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Code n°157 – S’homosexualiser par le matriarcat

S'homosexualiser

S’homosexualiser par le matriarcat

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Les possibles conséquences désirantes (homosexuelles) d’une maternisation (portée par des femmes ou des hommes) de la société

 

Existe-t-il un lien entre homosexualité et féminisme agressif/pouvoir des mères dans notre société ? À en croire les créations et les discours de nombreuses personnes homosexuelles, oui… même si ce lien n’est pas causal, et qu’il ne s’agit pas du tout, à travers ce code, de condamner les femmes et les mères réelles, ni même leurs défenseurs. Pour moi, les vrais féministes sont ceux qui se battent pour que les femmes trouvent leur véritable place et identité dans le monde, et non ceux qui veulent en faire un équivalent exact des hommes, des tigresses toutes-puissantes au désir machiste (= des prostituées), des femmes phalliques qui n’ont plus besoin des membres de l’autre sexe.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mère possessive », « Matricide », « Inceste », « Mère gay friendly », « Substitut d’identité », « Symboles phalliques », « Femme-Araignée », « Actrice-Traîtresse », « Grand-mère », « Tante-objet ou Maman-objet », « Femme et homme en statues de cire », « Regard féminin », « Reine f», « Sirène », aux parties « Hamlet » et « Recherche du père avortée par la mère » dans le code « Parricide la bonne soupe », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

« Change de trottoir ! Le mien est piégé ! Si c’est trop tard, ne reste pas figé ! Sors du trou noir ! Je fais mon métier ! J’ai peur de rien ! Je suis une femme pressée ! » (Claire Litvine, dans la chanson « Une Femme pressée » du groupe L5)

 

Groupe L5

Groupe L5


 

L’influence symbolique que les femmes maternantes (et les hommes maternants ! car le matriarcat et le féminisme agressif, contrairement à l’idée reçue, ne sont pas réservés aux femmes, ni attribuables à toutes les femmes, loin s’en faut) peuvent jouer sur l’homosexualité est notamment observable à travers la place prépondérante que prend la figure maternelle dans la fantasmagorie homosexuelle, et dans les sociétés où grandissent les personnes homosexuelles. Le matriarcat progresse au sein de nos civilisations occidentales couveuses et de nos États-Providence (qui veulent nous éviter tout risque et les limites objectives du Réel), malgré le fait que les femmes réelles soient presque systématiquement présentées comme d’éternelles victimes des hommes, et qu’elles restent tout autant – si ce n’est plus – sous la menace des violences conjugales. Il suffit de nous pencher sur notre système juridique français pour constater que les femmes-mères ont de plus en plus les lois de leur côté : les pères modernes sont fréquemment mis sur le banc de touche, invités à devenir des mamans auxiliaires ou à fuir le domicile familial pour aller se suicider.

 

Du côté des statistiques sociologiques, dans un pays comme la France où actuellement 39% des mariages se terminent par un divorce (celui-ci étant demandé à 75% par les femmes), et où, dans 9 cas sur 10, l’enfant reste habiter seul chez sa mère, le père n’a pas d’autre choix que de partir (Michel Schneider, Big Mother (2002), p. 363). Le taux de suicide des pères séparés de leur(s) enfant(s) est six fois supérieur à la moyenne nationale, ce qui n’est évidemment pas un petit chiffre !

 

Il convient ici de bien distinguer la question de la féminisation des pouvoirs dans la société (qui n’est pas en soi problématique : bien au contraire) et celle de la maternisation des liens sociaux. Aujourd’hui, derrière un certain nombre de revendications d’égalité des femmes se cache la conquête d’une domination des mères, celles-ci étant d’ailleurs excessivement bienveillantes, assoiffées de toute-puissance et de vengeance envers les hommes et surtout les pères réels. Et ça, c’est un réel problème.

 

L’agression iconographique (et parfois réelle) des femmes envers les hommes a très probablement une influence sur l’orientation sexuelle de certains garçons et certaines filles, quand bien même les liens entre homosexualité et matriarcat/féminisme se trouvent toujours rangés dans le cadre de la coïncidence. Si les hommes gays ont eu peur d’emprunter le chemin de la différence sexuelle, ce n’est pas uniquement parce que les femmes ont pris une place prédominante relativement rapide dans nos sociétés occidentales en moins de cinq décennies : une certaine libération de la femme était et reste plus que jamais nécessaire. Mais c’est d’une part en termes de « maternalisme désexualisant » (Michel Schneider, « L’Indifférence au sexe provient de l’indifférence entre les sexes », cité dans la revue Philosophie magazine, « Hommes-Femmes : la Confusion des Genres », n°11, juillet/août 2007, p. 36) et d’infantilisation (dont sont capables même les hommes !) et non de féminisation du pouvoir social, et d’autre part en termes d’images de femmes phalliques irréelles, et donc de fantasme, qu’il faut envisager cette crainte de l’autre sexe.

 

« L’homosexuel » n’est pas le fils de sang de la femme forte iconographique, mais son fils d’idolâtrie, son enfant spéculaire. N’est-ce pas la femme phallique médiatique qui a initialement demandé aux hommes de décamper de son « trou noir » pour qu’ils la laissent faire son métier de prostituée, et d’aller « sur le trottoir d’en face », autrement dit de se faire homosexuels (cf. la chanson « Une Femme pressée » des L5) ? Dans l’ordre des symboles véhiculés par les media, les hommes ne sont plus ceux qui dominent les femmes ; ils sont en passe de devenir des mauviettes qui s’abaissent au statut d’objet de consommation à disposition du deuxième sexe. Cela peut traduire ou engendrer la réalité fantasmée de l’identité homosexuelle. Force est de constater que certaines femmes lesbiennes, en promouvant l’effacement progressif de la réalité du sexe par le concept flou de « genre », ouvrent la voie au transsexualisme et à l’homosexualité. Elles se félicitent parfois d’avoir permis socialement aux hommes de s’assouplir, de se questionner sur leur virilité, d’être moins machos… alors que l’absence de virilité de ces derniers est justement un concentré de machisme peinturluré de rose. En effet, les femmes qui veulent des hommes faibles ne désirent plus des hommes réels, ni même être femmes, puisque par nature, la première qualité qu’une femme attend d’un homme, c’est la force. En deuxième position vient la tendresse… mais seulement en deuxième (cf. la conférence « Le Célibat » de Denis Sonet, Paray-Le-Monial (France), session 2003). L’homme qui n’est que tendre avec elle lui parait mièvre. Celui qui n’est qu’une brute, elle ne l’aime pas non plus. Pour se faire reconnaître, il faut que l’homme vraiment aimant réunisse le paradoxe de la force tranquille, c’est-à-dire l’essence même de la sexuation des hommes. Au fond, seuls les hommes forts sont doux : les faibles deviennent violents. Leur brutalité trahit leur faiblesse. Les femmes qui veulent émasculer les hommes sont aussi machistes que les machos dont elles se croient éternellement victimes. Jacqueline Shaeffer a bien saisi cette énigme du féminin qui trouve sa victoire et son affirmation dans une forme d’abdication qui n’est pas sujétion mais reconnaissance d’une force masculine qui dépasse les femmes et les honore : « Que veut la femme ? Elle veut deux choses antagonistes : son moi hait la défaite, mais son sexe l’exige. Il veut la chute, la défaite, le ‘masculin’ de l’homme. C’est là le scandale du ‘féminin’. » (Jacqueline Schaeffer, Clés pour le féminin : femme, mère, amante et fille (1999), pp. 37-38) Chez l’homme droitier, la main droite agissante n’a pas de force sans la main gauche, discrètement agissante aussi. Ou, pour prendre un nouvel exemple, il n’y a pas de bon ministre des Affaires étrangères sans bon ministre de l’Intérieur. En quelque sorte, nous nous retrouvons avec les femmes face au mystère de l’action dans l’accueil. Il est souvent mal compris par beaucoup d’Hommes de notre temps puisque les valeurs du service, de l’accueil, et de l’obéissance à une autorité bienveillante sont dénigrées dans notre monde actuel. La prétention de la femme à être comme l’homme et à bénéficier des privilèges de la condition masculine, aussi paradoxal que cela puisse paraître, va dans ce sens de l’irrespect des femmes via la condamnation de l’autorité et de la force des hommes. La sexualité est une force de vie, mais une force quand même, à respecter en tant que telle. « Les violences sexuelles doivent être sanctionnées, mais la violence du sexe ne saurait être éradiquée. Il n’existe pas de sexualité sans violence et ceux qui rêvent du contraire oublient qu’ils ne seraient pas là si un jour, un homme, leur père, n’avait pas pris, avec une certaine violence, une femme, leur mère. Prendre, non au sens de violer son corps mais de désirer son désir. Le désir n’est pas une relation égalitaire accordant deux volontés en un contrat. Psychiquement, pour les hommes qu’il emporte dans la conquête sexuelle comme pour les femmes qui cherchent à le susciter, il comporte toujours une part d’agressivité, de ravalement de l’objet sexuel à côté de son idéalisation. » (Michel Schneider, op. cit., p. 99) ; « Oui, le sexe est dangereux, et le désir est une maladie mortellement transmissible. Est-ce une raison suffisante pour s’en détourner ? » (idem, p. 127)

 

B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi (Planche "Maman et Marc" )

B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi (Planche « Maman et Marc » )


 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) La mère phallique ou l’entourage féminin du héros fait tout pour le rendre homosexuel :

On observe une emprise matriarcale sur le personnage homosexuel dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, la chanson « Une Femme pressée » du groupe L5, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti, la chanson « Seules les filles pleurent » de Lio, le film « Eve » (1949) de Joseph Mankiewicz, le film « Mors Hus » (1974) de Per Blom, le film « Les Frissons de l’angoisse » (1975) de Dario Argento, le film « Working Girls » (1986) de Lizzie Borden, le film « Le Livre de Jérémie » (2004) d’Asia Argento, le film « Girl King » (2001) d’Ileana Pietrobruno, le film « ¿ Por Que As Mulheres Devoram Os Machos ? » (1980) d’Alan Pak, le film « La Fête des mères » (1998) de Chris Van der Strappen, le film « Napolitaines » (1993) de Pappi Corsicato, le film « Singapore Sling » (1990) de Nikos Nikolaidis (avec la mère au pénis), le film « Ma vie est un enfer » (1991) de Josiane Balasko, la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (avec Marie, la mère de Jean-Luc, tout de mauve vêtue), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec la mère de Fred), le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky (avec l’odieuse et écrasante mère de Nina), etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Isabelle, une des potentielles mères porteuses de Pierre (le héros homosexuel), souhaite formater complètement son futur fils, en le prénommant « Superman », en voulant pour lui le « meilleur », la « réussite », la « perfection »… et non le bonheur. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille, la mère gay friendly, maquille son propre fils Matthieu en femme. Puis, après sa mort, elle espionne le copain de son Matthieu, Franck, en le suivant partout. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Tom, le héros homosexuel, gravite dans des ambiances très féminines qui éjectent les pères et les maris, et qui l’empêchent d’être homme, d’être lui-même, en le confortant dans une pseudo homosexualité : que ce soit dans sa vie passée (avec sa grand-mère et sa mère, des femmes à poigne omniprésentes et machos) que dans sa vie présente (avec sa « fille à pédé » Cindy qui lui sert de couverture hétérosexuelle, ou encore avec son agent Graziella, qui le maintient dans une homosexualité tacite et une hétérosexualité officielle). Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, homosexuel, est maltraité par sa mère, qui lui parle très mal, qui le bat (« C’est toujours toi ma préférée, même si tu me bats. »). Celle-ci finit par le placer en hôpital psychiatrique à son insu. Cette femme féminise « son gars » quand il danse sur la chanson « On ne change pas » de Céline Dion. Elle le traite ironiquement de « pétasse ». La voisine de quartier, Kyla, apprend à Steve comment se raser la barbe : « Montre-moi. » lui demande-t-il. Steve n’est absolument pas aidé par les femmes de son entourage à devenir un homme adulte. Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, revient sur la genèse de son homosexualité : « Ça remonte à l’époque où je feuilletais les 3 Suisses de ma mère. » Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona est encouragée au lesbianisme par son acariâtre belle-mère, qui est odieuse avec elle parce qu’elle est stérile, qu’elle ne donne pas d’enfant à son fils. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, a été fortement influencé par la carrière de théâtre-amateur de sa mère, fan des planches. Elle lui demandait de jouer sa réplique au théâtre. Cette influence semble avoir été anxiogène : « C’est pathologique chez moi. C’est ma mère qui m’a refilé cette superstition, avec son théâtre ! » Dans le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, une tante lesbienne raconte un conte à son petit neveu pour lui faire croire à son histoire d’amour interdite. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, la maman d’Oren, Hanna – exerce un mystérieux pouvoir divinatoire d’homosexualité sur Tomas, le héros homo : elle a compris énigmatiquement le lien érotique qui reliait son fils décédé Oren à Tomas. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, la maman de Nathan pousse son fils et Jonas, l’amant de ce dernier, dans les bras l’un de l’autre… notamment par le biais de la mère de Jonas (qu’elle invite chez elle) et par le biais de la cigarette (car elle fume comme un pompier : « Ta mère, elle sait aussi que tu fumes ? Ce sera notre petit secret, alors… » dit-elle à Jonas, comme si elle lui parlait d’homosexualité).

 

Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Clémence, la mère bobo gay friendly de Jérémie, supporte très mal que son fils, qu’elle a toujours cru homosexuel, vire sa cuti avec une femme : « T’es pédé, mon chéri ! » Elle voudrait le forcer à se marier homosexuellement. Le père de Jérémie fait à son fils le même chantage : « T’as changé d’orientation ?!? Eh bien t’as perdu un père ! » lui balance-t-il avant de quitter la table.
 

Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Solange, la mère de Zoé et la belle-mère de Julien le héros bisexuel qui est devenu homosexuel suite à sa rupture avec Zoé, est accusée par son gendre Julien d’avoir provoqué la séparation entre lui et Zoé, et donc son homosexualité : « Voilà. C’est de votre faute si on est séparés. » (Julien) Zoé, sa fille, n’est pas non plus étrangère au virement de cuti de Julien : « L’énorme bêtise, elle l’a faite en me quittant. Elle m’a trop fait souffrir. Elle m’a largué sans aucun état d’âme. » Finalement, Zoé découvre que sa mère est responsable de l’homosexualisation de son ex-mari : « C’est à cause de ma mère que t’es devenu homo ?? »
 

Pièce La Casa De Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca

Pièce La Casa De Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca


 

L’opinion publique a déjà vent d’un lien fort entre maternité possessive et homosexualité, même si, pour se rassurer elle-même, elle fait souvent l’erreur de le causaliser par des raccourcis psychologiques faciles : « Moi, je suis sûre. C’est sa mère… » (la bouchère par rapport à l’homosexualité d’Abram, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; « J’la sens bien castratrice, cette Catherine… » (Dominique parlant de la femme de Jérôme, soupçonné d’être gay, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) ; « Ça aurait pu faire de moi un pédé ! » (Malik, le personnage hétéro, qui se décrit entouré d’une mère castratrice et de cinq tantes dès sa petite enfance, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Les femmes se sont tellement émancipées. » (le Dr Katzelblum, homosexuel, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Tu peux avoir une copine… ou un copain. » (Sam, la mère possessive de Rupert, son fils homo de 10 ans, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc.

 

Dans beaucoup de fictions traitant d’homosexualité, la mère du héros homosexuel rêve de changer le sexe de son fils ou de sa fille : « Chère maman, […] j’aimerais me souvenir de ton visage lorsque tu m’as vue pour la première fois. Ce n’est pas mes yeux que tu as regardés, non, tu as vite écarté mes jambes pour voir si un bout de chair pointait hors de mon corps à peine fait. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 35) ; « Enfant d’un géniteur muet mais point sourd, d’une génitrice déguisée en eunuque. » (idem, p. 65) ; « J’aimerais que tu sois une femme. Tu n’iras pas à la rivière… » (la mère au fiancé, dans la pièce Bodas De Sangre (1932) de Federico García Lorca) ; « C’est moi qui t’ai mise au monde ! Je sais bien que tu as un trou à la place d’une banane et que c’est tout ton atout ! » (Solitaire s’adressant à sa fille Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.

 

Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, la mère de Bill veut profiter de la castration de son chat pour faire par la même occasion castrer son fils. Dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, les trois fées travestissent Henri en Henriette. Dans le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, la mère de Julien exerce sur lui une action émasculante en l’habillant en fille. Dans le roman Papa a tort (1999) de Frédéric Huet, la mère de Julien lui achète des poupées. Dans le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, Ernesto est déguisé en fille par sa mère. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros gay, dit avoir vécu son premier émoi homosexuel à 4 ans, quand sa mère l’a amené voir le ballet Casse-Noisette, et qu’il a été fasciné par le danseur. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, lorsqu’Henri a eu 8 ans, sa mère a voulu l’inscrire à un cours de danse classique. L’univers éthéré de la mère trouble, capte, et atrophie les sens du personnage homosexuel : « Tu te souviens des photographies de galas d’Opéra dans les revues de ta mère. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 160) ; « Ta chambre est une ode à la couleur mauve : des tapis aux abat-jour, des peintures aux statuettes, des draps aux alaises, le décor couvre chaque nuance du violet. » (idem, p. 169) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc.

 

Kylie Minogue

Kylie Minogue


 

C’est parfois dans l’interdit maternel (édicté sans amour et dans une rigide fidélité à la différence des sexes) que l’encouragement implicite à l’homosexualité vient. Par exemple, dans le film « Dolls » (2008) de Randy Caspersen, Thomas, un ado un peu secret, supporte mal que sa mère s’apprête à vendre les poupées qui ont accompagné son enfance… Dans le film « Maigret tend un piège » (1958) de Jean Delannoy, Marcel Maurin, l’homosexuel, vit sous la coupe d’une mère castratrice. Dans le roman La Máscara De Carne (1960) de Maxence van der Meersch, Manuel est entouré d’une mère et d’une sœur très masculines. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Mercy, la mère de Kena, l’héroïne lesbienne, est très inquisitrice, catholique de façade, et se met à fliquer sa fille… et elle devine son homosexualité avant cette dernière : « J’ai l’impression que tu as changé, Kena. »

 

Il arrive que cette maman encourage plus ouvertement son fils à s’homosexualiser, et se targue d’avoir participé à la « libération » que serait son coming out : « J’ai fini par accepter ton vice, mon chéri. Tu es la fille que j’aurais voulu avoir. » (la mère à « L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Aurais-tu peur de t’avouer le garçon que tu es vraiment ? Est-ce que je perdrais la raison parce que t’aimes un garçon ? » (cf. la chanson « Un Garçon » de Lorie) ; « Il n’y a plus d’hommes dans cette famille, il ne reste plus que mon frère, autant dire personne. Quand j’étais petite, […] il prenait soin de moi, comme une mère. » (Cécile dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 58) ; « Cette sourde inimitié de Fernand contre sa mère fait horreur ; et pourtant ! C’était d’elle qu’il avait reçu l’héritage de flamme, mais en même temps la tendresse jalouse de la mère avait rendu le fils impuissant à nourrir en lui ce feu inconnu. Pour ne pas le perdre, elle l’avait voulu infirme ; elle ne l’avait tenu que parce qu’elle l’avait démuni. Elle l’avait élevé dans une méfiance, dans un mépris imbécile touchant les femmes. » (François Mauriac, Génitrix (1928), pp. 72-73) ; « Pas de femmes ! Que ta petite maman ! » (la mère de Jeanjean, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Mi-fugue mi-raisin » (1994) de Fernando Colomo, la mère envahissante de Pablo veut à tout prix que son fils soit gay. Dans le film « The Family Stone » (« Esprit de famille », 2005) de Thomas Bezucha, Everet, le frère de Ben, le héros homo, avoue en pleine réunion de famille que sa maman « a essayé de rendre ses enfants tous gay » ; celle-ci riposte, avant de lui donner raison : « Mais enfin, de quoi tu parles ? Je n’ai jamais rien fait dans ce sens ! Non, ce qui est vrai, c’est que j’ai espéré, je dois dire, j’ai désespérément espéré que tous vous seriez gays, tous mes fils, et que comme ça vous ne me quitteriez jamais, et je m’en excuse auprès de mes filles. » Dans son one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, la grand-mère de Rodolphe a tout fait pour que son petit-fils Rodolphe devienne homo… et ça a marché : « Je suis soulagée ! Enfin un pédé dans la famille ! ». Et elle veut aussi que le dernier enfant de sa sœur, le petit Alexandre, suive les pas de son oncle (apparemment, Alexandre joue déjà à la majorette avec sa cape de Zorro…). Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Annella, la mère de Elio, fait tout pour pousser son jeune fils Elio de 17 ans dans les bras d’Oliver, qui a le double de son âge. « Tu l’aimes bien, hein, Oliver… » s’amuse-t-elle à lui dire, devinant ses sentiments naissants. Elle lui lit également un conte du XVIe siècle d’un prince qui avoue son amour interdit à une princesse… ce qui poussera Elio à oser déclarer sa flamme à Oliver tout de suite après. Elle organise même aux deux amants un séjour d’une semaine en vacances pour qu’ils ne se retrouvent que tous les deux. Hallucinant. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, La mère de Simon, le héros homo, est psychanalyste, féministe, et passe son temps à analyser son entourage. Une fois que son fils lui fait son coming out, elle lui avoue tacitement qu’elle l’a toujours su : « J’ai souvent voulu t’en parler, mais je ne voulais pas être indiscrète. »

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Phil, le héros homo, a rencontré Nicholas lorsqu’ils n’avaient que 8 ans… et Glass, la mère narcissique de Phil, juste après leur bousculade, incite déjà son fils à croire en leur idylle : « J’ai vu qu’il te plaisait. » Plus tard, à l’âge quasi adulte (17 ans), pendant la nuit, Phil vient dans la chambre de sa maman, la réveille pour lui demander conseil au sujet de son premier béguin pour un garçon de sa classe, Nicholas : « C’est juste que j’ai un rancard demain et j’arrive pas à dormir. Qu’est-ce que je dois faire ? » Glass l’invite à s’asseoir à ses côtés et dit à son fils d’accepter directement toutes les pratiques homos du premier coup : « Fais tout. » Mais elle lui donne aussi un avertissement faustique (l’interdit d’aimer) : « Mais ne lui demande pas s’il t’aime. Crois-moi, je m’y connais. » Phil remercie sa mère maquerelle : « Merci Mum. Tu m’as bien aidé. » Lorsque Phil présente en chair et en os son amant Nicholas à sa mère bobo, celle-ci est tout émoustillée : « Niveau bon goût, tu tiens de moi, c’est sûr ! » Et c’est limite si elle ne leur file pas des préservatifs… « Amusez-vous bien. Et ne vous déchaînez pas trop. » Par ailleurs, Glass, quand elle est tombée enceinte à l’âge de 16 ans, a quitté définitivement le père de Phil, laissant ce dernier amputé de sa relation filiale avec son père biologique. Cette mise à l’écart a certainement concouru à l’émergence d’un désir homosexuel chez le jeune homme : « Une femme avec deux enfants et pas de mari, ça faisait tache ici. Mais on gérait, même sans homme à la maison. Les copains nous interrogeaient sur notre père. Alors on demandait à Glass, qui disait un truc du genre ‘Un marin en voyage’. Ou bien ‘Un cow-boy dans un ranch’. Et plus tard, quand on ne gobait plus tout ça, ‘Je vous le dirai quand vous serez prêts’. Un jour, on a arrêté de demander, vu que ça ne servait à rien. Et aujourd’hui ? C’est normal de ne rien savoir sur notre père, le mystérieux numéro 3 de la liste. Pour moi, ça restait un vide étrange. Un trou noir. »
 

Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, raconte comment, pendant toute son adolescence et au début de sa vie d’adulte, lui et sa mère ont signé un pacte tacite pour s’imiter l’un l’autre (« … même si on a prétendu le contraire parce que ça nous arrangeait bien tous les deux. » révèlera Guillaume), pour s’installer dans la plainte et la douilletterie (« Maman, maman, maman, maman… j’ai un peu mal à la tête. » est la première phrase du film), et comment sa mère, par jalousie et pour garder son fils rien qu’à elle (« C’est elle qui a eu peur que j’aime une autre femme qu’elle. » avouera Guillaume à la fin du film, après avoir fait entrer une femme dans sa vie), lui a fait croire qu’il était homosexuel, qu’il n’avait rien d’un homme (elle le maltraite verbalement : « T’as toujours eu peur des chevaux. » ; « T’as jamais été sportif. » ; etc.), qu’il était devenu elle (« Pourquoi ma mère n’est-elle pas heureuse ? Pourtant, je suis une fille, comme elle. »), qu’il remplacerait son mari ou sa meilleure ami (par exemple, la mère appelle son fils « ma chérie »). La scène du coming out forcé (= outing) est assez parlante : Guillaume vient voir sa mère près de la piscine pour se faire consoler de son chagrin d’amour pour Jeremy (et non pour lui annoncer qu’il se sentirait homosexuel, étant donné qu’il ne se prend que pour une femme, et qu’il ne connaît même pas le mot « homo »). Et là, sa mère, maladroitement et voulant bien faire (ou faire « gay friendly »), lui colle agressivement l’étiquette de « l’homo » dont il aura du mal à se défaire par la suite : « Tu sais, y’en a plein qui vivent très heureux… » Et comme lui ne comprend pas le sous-entendu, elle se met à lui gueuler dessus et à lui demander de ne pas jouer à plus bête qu’il n’est : « Enfin, les pédés, les homos, quoi ! » Guillaume essaie de résister en vain à la prédiction de sa mère : « Mais je suis pas homo parce que je suis une fille attirée par un garçon. C’est on ne peut plus hétéro… »

 

Cette mère incestueuse qui homosexualise peut tout à fait être un homme : le matriarcat n’a pas de sexe ; c’est un désir machiste et sur-féminin à la fois. « J’ai 22 ans et je vis toujours chez mon père. En plus, il est persuadé que je suis une fille de 2 ans. Du coup bah… je m’appelle Sophie. » (Bill dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) ; « Ça doit être mon père qui m’a fait ainsi ! Il était trop beau lui aussi ! Comme un gamin-papillon, j’étais fasciné par sa beauté d’homme solitaire. Peut-être que je m’y suis brûlé les ailes ! Je devrais jeter toutes ces photos que j’ai de lui ! Cesser de penser que j’aurais hérité de lui cette attirance pour les garçons. Un désir refoulé qu’il m’aurait transmis en quelque sorte. Et tout cela, parce qu’il nous prodiguait, à moi et à mon petit frère, la tendresse de la mère perdue. » (Adrien dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 60) ; « C’est chose terrible, la sentimentalité d’une mère. Parole de Garbo. Et vraie calamité un père lui-même sirupeux tout lâche à l’heure de se coltiner ce primordial mensonge de l’amour maternel qui vous raconte la vie gentil conte de fée, de sa voix doué vous berce de l’illusion jusqu’à profond sommeil plein de rêves, et au réveil, ensorceleur encore, vous console de l’histoire pas vraie en vous minaudant de pires faussetés à l’oreille. » (le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 87) ; etc. Par exemple, dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt, Eddy, le « père » fictif d’Édouard, imagine pour son « fils » une relation homosexuelle avec Michael, un camarade de cour d’école.

 

Le matriarcat qui rend le héros principal homosexuel peut parfois être porté par la « fille à pédés », la meilleure amie, la tante, ou bien la courtisane post-pubère soucieuse de tester son pouvoir d’attraction sur les garçons : « Tu sais Bruno, ça ne me dérange pas que tu sois homosexuel ! » (Christiane, balançant arbitrairement dans la boîte Number One cette présomption à son ami Bruno, d’une part afin de prêcher le faux pour savoir le vrai, et d’autre part afin de se servir de la beauté physique de ce pote comme appât pour s’attirer un mec pour elle, dans la pièce Célibataires (2012) de Rodolphe Sand et David Talbot) ; « Ah non mais attends, j’suis pas gay ! » (Bernard, le personnage homo qui fera plus tard son coming out à sa meilleure amie Donatienne qui l’insiste régulièrement à cracher le morceau, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Si j’amenais un homme de Gomorrhe à Sodome… » (cf. la chanson « Ma robe » d’Élodie Frégé) ; « T’es ma fofolle à moi ! » (Alice à son meilleur ami homo Fred dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) ; « Cette fois, c’est toi qui te maquilles, les faux cils et les talons aiguilles. Faut qu’c’ait l’air de te plaire. » (cf. la chanson « Un Garçon facile » d’Élisa Tovati) ; « Je serais si heureuse si tu devenais un pédé ! » (Tante Ida à son neveu Gator, dans le film « Female Trouble » (1975) de John Waters) ; « T’es rien qu’un fils de pute. Et ta mère, elle fait le trottoir. » (une camarade de classe à Franck, un garçon qu’elle traite de pédé, dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Olivier jette quelques coups d’œil rapides vers son ami, il ne peut pas s’en empêcher. Au bout d’une demi-heure environ, il se rend compte qu’Alice l’observe. Depuis quand le regarde-t-elle ? A-t-elle compris quelque chose ? Les femmes sont plus rapides que les hommes pour décrypter les signes. Olivier se sent comme pris sur le fait, il n’ose plus fixer autre chose que ses feuilles de cours. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 92) ; « Tom et Jerry sont un couple gay. » (Veronika face à deux garçons qui la draguent elle et Nina en boîte, et qu’elle cherche à mettre mal à l’aise pour les mettre à l’épreuve de sa drague de femme fatale, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky) ; « S’il ne le sait pas, moi, je le sais ! » (Sibylle par rapport à Nelligan Bougandrapeau, le présentateur télé homo, dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; « Votre virilité aurait-elle subi des dommages après moi ? » (Merteuil s’adressant à Valmont, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller) ; « En fait, en tant qu’homme, tu sers à rien. » (Ninon s’adressant à Stan, l’hétéro, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Le Secret d’Antonio » (2008) de Joselito Altarejos, Antonio, à 15 ans, tombe amoureux de son oncle Jonbert ; sa meilleure amie, Mike, est en faveur de son coming out. L’homosexualisation du héros gay par la Lolita allumeuse est parfois le signe d’une vexation féminine de ne pas séduire facilement tous les hommes… Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Anton, en tant qu’assistant à domicile de personnes âgées (ergothérapeuthe), va faire des ménages chez Olga, une grand-mère qui passe son temps devant la télé et l’initie aux jeux télévisés. Celle-ci veut absolument le caser avec une femme, et tente même de le séduire, en maintenant avec lui une relation fusionnelle (elle l’appelle « mon chéri »). Dans le film « La Ballade de l’impossible » (2011) de Tran Anh Hung, Kisuki est poussé au suicide parce que sa « première fois » avec Naoko, sa copine, se révèle désastreuse : cette femme lui fait croire à son impuissance sexuelle. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le héros homosexuel raconte qu’il a croisé une femme dans la rue qui l’a ignoré. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, se prend plusieurs fois des vents de la part des femmes fatales de son entourage (« Toi, tu danses comme une fille. Je ne veux pas danser avec une fille. » dira Pilar, la belle Andalouse qui décline l’invitation de Guillaume à danser avec lui), soit parce qu’elles ne le considèrent pas comme un homme, soit parce qu’elles le traitent d’homo (sa mère en premier lieu ; ses tantes en second), soit parce qu’elles le torturent (Ingeborg dans le centre de thalassothérapie). Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Stella, l’héroïne lesbienne, traite Prentice de « Sissy », juste parce qu’il fait des mouvements de danse sur la plage. Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, le père de Jean-Charles dit qu’il est devenu homo parce qu’il a été envahi par les femmes. Dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, le narrateur est élevé par des femmes : sa mère, sa nanou, etc.

 

Pour en revenir à la mère, je pense qu’elle ne veut pas tant faire de son enfant une fille (s’il est né garçon) ou un garçon (si elle est née fille), un gay ou une lesbienne, qu’un être asexué (tout-puissant et désincarné), un objet sacré pouvant être vénéré, consommé, mutilé. « Tu aimes les bijoux, hein ? Prends ça aussi. Et le collier. Tiens, tiens, ne me remercie pas. […] Tu aimes l’argent, hein ? » (Evita à l’infirmière dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « L’idéal d’la féminité, c’est d’être née avec du blé ! C’est comm’ ça qu’elle’ pond’ des pédés. […] Ell’ font d’eux des efféminés. » (Cachafaz, le fils de la bourgeoise et donc de la bourgeoisie, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi)

 

Pièce Les Amazones, 3 ans après de Jean-Marie Chevret

Pièce Les Amazones, 3 ans après de Jean-Marie Chevret


 

C’est pourquoi on voit tellement de héros homosexuels qui ont une maman transsexuelle ou prostituée dans les fictions. Par exemple, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Marina, la « mère » de Fred, le héros homo, se trouve finalement être un homme transsexuel : « Fred, je suis ton père. » Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Anna, le personnage transsexuel M to F, materne Jake, l’homosexuel, comme une grand-mère : elle lui offre des chocolats, vient le visiter à l’hôpital, etc. Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, Esteban est le fils homosexuel d’un homme transsexuel. Idem dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, où Kevin, l’homosexuel de 17 ans, est le fils de Jenny, le chanteur trans. Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Quentin, le héros homosexuel, a eu une relation avec une prostituée (Martine) avant de s’engager dans l’homosexualité. Dans le film « Little Gay Boy » (2013) d’Anthony Hickling, le héros homosexuel, Jean-Christophe, dont la mère est prostituée (de métier), découvre son homosexualité. Dans le film « Zodiac » (2012) de Konstantina Kotzamani, Peter, un jeune garçon de huit ans, est confié, après la mort subite et mystérieuse de sa mère, à un homme transsexuel M to F nommé Giofa vient prendre soin de lui, contre sa propre volonté.

 

La mère du personnage homosexuel – mais cela peut être aussi un frère ou un amant – oblige son fils à se prostituer (tout comme elle), à devenir hypersexué/asexué, à travailler pour elle tout en gardant ses distances (car ils sont en concurrence professionnelle directe !) : « Il [Maria-José] fut élevé par son frère aîné qui l’habillait en fille et le prostitua dès l’âge de six ans. » (cf. la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 30) ; « Change de trottoir, le mien est piégé ! Si c’est trop tard, ne reste pas figé ! Sors du trou noir ! Je fais mon métier ! J’ai peur de rien, je suis une femme pressée ! » (cf. la chanson « Une Femme pressée » du groupe L5) ; etc. Par exemple, dans le film « Miss Mona » (1986) de Medhi Charef, Mona engage Samir à se lancer dans la prostitution masculine. Dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, Rick s’homosexualise sous la pression d’une actrice porno qui le pousse dans les bras (ou plutôt dans le derrière !) d’un autre acteur. Dans la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, la boulangère laisse sa fille se prostituer sur le trottoir d’en face : « La rue Henri-Monnier était déserte […] Seule la jeune prostituée se tenait en face. » (p. 47) Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi, la mère offre une barrette, des bijoux, à sa fille Irina : elle l’aide à se travestir. Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Lisa maquille Laure (qu’elle pense être Michaël) en fille, en lui disant que ça lui va bien. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F explique qu’il est devenu femme-objet à cause de son meilleur ami Annonciade, travesti et prostitué aussi (« C’est grâce à elle que je suis devenue Miss Pointe-Rouge. ») et qu’il a relooké sa nièce « hideuse » Claire comme une pute pour qu’elle se fasse dépuceler sur un parking et « fasse son apprentissage de la sexualité ». Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Irène la sœur de Bryan, le héros homo croyant, qui est une femme libérée et adultère, défend son frère autant que sa propre luxure : « Bryan, marche donc sur ce trottoir, et moi je vais sur celui d’en face. »

 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa, la prostituée, se voit courtisée par deux clients qui veulent coucher avec elle séparément. Mais elle fait tout pour les réunir pour un plan à trois :« Si vous voulez, on peut monter tous les trois. ». Au départ, le client 1 rechigne un peu, et finit par se laisser tenter : « Moi, ça me va… du moment qu’il ne me tripote pas. » Après avoir couché ensemble, les deux hommes prennent leur douche ensemble et se comparent leur bite. Rosa s’en amuse, et fait tout pour les homosexualiser : « Vous en avez fait, des folies ! J’espère que j’ai pas suscité une vocation. »
 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Le personnage homosexuel s’identifie à sa mère phallique, jadis abusée par les hommes, et qui revient, en amazone conquérante et victorieuse, se venger d’eux. Les « nouvelles femmes » (autrement dit les mères célibataires) débarquent ! Elles n’arrivent pas la fleur au fusil, et ne sont pas là pour faire de la couture : elles revendiquent une égalité identitaire avec les hommes. Et que ça saute ! « Les femmes détiennent le pouvoir ! » (cf. la chanson de Madame Mime, dans la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet) ; « Les pin-up jouent les machos, c’est la folie sous les flambeaux » (cf. la chanson « Soca-Party » de la Compagnie Créole) ; « Femme des années, mais femme jusqu’au bout des seins, ayant réussi l’amalgame de l’autorité et du charme… » (cf. la chanson « Être une femme » de Michel Sardou) ; « La plupart des femmes d’aujourd’hui sont devenues des hommes d’autrefois. Le pire, c’est qu’à ce train-là, les hommes d’aujourd’hui risquent de devenir des femmes d’autrefois. » (Dominique et Julie dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 45) ; « N’oubliez pas que pour le monde, dorénavant, je suis Madame Dubonnet. […] Je serai une Madame Dubonnet insupportable, attendez-vous à subir une tyrannie féminine sans merci. » (Cyrille s’adressant à Hubert, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Tu vas dans le sens de l’histoire, maman. Partout les femmes prennent le pouvoir. » (Laurent à sa mère Suzanne, dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « Quand une femme a décidé quelque chose, tout arrive. » (Anamika, l’héroïne lesbienne, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 85) ; « Je veux de vous. Je suis la société ! » (Tante Eva parlant à Anthony, son neveu homosexuel qui se sent rejeté par la société, et qu’elle essaie de caser avec d’autres hommes, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; etc.

 

Quand le personnage homosexuel décrit sa chère et douce maman, on a l’impression qu’il fait le portrait d’un macho ou de son propre père (cette fois féminisé) : « Ma mère, c’est Schwarzenegger dopé aux OGM ! » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Tu vas trouver sa bête mais j’étais sur le net, j’ai vu ta mère sur Chat Roulette, j’ai appuyé sur ‘next’, j’ai flashé sur sa tête, j’ai vu ta mère sur Chat Roulette. Entre deux quéquettes. […] Je l’ai vue et j’ai tout de suite compris que ma vie prenait un tournant. Je dois reconnaître un petit air de famille et se n’est pas si déplaisant. Bientôt, j’irai là où tu as passé neuf mois. Bientôt, tu m’appelleras Papa. […] Tu m’avais dit que toutes les mères étaient des princesses. La tienne est une reine. Je vais l’aimer comme ma fille, ou ma sœur, ou mon père. » (cf. la chanson « Chatroulette » de Max Boublil)

 

La mère devient le centre de la famille et prend la place du père : cf. la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand (l’épisode 3 : « État secret »), le film « Pôv’ fille ! » (2003) de Jean-Luc Baraton et Patrick Maurin, le film « Ken Park » (2002) de Larry Clark, etc. Les rôles dans le couple hétéro ont été échangés par le héros homo, mais l’inversion n’a pas mis fin à la tyrannie pour autant : c’est juste le despote et son esclave qui ont échangé les masques. « Ma mère c’est mon père ; mon père c’est ma mère. » (une réplique du one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Je veux un couple comme toi et papa, où tu prends le dessus de suite ! » (Zize, le travesti M to F s’adressant à sa mère, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Je m’occupe de tout à la maison. On n’a pas besoin d’une fille. » (Laurent Spielvogel imitant sa maman qui rejette la petite copine d’un de ses fils, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Je l’empêcherai de te toucher. » (la maman de Davide, le héros homosexuel, lui parlant de son père, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; etc. Par exemple, dans le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Bobby : seul contre tous, 2009) de Russell Mulcahy, la mère du héros gay fait totalement écran à son mari. Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, le père de Gabriel (le héros homosexuel) n’a aucune autorité : « Elle a toujours tout régenté. » dira-t-il par rapport à sa femme. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, la mère de Joaquín est ultra-protectrice et diabolise le père devant son fils. Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Gabriele, le héros homosexuel, avoue que chez lui, pendant son enfance, c’est sa mère qui régentait tout. À cause de cela, son père a quitté le domicile familial. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Harge, le mari amoureux éconduit, est rejeté comme une merde par sa femme Carol, lesbienne, ainsi que par Abby, l’ex de sa femme. Il n’a que ses yeux pour pleurer.

 

Non seulement le protagoniste gay nous raconte que sa mère a pris la place de son père, mais en plus, on apprend qu’elle a tué son mari (cf. le film « Volver » (2005) de Pedro Almodóvar) et tous les associés à son sexe de « mâle ». Le personnage homosexuel a assisté au meurtre de l’homme par la femme phallique (cf. le film « Ronde de nuit » (2004) d’Edgardo Cozarinsky, le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon, etc.) : « Les voisines disaient qu’elle était devenue un homme. Elles avaient raison. Ma mère faisait sa révolution. Elle se libérait. Retrouvait sa jeunesse. Et pour cela, elle avait besoin de détruire notre monde, le centre de notre monde : mon père. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 34-35) ; « Ma mère m’a trop aimé. […] Maman me parlait toujours en mal de papa. » (cf. la chanson « Luca Era Gay » de Povia) ; « Elle s’est mise à insulter l’Innommable, comme d’habitude. » (Dany parlant de sa mère par rapport à son père, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « Enlevez le micro des mains de mon idiot de mari. » (Tessa, la mère de Rachel l’héroïne lesbienne, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « On fait jamais rien avec ton père, tu sais bien. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Est-ce que je fais de la dépression, moi ? Pourtant, j’aurais de quoi, avec le mari que j’ai… » (idem) ; etc. Cet assassinat n’est pas dû à une détestation claire et directe de la gent masculine, mais au contraire à une idolâtrie, une jalousie, un fanatisme idolâtre : « Vous rêviez toutes de cet homme, et vous l’avez écartelé. » (Magdalena parlant du Prince démembré par ses groupies, dans la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet)

 

Ce n’est pas uniquement le père du héros homosexuel qui est tué par la mère. Le prochain sur la liste, c’est le héros lui-même. Elle ne le tue pas nécessairement physique : elle le châtre plutôt, le castre, le mutile, l’anesthésie, brise en lui tout désir. « Mais je garde le meilleur pour la fin, mon petit Yvon. Le produit de la dernière salve du pendu marque aussi la fin de ta propre carrière de don Juan. Grâce à ce cocktail à base de mandragore pilée, tu ne pourras plus nuire à la gent féminine. Je t’ai coupé le sifflet. C’est fini, les prouesses libertines. Tu resteras impuissant jusqu’à la fin de ta vie. Ça t’apprendra à préférer les fillettes remplies de vin aux vraies femmes de chair et de sang. » (Groucha à Yvon le « beauf », dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 267) ; « Tu m’as castré. » (Stéphane à sa copine Lili, dans la pièce Le Clan des joyeux désespérés (2011) de Karine de Mo) ; « Alors oui, j’avoue monsieur le juge : je lui ai vraiment cassé les… Ah oui mais récemment hein, des œufs sur le plat… des œufs brouillés !! C’est arrivé un soir, clak, ahhhh il a hurlé, oui… À force de répéter que j’étais castratrice, et bien voilà oui, je le suis réellement devenu. […] En lui arrachant la bite je l’ai aidé à se transformer en femme, depuis le temps qu’il en rêvait ! » (la femme à propos de son ex-compagnon Jean-Luc, converti en homo, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Lui s’était, par accident, fait une irrémédiable mutilation dont on imagine la gravité, puisqu’il ne lui restait entre les jambes qu’un tout petit morceau sans rapport avec ce dont disposent même les plus indigents. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne parlant du patron du café, castré par sa femme, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 216) ; etc. La femme phallique rêve d’avoir un pénis, et est même prête à le couper à son fils pour se le coller sur elle. « Si ma baguette casse, que le grand crick me croque. » (cf. la chanson « L’Histoire d’une fée, c’est… » de Mylène Farmer)

 

Par exemple, dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel, la mère de Romain empoisonne son fils gay (elle met une surdose de médicaments dans son café pour l’endormir et le tuer). Dans la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe, la mère possessive de Mikel finit par assassiner son fils. Dans la comédie musicale Pacific Overtures (1976) de Stephen Sondheim, le spectateur entend une chanson racontant l’histoire d’une mère qui empoisonne son fils lentement et jusqu’à la mort. On retrouve la mère tueuse dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, dans la pièce Hamlet, Prince de Danemark (1602) de William Shakespeare, dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, etc. Dans la chanson « Bohemian Rhapsody » de Queen, Freddie Mercury chante que sa mère l’a tué : « Mama, just killed a man, put a gun against his head, pulled my trigger, now he’s dead. » Dans le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard, la mère de Thomas décide de supprimer l’instance de son fils cloné quand celle-ci ne correspond pas au fils idéal souhaité et qu’elle lui désobéit.

 

Si le héros homosexuel survit à cette dictature maternelle mortifère, il y laisse en général son désir amoureux et génital pour les êtres du sexe « opposé ». À travers son homosexualité, et son engagement d’adulte en couple homo, il recherche quand même le confort douillet, infantilisant et déréalisant de la mère. Le matriarcat a vaincu, et se perpétue en lui, même si en apparence sa mère n’est plus présente au milieu des amants. Chacun des deux membres du couple homosexuel veut aimer et être aimé de l’autre comme il imagine qu’une mère aime passionnément son petit enfant : « J’avais éveillé sa fibre maternelle – c’est un trait de mon caractère, je semble produire cet effet-là chez tous les gens que je rencontre ! » (Jean-Marc décrivant son amant Gerry, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 100) La lourdeur du matriarcat semble concomitante à beaucoup de relations amoureuses homosexuelles racontées dans les fictions !

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

À force d’être entourées de femmes dans leur famille, certaines personnes homosexuelles ont pu, à leur contact, développer par réaction une homosexualité. « Aujourd’hui, toutes les femmes me font horreur, et, plus que toutes, celles qui me poursuivent de leur amour ; elles sont malheureusement très nombreuses. En revanche, j’aime ma mère et ma sœur, de tout mon cœur. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 25 février 1929)
 

Tout au long du XXème siècle, les mouvements féministes, en lutte contre le « patriarcat hétérosexiste », et les mouvements de libération homosexuelle ont marché côte à côte (je vous renvoie en France aux nombreux croisements entre le FHAR – Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire – et le MLF – Mouvement de Libération des Femmes)… à tel point qu’on suspecte encore les associations féministes d’être des « repères de lesbiennes ». Même si le féminisme n’implique pas forcément la défense de l’homosexualité, on voit bien qu’il est une passerelle idéale au lesbianisme, ou du moins à la bisexualité.

 

Mouvements féministes

Mouvements féministes


 

Sans forcément en avoir conscience, aujourd’hui, les personnes homosexuelles, en cautionnant leur homosexualité et le couple homo sous les drapeaux du féminisme et du matriarcat social, défendent en réalité une asexualité, une surféminité de femmes phalliques qui ne respecte pas les femmes réelles, un déni de la castration, et donc des limites du Réel. Par exemple, dans le documentaire « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, certaines femmes féministes et lesbiennes sont en attente de la castration des hommes ; dans le documentaire « Se dire, se défaire » (2004) de Kantuta Quirós, Beatriz Preciado exprime l’envie d’avoir un pénis.

 

En janvier 1958, Lacan soutient que la plupart des individus homosexuels ont connu l’inversion des identités et donc des rôles entre leur père et leur mère : « C’est la mère qui se trouve avoir fait loi au père au moment décisif. » (Jacques Lacan, « Les formations de l’inconscient », Le Séminaire V, 1998, p. 210) Et cela est confirmé par certains d’entre eux: « Je suis allé voir une psy qui a voulu me faire comprendre que je suis PD et que je considère plutôt les femmes comme des mamans ou comme un trophée. Voila la résultante. Dans mon cas, c’est la mère sur-protectrice qui a joué le rôle du père. Et les femmes qui m’ont le plus excitées étaient des femmes à poigne, fortes, des femmes qui me disent non qui me résistent, qui sont masculines dans leur façon de penser, des femmes qui renvoient de la perversité – oui c’est le mot ! – ou des femmes qui me renvoient l’image de père. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) Tout concorde pour montrer que l’homosexualité prend racine dans la politique parricide d’une mère cinématographique abusive, d’une hyène de films pornos… et parfois d’une mère biologique machiste réelle. « J’appartenais à ma mère, selon la logique matriarcale. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 14) ; « Éric est victime de la ‘revendication virile’ de sa mère, celle de posséder le pénis. Chez une femme, cette revendication est d’abord d’ordre narcissique : quand elle découvre qu’elle ne possède pas le pénis, les petites filles se sentent humiliées. La mère a tendance à ‘déviriliser’ son fils, comme si elle s’emparait de sa virilité pour son propre usage, pour devenir l’homme qu’elle n’est pas. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les homosexuels (1996), p. 38) ; « Je sais bien que je suis la mère d’un enfant anormal. » (Estelle, la mère de Stéphane, homosexuel, dans l’autobiographie Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014) de Paul Veyne, p. 239) ; « J’accuse aujourd’hui ma mère d’avoir fait de moi le monstre que je suis et de n’avoir pas su me retenir au bord de mon premier péché. Tout enfant, elle me considère comme une petite fille et me préfère à ma sœur, morte aujourd’hui. De mon père, j’ai le souvenir lointain d’un officier pâle, doux, presque timide, perpétuellement en butte aux sarcasmes de son épouse. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 75) ; « Au départ de presque toutes ces lamentables existences, il y a les mères. Les petites vies étriquées de ces êtres qui vivent à deux ou se contentent des sordides aventures d’urinoirs sont les résultats de la bonne éducation, les fruits de leçons trop bien suivies sur la crainte du péché, les dangers de la femme, tout ce qui fait la honte d’une religion mal comprise. Cette haine de la femme et cet excessif attachement à la mère, je les ai connus et je sais qu’ils peuvent, par instants, atteindre à la véritable névrose. Encore aujourd’hui, je ne suis pas tout à fait habitué à l’absence de ma mère et, lorsque je suis loin d’elle, je cherche à la joindre par téléphone et lui écris tous les jours. C’est elle, cependant, qui est en grande partie responsable de mon état misérable, par la façon dont elle m’a obligé à vivre constamment sous son sillage. L’opinion que je me suis formée sur les femmes, je la dois selon moi, à ma mère : elle avait un caractère si malheureux que j’en suis arrivé maintes fois à me dire que mon angoisse vient de la crainte de tomber sur une femme semblable à elle. » (idem, p. 104) ; « Le taux considérablement supérieur d’homosexualité masculine s’explique par le fait que ce sont essentiellement les femmes qui ont la garde des enfants, d’où la difficulté pour le garçon d’acquérir une identité masculine faute d’un modèle à admirer et imiter. » (Thomas Montfort, Sida, le vaccin de la vérité (1995), p. 21) ; etc.

 

Par exemple, dans l’émission 100% Politique de Patrick Buisson traitant du « communautarisme gay » sur la chaîne LCI en 2003, le romancier homosexuel Guillaume Dustan explique que l’homosexualité masculine vient du fait que les individus gays ont eu « peur de leur mère » : « Je pense que ma mère était beaucoup plus meurtrière à mon égard que mon père. Ma mère, elle voulait vraiment vraiment vraiment ma mort. »

 

L’action homosexualisante que peuvent avoir certaines mères vis à vis de leur fils ou de leur fille n’est pas tant une homosexualisation qu’une asexuation ou une inversion de sexes (ce n’est qu’après avoir été modifié dans son identité que la personne homosexuelle se posera la question de son désir sexuel) : « Je suis la dernière d’une fratrie de 3 enfants et seule fille. Ma mère m’a toujours considérée comme son ‘troisième fils’. Il en a résulté une garçonnisation volontaire de sa fille : elle m’habillait comme mes 2 frères, me faisait raser les cheveux à la tondeuse chez le coiffeur du village, disait à tout le monde que j’étais un ‘véritable garçon manqué’. Et ce travestissement de mon enveloppe corporelle était si réussi, que les gens qui ne me connaissaient pas me disaient ‘Bonjour mon garçon’. À chaque ‘bonjour garçon’, je sentais le couperet de la guillotine me tomber sur la nuque. J’avais honte de ce à quoi je ressemblais, mais je ne pouvais lutter car ma mère était violente avec moi si je tentais de me rebiffer. Alors, j’ai fini par adopter les codes des garçons : marcher comme un mec, parler comme mon père et mes frères, regarder les filles comme mon père et mes frères les regardaient, me battre avec les copains comme un vrai mâle. Il arrivait même que des filles de mon âge qui me voyaient pour la 1ère fois soient troublées par moi et tombent sous mon charme. Alors, je les séduisais. Ce travestissement a duré jusqu’à l’âge de 12 ans, âge où ma mère m’a mise à l’internat pour filles. Le jour de la rentrée, j’entends encore raisonner en moi la parole méchante et ironique dite avec un rictus moqueur ainsi qu’un léger pouffement de rire de la part du père d’une fille ‘tiens, y’a des garçons dans cet internat ?’. Là, je me suis dit ‘c’en est trop, je veux être une fille’. Quelque mois après, je suis tombée follement amoureuse de ma prof de français à l’internat. Belle femme douce, féminine et ferme. Tout l’opposé de ma mère. Et ça a été le point de départ d’une lutte tenace pour m’affranchir de la méchanceté de ma mère. Mais j’ai réussi à devenir une belle femme. Dans mon entourage, personne ne connaît mon combat et cet attrait si puissant pour les femmes. » (une amie lesbienne, Valérie, 31 ans, qui m’a écrit ce mail en 2012)

 

Par exemple, dans l’émission Infra-Rouge intitulée « Souffre-douleurs : ils se manifestent » diffusée sur la chaîne France 2 le 10 février 2015, le jeune Lucas Letellier, lycéen se disant « homosexuel », témoigne du harcèlement scolaire qu’il a subi, aux côtés de sa mère, une femme agressivement gay friendly, qui, derrière un soutien expansif, marque bien son territoire (et le fils ne s’en révolte même pas !) : « T’es toujours mon grand bébé quand même ! »
 

Autre exemple : la mère de Charles Trénet a empêché le mariage de son fils homosexuel avec la femme qu’il aimait, Monique Pointier. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand Bonello est obsédé par le monde de la peinture : « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. » (la voix-off de la mère de Bertrand, parlant de son fils) Il rêve de fuir sa réalité pour pénétrer dans les toiles, et sa mère l’a initié à cette drogue : « C’était comme une maison de poupées. Un théâtre de marionnettes. On passait des heures devant les agneaux à deux têtes. Il était bouleversé. Nous étions en plein syndrome de Stendhal. Ivres de beauté. Il voulait vivre là. À côté. Et moi j’étais là, sans savoir quoi faire. C’est dans un musée que j’ai senti que mon fils était un homme. » (la voix-off de la mère de Bertrand)
 

L’idéal féminin de nombreuses personnes homosexuelles est une mère symbolique castratrice : « À Vienne, Gustave Klimt, à Paris, Regnault, le jeune prix de Rome ami de Mallarmé, Gustave Moreau dont c’est le cœur de la mythologie intime, à Londres Oscar Wilde et Aubrey Bearsley, en Allemagne von Stuck, en Belgique Delville, Toorop, Mellery ou Ferdinand Knopff : tous ont été obsédés par le thème de la femme destructrice. Ce ne sont qu’Hérodiades, Salomés et Judiths, que femmes thraces déchirant le corps d’Orphée ou contemplant rêveusement sa tête coupée. On retrouve, en costumes 1900, les mêmes redoutables et sataniques amazones dans les romans de l’époque : chez D’Annunzio (Il Triomfo Della Morte), chez Pierre Louÿs (La Femme et le pantin) ou Octave Mirbeau (Le Jardin des supplices). L’homme – ou ce qu’il en reste : la tête, belle, douloureuse et asexuée – est donc chaque fois la victime d’une femme et comme prédestiné à l’être par ses aspirations célestes et sa nature ambiguë. » (Françoise Cachin, « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau », Bisexualité et Différence des sexes (1973), pp. 84-85) ; « Ma mère était assez violente, peut-être plus que mon père, en réalité, et dans la seule confrontation qui, à ma connaissance, les opposa physiquement, ce fut elle qui le blessa, en lançant sur lui le bras du mixeur électrique qu’elle était en train d’utiliser pour préparer une soupe : le choc fut tel qu’il en eut deux côtes fêlées. Elle est assez fière de ce fait d’armes, d’ailleurs, puisqu’elle me l’a raconté comme on raconte un exploit sportif. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 81)

 

Il n’est pas exagéré de parler de meurtre symbolique du père ou de l’homme dans notre société. Cela n’a pas exactement à voir avec la question de la « masculinité » (ou même du « genre », cette nouvelle entourloupe idéologique trouvée par les Queer & Gender Studies pour maquiller ce meurtre castrateur de la « domination masculine » orchestrée par une société du « tout génital sans le sexuel » ; c’est pourquoi je ne suis pas complètement d’accord avec Élisabeth Badinter quand elle écrit dans son essai X Y de l’identité masculine (1992) que « les crises de la masculinité naissent dans les pays à la civilisation raffinée, où les femmes jouissent d’une plus grande liberté qu’ailleurs. », p. 25). Il s’agit plus d’une crise de la sexuation que de la masculinité. Cela dit, l’étude que mène Badinter est très pertinente par rapport au thème du parricide et de la misandrie : elle a relevé que dans les romans du XXème siècle, la figure de « l’homme qui pleure » était particulièrement récurrente. Cette tendance au massacre du cœur des hommes via l’humiliation des hommes-objets (= c’est le système des poupées vaudous) s’observe aussi dans les films et les publicités, où les hommes et les pères s’en prennent plein la figure, et sont montrés comme des gros bébés immatures. L’homosexualité sera la proposition sociale fleurie, la méthode douce, pour tuer le père à petit feu, l’air de rien. « Pour nous, les enfants, il y avait entre nos parents comme une cloison étanche. Pour moi, de onze à quinze ans, il y eut deux mondes sans communication possible. Le monde de la mère et le monde du père. Incompatibilité renforcée par la division politique : le monde de la mère gaulliste et le monde du père collabo. Mais la division politique restait secondaire par rapport à la coupure morale décidée par notre mère, veto originel et d’autant plus fort, d’autant plus paralysant qu’il n’était pas exprimé. Affreuse oppression du non-dit.[…] Je m’obligeais en moi-même à rester étranger à celui que ma mère me désapprouvait de continuer à reconnaître pour mon père. » (Dominique Fernandez, Ramon (2008), pp. 36-37) ; « J’avais intériorisé l’interdit maternel. […] Amoureux de mon père, je l’ai toujours été, je le reste. Ma mère, je l’ai admirée, je l’ai crainte, je ne l’ai pas aimée. Lui, c’était l’absent et c’était le failli, l’homme perdu, sans honneur. C’était le paria. » (idem, p. 45)

 

Par exemple, en me rendant à la projection d’un navet tel que « La Croisière » (2011) de Pascale Pouzadoux, je n’ai pas eu de mal à voir quelle mauvaise pente veulent nous faire prendre beaucoup de productions cinématographiques actuelles. Dans ce film, on ne nous montre que des hommes émasculés : entre les curés frustrés sur le point de se défroquer, les hommes qui reçoivent des bouchons de champagnes dans les couilles, les maris qui délaissent leur femme et oublient leur anniversaire, les types qui s’égarent à tout jamais dans les toilettes, les chefs qui démissionnent de leur poste (Alix dira au capitaine du bateau, Jean Benguigui, qui veut fuir son navire, qu’il « ne sert à rien »), les queutards menottés et réduits au silence, les mecs défigurés sur des civières… le tableau de la gent masculine n’est pas brillant ! Symboliquement, c’est le désir masculin tout entier qui est mis à mort. Et bien sûr, les femmes toutes-puissantes, avec plusieurs maris ou/et célibattantes, ont le dernier mot ! Le seul homme (Raphaël) qui va trouver grâce aux yeux de ces despotes femelles, et qui réussit à tirer son épingle du jeu dans le film, il sera dans l’obligation de se travestir. Mieux : de s’homosexualiser ! Hortense, au moment de tomber amoureuse de lui, conclura : « J’ai envie d’être homosexuelle… avec un homme. » On a là la démonstration par a + b d’une parfaite homosexualisation par le matriarcat !

 

Dans la pièce Desperate Housemen (2010) de Stéphane Murat, les comédiens évoquent la féminisation de la société et des « auteurs » littéraires actuels, tels que Marc Lévy ou Guillaume Musso, qui, pour leurs titres de romans, ne choisissent que des questionnements très féminins : Seras-tu là ?, Où es-tu ?, Que serais-je sans toi ?, Je reviens te chercher, etc.

 

On constate, chez les sujets homos, que l’influence maternelle dans l’affirmation future de leur homosexualité, est en général capitale. Par exemple, certains hommes gays ont été habillés dans leur enfance en fille par leur mère : c’est le cas de Gabriele D’Annunzio, Félix Youssoupov, Oscar Wilde, Federico García Lorca, André Gide, etc. « Lors de la naissance d’Oscar, lady Wilde n’a pas voulu accepter l’idée que le destin pût lui donner un autre garçon. Pour elle, ce second enfant est une fille et c’est en fille qu’elle l’élève : elle fait de lui sa compagne ; surtout, elle l’exhibe, le caresse, le guide comme une petite fille. Il n’a pas de jeux de garçon : ondulé, paré, parfumé et pur, il fait de la tapisserie. Pour lui, son père est laid, sale, débraillé, puant l’alcool. Quant à son frère Willie, il n’est qu’un vice incarné. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 75) ; « C’est ainsi qu’au plus secret de moi-même, dès mes premières années d’enfance, j’ai voulu imiter ma mère ; par instinct, mais aussi par orgueil, je me suis comporté en femme. » (idem, p. 80)

 

Le dressage castrateur ne se limite pas aux vêtements. Ce sont l’attitude, la gestuelle, la sociabilité, qui se coulent dans le moule maternaliste. « C’est elle qui souvent rappelait à l’ordre son fils lorsqu’il se servait de sa voix basse. » (Sandor Ferenczi concernant le cas d’une mère de fils homosexuel, « Le Rôle de l’homosexualité dans la pathologie de la paranoïa » (1911), cité dans l’ouvrage collectif L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 413)

 

Les mères des personnes homosexuelles sont autant celles qui habillent leur fils en fille que celles qui les force à incarner, par purisme sexiste, l’« éternel masculin », qui ne supportent pas le moindre écart de conduite appartenant soi-disant uniquement aux membres de l’autre sexe (ex : « Les garçons, ça ne pleure pas » ; « Les filles, c’est sensible et ça ne cherche pas la bagarre »), qui sacralisent la différence des sexes de manière rigide et bourgeoise : « Elle détestait particulièrement les chochottes. » (Frédéric Mitterrand en parlant de sa mère, dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), p. 89) ; « La plupart du temps ils me disaient ‘gonzesse’, et ‘gonzesse’ était de loin l’insulte la plus violente pour eux. […] Même ma mère disait d’elle ‘J’ai des couilles moi, je me laisse pas faire’. » (Eddy Bellegueule dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 30) ; etc. Et à ce titre, le jugement de Badinter « Les hommes sont plus homophobes que les femmes. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), p. 177) mériterait, à mon sens, d’être revu…

 

Pour continuer dans cette lancée, on observe que l’homosexualité est souvent le fruit d’une castration, d’une humiliation imposée par la maman. Par exemple, dans l’autobiographie d’Abdellah Taïa Une Mélancolie arabe (2008), Slimane, homosexuel, a été battu par sa mère, « une vieille femme autoritaire » (p. 106), durant son enfance. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, la mère de Chiron, le jeune héros homosexuel, se moque de lui et de sa « démarche » efféminée.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Cette mère incestueuse qui homosexualise, choie, et soumet, peut tout à fait être un homme, un père, ou tout simplement jouer à l’homme en s’homosexualisant. Par exemple, toujours dans Une Mélancolie arabe, Taïa se dit « protégé par un père tendre et une mère un peu sorcière. » (p. 31) Le matriarcat n’a pas de sexe ; c’est avant tout un désir machiste, incestueux, qui écoute tout mais qui n’entend rien. Qu’il soit appliqué par un homme ou femme, peu importe, finalement.

 

Il n’y a pas que les hommes réels qui pâtissent de la propagande des amazones phalliques. Le pire, c’est que ce sont aussi les femmes réelles qui sont victimes des revendications de ceux (les « féministes », les filles à pédés, les femmes lesbiennes, les mères vengeresses, les hommes et des femmes surprotecteurs) qui prétendent les défendre. Le sexisme pro-femmes ou pro-mères fait des dégâts collatéraux, et instille la misogynie dans les veines de nombreux êtres humains (futurs homosexuels ?) : « Durant ce temps, ma mère ne cesse de tisser autour de ma vie d’enfant un véritable cocon de tendresse mais se garde bien de m’élever en garçon. […] Je n’avais aucune pensée sexuelle à l’égard de l’autre sexe car, pour moi, un être féminin était neutre et je n’aurais su que faire avec lui ; toute femme, pour moi, à cette époque, était une mère. Je surpris néanmoins, un soir, à la campagne, une jeune fille qui se baignait dans un ruisseau, n’ayant pour tout vêtement que sa chemise. Je n’eus pas le courage de regarder bien longtemps et je m’enfuis chez moi pour conter, en toute sincérité mon aventure… à ma mère. C’était la première fois, au cours de mes douze années d’existence, qu’il m’avait été donné d’approcher une femme inconnue… surtout dans une tenue aussi sommaire. Ma mère me fit la morale et brossa pour moi un tel tableau physique et moral des femmes que je n’en dormis pas de la nuit : la femme, la jeune fille… êtres abjects, lâches, sans hygiène ; la nudité… quelle horreur !… surtout chez la femme, cet être perpétuellement maudit… C’est ainsi que, par suite des extraordinaires révélations de ma mère, le sexe féminin me fut à jamais interdit alors que cette même occasion aurait pu doucement me le révéler… […] Tout en me chérissant, ma mère me présentait les relations avec l’autre sexe comme un mal immoral. […] Hormis ma mère, la bonne et la cuisinière, je ne voyais jamais de femmes… et encore moins de petites filles. […] Si, dans une famille, la mère est la plus forte, les enfants se disent alors : ‘Je voudrais être une femme, pour dominer et conquérir avec ces mêmes armes.’ » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, parlant de ses premières années, à 9-12 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, pp. 76-78) ; « Mon père a eu une très mauvaise influence sur mon adolescence. Et ma sœur et moi, nous avons été élevées dans la haine du père. Par ma mère, d’ailleurs, qui nous a montées contre notre père. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta)

 
S'HOMOSEXUALISER June
 

Le problème de cette agression féministe/maternante, c’est qu’elle s’annonce sous les hospices de la douceur, de la mode, de la sensibilité, de l’écoute « participative », de l’amour, de la sécurité. « Toute ma vie des femmes auront monté la garde autour de moi. » (Pascal Sevran, Le Privilège des Jonquilles, Journal IV (2006), p. 41) ; « Les garçons manqués […] sont d’authentiques casse-cou. Moi, bien au contraire, je dois rester tranquille dans mon coin et surtout ne pas remuer trop d’air parce qu’on craint toujours qu’il m’arrive un accident. […] Ma mère est inquiète […] Mon père n’est pas en reste. Quand on se promène, je ne peux pas accélérer un tant soit peu l’allure sans que je l’entende prophétiser derrière moi : ‘Tu vas tomber’, et je tombe, en effet, comme si j’avais à cœur de lui donner raison. […] On m’élève dans du coton comme si je risquais de me briser. On veille constamment à ce qu’il ne m’arrive rien de fâcheux. Et on ne cesse de me répéter que c’est parce qu’on aime beaucoup l’enfant gâtée que je suis qu’on agit ainsi. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 51-52) La mère d’enfant homosexuel n’est pas tant violente d’avoir été sciemment méchante que d’être sincère et trop aimante. C’est la violence troublante de l’inceste, celle qu’on n’attend pas étant donné sa proximité, sa familiarité, sa beauté. « La bonne mère est naturellement incestueuse et pédophile. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), p. 76) ; « Jocaste a-t-elle su et voulu vivre l’inceste avec son fils ? Les femmes d’aujourd’hui veulent-elles et savent-elles ce qu’elles font en prenant la première place auprès de leur enfant ? Ont-elles connaissance de ce qu’elles déclenchent ainsi chez leurs fils, chez leurs filles ? Ces femmes qui disent le plus naturellement du monde, en parlant de leur fils ‘il fait son Œdipe’, pensent-elles une minute ‘et moi je fais ma Jocaste’ ? Si Œdipe est considéré comme le modèle universel de l’homme, Jocaste ne peut-elle pas être tenue pour le mythe éternel de la femme-mère ? » (Christiane Olivier, Les Enfants de Jocaste (1980), p. 12) Une trop grande sollicitude maternelle peut engendrer plus tard une misanthropie, un rempli narcissique d’ordre sexuel (= l’homosexualité), chez le fils surprotégé : « Lorsque j’étais enfant, nous habitions un quartier appelé Marrac ; ce quartier était plein de maisons en construction dans les chantiers desquelles les enfants jouaient ; de grands trous étaient creusés dans la terre glaise pour servir de fondations aux maisons, et un jour que nous avions joué dans l’un de ces trous, tous les gosses remontèrent, sauf moi, qui ne le pus ; du sol, d’en haut, ils me narguaient : perdu ! seul ! regardé ! exclu ! (être exclu, ce n’est pas être dehors, c’est être seul dans le trou, enfermé à ciel ouvert : forclos) ; j’ai vu alors accourir ma mère ; elle me tira de là et m’emporta loin des enfants, contre eux. » (Roland Barthes, « Un Souvenir d’Enfance », Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 111)

 

Michel Schneider, dans son excellent essai La Confusion des sexes (2007), nous parle de la « politique maternaliste du non-sexe » (p. 23) que nos sociétés actuelles mettent insidieusement en place, du « maternalisme désexualisant » (idem, p. 27), celui qui nous prive de désir (du Désir) : « Les familles se structurent de plus en plus autour des femmes (en cas de séparation, l’enfant et la résidence sont presque toujours confiés à la mère). » (idem, p. 82) ; « Les mères feraient-elles des maîtres moins tyranniques que les pères ? Le pouvoir moderne serait-il moins absolu d’être exercé par des femmes ou par des hommes s’inspirant de ce qu’ils pensent être des vertus maternelles ? Mais d’où tire-t-on de l’Histoire l’idée que la politique serait une histoire d’amour, une affaire de cœur ? N’y a-t-il pas là dénégation du lien fondamental entre le pouvoir et la violence, entre la politique et la mort ? » (idem, p. 36) Éric Zemmour va le sens de Schneider quand il écrit que l’uniformisation des rapports femme-homme participe d’un même asexuation sociale à visage maternel : « Il n’y a plus d’hommes, il n’y a plus de femmes, rien que des êtres humains égaux, forcément égaux, mieux qu’égaux, identiques, indifférenciés, interchangeables. […] on suggère la supériorité évidente des ‘valeurs’ féminines, la douceur sur la force, le dialogue sur l’autorité, la paix sur la guerre, l’écoute sur l’ordre, la tolérance sur la violence, la précaution sur le risque. […] La société unanime somme les hommes de révéler la ‘féminité’ qui est en eux. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), p. 10) ; « Le patriarcat, c’est l’accumulation des petits et grands secrets, pour se forger en dehors de la mère ; le matriarcat, c’est la transparence, la mise à mort de tous les secrets, la fusion placentaire. Comme dans tout régime totalitaire, le secret, voilà l’ennemi. L’homme finit par s’y résoudre. C’est lui qui doit guérir. Qui doit se transformer. Qui doit lier désir et sentiment, sexe et famille, pulsion et fidélité. C’est l’homme qui doit devenir une femme. » (idem, p. 47)

 

Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner, dans Le Nouveau désordre amoureux (1977), évoquent à juste titre le culte moderne non de la « Surfemme » mais plutôt du « Surhomme féminin » (p. 83). Ce n’est pas un hasard si, dans l’esprit et le discours d’un certain nombre de personnes homosexuelles, la mère est confondue avec la femme-objet macho (partiellement incarnée en la personne transsexuelle, la prostituée, ou la femme lesbienne) : « À la fête de l’Huma, j’étais à côté d’une transsexuelle, à la peau bleutée. Rapprochement inconscient avec ma mère. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 42) ; « Lorsque j’ai eu 40 ans, elle m’a dit : ‘Maintenant, tu fais ce que tu veux, mais, surtout, ne dis rien à ton père, ne lui montre jamais que tu es comme ça, il va dire que c’est de ma faute, que je suis une prostituée. » (Brahim Naït-Balk citant sa mère, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), p. 89) ; « Je t’avais demandé ce que voulait dire le mot ‘pute’. Tu m’avais expliqué que c’était une femme qui se donnait aux hommes contre de l’argent. Et sans que j’insiste, tu as voulu préciser ce que signifiait puto, pute au masculin. Tu m’as dit que c’était de cette façon qu’un homme allait par plaisir avec un homme, mais qu’il devait payer. Je t’ai demandé pourquoi. Tu m’as dit que ces hommes-là étaient généreux. Je ne comprenais toujours pas. » (Alfredo Arias à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 161) ; « Tu me rappelais souvent que le premier mot que j’aie prononcé était ‘pute’. » (idem, p. 164) ; « Lito [une femme transsexuelle transformée en homme] avait fait converger toutes ses forces dans le but unique d’imiter sa mère. Dans l’intimité, il s’habillait comme elle. Il interprétait le répertoire lyrique qui avait fait la gloire de Katia. Elle acceptait volontiers cet hommage filial et le miroir qu’il lui tendait : elle se voyait plus jeune et, grâce à ce subterfuge, elle parvenait à se croire éternelle. » (Alfredo Arias, idem, p. 291) ; « J’avais seize ans quand ma grand-mère est venue voir ma première pièce représentée, avec les meilleures comédiens argentins. Une des vieilles comédiennes avait été sa maîtresse. » (Copi évoquant sa grand-mère lesbienne, dans l’article « Entretien avec Michel Cressole : Un mauvais comédien, mais fidèle à l’auteur » de Michel Cressole, le journal Libération du 15 décembre 1987) ; « Ma mère passait la soirée chez la voisine. Elle rentrait ivre avec la voisine, elles se faisaient des blagues de lesbiennes ‘Je vais te bouffer la chatte ma salope. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 66)

 

L’homosexualité est bien un désir machiste peinturluré de rose, un rose souvent porté et défendu par les femmes, les mères, et les hommes faibles. « Ma mère m’a soupçonnée d’être lesbienne avant que je ne le sache moi-même. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne (2010) de Natacha Chetcuti, p. 67) ; « Elle passait la soirée chez la voisine. Elle rentrait ivre avec la voisine, elles se faisaient des blagues lesbiennes ‘Je vais te bouffer la chatte ma salope’. » (Eddy Bellegueule à propos de sa mère, dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p.66) Et ce désir machiste n’est pas réellement sexué, puisqu’il concerne aussi les femmes lesbiennes, niées dans leur féminité et masculinisées, quelque part : « Nous autres voulons dans notre folie faire de la femme un instrument de pensée logique, nous lui apprenons tout ce qui est possible. Je trouve cela catastrophique. Nous masculinisons les femmes de telle sorte qu’à la longue la différence sexuelle et la polarité disparaissent, que nous voulions tant les masculiniser qu’avec le temps la différence entre les sexes, la polarité disparaîtra. Dès lors, le chemin qui mène à l’homosexualité n’est pas loin. Nous masculinisons également trop notre jeunesse. Il est catastrophique qu’un jeune soit raillé au-delà de la normale parce qu’il est amoureux d’une fille, que pour cette raison on ne le prenne pas au sérieux, qu’on le prenne pour un faible. ‘Il n’y a que des amitiés de garçon. Ce sont les hommes qui décident sur terre’, lui dit-on. L’étape suivante, c’est l’homosexualité. J’estime qu’il y a une trop forte masculinisation dans l’ensemble du mouvement[nazi], et que cette masculinisation contient le germe de l’homosexualité. » (Himmler, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, pp. 260-263) ; « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 
 

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Code n°168 – Tante-objet ou Maman-objet

tante-objet

Tante-objet ou Maman-objet

 

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

L’homosexualité latente (la tante ?) des personnes homosexuelles

 

TANTE 1

 

Petite devinette : Vous êtes vous déjà demandés pourquoi les personnes homosexuelles gays étaient couramment surnommées « les tantes » ? Si vous n’avez pas la réponse, cet article est fait pour vous !

 

Dans les œuvres homo-érotiques, la tante-objet prend une place considérable. Et c’est assez fascinant à observer. Cela peut correspondre à une certaine réalité. Certaines personnes homosexuelles ont été très influencées par une tatie de leur entourage proche, se sont reconnues en elle, et senties immédiatement solidaires de « l’extra-terrestre de la famille » (un peu bisexuel…). Cette femme indépendante est souvent considérée comme la « mère de cœur », celle qui a fait naître chez elles la fibre artistique et le désir homosexuel. Mais la tante-objet n’est pas toujours une personne ayant existé dans le réel : elle est parfois simplement une actrice adulée, ou bien une femme-objet cinématographique semi maternelle semi fraternelle, avec qui on ne peut décemment pas avouer un inceste. Il vaut mieux, en ce qui la concerne, simuler un éloignement de convenance : alors quoi de mieux qu’une tante plutôt que la cousine, la mère, ou la sœur, pour le faire !

 

Le code de la tante montre que le désir homosexuel est un désir incestueux, mais qui a su camoufler sa violence par l’esthétique, l’humour et l’art.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mère possessive », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Actrice-traîtresse », « FAP la ‘fille à pédé(s)’ », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Poupées », « Femme fellinienne géante et pantin », « Amant modèle photographique », « Femme et homme en statues de cire », « Vierge », « Grand-mère », « Bergère », « Bourgeoise », « Reine », « Mariée », et à la partie « Maman-putain » du code « Matricide », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

a) La tante-objet :

TANTE 2

Pièce « Tante Olga » de Michel Heim


 

Le personnage homosexuel a une tante de qui il se sent très proche. C’est le cas dans la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet (avec Tata Louise), le film « Œufs de l’Autruche » (1957) de Denys de La Patellière, le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec Malik, le héros homosexuel, entouré de ses tantes), le film « Sexe, gombo et beurre » (2007) de Mahamat-Saleh Haroun (avec la tante de Dany), les films « Unsere Tollen Tante » (1961) et « Unsere Tollen Tante In Der Südsee » (1963) de Rolf Holsen, le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling, le film « Sometimes Aunt Martha Does Dreadful Things » (1971) de Thomas Casey, le film « Tatie Danièle » (1989) d’Étienne Chatiliez (avec la grande-tante odieuse et homophobe vis à vis de son petit-neveu gay Jean-Marie), le film « Quand je serai star » (2004) de Patrick Mimouni, le film « Hu-du-men » (1995) de Shu Kei, la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi (avec la tante Louise), le roman L’Amant des morts (2008) de Mathieu Riboulet (avec Jérôme et ses tantes), les chansons « Zizi » et « La Tapette en bois » de Fernandel, le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (avec la tante Lénore de l’héroïne lesbienne Peyton), le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León (avec la tante Flor du héros homosexuel Miguel), le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino (avec Hugo, le héros homosexuel, et sa tante Olivia), le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (avec la tante Arlette de José, le héros homo), le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander (avec la tante Marianne), la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan (avec la tante Faith de John le héros homo), etc. Et « tante » ou « tata » est souvent synonyme d’ « homosexuel » : c.f. la chanson « Les petits soldats de Guillaume » d’Émile Soubeiran.

 

Dans le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011), Ali Bougheraba interprète à un moment le rôle d’un gay, Fayçal, qui danse sur les tables de mariage, en mettant les pieds dans les plats, entouré de ses tantes qui lui balancent des boulettes de viande : « Mes tantes, elles étaient fières de moi ! » Dans le film « Je préfère qu’on reste amis » (2005) d’Éric Toledano et Olivier Nakache, la Tante Huguette se prend d’affection pour son faux neveu Claude. Dans le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, la poule Mireille est présentée comme la mère de substitution d’Ernest. Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le travesti Line est tentée d’aller « visiter une vieille tante » à elle. Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, la tante Vesta, de Ed, est insupportable, une harpie de maison de retraite. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, la Tante Marcella – tante d’Elio le héros homo – est une pipelette très extravagante et intrusive.

 

On retrouve l’homme déguisé en vieille dame ou en tante-objet dans de nombreux films homo-érotiques : cf. le film « Where’s Charley ? » (1926) de David Butler, le film « La Marraine de Charley » (1935) de Pierre Colomber, le film « La Marraine de Charley » (1959) de Pierre Chevalier, le film « Charley’s Tant » (1926) de Ellis Ellis, le film « Charley’s Big-hearted Aunt (1940) de Walter Forde, le film « Charleys Tante » (1934) de Robert A. Stemmle, le film « Charleys Tante » (1956) de Hans Quest, le film « Charleys Tante » (1963) de Geza von Cziffra, le film « La Tía De Carlos En Mini-Falda » (1968) d’Augusto Fenollar, le film « La Tía De Carlos » (1980) de Luis María Delgado, le film « La Zia Di Carlo » (1942) d’Alfredo Guarini, le film « La Tía De Carlitos » (1953) d’Enrique Carreras, le film « Charleys Tante » (1959) de Poul Bang, le film « Une Soirée étrange » (1932) de James Whale, le film « Meine Tante, Deine Tante » (1956) de Carl Boese, le film « Ma Tante » (1958) de Morton Da Costa, etc.

 

La particularité de cette tante-objet, c’est qu’elle a généralement une forte personnalité, elle est indépendante, un peu fille légère, garçon manqué voire même femme à hommes, artiste, danseuse, cantatrice, prostituée, ou transsexuel. C’est celle par qui le scandale arrive. Je pense à la Tata Louise dans la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, à la tante de Lénine (ex-chanteuse de cabaret) dans le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman, à la « Tatie Pop Art » (fumeuse, chanteuse, et qui a avorté onze fois !) de Laurent Lafitte, à la tante (femme du show biz) de l’héroïne lesbienne Florence dans la pièceConfidences (2008) de Florence Azémar, etc. « C’est ma grande tante. Elle habite dans le Finistère. Elle fait du slam en breton. » (Frédérique Quelven dans son one-woman-show Nana vend la mèche, 2009) ; « Tu te souviens de Greta, elle aimait boire et danser, et s’amuser ? Les bébés vous empêchent de faire tout ça. » (Karl Becker s’adressant à sa femme Heike, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 64) ; « Greta aimait chanter, danser et boire. Moi aussi j’aimais chanter, danser et boire, mais je ne le savais pas avant de connaître Greta. » (Frau Becker s’adressant à Jane en lui décrivant Greta, la mère d’Anna, idem, p. 212) ; « T’as pas un frère homo ? un tonton ? une tata ? » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Elle me plaît pas, ta tante Odette. […] Odette, elle a un problème : elle est narcissique. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « J’ai à peu près les mêmes goûts musicaux nuls que ma tante Sally qui adore les comédies musicales. » (Bram, le héros homo, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony, l’un des héros homosexuels, maintient un lien fusionnel avec sa tante, Eva. Et celle-ci le lui rend bien : « Je suis une femme. Et je ne peux rien sans mon neveu. » Quand ce dernier se sent rejeté par la société, elle l’engloutit complètement : « Je veux de vous. Je SUIS la société. » Elle lui prépare même ses amants, comme une mère-maquerelle (elle lui présente « la marchandise »). Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine idéalise la grande tante Lucie : « Sa tante Lucie est restée vierge. » avant de découvrir la vérité : « Cette salope… Elle a couché avec son fils. Moi qui la croyais vierge ! » Dans le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, une tante lesbienne raconte un conte à son petit neveu pour lui faire croire à son histoire d’amour interdite.
 

TANTE 5 Lio

Film « La Robe du soir » de Myriam Aziza


 

La tante-objet n’est pas obligatoirement la tante de sang du héros homosexuel : il suffit qu’elle soit du monde du spectacle ou de la danse pour qu’il la considère de sa propre famille. Je pense par exemple à la cantatrice Vittoria Scognamiglio dans le film « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, à Dominique Blanc la lesbienne et apprentie danseuse dans le film « Milou en mai » (1989) de Louis Malle, à la danseuse du film « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti, etc. Le personnage homo dans le cinéma maghrébin des années 1950-60-70 est en général l’adjuvant d’une chanteuse/danseuse ; c’est la remarque que m’a faite un de mes amis gay, spécialiste du monde arabe. Dans le genre tante tout feu tout flamme, il y a Brigitte la cousine de Zac dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, une folle de danse, habillée en rouge, et attirant tous les garçons de son entourage. Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Mme Solenska, interprétée par la chanteuse Lio (comme par hasard…), et dont Juliette tombe amoureuse, est le stéréotype de la femme libérée : elle est prof de français, chante en cours, est habillée très léger et en tenue moulante, se la joue « djeunes » (elle mange même à la cantine avec les élèves de troisième), se maquille, parle « sexe » et « ménopause » en classe (pas de tabous !), fait les cours dehors les jours de beau temps ; quand elle était jeune, elle excellait en cours de danse et était la préférée de sa prof. Dans le film « La Croisière » (2011) de Pascale Pouzadoux, quand Hortense commence à s’assumer lesbienne, elle s’habille en violet, propose à Raphie, la « femme » dont elle tombe amoureuse, de prendre des cours de salsa.

 

La tante-objet symbolique du personnage homosexuel ressemble à un homme dans un corps de femme : elle a tout du Don Juan féminin parfait, de la prostituée dominatrice au désir masculin, de la femme moderne anti-traditions : « Oui, je l’avoue, je l’ai préférée à vous ! […] Ourdhia avait pour unique bagage le délateur sourire de la tristesse et la nouvelle fierté d’être citadine. […] Grâce à elle j’allais pénétrer dans un monde irréel mais bienfaisant : le monde de l’Imaginaire… » (la voix narrative concernant Ourdhia, une des servantes de la maison d’enfance, dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, pp. 50-52) ; « Sa mère était tellement parfaite que tout ce qui lui advenait devait à son tour être parfait… […] Elle avait été la belle Anna Molloy, très admirée, très aimée et sans cesse courtisée. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, pp. 112-113) ; « Linde alluma une cigarette. Aucune des femmes que je connaissais ne fumait. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de son amante Linde dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 16) ; « C’était excitant qu’elle fasse du scooter. C’était rare pour une femme, une preuve d’indépendance. » (Anamika par rapport à une de ses profs Mrs Pillai, idem, p. 236) ; « C’est votre tante je crois qui jalousement garde vos alliances forgées… Madame ? Serge ? » (l’évêque s’adressant au couple de futurs « mariés » Raymond et Jean-François, puis à leur tante qui ressemble à un homme et qui a la charge des alliances, dans le sketch « Le Mariage homosexuel » de Jérôme de Warzée, au Montreux Comedy Festival, 2012) ; etc.

 

Beaucoup de personnages homosexuels cherchent à devenir « Elle » : « Moi, je serai ta tante ! » (Bonnard parlant à son producteur dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard) ; « Les enfants ont une nouvelle tatie ! » (Catherine, l’héroïne lesbienne se décrivant elle-même, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Elle a un truc très étrange. Elle ne rit pas. Elle rit. » (Sarah, l’héroïne lesbienne imitant sa tante, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; etc.

 

Parfois, ce sont même les autres qui les poussent à devenir « Elle ». Par exemple, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, François est traité de « Tata François ». Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel breton, reçoit le sobriquet homophobe de « Tata Breizh » par le beauf hétéro Stan.

 

Cette tante n’a en général pas une bonne influence sur le héros homosexuel. « Jane commençait à aimer l’agression des oiseaux. Ils étaient d’une constance rassurante, comme une tante bien-aimée qui vous accueillait toujours avec une menace, mais n’allait jamais plus loin. » (Jane, l’héroïne lesbienne parlant des corbeaux et des oiseaux de proie à côté de chez elle, près du cimetière, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) Elle symbolise la collaboration avec des paradis artificiels ou totalitaires. « Ma tante a toujours été proche des Allemands. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Élie, il n’a que des tatas autour de lui. » (Maxime, le héros gay par rapport à son « fils », dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; etc.

 

Elle enjoint son neveu ou sa nièce à devenir ET homosexuel(-le) ET objet. Par exemple, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Malik, le héros hétéro, dit que le fait d’être « entouré d’une mère castratrice et de cinq tantes, ça aurait pu faire de lui un pédé ! » Dans le roman d’heroïc fantasy Magic’s Pawn (La Proie de la magie, 1991) de Mercedes Lackey, c’est la tante (Savil) du héros homosexuel, Vanyel, qui est chargée de prendre en main son éducation. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, c’est la mort de Tante Yvonne (97 ans) qui ouvre la pièce, et qui poussent les personnages à se dire homos pour récupérer l’héritage.

 

La tante-objet homosexuelle qui m’a le plus marqué et qui m’a mis sur la piste de ce code de la « Tante-objet », c’est la tante Yolanda de « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, danseuse de mambo, morte prématurément, et qui dès le début du film semble avoir légué le désir homosexuel à son neveu Angelo le jour de son enterrement. Souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, c’est la tante ou la maman qui instille le goût du paraître, du monde homosexuel, et des objets, à son neveu/fils gay : « Tante Lill m’a élevé ici, dans ce salon de beauté. » (Sabu dans le film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick) ; « Tante Imogène, je deviens folle ! » (Alice à sa tante à la voix rauque dans le film « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton) ; « ‘Elle a tout le visage de sa tante.’… sauf que ma tante est née prématurée. » (Lourdes-Marilyn dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Dans la villa Alizés, Tante Élisa élisait les jolie filles qui dévoileraient leurs secrets. Tante Élisa et ses filles qu’on dit de joie ou faciles, au nom d’Emma et d’Émeline avaient comme clients toute la ville ; tant et si bien que du soir au lendemain, jusque tard, les hommes de bien et de lois venaient de loin voir Tante Élisa. Quand les volets se fermaient, on entendait les rires gais des jolies filles qui corps et âme se donnaient. » (cf. la chanson « Les Filles de Tante Élisa » de Stanislas) Dans son film « Female Trouble » (1975), John Waters met en scène le personnage de « Tante Ida » implorant son neveu Gator de renoncer à son hétérosexualité : « Oh, mon chou, je serais si heureuse si tu devenais un pédé ! » Dans le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek, Francesco hérite d’un hammam en Turquie appartenant à sa défunte tante Anita, une femme très extravagante. Dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, Mozarrella prétexte qu’il se rend à l’enterrement de sa tante. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, vit dans la maison étrange dont il a hérité de sa vieille tante : « Et voilà notre maison, héritée d’une arrière-grand-tante. Elle a un nom qui en jette : ‘Visible’. Allô ? Ça fait barge ! »

 

La tante-objet a le pouvoir de rendre homosexuel : cf. le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni (avec la tante folle de Pablo). « L’amie de ma tante a le teint pâle et les cheveux d’une rousseur typique. Son accent lui donne un charme indéfinissable. Quoiqu’elle soit assez maigre, fluette presque, je suis rapidement séduite. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 17). Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize le travesti M to F relooke sa nièce Claire comme une pute et la laisse sur un parking pour qu’elle fasse son apprentissage de la sexualité. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Tante Becky est celle qui a flairé l’homosexualité refoulée de son neveu Howard en premier.

 

D’ailleurs, comme c’est une figure libertaire, la tante est souvent célibataire, féministe, pro-avortement, bisexuelle, voire lesbienne : je pense à la tante bisexuelle du film « La Reine de la nuit » (1994) d’Arturo Ripstein, à Tante Ada qui est lesbienne dans la B.D. Frances (2008) de Joanna Hellgren, aux deux tantes lesbiennes Tante Holiday et Tante Lofty du dessin animé My Little Pony (2019), etc. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, présente ses tantes comme un fort modèle d’identification sexuée et homosexuelle : « Elles sont géniales, mes tantes. Elles sont toujours hyper féminines. Elles me parlent toujours de la Gay Pride en Californie. » Il prend plaisir à les imiter et se laisse influencer par leur discours bisexuel d’éternelles adulescentes irresponsables : « Tu sais, cariño, un jour, tu vas tomber amoureux. Si c’est un garçon, t’es homo. Si c’est une fille, t’es hétéro. Je me suis tapée toutes les filles de ma promo. Ça n’a pas fait de moi une lesbienne ! » Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra, la lesbienne en couple avec Jane (maintenant enceinte par PMA), aurait demandé à son frère jumeau (Tielo) d’être le donneur de sperme. C’est ce qui fait craindre à Jane d’annoncer à son futur fils que sa mère lesbienne est en réalité une tante lesbienne ! : « Si elle savait que Tielo était le père, elle se sentirait obligée de l’avouer à l’enfant. Que ressentirait-il, sachant qu’il vivait avec sa tante et sa mère pendant que ses demi-frères vivaient avec leur père ? » (Jane, p. 196)

 

« Moi, j’ai une tante qui est devenue lesbienne à quarante ans. » (Océane Rose Marie en parlant de sa tante divorcée, dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « J’ai une grande-tante qui était femme à barbe. Je l’ai connue. » (l’Auteur dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Yvonne comptait parmi les vieilles femmes natives du bourg ; elle avait toujours été célibataire, sans enfants. Les mauvaises langues laissaient entendre qu’elle aurait été lesbienne dans sa jeunesse, mais personne n’avait pu apporter la moindre preuve sur la ‘mauvaise’ réputation de la Da. » (Ednar parlant de la gouvernante chérie de son amant Dylan, qui a fait office de tante, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 42) ; « Ma sœur avait léché l’abricot de la copine sainte Andrée ! » (la grand-mère gay friendly de Rodolphe, le héros homo, à propos de la grande-tante lesbienne de ce dernier, dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Zazie dans le métro » (1960) de Louis Malle, l’oncle et la tante de Zazie se révèlent, à la fin de l’œuvre, être un couple d’homosexuels. Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, la tante d’Héloïse (Élisabeth) fait l’objet d’un non-dit signifiant : « (Il faudra que je t’en reparle, de ma sœur, fais-m’y penser…) » (la mère d’Héloïse à Suzanne, la compagne de sa fille, p. 363) Dans le film « Pièce montée » (2009) de Denys Granier-Deferre, Marie, la tatie excentrique, habillée avec un grand chapeau original et une robe transparente (on lui voit la culotte), se définissant elle-même comme le vilain petit canard de la famille, se trouve être finalement lesbienne.

 
 

Dans la pièce The Importance To Being Earnest (L’Importance d’être Constant, 1895) d’Oscar Wilde, Algernon met sa tante Augusta sur un piédestal :

ALGERNON – « Ne touche pas aux canapés au concombre, je te prie. Je les ai commandés spécialement pour tante Augusta. (Il en prend un et le mange.)

JACK – Mais, toi, tu n’arrêtes pas d’en manger.

ALGERNON – Cela n’a rien à voir. Il s’agit de ma tante. »

En écoutant les deux héros, on constate que la « tante » est en réalité un masque qui nie ET la différence des générations ET la différence des sexes, et qui est attribué à toute personne qui est idolâtrée/utilisée :

JACK – « Eh bien, puisque tu insistes, il se trouve que Cecily est ma tante.

ALGERNON – Ta tante ! […] Mais pourquoi se donner le nom de « petite Cecily » si elle est ta tante et qu’elle habite Tunbridge Wells ? (Il lit.) De la part de votre petite Cecily, avec tout son affection.

JACK – Il y a des tantes qui sont grandes et d’autres qui ne le sont pas. C’est là un point sur lequel une tante est certainement autorisée à se prononcer elle-même. Tu as l’air de penser que toutes les tantes devraient être semblables à la tienne ! C’est absurde ! […]

ALGERNON – Très bien. Mais pourquoi ta tante t’appelle-t-elle son oncle ? »

 
 

Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, la Tante Farideh d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M est présentée comme une tortionnaire… alors que c’est précisément en Allemagne qu’Adineh fuit l’Iran pour se faire opérer et changer de sexe : « En Allemagne, ma tante m’a amené chez le psychiatre. » Plus tard, lorsqu’Adineh est hébergée chez son amie Rana, une femme mariée avec un petit garçon qui s’appelle Ali, Adineh est présentée ironiquement à Ali comme sa nouvelle tante… ou oncle : « Oncle, tante… » (Adineh) Mais Rana, en voyant son fils se travestir en fille, commence à voir d’un mauvais œil l’influence désordonnée d’Adineh (« C’est de la faute de tata. » dit Rana à Ali après l’avoir grondé), ce qui blesse profondément Adineh (« Pourquoi t’as monté ton fils contre moi ? » lui demande-t-elle).
 

Le motif de la tante dans les œuvres de fiction homosexuelle peut être la métaphore de la pulsion sexuelle effrénée du héros homosexuel, qui ne demande qu’à sortir de son armoire par la caricature du coming out. Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, la grande-tante Renée du héros homo Bernard est enfermée dans un placard.

 

La tante peut être également l’amante lesbienne elle-même. Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Annamika, l’héroïne lesbienne, est obligée de se forcer à ne pas appeler son amante Linde « aunty » (= tatie) tellement cela lui est difficile : « C’était déjà bien suffisant que je n’aie pas appelé Linde Aunty une seule fois depuis le début de la rencontre. » (p. 81)

 

Bien évidemment, les tantes renvoient également dans le discours du personnage homosexuel à ses copains du « milieu homo » (en général « passifs » sexuellement), des connaissances qu’il adore autant qu’il déteste : « Maintenant, finies les tantes ! On en a plein le dos ! » (les protagonistes homos de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Tante Tatin… je crains un peu de la revoir. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret (version Clavier et Bourdon, 2009), Zaza est associé à une « tatie » de sang.

 

La tante-objet, parce qu’elle existe « en dur » (comme les mannequins), donne aux personnages homosexuels qui s’y identifient une toute-puissance, une impression d’être invincibles et transgressifs, donne un corps à la pulsion et aux fantasmes désincarnés/homosexuels : « Nous, les tantes, nous sommes résistantes ! » (les héros homosexuels de la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim)

 
 

b) La tante-objet devient mère-objet :

 

TANTE 3 Almodovar

Film « Todo Sobre Mi Madre » de Pedro Almodóvar


 

Parfois, mère et tante fusionnent : « Madame, est-ce que je pourrais prendre le métier de ma tante ? » (Hubert, le personnage homo, à sa prof de français quand celle-ci demande à sa classe de composer une rédaction sur le métier des parents, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « J’ai une tante qui m’adore comme si j’étais son propre fils. Une veuve. » (Lisandre dans la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1596) de William Shakespeare) ; « Maman, reste assise. Tu fais peur aux gens !!! Arrête ! (Aparté au public) C’est ma tante… » (Jarry à sa mère qui lui fait honte, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; etc. Par exemple, dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, la tante de Jean-Louis, le héros homo, se trouve être en réalité sa vraie mère. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Sam, la mère de Rupert le héros homo, était comédienne et a renoncé à son métier. Quant à Grace, la mère de John, autre héros homo, elle est fantasque et alcoolique.

 

Leur mélange est rendu possible par l’homosexualité. Par exemple, dans le film « Néa » (1976) de Nelly Kaplan, Sybille surprend sa mère Helen au lit avec sa tante Judith. Dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, une mère raconte avec fierté l’homosexualité de son fils Sacha, et évoque l’importance qu’a pour lui sa « tante Claudette », une femme qui d’ailleurs pourrait être lesbienne étant donné qu’à la fin du sketch, la mère rêve qu’elle se fiance avec celle-ci…

 

Le personnage homosexuel a une tante excentrique ou une maman mannequin qu’il exhibe comme un fétiche : cf. le film « L’Attaque de la moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras (avec la mère-objet), le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon (avec la Palma, la marâtre « Disco Queen »), la chanson « Maman s’est barrée » de Mélissa Mars (qui n’est autre qu’une poupée dans un coffre à jouets), le film « Maman très chère » (1981) de Frank Perry, le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec la maman-star de Julie), le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec la mère en fauteuil roulant), la pièce Juste la fin du monde (1999) de Jean-Luc Lagarce (avec la mère intrusive et robotique), la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret (version Clavier et Bourdon, 2009, dans laquelle la maman de Laurent est danseuse au Crazy Horse), le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo (avec la mère-objet de Giulia), le film « Benzina » (« Gazoline », 2001) de Monica Stambrini (avec l’élégante mère bourgeoise de la lesbienne Lenni), etc.

 

Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Étienne fait défiler sa mère devant sa caméra en lui demandant de faire un déhanché de mannequin. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Glass, la maman de Phil le héros homosexuel, est l’archétype de la maman démissionnaire et excentrique, qui porte des bottes de cow-boy et vit comme une éternelle adolescente. Dans le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, Marc, l’homosexuel-type, amène sa maman Colette visiter… le Musée Grévin ! Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, Esteban, le héros gay, fait une étrange demande à sa mère Manuela : « Tu n’aimerais pas être actrice ? Si t’étais actrice, j’écrirais des rôles pour toi. » ; d’ailleurs, il la réifie, entreprend d’écrire sa biographie, et lui demande même si elle serait capable de se prostituer pour lui s’il le lui demandait… (elle répond par l’affirmative, en plus !). Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves considère sa mère comme sa Muse, ce qui n’étonnent pas les copines de celle-ci : « Avec une maman si coquette… » Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu, l’un des héros homos, parle de sa mère en l’imitant comme s’il s’agissait d’un top model de chez Élite : « Parce que je le vaux bien. » Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, la mère de Nicolas (le héros homosexuel), est une séduisante femme-objet fatale surnommée « Désirée », portant un manteau de fourrure, un peu pute et aguicheuse. Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, la mère de Smith (le héros homosexuel), fait de la gymnastique. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, la mère de Charlène (l’héroïne lesbienne), séparée de son mari, confectionne des bijoux. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, décrit sa mère comme « la Mascotte » de son avion et de l’équipage : « Ma mère, tu prends une robe, tu mets sur une table, ça fait une nappe. » ; « Ma mère, on aurait dit une lampe de chevet. » (idem).

 

Le fils homosexuel fait de sa maman un objet : « C’est une marionnette. » (Max en parlant de la mère de son copain Fred, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « J’aimais bien m’imaginer riche pour pouvoir un jour la gâter. » (Zac en parlant de sa maman, dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée) ; « Il y a des centaines de photos de maman. Elle était si belle… Il ne fallait pas la toucher tant elle était si belle… » (le jeune Thomas dans le bâti Lars Norén (2011) mis en scène par Antonia Malinova dans la salle Adjani des Cours Florent à Paris) ; « Retourne chez toi, ma mère, va dans ton Musée de Cire épousseter les saphirs ! » (Lou à sa mère Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Il faut avoir vu le visage de la mère comme celui d’une madone sur les peintures religieuses, le teint cireux, comme si les années s’étaient emparées de ce visage pour l’affaisser, le dévaster. » (la figure de Proust dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 115) ; « Le pire, maman, ce serait de devenir comme toi : une potiche. » (Joëlle à sa mère Suzanne dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « Ma mère était belle. Sa beauté était sans doute sa liberté. Les voisines la jalousaient. La maudissaient. Elles avaient raison. Ma mère était belle mais je ne le voyais pas. Ma mère était jeune. Elle était ma grande sœur. C’est le rapport qu’elle a imposé entre nous. » (Omar dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 36) Parfois, la mère est réifiée puisqu’elle est regardée de dos : « Chère maman, pourquoi toujours te regarder de dos ? » (la voix narrative du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 34) ; « Le huitième jour, une odeur de vanille fait surgir l’image de ta mère. Lorsque l’effluve s’agrémente d’un soupçon de bois de rose, l’image prend du relief. Statufié dans ton sommeil, tu jurerais qu’elle te fait face, que ses boucles noires titillent tes joues comme des plumes. » (Félix, le narrateur homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 167) ; « C’est quoi le problème ? C’est sa mère, Sophie Marceau ? » (Alex par rapport au héros homo Gabriel, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce) ; « Jane l’imaginait : une femme avec la carrure et les cheveux d’Anna, en train de danser dans une boîte de nuit. Greta portait le genre de vêtements que sa mère mettait lorsqu’elle sortait faire la bringue, talons aiguilles et épaulettes, tons pastels soyeux et jupes moulantes au-dessus du genou. Cette image la fit sourire. C’était démodé, mais à l’époque c’était un look sympa. » (Jane, l’héroïne lesbienne s’imaginant visuellement Greta, la mère d’Anna, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 105) ; « Elle a peur que ma différence ternisse sa belle petite image toute lisse. » (Sandrine par rapport à sa mère Anne-Marie, dans l’épisode 506 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 12 juillet 2019 sur TF1) ; etc. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert a une mère très superficielle, qui fait ses séances d’UV, qui s’achète des fringues tout le temps, qui regarde des feuilletons débiles à la télé, qui bosse au bureau : une mère-objet sous cellophane, le pack complet ! Dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes, José, le personnage homo, tue sa mère lors d’un happening organisé au musée, et fait de son acte matricide une œuvre d’art ; il se propose même d’empailler sa maman pour le Musée Grévin. On retrouve aussi la mère empaillée dans le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon raconte comment elle a fait son coming out auprès de ses parents et comment elle a réussi à figer sa mère jusqu’à la plonger une semaine dans le coma : « Quand je lui ai dit, j’ai eu l’impression qu’on jouait à 1, 2, 3, soleil !. »

 

Parfois, l’homosexualité du personnage homo semble découler de la profession de femme-objet de sa mère. Par exemple, dans le film « Merci… Dr Rey ! » (2001) d’Andrew Litvack, Stanislas est le fils gay d’une envahissante diva d’opéra. Dans le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana, Roberto est le fils d’une chanteuse brésilienne frivole. Dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, la maman du héros est jolie et travaille à la radio : « Moi, j’adorais ma mère. Elle était si belle, si intelligente !… Je me souviendrai toujours d’une nuit où elle allait au casino. Elle portait une robe du soir toute noire. J’étais au lit et je la voyais se préparer. Je la faisais tourner en lui disant : ‘Tu es belle comme une fée !’ » (p. 176) On retrouve la mère-objet refusant de vieillir, et contre-investissant sur son fils une relation conjugale insatisfaisante avec son mari, dans le film « Mon Fils à moi » (2006) de Martial Fougeron : l’histoire s’achève d’ailleurs avec une danse en couple entre le fils et la mère dans le salon.

 

TANTE 4 mon fils à moi

film « Mon Fils à moi » de Martial Fougeron


 

Dans le film « Suddenly, Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Mrs Venable sensibilise son fils Sébastien à l’art homosexuel, et organise même pour lui les réunions de son cercle intellectuel homosexuel. Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, la maman d’Esteban fait tout pour « homosexualiser » son fils : elle lui offre pour son anniversaire Musique pour caméléons (1979) de Truman Capote (auteur homosexuel), lui montre à la télévision le film « All about Eve » (1950) de Joseph Mankiewicz (un autre artiste homosexuel), l’emmène voir la pièce Un Tramway nommé Désir (1947) de Tennessee Williams (toujours un créateur homosexuel), etc. Dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger, Ziggy reçoit pour son anniversaire un coffret de l’intégrale de Tchaïkovski (compositeur homosexuel) de la part de sa maman. Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, la mère d’Étienne s’en va à l’Opéra voir Carmen de Bizet, et l’influence dans ses goûts.

 

Parce qu’elle cherche à devenir objet, la mère du héros homosexuel passe souvent pour une femme aux moeurs légères : « On me prenait pour une fille légère parce que j’aimais danser. » (Marcelle la mère danseuse de cha cha, dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti)

 

Je développe plus largement le thème de l’influence de la mère sur l’homosexualité de son enfant dans les codes « S’homosexualiser par le matriarcat » et « Mère possessive » du Dictionnaire des Codes homosexuels. Je n’ai parlé ici que du phénomène de la mère-objet.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La « Tante » dont parlent les personnes homosexuelles n’est pas sexuée (autrement dit elle n’est pas nécessairement une femme) ni une personne réelle : c’est un état d’esprit qui peut appartenir autant aux femmes qu’aux hommes, c’est un personnage asexué (hyper-féminin et hyper-masculin, ou sans sexuation) qui s’incorpore mal chez les personnes réelles qui l’idolâtrent, c’est un acte violent, c’est une croyance en un mannequin mort, c’est un fantasme identitaire ou une présomption d’homosexualité qui peut circuler comme un virus  : « Ma famille maternelle est au courant parce que je suis très proche d’eux, ma mère, ma tante et ma grand-mère qui sont définitivement les femmes de ma vie. » (Maxime, « Mister gay » de juillet 2014 pour la revue Têtu) ; « Pourquoi t’as enculé cette putain de tante ? Parce que tu vas devenir une putain de tante aussi… » (Andrew, un compagnon de cellule à Aaron, le meurtrier de Matthew Shepard, dans la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman) ; « Dans ma hâte à fuir cet infernal corbillard, j’ouvris la première portière venue et sautai à pieds joints dans la neige… pour m’enfoncer jusqu’au cou dans une tombe fraîchement creusée que dissimulait un monticule blanchi de bouquets et de croix en perles. Et, comble d’ironie ! je passai au travers d’une ignoble couronne violette sur laquelle, en lettres dorées, s’étalaient ces mots : ‘À ma tante regrettée’… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 89) ; « Abandonnée par son père, élevée pas sa tante. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme et parlant de lui-même, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

TANTE 7 Bates

Film « Psychose » d’Alfred Hitchcock


 

La tante en question est une caricature misogyne de vieillesse, de maternité de féminité confondues. Par exemple, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, Jean-Paul, le héros homo, arrive en travesti, déguisé en « Paulette Poussin » qui serait son arrière-grande-tante. « C’est notre côté vieilles taties. » (une Sœur de la Perpétuelle Indulgence, dans le documentaire Et ta sœur ! (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin) La tante est donc figure symbolique d’homophobie homosexuelle : par exemple, pour se moquer de Magnus Hirschfeld, Adolf Brandt publie, en plus de Der Eigene, la revue Die Tante, un journal satirique qui, comme son nom l’indique, a pour cible les homosexuels efféminés.

 

Ce n’est pas par hasard si les sujets homosexuels masculins sont parfois affublées du surnom « tantes » ou « tatas » (d’ailleurs, cela fait très longtemps qu’il passe dans le langage courant : même au temps de Napoléon Bonaparte, Cambacérès, le conseiller homosexuel de l’Empereur français, se faisait appeler « Tante Urlurette », c’est dire !). En effet, il est fréquent que les personnes homosexuelles, filles comme garçons, fassent mention de l’existence d’une tante, réelle ou symbolique, qui a eu une importance considérable dans leur vie. Certaines ont grandi dans des ambiances particulièrement féminines, avec des tantes très présentes, parfois plus présentes que leurs propres parents. Je pense par exemple à l’écrivain cubain Reinaldo Arenas qui dit que son enfance a été peuplée par des taties et des « femmes abandonnées », à l’écrivaine indienne Abha Dawesar qui dédicace son roman Babyji (2005) à sa tante, au romancier britannique Edward Morgan Forster qui dédie en 1956 un livre à sa tante Marianne Thornton, à Eddy Bellegueule (qui parle de sa tante alcoolique), à Colin Ebeling homo décrivant Hillary Clinton comme sa « tante de coeur», ou bien encore à Copi qui a publié des dessins dans la revue Tía Vicenta. L’un des amants de Magnus Hirschfeld se surnommait Tante Magnesia.
 

Quand je parle de tante-objet, ce n’est pas une blague. C’est au sens propre du terme ! Par exemple, le metteur en scène argentin Alfredo Arias a vraiment eu le projet de transformer ses trois tantes adorées en statues (et j’ai découvert ce fait bien après la première publication de mon Dictionnaire des Codes homosexuels et de la création de ce code au titre tordu, promis !) : « Mes tantes paternelles étaient au nombre de trois. Elles étaient toutes les trois célibataires. Il semble que l’aînée, la plus belle, ait souffert d’une déception amoureuse et qu’elle ait dans son désespoir décidé de vivre recluse et d’entraîner ses frères et sœurs dans un même renoncement. Les femmes ont suivi. Les hommes se sont échappés. […] J’étais le neveu préféré. Elle m’avait légué, dans un geste posthume d’amour, leur maison. J’étais donc leur héritier universel. » (cf. l’autobiographie Folies-fantômes, p. 105) ; « Cette perfection dans le détail renforça mon idée de faire de cette humble maison une sculpture. J’allais immortaliser mes tantes. Mon projet consistait à remplir les différentes pièces de la maison avec du ciment. […] je demanderais à un ami sculpteur de réaliser des statues de mes tantes, d’après une photo de leur jeunesse. » (idem, p. 107) ; « Mon ami artiste avait esquissé l’aînée, la belle, celle qui avait provoqué le drame  […] elle était fière de ses origines hispaniques. Elle se délectait d’entendre Lola Flores. » (idem, p. 112) ; « Maintenant, le sculpteur allait s’attaquer à celle du milieu : l’hôtesse dans la fabrique de digestifs. Le casque téléphonique sur sa tête qui lui donnait un air de Martienne me plaisait beaucoup. […] Le remplissage de ciment a repris. Ce jour-là, on devait remplir la salle de bains. Avant de déverser la pâte, je procédai à une mise en place des objets et des meubles qui devait donner l’impression que mes tantes étaient encore vivantes. Je remplis la baignoire d’eau tiède. Je préparai la mousse rose dans laquelle l’aînée se plongeait tous les samedis pour soigner sa beauté. […] Je cachai, comme elle l’aurait fait, les serviettes hygiéniques et les couches que, dans ses dernières années, elle portait très discrètement. » (idem, pp. 132-133) ; « Mon ami sculpteur ne parvenait pas à créer l’impression que je recherchais pour la troisième tante, la plus jeune  […] Je lui proposai une idée qui lui sembla macabre au début, mais qui finit par le séduire. Je lui demandai de découper le corps en morceaux : les différentes parties seraient posées par terre à la manière d’une marionnette désarticulée. » (idem, p. 144) ; « Ces trois femmes désormais régnaient entre les fleurs du jardin. » (idem, p. 148) La particularité des tantes des personnes homosexuelles, c’est qu’en général, ce sont des femmes indépendantes ET abandonnées : « Nous n’avons permis à aucun homme de nous toucher. » (les tantes d’Alfredo Arias, idem, p. 107)

 

C’est parfois la tante ou la maman qui instille le goût du paraître, de la mort esthétisée, du monde homosexuel, et des objets, à son neveu/fils (et ça peut être dû au fait qu’elle soit elle-même lesbienne) : « Entre quatre et six ans, j’ai vu chez une tante une très belle robe de soie et j’ai voulu tenter d’en couper un morceau pour moi. […] À dix ans, j’ai regardé une tante qui faisait du crochet, et j’ai essayé d’en faire aussi, ce qui m’a assez réussi. » (un patient homo dans l’article « Le Complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 441) ; « Ma tante Germaine, plus jeune que ma mère, est restée célibataire toute sa vie. Coiffeuse de profession, elle s’était installée à Brioude où elle avait ouvert un salon pour dames. […] Moderne et indépendante, elle habitat un studio au-dessus de son salon : un grand lit par terre, des photos d’artistes collées au mur, tout y était un peu bohème. Plutôt sportive, libre, décontractée, elle aimait l’ambiance du spectacle et, grâce à son salon, était en contact avec une faune diverse, des ‘originaux’ comme on disait. Curieuse et gaie, elle courait toutes les manifestations de peinture et de musique. Je me souviens qu’elle buvait parfois du champagne à midi, ce qui, à l’époque, me semblait être le comble de la dépravation ! Son mode de vie marginal pour le milieu un peu étriqué et bourgeois dont elle était issue, et où j’ai grandi, me fascinait. Ma grand-mère jugeait sévèrement son existence de garçonne, prenant ma mère raisonnable et rangée comme exemple. Évidemment, j’appréciais davantage le mode de vie de ma tante. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), pp. 19-20) ; « Ma tante fut la première à deviner ma vocation et à m’encourager dans la voie du spectacle. ‘Inconscience’ que mes parents ne devaient d’ailleurs pas manquer de lui reprocher plus tard, blâmant ses ‘idées de célibataire’… Elle était moderne, enthousiaste, disponible, le vilain petit canard, en somme. C’est elle, également, qui me fit découvrir la télévision. » (idem, p. 50) ; « Le 15 mars 1959, ma tante Germaine se suicida. » (idem, p. 137) La tante-objet a pu servir de patron à l’homosexualisation de certaines personnes homosexuelles. Elle a réveillé en elles le désir homo : « Ma mère m’a demandé à l’époque, de ne pas en [mon homosexualité] parler aux membres de la famille. Notamment à une tante que j’adorais. » (une témoin lesbienne, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 95) ; « Dans sa jeunesse, ma tante est une belle jeune femme, très douce, très tendre et très élégante, de vieilles photos l’attestent. Allez savoir si ce n’est pas là que j’ai pris, très tôt, mon goût marqué pour les très belles femmes douces, charmantes, élégantes ? » (Paula Dumont, Mauvais Genre, pp. 19-20) ; « Dans cette famille, tout le monde a remarqué depuis longtemps que j’étais un angoissé, ‘angoissé’, le mot sonne bizarre à mon oreille, il sonne comme si j’étais fou comme ma tante, il sonne comme une récompense. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 42) ; « Depuis qu’il est né, le grand Bola écoutait des chansons, anecdotes y récits de sa mère, négresse conteuse, femme joueuse et passionnée, capable de danser la rumba des nuits entières. Sa grande-tante l’avait inscrit à l’académie municipale. Elle s’appelait Mamaquina et disait qu’il devait être artiste. » (cf. l’article « Bola de Nieves : Apuntes autobiográficos », dans le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; « Ma tante Jeannette me classait d’office du côté des opprimés, vis-à-vis de mon père. D’après elle, j’étais un garçon fragile qui avait droit à autant d’attention qu’une fille. Soucieuse de ce que ma mère lui avait rapporté, elle cherchait à son tour à me dessiner son périmètre. Soulevant des questions intelligentes, elle se mêlait tout naturellement de tout. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 39) ; « Tatie Jeannette, toute vêtue de mauve [la couleur symbolique du lesbianisme], le sourire éclatant, s’était approchée […]. » (idem, p. 89) ; etc.

 

Par exemple, la mère d’Alfred Hitchcock amène souvent son fils au théâtre ; ce dernier développera une passion pour les femmes-objets (cf. le film biographique « Enfances » (2007) de Yann Le Gal). Les soirs de sortie au théâtre ou à l’Opéra, la mère de Jean Cocteau lançait ses prospectus sur le lit de son jeune fils avant de partir et de le laisser seul à la maison (cf. le documentaire « Cocteau et compagnie » (2003) de Jean-Paul Fargier). Stanley Kwan, dans son documentaire « Yang + Yin : Gender in Chinese Cinema » (1997), raconte qu’il a « passé des après-midi à voir des films d’opéra cantonais avec sa mère » (Stanley Kwan, cité dans l’essai L’Homosexualité au cinéma (2007) de Didier Roth-Bettoni, p. 663). Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Quand ils ont renoncé leur homosexualité, leurs proches les ont rejetés » diffusée sur France 2 le 8 juin 2016, le jeune Tony, 19 ans et homosexuel, dit que sa tante l’a aidé à déclarer son homosexualité : « C’est ma tante, la sœur de mon papa – qui est quant à elle lesbienne – qui m’a poussé à faire un coming out. »

 

Dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), Jean-Claude Janvier-Modeste (Ednar) parle de sa tante/marraine Fanny, la sœur cadette de son père, qui « rêve d’aller à Paris », qui « n’était pas mariée et n’avait pas non plus le privilège d’avoir des enfants : j’avais toujours été le fils rêvé qu’elle aurait voulu avoir. » (p. 22) ; « Ednar savait que Fanny était une femme dépourvue de curiosité mais dotée d’un tempérament d’observatrice innée. » (idem, p. 54) ; « Fanny n’était plus la femme moderne, désinvolte que son filleul idéalisait depuis l’enfance. » (idem, p. 55) ; « Marraine était une femme de grande culture ; elle lisait beaucoup, m’invitait souvent au cinéma, au théâtre. Fan d’œuvres d’art, en plus des expositions, elle parcourait toutes les galeries de tableaux de la capitale et de ses environs. » (idem, p. 111) ; « Marraine aux yeux de la famille passait pour une aventurière confirmée » (idem, p. 133). L’auteur parle aussi d’une autre de ses tantes, Jeanne, qui a l’air aussi d’être l’OVNI de la famille : « Je rappelle que la présence de Tante Jeanne à la maison y était pour beaucoup ; sa tolérance et sa manière de relativiser les choses avaient complètement métamorphosé ma mère. Cela ne pouvait pas être autrement car ma tante renvoyait une image libérée de tous les tabous. […] Elle était devenue ma confidente, l’héritière universelle de ma confiance. […] Jeanne dans sa vie affective avait eu un parcours très ardu. » (idem, p. 140) Jean-Claude Janvier-Modeste a l’air d’être ou trop proche ou trop loin de ses tantes… paradoxes de l’idolâtrie, qui créent tant de malaises et de non-dit (comment peut-on en effet bien dialoguer avec un être-objet ?) : « Malgré son manque de tolérance, je n’avais cessé d’entretenir de bonnes relations avec marraine. Elle était pour moi la plus proche et en même temps la plus éloignée. » (Ednar par rapport à sa tante Fanny, idem, p. 180)

 

Le sujet homosexuel a pu également prendre sa maman pour un trophée qu’on expose fièrement : « Quand elle portait cette robe, j’avais l’impression d’avoir une star de cinéma comme maman. » (Denis dans le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre) ; « Ma mère fut la plus complice, la plus tendre, la plus jolie des mamans. Elle avait été mannequin dans sa jeunesse. […] Et j’étais très fier. » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 43) ; « Je suis allé voir une psy qui a voulu me faire comprendre que je suis PD et que je considère plutôt les femmes comme des mamans ou comme un trophée. Voila la résultante. » (cf. le mail d’un ami bisexuel, Pierre-Adrien, 30 ans, écrit juin 2014) ; etc. Sans aller jusqu’à dire que leur maman est une génitrice démissionnaire, on lit dans certaines biographies de personnes homosexuelles que la mère adopte le comportement, la distance, et le mode de vie d’une tante, c’est-à-dire d’une femme célibataire éternellement jeune et en quête de séduction : « Ma mère était très différente des mères de mes copines. C’est-à-dire que je les voyais être plus souvent des mères au foyer et assez traditionnelles. Alors que ma mère était une femme, pour moi, relativement émancipée, acteur politique, investie dans un parti politique, militante, qui n’aimait pas du tout ce qui était tourné vers l’intérieur, je ne sais pas comment dire, qui ne faisait pas le ménage. Si elle avait pu, je pense qu’elle n’aurait pas eu d’enfant non plus, donc j’avais quand même un modèle féminin, enfin de mère, qui était un peu atypique ; tout en étant, alors sur le plan esthétique, visuel et autres une femme des plus féminines par ailleurs : très attachée à son apparence, changeant de coupe de cheveux et de teinture et de je ne sais quoi d’autre, quasiment tous les mois, un jour blonde, un jour brune, un jour rousse. Je n’ai jamais compris quelle était sa vraie couleur de cheveux (rires), toujours en tailleur, ou avec de belles chaussures à talons, intéressée par sa silhouette, avec un tas de produits et de choses et très maquillées, etc. Tout l’inverse de moi, on va dire. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi(2010) de Natacha Chetcuti, p. 65) ; « Maman devait absolument plaire aux hommes. Elle était belle, elle avait des amants et je ne faisais rien pour lui montrer ma jalousie, rien pour lui faire sentir mon besoin d’être protégé. Plaire aux hommes, c’était son souci, et la conscience aiguë que j’avais de ce souci me maintenait loin d’elle. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 26) La maman de Truman Capote était mannequin. La mère d’Allen Ginsberg, Naomi, vivait un mode de vie nudiste. La mère de Marlon Brando était une actrice célèbre de la scène locale, alcoolique et peu responsable. Dans le documentaire « Jean Sénac, le forgeron du soleil » (2003) d’Ali Akika, l’écrivain Jean Sénac compare sa mère à Sarah Bernhardt. Dans son autobiographie La Mauvaise vie (2005), Frédéric Mitterrand associe sa maman à Liz Taylor, une femme qui use les hommes les uns après les autres (p. 54) : « Elle avait un corps ferme de sportive. […] Elle pratiquait l’équitation avec ardeur. » (idem, p. 89)

 

La tante n’est pas nécessairement une femme ayant réellement existé. La preuve en est que bien des personnes homosexuelles n’ont pas la chance d’avoir une tante dans leur famille. Cependant, c’est l’idole cinématographique qui a pu prendre le nom de « tante » ou de « mère » dans leur cœur. L’actrice est souvent adulée comme un fétiche, une star de cinéma, une mère-objet : « Suis-je le produit d’un fétiche ? » (la voix-off concernant sa mère, dans le documentaire « Transgressions » (2002) de Stuart Gaffney) Il arrive que l’enfant homosexuel se prenne parfois pour le « mari » cinématographique de la femme-objet : « Oui, je suis le lapin de Michèle Morgan, ce qui n’est pas donné à tous les enfants de mon âge, mais je suis aussi presque son fiancé. » (idem, p. 71) ; « Je me rappelle plus particulièrement Pinkie Sikes avec sa chevelure teinte en rouge, ses escarpins à talons aiguilles et son incroyable entrain sur le pont. […] Pinkie, une fleur du Sud d’une grande indépendance avait, à mon avis, presque 50 ans. À coup sûr, elle devait son indépendance à quelque procédure juridique car elle avait dû être quelques années plus tôt, une créature éblouissante. En fait, elle était encore éblouissante, quoique plutôt grotesque à cause de son maquillage et de ses courageux efforts pour paraître moins que son âge, en portant des chaussures à très haut talons, des jupes courtes et des vêtements de petite fille. J’aimais beaucoup Miss Pinkie. Malgré ma timidité maladive, elle ne faisait presque pas peur. » (Tennessee Williams à 17 ans, Mémoires d’un vieux crocodile (1972), pp. 40-41) ; « Tola Amaro, la danseuse cubaine de mambo et de chacha, allait ouvrir le spectacle. Quel âge pouvait-elle bien avoir ? La réponse était évidente : Tola était immortelle. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes, p. 305) ; « Héba est celle qui m’a le plus touché. Je pourrais même dire que, quelque part, je suis tombé amoureux d’elle. Dans une Égypte qui voile de plus en plus ses femmes, Héba était libre, avec sincérité et conviction. Elle était belle comme une star de cinéma, comme Mervat Amine, dont j’avais aimé tant de films, surtout les comédies romantiques. Elle fumait avec élégance et sans provocation. Elle était habillée en permanence en noir, ce qui donnait encore plus de charme à sa silhouette très allongée. […] Les hommes étaient subjugués, ils la mangeaient des yeux mais n’osaient pas lui manquer de respect. Elle passait, et tout le monde se posait cette question : Mais qui est cette femme ? C’était une star. Et pas que pour moi. C’était une femme-mystère avec un peu de tristesse dans les yeux. Un être exceptionnel autour duquel on pourrait construire un film, écrire un roman, un recueil de poésie. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 69-70) ; « Elle est venue, la star blonde de l’époque, bien des années plus tard, à Paris. Je traversais avec elle l’esplanade du Trocadéro, un jour d’orage. J’ai senti que je ne marchais plus dans la réalité, que nos corps étaient aplatis sur un écran blanc. Que le vent l’arrachait au sol et la faisait virevolter en l’air. J’ai bien regardé son visage. Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. » (Alfredo Arias en évoquant sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-fantômes, p. 170) La tante-objet est parfois tout simplement la jumelle narcissique, que cette filiation soit venue du sang ou bien du miroir d’un écran de cinéma.

 

TANTE 6 Tatie D

Film « Tatie Danièle » d’Étienne Chatiliez


 

Pour ce qui est de ma propre histoire (je viens d’une famille très nombreuse, donc les tantes, du côté espagnol comme du côté français, ne manquent pas !), je sais que deux-trois tantes de mon entourage ont eu un fort impact dans ma formation identitaire et dans la fixation de mon désir homosexuel : des femmes souvent maquillées, élégantes, défiant le temps, maternelles ou carrément distantes/lunaires, peu discrètes en société (voire grandes gueules), un peu fofolles, délurées, à la page au niveau artistique, avant-gardistes dans leurs goûts et leur manière de s’habiller, hyper classes et vulgaires à la fois, incomprises de la famille, sans enfant par choix (ou bien avec un fils couvé et homosexuel refoulé). Oui, des vraies tantes-objets ! Celle qui n’est pas du tout superficielle, mais qui a la première place de mon cœur, c’est ma tante religieuse, tatie Marie-Alice. Et concernant ma maman, j’ai la preuve en photo qu’elle a pu m’apparaître comme une belle actrice. Quand je la vois sur certaines diapositives en maillot de bain violet, je devine que c’était une femme très jolie. Ni allumeuse, ni indécente. Juste très belle et charmante. Même si ça n’aura pas suffi… 😉

 

 

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