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Code n°86 – Hitler gay (sous-code : Nazis homosexuels)

Hitler

Hitler gay

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Le Point Gaydwin :

Stratégie de ridiculisation méprisante et dévirilisante de l’ennemi

ou fond de réalité?

 

Ne fuyez pas en courant comme ça ! Ne criez pas avant d’avoir mal. Ce code n’a rien d’homophobe, de diabolique, de malsain. Pas la peine de coucher les enfants, de rentrer dans votre abris anti-nucléaire, d’appeler la police anti-extrémistes, ni de sortir vos crucifix. Cet article ne fait qu’œuvre de mémoire, et libère de certaines peurs, en plus. Une fois que vous l’aurez lu, je parie que vous baisserez la garde de votre scepticisme anti-homophobie (si jamais vous avez la chance de ne pas faire partie de cette énorme frange de la population française que sont les paranoïaques anti-fascistes), et vous me direz : « Et bien oui, en effet, il existe vraiment un lien entre Hitler et le désir homosexuel. On a tant à apprendre sur l’homosexualité ! On n’y connaît rien… ».

 

HITLER 2 Casquette rose
 

Car oui, ces liens de coïncidence sont criants, même s’ils sont peu connus. Pensez par exemple que dans les années 1930, les sections de S.A. en Allemagne ont été reconnues comme un foyer d’homosexualité ; la ville de Berlin était la capitale européenne la plus rainbow qui ait existé ; beaucoup de témoignages relatant des pratiques homosexuelles nous reviennent des prisonniers des camps de concentration ; toute la fantasmagorie nazie était centrée esthétiquement sur l’homosexualité ; on dit même qu’Hitler était homosexuel ; et encore aujourd’hui, le mouvement punk ou néo-nazi est affilié à la communauté homosexuelle ; la figure du soldat nazi reste une icône gay et lesbienne incontournable. Je vais aborder chacun de ces points plus en détail dans mon article. Mais vous voyez déjà qu’à eux seuls, ils appellent à beaucoup d’explications et d’étayage !

 

Je me souviens du jour (c’était le 14 octobre 2010) où j’ai parlé de ce code à l’émission Homo Micro, dans les studios parisiens de RFPP. Même si je m’y attendais un peu, j’avais été quand même frappé de l’ignorance, de la bêtise, et du déni des quelques chroniqueurs qui m’entouraient, et qui, quoi que je dise, n’avaient pas envie de se laisser surprendre… Notamment, il y a eu la réaction épidermique et gentiment suspicieuse de Séverine, la chroniqueuse juive. Je prononçais le mot « Hitler », et c’était comme si, à leurs yeux, je ressuscitais magiquement le personnage, je le défendais, pour un peu je l’incarnais ! Pour eux, il ne fallait pas que mon topo dure trop longtemps. J’en avais déjà trop dit. J’avais osé prononcer le mot diabolique : « Hitler ». Et c’était impardonnable. Ce rapport superstitieux au nazisme (je dis superstitieux car malheureusement, il n’est pas que naïf ; il dit l’obscurantisme anti-fascisant dans lequel notre époque s’engouffre petit à petit sans s’en rendre compte, en faisant lentement le lit des extrêmes), ce rapport blessé, lâche, m’énerve autant qu’il m’inquiète, car si vraiment nous ne rentrions pas dans le jeu actuel des nouveaux nazismes, nous oserions justement regarder le nazisme historique en face, nous n’en aurions pas peur. Oui : on peut posséder Mein Kampf dans sa bibliothèque (ce qui n’est pas mon cas) sans pour autant penser comme Hitler et épouser ses idées. Si si, je vous assure. Tout comme il est possible de rencontrer des personnes qui imitent en actes et en pensées Hitler alors même qu’elles s’affichent orgueilleusement anti-Hitler (je connais beaucoup de néo-fascistes de ce genre : à commencer par Hitler lui-même, qui voulait lutter contre une République de Weimar qu’il diabolisait). Et je vous rappelle aussi qu’Hitler est bien un homme, comme vous et moi : ce n’est pas le diable en personne, un animal, un esprit invisible, un nuage de fumée, ni un extra-terrestre, mais bien un être humain (je préfère vérifier cela avec vous en préambule au cas où, parce qu’un jour que je faisais cours à une classe d’élèves de terminale, je me suis amusé à leur demander s’ils pensaient qu’Hitler avait existé : une poignée d’étudiants reconnaissait timidement son incarnation humaine, mais beaucoup me soutenaient mordicus que ce n’était pas un être humain puisqu’il avait agi comme un monstre). Nos intentions anti-fascisantes et nos rêves totalitaristes d’éradication absolue du mal raccourcissent parfois notre mémoire et notre bon sens à une vitesse effrayante. Anders Behring Breivik nous l’a bien montré…

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Adeptes des pratiques SM », « Parodies de mômes », « Défense du tyran », « Homosexuel homophobe », « Homosexuels psychorigides », « Patrons de l’audiovisuel », « Androgynie Bouffon/Tyran », « Entre-deux-guerres » et « Milieu homosexuel infernal », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Il suffit de s’intéresser un peu à la production artistique homosexuelle de la seconde moitié du XXe siècle, et même d’écouter les personnes homosexuelles d’aujourd’hui, pour être frappé d’une chose : ils se réfèrent tous énormément à la figure de l’Hitler gay. Que ce soit sur le mode de la diabolisation ou de la dérision, peu importe : le ridicule épouvantail à moineaux existe, et cache de nombreux secrets.

 

Pièce "The Producers" de Mel Brooks

Pièce « The Producers » de Mel Brooks


 

Surtout de nos jours, on ne prend malheureusement pas le phénomène assez au sérieux – ou bien, ce qui revient au même, on le prend trop au sérieux pour véritablement l’aborder avec dépassion et objectivité. En général, l’homosexualisation d’Hitler ou l’attrait pour les Nazis est présentée sur le mode de la farce, de la grosse blague potache (SM), voir comme une compromission politique (cf. la récente passion pour les cérémonies de commémoration des triangles roses) : on rabaisse le dictateur pour mieux démystifier le personnage. Alors, on me rétorquera que la dévirilisation d’Hitler dans les fictions – comme on peut la voir dans l’exemplaire film de Charlie Chaplin, « Le Dictateur », en 1940 – n’est pas à voir comme une Vérité sur Adolf Hitler : elle est surtout une technique bien connue de dévalorisation ou de ridiculisation de l’Ennemi. Certes. Je suis d’accord à 75%. Mais l’argument du « second degré » a bon dos. Je ne crois pas totalement à la toute-puissance démystificatrice de l’humour corrosif et militant, car derrière la caricature, il y a bien souvent une adoration muette, qui ne s’avoue pas à elle-même, une imitation et une collaboration secrètes qui en surprendra plus d’un. Certains faits parlent pour nous.

 

Film "The Dictator" de Charlie Chaplin

Film « The Dictator » de Charlie Chaplin


 

HITLER 14 Chaplin 2

Dans la blague, il y a toujours un fond de vérité. Et historiquement, la collaboration sérieuse avec Hitler et les Nazis a réellement existé. Oui. Les tyrans qui ont le plus persécuté la communauté gay étaient particulièrement entourés de personnes homosexuelles. Comme le dit Patrice Chéreau, « Nous sommes un peu comme le Dom Juan de Molière : nous avons développé une morale progressiste, mais nous, nous sommes toujours du côté des maîtres. » Beaucoup de personnes homosexuelles connaissent mieux que quiconque les mécanismes des systèmes dictatoriaux. Le seul problème, c’est qu’au lieu de les dénoncer, elles les adorent. Certaines se sont concrètement agenouillées devant les beaux soldats allemands (Maurice Sachs, Marcel Jouhandeau, Abel Hermant, Pierre Drieu la Rochelle, Abel Bonnard, Suzy Solidor, etc.), et expriment parfois leur amour-répulsion pour le régime nazi, à la fois dans l’humour camp, mais aussi très sérieusement : « Je ne peux pas m’empêcher d’avoir pour Hitler une admiration pleine d’angoisse, de peur et de stupeur » déclarera André Gide (cf. Journal, le 20 août 1940). Par exemple, au générique de son film « Passion » (1964), Yasuzo Masumara écrit le mot passion à côté d’une énorme croix gammée rouge : difficile d’être plus clair…

 

Par rapport à ce lien entre Hitler et l’homosexualité, en général, la communauté homo réagit mal. Très mal. En temps normal, par réflexe de survie, elle fait l’autruche (cf. l’édito « Hitler et les Talibans » de Thomas Doustaly, dans la revue Têtu, n°60, novembre 2001). Et puis, de temps en temps, elle s’insurge et sort les crocs sans chercher à comprendre la violence de son déni. Dès que la corrélation entre homosexualité et totalitarisme est faite, cela provoque un tollé fascinant dans les rangs de l’intelligentsia homosexuelle. « Problème sociologique : pourquoi tant de pédérastes chez les collaborateurs ? » s’indigne Jean Guéhenno (cf. l’article « Écrivains et Collaboration » d’Emmanuel Pierrat, dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 123). Certains intellectuels évacuent presque systématiquement le lien de coïncidence homosexualité-nazisme par le rejet pourtant justifié du lien de causalité. « Il est évident qu’il y avait des homosexuels parmi les nazis ou, inversement, des nazis parmi les homosexuels, mais cela ne signifie rien en soi. L’idée d’un lien intrinsèque entre adhésion au nazisme et orientation homosexuelle est si paradoxale… » (cf. l’article « Nazisme » de Michel Celse, idem, pp. 334-338.). Ils s’imaginent qu’ils fuient l’extrémisme d’où ils viennent, en choisissant celui qui lui est opposé. En réalité, ils passent souvent d’un fondamentalisme à un autre, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Nous ne serons pas étonnés de lire André Gide écrire dans Morceaux choisis (1921) que « les extrêmes le touchent ».

 

Il faut avouer qu’il y a en effet quelque chose d’incompréhensible dans le soutien homosexuel au totalitarisme, une attitude de défense/déni comparable à celle du personnage de Molina dans le roman de Manuel Puig El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) face au film nazi « Destin » (pp. 58-59), une curieuse fascination qui refuse de se rendre intelligible :

 

Molina« Si l’on me donnait à choisir un film, rien qu’un film à revoir, c’est celui-là que je choisirais.

Valentín – Mais pourquoi ? C’est une ordure nazie. Tu ne t’en rends pas compte ?

Molina – Écoute… il vaut mieux que je me taise. »

 

Vidéo-clip de la chanson "Dégénération" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer


 

Cette attraction homosexuelle vers la dictature suit majoritairement une logique esthétique et intentionnelle plus qu’une dialectique intentionnée et raisonnée d’Amour et de Réalité. Tout risible qu’il soit, le fantasme de l’uniforme et des attributs physiques de l’hyper-virilité nazie dans la communauté homosexuelle est assez marqué : pensez à Helmut Berger dans le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti, à la getapiste lesbienne dans le film « Rome ville ouverte » (1945) de Roberto Rossellini, au film « Les Dieux du stade » (1936) de Leni Riefenstahl, aux sculptures d’Arno Breker, à la coupe érotique des uniformes S.S. reprise par Calvin Klein ou Hugo Boss, aux dessins de Tom of Finland ou de Roger Payne, aux films pornos mettant en scène des néo-nazis, etc. (même le vidéo-clip de la chanson « Alejandro » de Lady Gaga, ou bien celui de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, utilisent un traitement esthétique homosexualo-nazi). Vous connaissez sûrement la fameuse citation de Pascal : « Qui veut faire l’ange fait la bête ». Quand les personnes homosexuelles ne prennent pas conscience de la nature totalitaire et idolâtre de leur désir homosexuel, parce qu’elles veulent rester d’innocentes victimes responsables de rien, il arrive qu’elles cherchent à imiter en actes l’image du tyran qu’en intentions elles prétendent sincèrement combattre.

 

En effet, toutes ces images de l’Hitler gay rejoignent une certaine réalité fantasmée. Souvent dans l’histoire humaine, le dictateur et la personne homosexuelle ont fusionné concrètement. Par exemple, dans les années 1930, le régime nazi est touché de plein fouet par la découverte d’un foyer important de personnes homosexuelles au sein des Sections d’Assaut (Hitler en fait exécuter 150 le 30 juin 1934 pendant la Nuit des Longs Couteaux) : leur représentant le plus connu est Ernst Röhm. En Allemagne, les idées d’extrême droite et l’idéal homosexuel se marièrent très bien : pensons à Adolf Brand (qui fonda la revue homosexuelle Der Eigene), à la Communauté des Spéciaux (Gemeinschaft der Eigene), à l’Association masculine allemande (Männerbund) marquée par une esthétique-idéologie homo-érotique, à Hans Blüher qui projette la création d’une société fondée sur un État viril. Même si de fameux dictateurs ont persécuté les personnes homosexuelles, ils étaient contre toute attente eux-mêmes homosexuels. Ceux qui ont vécu les camps de concentration sont formels : beaucoup de leurs tortionnaires nazis étaient homosexuels (je pense au témoignage d’Aimé Spitz notamment). Toute la mystique hitlérienne était fondée sur l’homosexualité. L’historien italien Eugenio Dollmann aborde l’homosexualité d’Hitler dans Roma Nazista. Par ailleurs, en 2001, Lothar Machtan a consacré un ouvrage entier à l’homosexualité d’Hitler dans sa biographie La Face cachée d’Adolf Hitler. Cette thèse déchaîne bien évidemment les foudres de la communauté homosexuelle actuelle. À quoi bon montrer qu’Hitler était homosexuel ?, s’indigne-t-elle. Cela ne rajoute rien à l’horreur du personnage, et de surcroît, ne fait que charger inutilement la barque des personnes homosexuelles et convaincre l’opinion publique que l’homosexualité produit des dictatures et des monstres. On peut difficilement soutenir une telle affirmation. À mon sens, il importe peu que l’hypothèse soulevée par le livre de Lothar Machtan soit avérée ou non, puisque, même s’il est fort probable qu’Hitler a été une personne homosexuelle refoulée (quand on lit en intégralité la longue biographie en 2 tomes rédigée par l’historien Ian Kershaw – un ouvrage complètement neutre sur la question de l’homosexualité du Führer –, il ne fait aucun doute en effet que la vie d’Hitler comporte de nombreuses coïncidences de l’homosexualité relevées dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), il est impossible d’assurer qu’il était l’incarnation humaine de « l’homosexuel » ou de « la personne homosexuelle » étant donné que ces deux personnages sont au mieux des mythes, au pire des réalités fantasmées que personne n’arrivera jamais à devenir complètement. C’est précisément le refus de la probabilité qu’Hitler ait pu être homosexuel, non pas parce qu’il était entièrement homosexuel mais simplement du fait de son humanité, qui est inhumain et homophobe. Comme le souligne très finement Gerald Messadié, « ce menteur dissimulait non pas un vice, mais ce qu’il était contraint de tenir pour un vice : son homosexualité. D’où son inhumanité ». Messadié soutient l’idée selon laquelle le rapport idolâtre d’attraction-haine concernant le désir homosexuel, c’est cela qui est inhumain et monstrueux, et non l’homosexualité en elle-même. Reconnaître les tendances homosexuelles d’Hitler, c’est finalement rendre l’homosexualité beaucoup plus humaine et moins monstrueuse que de la nier dans l’angélisme et la diabolisation d’un être humain historiquement figé au rang de « non-personne ». L’anti-fascisme homosexuel est une autre forme de négation du désir homosexuel. Il conduit tout autant à la dérive totalitaire et homophobe que le despotisme montré en tant que tel dans les manuels d’Histoire. Regardez le « milieu homosexuel » actuel, et ses chiens de garde hargneux…

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

Film "Grégoire Moulin contre l’humanité" d’Artus de Penguern

Film « Grégoire Moulin contre l’humanité » d’Artus de Penguern


 

On retrouve un lien entre homosexualité et Hitler dans la chanson « Le Bâtard de Rhénanie » de Jann Halexander, la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, le film « Radiostars » (2012) de Roman Lévy, le film « Novembermund » (« Lune de novembre », 1984) d’Alexandra von Grote, le film « Croix de fer » (1977) de Sam Peckinpah (avec Maximilian Schell, le capitaine nazi), le vidéo-clip de la chanson « Alejandro » de Lady Gaga, le concert d’Indochine Météor Tour à Bercy le 16 septembre 2010 (où il est énormément question d’Hitler), le roman Les Nouveaux nouveaux Mystères de Paris (2011) de Cécile Vargaftig (avec les camps de concentration), le film « Horror Vacui, Die Angst Vor Der Leere » (1984) de Rosa von Praunheim, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman (avec le salut nazi d’une Hitler-mère), le film « Megavixens » (1976) de Russ Meyer (avec Adolf Schwartz, sosie de Hitler, dévoré par un piranha), le tableau L’Énigme d’Hitler (1937) de Salvador Dalí, les films « Ilsa, She-Wolf Of The SS » (1974) et « Ilsa, gardienne du harem » (1976) de Don Edmonds, le film « K29 – Lager Di Sterminio » (1974) de Bruno Mattei, le film « Crime de David Levinstein » (1968) d’André Charpak (avec les tortionnaires nazis), le film « Chaque mercredi » (1966) de Robert Ellis Miller, le film « Chute libre » (1993) de Joel Schumacher, le film « American History X » (1998) de Tony Kaye (avec le personnage du néo-nazi), le film « Prinz In Hölleland » (« Prince en enfer », 1992) de Michael Stock (sur le néonazisme), le film « Oi ! Warning ! » (1999) de Dominik et Benjamin Reding, le film « Tu marcheras sur l’eau » (2005) d’Eytan Fox (avec le grand-père collabo), la chanson « Ce soir on danse au Naziland » de Sadia dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger, le roman L’Autre (1971) de Julien Green, le film « Les Nuits fauves » (1991) de Cyril Collard (avec le traitement du néonazisme), le film « Allemagne année zéro » (1948) de Roberto Rossellini, le film « La Cinquième Colonne » (1942) d’Alfred Hitchcock, le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, le film « Le Conformiste » (1970) de Bernardo Bertolucci, le film « Exodus » (1960) d’Otto Preminger, le film « Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? » (1966) de Blake Edwards, le film « Gripsholm » (2002) de Xavier Koller, « L’Alcova » (1985) de Joe D’Amato, le film « La Niña De Tus Ojos » (« La Fille de tes rêves », 1998) de Fernando Trueba, le film « Sekret » (2012) de Prezemyslaw Wodcieszek, le roman Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell, le roman Goodbye To Berlin (1939) de Christopher Isherwood, le film « La Folle Histoire de Max et Léon » (2016) de Jonathan Barré (avec le cabaret nazi), la chanson « Chanson de l’armée allemande » de Maurel et Vilbert, la chanson « Espionne » de Catherine Lara, etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Alejandro" de Lady Gaga

Vidéo-clip de la chanson « Alejandro » de Lady Gaga


 

Parfois, le thème d’Hitler semble tomber comme un cheveu sur la soupe dans l’intrigue homosexuelle d’un film ou d’un roman. « Les Français connaissent mal l’Autriche… à part Freud, Sissi, Hitler, Mozart, Mozart… Arnold Schwarzenegger ! » (Nicolas, l’un des héros homos du film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « La police se ramollit. Pas de croix gammée au défilé. » (Mark, le chef LGBT regrettant ironiquement que la Gay Pride n’ait pas été attaquée par les forces de l’ordre britanniques, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Le véritable amour à ceci de commun avec le crime contre l’Humanité qu’il est imprescriptible. » (Guillaume, le héros homosexuel, parlant de son amour pour Michael et du nazisme, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « C’est la guerre. Vous êtes des Nazis. » (Madame Albright, la prof de théâtre lesbienne du lycée, s’adressant à ses élèves et à Simon, le héros homo, pendant qu’il joue la comédie musical Cabaret, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; « Ça fait Hitler qui va draguer un mec. » (l’humoriste « hétéro » Arnaud Demanche se mettant dans la peau d’un internaute, dans son one-man-show Blanc et hétéro, 2019) ; « L’oncle Adolf s’était déjà flingué, son Eva l’avait accompagné, des fois qu’il aurait voulu draguer. Qui sait si, Là-Haut, il n’y a pas de folles ! » (c.f. la chanson « Et mon père » de Nicolas Peyrac) ; etc. Par exemple, dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, Loïc, le héros homosexuel inculte, venu visiter le Muséum d’Histoire Naturelle de sa meilleure amie Marie, prétend s’intéresser à « l’hitlérisme », et feuillette une encyclopédie pour rechercher des informations sur Hitler. Dans le roman Le Contenu du silence (2012) de Lucía Etxebarría, il est question de la présence nazie aux Canaries. Dans le film « ¿ Qué he hecho yo para merecer esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar, le Professeur propose à Antonio de réaliser une contrefaçon hitlérienne : « J’ai repensé aux fausses lettres d’Hitler et j’ai eu une idée de génie ! J’écris les mémoires d’un dictateur. Avec quelques retouches, ce dictateur pourrait être Hitler. J’écris le texte, ensuite vous le recopiez avec l’écriture d’Hitler. Quand ils apprendront que nous avons en notre pouvoir les véritables mémoires du Führer, on obtiendra ce qu’on voudra ! Je vous parle de millions, bien sûr ! » Dans la B.D. Pressions & Impressions (2007) de Didier Eberlé, un parallélisme entre les écrits nazis et la presse homosexuelle est fait : les collègues de Martial, le personnage « homophobe » qui rechigne à imprimer la revue gay que son entreprise d’impression doit tirer à des milliers d’exemplaires, lui font cette drôle de remontrance : « Ce n’est pas Mein Kampf non plus ! » (p. 3) La figure d’Hitler hante toutes les pages du roman La Vie est un tango (1979) de Copi, sans que le lecteur sache réellement pourquoi (car il n’est même pas fait véritablement mention des foyers d’expatriés nazis en Amérique du Sud…). À un moment, on nous informe qu’Hitler est en train d’envahir la Hollande. Un peu plus tard, le journaliste Semillita, caricaturiste du journal La Crítica, a une curieuse de manière de rendre hommage à la mort d’un homme appelé Silberman : « Silvano [le héros homosexuel] vit la caricature de Silberman à quatre pattes, le pantalon retroussé ; Hitler lui introduisait une croix svastique dans le postérieur. » (p. 72) Quand la deuxième proposition de dessin figurant Hitler arrive entre les mains d’Horacio, le directeur de rédaction, on craint l’infiltration nazie au sein du journal : « Nous ne pouvons pas titrer avec Hitler une deuxième fois dans la semaine ! » (Horacio, idem, pp. 35-36) Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, concernant l’échelle de Kinsey (barème d’homosexualité), Arnaud, l’un des héros homo, s’exclame : « C’est pas un truc inventé par les Nazis pour attraper les chiens errants ! » ; « Ça, c’est pas nazi ? » ; etc. Le Dr Katzelblum qui lui a soumis cette échelle qui va de 0 à 6, situe Arnaud à 6 parce que ce dernier ne s’assume pas homo : « Et vous, vous êtes un 6 allemand, un Nazi. » Dans le roman Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell, Maximilian Aue, officier SS et grand massacreur de juifs, est homosexuel. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas et François, les deux amants, reviennent de la « Soirée Mousse » organisée par leur ami Paul complètement bourrés : ils portent encore chacun sur le front le post-it du jeu auquel ils ont participé, et essaient de deviner quel personnage célèbre ils incarnent. À un moment, le jeu tourne mal puisque François porte le post-it « Adolf Hitler ». Thomas a tout le mal du monde à lui faire deviner qui il est : « Je suis une personne d’origine allemande. Et je porte des bottes en cuir. » François, sans le vouloir, confond le Führer et le couturier allemand homo Karl Lagerfeld : « Oh nan, pas lui ! Pas Karl Lagerfeld ! » Dans le film « Sing » (« Tous en scène », 2016) de Garth Jennings, Gunther, le cochon homosexuel, a un accent allemand prononcé. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, pendant le cours d’histoire, Nathan simule un malaise alors que le prof parle de l’accord (pacte de non-agression) entre Hitler et Staline pendant la Seconde Guerre mondiale, pour être amené à l’infirmerie par son futur amant Jonas.

 

Quant au film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, il a choisi comme cadre fictionnel de l’intrigue amoureuse homosexuelle entre les deux jeunes adultes Matthieu et Jan la station balnéaire désaffectée de Prora, fondée par les Nazis. Les amants figurent bien le double mouvement paradoxal qui caractérise le rapport idolâtre des personnes homosexuelles avec le nazisme : Matthieu (le Français) trouve Prora « beau » alors que Jan (l’Allemand) est révulsé par le lieu.

 

Dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, Petra, l’héroïne lesbienne allemande, sait que les sous-sol de l’immeuble où son frère Tielo et sa femme habitent sont d’anciens lieux de torture nazie : « Les nazis utilisaient le ‘Wasserturm’ comme prison pendant la guerre. Ils torturaient les gens dans le sous-sol. » (p. 36-37) L’idée qu’il puisse exister des fantômes nazis dans les catacombes d’habitations modernes fait froid dans le dos à son amante Jane (« J’aimerais pas être à leur place. ») qui se met à craindre pour leur immeuble berlinois à elle et Petra. Cette dernière lui rétorque agressivement : « Qu’est-ce que tu préfèrerais ? Qu’on se torture pour les péchés de nos ancêtres ? Mon grand-père était un nazi. Tu veux que je me suicide ? »

 

Il arrive que le personnage homosexuel soit comparé (ou se compare) à Hitler. « Mes initiales sont bizarres : S. S. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) Par exemple, dans la série Queer As Folk (version britannique, saison 3), l’efféminement d’Alexander est associé au dictateur : « Je te préviens : Alexander est un peu maniéré. Enfin, ‘un peu’… c’est comme dire ‘Hitler était un peu vache’. » Dans le roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, Valentín, au moment où il s’homosexualise progressivement, se défend de ressembler à Hitler : « Je ne suis pas un bavard qui parle politiquement dans les bars, non ? » (p. 46) Dans le film « Una Gionata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, la collaboration entre Mussolini et Hitler sert de toile de fond et de métaphore de l’homosexualité de Gabriele.

 

"Tilter"

« Tilter »


 

Très souvent, les Nazis ou Hitler sont féminisés ou homosexualisés : cf. le film « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » (1921) de Rex Ingram (avec les soldats allemands homosexuels), la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone (avec l’Hitler homosexuel), la pièce Grand’ peur et misère du Troisième Reich (2008) de Bertold Brecht (avec l’allusion à l’homosexualité des S.A.), le film « Deseo » (2002) de Gerardo Vera (avec la lesbienne pro-nazie), la pièce Le Roi des Aulnes (1970) de Bernard-Marie Koltès (avec le héros nazi et homosexuel), le film « Rome ville ouverte » (1945) de Roberto Rossellini (avec la getapiste lesbienne), le film « La Grande Vadrouille » (1966) de Gérard Oury (avec le fils de Michèle Morgan travesti en bavaroise), etc. « Tu aurais pu être né en Bavière, en Basse-Saxe ou en Rhénanie, t’engager dans les Jeunesses avec tous les copains, te sentir très tôt un peu différent, caresser le torse imberbe de Franz sous les douches, le retrouver la nuit tombée dans sa couchette, devenir officier, ne jamais porter de triangle rose ou violet, être promu commandant, exterminer des homosexuels, coucher avec des garçons. Mais tu es né en France, tu es né juif, tu voulais être chimiste et rejoindre de Gaulle. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 110) ; « Les hommes à moustache sont des pédales ou des fachos, quand c’est pas les deux à la fois. » (Rossy De Palma en Juana dans le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar) ; « Ma petite chochotte nazie ! » (Matthieu s’adressant à son futur amant allemand Jan, dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser) ; « Les Nazis étaient des enculés. » (Kévin dans le film « Die Welle », « La Vague » (2009) de Dennis Gansel) ; etc.

 

Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, dans le club homo, il y a des soirées « Nuit de la Police » SM où tous les clients sont déguisés en flics, en Nazis. Dans le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius, on assiste à une scène de cabaret dans laquelle le méchant nazi, Heinrich, fait sa diva homosexuelle. Le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti dépeint les orgies homosexuelles des S.A. où certains soldats se travestissent. Dans la pièce Les Z’Héros de Branville (2009) de Jean-Christophe Moncys, il est question d’un « blondinet nazi en tutu ». Le film « Titler » (1999) de Jonathan Bekemeier montre la fusion étrange entre une cantatrice et le célèbre dictateur. Dans le film « The Producers » (« Les Producteurs », 1968) de Mel Brooks, deux escrocs montent une comédie musicale à Broadway, Springtime For Hitler, célébrant le grand retour d’un Hitler homosexuel gravitant dans un milieu artistique rempli de folles tordues. Dans son film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975), Pier Paolo Pasolini a souhaité faire de ses quatre bourreaux des répliques de chefs nazis : d’ailleurs, à la fin du film, on les voit se marier entre eux (ils sont déguisés en femmes mariées). Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, Freud est féminisé en despote nazi surnommé « Fraulein Freud », en travelo qui « descend le grand escalier des Folies Bergère » (p. 23). Dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, Érik Satie est filmé avec un visage d’Hitler. Dans le film « Miss Congeniality » (« Miss Détective », 2001) de Donald Petrie, Vic, homosexuel, est le relookeur officiel du concours de Miss États-Unis ; tacitement homo, il est surnommé « la Follasse bavaroise ». Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le fiancé de Gatal, en lui tendant sa main, lui fait le salut nazi.

 

Film "Coming Out" de Matthias Freihof

Film « Coming Out » de Matthias Freihof


 

De manière apparemment paradoxale, le héros homosexuel se met à défendre Hitler et le nazisme. Par exemple, dans le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, le bel Allemand Ady est protégé par Marie Besnard. Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George défend l’antisémitisme des Nazis de manière ambiguë devant ses étudiants. Dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Frédérick, pourtant ex-victime de la barbarie nazie, ancien Triangle rose des camps d’extermination nazis dans lesquels on diffusait de la musique wagnérienne, se met quand même, une trentaine d’années après, à défendre ses bourreaux et à rentrer dans leur moule puisqu’il est encore fan de Wagner : « Quand j’écoute Wagner, je prends ma revanche sur les Nazis. » Cette soumission s’opère pour des raisons purement esthétiques et sentimentales. Quand on dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions, on touche au cœur des mécanismes du diable… Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le personnage homosexuel, illustre parfaitement cette ambivalence entre passion homosexuelle (esthétique) et raison humaine (éthique) : il sait très bien qu’il aime le film de propagande « Destin » – une vraie « ordure nazie » selon son compagnon Valentín – pour les mauvaises raisons, mais au moment où on lui demande de se justifier et d’arrêter de regarder ce type de films, il plonge dans le déni : « Écoute… il vaut mieux que je me taise. » (pp. 58-59)

 

Le soldat nazi, blond, musclé et vigoureux, représente l’archétype de la beauté qui fait fantasmer le héros homosexuel, le miroir narcissique androgynique dans lequel ce dernier peut se découvrir éblouissant ou bien Homme invisible : « Tu observes le bébé S.S. à la façon d’un diamantaire devant une pierre. » (Félix en parlant du jeune soldat blond, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 148) ; « Tanguy se dit que leurs uniformes étaient plus beaux que ceux des Français et que les Allemands avaient plus d’allure. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 50) ; « Nous sommes à Paris, depuis quelques mois occupé par les Allemands. Les troupes nazies paradent sous l’Arc de triomphe. […] Des soldats défilent, blonds et jolis garçons. » (Molina, le personnage homosexuel du roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 51) ; « Pendant la guerre, on a souffert. Enfin… surtout à la Libération ! Moi, j’ai été tondue. Je peux vous dire que je connus les Allemands de près, de très très près. Surtout Hans. Des Allemands, des aristocrates… d’une classe foooolle. Des gens qui gagnaient à être connus. » (la femme collabo interprétée par Didier Bénureau, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; etc.

 

Dans La Mort dans l’âme (écrit en 1949 et publié en 1954), Jean-Paul Sartre dépeint l’attrait homosexuel de son personnage Daniel pour les beaux soldats allemands arrivant à Paris. Dans le film « Chantons sous l’Occupation » (1976), Jean-Louis Bory condamne chez les hommes homosexuels « le goût de la botte, du cuir, du métal, et les fameuses messes de Nuremberg ». Dans la pièce Les Indélébiles (2008) d’Igor Koumpan et Jeff Sirerol, le fantasme de l’uniforme nazi est encore souligné.

 

Le Hitler homosexuel prend parfois le visage de l’amant : « Vous savez ce que ça fait de vivre avec la Gestapo ? » (Larry, reprochant à son amant Hank qui l’aime et qu’il trompe, de le faire culpabiliser de ses infidélités, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) Il arrive en effet que le personnage gay et le Nazi/Hitler fusionnent et se mettent en couple homo. Par exemple, dans le roman Le Monde inversé (1949) d’André Du Dognon, les patriotes français retournent leur veste pour s’allier sexuellement à l’ennemi allemand sous l’Occupation. Dans la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall, le romancier Cliff se fait draguer et tripoter par un chef nazi homosexuel. Dans le film « Nous n’étions qu’un seul Homme » (1978) de Philippe Vallois, un homme sauvage vivant dans les Landes recueille un soldat de la Wehrmacht avec qui il va vivre une idylle sensuelle et génitale. Dans le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, les soldats allemands se roulent des pelles très librement, et leurs chefs nazis participent aussi à la partouze générale. Dans le film « Un Élève doué » (1999) de Bryan Singer, Ian McKellen est un ancien officier nazi vivant aux États-Unis sous une fausse identité et entretenant une relation avec un adolescent. Dans le film « Les Maudits » (1947) de René Clément, Michel Auclair joue le rôle du mignon de Forster, un responsable de la Gestapo, Nazi convaincu. Tout le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato se centre sur une histoire d’amour homosexuel entre deux hommes gravitant dans un groupe politique néo-nazi. Dans le film « Tras El Cristal » (1987) de Agustí Villaronga, un pédophile nazi paralysé vit une histoire d’amour avec l’infirmier qui s’occupe de lui. Dans le film « Grégoire Moulin contre l’humanité » (2001) d’Artus de Penguern, Jean-François (Didier Bénureau) sodomise un homme déguisé en Hitler lors d’un bal masqué organisé dans un hôtel particulier de Paris ; après avoir fait sa petite affaire, il se rend compte que Grégoire Moulin, qu’initialement il recherchait, a réussi à s’enfuir avec le déguisement d’Hitler volé à ce pauvre monsieur bâillonné au sol… mais il ne regrette pas pour autant d’avoir joui à l’intérieur de ce faux Hitler : « Écoutez, je suis navré. Je vous ai pris pour quelqu’un d’autre. Ceci dit, c’était pas du tout désagréable. Vous allez me trouver un peu… mutin… mais j’ai bien envie de recommencer. Pas vous ? » Dans le roman Pompes funèbres (1947) de Jean Genet, Paulo baise avec Hitler, le fameux dictateur décrit comme une « mijaurée », et métamorphosé en « passive » : « Le petit gars de Paris accomplit son travail avec vaillance. D’abord il eut peur de faire du mal au Führer. Le membre était d’acier. De toute cette machine à supplice qu’était Paulo, la verge en était la pièce essentielle. Elle avait la perfection des rouages, des bielles fabriquées avec précision. […] Elle était également sans tendresse, sans douceur, sans le tremblement qui fait souvent frémir délicatement les plus violentes. […] Il fonça jusqu’au fond. Il éprouva une grande joie à sentir le tressaillement de bonheur de Madame. La reconnaissance de la beauté de son travail le rendit fier et plus ardent. Ses bras, par en dessous, près des épaules, s’agrippèrent au bras de l’enculé, et il fonça plus dur, avec plus de fougue. Le Führer râlait doucement. Paulo fut heureux de donner du bonheur à un tel homme. » (pp. 164-165) Ce même roman célèbre également l’histoire d’amour entre un Allemand nazi, Érik Seiler, et un milicien, Riton. Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Georges et Édouard ont « flashé » l’un pour l’autre pour la première fois lors d’une conférence d’Édouard traitant de la « Montée du néo-nazisme en Europe occidentale » ; d’ailleurs, à un moment, Georges compare Édouard à « Hitler ».

 

Film "Brotherhood" de Nicolo Donato

Film « Brotherhood » de Nicolo Donato


 

Il est fréquent de voir dans les œuvres homosexuelles une sacralisation de la traîtresse collabo, qui va s’offrir en holocauste à la beauté nazie, et se mettre tout le monde à dos (cf. le poème « Canción De Amor A Los Nazis En Baviera » de Néstor Perlongher, le film « Lili Marleen » (1980) de Rainer Werner Fassbinder, le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, etc.) : « Ma tante a toujours été proche des Allemands. » (Zize, le travesti M to F parlant de sa tante qui a été tondue à la Libération, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Ma grand-mère me lisait Mein Kampf avant de m’endormir. » (Mémé Huguette, personnage transgenre M to F de 98 ans, tondue à la Libération, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit); etc. Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, la vieille Olga raconte les horreurs de la Seconde Guerre mondiale à Katya et à Anton, le héros homosexuel, et dit qu’elle a connu les Nazis. Elle suscitera chez ce dernier une vocation : « Anton se bat contre le nazisme. » Dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibault de Saint Pol, par exemple, Madeleine incarne tout à fait la comédie sincère de l’homosexualité collaboratrice : en effet, l’héroïne passe son temps à décrire ses sensations et ses bonnes intentions (« Je suis en danger. Où que j’aille, les nazis me rechercheront. », p. 78 ; « J’ai toujours été écœurée par le militarisme, et la tradition prussienne est ce qu’il y a de pire. Sa mécanique humaine est effrayante. Pourtant, ils sont beaux ces jeunes hommes dans leurs uniformes. », p. 49) pour finalement mal agir et coucher avec l’ennemi (« Je suis la maîtresse d’un espion, d’un traître, d’un ennemi ! […] Comment le sort a-t-il pu mettre un Boche sur ma route ? […] Comme je regrette ces nuits d’ivresse ! », p. 78 ; « J’étouffe ! Je me revois dans les bras de cette brute. », p. 86), et conclure en disant que cette trahison est finalement « quand même de l’amour » (« Il m’aime. Et je l’aime, malgré tout. », p. 201). En jouant le concerto violons de la grande folle perdue, de la vierge effarouchée (genre « Je ne suis pas celle que vous croyez… Lâchez-moi, espèce de sale pooorc ! »), la Tragic Queen homosexuelle se donne une excuse pour tomber concrètement et secrètement amoureuse de son bourreau nazi, et même lui faire un enfant !

 

On retrouve exactement le même cas de figure de l’identification du personnage homosexuel à la femme collabo tombant dans les bras d’un beau dirigeant nazi dans le roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig. Molina, le personnage de la grande folle, raconte un film des années 1930, où Léni, une femme séduisante, est déchirée entre la fidélité à sa Patrie française, et sa passion pour un officier allemand… et là, pareil, c’est reparti pour les fausses questions existentielles, les esthétisations interrogatrices de la tragédienne, des questions sans but (si ce n’est celui de nier la collaboration en actes, puisque la femme fatale finira par trahir son camp) : « Alors Léni, restée seule, se demande si elle pourrait aimer un de ceux qui sont des envahisseurs de sa patrie. » (idem, p. 54) ; « Léni écoute fascinée, elle veut en savoir davantage ; en tant que femme, elle aimerait connaître le secret intime qui fait la force personnelle du Führer. » (idem, pp. 89-90) ; « Elle est effrayée, mais elle ne fait rien pour se défendre, elle est comme à la merci de ce qui va lui arriver. » (idem, p. 54)Les postures théâtrales homosexuelles visent à cacher l’objet d’indignation par l’indignation elle-même. On pleure et on gémit pour n’en faire qu’à sa tête et à ses pulsions.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Je vous renvoie au documentaire « Männer, Helden Und Schwule Nazis » (2004) de Rosa von Praunheim (sur le néonazisme), au blog homo-érotique Mein Camp créé par le très queer BBJane Hudson (un site consacré au genre artistique homosexuel « camp »), à l’essai Le IIIe Reich et les homosexuels (2011) de Thomas Rozec.

 

HITLER 1 gay

 

L’homosexualisation d’Hitler et des Nazis (ces derniers d’ailleurs ne supportaient pas qu’on les qualifie ainsi) peut partir d’une provocation, d’une volonté de diaboliser et de ridiculiser d’autres personnes que celles singées. Par exemple, le 14 juillet 2013 à Paris (jour de la Fête nationale), quelques heures après le défilé sur les Champs-Élysées de François Hollande, les Hommen (= anti-mariage-gay) ont parodié le président en faisant défiler sa doublure masquée bras dessus bras dessous avec celles de Staline et d’Hitler, comme s’ils étaient le couple de l’année.

 

Le traitement comique ou agressif du lien entre désir homosexuel et nazisme donne à croire à certains que cette corrélation est absurde, voire que c’est elle et seulement elle qui pose problème, qui « crée un problème » qui sans elle n’aurait pas existé. Les choses ne sont pas aussi simples.

 

Téléfilm "Un Amour à taire" de Christian Faure

Téléfilm « Un Amour à taire » de Christian Faure


 

La dissociation radicale, manichéenne et victimisante, entre homosexualité et Hitler, est la spécialité de la communauté homosexuelle actuelle, même si elle rejoint un déni social plus large concernant la période 1930-1940, présentée comme apocalyptique et totalement étrangère à notre réalité contemporaine. On nous encourage à fermer les yeux sur la vie en Allemagne à cette époque-là (une époque tellement gémellaire à la nôtre !), à fuir le loup nazi et à le tenir bien loin de nous… si loin qu’on oublie qu’il a existé et qu’on peut, pour le coup, l’imiter, parce qu’on n’a pas décortiqué son fonctionnement, et qu’on l’a diabolisé. Les personnes homosexuelles s’étonnent de voir la tête hitlérienne montée sur ressorts sortir de la boîte de pandore où elles l’avaient soigneusement enfermée pour se donner bonne conscience.

 

C’est pourquoi, quelquefois, au détour d’une œuvre de fiction traitant d’homosexualité, on voit surgir inopinément le thème d’Hitler ou du nazisme, sans vraiment de lien logique avec l’intrigue en cours : « ‘Vous savez que Hitler vit toujours en Patagonie’, intervint soudain Alberto G., l’homme à la barbe rousse. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 240)

 

Mais il y a pire. C’est en tenant le « monstre » nazi bien à distance que certains individus homosexuels fusionnent identitairement avec lui, et agissent comme lui. Selon eux, inconsciemment, la substitution et l’incorporation au « diable » permettront son anéantissement total (en réalité, ils ne font que le cacher). On peut même entendre des personnes homosexuelles réelles se prendre pour le funeste dictateur : « Je deviendrais la plus célèbre vedette autrichienne après Hitler. » (Brüno dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles)

 

HITLER 9 Affiche

 

N’en déplaise à l’opinion publique gay friendly, l’attraction homosexuelle pour les Nazis n’est pas du tout un mythe. Elle fut et reste une réalité. Déjà, pour commencer, beaucoup de personnes homosexuelles sont connues pour avoir collaboré pendant la Seconde Guerre mondiale : Jacques Chardonne, Gertrude Stein, Ramón Fernandez, Henry de Montherlant, Colette, Vénus Myrtille, Jean Genet, Gabriele D’Annunzio, Romaine Brooks, etc. « Les milieux homosexuels parisiens ont fourni de nombreuses et brillantes recrues. » (Jean-Paul Sartre cité dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 420) ; « Certains homosexuels grenouillent, se corrompent et collaborent avec les nazis : le souvenir des trafics d’influence, du marché noir, des profits d’origine douteuse, des spoliations de biens juifs et autres activités peu recommandables seront, à la Libération, et lors des procès de l’épuration, associés au monde et aux mœurs des invertis. » (cf. l’article « Il faut en être ! » de Christian Mirambeau, cité dans l’essai Folles de France (2008) de Jean-Yves Le Talec, p. 169) ; « Nul doute que sur certains autres que Brasillach (Jouhandeau, Fraigneau, Bonnard, Cocteau, Montherlant, Benoist-Méchin) ne se soit exercé l’attrait érotique du blond aryen sportif. […] Sartre a eu beau vouloir faire de jean Genet un maudit, victime de la société bourgeoise, Pompes funèbres n’en reste pas moins une déclaration d’amour enflammée au nazisme. » (Dominique Fernandez, Ramon (2008), pp. 56-57) ; « Dans cette fascination du chef et de la force, il y avait beaucoup de féminité latente, une certaine forme d’homosexualité. Au fond, chez la plupart de ces intellectuels fascistes, je pense à Brasillach, à Abel Bonnard, à Laubreaux, à Bucard, il y avait le désir inconscient de se faire enculer par les S.S. » (Emmanuel Berl s’adressant à Patrick Modiano) ; etc. Par exemple, Claude-Michel Cluny a eu une aventure avec un soldat allemand quand il n’avait que 14 ans. En 1940, Suzy Solidor appelle à la collaboration avec les Nazis dans Radio-Paris. L’écrivain français Maurice Sachs, juif et homosexuel, rejoint les rangs nazis et devient indicateur de la Gestapo. Jean Cocteau trinque au champagne avec les Allemands et écrit sa « Lettre ouverte à Brecker » . Harald Kreutzberg sert la propagande nazie dans les pays occupés. L’esthète bourgeois Pierre Drieu la Rochelle ne cache pas son amour des occupants nazis (il assiste même au congrès de Nuremberg en 1935). Abel Hermant collabore sous Vichy, et sa passion pour les soldats de la Wehrmacht est de notoriété publique. Robert Brasillach avoue à ses amis sa fascination pour la virilité des soldats allemands. Violette Morris, l’athlète lesbienne, travaille pour la Gestapo. La sympathie de Philippe Jullian pour les Alliés et l’Angleterre ne l’empêche pas de « succomber aux charmes des beaux soldats allemands qui rôdent le soir dans certains quartiers », comme il l’écrit dans son Journal en 1941. Marcel Jouhandeau tombe désespérément amoureux du lieutenant allemand Heller (Didier Éribon, dans son Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003), s’interroge d’ailleurs sur les paradoxes de l’écrivain français : « Il est difficilement compréhensible qu’un analyste aussi aigu du processus d’abjection dont est victime une catégorie d’individus ait pu, presque au même moment, publier un opuscule intitulé Le Péril juif (1937) dans lequel sont condensés tous les poncifs antisémites de l’époque », p. 273). Abel Bonnard, travaillant au côté de Philippe Pétain, a porté le sobriquet de « guestapette » (« Paradoxal de constater que le régime de Vichy, qui avait été à l’origine de l’aggravation des peines de prison pour les homosexuels, choisit Abel Bonnard, pédéraste, comme Ministre de l’Éducation nationale », écrit Michel Larivière dans son Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997), p. 71) Dans son « Domaine des Esprits » où il habitait, le chanteur homo Charles Trénet accueillait des mineurs pour des surprises-parties sexuelles. Il a été pris en flagrant délit avec 4 jeunes Allemands de 19-20 ans. Il fut condamné à la prison pour attentat aux mœurs, à Aix (France).

 

Luchino Visconti, quant à lui, a toujours été fasciné par l’Allemagne nazie : à la fois aristocrate et marxiste de salon, il s’est intéressé aux classes supérieures germaniques du IIIe Reich dans ses productions. Jean-Luc Lagarce, dans son Journal (2008), se passionne pour le procès de Klaus Barbie, et dit que sa fascination concernant le nazisme est « une chose indicible », inénarrable (d’ailleurs, il écrit qu’un de ses beaux amants homos a le visage « parfait » d’un Nazi). Une femme lesbienne du documentaire « Le Bal des chattes sauvages » (2005) de Véronika Minder avoue avoir partagé l’avis d’Hitler sur les personnes homosexuelles, avant de changer radicalement d’avis et de les idéaliser par la suite. Dans son essai Le Rose et le Brun (2015), Philippe Simonnot montre comment de nombreuses personnes homosexuelles ont contribuer à l’arrivée du nazisme et d’Hitler au pouvoir.

 
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Dans son essai Le Rose et le Brun (2015), Philippe Simonnot explique parfaitement que l’homo-érotisme a été la source d’inspiration et l’instrument du nazisme : « Les homosexuels ont-ils joué un rôle dans la montée du nazisme au Pouvoir ? Voilà une question tabou aujourd’hui, que personne n’ose poser, pas même évoquer. […] ce tabou qui a d’abord été mis en place par les nazis eux-mêmes. » (p. 11) ; « À partir de 1934, le lien entre homosexualité et nazisme est devenu le fonds de commerce de la propagande stalinienne au niveau mondial. Erich Fromm, de l’École de Francfort, prétendait trouver une relation entre l’homosexualité et les désordres sadomasochistes propres aux nazis. Encore dans les années 1970, la relation entre homosexualité et nazisme était fantasmée au plus haut niveau du Parti Communiste Français. » (idem, p. 15) ; « La libéralisation des mœurs était souhaitée par le nazisme. Le national-socialisme, en effet, s’est d’abord appuyé sur tout un courant de libération des pulsions sexuelles, et notamment des pulsions homosexuelles. Ces dernières, du reste, ne sont en rien causées par une vie conjugale répressive à en croire Hans Blüher et tant d’auteurs allemands de cette époque. Par conséquent chercher la naissance du nazisme (ou du fascisme) dans les berceaux de la famille patriarcale ne peut mener très loin. » (idem, p. 18) ; « L’effectivité de la culture nazie reposait sur l’abolition des tabous sexuels, l’émancipation de la vie érotique et l’appel au ‘droit de la nature’. » (idem, p. 19) ; « Le national-socialisme était pour la jeunesse des années 1920 et 1930 une forme de libération sexuelle, cohérent avec son paganisme foncier et son anti-christianisme viscéral. » (idem) ; « Le Führer était parfaitement conscient des avantages de la libération sexuelle pour le maintien de sa dictature. » (idem, p. 20) ; « Les nazis sont passés orfèvres dans l’effacement de leurs crimes, on le sait assez. À enfermer des homosexuels dans des camps de concentration, à les torturer et à les massacrer, n’est-ce pas une fois encore tout un pan de leur histoire originaire, de leurs racines homo-érotiques que les Hitlériens voulaient supprimer ? En fait, cet effacement de l’homosexualité nazie a commencé peu après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Le 6 mai 1933, les nazis ont pillé l’Institut de Sexologie que Magnus Hirschfeld avait créé à Berlin en 1919 – une véritable innovation à l’époque – non pas seulement parce que Hirschfeld était juif, non pas seulement parce qu’il affichait son homosexualité et prétendait venir au secours des homosexuels, mais aussi et peut-être surtout parce que son Institut recevait des milliers de fiches d’homosexuels nazis qui étaient venus en consultation chez le sexologue vedette des années 1920. Et ce qui a été brûlé dans les premiers autodafés orchestrés par les chemises brunes en mai 1933, ce ne sont pas seulement des livres, mais aussi des fiches bien compromettantes pour ceux qui étaient maintenant au pouvoir et qui prévoyaient déjà de revenir publiquement à la norme hétérosexuelle. Du reste, une partie de ces fiches a été confiée à la police qui disposerait dorénavant de quoi faire chanter les malheureux clients, nazis ou pas, de l’Institut. » (idem, p. 21) ; « Ne serait-ce que pour ne pas rentrer dans le jeu de l’oubli sélectif, il nous paraît urgent d’au moins poser la question des origines homosexuelles d’une partie non négligeable du National-Socialisme. Manfred Herzer, l’auteur d’une biographie de Magnus Hirschfeld, un personnage central de notre enquête, l’admet volontiers : sur cette question, nous, homosexuels, nous faisons face à un vide que nous nous sommes imposés nous-mêmes dans notre connaissance, vide qui a pris les dimensions d’un tabou idéologiquement motivé. » (idem (2015), p. 23) ; « Hitler a renié et même massacré une partie de ceux qui l’avaient aidé dans sa ‘résistible ascension’. » (idem, p. 25) ; etc. Sous l’Allemagne nazie, les mouvements de jeunesse des Wandervögel (littéralement : Oiseaux migrateurs) étaient imprégnés d’homosexualité. Berlin était la capitale mondiale des moeurs légères, très « avancée » en matière de législations désincarnées (Le statut de ‘mère célibataire’ est inscrit dans le code civil allemand, par exemple). Avant de se durcir contre les personnes homosexuelles, Hitler, étonnamment, était très permissif en matière d’homosexualité, et défendait la séparation entre vie publique et vie privée, en soutenant que la sexualité c’était du domaine de l’intime : « Faites ce que vous voulez, mais ne vous faites pas prendre. » (idem, p. 246) Il a commencé à retourner sa veste quand son pouvoir et son image publique commençaient à être impactée négativement : « Les choses ont atteint un stade où des rumeurs courent maintenant dans les quartiers marxistes que vous seriez vous-même aussi homosexuel, mon très estimé Führer. » (cf. lettre de Paul Schulz adressée à Adolf Hitler le 2 juin 1932) Avant ça, contrairement à l’idée reçue, Hitler était très « moderne » pour son époque. Il serait même jugé laxiste et gay friendly aujourd’hui.
 

Face à autant de cas de collaboration, certains militants de la « Cause homosexuelle » s’indignent, ne veulent pas y croire : « N’aurions-nous donc, pour cette période terrifiante de l’histoire, que des héros ‘négatifs’, que des chroniques de massacres d’homos traqués et torturés, que des victimes impuissantes face à une haine des idéologies alors en cours dans la presque totalité de l’Europe ? » (Jean Le Bitoux, Les Oubliés de la mémoire (2002), p. 225) ; « Et que dire de la pénible fascination d’une partie de la mode masculine pour une esthétique évoquant immanquablement l’Allemagne nazie ? » (cf. l’article « Mode » d’Anne Boulay et Marie Colmant, dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 325)

 

L’esthétique homosexuelle rejoint souvent le fascisme nazi : pensez au film « Le Troisième Sexe » (1959) de Veit Harlan (qui est bel et bien un film nazi !), à Marlon Brando dans le film « Le Bal des Maudits » (1958) d’Edward Dmytryk, à Helmut Berger dans le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti, à l’esthétisme soigné du film « Les Dieux du Stade » (1936) de Leni Riefenstahl, aux sculptures homo-érotiques d’Arno Breker, et plus récemment à la coupe érotique des uniformes S.S. reprise par Calvin Klein et Hugo Boss, aux dessins de Tom of Finland ou bien de Roger Payne, aux films pornos dits de « nazixploitation » mettant en scène des néo-nazis (« Skin Gang » (1999) de Bruce LaBruce, par exemple), le look skin adopté par certains hommes gay dans les années 1980, etc.

 

Pink Svastika

Pink Svastika


 

The Pink Swastika défend même la thèse selon laquelle le nazisme viendrait de l’homosexualité. D’autres intellectuels font aussi le rapprochement, non par mauvaise foi, mais parce qu’il existe vraiment : « Cette virilité fasciste ou communiste est un fantasme d’homosexuels, Gide à Moscou, Brasillach à Berlin. Ce dernier ne s’est jamais inquiété des déportations d’homosexuels allemands par les nazis. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), p. 78) Quelques personnes homosexuelles ne démentent absolument pas cette part d’ombre de leur désir homosexuel : « Dans mes fantasmes d’enfant, ces baraquements plein de femmes étaient à la fois angoissants et très séduisants, homo-érotiques. » (l’écrivaine Cécile Vargaftig en parlant des camps de concentration, à l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle, Paris, le 7 mars 2011)

 

Docu-fiction "Brüno" de Larry Charles

Docu-fiction « Brüno » de Larry Charles


 

Malheureusement, l’adhésion esthético-sentimentale des personnes homosexuelles pour Hitler a tendance à être atténuée et déproblématisée par les intentions, par l’excuse de la « provocation ». On prête par exemple beaucoup de second degré à un Salvador Dalí qui, dans son Journal, écrit son amour pour Hitler « de dos ». En 1966, Yukio Mishima réalise une œuvre (ironique ?), Mon ami Hitler, dans laquelle il affirme qu’« Hitler avait raison ». Pareil pour l’engouement sexuel qu’avancent les personnages des romans de Jean Genet pour le dictateur : « Cette toute-puissance du faible, Genet lui trouvera un symbole épique : Hitler. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet (1952), p. 149) À propos des Nazis trahis en 1944 pendant la Libération par le peuple français qui avait auparavant collaboré avec eux, Genet écrit en 1947 dans Pompes funèbres : « Ils ne furent pas seulement haïs mais vomis. Je les aime. » (cf. l’article « Physique de Genet » de Philippe Sollers, dans Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 41) La passion de l’écrivain pour Hitler n’est pas qu’un gentil rôle. Dans son autobiographie Le Journal du Voleur (1949), Genet se prend très sérieux quand il dit : « Je donnerais tous les biens de ce monde pour connaître l’état désespéré. Hitler seul, dans les caves de son palais, aux dernières minutes de la défaite de l’Allemagne, connut sûrement cet instant de pure lumière – lucidité fragile et solide – la conscience de sa chute. » (pp. 236-237)

 

Il y a une forme d’orgueil et de goût de l’image (que certains pseudo artistes militants appelleront pompeusement « anti-conformisme iconoclaste et révolutionnaire ») dans la sympathie homosexuelle envers Hitler. C’est parce qu’il n’est/ne serait désiré de personne que certains individus homosexuels se mettent précisément à le désirer. S’il était aimé et aimant, il perdrait tout intérêt. Au fond, ce n’est rien d’autre que la mort (du Désir) qu’ils célèbrent en lui… en plus de l’occasion que le funeste dictateur leur fourni de faire leurs intéressants et de se célébrer eux-mêmes dans une « homosexualité noire et maudite ».

 

Maintenant, en ce qui concerne l’homosexualité attribuée à Hitler et aux Nazis, je ne pense pas qu’elle soit une invention délirante. Par exemple, rien que si nous regardons la ville de Berlin en 1933, nous y dénombrons 130 bars homosexuels, … c’est-à-dire plus qu’aujourd’hui à Paris ! En Allemagne, les idées d’extrême droite et l’idéal homosexuel se marièrent très bien : pensons à Adolf Brand (qui fonda la revue homosexuelle Der Eigene), à la Communauté des Spéciaux (Gemeinschaft der Eigene), à l’Association masculine allemande (Männerbund) marquée par une esthétique-idéologie homo-érotique, à Hans Blüher qui projette la création d’une société fondée sur un État viril. Dans les camps de concentration et d’extermination nazis, l’activité homosexuelle a bien existé. « Au camp de Gross-Raming, les kapos étaient à 90% des invertis. » (Christian Bernadac, Des Jours sans fin, 1976) ; « Quand quelqu’un va s’attaquer à l’homosexualité sous l’Occupation, on va bien rigoler ! J’ai commencé à travailler sur l’homosexualité à Ravensbrück… Je peux vous dire… C’est une époque où il n’y a plus de frontières. Tout est décuplé. » (Marie-Jo Bonnet, en conclusion de sa conférence « Violette Morris, histoire d’une scandaleuse » du 10 octobre 2011 au Centre LGBT de Paris ; l’historienne lesbienne n’en revenait toujours pas de découvrir le nombre de confluences entre homosexualité et nazisme, même si elle ne s’est trahie qu’à la fin, car elle se gardait bien de faire le lien !) ; etc. Le résistant alsacien Aimé Spitz interné au camp alsacien du Struthof puis à Dachau assure que « les chefs de bloc et autres kapos étaient presque tous devenus homosexuels au cours de leur détention. » (Aimé Spitz cité dans Jean Le Bitoux, Les Oubliés de la mémoire (2002), p. 93)

 

La recrudescence de la pratique homosexuelle côté allemand pendant la Seconde Guerre mondiale est confirmée par de nombreux sociologues et historiens : « Heinrich Himmler (1900-1945), le chef de la Gestapo, recrutait exclusivement ses subordonnés dans les milieux homosexuels. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 212) ; « Quant aux généraux homosexuels de l’armée allemande, de l’époque hitlérienne, leurs noms sont sur les lèvres de tous… Goering, Himmler, Reohm, et même Hitler. » (idem, p. 217) ; « Si l’Occupation avait radicalement supprimé la progression de la drogue en France, elle y avait en revanche développé l’homosexualité. Assez répandue outre-Rhin, la pédérastie s’étendit à la suite du passage des soldats allemands dans notre pays. Jusqu’alors, elle était le fait de quelques intellectuels ou de quelques blasés qui constituaient une confrérie très fermée. Les véritables invertis physiologiques se montraient encore plus discrets. Bref, la pédérastie n’était pas descendue dans la rue. Par goût, par entraînement, par intérêt, par lâcheté, de nombreux jeunes gens, et des moins jeunes, subirent l’initiation germanique. À la Libération, l’arrivée des Nord-Africains, les difficultés économiques, la fermeture des bordels, encouragèrent cette vague d’homosexualité. Pour la première fois à Paris, il existait une prostitution masculine avouée sur les trottoirs de Saint-Germain-des-Prés. C’est pourquoi la loi d’avril 1946 sur la prostitution n’établit aucune distinction de sexe. » (André Larue, Les Flics, 1969) ; « Pendant l’Occupation, je fus, bien entendu, l’ami de nombreux officiers allemands. J’évitais ainsi la déportation et pus, grâce à mes relations, ouvrir mon premier magasin d’antiquités. Ces quatre années furent, quoique comparativement plus calmes, une longue suite d’aventures sentimentales, fort compliquées, selon ‘notre tradition’. Très vite, grâce au premier argent si généreusement laissé par mon attaché d’ambassade, je me fis un nom dans la hiérarchie des antiquaires. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 86) ; etc.

 

Comme je l’ai écrit dans le petit « condensé » de cet article, et comme je le développe dans la partie sur les dictateurs homosexuels du code « Homosexuels psychorigides » du Dictionnaire des Codes homosexuels, l’hypothèse de l’homosexualité du Führer n’est pas non plus à écarter. Elle est une réalité déjà iconographique, comme on a pu le voir dans la première partie de mon exposé (et vous savez l’importance que j’attache à cette phrase faite maison qui soutient qu’« il n’y a pas de cliché sans feu »). Par exemple, en 1933, la revue Fantasio présentait déjà Hitler comme une folle perdue. L’historien italien Eugenio Dollmann aborde également l’homosexualité d’Hitler dans Roma Nazista (1949). Pour ma part, j’ai fait l’effort de lire les deux pavés de la biographie (2000) rédigée par l’historien Ian Kershaw – un ouvrage complètement neutre sur la question de l’homosexualité du Führer – ; il ne fait aucun doute en effet que la vie d’Hitler comporte de nombreuses coïncidences de l’homosexualité relevées dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels : mère possessive, père tyrannique, profond isolement amical, vocation artistique contrariée (Hitler est recalé de l’École des Beaux-Arts), haine de son propre corps (il ne se mettait jamais en maillot de bain), passion pour le cinéma (il avait sa salle de projection privée) et les mythologies anachroniques (Wagner, Bavière, militarisme, etc.), anti-catholicisme féroce, sensiblerie nostalgique et confusion de l’art avec la vie (Herman Broch, dans son essai Création littéraire et connaissance (1966), assure qu’Hitler était un fervent partisan du kitsch), goût pour les corps athlétiques et les statues, aucune appétence pour les femmes (le mariage in extremis avec Eva Braun n’a été qu’une couverture), etc. « En ce qui concerne Hitler, il est quand même de nombreux témoignages qui concordent pour assurer que les femmes ne l’intéressaient guère, comme le prouverait l’absence dans sa vie de la moindre aventure amoureuse qui ait eu un développement complet. » (Jean Boisson, Le Triangle rose (1988), p. 19)

 

Certaines thèses vont dans le sens d’une dévirilisation forcée d’Hitler. Par exemple, dans l’essai Secret Weapons: Technology, Science And The Race To Win World War II (2013), Brian Ford raconte comment les Alliés auraient tenté d’administrer des œstrogènes dans les aliments d’Adolf Hitler pour provoquer chez lui « une transformation sexuelle qui le ferait devenir plus féminin et moins agressif ».

 

Plus crédible et le travail de Lothar Machtan qui, en 2001, a consacré un ouvrage entier à l’homosexualité d’Hitler dans sa biographie La Face cachée d’Adolf Hitler. Cette thèse déchaîne bien évidemment les foudres de la communauté homosexuelle actuelle. À quoi bon montrer qu’Hitler était homosexuel ?, s’indigne-t-elle. Cela ne rajoute rien à l’horreur du personnage, et de surcroît, ne fait que charger inutilement la barque des personnes homosexuelles et convaincre l’opinion publique que l’homosexualité produit des dictatures et des monstres. On peut difficilement soutenir une telle affirmation. À mon sens, il importe peu que l’hypothèse soulevée par le livre de Lothar Machtan soit avérée ou non, puisque, même s’il est fort probable qu’Hitler a été une personne homosexuelle refoulée (quand on lit en intégralité la longue biographie en 2 tomes), il est impossible d’assurer qu’il était l’incarnation humaine de « l’homosexuel » ou de « la personne homosexuelle » étant donné que ces deux personnages sont au mieux des mythes, au pire des réalités fantasmées que personne n’arrivera jamais à devenir complètement. C’est précisément le refus de la probabilité qu’Hitler ait pu être homosexuel, non pas parce qu’il était entièrement homosexuel mais simplement du fait de son humanité, qui est inhumain et homophobe. Comme le souligne très finement Gerald Messadié, « ce menteur dissimulait non pas un vice, mais ce qu’il était contraint de tenir pour un vice : son homosexualité. D’où son inhumanité ». Messadié soutient l’idée selon laquelle le rapport idolâtre d’attraction-haine concernant le désir homosexuel, c’est cela qui est inhumain et monstrueux, et non l’homosexualité en elle-même. « Un vaste courant pseudo-historique voudrait faire croire qu’Hitler fut l’incarnation suprême du Mal, pourvu qu’elle fût supranaturelle, donc incompréhensible. L’inconscient collectif l’a investi d’un prestige sinistre, Antéchrist ou Satan, qui paradoxalement magnifie le personnage. Le travail de Machtan, au contraire, révèle un immonde et délirant minable qui se méprisait lui-même, parce que, dans son for intérieur, il portait une tare honteuse pour ses contemporains. Ainsi culpabilisé, il chercha des boucs émissaires : c’étaient ceux qui ‘dévirilisaient’ la nation : les communistes, les Juifs, les gitans, et, bien sûr, les homosexuels. » (la préface de Gerald Messadié, dans l’essai La Face cachée d’Adolf Hitler (2001) de Lothar Machtan, p. 11) Reconnaître les tendances homosexuelles d’Hitler, c’est finalement rendre l’homosexualité beaucoup plus humaine et moins monstrueuse que de la nier dans l’angélisme et la diabolisation d’un être humain historiquement figé au rang de « non-personne ». Je citerai deux ouvrages (le premier, C’est pour ton bien (1984) d’Alice Miller ; le second, La Fessée (2001) d’Olivier Morel), qui montrent combien il est important, au lieu de se désolidariser de certains actes odieux que l’on réduit à l’état de personnes diaboliques isolées, de les porter comme si nous aurions pu les commettre, au moins pour exercer notre propre humilité et nous empêcher de les reproduire par excès de bonnes intentions « démocratiques » : « Toutes les victimes ne deviennent pas bourreaux. Mais tous les bourreaux ont été victimes. » (Alice Miller) ; « Hitler, Staline, Ceaucescu, Mao, Saddam Hussein et Milosevic sont devenus ce que l’on sait à cause d’une enfance maltraitée et/ou vécue dans une atmosphère de froideur affective, sans rien ni personne pour compenser brutalité des coups et manque de tendresse. Des personnalités de ce type ont retenu de leur éducation que pour être il faut dominer les autres. » (Olivier Morel, p. 50) Bref, revenons à la genèse des dictatures humaines, toutes époques et pays confondus : la haine de soi due à un viol.

 

Revue homo et skinhead

Revue homo et néo-nazie


 

Et pour finir de convaincre les esprits étroits qui prendraient mon exposé sur Hitler pour un absurde passéisme anachronique totalement déconnecté de notre réalité homosexuelle actuelle, je mentionnerai les liens étroits qui existent aujourd’hui entre homosexualité et néonazisme. « Aujourd’hui encore, certains groupuscules néonazis entretiennent une forme d’ambiguïté. De nombreuses histoires circulent, sur fond de messes noires ou de satanisme. Dans leur esprit, nazisme et homosexualité participent de la même ambiance, d’une même esthétique. » (Philippe Broussard, Le Monde, 18 juin 1997) Je parle plus largement des liens entre extrême droite et homosexualité dans le code « Homosexuels psychorigides » du Dictionnaire des Codes homosexuels. Mais concernant spécifiquement les néo-Nazis, on a déjà de quoi dire ! Visiblement, beaucoup de ces fanatiques sont attirés par le « milieu homosexuel », puisqu’ils y multiplient les visites agressives/amoureuses. À titre d’exemples, je peux rafraîchir certaines mémoires : le 14 août 2007, des skinheads agressent les clients du Privé, une discothèque de Besançon (France) ; en octobre 2010, trois légionnaires néo-nazis s’attaquent à une boîte gay de Nîmes (France), le Lulu Club ; plus récemment, le 8 août 2011, en Angleterre, la librairie londonienne Gay’s The Word est saccagée par des néo-nazis. J’imagine qu’il doit y avoir de nombreux autres cas d’accrochages ambigus entre néo-Nazis et personnes homos. Et déjà, on dénombre dans les rangs néo-nazis un certain nombre de personnes homosexuelles : Nicky Crane, Michael Kühnen, Michel Caignet, etc.

 

Par ailleurs, et j’en terminerai là, il est intéressant de remarquer que l’accusation de « Nazi », tout comme celle de « Raciste » ou d’« Homophobe », est à la mode, dès qu’on veut descendre quelqu’un rapidement sans avoir à se justifier de le faire. Par exemple, en mai 2011, le directeur chrétien de l’American Family Association (AFA), Bryan Fischer, s’en est pris aux personnes homos, les traitant de « Nazis » dans son émission de radio Focal Point, diffusée via les 180 stations dans 40 États américains. Cette grotesque accusation reposait sur la dénonciation du terrorisme intellectuel exercé par certains militants LGBT actuels… donc quand même sur un substrat de réalité. Le plus amusant, c’est que le camp homosexuel et le camp non-homosexuel se traitent mutuellement de « Nazis » ou d’« Homophobes » pour se neutraliser, sans mesurer que ces mots agissent comme des miroirs de ce qu’ils cherchent à imiter ensemble en imaginant naïvement que seul l’autre camp ennemi le fait !

 
 

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