Mon copain ou mon fiancé ou mon mari m’aime mais passe à l’acte homo : Que faire ? Je me sens impuissante

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Deux impuissances qui se font miroir…

 

En accompagnement personnel d’hommes et de femmes touchés dans leur couple par l’homosexualité, je croise parmi la population homo-bisexuelle souvent le même profil de personnes : des garçons très intelligents, sociables, parfois engagés en Église et vivant en maisonnée, parfois mariés avec une femme qu’ils prétendent sincèrement aimer, pères de famille ayant un boulot dans lequel ils se donnent à fond mais où le moindre temps mort les entraîne dans des tentations charnelles et un isolement extrêmement puissants qu’ils n’arrivent pas toujours à contrôler sur la durée (rassurez-vous, j’en connais qui contrôlent très bien « la bête intérieure » quand même, et beaucoup plus souvent qu’on ne le croit).
 

Perfectionnistes, grands idéalistes, ils mettent un point d’honneur à se maîtriser, à ne pas décevoir, à plaire à Dieu, aux hommes, à leur femme, à leurs amis, à leur communauté religieuse. Ils incarnent l’archétype du gendre ou du prêtre idéal. Certains sont même prêtres en vrai, ou continuent d’être taraudés toute leur vie par la vocation religieuse. C’est la raison pour laquelle, quand ils chutent, ils ne se le pardonnent pas facilement et sentent que « quelque chose les dépasse ». Ils ne savent plus par quel bout prendre leur tentation/addiction.
 

L’homosexualité, ils ont bien compris que ce n’était pas pour eux, que ce n’était ni leur identité profonde, ni un couple à vivre, ni un chemin à suivre. Ça, au moins, ça a le mérite d’être clair. Mais l’ont-ils accueillie vraiment ? Tolérée ? Supportée ? Non. Ils la vivent comme une profonde vexation, une injustice, une honte monumentale, une défaite cuisante qu’ils n’ont pas digérée. Le rejet de celle-ci reste pour eux une intuition et un devoir moral abstrait plus qu’un pas réconciliateur émanant du cœur, qu’un acte libre et concret. Du coup, leur sortie de l’homosexualité se transforme en projection, même s’ils se persuadent du contraire. Et factuellement, leur homosexualité devient un fantasme et une pulsion, et quand ils se sentent débordés par elle et qu’ils s’y adonnent, elle se mute en défouloir, en aberration dans leur existence : comment eux, les rois du self control, les enfants de chœur, les héros bien-aimés de Jésus, peuvent-ils être capables, sur un coup de tête, de mater du porno en grande quantité ou bien de vivre des « plans cul » dont ils n’attendent absolument rien et qu’ils vivent dans un anonymat frisant la schizophrénie ? Ils sont les premiers navrés que la psychothérapie, la prière, leurs efforts pour satisfaire leur « épouse en Dieu », les retraites spirituelles, les Sessions Agapê , n’aient pas réussi à faire disparaître complètement leurs tendances.

 

Ce que je décris là, c’est un type d’homosexualité que je regarde, intrigué, car il m’est en partie étranger, j’avoue. Sans doute parce que je l’ai en partie résolu par le Verbe ( = témoignage), par l’action de sainte Marie et des sacrements en moi, et par l’expérience concrète de la continence. Mon homosexualité tient davantage de l’impuissance – et de la peur de l’impuissance – que d’une libido débordante, assaillante, conquérante, active (parce que refoulée)… même si moi aussi, à la base, j’ai une grosse libido, je suis un grand charnel et des fantasmes sexuels qui peuvent se révéler forts. Je n’ai pourtant pas le profil comportemental de l’obsessionnel addictif ni de l’homme alcoolique. Quelque part, mon travail d’analyse sur l’homosexualité et ma visibilité homo-catholique m’aident énormément à ne pas vivre les affres de la double vie ou du dilemme crucifiant qu’est le passage à l’acte homo.
 

En revanche, l’homosexualité de ces hommes-là, qui ne se disent pas homosexuels mais qui pratiquent par à-coup l’homosexualité dans des moments ponctuels et dans des sphères anonymes, est très instinctive, compulsive, animale, machiste, dépressionnaire, bipolaire. Chez eux, ce n’est pas vraiment la peur de ne pas pouvoir assurer techniquement la pénétration génitale avec la femme avec qui ils essaient d’être en couple stable, qui les malmène intérieurement (d’ailleurs, s’ils veulent « faire l’amour », ça marche souvent). C’est autre chose. Sans doute qu’ils canalisent mal leur énergie et ne s’acceptent pas vulnérables. Et leur manière de s’auto-punir de se découvrir faibles et imparfaits, c’est de foncer dans le rideau rouge qu’ils feignent de refuser, quitte à tout gâcher de ce qu’ils ont construit auparavant. On voit à travers eux que l’homosexualité est bien une blessure d’orgueil, et de refoulement combattif (fantasmé) des souffrances !
 

Ce sont des gars super sensibles, capables de dissimuler extrêmement bien, et qui, malgré les apparences, se laissent débordés par leurs pulsions du moment et surtout par leur imaginaire. Ils croient d’ailleurs n’avoir aucune emprise sur leur imaginaire (croyance fausse, car le travail de prise de conscience du Réel s’apprend : il y a des techniques pour ça. Avant de cliquer, de tomber amoureux, ou de se retrouver nu dans un sauna, il y a un laps de temps, quand même…). Un mail, un lien internet, une opportunité physique, un garçon qui passe sur un lieu abandonné, un instant de vide dans leur journée de travail ou dans leur temps de respectabilité sociale, un moment d’isolement… et la peur de se confronter à leur espace psychique intérieur ressurgit soi-disant « en un fragment de seconde ». Orgueil de vouloir tout contrôler, peur de se retrouver face à soi-même, précipitation et absence de vie intérieure : voilà ce qui explique techniquement la (re)chute. En réalité, ils sont plus libres qu’ils ne l’imaginent. Ils ne se laissent juste pas le temps de le réaliser. Ils s’engouffrent dans un mutisme et un isolement programmés. Ils s’extériorisent fiévreusement parce qu’ils ne se sont jamais vraiment intérioriser.

 

Alors, comment on fait quand on est comme ce que je viens de décrire ? Et comment on fait quand on est une femme qui vit avec ce genre d’hommes homo-bisexuels ? Déjà, dans un premier temps, on voit bien qu’il ne suffit pas de savoir, de comprendre, de « communiquer », d’intellectualiser, de verbaliser le problème, de vouloir que ça change, ni même de croire en Dieu et de vivre de Ses sacrements, pour pouvoir s’en sortir. Ce qui touche au cœur, aux pulsions et aux blessures de l’affectif ne se résout pas toujours par l’intellect ou la prière sincère. Et cela crève les yeux : ça turbine cérébralement très bien chez ce genre d’hommes ; et à les écouter, ce sont des champions de la prière, de la méditation et de la lectio divina. Donc le problème est ailleurs : dans la gestion émotionnelle. De plus, le spirituel mal compris peut être une extériorisation de soi, une échappatoire de plus qui n’aide pas du tout à affronter sa propre réalité, sa propre unicité, sa propre inactivité, son propre vide intérieur. Et l’amour d’une femme, même compréhensive, l’accompagnement d’un père spirituel, même intelligent et avisé, la fréquentation régulière des sacrements, ne résoudront pas le problème et ne combleront pas toujours ce vide affectif béant ressenti.

 

Je crois que, pour ce type de profils d’homosexualité, à l’instar des personnes alcooliques ou porno-dépendantes, tant que ces hommes homosexuels n’auront pas rencontré en face à face un groupe de frères qui, comme eux, ressent dans sa chair ces pulsions qui leur apparaissent indépassables, tant qu’ils ne les voient pas évoluer positivement avec, ils ne croiront pas en eux et seront longtemps habités par la même peur et croyance qu’ils sont les marionnettes de leurs appétits corporels, qu’ils sont des faux prophètes, des maris indignes, des menteurs qui ne méritent que le suicide.

 

C’est étrange de penser, surtout par les temps qui courent où l’on mise tout sur le Couple ou sur Dieu, qu’un lien comme la fraternité ou l’amitié (de misères), qui est objectivement moins entier que l’amour conjugal ou l’amour spirituel, puisse dans ces cas-là très précis être temporairement plus efficace que le lien conjugal ou le lien spirituel. Mais j’ai croisé des gars alcooliques qui ont lâché la bouteille grâce aux Alcooliques Anonymes et à leurs jumeaux de « condition » ; des personnes droguées, qui avaient touché le fond, et qui se sont miraculeusement relevées au contact d’autres amis drogués, au Cenacolo ; et des gars homosexuels qui, grâce à des groupes comme Courage (calqués sur les méthodes des A. A. , qui ont de vrais résultats), sont parvenus, sinon à ne plus ressentir un désir homosexuel, du moins à dompter la soi-disant « pulsion indomptable » en devenant continents. Je crois énormément en l’Incarnation et en l’Amitié. Une femme ayant un copain/mari homosexuel, ou un père accompagnateur suivant un homme pieux homosexuel, n’est pas toujours la personne la mieux placée pour convaincre par toute sa personne que la condition homosexuelle est réelle, incarnée, intérieure, prégnante, oppressante, et donc corporellement sublimable ou dépassable. En revanche, un ami à notre hauteur, qui nous comprend non seulement intellectuellement, compassionnellement, mais aussi corporellement et émotionnellement, a parfois plus de chances de nous délivrer de notre combat intérieur charnel et de nous élever, qu’une personne extérieure, aussi qualifiée soit-elle.

 
 

P.S. : Je vous rappelle la date du « Parcours homosexualité » à la dernière session de Paray-le-Monial cette année, pour toutes personnes intéressées par l’accompagnement des personnes homosexuelles : 15-20 août 2015.

Inquiétude : La nouvelle scène d’artistes chrétiens, éventuellement catho…

 

Il existe en ce moment en France une catégorie émergeante d’hommes et de femmes de scène dans le paysage musical, théâtral, cinématographique, actuel : les artistes chrétiens. Les journalistes cathos les décrivent comme une génération montante, prometteuse, venue donner un coup de jeune à l’Église catholique et nous aider à bouger notre corps, à prier, à connaître Jésus. La sphère médiatique se penche très peu sur les messages que cette nouvelle vague véhicule. Et pour cause : la plupart de ces artistes, s’affirmant « chrétiens » mais pas cathos, ou « cathos mais juste quand ça leur est demandé », n’a pas grand-chose à dire devant les caméras et ne prétend absolument pas défendre un message précis, révolutionner le monde des idées ni donner sa vie à autre chose qu’à « sa passion » ( = l’Art ; pas l’Église ni la Vérité, cela va sans dire). Ils font de l’art pour l’art. Ils ont pour « originalité » de servir deux dieux : Jésus et surtout l’« Art ». À les entendre, ils sont juste là pour « exprimer l’amour de Dieu », « apporter du bonheur aux autres et de la beauté au Monde » (« On reçoit beaucoup plus que c’qu’on donne. » rajoutent-ils, en ayant l’impression de dire quelque chose de profond…), « faire plaisir à leur public », « se faire plaisir », et vaguement « ramener des gens éloignés de l’Église à la foi » en leur donnant des éléments de catéchèse par petites doses homéopathiques. C’est déjà ça, me direz-vous, et ils ont le mérite d’exister.
 

Pourtant, à bien y réfléchir, nous devrions trouver ce phénomène extrêmement pathétique et tragique. Le fait que la nouvelle scène chrétienne se retrouve dans le coma avant même d’avoir eu le temps de vivre, qu’elle se plie aux modes du moment sans prendre de véritables risques au niveau des messages, c’est navrant. Cette nouvelle vague d’artistes, débarquant sur un terrain pourtant extrêmement porteur où il y a urgence d’annoncer la Vérité et moyen de vraiment innover, se comporte, à peine arrivée, comme une coterie bobo d’élus, de vacanciers, de pique-assiettes, d’hommes d’affaires, de dandys assoiffés de reconnaissance et d’honneurs mondains, pire, de langues de bois, d’arrivistes qui font tapisserie et nous cuisinent de la soupe tiède. Par les temps qui courent, c’est quasi criminel et indécent. Il y a d’autres urgences que ce genre de corruptions et d’opportunismes, franchement. Le Monde a tellement soif !
 

Ce refus, chez les artistes « chrétiens », d’annoncer clairement la Vérité et l’Église, de prendre position sur des débats de société, est paradoxal, car c’est précisément une génération de gens qui se met en avant, qui s’avance au micro, qui se place à des postes-clé de communication et de médias, donc censée délivrer un message. Mais non ! Elle n’annonce presque rien. Elle fait de la figuration, profite du filon naissant de notoriété et d’exotisme spirituel, pour prendre la place de ceux qui ont vraiment quelque chose à dire, pour se faire du fric et parfaire son image, et aller dans le sens du Monde. Ça devrait nous glacer le sang.

 

Force est de le reconnaître. Le chanteur « chrétien », à quelques exceptions près, n’a pas la foi chevillée au corps. Par rapport à celle-ci, il part du principe que si on lui en parle, il en parlera volontiers (Il répondra aux questions sur son intimité spirituelle et ne fera pas de mystère sur sa foi). Mais si on ne lui en parle pas, ça ne viendra pas de lui. L’annonce de son appartenance confessionnelle, il veut qu’elle reste anecdotique, accidentelle, secondaire, à l’initiative des autres. Selon lui, la foi ne doit pas être mise en avant. Elle a juste à être posée là, à côté de l’art, en supplément, en « bonus », en parallèle, en filigrane, en label invisible. C’est la petite astérisque, invisible pour le néophyte, et « clin Dieu » uniquement identifiable par les connaisseurs. La foi ne doit pas nécessairement être absente, mais pas nécessairement présente non plus (et paradoxalement, pendant ses concerts, tout d’un coup, le chanteur « chrétien » la clamera et la surjouera en grande effusion émotionnelle narcissique… mais là encore, zéro prise de risque et zéro Vérité). L’artiste « chrétien », en général, chantera de la mélodie entraînante gentille, où Dieu est amour, où les paroles sont bibliques, où il pourra même catéchiser un chouia et faire connaître des « éléments culturels et cultuels » de l’Église. Mais ça n’ira pas plus loin.
 

Il fait passer son image avant sa foi, sa tiédeur pour un sens du « compromis », de la « nuance », de l’« équilibre », de la « délicatesse », de la « finesse », du « réalisme », pour une « pudeur » pure et sainte, une stratégie bien plus efficace que celle des évangélisateurs plus bruts, plus « cash », plus zélés. Il te dira que la forme EST le fond, qu’elle est dans un premier temps plus importante que le fond, qu’elle fera gagner miraculeusement le fond si bien que celui-ci n’aurait même plus besoin de se dire explicitement après. C’est un peu ce que j’appellerais « la technique UMP ou PS » : j’amasse les richesses, je courbe le dos pour pénétrer dans le système que je prétends subvertir et évangéliser… et puis finalement, je ne subvertis rien, je n’évangélise pas vraiment, je redistribue peut-être les richesses (disons mon surplus) et annonce éventuellement Jésus (mais surtout pas l’Église-Institution), je fais caméléon. La foi, et l’image qu’elle me donne, deviennent optionnelles. Je dis que je suis chrétien pour draguer un public mais pas pour la Vérité et le risque qu’Elle comporte.

 

Le gros problème (malheureusement peu identifié car il est saturé de sincérité et de bonnes intentions), c’est que l’artiste « chrétien » croit que le style (artistique) EST le message. Autrement dit, que la Vérité se situe dans la performance technique, ou/et, à l’extrême inverse, dans l’émotionnel et le sentimental. Alors que, concrètement, faire du rap, de la pop ou du reggae, ça n’a jamais été un message en soi. Ce n’est pas révolutionnaire en soi. Si bien qu’on arrive à des paradoxes comme la comédie musicale Malkha (qui parvient quand même à remplir le Palais des Congrès à Paris : beau « challenge » qu’on ne peut pas lui enlever) : seules la forme et l’entreprise technique sont audacieuses (débauche de moyens, belles chorés, spectacle en voie de professionnalisation, qualité vocale, salle prestigieuse et comble, sensibilisation à un message catéchétique avec la commémoration d’épisodes bibliques, etc.) ; mais au niveau du message et de la Vérité, très peu d’audace, aucun message qui bouscule vraiment les idées reçues et qui renvoie à une action politique, philosophique, aucun déplacement de murs ni de montagnes, pas de prises de risque pour annoncer la Vérité qui bousculera vraiment les gens, y compris les cathos. Un résultat qui fait bien, mais somme toute cucul. L’audace s’est focalisée/figée sur la forme, sur le matériel, sur la performance technique, sur la sensation et l’impression émotionnelle… au détriment du fond, et pour se faire passer pour le fond.

 

L’artiste « chrétien » veut bien jouer « du catho » de temps en temps (la vie d’un grand saint, d’une comédie musicale à thématique vaguement chrétienne). Il veut bien participer à des « projets cathos », ponctuellement : le temps d’un clip ou d’une apparition sur une scène chrétienne, d’un concert, d’un voyage humanitaire, d’un film avec seconds rôles, etc.) mais il ne faut pas que ça lui coûte son travail, que ça remette en cause son quotidien, que ça entache sa réputation et que ça ébranle sa sécurité matérielle. Il fait « du catho », mais n’aime pas « être catho », n’aime pas être identifié comme « catho » dans sa vie de tous les jours ni dans son travail. Il souhaite que sa foi soit une composante ou une singularité de sa vie, mais pas sa vie. Il souhaite qu’elle soit une activité parmi d’autres. Et il rééquilibrera la balance l’année suivante avec des projets totalement profanes, pour montrer qu’il sait se diversifier, ouvrir ses horizons, et ne pas s’enfermer dans un milieu. Il se refuse à se transformer aux yeux du Monde en grenouille de bénitier. Il ne veut pas mettre sa carrière artistique sur la liste noire catho et « se griller » à tout jamais (C’est la danse du « un pas en avant, trois pas en arrière » : si Cannes applaudit « Des hommes et des dieux », c’est pour ensuite imposer sa palme d’or trash « La Vie d’Adèle » !). Il trouve que s’afficher clairement catho, c’est « restrictif » : ça fait communautariste, ça ferme des portes, c’est sectaire, ça peut rebuter des gens qui auraient pu croire en Dieu grâce à lui et son art, ça lui donne une mauvaise image ou une image caricaturale de lui-même. Finalement, on se rend compte que la fermeture qu’il prête aux autres, c’est la sienne. La « cathophobie » qu’il attribue au milieu artistique profane, c’est la sienne. Le regard négatif sur le catholicisme qu’il identifie chez les autres, c’est le sien. La fausseté/fermeture qu’il prête aux cathos, c’est sa propre discordance entre ses actes et sa foi, c’est le manque d’entièreté et de prédominance de sa foi sur sa vie.

 

L’artiste « chrétien » pense qu’« être catho », ça n’a pas nécessairement besoin de se dire : « ça se vit » (ce serait exactement comme les « je t’aime » ! Il ne faudrait pas les prononcer car « ce serait au-delà des mots… »). Il faut que sa foi et son identité de croyant soient mélangées dans la soupe de sa vie, au point qu’on ne les identifie plus. Il pense que politique et art, ou foi et politique, ne se croisent pas, sont consanguins. Il segmente, sectorise, car il ne veut pas mettre Dieu au-dessus de sa carrière. Il fait partie de ces personnes très peu à l’aise avec les évangélisations de rue, argumentant que Dieu n’a pas besoin d’être dit explicitement, et ne doit pas être annoncé comme meilleur Chemin de Vérité. On a envie de lui rappeler que « le Verbe s’est fait chair » et que « malheur à celui qui n’annonce pas l’Évangile au péril de sa vie » (sa vie corporelle, mais aussi déjà sa vie sociale). Donner son nom et son image à l’Église, c’est déjà commencer à donner son corps. Des artistes comme Rona Hartner, qui ont chanté contre le « mariage pour tous », et qui maintenant sont mis sur liste noire, en savent quelque chose : eux, ce sont vraiment des chanteurs catholiques ! Ils ont donné leur vie et leur carrière à des causes justes et impopulaires.

 

L’artiste « catho en demi teinte » te dira que sa politique du non-dit est « stratégique », que la politique du « sans concession » et de la « transparence à tout prix » peut être tout autant de la contrefaçon que celle de la dissimulation. Il te fait croire que le message évangélique light, c’est ça qui « passe bien » dans un monde sécularisé avec qui il faut y aller mollo, mettre les formes plutôt que le fond, user des mêmes codes. Il justifie sa lâcheté en s’appuyant argumentativement sur la diversité (« Il y a différentes manières d’annoncer le Christ »), sur la complémentarité (« Il faut de tout pour faire un monde. Il faut des saint Paul et des saint Pierre. Finalement, ça se complète. »), sur la fuite du conflit (« Il ne faut pas chercher les ennuis. »), sur l’universalité (« Il faut parler à tout le monde, ne pas les braquer dès le départ. »), sur la communication médiatico-politique. Dans un processus totalement schizophrénique, il soutient que le problème des artistes évangélisateurs (qu’il devrait être mais qu’il n’assume pas d’être), c’est « juste dans la forme ». Et puis comme il se rend compte au bout d’un moment que c’est en réalité lui qui s’est éloigné du fond qu’il devait annoncer par l’art, il vient, dans le privé, tout honteux d’avoir considéré le mot « prosélytisme » comme un gros mot, te faire son mea culpa, confesser le déchirement de son double statut d’artiste et de catho (comme si c’était ça le problème…), pleurnicher son dilemme vocationnel (qu’il présente comme insoluble, car il ne veut surtout pas le résoudre !), et te dire en pleurs qu’il compte arrêter définitivement la musique. Sa comédie, qui revient chroniquement, ne dure pas longtemps, en général ; il repartira de plus belle dans ses concerts, ses interventions télé indigentes (dans lesquelles il avait dit des choses intelligentes et vraiment « chrétiennes », mais elles ont été coupées au montage), dans le tourbillon sans fin de ses mille projets. Il se croira pris au piège d’un monde médiatique qui l’empêche d’être vraiment catho, vraiment lui-même, et de vraiment défendre la Vérité. En fait, c’est lui qui avait commencé à ne pas L’annoncer… Il ne fait que récolter la monnaie de sa pièce.

 

En conclusion, je dirais qu’il ne suffit pas que la scène chrétienne existe. Elle peut exister. Mais si elle ne joue pas son rôle d’annonciatrice de Vérité-qui-fâche-autant-qu’Elle-unit, elle fait juste acte de présence, « acte d’existence » symbolique, autant qu’elle n’existe pas. WAKE UP, les artistes cathos !

Sainte Humanité

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Rencontre christique cet après-midi. Alors que je traversais la place de l’Hôtel de Ville de Paris, deux gars de la rue, Pascal et Philippe (dont l’un d’eux a l’habitude d’y faire des bulles de savon géantes avec des cannes et une corde) écoutaient, assis, avec hauts parleurs, la chanson « Salut les amoureux » de Joe Dassin. Et quand ils m’ont entendu l’entonner par coeur en même temps qu’eux, ils m’ont manifesté un grand enthousiasme. Je n’ai fait qu’un passage-éclair qui nous a valu un bel échange de sourires. Puis, sur le chemin du retour, je me suis arrêté leur parler. J’ai halluciné de leur sympathie, camaraderie, gentillesse à mon encontre. L’un d’eux, le plus âgé, s’est mis à m’évangéliser (« Jésus, il continue de pleurer, tout le temps tout le temps, pour recevoir notre amour. »), sans même savoir que j’étais catho. L’autre, celui de 36 ans, se disait agnostique (« Tu sais, moi je passe mon temps à donner du bonheur aux gens, mais je ne porte que du malheur. »). Mais tous les deux, dans un scène qui avait tout de la cène eucharistique (c’est pour ça que ça me faisait marrer intérieurement, et que je les regardais, émerveillé/intrigué, comme s’ils étaient des Christs déguisés qui ne le savaient pas et qui m’avaient été envoyés pour m’adresser un scoop céleste là maintenant tout-de-suite), m’ont proposé gratuitement à boire, sans me demander d’argent, m’ont parlé de l’Évangile, ont rompu en deux leurs sandwichs Quick pour me le donner, sur un air de « Free » de Steevie Wonder et de « Ma liberté » de Serge Reggiani. Je les ai quittés. Mais ils m’ont bien identifié, et m’ont donné rendez-vous un de ces jours sur ces lieux. Dieu m’étonnera toujours, et nous comble de cadeaux, de messages, de signes. Sainte Humanité.

Au milieu du doute

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Parfois, je doute beaucoup de mon CD (car le milieu catho est souvent impitoyable, jaloux ; et mon album a un style spécial, ses failles, et ne conviendra de toute façon pas à tout le monde). Et de temps en temps, en recevant des mails comme celui-là, je reprends confiance ^^. J’embrasse bien fort Mathilde et Camille, et leur maman ! Très belle Octave de Pâques !

Jean-Marie Le Pen a RAISON, mais n’a pas ÉMOTION… donc au final, il n’a même pas raison. (Il lui sera retiré le seul talent qu’il possède.)

Jean-Marie Le Pen a RAISON, mais n’a pas ÉMOTION… donc au final, il n’a même pas raison.
 
Jean-Marie
 

La Réalité, nul ne La voit s’il ne réussit pas à conjuguer Raison et Émotion, ou, ce qui revient au même, Vérité et Charité, Faits et Primauté des Personnes. Celui qui n’est que dans l’émotion, en délaissant la raison – ce qui est le cas de nos hommes politiques socialistes et communistes, sans exception – est en dehors du Réel ; et sa politique aboutit à des aberrations absolument catastrophiques et inhumaines (on le voit actuellement avec le Gouvernement Hollande, qui enchaîne les lois homicides, au nom pourtant de très bonnes intentions). À l’extrême inverse, celui qui n’est que dans le rationalisme (à l’instar d’Éric Zemmour, des membres du FN, de l’UDI-UMP, de la droite en général, qui se vantent d’être « réalistes », « lucides », « factuels », « constatifs », « descriptifs », « concrets », « analystes ») au détriment de l’émotion, de l’empathie, de la passion, de la Foi, de l’Humain, de la Charité, de la Miséricorde, de la solidarité, est aussi en dehors du Réel (même si factuellement, il semble avoir raison : sa pensée s’appuie d’ailleurs sur moultes statistiques et courbes !) ; et sa politique aboutit aussi à des aberrations absolument catastrophiques et inhumaines. Car nous ne sommes pas que des machines : des hommes et leurs désirs, leur liberté, les ont construites. Nous ne sommes pas que des actes ou des faits : des hommes et leurs désirs, leur liberté, les ont posés/vécus. Nous sommes humains. Le self-control (cynique et provocateur) et la rétention d’émotions (par hantise du débordement, de la vulnérabilité de l’Amour), les deux marques de fabrique du FN (en plus de la folie pour le « réel » et de la diabolisation des médias), ne sont que la version inversée, gémellaire, dépressive, de l’hystérie déréalisante du socialisme. Mais le FN comme le PS marchent dos à dos. L’irréalisme hyperréaliste du FN fait un écho parfait à l’irréalisme émotionnel du PS.
 

Par exemple, la sortie de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz pourrait se prouver par les faits. Et c’est vrai. Factuellement, Grincheux (qui est loin d’être un crétin et un inculte) a raison : aussi horribles soient les chambres à gaz, historiquement, elles n’ont pas été l’instrument de torture le plus répandu pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais c’est intentionnellement, émotionnellement, que le Pen a tort. C’est la réalité émotionnelle et sociale qu’il zappe. Il veut prouver à la face du Monde, sur le mode de la provocation et du réalisme factuel, que les journalistes sont des ignorants, des idéologues, des serviteurs d’un irréalisme aussi dangereux que le sien… mais juste beaucoup moins cultivé que le sien. Qu’a-t-il gagné au final, si ce n’est la preuve de sa gémellité d’hystérie et d’arrogance avec le PS ? Il est dans le factuel brut, qu’il oppose à l’humain, à l’opinion, à la perception, à la compassion, à la sensibilité sociale, à la RÉALITÉ ÉMOTIONNELLE. Donc finalement, par excès puriste de réalisme, il n’est plus dans le Réel. Toujours la tentation du fils aîné de chercher à AVOIR RAISON avant d’AIMER… Il lui sera retiré même le talent qu’il possède.

L’Affaire Stefanini : la mauvaise foi des journalistes gays friendly + la faiblesse argumentative du Pape sur l’homosexualité

Radio ND
 

Depuis janvier 2015 (et sans doute bien avant), les journalistes et les politiciens gays friendly du Monde entier s’impatientaient et préparaient leur dossier d’inculpation du Pape François pour homophobie en profitant de l’absence de réponse de ce dernier à la demande de candidature de Laurent Stefanini (soi-disant « ouvertement homosexuel ») au poste d’Ambassadeur de France au Vatican. Et depuis hier, ça y est, l’ultimatum est lancé, la Curie est mise au pied du mur : « Alors ? Ça vient, ton cachet ? Si ça vient pas, c’est que t’es homophobe ! »
 

Concrètement, la raison ( = l’homosexualité) du supposé refus du Vatican n’est qu’une présomption journalistique. Pour l’instant, on ne sait pas. Les militants gays friendly rêveraient que l’homosexualité soit la seule explication et justification de cette décision. Mais le Pape ne s’est toujours pas exprimé, et on ne connaît pas la vraie vie morale de Laurent Stefanini. Donc avant de juger de quoi que ce soit et de suivre le procès d’intention des mass médias, il est sage de se taire et de ne pas partir dans des folies interprétatives qui confinent à l’hystérie et au ridicule sur les réseaux sociaux en ce moment.
 

Les allégations « Stefanini a été rejeté parce qu’il est gay » ou même « Le Pape François ne veut pas d’ambassadeur français gay au Vatican » sont des mensonges. Les seuls titres d’articles qui pourraient convenir, parce qu’ils seraient objectifs et factuels, ce sont, à mon sens : « Le Pape ne veut pas de Laurent Stefanini au poste d’ambassadeur » ou mieux « Le Pape François ne s’est pas encore prononcé sur la candidature de Laurent Stefanini au poste d’ambassadeur (Laissez-le libre et foutez-lui un peu la paix à lui et à Stefanini, même si le résultat de leur échange nous intéresse et nous concerne en partie…) ».

 

Par ailleurs, vu que la polémique publique autour de cette affaire enfle, que beaucoup y vont de leur petite réaction mesquine, et que certains vont de toute façon être obligés d’y répondre de par leur fonction (le Pape et Stefanini en première ligne !), je ne peux m’empêcher de me faire du souci à propos de l’argumentaire papal sur l’homosexualité. (Je ne m’attarderai même pas sur les phrases soit carrément homophobes, soit carrément sanguines, de la fachosphère, qui s’exprime en ce moment sur Twitter et qui fonde ses critiques sur la théorie du complot et la haine des médias : hurler « C’est une provocation ! » ou « C’est un piège médiatique ! », comme ça avait déjà été le cas lors de la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à l’Éducation Nationale, ce n’est pas un argument de fond et ça ne prouve rien…)
 

Je vais vous dire franchement. Mon inquiétude par rapport au discours papal sur l’homosexualité, c’est que celui-ci est fragile. Le Pape ne parle toujours pas de l’orientation homosexuelle en des termes explicites ni justes, puisqu’il centre son opposition à celle-ci sur la soi-disant dichotomie « homo mais pas gay », ou bien « homosexualité intime / homosexualité sociale » (comme s’il y avait deux communautés homos, comme s’il y avait d’un côté le « signe de péché » et de l’autre le « péché », alors que la frontière entre les deux est d’autant plus mince qu’elle est niée ou au contraire exacerbée démagogiquement). Tout ça pour ne pas traiter le sujet de l’homosexualité de manière vraie, globale et frontale.
 

 

Par exemple, quand le Pape François conclut, dans l’avion de retour des JMJ de Rio (ok, ça date un peu, mais quand même : ça reste une ânerie) : « Le problème n’est pas cette tendance. Le problème, c’est d’en faire du lobbying. », ÇA NE VA PAS. La tendance homosexuelle est déjà un problème, quand bien même ce soit un signe de péché et non un péché à la base. Le signe de péché qu’est l’attraction homosexuelle, même s’il est beaucoup moins grave qu’un péché car il n’est que partiellement acté, qu’« en suspension », qu’il n’est pas libre, et qu’il semble plus hérité que choisi, reste une réalité qu’on ne peut ni banaliser, ni justifier, et qui peut s’actualiser si on ne l’identifie pas comme mauvaise. La tendance homosexuelle, c’est une peur (de la différence des sexes) ou une blessure (de l’identité et de l’affectivité). Donc même ça, ce n’est pas rien ! et ce n’est pas un bien ! je suis désolé ! Le problème de l’homosexualité ne se situe pas uniquement dans le fait qu’elle soit rendue visible ni du fait qu’elle se politise en groupe de pression. L’homosexualité est déjà un problème individuel, un problème dans la sphère du privé, un problème fantasmatique et parfois factuel. L’argument papal « Ça devient un lobby, donc c’est surtout ça le problème », excusez-moi mais NON ! L’homosexualité serait justifiée sous la forme de désir intime à ne pas condamner que déjà ce serait une démarche fausse, pudibonde, lâche et homophobe ! Pourquoi a-t-on peur de condamner le désir homosexuel ? Il n’est absolument pas la personne qui le ressent ! Si on en a peur, c’est qu’on confond encore désir et personne, ou acte et personne… donc on rentre dans une démarche d’homophobie, de peur et de justification de cette peur ! Attention.
 

Non, je suis désolé, l’argumentaire public du Pape sur l’homosexualité n’est pas encore au point, et risque de faire des catastrophes. Il ne suffit pas de dire « J’accueille les personnes homosexuelles et je ne les juge pas. » Car c’est une évidence qui a déjà été dite et redite, et qui se fige en sophisme dangereux si elle n’est pas illustrée par des faits et des mots plus clairs qui s’adaptent aux contextes humains du moment. Ce qui compte de dire maintenant, ce sont les formes de cet accueil, les cadres. Et l’Affaire Stefanini, montée en épingle par les médias et les lobbys, est un appel, une formidable opportunité pour définir ces cadres d’accueil (je vous renvoie à mes deux articles : article 1 sur les 3 mots magiques conseillés au Pape ; article 2 sur la forme de la pastorale spécifique). Si on la voit comme le piège médiatique qu’elle n’est pas en réalité, c’est que nous ne sommes pas encore dans la Vérité par rapport à l’homosexualité. C’est de notre faute.
 
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Si la préparation du Pape en matière de discours sur l’homosexualité semble fragile, il n’y a pas lieu de trop s’inquiéter, car le souverain pontife ne s’est pas encore exprimé ni positionné sur l’affaire Stefanini ; il est à l’écoute de l’Esprit Saint ; et j’ose espérer que l’eau a coulé sous les ponts pour lui depuis le Brésil !

 

En revanche, du côté de La Manif Pour Tous, je constate que la réflexion n’a pas évolué d’un iota. C’est toujours la même peur-haine de la politique, de la sexualité et de la réalité homosexuelle. Elle pratique la langue-de-bois, tente de privatiser l’homosexualité (et la sexualité dans son ensemble ! car elle réduit la sexualité à la génitalité et à la sentimentalité) pour ne pas aborder le sujet en face. Selon La Manif Pour Tous, l’homosexualité ne pose problème que si elle devient publique, visible, politisée, communautarisée, lobbyisée. Sinon, il n’y a pas à en dire quoi que ce soit : « Ça relève de la vie privée ». La Manif Pour Tous ne comprend pas que l’orientation homosexuelle pose déjà problème dans le privé et que nous, personnes homosexuelles, ne vivons pas en quarantaine, ni « en paix parce que cachées » ! Elle ne comprend pas que déjà, le « vivre avec cette tendance » ne mérite ni son indifférence ni l’indifférence sociale en général. Une nouvelle fois, elle se défile, en faisant croire que cette esquive est un argument et un acte de respect. Elle botte en touche, par peur d’être taxée d’homophobe, et parce qu’elle refuse de regarder l’homosexualité et les personnes homosexuelles telles qu’elles sont. Elle fait ainsi preuve d’homophobie (dans le sens strict du terme : « peur du même », et « peur de l’homosexualité, des personnes homosexuelles »). Elle se fout de nous et veut nous isoler, privatiser la sexualité, ce qui est extrêmement grave (pas seulement pour les personnes homos, d’ailleurs, mais pour tout être humain), car la sexualité est une réalité aussi bien intime que sociale : c’est une réalité de VIE, et qui concerne les PERSONNES. C’est toujours la même rengaine : « La sexualité relève du privé… Il n’y a pas de lien entre politique et foi, entre foi et sexualité, entre politique et sexualité… Nous ne nous définissons pas par notre sexualité. Etc. etc. » Je regrette, mais c’est faux ! Nous nous définissons entièrement par notre sexualité (« sexualité » étant entendue comme « sexuation » et « différence des sexes », et non simplement comme « génitalité » ou « affectivité », même s’il n’y a pas à opposer « sexuation » et « génitalité/sentimentalité »). De même, la politique a à voir avec l’intime. Elle est noble et doit nous guider en matière de sexualité et d’amour : elle a son mot à dire, y compris à notre intimité. Et l’Église, encore plus ! Qu’est-ce que c’est, de la part de La Manif Pour Tous, que cette langue-de-bois petite-bourgeoise (qui justifie en plus l’Union Civile, en feignant en public de s’y opposer) ?

Le « problème » que je suis

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Je me rends compte que je suis publiquement très marqué et que ma personne « pose problème » (ou au contraire à énormément de poids et fait beaucoup de bien, à condition que ce marquage soit assumé), aussi bien à l’extérieur de l’Église qu’à l’intérieur, car ma vie condense trois réalités qui sont cruciales – et parfois douloureuses – pour l’être humain : la foi / l’homosexualité / la virginité. Si, dans un ou plusieurs de ces trois domaines, les personnes ne sont pas au clair ni réconciliées, elles ont peur de moi, de mon message et ne m’intègrent pas dans leurs groupes ou dans leurs conférences. Elles s’arrangent pour me faire passer pour un fondamentaliste religieux, un militant LGBT caché, un obsédé de la continence. Ce que je ne suis pas. Mais oui, je porte trois piliers très forts. Ça effraie et ça enthousiasme.

« Aimer en vérité » du Père Grosjean : hyper dangereux

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C’est étrange, ce procès que font certaines personnes mal-intentionnées aux défenseurs de la Vérité. Si elles n’ont rien à leur reprocher sur le fond et la forme, elles s’arrangeront quand même pour trouver des failles ou des rigidités à la forme, et pour voir d’un mauvais oeil la puissance du fond, en imaginant que si ce fond est mal interprété, il peut faire encore plus de dégâts que s’il n’avait pas existé, et que s’il est grand, il gonfle automatiquement d’orgueil celui qui le diffuse. Ainsi, les mauvaises langues, par jalousie, arrivent très vite, alors qu’elles s’éloignent des mots et des faits concrets, à faire passer le bien pour le mal, la Vérité pour un grand danger, l’Amour pour sa mauvaise utilisation, leurs peurs pour la réalité, le mauvais récepteur pour le bon émetteur, l’évangélisateur pour un pervers. Selon leur logique, ce qui « pourrait être » devient déjà ce qui « est ». On les entend reprocher aux évangélisateurs les excès interprétatifs qu’elles leur imputent (et qu’elles créent en réalité !) : « Si son livre est pris au pied de la lettre, ça crée des catastrophes et des générations de névrosés ! » ; « C’est pas lui qui fait le service après-vente de ses livres ou de ses témoignages publics, ni lui qui ramasse les pots cassés ! » ; « Ne le recevez pas. Il a beau dire des choses vraies, ce n’est pas adapté à un public qui n’a pas de recul. » ; « Il a raison, mais il n’est pas à l’abris de la starification et de l’instrumentalisation de son discours, des quiproquos, donc il vaut mieux qu’il se taise. » ; etc. Je fais régulièrement les frais de cette réécriture paranoïaque de mes écrits ou prises de parole publiques (c’est pour cette raison que j’aime que mes conférences soient enregistrées et filmées : pour éviter la dénaturation de ce qui s’est dit, pour éviter le remplacement de l’action par la perception de celle-ci). Et j’ai vu dernièrement ce détournement face à l’influence croissante de l’abbé Grosjean et au succès de son livre Aimer en vérité, ouvrage jugé « dangereux » par certains mauvais esprits, non pas sur la base de son contenu objectif auquel on ne trouve pas grand-chose à redire, mais dans l’utilisation mauvaise et idolâtre qu’ils lui prêtent. Je ne suis pas un défenseur inconditionnel du père Grosjean, loin s’en faut. Je veux juste que soit rétablie la Vérité et que soit rendu à César ce qui est à César. Ce qui m’importe, ce sont les faits et les mots concrets, avant les possibles mauvaises récupérations et perceptions de ceux-ci. La Vérité mérite d’être dite. Et on n’arrivera pas à lui ôter sa part de risque, donc sa part d’amour.

Je sers à rien

 

« Je sers à rien. » Ce cri intime ou ce sentiment abyssal m’envahit souvent en ce moment. Mais je pense qu’il ne m’appartient pas et qu’il est commun à tout être humain. Il ne nous abandonnera jamais, quoi qu’on fasse, quel que soit l’endroit où l’on soit, quels que soient notre âge et notre situation. Il peut couvrir toute l’existence et embrumer même le positif en un rien de temps, d’une manière si efficace que je comprends qu’il puisse conduire au suicide. Et même un « Tu n’es pas seul », dans les moments où précisément nous sommes dans une ville ou entouré de personne dans une culture mondialisé, ne fera que l’approfondir. Ce constat est une réaction à la morsure inexorable du temps. Il est dû à l’érosion et à la vanité des réalités terrestres, à l’inconstance des relations humaines. Le tout est d’essayer ne pas trop le personnaliser ni de l’individualiser autour de notre personne. Sinon, effectivement, on se supprime, ou au moins on se condamne à la honte et au désespoir.

Une nouvelle interview de moi, censurée cette fois par des protestants évangéliques, et qui s’intitulait « La division de l’Église à cause de l’homosexualité »

Icône mormone

Icône mormone

Jamais deux sans trois. Après le journal La Péniche de Sciences Po, puis un journal espagnol qui a failli ne pas publier mon interview sur Dolce & Gabbana (il a quand même censuré ma critique du natalisme hétérosexiste), c’est au tour d’un journal protestant évangélique de se rétracter après avoir essayé de faire passer mon texte en commission (Deux de ses membres, au moment de le mettre en ligne, ont, par peur, fait demi-tour). Quand je vous dis que la censure du message de l’Église ne vient pas des « médias » ni d’un gouvernement ni d’un lobby LGBT ni de personnes athées, mais des « croyants » eux-mêmes ! et que ce qui se passe dans notre société est à l’exacte ressemblance de ce qui se passe à l’intérieur de l’Église…

 
 
 
 

LA DIVISION DE L’ÉGLISE À CAUSE DE L’HOMOSEXUALITÉ

 
 

Pourquoi l’Église se déchire autour de la thématique du l’homosexualité ? Pour une raison toute simple : l’homosexualité (en tant que désir non-acté ou en tant qu’acte) est un mal (ou un signe de mal, concernant juste le désir) qui prend la forme d’un bien. Il lance donc forcément la communauté ecclésiale dans un dilemme entre forme et fond, entre jugement des actes et non-jugement des personnes, entre Charité et Vérité. De plus, ce sujet n’a pas encore été clarifié ni compris socialement, mondialement. Il bénéficie ainsi de l’ignorance populaire et du climat passionnel que celle-ci génère. Il y a par conséquent urgence à son identification. Il en va de l’Unité de l’Église et de l’amour des personnes homosexuelles, qui représentent malgré elles aujourd’hui l’amour universel de Dieu pour tout Homme.

 

 

1 – Un sujet injustement minoré socialement

 

Ceux qui minimisent l’importance de l’analyse de l’homosexualité, en se disant que ce n’est pas un sujet dont il convient de parler ou de faire trop de cas (car ça le justifierait, ça donnerait des mauvaises idées, ou bien sous prétexte qu’à d’autres époques on ne l’envisageait absolument pas comme une identité à afficher et dans laquelle s’installer), vont vite déchanter et se rendre compte qu’ils font erreur. Non pas qu’en lui-même le désir homosexuel soit une réalité qui devrait prédominer sur notre identité humaine, notre sexualité et notre mode de vie : mais parce que dans notre Monde actuel il est devenu le prétexte n°1, l’instrument de censure le plus utilisé (aux côtés de la rhétorique du racisme et du sexisme), l’alibi le plus courant, des discours, des actions et des décisions gouvernementales, qui eux sont concrets et ont des implications dramatiques sur la population entière, à échelle internationale. Ce sont bien les revendications pro-diversité, pro-choix, pro-LGBT (Lesbien-Gay-Bi-Trans), anti-discriminations et anti-homophobie, qui servent de fer de lance de toutes les lois libertaires et homicides menaçant aujourd’hui la famille, le mariage, le sens de la fin de vie et de l’adoption, la généalogie de l’être humain. Je n’y peux rien. Le bouclier a beau de pas être l’armure entière, elle protège celle-ci et la justifie presque complètement !

 

L’homosexualité, de par sa violence (éjecter, en amour et en sexualité, la différence des sexes, c’est violent et inhumain car sans différence des sexes, il n’y a pas d’humain), de par son statut de rideau à fleurs rose que personne n’ose soulever ni dénoncer, a aujourd’hui un pouvoir monumental et disproportionné par rapport à son insignifiance objective quand elle n’est pas pratiquée. Elle est, du point de vue de la sexualité, la planque mondiale préférée du diable, puisqu’elle est le mal (ou le signe de mal, concernant uniquement le désir non-acté) déguisé en bien : un bien surnommé « nature », « identité humaine indiscutable » ou « amour ». Le diable peut donc se servir tranquillement de l’homosexualité comme mot-slogan ou sophisme pour court-circuiter toute pensée d’opposition à lui, utiliser tranquillement les personnes homosexuelles comme chair à canon de sa structure mensongère de péché, comme speakerines souriantes ou éplorées que personne ne s’aventure à critiquer sous peine d’être accusé d’« homophobe », tout pendant que lui s’affaire à cacher tous ses forfaits, ses violences et les souffrances qu’il inflige à l’Humain, précisément derrière le rideau rose de l’amour universel « LGBT ». D’insignifiante, l’homosexualité, par l’usage rhétorique et mondialisé qui en est fait actuellement, devient pour nous tous une réalité incontournable.
 
 

2 – Un sujet menaçant l’Unité de l’Église catholique

 

Tenons-nous-le pour dit : ce qui se passe à l’intérieur de la société est à l’exact reflet de ce qui se passe à l’intérieur de l’Église. Car l’Église est humaine, et l’homosexualité aussi. Même si ça rassure beaucoup de croyants catholiques et d’ecclésiastiques de minorer et d’extérioriser le phénomène de l’homosexualité en épiphénomène étranger, les faits nous prouvent que l’homosexualité est une réalité d’Église et surtout que, lorsqu’on demande aux fidèles catholiques de se positionner clairement sur le « mariage homosexuel » par exemple, les assemblées, voire même la Curie romaine (on l’a constaté au moment de la première étape du Synode en 2014 : le Pape François a carrément senti qu’il valait mieux reporter le traitement de la question plutôt que d’y répondre tout de suite tellement l’homosexualité est une patate chaude !) se scindent carrément en 3 groupes :
1) les catholiques light et gays friendly qui justifient l’« amour » homosexuel en soutenant que « Dieu ne juge personne et qu’il aime chaque Homme tel qu’il est » (ils se disent d’ailleurs contre l’Église-Institution) ;
2) les catholiques rigides et intransigeants qui lisent la Bible au pied de la lettre et mettent la Vérité avant la Charité (ils se disent en général sédévacantistes, hostiles au Concile Vatican II, et considèrent l’homosexualité comme un sujet à la fois insignifiant, méprisable et dangereux) ;
3) les catholiques qui ont compris le sujet de l’homosexualité et l’ont perçu comme un terrain important de sainteté universelle (via la défense et l’expérience de la continence), comme un prétexte puissant pour l’Unité de l’Église et la recherche de Vérité, comme une opportunité merveilleuse de Charité fraternelle.
 

Cette troisième catégorie est malheureusement une minorité marginalisée. Pourtant, ces catholiques visionnaires mériteraient une médaille car ils ont vu que l’homosexualité, en tant que pratique et aussi en tant qu’instrument rhétorique, menace sérieusement l’équilibre de l’Église toute entière. Un jour, un frère de saint Jean, grand connaisseur du monde monastique, m’avait dit en confidence : « Laisse l’homosexualité rentrer dans un monastère, et c’est le début de la fin pour cette congrégation fraternelle. »

 

L’homosexualité dans l’Église, c’est le secret de polichinelle qui lance tous les fidèles, concernés directement ou non par le sujet, dans une Guerre Froide institutionnelle larvée, d’autant plus violente que maintenant les mass médias s’en mêlent et cherchent à diviser les croyants entre eux, en demandant à chacun de se positionner dans le camp dit « du bien » (= pour le mariage homo, contre le supposé conservatisme de l’Église vaticane, différemment du catholique lambda) ou dans le camp dit « du mal » (= ceux qui sont contre le mariage homo et qui défendent les valeurs de l’Église catholique). Il est très facile, avec le mot « homosexualité », de faire parler tout le monde – et surtout ceux qui n’y connaissent rien – dans un concert babélique assourdissant et stérile. Il est très facile de créer la zizanie. C’est l’ignorance et une souffrance mal identifiée qui servent d’explosifs dans toute communauté humaine.

 

Le thème de l’homosexualité, s’il est ignoré ou traité superficiellement, constitue une menace très grave pour l’Église, d’une part parce qu’il est entouré de confusion (il est confusion, même !) et que la censure dont il fait l’objet témoigne précisément de l’existence d’une pratique homosexuelle de plus en plus accrue au sein de la communauté de croyants et des cercles cléricaux (pratique encore minoritaire mais quand même existante et qui peut s’étendre d’autant plus facilement qu’elle est invisible) ; et d’autre part parce que la pratique homosexuelle ou le désir homosexuel montre un manque de foi en l’Église, un éloignement concret des Hommes vis à vis de Dieu et de la différence des sexes qu’Il a créée. Si donc l’homosexualité commence à être justifiée par au moins la moitié des « fidèles » de l’Église (les chrétiens pro-lobby LGBT + les indécis qui ne veulent pas se positionner), c’est le début d’un schisme et d’un profond trouble au sein de l’Église. Nous le voyons déjà dans les communautés chrétiennes en déliquescence en Occident, déjà très partagées lors des Manifs Pour Tous de 2012-2014 en France. Tant que le Pape n’indique pas un cap clair et réaliste sur l’homosexualité, il laisse libre cours à toutes les interprétations, toutes les divisions et toutes les dérives au sein du troupeau qui lui est confié. Justifier une « identité homo » ou un « amour homo », cela revient à cautionner l’expulsion ou l’absence de la différence des sexes en amour, et donc à rejeter concrètement l’Église. Par voie de conséquence, l’enjeu et l’urgence autour de la parole de Vérité sur l’homosexualité sont forts. Mais ils doivent également nous réjouir. Car si nous parvenons à parler justement du désir homosexuel, nous contribuerons à renforcer encore plus l’unité et l’universalité de l’Église, et à convertir le cœur de millions d’âmes grâce à ce seul sujet.
 
 

3 – Pourquoi cette menace de division communautaire par l’homosexualité guette encore plus les églises protestantes-évangéliques que l’Église catholique ?

 

Si la thématique de l’homosexualité parvient même à faire trembler les murs de la maison religieuse la plus solide et durable que l’Humanité n’ait jamais comptée, à savoir l’Église catholique, je n’ose même pas imaginer dans le cas des demeures confessionnelles aux murs imprécis (les églises protestantes/évangéliques), éclatés (l’Islam), disloqués ou trop rigides (la religion juive). Face au tsunami rose-bonbon LGBT, la menace de division et d’écroulement de la bâtisse est déjà forte pour le catholicisme, qui pourtant repose sur le Roc (le Christ + la Bible + les Sacrements + les ministres institués par Jésus + la Vierge Marie + l’Esprit Saint + la Communion des Saints + la foi individuelle du croyant). Mais pour le protestantisme, par exemple, dont les fondations ne reposent principalement que sur la Bible et la foi individuelle du croyant avec Dieu, les dégâts sont encore plus grands. Il n’y a qu’à regarder la crise que traversent actuellement les églises anglicanes : d’ailleurs, beaucoup de fidèles, déçus par la trajectoire gay friendly de leur épiscopat, changent de crèmerie et rejoignent les bancs de l’Église catholique. Et on comprend pourquoi ! Beaucoup d’Églises protestantes bénissent déjà officiellement/officieusement des unions homosexuelles et ont même des pasteurs homosexuels en « couple » ou qui ont fait leur coming out. Le protestantisme oscille entre les extrêmes : la condamnation et la complaisance. Étant donné que les églises protestantes n’ont pas de chef unique (à part Jésus) auquel obéir, ni de dogmes et de sacrements auxquels se raccrocher et qui pourraient incarner leur foi, ni d’Institution humaine faisant autorité et servant d’intermédiaire entre les fidèles et Jésus, chacune des assemblées voit un peu midi à sa porte, chacun des responsables des confédérations protestantes est livré à lui-même. Il est encore plus difficile pour les églises protestantes de resserrer leurs rangs, de contrôler leur famille recomposée, de faire efficacement face à l’ambiguïté et à la vague de sentimentalisme spiritualisé pro-gay.

 

De plus, détail ô combien important, les églises évangéliques sous-estiment la Vierge Marie et sa place de Reine des Saints et du Ciel. Ils se privent ainsi de la compréhension, de l’expérience et des apports de l’unique bouclier efficace contre la propagande LGBT qui sévit aussi bien à l’extérieur que dans l’Église : la continence (= abstinence pour Jésus et pour son Église). La continence – j’en sais quelque chose ! – est le seul rempart pour permettre la fidélité à Jésus, et un langage de Vérité-Charité sur l’homosexualité. Comment connaître et expérimenter la force de la continence sans la Sainte Vierge et sans les sacrements de l’Église catholique ? Franchement, je ne vois pas… Ce n’est qu’à l’école de la Vierge et grâce à Elle (et un peu grâce aux prêtres, aux frères consacrés, aux moniales et aux sept sacrements de l’Église catholique) que j’ai compris/expérimenté la grâce de la continence, que je peux parler en Vérité de l’homosexualité. Ce n’est pas la lecture de la Bible ni les invocations à l’Esprit Saint qui vont pallier à eux seuls cette fragilité de l’Église face à l’homosexualité, pallier ce manque de foi en Marie, en la Communion des Saints, en l’Humain sacré et institué par Dieu. Ce n’est pas non plus un discours appris et focalisé sur la guérison de l’homosexualité – une guérison perçue par beaucoup de protestants comme définitive et magique – qui va résoudre le problème et colmater les brèches. Avant de s’évertuer à demander la guérison, il faut déjà savoir ce qu’il y a à guérir, et comprendre les diverses formes de guérison que Jésus choisit pour les personnes (durablement ou pas) homosexuelles. Donc oui, nous pouvons nous faire du souci sur l’avenir des églises évangéliques/protestantes, mises à rude épreuve de l’homosexualité.