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Code n°125 – Miroir (sous-code : Miroir brisé ou kaléidoscopique / Traversée du miroir / Alice au pays des merveilles)

Miroir

Miroir

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Bianca Castafiore dans la B.D. "Les Bijoux de la Castafiore" d'Hergé

Bianca Castafiore dans la B.D. « Les Bijoux de la Castafiore » d’Hergé


 

« Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis quelqu’un d’autre ! ». Voilà le cri existentiel et idolâtre (narcissique) que la grande majorité des personnes homosexuelles lancent inconsciemment à leur société et à elles-mêmes. La glace étant l’instrument d’inversion (sexuée, sexuelle) par excellence, il était logique qu’elle soit plébiscitée par la communauté homosexuelle, assemblée humaine en panne d’identité et à la recherche de l’« Irréalité à forme humaine et réaliste ». Beaucoup de personnes homosexuelles envisagent la Réalité (et l’Amour : cf. je vous renvoie aux codes « Amant narcissique » et « Cercueil en cristal » de mon Dictionnaire des codes homosexuels) comme un miroir à la fois sans fond et dont paradoxalement elles cherchent à se convaincre de la réelle profondeur. Mirage désirant et actionnel assuré !

 
 

N.B. : je vous renvoie également aux codes « Clonage », « Se prendre pour Dieu », « Amant narcissique », « Cercueil en cristal », « Emma Bovary ‘Oh mon Dieu !’ », « Photographe », « Eau », « Lunettes d’or », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », « Inversion », « Femme au balcon », « Planeur », « Main coupée », « Haine de la beauté », « Télévore et Cinévore », « Regard féminin », « Pygmalion », « Poupées », « Amant modèle photographique », « Homme invisible », « Doubles schizophréniques », « Jumeaux », « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau », à la partie « Crâne en cristal » du code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », et à la partie « Paravent » du code « Maquillage », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Miroir, mon beau miroir :

Le miroir occupe une très grande place dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « Behind Glass » (1981) d’Ab Van Leperen, le conte Lisa-Loup et le conteur (2003) de Mylène Farmer (avec le garçon plat), le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval (avec la chanson la chanson « Mirror, Mirror » en duo entre Madame Raymonde), la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev (avec Katia devant son miroir), le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, le film « Mann Mit Bart » (« Bearded Man », 2010) de Maria Pavlidou, le film « Aynehaye Rooberoo » (« Facing Mirrors », 2011) de Negar Azarbayjani, le film « Crystal » (2003) d’Anne Crémieux, le film « Is-Slottet » (1987) de Per Blom (avec le mystérieux Palais des Glaces), le film « Mirror, Mirror » (1978) d’Edward Fleming, le film « L’Enfant miroir » (1990) de Philip Ridley, le film « Espelho De Carne » (1983) d’Antonio Carlos Fontoura, le film « Gulabi Aaina » (« The Ink Mirror », 2003) de Sridhar Rangyan, le film « I’ll Be Your Mirror » (1996) de Nan Goldin, le film « Jeu de miroir » (2002) d’Harry Richard, etc.

 

« Oh mon Dieu ! Mes yeux n’ont jamais vu de richesses pareilles ! Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir ! » (Lourdes trouvant un miroir dans son coffre, dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je vous envie d’aimer les vitres comme vous les aimez. » (Marie-Louise, une brodeuse parlant de Sidonie et de la Reine Marie-Antoinette, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Hubert, ma psyché ! » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Elle [Sylvia, l’héroïne lesbienne] montra du doigt une petite chouette d’or sommairement travaillée, aux ailes d’émeraude, la tête piquée de diamants avec deux topazes pour les yeux. […] Je revois cet oiseau plus nettement que son visage dont je ne perçois qu’un seul profil – l’autre moitié devenue invisible, à la manière d’un miroir. » (Harry Muslisch, Deux Femmes (1975), p. 30) ; « Le miroir est une femme intersidérale. » (c.f. la chanson « Intersidérale » de Bilal Hassani) ; etc.

 

Le personnage homosexuel cherche parfois à être plat comme son miroir : « James cultivait l’art d’être superficiel. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), p. 52) Par exemple, dans la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, adaptée par Pierre Constant, le miroir devient fil de fer du funambule. La nouvelle « Marcovaldo Tarsile De La Tour Montigny Xuclar I Fer Ampolles » (1975) de Terenci Moix raconte l’histoire d’un homme dont l’obsession de sa vie est la « longitude ». Dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), Raphaël Beaumont se prend pour une vitre de pare-brise de voiture : « Déjà réincarné ?!? Efficace, le système informatique là-haut ! Quoi ? En vitre ??? Je crois qu’il y a une erreur. […] Tout le monde ne parle pas miroir. […]Je suis superstitieux ? Superficiel ?? Je sais. » Dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau, la Bête énumère les 5 instruments sur lesquels repose son pouvoir : « Mon miroir, mon gant, mon cheval, ma rose et ma clé d’or. »

 

Le miroir permet au héros homosexuel de fuir sa réalité et le monde : « Comme si j’étais assis là-haut au Paradis, de l’autre côté de ma vie, mon paradis acquis. » (cf. la chanson « Soudain » d’Étienne Daho) ; « Le monde est froid. Subitement distant verni aseptisé. Je le regarde à travers cette vitre. Je le vois loin, hors de portée. J’en suis comme en retrait, exclue, ou au moins séparée. […]  C’est entre 8 et 9 ans que je me suis décollée du monde – ou plutôt qu’il a décollé de moi pour être donné en spectacle – et depuis je cherche en vain comment y rentrer et m’y fondre, comment retraverser la vitre. » (Mireille Best, Camille en octobre (1988), p. 105) Par exemple, dans son one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, Fayçal Ben Checri, le héros homosexuel, est en train de répéter ses pas de danse classique devant son miroir. Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Gabriel, l’adolescent homosexuel rêveur et déprimé, est toujours filmé derrière une vitre de voiture, de vitre de bus.

 

Stéphanie, héros trans M to F du film "Wild Side" de Sébastien Lifshitz

Stéphanie, héros trans M to F du film « Wild Side » de Sébastien Lifshitz


 

Le miroir donne l’illusion de dépasser les 4 frontières du Réel humain et de l’Amour que sont la différence des sexes, la différence des générations, la différence des espaces et la différence Créateur/créatures : « Vous, Oiseaux-Comédiens, aidez-moi à franchir le miroir… de l’enfance perdue. » (Camarade Constance dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « Devant le miroir, Cody lève les cheveux de sa perruque blonde et dit ‘Je souis Catherine Denouve, non, dans une film de Bunuel ?’ En me regardant, les cheveux toujours maintenus en l’air, il dit ‘Toi, tu es Vanessa ? Ça fait très français, ça, comme nom, quoi. Catherine  Denouve et Vanessa de Paris, les putes gratuites qui cherchent les hommes pour leur vagina» (Cody, le héros homosexuel efféminé nord-américain, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 101) ; « Je suis de l’autre côté du miroir. » (Damien, travesti M to F de la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Je suis passé de l’autre côté du miroir. J’ai recollé mes morceaux. » (Mr Alvarez, travesti M to F, idem) ; « Je m’examinais longuement dans le miroir. » (la narratrice transgenre F to M au moment de se travestir en homme, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; etc. Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette se sert du miroir pour se prendre pour se lesbianiser et se vieillir afin de séduire sa prof de français. Dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Miriam, l’héroïne transsexuelle F to M (transformée en « Lukas »), passe son temps à se scruter dans le miroir, et vit l’angoisse du Dorian Gray. Pendant tout le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, la jeune Laure (qui se prend pour un garçon) se regarde sans cesse dans le miroir.

 

Le miroir est figure d’inversion sexuelle. Par exemple, dans le film « Jeu de miroir » (2002) de Harry Richard, les deux frères jumeaux (dont l’un est homo) portent des prénoms-anagrammes : Leon et Noel. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Rayon, le héros transsexuel M to F, a plein de photos d’actrices autour de son miroir. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, le miroir est omniprésent dans le quotidien des personnages, et surtout ceux qui sont intersexes et transsexuels. Le film démarre par Rana qui se regarde dans sa glace de rétroviseur de voiture. Plus tard, alors qu’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M se rase la barbe (ou plutôt fait semblant de le faire), elle est surprise par l’arrivée d’Akram, la belle-mère de Rana, qui l’a vue dans la salle de bain, et elle se coupe au visage. Adineh sanglotte comme une enfant devant son miroir. Mais finalement, plus de peur que de mal : « J’aurais pu te taillader le visage ! » la prévient quand même Akram. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, vit sa vie à travers les miroirs. Par exemple, quand il parle devant sa glace, il imite un dialogue entre Dick et sa compagne Marge, en alternant la voix masculine puis féminine… parce qu’il est amoureux de Dick.

 

Le soupçon intime d’homosexualité chez le personnage homosexuel a parfois besoin du monde du miroir pour acquérir une consistance. Je vous renvoie au film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano. Dans le film « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné, François se répète plusieurs fois de suite devant sa glace qu’il est homo. Dans le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, Sita, l’héroïne lesbienne fait de même.

 

Film "Les Roseaux sauvages" d'André Téchiné

Film « Les Roseaux sauvages » d’André Téchiné


 

Il est fréquent qu’Alice au pays des merveilles (celle qui a traversé le miroir du sommeil pour entrer dans la rêverie puérile) apparaisse dans les créations homo-érotiques : cf. la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi, le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, le film « Alice In Andrew’s Land » (2011) de Lauren Mackenzie (avec Alice, transgenre F to M), le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau (avec l’histoire du petit homme qui traverse le miroir), la photo Miroir d’Alice (1932) de Duane Michals, le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan (avec Francis, le héros homosexuel, qui a « vu un lapin blanc »), la chanson « Dans un autre pays » de Goûts de luxe, etc.

 

« Je m’appelle Alice, comme Alice au pays des merveilles. » (Chiara dans le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo) ; « C’est pas vrai, la vieille Alice ! Je te croyais à l’hospice ! » (Fifi s’adressant à son ami travesti M to F Mimi – c’est la première phrase de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je viens de l’autre côté du miroir, […]  du côté du faux jardin. » (le narrateur de la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; etc.

 

Le héros homosexuel essaie, en vrai marginal, de traverser le miroir : cf. le roman La Traversée des apparences (1948) de Virginia Woolf, le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman, les films « Orphée » (1949) et « Le Sang d’un poète » (1930) de Jean Cocteau, le poème « Del Otro Lado » de Luis Cernuda dans le recueil Desolación De La Quimera (1956-1962), la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau, le film « Tras El Cristal » (1986) d’Agustí Villaronga, le roman Le Syndrome de Lazare (2007) de Michel Canesi et Jamil Rahmani, le film « Del Otro Lado » (1999) de C. A. Griffith, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, le film « Behind Glass » (1981) d’Ab Van Ieperen, le tableau Le Faux Pas (2002) de Michel Giliberti, etc.

 

Film "Orphée" de Jean Cocteau

Film « Orphée » de Jean Cocteau


 

Dans les créations homo-érotiques, le passage du miroir est parfois symbolisé par un simple voile, une forêt de linge étendu sur des cordes, ou un rideau opaque : cf. le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, le film « Que faisaient les femmes pendant que l’homme marchait sur la lune ? » (2001) de Chris Vander Stappen, le film « W » (1998) de Luc Freit, le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola (avec les barrières de linge entre Antonietta et Gabriele le héros homosexuel), etc. « La dentelle, c’est comme un miroir. » (Doña Augusta dans le roman Paradiso (1967) de José Lezama Lima, p. 19)

 
 

 

b) Le narcissisme individuel :

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Le héros homosexuel très souvent se voue un culte à lui-même et à son image spéculaire (il ne fait pas la différence entre les deux). Il est très proche du personnage mythologique de Narcisse : cf. le roman A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana (avec le personnage de Nemesio), le film « Le Narcisse noir » (1947) de Powell et Pressburger, le film « Image In The Snow » (1940) de Willard Maas, cf. le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec Silverio devant son miroir), le film « Pink Narcissus » (1971) de James Bidgood, le roman Le Traité de Narcisse (1891) d’André Gide, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec la femme-fillette lesbienne allongée près d’un étang artificiel d’eau), le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès (avec le visage dans l’eau), la chanson « Narcissus Is Back » de Christine & the Queens, etc.
 

Par exemple, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry affirme dès le début qu’il n’y a que lui qui l’intéresse. La première scène du film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne est précisément le moment où Guillaume, le héros bisexuel, se maquille et se raconte devant sa glace de coulisses théâtrales. Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabel, l’héroïne bisexuelle, n’arrête pas de se peindre elle-même en autoportrait. Dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca passe son temps à renifler et effleurer son corps, à se palper. Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, réclame toute l’attention à lui tout seul : « Personne ne me regarde ! »

 

Il arrive que le héros personnage s’aime tellement qu’il se prend pour un être immanent, auto-créé, divin : « Et oui, Dieu était une femme… allez y touchez, touchez… Je comprends, vous êtes impressionnés… Moi, aussi, à chaque fois que je me regarde dans une glace… Ça me fait pareil… C’est tellement beau. J’comprends que vous ayez tous les yeux fixés sur moi. » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’espère, avec un peu de chance, que dans le monde entier, y’aura des meufs qui auront des posters de moi dans leur chambre ! » (Océane Rose-Marie, l’héroïne lesbienne, en conclusion de son one-woman-show Chaton violents, 2015) ; « Ton fils c’est ton portrait craché. Tout pour l’apparence. » (Laurent Spielvogel imitant son père parlant à sa mère, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Le problème, c’est que tu n’aimes que toi. » (Adrien s’adressant à Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « Tu ramènes tout à toi. » (idem) ; etc.

 
 

c) Le narcissisme collectif et communautarisé :

Mais le narcissisme homosexuel n’est pas qu’individuel. Il semble réunir la majorité des amis homos du héros gay. « On fuit toutes certaines réalités face au miroir. » (c.f. la chanson du film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, parlant au nom de toutes les femmes lesbiennes). Par exemple, dans le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo, ou encore dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, tous les personnages se regardent continuellement dans le miroir. Le film « Far West » (2002) de Pascal-Alex Vincent démarre sur une scène de chorégraphie de groupe de potes gays devant un grand paroi spéculaire de salle de danse. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, les miroirs sont omniprésents : dans la vie intime des héroïnes lesbiennes, mais aussi dans leur univers de beaux-ardeux. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le groupe de potes homos est présenté comme un concentré de narcissiques. « Tu passes des heures devant ton miroir, passées à mettre des crèmes et des masques. Et on ne voit même pas la différence. » dit par exemple Michael à son colocataire Harold. Quant au personnage hyper efféminé d’Emory – qui affirme avoir « fait du patin à glace » dans sa jeunesse –, il se repoudre le nez devant sa glace en faisant sa précieuse : « Je ne suis pas prête pour le gros plan, M. DeMille. Il va falloir attendre. » Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc, le héros homosexuel, évoque, concernant le « milieu homo », « ces boîtes à la mode où la jeunesse pavane sa beauté, ses pectoraux et son linge neuf en un perpétuel spectacle de soi-même » (p. 226). Dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, le monde du miroir est présenté comme le « milieu homosexuel ». Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Graziella, l’agent de Tom (le héros homo) qui veut le forcer à paraître hétéro, lui soumet un test de questions pour savoir s’il arrive à rentrer dans la peau de son personnage. Et l’un des questions est : « Football ou patinage artistique ? » Tom prend sur lui pour répondre « Football »… mais le « naturel » ne tarde pas à revenir au galop.

 

Comédie musicale Sauna de Nicolas Guilleminot

Comédie musicale Sauna de Nicolas Guilleminot


 
 

d) Le miroir est la figure de l’éclatement identitaire :

Film "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes" de François Ozon

Film « Gouttes d’eau sur pierres brûlantes » de François Ozon


 

À force de se regarder de trop près le nombril, un certain nombre de personnages homosexuels finissent par ne plus pouvoir se voir du tout : cf. le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le film « Amnesia – The James Brighton Enigma » (« Amnésie, l’énigme James Brighton », 2005) de Denis Langlois, le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu (avec le miroir-clapet de Kena, l’héroïne lesbienne divisée), etc.

 

Film "Amnesia" de Denis Langlois

Film « Amnesia » de Denis Langlois


 

« Dans l’rétro ma vie qui s’anamorphose. » (cf. la chanson « California » de Mylène Farmer) ; « Surprise, elle me dévisage sur le cliché et puis en chair et en os, et après se regarde longuement dans la glace. J’accroche la photo au coin du miroir, et me reflète à mon tour. Je suis derrière elle, et je lui parle à l’oreille, fixant son double qui me fait face. » (Cécile à propos de son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, pp. 47-48) ; « Je comprends pas mon corps. Le plaisir qu’il trouve, et qu’il prend, à savoir les yeux d’Irène dans un coin du miroir. Sa volonté de se soumettre aussi vite à la nécessité qui l’oblige. Ce que sa main droite est en train de faire sous le drap bleu, qui me donne la honte rouge. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 86) ; etc.

 

Le héros homosexuel vit tellement dans l’horizontalité et la superficialité de son désir qu’il finit par croire ou vivre la chute sans s’en rendre compte. Le vertical surgit inopinément de l’horizontal. C’est le cas dans le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, où la chute dans les graviers succède à la scène du miroir narcissique. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, a du mal à se tenir droit, et à rester droit… si bien qu’il se croit atteint de vertiges et de signes physiques montrant qu’il est malade du Sida.

 

MIROIR The Irrepressibles Croop

 

Le symbole du miroir brisé, multiple ou kaléidoscopique est omniprésent dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. la couverture de l’album « The Irrepressibles » du groupe Coop (avec les 4 visages coupés en 2 de Jamie McDermott), la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely (avec le miroir fragmenté), la pièce Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, la chanson « En miettes » d’Oshen, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, le film « Grande École » (2004) de Robert Salis, le film « Happy Together » (1997) de Wong Far-Wai, le film « Swimming Pool » (2003) de François Ozon, le film « La Femme du chef de gare » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Mulholland Drive » (2001) de David Lynch, le film « Casablanca » (1942) de Michael Curtiz, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « Thomas trébuche » (1998) de Pascal-Alex Vincent, le roman La Sombra El Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Miroirs brisés » (1984) de Marleen Gorris, le vidéo-clip de la chanson « College Boy » d’Indochine (avec le miroir brisé dans le casier), le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz (avec Ayrton se regardant avec mépris devant sa glace à plusieurs battants), etc. « Toutes les vitres avaient volé en éclats, même celles des miroirs, ainsi que la vaisselle et les bouteilles. » (Copi, « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 33) ; « Oh, merde, j’ai un kaléidoscope dans la tête ! » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Une rêverie de cristal éveillait peu à peu son âme dans un courant de plaisirs. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite en 2003 par un ami angevin, p. 30) ; « Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas ; mais homo, bi, hétéro c’est pareil, on ne mange pas dans les assiettes cassées. » (le chauffeur taxi dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 120) ; « Des images se projetaient dans mon esprit, tels les morceaux d’un miroir fracassé. » (Éric, le héros homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 115) ; « Le Masque est tombé. Le Miroir brisé. Qui peut m’regarder sans me juger ? » (cf. la chanson « Si mes l