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La continence sans regrets

Message personnel à ceux qui rêveraient que mon voeu de continence soit absolument un choix par défaut, un croix de suicidaire qui ne s’aime pas, la preuve chez moi d’un orgueil démesuré, d’une frustration non-assumée, le fruit d’une série de déceptions amoureuses que je n’aurais pas digérées, le signe d’une diabolisation homophobe de l’amour homosexuel, une fuite maladive de la sexualité et des plaisirs, le résultat d’une peine de coeur irréparable. Dommage pour eux : dans ma période de « flirt » d’un an et demie (de 2009 à 2011) où j’ai vécu concrètement l’expérience charnelle avec des garçons, je peux leur assurer que je suis toujours sorti avec des garçons adorables et respectueux, que j’ai vécu des relations dans une grande sincérité, et que le sexe homosexuel, j’ai adoré ça. J’ai pris mon pieds, vraiment. Et c’est justement parce que je suis allé jusqu’au bout de mes fantasmes, et que j’ai connu – même de manière fugace – les beautés du couple homo, que je peux justement dire maintenant qu’il ne me suffit pas, et qu’il y a largement mieux. C’est précisément parce que l’amour homosexuel est juste « bien » qu’il n’est pas le meilleur ! C’est précisément parce que je n’ai vécu que des expériences amoureuses homosexuelles satisfaisantes que mon choix de la continence est libre et positif ! Un vrai OUI, quoi. Et je remercie mes « ex » de m’avoir fait découvrir cela, à leur insu.

 

Retour des JMJ de Madrid (été 2011)

Je reviens juste des JMJ de Madrid, après une semaine d’évangélisation au Parc du Retiro, aux côtés de Frigide Barjot. Une incroyable expérience de rencontres. Une communion puissante qui m’a dépassé. J’ai découvert avec surprise pendant cet événement que mon témoignage en tant que continent homosexuel avait un fort impact sur les jeunes, et surtout un impact particulier sur les prêtres, les moines, et les religieuses, même « hétéros ». J’ai vu que mon expérience de vie les soulageait d’un poids énorme et leur donnait une joie profonde ! Moi qui ne suis pourtant qu’un simple laïc, je ne constate que maintenant que je reçois de Dieu un charisme spécial de guérison des prêtres au sein de l’Église catholique. Quel paradoxe ! Quelle joie ! Dieu est grand ! Et comme j’aime l’exigence de l’Église à nous demander de vivre concrètement ce que l’on dit !

 

« Un prêtre, c’est un homme seul avec un ordinateur. »

Plus je découvre la grandeur de l’Église catho, plus j’apprends aussi que le loup est entré dans la bergerie, et que certains hommes d’Église sont en grand danger parce qu’ils ne conforment pas leurs actes avec le sacrement qu’ils ont reçu. Nous devons spécialement prier pour eux, surtout ceux qui se découvrent homosexuels et qui passent à l’acte : ils sont minoritaires parmi les consacrés, mais tout de même nombreux. Je le sais puisque, depuis ma médiatisation, certains viennent à moi pour m’en parler. Leurs tentations sont diverses, et contrairement à ce que les non-croyants peuvent penser, elles ne viennent pas de l’extérieur ni du voeu de célibat et de continence : elles sont d’abord à l’intérieur. Tout récemment, un ami homo curé de mon entourage – jeune, beau et intelligent, en plus ! – m’a donné une courte définition du danger qui guette nos célibataires consacrés : « Un prêtre, c’est un homme seul avec un ordinateur. » Pas trouvé mieux.

 

« Tu n’es pas vraiment homo puisque tu ne couches plus ! »

Ceux qui disent que je ne suis pas vraiment homosexuel, ou que je suis homophobe, du simple fait que je ne couche pas, n’ont rien compris à l’homosexualité et ont une bite à la place du cerveau. Ils semblent oublier que l’homosexualité, c’est une attirance sexuelle avant d’être une pratique génitale. Ils ne pensent qu’en termes d’actes (dont ils réduisent prodigieusement la liste pour n’imposer que les actes en dessous de la ceinture), et non plus en termes de désir (la principale chose que l’homosexualité est).

 

Pourquoi je préfère la continence ?

En ce moment, vous l’aurez remarqué, je passe beaucoup à la télé, surtout avec la casquette du « Catho défendant le célibat et ce drôle de concept – pourtant vieux comme le monde ! – de continence »… alors que je peux tout à fait aborder le sujet de l’homosexualité sous mille autres angles, sans parler une seule fois de religion ! En soi, ça ne me dérange absolument pas d’apparaître avec cet éclairage-là, car j’aime aussi défendre ouvertement ma foi, et je trouve que l’Église catho a tout compris du désir homosexuel sans avoir eu à fouiller dans les tréfonds de la culture homosexuelle. Mais je tiens à dire que je ne suis pas l’obsédé de la continence que certains veulent voir en moi pour ne pas avoir à écouter ce que j’ai à dire. Y compris à la fin de mon livre, je vais jusqu’à proposer le couple homo comme idéal de vie à ceux qui trouveraient un équilibre plus grand en son sein plutôt qu’en s’imposant une abstinence frustrante à coup de volonté ! Je ne sacralise pas le célibat (le célibat n’a pas de sens en soi, il est absurde s’il n’est pas donné à une Personne qui est Jésus), pas plus que je ne matraque la continence comme une figure imposée du bonheur gay. Je propose la continence comme un choix différent, supérieur mais non-opposé au couple homo, à toutes les personnes homosexuelles qui sont appelées à la vivre, sans me priver pour dire que l’expérience du couple homo est en général décevante et plus coûteuse que celle de la continence. Ce n’est pas non plus parce que je rappelle que la continence est le Meilleur auquel l’Église catholique appelle, qu’elle vient désigner le couple homosexuel comme forcément « mauvais » à son contact. Le Meilleur n’est pas l’ennemi du bien : simplement, Il l’ouvre. Mon propos sur l’homosexualité et la continence vise justement à défendre une chose totalement à contre-courant du discours stéréotypé habituellement attribué à l’Église catho ( = celui de la sacralisation de la procréation et de la différence des sexes – « Croissez et multipliez »… que l’Église, d’ailleurs, ne tient même pas !), à savoir l’appel au célibat librement choisi et au contournement de l’obligation sociale du Couple, imposée par une société laïcarde et athée, et non par le Pape et ses ministres, comme le fait croire la légende populaire.