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Homosexualité : Et si l’Église Catholique avait tort ?

Cet article est l’Épilogue de mon livre Homo-Bobo-Apo, même s’il ne figure pas dans la version papier, et qu’il s’agit donc d’une exclusivité. Vous pouvez aussi l’écouter en audio sur Youtube.
 

C’est sans doute l’audio le plus abouti, car je montre vraiment là où le bas blesse, avec un titre explicite qui résume bien mon scepticisme : « Homosexualité : Et si l’Église Catholique avait tort ? » Je vais m’en inspirer beaucoup pour ma visite en Belgique dans deux jours. Bonne lecture et/ou écoute.
 

 

Hier, je me trouvais avec un ami super, homo et catho très tradi… et qui vit une histoire amoureuse avec un homme depuis 5 mois qui est d’une grande profondeur, authenticité, naturalité et intensité… Je n’arrête pas de repenser à Jérémy (le gars dont je suis tombé amoureux l’année dernière), évidemment, à chaque fois que je l’entends parler… ainsi qu’à un autre ami, qui lui est revenu à la continence après avoir vécu une histoire fidèle avec son copain américain pendant 5 ans. C’est pour ça qu’aujourd’hui, j’ai décidé de rédiger un article important, où je prends le taureau par les cornes, et vais au bout de l’autocritique, du détricotage, sans remettre en question la continence, sans me faire l’avocat du diable, mais en descendant au tréfonds de la tentation, de la Croix, de la fragilité de l’Église, pour mettre le doigt sur la ligne de crête… sur la marque des clous : je me suis mis au défi de lister, le plus objectivement possible, tous les arguments solides et logiques – pas les arguments du monde simplistes et caricaturaux – qui pourraient prouver que l’Église Catholique aurait tort depuis le départ sur l’homosexualité, en nous posant à chacun cette question fondamentale et basique que tout catholique, par honnêteté intellectuelle, devrait se poser : « Homosexualité : Et si l’Église Catholique avait tort ? ». En gros, qu’est-ce qui rend bancal ou suspect l’avis de l’Église Catholique sur l’acte homosexuel, qu’elle perçoit comme un péché, un anti-Amour ? Aujourd’hui, j’ai déjeuné face à un sculpteur, maintenant âgé, qui a été pendant 35 ans l’amant fidèle du danseur-étoile Serge Peretti à l’Opéra de Paris. Après la messe à laquelle nous avons participé ensemble, je lui ai parlé de l’article que vous lisez maintenant et la question qu’il soulève : « Homosexualité : Et si l’Église avait tort ? » Mais spontanément, lui, catholique pratiquant, m’a répondu : « Mais Elle a tort ! ».
 

Car LÀ est la vraie question. Et moi, j’ai envie de savoir y répondre car je ne veux pas raconter des craques aux gens, même si réciter scolairement le Catéchisme, ça passerait, même si m’afficher « catho et homo » suffirait à beaucoup de gens, même si dire que l’Église a raison sur ce sujet, ça rassure, c’est ecclésialement correct, et ça fait bien/saint. Importante est la démarche de se poser la question, au-delà de la foi et de son arbitraire, au-delà de l’acceptation du surnaturel et du Mystère, pour aller jusqu’au bout de l’honnêteté et de la Vérité. Pour essayer aussi de donner une définition du péché. EN QUOI l’Église a raison ? Et peut-être aussi : Et si elle se plantait complètement ? Mettons-nous l’espace d’un instant à la place d’un athée de bonne foi, qui sait penser, qui veut vraiment comprendre, et qui découvrirait la supercherie d’une croyance superstitieuse infondée et montée de toute pièce sur une frustration et un orgueil monumental. Ou plus basiquement, qui reposerait sur un simple devoir moral, ou une morale humaine. Car je crois qu’on n’en est pas loin.
 

En me pliant à l’exercice, j’ai trouvé 9 arguments de réfutation intelligents qui mettent l’argumentaire ecclésial sur l’homosexualité K.O.
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 1 – Parce qu’il rentre en conflit avec le ressenti et l’expérience « heureuse » de l’homosexualité, avec le vécu des personnes et avec l’existence même des personnes homos. J’observe – rarement mais parfois – le profond décalage entre ce qui est vécu concrètement dans certains « couples » homos fidèles et l’horreur future promise par la Bible, ou bien encore avec ce que vit le commun des couples homos. Le meilleur argument, qui se passe de parole, ce sont les personnes et leur quotidien sur la durée. Si vous ne me croyez pas, je vous présente Jérémy. Je suis sûr que vous le trouveriez génial et que vous nous trouveriez bien assortis. Je vous présente Jérôme et Augustin. Je vous présente Romain et son ex-copain américain. En plus de ça, la joie, la durée et la fidélité sont quand même des critères démontrant qu’il y a un bien qui se vit. Quand ça se passe bien au lit, c’est pareil : ça reflète quelque chose d’une complicité, d’une communion et d’une écoute qui se vivent. Je rencontre des couples qui échangent bien plus que de la sensualité, qui peuvent se parler des heures et des heures, et de tout, sans être dans la fusion, se marrer, se passer de la génitalité/sensualité, et qui vivent pourtant plus qu’une amitié. Voire même une spiritualité. Certains me disent que leur vie de « couple » les rapproche de Dieu, de la prière. Dans le cas des unions homos, on a beau se forcer à séparer plaisir et bonheur, amitié et amour, tomber amoureux et aimer, ou bien satisfaction et plénitude (je dis souvent que le couple homo satisfait mais ne comble pas), ça interroge, quand même. Parce que la frontière entre les deux est parfois mince et peut-être inexistante. Le « couple » homo a parfois beaucoup de bienfaits, de fécondités, et peut être durablement satisfaisant, exaltant. Certains diraient qu’il peut rendre « heureux », qu’il est de « l’Amour », qu’il offre une altérité et une complémentarité naturelle et quasi surnaturelle, une plénitude, même si ce n’est pas dans la différence des sexes. L’expérience vécue en couple est parfois ressentie comme « géniale et sans nuage », même sur la durée. Quelquefois, ça a l’air d’aller crescendo, même !
 

En vous décrivant ces exceptions, je vous vends du rêve, je nous pousse dans nos retranchements… en sachant que tout ça, c’est à vue humaine et mondaine, donc à courte vue, bien que ça ait goût d’éternité et de Vérité parftois. Saint François de Sales (1567-1622), dans son pamphlet sur « L’amour vrai », sait nous ramener les pieds sur terre comme au Ciel. Je le cite : « Il y a certains amours qui semblent extrêmement grands et parfaits aux yeux des créatures, qui devant Dieu se trouveront petits et de nulle valeur. La raison est que ces amitiés ne sont point fondées en la vraie charité, qui est envers Dieu, mais seulement en certaines ententes et inclinations naturelles. Au contraire, il y en a d’autres qui semblent extrêmement minces et vides aux yeux du monde, qui devant Dieu se trouveront pleines et fort excellentes parce qu’elles se font seulement pour Dieu et en Dieu, sans mélange de notre propre intérêt. » Mais ça me semble important d’aller à la source de ce qu’on dénonce, de s’approcher de l’humain et de la frontière du mal qu’il peut poser.
 

 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 2 – Parce que le caractère peccamineux de la pratique homo n’est pas flagrant, voire il est invisible. Ce qui est très troublant, c’est que l’acte homo, dans certains cas, n’altère pas la vie de prière et la relation à Dieu, bien au contraire. Normalement, c’est à ça qu’on reconnaît le péché, et d’autant plus le péché mortel : il nous coupe de Dieu, de la prière et de la vie spirituelle. Il ne passe pas la Semaine Sainte ! La honte devrait nous submerger à un moment où un autre. Pourquoi le péché, dans certaines pratiques homosexuelles, n’est absolument pas ressenti ? n’atteint ni notre conscience ni notre sens moral ? Ça, ça m’interroge fortement. On s’est arrachés les cheveux, avec des amis cathos en « couple » homo, pour comprendre où se trouvait le mal dans ce qu’ils vivaient. Des mecs qui ont été longuement continents, qui ont un vrai amour de l’Église et une bonne formation théologique, n’identifient pas où est le mal ni le péché dans la pratique homo qu’ils connaissent, n’identifient pas dans la situation présente qu’ils vivent ce qui ne va pas. Ils sont à ce point troublés et perdus dans leur discernement du péché que ce n’est que le discours théorique, dogmatique, qui leur sert d’argument, leur sens du devoir et de l’obéissance, qui les conduit à déduire que c’est un mal ; ce n’est que le discours de l’Église qui fait frein. C’est quand même pas rassurant, il faut l’admettre. Les signes extérieurs et objectifs de possession, de tentation, de mauvaise action, ont été répertoriés par l’Église. Mais quand dans la pratique homo rien n’est visible, rien n’est ressenti comme mauvais, on fait comment ? Peut-on ne pas sentir qu’on pèche ? Surtout quand on a été élevés dans la foi et que notre conscience a été formée à son examen, que nous avons été fortement sensibilisés au discernement, à l’acceptation de l’existence du bien et du mal, du péché, du paradis et de l’enfer, du Salut ? Honnêtement, j’ai du mal à le croire. Même si le péché est de l’ordre de l’objectif, bien avant d’être de l’ordre du ressenti, de la culpabilité et – au mieux – de la contrition.
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 3 – Parce que ses paroles ne sont quasiment pas incarnées ni personnifiées. Les mots du Catéchisme sur l’homosexualité sont plus théoriques que portés par des vies, des personnes de chair et d’os. Un idéal moral et spirituel est pointé – celui de la « chasteté »… mais ceux qui l’ont écrit n’ont pas d’exemples vivants ni positifs à donner. Ça se réduit à un devoir moral, à une ligne de conduite à suivre tant bien que mal, « en union avec la Croix du Christ », et éloignée des deux vocations plénières de l’Église (le mariage ou le célibat consacré).
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est louche ? 4 – Parce qu’il ne trouve pas d’échos favorables, y compris chez la plupart des pères de l’Église. Le fait de faire aussi peu d’émules et de ne susciter que circonspection et méfiance chez nos pasteurs, nos évêques censés nous conforter, nous envoyer, nous confirmer, me fait franchement douter du bien-fondé de la Mission qui nous est confiée, à nous personnes homos cathos continentes. Est-ce que je ne m’envoie pas moi-même ? Même à Courage je me suis fait tej. Je prenais trop de place, malgré moi. Sur le terrain de la connaissance et de l’explication de l’homosexualité, une fois qu’on a franchi la barrière de la médiatisation, avec un discours et une analyse qui tient la route (car les Jean-Marc Veyron-Lacroix, les Xavier Bongibault et les Jean-Pier Delaume-Myard n’avaient rien à dire sur l’homosexualité), on se retrouve bizarrement à enseigner nos propres accompagnateurs, on en sait même plus que nos évêques, cardinaux, spécialistes en théologie morale, et même le Pape. Sans me vanter. C’est juste la réalité. Les rapports sont inversés. Ce n’est pas normal. Cette inversion est-elle diabolique ?

La solitude du prophète, je la connais. Je suis quasiment mon seul référent sur le sujet de l’homosexualité. Le fait d’être aussi peu nombreux à simplement l’expliquer, à l’analyser publiquement, ce n’est pas normal. C’est mauvais signe sur la Vérité de ce qu’on annonce. Des témoins de l’homosexualité, ils sont rares et il y en a encore quelques-uns : mais ils ne traitent jamais de l’homosexualité, de l’hétérosexualité, de l’homophobie (ils disent qu’ils sont homos, et après, ils parlent de leur vie et de leur rapport à Jésus, ils s’épanchent sur leur ressenti : on s’en fout). En revanche, des penseurs et des analystes vraiment catholiques de l’homosexualité, et qui sont vraiment homos, je n’en connais pas, à part moi. Et ça me fait vraiment chier. Le fait d’être ma propre référence ne me rassure pas du tout quant à la véracité et la Vérité du chemin que je suis, ni sur mon apostolat. « Si c’est moi qui me rends témoignage, mon témoignage n’est pas vrai. » (Jn 5, 31) Quand ma mère spi ou d’autres curés m’encouragent en me disant que mon choix de la continence est juste et vrai, est le meilleur, ils me font : « Mais si ! Tenez bon. Pour trouver des réponses à vos interrogations sur l’homosexualité, lisez donc… euh… vos propres écrits ! » Super… Et les prêtres ou les gens qui me soutiennent cristallisent sur moi tous leurs espoirs. C’est trop. C’est suspect. Limite malsain. Je suis allé voir le seul évêque français qui a osé me soutenir publiquement – Mgr Brouwet, évêque de Lourdes-Tarbes –, histoire de ne pas m’auto-envoyer en mission, en le suppliant de m’adouber : « Confirmez-moi !!! Envoyez-moi en mission !! Faites de moi ce que vous voulez !! Je veux être envoyé, je veux être dans l’obéissance ! … » Gentiment et laconiquement, il m’a répondu : « Ben, continuez ce que vous faites dans les médias, continuez d’écrire. C’est très bien. » Merci Monseigneur… Je suis vachement avancé, vachement confirmé, vachement envoyé, ça fait peur…

Ne pas être reconnu par les siens est extrêmement violent et décourageant. S’il n’y avait pas le Christ, si ma continence ne tenait qu’à un contrat avec la communauté de croyants ou les pasteurs de l’Église, ça fait longtemps qu’elle aurait volé en éclats. J’ai plus d’une fois eu envie de jeter l’éponge. Je me dis en moi-même : « À un moment donné, il va falloir que je reconnaisse que je fais fausse route, humblement : halte à l’acharnement ascétique, halte à l’insistance d’être écouté et à la prise de parole, halte à la comédie de l’obéissance aveugle ! » Aller jusqu’à susciter la méfiance de mes pères, alors même que je vis ce qu’ils me demandent (aussi bien dans le fond que dans la forme), il faut avouer que c’est complètement déroutant. Qu’est-ce que vous voulez, au juste, chers évêques et cardinaux ? Et surtout, vivez-vous vraiment la continence, si vous n’êtes même pas fichus de la proposer aux fidèles catholiques dont la situation de vie la réclame ?

Après, c’est à nous aussi de consentir à ne pas tout savoir, de consentir à ce silence assourdissant ainsi qu’à l’impopularité. C’est le lot des prophètes d’être maltraités, pas épaulés, pas écoutés et d’être même pris pour des diables. « S’ils ont appelé le maître de la maison Béelzébul, à combien plus forte raison appelleront-ils ainsi les gens de sa maison ! » (Mt 10, 25) ; « Malheur à vous quand tous les hommes diront du bien de vous, car leurs pères en ont fait de même aux faux prophètes. » (Lc 6, 26) De plus, il y a des choses que nous ne devons pas savoir tout de suite, pas simplement « pour notre bien », mais surtout parce que concrètement, nous ne pouvons pas les porter. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. » (Jn 16, 12)
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 5 – À cause du manque de fruits. Il n’y a quasiment pas de fruits à l’apostolat. C’est la misère. Moi, j’ai l’impression d’être tout seul, je fous les pétoches à tout le monde (sauf aux Belges ! haha), j’ai tout perdu (mon travail, mes amis, une bonne partie de ma famille, l’horizon d’un sacerdoce, ma réputation, mon statut de conférencier à la Fabrice Hadjadj, ma sécurité matérielle…). On peut se rassurer en voyant dans l’adversité et les attaques ou l’échec ou l’anti-signe, un signe prophétique, mais bon… Au bout d’un moment, faut quand même regarder les fruits. Alors bien sûr, Jésus parle des fruits spirituels, pas des fruits du monde, mais quand même. Si ça se trouve, je suis un faux prophète, et je ne m’en rends même pas compte. « Gardez-vous des faux prophètes. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits… » (Mt 7, 15-17) La pénurie des personnes homosexuelles continentes capables de sortir de l’anonymat, leur peur de l’apostolat public de l’homosexualité, leur réticence à témoigner, sont de puissants indicateurs qu’il convient d’écouter et de prendre en compte. Signifient-ils que cette mission ne vient pas de l’Esprit Saint, ne vient pas de Dieu, ne repose sur rien ou repose sur un fantasme dangereux ? Est-ce juste un caprice et un délire du mec qui ne s’accepte pas lui-même et qui veut embarquer tout le monde dans son mal-être égocentrique et mégalomaniaque ? Je n’ai pas la réponse. En tous cas, je peux vous dire que je ne vois pas beaucoup de fruits de ce que je sème.
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 6 – À cause du manque de sources fiables et le silence de la Bible. L’homosexualité, Jésus n’en parle jamais. Le vrai passage biblique qui fait chier, c’est saint Paul (et encore… il se réfère prioritairement à la sodomie et à l’efféminement). Le Lévitique est un écrit que même Jésus a adouci (exemple : la lapidation des femmes adultères). La seule parole qui fait vraiment autorité, c’est l’interdit de l’adultère par Jésus (et l’homosexualité rentre dans ce cadre). La génitalité et la conjugalité vécues hors mariage sont peccamineuses. Et l’homosexualité en fait partie.

La Bible dit peu de choses sur l’homosexualité, et ça paraît en plus relatif au contexte, donc subjectif, aléatoire, démodé. Ça fait croire qu’il faut adapter ce que dit la Bible à chaque époque, au nom de l’évolution des gens, de l’Incarnation, de l’inculturation (comme on dit dans l’Église). Dans le sens relativiste mais pas que : dans le sens aussi restrictiviste et déductif. Par exemple, Jésus ne nous a jamais demandé de nous brosser les dents : c’est pas pour ça qu’on ne doit pas le faire. Il n’a pas dénoncé explicitement l’avortement, l’usage des moyens contraceptifs ni la PMAGPA : ce n’est pas pour ça qu’on ne doit pas les dénoncer ou les pratiquer.
 

 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 7 – À cause du silence des pères de l’Église Ce qui désarçonne, c’est le silence de Dieu et de l’Église qui pose un interdit non-étayé, de manière péremptoire ; c’est le silence du Pape et des évêques qui, quand ils s’opposent à l’acte homo, ne savent pas dire en quoi c’est un péché. Alors qu’ils sont censés nous guider, connaître la Vérité et nous y conduire… « C’est mal parce que… c’est mal. » Ah, ok… Dans le Catéchisme de l’Église Catholique, la concision (quatre petits paragraphes) et la séparation du chapitre sur l’homosexualité (demandant juste la chasteté, ce qui n’induit pas un renoncement au couple) d’avec le chapitre sur le célibat (demandant clairement la continence), illustre combien les chefs de l’Église Catholique, même s’ils ne se sont pas trompés dans ce qu’ils ont écrit, ont été très incomplets et ambigus jusque-là.
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité cloche ? 8 – À cause de l’absence d’arguments rationnels Si l’Église a raison sur ce sujet, ça doit pouvoir se démontrer un minimum. Au nom de l’Incarnation. Son raisonnement doit se tenir (même s’il y a forcément la part d’incertitude, de silence, d’indémontrable, qu’induisent nécessairement l’Amour de Dieu, le surnaturel, et la liberté de l’Homme : l’Amour ne s’impose pas comme une preuve – sinon, ce n’est plus de l’Amour -, les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées et nous dépassent rationnellement). Mais quand même. La Vérité s’est révélée et nous a rejoint à travers Jésus, l’Église, la Bible, l’Esprit Saint, bon sang ! Le discours ecclésial sur l’homosexualité doit pouvoir se comprendre d’une manière ou d’une autre, doit être démontrable à un moment où une autre, doit être simple, limpide, lisible, accessible, incarné. Sinon, c’est que c’est une construction mentale humaine ou une superstition qui ne vient pas de Dieu. L’argument du Mystère « insondable » et du caractère injustifiable du mal (qu’on appelle la Croix, le péché, etc.), la posture piétiste, au bout d’un moment, ça ne suffit plus ! Nous, catholiques, ne sommes pas des abrutis qui devons accepter tout (même ce qu’on ne comprend pas) au nom de Dieu. Il y a une part de la Vérité qui se donne à goûter, à approcher et à raisonner. Si l’Église a raison, ça doit se voir, s’expérimenter, se vérifier quelque part. Si l’homosexualité devient l’aile ouest de l’Église à ne pas aller visiter, c’est que cette Église ne nous dit pas tout ou ne le dit pas bien. On a entendu son refrain de la Charité « On ne te juge pas, on t’aime, on t’accueille » : c’est le « Va et ne pèche plus » de la Vérité qui manque, et qui ne sort pas, parce que les chefs de l’Église n’ont pas compris en quoi la pratique homo est un péché. Ce silence des prélats donne à penser que la continence serait une spéculation des radicaux ou des extrémistes de l’Église (uniquement applicable par des exceptions), qu’on se fait des films, et qu’on attribuerait à l’Église et à Jésus une dureté qu’ils n’ont pas. La ceinture de chasteté ou la fermeture des sacrements aux personnes homos pratiquantes, ne serait-elle pas finalement une règle de plus créée par les néo-pharisiens et venue s’additionner à ce que Jésus n’a jamais dit sur le sujet ?
 

 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 9 – À cause de la faiblesse objective de certains arguments ecclésiaux. A) « C’est mal parce que c’est limité. » Pourquoi, pourrait se demander n’importe quelle personne homo en couple, alors que je suis bien avec mon copain, je devrais le quitter ? Pourquoi quelque chose de limité (absence de différence des sexes, moins d’altérités échangées, pas d’ouverture à la procréation, moins de complémentarité des psychismes, etc.) en deviendrait impossible, diabolique (certains cathos parlent d’« esprit d’homosexualité »), ou à ne pas vivre ? Même dans les couples homme-femme, il y a beaucoup de lacunes, de limites, d’impossibilité, d’infécondité : pourtant, à eux, on ne leur dit rien et on ne les empêche pas de se marier. Idem pour les célibataires consacrés : même les séminaristes équilibrés ne sont pas parfaits, des saints, et sont indignes de revêtir le Christ. Idem pour les fidèles catholiques qui ne sont ni homosexuels, ni divorcés « remariés », ni en état de recevoir la Communion : stricto sensu, étant tous pécheurs, personne ne mérite de recevoir Jésus-Eucharistie. Pourtant, eux, ils ont accès à la Communion, à la Confession. Étant plus pécheurs, les personnes homos en « couple » homo devraient justement nécessiter encore plus la Confession : il y a comme une double peine à leur refuser l’absolution. C’est la même injustice pour les nombreuses personnes qui ont été mariées pendant vingt ans avec leur conjoint, et qui se retrouvent larguées du jour ou lendemain, avec interdiction de se remettre en couple, sous peine d’être complices de l’adultère qu’elles ont subi et d’être privées des sacrements. Wahou ! Va comprendre la logique ! B) « C’est mal parce que c’est péché mortel. » Même les experts et les théologiens sont coincés pour dire en quoi le « couple » homo est un mal et un péché, et encore plus un péché mortel. Même des tronches ecclésiales sèchent sur cette question ! Ils diagnostiquent, ou étayent la logique d’un raisonnement, mais cet étayage est biaisé car le présupposé de base n’est pas démontrable et est de l’ordre de la croyance voire de la superstition : « Dieu a créé l’homme et la femme à son image et c’est la seule forme d’Amour authentique. » ; « Dieu n’a pas créé certains Humains homos. » ; « On peut changer. C’est une immaturité affective, narcissique, et une blessure héritée. » … alors qu’en réalité, on n’en sait rien, ou que même après toutes les thérapies du monde, on ne constate bien souvent aucun changement et ça ne part pas dans un temps humain. On peut identifier un symptôme, un signe de péché, le diagnostiquer et même l’expliquer : c’est pas pour ça que ça l’enlève et que ça le règle. De surcroît, la gravité de l’acte homosexuel est largement atténuée d’une part par l’ignorance de ceux qui la pratiquent, parfois aussi par l’absence de signes de gravité de cette pratique, et d’autre part par le caractère subi de la condition homosexuelle : l’attirance homosexuelle n’est pas un choix. Et comme dit Jésus en Lc 12, 47, « À ceux à qui il a été peu donné, il sera peu demandé. » Ça en fait, des circonstances atténuantes ! C) « C’est mal parce que c’est dit dans la Bible/le Catéchisme. » Le fait que la parole d’Église (dans le Catéchisme) soit, dans l’ordre de la Foi, le prolongement de la parole de Jésus, n’est une Vérité que de Foi, pas une Vérité objective. L’homosexualité, c’est le seul point sur lequel les cardinaux ne se positionnent pas et se divisent (c’était flagrant lors du Synode sur la famille, en 2015). Ils savent dire pour l’avortement, le meurtre, la contraception, la pédophilie, le divorce, l’euthanasie. Pour l’homosexualité, c’est juste un interdit sec et sans autre procès que « ce n’est pas dans le plan et la création de Dieu. » Okay. « Porte ta Croix et offre ton sacrifice au Christ. » D) « Il te faut obéir pour obéir. Il te faut accueillir humblement ta Croix, en communion avec le Seigneur. La Vérité, c’est l’obéissance et la Croix. » Obéissance, ok. Mais obéissance à qui ? (Jésus ? Il ne nous a jamais demandé de ne pas pratiquer l’homosexualité) Obéissance pour quoi ? Pour faire plaisir au Vatican (qui n’en a rien à foutre de nous, ou qui nous craint) ? L’obéissance pour l’obéissance ? L’abstinence ne doit pas être un trophée. La pureté ne doit pas être un fétiche. La sainteté ne doit pas être un joli concept pieux. L’humilité peut être la forme masquée de l’orgueil et de la lâcheté. La Croix ne doit pas être vénérée en elle-même (nous ne sommes pas masochistes, et Jésus non plus), mais c’est l’acceptation de celle-ci par Jésus qui est vénérable. Peut-être que dans ce culte de la « Croix homosexuelle » et de l’abnégation, nous faisons dire à Dieu les commandements et les renoncements qu’il ne nous a jamais demandés : « C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices. » (Mt 9,13). Si ça se trouve, avec cette histoire de la continence homosexuelle et du renoncement au « couple » homo, on est en plein délire mystique ! Péché d’orgueil et illuminisme ! Narcissisme ! Il est tout à fait possible de trouver dans cette sublimation ascétique un moyen de se rendre médiatique, héroïque, d’être homophobe en déguisant cela en amour christique fantasmé et en abnégation, de se créer une sainteté en toc, de se venger de ses déceptions amoureuses et de son passé glauque, de se haïr et de se sacrifier soi-même, de ne pas aimer ni se donner, pour contenter une minorité ecclésiale tout en exploitant le mal-être des autres. E) « C’est mal parce que c’est un péché qui menace l’éternité de ton âme. » Une menace ou un risque (de damnation, de gravité peccamineuse) n’est pas un argument. F) « C’est mal parce que ça te fait souffrir ou t’a fait souffrir. » « Tu n’es pas ta blessure. » La souffrance ou la pitié ne sont pas non plus des arguments. En plus, dans le cas de la condition homo, la souffrance peut tout à faire provenir d’autre chose que la pratique homosexuelle, et surtout du regard misérabiliste posé sur celle-ci, ainsi que de la contre-indication religieuse dont elle fait l’objet. Et la sublimation de l’image du Jean-Baptiste esseulé dans son désert, elle a bon dos. On peut tout-à-fait souffrir pour rien ou une mauvaise cause. G) « C’est mal parce que c’est contre-nature. » L’interdiction (naturaliste) ne tient pas non plus, puisque d’une part les catholiques défendent avant tout une réalité surnaturelle, et d’autre part, parce que, par certains aspects, l’homosexualité semble très naturelle (ça dépend de quelle nature on parle…). Le courant constructiviste, très puissant dans l’Église, du « Tu ne te réduis pas à ça », c’est-à-dire de l’humanisme intégral, est particulièrement délétère et homophobe. Sous prétexte de s’opposer aux excès du courant identitaire de l’essentialisme LGBT (coming out, revendications politiques, etc.), sous prétexte effectivement que la tendance homosexuelle conditionne l’identité sans se substituer à elle, la réalité de l’attirance homosexuelle est souvent psychologisée (absence du Père, blessure d’un viol, etc.), dramatisée, voire niée, ainsi que son enracinement affectif sur le terrain social, mondial, émotionnel et des croyances gommé. H) « Tout a déjà été dit clairement dans l’Église Catholique, l’Église accueille très bien les personnes homosexuelles, et la chasteté est l’unique chemin de bonheur pour toute personne durablement homosexuelles qui ne peut ni se marier ni être ordonnée prêtre. » Les théories sur le « couple chaste », le « couple homo voie de sainteté », sur « Dieu qui aimerait tous les Hommes donc bénirait tous les amours » sont bancales, c’est vrai ; les discours de James Martin ou de Krystof Charamsa sont bancals ; les exégèses apocryphes (David et Jonathan, Ruth et Noémie, l’écharde de Paul, l’« amour d’amitié » de saint Thomas) sont bancales, ok… mais pas plus bancales que les théories de l’homo chaste célibataire heureux, qui aurait sa place dans l’Église et serait accueilli par Elle (grosse blague). Je peux vous en parler, du mythe de l’accueil des personnes homosexuelles dans l’Église ! Ce pseudo accueil ou accompagnement, où on préfère l’homo souffrant, toquant aux portes de tous les psychanalystes et spécialistes, l’homo accro à ses anxiolytiques, l’homo éploré et en faiblesse, l’homo niant son homosexualité, se déclarant « ex-gay » ou se forçant au mariage, le « témoin chemin de Croix » se pliant à toutes les retraites de guérison intérieure et jouant la « victime des attaques de la terrible dictature du lobby gay », plutôt que le gars homo qui va bien, qui a des choses à nous apprendre sur l’homosexualité, qui va nous bousculer dans notre train de vie de grenouille de bénitier, et qui ne se laisse pas « sauver » exactement comme on projette son « Salut ». I) Autre élément de poids : Le total manque de discernement des gens d’Église sur l’hétérosexualité et son caractère satanique m’inquiète clairement sur la qualité de leur discours sur l’homosexualité.

En résumé, je ne vais pas lister tous les arguments-bidons d’opposition. Je n’ai cité que ceux qui me semblaient les plus évidents. Ce qui ressort malgré cela, c’est globalement la pauvreté de l’argumentaire d’opposition des catholiques : « C’est dit dans Bible, c’est pas la volonté de Dieu, c’est pas naturel, c’est pas inné, c’est pas de l’Amour (plus rare)… » Toutes ces assertions sont au pire fausses, au mieux faiblardes. En outre, que fait-on de l’exigence de non-jugement des personnes ? Avec la pratique homo, on ne peut pas être dans un abord manichéen « c’est bien/c’est mal », « ni bonheur/malheur ». Car du mal peut sortir du bien. Car j’ai vu des « couples » homos qui se sentaient très heureux. Car il y a des péchés plus graves que la pratique homo, même si ça reste un péché mortel (on parle de la mort de l’âme, ici). Car c’est un péché qui ne donne pas toujours les signes de sa gravité, même aux âmes les plus averties de son existence. Pour toutes ces raisons, l’homosexualité est un sujet qui nous impose la plus grande prudence, nous empêche les jugements péremptoires ou à l’emporte-pièce, nous demande de prendre beaucoup de temps, nous conduit directement à notre impuissance, à la peur, à la honte, à l’humilité, à mordre la poussière, à la nuit de la Foi… à Jésus.
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est louche ? 10 – Parce qu’il ressemble à un refoulement et qu’il renvoie à une réalité d’Église douloureuse non-réglée. Et je me base ici sur le nombre de personnes homos parmi les prêtres. On dirait quelque part que cette forte représentativité (réelle !) punit ou demande aux autres ce qu’elle ne fait pas elle-même (la continence) ou à l’extrême inverse ce qu’elle fait (la pratique homo discrète), pour faire diversion et montrer patte blanche.
 

Pourquoi le discours de l’Église sur l’homosexualité est bancal ? 11 – Parce que les solutions concrètes proposées aux personnes homos sont soit absentes, soit inadaptées. On demande à la personne homo l’exigence de vie d’un célibataire consacré, mais sans lui donner la consécration. Et en plus, ce degré d’exigence est exprimé du bout des lèvres (normal que beaucoup ne l’entendent pas !) et sans joie, sans reconnaissance de la primauté de la puissance de l’apostolat par l’homosexualité pour le monde actuel. Du coup, la proposition n’est pas ragoûtante. On n’y croit pas une seconde.
 

Pourquoi le discours de l’Église cloche ? 12 – À cause de l’absence de la Bonne Nouvelle On n’entend toujours pas la Bonne Nouvelle qu’une personne homo peut être sainte, est appelée à la sainteté, qu’elle a un enseignement capital à apporter sur la sexualité, l’homosexualité et même les Fins dernières et les sacrements, enseignement qu’aucun théologien moraliste ni cardinal ne peut fournir avec cette acuité et éclairage précis. On n’entend pas que l’homosexualité est un terrain de sainteté (je ne parle pas de la sainteté qui arriverait une fois que l’homosexualité ait été balayée ou rayée de la carte, mais de sainteté dans l’homosexualité permanente d’un point de vue terrestre). Ça prouve qu’il y a un problème. Ce n’est pas crédible. Ou alors c’est incomplet. Surnaturellement, Dieu appelle tout le monde. Donc si les gens d’Église n’appellent pas les personnes homosexuelles, c’est qu’ils ne jouent pas leur rôle.
 

 

Conclusion : Malgré tous les signes de faiblesse et les nombreuses lacunes que je viens de répertorier, je sais que l’Église Catholique a raison concernant l’homosexualité, l’appel à la continence, et la gravité de l’acte homo. Je le sais d’autant mieux que je mesure combien elle pourrait avoir tort rationnellement parlant, intellectuellement parlant, humainement parlant. Je le sais aussi parce que d’une part beaucoup d’amis homosexuels cathos et pratiquant leur homosexualité m’ont parlé de manifestations de nature démoniaque pendant leurs coïts, parce que d’autre part Jésus m’a clairement montré sa présence, de manière indéniable. Et là, face à ce que j’ai vécu, je ne peux pas lutter. Et je tiens à préciser qu’il a fallu que j’attende mes 34 ans pour connaître mes premières preuves de l’existence de Jésus (avant, elles existaient, mais je ne les voyais pas, et ce n’était pas net). Je peux vous en raconter brièvement 6 :

 

1 – En 2014, à Paris, je suis allé voir la pièce Les Sex friends de Quentin de Cyrille Étourneau parce que j’avais envie d’aller voir une œuvre théâtrale légère sur l’homosexualité. Et j’ai découvert tout du long qu’elle parlait de la gitane Carmen… alors que rien dans le résumé n’aurait pu me mettre sur la voie, et surtout, alors que je venais de publier le code « Carmen » sur mon blog le jour même. Voyez la délicatesse de Jésus, qui se manifeste à travers mon homosexualité, qui me fait des clins Dieu précisément sur ce qu’il ne justifie pas en moi. Il se sert de mon homosexualité pour me montrer sa présence. C’est à la fois drôlissime, complètement insolent et surprenant. Il m’accueille en entier, et non à condition que je ne ressente plus cette attirance, ni même que je la pratique. Il va jusqu’à se servir des personnes homosexuelles athées, de la culture homo, de ma tendance homo, pour L’annoncer Lui, et aussi pour donner raison à mes études sur l’homosexualité, pour donner raison à l’Église ! C’est complètement fou !
 

2 – Deuxième grâce sensible que j’ai vécue à mes 34 ans. Je participais au Festival Anuncio à Montmartre, en 2014. On m’avait foutu tout seul dans un stand « Homosexualité » près de la basilique du Sacré-Cœur, à Paris, et j’avais passé une journée dense et infernale car j’ai enchaîné les consultations privées de gens affamés de comprendre correctement le point de vue de l’Église Catholique sur l’homosexualité sans pouvoir répondre à toutes les attentes. Pour finir la journée, je me suis dit : allez, je vais aller faire un tour dans la Basilique. Les reliques des époux Martin y étaient exposées. Il faisait nuit. J’étais fatigué mais je m’y suis rendu quand même. J’ai vu qu’il y avait des confessions et qu’un prêtre était assis dans son coin, sans personne. Sans trop réfléchir, alors que je n’avais pas prévu d’aller me confesser, j’y suis allé. Pendant la confession, je me souviens que ce jeune prêtre n’a pas arrêté de me parler de la sainteté. Je lui ai confié mes péchés. Il m’a écouté. Et au moment de me donner l’absolution, il s’est levé, a étendu ses mains à une soixantaine de centimètres au-dessus de ma tête. Et là, radiateur ! J’ai senti l’Esprit Saint physiquement, comme une grosse source de chaleur. J’ai même demandé au prêtre, après la confession, si ce que j’avais ressenti, c’était normal. Il a esquivé en me disant que ça faisait seulement 3 mois qu’il avait été ordonné. Je ne sais même pas à quoi il ressemble. Mais je crois que c’était Jésus.
 

3 – Troisième miracle concret que j’ai vécu. C’est une série de miracles avec saint Antoine de Padoue. En lien avec la communion des saints, donc. Franchement, consacrez-vous à un saint de l’Église en particulier, et croyez-moi qu’il vous le rend bien et s’occupe de vous ! Il ne vous lâche pas. Premier cadeau de saint Antoine : en 2015, c’était la pleine période du passage du « mariage gay » en Italie. Et en dehors de tous les circuits classiques de mes conférences italiennes de la Manif Pour Tous, il y a un prêtre, un seul, qui m’a écrit un mail (en italien : il ne parle pas français, ni anglais, ni espagnol) pour m’inviter dans sa ville : c’est le père Giovanni Ferrara, prêtre – je vous le donne en mille – de Padoue ! J’avais une chance sur un milliard qu’on me fasse venir de France dans une ville d’Italie. Et la seule qui me contacte, c’est Padoue. Le père Ferrara et moi savons pertinemment que c’est saint Antoine qui a arrangé le coup et nous a réunis ! Deuxième cadeau de saint Antoine : un dimanche soir de 2015, ce que j’avais déclaré en sourdine et en prière à la statue de saint Antoine dans la basilique du Sacré-Cœur – je lui ai dit que les bougies à ses pieds étaient à l’image de la lumière de Jésus dans nos cœurs et à l’intérieur de notre corps humain, et que j’allais en écrire un mini-article – a été redit quelques minutes après mot pour mot dès la première phrase du prêtre polonais en homélie : « Pour commencer, j’ai envie de vous proposer une image. Nous sommes tous des bougies humaines. » J’ai dévisagé avec inquiétude le prêtre, puis dévisagé de loin la statue de saint Antoine, en leur demandant intérieurement : « Il se passe quoi, là ? C’est quoi, ce sketch ? » Saint Antoine, c’est mieux que le téléphone ! Troisième cadeau de saint Antoine : en 2015, une amie, Mili Hawran, est allée exprès pour moi à la cathédrale Notre-Dame de Paris afin de prier devant la statue de saint Antoine de Padoue, car elle aimait beaucoup ma chanson sur le saint ; elle m’a même écrit en « live » par texto qu’elle ne le trouvait pas – elle a fini par tomber dessus – ; et une fois devant la statue du saint, elle a demandé gratuitement à saint Antoine d’avoir l’occasion de revoir un jour un ami libanais commun cher à notre cœur et que nous n’arrivions jamais à voir… et sur qui tombe-t-elle en sortant de la cathédrale ? Sur Élie, accompagnant un groupe de Libanais en visite à Paris ! Une chance sur un milliard ! L’un et l’autre n’en revenaient pas… Quatrième et dernier cadeau de saint Antoine : en 2016, j’étais totalement perdu en pleine cambrousse en France, à faire du stop à un endroit désastreux où je risquais de moisir. J’ai appelé à l’aide saint Antoine… et de manière quasiment immédiate et totalement risquée et improbable, une voiture d’un musulman qui roulait pourtant vite sur la voie rapide m’a vu de très loin en contrebas, et a fait une rocambolesque marche arrière sur la voie d’accélération très éloignée derrière moi. J’en ai fini avec la série des cadeaux de saint Antoine. Je poursuis avec les deux derniers miracles que j’ai reçus récemment.
 

4 – Comme vous le savez peut-être, l’année dernière, je suis tombé pour la première fois de ma vie amoureux d’un homme. Intensément. Je raconte tous les détails dans le chapitre I de mon livre Homo-Bobo-Apo, dans la partie « Le cas Jérémy ». Vous pourrez aller lire. Nous ne sommes plus ensemble. Car Jésus est plus fort. Et Il est venu me chercher. Jérémy a beau être une personne d’exception, et ce qu’on a vécu (il habite Toulouse) a beau avoir été génial, sans nuage (je n’ai pas su voir où était le mal dans ce qu’on a vécu, honnêtement), moi, j’appartiens à Jésus, qu’est-ce que vous voulez ? J’ai fait deux voyages, en mai dernier, à Toulouse. Dans l’entre-deux, je m’étais confessé et j’étais revenu à la messe. Je me trouvais le 14 mai 2017 à la messe de 12h15 à l’église de Saint-Roch à Paris. Et pendant le début de l’office – je vous jure que c’est vrai -, j’ai écrit sur le block-note de mon téléphone portable une phrase qui me tenait à cœur d’envoyer à Jérémy juste après la messe, et que je ne voulais pas oubliée : « Jérémy, je suis un affamé de Vérité. » La messe se poursuit. Rien, ni dans les textes, ni dans la liturgie, ne renvoyait à la faim, à la nourriture. Et « être affamé de Vérité » n’est pas une formule convenue classique qu’on entend dans la bouche d’un prêtre. L’homélie arrive. Le père Philippe Desgens nous parle de la parole du Jour. Tout se passe sans encombres, jusqu’à sa dernière phrase, qui n’avait absolument aucun rapport avec son homélie pourtant bien structurée, ni sa thématique. « Si nous ne suivons pas Jésus, nous resterons toujours des affamés de Vérité. » Il coupe le micro. Il retourne s’asseoir à sa place. Ça m’a tué. Qu’est-ce que vous voulez faire après ça ? Comment lutter ? Comment dire que Dieu n’existe pas ?
 

5 – Cinquième miracle. C’était à la Pentecôte 2017 : n’étant plus avec Jérémy, je suis allé me confesser à un prêtre de l’église saint Médard tout près de chez moi, dans le 5e arrondissement de Paris (la confession a duré deux heures : le père Albert Gambard, il est juste génial : il pleure avec moi… alors qu’il n’est pas du tout homo, j’en suis sûr. Un vrai père, quoi.) Et j’ai enchaîné après avec un entretien avec ma mère spirituelle, religieuse salésienne. Eh bien vous me croyez si vous voulez. Dans notre conversation, sans le savoir, mon accompagnatrice me sortait mot pour mot des phrases que m’avait dites le matin même le père Gambart. Cette concordance exacte, en plus de dire combien l’Église respecte et vit la sexualité jusque dans le célibat continent qu’Elle demande à ses religieux et religieuses, ce n’était juste pas du hasard.
 

6 – Je pourrais rajouter un sixième miracle, qui cette fois n’est pas événementiel, mais existentiel, et qui montre combien Jésus s’amuse avec moi et se sert même de mon homosexualité pour y confirmer la continence, sa Présence : dans ma famille, il y a un héros invisible (un peu Charlie dans la série Drôles de Dames, celui qu’on voit toujours de dos mais qu’on n’a jamais rencontré). C’est le docteur G. Ma maman, qui est décédée il y a 4 ans, a vécu 40 ans de dépression (internement en hôpital psy). Mais elle est sortie de cet enfer à l’âge de 46 ans. Papa et maman disent qu’il y a deux événements qui l’ont sorti de ce pétrin : ma naissance-surprise (mon frère jumeau et moi avons déboulé sans prévenir), ainsi que le suivi d’un médecin-psychiatre à Cholet dont je tairai le nom. Ce médecin, personne dans la famille – excepté mon père – n’a vu sa tête et ne l’a rencontré. C’est un peu le héros familial inconnu, invisible, limite fantasmé. Mais le plus drôle dans l’histoire, ce n’est pas ça. C’est que j’ai découvert, quasiment par accident, il y a dix ans, et parce que papa a vendu la mèche, que ce thérapeute était homosexuel et vivait avec un homme. En effet, à table, mon père a dit à ma mère : « Tiens, ce matin, au rayon poissonnerie du supermarché, j’ai vu le docteur G. » Et, se tournant vers moi, entre la poire et le fromage, il me sort en espagnol : « Au fait, tu sais qu’il est homo (patata : code entre nous) ? » Ma maman ne m’avait jamais rien dit. Ça, vraiment, ça m’a profondément ému. Que le héros familial, à qui je dois la guérison de ma maman, soit homo et en couple, ça a contribué à me réconcilier avec mon homosexualité et même le « couple » homo. Ça, c’était un super cadeau de Jésus.
 

Pour tous ces signes concrets de Présence divine dans ma vie en lien avec l’homosexualité et avec l’Église Catholique, pour tous ces cadeaux, je sais que Jésus ne nous raconte pas des bobards et que les prêtres, les cardinaux et les personnes homosexuelles (continentes ou pas) sont le prolongement du Christ. Mais c’est chaud. Parce que rationnellement, humainement, intellectuellement et objectivement, le discours ecclésial sur l’homosexualité ne tient pas la route. Je vous le dis : ça ne tient pas. Et tout semble indiquer que l’Église se plante. Ça tient à un fil (c’est le cas de le dire). Et cette fébrilité annonce prochainement des persécutions – basées sur cette incompréhension par rapport à l’homosexualité – sans précédent dans l’Église. L’homosexualité est le fer de lance de l’anticléricalisme actuel. La pédophilie, ce n’est que le faux nez de l’homosexualité. Le machisme ou le sexisme, pareil. C’est pourquoi il faut vous préparer. Et le meilleur moyen de se préparer, c’est d’accepter sereinement que humainement parlant, d’un point de vue argumentatif, vous n’arriverez pas à justifier pourquoi l’Église a raison de proposer la continence aux personnes durablement homosexuelles. La raison est surnaturelle et pour l’instant cachée. Et je pense qu’elle sera cachée jusqu’à la Fin des Temps.

Je réalise que beaucoup de prêtres, même en ayant un accompagnateur spirituel officiel, ne sont en réalité pas accompagnés


 

Plus ça va, plus je réalise une chose assez effrayante : beaucoup de prêtres et de religieux n’ont pas d’accompagnement spirituel, sont complètement isolés et livrés à eux-mêmes. Je le vois parce que je suis de plus en plus contacté par des prêtres, des moines, des frères et des sœurs, avec une homosexualité plus ou moins ancrée, mais qui, de par leur statut et l’exemplarité qu’ils doivent incarner, vivent dans un isolement inimaginable. Ça paraît dingue, car sur le papier, dans les faits, oui, ils ont bien un accompagnateur spirituel : parfois même un autre religieux qu’eux, très gentil, très dévoué, à l’écoute, de bon conseil et tout et tout. Mais en réalité, ils n’ont pas d’accompagnement spirituel vu que cet accompagnateur n’est pas homosexuel continent lui-même, et que les prêtres ou religieux avec des tendances homosexuelles – et parfois même avec des chutes/craquages/pulsions homosexuels – ne pourront jamais lui parler en vérité et en liberté d’homosexualité, ni lui dire ce qu’ils sont, tout ce qu’ils vivent, de peur de le décevoir, de déclencher un tsunami, de l’effrayer avec leur double vie, de se voir éjectés de leur communauté, de perdre leur statut de prêtres, ou tout simplement de se sentir incompris. Ils n’ont pas de véritable espace de parole pour se confier, ce qui explique que certains pètent carrément les plombs (dépression, drague, envies suicidaires, désir de quitter le sacerdoce, etc.) et ne puissent déposer leur paquet de péchés et de tentations que très exceptionnellement, soit en faisant la tournée des sites porno (ou pire, des bars cruising !), soit en faisant une confession historique avec un prêtre totalement inconnu dans un lointain monastère écossais où ils seront sûrs que leur secret ne fuitera pas.
 

Ce qu’il faut bien comprendre, et qui explique pourquoi un certain nombre de prêtres et de religieuses reçoit un accompagnement spirituel inefficace, superficiel, inexistant et non valide, c’est que la blessure homosexuelle nécessite un traitement ultra spécifique et hyper rare (que même les groupes de parole comme Courage, Devenir Un En Christ, la Communion Béthanie, David et Jonathan, les cabinets de psychiatres, et même un accompagnement spirituel officiel, ne fourniront pas). Pourquoi ? D’une part à cause de la honte magistrale qu’est une tendance homosexuelle pratiquée (cela touche donc à la gravité – de nature – de la pratique homosexuelle), surtout pour une personne ecclésiastique (qui ne veut pas que l’affaire tourne au scandale et remonte aux oreilles de l’évêque ou du prieur général) ; d’autre part à cause de l’immensité de l’homophobie à l’intérieur de l’Église (les prêtres ou accompagnateurs peu à l’aise avec le sujet, voire potentiellement horrifiés d’entendre les chutes et les frasques homosexuelles de leur coreligionnaire homosexuel, sont légion) ; et enfin, parce que bon nombre de prêtres et de religieuses portant une tendance homosexuelle, s’imaginent à tort, parce qu’ils ont un accompagnateur spirituel, qu’ils sont accompagnés spirituellement – alors que pas du tout ! – et ils mettront peut-être toute une vie (de souffrances, de dissimulation, de séduction, de contradictions, voire d’abandon de Jésus) à l’admettre.
 

Alors oui, si vous êtes prêtre ou religieux, avec une tendance homosexuelle (refoulée ou reconnue), vérifiez bien que vous êtes vraiment accompagné, c’est-à-dire que vous pouvez parler en toute vérité et liberté d’homosexualité. Et si ce n’est pas le cas, trouvez-vous un « accompagnateur parallèle/non-officiel » (genre moi, ou quelqu’un d’autre de qualifié) avec qui vous pourrez parler d’homosexualité sans prendre de risques. Car l’homosexualité, ce n’est pas un petit sujet ni une petite composante de votre être. Ça a l’air d’être un détail ou la petite bactérie à la con. Mais je vois trop de dérives sacerdotales graves et de dégâts qu’elle fait dans la vie d’une âme qui pourtant a fait un jour la vraie rencontre avec le Seigneur, pour la négliger. Ne jouez pas aux héros ou aux saints. Faites-vous bien accompagner. Il en va de votre santé physique et spirituelle, mais aussi de votre Salut. Et en plus, vous aidez d’autres personnes homosexuelles continentes comme vous à donner concrètement sens et feu à leur chemin de continence. Vous leur donnez de la joie. Alors pas d’états d’âme et pas de chichis. La Communion des saints fait du bien à tout le monde !

L’émergence d’un nouvelle police journalistique pseudo « catholique » de la délation de l’homosexualité ou de la sympathie gay friendly sacerdotale


 

J’aimerais attirer rapidement votre attention sur l’émergence d’une nouvelle police pharisienne ultra toxique, qui se sert en ce moment de l’homosexualité pour créer de la confusion et de la division dans l’Église en feignant de dénoncer cette même confusion. D’où sa perversité, car elle s’habille de justice et parfois de faits ou discours réels et objectivement peu défendables moralement parlant.
 

 

En effet, une mauvaise presse qui se dit « catholique » (Jeanne Smits, Thibaud Collin, Médias Presse Info, Info Católica, Actuall, Riposte catholique, Réinformation TV, etc.), mais qui déteste secrètement l’Église Catholique et qui se réjouit de sa douloureuse Passion, ou des prélats prétendument « catholiques » qui se présentent volontiers comme de « fidèles gardiens de la préservation du rite et de la Sainte Doctrine » (exemple : le cardinal Sarah), mais qui en réalité ont de la révolte anticléricale en eux, s’amusent à colporter des faits internes à l’Église – en lien avec l’homosexualité – soit isolés et minoritaires, soit impressionnants (parce qu’ils impliquent des hauts responsables de l’Église Catholique, y compris le Pape François, et qu’ils concernent les sacrements), font des effets d’annonce qui font dire aux événements ou à des propos tenus publiquement des évidences qui dépassent bien souvent les pensées (par exemple, je ne suis pas sûr que le cardinal Marx ait réellement défendu les bénédictions de « couples » homos) ou qui rajoutent de la gravité à ce qui n’en mérite pas… tout ça pour créer chez leur auditoire catholique de la peur, de l’indignation stérile, de l’homophobie, de la colère à l’égard de l’Église-Institution et de l’homophobie dans les rangs tradis, pour mettre de l’huile sur le feu (en plus, ils devinent que l’homosexualité est de l’alcool à brûler, même s’ils se foutent de l’expliquer et se foutent des personnes homos, y compris continentes), pour même lancer une intifada et une rafle punitive contre des personnalités cléricales qu’ils présentent en public comme des « diables incarnés », des « Traîtres » impardonnables.
 

De surcroît, ils opèrent un véritable travail de sape d’un long et coûteux processus d’accueil et d’alliance entre deux terres – la communauté homosexuelle et la communauté catholique – que tout semble maintenant opposer, alors qu’en réalité, grâce à la continence, une réponse joyeuse et un éclairage inédit sont en train d’être enfin découverts dans l’Église Catholique. Ces mauvais journalistes et ces mauvais cardinaux, même s’ils passent parfois pour des sauveurs ou des redresseurs de torts, mettent tout en oeuvre pour que l’Église ne puisse pas annoncer la Bonne Nouvelle et l’Amour de Jésus aux personnes homosexuelles et aux pécheurs.
 

Comble de l’hypocrisie : ils fabriquent le scandale ou titillent l’épiderme de la fachosphère et de la réacosphère, en affichant une objectivité « journalistique, factuelle, réaliste » quasi épurée. Ils argumentent peu. Ils se contentent d’afficher le fait ou le propos « choquant » par un tweet ou un article court, et après, démerdez-vous avec ça. Sorte de « J’dis ça, j’dis rien… Étripez-vous sans nous ». Ça s’appelle des rapporteurs à 4 chandelles (…maçonniques).
 

 

À ces dénonciateurs zélés pseudo « catholiques », à ces journalistes malveillants, à ces mouchards qui se donnent le beau rôle en faisant croire qu’ils veulent nettoyer l’Église de ses éléments « modernistes », gays friendly, « homosexualistes », voire carrément homosexuels pratiquants (le cardinal Marx, le père James Martin, Mgr Gaillot, l’ex-père Krystof Charamsa, Mgr di Falco, le Pape François, etc.), à ces semeurs de zizanie qui s’imaginent que leur délation-traîtrise est un service rendu à l’Église et un courageux acte de Justice sainte, je rappelle ceci : d’abord que trahir pour dénoncer la trahison, ça reste une trahison ; ensuite, que le diable est appelé – non sans raison – « l’Accusateur », et c’est exactement ce qu’ils font (en revanche, l’amour des personnes homosexuelles, la Bonne Nouvelle à annoncer aux personnes homosexuelles, le soutien aux personnes homosexuelles, l’analyse de ce qui les répugne ou choque – à savoir l’homosexualité -, comme par hasard, ça, ils zappent…) ; troisièmement, qu’à force de traquer la pratique homosexuelle sacerdotale ou les sympathies gays friendly des prêtres et faire une fixette dessus, ils prouvent à leur insu que ceux qui ont un problème avec leur sexualité, ce sont eux et pas tellement les prélats qu’ils incriminent (même si, bien sûr, les prêtres qui pratiquent l’homosexualité ou la justifient en tant qu’« identité » ou « amour » à « respecter », sont eux-mêmes malades) ; enfin, que « Malheur par qui le scandale arrive » ou est colporté (Mt 18, 7) : mieux vaudrait pour eux qu’on leur accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’ils soient engloutis en pleine mer.. Si la plupart des catholiques vont naïvement rentrer dans la vague d’indignation, de panique, et de paranoïa homophobe et anticléricale qu’ils auront créée ou contribué à renforcer, moi, je vois clair dans leur petit manège, et je ne laisserai pas passer. Ils ne se serviront pas de l’homosexualité comme ça.
 

La petitesse de Jésus n’est pas que mignonne, elle est crucifiante

Je viens de discuter pour la première fois avec l’un des membres du « couple » homo du quartier de mon enfance (eh oui! La Girardière à Cholet se « modernise » : les personnes âgées laissent peu à peu place aux musulmans et aux « ménages » homos!). Je suis à la fois super heureux d’avoir fait sa connaissance (depuis le temps que j’en entends parler), à la fois perturbé, car ils ont l’air d’être un couple stable, composé de deux gars gentils comme tout, adorables individuellement parlant. Et le message de l’Église Catholique là-dedans, de Dieu, qu’est-ce qu’il fout là, quel sens il a, quelle place et quelle justesse peut-il trouver ? Pas facile de comprendre les desseins du Seigneur, la radicalité demandée aux personnes homos, la dureté de la menace qui pèse sur nous si nous nous mettons en « couple ». Car il y a du surnaturel et du Mystère qui se greffent là-dessous… et qui ressemblent à un arbitraire peu charitable voire diabolique. L’enfant de la crèche se fait tout petit et muet.

Angels Music Awards et KTO : en plus d’être de la merde, c’est luciférien et pas catholique. Ils célèbrent un Jésus-Énergie


 

J’ai fait l’effort de regarder jusqu’au bout ces insupportables Angels Music Awards édition 2017 à l’Olympia (4 juillet 2017). Juste pour une raison : voir le nombre de fois où les bobos cathos allaient prononcer l’adjectif « catholique ». Eh bien pas une seule fois! Il est remplacé par « inspiré », « inspiration », et « chrétien ». Et quand Jésus est nommé (car ils sont plus motivés pour « transmettre leur foi en Dieu », « sa Force » et « sa Paix » que pour Le nommer explicitement), il est remplacé par le mot « Énergie », répété je ne sais combien de fois dans la soirée. Jésus devient une drogue, un Bien de consommation « inspirant ».
 

Les Angels Music Awards et KTO, en plus d’être de la grosse merde, sont lucifériens (tout le lexique de l’« énergie », de la « Force », de l’« inspiration », de l’« engagement », y est) et pas catholiques. Ils prouvent l’actuelle corruption des médias pseudo « catholiques » (KTO en première ligne, Radio Notre-Dame) et des chanteurs « chrétiens » actuels au boboïsme, à la Franc-Maçonnerie (de souche protestante) et à la Nouvelle Religion mondiale angéliste et antéchristique. Ce sont les nouveaux marchands du Temple qui construisent leur business sur le dos des catholiques et de Jésus : « Ça fait trois ans qu’on vit de la louange. » se targue le groupe Hopen. Ce sont juste des agitateurs (qui prennent de surcroît les jeunes pour des débiles). À part la flatterie, leur discours est indigent : un groupe comme Glorious devrait s’appeler « Gloriole » (c’est fou comme ils n’ont absolument rien à dire quand ils prennent le micro) ; idem pour les Guetteurs : Fratoun a le niveau linguistique d’un ado de 12 ans.
 

Les artistes carriéristes qui s’illustrent dans ce genre de manifestations me font penser à ces chanteurs à minettes et boys bands qui passent leur temps à chanter l’Amour et la Foi, à déclarer leur flamme à leur Bien-Aimé Jésus (sa majesté, sa gloire, sa royauté, sa louange, sa souveraineté, sa toute-puissance, sa force, sa sainteté, son éternité, etc.) et à lui conter fleurette… mais dès qu’il s’agit de prendre position politiquement et concrètement pour Lui ou d’être impopulaires, de perdre de l’argent et de la visibilité, d’aimer jusqu’à en perdre sa vie, de défendre l’Église-Institution, la Vierge, les sacrements, le Pape, de prendre position sur des sujets de société clivants, là, il n’y a plus personne. Dès que la foi fait prendre des risques, doit s’incarner, perdre son côté festif et son allégresse de façade, s’éloigner de l’euphorie masturbatoire collective nord-américanisée, tout le monde fout le camp.
 

Comment ne pas penser directement à la Parabole de Jésus hier ? : « Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. » (Mt 13, 1-23) Ou encore à la Parole d’aujourd’hui : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » (Mt 10, 34)
 

Seigneur, prends pitié de nous ! Et aide-nous à renverser les étalages des marchands de ton Église, remplis de boules énergétiques et de bâtons de pluie Nature et Découvertes cosmiques.
 

Aujourd’hui, entre catholiques, on ne peut plus rien dire


 

En ce moment, avec l’actualité brûlante, nous avons largement de quoi courir à droite à gauche pour nous rendre utiles et pour éteindre les feux sociétaux qui s’allument autour de nous. Mais l’incendie le plus dangereux, je crois que c’est celui qui se trouve à l’intérieur de l’Église et dans notre cœur. Il s’appelle peur, ignorance, et surtout orgueil. Et il se traduit en général par le silence. Il nous faut d’urgence libérer la Parole dans l’Église. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, Elle y est actuellement interdite. Je le vois dès que je parle d’homosexualité, d’hétérosexualité, de boboïsme et des Fins dernières. Aujourd’hui, entre catholiques, c’est hallucinant comme on ne peut plus rien dire. La moindre remarque ou demande d’autocritique sera tout de suite traduite comme une odieuse ingratitude, un manque de Charité, une trahison à l’Unité, un manque d’Espérance, une folie, un caprice de star, un horrible blasphème, un orgueil diabolique.
 

En particulier en ce qui concerne trois catégories de catholiques : les mouvements pro-Vie, les évangélisateurs (les journalistes inclus), les prêtres. Qu’ils racontent de la merde, qu’ils enchaînent les compromissions, qu’ils jouent le jeu de la Franc-Maçonnerie et du boboïsme, qu’ils soient pro-homosexualité, que leur activisme soit vitrine ou tiède et n’emploie pas les bons moyens, qu’ils enchaînent les défaites, qu’ils ne prennent aucun risque, qu’ils n’assument pas le Christ, il ne faut rien dire ! « La critique est aisée mais l’art est difficile. Et puis ils font quand même quelque chose. Et ça ne va pas si mal, tu exagères… » La mère de famille engagée, l’homme politique chrétien, le directeur d’association caritative catholique, le prêtre, sont intouchables. C’est con parce que ce sont eux qui composent l’essentiel de la communauté ecclésiale… Comment on fait avec cette omerta, quand ils font objectivement mal leur travail et que c’est concrètement le feu dans la baraque ? La meute des catholiques tièdes et/ou radicalisés hurle à l’unisson « Ta gueule ! » à l’insolent qui ose dénoncer les problèmes et les contradictions. La militance pro-Vie, c’est la consécration d’une vie ! Le service aux plus faibles, c’est la sainteté incarnée ! La vocation sacerdotale, c’est la papauté ! Et mon cul, c’est du poulet ?
 

À l’heure actuelle, l’Église Catholique est tellement vérolée de l’intérieur par le boboïsme, les mouvements pro-Vie sont tellement persuadés d’avoir raison (alors qu’ils ne nomment pas les vrais problèmes et sombrent dans le fondamentalisme nataliste), les mouvements d’Évangélisation actuels sont tellement persuadés d’être dans la Vérité (alors qu’ils remplacent Jésus par le dieu « Évangélisation »), les prêtres sont tellement persuadés qu’ils vont révolutionner l’Église (soit en la modernisant, soit en la radicalisant), que franchement, la situation ne va pas aller en s’améliorant. Je suis pris entre la nécessité de quand même dénoncer la corruption, et la fatigue de ne pas être écouté et de passer pour un fou qui gueule tout seul au feu dans sa camisole de force. Quand va-t-on pouvoir parler librement en Église sans déclencher la soupe à la grimace, le grommellement ou une susceptibilité hystérique et offusquée ? En tous cas, pas pendant le Synode des jeunes, pas sur les plateaux télé « sans langue de buis » de KTO (quelle blague !), ni pendant les Conférences des Évêques.
 

La plupart des catholiques, dès qu’on leur propose un début de réflexion et d’auto-critique à travers l’analyse de l’homosexualité ou du boboïsme, se sentent visés ou bien se drapent dans l’indifférence et l’agressivité. Franchement, que d’aveuglement, que de certitudes, que de durcissement de nuques, que de carriérisme, que de mauvaise foi. Et puis surtout, quel gâchis. A fortiori quand on voit que l’étude de l’homosexualité rend joyeux et répond aux malaises sociaux, que l’étude du boboïsme libère vraiment, que l’étude des Fins dernières ça relève un Homme. Tu peux être pro-Vie, faire des évangélisations de plage, être prêtre, et quand même être un gros con. Et alors ? Qu’est-ce qu’on s’en fout ! Ça arrive à des gens très bien. Ça arrive même à tout le monde. À moi le premier. Et tu peux changer de méthode, ou céder ta place ou demander pardon : tu n’en mourras pas.

Le Secours Catholique soutient une association LGBT pour les migrants, ARDHIS


 

J’apprends que le Secours Catholique (enfin… il n’a de « catholique » que le nom) parraine ARDHIS, un mouvement LGBT d’aide aux « migrants homosexuels victimes de persécutions dans leur pays d’origine ». Il y a même – véridique – des avocats qui conseillent à certains migrants de dire qu’ils sont homos. C’est-y pas merveilleux, la compromission des catholiques vis à vis de l’homosexualité ?

La grippe intellectuelle et spirituelle que nous refilent Koz Toujours et les identitaires, et les arbitres de leur pseudo « débat » (Boboïsme droit devant!)


 

Voilà ce que j’appelle la grippe intellectuelle et spirituelle que nous vivons aujourd’hui dans l’Église (cf. code n°50 « Je suis vivant » dans mon livre Les Bobos en Vérité).
 

Sont notamment responsables de cette dégringolade des célibataires consacrés et des prêtres catholiques « journalistes » qui, comme Nathalie Becquart ou le père Matthieu Rougé, étouffent le débat sur le boboïsme (le boboïsme de « gauche », de « droite pondérée » ou d’« extrême droite », que je décris dans mes codes 38 et 39) par un spiritualisme intégral et un refrain sur l’« unité » tout à fait indigent, censurant et, pour le coup, bobo. L’Église Catholique souffre énormément de ces attitudes tièdes et rigides des gens se présentant comme des « juste milieux » face à deux autres extrêmes tout aussi bobos (Koz Toujours d’un côté, ambassadeur des bobos cathos de la « droite pondérée », et les « identitaires » de l’autre, ambassadeurs des gardiens de la foi et qui sont d’une extrême droite qui s’ignore et s’auto-méprise).
 

 

Bonne nouvelle au milieu de ces « débats » stériles (passant leur temps à décréter que les débats autres que les leurs sont stériles, d’ailleurs…) qui n’abordent pas les problèmes (mais ça devient une habitude du journal La Vie) et qui pleurent les étiquettes pour ne pas les regarder en face et analyser leur sens profond : je sais de source sûre que mes « 247 questions sur l’homosexualité à l’intérieur de l’Église » et que mon dernier livre Homosexualité, la Priorité niée circulent (sous le manteau) au séminaire de la Castille. Il y en a qui perdent leur temps, et d’autres pas !

« Tu ne tueras point » (… ton public… ni le catholicisme) : le cas psychiatrique du film de Mel Gibson

affiche
 

Le tout dernier film « Tu ne tueras point » (titre anglais : « Hacksaw Ridge ») de Mel Gibson vient de sortir en salles en France. Un peu plus de dix ans après « La Passion du Christ » (2004) et « Apocalypto » (2006). Il s’agit d’une biopic retraçant l’histoire « vraie » de Desmond Doss, un soldat-infirmier de l’armée nord-américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, ayant été objecteur de conscience au nom de sa foi chrétienne, et ayant sauvé par son héroïsme 75 compagnons pendant la bataille d’Okinawa (1945).
 

Tout porte à croire que Gibson a réalisé un bel hommage, puisqu’il défend un message antimilitariste et chrétien noble, difficilement réfutable. Et pourtant, beaucoup trop de parasites, d’actes iconographiques ou de vices de forme, de son film prouvent que Desmond Doss et sa vie n’ont été utilisés que comme un prétexte. Et j’ose même dire que Dieu a Lui aussi été utilisé comme un prétexte. D’où, la gravité de l’œuvre de Gibson, et la sévérité critique qu’elle mérite. Car s’il est vrai qu’il est beau de donner sa vie pour sauver celle des autres, s’il est beau et risqué de défendre cinématographiquement Dieu dans un monde de plus en plus apostat, il n’est pas beau de défendre cette vérité comme ça. S’il est vrai qu’il est objectivement grave de tuer une vie humaine, s’il est vrai qu’il est bon d’obéir au 5e Commandement divin « Tu ne tueras point » et de le rappeler avec insistance à tous, il ne faut pas que cela noie voire contredise carrément les autres Commandements, comme notamment le 2e du Décalogue : « Tu n’invoqueras pas le Nom du Seigneur ton Dieu en vain ; car le Seigneur ne laisse pas impuni celui qui invoque Son nom en vain. » (1 Rois 18). Entre la bonne intention et l’acte/la forme concrets, entre la sincérité et la Vérité, il y a parfois un monde, comme nous le démontre le film de Mel Gibson ! Et ce fossé, il est de notre devoir de le dénoncer et de ne surtout pas l’applaudir.
 

Caméra ou arme ?

Caméra ou arme ?


 
 
 

a) Les journalistes « catholiques » ne font plus leur boulot

Le drame, c’est que nos « journalistes catholiques » font l’amalgame entre l’intention d’un film et son contenu (contenu qu’ils ne regardent pas et n’analysent pas, d’ailleurs). Ils discutent du thème du film ou de ce que ce film aurait voulu dire, ils glosent sur les bonnes intentions d’un long-métrage plutôt que sur ce qui nous est concrètement montré à l’écran. Et alors ils se mettent à applaudir un navet, voire même à identifier du catholicisme là où celui-ci n’est pas (car « Tu ne tueras point » n’est pas un film catholique), à voir du catholicisme là où Jésus, Marie, l’Église et les sacrements ne sont pas annoncés. C’est très grave. Regardez un peu quelques « critiques » que j’ai capturées sur Twitter :
 
critique-la-vie
 
critique-la-vie-2
 
critique-temoignage-chretien
 
critique-sacre-coeur
 
critique-purdey
 

La grande majorité des « journalistes catholiques » se situent sur deux registres apparemment opposés mais qui sont en réalité le signe d’un même rapport idolâtre (et protestant) à Dieu et au Réel : le registre fusionnel de l’identification (le rapprochement excessif), ou à l’extrême inverse, le registre du transfert schizophrène (le procès d’intention, ou la réduction des faits aux intentions des personnes). En effet, quand on leur demande ce qu’ils ont pensé de « Tu ne tueras point », ils n’interprètent rien. Ils restent au ras des pâquerettes, dans le descriptif factuel du synopsis. Et surtout (misère !), ils s’extasient sur les prétendues bonnes intentions du film (« C’est pour montrer que le Christ a souffert. » ; « C’est pour montrer que la guerre ça mène à rien et que la non-violence est plus forte » ; « Ce genre de films aidera quand même des gens à croire en Dieu… » ; etc.) et excusent ses mauvaises intentions cachées (« C’est beau de se sacrifier et de donner sa vie pour les autres » ; « Il faut aussi savoir regarder en face l’horreur inhumaine de toute guerre » ; etc.). Ils n’ont juste pas compris que la fin ou l’intention ne justifiait jamais les moyens.
 

En faisant un rapide tour de piste des avis donnés sur « Tu ne tueras point » sur les réseaux sociaux, il apparaît que les journalistes « catholiques » ont apparemment adoré le film (ils ont obéi au titre à la lettre !), et en général, ils ne savent même pas argumenter pourquoi. Alors ils vomissent leurs bonnes intentions ou leur fausse érudition : « Est-ce ce surnaturel qu’on a voulu épargner aux moins de 12 ans en leur interdisant le film ? Sans doute car la violence ici n’a d’autre sens que de faire comprendre la grâce. » (Édouard Huber, dans Famille chrétienne) ; « ‘Tu ne tueras point’ vaut dix films de guerre à lui seul. La dernière réalisation de Mel Gibson tient tête aux chefs-d’œuvre du genre. » (Alexandre Meyer, dans Aleteia) ; « Nous avons eu la chance de voir ce film il y a quelques semaines, pour notre plus grand bonheur. Plutôt qu’un long discours, je vous laisse découvrir la bande-annonce… » (Hubert de Torcy, dans France Catholique). L’émission de Radio Notre-Drame du 18 novembre 2016, animée par Jean-Marie Marçais, et dédiée au film de Gibson, a quand même battu tous les records de nullité critique : il n’a pas été question du film (en dehors du synopsis), et le « débat » s’est vite évaporé sur d’autres sujets périphériques qui n’avaient rien à voir avec le film : le titre « Tu ne tueras point » et la réflexion philosophico-théologique qui l’entoure, les anecdotes biographiques de Mel Gibson, la nécessité de l’engagement jusqu’au don de sa vie, le sacrifice existentiel, l’euthanasie, la légitime défense, etc. Rien du côté du sens ou de l’interprétation des faits cinématographiques. Rien d’une amorce de sens critique.
 

Une fois n’est pas coutume, ce sont les critiques des journalistes des revues réputées relativistes/anarchistes qui se sont montrés les plus impartiaux sur ce coup-là : « Et qu’on ne vienne pas nous faire croire que ce film écœurant serait un réquisitoire contre la guerre. Un film à fuir. Au nom de l’objection de conscience. » (Jean-Claude Raspiengeas, dans La Croix, parlant à juste titre de l’« obscénité » de Mel Gibson) ; « Tu ne tueras point relève presque du cas psychiatrique et fait basculer le cinéma de Gibson dans l’ère du ‘catho-porn’, cet Hollywood parallèle destiné à remplir les multiplexes de l’Amérique bigote » (Romain Blondeau, Les Inrocks). Car oui, « Tu ne tueras point » n’est pas un film catholique, et il est surtout à déconseiller vivement aux catholiques (notamment les religieux et les jeunes, qui n’ont pas besoin de voir cette boucherie-au-nom-de-Dieu). Il relève exactement de la psychiatrie. Et en disant cela, je vais argumenter largement à présent.
 
 

b) La maladie protestante du soldat Gibson :

Comme je viens de vous le dire, « Tu ne tueras point » n’est pas un film catholique… même s’il en a la discrète prétention, et même s’il est applaudi comme « catholique » par certains catholiques et même des prêtres (c’est bien là l’inquiétant : l’heure de la Grande Apostasie pour beaucoup d’entre eux a sonné). On en ressort avec le même sentiment de supercherie narcissique que devant « L’Amante religieuse » (2014) de Natalie Saracco par exemple : une dégoulinade de bienpensance… mais cette fois à la sauce Tomato Ketchup protestante nord-américaine. Saint François de Sales (1567-1622) interdisait fermement la médisance… « sauf, ajoutait-il en boutade, en cas de protestantisme ». Alors on ne va pas se gêner !
 

« Tu ne tueras point » aligne effectivement les hérésies et les comportements de piété protestants. C’est d’ailleurs ce qui me fait penser que le protestantisme, malgré toutes ses bonnes intentions, est une maladie religieuse redoutable. Le seul critique cinéma catholique qui l’a vu, c’est Jérémy-Marie Pichon dans la revue PHILITT. Merci à lui pour son excellent article qui démine (sans trop de mauvais jeux de mots) le protestantisme du film.
 
emotion
 

Mel Gibson se dit certes « catholique ». Et après tout, ce que je vais dire ici ne préjuge pas de sa relation intime à Dieu (dont je ne connais rien), ni de ce que Dieu va opérer plus tard dans son cœur, ni de son évolution de foi. Mais il faut savoir que c’est un catholique qui se dit « traditionnaliste ». Son ex-femme est anglicane. Et lui prétend être très attaché à la messe tridentine. En fait, il a tout du « catholique identitaire » version « bobo anar d’extrême droite » (cf. le code n°39 de mon livre Les Bobos en Vérité), qui défend plus la « chrétienté » ou encore un christianisme musclé, zélé, saignant, culturel, cinématographique, sentimental, politisé, qu’un catholicisme humble, sobre, intelligent, liturgique, et assumant vraiment la vulnérabilité et la joie du Christ.
 

Ceci transparaît très nettement dans ses films « La Passion » et « Tu ne tueras point ». Le second est un film protestant car d’un catholicisme assaillant, vindicatif, volontariste, et absolument pas humble (même s’il prétend filmer l’humilité). Dans celui-ci, on se situe dans la « loi religieuse » (pour citer Fabrice Hadjadj), dans l’interdit, le précepte, l’action. Exactement comme chez les pharisiens et les zélotes. On fait les choses arbitrairement parce qu’on doit les faire, parce que Dieu l’a/l’aurait demandé, parce qu’on les ressent et parce qu’on les fait, plus que parce qu’elles viennent de l’extérieur et d’une relation intime de prière avec Jésus et Marie. Ou alors on répète les interdits parce que « c’est de la tradition ». On se base sur les « valeurs », comme si la foi était une affaire de « convictions » personnelles avant d’être un don reçu de Jésus. Plusieurs fois dans « Tu ne tueras point », le personnage principal de Desmond justifie ses actions non par l’amour ni par Jésus, mais par le devoir, la comptabilité (« Encore un de plus »), les « valeurs », les « convictions » individuelles, l’efficacité d’action. Mel Gibson n’a pas compris que la foi n’était pas une opinion, n’était pas une décision, n’était pas un « faire » : c’est avant tout une qualité d’être, et en particulier d’« être aimé » par Jésus. « Desmond va au combat avec rien d’autre que sa foi et ses convictions. » (Mel Gibson) Lors du générique final montrant des interviews et des images d’archives, Hal Doss, le frère biologique de Desmond, soutient le fait d’« avoir des convictions ». Vers la fin du film, idem, le capitaine de Desmond salue chez son soldat « sa croyance ». Et ce dernier trouve très beau et très important de « défendre ce en quoi il croit ». Bien souvent, chez les bobos cathos protestantisés, le Christ est remplacé par les « valeurs » et les « croyances » qu’Il est censé incarner. Il devient un simple système réflexif, volontariste, sentimental, intuitif, actionnel, transcendant… et n’est quasiment plus nommé « Jésus (Fils de Dieu) ». « Tu crois que la guerre va coller avec tes principes ? » demande à un moment donné le père de Desmond à son fils. Ça, c’est du pharisaïsme évangéliste pur et dur. Or, la foi véritable n’est pas une affaire de principes, de jolies idées humanistes, de sensations spirituelles, de convictions ni d’aspirations personnelles à la transcendance. Elle n’est pas un code de bonne conduite : elle est une affaire de dogmes-de-cœur avec Jésus.
 
valeurs
 

Dans le film de Mel Gibson, ça sent le puritanisme et le spiritualisme à plein nez. Autrement dit le légalisme pharisien et le moralisme sentimental. « Il faut sauver des vies et ne pas tuer. » Répétez tous en chœur ! « Et il faut croire en Dieu parce que c’est très FORT. Et il ne faut pas toucher une arme. Même pas pour jouer avec, même pas effleurer, et même pas pendant les entraînements de simulation ! » (Franchement, j’ai des doutes que le vrai Desmond Doss ait fait preuve d’un rigorisme aussi maladif : et je dis pourtant cela en étant moi-même antimilitariste et ennemi des armes). L’objection de conscience filmée par Gibson confine au grotesque, puisque l’interdit est mélodramatisé (la scène de comparution de Desmond devant la cour martiale ressemble à ces scènes de cinéma pseudo grandioses qui en réalité nous trompent depuis les années 1980 sur le véritable visage du courage, un courage pauvre, vraiment désarmé et sans violons), puisque l’interdit est décidé, puisque l’interdit est psychologisé (Si Desmond refuse les armes, attention, c’est à cause d’un traumatisme secret de l’enfance, venant d’une part de la tentative de meurtre fratricide, d’autre part du refoulement intérieur du meurtre parricide : ça ne rigole plus…), puisque l’interdit est déchristianisé (L’antimilitarisme chez la figure de Desmond, ça devient une question d’entêtement et de foi personnels et une question de désobéissance courageuse à la hiérarchie : pas du tout, comme ça devrait être le cas, une question de « personne de cœur » qu’est Jésus, et d’obéissance à ce dernier). Ce dogmatisme intransigeant du pharisien est du même acabit que le refus de la transfusion sanguine ou des fêtes d’anniversaire par les Témoins de Jéhovah. Ça ne vole pas plus haut que qu’un dogmatisme moraliste.
 
puritanisme
 

Quand je dis que le protestantisme est une maladie religieuse, je suis très sérieux. Il est une schizophrénie d’idolâtrie et de sensiblerie. Il oscille entre les extrêmes car il n’a pas d’unité. À cause de son rejet de l’Incarnation de Jésus en tout Homme et de son iconoclastie (destruction des images saintes, statues, et objets de culte), il déporte son refus des images et des représentations de Dieu en idolâtrie hyper-émotionnelle et réifiante de la Bible et de la transcendance. La Bible n’est d’ailleurs plus considérée comme une Parole ni la Personne vivante du Christ qui survit au papier, mais elle est chosifiée – selon le matérialisme superstitieux et crispé protestant – en grigri, en doudou, en porte-bonheur qu’il faut aller rechercher à tout prix et au péril de sa vie sur le champ de bataille (cf. la scène finale avec Desmond qui, sur sa civière, balbutie à ses camarades qu’il n’a plus sa Bible sur lui). Et après, ce sont les protestants qui les premiers vont traiter les catholiques d’« idolâtres »… No comment.
 

Tu la perds, hein ! (Sinon, ça veut dire que tu ne m'aimes plus)

Tu la perds pas, hein… (Sinon, ça veut dire que tu ne m’aimes plus ; ça veut dire que tu n’aimes plus Dieu et que tu finiras en enfer)


 

Dans « Tu ne tueras point », par exemple, le manque de pudeur et d’intériorité est marquant. Ce film prétend tout montrer (En ce sens, il y a une impudicité et une obscénité chez Mel Gibson, que Jean-Claude Raspiengeas a soulignées fort justement). Tout est gros, tout est surjoué (même la pudeur), tout est extériorisé (même l’intériorité et la spiritualité), tout est singé (comme du Almodóvar mais puritain : cf. la scène de tentative de meurtre du père). C’est concert de violons à fond les ballons à presque toutes les scènes. La moitié du film est tournée au ralenti (ça, c’est quand même fort de café !). Et le ralenti chez Gibson, au lieu de s’arrêter sur l’essentiel et sur la beauté, magnifie de surcroît la violence. Il apparaît même, à mon sens, comme un signe d’hystérie et de paranoïa : les actions humaines sont absolutisées, les émotions sont esthétisées/divinisées à l’extrême. Le protestantisme est bien la maladie de la sincérité (sincérité qui est à distinguer de la Vérité : on peut vouloir le Bien sans Le faire). On est faux-cul, mais on y croit !
 

Le chantage aux sentiments à l'américaine (Le pire, c'est que Michelle y croit à fond)

Le chantage aux sentiments à l’américaine (Le pire, c’est que Michelle croit à fond à sa pleurniche)


 

Il y a un autre paradoxe du protestantisme qui est visible dans « Tu ne tueras point » : c’est le pharisaïsme des actions. Pour les protestants, si tu fais et si tu ressens (ou montres que tu ressens), tu es. Ce n’est que dans l’action concrète qu’ils te jugent. Et en même temps, ils sont les premiers à dissocier radicalement les actes et la foi. Il n’y a pas de juste milieu entre ces deux attitudes. Le protestantisme est la maladie du volontarisme qui veut agir et ressentir plus qu’il ne fait vraiment/humblement/secrètement, et surtout plus qu’il ne laisse Jésus et ses ministres faire (par les sacrements notamment). Tu dois opérer la liste des actes qui font de toi un bon chrétien (donner sa vie pour les autres, risquer sa peau, pardonner, honorer son père, se sacrifier, y croire, avoir la foi, être fort, aimer son ennemi, être fou aux yeux du monde, avoir la force de la « lâcheté », porter son frère sur ses épaules, être persévérant et fidèle, se marier, avoir le sens du devoir, être bon, lire la Bible, porter l’Évangile aux extrémités du monde, etc., … et accessoirement, remercier Jésus). Aux yeux du protestant, la prière devient plus une bénédiction de ses propres actions qu’une véritable place laissée à Dieu et à ses prêtres humains pour agir en lui. D’ailleurs, dans le film de Gibson, Jésus n’est jamais nommé. C’est un « Dieu » en l’air. Et une fois qu’il est prié, ça enchaîne directement sur la tuerie (cf. les images de fins : une p’tite prière, et après, ça repart pour la boucherie !).
 

Chez Mel Gibson, cette volonté d’évangéliser, de toucher les cœurs, d’annoncer que derrière toute vie humaine il y a une présence divine, est touchante, quelque part. Il veut apprendre à chaque Homme qu’Il est guidé par un « Dieu », une instance supérieure, une « Force mystérieuse », et qu’Il ne doit pas faire n’importe quoi, qu’Il doit « respecter et aimer son prochain ». C’est un peu la base de la foi, me direz-vous , et c’est un bon début, une bonne sensibilisation au catholicisme. C’est déjà mieux que rien. Ok. Mais dans cette « foi pour les nuls », où est Jésus ? Où est aussi la Vérité et la vraie liberté ? Un film comme « Tu ne tueras point » accule à la foi : si tu ne crois pas, en gros, t’es un salaud et un insensible. Et, comme dans les campagnes publicitaires trash de la Sécurité Routière ou en faveur du préservatif, on te pousse à la foi par l’écœurement ou par le protectionnisme ou par le sensationnalisme. Ce n’est ni solide, ni remplissant pour le cœur, ni convaincant sur la durée. Il n’y a pas d’amour. Juste un devoir d’aimer, un précepte sacrificiel altruiste. Ça finit par sonner creux.
 

En plus, « Tu ne tueras point » n’aide pas à rejoindre le Christ puisque soit la caméra se prend pour Jésus (je repense à la caméra subjective du film « La Passion », justement, dans la salle de flagellation), soit le Christ est remplacé par l’un de ses représentants messianisés. Régulièrement, le cinéma de Gibson verse dans le délire mystique mégalomaniaque. C’est le cas du personnage de Desmond Doss, carrément déifié à l’écran. Dans « Tu ne tueras point », il devient une figure complètement christique. On veut nous faire croire que c’est lui le Sauveur de l’Humanité (Dieu a un peu contribué, mais à peine…). Il ressuscite ceux qu’on croyait mort. Il fait des miracles et rend la vue aux aveugles. « Il ne se contente pas de ne pas tuer. Il sauve des vies. » (Marie-Noël Tranchant du Figaro). Il sauve même la vie de ses ennemis. Cet Homme providentiel qui ne payait pas de mine inspire la confiance de tous, provoque des mea culpa, des repentances et des conversions spectaculaires : « J’ignorais qui vous étiez. » lui avoue son capitaine, qui finalement recouvre lui aussi la vue et est sujet à une illumination, une révélation. À la fin du film, le corps de Desmond s’élève même vers les Cieux, en lévitation sur son brancard solaire (Nan mais sérieux…). Le film de Gibson est tellement caricaturalement manichéen que son héros possède zéro défaut (à part quand il est gamin et qu’il manque d’assassiner accidentellement son frère). Au fond, le réalisateur n’a pas compris que Jésus n’était pas un pacifiste (puisqu’Il est venu apporter un glaive au monde, et que la Paix qu’Il donne a la forme d’une Croix peu cinématographique). Sa mise en scène de l’héroïsme désarmé est une parodie de la Paix de Jésus. De même qu’il n’a pas compris que la force de Jésus résidait dans son obéissance et non dans une forme de désobéissance active.
 

Comble de la protestantisation du catholicisme prôné par Mel Gibson : il fait le portrait d’un croyant qui n’est pas catholique. Desmond Doss, effectivement, fait partie d’une secte évangéliste : les Adventistes du 7e Jour. « Je suis adventiste du 7e Jour » La preuve que pour Gibson, peu importe finalement que Dieu soit porté par une personne spécifiquement catholique ou non, par l’Institution romaine ou non, du moment qu’Il est proclamé. C’est con parce que ce qui fait un catholique, c’est justement cette préférence humble, inclusive et universaliste pour l’Église-Institution-romaine. « Tu ne tueras point » aurait donc mérité aussi de s’appliquer au catholicisme : Tu ne tueras point… le catholicisme.
 
 

c) Le fanatisme de la Vérité… qui aboutit au mensonge et au sadisme démoniaque :

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Médiatiquement, toutes les critiques élogieuses du film de Mel Gibson nous le vendent comme un bijou de réalisme, de Vérité. La Vérité, mon frère ! L’effet réaliste, l’effet autobiographique et historique, c’est d’ailleurs leur seul argument pour le défendre (en plus de la teinte ouvertement et « courageusement » chrétienne qu’il affiche). Ce serait parce que d’entrée de jeu « Tu ne tueras point » se présente comme un hommage à un héros de l’ombre ayant réellement existé, une histoire réelle et vraie, que forcément, il serait bon et irréfutable. Ce serait parce qu’il est visuellement efficace et impactant que forcément il toucherait le cœur et serait vrai.
 

Alors je tiens à vous prévenir tout de suite : ce n’est pas parce qu’en intention, une chose est prétendue vraie, a fortiori avec des moyens technologiques (effets spéciaux) qui lui rajoutent de la vraisemblance et de la crédibilité, qu’elle en devient vraie. La Vérité n’a pas besoin de se prouver et de se montrer à l’excès, puisqu’Elle EST, en toute simplicité. Dans le film de Gibson, le réalisme est tellement poussé à l’extrême que paradoxalement, il en devient surréaliste, irréel. Trop de Réel tue le Réel. D’ailleurs, pour un film qui se veut fidèle au Réel, et qui se présente comme un document d’archive (dès le générique d’entrée, on nous indique que nous allons voir « une histoire vraie » et pas simplement une « fiction inspirée d’une histoire vraie ou de faits réels » !)
 

 

Il existe bien, chez Gibson et plus largement dans le protestantisme, ce que j’appellerais un « fanatisme du vrai », celui qui cherche à prouver et à asséner la « Vérité » au lien de simplement La vivre, se rendre présent à Elle, et La proposer sans fioritures ni zèle excessivement émotionnel. C’est le fanatisme des nouveaux convertis born again : agressif, bourrin, publicitaire. Cela transpire dans « Tu ne tueras point ». Mel Gibson veut tout montrer, veut d’une foi démonstrative, héroïque, qui agit et procure des émotions grandioses, des sensations fortes comme dans un grand 8. C’est en cela qu’on peut parler d’hystérie. On pourrait croire que les ralentis font ressortir encore mieux le Réel dans le détail… mais en réalité, ça ne se passe absolument pas comme ça dans la vraie Vie. Idem pour la bande-son, ou encore les bruits intérieurs du corps : dans le quotidien, personne n’entend le pouls de son cœur (à deux reprises dans le film, Gibson nous donne à entendre les battements du cœur de Desmond), personne ne voit ses actions ou ses sensations accompagnées d’un orchestre philarmonique de violons, personne (à moins d’être schizo) n’entend de voix-off qui commente ses faits et gestes (« Avez-vous entendu ? » susurre la voix-off dès la première phrase). Pendant une vraie guerre, le bruit des armes n’est pas celui qu’on entend dans « Tu ne tueras point ». C’est du faux réalisme. La souffrance qui est filmée est certes impressionnante et douloureuse. Mais elle est différemment et autrement moins ou plus douloureuse dans la réalité. Gibson construit un réalisme en carton pâte et en viande hachée. Les spectateurs et les journalistes qui saluent la « vérité dans la crudité » de son film n’ont rien compris.
 
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Comme je le signalais un peu plus haut, le cinéma de Mel Gibson, c’est de la tragédie grecque post-moderne, du soap opera amélioré, du Almodóvar anglophone mélodramatisé, mais version cucul-gore. On passe de l’Image d’Épinal la plus cliché (la pin-up du soldat, le « Sir Yes Sir ! », la mort du camarade de tranchées, le frère porté sur les épaules, la plume bleue inspirant le sifflotement avec les oiseaux de la nature, etc.) au revirement le plus trash (la brique assommant le frère Hal, la caricature des chefs militaires hurlant sur leurs soldats, le moment « Lâche ton flingue Bobby !! » où Desmond renonce à tirer au revolver sur son père battant sa mère, etc.). La scène de « Tu ne tueras point » qui dépasse toutes les autres en terme de sincérité kitsch, c’est quand Gibson nous filme au ralenti la douche « bien-être divin » (Tahiti Douche) que prend Desmond Doss après en avoir bien chié sur le front. Il y a toujours, dans les films bobocathos, ce moment fatidique où les réalisateurs vont trop loin sans s’en rendre compte, où ils sont dépassés par leur propre hystérie et pathologie, par leur propre obsession de « faire vrai », de « faire sobre », de « faire sensible », de « faire original », de « faire catho mais pas comme les autres » (genre la scène sidérante de la cire rouge et du cercle de bougies à la fin de « L’Amante religieuse » de Saracco), et où ils se trahissent. Et côté spectateurs, c’est la crise de rire intérieure assurée (pour ceux qui peuvent comprendre le phénomène, bien entendu).
 
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Malgré les apparences, la « Religion du réalisme » que Mel Gibson suit n’est pas celle de l’Incarnation. Malheureusement, on est plutôt au rayon « chair à saucisse » et « charpie ». Le Corps du Christ est tellement regardé au microscope qu’il n’est plus considéré. Et concrètement, ça donne du cinéma christique de gros bourrin, avec un Rambo certes désarmé, mais dont la violence se transpose tout autour de lui, de manière décuplée et cauchemardesque. Quand un film commence d’emblée par des ralentis, c’est déjà très mauvais signe. Mais alors, quand en plus il s’agit de ralentis sur des représentations surdimensionnées de la souffrance et de la violence, là, le spectateur a de quoi s’inquiéter sur la santé mentale du pauvre réalisateur qui s’est fait « plaiz » en mettant en scène sa propre violence intérieure, sa morbidité, sa fascination pour l’hémoglobine, les corps décharnés, les kalachnikovs, les explosions, les détonations de mitraillettes, les lance-flammes, etc.
 
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Aussi bizarre ou insensible que cela puisse paraître, la guerre qu’a mise en scène Gibson n’est même pas réaliste. Jamais on ne verra des lombrics de cette taille et cette foule de rats sortir comme ça de cadavres des soldats qui viennent d’être tués sur le champ de bataille. Jamais on n’entendra un pareil bourdonnement de mouches autour des boyaux et des tripes à l’air des corps en charpie, y compris dans les conflits mondiaux les plus violents. Jamais les explosions de bombes dans le réel ne se déroulent comme dans les films d’action américains. Gibson semble oublier que l’image de souffrance n’est pas vraie. Elle peut être vraisemblable et agir sur la réalité sensible de son spectateur mais elle n’est pas vraie. Il semble oublier que la guerre (et la foi) n’est pas un jeu vidéo. Le naturalisme poussé à l’extrême conduit au délire, un délire certes vraisemblable et vraiment écœurant (encore que : je trouve les films de Pasolini tels que « Salò ou les 120 jours de Sodome » largement plus insoutenables), mais un délire quand même. C’est de la sublimation perverse de souffrance et de violence. Comme dans les films fantastiques d’aventure (cf. le cœur arraché à main nue dans « Indiana Jones et le Temple maudit »), sauf que cette fois les effets spéciaux ne sont plus « à deux balles ». Il y a chez Gibson quelque chose qui a à voir avec le faux réalisme des films pornos et des films d’horreur : une complaisance à grossir le scabreux, le douloureux, l’affreux, à nous faire ressentir la souffrance. On a même droit au vomi, au sang qui pisse : qu’on ne vienne pas nous dire après que ce n’est pas de la violence gratuite ! À un moment, le personnage de Desmond Doss va jusqu’à se retrouver à hurler face à un cadavre décomposé qu’il a soulevé de terre comme un pied de râteau lui revenant à la figure, et hurlant comme lui, façon Musée des horreurs. Là, c’est carrément de la fascination identificatoire à la mort (ou plutôt à l’image de mort). Mel Gibson est un grand malade.
 

Film "Braveheart"

Film « Braveheart »


 

Déjà, au début du film, la scène de la prise de sang de Desmond par l’infirmière (Dorothy, sa future femme) nous mettait bien sur la piste de la complaisance de Gibson pour le réalisme de la souffrance. Au lieu de nous passer ce détail, le réalisateur est allé jusqu’à nous montrer comment l’aiguille perce bien la peau du bras du héros et comment le sang en jaillit abondamment. Ensuite, on voit que tous les films de Gibson se choisissent comme héros des sadiques, des impulsifs, des brutes « antimilitaristes », des psychopathes. Dans « Tu ne tueras point » notamment, Desmond lit des livres d’anatomie et semble fasciné par le sang ; Smitty, son camarade soldat, s’enfonce un couteau dans le pied ; il y a même un soldat nudiste exhibitionniste à la caserne. Le choix du ralenti sur les scènes les plus violentes et sur les organes humains qui explosent démontre bien tout le sadisme de Mel Gibson, qui magnifie la souffrance et veut la faire durer. Aucun détail ne nous est épargné : sur les injections de morphine, le sang sur l’oreiller, les dégoulis de sang, les jambes broyées (de Ralph), les décapitations, la surenchère de cris horrifiés et de charpie (la véritable violence, quant à elle, est plus sourde). Il faut, selon Gibson, que ce soit crade. Absolument crade. Il faut que ça fasse réagir. Il faut que ça traumatise. Il faut que le spectateur culpabilise et souffre visuellement et physiquement de sa soi-disant indifférence de petit-bourgeois occidental programmateur de guerres. Il va payer (sa place de cinéma et son inaction), le petit con ! En ce sens, « Tu ne tueras point », loin d’être pédagogique, est terroriste et réactionnaire stricto sensu. Le simple fait de considérer qu’aller au cinéma serait un acte de bravoure, n’est pas normal et surtout illustre une inquiétante confusion entre la fiction et la réalité, une méprise sur ce qu’est le véritable courage ou le rôle du cinéma. Même au nom de la foi et de la dénonciation de la violence, un réalisateur n’a pas le droit, moralement, de créer ainsi du dégoût, d’exagérer la violence (déjà bien assez horrible et niée comme ça dans notre monde d’aujourd’hui !), de créer au forceps de la réaction (à la fois excessivement négative et excessivement positive), de la brutalité (symbolique) à son tour. Il a pas le droit de tenir en otage ses spectateurs (et l’interdit au moins de 12 ans n’est pas assez sévère : il devrait s’étendre aux 77 ans). Composer un enfer cinématographique ne servira jamais à bien défendre le paradis et à bien nous battre dans le Réel.
 
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Le film de Gibson ne fait pas ce qu’il prétend, ne fait pas ce qu’il dit. Ce qui est décrit comme « un paradoxe admirable » par la journaliste Marie-Noël Tranchant du Figaro), à savoir le fait de prôner cinématographiquement la non-violence par un film hyper violent, ne mérite non seulement pas notre euphorie, mais au contraire réclame notre indignation. C’est scandaleux de défendre le Paix et la Foi comme ça. On ne prouve pas une chose par son contraire, et la fin ne justifie pas les moyens. Ces dix dernières années, Mel Gibson a eu des problèmes d’alcoolisme, et il semblerait que sa frénésie pour la non-violence et le pacifisme de Desmond Doss soit plus une démarche inconsciente pour se rattraper, se racheter une conscience et pour dissimuler ses excès (il exalte la non-violence car il ne peut l’atteindre ; il exalte la foi parce qu’il ne prie pas assez) qu’une charité en actes. Être objecteur de conscience, c’est aussi et avant tout le refus de représenter la violence comme il le fait. Il doit être objecteur de violence, même de violence iconographique. Gibson maltraite le spectateur au nom de la volonté de le vacciner contre la violence. Quelque chose ne va pas dans la méthode et l’intention ! Ça joue les pacifistes mais en étant terroriste. La preuve en est que dans « Tu ne tueras point », Gibson pousse le sadisme jusqu’à faire peur à deux reprises à son public de manière totalement inutile : d’abord lors des scènes de cauchemar de Desmond (comme si nous, public, n’avions pas assez à souffrir des épisodes de conflit dits « réels », il faut en plus que Gibson nous fasse sursauter inutilement sur des scènes que nous croyons réelles mais qui se révèlent n’être finalement que des rêves d’une violence extrême !) ; deuxièment lorsque Desmond va traverser la rue pour retrouver sa dulcinée, et qu’il manque deux fois de se faire écraser par une bagnole. Qu’est-ce que ces effets terroristes apportent au scénario et au message du film ? Nada, rien, nothing. En revanche, à mon avis, ils classent temporairement Mel Gibson dans la catégorie des faux prophètes exaltés et dérangés de la Cathosphère. Ses films sont sérieusement à éviter.
 

Dernière chose pour enfoncer le clou (le clou étant ce film, et non la personne de Mel Gibson, infiniment aimée de Dieu, bien évidemment) : il ne nous faut pas sous-estimer toute la part démoniaque (oui, j’ose cet adjectif) qui a inspiré « Tu ne tueras point » et que traduisent beaucoup d’éléments apparemment anodins de sa composition. Je pense par exemple à l’analogie entre Desmond (au prénom proche de « démon ») et Caïn tentant de tuer son frère Hal en début de film ; je pense aux pulsions meurtrières de Desmond vis-à-vis de son père et ensuite vis-à-vis de toute autorité hiérarchique (le film de Gibson louvoie avec le parricide et prône une forme de « sainte » désobéissance, mais une désobéissance quand même). Je pense à la totale omission de Jésus, Marie, l’Église et les sacrements, dans le film. Je pense à la sublimation exagérée de l’objection de conscience et au purisme de l’anti-militarisme, qui peuvent conduire à plus ou moins long terme à la puce électronique mondiale. Je pense à tous les personnages de possédés que Mel Gibson se plut à incarner ou à mettre en scène dans ses films. Et clou du spectacle : le réalisateur ne respecte même pas les dernières volontés du vrai Desmond Doss qui, de son vivant, a toujours refusé qu’on écrive ou fasse des films sur sa vie et qu’on le traite en héros. « Tu ne tueras point » a donc ceci de diabolique qu’en rendant hommage, il salit la sainte volonté de celui qu’il « honore ». Au final, c’est un film anti-testamentaire. Dieu se sert de tout, même des désobéissances. M’enfin quand même ! « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » (Mt 18, 16)
 
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P.S. : Réaction de ma mère spirituelle à l’article (j’ai éclaté de rire) : « Je suggérerais un autre scénario, un peu plus corsé: un gars du GIGN converti à l’église Adventiste du 7ème jour et qui refuse le jour d’une attaque terroriste de tirer sur le terroriste en train de dégommer tous les enfants d’une école juive à Paris. Je me demande si cela serait très commercial comme film, surtout à Hollywood ??? » Qui a laissé croire que les religieuses d’aujourd’hui étaient cuculs?^^

Allez vous faire engueuler au confessionnal (Plus que 10 jours)

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L’Année de la Miséricorde se termine dans 10 jours. C’est encore le moment pour recevoir l’absolution, et pour vous décharger de la plus petite bêtise à la plus grosse (avortement, orgueil, refus de pardonner, calomnie, adultère, pratique homo, vol, meurtre, homosexualité, libertinage, masturbation, franc-maçonnerie, etc.). Ça fera pour vous cette honte de moins à porter au Ciel. C’est donc important. (À Paris, les confessions à l’église saint Louis d’Antin par exemple sont de 9h à 20h non-stop, et l’attente n’est pas longue).
 

Si en plus vous êtes gay ou lesbienne, allez avec joie vous faire engueuler au confessionnal ! (loool) Car c’est une belle expérience d’humiliation, d’humilité, d’obéissance, de communion et de complicité avec Jésus. D’autant plus quand vous avez la chance de tomber sur un prêtre africain qui :

– est horrifié ou dépassé par l’homosexualité, et ne montre aucune marque de gay friendly attitude.

– vous exprime son fort mécontentement et vous dit que ce que vous faites ou êtes est super grave et inexistant.

– ne prend pas au sérieux votre incapacité au mariage. Il pense que votre homosexualité est un caprice ou une idée fixe.

– ne jure que par la différence des sexes/le mariage (« Le mariage… Tout est dans le mariage. Pourquoi vous ne vous mariez pas ? »), et dévalue la continence et le mariage mystérieux entre le célibataire consacré et l’Église par l’apostolat.

– tacle les curés occidentaux qui relativiseraient l’homosexualité et n’auraient pas le bon discours.

– est effaré de ce que vous lui annoncez (d’ailleurs, il ne vous parle même pas de votre péché, mais s’évade plutôt dans un long laïus sur la gravité de l’homosexualité)

– vous culpabilise en vous disant que rien ne sert de jouer au prophète si vous ne vivez pas ce que vous dites

– est navré de vous donner l’absolution, vit ça comme un arrachement, une corvée, un sacrilège

– vous parle de péché contre-nature et vous donne comme pénitence de relire le chapitre 2 de la Genèse (« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. »). Et vous le lirez !

– vous dit quand même en conclusion (et là, c’est le Seigneur qui parle à travers lui) que « votre seule présence et démarche de venir dans un confessionnal montre que vous êtes déjà pardonné par Jésus ».
 

Vous, au moment d’affronter ce petit quart d’heure « sermonnage », expliquez-vous dans la mesure du possible, mais sans riposter ni discutailler. Gardez le silence et efforcez-vous d’être plein de gratitude envers ce prêtre. Il ne mérite ni votre mépris ni votre indifférence. Au contraire : il est là pour vous exercer à l’humilité qui sauvera votre âme. Laissez-vous faire. Vous n’avez qu’à fixer avec tendresse l’endurance admirable, complice et obéissante de Jésus sur la Croix. Car, que vous tombiez sur un curé aimant ou un curé donneur de leçons, finalement peu importe : ce qui compte, c’est que vous receviez le pardon de Jésus à travers ce prêtre pour tous vos péchés. Et Lui, Jésus, il a compris l’homosexualité bien mieux que vous et bien mieux que les prêtres !
 
 
 

P.S. : Pour compléter cet article, la question n°11 des « 247 questions sur l’homosexualité à l’intérieur de l’Église » sur la confession.