chat

Chat

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

 

« Chat alors ! » s’exclamait Mylène Farmer dans une publicité de l’année 1984 pour la lessive Le Chat Machine. Je ne peux pas être plus explicite… Tout ce que je peux rajouter comme complément d’enquête, c’est que chat peut faire mal/mâle !

 

Jean Cocteau et son chat

Jean Cocteau et son chat


 
 

P.S. 1 : Ce code est indissociable de mon étude sur « Catwoman » dans le code « Femme-Araignée », ainsi que du chapitre dédié à « la langue au chat » du code « Amant diabolique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

P.S. 2 : Je précise que je n’aime pas les chats. J’ai toujours eu beaucoup de mal à me faire à leur imprévisibilité, à leur sauvagerie, et en général, ils ne m’attirent pas du tout. Donc vous voyez : je n’instaure aucune règle ni généralité sur « les » homos, ou bien sur les amoureux des chats.

 

P. S. 3 : Ce code est l’exemple parfait du bon usage et de la valeur des codes de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Le goût des chats n’est pas une cause de l’homosexualité. Celui qui lirait ce code comme une réalité ou une vérité typiquement homosexuelle (= « Les homos aiment tous les chats » ; « Si tu aimes les chats, c’est sans doute que tu es homo »), qui prendrait mes codes au pied de la lettre comme si j’en faisais un indice d’homosexualité ( = « Le con… Il pense ou donne à penser que tous les homos aiment les chats ! »), n’aurait rien compris, adopterait une conception magique, essentialiste, et homophobe de mon discours et de l’homosexualité. On peut aimer les chats sans être homosexuel, même si, à l’inverse, on ne peut pas dire que la présence des chats dans la fantasmagorie, et parfois dans la vie des personnes homosexuelles, soit anodine et insensée. Ce ne sont pas des vérités sur le désir homosexuel et des tendances particulièrement marquées chez lui qui font les homos, et qui séparent les personnes homosexuelles des personnes hétérosexuelles.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Aigle noir », « Araignée », « Corrida amoureuse », « Quatuor », « Chiens », « Moitié », « Extase », « Vampirisme », « Doubles schizophréniques », « Douceur-poignard », « Animaux empaillés », « Se prendre pour le diable », à la partie « Langue au chat » d’« Amant diabolique » et à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le chat, le meilleur ami de l’homo… ou l’homo lui-même :

Docu-fiction "Butch Jamie" de Michelle Ehlen

Docu-fiction « Butch Jamie » de Michelle Ehlen


 

Dans les œuvres de fiction homosexuelles, le chat apparaît régulièrement, sans qu’on comprenne trop pourquoi au départ : cf. la pièce Tu m’aimes comment ? (2009) de Sophie Cadalen, le film « À corps perdu » (1988) de Léa Pool, le film « Le Traqué » (1950) de Frank Tuttle et Boris Lewin, la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (et le chat noir avec une tache rousse sur le museau), le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose-Marie (avec « Lili le Petit Chat »), le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec le chat empaillé), la pièce Chatte sur un toit brûlant (1955) de Tennessee Williams, le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, la chanson « Cool Cat » de la Groupie dans le spectacle musical La Légende de Jimmy de Michel Berger, la chanson « Cool Cat » du groupe Queen, le film « Les Chattes » (1964) d’Henning Carlsen, le film « Ixe » (1982) de Lionel Soukaz, le film « Inspecteur Gadget » (1999) de David Kellogg, le film « Catfish In Black Bean Sauce » (2000) de Chi Muoi Lo, la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, le film « Un Amour de Swann » (1983) de Volker Schlöndorff, le film « Cat Swallows Parakeet And Speaks ! » (1996) d’Ileana Pietrobruno, le film « Alice au pays des merveilles » (1951) de Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske, le dessin The Cat (1957) d’Andy Warhol et Julia Warhola, le tableau Osman (1972) de Jacques Sultana, la pièce La Cage aux folles (1973) de Jean Poiret, la chanson « Où est le chat? » de Christophe Madrolle, etc. Par exemple, dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari, il y a la sculpture d’un chat dans la chambre de la protagoniste lesbienne Mnesya.

 

"Le Club des Amis des Chats" de Jean Cocteau

« Le Club des Amis des Chats » de Jean Cocteau


 

Le chat apparaît comme l’« accessoire vivant » classique du vieux garçon ou de la vieille fille bourgeoise. La mère Michèle qui a perdu son chat. Il rentre parfaitement dans le tableau pathétique de l’adolescente attardée ou du trentenaire incasable et perturbé. « J’habite seul avec maman, dans un très vieil appartement rue Sarasate. J’ai pour me tenir compagnie une tortue, deux canaris et une chatte. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour) ; « M. de Coëtquidan jouissait d’un grand prestige auprès des chats. » (Henry de Montherlant, Les Célibataires, 1934) ; « Hum, je fredonne, dans la chambre vide ma voix résonne. À mes côtés un chat qui déconne et un électrophone. » (cf. la chanson « Encore cette chanson » d’Étienne Daho) ; « Quoi de pire qu’une vieille folle avec un chat… dans la gorge ! » (Toddy, le héros homosexuel de la comédie musicale Victor, Victoria (1982) de Blake Edward) ; etc. Par exemple, dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Dotty, l’une des deux héroïnes lesbiennes âgées, joue avec son chat. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, porte une écharpe avec des pattes de chat. Un peu plus tard, on le voit draguer un assistant dans les couloirs de tournage, avec qui on lui devine une liaison : « Salut mon chat ! »

 

B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi

B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi


 

Des traits humains sont généralement prêtés au chat : « J’ignorais qu’un chat pouvait sourire. » (le père d’Alice dans le film « Alice In Wonderland » (2010) de Tim Burton) Par exemple, dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio, Aurora, l’une des héroïnes lesbiennes, déclare aimer particulièrement le chat d’Alice au pays des merveilles. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, le chat de Jean-Loup (le héros homo) est décrit comme un animal humain. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Prior demande à Louis si « le chat n’est pas revenu » ; et celui-ci lui répond : « Les chats ont de l’intuition. » Dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, Damien, le transgenre M to F, a baptisé son chat (mâle) « Patricia ».

 

Le héros homosexuel se prend lui-même pour un chat : « Je suis un chat. » (Sherlock Holmes dans le film « Sherlock Holmes II : Jeu d’ombres » (2011) de Guy Ritchie)
 
 

b) Chat va faire mal :

Le chat semble être une symbolisation de la conscience ou du désir : cf. le film « Chacun cherche son chat » (1996) de Cédric Klapisch, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet (avec le chat maltraité), la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat (avec Pepita, la chatte morte), le one-woman-show Chatons violents d’Océane Rose-Marie, etc. Par exemple, dans le film « Le Placard » (2001) de Francis Veber, Jean-Pierre Belone, le retraité homosexuel habitant à côté de l’appartement du héros François Pignon, passe tout son temps à chercher son chat : « C’est le chat de gouttière le plus anonyme du monde. » Dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, une gamine cherche son chat.

 

Ce matou est la conscience individuelle que le héros homosexuel croit morte (cf. le film « Qui a tué le chat ? » (1977) de Luigi Comencini) ou qu’il évacue (et qui revient sous forme de subconscient violent) : « Votre passé, donnez-le à votre chat ! » (Cyrille, le héros homosexuel à Regina Morti, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Debout, je tenais un chat en bois sculpté qu’il m’avait offert, sans savoir ce que j’allais en faire. » (Ronit, l’héroïne lesbienne à propos de son amant Scott, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 49) ; « Le Docteur Feingold [le psychanalyste de Ronit] a prétendu que cette obsession vestimentaire trahissait une activité de substitution. Elle m’a dit que j’avais besoin de ritualiser mon chagrin et que cette manie de choisir des vêtements remplaçait dans mon esprit une expression plus profonde de la perte. J’ai eu envie de lui demander : ‘Et vous, docteur Feingold, vous vous êtes déjà interrogée sur ce que cela signifie, pour vous, de vivre seule dans un appartement blanc immaculé, avec un chat impeccable que vous appelez Bébé ?’ Bien sûr, je me suis contentée de l’écouter et d’acquiescer, car je n’avais aucune envie d’entamer de nouveau une conversation sur mon agressivité, mes limites et ma tendance à ‘résister au processus’, comme elle dit. Ce qu’elle ignore, c’est que ma vie est bâtie sur cette résistance au processus. » (idem, p. 67) ; « On se les partage [les tranches de saumon], mais il y a un chat. Dès le début il ne m’aime pas, il n’aime pas non plus Marielle, on ne sait pas d’où il est sorti, il se précipite sur nos tranches de saumon, il nous griffe, je le tiens à distance avec ma canne, Marielle ouvre la porte, on le chasse. C’est un chat noir énormes à moustaches blanches. Il a dû rentrer avec toi, me dit Marielle. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 135) ; « J’arrive mon chat. » (Maurice, le styliste homosexuel, s’adressant à son ami-e Nate, dans le film « Les Douze Coups de Minuit », « After The Ball » (2015) de Sean Garrity) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, les chats sont le retour du refoulé de la conscience du personnage homosexuel Matthieu, ses doubles schizophréniques : au moment de son accident qui lui coûtera la vie, les chats se battent et sont super nerveux ; Franck, son meilleur ami/amant, chante « Albator » au chat de Matthieu, nommé Stelly (Stelly était le nom de la protégée d’Albator).

 

Souvent, le héros homosexuel est lui-même comparé à un chat, à un animal de compagnie, infantilisé, étouffé, réifié. La chat-chat à sa mémère : cf. le roman Une Vie de chat (1988) d’Yves Navarre, le film « Gatos Viejos » (« Les Vieux Chats », 2010) de Sebastián Silva et Pedro Peirano, le film « Giallo Samba » (2003) de Cecilia Pagliarani (avec Mónica, l’héroïne lesbienne, vivant avec son chat, et appelant son meilleur ami ainsi), le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec le personnage de Paul, comparé à un chat), etc. « J’ai retrouvé ma mère. Le problème, c’est qu’elle m’a oublié. Pour rester avec elle, j’ai pris la place du chat. » (Bill, le héros de la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) ; « Je confonds toujours le nom du petit avec le nom des chats. » (la grand-mère à propos de son petit-fils, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) Par exemple, dans la pièce Hors-Piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, Francis, le héros homosexuel, est surnommé « chaton ». Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, la mère de Bill veut castrer son fils en même temps que son chat. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homo, se fait surnommer « mon p’tit chat » par sa sœur Adèle. Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Vlad surnomme tendrement son amant Anton « chaton ».

 

Le personnage homo finit même par s’identifier complètement à son chat. Par exemple, dans le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo, Giulia, l’une des héroïnes lesbiennes, se donne le surnom de « Pussycat ».

 

Dans son one-woman-show Chaton violents (2015), Océane Rose-Marie tente de s’évader de sa vie de couple ennuyeuse à travers ses deux chats, Froustinette et Craquinette, qu’elle a commandés sur LOLCat. Le problème, c’est qu’elle semble les confondre avec sa compagne, qu’elle appelle aussi « mon chat ». Mais également, que les chatons prennent une place démesurée dans leur couple : « C’est comme si David et Katy Guetta avaient pris possession de nos cerveaux. » Froustinette, le félin, fait cinq fois la taille de Craquinette, la chatte fatale qui fait sa star. Océane pense même que sa « femme » lui a greffé dans le cerveau une application « Je veux un chaton ». On voit bien ici que les chats traduisent une schizophrénie, en même temps qu’ils sont le baromètre de la vie (orageuse et violente) lesbienne, et de la souffrance homosexuelle cachée : à un moment, Océane raconte la vie désastreuse de Ricky Chaton, un petit chat vendu sur internet, à qui il est arrivé les pires sévices sexuels (violé par son père, son grand-père…), et qui boit du sang humain.
 

À maintes reprises, le chat est présenté comme un symbole typique du désir homosexuel et de la passivité sexuelle (contrairement au chien, qui serait plutôt la métaphore du désir hétérosexuel, bisexuel, « actif ») : cf. le roman La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar (avec le passage descriptif sur la félinité explicitement homosexuelle du jeune Zahir). « Tu as vu la vidéo du chat qui rentre dans la machine ? » (Gabriel essayant d’initier son amant aveugle Léo aux délires des vidéos Youtube sur Internet, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Alors que les hommes acceptent petit à petit d’être de petites chattes, nous ne revendiquons pas encore d’être de vrais loups… » (un des personnages féminins de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Papa… J’ai un chat ! Un chat ! C’est comme un chien… mais gay ! » (Anthony Kavanagh imaginant qu’il annonce à son père son homosexualité alors que celui-ci refuse de se faire à l’idée, dans le one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out, 2010) ; « Le chat est dans la gorge. » (les deux cordes vocales – figurées par les deux comédiens – au moment où elles rentrent en contact homosexuel, dans la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou) ; etc. Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval lit avec délectation des extraits (qu’il force à être « ambigus » et salaces) de Oui-Oui chauffeur de taxi, avec l’histoire de la queue du chat coincée dans la porte du taxi. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony MacMurrough met sur le même plan la sodomie qu’il a infligée au jeune Doyler et le fait de donner à boire à son chat : « Reste mon chaton, j’ai encore du lait. » Plus tard, Kettle, un ancien camarade de classe d’Anthony, connaissant les affaires de mœurs pédophiles dans lesquelles Anthony a trempé, fait discrètement allusion à l’homosexualité de ce dernier, à travers la métaphore du chat : « Peut-être avez-vous raison. Il ne faut pas réveiller le chat qui dort… » Plus tard, le chat s’immisce dans la relation amoureuse entre les deux jeunes héros du roman, Jim et Doyler : « C’est toi le chat. » (Doyler)

 

Le félin accompagne souvent le personnage homosexuel, et est homosexualisé. Par exemple, dans le film « Valentine’s Day » (2009) de Garry Marshall, Eddie, un des personnages gays, a un chat qui s’appelle Barbara. Dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain, le coiffeur homosexuel, possède deux chats, qu’il surnomme « David et Jonathan ». Le film « Le Baiser de la lune » (2010) de Sébastien Watel raconte l’histoire d’amour entre Félix, un poisson-chat, et Léon un poisson-lune.

 

Le chat est régulièrement la métaphore de l’amant homosexuel ou du désir homosexuel : cf. la chanson « Hey ! Amigo » d’Alizée (« Elle est comme toi, un chat qui ondule, qui fait le dos rond, elle manipule celui qui dit non… »), la pièce Los Gatos (1992) d’Agustín Gómez Arcos, etc. Il représente la moitié androgynique avec laquelle le héros homosexuel va fusionner et devenir complet : cf. le vidéo-clip de la chanson « Redonne-moi » de Mylène Farmer, le film « Le Chat à neuf queues » (1971) de Dario Argento, etc. Je vous renvoie au code « Quatuor » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Par exemple, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, quand Mathan demande à Jacques « s’il n’a personne dans sa vie », ce dernier lui répond que si : « Il s’appelle Narcisse. […] C’est mon chat angora. Un peu comme un amant. » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, la première chose qu’on voit à l’écran, en même temps que la bisexualité du héros Jérémie, c’est un chat.

 

L’animalisation en chat se fait passer pour affectueuse ou aimante. Le héros minaude, séduit, se montre caressant, ou bien se fait baptiser « chaton » par son amant : « Toutes petites, déjà, on jouait avec les chats. » (la Religieuse et Preciosa dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Plus fort, mon p’tit chat ! » (Bernard, le héros homosexuel s’adressant à son amant Didier, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Mais oui mon chaton, je t’aime comme une folle. » (une femme à son mari homosexuel, dans la pièce Tu m’aimes comment ? (2009) de Sophie Cadalen) ; « Exactement comme les chats portent leurs chatons, tu t’occupes de moi comme un animal de compagnie. » (Judy Minx dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3e Festigay au Théâtre Côté Cour de Paris, en avril 2009) ; « Il est comme un chat… à marquer son territoire. » (Matthieu par rapport à son amant Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « C’était au chat que je parlais. Tu mélanges tout. » (Frank, le frère gay de Daniel, s’excusant au téléphone auprès de sa mère de s’adresser à son copain maquilleur Jack, dans le film « Madame Doubtfire » (1994) de Christ Columbus) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, Jean-Charles (travesti en Jessica) surnomme son meilleur ami Jean-Louis « chaton ». Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Jean-Luc donne à son amant Romuald le sobriquet « mon gros chat ». Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Chloé est constamment comparée à un chat par son amante Cécile. Dans le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, Mathieu (Jérémie Elkaïm), le héros homosexuel, fuit son amant Cédric pour s’isoler dans une maison de campagne familiale, où il retrouve son chat qu’il désigne comme son seul et unique « prince charmant ». Dès le début du film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Bruno, le tentateur homosexuel, joue avec son chat.

 

Plus encore que le kitsch – assumé ou carrément sincère – du gentil surnom « chaton », plus encore que l’allusion peu discrète et un peu graveleuse à l’appareil génital masculin ou féminin, il y a plus profondément derrière l’icône du chat une métaphore d’un désir amoureux en général non-rassasié, en baisse et violent (ça va ensemble : la force est douceur, et la faiblesse est potentiellement violence) : « Je me plie en quatre, et elle m’engueule parce que j’oublie de nourrir le chat. » (Polly parlant de son amante Claude, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 116)

 

Par exemple, dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Vivi appelle Norbert, son amant, « Minou » ; et son pote Stef, au moment où Vivi veut quitter Norbert parce qu’il lui a été infidèle, déclare « Le petit chat est mort… » comme il aurait dit « Le désir entre vous deux est mort ».
 

Comme en général le chat homosexuel n’est pas doux ou n’est pas vivant, il arrive que le héros homosexuel se venge de lui. Dans les fictions homo-érotiques, le chat peut être l’allégorie animalière de la déception/violence du couple homosexuel, ou de la violence du réveil de conscience qu’expérimente le héros homosexuel s’adonnant aux sentiments ou aux actes homosexuel. C’est la raison pour laquelle il est souvent maltraité : « Le petit chat était si bien caché que la voiture de maman en a fait du steak haché. » (Shirley Souagnon s’imaginant en train de raconter un conte à son enfant, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) Par exemple, dans la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, Frisette, la chatte de Marilou, se suicide en se jetant du haut d’un immeuble. Dans le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, Valérie, la chatte de Mme Suzanne, se défenestre, et est traitée de « pute ». On peut penser au « chat qui s’défenestre » de Mylène Farmer dans la chanson « L’Instant X ».

 

Comme je le disais plus haut concernant l’analogie entre le chat et la conscience intérieure jetée extatiquement dehors, le chat dont il est question dans les fictions homo-érotiques n’est pas toujours un chat réel : il habite le corps sous forme de désir sombre, schizoïde, comme on peut le voir avec le film « Le Chat noir » (1934) d’Edgar G. Ulmer, le one-woman-show Chatons violents (2014) d’Océane Rose-Marie, le film « Katter » (« Tomcat », 2016) de Klaus Händl (avec le chat maléfique qui bousille le couple Stefan/Andreas), etc.

 

Le chat homosexuel est tout simplement l’autre nom du désir de viol, narcissique, incestueux, d’un mal intérieur sauvage et qui divise : « Je rêvai que j’étais moi-même mais que ma queue finissait en une tête de chat qui essayait de m’attraper le museau, et je tournais en cercles sur moi-même de plus en plus vite pour lui échapper. Puis une énorme mouette à tête d’aigle avalait la tête de chat […]. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 68) ; « Il [Franck] a un truc à l’estomac qui lui fait mal, qui le griffe. » (Emmanuel Adely, Mon Amour, 2009) ; « Comme j’utilise le mot ‘chatte’, j’passe par un violeur en puissance. » (Max, l’un des héros homosexuels de la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « On voit tout de suite qu’elle a quelque chose de bizarre, que ce n’est pas une femme comme les autres. Comme les chats. » (Molina, le héros homosexuel parlant d’Irena la Féline, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 9) ; « Je t’amène là où je veux. J’ai toutes les cartes du jeu. » (cf. la chanson « Chatte » de Mauvais Genre) ; etc.

 

Roman "Comment j'ai couché avec Roger Fédérer" de Philippe Roi

Roman « Comment j’ai couché avec Roger Federer » de Philippe Roi


 
 

La mère – « Paulo… Il faudrait que tu viennes reprendre ton chat. Moi j’en ai assez. Il ne mange plus. Je le rends malheureuse.

Paulo – T’aurais pu l’emmener voir un véto, quand même.

La mère – J’ai accepté de garder un animal en bonne santé. Pas une bête malade.

Paulo – Ah oui ? Et c’est quoi la différence ?

La mère – Il a un problème ce chat. Un problème de dents, c’est sûr !

Paulo – C’est bon, je vais venir le reprendre.

La mère – Faudrait qu’il voit le dentiste. Ça existe, les dentistes pour chats !

Paulo – Ça va, j’te dis, je vais venir le reprendre.

La mère – Quand ?

Paulo – Samedi.

La mère – Bon ben alors je l’enfermerai dans la pièce du fond, et je cacherai sa boîte.

Paulo – Ah non, tu ne fais rien du tout.

La mère – Mais je ne veux pas qu’il voit sa boîte. Sinon, tu ne pourras pas l’attraper.

Paulo – Tu laisses la boîte où elle est. Tu ne l’enfermes pas !

La mère – Mais tu sais qu’il comprend tout, ce chat ! Dès qu’il te verra, il aura compris !

Paulo – TU NE FAIS RIEN !

La mère – Il reste caché. Tu ne pourras pas l’attraper. »

(cf. dialogue dans la voiture entre Paulo, le héros homosexuel, et sa mère, particulièrement possessive, dans le film « Une Voix d’homme » de Martial Fougeron)

 
 

B.D. "El Caso Pasolini" de Gianluca Maconi

B.D. « El Caso Pasolini » de Gianluca Maconi (Pasolini dans la gueule du tigre)


 

Quelquefois, le tigre ou la panthère remplacent symboliquement le chat, désignant ainsi ce dernier comme un animal-désir potentiellement méchant, agressif, immature et incontrôlable : cf. le film « Tigerstreifenbaby Warter Auf Tarzan » (1998) de Rudolf Thome, le film « The Politics Of Fur » (2002) de Laura Nix, le film « Les Larmes du tigre noir » (2001) de Wisit Sasanatieng, le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar (avec carrément l’élevage de tigres dans le couvent !), le film « Aimée et Jaguar » (1999) de Max Färberböck, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « Embrasser les tigres » (2004) de Teddi Lussi Modeste, le roman La Course au tigre (2002) d’Emmanuel Pierrat, le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Jaguar » (1979) de Lino Brocka, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « The Leopard Man » (1943) de Jacques Tourneur et Val Lewton, l’album Bijoux et Babioles de la chanteuse Juliette, le film « Der Tiger Von Schnapur » (1959) de Fritz Lang, les romans El Crimen Del Fauno (1909) et La Pantera Vieja (1916) d’Antonio de Hoyos, le film « L’Homme qui en savait trop » (1955) d’Alfred Hitchcock, le film « Rosatigre » (2000) de Tonino De Bernardi, le film « Tropical Malady » (2004) d’Apichatpong Weerasethakul, certains dessins de Roger Payne, la photo Tigres en grand péril d’Orion Delain, le tableau Signe du Tigre (1990) de Charles-Louis La Salle, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le vidéo-clip de la chanson « Relax » du groupe britannique Frankie Goes to Hollywood (avec le Néron homosexuel et son tigre), la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard (avec les lions gays, et Bonnard en costume de panthère), le ballet L’Après-midi d’un faune (1912) de Vaslav Nijinski, le film « La Panthère est de retour » (1975) d’Arthur Marks, le film « Coffy, la Panthère noire de Harlem » (1974) de Jack Hill, les films « Quand la Panthère rose s’emmêle » (1976) et « La Malédiction de la Panthère rose » (1978) de Blake Edwards, la pièce El Tigre (2014) d’Alfredo Arias (avec Arielle Dombasle), le vidéo-clip de la chanson « No Big Deal » de Lara Fabian (avec Lara enfermée dans une cage de fauve de cirque), etc.

 

Film "Dans les ténèbres" de Pedro Almodovar

Film « Dans les ténèbres » de Pedro Almodovar


 

Par exemple, dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin, le couple homosexuel Fred et Greg montent ensemble un spectacle de magiciens avec un tigre blanc. Dans le roman La Mort difficile (1926) de René Crevel, le personnage d’Arthur Bruggle, le danseur, est associé à une panthère. Dans le film « Camping 2 » (2010) de Fabien Onteniente, Patrick Chirac, avec son petit débardeur rose très « seyant », est surnommé « la Panthère rose » par Jean-Pierre. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Benji imite le « puma dans la savane, version George Clooney ».

 

L’image du tigre dans les contextes homosexuels exprime en général un désir possessif et incestuel : « J’ai dû te tirer des griffes du hobbit. » (Russell s’adressant à son amant Glen, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh) ; « Passablement, je suis lion, gggrrrrrrr…. Ascendant lion…. Miaaaaaooouuu ! » (Jarry dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « En général, quand on est petit, on veut devenir un pompier, une infirmière… un tigre. » (Ali Bougheraba dans son one-man-show Ali au pays des merveilles, 2011) ; « J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides, mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux d’hommes ! » (Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre », Poésies 1869-1872, p. 87) ; « Je veux bien que tu sois libre mais, Lou, tu n’es pas un tigre dans le vent de l’aventure ni dans le sens du destin ! » (Solitaire à sa fille lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « La nuit, on éteint la lumière en string panthère. » (Fred en parlant de son couple avec Max, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « Nous devrions faire jouer nos rôles par des tigres. L’art dramatique des bêtes féroces. » (Valmont s’adressant à Merteuil, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller) ; « Attention, ça va saigner parce que je peux être méchant comme un tigre. » (Jerry travesti en Daphnée, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder) ; « Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, dans la ménagerie infâme de nos vices, il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde : c’est l’ennui. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, le Rouquin sadique qui s’apprête à violer sauvagement le narrateur homosexuel est habillé d’un « imperméable imitation panthère » (p. 109). Dans la bande dessinée La Foire aux Immortels (1980) d’Enki Bilal, le chat télépathe d’Aurélien (l’intendant de Choublanc – et sans aucun doute son amant) est tigré vert et blanc et toujours à deux doigts d’attaquer Jean-Ferdinand Choublanc. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, les amants d’Emmanuel qui défilent dans son appartement « après la nuit d’amour » portent tous le même peignoir tigre, et attisent chez lui les instincts de viol les plus inattendus. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Jean-Luc saute sur son amant Romuald « comme un tigre ».

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Le chat renvoie le plus souvent à un désir errant, violent, diabolique, nocturne ; au cadre sombre de la prostitution et du viol : cf. la comédie musicale Cabaret (2011) de Sam Mendes et Rob Marshall (avec le Kit Cat Club), le film « Your Vice Is A Locked Room And Only I Have The Key » (1972) de Sergio Martino, le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec le diable et son chat nommé « Chacha »), le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot (se déroulant dans un cinéma porno parisien), le film « Le Chat croque les diamants » (1968) de Bryan Forbes, etc. « Comment vont vos chats, madame Choyeuse (c’est son vrai nom) ? Je lui demande remontant mon décolleté. Mes chats ? Mes chats ? me dit-elle, qu’est-ce que vous avez à dire de mes chats ? Elle sort un poireau de son filet et me flagelle. J’essaie de la tenir à distance, elle redouble de coups, elle miaule. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977), Copi, p. 45) ; « Il y a des soirs où il faut que je baise avec un gars. À la limite, avec n’importe qui. Comme un chat de ruelle qui rôde. » (Claude dans le film « Déclin de l’Empire américain » (1985) de Denys Arcand) ; « Notre vie est un chiffon de papier que le chat promène en jouant. » (Laura, une des héroïnes lesbiennes du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 195) ; « Assise sur le canapé, elle lisse sous ses doigts les éraflures laissées dans le cuir par les griffes de son vieux chat, mort la veille. » (cf. la description de Gabrielle, l’héroïne lesbienne, dans les toutes premières lignes du roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 10) ; « Jane gratouilla le chat entre les oreilles. L’animal se retourna et cracha, babines retroussées. Jane sentit son souffle, chaud et vivant sur sa peau, tandis qu’elle retirait vivement sa main. ‘Je suis désolé. L’âge a donné mauvais caractère à Albert.’ […] Son haleine effleura son visage, aussi chaude et malvenue que le souffle du chat. » (Jane, l’héroïne lesbienne face au chat « Albert » de Karl Becker, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 66) ; etc.

 

Par exemple, dans la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi, il est question d’un « chat péripatéticien » (p. 68). Dans sa chanson « À force de retarder le vent », Jann Halexander décrit une femme fatale qui le fixe des yeux et « murmure à son chat ». Dans le film « Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain » (2000) de Jean-Pierre Jeunet, Amélie se fait surnommer « chaton » par une lesbienne garçonne qu’elle croise par erreur sur le pallier d’un immeuble chic parisien, et qui est disposée à la croquer. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, la mère-prostituée se décrit comme une « chatte brûlante » : « C’est moi la panthère rose. » En complément, je vous renvoie bien évidemment à la figure de la féminité fatale particulièrement célébrée en tant qu’icône identificatoire par la communauté homosexuelle : je veux parler de Catwoman, la prostituée tueuse (cf. le code prostitution et la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Le chat homosexuel, en plus de violer, peut aussi tuer. Par exemple, dans le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques », 1942) de Luchino Visconti, les chats surexcités le soir d’orage sont la symbolisation des envies de meurtre de Giovanna. Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, le diable agit « avec la rapidité d’un chat » (p. 51).

 

Film "L'Inconnu du Nord-Express" d'Alfred Hitchcock

Film « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock


 

Mais il fait le mal en montrant le plus souvent patte blanche. Le désir homosexuel est un désir duel et violent, qui s’annonce sous les hospices de l’innocence, de la pureté, de l’Amour, mais qui va quelquefois frapper. Le symbole du chat noir aux pattes blanches (« Ce chat est mon ami. » avouera Silvano à propos du chat blanc, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 151), ou bien du personnage portant des chaussures noires maculées de blanc, revient de temps en temps dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « Pattes blanches » (1949) de Jean Grémillon, le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (avec les chaussures de Louise, couverte de poudreuse blanche… la neige de l’adultère), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec William, le héros homosexuel allant silencieusement violer Eleonora dans sa chambre, avec ses chaussures noires aux extrémités blanches), le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock (avec Bruno, le psychopathe qui va s’ingérer de manière violente dans la vie d’un tennisman célèbre), le film « Toto Che Visse Duo Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec les chaussures blanches de Pietrino), le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, etc.

 

« J’ai toujours été folle des chaussures. Avec des paillettes. » (Zize, le travesti M to F dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Il portait des chaussures différentes, des espadrilles vertes simples et très jolies. Je les ai tout de suite adorées. Je voulais les mêmes. […] Je voulais de toute façon avoir exactement les mêmes espadrilles que lui. » (Abdellah Taïa parlant d’un domestique noir, Karabiino, sur qui il craque et qu’il essaie d’approcher comme un félin, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 76) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Mon chat, c’est Quelqu’un (c’est même moi !) :

Yves Navarre et ses chats

Yves Navarre et ses chats


 

Dans les reportages traitant d’homosexualité, il arrive que le chat apparaisse, sans qu’on comprenne trop pourquoi au départ : cf. le documentaire « Beyond The Catwalk » (2000) de Grant Gilluley, le documentaire « Le Bal des chattes sauvages » (2005) de Véronika Minder (les chattes sauvages étant ici les femmes lesbiennes interviewées), le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi (Alexander et son chat), etc.

 

Certains nous apprennent même que les chats peuvent avoir des comportements « homosexuels ». Première nouvelle ! : « On a observé un comportement homosexuel chez 13 espèces appartenant à 5 ordres de Mammifères (Beach, 1968). En voici quelques exemples. Il se produit chez la truie, la vache, la chienne, la chatte, la lionne et les femmes du singe Rhesus et du Chimpanzé. » (cf. l’article « Les Facteurs neuro-hormonaux » de Claude Aron, Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 161-162)

 

Salvador Dali et son chaton

Salvador Dali et son chaton


 

Et si l’on observe notre entourage amical homosexuel, on ne peut que constater que le félin occupe une place importante dans sa vie (artistique, esthétique, fantasmatique, et quotidienne). Certains établissements spécialisés dans la clientèle interlope choisissent de s’appeler Le Chat noir.

 

Les personnes homosexuelles ont parfois été nommées « catamini » (chattemites = « ceux qui jouaient les innocents ») (cf. Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 126).

 

Il n’est pas exagéré de parler, pour un grand nombre d’entre elles, d’une sincère adulation pour cet animal domestique : « J’adore les chats. » (Yukio Mishima dans sa Correspondance 1945-1970 avec Yasunari Kawabata, p. 104) ; « Par la porte du studio, entra Pepe, chargé de l’armoire d’Ernestito, dont la décoration, de papillons et de chats, ravit aussitôt Nelly. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 278) ; « Vous ne pouvez parler de rien. Si. À la rigueur de votre chat. » (un témoin homosexuel breton avouant qu’il dissimule sa vie privée homosexuel au travail, dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; etc. La passion de Jean Cocteau, de Sacha Zaliouk, de Carson McCullers, d’Yves Navarre, de Salvador Dalí, Cathy Bernheim, ou de Colette (elle habitait dans une maison peuplée de mistigris), pour les chats est de notoriété publique (cf. ce festival photographique du kitsch). Par exemple, dans son autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), Pascal Sevran décrit son amant Philippe comme « un homme qui craque pour les chats, qui les adore même » (p. 197). Pierre Loti aimait tellement ses chats qu’il leur a même fait faire des cartes de visite personnalisées ! La photographe lesbienne Claude Cahun voue un vrai culte aux chats : elle se photographie avec (cf. Autoportrait, 1939), ou bien s’en sert pour illustrer ses « images-mouvement » dans Le Chemin des chats (1949). Dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check, Rilene, femme lesbienne, dit en blaguant qu’elle a comblé le manque d’une relation de 25 ans avec sa compagne Margo par la présence de ses deux chats. Dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture » (« Inside », 2014) de Maxime Donzel, on nous dit que « les chats des icônes gays s’appellent tous Ripley ».

 

Photo "Lucie et Kid" par Claude Cahun

Photo « Lucie et Kid » par Claude Cahun


 

Le fanatisme pour les chats va parfois jusqu’à la fusion identitaire : « Si Cocteau était un animal, déclare Raymond Moretti, évidemment il serait un chat. » (cf. l’article « Cocteau était un dictionnaire » de Valérie Marin La Meslée, dans le Magazine littéraire, n°423, septembre 2003, p. 42) ; « J’étais un chat sauvage débordant de tendresses et de peurs. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 52) ; etc. Il peut mal finir. Par exemple dans son autobiographie Il m’aimait (2004), Christophe Tison nous raconte la séance de torture qu’il inflige à un chat. Quant au réalisateur italien Pier Paolo Pasolini, avec ses œuvres provocatrices, il a cherché à se faire des ennemis partout et se découvre chat : « Je suis comme un chat brûlé vif. » (cf. le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2013) d’Andreas Pichler)

 
 

b) Chat va faire mal :

Au niveau du sens, le chat semble être une symbolisation de la conscience ou d’un certain désir. À maintes reprises, il est présenté comme un symbole typique du désir homosexuel et de la passivité sexuelle (contrairement au chien, qui serait plutôt la métaphore du désir hétérosexuel, bisexuel, « actif »). Par exemple, sur le dessin (à l’époque, jugé raciste) de Copi publié dans le journal Libération du 5-6 juillet 1979, on retrouve cette idée de l’homosexualité féline quand un chien, sodomisant un chat, s’écrie : « J’aime les races inférieures ! » La félinité homosexuelle est donc un cliché misogyne, machiste, et homophobe, qui dit le viol et qui appelle à celui-ci ; parfois de manière très caressante, paradoxalement.

 

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

Les femmes lesbiennes sont parfois qualifiées vulgairement (par elles-mêmes !) de « broute-minou ».

 

Souvent, dans les discours des personnes homosexuelles, le chat est la métaphore de l’amant homosexuel ou du désir homosexuel (un désir compliqué, inconstant, étouffant) : « J’ai trouvé l’amour. J’ai trouvé un chat… Comme toute bonne lesbienne qui se respecte, j’ai un chat ! » (Blandine Lacour à l’émission Homo Micro de radio Paris Plurielle, le lundi 11 avril 2011) ; « Plus aucune nouvelle de Julien depuis quinze jours. Que fait-il, mon grand garçon ? […] Il me reviendra, comme rentre un chat de gouttière, se faufiler entre mes jambes, c’est le plus probable. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 154) Par exemple, dans le documentaire « Homos : et alors ? » de l’émission Tel Quel, diffusée sur la chaîne France 4 le 14 mai 2012, Marion appelle sa copine Charlotte « chaton ». Dans le sketch de la fausse publicité « Shebon » du trio comique des Inconnus, Bernard Campan, travesti en femme, entretient avec son chat « Hervé » une relation totalement fusionnelle.

 

Plus encore que le kitsch – assumé ou carrément sincère – du gentil surnom « chaton », plus encore que l’allusion peu discrète et un peu graveleuse à l’appareil génital masculin ou féminin, il y a plus profondément derrière l’icône du chat une métaphore d’un désir amoureux en général non-rassasié, en baisse et violent (ça va ensemble : la force est douceur, et la faiblesse est potentiellement violence). Ceci est constamment visible dans l’autobiographie L’Amour presque parfait (2003) de Cathy Bernheim, par exemple. Le chat homosexuel est tout simplement l’autre nom du désir de viol, du désir incestueux, d’un mal intérieur sauvage et qui divise.

 

Quelquefois, le tigre ou la panthère remplacent symboliquement le chat, désignant ainsi ce dernier comme un animal-élan potentiellement méchant, agressif, et incontrôlable. « Vaslav était comme l’une de ces créatures irrésistibles et indomptables, comme un tigre échappé de la jungle, capable de nous anéantir d’un instant à l’autre. » (Romola Nijinski, la femme du fameux danseur-étoile homosexuel, dans la biographie Nijinski, 1934) Par exemple, la guétapiste lesbienne Violette Morris (1893-1944) est surnommée « la Lionne de la Gestapo ». Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, mise en scène par Érika Guillouzouic en 2011, le comédien principal, pour jouer le rôle d’un schizophrène, se déguise en tigre sur scène.

 

Juliette et son tigre

Juliette et son tigre


 

Quelques personnes homosexuelles se prennent effectivement pour des fauves aux griffes crochues (et pas qu’aux Gay Pride) : « Je suis une fan de Sandokan, le tigre du Bengale. » (Mirna dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 209). Par exemple, « le Tigre » est le nom d’un groupe de punk rock que se sont choisi trois femmes lesbiennes féministes.

 

Ou bien certains individus homosexuels se comportent comme des tigres dès qu’ils obéissent à leur désir homosexuel : « La vie en couple est affreuse. Nous nous aimons comme des tigres. » (Paul Verlaine à son amant Arthur Rimbaud, cité par l’officier Lombard, Rapport de la Police française, 1873, dans l’exposition « Vida Y Hechos De Arthur Rimbaud », La Casa Encendida, à Madrid, visitée le 30 décembre 2007)

 

Le tigre indique l’existence d’un désir possessif et incestuel : « Mon premier patient a raconté d’abord le rêve du tigre sous la forme suivante : ‘Je veux aller avec ma mère au Jardin zoologique ; à la porte un tigre furieux bondit avec nous ; il veut mordre ma mère ; je tends ma jambe au tigre, pour qu’il ne morde pas ma mère ; le tigre me mord violemment la jambe…’ La dernière phrase du récit : ‘… et nous laisse libres d’entrer dans le zoo’ n’a été prononcée que beaucoup plus tard. C’est pourtant sur elle qu’il convient d’insister : elle montre que si le patient voulait être traité en femme par le père, c’était pour que le père lui laisse la voie libre vers la mère. » (un patient homo dans l’article « Le complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 465)

 

En écoutant les discours d’un certain nombre de personnes homosexuelles, le chat renvoie souvent à un désir violent, diabolique, nocturne, à un contexte sombre de prostitution ou de viol : « Il a alors attrapé ma tête, m’a tiré les cheveux et a dit, autoritaire, vulgaire : ‘ouvre tes fesses, j’ai dit… Ouvre-les ou bien je te viole… Je le jure que je vais te violer, petite Leïla… […] Je m’étais transformé en petit tigre enragé. Il aimait ça. La bagarre. Les défis. Les offensives. Il était de plus en plus excité. Moi aussi. En colère et excité. On se donnait des coups, pour de vrai, pour de faux. Il m’insultait. Zamel. Salope. Petite Leïla. Je le mordais, au bras, aux cuisses. On se poussait. » (Abdellah Taïa, par rapport à son cousin Chouaïb dont il est amoureux, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 22-23) ; « Lui, allongé sur son lit, nu comme au premier jour de sa naissance, me reluquait à la manière d’un tigre qui guette sa proie. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 112) ; etc.

 

Par exemple, dans le film pornographique « New York City Infierno » (1978) de Jacques Scandelari, chaque séquence de coït homosexuel est observée et célébrée par un chat. Et quand on demande au réalisateur François About le pourquoi (c’était le 15 octobre 2011, juste après la projection du film, lors du 17e Festival de cinéma LGBT Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris), celui-ci s’explique avec facétie et un amusement flou qui n’entre pas dans les détails : « À chaque fois que je fais une scène porno, j’aime bien mettre un chat dans le champ de la caméra. Parce que j’adore les chats. » Le captif des idolâtries violentes est bien en peine de mettre des mots derrière elles…

 

 

Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Déborah, personne intersexe élevée en fille, et son amie Audrey, elle aussi intersexe, se baladent au Muséum d’Histoires Naturelles de Lausanne (en Suisse), et y observent les animaux empaillés, et notamment un « Chat : Monstre à tête double ».
 
 

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