissant. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 222) ; « Pas la pointe des seins ! Je suis frigide ! » (« L. », le héros travesti M to F s’adressant au Rat dans la pièce Le Frigo (1973) de Copi) ; « Ah ! Comme il aimait être bien au chaud dans ses gros bras et contre ses seins énormes et mous, plus que son oreiller. » (Patrick à propos de sa mère adoptive lesbienne Ginette, la compagne de Lucie, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 27) ; « Le doute vous habite… Vous vous attendiez à Demis Roussos dans le rôle de Dieu ? Et vous vous retrouvez avec Anna Nicole Smith, Lolo Ferrari, la Cicciolina… De toute façon, je vais décevoir toutes vos attentes. » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’aime surtout les talons hauts. » (Laurent Spielvogel imitant sa maman dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, idem) ; « Curieusement, cette fille a de grands pieds. » (Vera, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Lola à propos de leur première rencontre, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « En général, elle se plie à ma volonté. » (Vera parlant de Lola à Nina, idem) ; « Si je comprends bien, ma relation avec Lola est sous ton contrôle ? » (Nina s’adressant à Vera par rapport à Lola, idem) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (Nina s’adressant à Vera, idem) ; « D’une manière générale, je suis à ta disposition. J’éprouve une réelle volupté à laisser diriger ma vie par toi. » (Lola s’adressant à Vera, idem) ; etc.

 

Comédie musicale Blanche-Neige et moi (2014) de Cindy Féroc

Comédie musicale Blanche-Neige et moi (2014) de Cindy Féroc


 

La lesbienne et l’homosexuel fictionnels sont fascinés par la poitrine de la femme-objet juchée sur ses talons hauts. Par exemple, dans le film « Lingerie d’occasion » (1999) de Teresa Marcos, Luisa est subjuguée par la poitrine gigantesque de sa tante Marcella ; pareil pour Marcia dans son magasin de lingerie de Buenos Aires dans le film « Tan De Repente » (2002) de Diego Lerman. Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa raconte ses aventures sexuelles lesbiennes, notamment les seins énormes de son amante Tatiana, ou bien la grosse touffe de l’entre-jambe du sculptural mannequin démesuré Adriana Karembeu qu’elle regarde d’en bas (« Oh ! Une petite femme barbue ! »). Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Eva, la femme mariée tentatrice, exhibe ses seins à Adam, avant que ce dernier ne découvre son homosexualité.

 

 
 

b) La cruelle marionnettiste manipulant un pantin masculin :

Souvent, cette femme géante manipule comme une marionnette l’homme miniature qui jadis a essayé de la séduire en orgueilleux King Kong : cf. le roman La Femme et le Pantin (1898) de Pierre Louÿs (avec Concha et Pancho), le film « La Dolce Vita » (1960) de Federico Fellini, le vidéo-clip de la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer, le film « La Femme et le Pantin » (1936) de Julien Duvivier, la chanson « Miss Paramount » du groupe Indochine, le conte La Princesse et le Nain (1888) d’Oscar Wilde, le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar (avec le film en noir et blanc « L’Amant qui rétrécit » que Benigno est allé voir au cinéma), le film « The Devil Doll » (1936) de Tod Browning, le film « La Femme et le Pantin » (1931) de Josef von Sternberg, le film « Una Pareja Distinta » (1975) de José María Forqué (avec la femme à barbe et le travesti-clown), le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, le roman Le Visionnaire (1934) de Julien Green (avec Madame Plasse), la chorégraphie de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl et Goebbels), la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, le spectacle musical Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le roman L’Autre (1971) de Julien Green (avec Mademoiselle Ott et son frère nain), le film « Le Mystère Silkwood » (1983) de Mike Nichols, le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (avec Ingeborg dans le centre de thalasso), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Elevator Girls In Bondage » (1972) de Michael Kalmen, la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams (avec Archie, l’homme soumis à sa future femme Mégane), la pièce Musique brisée (2010) de Daniel Véronèse (avec la mendiante lesbienne présentée comme une marionnettiste), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Léa et Chéri l’homme-glaçon), etc.

 

« Si je comprends, maintenant, c’est moi la potiche ? » (Robert Pujol s’adressant à sa femme Suzanne, devenue chef de son entreprise, dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « On dirait la fiancée de King Kong. » (Georges s’adressant à Mercedes/Henri dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret) ; « Si au moins elle l’aimait, mais elle ne l’aimait pas, elle tenait à lui, un peu comme on tient à un objet d’art. Et il était à elle. » (Stéphanie par rapport à son mari Camille, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 260), « À elle seule elle était l’archétype de la blonde vénéneuse qui manipule le mâle, avec un rire ravageur. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami homosexuel angevin en 2003, p. 17) ; « Là, elle s’élève une jambe. Ici, elle touche un coude. […] Qu’elle s’en aille ! Qu’elle vous laisse tranquille ! Elle s’approche de vos pieds. Va-t-elle vous caresser un orteil ? Rien ne se passe. Elle s’approche de votre oreille et y susurre un ‘Détendez-vous’. » (le narrateur homosexuel à propos de l’infirmière de l’atelier de sophrologie, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, pp. 203-204) ; « Elle manipule celui qui dit non. » (cf. la chanson « Hey, Amigo ! » d’Alizée) ; « Ton fil tu l’aimes déjà. » (cf. la chanson « Et tournoie… » de Mylène Farmer) ; « Des poupées qui disent oui ou non. Je dis non, je dis non, je dis non… » (cf. la chanson « Porno graphique » de Mylène Farmer) ; « Caroline says that I’m just a toy. She wants a man, not a boy. » (cf. la chanson « Caroline Says » de Lou Reed) ; « Elle se recule un peu et me contemple comme on le ferait d’un tableau. […] L’embaumeuse est une artiste. » (Luca, le héros homosexuel, cadavre parlant à la morgue, dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, pp. 33-34) ; « Give me all your love boy, You can be my boy, You can be my boy toy. » (Nicki Minaj dans la chanson « Give Me All Your Love » de Madonna) ; « Quand la porte s’est ouverte, je suis resté planté devant elle comme une grosse merde. Elle portait une robe noire moulante et décolletée, qui faisait ressortir sa peau laiteuse, ses seins pareils à deux blocs de beurre frais. Aux pieds, elle avait des mules en soie noire, avec un liseré genre plumes d’autruche de la même couleur. Elle avait des ongles vernis eux aussi de la même couleur, enfin si on considère que le noir est une couleur, aussi bien ceux des mains que ceux des pieds, comme j’ai pu m’en rendre compte quand elle a négligemment fait glisser sa mule gauche pour caresser son mollet droit avec ses orteils. Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. Elle m’apporte un verre avec une substance un peu trouble dedans, genre sirop d’orgeat ou de gingembre, vous voyez ce que je veux dire ? Je lui demande ce que c’est. Elle me dit de deviner. Je goûte. Un machin indescriptible. Amer, mais avec une note de citron, de sucre, et un arrière-goût un peu fade aussi, limite farineux, sauf que la farine ça a pas de goût, alors je dirais limite lacté, mais plus comme du lait en poudre que comme du vrai lait. Je lui dis que je ne devine pas. Et alors là, véridique, elle me fait : ‘C’est un philtre d’amour.’ » (Yvon parlant de Groucha dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 262-263) ; « Les auréoles des seins qui pointent sous le tissu, qui ont l’air de vouloir le transpercer […] » (idem, p. 264) ; « Elle me paraît minuscule, et comme en hauteur, au sommet d’une montagne, parmi les neiges éternelles. Pour couronner le tout, elle a beau être assise immobile dans le canapé, j’ai l’impression qu’elle remue ses hanches, qu’elle ondule de droite et de gauche, comme si elle faisait la danse du ventre, avec des oscillations de sirène, des variations régulières de courbe sinusoïdale. Vu d’ici, ça fait plein de petites étoiles scintillantes. L’image se décompose, à travers une sorte de filtre brumeux, un diamant taillé ou un kaléidoscope, comme dans les films psychédéliques ou les premiers épisodes de Columbo» (idem, p. 264) ; « Ça ressemble à un petit bonhomme, avec un tronc, deux bras, deux jambes, une tête un peu fibreuse, avec des petits fils comme à la base des poireaux. Là, je m’aperçois que c’est pas juste une illusion, que c’est véritablement un petit bonhomme. Sur ce qui fait office de tête, il y a des yeux dessinés, une petite bouche. Et au milieu du ventre, des aiguilles plantées. ‘Tu ne te reconnais pas ? qu’elle me fait. C’est toi. C’est une poupée vaudoue. Tu ne vois pas ? Les petits fils, sur la tête, ça ressemble à tes cheveux. J’ai même prévu d’accrocher des petites perles pour mieux imiter les dreadlocks.’ Au moment où je me reconnaissais, j’ai identifié les symptômes d’un bad trip. » (idem, p. 265) ; « J’avais pour patronne une Hongroise […] dame sans âge. » (Pretorius, le héros homosexuel en domestique de la bourgeoise Élisabeth de Bataurie, dans la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Toi, tu es mon pantin confondu. » (la femme en robe de soirée s’adressant à l’homme, dans la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter) ; « Il y a une fille dans mon lit !! Qu’est-ce que je vais faire avec ça ?? J’espère qu’elle ne va pas me toucher, la vicieuse ! Je ne suis pas un sex-toy, Mademoiselle ! » (Fabien Tucci, homosexuel, s’adressant à une femme qu’il surnomme comme la chanteuse Rihanna, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, la Carole est décrite par Vincent Garbo, le narrateur homosexuel, comme « la Marionnettiste » (p. 178) : « La grosse Carole, pute géante à bras tentaculaires, est entourée de nabots besogneux, tous occupés à ses aises. Ils sont fourmis naines à côté d’elle. » (idem, p. 8) ; « Ma Vieille m’impressionne trop, d’une autorité que je n’explique pas, quasi surnaturelle. Elle vit dans un monde qui n’est pas le mien, plane à une hauteur de vue qui me rapetisse d’autant. » (idem, pp. 104-105). Dans le film « La Manière forte » (2003) de Ronan Burke, le couple de femmes lesbiennes ausculte comme une momie le corps d’Adam plongé dans un semi sommeil tourmenté, en enfilant les gants pour extraire le précieux liquide spermique qui leur donnera un enfant. L’une d’elle, au moment où Adam commence à se réveiller, parle de l’homme comme d’un objet : « Nom d’un chien. C’est normal que ça soit aussi éveillé ? » Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Élisabeth se présente à son frère Paul comme l’Ariane dont il ne doit surtout pas lâcher le fil. Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie, l’héroïne lesbienne, surnomme son agent artistique Jean-Chri « Jiminy Cricket ». Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella, le héros transsexuel M to F, manipule sa figurine de Ken. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, les fées Preciosa et la Religieuse s’emparent d’Elliot. Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, la figure homo-érotisée de Victor Hugo est dirigée concrètement comme un pantin. Dans le film « La Fiancée du pirate » (1969) de Nelly Kaplan, Marie est une femme qui veut être libre et fait semblant de se soumettre aux hommes pour mieux les avoir sous contrôle. Dans le film « Friendly Persuasion » (« La Loi du Seigneur », 1956) de William Wyler, Jacques se fait manipuler physiquement par les femmes qui le courtisent (les trois filles hideuses de la veuve Hudspeth), qui se le passent comme un objet, un ballon de foot, après l’avoir observé d’un air médusé. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, le lien entre les écrivaines-amantes Vita Sackville-West et Virginia Woolf est à plusieurs reprises décrit comme toxique et filandreux.

 

L’union de la géante et du pantin symbolise d’abord une invraisemblance (on assemble les contraires), un paradoxe, un mensonge : « Son histoire, c’est comme un 69 entre Adriana Karembeu et Passe-Partout : ça tient pas du tout debout. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015)
 

Évidemment, la femme géante tirant les ficelles du héros homosexuel, étant mère ou actrice ou même amant(e), est figure d’inceste et de viol : « Lady Griffith aimait Vincent peut-être ; mais elle aimait en lui le succès. […] Elle se penchait avec un instinct d’amante et de mère au-dessus de ce grand enfant qu’elle prenait à tâche de former. Elle en faisait son œuvre, sa statue. » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1997), p. 273) ; « Je me rappelle ma mère sous la douche. Elle avait une foufoune gigantesque. » (Nikki dans le film « Toy Boy » (2009) de David MacKenzie) ; « Ma mère, c’était peut-être pas un homme, mais c’était un génie. C’était une grande dame. » (Gabriele, le héros homo, s’adressant à son amie Antonietta, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « Ma mère travaille en usine en haut des fils en bobine. Dans les nuages, elle va, elle rêve. » (Rosa dans le spectacle musical Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « Tu te passionnes pour les mères des autres, les reines de France, leurs petits maris, et toute l’histoire du temps. » (Félix, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 205) ; « Résolument tournée vers le masculin, cette femme [« la marquise »] prenait un plaisir très particulier, s’évertuant, malgré le goût vif qu’elle en avait, à les réduire à rien. Elle aimait à faire naître une passion qui lui permettait de les faire souffrir. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 211) ; « Comment te dire ? Je suis un vieux pantin en lendemain de fête, un vieux pantin entre les mains d’un enfant bête. » (cf. la chanson « En miettes » d’Oshen) ; « Elle avait, mon père n’avait pas cessé de le répéter, ce par quoi il était irrésistiblement attiré. Ce qui le rendait jaloux, possessif, fou. Elle avait en elle cette part de lui qu’il ne comprenait pas et qu’il ne comprendrait jamais. Elle avait le sexe sur sa figure, à en croire mon malheureux père. Elle avait le pouvoir. Et c’est pourquoi il l’avait emprisonnée les premières années de leur mariage. » (Omar, le héros homo parlant de son père et de sa mère, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 56) ; « Ils me croient trop petite pour le retrouver. Mais je suis maligne. Ses yeux seuls m’ont boudée. Il me paraît plus petit dans ce grand lit, le cœur démuni au sein de la colonie. » (cf. le poème « Le Dos d’un cœur » (2008) d’Aude Legrand-Berriot) ; etc. Par exemple, dans sa chanson « Les Liens d’Éros », Étienne Daho cite « La Vénus à la fourrure » de Leopold Von Sacher-Masoch en faisant référence à « une femme qui fait de l’homme son jouet et le piétine impitoyablement ». Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus nous fait croire qu’il a couché avec une femme… mais on découvre qu’il s’agit de sa mère biologique : « La première femme avec qui j’ai couchée : la bombe ! Avec des seins… »
 

Parfois, le héros homosexuel ne supporte pas d’être humilié et rabaissé. Il planifie sa vengeance contre la femme fellinienne : « Tu t’es créé un monde pour être la reine. Mais réveille-toi. Tu ne l’es pas ! T’es juste une lycéenne comme toutes les autres. Tu vas tomber de ton piédestal. Pour une fois, c’est moi qui te regarderai de haut. » (Juna, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « C’est une petite poupée de chiffon. » (Juna parlant de son amante Rinn, idem) Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène, l’héroïne lesbienne, se soumet complètement à la fille dont elle est amoureuse, Sarah. Mais Laura, une amie de la mère de Sarah, désacralise le personnage et la fait descendre de son piédestal : « Elle n’est pas si impressionnante que ça, ta Sarah. » Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, décrit sa mère de 130 kg comme une géante monstrueuse.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La géante manipulatrice :


 

Certains sujets homosexuels disent aimer une femme toute-puissante et immense : « Ce corps féminin sensuel et triomphant a quelque chose d’étrange quand il surplombe celui qui repose inanimé et recouvert. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 270) ; « Le soir, à table, je regardais les seins d’Anne Dubosc. […] Anne avait les seins relevés dans une dernière fureur, deux seins de métal blanc. J’en fus jaloux. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 37) ; « Une femme se cogne contre mon visage, sa main gantée se resserre sur mon bras […] Ses yeux m’attaquent, c’est exceptionnel […] » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 9) ; « J’adore les filles qu’on peut escalader. » (Lea Delaria, femme lesbienne, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) ; etc.

 

Par exemple, pendant le « prime » de l’émission The Voice 3 diffusée sur la chaîne TF1 le 22 février 2014, le chanteur homosexuel Mika présente la chanteuse Kylie Minogue (petite de taille) comme une géante (face à une Mélissa Bon qui complexe de se tenir droit parce qu’elle est grande de taille) : « Elle se tient comme un homme de huit pieds ! » Et lors de son concert à Paris-Bercy en avril 2010, Mika a choisi pour ses décors une femme géante, comme par hasard. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent rencontre Betty, une grande blonde en boîte et lui sort : « Vous me plaisez. Je vous trouve moderne. Je vous trouve longue. » Il en fera sa nouvelle égérie. Dans son Autoportrait (1939), la photographe lesbienne Claude Cahun s’immortalise à côté d’un mannequin. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, une femme géante nocturne vient annoncer à Bertrand Bonello dans son sommeil, en murmurant à son oreille, qu’il va mourir : « Répète après moi : ‘Je vais mourir d’un sectionnement des mains.’ »

 

FELLINIENNE Deneuve

 

J’ai remarqué chez mes amies lesbiennes un rapport très particulier à leurs seins et à ceux de leur(s) partenaire(s) sexuelle(s). À la fois elles les adorent ; et certaines complexent d’être plates, ou bien cherchent à le devenir en se faisant ôter les seins.

 

Cette tendance incestueuse et violente à célébrer une femme surdimensionnée est sociale et tout autant homosexuelle qu’hétérosexuelle. Elle est bisexuelle : cf. les publicités Kookaï avec les hommes miniatures soumis à des femmes géantes, le corset pointu de Madonna conçu par le couturier Jean-Paul Gaultier, le fameux lamé or de Marilyn Monroe, les collections de Thierry Mugler, la publicité de la Peugeot 205 (« On The Road again ») avec les autostoppeuses en cuir, les corsets-obus d’Yves Saint-Laurent, etc. « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. On passait des heures devant les agneaux à deux têtes. Il était bouleversé. Nous étions en plein syndrome de Stendhal. Ivres de beauté. Il voulait vivre là. À côté. Et moi j’étais là, sans savoir quoi faire. C’est dans un musée que j’ai senti que mon fils était un homme. (la voix-off de la mère de Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 

Publicité Kookaï

Publicité Kookaï


 

« À Vienne, Gustave Klimt, à Paris, Regnault, le jeune prix de Rome ami de Mallarmé, Gustave Moreau dont c’est le cœur de la mythologie intime, à Londres Oscar Wilde et Aubrey Bearsley, en Allemagne von Stuck, en Belgique Delville, Toorop, Mellery ou Ferdinand Knopff : tous ont été obsédés par le thème de la femme destructrice. Ce ne sont qu’Hérodiades, Salomés et Judiths, que femmes thraces déchirant le corps d’Orphée ou contemplant rêveusement sa tête coupée. On retrouve, en costumes 1900, les mêmes redoutables et sataniques amazones dans les romans de l’époque : chez D’Annunzio (Il triomfo della morte), chez Pierre Louÿs (La Femme et le pantin) ou Octave Mirbeau (Le Jardin des supplices). L’homme – ou ce qu’il en reste : la tête, belle, douloureuse et asexuée – est donc chaque fois la victime d’une femme et comme prédestiné à l’être par ses aspirations célestes et sa nature ambiguë. » (cf. l’article « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau » de Françoise Cachin, Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 84-85) ; « Triomphe de la femme dominant un carnage de victimes masculines. Les héroïnes de Moreau sont fatales : les Érinnyes, Hélène de Troie, Salomé, inlassablement repeinte, Dalila, Circé, Lucrèce, Messaline, Lady Macbeth. » (idem, p. 88) ; « La Eva Duarte de Perlongher n’est pas la Evita de Perón. Elle est une princesse plébéienne qui distribue du ciel, non pas des couvertures, mais des portions de marijuana. Sa Eva est une déesse inoubliable, amazone péroniste, sortant ses griffes – induite de vernis à ongles Revlon –, qui hurle à la ‘trahison’ dès qu’on la touche et qui descend du ciel pour séjourner bordel en bordel. » (Introduction du recueil d’articles Prosa Plebeya (1997) de Néstor Perlongher, p. 10) ; « La macrogynophilie consiste à s’imaginer comme dans King Kong, mais à l’envers. C’est l’homme qui est lilliputien ! […]  Ce goût pour les géantes date d’ailleurs des années 1950 : les femmes occupent une place croissante dans la société. […] L’Américain Ed Lundt, 43 ans, est un pionnier du genre. Il rêve d’une femme inaccessible, plus monstrueuse que Godzilla. En 1988, il édite le premier magazine au monde uniquement consacré aux Giantess et des bandes dessinées où d’immenses créatures se font ‘escalader’. » (Agnès Giard, Le Sexe bizarre (2004), pp. 174-176) ; « J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante. Comme au pied d’un arbre un chat voluptueux. » (Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857), idem, p. 178) ; etc.

 

La cougar Madonna

La cougar Madonna (et le fameux corset de Jean-Paul Gaultier


 

Beaucoup de chanteuses lesbiennes ou les icônes gays friendly s’amusent à regarder l’homme enfermé dans sa boule de neige, dans son bocal ou dans son théâtre de marionnettes : cf. les chansons « It’s Raining Men » des Weather Sister, « Lui ou Toi » d’Alizée, « Tu nages » d’Anggun ou de Céline Dion, « Tchiki Boum » de Niagara, etc. « Je suis plutôt King Kong que Kate Moss, comme fille. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 11) ; « Los chicos son de molde y nosotras de corazón. » (cf. la chanson « Si Yo Fuera Un Chico » de Beyonce) ; etc.

 

Steven Cohen

Steven Cohen


 

Chez les personnes homosexuelles, cette tendance à s’identifier à une femme géante dominatrice et castratrice peut être l’expression d’un viol jadis vécu, ou bien d’un inceste avec la mère (biologique mais surtout cinématographique), voire d’un désir suicidaire de transidentité. « Wanda, le travesti, dansait, insouciante, avec Angelito. Géante, la crinière déployée, avec ses chaussures d’homme à talons aiguilles, c’était un monument de près d’un mètre quatre-vingt-dix qui se mouvait comme un serpent. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 83) ; « La Chola avait caché ses courbes dans une serviette et avait formé avec une autre un énorme turban. Celle qui enveloppait son corps était trop petite et l’autre, immense, lui donnait une apparence de géante. Elle portait, matin et soir, des talons aiguilles, toujours pailletés. […] À chaque pas, ses hanches chaloupaient et ses seins vibraient légèrement. […] La plantureuse voisine avait trouvé une autre solution, une autre religion, proposée par une secte qui, selon la Chola, s’appelait l’Église scientifique» (idem, pp. 187-188) ; « Ernestito parvint à ouvrir les yeux, à se décoller du matelas et à récupérer la liberté de ses mouvements. Tiré par un fil invisible, il se retrouva au pied du lit de sa mère. Cecilia [la mère d’Ernestito] dormait, un sourire aux lèvres. Il crut qu’elle ronflait. » (idem, p. 263) ; etc. Par exemple, l’artiste Niki de Saint-Phalle, après avoir été violée dans son enfance, sculpte des « Nanas » plantureuses et dominatrices.

 

Geri Halliwell (Spice Girls)

Geri Halliwell (Spice Girls)


 

Elles désirent inconsciemment être dominées par une femme forte, soit parce qu’elles ont été dominées par une figure maternelle imposante, ou bien parce qu’elles ont été maltraitées et veulent reprendre le dessus.

 

Inna Shevchenko, fondatrice des Femen

Inna Shevchenko, Femen


 

En figurant mentalement ou iconographiquement les femmes ainsi, c’est une manière aussi pour elles ne mettre la gent féminine réelle à distance. Et pour ce qui est des femmes lesbiennes, c’est une manière de se justifier d’exploiter les hommes réels (dans les cas par exemple d’« homoparentalité », où les hommes sont considérés comme des vaches à sperme). « Les mecs sont interdits… non… en fait, j’dis en déconnant. C’est une affaire de proportion. Il nous faut une part des garçons comme il nous faut une part d’handicapés dans les entreprises. (rires) » (Charlotte et Marion dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy dans l’émission Tel Quel diffusée sur la chaîne France 4 le 14 mai 2012)

 

Par exemple, selon les propres mots du peintre homosexuel Gustave Moreau adressés à Henry Rupp (Cahiers III, p. 25), la femme est bien l’incarnation du Mal (= Mâle = femme macho) : « Cette femme ennuyée, fantasque, se donnant le plaisir très peu vif pour elle de voir son ennemi à terre, tant elle est dégoûtée de toute satisfaction de ses désirs. »

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

« Pour le psychanalyste Alfred Adler, l’orgueil que certains homosexuels tirent de leur ‘particularité’ représente la compensation d’un profond sentiment d’infériorité et d’insécurité vis-à-vis de la femme. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 198) Tout est dit.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°148 – Poupées (sous-codes : Marionnettes / Automates / Bodybuilding)

Poupées

Poupées

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le désir homosexuel : un désir de mort, atténuant sa violence par l’esthétique des corps-objets

 

Le désir d’être objet, c’est l’autre nom du désir homosexuel. Soit parce qu’elles ont jadis été prises pour des objets, soit pour se créer une essence divine au moment où elles ont douté de leur unicité et de leur identité, la plupart des personnes homosexuelles croient pouvoir se transformer en fétiche, en image sacrée, en mannequin de magazine. Par l’image, elles se donnent donc l’illusion de se mettre elles-mêmes au monde et de trouver une nouvelle originalité. Beaucoup d’entre elles construisent autour de leur être un véritable culte de la personnalité, surtout à travers les arts audiovisuels. Il suffit d’observer le rapport de certaines aux miroirs, en discothèque notamment, ou bien encore leur attitude de femme fatale en présence d’un appareil photo, pour le constater. Elles se scrutent beaucoup et pâtissent de la maladie du Don Juan qui cherche constamment à plaire, à faire plaisir, et à savoir ce que les autres pensent de lui, sans jamais arriver à satiété.

 

On entend souvent dans le discours des personnes homosexuelles – y compris chez celles qui ne sont pas du tout efféminées – un désir de divinisation par la réification fétichiste, le rêve de « faire de leur être un objet d’art » (Michel Foucault, « Conversation avec Werner Schrœter », dans Dits et Écrits II (2001), p. 1077), une belle statue grecque qu’elles pourraient sculpter, exposer, posséder. En fantasmes, elles font de leur corps la matière première de leur pouvoir créateur. « Je suis une pièce d’art vivante qui parle et qui marche » déclare par exemple Steven Cohen (cf. l’article « Steven Cohen, Corps à corps »). La fascination pour l’anatomie humaine est particulièrement marquée dans le « milieu homosexuel ». Les personnes homosexuelles ont tendance à considérer leur corps comme leur bien, leur propriété privée. Certaines défendent même l’existence d’un « corps homosexuel » (N.B. : je vous renvoie également au code « Différences physiques » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Selon la logique des réalités fantasmées qui s’engendrent par la voie du fantasme, elles n’ont pas totalement tort : « la lesbienne » est en effet la concrétisation incomplète de la « fille d’à côté » (cette femme-objet largement décrite dans le documentaire « Pin-Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton) qui a fait son apparition dans la revue Play-Boy au cours des années 1950 ; « l’homosexuel », quant à lui, est le retour partiellement incarné de « l’homme d’à côté » décrit par Alexandros Loukos et représenté en vignette dans les revues gays. Mais une fois confrontée à la Réalité, cette conception cinématographique du corps devient caduque, puisque ce dernier n’est ni objet ni glacé comme l’image de magazine.

 

Le désir de se réifier et de disparaître pour devenir des dieux bioniques apparaît à travers l’omniprésence des poupées dans la fantasmagorie homosexuelle. Les artistes homosexuels sont nombreux à avoir conçu des pièces pour marionnettes, à exercer le métier de marionnettiste, et à s’intéresser esthétiquement aux automates, aux statues, et à la texture caoutchouc (il existe d’ailleurs à Paris une association homosexuelle rien que pour les amateurs de caoutchouc, « Les Mecs en Caoutchouc » !). Même si cette démarche peut amuser dans un premier temps, elle est en réalité violente et mortifère… puisqu’un objet, par définition, c’est inerte, mort, consommable, et non-libre.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « S’homosexualiser par le matriarcat », « Don Juan », « Amant diabolique », « Femme fellinienne géante et pantin », « Adeptes des pratiques SM », « Pygmalion », « Cirque », « Jeu », « Morts-vivants », « Clown blanc et Masques », « Super-héros », « Animaux empaillés », « Se prendre pour Dieu », « Clonage », « Maquillage », « Fan de feuilletons », « Collectionneur homo », « Femme et homme en statues de cire », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », et à la partie « Ventriloque » du code « Doubles schizophréniques » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le personnage homosexuel aime les poupées/marionnettes et s’y identifie :

Film "La Mala Educacion" de Pedro Almodovar

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

On retrouve les poupées et les marionnettes dans énormément de productions artistiques traitant d’homosexualité : cf. le vidéo-clip de la chanson « Papa m’aime pas » de Mélissa Mars, la série de dessins Pinochio (1988) de Pepe Espaliu, le film « Un Sacrifice » (1997) de Didier Blasco, le film « Dallas Doll » (1993) d’Ann Turner, le film « Superstar : The Karen Carpenter Story » (1987) de Todd Haynes, le film « Labyrinthe » (1986) de David Bowie, le vidéo-clip de la chanson « West End Girl » des Pet Shop Boys (la première image, ce sont des poupées), le film « Christophe et Gordi » (2004) de Frank Mosvold et Tom Petter Hansen, les films « Les Larmes amères de Petra Von Kant » (1972), « Gibier de passage » (1972) et « Roulette chinoise » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le vidéo-clip de la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer, le roman A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana (avec la figure de Pinocchio), la chanson « Allan » (« Pauvres poupées qui vont, qui viennent, Allan, Allan… ») de Mylène Farmer, la chanson « Sextonik » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « C’est une belle journée » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer (avec les épouvantails), le film « Juste avant Bir-Hakeim » (1989) de Christophe Donner, le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green (avec le magasin de réparation de poupées), le conte Le Montreur de marionnettes d’Hans Christian Andersen, le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse (avec le Maître de Cérémonie s’animant comme un pantin désarticulé), la photo Sense Of Space (2000) des frères Gao, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le film « Dans la peau de John Malkovich » (1999) de Spike Jonze, le film « The Others » (« Les Autres », 2001) d’Alejandro Amenábar, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, les pièces Le Guignol et le Gourdin (1928) et Les Amours de Don Perlimplin (1923) de Federico García Lorca, la pièce Ubu Roi (1896) d’Alfred Jarry, la pièce L’Autre monde, ou les États et Empires de la Lune (1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le spectacle de marionnettes Folie dans la jungle (2010) de Loïc Bartolini, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès (avec l’allusion à Pinocchio), le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner (avec la poupée Barbie), le film « The Mostly Unfabulous Social Life Of Ethan Green… » (2005) de George Bamber, le film « La Chair et le Sang » (1985) de Paul Verhoeven, le spectacle d’imitations L’Électron libre (2008) de Dany Mauro (avec le chanteur Calogéro imaginé en marionnettiste), la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco (avec les Barbies), le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec Ismaël en marionnettiste), la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec la poupée gonflable appelée « Doctoresse Freud », la pièce Eva Perón (1969) de Copi, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec le collectionneur de poupées), le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie (avec le Roi qui joue à la poupée), le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier, le poème « En cœur forgé » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, le film « Where Are The Dolls » (2012) de Cassandra Nicolaou, le vidéo-clip de la chanson « La Bête libre » de Jeanne Mas, le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec Pinocchio), le film « Bienvenue à bord » (2011) d’Éric Lavaine (avec la marionnette en forme de boa rose), le film « Chacun cherche son chat » (1996) de Cédric Klapisch (avec la poupée sévillane géante dans la chambre à coucher de Michel, le héros gay), la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert (avec Karl Lagerfeld qui manipule son amant Jacques à distance, comme une marionnette), le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la chanson « Mannekin » de Taxi Girls, etc.

 

Album "Point de suture" de Mylène Farmer

Album « Point de suture » de Mylène Farmer


 

Le personnage homosexuel voue une véritable passion pour les marionnettes et les poupées : « J’ai toujours aimé les poupées. » (le marin gay dans la comédie musicale Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy) ; « Quand j’étais petit, je jouais souvent avec les Barbie de ma petite sœur en cachette. Ma préférée, c’était ‘Barbie robe de mariée’. […] Je me souviens qu’à dix ans, je suis allé vendre des oeufs au marché pour m’acheter une Barbie, celle avec le coffret maquillage. » (Sébastien dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « Le rideau rouge vint se lever, s’envoler. Les marionnettes vont s’éveiller, s’animer. Dans un théâtre abandonné, j’ai trouvé des personnages, des paysages de papier. C’est une histoire que j’ai volée à ma mémoire. » (cf. la chanson « Les Romantiques » de Catherine Lara) ; « J’ai toujours adoré jouer à la poupée. » (Marina le travesti dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « Et dire que je lui ai acheté une Barbie parce qu’il n’y avait plus de GIJo au supermarché ! » (Samuel Laroque imitant une mère qui parle de son jeune fils, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Tu n’as plus l’âge de tes poupées. » (cf. la chanson « Lola » de Jeanne Mas) ; « J’m’appelle Théo et j’aime les poupées, surtout celles aux cheveux frisés. » (cf. la chanson « Fille ou garçon » du groupe Zut) ; « On jouait à la poupée. » (Juna, Kanojo et Suki, les trois héroïnes lesbiennes s’adressant à Rinn, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Tous les ans, je commandais au Père Noël une poupée. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Toi, va jouer à la poupée ! » (Alexandre le héros hétéro repoussant violemment André, homo, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, le petit Ernest joue à la poupée dès son plus jeune âge. Dans la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, Myriam parle à sa poupée. Au générique du début du film « Le Zizi de Billy » (2003) de Spencer Lee Schilly, Billy, le transsexuel, joue avec des poupées. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Michael voit son petit-neveu de 7 ans, Sumter (qu’il soupçonne d’être homosexuel), jouer au théâtre de marionnettes ; cela lui rappelle sa propre enfance, quand il « bricolait des scènes de théâtre avec des cartons récupérés dans les Piggly Wiggly » (p. 99). Dans le film « Dolls » (2008) de Randy Caspersen, Thomas, un ado un peu secret, supporte mal que sa mère s’apprête à vendre les poupées qui ont accompagné toute son enfance… Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, le comédien principal anime une marionnette en mousse en forme de rat. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, un des protagonistes homosexuels affirme avoir grandi entouré de « sa dînette, ses barbies, ses héros ». Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Jason, le héros homosexuel, jouait à la poupée avec sa meilleure amie Corinne, quand ils étaient enfants. Dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, la chambre d’Hélène est pleine de poupées. Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel dit qu’il jouait à la poupée et s’est lié à l’école avec Julien, un camarade qui avait des Polly Pocket.

 

Le monde des marionnettes est parfois directement synonyme du monde homosexuel et à « l’amour ». « Nous conjuguons nos talents pour animer les marionnettes d’un petit Guignol. » (Dominique en parlant de sa rencontre avec Romain, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 16) Par exemple, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, la Reine des Rats demande à Rakä et au rat narrateur qu’elle trouve bien efféminés « chez quel marchand de marionnettes ils s’habillent » (p. 31). Dans le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer, les personnages homosexuels/queer évoluent dans un monde où la sexualité est proche de l’enfance : l’un d’eux est d’ailleurs une poupée. Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, les amants du couple homosexuel sont tous les deux déguisés en poupées russes à un moment donné du spectacle. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, Vicky Fantômas raconte qu’elle faisait un numéro de marionnettes au Crazy Horse Saloon. Dans la pièce Les Amours de Fanchette (2012) d’Imago, Agathe considère « affectueusement » son amante Fanchette comme sa « petite poupée ». Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse, l’héroïne lesbienne, vend des poupées et des trains dans un magasin de jouets. La première question que lui pose Carol, sa future amante, c’est : « Pourriez-vous m’aider à trouver cette poupée ? ». La poupée sert de vecteur et de matérialisation de l’homosexualité. Carol va plus en profondeur dans ses questions : « Quelle était votre poupée préférée quand vous aviez 4 ans ? »

 

POUPÉES Pinocchio

 

Même certaines poupées sont homosexualisées ! Par exemple, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, Cosette baptise sa poupée « Marcel Proust ». Dans le roman Papa a tort (1999) de Frédéric Huet, Julien se voit offrir des poupées par sa mère : « Maman, elle m’a acheté un Ken. Oui, un Ken, le mari de Barbie. Je suis hyper content. Depuis le temps que je lui en réclamais un. » Dans le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, la poupée Barbie est « lesbianisée ». Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Antonin offre à son copain Hubert deux marionnettes en pâte à modeler à leur effigie.

 
 

b) Je suis une poupée :

Le héros homosexuel considère qu’il est la progéniture d’une marionnette : « C’est une marionnette. » (Max en parlant de la mère de son copain Fred, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval)

 

Non seulement le personnage gay aime la poupée, mais il va chercher à en devenir une. Par exemple, il se réifie ou robotise en automate dans le film « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun (le titre nous indique que les héros sont des « Dames de fer »), le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari (avec le mannequin automate filmé dans les boutiques de Noël), le B.D. Anarcoma (1981) de Nazario (avec le robot baptisé « MX2 »), le film « Modern Love Is Automatic » (2009) de Zach Clark, la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora (avec le pantin désarticulé), le film « Woody et les Robots » (1973) de Woody Allen, le film « Robocop » (1987) de Paul Verhoeven, la pièce Grand peur et misère du Troisième Reich (2008) de Bertold Brecht, la pièce Machine sans cible (2008) de Gildas Milin, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec les enfants jouant à « 1, 2, 3, Soleil »), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec les robots), la chanson « Le Privilège » de Michel Sardou, la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi (mise en scène d’Adrien Utchanah en 2010, avec la Reine futuriste habillée en cosmonaute, avec des tuyaux partout), le film « Autoportrait aux trois filles » (2009) de Nicolas Pleskof (avec le désir d’être mannequin), le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling, etc. Par exemple, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, le juge Kappus déclare que dans son enfance, il aimait beaucoup jouer au jeu « 1, 2, 3, Soleil » (p. 166) et faire la statue. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, avec la chanson « Sextoy », l’un des héros homosexuels exprime son « désir d’être un gode pour mieux s’enféticher ».

 

Le personnage homosexuel se définit lui-même comme une statue, un robot, une machine qui s’est fabriquée toute seule : « J’ai toujours pensé que comme j’étais une pédé passif, alors je pouvais être un femme belle et désirette, c’est dans moi, comme jouer à la poupée quand j’étais enfant, essayer les robes de ma mother quand j’étais teen et sucer des bites maintenant, quoi ! » (Cody, le héros homosexuel nord-américain hyper efféminé, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 92) ; « J’ai la bouche pleine de terre. » (une réplique de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Je n’existe pas. Je suis une chose. Rien qu’un corps. » (Alberto Sorbelli dans le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen) ; « Je suis adepte du latex. » (le héros gay du one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc) ; « Je crois la machine. Mon Daddy, il est faillible. Pas la machine. » (le héros de la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan) ; « Elle considérait son corps comme un marionnettiste considère sa marionnette. » (Maria-José, le transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 34) ; « Tout corps s’invente. » (cf. une réplique du film « Ils seront forts, elles seront belles » (2008) de Camille Ducellier) ; « Toi et moi, nous sommes des œuvres d’art. » (Sulky et Sulku, les deux guides efféminés du film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; « Je suis un ancien mannequin. » (Paola dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) ; « Il faut que je devienne mannequin. » (Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 426) ; « Petit pantin, t’es trop méchant ! Petit pantin, t’es vraiment bête. Le petit train, tu l’as dans la tête. » (Didier Bénureau parlant de lui à la troisième personne, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Moi, je ne suis qu’un processeur de données. » (la protagoniste lesbienne Mnesya, parlant à ses écrans d’ordinateur, dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari) ; « Nous sommes faits d’ivoire et d’or. » (Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Oui, j’ai fait carrière au bois… » (la mère transgenre évoquant le Bois de Boulogne, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Suis-je une machine ? Suis-je une personne ? » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; etc.

 

Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Noé, le héros homosexuel, est artisan et fait des figurines en plâtre. Pour lui, elles « prennent vie ». Dans le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen, Anne devient le cobaye de son propre ordinateur et décide de ne vivre qu’à travers lui. Dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, Cyril se prend pour son ordinateur : « Nous sommes semblables. » (p. 154) Dans le film « Mann Mit Bart » (« Bearded Man », 2010) de Maria Pavlidou, des femmes transgenres F to M dragkings imitent des poupées mécaniques automatisés. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Tassos, Dany et Ody font des chorés sur des chansons de chanteuses italiennes des années 1960. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, comédien au théâtre, en boutade, déclare à son ami Damien qu’il se prend pour une machine à laver : « Je suis en train de passer une audition pour le rôle d’une machine à laver. »

 

Film "Far West" de Pascal-Alex Vincent

Film « Far West » de Pascal-Alex Vincent


 

Le héros homo aime imiter les chorégraphies robotiques de ses chanteuses-fétiches : c.f le film « Freude » (2001) de Jan Krüger (avec Johannes), le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson (avec les danses robotiques de Frankie, le héros homo faisant de la danse contemporaine dans la troupe Mc Manus Ballet), le film « Résultats du Bac » (1999) de Pascal Alex Vincent (avec les adolescents devant leur télé), le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent (avec Ricky et la chorégraphie d’entrée sur la chanson « Ça va ou ça va pas »), la chanson « Think » d’Areta Franklin au début du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman (avec les démonstrations époustouflantes de danse de majorette et de tecktonik par Jarry), le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral (avec la danse robotique d’automate), le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson (où Zize, le travesti M to F, effectue une chorégraphie très robotique sur la chanson « Vogue » de Madonna), le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu (Ziki, l’héroïne lesbienne, est folle de musique et fait des chorégraphies de clip-vidéo avec ses deux amies), le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma (avec Floriane, l’héroïne lesbienne qui est la capitaine de l’équipe de natation synchronisée), la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez (avec les quatre héroïnes lesbiennes), etc. Les chorégraphies actuelles sont à ce point esthétisées, maniérées, et érotisées, que la danse est associée directement à l’homosexualité par certains protagonistes homophobes : « Danser, c’est pour les pédés. » (Kévin dans la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell). Par exemple, dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Jerry, le chorégraphe de Frankie le héros homosexuel, recadre sèchement son élève qui manque de masculinité : « Danse comme un putain de mec ! » : Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Fred, le trans M to F, est le chorégraphe de son équipe de natation.

 

En toile de fond, l’identification au robot marque une déshumanisation inquiétante dans l’homosexualité. Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le monde où la différence des sexes a été totalement rejetée se trouve être un espace totalement mécanisé, où les personnages homos sont des robots qui se clonent entre eux et ne vivent que pour leur travail, leur image, leur production : Gatal, le héros, par exemple, travaille en tant que chef de produits, dans une boîte qui s’appelle Craker Booster… et qui lui demande sans cesse des résultats, une charge de travail inhumaine. Il va être contraint de s’accoupler avec son directeur.
 
 

c) Bodybuilding :

Afin de correspondre à l’homme-objet qui le fait fantasmer, le personnage homosexuel passe son temps dans les salles de muscu pour parfaire son corps de rêve : cf. le film « Vivre me tue » (2003) de Jean-Pierre Sinapi, la série française Les Filles d’à côté d’AB Productions (avec Gérard, le gérant musclé et hyper efféminé de la salle de sport), la chanson « YMCA » des Village People, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « Le Protégé de Mme Qing » (2000) de Liu Bingjian, le film « Pas si grave » (2003) de Bernard Rapp, le film « Flesh » (1968) de Paul Morrissey, le film « Le Lézard noir » (1968) de Kinji Fukasaku, le film « Augustin » (1994) d’Anne Fontaine, le film « La Comtesse aux pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg (avec l’un des personnages homosexuels soulevant des haltères), le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso (avec Eddie qui va en salle de muscu), le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs (avec Russ, l’haltérophile homo exhibitionniste), le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin (avec Steeve ou encore Stuart), le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (décrivant les ambiances de salle de sport), le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (où Laurent fait de la muscu), la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti (avec Olivier, l’un des héros gays, qui fait de la muscu)etc.

 

Gérard dans la sitcom "Les Filles d'à côté"

Gérard dans la sitcom « Les Filles d’à côté »


 

Par exemple, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Lukas, la femme transsexuelle F to M, s’impose plein de séances de muscu pour ressembler à l’homme de ses rêves. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xav va à la salle de muscu. Dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Damien passe son temps dans la salle de sport. Le film « Haltéroflic » (1983) de Philippe Vallois dépeint le milieu des culturistes. Dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Pablo et Bruno se rencontrent au gymnase, lors d’une séance de musculation. Dans le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley, Jeffrey a un coup de foudre pour un autre « sportif » dans le club de fitness new-yorkais qu’ils fréquentent assidûment. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, la séance de muscu entre Jenko et Zook est auditivement suggérée comme un orgasme de film porno gay.

 

Le personnage homosexuel se donne beaucoup de mal pour ne pas vieillir et pour garder son éclat de poupée inoxydable : « J’ai un corps. Je le sculpte. […] Chaque mois, ra-vale-ment. » (Jarry qui fait humoristiquement allusion à son « fondamentalisme esthétique », dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « La passion de Stephen pour la culture physique s’accrut et envahit la salle d’étude. […] Elle découvrit que son corps était une chose à chérir, une chose d’une réelle valeur depuis que sa force pouvait la réjouir ; et, aussi jeune qu’elle fût, elle donna à son corps des soins diligents. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, pp. 78-79) ; « Je veux devenir un playboy professionnel […] j’entrerai dans l’armée. […] Ce sera que pour fréquenter l’école militaire. Pour m’entraîner et avoir un corps magnifique. Je veux dire un corps rude et robuste comme le vôtre. » (Anamika, la femme lesbienne, à Adit, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 206) ; etc.

 

Même s’il trouve pour un temps un certain contentement à jouer la potiche que son copain est fier d’exhiber, le héros gay finit par trouver la vie de dînette de la poupée un peu rasoir et aseptisée : « Je suis une simple poupée sans importance. » (Charlène Duval, le travesti M to F, dans son one-woman-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Je suis restée toute seule dans ma petite maison à attendre, occupant mes journées aux arts quotidiens du ménage et de la cuisine, ainsi qu’à l’art de la réflexion discrète. À attendre quoi ? […] À attendre quoi, je vous pose la question. […] Je vais arroser mes plantes. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, p. 19, puis p. 57) J’aborde plus largement la vengeance iconoclaste sur la poupée, ainsi que les ravages du matérialisme dans le rapport amoureux homosexuel, à travers le code « Pygmalion » du Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

d) On m’a traité comme une poupée :

Si le personnage homosexuel se prend pour une poupée, c’est bien souvent, de son propre aveu, parce qu’on l’a traité/maltraité (jadis) comme une poupée : « Violet avait, en outre, des jambes grasses et molles, tout comme une poupée de chiffon… et vous, Stephen, avez été comparée à Violet ! » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 57) ; « Ainsi font font font les petites marionnettes. » (le héros homosexuel pendant le fist-fucking, en tournant sa main dans le cul de son « beau papa », dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « C’est drôle, je n’ai pas l’habitude d’être dans la peau d’une marionnette. » (Leopold, le héros homosexuel qui se sent comme l’instrument de son amant Franz, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Maman m’a écrasée. Tant qu’elle pouvait jouer à la poupée avec moi, là, y’avait pas de problème ! Mais dès que j’ai commencé à avoir une personnalité, elle a tout fait pour me détruire ! » (Sandrine Lazzari, l’héroïne lesbienne en parlant de sa mère Anne-Marie, dans l’épisode 510 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 18 juillet 2019 sur TF1) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo, le héros se considère lui-même comme une poupée vaudou. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, Joaquín, le héros homosexuel, est traité à 15 ans de « poupée de porcelaine » par son père. Dans le film « Tacones Lejanos » (« Talons Aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar, la jeune Rebeca est vendue « en boutade » sur un marché par son beau-père. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, a un prénom peu courant, et sans cesse déformé par Stan. Une fois, il l’appelle Ken, ce qui provoque l’ire de Guen : « Guen ! Ken, c’est le fiancé de Barbie ! »

 

Le viol ou la violence sont déshumanisés/atténués par le fétichisme, donc ils apparaissent comme acceptables aux yeux du héros homosexuel. « C’est Rooney. […] Le requin lui arrache un bras, son petit corps saute en l’air comme un pantin, retombe dans la mer. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 104)

 

Plus tragiquement, le personnage homosexuel aime tellement les poupées qu’il va essayer, par l’adoption d’enfants ou la procréation médicalement assistée ou la Gestation Pour Autrui, et surtout par orgueil, d’obtenir un enfant-poupée. Et il dit explicitement qu’il envisage cet enfant comme une poupée, en plus ! « Je veux un enfant et je l’aurai ! » (Claire, l’héroïne lesbienne de la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Vous jouez à la poupée avec un petit être vivant. » (le père de Claire s’adressant à sa fille et à sa compagne Suzanne) ; « Si c’est un petit gars, ce sera un petit gars. Si c’est une poupée, ce sera une poupée. » (Sylvie en parlant de l’enfant qu’elle veut avoir avec Pierre, le héros homosexuel, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; etc.

 

Comme la poupée est le témoin du viol que certains héros ont vécu, ces derniers s’empressent de la maltraiter, pour étouffer l’affaire/la honte/la gêneuse : cf. le film « Ken Burns » (2011) d’Adrienne Alcover, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec la poupée vaudou), etc. Par exemple, dans la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi, le personnage de Katia, le bébé tué par Daphné, est figuré par une poupée. C’est exactement le même scénario avec les bébés massacrés de la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec la poupée gonflable Émilie la Vorace), etc. « J’ai décapité Teeny. » (Karine Dubernet parlant de son poupon, dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) La destruction de la poupée participe au bout du compte de l’homophobie de la promotion de l’identité ou de la pratique homosexuelle. Par exemple, dans le film gay friendly « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Lena, la mère homophobe fait une scène à son jeune fils Omar (elle le bat, même) parce qu’il dort avec une poupée que lui a donnée le révérend Ritchie (c’est assez dingue, le foin que font les féministes autour de la poupée, d’ailleurs ! : nous le verrons à la fin de cet article, en deuxième partie).

 

L’identification du héros homosexuel à la poupée peut aussi être l’expression d’une situation d’exploitation ou de viol qu’il est en train de vivre. « Je crois que je suis une poupée cassée et que j’ai 600 ans. » (Jézabel, l’héroïne bisexuelle du film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) Il passe du statut imposé de « poupon jouet pour enfants » à celui non moins enviable de « poupée gonflable pour adultes », autrement dit de transsexuel ou de prostituée. Par exemple, dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella, le personnage trans, travaille dans un cabaret de travestis appelé POUPÉES. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, tue Freddie en l’assommant avec le buste d’une statue.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles aiment les poupées/marionnettes et s’y identifient :

Je vous renvoie aux documentaires « Vestida De Azul » (1977) d’Antonio Giménez Rico, « Body Without Souls » (1996) de Wiktor Grodecki, « China Dolls » (1997) de William Yang, à la chanson « La Tapette en bois » de Fernandel, etc. Par exemple, tout le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi est illustré par des poupées Ken figurant des hommes homosexuels.

 

"L'ouverture d'esprit" vue par les catalogues de jouets

« L’ouverture d’esprit » vue par les catalogues de jouets


 

Il n’est pas rare de croiser parmi les personnes homosexuelles des individus qui ont un rapport passionnel avec les poupées (plutôt de répulsion chez les femmes, plutôt de fusion chez les hommes) : « À cinq ans, je jouais à la poupée, je portais des vêtements féminins. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80) ; « Lorsque j’avais de cinq à sept ans environ, j’échangeais souvent mes jouets de garçon contre des poupées et je jouais beaucoup avec elles. » (un patient homo dans l’article « Le complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 440) ; « Je me souviens dans le berceau que pour réussir à m’endormir ou par frustration je me masturbais sur le ventre. J’avais peur du noir et j’en ai toujours peur, je dors avec un oreiller sur la tête. J’ai un flash que je prenais une poupée d’homme Ken et que je me masturbais devant, en m’imaginant que j’étais cet homme qui faisait l’amour à Barbie. » (cf. le mail de Pierre-Adrien, 30 ans, reçu le juin 2014) ; « Mes goûts aussi, toujours automatiquement tournés vers des goûts féminins sans que je sache ou ne comprenne pourquoi. J’aimais le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 29) ; etc. Par exemple, Félix Sierra, Oscar Wilde, et bien d’autres, jouaient à la poupée, étant petits. Raymond Roussel aime les automates du genre le-petit-lapin-qui-joue-du-tambour. Jean Cocteau possède également des automates. Pour le vidéo-clip de la chanson « Deserters » d’Aube L, le comédien Stéphane Botti avoue qu’il « réalise un peu son rêve de jouer une marionnette ». Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand est obsédé par le monde de la peinture : « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. » (la voix-off de la mère de Bertrand, parlant de son fils) Il rêve de fuir sa réalité pour pénétrer dans les toiles : « C’était comme une maison de poupées. Un théâtre de marionnettes. » Rodolf/Dora Richter – premier homme trans M to F – jouait, étant petit, à la poupée.

 

Vidéo-clip de la chanson "Deserters" de Aube L.

Vidéo-clip de la chanson « Deserters » de Aube L.


 

D’ailleurs, certains artistes homosexuels ont conçu des pièces pour marionnettes : on peut penser à Maurice Maeterlinck, Heinrich von Kleist, Alfred Jarry, Federico García Lorca, etc. Il est surprenant (parce que c’est peu analysé) de constater qu’il en existe beaucoup qui sont marionnettistes de métier : Raymond Roussel, Philippe Robin-Volclair (qui fait carrément son coming out au public au beau milieu de ses spectacles de marionnettes), Hannah Höch, Gilbert and George, Zoe Leonard, Néstor Perlongher, Raúl Gómez Jattin, Rainer Werner Fassbinder, Steven Cohen, Jean Cocteau, etc. Yukio Mishima, notamment, aimait le théâtre de marionnettes du Nô au point d’en composer lui-même. Hans Christian Andersen était friand des théâtres de marionnettes. En 1935, Alvin Nikolais a été directeur du Théâtre de marionnettes du Parc de Hartford, et possède une formation de marionnettiste. Le roman Tambours sur la digue (1999) d’Hélène Cixous se présente sous la forme de pièce ancienne pour marionnettes. En ce qui me concerne, je voulais devenir marionnettiste à 15 ans ; et j’ai monté des spectacles de marionnettes dans différentes écoles maternelles et primaires en 1999 pour financer mon voyage au Honduras.

 

La référence aux poupées et aux marionnettes apparaît beaucoup dans le discours d’Alfredo Arias, par exemple : « Mon ami sculpteur ne parvenait pas à créer l’impression que je recherchais pour la troisième tante, la plus jeune […] Je lui proposai une idée qui lui sembla macabre au début, mais qui finit par le séduire. Je lui demandai de découper le corps en morceaux : les différentes parties seraient posées par terre à la manière d’une marionnette désarticulée. » (Alfredo à propos d’une de ses tantes qu’il veut transformer en statue, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 144) ; « À l’intérieur de l’armoire, les vêtements tombaient l’un après l’autre des cintres. Au fond, accrochées ainsi que des marionnettes, deux poupées, de taille humaine, étaient enlacées comme pour danser le tango. Ernestito voulait désespérément comprendre à qui elles ressemblaient. L’homme tournait, la femme pivotait. Lui, il ressemblait au plus grand chanteur de tango. Elle, elle ressemblait aux plus grandes chanteuse de tango : Olinda, Tita, la Negra Bozan, Tania. Elles se succédaient : la lumière capricieuse donnait à chaque tour une nouvelle identité à la poupée femelle. En revanche, lui, il se définissait comme le seul, l’unique Carlitos Gardel, la voix du tango. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 263) ;

 

Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007), Gustav Hofer et son amant Luca Ragazzi font parler la marionnette d’un pèlerin pour la faire gémir : « Je suis très fatigué. J’ai beaucoup marché. »

 

"Sesame Street"

« Sesame Street »


 

Certaines personnes homosexuelles projettent même leurs unions amoureuses sur les marionnettes. Par exemple, le 10 août 2011, aux États-Unis, la militante Lair Scott lance une pétition en ligne pour exiger qu’Ernest et Bart, les deux marionnettes vedettes du programme télévisé pour enfants Sesame Street (1, Rue Sésame), se marient durant l’un des épisodes : « Nous ne demandons pas à Rue Sésame de faire quelque chose de grossier ou d’irrespectueux, nous voulons juste que Bart et Ernest se marient ou qu’ils ajoutent un personnage transgenre à la série. Cela peut être fait avec goût. Enseignons la tolérance à l’égard de ceux qui sont différents », précise la pétition, signée par plus de 7.600 personnes. C’est dire tout l’attachement mi-humoristique mi-sérieux que porte certains individus homosexuels.

 

Dans le documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, Alexandre, le futur père donateur de sperme, offre à Lise et Clara, le couple lesbien qu’il va inséminer, deux poupées russes. Dans l’émission Game of Talents diffusée sur TF1 le 3 septembre 2021, une marionnette fait carrément pleurer d’émotion Jarry, l’animateur homosexuel.

 

 
 

b) Certaines personnes homosexuelles veulent devenir robot :

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

Parfois, les personnes homosexuelles aiment tellement les marionnettes qu’elles s’en fabriquent une à leur image : je pense à la Mylène en miniature qui accompagne Mylène Farmer dans le vidéo-clip de sa chanson « Sans contrefaçon » (court-métrage revisitant le mythe de Pinocchio), aux papillons représentant chacune des Spice Girls dans le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever », au concert de Mika à Bercy (Paris, le 26 avril 2010) pendant lequel le chanteur se montre avec une marionnette à son effigie. À propos de la pièce Le Frigo (1983), la marionnette du Rat est définie comme « l’obsession-fétiche [du dramaturge Copi], une marionnette de mousse à laquelle il prétendait ressembler comme un frère » (cf. l’article « Copi, à jamais pas conforme » d’Armelle Héliot, dans Le Quotidien de Paris, le 15 décembre 1987).

 

Nous aurions tort de ne voir dans ce clonage artistique que poésie et drôlerie ludique. Il dit un orgueil de se prendre pour Dieu. Et plus concrètement, la passion homosexuelle pour les marionnettes et les poupées, au-delà de la blague puérile ou esthétique, peut aller très loin : jusqu’à l’opération chirurgicale ; jusqu’à la mutilation que subissent les personnes transsexuelles. Elle n’est pas qu’une croyance inoffensive et sans conséquence.

 

Film "Fit" de Rikki Beadle-Blair

Film « Fit » de Rikki Beadle-Blair


 

Sans aller vers ces extrêmes, beaucoup de sujets homosexuels s’amusent simplement à se réifier, cherchent à devenir des robots, des objets de consommation, et induisent par leur attitude un appel à la soumission/domination : « Tola levait la jambe, marchait à quatre pattes pour imiter un singe, puis sortit brutalement une poupée en tissu qui reproduisait grossièrement sa silhouette. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 305-306) ; « Si j’en avais la possibilité, je changerais chacune des parties de mon corps comme s’il s’agissait de pièces détachées. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 51) ; « Je suis une machine. » (Andy Warhol, cité dans l’article « Andy Warhol » d’Élisabeth Lebovici, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 495) ; « Je suis un appareil photographique. » (Christopher Isherwood, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 274) La danse futuriste et techno de Donna Summer sur sa chanson « I Feel Love » a fait un carton dans le « milieu homosexuel » mondial dans les années 1970.

 

Par exemple, la photographe lesbienne Claude Cahun, pour ses auto-portraits (cf. Autoportrait de 1927, 1932, et 1939), s’est déguisée en statue de Bouddha, en bibelot sur une étagère d’armoire, ou en statue grecque antique. En lien avec le code du « Super-héros » que je traite dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels, « Les Mecs en caoutchouc » est une association homosexuelle parisienne célébrant le corps parfait des hommes plastifiés.

 

Dans l’émission Aventures de la médecine spéciale « Sexualité et Médecine » de Michel Cymes diffusée sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, en écoutant Léonie, homme transsexuel M to F de 29 ans, parler de son arrivée au monde, on se rend compte qu’il s’est vraiment pris pour une machine : « Je suis sorti(e) avec des paramètres d’usine qui ne correspondent pas aux applications de mon cerveau. »
 

En boîtes, les personnes homosexuelles effectuent de plus en plus de danses robotiques. La danse « tecktonik », pourtant venue des banlieues, a été associée à un efféminement suspect, voire à une « danse gay ». On peut également penser aux chorégraphies machinale de Madonna (surtout « Vogue », « Nothing Really Matters », et « Material World »), de Kylie Minogue (« Can’t Get You Out Of My Head »), de Mylène Farmer (« L’Âme-Stram-Gram » et « Désenchantée » en particulier), d’Alizée (« J’ai pas 20 ans »), de Jeanne Mas (cf. le concert Jeanne Mas revient ! au Trianon de Paris, le 25 juin 2008), de Mélissa Mars (« Love Machine »), de Cristina Rus (« I Don’t See Ya »), etc.

 

 

Je citerai également aux chorégraphies robotiques de l’équipe de natation synchronisée gay dans le documentaire « Les Garçons de la piscine » (2009) de Louis Dupont, aux voix électriques du groupe Mauvais Genre (avec par exemple la chanson « L’Amour ça va »), de Madonna (« Paradise ») et Britney Spears (« I Wanna Go »), etc.

 

Spice Girls

Spice Girls


 

Lady Gaga

Lady Gaga


 

Mylène Farmer en porte-manteau

Mylène Farmer en porte-manteau

 

L’immobilité du mannequin est source de fantasme dans la communauté homo. C’est très étrange et énigmatique, à première vue. Je me souviens, lorsque j’étais enfant, que l’un de mes jeux favoris à l’école était « 1, 2, 3, Soleil » : j’aimais me statufier. Et vers l’âge de 8-12 ans, j’étais fasciné par les mannequins de mode que je voyais à la télé, par les humains prenant des poses « arrêt sur image », par les postures « stylées » des Spice Girls ou des modèles de Marcelle Griffon. Et quand je tombe maintenant sur des scènes de films telles que « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec le Dr Frank-N-Furter qui a le pouvoir de transformer en statues les êtres humains), ou bien les tours de magie d’Endora dans la série Ma Sorcière bien-aimée (le personnage de la mère qui fige les actions et les personnes à sa guise), je comprends, sans trop m’expliquer pourquoi, que j’ai en moi un désir d’être objet.

 
 

c) Bodybuilding :


 

Quand l’individu homosexuel se donne les moyens de sa réification, il fonce en général vers les magasins de vêtements, les parfumeries, les piscines et les clubs de fitness, plusieurs fois par semaine. Et ne dites pas que je caricature ! J’ai déjà passé une soirée à l’Amnésia, la boîte parisienne de Johnny Hallyday, vers 2005, pour un tea dance exclusivement « réservé aux mecs », et j’ai vu de mes propres yeux une fosse – qu’on appelle aussi piste de danse – bourrée à craquer de plusieurs centaines d’hommes torse poils, huilés, épilés, et bodybuildés (beurk…), que je ne pensais croiser que sur les couvertures de Têtu ! Des types tellement surfaits, tellement parfaits, tellement bien charpentés, qu’on eût dit qu’ils passaient leur vie dans les salles de musculation. Oui, ça existe, les rats de corpothèque !

 

Bon nombre d’hommes gay consacrent du temps aux soins de leur corps physique et de leur paraître. Je vous renvoie également à la photo Man In Polyester Suit (1980) ainsi qu’aux Statue Series (1983) de Robert Mapplethorpe, à la quasi totalité des couvertures de la presse spécialisée gay, la revue française Olympe spécialisée dans le culturisme, etc. Par exemple, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel, souhaite « assouvir ses passions favorites : son goût pour le culturisme, la remise en forme » (p. 94). Dans son Autoportrait (1927), la photographe lesbienne Claude Cahun pose en haltérophile désarticulé.

 

Photographie "Autoportrait" (1927), où Claude Cahun joue haltérophile

Photographie « Autoportrait » (1927), où Claude Cahun joue haltérophile


 

Je vous rappelle par ailleurs que les YMCA (Young Men’s Christian Association) sont connus pour être des gymnases où les jeunes hommes développent leur musculature, et qu’ils ont fait l’objet de la fameuse chanson gay des Village People.

 

En rentrant dans le monde des marionnettes et des poupées, la personne homosexuelle perd son unicité (une poupée est facilement remplaçable par une autre) en même temps qu’il gagne une forme éternité (le fétiche, s’il est fabriqué en série illimitée, a tout le temps devant lui !). La marionnette, contrairement à Dieu, ne peut pas offrir ET la singularité (donc l’Amour : car qui est reconnu comme unique est aimé) ET la vie éternelle : l’un des deux est toujours sacrifié. Cruelle loi des objets !

 
 

d) On m’a traité comme une poupée :

Un certain nombre de personnes homosexuelles ont vécu pendant l’enfance la gloire éphémère de l’enfant-objet mis sur un piédestal : « À 5 ans sur scène, déjà ! À 65 ans sur scène… encore ! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 19) Je vous renvoie par exemple au récit de Frédéric Mitterrand sur le tournage du film « Fortunat » en 1960, dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005).

 

Plus gravement, la poupée est à la source de la crise existentielle de tout individu homosexuel. C’est parce qu’il s’est cru objet ou qu’on l’a traité ainsi qu’il se dit parfois son clone. « Je voulais surtout qu’il sache que malgré tout ce qu’on disait sur moi à Hay Salam, ‘la petite fille’, ‘la poupée’, malgré tous les surnoms de trahison j’étais encore vierge. Vierge vierge. Vierge des fesses. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 20-21)

 

Dans le film documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean, les rayons de jouets et des poupées est le lieu d’où part la réflexion sur la différence des sexes : c’est dire si la poupée a remplacé l’être humain dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles !

 

Aussi incroyable que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles croient (dans leur cœur et pas dans leur tête) que les poupées ont une âme… ont leur âme ! Par exemple, le film « Pêche mon Petit Poney » (2012) Thomas Riera se penche sur la question du genre dans le monde du jouet, guidé par le récit intime du réalisateur sur la découverte, enfant, de son homosexualité : « Mon envie dans ce film est de faire apparaître la relation que j’ai eue avec Pêche. Parce qu’elle a été sans doute une soupape à mes questions. Parce que j’avais trouvé en lui quelqu’un à qui m’accrocher. À travers cette histoire intime avec Pêche, mais aussi à travers les failles et les choses du monde normées et non normées assimilées, ressortira le cheminement d’un enfant, de sa construction, de ses peurs anciennes face à son homosexualité, mais aussi de ses désirs et secrets les plus beaux qu’il n’ait imaginés. » Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, le Rat-marionnette est présenté à la fois comme un être surnaturel hyper-humanisé (pour Vicky, il« a un esprit. C’est le Diable. », p. 274), à la fois comme un objet inoffensif : « Ce Rat n’est qu’une marionnette, il est animé par une main, vous le savez mieux que personne, puisque vous l’avez fabriqué. Il serait incapable de tuer tout seul. » (l’Auteur)

 

C’est parce que beaucoup de personnes homosexuelles se fuient elles-mêmes qu’elles opèrent ce transfert d’identité sur les poupées : « Coco s’arrêta soudain devant une poubelle, où il avait remarqué une poupée cassée, désarticulée, cachée dans les déchets. Il la prit par un bras. C’était une vieille Barbie rongée par les rats. Il soupira. ‘Vous me trouverez stupide. Mais j’ai une âme de gamin. Je ne peux pas voir une poupée cassée. C’est un crime !’ hurla-t-il en pleurant. ‘Tu vois, lui reprochait-il, on t’a jetée comme une vieille putain. C’est le destin des blondes. J’en souffre. Je sais que je finirai comme toi.» (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 26)

 

Les personnes homosexuelles ont vécu en général une histoire d’amour… que dis-je… une passion secrète pour la poupée. C’est bien pour cela qu’elles l’ont ensuite détestée : seul ce à quoi on est excessivement attacher peut nous trahir. « Pour les grandes occasions, Noël, ma fête et mon anniversaire, on m’achetait des jouets de fille, des poupées notamment, dont j’ai eu un véritable harem. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 63) Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Quand ils ont renoncé leur homosexualité, leurs proches les ont rejetés » diffusée sur France 2 le 8 juin 2016, Marvin, jeune témoin homo, raconte qu’il jouait avec les Barbies de ses sœurs.

 

C’est assez ahurissant, le foin que font actuellement les féministes (en particulier lesbiens et gays) autour des jouets et surtout des poupées, pour que les garçons puissent « avoir le choix » de jouer à la poupée ou pas, que les jouets de Noël soient asexués et sans rose ou sans bleu.

 

Les ministres Najat Vallaud-Belkacem et Dominique Bertinotti en extase devant les écoles pro-Gender... pardon, "égalité des sexes"

Les ministres Najat Vallaud-Belkacem et Dominique Bertinotti en extase devant les écoles pro-Gender… pardon, « égalité des sexes« 


 

Si on voit actuellement dans certaines vitrines de Castro (le quartier gay de San Francisco, aux États-Unis) des poupées Barbie et Ken massacrées, torturées, et exposées bâillonnées pour prouver que la communauté homosexuelle tord le cou à la « tyrannie marchande hétérosexiste », c’est bien que les poupées sont UN PEU considérées comme des témoins à charge gênants. Si elle déchaînent autant de haine et que des individus anti-matérialistes s’affairent à leur scotcher la bouche, c’est bien qu’elles sont considérées comme vivantes et détentrices d’un lourd secret. Pour le connaître, ce tabou, il suffit de se pencher sur le vécu de leurs assassins iconoclastes homosexuels, et on trouve assez vite la réponse… Je crois que la révélation de la poupée homosexuelle réside d’une part sur la nature idolâtre du désir homosexuel par rapport à l’homme-objet et la femme-objet, et d’autre part sur le fantasme de viol que la figurine « incarne » (cf. le groupe lesbien les Barbi(e)turix).

 

Barbi(e)turix

Barbi(e)turix


 

Beaucoup de personnes homosexuelles mâles se mettent dans l’idée qu’en incarnant la femme-objet, elles trouveront la grâce scintillante de l’héroïne tragique victime du machisme, du faire-valoir de la domination masculine : « Éternelle marionnette, elle chante les louanges de son maître. Toute femme est considérée en Argentine comme partageant les opinions de son mari, plutôt les exaltant, jamais comme ayant une opinion à elle. » (Copi à Paris en août 1984 dans la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, p. 91) ; « Catherine pensait-elle que j’étais une marionnette dont elle pouvait tirer les ficelles à son gré pour la faire gesticuler selon ses humeurs ? » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 124) ; etc. Je vous renvoie évidemment à la partie « Amant diabolique marionnettiste » du code « Amant diabolique », à la partie « Cruelle marionnettiste » du code « Femme fellinienne géante et pantin », et au code « Pygmalion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

L’objet est le catalyseur de l’hypersexualité asexuée. C’est pour cela que beaucoup de personnes homosexuelles, qui désirent décharger leur désir d’asexuation et leur trop-plein de pulsions, se dirigent vers l’univers infantile et ultra-violent de la poupée à forme humaine : « Je n’étais pas spécialement attiré par les filles, ni par les garçons… Dans ma dernière année d’humanité, j’ai entendu parlé pour la première fois de la masturbation et suite à ces conversations, j’ai essayé de me masturber… cela a marché. De plus, je me masturbais en mettant une veste de cuir de mon frère et aussi des bottes de cuir : cet acte fétichiste ajoutait à ma satisfaction. Je ne sais pas pourquoi je recherchais ces vêtements liés à certains fantasmes de mon enfance … J’en ai quelques souvenirs ! […] Certaines périodes étaient plus calmes et je pensais être débarrassé de cette habitude mais cela reprenait et parfois je le faisais plusieurs jours en suivant. Au niveau du fétichisme, j’avais des gants et des bottes en caoutchouc qui ajoutaient à mon excitation. » (un ami homo de 52 ans, dans un mail datant du 19 octobre 2013)

 

Dans son Épître aux Romains, saint Paul présente les actes homosexuels comme une conséquence du fait d’adorer des images des statues d’hommes, comme le fruit d’une idolâtrie, d’un amour trahi. Aurait-il, une nouvelle fois, flairé juste ?

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.