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La Bête PASSION


 

Je vous avais dit précédemment que pour moi, la Bête de l’Apocalypse était trois choses : l’hétérosexualité (culte des différences), la puce électronique (Blockchain avec sa marque 666) et l’humanisme intégral (pacifisme sans Jésus). Mais j’en rajoute une quatrième : la passion (… pour les passions).
 

 

Grâce à mon étude sur la série Joséphine ange-gardien (où il est constamment question de la passion : vous le verrez quand j’aurai fini mon livre), mais également à mon observation des réseaux sociaux, je réalise que la PASSION est l’autre nom de la Bête technologique (n’est-ce pas Omar Sharif, avec tes bêbêtes numérotées ?). Sur les réseaux sociaux, les maîtres de la Bête font tout, en ce moment, pour nous bestialiser, pour que nous nous excitions (en rires, en plaintes et en insultes : nous avons quitté même la sobriété du cynisme et des larmes), en nous jetant en pâture des bouts de viandes vivants (des starlettes jouant les victimes – les Kim Kardashian, les Loana, les Nabilla, les Clémentine de Koh-Lanta – et des criminels attestés ou supposés : les Dutroux, les Nordhal Lelandais, les DSK, les Bernard Tapis, les Benzema, les Kaaris et Booba, les cardinal Barbarin) pour que nous nous bagarrions entre Humains et que nous nous fendions d’un tweet de réaction inutile, impulsive, épidermique, insultante, odieuse, instinctive (bestiale, quoi) qui viendra se rajouter à la pile de tweets-bashing de la Grande Meute réactionnaire informe (réactionnaire vient de « réaction », non ?).
 

 

 

Le Gouvernement Mondial fait tout pour que, pris dans l’avalanche informative d’Internet, et aveuglés par l’instantanéité, nous soyons prisonniers de nos passions humaines (on ne parle pas ici de la Passion du Christ, bien évidemment, mais au contraire des « désirs enflammés » décrits par saint Paul dans Rm 1, 27) et que nous soyons embrasés par elles.
 

 

 

Et le pire, c’est que ça marche. Comme de l’huile jetée sur le feu ! Parlez-nous à présent de demande de pardon, d’aide, d’apaisement, de calme, d’empathie, de compréhension, de réflexion, de nuance, d’abnégation, de prudence, de joie, de virginité, de célibat. Demandez à la foule internétique de faire des efforts, de renoncer, d’abandonner, de se taire, de relativiser, de faire preuve de clémence et de longanimité, d’offrir une seconde chance. Elle ouvrira sa gueule de Bête hideuse pour vous cracher à la figure son venin et sa… bêtise. Et les « journalistes » qui ont allumé l’incendie des scandales (voire carrément de leurs mensonges et de la calomnie) comptent les points, ramassent la moisson des raisins de la colère, frétillent avec ceux qui frétillent et récriminent, ricanent (« canis » en latin signifie « chien ») avec ceux qui ricanent, se choquent avec ceux qui se choquent, jubilent intérieurement de leur pouvoir de contrôle des masses abruties et sincères (avec des procès d’intention et plein d’abusifs « parce que »), feignent hypocritement de déplorer les conséquences des causes qu’ils ont créées.
 

 

 

Alors je vais nous donner une astuce pour ne pas être marqué du sceau de la Bête : dépassionnons-nous. Tout BÊTEment.

Code n°103 – Jeu (sous-codes : Jeux vidéo / Internet / Jeu virant au drame / Jouet)

Jeu

Jeu

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

 

Qui veut jouer avec moi ?

 

Quand il y a des enjeux de vie et de mort, de liberté humaine bafouée, de violence, le jeu, même invoqué sous de séduisants prétextes artistiques, humoristiques, amicaux, politiques, amoureux, sexuels, s’arrête vite… S’il se prolonge, il se transforme en viol, en manipulation. Or comme le désir homosexuel, de par son rejet de la différence des sexes (qui est LE « roc » du Réel par définition, sans lequel aucun d’entre nous ne seraient là pour en parler), n’est pas ancré dans la Réalité, il a du mal à connaître et à faire connaître à celui qui s’y adonne la claire distinction entre le jeu et les limites de celui-ci. C’est la raison pour laquelle, dans les œuvres fictionnelles traitant d’homosexualité, voire parfois dans la vie concrète des personnes homosexuelles, le jouet conduit régulièrement au viol et à la mort ; le jeu tourne au drame. Oui, la Réalité a ses règles ; et c’est quand on y consent qu’on vit pleinement heureux, qu’on peut vraiment s’amuser sur cette Terre. À prendre l’existence humaine trop au sérieux ou au contraire trop au ludique/au virtuel/à la légère, les personnes homosexuelles, en célébrant les jeux pour se fuir elles-mêmes et fuir les autres, passent souvent à côté du vrai Jeu, celui de l’Amour, de la Joie, et même de la sexualité, celui qui fait comprendre que le bonheur profond est d’appréhender les limites du Réel pour mieux vivre/jouer avec, et de savoir s’imposer des contraintes.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Adeptes des pratiques SM », « Homosexualité, vérité homosexuelle ? », « Musique comme instrument de torture », « Télévore et Cinévore », « Humour-poignard », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Drogues », « Fan de feuilletons », « Pygmalion », « Amant narcissique », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Magicien », « Poupées », « Super-héros », « Conteur homo », « Androgynie Bouffon/Tyran », « Éternelle jeunesse », « Différences culturelles », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Liaisons dangereuses », « Manège », à la partie « Play-back » du code « Substitut d’identité », à la partie « Fêtes foraines » du code « Cirque », à la partie « Bilboquet » du code « Parodies de Mômes », à la partie « Foot » du code « Solitude », à la partie « Carte » du code « Inversion », à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

FICTION

 

a) L’homosexualité ludique :

Cf. je vous renvoie au code « Humour-poignard », à la partie « Carte » du code « Inversion », et à la partie « Bilboquet » du code « Parodies de Mômes », de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Film "Claire Of The Moon" de Nicole Conn

Film « Claire Of The Moon » de Nicole Conn


 

Très souvent, dans les œuvres homo-érotiques, il est question du jeu : cf. le roman Jeux d’enfance (1930) de Giovanni Comisso, la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi (avec l’enfant-rat qui joue au train), le film « L’Arbre et la forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec les enfants jouant à « 1, 2, 3, Soleil »), le film lesbien « Poker Face » (2011) de Becky Lane, le bâti Norén Lars (2011) mis en scène par Antonia Malinova (avec Thomas, le héros à l’homosexualité latente, et fan d’échecs), la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi (avec le jeu de cartes), le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec la mention du jeu de cartes), la chanson « La Tapette en bois » de Jacki, le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent (avec les deux amis homos de Ricky jouant au Jeu des 7 familles), la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec Mme Mime et la Reine de Cœur jouant ensemble aux cartes), la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti (avec les cinq adolescents qui jouent à Action ou Vérité), le film « Games That Lovers Play » (1971) de Malcolm Leigh, le film « Historia Du Kronen » (1994) de Montxo Armendariz, le film « La Règle du jeu » (1939) de Jean Renoir, le film « Hors Jeux » (1980) d’André Almuro, le vidéo-clip de la chanson « Rumour » de Chlöe Howl (avec les jeux d’échecs), le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha (les trois amis homos – Gabriel, Nicolas et Rudolf – se retrouvent régulièrement pour jouer au ping-pong), le film « Imitation Game » (2015) de Morten Tyldum, la chanson « Quand il n’y aura plus personne » du Beau Claude (avec l’amour considéré comme un jeu), etc.

 

Certains héros homosexuels aiment jouer et se disent fascinés par les jouets/jeux : « Dans la famille Mer [on entend « Mère »], je voudrais la grand-mère. » (Laure, l’héroïne lesbienne, parlant à son père pendant le Jeu des 7 familles, dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma) ; « Ginette [l’une des héroïnes lesbiennes] est certainement trop occupée à jouer aux cartes avec les copains. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 31) ; « Quand elle [Solange] était petite, à l’âge de 5 ans, elle était fascinée par un enfant qui vivait sur le même palier, de 2 ans son aîné, qui passait sa journée assis dans l’escalier en train de jouer au bilboquet […]. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 112) ; « Je suis allé à Las Vegas. Ça me semblait une destination assez gay friendly. Et là, je suis devenu un joueur professionnel : poker, black jack… J’étais très doué. » (André, homosexuel, dans l’épisode 365 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 27 décembre 2018) ; « Sauf que je joue pas. » (Hugo Quéméré, le héros homo, s’adressant à Julien à propos des sentiments qu’il a pour Barthélémy, dans l’épisode 441 de la série Demain Nous Appartient diffusé sur TF1 le 12 avril 2019) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, l’imaginaire du narrateur homosexuel est habité par « une statue en train de jouer au bilboquet […] (la statue, c’est-à-dire l’enfant, est juste au milieu de la place) » (p. 18). Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle, l’héroïne lesbienne grandit dans une famille qui comate devant les jeux télévisés. Dans la mise en scène (2011) d’Érika Guillouzouic de la pièce Le Frigo (1983) de Copi, la scène préparée par le protagoniste homosexuel ressemble à une immense salle de jeux d’enfant, avec des peluches partout. Même topo avec le vidéo-clip très gay friendly de la chanson « Papa m’aime pas » de Mélissa Mars. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse, l’héroïne lesbienne, vend des poupées et des trains dans une boutique de jouets.

 

Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, est très jeu, mais aussi très compétition jalousie : il joue avec sa meilleure amie lesbienne Camille à un blind-test Années 80, aux échecs avec l’hétéro beauf Stan, et propose même en fin de soirée à ses deux rivaux Ninon et Stan de mesurer leur côte de popularité auprès de Camille en jouant à un « Jeu des Favoris », sorte de guerre qui occupe tout le scénario de la pièce.
 

Il arrive que le héros homosexuel se définisse lui-même comme un jouet : cf. la chanson « Comme un yoyo » de Jenifer, la chanson « Boule de flipper » de Corynne Charby, etc. Par exemple, dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, Bill dit qu’il est un jouet : « Bill comme Bilboquet » se présente-t-il aux gens pour qu’ils se remémorent facilement son prénom. Par exemple, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, la rencontre entre Rémi et Damien est mise sous le signe du jeu. Lorsque Rémi se coince l’écharpe dans la machine à laver, Damien le sauve in extremis de la strangulation, en le comparant à un yoyo : « Heureusement que j’étais là, sinon, vous auriez joué au yoyo toute la journée. » Rémi espère qu’il sera envisagé avec le temps « comme un être humain et non plus comme une balle magique ».

 

C’est par le jeu que l’homosexualité de certains personnages émerge. Par exemple, dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, la course-poursuite entre meilleurs amis vire au sérieux : Jan et Matthieu couchent ensemble. Dans le film « En colo » (2009) de Pascal-Alex Vincent, lors d’un jeu Action ou Vérité, le jeune Maxime découvre son homosexualité en embrassant un garçon de son âge pour relever un défi. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu raconte qu’avec son « ex » Maximilien, leur union est due à « un Action/Vérité complètement bourrés ». Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Tommaso, le héros homosexuel, pour expliquer à son frère Antonio qu’il est vraiment gay, revient sur son amitié particulière avec son camarade d’enfance Sasa : « On n’a jamais joué aux petites voitures, avec Sasa… »

 

Film "Summer Storm"  de Marco Kreuzpaintner

Film « Summer Storm » de Marco Kreuzpaintner


 

Le jeu est cet espace indéterminé de transition entre rêve et Réalité, où le fantasme amoureux homosexuel peut facilement se glisser, et passer pour plus réel que la Réalité même : « Si tu étais un jouet, tu serais quoi ? » (Bruno posant cette question à son futur amant Pablo pour le draguer, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger) ; « Avec Malcolm, j’ai l’impression que le jeu est devenu réalité. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 91) ; « Ok, tout ça n’était qu’un jeu, ok, on s’est pris au sérieux, le rire au fond des yeux. » (cf. la chanson « Nuit magique » de Catherine Lara) ; « Alors quoi ? Continuons à jouer ! » (Valmont en train de se travestir en drag-queen, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Tu veux jouer à 50 minutes Inside ? » (Un homme en boîte homo draguant Jérémy en boîte, dans le one-man-show Bon à marier (2015) de Jérémy Lorca) ; etc. Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne, propose un jeu à sa copine Esti, mais celui-ci prend une toute autre tournure : « J’ai un nouveau jeu, Esti, ai-je dit. J’essaie de te faire rire et toi, tu ne dois surtout pas bouger, d’accord ?’ Je commençais à me demander s’il n’y avait pas un malentendu. Allait-elle se redresser d’un bond, m’accuser des pires choses ? Je me suis penchée pour voir son visage. Elle avait les yeux fermés, un sourire aux lèvres. […] Elle s’est retournée et a posé ses lèvres sur les miennes. » (Ronit p. 220) ; « On jouait à des tas de jeux ensemble. Et un jour, nos rapports ont un peu changé de nature. » (Graham en parlant de son amour d’adolescence avec Manadj, dans le film « Indian Palace » (2011) de John Madden) ; etc. Dans le film « Boygames » (2012) d’Anna Österlund Nolskog, deux meilleurs amis, John et Nicolas, âgés de 15 ans, sont intéressés par les filles mais redoutent la première expérience sexuelle, alors ils décident de s’entraîner d’abord sur eux-mêmes. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara et Zoé commencent à se chamailler pour rigoler, puis finissent par s’embrasser sur la bouche. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Lukacz joue à cache-cache avec Adam pour le draguer : ils imitent des cris de chiens et de singes pour se retrouver au beau milieu d’un champ de maïs.

 

L’amour homosexuel que vivent certains personnages n’a pas l’air très solide ni très sérieux car il s’annonce par la voie du divertissement puéril. Par exemple, dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, Bernard essaie de draguer Philippe en lui apprenant à jouer du xylophone. Dans le film « I Want Your Love » (2010) de Travis Mathews, deux amis négocient leur passage à l’acte homosexuel sous forme de jeu… mais leur relation va devenir complexe, ambiguë. Dans le film « Une Femme un jour » (1977) de Léonard Keigel, quand le fils de Nicky voit sa propre mère au lit avec une femme (Caroline), il ne peut s’empêcher de leur demander : « Qu’est-ce que vous faites ? » ; et sa mère de lui répondre spontanément : « On joue. »

 
 

b) Jeu en tant que fuite du Réel :

En général, le héros homosexuel a recours au jeu car il veut fuir sa réalité (qu’il juge insupportable ou futile, et qu’il nomme paradoxalement « jeu ») et donner libre cours à ses pulsions : « Tout quitter. Fermer le grand théâtre de Bois-Rouge. Descendre le rideau sur cette comédie avant qu’il ne soit trop tard. Cesser de jouer. Partir. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 88)

 

Il semble voir le monde à travers le prisme des médias et de ses jeux vidéo : « J’avais l’impression que je luttais pour rien. Comme dans ces jeux vidéo, où lorsqu’on coupe un ennemi en deux, chaque moitié redevient un ennemi potentiel. » (Bryan en parlant de son « amour » pour Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 35) ; « C’est comme un site de rencontre de cul, sauf que c’est en direct, non ? » (Simon, l’un des protagonistes homosexuel parlant du sauna, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 40) ; « J’ai oublié ma Playstation chez toi. » (Thomas s’inventant une excuse-bidon pour revenir voir son ex François, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) ; « Vous savez d’où ça vient les lesbiennes ? Ça vient du WiFi. » (l’humoriste « hétéro » Arnaud Demanche se mettant dans la peau d’un internaute, dans son one-man-show Blanc et hétéro, 2019) ; etc.

 

Andrew et Justin dans la série « Desperate Housewives »

 

Il est question des jeux vidéo, d’Internet et des rencontres amoureuses que cet outil permet, dans énormément de fictions homo-érotiques actuelles : cf. le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie, le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, le film « VGL-Hung » (2007) de Max Barber (avec les jeux vidéo), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, le film « Fragments d’hiver » (2009) de Guillaume Van Haver, le film « Le Suivant » (2011) de Frédéric Guyot, le film « K@biria » (2010) de Sigfrido Giammona, le film « Des jeunes gens modernes » (2011) de Jérôme de Missolz, le film « Consentement » (2012) de Cyril Legann (Monsieur Chateigner va sur Internet pour trouver ses « plans »), le roman Sex Workers As Virtual Boyfriends (2002) de Joseph Itiel, le film « Amen » (2010) de Ranadeep Bhattacharyya et Judhajit Bagichi, le film « Fragments d’hiver » (2009) de Guillaume Van Haver, le film « Bébé requin » (2004) de Pascal-Alex Vincent, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen, le film « Internet Obsession » (2002) de Dominick Brascia, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne, le one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, le film « Independance Day » (1996) de Roland Emmerich, le film « On-Line » (2001) de Jed Weintrob, le film « Anonymous » (2004) de Todd Verow, le film « Espace détente » (2004) de Bruno Solo et Yvan Le Bolloc’h, le film « Sugar Sweet » (2001) de Desiree Lim, le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane, le héros homosexuel passant son temps sur sa console avec Mario Bros II), la chanson « Sextonik » de Mylène Farmer, le film « Orange et Pamplemousse » (1997) de Martial Fougeron (avec les rencontres sexuelles par Minitel), le film « Plan cul » (2010) d’Olivier Nicklaus, le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs (où Érik rencontre ses « plans cul » par téléphone), le vidéo-clip de la chanson « Kelly Watch The Stars » du groupe AIR (avec les deux chanteurs jouant à un jeu vidéo des années 1970), le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger, le documentaire « Moi, Luka Magnotta » (2012) de Karl Zéro et Daisy D’Errata (relatant l’histoire vraie de Magnotta, acteur porno occasionnel et mannequin raté, qui fut le premier web killer), le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley (où Internet est source de grande angoisse pour Nathan), la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti (le jeune Mathan est toujours fourré sur Internet), etc.

 

Dans beaucoup de fictions traitant d’homosexualité, les personnages sont accros à informatique et aux jeux amoureux en réseau. Par exemple, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura compare un garçon jouant dans un bar sur un flipper (un jeu où il faut apparemment détruire des villes en lâchant des bombes) à un vrai guerrier (« Un soldat qui bombarde de vraies villes éprouve la même excitation que ce garçon. », p. 59) : preuve que le monde des jeux vidéo est considéré comme réel… Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ted, l’un des héros homos, parle d’un « clown géant » auquel il doit faire face, lors d’un jeu de rôle où il ne distingue pas la réalité de la fiction. Dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Bernard, le héros homosexuel, anime des jeux télé et est constamment sur Internet ou son I-phone. Dans le film « Simple appareil » (2009) de Jean-Christophe Cavallin, Pierrick et son internaute passent la nuit ensemble dans la chambre de Pierrick, près du Canal Saint-Martin, à se raconter leurs blessures intimes. Dans la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, Nina, l’héroïne lesbienne, a fait du piratage Internet avant de se lancer dans les hold-up. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Roberto va sur les « chat » Internet pour draguer. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji, le héros homosexuel, trouve ses « plans cul » sur le site saunavirtuel.com avant de se rendre au sauna ; son corps et la machine ne font qu’Un : « Je clique, je trique. » Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Benoît passe son temps sur Internet pour dégoter ses aventures sexuelles successives. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Norbert est allé voir ailleurs sur Internet et a trompé son copain Vivi. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Tedd, l’un des héros homosexuels, travaille chez IBM. Dans la pièce La Voix humaine (1959) de Jean Cocteau, le téléphone est montré comme un cordon ombilical sans lequel il est impossible de vivre. Dans les pièces de Copi, telles que Loretta Strong (1974), La Tour de la Défense (1981) ou encore Le Frigo (1983), le téléphone occupe une place capitale : il dit la schizophrénie des personnages transgenres. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., la relation entre Matthieu et Jonathan débute sur Facebook ; les deux sont férus de l’application Grindr et des sites de rencontres, même s’ils n’hésitent pas à les renier pour se racheter une réputation. Dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari, la protagoniste lesbienne Mnesya parle à ses écrans d’ordinateur et se prend elle-même pour un robot : « Moi, je ne suis qu’un processeur de données. » Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Lukazc joue à cache-cache dans un champ de blé pour séduire Adam. Dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin, Anna et Cassy, deux amantes, croient que si elles se déconnectent de Skype, elles et leur amour vont disparaître. C’est d’ailleurs ce qui leur arrive. Leur amour ne tient qu’à une connexion informatique. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam ose faire pour la première fois son coming out à sa sœur via Skype. Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Paul, l’un des héros homosexuels, se rend sur le site de rencontres gays Manhunt (textuellement : « Chasse à l’homme »). Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas crise de ne pas avoir de connexion internet en plein coeur de la montagne autrichienne, et se cherche des « plans cul » sur réseau. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca s’inscrit sur GrindR et cherche ses amants par ce biais. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Simon, le héros homo, est accro à ses mails et aux réseaux sociaux. Il crise dans son lycée quand les courriels ne lui parviennent pas : « Pourquoi y’a du réseau nulle part dans ce bahut ?!? Franchement, ça craint ! » Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi, le héros homosexuel, est suspendu à son smartphone et aux applis. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Xavier, héros homo, drague sur Grindr.

 

« Deux choses me tenaient à cœur : avoir un chien et un ordinateur. Aucun rapport entre ces deux souhaits, si ce n’est que les deux allaient occuper une place importante dans ma vie. » (Bryan, l’un des héros homosexuels du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 21) ; « Dix jours chez eux [mes grands-parents] sans ordinateur ni Internet… le Goulag ! » (idem, p. 29) ; « La chance qu’on avait d’avoir des ordinateurs et Internet. Merci Bill ! » (Bryan faisant un hommage à Bill Gates, op. cit., p. 149) ; « Jonathan squatte l’ordi la plupart de la journée. » (Matthieu parlant de son amant dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Je suis une victime du téléphone. » (une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg) ; « Marcel revenait au plus tôt à la maison et s’enfermait dans sa chambre, devant son ordinateur. À l’âge de seize ans, il comprit rapidement le caractère égalitaire de cette invention. » (Marcel, l’un des héros homosexuels dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 18) ; « J’ai pour me tenir compagnie un I-phone et deux Blackberry. » (un des protagonistes homosexuels, rentrant dans la peau du « gay lambda », sur l’air de « Comme ils disent » d’Aznavour, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Heureusement qu’il y a Facebook ! » (Raphaël Beaumont dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles, 2011) ; « Avant d’être un homme, avant d’être mon amour, tu es un fond d’écran. » (Denis à son amant Luther, avec qui il entretient une relation semi virtuelle depuis 19 ans, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Je rêve d’une application Shazam pour les odeurs. » (Richard s’adressant à son amant Kai, dans le film « Lilting », « La Délicatesse » (2014) de Hong Khaou) ; etc.

 

L’outil virtuel et ludique donne lieu à bien des quiproquos, ou même à certaines formes de mort. Par exemple, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Max rencontre nana sur le net en pensant que c’est un mec. Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, le symbole Apple de l’ordi de Léo (le héros homosexuel) est en tête de mort.

 
 

c) Jeu-schizophrénie :

Le jeu mis en place par le personnage homosexuel n’est pas souvent synonyme de joie et de maîtrise. Au contraire. Bien souvent, le héros ne rigole pas du tout, même quand il propose quelque chose d’objectivement farfelu et ludique : « Ce n’est pas un jeu. » (Frédéric Delamont, le héros homosexuel psychorigide du film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp) Par exemple, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Anne veut sérieusement un Happy Meal (pour les enfants) au Mc Do, et finit par agresser la restauratrice : « Je VEUX le jouet ! ». Ça saoule sa copine Marie : « J’en ai marre de tes conneries de gamine. » Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Kanojo profite des jeux vidéo que lui propose son amie Juna pour draguer celle-ci lourdement. Elles enchaînent les jeux de plus en plus violents : « Tu vois que tu es violente toi aussi. » s’en amuse Juna. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien asocial homosexuel, pense que, par le jeu, l’homme et la machine se rejoindront pour s’aimer. Toute sa vie, il l’a passée à se fuir lui-même dans l’idolâtrie ludique : « Je suis très bon aux jeux, aux casse-tête. »
 

Il ne maîtrise pas le jeu qu’il joue parce qu’il n’y a mis ni liberté, ni véritable conscience de faire. Il a agi pour/par l’image, par intentions plus que réellement et constructivement. Par exemple, dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, on trouve un bon exemple de la simulation mi ludique mi fatale de la détronisation du roi des parias homosexuels, Bob, qui à tout moment peut être agressé par les joueurs rieurs qui l’entourent. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, le grand jeu de Guillaume, c’est de se faire passer pour sa mère auprès des membres de sa propre famille ; il imite même sa façon de marcher… et tout le monde se fait avoir. Son jeu le conduira à surprendre son père cul nu dans la salle de bain.

 

Certains personnages homosexuels, en ne distinguant plus la fiction de la Réalité, personnage et personne, rôle (de théâtre) et action (dans la vie), ou bien en confondant sincérité et Vérité, deviennent des acteurs schizophrènes qui ne s’éprouvent pas jouer : cf. le roman Versteck Spieler (Un Joueur caché, 2010) de Marcus Urban, le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie (avec le Roi jouant à la poupée), le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin (avec les jeux d’argent dans les rues de San Francisco), etc.

 

Par exemple, dans le film « Unconditional » (« Inconditionnel », 2012) de Bryn Higgins, Owen se travestit, et ce qui semblait un jeu devient sérieux. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marilyn qui au départ devait simuler un couple avec Chris (le héros homosexuel) finit par tomber amoureuse de lui. Dans le roman Le Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig, le jeu est associé à la torture nazie, par le flou qu’il impose entre folie et Réalité (« Sur cet échiquier, tout est faux ! » s’exclame le héros, complètement ensorcelé par un jeu qu’il feint d’écarter pour mieux s’y enchaîner). La dimension ludique et distancée que propose les jeux est totalement gommée par les personnages de cette pièce (« C’est un combat à mort » déclare par exemple McConnord).

 

Le jeu qu’ils mènent cache parfois un désir de devenir quelqu’un d’autre que soi, ou bien un objet : « J’ai toujours adoré jouer à la poupée. » (Marina, le travesti M to F, dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « Avec une perruque, j’accepte votre regard, je déclare votre jugement moins lourd sur moi… vous pouvez me trouver belle et laide, vous pouvez me regarder, me dévisager avec un sourire aux lèvres, une larme dans les yeux ou plisser le front, je ne suis plus moi-même… Je m’en fous je ne suis pas là. Je joue pour moi, pas pour vous. » (l’Actrice dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « ‘Je’ a disparu. Je suis plus moi même… C’est plus moi dans le jeu. » (idem) ; « Cette gamine est fantasque, toujours en train de s’attifer et de jouer la comédie… C’est drôle. » (Collins à propos de Stephen, la jeune héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 28)

 

Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, la Comédienne dit que quand elle interprète un rôle, elle « n’a pas l’impression de jouer » ; « Ce qu’il y a de plus éprouvant, c’est que soi-même on devient théâtral. » ; « Si au moins je sentais le personnage… ; « Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie mais d’imiter une actrice de cinéma détestable, comment s’appelait-elle ? » ; « Tu te laisses emporter par le personnage ! Nous ne sommes pas en train de jouer ! » (Arthur à la Comédienne, op. cit.)

 

Tout porte à croire que le « jeu » dont parlent les personnages homosexuels n’est que l’expression de leur ébahissement inconscient et jaloux face à leur propre reflet narcissique : « Épreuve du miroir. Le jeu des 7 erreurs. » (Djalil à sa mère, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti) ; « Poète, on se prend à son jeu. C’est le charme. […] Je me suis fait pleurer moi-même en l’écrivant. » (Cyrano de Bergerac par rapport à sa propre lettre envoyée à Roxane dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne à Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Les jeux sont faits, ma sœur. Dieu est avec vous, le Diable est avec moi ! » (idem) ; « Je vais jeter cet ordinateur ! » (Fanny, l’héroïne bisexuelle de la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; etc.

 

Chose curieuse (mais logique !) : dans certains films, le jeu est simultanément une marque d’homosexualité et une marque d’homophobie : « Tu veux jouer aux cartes ? » (Allan quand il veut détourner la conversation parce qu’il est suspecté par Max d’être homo, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Ton petit jeu, ça suffit. » (Marc s’adressant à son amant Sieger qui n’assume pas leur « amour », dans le film « Jongens », « Boys » (2013) de Mischa Kamp) ; etc. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, la photo de Nathan et de Louis s’embrassant secrètement à une soirée de jeunes circule sur les réseaux sociaux : Nathan fait croire que c’était un jeu, pour faire mentir son acte. Le personnage homosexuel joue avec lui-même un jeu de cache-cache identitaire destructeur.

 
 

d) Jeu virant accidentellement au drame :

Cf. je vous renvoie aux codes « Humour-poignard » et « Chevauchement de la fiction sur la Réalité » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Film "Action/Vérité" de François Ozon

Film « Action/Vérité » de François Ozon


 

Ce n’est pas un hasard si le jeu, dans les fictions homo-érotiques, de désincarné, passe à violent (puisque ce n’est qu’en rejoignant le Réel qu’on rejoint l’Amour) : cf. le roman Le Jeu dangereux (1931) de Stefan Zweig, la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt (avec la métaphore du jeu amoureux qui termine mal : l’un des deux amants retourne sur lui le revolver qu’il pointait désespérément sur l’autre), le film « Roulette Toronto » (2010) de Courtney Trouble, le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (et les jeux vidéo avec port d’armes à feu), le film « Sala Samobójców » (« Suicide Room », 2011) de Jan Komasa (racontant l’histoire d’un club virtuel de suicide), le roman Les Jeux funéraires (1981) de Mary Renault, le vidéo-clip de la chanson « The Power Of Goodbye » de Madonna (avec le jeu d’échecs qui s’achève par une rupture amoureuse), le roman El Juego Del Mentiroso (1993) de Lluís Maria Todó, le film « Jeux de nuit » (1966) de Mai Zetterling, le film « The Devil’s Playground » (1976) de Fred Schepisi, le film « To Play Or To Die » (1991) de Frank Krom, le film « Fucking Amal » (1998) de Lukas Moodysson, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, les tableaux The Entwined (1996) et Obsession (1996) de Christopher Cheung, le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol (avec la description de l’univers totalitaire d’Internet), le film « Les Résultats du Bac » (1999) de Pascal-Alex Vincent (où l’on voit des jeux vidéo avec port d’arme à feu), le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard (traitant toujours des jeux avec port d’arme à feu), le film « Wild Side » (2004) de Sébastien Lifshitz (avec la cruauté des jeux d’enfants), la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan (où un fils homosexuel torture son père en lui organisant un petit jeu d’anniversaire), le film « Puta De Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria (avec le parallélisme entre le jeu de cartes et un enterrement), le film « Allez » (2011) d’Oliver Tonning, le film « Cannibal » (2005) de Marian Dora, la chanson « Parce que » de Daniel Darc et Bill Pritchard, etc.

 

Film "No Regret" (2006) de Lee-Song-Hee-Il

Film « No Regret » (2006) de Lee-Song-Hee-Il

 

Par exemple, dans le film « En colo » (2009) de Pascal-Alex Vincent, les camarades de Maxime, le héros prochainement homosexuel, exercent sur lui leur homophobie en le testant sur sa sexualité et en le soumettant au chantage de l’aveu. Le tout sous prétexte de la blague : « Ça va, on peut rigoler ! » Ils ne se rendent pas compte de leur méchanceté. « Tu ne sais pas jouer ? » (Mardonio s’adressant à Segundo en le suspectant d’être homo, dans le film « Mon Père », « Retablo » (2018) d’Álvaro Delgado Aparicio). Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, le « Jeu de la bouteille » organisé par le méchant Fábio piège Léo, le héros homosexuel aveugle, qui est sur le point d’embrasser un chien (Pudding) sans le savoir, en s’imaginant embrasser une très belle fille. Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, lors d’un exercice de formation de police (une simulation d’émeute), Marc frappe violemment son collègue (et futur amant) Engel. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand, homosexuel, instaure le jeu « Gay/pas gay » pour en réalité (simuler d’)outer tout le monde. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud, l’un des héros homos, est accro aux jeux vidéos : au départ, on croit qu’il joue à des jeux violents hyper hétéros (« Mais tire ! Tire, bordel !! »), pour finalement découvrir qu’il joue aux Pokémon. Dans la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1, Hugo, le héros homo, drague Bart Valorta pendant une baignade… et dans un premier temps, Bart résiste et le repousse violemment. Hugo lui reproche ses barrières : « La prochaine fois, tu arrêteras de faire ton p’tit joueur » (c.f. l’épisode 260, diffusé le 7 août 2018).

 

Souvent, on observe dans les œuvres fictionnelles traitant d’homosexualité un revirement de situation tragique entre le monde ludique et le retour au Réel : « Arrête ce p’tit jeu, Romane, c’est ridicule. T’as rien trouvé de mieux pour me provoquer ? » (Alain Richepin s’adressant à sa fille Romane qui roule un gros palot à sa copine Yindee devant lui, dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien) ; « Je peux pas me détendre tranquille sans que tu me bousilles mon jeu ? » (François, homosexuel, face à son amant Thomas, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) ; « I play with a gun, but just for the fun. » (cf. la chanson « I Hate You » de Mélissa Mars) ; « Je regarde distraitement les enfants qui jouent à s’envoyer des bateaux à voile dans le bassin, je referme le cahier, je pense à la mort de Piggy, Monnie et Rooney. » (le narrateur homosexuel repensant aux trois enfants dévorés par un requin, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 92) ; « Si la syphilis causait autant de ravages que le sida et terrorisait pareillement les pédérastes de la fin du XIXe siècle, des adolescents n’auraient certes pas enfilé de capotes pour jouer à touche-pipi ! » (Essobal Lenoir, « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010), p. 97) ; « Continuons de jouer ! Ce que c’est beau, ce que nous jouons. » (Dorian après avoir assassiné son amant Basile, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Petra et elle s’étaient écartées l’une de l’autre et se tenaient à présent face à face sur le canapé, comme si elles s’apprêtaient à entamer un match de boxe ou un jeu de ficelle. » (Jane, l’héroïne lesbienne en couple avec Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 54) ; « Anna vient ici de temps en temps. Elle habite dans l’appartement d’en face depuis toujours. Le cimetière était son terrain de jeu. » (idem, p. 204) ; « Quand je pense qu’il y a quatre millions de chômeurs… et moi qui fais du yoyo… » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Sidney, l’héroïne lesbienne, oute tous les présentateurs-télé et se moquent de ses concurrents du monde médiatique : c’est son jeu. Cela va se retourner contre elle puisque sa grande rivale, Truddy, qui se fait passer pour son assistante, échafaude un terrible plan de vengeance et de ridiculisation qu’elle finit par dévoiler : « Alors comme ça, je ne sais pas jouer ? […] Moi, je ne sais pas jouer. Mais j’ai su te réduire en poussière rien qu’en jouant. » Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Rinn, l’une des héroïnes lesbiennes, force son amie Suki à l’embrasser sur la bouche, par jeu et « pour s’entraîner ». Cela finit mal car elles sont surprises par Juna et Kanojo. Suki est inanimée suite au baiser.
 

Film "L'Inconnu du Nord-Express" d'Alfred Hitchcock

Film « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock


 

Le jeu auquel jouaient les héros vire inexplicablement au cauchemar. Par exemple, dans le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon, la guerre que se livrent « pour de rire » (comme dit Catherine) les neuf protagonistes féminines tourne au drame quand le père finit par se suicider pour de vrai à la fin. Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire, le criminel, semble toujours jouer même quand il frappe mortellement… et d’ailleurs, la cible humaine qui lui vaudra la condamnation à l’échafaud, c’est un joueur d’argent ! Dans « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1986) de Pedro Almodóvar, Antonio (Antonio Banderas interprétant le rôle d’un psychopathe homo ultra possessif, prêt à tuer par amour) joue au tir à la carabine dans une fête foraine, et annonce déjà son dramatique passage à l’action. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, le délire travesti des deux meilleurs amis Matthieu et Franck, ainsi que la fête avec la mère, annonce l’accident de voiture où Matthieu va mourir tragiquement. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, le tour de manège se transforme en piège mortel pour tous les jeunes passagers à bord. Dans le vidéo-clip de la chanson « Kelly Watch The Stars » du groupe AIR, Kelly, jouant un match de ping-pong de compétition, reçoit une balle dans la tempe et se retrouve momentanément dans le coma. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, la bataille de boule de neige, en apparence inoffensive et enfantine, va virer à la guerre mortelle puisque Paul reçoit à la poitrine une pierre dissimulée dans une boule de neige (Dargelos, son amant-ennemi, lui a fait ce joli coup fourré), et perd connaissance ; et à la fin du film, on retrouve cette idée de jeu mortel quand Paul est étendu mort sur la table de billard (tout un symbole !), et que sa sœur Élisabeth le veille. Dans le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, Philippe filme des jeunes en train de jouer aux jeux vidéo avec arme dans un salon public. Dans le film « Action ou Vérité » (1994) de François Ozon, le jeu et les rires cessent immédiatement dès que Rose sort sa main ensanglantée du sexe de sa copine Hélène qui a ses règles. Dans la séquence 12 des didascalies de la pièce Sallinger (1977) de Bernard-Marie Koltès, le personnage du Rouquin se tire une balle en manipulant son arme à feu comme un joujou. Dans le vidéo-clip de « Libertine » de Mylène Farmer, Libertine, frappée violemment à la tête par une bouteille de vin rouge, s’écroule sur une table de poker. Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, c’est toujours à travers un jeu-mensonge, qui va de plus en plus loin (d’abord le béret, ensuite l’Action-Vérité, ensuite le foot, la danse, puis la bagarre), que l’illusion du changement de sexe se fait plus concrète dans l’esprit de Laure, une adolescente qui se prend pour un mec et qui essaie de faire croire à son entourage qu’elle est un garçon ; la violence de cet éloignement du Réel par le jeu de rôle n’apparaît qu’à la fin, quand l’héroïne est obligée de dévoiler sa véritable identité à la face du monde et d’affronter sa propre haine de soi (haine de soi qu’elle faisait passer pour un « jeu sérieux »). Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homo, est invité à jouer aux échecs avec l’homme dont il est amoureux, Dick, et qui est nu dans sa baignoire. Cette partie nourrit un quiproquo qui conduit Tom a tué Dick un peu plus tard dans l’intrigue.
 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa, la jolie prostituée, fait promettre au jeune Moustique qu’elle a dépucelé de jouer à un jeu jusqu’au bout. Ce dernier promet avant de savoir quelle en est la teneur : « À quoi on joue ? » demande-t-il, excité. Il déchante quand elle lui demande de lui enfoncer dans le ventre un gros couteau de cuisine : « Tu vois ce couteau ? Tu vas me l’enfoncer dans le ventre. C’est pour avoir une chance. Une chance sur deux. » Par « amour », il va obéir à sa demande. Mais, pris de remord, Moustique se jettera dans les bras de la prostituée nommée « Quarante », comme si c’était lui qui avait reçu le coup de couteau : « Pourquoi elle m’a fait ça, Quarante ? »

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael, le héros homosexuel, force tous ses invités gays à jouer, en fin de soirée bien arrosée et pendant un orage, à un jeu dangereux et diabolique : « Mais tu tombes bien. On allait justement faire un petit jeu… » annonce-t-il à Alan, le héros hétéro qui souhaitait prendre la poudre d’escampette. « Écoutez tous. On va jouer ! » Harold, son colocataire, le voit venir puisqu’il lui demande cyniquement : « Le Jeu de la vérité’ ? Ou bien ‘Meurtre’ ? Vous vous souvenez de ce jeu ? Deux jeux identiques. Dans les deux cas, on tue quelqu’un. » Michael met en place un jeu machiavélique qui vise à ce que chacun des convives appelle par téléphone son plus grand amour homosexuel et s’avoue tout seul la vanité de l’amour homosexuel et de l’amour/de la vie en général (« On est tous acteurs de nos vies. Certains restent sur le bas côté. » dit-il laconiquement). Notre maître de cérémonie machiavélique fixe les règles du jeu lui-même : il crée un système de points, régressif si les candidat ne vont pas jusqu’au bout de l’humiliation. Comme par hasard, lui et Harold seront les seuls à ne pas passer aux aveux. Ceci s’explique en partie par le fait qu’ils sont tous deux anciens amants ; et leur relation apparaît comme diaboliquement ascétique. Ils partagent le secret de leur auto-homophobie (pléonasme), de leur haine de soi et de leur misanthropie cynique. C’est pour cela qu’Harold ne mordra pas à l’hameçon des manigances de Michael : « Toi et moi on est pareils. On se ménage parce qu’on joue chacun très bien au jeu de l’autre. Je connais très bien ton jeu. J’y joue très bien. Toi aussi d’ailleurs. Mais tu sais, je suis meilleur que toi. Je te bats quand je veux. Alors, ne me provoque pas. Je te préviens. » Quand tous les invités seront partis, Michael s’effondra dans les bras de Donald, en pleurant amèrement sa tentative ludique de vengeance généralisée.

 

Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, la jeune Sigrid essaie de « s’amuser » avec sa partenaire amoureuse, Helena, beaucoup plus âgée qu’elle… et ce jeu aboutira au suicide de la seconde. Maria, qui doit interpréter le rôle d’Helena au théâtre, sombre aussi dans un jeu malsain avec son assistante Valentine car elle transpose sur leur relation réelle l’union fictionnelle déséquilibrée entre Helena et Sigrid. Par ailleurs, les deux femmes tirent des jeux ce qu’il y a de plus malsain : elles se rendent au casino pour jouer à des jeux d’argent, finissent par se séparer parce que leur jeu de lectures tourne à la séparation définitive.

 
 

e) Jeu-viol :

En réalité, le jeu dont il est question dans les œuvres homosexuelles est très souvent réductible au viol et à la guerre. D’abord le viol en tant que fantasme et peur infondée de la sexualité.

 

Par exemple, dans la pièce Un petit jeu sans conséquence (2012) de Jean Dell et Gérard Sibleyras, Patrick, l’unique héros homosexuel de l’histoire, très fan des jeux de plage, a provoqué un jeu qui devient sérieux et dramatique : il sépare le couple pourtant très solide Bruno/Claire en faisant circuler un ragot infondé à leur sujet. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Zook fait mine de suggérer un tournage de fist-fucking en proposant à son pote Jenko de jouer aux jeux-vidéo. Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus met en scène un jeu télévisé fictif, Qui nique qui ?, où le principe est de générer et d’illustrer le racisme entre les peuples. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, les amants entre eux soit trichent (« Là, vous ne respectez pas les règles du jeu. » dit Jacques en s’adressant à Arthur) soit se font mal quand ils « jouent » : (« J’aime bien ce jeu. » dit Jean-Marie en frappant Jacques à la poitrine, au visage, puis le brûlant au visage avec son briquet). Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas et François, les deux amants, reviennent de la « Soirée Mousse » organisée par leur ami Paul complètement bourrés : ils portent encore chacun sur le front le post-it du jeu auquel ils ont participé, et essaient de deviner quel personnage célèbre ils incarnent. À un moment, le jeu tourne mal puisque François porte le post-it « Adolf Hitler ». Thomas a tout le mal du monde à lui faire deviner qui il est : « Je suis une personne d’origine allemande. Et je porte des bottes en cuir. » François, sans le vouloir, confond le Führer et le couturier allemand homo Karl Lagerfeld : « Oh nan, pas lui ! Pas Karl Lagerfeld ! »

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola trompe sa copine Vera d’un commun accord avec Nina. Leur trio diabolique s’organise autour des manigances de Lola et Vera. « Ce petit jeu a l’air de vous amuser. Alors moi aussi je m’amuse. Comme ça, tout le monde s’amuse ! » (Nina s’adressant à Vera et Lola) ; « Nous allons lui jouer un feu d’artifices, le bouquet final. » (Vera s’adressant ironiquement à Lola par rapport à Nina) ; etc. Nina finit par craquer au bout de deux ans d’aventure « extraconjugale » avec Lola : « À quoi vous jouez ? » (Nina s’adressant à Lola et Vera) ; « J’en ai assez de votre petit jeu. C’est malsain. En réalité, je suis qu’un jouet pour vous. » ; « C’est votre jeu. C’est pas le mien. C’est un jeu dont je ne connais pas les règles. » Le goût du jeu méchant semble être né dans le cœur de la méchante Vera à cause de sa grand-mère : « Quand j’étais petite, ma grand-mère avait inventé une enfant virtuelle, Olivia [qu’elle pouvait gâter et féliciter à l’envie quand moi je n’étais pas sage, pour me servir de leçon] Qu’est-ce que je détestais Olivia… J’ai fini par détester ma grand-mère aussi. Quand elle est morte, je n’ai eu aucun chagrin. »
 

Le jeu amoureux humain perçu comme un viol peut être simplement le fruit de l’imaginaire du héros homosexuel, ou bien le signe chez lui d’élans incestueux et jaloux mal digérés : « Anna et lui [Sir Philip, son mari] se mettaient à causer et à s’amuser, ignorant Stephen [leur fille lesbienne], inventant, comme deux enfants, d’absurdes petits jeux auxquels ne prenait pas toujours part celle qui était l’enfant véritable. Stephen s’asseyait et observait en silence, mais son cœur était la proie des plus étranges émotions, émotions qu’un petit être de sept ans n’est pas fait pour affronter et auxquelles il ne peut donner de noms précis. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 49)

 

Dès le début du film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, joue à la Gameboy dans la voiture de son père, et parle à sa console : « Putain, me lâche pas ! ». La relation amoureuse qu’il entame avec Nathan est fondée console. C’est en lui expliquant comment y jouer que Nathan initie implicitement Jonas à l’homosexualité : « Maintenant que t’as pigé le truc, le but, c’est de ne jamais s’arrêter. Jamais. » En guise de déclaration d’amour, Nathan offre sa Gameboy à son amant Jonas, au moment où ils sont au cinéma. Jonas est très touché mais gêné aussi : « On va pas jouer maintenant. » La passion de Jonas pour son jeu-vidéo – et finalement pour l’homosexualité – vire tellement à l’obsession que c’est à cause de sa Gameboy qu’il ne vient pas en aide à son amant lui suppliant de lui ouvrir la porte de la voiture où il s’est enfermé, alors que Nathan va se faire tuer. Dix-huit ans tard, à l’âge adulte, Jonas est carrément identifié à sa console, et se fait appeler « Gameboy » par Léonard, le frère de Nathan. Pour le provoquer, et alors même qu’il sent un regard de désir de la part de Jonas posé sur lui, Nathan, sur sa bouée dans la piscine, balance exprès la Gameboy à l’eau. Jonas plonge pour la récupérer. À la fin du film, comme un ultime hommage funèbre, Jonas dépose sur le lit de Nathan la console, symbole de leur amour impossible.
 

 

Mais le « jeu » figuré dans les fictions homo-érotiques se réfère surtout au fantasme actualisé de possession de l’autre, au fantasme actualisé de possession de soi (= masturbation), au viol, à l’inceste, à la prostitution. Le héros homosexuel veut conquérir l’amant au point de faire de lui un jouet/devenir son jouet, de rentrer avec lui dans des jeux amoureux destructeurs, des liaisons dangereuses : « Quentin n’a fait que jouer avec vous. » (Lucie parlant à Jules de son ex-copain à lui, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Je m’y connais quand même pas mal en jeu. Je touche ma bite… euh… je touche ma bille. » (Bernard, le héros homosexuel de la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Ça nous laisse quelques minutes pour jouer. » (le client Monsieur Chateigner à son garçon d’hôtel Anthony, qu’il maltraite avec des jeux sadomasochistes, dans le film « Consentement » (2012) de Cyril Legann) ; « Et elle voyait Paul couché sur un billard. Dans son rêve, le billard s’appelait ‘Le morne’. » (Elisabeth face à son frère avec qui elle a vécu l’inceste, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville) ; « Frapper à cette porte pour ressusciter la voix de la mère. Imaginer qu’elle allait enfin se réveiller. Enfin répondre. Parler au petit frère […] qui, chaque soir, voulait qu’on recommençât le jeu : ‘Adi, tu me serres très fort dans tes bras ? » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 41) ; « Je t’amène là où je veux. J’ai toutes les cartes du jeu. » (cf. la chanson « Chatte » du groupe travesti M to F Mauvais Genre) ; « Cette fille, Virginie, violée sur la place, et bien c’est moi. […] J’ai toujours été un peu joueuse avec les touristes… » (Léa dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « À quoi tu joues ? » (Hennis s’adressant à son amant Jack qui va le sodomiser par surprise sous la tente, dans le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee) ; « I want a bad girl, to come and play with me… » (cf. la chanson « Bad Girl » de Mylène Farmer, en référence à la prostitution) ; « Gardons l’innocence et l’insouciance de nos jeux d’antan, troublants. » (cf. la chanson « Regrets » de Mylène Farmer) ; « Ai-je jamais été innocent ? Si je l’ai jamais été, c’est parti très vite. Très vite, je crois avoir compris les jeux des grands, leurs enjeux, leurs discussions murmurées, leurs sous-entendus, leurs lâchetés, leurs espérances. Très vite, je n’ai plus été dupe. J’ai perdu ça : la naïveté, la fraicheur, l’inconscience. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 24) ; « Je veux vous dire que, lorsque je déclare que ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes, je signale simplement que, dans une relation amoureuse, souvent, il en est un qui donne et l’autre qui prend, un qui s’offre et l’autre qui choisit, un qui s’expose et l’autre qui se protège, un qui souffrira et l’autre qui s’en sortira. C’est un jeu cruel parce qu’il est pipé. C’est un jeu dangereux parce que quelqu’un perd obligatoirement. » (la figure de Marcel Proust à son jeune amant Vincent, op. cit., pp. 164-165) ; « Moi, je ne suis que ton pion. » (Jack à son amant Paul, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) ; « Il est terrible, ce jeu, Khalid. Tu es impitoyable. » (Omar, le héros homosexuel qui tuera son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 111) ; « Un autre jeu, entre nous, allait commencer. Mais ce n’était pas vraiment un jeu. Nous avons vite compris que dans la forêt les jeux n’avaient pas le même sens ni le même goût qu’ailleurs. » (idem, p. 137) ; « Et si on changeait de noms ? Je veux dire échanger nos prénoms, juste nos prénoms… […] On ferme les yeux dix secondes. Après, chacun de nous deux sera l’autre. JE deviendrai toi, TU deviendras moi. » (idem, p. 138) ; « Le combat, pour de faux, pour de vrai, a repris. La transformation aussi. L’échange de prénoms. Un film de science-fiction marocain. » (idem, p. 140) ; « C’est un jeu. Pourquoi vous ne jouez pas avec moi ? » (Dr Apsey parlant à son patient homosexuel Frank à qui il essaie de faire avaler des pilules pour le transformer en hétéro, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Elle me répète qu’elle m’aime et je joue avec elle comme un petit animal effrayé. Ses baisers me donnent la nausée. La manière dont elle s’est jetée dans mon lit, dont elle s’est couchée contre moi, sans que je lui demande rien, me dégoûte. […] Son insouciance, sa beauté me répugnent. » (Heinrich parlant de Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 65) ; « J’ai toujours pensé que comme j’étais une pédé passif, alors je pouvais être un femme belle et désirette, c’est dans moi, comme jouer à la poupée quand j’étais enfant, essayer les robes de ma mother quand j’étais teen et sucer des bites maintenant, quoi ! » (Cody, le héros homosexuel nord-américain hyper efféminé, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 92) ; etc.

 

Docu-fiction "Greek Pete" d'Andrew Haigh

Documentaire « Greek Pete » d’Andrew Haigh


 

Par exemple, dans la chanson « Une Fée, c’est… » de Mylène Farmer, l’allusion à la masturbation ne laisse aucun doute quand la chanteuse dit « Jeux de mains, jeux de M… Émoi. » Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Olivier, l’un des héros homos, dit qu’il s’est déjà prostitué : « Ça m’excitait d’être un jouet sexuel. » Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Léopold, avant de sauter sur le jeune Franz et de coucher avec lui, lui propose de jouer à un jeu de pions : « On joue à quelque chose ? Aux petits chevaux peut-être ? C’est dans le jeu qu’on apprend le mieux à connaître les gens. » Peu à peu, le spectateur découvre que, derrière ses apparences séductrices et aimantes, ce jeu est diabolique : Léopold compose trois fois de suite un « 6 » au dé.

 

Chez Jean Cocteau, le mot « jeu » remplace presque toujours celui de « sexe » ou de « viol » : par exemple, lorsque Paul déclare dans le roman Les Enfants terribles (1929) qu’« il s’est trop habitué à jouer seul » au moment où sa sœur lui propose de « jouer au jeu » avec elle, l’allusion à la masturbation et à l’inceste est explicite ! Dans le roman Querelle de Brest (1947) de Jean Genet, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi, ou encore dans la chanson « Porno graphique » de Mylène Farmer, le passage au viol est anticipé par le jeu de dés pour savoir « qui va enculer qui ». Dans le film « Dans la ville blanche » (1983) d’Alain Tanner, le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, ou encore dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, le billard est filmé comme le préambule de la sodomie et du viol homosexuels. Dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), l’humoriste Raphaël Beaumont propose aux gens de son public un jeu pour découvrir s’ils sont des violeurs idéaux, façon QCM de plage : « Quel genre de psychopathe êtes-vous ? » Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, la Tonka joue la prostituée… et est prise à son propre jeu : elle se fait violer pour de vrai par Volker. Dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le jeu annonce le viol pédophile : Neil, le jeune héros homosexuel, a été couvert de cadeaux et de jeux vidéo par son entraîneur de sport, avant de se déclarer homosexuel à l’âge adulte. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la relation amoureuse fusionnelle entre Kévin et Bryan s’annonce comme un jeu de cartes, celui de la bataille. Au moment où ils vont faire l’amour ensemble, Kévin « dit sur un ton catégorique [à Bryan] : ‘On va jouer à un jeu : la bataille. T’as un jeu de cartes ? » (p. 120) ; « ‘J’aime bien jouer avec toi’, dit-il, avec ce sourire qui en disait long sur ce qu’il pensait. » (p. 123) Et lorsque Bryan le remercie de lui avoir changer sa vision du monde et de lui avoir appris l’amour, celui-ci ironise en lui répondant : « Je t’ai appris à jouer aux cartes ! » (p. 390) Leur jeu aura une issue fatale pour chacun des deux… « Jouer » n’est pas nécessairement « aimer ».

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’homosexualité ludique :

Cf. je vous renvoie au code « Humour-poignard », à la partie « Travestissement » du code « Substitut d’identité », à la partie « Carte » du code « Inversion », et à la partie « Bilboquet » du code « Parodies de Mômes », de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

On peut difficilement dire que dans la vie, les personnes homosexuelles ne sont pas joueuses (Après, la différence se fait dans la catégorie de jeux qu’elles aiment, qui sont souvent des divertissements qui éloignent du Réel : travestissement, jeux solitaires, jeux virtuels ou en réseau, jeux de rôles, jeux d’argent, rituels de cour, etc.) Par exemple, Vanessa Selbst, lesbienne, est joueuse de poker aux États-Unis. Le célèbre Youtubeur Julien Dachaud alias Newtiteuf a fait son coming out en janvier 2017. Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, Luca, l’un des deux membres du couple homo portraituré, lave ses innombrables figurines de jouets dans une bassine. Je me suis rendu à l’exposition Des jouets et des hommes (2011-2012) au Grand Palais de Paris, et j’y ai trouvé (notamment dans les mises en scène vidéo qui étaient projetées sur des écrans) une ambiance très homo-érotique. Il existe même des Gay Games (Jeux Olympiques spécifiquement réservés aux personnes homosexuelles) !

 

Certaines personnes homosexuelles se définissent elles-mêmes par le jeu, ou comme des jouets : « Tel un jeu de Yo-Yo, je désespérais et reprenais courage en face de ce mal de vivre. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 57) Par exemple, dans son premier film « Pêche mon Petit Poney » (2012), le réalisateur Thomas Riera se penche sur la genèse de la découverte de l’homosexualité et sur la question du genre dans le monde du jouet d’enfant.

 

Beaucoup d’entre elles, depuis leur plus tendre enfance, vouent un culte à la légèreté et à la fantaisie du jeu : « Notre maison regorgeait de livres, des jeux de société, ainsi que des décorations militaires qui peuplaient le salon. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 18) ; « J’avais six ans à peine et j’étais autant fasciné par les jeux de la fête foraine auxquels je pouvais participer que par la présence autour de moi de ces adultes habillés à la mode. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), pp. 23-24) ; « Sur ma lancée d’organisateur de jeux pour le quartier, je pris en charge les fêtes de la Saint-Jean. J’avais tout juste treize ans. Je montai une comédie musicale avec mes camarades, abusant du play-back. C’était le début du disco et je me trémoussais avec enthousiasme durant le spectacle, incarnant… des chanteuses. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), pp. 29-30)

 

Par exemple, le dramaturge argentin homosexuel Copi était très attaché à sa grand-mère maternelle, Salvadora Medina Onrubia, et dans sa jeunesse, il passait ses dimanches à jouer à la canasta avec elle et ses amies de 80 ans.

 

Je connais dans mon entourage des amis homosexuels qui adorent se rendre dans les grands salons de jeux, qui aiment beaucoup les jeux en ligne sur Internet et les jeux d’argent. J’ai notamment parmi eux un pote (pourtant le plus âgé de ma bande d’amis d’Angers) dont le salon ressemble à une vraie salle de jeux, avec des figurines de Schtroumpfs partout, des petits casse-tête, des revues de mots-croisés, des peluches de héros de dessins animés, des gadgets en tout genre. Et c’est toujours un plaisir de se retrouver chez lui, car on rigole bien. L’ennui et le vide y sont vraiment bannis !

 

Étant petit, j’étais moi-même très joueur. Sur la cour de récré, les jeux du loup-chaîne, de la balle au prisonnier, de 1, 2, 3 Soleil, de l’Épervier, me fascinaient ; et à la maison, tous les jeux de société où il y avait des cartes et un plateau – ça allait de la Bonne Paye et du Cluedo, en passant par le Trivial Poursuit et les Jeux de 7 familles – occupaient tellement mon imaginaire qu’il m’arrivait d’en fabriquer « maison ». J’aimais réaliser des jeux de société. Ma conception du « jeu » était néanmoins très particulière. Ce n’était pas les jeux où intervenaient le corps ou le collectif (les sports en groupe ou demandant un effort physique, très peu pour moi…). Il s’agissait plutôt de jeux m’entraînant dans le dessin, l’illustration, la rêverie, l’imaginaire asexué, la fantaisie solitaire, la misanthropie cachée (car personne sauf moi, en réalité, ne pouvait jouer à mes jeux…).

 

Au fond, les personnes homosexuelles, malgré les apparences, ne sont pas si joueuses que cela. C’est le vrai jeu, celui qui nous aide à nous confronter aux autres, au Réel, et à aimer notre société, que la plupart d’entre elles connaissent mal et fuient (cf. je vous renvoie au code « Différences culturelles » et à la partie « Foot » du code « Solitude » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.) : « Une véritable peur de la vie résulta de sa façon de nous élever, mon frère et moi. […] Au début de ma tendre enfance, je n’ai été privé que d’une chose : jouer avec d’autres enfants. Ma mère prétendait que j’avais une santé fragile et me gardait constamment auprès d’elle. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 76) ; « Je me souviens que je restais toujours près d’elle [ma mère] sur l’herbe. J’étais rassuré. J’étais spectateur, je regardais les autres jouer au loin. J’étais hors jeu. » (Brahim Naït-Balk, entraîneur homosexuel du Paris Foot Gay, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), p. 17)

 
 

b) Jeu en tant que fuite du Réel :

Film "Homme au bain" de Christophe Honoré

Film « Homme au bain » de Christophe Honoré


 

Le jeu que se choisissent les individus homosexuels s’oriente surtout vers l’irréalité. Jadis le Minitel, actuellement Internet, occupent une place prépondérante dans leur vie : cf. le documentaire « Baby You’re Frozen » (2012) de Sadie Lune et Kay Garnellen. Et quoi qu’on en dise, cette lubie virtuelle est plus encouragée par le désir homosexuel que par des désirs non-homosexuels : « Les femmes et les hommes homo-bisexuel-le-s rencontrent plus fréquemment des partenaires par Internet que les femmes et les hommes hétérosexuel-le-s : 24,5% des femmes homo-bisexuelles et 41,6% des hommes déclarent ainsi avoir déjà eu un partenaire rencontré par Internet contre 2,7% et 4,3% chez les femmes et hommes hétérosexuels. » (Nathalie Bajos et Michel Bozon, Enquête sur la sexualité en France (2008), p. 253)

 

Internet est devenu en quelques années l’interface de rencontres privilégié par les personnes homosexuelles pour rentrer en contact, « s’aimer » entre elles, jouer avec leurs bons sentiments et leurs projections sentimentales… souvent à leurs risques et périls : « Les paroles de ces hommes qui exprimaient la même sensibilité que la mienne m’aidaient à mieux rêver du grand amour, alors que la réalité sexuelle m’avait tellement déçu. » (Brahim Naït-Balk parlant de son expérience des sites de rencontres, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), pp. 45-46)

 

Beaucoup d’individus homosexuels passent le plus clair de leur temps devant les ordinateurs ou les I-phone (j’ai eu ma période « site de rencontres Internet », où je n’arrivais pas à me déscotcher de mon écran pendant des jours et des jours… donc je sais de quoi je parle !). Il existe un lien étroit entre homosexualité et mondes « ludiques » virtuels. Pour la petite histoire, c’est amusant de voir que l’acteur Jim Parsons, l’inoubliable geek de la série The Big Bang Theory (2007) de Chuck Lorre et Bill Prady, a fait récemment son coming out.

 

Certaines œuvres artistiques homosexuelles actuelles sont fortement influencées par les jeux vidéo : on peut penser aux tableaux de Thierry Brunello, aux films d’Arnault Labaronne ou de Pascal-Alex Vincent, aux vidéo-clips de Peter Kitsch ou George Michael, etc. Maintenant, il existe même des jeux vidéo (par exemple le jeu Mass Effect 3) mettant en scène des personnages homos virtuels.

 

Les personnes homosexuelles confondent tellement la fiction avec le Réel que beaucoup d’entre elles entretiennent avec le monde ludique ou Internet un rapport idolâtre d’attraction-répulsion : à la fois elles les célèbrent comme le summum de l’orgasme humoristico-politique-artistique (« Jouer avec Copi c’était militer pour le pur plaisir. Ça tenait des jeux d’enfants. » affirme Myriam Mezières dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 71), et elles les diabolisent comme le pire des mirages étant donné qu’ils n’arrivent pas à concrétiser tous les fantasmes. Combien, en effet, conspuent par exemple Facebook et les mondes virtuels (… parce qu’en réalité ils y sont trop dépendants et qu’ils en font un mauvais usage)!

 
 

c) Jeu-schizophrénie :

Certaines personnes homosexuelles, en ne distinguant plus la fiction de la Réalité, personnage et personne, rôle (de théâtre) et action (dans la vie), ou bien en confondant sincérité et Vérité, se comportent en acteurs schizophrènes qui ne s’éprouvent pas jouer, en menteurs qui ne comprennent pas pourquoi leur jeu devient parfois soudainement si sérieux et si violent : « J’aime tricher, jouer, tout avoir sans faire de choix. Et alors ? » (Catherine, femme lesbienne, dans l’autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, p. 175) ; « Paradoxal et rare, il pouvait ‘faire l’acteur’ sans se sentir Acteur. » (Jorge Lavelli à propos du dramaturge Copi, dans la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, p. 32) ; « J’étais en adoration devant un animateur d’Europe 1, Jean-Louis Lafont, dont la voix et l’allure d’éternel adolescent me ravissaient. Je collectionnais les autocollants avec sa photo et passais tout mon argent de poche en achat de 45 tours. Europe 1 réalisait certaines de ses émissions en direct dans différentes villes de France, le fameux ‘Podium’. En prévision de son passage dans notre région, je me préparais donc à cet événement en endossant le rôle de sa femme imaginaire dans mes jeux. J’avais choisi un prénom de fée : je m’appelais Viviane Lafont. Je n’avais aucune envie de me transformer en femme. Mais, si je veux jouer avec le prénom d’enchanteresse que j’avais choisi, j’espérais qu’un petit miracle allait se produire et me rétablir dans la normalité environnante. Car j’avais très vite saisi que seule une femme avait le droit d’être attirée par les garçons. Si, par magie, je me réveillais un beau matin en fille, tout serait rentré dans l’ordre. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 29) ; « Je rejoignais Amélie. L’un de mes jeux préférés consistait à la maquiller, l’affubler de rouge à lèvres et de tout un tas de poudres différentes. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 105) ; etc.

 

Par exemple, suite au scandale de son irrévérencieuse pièce Les Mariés de la Tour Eiffel (1921), Jean Cocteau raconte qu’il n’a pas maîtrisé son jeu de provocation : « J’attaquais tout. C’était un jeu. Nous nous amusions. Ce n’était pas une œuvre d’attaque. Peut-être que dans ce jeu mettions-nous encore plus de nous-mêmes que dans les œuvres de gravité fausse. Un poète se doit d’être un homme très grave et, par politesse, d’avoir un air léger. Souvent hélas, le poète est un homme léger qui prend l’air grave. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky)

 

Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la Reine Christine, pseudo « lesbienne », s’amuse avec Ebba, sa dame de compagnie. Elles s’embrassent sur la bouche tout en simulant un cache-cache déguisé et masqué : « Vos jeux sont dénués de calcul et de jalousie. » (la voix-off s’adressant à la Reine Christine) Mais très vite, l’entourage royal va voir d’un très mauvais œil ces galipettes qu’il qualifie de « jeux malsains ». À la fin, même la voix-off finit par mettre en garde son héroïne : « Tu participes à un jeu dangereux en te dissimulant derrière un nouveau masque. » (idem)
 

Tout porte à croire que le « jeu » mis en place par certaines personnes homosexuelles – une machinerie dénuée de conscience – soit l’expression refoulée d’un narcissisme d’auto-destruction qui s’ignore, d’une schizophrénie : cf. l’autoportrait de Claude Cahun et Moore (= Suzanne Malherbe) déguisées en Valet de Cœur et en Roi de Pique pour l’essai Aveux non avenus, planche VII (1929-1930) de Claude Cahun, l’essai Jeux uraniens (1915) de Claude Cahun (qui sont des méditations sur le narcissisme et les « amours-amitiés » homosexuelles), etc. « Tu penseras au poète grec d’Alexandrie. À celui qui a su raconter comment un miroir est tombé amoureux du coursier qui s’est regardé par hasard en lui. Un jour, un soldat grec se regardera dans ton miroir qui, comme celui du poète, tombera amoureux de lui. Qui pourra te reprocher de jouer aux miroirs ? » (la grand-mère à son petit-fils Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier, Folies-fantômes (1997), p. 160) ; « C’était cela, la vérité. Mon corps réel. Il fallait changer. Le changer. Revenir au jour du départ et de l’arrivée. Maigrir. Absolument maigrir. Arrêter de manger. Jouer de nouveau, sans le savoir, avec la mort. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 63)

 

Le jeu que certains individus homosexuels défendent cache un désir de devenir quelqu’un d’autre que soi, ou bien un objet : « Pour les grandes occasions, Noël, ma fête et mon anniversaire, on m’achetait des jouets de fille, des poupées notamment, dont j’ai eu un véritable harem. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 63) ; « Lorsque j’avais de cinq à sept ans environ, j’échangeais souvent mes jouets de garçon contre des poupées et je jouais beaucoup avec elles. » (un patient homosexuel cité dans l’article « Le complexe de féminité chez l’homme » (1930) de Félix Boehm) ; etc.

 

Par exemple, lors de sa conférence La Société de l’anticipation à l’INHA, le 31 octobre 2011, Éric Sadin parlait d’un de ses amis gay lui montrant l’application I-Phone Grindr : « Il y a un rapport corporel à la technique : Corps et technique entretiennent des rapports de plus en plus intimes, d’assistanat. »

 

D’ailleurs, le « Je est un autre » de Rimbaud (cf. extrait d’une lettre d’Arthur Rimbaud à son ami Paul Demeny, datée du 15 mai 1871), ressemblant phoniquement à un « jeu est un autre », renvoie aussi à la corrélation entre jeu et schizophrénie homosexuelle. « Je me faisais toujours gronder pour les jeux turbulents voire dangereux que j’inventais : bataille de feuilles, courses sur les pierres, combat de boxe… […] S’il fallait grandir, je voulais garder le goût de l’aventure, le plaisir du jeu. Un peu comme un homme, me disais-je. » (cf. l’article « Tom Boy à l’affiche » d’Isabelle, qui souhaitait dès son plus jeune âge devenir un garçon) Quand on demande à la photographe lesbienne Claude Cahun quels ont été les moments les plus heureux de sa vie, elle répond : « Le rêve. Imaginer que je suis autre. Me jouer mon rôle préféré. »

 

Beaucoup de critiques gay friendly actuels trouvent à la schizophrénie de certains créateurs homosexuels (objectivement de mauvaise qualité artistiquement et littérairement parlant) la dimension ludique et drolatique qui lui servira de paravent : « Bizarre ? Vous avez dit bizarre ? Le jeu, toujours désarçonnant, relève ici de la provocation surréaliste. Une sorte de facétie pirandellienne (l’acteur à la recherche d’une identité) en forme de clownerie onirique. Telle est la nature de Copi, et son humour : bariolé et dérangeant. Avec, au cœur, une angoisse d’enfant perdu. Une gentillesse portée sur la mort et l’érotisme, Eros et Thanatos, étroitement liés. » (cf. l’article « La Nuit de Madame Lucienne : Exercices de style » de Pierre Marcabru, dans le journal Le Figaro, le 23 mars 1986)

 
 

d) Jeu virant accidentellement au drame :

Cf. je vous renvoie aux codes « Humour-poignard », « Passion pour les catastrophes » et « Chevauchement de la fiction sur la Réalité » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Mais une fois transposé dans le Réel, dans l’Humanité vivante et dans des enjeux concrets de société, le désir ludique homosexuel, pourtant intellectuellement et sentimentalement séduisant, fait beaucoup moins rire, puisque la vie n’est pas qu’un jeu, et les êtres humains, notamment les enfants, ne sont pas des pions sur un échiquier.

 

C’est exactement ce que décrit Jean-Paul Sartre quand il parle des Bonnes (1947) de Jean Genet : « À leurs propres yeux, ce n’est qu’un jeu. Mais qu’une tache souille la robe, qu’une cendre la brûle, l’usage imaginaire s’achève en consommation réelle : elles emporteront la robe roulée en boule, elles la détruiront : les voilà voleuses. Genet passe avec la même fatalité du jeu au vol. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet, comédien et martyr (1952), p. 21)

 

Le motif de l’accident, très courant dans la fantasmagorie homosexuelle, illustre parfaitement ce possible glissement inconsciemment désiré du mythe « humoristique » à la réalité fantasmée. Le passage brutal du rire à l’incident dramatique, de l’humour pris au sérieux par des personnages qui ne savent plus arrêter leur blague à rallonge, du revirement inattendu entre le « jeu » et le viol, nous est fréquemment présenté. À ce propos, Jean Cocteau, en évoquant l’inceste dans Les Enfants terribles (1929), parle du « jeu » pour ne pas parler du viol : « Pour moi, c’était si loin du sexe, ce que j’appelle le ‘jeu’ des Enfants terribles… D’ailleurs, j’évite d’expliquer ce jeu. On ne touche pas à ces choses-là avec des mains d’homme. » (cf. le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky) ; « J’ai décidé d’organiser mon quotidien avec les cartes. Ce qui a commencé comme un jeu est devenu un cauchemar. » (Bertrand Bonello dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; etc. Il n’est pas anodin que les viols cinématographiques aient quelquefois lieu pendant des soirs de carnaval, après des parties de dés ou de cartes.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître (… et pourtant, cela prouve bien qu’on nous fait rentrer dans le monde de l’expérimentalisme de l’apprenti sorcier !), le motif du jeu apparaît dans le discours de certains promoteurs de la loi sur le « mariage pour tous ceux qui le désirent » et de l’homoparentalité, par exemple (et de tout ce qui s’en suit : présomption de paternité, PMA, agrément d’adoption, GPA, etc.) : « Il y a un potentiel de jeux de rôles qui se développe dans les familles homoparentales. » (Darren Rosenblum, professeur de droit ayant obtenu avec son copain une enfant par GPA, et s’exprimant lors de sa conférence sur « L’homoparentalité aux USA » à Sciences-Po Paris, le 7 décembre 2011) ; « Je sais qu’il y a des problèmes [par rapport à la loi sur le « mariage pour tous »]… Mais c’est au droit de régler le problème. Faisons preuve d’imagination juridique, culturelle, législative… » (Didier Éribon lors du « débat » au Sénat sur le mariage, le 11 septembre 2012) Dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy (diffusé dans l’émission Tel Quel, sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012) sont filmées quatre petites filles (dont l’une d’elle est élevée dans un couple de femmes lesbiennes) qui jouent au jeu de cartes du UNO. Un peu plus tard, dans ce même reportage, l’enfant (Zohia) obtenue via PMA par le couple de lesbiennes Florence et Olga est également présentée comme un enfant-joujou : « Nos mamans sont comme deux petites filles qui jouent à la poupée. » (la voix-off enjouée et émue, décrivant les deux « mères » pénétrant dans la chambre de la gamine).

 

À force de trop tirer sur la corde du jeu désincarné, elle finit par casser. Souvent, le jeu homosexuel qui s’éternise annonce comme une soumission ou un esclavage, porte en germe une violence et un élan de mort : « J’ai pris le vice de jouer. Quand j’ai écrit ‘Le Frigo’, je ne pensais pas à moi. Quand on écrit, on imagine le temps de telle action, comme on prend le couteau. » (le dramaturge argentin Copi, parlant de sa pièce lors de l’entretien « Copi : Le Théâtre exaltant » (1983) de Michel Cressole) ; « Si on ‘joue’, alors on est capable de tout jouer, l’homme, la femme, la vie, la mort. » (cf. l’article « L’Acteur, médian sexuel » (1973) de Jean Gillibert) ; « Jusqu’à quand je vais me mettre en jeu comme ça ? » (Jup, homme travesti obèse, avouant qu’il souffre de ne pas être pris au sérieux et du rôle d’« amuseur » public et de « monstre », et du « manque d’affection », dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

Par exemple, le danseur Vaslav Nijinski jouait compulsivement à la Bourse. Francis Bacon, fasciné par les jeux d’argent et les casinos, ne semble pas prendre conscience de la part de gravité et de Réel que peut engendrer l’addiction au jeu : « Pour moi, il n’y a pas de vrais risques dans le jeu. » (Francis Bacon dans le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton)

 

Tout l’essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005) de Philippe Muray traite de l’envahissement de la vie quotidienne par le « jeu à tout prix » pour tuer l’ennui, de la violence surgissant après la festivisation (bisexuelle) du monde : « La fête est la force motrice du monde post-historique. » (p. 26) ; « Le réel refoulé a fait retour, brièvement, dans le processus de festivisation générale. Là aussi, il s’agit d’un coup de réel éclatant dans le ciel bleu des jeux qui sont faits. » (idem, p. 161) Le coup de tonnerre du viol n’est pas loin…

 
 

e) Jeu-viol :

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 

En réalité, dès que le désir homosexuel est pratiqué sous forme de couple, le « jeu » vanté par les personnes homosexuelles s’actualise sous des formes diverses qui ont toutes un lien avec le viol : chantage, manipulation, infidélité, consommation sexuelle, mensonge, bras de fer, rapport de forces conjugaux où les amants jouent au chat et à la souris, volonté de posséder l’autre (= prostitution) ou de se posséder soi (= masturbation), inceste, etc. : « J’aime tricher, jouer, tout avoir sans faire de choix. Et alors ? » (Catherine, l’amant lesbienne de Paula Dumont, dans l’autobiographie de la seconde, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 175) ; « Les amants [homosexuels] sont des équilibristes qui se tiennent par la main, s’assistent mutuellement. C’est un jeu entre la vie et la mort du couple qui tient sur un fil. » (Christophe Aveline, L’Infidélité : La relation homosexuelle en question (2009), p. 55) ; « Deux boxeurs brésiliens pour moi tout seul. Des garçons de très bonne humeur, disposés à tous les jeux. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 155) ; « C’est pas forcément glauque, les baisodromes. Il peut y avoir un côté sympa. C’est facile. C’est un jeu, avec des rituels. Tu consommes, sur place, un mec différent tous les soirs. C’est la quantité qui choque. Mais ça ne laisse pas de trace. Quand j’ai rencontré Stéphane, il y a un an, je ne me sentais pas sale de tout ça. » (Emmanuel, un homme homosexuel de 33 ans, dans la revue Actualité des Religions, n°5, mai 1999, p. 38) ; « Mes premiers souvenirs d’excitation sexuelle remontent à ma cinquième année, bien que je n’en aie eu conscience qu’au cours des dix dernières : je vis un jour des garçons jouer avec les organes génitaux d’un chien et, une autre fois, ces mêmes garçons s’amuser avec leurs propres sexes. Lorsque mon tour arriva, j’éprouvai un vif sentiment de culpabilité à l’égard de ma mère qui arriva bientôt, sans, d’ailleurs, avoir eu connaissance de ce qui venait de se passer. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 76) ; « Dans son office où le père Basile me recevait les après-midi, il y avait non seulement de quoi manger et boire, mais également un piano où je m’amusais à jouer n’importe quoi et n’importe comment. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 35) ; « J’avais trouvé cette pratique agréable au même degré que lorsque tout petit ma nourrice s’amusait à faire de mes fesses et de mon sexe, son jouet favori. » (idem, p. 35) ; « Il fallait, à tout prix, que je me persuade, que j’étais l’homme au même titre que le père Basile ou mon initiateur et que, partant de ce principe, je pouvais jouer le rôle du preneur. » (idem, p. 119) ; « Mon cousin Bruno a demandé ‘On pourrait faire comme dans le film, les mêmes trucs.’ […] Ah ouais ça serait fendard, on se poilerait bien la gueule. Bruno a demandé où nous pourrions jouer à ce jeu, ‘le faire’, avant de proposer de rester dans le hangar. […] Mon cousin se rassurait et nous rassurait : ce n’était qu’un jeu auquel nous allions jouer, le temps d’un après-midi ‘On pourrait le faire juste comme ça, pour s’amuser.’ Il m’avait suggéré d’aller voler des bijoux à ma sœur aînée ‘Eddy, toi tu pourrais, ça serait encore mieux parce que ça le ferait plus, toi tu pourrais voler des bagues à ta sœur, et comme ça, celui qui ferait le rôle de la femme, celui qui se ferait baiser, juste pour déconner, sinon on se tromperait sans les bagues, ça fera plus vrai. Avec les bagues on pourra bien reconnaître. […] Je me rendais compte, moi, que c’était toute ma personne, tout mon désir refoulé depuis toujours, qui m’entraînait dans cette situation. Je brûlais d’excitation. […] J’ai senti son sexe chaud contre mes fesses, puis en moi. Il me donnait des indications ‘Écarte, Lève un peu ton cul.’ J’obéissais à toutes ses exigences avec cette impression de réaliser et de devenir enfin ce que j’étais. […] C’était le début d’une longue série d’après-midi où nous nous réunissions pour reproduire les scènes de nouveaux films vus entretemps. Il fallait prendre garde à ne pas être surpris par nos mères, qui sortaient dans la cour plusieurs fois par jour pour arracher les mauvaises herbes du jardin, déterrer quelques légumes ou chercher des bûches dans le hangar. Quand l’une d’elles arrivait nous trouvions toujours le temps de nous rhabiller et de faire semblant de jouer à autre chose. » (Eddy Bellegueule racontant les jeux du hangar quand lui avait 10 ans et ses cousins 15 ans, dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 150-154) ; etc.

 

Il n’est pas anodin que l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa s’achève par la citation de la lettre d’adieux que Slimane, l’ex-amant, adresse à l’auteur : c’est le poème « Jeux cruels » de Bachar Ibn Bourd (pp. 125-126).

 

Oui : il existe des jeux cruels. Dès qu’on s’éloigne du Réel, on ôte au jeu toute sa douceur.

 

 
 

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Décryptage des « chats » internet gay

 

 
 

INTERNET,

LE NOUVEAU « MILIEU HOMOSEXUEL »

QUI N’OSE PAS DIRE SON NOM

 
 
 

On entend dire de plus en plus que la communauté homosexuelle a du mal à faire bloc, à ne pas se disperser, que la convivialité des lieux de drague est en perte de vitesse parce que « les » homos ne sortent plus. En France, elle aurait les espaces de sociabilité suffisants pour accueillir tous ses membres, mais ceux-ci, en bons enfants gâtés, déserteraient les locaux associatifs, les bars de tous les Marais du monde, et les endroits étiquetés gay friendly ; ils ne se déplaceraient plus (ce qui est assez vrai) dans les festivals culturels qui leur sont dédiés ; ils privilégieraient les rencontres inter-personnelles plutôt que les rassemblements en grand groupe, et fuiraient au plus vite leurs semblables une fois qu’ils auraient trouvé chaussure à leur pied ; les centres LGBT n’attireraient pas foule (on y voit les bottes de foin rouler… Il ne manque plus que le miaulement du chat de gouttière et l’harmonica des films de western pour que le tableau soit complet !). La Gay-Pride, jugée « trop caricaturale et communautariste » est fuie comme la peste (d’ailleurs, elle s’hétérosexualise à grand pas !). Le « milieu homosexuel » est-il donc en train de mourir alors même qu’il vient à peine d’être reconnu ? Où sont donc passés « les momosexuels » ? Et surtout, si ces derniers n’ont pas disparu par l’opération du Saint-Esprit, quels sont ces nouveaux lieux où ils entrent en contact ? Comment les définissent-ils, et quel rapport entretiennent-ils avec eux ? Car je ne suis pas loin de penser que toutes ces personnes homos, qui se définissent à l’unisson « hors milieu » alors qu’elles ont pourtant les deux pieds dedans puisqu’elles ont majoritairement élu domicile dans l’espace faussement virtuel, faussement éclaté, et faussement mouvant, qu’est Internet (que je définirais volontiers comme le « Petit Milieu » homo), ont construit un nouveau milieu homosexuel qui ne veut pas en porter le nom, l’endroit le plus homophobe et donc le plus homosexuel qui soit : les sites de rencontres homosexuels. GayRomeo, Citegay, Gboy, Gaypax, Gayvox, etc. : la gamme des supermarchés de l’amour homo est étendue… sachant que, pour multiplier leurs chances, beaucoup d’utilisateurs s’inscrivent simultanément sur plusieurs d’entre eux, et surfent de l’un à l’autre, … comme des caméléons schizophrènes agents doubles.

 
 

 

Je me permets d’insister sur l’importance qu’occupe Internet dans la vie de nombreuses personnes homosexuelles. Parce que, même si leur présence derrière les écrans n’est pas assumée (elles diront souvent qu’elles y vont en dilettante) et qu’elle peut être très épisodique, la fréquentation des sites de rencontres reste une pratique très courue dans les sphères relationnelles homosexuelles. Internet est à l’heure actuelle l’outil n° 1 choisi pour la recherche d’amour. Il est plébiscité par la grande majorité des communautaires. Il mobilise énormément de leur énergie et de leur temps, et génère beaucoup de mal-être en eux, en dépit de l’aspect ludique et interactif qu’il présente.

 

Alors certains me rétorqueront : « Ouais, mais ce que tu dis sur le milieu homo sur Internet, c’est pareil pour les hétéros. C’est pas propre aux homos ! » Cependant, je maintiens que même s’il y a des points communs indéniables entre les sites de rencontres amoureux dits « hétéros » et les sites homos, il existe néanmoins une attraction plus marquée du désir homosexuel et des personnes homos pour l’outil virtuel. Je citerais volontiers l’Enquête sur la Sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon pour appuyer cette idée : « Les femmes et les hommes homo-bisexuel-le-s rencontrent plus fréquemment des partenaires par Internet que les femmes et les hommes hétérosexuel-le-s : 24,5 % des femmes homo-bisexuelles et 41,6 % des hommes déclarent ainsi avoir déjà eu un partenaire rencontré par Internet contre 2,7 % et 4,3 % chez les femmes et hommes hétérosexuels. » Que cette attraction pour le virtuel s’explique par un phénomène d’oppression sociale due à un statut minoritaire ou à une invisibilité de survie ne change rien à la donne. Internet séduit particulièrement les personnes homos. Et c’est pourquoi j’ai eu envie, dans ce nouveau Phil de l’Araignée, d’aborder le monde virtuel comme une métaphore de la communauté homosexuelle, et, pourquoi pas, du désir homosexuel aussi.

 

Les sites de rencontre homos sont en train d’évoluer à la vitesse de l’éclair. En gros, on va vers plus d’immédiateté et de consommation. Je pense notamment à l’influence croissante de Facebook, de MSN, des I-Pad, des webcams, d’autres sites de rencontres généralistes tels que Meetics, ainsi qu’aux applications I-Phone (comme Aka-Aki, GrindR, No Pic No Dial, etc.) qui sont très courues par les personnes homos (ces applications permettent à leurs utilisateurs de se rencontrer très vite dans leur champ géographique le plus proche. Elles les transforment mine de rien en prostitués, avec une chaîne autour du coup ou une puce électronique greffée dans la peau, prêts à l’emploi, à consommer sur place, détectables et joignables à tout moment…) Tous ces médias parallèles servent de relais « bonne conscience » aux sites de rencontres communautaires connus, et élargissent considérablement les frontières du « milieu homo ». C’est pour cela que la définition du « milieu gay » que j’ai donnée dans mon livre il y a quelques années se vérifie : il est finalement réductible à tout lieu où une personne ressent un désir homosexuel, qu’elle se retrouve dans la solitude d’une discothèque bondée à Paris ou dans le calme d’une maison campagnarde de province.

 

 
 

CODES ET SYMBOLISME DES « CHAT » GAY

 
 

Je vais vous proposer maintenant un petit tour symbolique des sites de rencontres Internet gay, à travers la grille de lecture des codes de mon Dictionnaire des codes homosexuels. Ce sera un peu une sociologie des « chat » homos que vous allez lire, avec des observations personnelles à propos des points communs que j’ai pu relever sur les profils des internautes. Et fort de mon expérience (je les ai fréquentés deux années, de 2000 à 2002 ; puis 3 ans, de fin 2008 à début 2011, avant de les quitter définitivement en février 2011), je pense pouvoir dire que les dangers du surf sur les sites de rencontres homos ne me sont plus totalement inconnus… même si, dans ce domaine-là, plus on se targue de bien les connaître afin de se justifier d’y rester inscrit, plus on tombe dans le panneau ! La longévité sur les sites de rencontres internet n’est nullement un gage de distance et de maturité. C’est le détachement définitif qui, à mon sens, dira réellement la grandeur d’âme d’une personne, et non simplement la bonne connaissance intellectuelle et empirique de l’espace virtuel.

 

Je vous épargnerai donc le laïus pleurnichard habituel de ceux qui se plaignent d’Internet, et qui disent que les « chat » homos « c’est trop cul, trop superficiel, trop cul, trop marchand » parce qu’ils les ont trop fréquentés (et qu’ils continuent de les fréquenter chroniquement), et parce qu’ils se comportent généralement comme les autres internautes, même s’ils jouent un moment les dandys esthètes qui sortent du lot et qui aiment la Nature. Ce qui m’intéresse, ce sont les dénominateurs communs que partagent inconsciemment les utilisateurs de ces sites de rencontres, leurs tics de langage, les réactions étranges et tragicomiques, les « perles » langagières, les attitudes aberrantes ou saugrenues qu’on peut y entendre. En voici quelques exemples, avec leur notice interprétative qui n’engage que moi :

 

–       Code de « l’homosexuel homophobe » : Presque tous les internautes homosexuels se disent « hors milieu », et ne supportent ni les folles ni les efféminés. C’est très curieux, le fait que ces sites soient tout à la fois la fois des concentrés d’homosexualité et des concentrés d’homophobie ! Ça veut bien dire ce que ça veut dire sur la nature idolâtre du désir homosexuel, qui est pour et contre lui-même. Par ailleurs, il est amusant de constater que malgré la revendication d’une originalité absolue, la grande majorité des inscrits s’auto-proclame athée, agnostique, de gauche (politiquement parlant), et disposée à faire du sexe sans sentiments si l’occasion se présente. L’anticonformisme est bien le mot d’ordre et le conformisme des communautés nouvelles qui se sont pliées tacitement à l’idéologie individualiste ambiante. Ah oui ! J’allais oublier ! L’internaute gay lambda, dans ses lignes de profils où il se présente, se sent obligé en général de sortir cette phrase d’anthologie hyper militante : « J’aime pas les cons. » Normal… quand on ne s’aime pas soi-même.

 

–       Code « extase » :  Voici un tic de langage que j’ai souvent remarqué chez les internautes de ces sites : c’est qu’ils nous renvoient presque toujours la balle quand on leur pose une question, même quand celle-ci est hyper informelle et pas du tout inquisitrice. Comme des automates, ils finissent leurs petites phrases laconiques par : « Et toi ? » (ex : « J’en ai parlé juste à quelques amis. Et toi ?»). Ce « Et toi ? », grotesque et risible tellement il est systématique, est une béquille qui leur permet de ne jamais parler d’eux. Ceux qui l’emploient bannissent toute introspection. En plus d’être un aveu de paresse, et de témoigner d’un faux intérêt pour l’interlocuteur en face, il illustre qu’ils n’ont rien à dire et qu’ils s’extériorisent systématiquement pour ne pas avoir à constater leur vide intérieur.

 

–       Code du « chien » : En lien avec le cannibalisme, on observe que dans la majorité des profils, les internautes choisissent en conclusion pseudo comique de leur pourtant clinique présentation d’eux-mêmes, cette phrase : « Vous pouvez venir me parler : je ne mords pas (lol). » Les je-ne-mords-pas, mieux vaut ne plus les compter tellement on les lit partout ! Ce trait d’humour m’énerve autant qu’il m’interroge. Je me suis toujours dit qu’il décrivait symboliquement des instincts canins. D’ailleurs, quand on lit certains pseudos, on comprend que l’association injurieuse entre homosexualité et zoophilie n’est pas le fait de prétendus « méchants homophobes », mais bien des personnes homosexuelles elles-mêmes. Il n’est pas rare qu’un internaute se définisse comme un « garçon sage », un « mec gentil », un « gars sympa et cool », un « homme trankil qui ne mords pas (quoique…) » Autrement dit un bon toutou, bien obéissant et soumis…

 

–       Code « parodie de mômes » : Quiconque vient sur les chat homos a l’impression de débarquer sur une grande cour d’école avec des adultes illettrés restés au stade de l’enfance. Je vais vous citer les lignes de profil d’un gars de 25 ans que j’ai lues textuellement en février 2011… et ce n’est malheureusement pas un cas isolé : « Je veux me trouver un gentil doudou qui prendra soin de moi et dont je prendrais soin ! Un doudou poilu, avec qui je partagerais plein de centres d’intérêts et qui aime faire la grasse mat le dimanche matin. » Dans ce genre de sites, même les hommes mûrs de plus de 40 ans écrivent comme des élèves de CE2. Orthographiquement, c’est pathétique. On se demande s’ils le font exprès pour se donner un style jeune… mais on se rend vite compte que non, en fait ^^. (Je précise, pour les utilisateurs de ces sites qui auront la force de lire ces lignes – et ils ne l’auront vraisemblablement pas – que le verbe « chercher » ne s’écrit pas « ch » ; que le mot « amitié », ça ne finit pas par « -er », même si phonétiquement c’est le même son ; et que l’abréviation « sa » pour remplacer le pronom « ça » n’est pas une vraie abréviation ;-)).

 

–       Code du « désir désordonné » : Je définis souvent le désir homosexuel comme un manque de désir. Et sur les sites de rencontres homos, l’absence de désir et d’engagement amoureux est très marquée. Il y a un nombre incalculable de personnes bisexuelles, d’hommes mariés, et de personnes homos semi-célibataires ou en «couple libre » (joli euphémisme pour dire « infidèles » et « mal casés »…). Personne ne semble vouloir être là pour quelque chose de précis, ni savoir ce qu’il veut : les habitants des sites s’évertuent à dire qu’ils sont « cools », « sympas », « tranquilles »… pour ne pas à avoir à s’interroger sur leur désir profond. Le plus drôle, ce sont ceux qui disent qu’ils veulent du sérieux et qu’ils sont exigeants, alors que leurs phrases sont bourrées de fautes. Ou alors ceux qui expriment, avec des conjonctions de coordination « ou » partout, tout et son contraire : « Je veux ça OU pas ; Je veux idéalement du sérieux, mais entre temps, je n’ai rien contre un plan Q… ; Pour une nuit OU pour la vie. » Nous pouvons lire sur les profils toutes les expressions de l’hypothèse, qui marquent le manque de désir et d’engagement : « On verra bien… Qui vivra verra… au feeling… voire plus… à vos claviers… En attendant… Et plus si affinités… » Les internautes employant ces formules évasives te promettant la lune (ou plutôt l’un de ses quartiers !) sont les mêmes qui vont pourtant te proposer un verre dans la seconde, en méprisant Internet. En fait, ils veulent masquer que s’ils n’ont rien à dire dans le virtuel, c’est qu’ils n’en auront pas plus à dire dans le réel.

 

–      Code de « artiste divin » : Bien souvent, les internautes homosexuels se prennent pour des oeuvres d’art ou des artistes demi-dieux. En d’autres termes, ils se confondent avec leurs goûts. Ils ne parlent pas de leur avis sur la vie, de leurs opinions, de leurs valeurs, du sens de l’existence et de leurs actions : ils se contentent de déblatérer tout ce qu’ils aiment (et généralement, leurs goûts sont liés à ce qu’ils consomment, non à ce qu’ils font concrètement pour les autres). Ils pensent que quand ils ont dit qu’ils aimaient la musique, le ciné, les voyages, la cuisine, le sport, les expos, ils ont tout dit d’eux, ils ont parlé d’amour de la manière la plus belle qui soit. C’est toujours la navrante confusion entre goûts et amour, ou entre esthétique et éthique : j’aime le glace au chocolat comme j’aimerais un homme. D’ailleurs, les pseudonymes choisis sont souvent des paroles de chansons ou des titres de films. Je m’appelle « Bleu-Noir », j’aime Almodovar ou François Ozon… donc j’ai vachement de personnalité. Les Carpe diem (comme je les appelle), ces hédonistes épicuriens qui confondent les sens et LE sens de la vie, ou bien leurs émotions et l’amour (« je bande… donc je suis et j’aime »), adoptent un optimisme de façade pour cacher leur état dépressif et leur manque de confiance en eux. Ils se servent de l’excuse de l’art, de l’ésotérisme, et de la recherche de bien-être, pour édulcorer et colorer leurs instincts sexuels (ex : ils proposeront des massages tantriques ou des visites de musées… juste avant de passer « comme par enchantement » au plan cul.)

 

–       Code « se prendre pour le diable » : Beaucoup d’internautes se prennent pour le diable. Ils puisent abondamment dans le lexique démonologique pour le choix de leur pseudonyme (Ex : « Angeldevil », « Sans-Logique », « Satanas75 », « Mephisto », etc.). Ils se mettent à la place de satan pour exagérer leur mépris d’eux-mêmes et le nier par une auto-suffisance ironique. Mais généralement, cette identification à Dieu ou au diable exprime chez eux la croyance qu’ils ne peuvent pas aimer et être aimés véritablement.

 

–       Code des « bonbons » : Certains internautes se définissent eux-mêmes comme des bonbons, des biscuits, des friandises (« Crunchyboy », « Lollypop », « Sugarbabe », « Ptibiscui », etc.). Ce ne sont pas des denrées de première nécessité, mais des aliments qui ne nourrissent pas, qui expriment le jeu et la culture de consommation de masse. Bref, un désir de viol.

 

–      Code du « milieu psychiatrique » : Une critique revient très souvent dans les lignes de profils des internautes homos : ils souhaitent éjecter de leurs dials tous les « mythos, psychos, schizos, et dépressifs en tout genre »… parce qu’en effet, il est vrai qu’au fil des discussions, on rencontre extrêmement souvent des personnes inconstantes, dont le discours ne tourne pas rond, dont l’identité est incertaine, dont la souffrance et les pathologies crèvent l’écran. Les gros handicapés de la relation et de la communication sont légion sur ces sites. On a l’impression certains soirs de se promener dans un asile psychiatrique non-agréé, où la pulsion et les émotions sont reines, où les propos raisonnés et l’humour simple n’ont plus droit de cité. D’ailleurs, la grande majorité des internautes en parlent tellement, de ces « mythos psychopathes », qu’on douterait presque qu’ils se dénoncent eux-mêmes…

 

–      Code de l’ « amant narcissique » ou de l’ « amant photographique » :  Les garçons qui se prennent en photo devant leur glace, dans une piscine ou un reflet aquatique, avec leur téléphone à la main (= les Statues de la « Libertine »), sont nombreux. On a droit au cortège de photos pseudo artistiques avec des poses de divas (genre « je suis une star, je suis original, je fais des shooting photos design ultra-conceptuelles, parce que je suis un bibelot pas comme les autres »), ou bien carrément des clichés indécents (genre « je fais l’amour à la caméra et je prends des positions de chiennasse ») qui seraient à mourir de rire si elles ne traduisaient pas un désir de viol bien souvent actualisé.

 

–       Code de la « prostitution » : Non seulement il y a énormément d’usagers de ces sites de rencontres homos qui se montrent nus (ou bien torse-poil), mais en plus beaucoup qui proposent des « plans cul » (moyennant parfois finances, ou plus souvent consentement de consommation mutuelle et désengagée – je me suis concentré pour la trouver, celle-là…). En se baladant sur les chat gay, on pourrait parfois penser qu’on se trouve vraiment dans une maison close, tellement les attitudes et les comportements s’apparentent à ceux qu’on observe dans les sex-shop et le milieu prostitutif… sauf que sur Internet, la monnaie d’échange sera l’émotionnel, la tendresse, le sexe, les sentiments, les mots doux. Chaque internaute a son box (= son trottoir), sa fiche technique, ses mensurations, le descriptif de ses « besoins » et « envies de prince charmant ». Certains se choisissent d’ailleurs des noms de putes (« jhTBM », « mec-chaud », « beurcoquin », « Hotnight », j’en passe et des meilleurs…). C’est le règne de l’auto-pornographisation, de l’auto-érotisation par l’outil-Internet… même si cette forme de prostitution, qui transforme tout participant de ces sites en bout de viande sur un étalage, s’est démocratisée au point de faire oublier sa violence car l’utilisateur se choisit lui-même comme « mac », et se prostitue apparemment de plein gré.

 

–       Code du « conte » : Paradoxalement, les internautes qui passent leur temps à dire qu’ils ne croient pas aux contes de fée et au prince charmant, et qui critiquent le plus sévèrement les idéaux d’amour, sont ceux qui chantent à tue-tête qu’ils attendent de vivre « une belle histoire », ou bien – je cite – « un petit bout de chemin » avec leur partenaire amoureux. L’amour est saucissonné en minuscules rondelles. Et l’existence humaine, en « tranches de vie » (j’adore cette expression… elle est tellement poétique…). Ils disent qu’ils ne croient pas en l’amour, et je pense en effet que c’est vrai : ils restent dépendants de leur croyance aux « coups de foudre », ces simulacres d’amour qui poétisent la pulsion.

 

–       Code « promotion canapédé » : Parmi les occupants de ces sites, il y en a qui rédigent carrément pour leur profil une offre d’emploi, qui avec humour écrivent un CV, ou bien qui se proposent en amant-objet ou en bébé à la recherche d’un baby-sitter (Se rendent-ils d’ailleurs compte que leur « déclaration d’amour », derrière la blague qui sent la déformation professionnelle et la consommation future, insulte déjà celui qui la lit, et prouve leur arrogance d’employeurs / leur soumission de prostitués opportunistes ?). Je suis dispo, prêt à l’emploi, je mesure tant, je suis actif ou passif ou auto-reverse, je recherche quelqu’un qui soit d’accord pour m’entretenir. Voilà ma notice. Tu peux m’acheter si t’as les moyens, ou me remettre sur le rayon / à la poubelle une fois que tu te seras lassé de moi. Je te jugerai selon tes compétences professionnelles, en tant que gigolo ou escort boy, même si ton contrat se résume à un CDD. C’est beau l’amour…

 

–       Code de « l’étrangère » : Beaucoup d’internautes anglicisent leur nom, se choisissent des pseudos avec des chiffres (moi, j’appelle ça des codes barres), ou bien des prénoms à consonance étrangère. C’est à mon avis une manière de se rendre exotiques, de se présenter comme des objets, et puis surtout de se considérer comme hors de soi, comme un électron libre, un errant, une personne qui a fui sa sphère de conscience, qui est étrangère à elle-même. Il est d’ailleurs souvent question d’extase, quand on les écoute.

 

–       Code « plus que naturel » : Comme pour masquer leur superficialité de romantiques qui surchargent leurs manoeuvres amoureuses d’intentions et d’esthétisme, beaucoup d’internautes vont jouer les bobos et revendiquer leur côté « nature », leur exceptionnelle authenticité. Par exemple ils aiment bien se photographier dans plein d’endroits bucoliques et exotiques, dans des destinations de rêve assez roots. Ils se métamorphosent en nains d’Amélie Poulain, et rêvent d’apparaître comme des Citoyens du monde éloignés des stéréotypes du gay classique qu’ils vomissent. On les voit avec le Taj Mahal en toile de fond, ou alors vêtus d’une combinaison de plongée (genre je suis un grand aventurier, cultivé et simple à la fois), ou bien avec le Machu Picchu derrière eux (à mon avis, il doit y avoir sur ce site touristique péruvien un cercle blanc marqué au sol avec l’inscription « Reservado a Gayvox y Gboy »…). Ou alors ils se prennent en photo avec une pose de poète face à la mer, ou d’intellectuel assis à son bureau et entouré d’une bibliothèque très fournie et prouvant leur bon goût. Genre moi je suis hors milieu, et ma présence sur ces sites de débauchés est purement accidentelle. Ils semblent oublier un peu vite que tous leurs voisins virtuels jouent la même comédie esthétisante du poète va-nus-pieds maudit et supra-naturel…

 

–       Code de « Frankenstein » : Je pense en particulier à tous ces internautes qui s’expriment comme des robots. On pourrait les baptiser « les sex-machines ». Ils écrivent parfois tout en majuscules (c’est assez étonnant). Leurs phrases sont à peine compréhensibles. Ils adoptent un style télégraphique. Ces êtres venus de je ne sais quel espace ne semblent vouloir qu’une chose : du CUL. Avant d’en croiser quelques-uns en vrai sur la toile, je ne pensais pas que ce genre d’androïdes analphabètes aux discours insensés pouvaient exister (et je continue de croire qu’il y a un coeur chaud qui bat en eux, malgré les apparences ^^). Quand ils daignent échanger quelques mots de conversation, ce qui est plutôt rare, ils déversent toujours les mêmes phrases : « Tu ch koi ? » ; « sa va ? » ; « Tu fè quoi de bo ? » ; « No pic, no dial ». Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas eux qui emploieront les tant décriés « lol » et autres « mdr » (personnellement, j’ai toujours trouvé que ceux qui osaient justement employer les « lol » étaient les internautes les plus sympathiques de tous.) Ils ne sont justement pas assez drôles pour cela. Eux, ce qu’ils veulent, c’est s’oublier et devenir des hommes bioniques. C’est pourquoi ils se présentent en pièces détachées (on ne voit d’eux qu’un torse, un buste sans tête, un sexe, un corps morcelé en somme).

 

–      Code « éternelle jeunesse » : Ce n’est un secret pour personne : sur ces sites de rencontres, en dépit du mépris des vrais jeunes – abruptement taxés de « minets idéalistes et sans cervelle » -, c’est la jeunesse physique (surtout pas la jeunesse de coeur) qui est sacralisée, au détriment des corps réels et vieillissants. Les chat sont les royaumes des hommes mentant sur leur âge et présentant des photos très datées d’eux-mêmes. On ne veut plus d’éternité, mais d’une immortalité qui ne trouve son incarnation que dans l’homme-objet inerte et déshumanisé.

 

 
 

CELA VAUT-IL LE COUP D’Y RESTER ?

 
 

Il n’y a pas tant de monde que cela sur les sites de rencontres gay, il ne faut pas croire. Les chiffres indiquant le nombre de connectés, c’est comme les statistiques de manifestants affichées par certains syndicats ultra-politisés : ils sont souvent grossis, publicitaires, incitatifs. Internet n’est pas loin de ressembler à un faux lieu habité, à un parc d’attractions fantôme. Entre ceux qui sont connectés pleinement et ceux qui sont connectés de loin, on a peu idée de qui est vraiment là. En tout cas, EN DÉSIR, il n’y a pas grand-monde… donc au final, ces sites restent des centres commerciaux trop luxueux et trop spacieux pour nous, des maisons inhabitées (… ou semi-habitées). Néanmoins, ils sont plus habités que ce que ses consommateurs en disent. Car ils sont le lieu de toutes nos schizophrénies, de nos fuites, de nos manques de désir, de nos absences, de nos secrets… puisqu’on s’y rend idéalement pour en partir ou pour y être invisible, on assume très peu d’y aller. On y est pour ne pas y être.

 

Internet n’est pas assez aimé. Sûrement parce que nous n’en sommes pas assez détachés, nous n’y sommes pas assez humains et investis, nous lui laissons nos âmes (à défaut de notre corps), et que nous ne l’utilisons pas pour les bonnes raisons/actions. Beaucoup d’internautes homos préfèrent maudire leur P.C. (= Parti Communiste ^^) plutôt que de se regarder calmement agir et assumer leur présence sur le réseau. Or il y a de l’humain dans Internet. Il y a des gens de chair et de sang derrière leur écran. Il y a des âmes qui vivent, qui agissent pour le monde, et qui sont capables d’aimer. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas mépriser l’outil dit « virtuel » ; nous avons même à être ses fervents défenseurs. Évidemment, le Réel reste à privilégier… mais Internet, en tant que reflet et serviteur du Réel, est un des chemins qui peut nous conduire à l’amour du Réel. Le discours que je tiens à propos des sites homos n’a donc rien du pamphlet anti-technologique, anti-Internet, ni même anti-ghetto gay. Les personnes homos doivent continuer de pouvoir se retrouver librement sur le net, selon leur orientation sexuelle. C’est maintenant les raisons premières de la création de ces sites, ainsi que le « pour quoi » (= les actions) qu’ils encouragent, qu’il convient de revoir et de changer radicalement.

 

 

Une croyance tenace (je serais tenté de dire magique et idolâtre, car il y a de l’idolâtrie dans le mépris) habite la majorité des utilisateurs des sites homos : ils vont prétexter qu’ils ne doivent rendre compte d’aucun de leurs agissements, de leurs mots, de leurs sentiments, parce qu’Internet, qui occupe pourtant une place non-négligeable de leur quotidien, « ce n’est pas si important que cela car ça n’est, au final, que du virtuel », qu’une illusion de Réel. Ce n’est que du virtuel ? Bien sûr que non ! Cela ne devient « que du virtuel » (= comprendre superficiel, destructeur) seulement si nous le voulons ! L’instrument multimédia, aussi abstrait qu’il soit quand nous n’en usons pas, et aussi limité qu’il soit quand nous en usons (parce qu’il n’aura jamais le pouvoir d’agir à notre place ni la force de se substituer au Réel : il n’est qu’une loupe qui décuple l’image du Réel et surtout nos fantasmes, nos sentiments, nos émotions – qui, quant à eux, peuvent agir si nous ne les contrôlons pas), parle de nos actes réels et peut aussi nous encourager à agir concrètement. Ceux qui décrètent que tout ce qui se passe via internet n’est que mensonge, illusion, irréalité, sont en réalité ceux-là mêmes qui démissionnent de leur responsabilité d’en faire quelque chose de bien, de cet outil, et qui laissent leurs fantasmes agir à leur place dans la vie concrète. En méprisant ainsi le virtuel, ils ne voient pas qu’ils se méprisent eux-mêmes, vu qu’ils vouent paradoxalement un culte au Dieu-Machine qui aurait vaincu l’Homme de toute éternité et qui le manipulerait comme une marionnette. Mais les marionnettes vivantes et sans liberté qu’ils désirent devenir n’existent pas.

 

 

Alors plusieurs questions se posent par rapport à la relation que nous devons adopter avec les sites de rencontres homos tels qu’ils nous sont proposés aujourd’hui. Faut-il accepter cette forme de mise en relation ? ou bien carrément la rejeter en bloc ? Parfois, il m’est arrivé de justifier la sauvegarde de mes profils Internet sur ces sites par des excuses plus ou moins bidon. Je me disais que si je les supprimais, ça serait un peu théâtral, et que je passerais tout de même à côté de belles rencontres amicales. Je m’inventais une grande famille fraternelle homosexuelle dont je me sentais redevable et que je ne voulais pas abandonner (un peu comme un tamagotchi qu’il fallait nourrir régulièrement pour ne pas le faire crever…). Je pensais également que le maintien d’une distance de sécurité avec les chat ne me ferait aucun mal, après tout. Je croyais naïvement, comme la majorité des utilisateurs de ces sites de rencontres, qu’on pouvait rester connectés de loin (loin des yeux, loin du coeur)… ce qui se révèle parfaitement faux sur la durée, car le fait de se savoir inscrit, le fait de savoir qu’on peut retourner se baigner dans le fleuve narcissique à tout instant, le fait d’enfiler son maillot de bain virtuel et de se préparer à la baignade, ça nous fait effectuer un discret va-et-vient entre notre monde réel et notre monde virtuel, ça nous enlève de la disponibilité dans notre coeur, ça nous laisse un substrat de petit espoir d’amour mal placé, qui grossit, grossit, quand on s’y attend le moins. Personnellement – et je parle par expérience -, je crois que le mieux est de couper radicalement avec ce genre de sites. Ce n’est pas le fait que ce soit des sites homos qui pose problème, mais bien l’abord amoureux et sexuel qu’ils imposent, le climat de drague qui d’emblée biaise les discussions et court-circuitent les échanges gratuits, désintéressés, non-consommateurs, entre internautes. L’ennemi n°1 des chat gay, c’est bien l’amitié (Quand celle-ci est vantée, les rares fois où ça arrive, ce n’est qu’en tant que passerelle à l’amour, qu’en tant que prétexte au plan cul, et non véritablement pour elle-même) parce qu’elle est justement le symbole de Gratuité et de Réalité par excellence. Les sites de rencontres amoureux homos, à mon sens, sont à plus ou moins long terme des « pièges à cons », tout autant pour les esprits naïfs et faibles que pour les gens solides intellectuellement mais flattés dans leur narcissisme par leur talent à naviguer mieux que les autres dans l’océan virtuel. Ils savent manier et absorber nos sens et nos sentiments en anesthésiant et en se servant insidieusement de notre intellect pour nous empêcher d’aimer et de nous incarner pleinement.

Pourquoi y reste-t-on ? D’une part parce qu’on se dit que c’est le seul moyen efficace, pour nous, personnes homosexuelles, de nous identifier entre nous, de nous rencontrer, et de trouver l’amour… même si on sait au fond que ce n’est pas l’idéal (mais on fait contre mauvaise fortune bon coeur : on se convainc que c’est le prix à payer de toute minorité sexuelle ! Argument de merde s’il en est… mais tellement justifié par la victimisation !). Et puis d’autre part, il faut croire qu’il y a une jouissance et une forme de plaisir à fréquenter ces sites. Sinon, on n’accepterait pas d’y moisir aussi longtemps ! Cela s’appelle tout bêtement le plaisir du jeu, de la séduction, de l’état euphorisant que génèrent la passion et les pulsions narcissiques (être amoureux, se faire bander, se faire flatter, déballer sa vie à un inconnu sans avoir à se freiner, etc.). Mais quand on y pense, c’est bien le fantasme éphémère et notre état dépressif de « drogué en manque affectif » qui nous font nous accrocher aux sites de rencontres. Nous restons à cause d’un « Et si… » négatif (« Et si je passe à côté de l’homme de ma vie si je n’y allais pas… ? ») ou d’un conditionnel irréaliste (« Et si je rencontrais l’amour homo de ma vie ? »)… donc finalement nous suivons une logique purement paranoïaque. Nous végétons sur les chat surtout à cause d’une absence de désir, qui se traduira par un ennui, ou par un goût du jeu pour tuer ce même ennui (« Je n’ai pas envie d’aller sur ce site… pas ce soir… je n’ai rien à y faire… je ne dois pas logiquement y être… C’est donc que je dois absolument rencontrer l’amour. L’amour sera sûrement là où mon désir n’est pas, où les rencontres et les événements s’imposent à moi, où je ne contrôle plus rien, où ma liberté est proche du zéro, où le coup de foudre peut surgir à tout instant. »). C’est exactement le discours des couples qui se sont formés dans des saunas.

Alors peut-on trouver l’amour sur Internet ? Grande interrogation généraliste à laquelle il est difficile de répondre… en tout cas pour le cas des couples composés d’une femme et d’un homme. Concernant le cas spécifiquement homosexuel, ma réponse sera plus assurée, car je crois que la problématique du média n’est pas première, et que c’est plutôt la question de la différence entre l’amour homo et l’amour intégrant harmonieusement la différence des sexes qui mérite d’être traitée (et en l’occurrence, je me demande même si le sujet d’Internet ne permet pas d’esquiver les vrais problèmes : la focalisation sur l’efficacité de l’outil multimédia en matière de recherche d’amour – sachant qu’en posant cette question, on met un peu vite tous les types d’« amours » dans le même panier – me fait dire que ce sont les apports de la différence des sexes ainsi que les faiblesses de l’amour homo qui sont esquivés grâce à Internet. Le sujet de l’efficacité de la rencontre amoureuse homosexuelle via les sites, ou la question du « pour ou contre les sites gay ? », est un faux débat, car il nous faut déjà parler de ce qu’on entend par « amour »…). Quoi qu’il en soit, qu’on se sente homo ou attiré par les personnes de l’autre sexe, le plus grand danger des sites de rencontres, c’est qu’ils nous enjoignent à délaisser le corps réel (corps + cœur + esprit) pour lui préférer des corps-objets, des corps-épiderme, des corps-sincérité, des corps-sentiments, des corps immatériels en somme ; et ainsi, ils nous découragent d’aimer vraiment, car sans Réel, sans amour des corps et des sexes, sans incarnation, la désespérance arrive bien vite.

J’ai senti cette fatigue de l’amour chez tous les amis que j’ai rencontrés sur les sites de rencontres homos (je dis « amis », car malgré tout, ces sites ne m’ont pas uniquement fait perdre mon temps : ils m’ont aussi fait connaître des personnes de grande valeur que je n’aurais peut-être pas eu la chance de côtoyer dans la vie 100 % réelle). J’ai moi-même senti très fort le dégoût d’aimer, la lourdeur de mon espoir d’amour homo, à l’époque pas si lointaine où je traînais sur Gayvox et Rezog/Gboy, quand je me débattais en vain dans la semoule… et cette fatigue n’avait pas grand-chose à voir avec la culpabilité ou une désespérance profonde en l’Amour (J’ai toujours cru en l’Amour, je n’ai jamais cessé d’y croire… mais pas « celui-là », pas cet amour homo tel qu’il m’était présenté et vécu par mes pairs ! Le désir homosexuel m’a toujours déçu, au final). De manière générale, s’il y a une chose à laquelle les internautes des sites Internet homos ne croient pas, c’est bien en l’amour unique et éternel (non-homosexuel). Parce qu’ils sont tétanisés par l’idée d’engagement, et qu’ils n’ont fait concrètement aucune place pour quelqu’un dans leur vie. Les sites de rencontres gay, si je devais en faire une définition condensée, je dirais que c’est le Royaume des Sans-Désir, des Sans-Ambition. Certes, beaucoup croient en l’éternité de l’Instant, ce dernier étant la seule chose qui les maintient en vie et qui ne leur demande pas un don entier de leur vie ni de leur personne. Ils pensent qu’ils donnent complètement de leur personne (au moment du coït sexuel surtout), mais ce don « total » est partiel et éphémère, soit parce qu’il ne se destine pas à une seule personne (il m’arrive d’entendre certains hommes volages soutenir mordicus qu’ils peuvent aimer entièrement et sincèrement plusieurs personnes à la fois, « comme une mère aime différemment mais avec une égale intensité ses enfants » : se greffe en toile de fond à leur analogie un inquiétant amalgame entre inceste et amour, ou entre amitié et passion amoureuse…), soit parce qu’il n’est pas lié à un temps durable, non-saucissonné, unifié à l’échelle d’une vie unique. C’est pour cela que l’expérience de la recherche d’amour sur les sites gay est si décourageante. On ne se retrouve quasiment que face à des lâches (miroirs de notre propre lâcheté !), qui disent vouloir ce qu’objectivement ils ne sont pas prêts à donner. Ils content fleurette, mais il n’y a rien derrière leur joli discours appris et télévisuel.

Concernant plus spécifiquement le désir homosexuel, je dirais que le fait de s’inscrire sur un site de rencontres Internet homos, même si nous ne consultons notre compte que très épisodiquement, que nous n’y revenons que par périodes, et que nous y restons très peu de temps par jour, c’est une démarche épuisante et inutile. Car ce petit lien que nous gardons en intra-veineuse avec le monde de la drague homosexuelle, c’est mine de rien un refus de s’engager pleinement et librement pour une option plus libérante et plus entière d’amour. C’est s’accrocher un boulet au pied, le boulet en question étant un « espoir d’amour » qui se révèle avec le temps illusoire et inaccessible. C’est s’épuiser petit à petit sous l’action d’une sangsue qu’on banalise mais qui nous grignote le moral et le coeur, nous fait perdre notre temps et nos énergies. À un moment donné, même si ça coûte sur le coup de couper le cordon, il faut dire STOP définitivement aux sites internet. Et c’est en les regardant de l’extérieur et en vivant pleinement notre vie avec des gens réels, dans la réalité concrète, qu’on peut un jour comprendre qu’on a bien fait de privilégier le Réel et de s’éloigner « pas qu’un peu » du net (Quand on ne s’éloignait pas franchement, on restait dans la « simulation-bonne-conscience » d’éloignement). Larguer les amarres, partir pour guérir : voilà les maîtres-mots concernant les « chat » gay. Et en plus, c’est vraiment pas dur (même si ça demandera sans doute un effort sur-humain à certains !) : ça ne coûte qu’un clic sur l’icône «désinscription » 😉

 

 

Alors, oui, je l’écris sans détour. Internet ou pas Internet, nous toutes, personnes homosexuelles, avons le temps. Car dans la course à l’amour homo, nous sommes tous égaux : nous serons tous moyennement bien servis, nous serons tous « bien/bof » avec notre compagnon/compagne. Il n’y a pas de retardataires, de privilégiés, de délaissés de l’Amour vrai. Il n’y a pas de drame à supprimer son/ses comptes sur les chat gay et à ignorer qui seront les prochains clients qui viendront se ranger au rayon « Nouveautés » de nos habituels sites de rencontres communautaires, quand on a l’assurance que l’homme de notre vie ne s’y trouvera jamais. Au sein de la communauté homosexuelle, on est tous beaux et moches à la fois, on a tous plus de 60 ans, y compris ceux qui ont apparemment un physique et un âge avantageux ! Il n’y pas de personnes homosexuelles nées sous une meilleure étoile que d’autres, quand bien même certaines aient objectivement et temporairement plus de succès, dorment avec quelqu’un à côté d’elles chaque nuit, ou habitent dans un pays très gay friendly. Le couple homo réussi ou l’homosexualité épanouie sont des créations majoritairement cinématographiques et publicitaires ; pas des réalités concrètes durables et rayonnantes. Alors pas de regrets à avoir, de stress à ressentir, d’angoisse de perte de temps ou de jeunesse qui fane, pas de raison de se suicider. Qui qu’on soit, où qu’on soit, même au bras d’un compagnon « adorable », qu’on ait 20 ans ou beaucoup plus, qu’on soit né sous une dictature ou dans un pays plus permissif, qu’on soit moins à plaindre que d’autres, l’amour homo, tout possible qu’il soit, n’en est pas moins limité, décevant, non-idéal. Nous sommes tous égaux dans la médiocrité du désir homo. Donc pas de quoi se jalouser entre nous ni pleurnicher un bonheur de vie conjugale homosexuelle qui ne viendra qu’au prix d’une fatigue et d’une amertume qui ne remplissent pas une existence. Regardons ailleurs que dans une seule et unique direction (celle du Couple), et empruntons d’autres chemins moins poussiéreux et moins proches des illusions d’amour collectives de notre époque.