tante-objet

Tante-objet ou Maman-objet

 

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

L’homosexualité latente (la tante ?) des personnes homosexuelles

 

TANTE 1

 

Petite devinette : Vous êtes vous déjà demandés pourquoi les personnes homosexuelles gays étaient couramment surnommées « les tantes » ? Si vous n’avez pas la réponse, cet article est fait pour vous !

 

Dans les œuvres homo-érotiques, la tante-objet prend une place considérable. Et c’est assez fascinant à observer. Cela peut correspondre à une certaine réalité. Certaines personnes homosexuelles ont été très influencées par une tatie de leur entourage proche, se sont reconnues en elle, et senties immédiatement solidaires de « l’extra-terrestre de la famille » (un peu bisexuel…). Cette femme indépendante est souvent considérée comme la « mère de cœur », celle qui a fait naître chez elles la fibre artistique et le désir homosexuel. Mais la tante-objet n’est pas toujours une personne ayant existé dans le réel : elle est parfois simplement une actrice adulée, ou bien une femme-objet cinématographique semi maternelle semi fraternelle, avec qui on ne peut décemment pas avouer un inceste. Il vaut mieux, en ce qui la concerne, simuler un éloignement de convenance : alors quoi de mieux qu’une tante plutôt que la cousine, la mère, ou la sœur, pour le faire !

 

Le code de la tante montre que le désir homosexuel est un désir incestueux, mais qui a su camoufler sa violence par l’esthétique, l’humour et l’art.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mère possessive », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Actrice-traîtresse », « FAP la ‘fille à pédé(s)’ », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Poupées », « Femme fellinienne géante et pantin », « Amant modèle photographique », « Femme et homme en statues de cire », « Vierge », « Grand-mère », « Bergère », « Bourgeoise », « Reine », « Mariée », et à la partie « Maman-putain » du code « Matricide », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

a) La tante-objet :

TANTE 2

Pièce « Tante Olga » de Michel Heim


 

Le personnage homosexuel a une tante de qui il se sent très proche. C’est le cas dans la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet (avec Tata Louise), le film « Œufs de l’Autruche » (1957) de Denys de La Patellière, le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec Malik, le héros homosexuel, entouré de ses tantes), le film « Sexe, gombo et beurre » (2007) de Mahamat-Saleh Haroun (avec la tante de Dany), les films « Unsere Tollen Tante » (1961) et « Unsere Tollen Tante In Der Südsee » (1963) de Rolf Holsen, le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling, le film « Sometimes Aunt Martha Does Dreadful Things » (1971) de Thomas Casey, le film « Tatie Danièle » (1989) d’Étienne Chatiliez (avec la grande-tante odieuse et homophobe vis à vis de son petit-neveu gay Jean-Marie), le film « Quand je serai star » (2004) de Patrick Mimouni, le film « Hu-du-men » (1995) de Shu Kei, la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi (avec la tante Louise), le roman L’Amant des morts (2008) de Mathieu Riboulet (avec Jérôme et ses tantes), les chansons « Zizi » et « La Tapette en bois » de Fernandel, le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (avec la tante Lénore de l’héroïne lesbienne Peyton), le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León (avec la tante Flor du héros homosexuel Miguel), le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino (avec Hugo, le héros homosexuel, et sa tante Olivia), le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (avec la tante Arlette de José, le héros homo), le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander (avec la tante Marianne), la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan (avec la tante Faith de John le héros homo), etc. Et « tante » ou « tata » est souvent synonyme d’ « homosexuel » : c.f. la chanson « Les petits soldats de Guillaume » d’Émile Soubeiran.

 

Dans le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011), Ali Bougheraba interprète à un moment le rôle d’un gay, Fayçal, qui danse sur les tables de mariage, en mettant les pieds dans les plats, entouré de ses tantes qui lui balancent des boulettes de viande : « Mes tantes, elles étaient fières de moi ! » Dans le film « Je préfère qu’on reste amis » (2005) d’Éric Toledano et Olivier Nakache, la Tante Huguette se prend d’affection pour son faux neveu Claude. Dans le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, la poule Mireille est présentée comme la mère de substitution d’Ernest. Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le travesti Line est tentée d’aller « visiter une vieille tante » à elle. Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, la tante Vesta, de Ed, est insupportable, une harpie de maison de retraite. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, la Tante Marcella – tante d’Elio le héros homo – est une pipelette très extravagante et intrusive.

 

On retrouve l’homme déguisé en vieille dame ou en tante-objet dans de nombreux films homo-érotiques : cf. le film « Where’s Charley ? » (1926) de David Butler, le film « La Marraine de Charley » (1935) de Pierre Colomber, le film « La Marraine de Charley » (1959) de Pierre Chevalier, le film « Charley’s Tant » (1926) de Ellis Ellis, le film « Charley’s Big-hearted Aunt (1940) de Walter Forde, le film « Charleys Tante » (1934) de Robert A. Stemmle, le film « Charleys Tante » (1956) de Hans Quest, le film « Charleys Tante » (1963) de Geza von Cziffra, le film « La Tía De Carlos En Mini-Falda » (1968) d’Augusto Fenollar, le film « La Tía De Carlos » (1980) de Luis María Delgado, le film « La Zia Di Carlo » (1942) d’Alfredo Guarini, le film « La Tía De Carlitos » (1953) d’Enrique Carreras, le film « Charleys Tante » (1959) de Poul Bang, le film « Une Soirée étrange » (1932) de James Whale, le film « Meine Tante, Deine Tante » (1956) de Carl Boese, le film « Ma Tante » (1958) de Morton Da Costa, etc.

 

La particularité de cette tante-objet, c’est qu’elle a généralement une forte personnalité, elle est indépendante, un peu fille légère, garçon manqué voire même femme à hommes, artiste, danseuse, cantatrice, prostituée, ou transsexuel. C’est celle par qui le scandale arrive. Je pense à la Tata Louise dans la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, à la tante de Lénine (ex-chanteuse de cabaret) dans le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman, à la « Tatie Pop Art » (fumeuse, chanteuse, et qui a avorté onze fois !) de Laurent Lafitte, à la tante (femme du show biz) de l’héroïne lesbienne Florence dans la pièceConfidences (2008) de Florence Azémar, etc. « C’est ma grande tante. Elle habite dans le Finistère. Elle fait du slam en breton. » (Frédérique Quelven dans son one-woman-show Nana vend la mèche, 2009) ; « Tu te souviens de Greta, elle aimait boire et danser, et s’amuser ? Les bébés vous empêchent de faire tout ça. » (Karl Becker s’adressant à sa femme Heike, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 64) ; « Greta aimait chanter, danser et boire. Moi aussi j’aimais chanter, danser et boire, mais je ne le savais pas avant de connaître Greta. » (Frau Becker s’adressant à Jane en lui décrivant Greta, la mère d’Anna, idem, p. 212) ; « T’as pas un frère homo ? un tonton ? une tata ? » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Elle me plaît pas, ta tante Odette. […] Odette, elle a un problème : elle est narcissique. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « J’ai à peu près les mêmes goûts musicaux nuls que ma tante Sally qui adore les comédies musicales. » (Bram, le héros homo, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony, l’un des héros homosexuels, maintient un lien fusionnel avec sa tante, Eva. Et celle-ci le lui rend bien : « Je suis une femme. Et je ne peux rien sans mon neveu. » Quand ce dernier se sent rejeté par la société, elle l’engloutit complètement : « Je veux de vous. Je SUIS la société. » Elle lui prépare même ses amants, comme une mère-maquerelle (elle lui présente « la marchandise »). Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine idéalise la grande tante Lucie : « Sa tante Lucie est restée vierge. » avant de découvrir la vérité : « Cette salope… Elle a couché avec son fils. Moi qui la croyais vierge ! » Dans le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, une tante lesbienne raconte un conte à son petit neveu pour lui faire croire à son histoire d’amour interdite.
 

TANTE 5 Lio

Film « La Robe du soir » de Myriam Aziza


 

La tante-objet n’est pas obligatoirement la tante de sang du héros homosexuel : il suffit qu’elle soit du monde du spectacle ou de la danse pour qu’il la considère de sa propre famille. Je pense par exemple à la cantatrice Vittoria Scognamiglio dans le film « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, à Dominique Blanc la lesbienne et apprentie danseuse dans le film « Milou en mai » (1989) de Louis Malle, à la danseuse du film « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti, etc. Le personnage homo dans le cinéma maghrébin des années 1950-60-70 est en général l’adjuvant d’une chanteuse/danseuse ; c’est la remarque que m’a faite un de mes amis gay, spécialiste du monde arabe. Dans le genre tante tout feu tout flamme, il y a Brigitte la cousine de Zac dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, une folle de danse, habillée en rouge, et attirant tous les garçons de son entourage. Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Mme Solenska, interprétée par la chanteuse Lio (comme par hasard…), et dont Juliette tombe amoureuse, est le stéréotype de la femme libérée : elle est prof de français, chante en cours, est habillée très léger et en tenue moulante, se la joue « djeunes » (elle mange même à la cantine avec les élèves de troisième), se maquille, parle « sexe » et « ménopause » en classe (pas de tabous !), fait les cours dehors les jours de beau temps ; quand elle était jeune, elle excellait en cours de danse et était la préférée de sa prof. Dans le film « La Croisière » (2011) de Pascale Pouzadoux, quand Hortense commence à s’assumer lesbienne, elle s’habille en violet, propose à Raphie, la « femme » dont elle tombe amoureuse, de prendre des cours de salsa.

 

La tante-objet symbolique du personnage homosexuel ressemble à un homme dans un corps de femme : elle a tout du Don Juan féminin parfait, de la prostituée dominatrice au désir masculin, de la femme moderne anti-traditions : « Oui, je l’avoue, je l’ai préférée à vous ! […] Ourdhia avait pour unique bagage le délateur sourire de la tristesse et la nouvelle fierté d’être citadine. […] Grâce à elle j’allais pénétrer dans un monde irréel mais bienfaisant : le monde de l’Imaginaire… » (la voix narrative concernant Ourdhia, une des servantes de la maison d’enfance, dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, pp. 50-52) ; « Sa mère était tellement parfaite que tout ce qui lui advenait devait à son tour être parfait… […] Elle avait été la belle Anna Molloy, très admirée, très aimée et sans cesse courtisée. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, pp. 112-113) ; « Linde alluma une cigarette. Aucune des femmes que je connaissais ne fumait. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de son amante Linde dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 16) ; « C’était excitant qu’elle fasse du scooter. C’était rare pour une femme, une preuve d’indépendance. » (Anamika par rapport à une de ses profs Mrs Pillai, idem, p. 236) ; « C’est votre tante je crois qui jalousement garde vos alliances forgées… Madame ? Serge ? » (l’évêque s’adressant au couple de futurs « mariés » Raymond et Jean-François, puis à leur tante qui ressemble à un homme et qui a la charge des alliances, dans le sketch « Le Mariage homosexuel » de Jérôme de Warzée, au Montreux Comedy Festival, 2012) ; etc.

 

Beaucoup de personnages homosexuels cherchent à devenir « Elle » : « Moi, je serai ta tante ! » (Bonnard parlant à son producteur dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard) ; « Les enfants ont une nouvelle tatie ! » (Catherine, l’héroïne lesbienne se décrivant elle-même, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Elle a un truc très étrange. Elle ne rit pas. Elle rit. » (Sarah, l’héroïne lesbienne imitant sa tante, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; etc.

 

Parfois, ce sont même les autres qui les poussent à devenir « Elle ». Par exemple, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, François est traité de « Tata François ». Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel breton, reçoit le sobriquet homophobe de « Tata Breizh » par le beauf hétéro Stan.

 

Cette tante n’a en général pas une bonne influence sur le héros homosexuel. « Jane commençait à aimer l’agression des oiseaux. Ils étaient d’une constance rassurante, comme une tante bien-aimée qui vous accueillait toujours avec une menace, mais n’allait jamais plus loin. » (Jane, l’héroïne lesbienne parlant des corbeaux et des oiseaux de proie à côté de chez elle, près du cimetière, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) Elle symbolise la collaboration avec des paradis artificiels ou totalitaires. « Ma tante a toujours été proche des Allemands. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Élie, il n’a que des tatas autour de lui. » (Maxime, le héros gay par rapport à son « fils », dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; etc.

 

Elle enjoint son neveu ou sa nièce à devenir ET homosexuel(-le) ET objet. Par exemple, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Malik, le héros hétéro, dit que le fait d’être « entouré d’une mère castratrice et de cinq tantes, ça aurait pu faire de lui un pédé ! » Dans le roman d’heroïc fantasy Magic’s Pawn (La Proie de la magie, 1991) de Mercedes Lackey, c’est la tante (Savil) du héros homosexuel, Vanyel, qui est chargée de prendre en main son éducation. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, c’est la mort de Tante Yvonne (97 ans) qui ouvre la pièce, et qui poussent les personnages à se dire homos pour récupérer l’héritage.

 

La tante-objet homosexuelle qui m’a le plus marqué et qui m’a mis sur la piste de ce code de la « Tante-objet », c’est la tante Yolanda de « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, danseuse de mambo, morte prématurément, et qui dès le début du film semble avoir légué le désir homosexuel à son neveu Angelo le jour de son enterrement. Souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, c’est la tante ou la maman qui instille le goût du paraître, du monde homosexuel, et des objets, à son neveu/fils gay : « Tante Lill m’a élevé ici, dans ce salon de beauté. » (Sabu dans le film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick) ; « Tante Imogène, je deviens folle ! » (Alice à sa tante à la voix rauque dans le film « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton) ; « ‘Elle a tout le visage de sa tante.’… sauf que ma tante est née prématurée. » (Lourdes-Marilyn dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Dans la villa Alizés, Tante Élisa élisait les jolie filles qui dévoileraient leurs secrets. Tante Élisa et ses filles qu’on dit de joie ou faciles, au nom d’Emma et d’Émeline avaient comme clients toute la ville ; tant et si bien que du soir au lendemain, jusque tard, les hommes de bien et de lois venaient de loin voir Tante Élisa. Quand les volets se fermaient, on entendait les rires gais des jolies filles qui corps et âme se donnaient. » (cf. la chanson « Les Filles de Tante Élisa » de Stanislas) Dans son film « Female Trouble » (1975), John Waters met en scène le personnage de « Tante Ida » implorant son neveu Gator de renoncer à son hétérosexualité : « Oh, mon chou, je serais si heureuse si tu devenais un pédé ! » Dans le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek, Francesco hérite d’un hammam en Turquie appartenant à sa défunte tante Anita, une femme très extravagante. Dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, Mozarrella prétexte qu’il se rend à l’enterrement de sa tante. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, vit dans la maison étrange dont il a hérité de sa vieille tante : « Et voilà notre maison, héritée d’une arrière-grand-tante. Elle a un nom qui en jette : ‘Visible’. Allô ? Ça fait barge ! »

 

La tante-objet a le pouvoir de rendre homosexuel : cf. le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni (avec la tante folle de Pablo). « L’amie de ma tante a le teint pâle et les cheveux d’une rousseur typique. Son accent lui donne un charme indéfinissable. Quoiqu’elle soit assez maigre, fluette presque, je suis rapidement séduite. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 17). Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize le travesti M to F relooke sa nièce Claire comme une pute et la laisse sur un parking pour qu’elle fasse son apprentissage de la sexualité. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Tante Becky est celle qui a flairé l’homosexualité refoulée de son neveu Howard en premier.

 

D’ailleurs, comme c’est une figure libertaire, la tante est souvent célibataire, féministe, pro-avortement, bisexuelle, voire lesbienne : je pense à la tante bisexuelle du film « La Reine de la nuit » (1994) d’Arturo Ripstein, à Tante Ada qui est lesbienne dans la B.D. Frances (2008) de Joanna Hellgren, aux deux tantes lesbiennes Tante Holiday et Tante Lofty du dessin animé My Little Pony (2019), etc. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, présente ses tantes comme un fort modèle d’identification sexuée et homosexuelle : « Elles sont géniales, mes tantes. Elles sont toujours hyper féminines. Elles me parlent toujours de la Gay Pride en Californie. » Il prend plaisir à les imiter et se laisse influencer par leur discours bisexuel d’éternelles adulescentes irresponsables : « Tu sais, cariño, un jour, tu vas tomber amoureux. Si c’est un garçon, t’es homo. Si c’est une fille, t’es hétéro. Je me suis tapée toutes les filles de ma promo. Ça n’a pas fait de moi une lesbienne ! » Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra, la lesbienne en couple avec Jane (maintenant enceinte par PMA), aurait demandé à son frère jumeau (Tielo) d’être le donneur de sperme. C’est ce qui fait craindre à Jane d’annoncer à son futur fils que sa mère lesbienne est en réalité une tante lesbienne ! : « Si elle savait que Tielo était le père, elle se sentirait obligée de l’avouer à l’enfant. Que ressentirait-il, sachant qu’il vivait avec sa tante et sa mère pendant que ses demi-frères vivaient avec leur père ? » (Jane, p. 196)

 

« Moi, j’ai une tante qui est devenue lesbienne à quarante ans. » (Océane Rose Marie en parlant de sa tante divorcée, dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « J’ai une grande-tante qui était femme à barbe. Je l’ai connue. » (l’Auteur dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Yvonne comptait parmi les vieilles femmes natives du bourg ; elle avait toujours été célibataire, sans enfants. Les mauvaises langues laissaient entendre qu’elle aurait été lesbienne dans sa jeunesse, mais personne n’avait pu apporter la moindre preuve sur la ‘mauvaise’ réputation de la Da. » (Ednar parlant de la gouvernante chérie de son amant Dylan, qui a fait office de tante, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 42) ; « Ma sœur avait léché l’abricot de la copine sainte Andrée ! » (la grand-mère gay friendly de Rodolphe, le héros homo, à propos de la grande-tante lesbienne de ce dernier, dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Zazie dans le métro » (1960) de Louis Malle, l’oncle et la tante de Zazie se révèlent, à la fin de l’œuvre, être un couple d’homosexuels. Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, la tante d’Héloïse (Élisabeth) fait l’objet d’un non-dit signifiant : « (Il faudra que je t’en reparle, de ma sœur, fais-m’y penser…) » (la mère d’Héloïse à Suzanne, la compagne de sa fille, p. 363) Dans le film « Pièce montée » (2009) de Denys Granier-Deferre, Marie, la tatie excentrique, habillée avec un grand chapeau original et une robe transparente (on lui voit la culotte), se définissant elle-même comme le vilain petit canard de la famille, se trouve être finalement lesbienne.

 
 

Dans la pièce The Importance To Being Earnest (L’Importance d’être Constant, 1895) d’Oscar Wilde, Algernon met sa tante Augusta sur un piédestal :

ALGERNON – « Ne touche pas aux canapés au concombre, je te prie. Je les ai commandés spécialement pour tante Augusta. (Il en prend un et le mange.)

JACK – Mais, toi, tu n’arrêtes pas d’en manger.

ALGERNON – Cela n’a rien à voir. Il s’agit de ma tante. »

En écoutant les deux héros, on constate que la « tante » est en réalité un masque qui nie ET la différence des générations ET la différence des sexes, et qui est attribué à toute personne qui est idolâtrée/utilisée :

JACK – « Eh bien, puisque tu insistes, il se trouve que Cecily est ma tante.

ALGERNON – Ta tante ! […] Mais pourquoi se donner le nom de « petite Cecily » si elle est ta tante et qu’elle habite Tunbridge Wells ? (Il lit.) De la part de votre petite Cecily, avec tout son affection.

JACK – Il y a des tantes qui sont grandes et d’autres qui ne le sont pas. C’est là un point sur lequel une tante est certainement autorisée à se prononcer elle-même. Tu as l’air de penser que toutes les tantes devraient être semblables à la tienne ! C’est absurde ! […]

ALGERNON – Très bien. Mais pourquoi ta tante t’appelle-t-elle son oncle ? »

 
 

Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, la Tante Farideh d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M est présentée comme une tortionnaire… alors que c’est précisément en Allemagne qu’Adineh fuit l’Iran pour se faire opérer et changer de sexe : « En Allemagne, ma tante m’a amené chez le psychiatre. » Plus tard, lorsqu’Adineh est hébergée chez son amie Rana, une femme mariée avec un petit garçon qui s’appelle Ali, Adineh est présentée ironiquement à Ali comme sa nouvelle tante… ou oncle : « Oncle, tante… » (Adineh) Mais Rana, en voyant son fils se travestir en fille, commence à voir d’un mauvais œil l’influence désordonnée d’Adineh (« C’est de la faute de tata. » dit Rana à Ali après l’avoir grondé), ce qui blesse profondément Adineh (« Pourquoi t’as monté ton fils contre moi ? » lui demande-t-elle).
 

Le motif de la tante dans les œuvres de fiction homosexuelle peut être la métaphore de la pulsion sexuelle effrénée du héros homosexuel, qui ne demande qu’à sortir de son armoire par la caricature du coming out. Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, la grande-tante Renée du héros homo Bernard est enfermée dans un placard.

 

La tante peut être également l’amante lesbienne elle-même. Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Annamika, l’héroïne lesbienne, est obligée de se forcer à ne pas appeler son amante Linde « aunty » (= tatie) tellement cela lui est difficile : « C’était déjà bien suffisant que je n’aie pas appelé Linde Aunty une seule fois depuis le début de la rencontre. » (p. 81)

 

Bien évidemment, les tantes renvoient également dans le discours du personnage homosexuel à ses copains du « milieu homo » (en général « passifs » sexuellement), des connaissances qu’il adore autant qu’il déteste : « Maintenant, finies les tantes ! On en a plein le dos ! » (les protagonistes homos de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Tante Tatin… je crains un peu de la revoir. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret (version Clavier et Bourdon, 2009), Zaza est associé à une « tatie » de sang.

 

La tante-objet, parce qu’elle existe « en dur » (comme les mannequins), donne aux personnages homosexuels qui s’y identifient une toute-puissance, une impression d’être invincibles et transgressifs, donne un corps à la pulsion et aux fantasmes désincarnés/homosexuels : « Nous, les tantes, nous sommes résistantes ! » (les héros homosexuels de la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim)

 
 

b) La tante-objet devient mère-objet :

 

TANTE 3 Almodovar

Film « Todo Sobre Mi Madre » de Pedro Almodóvar


 

Parfois, mère et tante fusionnent : « Madame, est-ce que je pourrais prendre le métier de ma tante ? » (Hubert, le personnage homo, à sa prof de français quand celle-ci demande à sa classe de composer une rédaction sur le métier des parents, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « J’ai une tante qui m’adore comme si j’étais son propre fils. Une veuve. » (Lisandre dans la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1596) de William Shakespeare) ; « Maman, reste assise. Tu fais peur aux gens !!! Arrête ! (Aparté au public) C’est ma tante… » (Jarry à sa mère qui lui fait honte, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; etc. Par exemple, dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, la tante de Jean-Louis, le héros homo, se trouve être en réalité sa vraie mère. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Sam, la mère de Rupert le héros homo, était comédienne et a renoncé à son métier. Quant à Grace, la mère de John, autre héros homo, elle est fantasque et alcoolique.

 

Leur mélange est rendu possible par l’homosexualité. Par exemple, dans le film « Néa » (1976) de Nelly Kaplan, Sybille surprend sa mère Helen au lit avec sa tante Judith. Dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, une mère raconte avec fierté l’homosexualité de son fils Sacha, et évoque l’importance qu’a pour lui sa « tante Claudette », une femme qui d’ailleurs pourrait être lesbienne étant donné qu’à la fin du sketch, la mère rêve qu’elle se fiance avec celle-ci…

 

Le personnage homosexuel a une tante excentrique ou une maman mannequin qu’il exhibe comme un fétiche : cf. le film « L’Attaque de la moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras (avec la mère-objet), le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon (avec la Palma, la marâtre « Disco Queen »), la chanson « Maman s’est barrée » de Mélissa Mars (qui n’est autre qu’une poupée dans un coffre à jouets), le film « Maman très chère » (1981) de Frank Perry, le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec la maman-star de Julie), le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec la mère en fauteuil roulant), la pièce Juste la fin du monde (1999) de Jean-Luc Lagarce (avec la mère intrusive et robotique), la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret (version Clavier et Bourdon, 2009, dans laquelle la maman de Laurent est danseuse au Crazy Horse), le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo (avec la mère-objet de Giulia), le film « Benzina » (« Gazoline », 2001) de Monica Stambrini (avec l’élégante mère bourgeoise de la lesbienne Lenni), etc.

 

Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Étienne fait défiler sa mère devant sa caméra en lui demandant de faire un déhanché de mannequin. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Glass, la maman de Phil le héros homosexuel, est l’archétype de la maman démissionnaire et excentrique, qui porte des bottes de cow-boy et vit comme une éternelle adolescente. Dans le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, Marc, l’homosexuel-type, amène sa maman Colette visiter… le Musée Grévin ! Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, Esteban, le héros gay, fait une étrange demande à sa mère Manuela : « Tu n’aimerais pas être actrice ? Si t’étais actrice, j’écrirais des rôles pour toi. » ; d’ailleurs, il la réifie, entreprend d’écrire sa biographie, et lui demande même si elle serait capable de se prostituer pour lui s’il le lui demandait… (elle répond par l’affirmative, en plus !). Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves considère sa mère comme sa Muse, ce qui n’étonnent pas les copines de celle-ci : « Avec une maman si coquette… » Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu, l’un des héros homos, parle de sa mère en l’imitant comme s’il s’agissait d’un top model de chez Élite : « Parce que je le vaux bien. » Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, la mère de Nicolas (le héros homosexuel), est une séduisante femme-objet fatale surnommée « Désirée », portant un manteau de fourrure, un peu pute et aguicheuse. Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, la mère de Smith (le héros homosexuel), fait de la gymnastique. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, la mère de Charlène (l’héroïne lesbienne), séparée de son mari, confectionne des bijoux. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, décrit sa mère comme « la Mascotte » de son avion et de l’équipage : « Ma mère, tu prends une robe, tu mets sur une table, ça fait une nappe. » ; « Ma mère, on aurait dit une lampe de chevet. » (idem).

 

Le fils homosexuel fait de sa maman un objet : « C’est une marionnette. » (Max en parlant de la mère de son copain Fred, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « J’aimais bien m’imaginer riche pour pouvoir un jour la gâter. » (Zac en parlant de sa maman, dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée) ; « Il y a des centaines de photos de maman. Elle était si belle… Il ne fallait pas la toucher tant elle était si belle… » (le jeune Thomas dans le bâti Lars Norén (2011) mis en scène par Antonia Malinova dans la salle Adjani des Cours Florent à Paris) ; « Retourne chez toi, ma mère, va dans ton Musée de Cire épousseter les saphirs ! » (Lou à sa mère Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Il faut avoir vu le visage de la mère comme celui d’une madone sur les peintures religieuses, le teint cireux, comme si les années s’étaient emparées de ce visage pour l’affaisser, le dévaster. » (la figure de Proust dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 115) ; « Le pire, maman, ce serait de devenir comme toi : une potiche. » (Joëlle à sa mère Suzanne dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « Ma mère était belle. Sa beauté était sans doute sa liberté. Les voisines la jalousaient. La maudissaient. Elles avaient raison. Ma mère était belle mais je ne le voyais pas. Ma mère était jeune. Elle était ma grande sœur. C’est le rapport qu’elle a imposé entre nous. » (Omar dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 36) Parfois, la mère est réifiée puisqu’elle est regardée de dos : « Chère maman, pourquoi toujours te regarder de dos ? » (la voix narrative du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 34) ; « Le huitième jour, une odeur de vanille fait surgir l’image de ta mère. Lorsque l’effluve s’agrémente d’un soupçon de bois de rose, l’image prend du relief. Statufié dans ton sommeil, tu jurerais qu’elle te fait face, que ses boucles noires titillent tes joues comme des plumes. » (Félix, le narrateur homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 167) ; « C’est quoi le problème ? C’est sa mère, Sophie Marceau ? » (Alex par rapport au héros homo Gabriel, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce) ; « Jane l’imaginait : une femme avec la carrure et les cheveux d’Anna, en train de danser dans une boîte de nuit. Greta portait le genre de vêtements que sa mère mettait lorsqu’elle sortait faire la bringue, talons aiguilles et épaulettes, tons pastels soyeux et jupes moulantes au-dessus du genou. Cette image la fit sourire. C’était démodé, mais à l’époque c’était un look sympa. » (Jane, l’héroïne lesbienne s’imaginant visuellement Greta, la mère d’Anna, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 105) ; « Elle a peur que ma différence ternisse sa belle petite image toute lisse. » (Sandrine par rapport à sa mère Anne-Marie, dans l’épisode 506 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 12 juillet 2019 sur TF1) ; etc. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert a une mère très superficielle, qui fait ses séances d’UV, qui s’achète des fringues tout le temps, qui regarde des feuilletons débiles à la télé, qui bosse au bureau : une mère-objet sous cellophane, le pack complet ! Dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes, José, le personnage homo, tue sa mère lors d’un happening organisé au musée, et fait de son acte matricide une œuvre d’art ; il se propose même d’empailler sa maman pour le Musée Grévin. On retrouve aussi la mère empaillée dans le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon raconte comment elle a fait son coming out auprès de ses parents et comment elle a réussi à figer sa mère jusqu’à la plonger une semaine dans le coma : « Quand je lui ai dit, j’ai eu l’impression qu’on jouait à 1, 2, 3, soleil !. »

 

Parfois, l’homosexualité du personnage homo semble découler de la profession de femme-objet de sa mère. Par exemple, dans le film « Merci… Dr Rey ! » (2001) d’Andrew Litvack, Stanislas est le fils gay d’une envahissante diva d’opéra. Dans le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana, Roberto est le fils d’une chanteuse brésilienne frivole. Dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, la maman du héros est jolie et travaille à la radio : « Moi, j’adorais ma mère. Elle était si belle, si intelligente !… Je me souviendrai toujours d’une nuit où elle allait au casino. Elle portait une robe du soir toute noire. J’étais au lit et je la voyais se préparer. Je la faisais tourner en lui disant : ‘Tu es belle comme une fée !’ » (p. 176) On retrouve la mère-objet refusant de vieillir, et contre-investissant sur son fils une relation conjugale insatisfaisante avec son mari, dans le film « Mon Fils à moi » (2006) de Martial Fougeron : l’histoire s’achève d’ailleurs avec une danse en couple entre le fils et la mère dans le salon.

 

TANTE 4 mon fils à moi

film « Mon Fils à moi » de Martial Fougeron


 

Dans le film « Suddenly, Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Mrs Venable sensibilise son fils Sébastien à l’art homosexuel, et organise même pour lui les réunions de son cercle intellectuel homosexuel. Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, la maman d’Esteban fait tout pour « homosexualiser » son fils : elle lui offre pour son anniversaire Musique pour caméléons (1979) de Truman Capote (auteur homosexuel), lui montre à la télévision le film « All about Eve » (1950) de Joseph Mankiewicz (un autre artiste homosexuel), l’emmène voir la pièce Un Tramway nommé Désir (1947) de Tennessee Williams (toujours un créateur homosexuel), etc. Dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger, Ziggy reçoit pour son anniversaire un coffret de l’intégrale de Tchaïkovski (compositeur homosexuel) de la part de sa maman. Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, la mère d’Étienne s’en va à l’Opéra voir Carmen de Bizet, et l’influence dans ses goûts.

 

Parce qu’elle cherche à devenir objet, la mère du héros homosexuel passe souvent pour une femme aux moeurs légères : « On me prenait pour une fille légère parce que j’aimais danser. » (Marcelle la mère danseuse de cha cha, dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti)

 

Je développe plus largement le thème de l’influence de la mère sur l’homosexualité de son enfant dans les codes « S’homosexualiser par le matriarcat » et « Mère possessive » du Dictionnaire des Codes homosexuels. Je n’ai parlé ici que du phénomène de la mère-objet.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La « Tante » dont parlent les personnes homosexuelles n’est pas sexuée (autrement dit elle n’est pas nécessairement une femme) ni une personne réelle : c’est un état d’esprit qui peut appartenir autant aux femmes qu’aux hommes, c’est un personnage asexué (hyper-féminin et hyper-masculin, ou sans sexuation) qui s’incorpore mal chez les personnes réelles qui l’idolâtrent, c’est un acte violent, c’est une croyance en un mannequin mort, c’est un fantasme identitaire ou une présomption d’homosexualité qui peut circuler comme un virus  : « Ma famille maternelle est au courant parce que je suis très proche d’eux, ma mère, ma tante et ma grand-mère qui sont définitivement les femmes de ma vie. » (Maxime, « Mister gay » de juillet 2014 pour la revue Têtu) ; « Pourquoi t’as enculé cette putain de tante ? Parce que tu vas devenir une putain de tante aussi… » (Andrew, un compagnon de cellule à Aaron, le meurtrier de Matthew Shepard, dans la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman) ; « Dans ma hâte à fuir cet infernal corbillard, j’ouvris la première portière venue et sautai à pieds joints dans la neige… pour m’enfoncer jusqu’au cou dans une tombe fraîchement creusée que dissimulait un monticule blanchi de bouquets et de croix en perles. Et, comble d’ironie ! je passai au travers d’une ignoble couronne violette sur laquelle, en lettres dorées, s’étalaient ces mots : ‘À ma tante regrettée’… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 89) ; « Abandonnée par son père, élevée pas sa tante. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme et parlant de lui-même, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

TANTE 7 Bates

Film « Psychose » d’Alfred Hitchcock


 

La tante en question est une caricature misogyne de vieillesse, de maternité de féminité confondues. Par exemple, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, Jean-Paul, le héros homo, arrive en travesti, déguisé en « Paulette Poussin » qui serait son arrière-grande-tante. « C’est notre côté vieilles taties. » (une Sœur de la Perpétuelle Indulgence, dans le documentaire Et ta sœur ! (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin) La tante est donc figure symbolique d’homophobie homosexuelle : par exemple, pour se moquer de Magnus Hirschfeld, Adolf Brandt publie, en plus de Der Eigene, la revue Die Tante, un journal satirique qui, comme son nom l’indique, a pour cible les homosexuels efféminés.

 

Ce n’est pas par hasard si les sujets homosexuels masculins sont parfois affublées du surnom « tantes » ou « tatas » (d’ailleurs, cela fait très longtemps qu’il passe dans le langage courant : même au temps de Napoléon Bonaparte, Cambacérès, le conseiller homosexuel de l’Empereur français, se faisait appeler « Tante Urlurette », c’est dire !). En effet, il est fréquent que les personnes homosexuelles, filles comme garçons, fassent mention de l’existence d’une tante, réelle ou symbolique, qui a eu une importance considérable dans leur vie. Certaines ont grandi dans des ambiances particulièrement féminines, avec des tantes très présentes, parfois plus présentes que leurs propres parents. Je pense par exemple à l’écrivain cubain Reinaldo Arenas qui dit que son enfance a été peuplée par des taties et des « femmes abandonnées », à l’écrivaine indienne Abha Dawesar qui dédicace son roman Babyji (2005) à sa tante, au romancier britannique Edward Morgan Forster qui dédie en 1956 un livre à sa tante Marianne Thornton, à Eddy Bellegueule (qui parle de sa tante alcoolique), à Colin Ebeling homo décrivant Hillary Clinton comme sa « tante de coeur», ou bien encore à Copi qui a publié des dessins dans la revue Tía Vicenta. L’un des amants de Magnus Hirschfeld se surnommait Tante Magnesia.
 

Quand je parle de tante-objet, ce n’est pas une blague. C’est au sens propre du terme ! Par exemple, le metteur en scène argentin Alfredo Arias a vraiment eu le projet de transformer ses trois tantes adorées en statues (et j’ai découvert ce fait bien après la première publication de mon Dictionnaire des Codes homosexuels et de la création de ce code au titre tordu, promis !) : « Mes tantes paternelles étaient au nombre de trois. Elles étaient toutes les trois célibataires. Il semble que l’aînée, la plus belle, ait souffert d’une déception amoureuse et qu’elle ait dans son désespoir décidé de vivre recluse et d’entraîner ses frères et sœurs dans un même renoncement. Les femmes ont suivi. Les hommes se sont échappés. […] J’étais le neveu préféré. Elle m’avait légué, dans un geste posthume d’amour, leur maison. J’étais donc leur héritier universel. » (cf. l’autobiographie Folies-fantômes, p. 105) ; « Cette perfection dans le détail renforça mon idée de faire de cette humble maison une sculpture. J’allais immortaliser mes tantes. Mon projet consistait à remplir les différentes pièces de la maison avec du ciment. […] je demanderais à un ami sculpteur de réaliser des statues de mes tantes, d’après une photo de leur jeunesse. » (idem, p. 107) ; « Mon ami artiste avait esquissé l’aînée, la belle, celle qui avait provoqué le drame  […] elle était fière de ses origines hispaniques. Elle se délectait d’entendre Lola Flores. » (idem, p. 112) ; « Maintenant, le sculpteur allait s’attaquer à celle du milieu : l’hôtesse dans la fabrique de digestifs. Le casque téléphonique sur sa tête qui lui donnait un air de Martienne me plaisait beaucoup. […] Le remplissage de ciment a repris. Ce jour-là, on devait remplir la salle de bains. Avant de déverser la pâte, je procédai à une mise en place des objets et des meubles qui devait donner l’impression que mes tantes étaient encore vivantes. Je remplis la baignoire d’eau tiède. Je préparai la mousse rose dans laquelle l’aînée se plongeait tous les samedis pour soigner sa beauté. […] Je cachai, comme elle l’aurait fait, les serviettes hygiéniques et les couches que, dans ses dernières années, elle portait très discrètement. » (idem, pp. 132-133) ; « Mon ami sculpteur ne parvenait pas à créer l’impression que je recherchais pour la troisième tante, la plus jeune  […] Je lui proposai une idée qui lui sembla macabre au début, mais qui finit par le séduire. Je lui demandai de découper le corps en morceaux : les différentes parties seraient posées par terre à la manière d’une marionnette désarticulée. » (idem, p. 144) ; « Ces trois femmes désormais régnaient entre les fleurs du jardin. » (idem, p. 148) La particularité des tantes des personnes homosexuelles, c’est qu’en général, ce sont des femmes indépendantes ET abandonnées : « Nous n’avons permis à aucun homme de nous toucher. » (les tantes d’Alfredo Arias, idem, p. 107)

 

C’est parfois la tante ou la maman qui instille le goût du paraître, de la mort esthétisée, du monde homosexuel, et des objets, à son neveu/fils (et ça peut être dû au fait qu’elle soit elle-même lesbienne) : « Entre quatre et six ans, j’ai vu chez une tante une très belle robe de soie et j’ai voulu tenter d’en couper un morceau pour moi. […] À dix ans, j’ai regardé une tante qui faisait du crochet, et j’ai essayé d’en faire aussi, ce qui m’a assez réussi. » (un patient homo dans l’article « Le Complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 441) ; « Ma tante Germaine, plus jeune que ma mère, est restée célibataire toute sa vie. Coiffeuse de profession, elle s’était installée à Brioude où elle avait ouvert un salon pour dames. […] Moderne et indépendante, elle habitat un studio au-dessus de son salon : un grand lit par terre, des photos d’artistes collées au mur, tout y était un peu bohème. Plutôt sportive, libre, décontractée, elle aimait l’ambiance du spectacle et, grâce à son salon, était en contact avec une faune diverse, des ‘originaux’ comme on disait. Curieuse et gaie, elle courait toutes les manifestations de peinture et de musique. Je me souviens qu’elle buvait parfois du champagne à midi, ce qui, à l’époque, me semblait être le comble de la dépravation ! Son mode de vie marginal pour le milieu un peu étriqué et bourgeois dont elle était issue, et où j’ai grandi, me fascinait. Ma grand-mère jugeait sévèrement son existence de garçonne, prenant ma mère raisonnable et rangée comme exemple. Évidemment, j’appréciais davantage le mode de vie de ma tante. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), pp. 19-20) ; « Ma tante fut la première à deviner ma vocation et à m’encourager dans la voie du spectacle. ‘Inconscience’ que mes parents ne devaient d’ailleurs pas manquer de lui reprocher plus tard, blâmant ses ‘idées de célibataire’… Elle était moderne, enthousiaste, disponible, le vilain petit canard, en somme. C’est elle, également, qui me fit découvrir la télévision. » (idem, p. 50) ; « Le 15 mars 1959, ma tante Germaine se suicida. » (idem, p. 137) La tante-objet a pu servir de patron à l’homosexualisation de certaines personnes homosexuelles. Elle a réveillé en elles le désir homo : « Ma mère m’a demandé à l’époque, de ne pas en [mon homosexualité] parler aux membres de la famille. Notamment à une tante que j’adorais. » (une témoin lesbienne, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 95) ; « Dans sa jeunesse, ma tante est une belle jeune femme, très douce, très tendre et très élégante, de vieilles photos l’attestent. Allez savoir si ce n’est pas là que j’ai pris, très tôt, mon goût marqué pour les très belles femmes douces, charmantes, élégantes ? » (Paula Dumont, Mauvais Genre, pp. 19-20) ; « Dans cette famille, tout le monde a remarqué depuis longtemps que j’étais un angoissé, ‘angoissé’, le mot sonne bizarre à mon oreille, il sonne comme si j’étais fou comme ma tante, il sonne comme une récompense. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 42) ; « Depuis qu’il est né, le grand Bola écoutait des chansons, anecdotes y récits de sa mère, négresse conteuse, femme joueuse et passionnée, capable de danser la rumba des nuits entières. Sa grande-tante l’avait inscrit à l’académie municipale. Elle s’appelait Mamaquina et disait qu’il devait être artiste. » (cf. l’article « Bola de Nieves : Apuntes autobiográficos », dans le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; « Ma tante Jeannette me classait d’office du côté des opprimés, vis-à-vis de mon père. D’après elle, j’étais un garçon fragile qui avait droit à autant d’attention qu’une fille. Soucieuse de ce que ma mère lui avait rapporté, elle cherchait à son tour à me dessiner son périmètre. Soulevant des questions intelligentes, elle se mêlait tout naturellement de tout. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 39) ; « Tatie Jeannette, toute vêtue de mauve [la couleur symbolique du lesbianisme], le sourire éclatant, s’était approchée […]. » (idem, p. 89) ; etc.

 

Par exemple, la mère d’Alfred Hitchcock amène souvent son fils au théâtre ; ce dernier développera une passion pour les femmes-objets (cf. le film biographique « Enfances » (2007) de Yann Le Gal). Les soirs de sortie au théâtre ou à l’Opéra, la mère de Jean Cocteau lançait ses prospectus sur le lit de son jeune fils avant de partir et de le laisser seul à la maison (cf. le documentaire « Cocteau et compagnie » (2003) de Jean-Paul Fargier). Stanley Kwan, dans son documentaire « Yang + Yin : Gender in Chinese Cinema » (1997), raconte qu’il a « passé des après-midi à voir des films d’opéra cantonais avec sa mère » (Stanley Kwan, cité dans l’essai L’Homosexualité au cinéma (2007) de Didier Roth-Bettoni, p. 663). Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Quand ils ont renoncé leur homosexualité, leurs proches les ont rejetés » diffusée sur France 2 le 8 juin 2016, le jeune Tony, 19 ans et homosexuel, dit que sa tante l’a aidé à déclarer son homosexualité : « C’est ma tante, la sœur de mon papa – qui est quant à elle lesbienne – qui m’a poussé à faire un coming out. »

 

Dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), Jean-Claude Janvier-Modeste (Ednar) parle de sa tante/marraine Fanny, la sœur cadette de son père, qui « rêve d’aller à Paris », qui « n’était pas mariée et n’avait pas non plus le privilège d’avoir des enfants : j’avais toujours été le fils rêvé qu’elle aurait voulu avoir. » (p. 22) ; « Ednar savait que Fanny était une femme dépourvue de curiosité mais dotée d’un tempérament d’observatrice innée. » (idem, p. 54) ; « Fanny n’était plus la femme moderne, désinvolte que son filleul idéalisait depuis l’enfance. » (idem, p. 55) ; « Marraine était une femme de grande culture ; elle lisait beaucoup, m’invitait souvent au cinéma, au théâtre. Fan d’œuvres d’art, en plus des expositions, elle parcourait toutes les galeries de tableaux de la capitale et de ses environs. » (idem, p. 111) ; « Marraine aux yeux de la famille passait pour une aventurière confirmée » (idem, p. 133). L’auteur parle aussi d’une autre de ses tantes, Jeanne, qui a l’air aussi d’être l’OVNI de la famille : « Je rappelle que la présence de Tante Jeanne à la maison y était pour beaucoup ; sa tolérance et sa manière de relativiser les choses avaient complètement métamorphosé ma mère. Cela ne pouvait pas être autrement car ma tante renvoyait une image libérée de tous les tabous. […] Elle était devenue ma confidente, l’héritière universelle de ma confiance. […] Jeanne dans sa vie affective avait eu un parcours très ardu. » (idem, p. 140) Jean-Claude Janvier-Modeste a l’air d’être ou trop proche ou trop loin de ses tantes… paradoxes de l’idolâtrie, qui créent tant de malaises et de non-dit (comment peut-on en effet bien dialoguer avec un être-objet ?) : « Malgré son manque de tolérance, je n’avais cessé d’entretenir de bonnes relations avec marraine. Elle était pour moi la plus proche et en même temps la plus éloignée. » (Ednar par rapport à sa tante Fanny, idem, p. 180)

 

Le sujet homosexuel a pu également prendre sa maman pour un trophée qu’on expose fièrement : « Quand elle portait cette robe, j’avais l’impression d’avoir une star de cinéma comme maman. » (Denis dans le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre) ; « Ma mère fut la plus complice, la plus tendre, la plus jolie des mamans. Elle avait été mannequin dans sa jeunesse. […] Et j’étais très fier. » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 43) ; « Je suis allé voir une psy qui a voulu me faire comprendre que je suis PD et que je considère plutôt les femmes comme des mamans ou comme un trophée. Voila la résultante. » (cf. le mail d’un ami bisexuel, Pierre-Adrien, 30 ans, écrit juin 2014) ; etc. Sans aller jusqu’à dire que leur maman est une génitrice démissionnaire, on lit dans certaines biographies de personnes homosexuelles que la mère adopte le comportement, la distance, et le mode de vie d’une tante, c’est-à-dire d’une femme célibataire éternellement jeune et en quête de séduction : « Ma mère était très différente des mères de mes copines. C’est-à-dire que je les voyais être plus souvent des mères au foyer et assez traditionnelles. Alors que ma mère était une femme, pour moi, relativement émancipée, acteur politique, investie dans un parti politique, militante, qui n’aimait pas du tout ce qui était tourné vers l’intérieur, je ne sais pas comment dire, qui ne faisait pas le ménage. Si elle avait pu, je pense qu’elle n’aurait pas eu d’enfant non plus, donc j’avais quand même un modèle féminin, enfin de mère, qui était un peu atypique ; tout en étant, alors sur le plan esthétique, visuel et autres une femme des plus féminines par ailleurs : très attachée à son apparence, changeant de coupe de cheveux et de teinture et de je ne sais quoi d’autre, quasiment tous les mois, un jour blonde, un jour brune, un jour rousse. Je n’ai jamais compris quelle était sa vraie couleur de cheveux (rires), toujours en tailleur, ou avec de belles chaussures à talons, intéressée par sa silhouette, avec un tas de produits et de choses et très maquillées, etc. Tout l’inverse de moi, on va dire. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi(2010) de Natacha Chetcuti, p. 65) ; « Maman devait absolument plaire aux hommes. Elle était belle, elle avait des amants et je ne faisais rien pour lui montrer ma jalousie, rien pour lui faire sentir mon besoin d’être protégé. Plaire aux hommes, c’était son souci, et la conscience aiguë que j’avais de ce souci me maintenait loin d’elle. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 26) La maman de Truman Capote était mannequin. La mère d’Allen Ginsberg, Naomi, vivait un mode de vie nudiste. La mère de Marlon Brando était une actrice célèbre de la scène locale, alcoolique et peu responsable. Dans le documentaire « Jean Sénac, le forgeron du soleil » (2003) d’Ali Akika, l’écrivain Jean Sénac compare sa mère à Sarah Bernhardt. Dans son autobiographie La Mauvaise vie (2005), Frédéric Mitterrand associe sa maman à Liz Taylor, une femme qui use les hommes les uns après les autres (p. 54) : « Elle avait un corps ferme de sportive. […] Elle pratiquait l’équitation avec ardeur. » (idem, p. 89)

 

La tante n’est pas nécessairement une femme ayant réellement existé. La preuve en est que bien des personnes homosexuelles n’ont pas la chance d’avoir une tante dans leur famille. Cependant, c’est l’idole cinématographique qui a pu prendre le nom de « tante » ou de « mère » dans leur cœur. L’actrice est souvent adulée comme un fétiche, une star de cinéma, une mère-objet : « Suis-je le produit d’un fétiche ? » (la voix-off concernant sa mère, dans le documentaire « Transgressions » (2002) de Stuart Gaffney) Il arrive que l’enfant homosexuel se prenne parfois pour le « mari » cinématographique de la femme-objet : « Oui, je suis le lapin de Michèle Morgan, ce qui n’est pas donné à tous les enfants de mon âge, mais je suis aussi presque son fiancé. » (idem, p. 71) ; « Je me rappelle plus particulièrement Pinkie Sikes avec sa chevelure teinte en rouge, ses escarpins à talons aiguilles et son incroyable entrain sur le pont. […] Pinkie, une fleur du Sud d’une grande indépendance avait, à mon avis, presque 50 ans. À coup sûr, elle devait son indépendance à quelque procédure juridique car elle avait dû être quelques années plus tôt, une créature éblouissante. En fait, elle était encore éblouissante, quoique plutôt grotesque à cause de son maquillage et de ses courageux efforts pour paraître moins que son âge, en portant des chaussures à très haut talons, des jupes courtes et des vêtements de petite fille. J’aimais beaucoup Miss Pinkie. Malgré ma timidité maladive, elle ne faisait presque pas peur. » (Tennessee Williams à 17 ans, Mémoires d’un vieux crocodile (1972), pp. 40-41) ; « Tola Amaro, la danseuse cubaine de mambo et de chacha, allait ouvrir le spectacle. Quel âge pouvait-elle bien avoir ? La réponse était évidente : Tola était immortelle. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes, p. 305) ; « Héba est celle qui m’a le plus touché. Je pourrais même dire que, quelque part, je suis tombé amoureux d’elle. Dans une Égypte qui voile de plus en plus ses femmes, Héba était libre, avec sincérité et conviction. Elle était belle comme une star de cinéma, comme Mervat Amine, dont j’avais aimé tant de films, surtout les comédies romantiques. Elle fumait avec élégance et sans provocation. Elle était habillée en permanence en noir, ce qui donnait encore plus de charme à sa silhouette très allongée. […] Les hommes étaient subjugués, ils la mangeaient des yeux mais n’osaient pas lui manquer de respect. Elle passait, et tout le monde se posait cette question : Mais qui est cette femme ? C’était une star. Et pas que pour moi. C’était une femme-mystère avec un peu de tristesse dans les yeux. Un être exceptionnel autour duquel on pourrait construire un film, écrire un roman, un recueil de poésie. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 69-70) ; « Elle est venue, la star blonde de l’époque, bien des années plus tard, à Paris. Je traversais avec elle l’esplanade du Trocadéro, un jour d’orage. J’ai senti que je ne marchais plus dans la réalité, que nos corps étaient aplatis sur un écran blanc. Que le vent l’arrachait au sol et la faisait virevolter en l’air. J’ai bien regardé son visage. Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. » (Alfredo Arias en évoquant sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-fantômes, p. 170) La tante-objet est parfois tout simplement la jumelle narcissique, que cette filiation soit venue du sang ou bien du miroir d’un écran de cinéma.

 

TANTE 6 Tatie D

Film « Tatie Danièle » d’Étienne Chatiliez


 

Pour ce qui est de ma propre histoire (je viens d’une famille très nombreuse, donc les tantes, du côté espagnol comme du côté français, ne manquent pas !), je sais que deux-trois tantes de mon entourage ont eu un fort impact dans ma formation identitaire et dans la fixation de mon désir homosexuel : des femmes souvent maquillées, élégantes, défiant le temps, maternelles ou carrément distantes/lunaires, peu discrètes en société (voire grandes gueules), un peu fofolles, délurées, à la page au niveau artistique, avant-gardistes dans leurs goûts et leur manière de s’habiller, hyper classes et vulgaires à la fois, incomprises de la famille, sans enfant par choix (ou bien avec un fils couvé et homosexuel refoulé). Oui, des vraies tantes-objets ! Celle qui n’est pas du tout superficielle, mais qui a la première place de mon cœur, c’est ma tante religieuse, tatie Marie-Alice. Et concernant ma maman, j’ai la preuve en photo qu’elle a pu m’apparaître comme une belle actrice. Quand je la vois sur certaines diapositives en maillot de bain violet, je devine que c’était une femme très jolie. Ni allumeuse, ni indécente. Juste très belle et charmante. Même si ça n’aura pas suffi… 😉

 

 

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