Archives de catégorie : Je l’ai dit

La loi Taubira repose bien sur la croyance tacite en l’hétérosexualité

« Mêmes conditions d’adoption pour homosexuels et hétérosexuels » dit la ministre Christiane Taubira, le 10 septembre 2012 dans la revue La Croix. Et je réponds très sérieusement : « Oui. Tout à fait. Exactement les mêmes. » Les conditions qui soient les plus restrictives possible, car quand il y a si peu d’amour et de stabilité dans un couple (comme c’est le cas dans les couples homosexuels et les couples hétéros), il vaut mieux qu’ils soient logés à la même enseigne : pain sec et eau ! En revanche, je ne veux pas des mêmes conditions d’adoption pour les couples femme-homme aimants (qui ne ressemblent en rien aux couples déstructurés hétéros), car eux seuls méritent les pleins droits pour l’adoption.

 

Faut-il reconnaître l’homoparentalité ? (Newsring)

« Faut-il reconnaître l’homoparentalité? » Oui. La justifier en tant qu’homoparenté, à mon avis, non, car l’homoparenté n’existe pas. Le couple homosexuel ne sera jamais, à lui seul, procréatif (désolé de rappeler cette évidence que certains arrivent encore à récuser énergiquement!). La parentalité adoptive existe, qu’elle soit appliquée par une personne homosexuelle ou une personne non-homosexuelle; et elle mérite d’être reconnue, même si elle est plus limitée et plus complexe que la paternité biologique (les parents qui ont adopté le reconnaissent parfaitement). Mais le problème du nouveau projet de loi sur l’adoption pour les couples de même sexe, c’est que concrètement, il y a un amalgame grossier qui est fait entre le terme « homoparentalité » (autrement dit la paternité adoptive) et « homoparenté » (paternité biologique fictionnelle). En jouant sur la confusion des mots et des réalités auxquelles ces mots renvoient, cette loi justifie un mensonge anthropologique, nous engage à entériner socialement une irréalité sentimentalisée. La parenté dans le couple homosexuel, que certains baptisent « homoparentalité », n’existera jamais. On aura beau la nommer comme on veut, faire intervenir les amis ou les techniques scientifiques, ça ne changera rien. C’est pour cette raison que je ne suis pas « contre » l’homoparentalité, mais bien contre le « projet de loi qui, en amalgamant l’homoparenté avec l’homoparentalité, vise à nous faire croire que l’homoparenté est une réalité, et de surcroît une réalité heureuse »; car avant même que l’homoparenté soit jugée « fausse et mauvaise », elle est surtout déjà IRRÉELLE. Or les lois sont justement là d’abord pour accueillir et appréhender le Réel, et ensuite L’orienter vers le bien commun et les gens incarnés. Le projet de loi sur l’adoption ne se base pas sur le Réel en postulant implicitement que le couple homosexuel serait procréatif à partir du moment où il serait reconnu légalement et socialement comme une « famille ». Et comme tout mensonge anthropologique qui nous éloigne du Réel et de l’Homme (même s’il prend l’apparence d’une « loi étatique » ou qu’il se charge de « sincérité »), il est dangereux et violent.

(Ce message a été posté sur le forum du site Newsring le jeudi 13 septembre 2012)

Pardon : je ne serai toujours que moi-même

Interrogez des gens qui m’ont connu en vrai pour dire du mal sur ma vie. Si vous voulez y trouver des failles, vous y arriverez toujours. Il y aura bien un de mes colocs qui dira que je suis crade, paresseux, trop ascétique, désordonné et radin ; un de mes frères qui dira que je suis un boulet, un cas social ou un malade mental ; un de mes élèves qui dira que j’ai été un prof incompétent et sans autorité ; un de mes anciens amis qui assurera que je suis invivable, orgueilleux, imbus de moi-même ; un de mes ex qui dira que je pue, que je suis un mauvais « coup » au lit et que j’ai un corps moche ; un de mes camarades comédiens qui dira que je n’ai aucun talent pour le théâtre ; un critique littéraire ou une personne qui m’a entendu en conférence qui dira que je suis choquant, excessif, arriviste, narcissique, incompétent, et qu’il faut se méfier de moi. Mais tout ça, ce ne sera pas foncièrement moi quand je suis habité par Dieu et regardé avec les yeux de l’Amour bienveillant. Oui, j’ai plein de défauts, et notamment celui d’être humain. Mais à mon tour, je pourrais demander à ces individus qui croient me connaître et qui médisent sur mon compte pourquoi ils n’ont pas eu assez d’amour pour pouvoir dépasser ce qu’ils me reprochent. Car le manque d’émerveillement est toujours injuste, injustifiable ; et le constat puriste des défauts d’une personne, sans la charité et le pardon qui aideraient à aimer celle-ci par-delà ses limites « objectives » et son caractère, restera toujours insuffisant, complice, minable.

 

Argumentaire de la conséquence

Dans les débats actuels sur l’ouverture du mariage ou sur l’adoption pour les unions homosexuelles, tous les beaux discours (alarmistes, en fait!) sur l’importance du mariage femme-homme, de l’altérité des sexes, de la procréation naturelle, de la pérennité de la famille, de l’authenticité de l’Amour, sur le bien supérieur de l’enfant, seront à mon sens vains, constitueront une fuite en avant, un « argumentaire de la conséquence » fragile et inopérant, tant qu’on ne reviendra pas à la source de ce qu’est l’homosexualité, à savoir un désir (et parfois des actes) qui s’analyse et qui dit des souffrances et des violences sociales réelles. Si on fait l’économie de la réflexion sur le désir et les actes homosexuels, nos dissertations sur le mariage et la filiation arriveront trop tard, au moment de sauver les meubles, ou bien resteront inaudibles (car qu’est-ce qui peut nous prouver, à part la nature violente du désir homosexuel, qu’il n’est pas souhaitable que le mariage ou la filiation soient dénaturés et modernisés? Absolument rien… à part la paranoïa et l’idolâtrie!). On ne sera crédibles et réalistes que si nous parlons du désir homosexuel non-acté en lui-même plutôt que des conséquences (supposées) que ce désir pratiqué impliquent/impliqueraient dans notre société.

 

Péché remplacé par norme

J’en discutais tout récemment avec un ami prêtre. Il me faisait la très judicieuse remarque que nous vivons à une époque où la notion de « péché » a été remplacée par celle de « norme ». Le problème, c’est que lorsque nous nommions l’acte mauvais « péché », nous pouvions encore l’extérioriser de nous, l’identifier, nous en décharger, ne pas culpabiliser à outrance ou le prendre pour nous… Or maintenant que le mal est appelé « norme », on peut plus difficilement comprendre qu’il est extérieur à nous, surtout les esprits faibles qui pensent incarner entièrement cette norme par tout leur être pour se rassurer, ou pire ceux qui se targuent d’incarner une nouvelle, invisible, et infinie norme baptisée « anti-norme ».

 

Amalgame entre « homophobie » et « accusation d’homophobie »

Que les choses soient claires. Ce n’est pas « L’HOMOPHOBIE » en elle-même (c’est-à-dire un désir, des mots et des actes réels) qui intéresse les Jacques de Guillebond, les Mgr Lantheaume et autres Christian Vanneste, mais bien « L’ACCUSATION D’HOMOPHOBIE » (à savoir le paraître, l’image, la rumeur, l’étiquette paranoïaque pour diaboliser ses adversaires ou s’auto-victimiser). La nuance est de taille ! En écoutant par exemple Alain Escada, le président actuel de l’institut Civitas (un mouvement qui se dit « catholique », mais qui en réalité est lefevriste, non-reconnu par Rome, intégriste – et pas seulement « traditionnaliste »  –, et dont beaucoup de membres aiment visiblement les supers pulls fashion tricotés par mère-grand ;-)), l’amalgame entre homophobie et accusation d’homophobie est frappant. Quand on tente d’échanger avec eux sur l’homosexualité – si tant est qu’ils nous laissent en placer une et qu’ils ont l’honnêteté ou la capacité d’essayer de nous comprendre… – , on se rend vite compte qu’on ne parle pas du tout des mêmes choses, qu’on est sur deux terrains non pas radicalement opposés (car a priori nous employons le même terme d’« homophobie ») mais bien différents, et que nous ne combattons pas le même ennemi. Eux s’attaquent à un fantasme (et la perversité de celui-ci, c’est qu’il se base toujours sur un substrat de réalité ou de Vérité, bien vite instrumentalisé et grossi à la loupe de la préciosité langagière du tribun du FN) tandis que de notre côté, nous essayons de nous attacher au Réel et au respect des personnes avant tout sans perdre de vue les exigences de l’Amour et la nécessité de la dénonciation du mal quand il est utile de la faire. Et on comprend bien pourquoi ils privilégient le combat contre l’accusation d’homophobie plutôt que l’analyse de l’homophobie en elle-même : ce travail d’observation de l’homophobie les renverrait à la reconnaissance douloureuse de leur propre pratique homophobe.

 

« J’ai peur »

« J’ai peur. » Voilà une expression qu’on entend peu sur les réseaux sociaux et en société. Précisément parce que la peur gagne énormément de terrain dans notre tête et dans notre cœur en ce moment, et de manière invisible. On n’ose même plus en parler. On joue les fiers, les révoltés, les euphoriques ou les tristes, mais jamais les apeurés et les terrorisés. (Cette réflexion m’est venue en lisant le « post Facebook » daté du 3 septembre 2012 d’une amie, Natalie Leroy, qui a eu la simplicité – presque enfantine – d’oser dire qu’elle avait fait un cauchemar la nuit dernière et qu’elle avait eu crès crès peur.)