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Code n°50 – Don Juan homo (sous-codes : Macho / Cow-boy / Footballeur)

Don Juan

Don Juan

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le parfait Don Juan qui fait son coming out

 

Photo-montage avec James Dean et Marlon Brando

Photo-montage avec James Dean et Marlon Brando


 

Qui mieux que le cow-boy, le footballeur, ou le mannequin de charme, représentent l’Éternel Masculin ? En revanche, ce qu’on se figure moins, c’est que plus un être humain cherche à imiter ces hommes-objets hyper-virils, plus il s’oriente vers la bisexualité, voire l’homosexualité. Car aller à l’hétérosexualité, cela revient finalement à louvoyer avec l’homosexualité (les deux étant jumeaux de désir, unis par le mythe machiste de l’homme-objet tout-puissant asexué). C’est particulièrement flagrant dans le cas des femmes lesbiennes (beaucoup d’entre elles avouent rêver d’être des cow-boys Marlboro). C’est aussi vrai chez tous ces hommes gays bodybuildés qui fréquentent assidûment les piscines et les salles de sport, chez les acteurs bisexuels ou « homos planqués d’Hollywood » que tout le monde croit aux bras d’une femme, chez les têtes d’affiche de la presse LGBT (cf. les modèles des couvertures de Têtu, qui font très hétéros : c’est bien l’homme hétéro qui est le roi de la communauté homo), chez tous ces « métrosexuels » soi-disant encore « hétéros » mais qui ressemblent à de vrais dandys bisexuels. L’ambiguïté de l’archétype du séducteur bisexuel ne devrait pas nous étonner : il ne faut pas oublier que Don Juan, dont l’obsession principale est de plaire à tout le monde et par tous les moyens, est bien obligé d’élargir son terrain d’exploration amoureux au-delà de la gent féminine.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Parricide la bonne soupe », « Frankenstein », « Bergère », « Se prendre pour Dieu », « Éternelle jeunesse », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « FAP la ‘fille à pédés’ », « Clonage », « Amant narcissique », « Désir désordonné », « Homosexuels psychorigides », « Tomber amoureux des personnages de fiction ou du leader de la classe », « Haine de la beauté », à la partie sur le « goût de l’uniforme » dans le code « Défense du tyran », à la partie « paradoxes du libertin » du code « Liaisons dangereuses », à la partie « bodybuilding » du code « Poupées », à la partie « Foot » du code « Solitude », et à la partie « divin artiste » du code « Pygmalion », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) Le Don Juan homosexuel :

Les Princes Disney revisités

Les Princes Disney revisités

 

On retrouve la figure mythique de l’éternel séducteur dans beaucoup de créations artistiques à thématique homosexuelle, car Don Juan est bien souvent homosexuel ! : cf. le film « Les Lois de l’attraction » (2001) de Roger Avary, le roman Casanova (1930) de Stefan Zweig, le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino (avec Oliver, le bel Américain), la chanson « Dom Juane » de Catherine Lara, le film « L’Été de mes 17 ans » (2004) de Chen Yin-yung, la chanson « Aimez-moi » de Bruno Bisaro, les films « Tesis » (1996) et « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar (avec la figure emblématique du lover Eduardo Noriega), le manga Don Giovanni (1996) de Yôji Fukuyama (avec une Donna Elvira appelée indifféremment « Donna » ou « Don »), le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella (avec Dick, le Don Juan diabolique ambigu sexuellement), la chanson « Le Mec plus ultra » de Michel Blanc («Je suis le mec plus ultra, toutes les filles sont dingues de moi… »), le film « Le Tombeur de ces dames » (1961) de Jerry Lewis, le roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde, la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone (avec le personnage de Louis), le roman Un Nieto de Don Juan (1928) d’Álvaro Retana, le roman El Misántropo (1972) de Llorenç Villalonga, le roman El Día Que Murió Marilyn (1970) de Terenci Moix (avec Jordi Llovet), la pièce Don Juan Último (1994) de Vicente Molina Foix, le poème « Don Juan » (1819) de Lord Byron, le film « La Bande à papa » (1955) de Guy Lefranc, le film « Les Don Juan de la Côte d’Azur » (1962) de Vittorio Sala, le film « Drôle de séducteur » (1977) de Gene Wilder, le film « Le Journal du Séducteur » (1995) de Danièle Dubroux, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli (avec le personnage de Wade), le film « L’Innocent » (1976) de Luchino Visconti, la pièce Psy (2009) de Nicolas Taffin (avec M. Carrière), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset (avec le personnage de Jean-Louis), la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1932) de Federico García Lorca, le film « Don Juan et Faust » (1922) de Marcel L’Herbier, le film « Don Juan 73 » (« Don Juan ou si Don Juan était une femme », 1972) de Roger Vadim, le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Chéri, le personnage du séducteur androgyne), la pièce Amour, gore, et beauté (2009) de Marc Saez (avec Éric, le Don Juan bisexuel), le film « Toy Boy » (2009) de David MacKenzie (avec le personnage de Nikki), la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec le personnage d’Álvaro), la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir (avec le Don Juan homo), la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz (dans laquelle Henri de Sacy, Don Juan invétéré, fait croire qu’il est en couple avec son meilleur ami Norbert), la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau (avec le très séduisant top model Quentin Beaumont, qui est bisexuel), la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H. (avec Jonathan, le héros homosexuel, faisant figurant dans les films), le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec Prentice, le jeune auto-stoppeur, le mec caricaturé branleur, accompagnant le couple de lesbiennes dans leur périple, mais qu’elles traitent de « Sissi » parce qu’il fait de la danse…), le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré (avec Narcisse, le leader de sa classe au basket, convoité par toutes les filles), one-man-show Les Bijoux de famille (2015) de Laurent Spielvogel (avec Marcco, l’amant volage et séducteur), etc. L’homme hyper-viril est le dieu et le fantasme de beaucoup de héros homosexuels : cf. le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc (avec l’attrait du héros homo pour les hommes bien hétéros), le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras (avec Dany attiré par les hommes poilus), la chanson « Angèle » de Sébastien Roch et Coralie Caulier, la chanson « Henri, pourquoi n’aimes-tu pas les femmes ? » de Dranem, la chanson « Le Garçonne » de Georgel, etc.

 

Don Juan est un personnage dont la sexualité n’est pas très claire. Jouant sans cesse l’ambiguïté, il flirte avec l’homosexualité. D’ailleurs, on trouve beaucoup de héros homosexuels qui se définissent comme des Don Juan (ratés) : « J’ai jamais été un champion avec les filles. » (Martin, le héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Tu ne veux pas épouser une femme parce que tu les aimes toutes ? Épouse donc un mec ! » (Norbert s’adressant à son pote Henri, avec lequel il feint d’être en couple, dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz) ; « Le donjuanisme, c’était un masque. Je suis une tantouze. Victime d’une homosexualité latente. » (le héros du film « MASH » (1970) de Robert Altman) ; « De grands hommes l’avaient aimée, de grands écrivains l’avaient chantée ; l’un d’eux, disait-on, était mort parce qu’elle l’avait refusé ; mais Valérie Seymour n’était pas attirée vers les hommes… » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 320) ; « Il rêvait d’être un acteur célèbre, adulé. Il se voyait beau comme Matt Damon, Brad Pitt ou Johnny Depp, s’imaginant baraqué, avec des jambes hypermusclées qui lui permettraient de bondir et de courir après des bandits pour les arrêter. Il remporterait un oscar ou deux, ferait la une de tous les journaux et serait poursuivi par des paparazzis. Il voulait tant qu’on l’aime… » (Marcel, un des héros gays du roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 18) ; « Avant l’arrivée des rockeurs, les chanteurs de charme en étaient quasiment tous. » (Gérard, dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim) ; « Quand j’étais au collège, je sortais avec beaucoup de filles… comme Alan. Je portais des vêtements de mec, et des chaussures de mec. » (Michael, le héros homosexuel parlant de son grand « amour », dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Alors, on n’est pas si différents des hétéros, finalement ? ’ Cette fois-ci, ses sourcils levés donnèrent à Jurgen un air malicieux et Jane vit qu’il était beau, d’une beauté que Hollywood qualifie en général de dangereuse. » (Jane, l’héroïne lesbienne parlant de son pote gay Jurgen, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 112) ; « J’étais la seule fille du Jamel Comedy Club. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Il a beaucoup de succès. » (Frankie reconnaissant le charme de son futur amant Todd dansant sur la piste de danse du club gay, dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; « À part ça, on me prend toujours pour un coureur de jupons. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Manifestement, il a tout pour lui : beau, intelligent. » (Guillaume, le héros homosexuel, par rapport à Grégory le petit copain de Gérard, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, Antoine, le héros, a peur de « passer pour un sauteur, un Don Juan puéril, qui pourrait effrayer les recruteurs. Ou pour un homosexuel » (p. 15). Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Philippe, le « dandy macho », qui sort avec Sophie Marceau, le Don Juan faisant tomber toutes les filles… est pourtant secrètement homo ! Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Tom traite de « gros pédé » le nouveau chanteur à minettes à la mode « Micky »… aussi homo et chanteur que lui ! « Ça fait quoi d’être le dandy des filles ? » lui demande d’ailleurs son futur amant Louis. Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Laure, l’héroïne transgenre, « traîne toujours avec des garçons ». Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna, l’héroïne lesbienne, est vraiment convoitée par toutes les filles de son club, et avoue que « la seule personne qu’elle aime, c’est elle » (d’ailleurs son nom fait un écho parfait à Don Juan). Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann, le héros homosexuel, et Julien, le héros bisexuel, maintiennent une relation amoureuse. Mais Yoann tolère d’être un à-côté, et que Julien préfère les femmes : « Oh il aime trop les nanas. » Julien ne s’en cache pas : « Je collectionne aussi les nanas. » Solange, la belle-mère de Julien, semble jalouse de ce succès : « Depuis que tu passes à la télé, toutes les filles doivent te courir après. » Julien refroidit son enthousiasme : « Oh… ça va, ça vient… » Il semble que le donjuanisme soit même une preuve par défaut de l’homosexualité de Julien : « T’as tellement honte de ton homosexualité que tu enchaînes les conquêtes. » (Zoé, l’ex-femme de Julien) Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le « syndrome John Travolta » est le nom donné au pédé honteux qui ne s’assume pas.
 

Rocky créé par le docteur transgenre, dans le film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Rocky créé par le docteur transgenre, dans le film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Dans le film « Jumanji : Bienvenue dans la jungle » (2017) de Jake Kasdan, Bethany, la bimbo blonde et Don Juane du lycée, se retrouve, une fois transposée dans le jeu de Jumanji, dans la peau d’un homme dodu, le professeur Roberon, son avatar. Cette nouvelle identité fait qu’on voit à l’écran le professeur s’homosexualiser et donner des leçons de séduction pour « attraper » les hommes.
 

Le héros homosexuel a de qui tenir. Souvent, on découvre que s’il joue au Don Juan, c’est qu’il a vu son propre père comme un Don Juan, ou bien que ce dernier s’est comporté comme un Don Juan. « Je suis un ancien mannequin. » (Paola dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) Par exemple, dans la pièce Mi Vida Después (2011) de Lola Arias, Vanina, l’héroïne lesbienne, qui a été la fille chérie de son père militaire, décrit celui-ci comme « l’homme qui posait comme un play-boy ». Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, la famille de Simon, le héros homo, parle d’une émission de télé-réalité (Bachelor) dans laquelle le candidat donjuanesque sélectionné par la production est, selon le père de Simon, « clairement gay ». D’ailleurs, ce même père est décrit par son fils comme l’ancien « beau gosse » du lycée qui a séduit sa mère.
 

Don Juan a beau plaire aux femmes, il les use, les veut uniquement vierges (les « déjà utilisées » ne l’intéressent guère…), et se montre étonnamment misogyne, comme un vrai homosexuel : « Les filles tournent autour de toi… » (Abra s’adressant à Cal, le héros homosexuel se foutant des filles et interprété par James Dean, dans le film « East Of Eden », « À l’est d’Éden » (1955) d’Elia Kazan) ; « Moi, je serai un piège à filles. » (Carl, l’hétéro gay friendly du film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Il paraît que c’est un truc de pédés, d’homos refoulés, les mecs qui niquent des gonzesses dans tous les coins. » (Fred s’adressant à Greg son futur amant, dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin) ; « Je ne veux pas mourir assassiné par une femme. J’ai passé ma vie à fuir les femmes ! […] Quand je quittais la scène, elles m’attendaient en coulisse par grappes ! Parfois elles montaient par le trou du souffleur ! […] Et plus je faisais la folle sur scène, plus elles m’adoraient. » (Cyrille, le héros homo de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi)

 

Par exemple, dans la pièce Une Visite inopportune (1988), justement, il est amusant de voir comment les termes « Don Juan » et « homosexuel » pourraient tout à fait, dans le contexte, s’interchanger : Cyrille, en essayant de draguer le jeune journaliste, lui demande « Est-ce que vous êtes un don Juan ? », comme il lui demanderait s’il est homo. Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, le personnage du Don Juan, Claude Hupper, prétexte qu’il « est pédé » pour ne pas faire l’armée. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Mourad, l’un des deux protagonistes homos, est la figure même du Don Juan, « lui qui savait pouvoir briser tous les cœurs, lui dont les yeux de braise et les lèvres à la couleur de raisin muscat affolaient filles et garçons depuis toujours » (p. 169).

 

L’homosexuel est d’ailleurs le descendant symbolique direct de Don Juan : « Silvano était son fils unique, la mère de Silvano était morte de la tuberculose quand celui-ci avait à peine deux ans. Anibal fut le père et la mère de cet enfant qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. À quarante ans, gaillard de naissance, il se sentait plus le frère aîné de son fils que son père. […] Le père de Silvano avait une réputation de don Juan. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 86) ; « J’écoutais ce Don Juan qui ventriloquait par ma voix Sganarelle. » (le héros homosexuel se définissant comme un être habité par un Don Juan, dans la nouvelle « Terminus Gare de Sens » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 65) ; « efféminé = effet minet » (cf. un jeu de mots entendu dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Attends, Sonia, elle peut pas être lesbienne. Elle est trop belle. Tous les garçons, ils craquent sur elle. » (Clara, l’héroïne lesbienne parlant à Zoé de Sonia sa future amante, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « T’as une de ces cotes avec les mecs, toi. » (Clara s’adressant dans le privé à Sonia, idem) ; « J’aime les garçons autant que les filles. Ça te choque ? » (Sonia s’adressant à Clara, idem) ; « Tout le monde aime Oliver. » (Elio parlant à sa mère de son amant Oliver) Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino ; etc.

 

On trouve ce fantasme d’être le Don Juan, l’homme-objet, chez la femme lesbienne fictionnelle : « J’ai un mec à l’intérieur de moi qui me dit : ‘Il faut pas que t’aies un mec à l’intérieur de toi ! » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Je me sentais pleine d’audace. J’avais passé tellement de temps à me prendre pour l’homme des films qu’il me semblait avoir vécu ses expériences. J’enfourchai mon vélo en m’imaginant être un tombeur, un homme averti. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 24) ; « Ma tante rangeait derrière mon oncle, ma grand-mère derrière mon grand-père. D’un côté, j’en étais indignée. Mais de l’autre, j’aimais être un petit prince. Quand je serais grande j’aurais un harem plein de femmes. » (idem, p. 168) ; « Je veux devenir un playboy professionnel […] , j’entrerai dans l’armée. […] Ce sera que pour fréquenter l’école militaire. Pour m’entraîner et avoir un corps magnifique. Je veux dire un corps rude et robuste comme le vôtre. » (Anamika à Adit, un homme qui a l’âge d’être son père, idem, p. 206) Le versant féminin et lesbien de Don Juan, c’est la prostituée (ou la « fille à pédés »). Par exemple, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane est la Don Juane qui a une réputation de tombeuse de mecs, voire de « pute » et qui, pour faire mentir cette réputation sulfureuse, drague Marie : « Si jamais François sait que chuis pas une vrai salope, c’est fini. »

 

Tout comme Narcisse, le Don Juan bisexuel n’a qu’une obsession : rester jeune et plaire éternellement à tout le monde. Les membres d’un seul sexe ne lui suffisent pas ! Il mise tout sur le paraître et les sentiments, au détriment de l’amour : « Si je renonce à plaire, je me tue. » (Albin alias « Zaza » dans le film « La Cage aux Folles II » (1981) d’Édouard Molinaro) ; « Je sais que je plais et que je dois plaire. » (Antigone dans la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau) ; « Je croyais pouvoir contenter tout le monde. » (Miguel, le héros bisexuel marié, s’adressant à son amant Santiago, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León) ; « Je peux continuer de plaire, d’aimer, je reste jeune. » (Robert Hirsch dans le film « Traitement de choc » (1972) d’Alain Jessua) ; « J’veux être parfaite pour qu’on ne me reproche rien. J’veux plaire à mes parents, à mes amis. » (Florence, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Je veux être beau. Je veux qu’on me désire et que tout le monde ait envie de coucher avec moi. » (Pierre, le héros homosexuel de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Aujourd’hui, je veux vraiment que tous m’aiment. Doux pour ceux qui désirent la douceur ; modeste parmi ceux qui se vantent ; sévère pour ceux qui cherchent auprès de moi un appui. Désaccordé d’avec moi-même, je partage vite l’avis de ceux qui ne sont pas du mien. » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 34) ; « J’aime plaire. » (Irena dans le film « Cat People », « La Féline » (1942), de Jacques Tourneur) ; « Je veux qu’on m’aime, je veux qu’on m’aime, je veux qu’on m’aime. » (cf. la chanson « Un Serpent sans importance » d’Étienne Daho) ; « J’ai tant besoin que l’on m’aime. » (la voix narrative lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 114) ; etc. Par exemple, dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le héros homosexuel vit « l’ignoble espoir de plaire ».

 

Le personnage homosexuel adopte une attitude double face au célèbre séducteur. À la fois il le trouve atrocement prétentieux et surfait, et pourtant terriblement attirant. La haine qu’il ressent pour le macho cache une idolâtrie : « Je crois qu’il était hétéro et rien ne nous excite plus que ce genre d’animal. » (François, un des héros gays du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 126) ; « Quant à Stephen, elle le [Roger Antrim] détestait, et cette aversion s’augmentait d’un sentiment d’envie des plus humiliants. Car, en dépit de ses imperfections, elle enviait au jeune Roger ses lourds et forts brodequins, ses cheveux ras et sa veste d’Eton ; elle lui enviait son droit de grimper aux arbres, de jouer au cricket et au football : son droit d’être parfaitement naturel ; elle lui enviait par-dessus tout son admirable conviction qu’être un garçon constituait, dans la vie, un privilège. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 63) ; « Vous devez fatiguer de vous faire dire que vous êtes beau. » (Amanda s’adressant à Nelligan Bougandrapeau, le héros homosexuel de la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; « Tu te prends pour la réincarnation de David ou quoi ? » (Jian Cheng s’adressant à Wang Ping qui se regarde dans la glace, dans le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) ; « Le problème, c’est que tu n’aimes que toi. » (Adrien s’adressant à Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « Il a tout pour lui. Quand il rentre dans une pièce, tout le monde le remarque. Moi le premier. » (Vincent par rapport à son amant Fabio à qui il n’ose pas dire non et à qui il est soumis, dans l’épisode 96 « Trois anges valent mieux qu’un ! » de Joséphine ange gardien) ; etc. Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette, l’héroïne lesbienne, jalouse Antoine, le Don Juan de son collège. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros gay, jette les photos des footballeurs qu’il a utilisées pour faire son article sur l’équipe de foot de son lycée. Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, Isabelle, l’héroïne bisexuelle, ne veut pas se marier avec le beau Ward Burton : « Je l’ai refusé car il était trop parfait. »
 
 

b) Le personnage homosexuel est fasciné par les cow-boys, ou joue lui-même au cow-boy :

Film "Far West" de Pascal-Alex Vincent

Film « Far West » de Pascal-Alex Vincent

 

En général, les personnages homosexuels, gays ou lesbiens, aiment se mettre dans la peau de l’archétype de la masculinité par excellence : le cow-boy. On le voit par exemple dans le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, le film « Nowhere » (1997) de Gregg Araki, « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, les vidéo-clips des chansons « Don’t Tell Me » et « American Pie » de Madonna, le film « Tombstone » (1993) de George Pan Cosmatos, la chanson « Cowboys And Kisses » d’Anastacia, le film « Drugstore Cowboy » (1989) et « Même les cow-girls ont du vague à l’âme » (1994) de Gus Van Sant, le film « Cowboy Jesus » (1996) de Jamie Yerkes, le film « Johnny Guitar » (1954) de Nicholas Ray, le film « Héros de l’Alaska » (1923) de Ralph Ceder, le film « Femme ou Démon » (1939) de George Marshall, la cow-girl du film « La Blonde du Far-West » (1953) de David Butler, le film « Le Banni » (1941) d’Howard Hawks et Howard Hughes, le film « Tokyo Cowboy » (1994) de Kathy Garneau, le film « Macadam Cowboy » (1969) de John Schlesinger, le film « Horse » (1965) d’Andy Warhol, le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, le film « Exquisite Corpses » (1989) de Temistocles Lopez, le film « The Hi-Lo Country » (1998) de Stephens Frears, le film « Kipling Meets The Cowboy » (1985) de John Greyson, le film « Cowboys and Angels » (2003) de David Gleeson, l’album « Be West » (2008) de Jeanne Mas, le film « Les Larmes du Tigre noir » (2001) de Wisit Sasanatieng, la photo Deux Cowboys (1970) de Carl Corley, le vidéo-clip de la chanson « Mon Coloc » de Max Boublil, le one-woman-show Nana Rodéo (2009) de Frédérique Quelven, la chanson « Rodéo » de Zazie, le film « Lucky Luke » (2009) de James Huth (avec la masculine Camility Jane), les films « Post Apocalyptic Cowgirls » (2008) et « The Return Of Post Apocalyptic Cowgirls » (2010) de Maria Beatty, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec Stella, l’héroïne lesbienne jouant la femme-cowboy camionneuse), la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis (avec le duo « fille à pédé »/meilleur ami homo Alice et Fred, tous deux déguisés cow-boys), le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton (avec Bernard le Cow-boy… avec son sombrero rose), la chanson « Peter’s Cowboy Song » de Family Guy, le film « Big Eden » (2000) de Thomas Bezucha, etc.

 

Certains personnages homosexuels s’identifient à l’allégorie de la virilité à cheval (version masculine avec le cow-boy, ou féminine avec l’amazone) : « Pour moi, être libre, c’est de chanter des chansons de cow-boy rodéo. » (Carmen, la femme « libérée » de la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Christian Bordeleau) ; « Mon Pedro, il aime bien les cow-boys. » (la figure de Muriel Robin parlant de son ami gay, dans le one-woman-show La Folle Parenthèse (2008) de Liane Foly) ; « C’est comme ça les cow-boys pédés. » (Vincent, le lycéen chamboulé par son visionnage du film « Le Secret de Brokeback Mountain », dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent) ; « Tu seras le cow-boy de Dona. » (Bernard, le héros homosexuel s’adressant au transsexuel M to F « Géraldine » dans le public, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Vous avez devant vous le dieu du rodéo ! » (Ron, l’hétérosexuel sidéen soupçonné d’homosexualité, dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Nathalie, l’héroïne lesbienne, rêve de devenir cow-boy. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Tex, le jeune gigolo homosexuel déguisé en cow-boy, est le « cadeau d’anniversaire » d’Harold. Dans la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, Clark, le cow-boy macho, est en réalité un puceau à l’homosexualité latente, une vraie mauviette. Dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, César, le héros hétérosexuel lourdingue, fait une allusion au film « Le Secret de Brokeback Mountain » à Kim l’héroïne lesbienne dans l’avion, histoire de créer artificiellement une petite connivence sur la base de l’homosexualité. Dans la B.D. Rocky & Hudson, les cow-boys gays (2012) d’Adão Iturrusgarai, Rock et Hudson forment un couple de cow-boys gays, qui vivent à Palerme Rose, loin, très loin, à l’Ouest. En dehors de leurs crises de couple, ils ont affaire aux lois du far ouest homophobe, mais peuvent compter sur le shérif tout acquis à leur cause. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la grand-mère de Tom (le héros homo)est une vieille bique champêtre au caractère bien trempé, une femme intraitable, indépendante, qui danse la country, qui est armée d’un fusil de chasse. Graziella la surnomme ironiquement « John Wayne » et conseille à Tom de l’imiter : « Prends exemple sur ta grand-mère : un vrai bonhomme. » Ce dernier finira par avouer : « J’aime bien les westerns. » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homosexuel, possède dans son bureau un tableau intitulé « Fucking Cowboys ».

 

Pourtant, le cow-boy hyper viril, en même temps qu’il est mis sur un piédestal, incarne la menace homophobe : « C’est une chose difficile que d’être homosexuel au pays des cow-boys. » (4 journalistes en chœur, et en direct du Wyoming, aux États-Unis, dans le film « Le Projet Laramie » (2001) de Moisés Kaufman) Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux pères tortionnaires de Gatal, le héros homo, l’affublent sans cesse du même surnom : « mon Cowboy ». Ils le forcent au coming out et à la formation d’un couple homosexuel.
 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Glass a été mise enceinte à 16 ans aux États-Unis et vit désormais en Allemagne. Son fils, Phil, le héros homo, raconte le vide existentiel qu’il expérimente du fait de ne pas connaître son père biologique, et son père prend la figure d’un amant-cow-boy : « Les copains nous interrogeaient sur notre père. Alors on demandait à Glass, qui disait un truc du genre ‘Un marin en voyage’. Ou bien ‘Un cow-boy dans un ranch’. » Ce cow-boy, dans l’imaginaire du jeune homme partant à la recherche de son père au States à la fin du film, peut être travesti : « Qu’est-ce que je vais trouver ? Peut-être que c’est un marin, un cow-boy dans un ranch, un hippie, un travesti, un taulard ou bien qu’il vend des armes. Va savoir ? »
 
 

c) L’étonnante fusion entre le gros macho et l’homosexuel :

N.B. : Je vous renvoie également au code « L’homosexuel = L’hétérosexuel » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Le macho, chanteur de charme, roulant des mécaniques et faisant de la gonflette, cache bien son jeu ! Plus il cherche à correspondre aux canons de la masculinité définis par les médias, plus il s’homosexualise, à la surprise générale : cf. le film « Crescendo » (2003) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Once More » (« Encore », 1988) de Paul Vecchiali (avec le personnage de Franz), le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « El Chico Temido De La Vecindad » (1989) d’Enrique Gómez, le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte (avec l’animateur « beauf »), le one-man-show Et après on va dire que je suis méchant… (2008) de Frédérik Sigrist (avec le prince charmant de Blanche-Neige, finalement homosexuel), le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi (avec le très masculin Fabio), le film « Camping 2 » (2010) de Fabien Onteniente (avec l’efféminé Patrick, jouant le sosie d’Elvis Presley), etc.

 

Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Sébastien, le héros homosexuel, incarne au départ le macho de base, avant de virer sa cuti. Dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, Paul, l’homosexuel, évoque son « côté grec macho ». Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, que l’on traitait de tapette-crevette à l’école, devient à l’âge adulte le bodybuilder super musclé. Dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, Bernard, le macho, est en réalité décrit comme un homo : il est impuissant (sexuellement parlant), se fait traiter plusieurs fois d’« enculé », de « pédé », et de « voleur » par Sharon. Dans le film « Un Nuage entre les dents » (1973) de Robin Davis, le macho Bobby Pilon se trouve être en réalité homo. Dans son Premier One-Woman-Show (2011), la jeune humoriste Amandine Gay, en plaisantant sur la curieuse homophonie homosexuelle de son nom de famille, présente ses ancêtres virils comme de probables grosses tapettes : « Je descends de vikings anglais. Je ne sais pas quel genre de vikings c’était… » Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Cameron Drake, l’acteur hétéro oscarisé pour son rôle d’homosexuel dans un film, reçoit le titre d’« Homme le plus sexy de l’année ». Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin, l’homosexuel efféminé, écoute du rap hard-core.

 

Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, les hommes – y compris les hétéros – sont tous dévirilisés : soit ils bandent mou, soit ils ont des migraines, soit ils fuient, soit ils sont homos ! Même le personnage d’Yvon, censé être le seul « hétéro beauf pur jus » de l’histoire, se laisse émasculer et retirer sa couronne donjuanesque par Groucha, une femme-macho : « Je garde le meilleur pour la fin, mon petit Yvon. Le produit de la dernière salve du pendu marque aussi la fin de ta propre carrière de don Juan. Grâce à ce cocktail à base de mandragore pilée, tu ne pourras plus nuire à la gent féminine. Je t’ai coupé le sifflet. C’est fini, les prouesses libertines. Tu resteras impuissant jusqu’à la fin de ta vie. Ça t’apprendra à préférer les fillettes remplies de vin aux vraies femmes de chair et de sang. » (Groucha, p. 267)

 

La particularité du macho/homosexuel), c’est le refus de ses faiblesses et de ses limites humaines : « Je hais la faiblesse sous toutes ses formes. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 14)
 

Film "Männer Wie Wir" de Sherry Horman

Film « Männer Wie Wir » de Sherry Horman


 

Le machisme n’est pas nécessaire un concept sexué. Le déni de ses faiblesses, pouvant se traduire en général par une violence inconsciente, est exercé aussi bien par certains héros homosexuels hommes que par certaines héroïnes lesbiennes femmes : « Je vis avec un homme macho, et il se trouve qu’en plus, il a ses règles. » (Océane Rose-Marie parlant de sa compagne, dans son one-woman-show Châtons violents, 2015)

 

L’un des exemples actuels les plus parlants de cette fusion entre le macho et l’homosexuel dans les fictions homosexuelles, c’est le figure du footballeur homo masculin, très en vogue en ce moment (le flic homo commence à venir, mais c’est l’étape suivante qui nous attend…) : cf. le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le film « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti (avec Nico, interprété par Bruno Putzulu, et découvrant l’amour sur le stade), le film « All Stars » (1997) de Jean Van de Velde, le film « The Sum Of Us » (1994) de Kevin Dowling et Geoff Burton, le film « Jeu de miroir » (2002) de Harry Richard, le film « Strakarni Okkar » (« Esprit d’équipe », 2005) de Róbert I. Douglas (racontant l’histoire d’un footballeur gay islandais), le film « After » (2009) de Mark Pariselli, le Premier One-Woman-Show (2011) d’Amandine Gay (avec les tee-shirts des footballeurs dessinés par Jean-Paul Gaultier), le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (avec le personnage homo de Levi), la série La Nouvelle Maud (2010) de Bernard Malaterre, la série Queer As Folk (2005) de Russell T. Davies, le film « Refuge » (2010) d’Arthur Musah, le film « Vivir De Negro » (« Vivre dans le noir », 2010) d’Alejo Flah, le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (avec les joueurs de basket très efféminés), la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset (avec Michael, le rugbyman), etc.

 

« Je suis marié avec un footballeur. » (Philippe Mistral dans son one-man-show Changez d’air, 2011) ; « Le foot, c’est un truc de pédés. » (Marie-Ange dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Dans le football français, il y a 253 homosexuels. » (Ruzy, le footballeur homosexuel, idem) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Laure et Lisa restent sur le banc de touche pendant que les garçons jouent au foot… et cette scène est filmée comme une cruelle injustice. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, l’entraîneur de football américain du campus universitaire traitent ses joueurs de « bande de sales tarlouzes ». Et quand Jenko et Zook jouent ensemble au football américain et qu’ils forment un duo gagnant, ils sont baptisés de « nouveau couple » par les commentateurs de matchs. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand fait allusion aux enlacements homosexuels des « footballeurs qui dribblent en cachette » dans les vestiaires. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, arrête son regard sur un beau joueur de footballeur américain jouant sur un terrain de jeu situé sur le chemin de l’école. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, George a découvert à la fac que les footballeurs de l’équipe du collège l’excitaient plus que les volleyeuses. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Luce et Rachel, les deux amantes, vont voir ensemble un match de foot américain. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M joue au foot avec Ali.
 

Le footballeur fictionnel faisant fantasmer le héros homosexuel peut être parfois l’allégorie du viol ou du désir (incestueux) de viol : « Puis il est venu dans mon lit. Avec des grosses jambes de footballeur. J’avais l’impression de devenir de plus en plus petit. Comme une fille. Puis il est rentré en moi. » (Franz racontant son rêve avec son beau-père, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder)
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Le Don Juan homosexuel ne vit que pour plaire, et combine l’auto-adulation à l’auto-détestation :

DON JUAN Duris
 

De près ou de loin, on peut constater que le chemin de Don Juan et celui de la communauté homosexuelle se croisent. « Regarde, c’est Bellegueule, la pédale. » (le roux et le petit, les agresseurs d’Eddy Bellegueule, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 20) ; « Ma sensibilité hors du commun fait craquer toutes les femmes. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « J’ai couché avec la terre entière. Enfin, j’ai fait ce que j’ai pu. C’est une phrase un peu donjuanesque. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « J’aurais rêvé de plaire aux femmes… et puis aussi aux hommes, bien sûr. J’ai rêvé de plaire. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc. Par exemple, lors de l’émission Apostrophe du 22 décembre 1978, sur la chaîne Antenne 2, l’écrivain français homo Marcel Jouhandeau s’amuse de voir que son patronyme (« JOUHANDEAU ») compose l’anagramme du légendaire séducteur (« DON JUAN »). Juste avant le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, on nous passe la musique du crooner Julio Iglesias en musique d’attente. En Espagne, en 1920, Luis Buñuel et Federico García Lorca ont joué la pièce Don Juan à la Resi (l’université prestigieuse de Madrid).

 

Les personnes gays sont connues pour être des « hommes à femmes », depuis l’époque des cours d’école jusqu’à l’âge adulte (N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bergère » et « Tante-objet ou Maman-objet » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ma vie est un repaire de chanteuses dont personne ne se souvient que moi. » (Pascal Sevran, Tous les bonheurs sont provisoires, 2005) ; « Il n’est pas nécessaire, pour expliquer l’attitude ambivalente à l’égard du rival, d’invoquer une homosexualité latente ou refoulée. Le rival détourne vers lui une bonne partie de l’attention que le sujet, en bonne hétérosexualité, devrait réserver à l’objet ; cette attention est forcément ‘ambivalente’ puisqu’à l’exaspération suscitée par l’obstacle se mêle l’admiration et même l’exaspération que suscite les prouesses du don juan. » (René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), p. 474) ; « Dès les premiers jours, je fus happé par un groupe de jeunes filles qui me décrétèrent mignon comme un ‘petit blanc’ et donc enfant de riche et de bonne éducation. Bientôt, ma personne fit le tour de la classe auprès des collègues masculins qui, jalousement, trouvèrent à leur tour que j’étais efféminé et que cet aspect attirait la compagnie des filles. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 46) ; « Je suis persuadé d’être homosexuel. J’ai fréquenté de nombreuses femmes. Sans plaisir particulier, il est. Cela m’a valu trois chaudes-pisses que j’ai considérées par la suite comme le châtiment de la nature pour des relations contre-nature. Aujourd’hui, toutes les femmes me font horreur, et, plus que toutes, celles qui me poursuivent de leur amour ; elles sont malheureusement très nombreuses. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 25 février 1929) ; etc. En un temps où l’homosexualité est encore considérée par le vulgaire comme un vice contre nature, qualifier des relations hétérosexuelles contraires à la nature était particulièrement osé.etc. De nombreux réalisateurs homosexuels réactualisent le mythe de Don Juan en cherchant à s’entourer des plus belles femmes du monde et en les transformant en monstres sacrés du cinéma mondial (François Ozon, Pedro Almodóvar, Werner Schroeter, Rainer Werner Fassbinder, George Cukor, etc.). À noter que chez Marcel Proust, un personnage comme Saint-Loup est un homme à femmes qui se fait homme-femme… et que dans l’Antiquité, on l’a déjà rappelé, l’homme à femmes passait pour efféminé à cause précisément de ses fréquentations. Gregorio Maranon, auteur espagnol des années 1930, affirme que don Juan « en » était : en effet, il établit que le premier modèle historique de don Juan, le comte de Villamediana, grand seigneur de la cour de Philippe IV, avait été convaincu de sodomie.

 

Le désir utopique et donjuanesque de plaire à tout le monde est très marqué dans l’hypersensibilité homosexuelle. On peut y voir en toile de fond un complexe d’infériorité, une haine de soi sous-jacente. « À 10 ou 11 ans, j’étais un enfant secret et sensible. Un tendre. Un timide, quoi. Je voulais être impeccable, toujours, en toutes circonstances. Je voulais surtout être aimable et aimé. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 33) ; « Je sentais que j’étais le favori. » (idem, p. 37) ; « Pourquoi une telle fascination de mon corps et une telle volonté de plaire ? Sans doute pour me venger du corps malingre de mon enfance et de mon manque de succès auprès des filles. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 139) ; « Jean Marais était très très très cavaleur. Et je pèse mes mots. » (un des interviewés, dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) d’Yves Riou et Philippe Pouchain) ; « Cocteau avait besoin de plaire pour exister. […] Cette quête de la célébrité l’aura toujours obsédée. » (idem) ; « J’avais besoin d’être désirée. » (Rilene, femme lesbienne du documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; etc. Je vous renvoie au documentaire sur Rainer Werner Fassbinder « Je ne veux pas seulement qu’on m’aime » (1992) d’Hans Günther Pflaum. Dans le discours de Kim Pérez Fernández-Figares, homme transsexuel, le désir d’être admiré, de plaire, est récurrent (Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 257). Dans En Pays connu (1949), l’écrivaine Colette dit être obnubilée par le « souci de plaire, de plaire jusqu’aux portes de la mort ».

 

Dans la réalité concrète, le Don Juan mythique se personnifie partiellement dans la personne bisexuelle/homosexuelle : « J’avais toujours été persuadé d’être le séducteur, comme ce fut le cas tout au long de ma vie. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 49) ; « Je me faisais un point d’honneur d’avoir toutes les filles… […] Les hommes m’attirent bien moins, mais pour moi c’est plus pratique. […] J’aime qu’on m’admire. J’aime montrer mon corps. » (Bruno, un garçon bisexuel de 25 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, pp. 204-205) ; « C’est un homme très ‘mâle’. Ici, il a une réputation d’homme à femmes. » (Ricardo Berdejo Arigo parlant de son amant, lettre écrite en novembre 1928, cité dans l’essai De Sodoma A Chueca (2004) d’Alberto Mira, p. 60) ; « Il usait de son physique et de son charme exotique pour séduire les filles. […] Il reconnut avoir pris un malin plaisir à courtiser toutes ces jeunes filles qui lui tournaient autour. » (Ednar, le personnage homosexuel du roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 96) ; « J’ai connu un garçon qui était parfaitement hétérosexuel et qui avait toutes sortes de maîtresses ravissantes. Je suis sûrement le seul garçon qu’il n’ait jamais connu. Et ça ne l’empêche pas d’être resté complètement hétérosexuel. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc.
 

Dans les concours de beauté masculine, nombreux sont les rois de beauté à se révéler gays. Par exemple, en Suisse, deux Mister Suisse ont fait séparément leur coming out : Olivier Marillier (Mister Suisse romande 2008), Raphaël Millius (Mister Suisse romande 2011).
 

Maintenant, même les modèles d’identification de virilité les plus importants pour les petits garçons (footballeurs, sportifs) sont homosexualisés. Par exemple, dans la publicité pour les matelas Léo (2017), même le très viril judoka noir Teddy Riner joue les homos en faisant croire qu’il va passer une nuit torride avec un homme qui se révèlera finalement être son lit. Tout le monde y passe, par l’homosexualité.
 

L’étiquette du Don Juan est parfois une façade homophobe inventée par l’entourage de l’individu homosexuel pour dissimuler la réalité du désir homosexualité : « Eddy c’est un vrai don Juan, tu le verras toujours avec des filles, jamais avec des garçons. Elles veulent toutes de lui. Ce qui est sûr c’est qu’il sera pas pédé celui-là. » (la mère d’Eddy Bellegueule, pour cacher l’homosexualité de son fils, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 67) Par exemple, Ramon Fernandez, à en croire son biographe de fils homo, Dominique Fernandez, est un « homosexuel raté » (p. 57) incapable d’assumer son « orientation sexuelle » et cachant celle-ci par un donjuanisme et une réputation d’« homme à femmes » (p. 127) : « Courir de femme en femme est souvent le symptôme d’une quête qui ne peut être assouvie avec aucune d’entre elles. Pourquoi en changer si souvent, sinon parce qu’elles ne servent que de dérivatif à un désir qui refuse de se satisfaire avec son véritable objet ? […] Toutes les femmes, aucune femme. » Ou bien elle est une façade ironico-camp créée par l’individu homosexuel, une carcasse d’autosuffisance sensée masquer la haine de soi par un excès de confiance « conscient » de son orgueil : je pense par exemple au chanteur gay Claude Gélébart qui a décidé de se faire appeler « le Beau Claude ».

 

Le Don Juan homosexuel ne demande qu’à fuir sa condition d’homme-image superficiel et glacial qu’il passe pourtant son temps à parfaire/construire. Son drame en amour, c’est qu’il est sincère sans être vrai, qu’il est amoureux sans être aimant, qu’il sentimentalise tout par peur de s’engager : « Je suis Doña Juana jusqu’au moment de passer à l’acte. Après, tout me paraît compliqué, irréel. Trop cérébral et revanchard, mon désir retombe comme un soufflé au moment d’être consommé. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 179) ; « Je paraissais aux autres froid et distant. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 22) ; « Moi qui suis si froid, si complexé… » (idem, p. 138) ; « Tu sais combien j’ai souffert de cette réputation fallacieuse de grand bourgeois distant et froid. » (idem, p. 139) Après, ou tout pendant qu’il veut à tout prix plaire, notre Casanova cherche aussi à choquer et à déplaire pour prendre le contre-pied de son conformisme de star, ou de la beauté plastique qui lui avait fourni son principal pouvoir : « Il faut décevoir. » (Renaud Camus dans le documentaire « L’Atelier d’écriture de Renaud Camus » (1997) de Pascal Bouhénic) On remarque que les personnes qui se comportent dans la vraie vie comme Don Juan suivent un processus d’autodestruction, d’androgynie destructrice, une quête faustique abyssale puisqu’elle se fonde sur des biens matériels périssables : « Faust est à l’égal de Don Juan. » explique Jean Le Rider (lors de la rencontre-débat Atelier de la pensée sur le thème « Quand commence la signature d’un pacte avec le diable ? », animée par Laure Adler, à l’Odéon Théâtre de l’Europe, le 6 juin 2009).

 

Les personnage homosexuelles adoptent une attitude double face au séduisant bellâtre : à la fois elles le trouvent atrocement prétentieux, et pourtant terriblement attirant. La haine qu’elles ressentent pour le macho cache une idolâtrie : « [À 14 ans] Je crois bien me souvenir d’avoir envié, en mon for intérieur, ceux de mes camarades qui connaissaient des jeunes filles. » (Jean-Luc, homosexuel de 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 78)

 

Il semblerait que ce soit l’attrait jaloux pour un Don Juan charismatique (dont le pouvoir de séduction est réel ou grossi), qui génère le désir homosexuel : « Il m’avait paru beau garçon, sûrement le plus beau de la soirée. Sa démarche faite d’ondulations dures, comme une danse sévère, attirait les yeux des femmes. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 65) ; « C’est à cet instant que je me retrouvais nez à nez avec Yoro. Surpris par cette rencontre, pour le moins étonnante, qui me faisait perdre mon latin, je restais interdit. […] Je me tétanisas devant lui qui était le mâle même dans toute sa splendeur : Mec à femmes aux yeux de nous tous au ministère. » (idem, p. 134) ; « Je me rappelle. J’adorais Elvis Presley. Mais c’était surtout parce que je le trouvais sexy. Elvis était un personnage artificiel, très maquillé. Et je le trouvais super sexy. Aujourd’hui encore, je suis convaincu qu’il avait une sensibilité gay. Mais comme il était tenu par son manager, il n’a jamais pu l’exprimer, surtout à cette époque. » (Rosa von Prauheim, le réalisateur homosexuel interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Ce qu’un gay veut plus que tout au monde, c’est d’attirer l’attention d’autres hommes. Les gays aimeraient avoir le sentiment que tous les hommes les ressentent et les regardent. C’est pour ça qu’ils adorent les divas. » (Mykki Blanco, idem) ; « Les gays aiment se voir comme des créatures glamour et mangeuse d’hommes. » (Jan Noll, idem) ; etc. Le don juanisme homosexuel se traduit souvent par une misogynie très forte : « Je suis persuadé d’être homosexuel. J’ai fréquenté de nombreuses femmes. Sans plaisir particulier, il est. Cela m’a valu trois chaudes-pisses que j’ai considérées par la suite comme le châtiment de la nature pour des relations contre-nature. Aujourd’hui, toutes les femmes me font horreur, et, plus que toutes, celles qui me poursuivent de leur amour ; elles sont malheureusement très nombreuses. En revanche, j’aime ma mère et ma sœur, de tout mon cœur. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 25 février 1929)
 


 

Dans son sketch « Le métier d’humoriste » (2018), Tom Villa raconte une histoire vraie : il a retrouvé un ancien camarade de classe qui, à l’époque, faisait craquer toutes les filles et sortait avec celles qu’il voulait… et qui aujourd’hui a fait son coming out homosexuel. CQFD.
 
 

b) Devenir le cow-boy homosexuel :

Film "Adam & Steve" de Craig Chester

Film « Adam & Steve » de Craig Chester


 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont attirées par la figure du cow-boy et s’y identifient : « I want to be a cow-boy. » (une phrase dite effrontément par Christophe Honoré en plein cours d’anglais, citée dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005), p. 89) Par exemple, Dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger, Jeanne, la réalisatrice, s’est choisie une drôle de sonnerie de portable : de la musique country

 

Je vous renvoie aussi au rodéo homosexuel filmé dans le documentaire « The Gift » (2005) de Louise Hogarth, à l’émission de télé-réalité américaine « Queer Or Straight » diffusée sur Pink TV (le lieu choisi est une grange à la Dallas), au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles (avec Brüno et sa tenue de cow-boy), au personnage du cow-boy dans le groupe des Village People. Le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, mettant en scène l’amour surprenant entre deux cow-boys, a été un succès mondial au box-office, et restera longtemps LA référence du film homosexuel sensible et réussi.

 

 

L’écrivaine lesbienne Paula Dumont, qui, quand elle était petite, demandait à sa mère pourquoi elle n’avait pas de pénis, et qui s’habillera en cow-boy une fois adulte, soutient, comme par amnésie, qu’« en aucune façon elle aurait voulu être un homme » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 117). Et nous devons pourtant la croire, en dépit du bon sens ! Ce n’est pas l’homme réel qu’elle a désiré incarner, mais bien l’homme-objet (… quand bien même, dans son esprit, il y a fort à parier qu’elle ait amalgamé les deux) : « Ne nous cherchons pas d’excuses et soyons honnête, mon propre idéal d’élégance, c’est celui du cow-boy Marlboro. À défaut d’être capable de ses prouesses au rodéo, je suis fascinée par les vrais jeans américains et les chemisiers à carreaux. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 173) On retrouve exactement ce paradoxe sous la plume de Louise Welsh : « Jane avait vu des photos de Petra jeune, les cheveux lissés en arrière, vêtue de tailleurs stricts à carreaux ou à rayures, un feutre penché de façon désinvolte sur la tête, ressemblant tour à tour à David Bowie dans sa phase berlinoise et à Al Pacino jeune à la mode ‘Scarface’. ‘Je n’avais pas l’intention de me faire passer pour un homme. ’ dit Petra. » (Jane, l’héroïne lesbienne en couple avec Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 82)

 

Pourtant, le cow-boy hyper viril, en même temps qu’il est mis sur un piédestal, incarne la menace homophobe : cf. le documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean (avec le cow-boy montré comme une symbolisation du machisme patriarcal et homophobe) Cela est bien logique : l’identification au cow-boy est une esthétisation de la haine de soi et de sa sexuation.
 
DON JUAN Brokeback 2
 
 

c) Le macho homosexuel :

Les personnes homosexuelles hommes sont en général attirées par des individus qu’elles désignent comme « machos » et « hétéros », et qui ressemblent à l’homme-objet cinématographique : « Qui n’est jamais tombé sous le charme d’un ‘hétéro’ ? » (Romain, 20 ans, dans la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 208) ; « En France, une enquête réalisée auprès de plus de 1000 homosexuels montre que 83% recherchent des partenaires à l’allure virile, contre seulement 13% qui préfèrent des hommes d’allure efféminée. » (Michel Bon et Antoine D’Arc, Rapport sur l’homosexualité de l’homme (1974), p. 269, cités dans l’essai X Y de l’identité masculine (1992) d’Élisabeth Badinter, p. 240) Les hétérosexuels fictionnels et les individus hétérosexuels ont longtemps servi – et servent encore – de modèles dans les couvertures des magazines de la communauté homosexuelle. « La culture gay considérait souvent les hommes hétérosexuels comme le type sexuel idéal. » (cf. l’article « Genres, identités sexuelles et conscience homosexuelle… » de George Chauncey, dans l’essai Les Études gays et lesbiennes (1998) de Didier Éribon, p. 102)

 

Madonna l’avait prédit avec ses cow-boys, et Mylène Farmer avec ses beaux hidalgos : l’homme-objet macho est en voie de devenir homosexuel. Les salles de musculation sont de nos jours investies par bon nombre de personnes homosexuelles. Certains hommes qui ont la réputation d’être des Don Juan dans la vie se révèlent être d’orientation homosexuelle : c’est le cas de Rock Hudson, James Dean, George Michael, Juan Fersero (un ancien « Monsieur Univers » espagnol), Tab Hunter, Marlon Brando, la top model lesbienne Gia Carangi, « ce pédé de Cary Grant » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 321), Nicolas Vitiello du groupe What For, Franck Delay du groupe 2BE3, Ricky Martin, Zackary Quinto, Tiziano Ferro, Rex Gildo (le crooner allemand), etc. Le documentaire « Man Of The Year » (1994) est un docu-fiction dans lequel le réalisateur retrace la période où il fut élu « Homme de l’Année » par le magazine Playgirl – un magazine « de charme » pour femmes – et où on lui retira son titre après son coming out.

 

Dans son essai L’Homosexualité au cinéma (2007), Didier Roth-Bettoni souligne le lien quasi systématique entre les films avec Aldo Maccione – le prototype du macho italien roulant des mécaniques – et l’homosexualité (p. 564). Le machisme et le désir homosexuel sont des frères. Par exemple, en 1992, la photographe féministe et lesbienne Leonard Zoe expose des photographies de sexe de femmes, toutes prises frontalement et de près, comme l’aurait fait un homme machiste.

 

C’est par l’hétérosexualité – et non l’amour vrai de l’autre sexe – qu’une personne s’oriente peu à peu vers l’homosexualité : « J’ai voulu donner à voir la liberté d’hommes qui en arrivent à se travestir pour accéder à une frange d’hommes inaccessibles autrement qu’avec cette apparence même grossière de féminité, et montrer à quel point ils y accèdent vraiment… Ou de ces hétérosexuels mariés qui ont besoin de travestissement pour vivre leurs fantasmes, tout en pouvant être contre les pédés. Et de ceux qui ramassent les miettes. » (Jacques Nolot cité dans l’article « Les Grands Fonds » d’Olivier, sur la revue Illico, 31 octobre 2002)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, même efféminées ou fem, sont machistes/sexistes dans leurs comportements, c’est-à-dire qu’elles imitent l’image qu’elles se font mentalement de la force virile de l’homme-objet, pour se donner du caractère et une identité.

 

Par exemple, beaucoup de ces rappeurs qui se la jouent super virils sont en réalité des homosexuels. C’est le cas du rappeur 2PAC, de Monis. Autre exemple : Berthrand Nguyen Matoko, dans sa jeunesse, a été mannequin de charme pour des photos de nus : « Des séances de photos en spectacle où le corps avait la parole, je devins l’ovation des plus belles fesses, du plus beau sourire… […] Je plaisais aux hommes et en contrepartie, l’argent me plaisait. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 120)

 

Fondamentalement, je crois que le machisme n’a pas de sexe, ni d’orientation sexuelle. Il n’appartient pas plus aux femmes qu’aux hommes, pas plus aux individus hétéros qu’aux individus homos. L’homosexualité, même entre femmes, dessert également le machisme : « Volontaire ou non, la pédagogie homosexuelle poursuit toujours le même but : l’apprentissage du rôle masculin. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), p. 129) ; « Je te dis qu’elle est macho. » (Martine à propos de Marie, une femme lesbienne, dans l’essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, p. 202) C’est une idée fausse de dire que seuls les hommes hétéros peuvent être machistes : le machisme est humain, et est porté par des désirs faibles, lâches, égocentriques, éloignés du Réel, tels que les désirs hétérosexuel et homosexuel.

 

Si j’avais à définir le machisme, je dirais qu’il est le refus de sa faiblesse (et des défaillances humaines en général), une négation de la souffrance, une non-acceptation des limites du Réel et de la liberté des autres, un désir de se prendre pour un objet ou pour Dieu pour cacher un viol : « Sa furieuse quête de la masculinité… provoqua le désir de se purger de toute sensibilité pour devenir un objet pleinement viril. » (L. Segal à propos du suicide de l’écrivain homosexuel Yukio Mishima, citée dans l’essai X Y de l’identité masculine (1992) d’Élisabeth Badinter, p. 203) ; « J’ai été violé comme une femme, on m’a considéré comme un trou et je ne voulais plus être une femme, je ne voulais surtout pas être homosexuel, encore pire… je voulais être carrément macho. » (cf. un témoin interviewé dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 193)
 

Jean-Louis Chardans, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), fait même un lien entre homosexualité et inceste à travers l’archétype du Don Juan : « À l’instar des types ‘Don Juan’, poursuivant à travers toutes les femmes une mère idéale, ces individus homosexuels recherchent souvent dans leurs relations avec des hommes plus âgés un père idéal. » (p. 48) Il n’a peut-être pas tort.

 

L’individu homosexuel a de qui tenir. Souvent, on découvre que s’il joue au Don Juan, c’est qu’il a vu son propre père comme tel, ou bien que ce dernier s’est comporté comme tel. Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko parle de son papounet comme d’un gentleman « très adulé par les femmes » (p. 17) : « Tout Louhoua estimait mon père. Star-patriarche du coin, charismatique, c’était un homme très séduisant. » Dans la biographie Ramon (2008), Dominique Fernandez fait la prouesse de retracer la vie de son père. Ce dernier a écrit en 1924 un roman intitulé Philippe Sauveur et qui traitait d’homosexualité. Son fils s’en étonne encore, même s’il laisse échapper quelques indices d’homosexualité latente chez son père, qui était pourtant un homme marié et un coureur : « Écrire sur l’homosexualité, à cette époque, quand on était soi-même, ou qu’on passait pour l’être, un homme à femmes ! Quelle étrange curiosité poussait l’apprenti romancier ? » (p. 129)

 

Pour clôturer ce chapitre sur le Don Juan homosexuel, je ne peux pas faire l’impasse sur l’homme médiatique le plus homosexualisé du moment : le supposé « footballeur gay ». Le monde du sport, et notamment du sport le plus viril qui soit – le foot – est de nos jours simultanément hétérosexualisé et homosexualisé : « Le statut du footballeur a beaucoup changé depuis quinze ans. […] Beckham est l’incarnation des nouveaux hommes féminisés, les fameux ‘métrosexuels’. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), pp. 16-17) ; « Un mec qui joue au foot, c’est une tapette. » (Antoine de Caunes) ; « Dans le monde du foot, y’a beaucoup de lesbiennes. » (une femme lesbienne faisant elle-même du foot, dans l’émission Dans les yeux d’Olivier d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, spéciale « Les Femmes entre elles », diffusée sur la chaîne France 2 le 12 avril 2011) ; etc.

 

Tout de suite, on a en tête le calendrier annuel des Dieux du Stade (pour le rugby cette fois), autant acheté – si ce n’est plus ! – par un public homosexuel qu’un public non-homosexuel. Les chansons homosexuelles « I Will Survive » de Gloria Gaynor ou « Go West » du groupe Pet Shop Boys sont devenues des hymnes de supporters de stade de foot, individus pourtant peu réputés pour leur homophilie. Et de plus en plus de joueurs de foot font leur coming out ou sont connus pour être homosexuels : Yoann Lemaire, Anton Hysén, Brahim Naït-Balk, Justin Fashanu, Landon Donovan, Jonathan De Falco, Michel Platini, Olivier Rouyer, Marcus Urban, Thomas Hitzlsperger, Robbie Rogers, Michael Sam, etc. Certaines femmes lesbiennes cherchent également à s’homosexualiser en imitant le footballeur hétérosexuel : « J’habitais la banlieue et même si c’était intenable, j’étais toujours fourrée avec les garçons, je passais mon temps à réparer les mobylettes. C’était ma vie, ça : réparer des mobylettes, fumer des clopes, aller regarder le football. » (Gaëlle, femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 56-57) Actuellement, le recensement des sportifs homos est toujours plus médiatique et valorisé : on montre en exemple des athlètes comme Gus Johnston (hockey sur glace), Matthew Mitcham (natation), Ian Roberts (rugby), Amélie Moresmo (tennis), Michelle Ferris (cyclisme), Martina Navratilova, etc.

 

Le footballeur gay est un moyen pratique pour beaucoup de personnes homosexuelles de cacher leur homosexualité, donc de pratiquer une homophobie tout en faisant les beaux : « Mon père pensait que le football m’endurcirait et il m’avait proposé d’en faire, comme lui dans sa jeunesse, comme mes cousins et mes frères. J’avais résisté : à cet âge déjà je voulais faire de la danse ; ma sœur en faisait. Je me rêvais sur une scène, j’imaginais des collants, des paillettes, des foules m’acclamant et moi les saluant, comblé, couvert de sueur – mais sachant la honte que cela représentait je ne l’avais jamais avoué. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 30) ; « J’avais échoué, avec Sabrina, dans la lutte entre ma volonté de devenir un dur et cette volonté du corps qui me poussait vers les hommes, c’est-à-dire contre ma famille, contre le village tout entier. Pourtant je ne voulais pas abandonner et continuais à me répéter cette phrase, obsédante, ‘Aujourd’hui je serai un dur’. Mon échec avec Sabrina me poussait à accentuer mes efforts. Je prenais garde à rendre ma voix plus grave, toujours plus grave. Je m’empêchais d’agiter les mains lorsque je parlais, les glissant dans mes proches pour les immobiliser. Après cette nuit qui m’avait révélé plus que jamais l’impossibilité pour moi de m’émouvoir pour un corps féminin, je me suis intéressé plus sérieusement au football que je ne l’avais fait auparavant. Je le regardais à la télévision et apprenais par cœur le nom des joueurs de l’équipe de France. Je regardais le catch aussi, comme mes frères et mon père. J’affirmais toujours plus ma haine des homosexuels pour mettre à distance les soupçons. » (idem, pp. 195-196) ; etc.
 
 

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Code n°165 – Super-héros (sous-codes : Aventurier / « Personne n’est parfait »)

Super-héros

Super-héros

 

NOTICE EXPLICATIVE :

Le monde des supers-héros et la fantasmagorie de l’homosexualité ont ensemble de fortes connivences. Et quand on connaît la nature du désir homosexuel, un élan éloigné du Réel, encourageant à se prendre pour un objet ou pour Dieu afin de cacher un gros complexe d’infériorité, une panne d’identité, voire un viol, on ne sera pas surpris outre mesure…

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Se prendre pour Dieu », « « Plus que naturel » », « Adeptes des pratiques SM », « Frère, fils, amant, maître, Dieu », « Mère Teresa », « Dilettante homo », « Araignée », « Bovarysme », « Don Juan », « Poupées », « Fan de feuilletons », « Télévore et cinévore », à la partie « Rebelle » du code « Faux révolutionnaires », à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée », à la partie « Jeux vidéo » du code « Jeu » et la partie « Dessins animés » du code « Conteur homo », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel rêve de devenir un super-héros :

Film "Pourquoi pas moi?" de Stéphane Giusti

Film « Pourquoi pas moi? » de Stéphane Giusti


 

Dans les fictions homo-érotiques, les supers-héros occupent une très grande place : cf. le film « Supertapette » (2002) de Kurt Koehler, le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Us Against The World » du groupe Play, le vidéo-clip de la chanson « Music » de Madonna, le film « La Grande Zorro » (1981) de Peter Medak, la B.D La Verdadera Historia Del Superguerrero Del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario, le film « Captain Orgazmo » (1997) de Trey Parker, le film « Meteorango Kid, Heroi Intergaláctico » (1969) d’Andrés Luis de Oliveira, le film « Le Fabuleux Destin de Perrine Martin » (2002) d’Olivier Ciappa (qui est une parodie du « Fabuleux Destin d’Amélie Poulain », mais dans sa version ratée), le film « Hollywood Vixens » (1970) de Russ Meyer (avec Wonder Woman et Tarzan), la chanson « L’Aventurier » du groupe Indochine (qui laisse une grande place à Bob Morane), la chanson « Superwoman » d’Anne-Laure (la chanteuse lesbienne déclarée de la Star Academy 2), la pièce Jeffrey (2007) de Paul Rudnick (avec Wonder Woman), le film « PuPu No Monogatari » (1998) de Kensaku Watanabe, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, le film « X-Men » (2000) de Bryan Singer (avec le personnage de Véga), le vidéo-clip de la chanson « Sobreviveré » de Mónica Naranjo (avec l’apparition de Batman), la comédie musicale Fame (2008) de David de Silva, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau (avec Spiderman), les films « Lady Robinhood » (1925) de Ralph Ince et « Señorita » (1927) de Clarence G. Badger (avec Zorro), le film « Zorro » (1974) de Duccio Tessari, le film « Pink Narcissus » (1971) de James Bidgood, le film « Flesh Gordon » (1972) de Michael Benveniste et Howard Ziehm, le film « Tigerstreifenbaby Warter Auf Tarzan » (1998) de Rudolf Thome, le film « Robocop » (1987) de Paul Verhoeven, le film « All Stars » (1997) de Jean Van de Velde, la photo de Patrick Sarfati (p. 194) dans la revue Triangul’Ère 1 (1999) de Christophe Gendron, le dessin de saint Sébastien (2001) de Thom Seck, le dessin Scène de partouze (1965) d’Étienne, la chanson « James Bond et moi » de Zazie, la chanson « Extraterrestre » de Philippe Katherine et Arielle Dombasle, le film « AAPJMW » (2009) de Antoine + Manuel, la pièce DDM (des Drôles de Mecs) (2009) de Tristan Petitgirard, la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo, le film « Superheroes » (2007) d’Alan Brown, le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le film « Pourquoi pas moi ? » (1998) de Stéphane Giusti (avec Camille, l’héroïne lesbienne, fan de la « Guerre des étoiles »), le film « Les Héros sont immortels » (1990) d’Alain Guiraudie, le vidéo-clip de la chanson « It’s OK To Be Gay » de Tomboy, le roman Carnaval (2014) de Manuel Blanc (avec des déguisements comme Batman), le film « Les Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare (avec la chanson « Holding out for a hero » de Bonnie Tyler), le film « My Wonder Woman » (2018) d’Angela Robinson, etc.

 

B.D. "Barbarella"

B.D. « Barbarella »


 

Le héros homosexuel révèle dans un premier temps son goût pour les objets et le plastique : « Après la guerre, comme vous, je devins ingénieur chimiste, et me spécialisai, comme vous, dans les matières plastiques et le caoutchouc. » (Bob à son amant Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 222) Par exemple, dans le film « Masala Mama » (2010) de Michael Kam, le jeune fils d’un pauvre chiffonnier aspire à devenir dessinateur de comics ; d’ailleurs, il vole une B.D. de supers-héros dans une épicerie indienne. Dans le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, Pablo se compare à ses figurines de supers-héros en plastique, et teste justement les limites de son propre corps dans le milieu SM, comme s’il vivait dans l’illusion d’être inoxydable. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel, est fan de bandes dessinées et de dessins animés (les Simpsons, Toy Story, etc.) ; ce trentenaire pantouflard a une chambre ressemblant à une salle de jeux enfantine, remplie de peluches et de statuettes de Superman, Batman ; et il est surnommé « Super Nouf-Nouf » par l’un de ses amis. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Kévin, le héros homo, porte un tee-shirt avec Batman et Robin dessus. Dans le sketch sur la salle de sport dans son one-man-show Sensiblement viril (2019), l’humoriste Alex Ramirès décrit ses sensations quand il découvre son prof de muscu : « Le prof de muscu, c’est Captain America. Tu veux son corps… dans tous les sens du terme. »

 

Le fantasme du super-héros s’origine parfois dans un amour parental disproportionné. Par exemple, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Isabelle compte appeler son futur fils « Superman » et veut pour lui « le meilleur », la « réussite », la « perfection »… et non le bonheur. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Ayrton surnomme son grand frère (homosexuel et secouriste en mer) Donato « Aquaman » et lui attribue « des supers pouvoirs ». Ce dernier finit par le croire.

 

SUPER Wonder Woman

Wonder Woman, icône de Pink TV


 

Il est fréquent de voir le personnage gay ou lesbien se prendre vraiment pour un super-héros : « À un moment donné, elle [l’héroïne lesbienne] avait beaucoup aimé qu’on lui fit la lecture ; elle aimait surtout les livres qui parlaient des héros ; mais à présent, de telles histoires stimulaient tellement son ambition qu’elle désirait intensément les vivre. Elle, Stephen, désirait maintenant être Guillaume Tell, ou Nelson, ou la charge de Balaklava tout entière. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 28) ; « Je suis Batman. » (Oscar dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano) ; « J’ai des supers pouvoirs. » (Léo, le héros homosexuel aveugle se mettant en suspension sur sa chaise, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « J’aurais voulu être Superman pour l’éclater. » (Kévin, le héros homosexuel parlant de son père, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 422) ; « Ça a commencé toute petite. Quand j’étais petite je ne voulais surtout pas être actrice. Je voulais être dieu. Je voulais être une super-héroïne. Une sorte de comics… une sorte de rêve éveillé pour vous, une sorte de muse, d’enchantement pour vos yeux… Ce soir, je suis dieu. » (Lise, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je suis Super-Pédé. En fait, j’ai des pouvoirs magiques. J’ai un radar à pédés. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; « On avait fait les super-héros. » (Sarah, Charlène et leur cercle d’amis préparant une soirée thématique, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; « Maintenant, je suis invincible ! Si j’avais de supers pouvoirs, je partirai rejoindre Kanojo. » (Suki, l’héroïne lesbienne s’étant aspergée de spray anti-moustiques, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas, cherchant à découvrir quel est le personnage qui est marqué sur son post-it, demande à son amant François : « Est-ce que je suis un super-héros ? ». Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, John, le héros homosexuel, va jouer le rôle d’un super héros dans une série B.

 

Par exemple, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Jonathan, le copain de Frank, arrive avec un tee-shirt « Super-Gay », et se compare à Superman : « C’est pour ça qu’on m’appelle Super-Pédé. » Dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret, John Breakdown, le chorégraphe homosexuel, veut jouer le grand jeu : « Hicham ! Mon costume [de Superman] ! » Dans son one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, le jeune Alexandre joue déjà à la majorette avec sa cape de Zorro.

 

 

Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Éric, le héros homosexuel, se déguise en Zorro pour défiler à la Gay Pride. Dans le film « Papy fait de la résistance » (1982) de Jean-Marie Poiré, Guy-Hubert, le coiffeur super efféminé, est, dans sa double vie, le justicier « Super Résistant ». Dans le film « Kick-Ass » (2009) de Matthew Vaughn, la présomption d’homosexualité tombe comme par hasard sur Dave dès qu’il s’habille en super-héros et commence à passer dans les médias en déguisement de Vengeur Masqué : « On dirait un travelo ! » se moque sarcastiquement le présentateur télé. Dans le film « Les Incroyables Aventures de Fusion Man » (2009) de David Halphen, le héros, Fusion Man ( = Marc), est précisément homosexuel ; au moment où son copain Daniel – déguisé en Batman pour lui faire une surprise – lui a préparé chez eux un petit dîner en amoureux, il est obligé de partir en mission de sauvetage d’un garçon suicidaire steward qu’un Méchant – particulièrement efféminé – encourage à se jeter du haut d’un immeuble. Dans la pièce Le Gang des Potiches (2010) de Karine Dubernet, les trois héroïnes (dont l’une est ouvertement lesbienne) se déguisent respectivement en Wonder Woman, Lara Croft, et Catwoman, pour organiser leur hold-up. Dès les premières répliques du film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, Frédéric, le héros qui va se découvrir homosexuel, dit à son jeune fils déguisé en super-Héros et cherchant à le réveiller en lui « tirant dessus » avec son pistolet laser : « Je suis invincible, inoxydable. » Dans la série Queer as Folk version américaine, Michael Novotny, le meilleur ami gay de Brian, est un fan absolu de super-héros. Il finit même par ouvrir un magasin qui vend des comics. D’ailleurs il est amoureux de son meilleur ami et le considère un peu comme un super héros.

 

SUPER rainbow

Antoine Helbert


 

Parfois, le super-héros devient même l’amant homosexuel. « Soyons Bioman ! » (Sentou dans la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou) ; « On est Batman et Robin… mais nous sommes Batman ensemble tous les deux. » (Zook séduisant Jenko, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; « Fais de mon image un Super-héros. » (Olivier s’adressant à son jeune futur Mathan dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Tu es Laurel et moi Hardy. Tu es Batman et moi Robyn. Tu es Tom et moi Jerry. » (Karma s’adressant à sa copine Amy, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « On dirait Superman. » (Tom, le héros homosexuel, s’adressant à Dick quand il enlève ses lunettes, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; etc. Par exemple, dans le roman Pire des mondes (2004) d’Ann Scott, le protagoniste dit sa fascination pour les supers-héros, et notamment Spiderman, l’homme-araignée : « Une bête aussi microscopique capable de stratégie, ça force le respect, non ? » (p. 85) Dans le film « Kilómetro Cero » (2000) de Juan Luís Iborra et Yolanda García Serrano, l’amant est comparé à Superman. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi et Damien se rencontrent dans une laverie. Quand Rémi dit qu’il doit venir tous les jours pour laver son costume, Damien commence à se faire des films : « Ton costume ? T’es Super-Héros ? »

 

Dans le film « Deadpool 2 » (2018) de David Leitch, où l’homosexualité se trouve à tous les carrefours : Le héros, Wade (« Deadpool »), présenté comme hétérosexuel, tripote pourtant (accidentellement ?) le cul de son ami Colossus, se voit porté un peu plus tard par lui comme une mariée dans ses bras. Leurs rapprochements corporels sont tellement équivoques que même Vanessa, la compagne officielle de Wade, demeurant dans l’Au-delà, lui conseille ironiquement « de ne pas coucher avec Colossus » (« Don’t Fuck Colossus »). Il n’y a pas que le super-héros principal de ce Marveil Film qui est concerné par une homosexualité latente : on retrouve aussi le personnage de Weasel (le jeune Indien hyper-sensible qui s’identifie à l’actrice Kirsten Dunst : Wade lui caresse d’ailleurs langoureusement les cheveux pendant que Weasel conduit son taxi), le personnage de Cable (d’abord ennemi de Wade, puis qui finalement vire sa cuti et fait carrément sa déclaration à Wade : « Tu me rappelles ma femme. » ; c’est tellement le grand amour entre eux qu’il le traite de « beau gosse »), le personnage de Negasonic Teenage Warhead (la baby Butch garçon manqué, officiellement en « couple » avec une autre super-héroïne, sa copine asiatique Yukio : Wade renchérit en les félicitant toutes les deux « Vous formez un très joli couple. »). En clair, on a vraiment l’impression que tout le monde est bisexuel dans ce film pourtant ouvertement hétérosexuel et destiné à un public beauf hétéro. Les références homosexuelles prédominent dans les dialogues : par exemple, Wade se fait le chantre de toutes les transgressions qui heurtent la morale, à commencer par la transgression de la différence des sexes (il déclare à plusieurs reprises que « Les règles sont là pour qu’on les viole ») ; à un autre moment, il se targue de « maîtriser les câlins » ; enfin, il mentionne le site de rencontres homosexuelles Grindr comme corollaire à Tinder, deux applis que Cable consulterait. Concernant cette fois l’équipe du film, les scénaristes – en particulier Rhett Reese – ne brillent pas par leur masculinité. C’est plutôt voix haut perchée et gestuelle très maniérée. Je ne me lancerai pas dans des spéculations hasardeuses. Mais je n’en pense pas moins. Ils avouent eux-mêmes leurs sympathies LGBT et qu’ils ont tenu à inclure dans « Deadpool 2 » des clins d’œil ouvertement gays.
 

Le super-héros est l’incarnation de l’hétérosexuel, de l’hyper-masculinité et de l’hyper-féminité confondus, donc du fantasme sexuel et identitaire n°1 des personnages homosexuels.

 

SUPER Androgyne

 

« Et moi, c’était Mister Monde, mon péché original ! » (Fifi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Tarzan fut élu maire par son évidente notoriété. » (Copi, Un Livre blanc, 2002, p. 96) ; « Vous êtes un héros. » (Sidney Miller s’adressant à George, le héros homosexuel, pour le féliciter de son spectacle, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner) ; etc. Dans le roman Les Nouveaux nouveaux Mystères de Paris (2011) de Cécile Vargaftig, Frédérique, grâce à une machine à remonter le temps, fait à un moment donné la rencontre de Fantômette.

 

La force du Super-héros, c’est qu’il donne à croire au héros homosexuel ou transgenre qu’il lui permettra d’avoir le puissance de transgresser et de pulvériser la différence des sexes. Par exemple, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, lorsque la narratrice transgenre F to M se travestit, elle met une musique « parodique » de dessin animé de Super-héros avec une voix robotique signalant « Métamorphose ! » (la comédienne porte d’ailleurs un marcel de Goldorak).
 

Cependant, le personnage homosexuel, face à sa propre humanité ou à celle de son amant, finit par revoir à la baisse ses illusions d’être un héros aux multiples pouvoirs, par se trouver nul, et par juger l’amour homosexuel décevant. « Si encore je ressemblais à Wonder Woman… Hélas, je suis plus proche d’E.T. » (Marcy, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « J’ai même rêvé d’être Superman !!!! … Bon, j’ai très vite déchanté en me comparant aux autres dans les douches du club de judo… » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Si j’étais un super-héros, si j’étais fort, si j’étais beau, je ferais tant de choses. Je répandrais le bien. Hélas, je n’en suis pas un. » (cf. la chanson « Optimiste » de Stéphane Corbin) ; « Tu as lu trop de Fantômette, ma pauvre Bathilde. » (Amande à Bathilde, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 310) ; « Je ne suis pas un de tes supers-méchants de tes B.D. Je n’ai pas le pouvoir dont tu parles. » (le père à son fils homo Danny, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; etc.

 

B.D. What A Wonderful World (2014) de Zep (planche : "Le Sexualité compliquée des Super-héros")

B.D. What A Wonderful World (2014) de Zep (planche : « Le Sexualité compliquée des Super-héros »)


 

Par exemple, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Dan veut que son amant Gerry, avec qui il vit depuis une vingtaine d’années, « comprenne une fois pour toute qu’il n’est pas Superman » (p. 237). Dans le film « Pourquoi pas moi ? » (1998) de Stéphane Giusti, la figurine de Big Jim que Nico, le héros gay, tripote, est maltraitée et démembrée par son amie lesbienne Camille (« Tiens, la gouine, tu vas voir, ce qu’elle va te faire, la gouine ! »).

 

L’identité du super-héros que les personnages homosexuels endossent est parfois tout simplement le masque cachant le viol qu’ils ont vécu. Par exemple, dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Maria va voir au cinéma un film dans lequel Jo-Ann, sa jeune et future partenaire de théâtre avec qui elle jouera un couple lesbien, interprète une super-héroïne aux pouvoirs destructeurs (cette héroïne aurait d’ailleurs été violée par Sargone, et ses pouvoirs s’origineraient donc dans ce fait). À la fin de « Sils Maria », Maria se voit proposer elle aussi un rôle de « mutante », « une sorte d’hybride » de l’Espace qui « aurait tous les âges », par un jeune réalisateur bobo. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, parodie le dessin animé Les Maîtres de l’UniversPar le pouvoir du Crâne Ancestral ! ») pour se moquer d’un passager qui veut le voir ranger une grosse valise bien lourde dans les soutes à sa place.

 
Deadpool
 

Le costume du super-héros que les héros homosexuels mettent cache parfois aussi le viol qu’ils s’apprêtent à faire. Je vous renvoie par exemple à la nouvelle vague bobo des Super-Zéros que j’ai décrite dans mon livre Les Bobos en Vérité, où le personnage va être capable de trouver sa dissidence dans un pastiche raté (et parfois homosexualisé) du Super-Héros traditionnel, quitte à ce que ce ratage autoparodique soit réellement violent, méchant, homophobe (pour désacraliser le kitsch paillette du lycra), sur le mode de « Deadpool » (2016) de Ted Miller, « Kick-Ass » (2010) de Matthew Vaughn ou « Zoolander 2 » (2016) de Ben Stiller : allez lire mon article ici. Il y a largement de quoi s’inquiéter.
 
 

b) Personne n’est parfait :

La prétention à se vouloir super-héros se décline parfois en laconique aveu d’impuissance (= « Personne n’est parfait ») qui se fait passer pour humble mais qui en réalité n’est qu’une confirmation de l’excès d’orgueil (« Je ne vois pas pourquoi je changerais et ferais des efforts puisque je ne peux pas être Dieu ; l’ambition est systématiquement prétention… ») : cf. la chanson « Nobody’s Perfect » de Madonna, le film « Personne n’est parfait » (1993) de Robert Kaylor, le film « Personne n’est parfait(e) » (1999) de Joel Schumacher, le film « Personne n’est parfait » (1981) de Pasquale Festa Campanile, le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart (avec la chanson d’entrée), la chanson « On n’est pas tous les jours sublime » dans la comédie musicale Sand et les Romantiques de Catherine Lara, la chanson « La Prétention de rien » de Pascal Obispo, la pièce Personne n’est parfait(e) (2015) d’Hortense Divetain, etc. « Tu sais, Liz, y a rien de parfait, y a rien de nul. Rien. Quelque chose de totalement parfait, ça a quelque chose de nul, non ? Et quelque chose de nul, ça a pas quelque chose de parfait ? » (Willie dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 98) ; « Je ne suis pas le Superman viril que tu attendais !! » (Gabriele, le héros homo, violentant son amie Antonietta qui souhaitait « se faire sauter sur la terrasse » de l’immeuble, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « Je ne suis pas un warrior. J’écoute Céline Dion. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; « Désolé. Ma vie est compliquée. Chuis pas un héros. » (Victor, le héros homosexuel, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; « Victor n’est pas parfait. Personne n’est parfait. » (Charles parlant de son fils homo, idem) ; « On est parfaites, quoi ? » (Morgane, homme trans M to F, ironiquement) « Exactement ! » (Sandrine, son amante, dans l’épisode 414 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 6 mars 2019 sur TF1) ; etc. Dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, lorsque Jerry, travesti en Daphnée, essaie de faire comprendre à Osgood que leur mariage est impossible (« Vous ne comprenez pas, Osgood : je suis un homme. ») en retirant sa perruque devant lui, ce dernier répond d’un air coquin mais inclusif : « Personne n’est parfait. » Bref, son amant ne semble voir aucun inconvénient à passer de femme à homme. La Gay Pride de Genève (Suisse) du 25 juin 1994 choisit pour slogan « Personne n’est parfait ».

 
 

c) Le personnage homosexuel est surnommé ou se surnomme « l’Aventurier » :

Il arrive que le personnage homosexuel, dans ses élans mégalomanes, se définisse comme un aventurier. Je vous renvoie au roman Portrait de l’Aventurier (1950) de Roger Stéphane, à la chanson « Toc de mac » d’Alizée (« Tu es venu en tutu, des idées de grande aventure »), au film « Adventure » (« L’Aventure », 1945) de Victor Fleming, au film « The Adventures Of Priscilla, Queen Of The Desert » (« Priscilla folle du désert », 1994) de Stephen Elliott, au film « Les Anges du péché » (1943) de Robert Bresson, au film « Lucky Luke » (2009) de James Huth (avec Calamity Jane), le film « Les Derniers Aventuriers » (1969) de Lewis Gilbert (avec les lesbiennes auto-stoppeuses agressives et obsédées par la propreté), le film « À l’aventure » (2009) de Jean-Claude Brisseau, le film « Les Incroyables Aventures de Fusion Man » (2009) de David Halphen, etc.

 

Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin dit à son amant Bryan qu’ils sont en train de vivre « une aventure extraordinaire » (p. 107). Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, dit qu’il a « un métier formidable pour vivre des aventures ».

 

Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le mot « aventure » est répété deux fois page 149. Et l’adjectif « aventurier » équivaut presque à « homosexuel » : le fils de Rakä et Gouri, les deux pères rats, est leur enfant « par l’esprit » ; et Rakä prédit que « ce sera un garçon aventurier » (p. 150).

 

Mais ne nous y trompons pas. Quand le héros homosexuel parle d’aventure, en général, c’est dans un sens peu noble. La grande Aventure existentielle, collective, et humaine est remplacée par la simple liaison sexuelle furtive et égoïste : « La vie n’est pas un roman, ni sous les tropiques. Le goût de l’aventure me conduit dans les bains turcs de Mexico. » (Christopher Donner, Ma Vie tropicale, premier chapitre, 1999) ; « C’est bien fini, tout ça. Les aventures. Les garçons. » (Vincent, le héros homosexuel, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « L’aventurier solitaire, Bob Morane est le roi de la Terre. » (cf. la chanson « L’Aventurier » du groupe Indochine) ; « Papa… Kevin et moi, on a une aventure. » (Kavanagh imaginant qu’il annonce à son père son homosexualité sans la lui annoncer vraiment, dans le one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out (2010) d’Anthony Kavanagh) ; « Mon aventure, qui est-ce ? » (cf. la chanson de Tonia, le transsexuel M to F, dans le film « Morrer Como Um Homen », « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues) ; « J’ai un esprit aventurier et je suis encore assez jeune pour l’aventure ! » (la Vache sacrée dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « J’ai maintenant l’imagerie nomade et le fantasme aventureux. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 9) ; « Je suis une aventure. » (le héros bisexuel du film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius) ; « T’as toujours aimé l’aventure, les sensations fortes. » (Arnaud à Mario dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « L’aventure, y’a qu’ça de vrai ! » (Nana dans le one-woman-show Nana vend la mèche (2009) de Frédérique Quelven) ; « Plus à l’aise maintenant, elle allait à l’aventure, s’approchant insensiblement de mes endroits secrets. » (Alexandra, la narratrice lesbienne, par rapport à une de ses bonnes, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 98) ; « Je travaillerais beaucoup plus parce que je ne voudrais pas la décevoir. Je ne pensais à rien d’autre, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sinon à avoir des aventures. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de sa prof Mrs Pillai, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 226) ; « J’ai besoin d’une aventure ! » (Ninette s’adressant à son amante Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Voici la vie de pédé ! Étranglé et presque noyé pour mille misérables francs quand je ne faisais que chercher l’extase de l’aventure ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Notre dernière aventure, Elvire, à toi et à moi ! » (idem) ; « Je me dis souvent que ce n’est pas en restant écrasé dans le fauteuil rouge à écouter Leonie Rysanek chanter la ‘Chanson du saule’ que je risque de trouver l’âme sœur. Il y a bien le parc Lafontaine pour faire exulter le corps, mais ça ne reste que des attouchements impersonnels qui n’ont rien à voir avec quelque sentiment que ce soit. Mais je ne me décide pas à faire le grand saut, à partir à l’aventure ou, du moins, à la recherche de mes semblables, je me contente de sublimer depuis déjà trop longtemps, j’en suis parfaitement conscient et je n’y peux rien. » (le narrateur parlant de l’opéra La Bohème de Puccini dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 19) ; « Je choisissais les plus beaux et vivais une intense aventure de dix secondes avec chacun. » (le narrateur homo évoquant le jeu des regards à l’opéra, idem, p. 44) ; « J’ai décidé de vous amener à l’aventure ! » (Simon, le héros homo, s’adressant à ses amis, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, quand Romeo propose à Johnny une expédition dans l’île (« On pourrait partir en exploration… »), clairement, ce dernier comprend le sous-texte sexuel de son invitation. Dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Catherine, l’héroïne lesbienne, suggère les « aventures » amoureuses quand elle parle de voyager. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Hunger attribue au cinéaste homosexuel Eisenstein un « comportement puéril », « une longue aventure irresponsable ». Et en effet, Eisenstein enchaîne les frasques sexuelles au Mexique.

 

Sinon, question véritable Aventure, le personnage homosexuel a tout de la mauviette peureuse : « Je n’ai pas cet esprit d’aventure, je ne suis qu’une folle coincée. » (François dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 142) Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, un des quatre héros homosexuels raconte qu’il a grandi dans des draps de soie, entourés de « sa dînette, ses Barbies, ses héros ».

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles rêvent de devenir des super-héros :

On voit très souvent que derrière le mythe du super-héros se cache l’énigme du désir homosexuel. « la perspective homosexuelle se développe très tôt chez des enfants égocentriques. L’homosexualité apparaît comme une tentative manquée pour compenser un sentiment d’infériorité. L’homosexualité est la recherche d’un triomphe fictif. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 200) Par exemple, le directeur de Change.org en Espagne, Francisco Polo, raconte qu’il s’est identifié dans son adolescence aux super-héros pour surmonter les harcèlements scolaires. Le documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean démarre précisément dans les rayons jouets d’un supermarché, avec les panoplies de super-héros, et notamment celles de Batman. Et en me baladant à l’exposition « Des Jouets et des Hommes » (2011) au Grand Palais de Paris, j’ai vu les multiples corrélations entre le monde de l’homme-objet et l’homosexualité, par exemple en regardant les installations audiovisuelles de Pierre Sorin.

 

Certaines personnes homosexuelles ont affirmé de leur vivant être réellement fascinées par la plastique du corps masculin ou féminin : Walter Pater, Michel Ange, Yukio Mishima, César Lácar, Juan Fersero, Francis Bacon (adepte des statues égyptiennes), et bon nombre d’hommes gay qui passent leur temps dans les salles de musculation. L’univers du mannequina, de la sculpture, de la coiffure et de la danse, renvoyant au mythe de Pygmalion et au goût des statues, est particulièrement investi par les sujets homosexuels. L’association homosexuelle parisienne Les Mecs en Caoutchouc réunit les fans de latex et de caoutchouc célébrant le corps parfait des super-héros plastifiés. Le dimanche 8 juin 2008, justement, a eu lieu à Madrid le 6e Festival « Infinita 2008 » qui mettait à l’honneur les super-Héros et le monde des comics. Ce genre de rassemblements queer ne sont absolument pas rares, et attire une forte population homosexuelle : « Une des plus célèbres soirées latex de Londres s’appelle la Rubber ball : jeu de mots qui signifie à la fois ‘bal du latex’ et ‘couilles en caoutchouc’. 2000 personnes y communient dans l’amour des tenues lubrifiées d’homme-grenouille. La Wasteland, à Amsterdam, réunit 4000 adeptes des fourreaux luisants. En Australie, certaines soirées rassemblent jusqu’à 7000 rubber victims qui portent leur seconde peau. » (Agnès Giard, Le Sexe bizarre (2004), p. 43)

 

Vidéo-clip de la chanson "Dégénération" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer


 

Le monde des supers-héros a beaucoup stimulé – et continue d’inspirer – l’imaginaire de nombreux individus homosexuels. Par exemple, en 1960-1962, Andy Warhol réalise ses premières peintures à l’épiscope, inspirées par la B.D. et par les réclames publicitaires : Dick Tracy, Nancy, Superman, Dr. Scholl, TV$99. Les deux sculptrices Ange et Damnation créent des héroïnes telles que Zorrote, Napoléone, des anges féminins noirs. Quant à N’Krumah Lawson Daku, il prend ses modèles en photo en leur faisant porter un masque de Zorro. À l’émission radiophonique homosexuelle Homo Micro, sur Radio Paris Plurielle (106.3 FM), une partie de l’équipe entourant Brahim Naït-Balk a monté en 2010 une série hebdomadaire (séquences de quelques minutes, incluant les chroniqueurs dans un rôle fantastique) qui s’intitule BiHomoMan, reprenant à son compte le titre de la série sentai japonaise Bioman. Alan Scott, alias Green Lantern, est le super-héros ouvertement gay de DC Comics.

 

green-lantern-B.D

 

Certaines personnes homosexuelles ont clairement désiré dans leur cœur être des supers-héros. Je pense par exemple à David Bowie (transformé en Ziggy Stardust), à Michael Jackson (devenu un homme élastique), à Mylène Farmer (volant dans les airs), etc. Dans l’émission Dans les yeux d’Olivier, « Les Femmes entre elles » d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq (diffusée sur France 2, le 12 avril 2011), quand on demande à la comédienne Océane Rose-Marie pourquoi elle s’est choisie comme nom de scène « la lesbienne invisible », elle répond : « Y’avait un côté super-héros pour le titre du spectacle. »

 

 

Les supers-héros sont utilisés comme icônes homosexuelles. Par exemple, lors de sa création en 2004, la chaîne de télévision Pink TV a comme par hasard plébiscité comme ambassadrice Wonder Woman. Les sœurs de la série Charmed, les actrices comme Jane Fonda (Barbarella), Lindsay Wagner (Super Jaimie), Angelina Jolie (Lara Croft), Elizabeth Montgomery (Ma Sorcière bien-aimée), ou Sarah Michelle Gellar (Buffy contre les vampires), sont de forts modèles d’identification chez le public gay. Dans une émission Bas les Masques (1992) de Mireille Dumas, consacrée à l’homosexualité, Éric affirme avoir été marqué dans son adolescence par le personnage de Tarzan. Dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), Frédéric Mitterrand parle de sa fascination pour Bob Morane (p. 43).

 

 

Certaines personnes homosexuelles avouent sans honte leur idolâtrie : « On se demande pourquoi on a souvent tendance à oublier les héros de notre enfance tels que Robin des Bois, Spock et l’incontournable Superman auxquels on voulait ressembler, que ce soit pour leur physique ou leur témérité. Alors assumons, messieurs ! » (cf. l’article « Megging, Messieurs ! » de Monique Neubourg dans la revue Sensitif, n°44, mars 2010, p. 54) ; « Gamin, j’étais abonné à X-Men et je regardais tous les péplums à la télé. » (Férid cité dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 106) ; « Un héros d’une pureté absolue, voilà ce que Louis II voudrait être. » (cf. le documentaire « Louis II de Bavière : la mort du Roi » (2004) de Ray Müller et Matthias Unterburg) ; « Désormais, je m’identifierais toujours au héros masculin quand je lirais des histoires ou quand j’irais au cinéma. » (Paula Dumont à l’âge de 7 ans, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), p. 64) ; « Je suis un fervent adepte de tous ces dessins animés japonais qui mettent en scène un super-héros aux prises avec un nombre incalculable de méchants plus cruels les uns que les autres. Je m’imagine que je suis moi aussi doté de pouvoirs extraordinaires et que ma mission consiste à sauver le monde d’une destruction certaine, programmée par des forces occultes. Rien que ça ! » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 13) ; « Mes premières héroïnes étaient Catwoman – môme, je la dessinais brandissant son fouet –, Fantômette, Super Jaimie et Wonder Woman. Les ancêtres de Xena, quoi. » (le réalisateur Julien Magnat, dans la revue Têtu, n°69, juillet/août 2002, p. 20) Pour ma part, très jeune, j’ai été fortement impressionné par Wonder Woman, Super Jaimie, She-Ra, Fantômette, les Drôles de Dames : je me mettais dans la peau de ces femmes aériennes.

 

Le super-héros est l’incarnation de l’hétérosexuel, de l’hyper-masculinité, donc du fantasme sexuel et identitaire n°1 des personnes homosexuelles. Dans leur essai Le Cinéma français et l’Homosexualité (2008), par un beau jeu de mots avec l’héroïsme, Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni nous parlent justement des « beaux (hét)héros » (p. 48) La fascination pour le surhomme-objet va jusqu’à la projection amoureuse : certains sujets homosexuels transfèrent sur la poupée dynamique leurs propres émotions, leur humanité (qu’ils croient perdue ou qu’ils désirent perdre), et parfois même partent à la recherche d’un amoureux qui sera le clone de leur Superman cinématographique ou de leur Wonder Women : « Je cherche Mister Perfection. » (Brüno dans le reportage « Brüno » (2009) de Larry Charles)

 

B.D. "Batman et Robyn"

B.D. « Batman et Robyn »


 

Le super-héros condense, grâce au cinéma d’animation et aux images en 3D, la perfection corporelle avec le sentiment : les avatars s’agitant sur nos écrans semblent réels et pourvus d’empathie. Ils catalysent tout type de sentiments, de désirs humains, d’orientations sexuelles. Et le paradoxe, c’est que plus les super-héros s’hétérosexualisent et se sur-sexualisent, plus ils s’homosexualisent : Lara Croft a tout de la lesbienne qui a perdu sa douceur féminine ; Xena la Guerrière est l’icône lesbienne par excellence ; Zachary Quinto, l’acteur qui a joué dans la série Heroes et dans le film Star Trek (2007) de J. J. Abrams, a fait son coming out le 18 octobre 2011. On trouve également de nombreux croisements entre Batman et l’homosexualité. Par exemple, le chanteur Rostam Batmanglij (du groupe Vampire Weekend) est gay… et son nom de scène parle de lui-même ! La B.D. homo-érotique Batman (1939) de Bob Kane et Bill Finger a été censurée en temps de maccarthysme aux États-Unis au nom de ses nombreuses références à l’homosexualité (le clown de Batman est parfois habillé en grande folle ; on a prêté à la collaboration entre Batman et Robin une ambiguïté homosexuelle). Et pour ce qui est du groupe des Village People, il est également précurseur des supers-héros version gay, puisque chacun des chanteurs a choisi de représenter un des archétypes de survirilité sociale les plus courus.

 

SUPER DDM

 

La passion homosexuelle pour les supers-héros dit un désir de grandeur (et de sainteté) frustré et mal comblé : en effet, beaucoup de personnes homosexuelles rêveraient d’être reconnues pour leur grandeur d’âme et leur originalité, mais comme elles refusent le bon Maître, un Dieu pauvre et faible nommé Jésus, et qu’elles préfèrent se tourner vers une idole de pacotille appelée Monsieur Muscle, elles se retrouvent à prononcer dans le silence de leur cœur un pathétique cri (« Force Rose !!! ») qui ne les pousse pas à croire en elles, ni aux autres, ni en la beauté des actions d’amour.

 

Par exemple, dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel commence son spectacle en disant qu’il était Superman et qu’il s’est transformé en nabot homosexuel : « L’homme du futur, plus fort et plus résistant, s’est transformé en nain efféminé. » Le comédien tourne en dérision sa petite taille, et dit qu’il aurait aimé être grand, blond aux yeux bleus : « 1m66, ça fait marrer. »
 

SUPER Powers Rangers

 

Je crois qu’au fond, la recherche de divinité à travers l’identification à l’Homme-objet omnipotent cache un refus de se reconnaître fragile, réel, un désir de mourir (car une idole, c’est bien mort et inerte… même si l’acteur qui lui a prêté son corps et surtout son visage est bien vivant), et même parfois un viol. Certains individus homosexuels ont été pris pour des objets (survalorisés ou dévalorisés par leurs consommateurs), et tentent de recoller les morceaux du mythe amoureux qu’ils ont incarné. Ce n’est pas sans raison que dans son essai Ça arrive aussi aux garçons (1997), Michel Dorais appelle chez le garçon abusé sexuellement dans son adolescence la recherche d’un partenaire masculin plus âgé que lui « le syndrome de Batman et Robin » (pp. 232-234) : « Le duo Batman et Robin est le prototype de la relation idéale que cherchent à établir, plus ou moins inconsciemment, nombre de garçons agressés. […] Environ le tiers des répondants à cette enquête furent un temps des émules de Batman et Robin. »

 
 

b) Personne n’est parfait :

Vidéo-clip de la chanson "Music" de Madonna

Vidéo-clip de la chanson « Music » de Madonna


 

Chez la majorité des personnes homosexuelles, la prétention à se vouloir super-héros se décline parfois en laconique aveu d’impuissance (« Personne n’est parfait ») qui se fait passer pour humble mais qui en réalité n’est qu’une confirmation de l’excès d’orgueil (« Je ne vois pas pourquoi je changerais et ferais des efforts puisque je ne peux pas être Dieu ») : « La perfection n’existe pas. » (Patrick Loiseau dans l’émission Vie privée, Vie publique (2007) de Mireille Dumas) ; « Personne n’est parfait. » (Christine Angot, Quitter la ville (2000), p. 189).
 

Déborah, intersexe


 

Par exemple, la tombe de Hans Blüher (homosexuel) porte encore aujourd’hui le monogramme chrétien « Nobody is perfect ». Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Déborah, personne intersexe, se photographie devant un écriteau « I’m not perfect but I’m limited edition. ». Or, comme le disait de son vivant Mère Teresa, nous ne devons jamais cesser de tendre à la perfection. C’est ce désir qui nous rend humble, et le refus du chemin de perfection qui nous rend prétentieux et tristes. Car il faut beaucoup d’humilité pour continuer à s’orienter vers la Vérité et la perfection en sachant qu’on sera forcément toujours en dessous et qu’on n’y arrivera pas par nos propres forces, sans être aidés des autres et de Dieu.

 

Autobiographie Personne n'est parfait, maman! de Thomas Sayofet

Autobiographie Personne n’est parfait, maman! de Thomas Sayofet


 

L’autoparodie défaitiste participe de l’alimentation de sa croyance à se croire parfait : « Bien sûr, nous, nous n’aurons pas de défauts. » (Christophe en boutade, parlant du patrimoine génétique que lui et de son compagnon Bruno donnerait à « leur » enfant par GPA, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015)
 

Lady Gaga

Lady Gaga


 
 

c) L’aventure est plus envisagée en tant qu’expérience sexuelle et fantasmatique que comme une action réelle :

Certains individus homosexuels se présentent/sont présentés comme de grands aventuriers : cf. l’article « Annemarie Schwarzenbach, aventurière et amoureuse des femmes » de Béatrice Catanese dans le revue Têtu du lundi 15 août 2011, le documentaire « Orchids, My Intersex Adventure » (2011) de Phoebe Hart, etc. « Montherlant a, dans ses écrits comme dans sa vie, choisi l’aventure en tant que vocation spirituelle. » (Susan Sontag, « Héros de notre temps l’anthropologue », L’Œuvre parle (1968), p. 101) ; « Vendredi 20 décembre 1918. [À une soirée au club] J’ai été accaparé par un jeune homme élégant au visage de garçon gracieux et un peu fou, blond, beau type d’Allemand, plutôt fragile, qui m’a rappelé Requadt, et dont la vue m’a sans aucun doute fait une impression telle que je ne l’avais plus constatée depuis longtemps. Était-il simplement en tant qu’invité au club, ou vais-je le revoir ? Je m’avoue de bon gré que cela pourrait devenir une aventure. » ; « Samedi 21 décembre 1918. […] Je voudrais, plein d’esprit d’aventure, revoir le jeune homme d’hier. – Neige. Le soir, gel. » (Thomas Mann, cité dans Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 121) ; « J’aime l’aventure, l’ambition. J’aime commander. Et les femmes soumises. » (Maïté, femme lesbienne, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Par exemple, dans l’introduction de l’autobiographie Parce que c’était lui (2005), on nous décrit Roger Stéphane comme un « aventurier existentiellement solitaire, même s’il ne vivait qu’à travers le monde » (p. 28). Le poète français Arthur Rimbaud est transformé par la légende en « aventurier insaisissable » (cf. l’article « Arthur Rimbaud » de Laure Murat, dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 404). Dans la revue Têtu du 15 août 2011, on décerne également à Annemarie Schwarzenbach le titre d’« aventurière et amoureuse des femmes ».

 

SUPER Arielle

 

Je n’idéaliserais pas autant le tableau… Il y a certainement méprise dans les termes : en valeur, l’aventure sexuelle n’équivaut pas à l’aventure aimante et humaine, même si c’est le même mot (« aventure ») qui les rapproche. Les esprits libertaires vantent les mérites de l’« aventure du sexe »… mais celle-ci ne requiert ni notre courage, ni notre liberté, ni notre volonté d’engagement, mais plutôt notre lâcheté, nos errances, notre consumérisme, notre égoïsme, notre abandon à la luxure, aux pulsions, au plaisir des sens. Par exemple, dans la revue Triangul’Ère 1 (1999) de Christophe Gendron, quand l’essayiste lesbienne Geneviève Pastre propose au sein du couple homosexuel « d’être l’aventurier de son corps et de son esprit, et de pratiquer une exploration réciproque » (p. 73), elle situe majoritairement « l’aventure » sur un plan sensoriel, sensuel, génital, narcissique, productiviste, mécaniste, rentable. Ici, l’aventure est au corps ce que le capitalisme est au marché : elle vise au bien-être (comptable !) de l’individu plus qu’au bien commun. On retrouve cette logique mercantile dans la bouche de beaucoup de penseurs homosexuels employant le mot « aventure » ou l’adjectif « aventurier » : « Burroughs est l’un des écrivains américains les plus importants de la génération d’après-guerre. Drogué et aventurier, il a tout essayé. » (Lionel Povert, Dictionnaire gay (1994), p. 104) ; « Après les petites annonces et les saunas, j’ai fini par m’aventurer dans le quartier gay de Paris, le Marais, toujours dans l’espoir de LA rencontre. J’ai vite déchanté. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 48) ; « Son activité de metteur en scène ne le retenait pas dans sa vie d’aventurier. Il était toujours prêt à des rencontres douteuses. » (Alfredo Arias parlant de Coco, le travesti M to F, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 24) ; « Je me suis mis à marcher derrière Bruno comme quand on suit aveuglément l’amour, pour trouver au comptoir un centimètre carré disponible. Lumières paralysantes, la musique hurlait pour couvrir la rumeur générale qui s’amplifiait alors que, les bières se vidaient. Hommes enlacés, bouche à bouche, sexe à sexe, ils se déchaînaient pour un soir en libérant toutes leurs pulsions, le temps de vivre leurs désirs. Les plus âgés, relativement plus calmes, ‘des aventuriers de l’âge perdu’, comme les appelait Bruno, qualification qui me déplaisait fortement, lorgnaient sans doute vers le passé déchu qui s’écoulait à la vitesse des perfusions. Tandis que je m’insurgeais contre cette discrimination, Bruno m’expliquera plus tard que, attirance physique oblige, le fossé des générations dans le milieu a plus qu’un sens, il a un corps. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 133) ; « Les rencontres sexuelles fortuites qu’on appelle ‘aventuras’ prennent fatalement un côté sentimental. » (Copi à Paris en août 1984, cité dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 89) ; « Je me retrouvai [en 1957], à l’âge de 16 ans, débarrassé des uns et des autres dans l’immense ville de Buenos Aires. Ayant appris quelques finesses de petit parisien, je me dédiai beaucoup à l’aventure sentimentale et au voyeurisme social. » (Copi à Paris en août 1984) ; etc. L’« aventure » en question est plutôt, en réalité, une absence d’Aventure.

 
 

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L’homosexualité (masculine ou féminine) : Malgré les apparences, un désir très machiste

Quand je dis que l’homosexualité est un désir machiste peinturluré de rose (donc un désir homophobe, idolâtre, contre lui-même, et hyper violent), je pèse mes mots! Il est un élan d’identification à l’hyper-virilité du violeur tout-puissant asexué cinématographique (= l’androgyne Superman) ET de l’hyper-féminité de la victime violée cinématographique (= la femme fatale), qui cherche à fuir les limites de la sexuation femme/homme, les limites du Réel, sa condition humaine de créature, et l’existence de Dieu. Inconsciemment, le roi invisible de toute personne homosexuelle est un ange violeur féminisé jouant la victime. Qu’on le veuille ou non, le désir homosexuel est super machiste (ou, si vous préférez, misogyne, misandre, misanthrope). En somme, il nie la fragilité et les limites humaines, l’incarnation de l’Amour. Il veut être Amour sans corps, sans actes, sans identité humaine, sans différences. Il ne chante la différence que dans l’idée. Mais concrètement, il la rejette… en commençant par la différence des sexes.

Pour vous prouver le machisme de l’homosexualité, je vais prendre un exemple tout bête. Regardez, dans la population mondiale, quelle catégorie de populations peut vraiment désirer un groupe comme les Pussycat Dolls, soit dans le but de le posséder sexuellement, soit dans le but de s’y identifier sexuellement : les gros beaufs hétéros ET les personnes homosexuelles.

N.B. : Dans mon livre Homosexualité sociale (déc 2008, Éd. L’Harmattan), pour illustrer la phrase de René Girard dans Mensonge romantique et Vérité romanesque « La démocratie est une vaste cour bourgeoise dont les courtisans sont partout et le monarque nulle part », j’avais déjà parlé de « Ce monarque féminisé, confortablement installé derrière ses écrans de télévision, que nous ne voyons que de dos tant il/elle est lâche« , qui gouverne nos sociétés matérialistes-bisexuelles, et qui est un peu la « Reine anonyme » (1992) de Gonzalo Suárez.

 

Y a-t-il plus d’hommes gays que de femmes lesbiennes?

Y a-t-il plus d’hommes gays que de femmes lesbiennes ?

 

 

L’homosexualité, une affaire d’hommes ?

 

Les femmes lesbiennes : minorité invisible ? cachée ? méprisée ? silencieuse ? ou simplement  discrète ? Il est bien difficile de donner un nom à la population lesbienne mondiale, « nation » que certains individus, dans un élan euphorique de générosité, n’hésitent pas à qualifier de « minorité majoritaire » victorieuse, comme les mythiques et conquérantes amazones. Il faut le reconnaître : numériquement, la communauté lesbienne est moins imposante que la communauté gay (Bourdieu, par exemple, dans Les Études gay et lesbiennes, note que dans le mouvement gay et lesbien, il y a 90 % de gays et 10 % de lesbiennes). Non pas simplement parce qu’on l’entendrait/verrait moins (comme certains se plaisent à le croire pour soutenir des arguments victimisants du type « Si on ne voit pas les lesbiennes, c’est parce qu’elles sont doublement discriminées – en tant qu’homosexuelles et en tant que femmes ! »), mais aussi de fait. À moins que les femmes lesbiennes soient une espèce « planquée » préférant vivre dans un clandestinité heureuse et ne fréquentant que des squats souterrains la nuit, ce qui m’étonnerait franchement, je me surprends à pousser le cri seventies de Patrick Juvet : « Où sont les femmes ? » Oui, où sont passées les filles lesbiennes que l’on voit de plus en plus dans les vitrines télévisuelles et pourtant toujours aussi peu dans la réalité ? Est-ce que l’homosexualité concernerait majoritairement les hommes ? On est en droit de le penser, même si, à l’ère de l’« égalité » et de la parité des sexes, on finit par s’interdire ce constat.

 

Alors si vous le voulez bien, pour une fois, j’aimerais bien qu’on se penche un peu plus sur la communauté lesbienne, et qu’on essaie de comprendre pourquoi ce fossé existe entre hommes gay et femmes lesbiennes, car on en apprendra beaucoup sur la nature même du désir homosexuel. Ce n’est pas un hasard si notre société et la grande majorité des personnes homosexuelles évitent de traiter de cet écart numérique, car celui-ci pointe du doigt la probable influence qu’exercent certaines femmes et certains hommes dans le meurtre symbolique (et parfois réel) de la paternité-masculinité, dans le viol des femmes réelles, dans l’émergence du désir homosexuel.

 
 

Un constat de terrain

 

C’était l’année de mon coming out, en 2002. J’ai eu la chance d’être le témoin direct d’une phase de transition assez brève et spectaculaire dans le « milieu homosexuel » français, alors que je me trouvais dans la belle ville de province d’Angers. Il n’y avait pas à l’époque 36 000 bars homos dans lesquels aller : un bar nommé Le Cargo (et qui, depuis, a coulé… paix à son âme) accueillait la grande majorité de la « population sans contrefaçon » angevine. Le mérite qu’avait ce lieu par rapport aux bars et discothèques des grandes villes comme Paris, c’est que l’absence de choix permettait une plus grande mixité, un brassage nécessaire, presque spontané. Et c’est incroyable comme en l’espace de 6 mois seulement, entre janvier et juin 2002, j’ai pu voir le public de cet établissement gay friendly mixte d’habitude majoritairement fréquenté par les garçons (alors que les deux propriétaires étaient des femmes) subitement changer de clientèle. Comme descendues du ciel, les sirènes lesbiennes ont débarqué en masse au Cargo. Leur présence ne me dérangeait absolument pas (sauf, bien sûr, quand je me faisais bousculer pour une Marie-Jo en puissance qui n’avait que mépris pour la gente masculine « machiste » ou trop « folle » que je représentais, ou bien quand la programmation musicale « s’hétérosexualisait » dangereusement en parodie de fête beauf « de mecs »…) : au contraire, je trouvais qu’une ambiance vraiment mixte adoucissait bien souvent les esprits, rendait les rituels de la drague masculine un peu moins brutaux et consuméristes qu’à l’ordinaire, et favorisait les amitiés désintéressées. Mais j’avoue que là, la révolution a été un peu brutale. En seulement quelques mois, nous avons tous assisté d’abord à l’apparition-éclair d’une communauté lesbienne jusque-là invisible et très minoritaire, puis à la phase de compartimentation du supermarché homosexuel en sous-sous-parties de communauté (les trans, les bear, les bis, les folles, les seniors, les fem, les butch, les internautes, les hors-milieu, etc.), et ensuite, ô paradoxe, à la disparition de cette même communauté lesbienne qui, à peine installée, a vite plié bagage pour chercher d’autres horizons plus « radicalement féminins ». Chacun rentrait chez soi et fermait la porte, alors même que la fête n’avait pas commencé. J’apprenais qu’il y avait « des soirées 100 % filles » d’un côté, des « week-end bords de mer 100 % mecs » de l’autre, bref, que les sexes ne voulaient plus se rencontrer. En cette année de grâce 2002, les retrouvailles avec les femmes lesbiennes auront été de courte durée. Que s’est-il donc passé ? La communauté lesbienne est-elle une peuplade-fantôme, une étoile filante, un simple rêve ? On y croirait presque. On serait tentés de se demander s’il y a plus d’hommes gay que de femmes lesbiennes. Quand je faisais moi-même ce constat ou que je l’entendais de la bouche de certains de mes amis gay, je me contentais de relever sans chercher à trouver une réponse. Je me disais qu’« invisibilité » ne rimait pas systématiquement avec « inexistence », mais plutôt avec « censure », « mépris machiste », « misogynie ancestrale », ou « ignorance personnelle ». Ce n’est qu’en restant plusieurs années dans le « milieu homosexuel » et en me penchant sur la communauté homosexuelle féminine (quand celle-ci me faisait bon accueil et me laissait rentrer… ce qui n’a pas toujours été le cas) que j’ai compris que cette invisibilité n’était ni totalement surnaturelle, ni le fruit d’un choc culturel proprement personnel et non-universalisable.

 

 

Certes, le militantisme homosexuel des années 1960-1970 est clairement né des mouvements féministes (et pas systématiquement lesbiens, d’ailleurs). Certes, les progrès concernant la visibilité des femmes lesbiennes sont sensibles et encourageants, du moins sur le papier : on remarque aujourd’hui que les femmes lesbiennes sont moins isolées dans les associations homosexuelles qu’il y a 10 ans ; on voit surgir peu à peu des présidentes d’associations homosexuelles (Le Mag, ou le Centre LGBT de Paris, par exemple), des professeures universitaires au rang des Queer and Gender Studies nord-américaines, des « soirées filles » en boîtes, des speed-dating exclusivement féminins, des librairies spécialisées dans la production littéraire lesbienne et/ou féministe, des sites de rencontres Internet rien que pour les femmes, des revues « spéciales filles », des bars réservés à une clientèle lesbienne, des festivals de cinéma lesbien (ex : Cineffable en France), des chars 100 % lesbiens aux Marches des Fiertés, des films pornos spécifiquement lesbiens, des émissions de télé sur l’homosexualité féminine, des événements mondiaux réservés aux femmes lesbiennes (le Dinah Shore aux États-Unis), etc..

 

 

Mais cependant, on est encore loin de voir les femmes lesbiennes occuper les premières places de la communauté homosexuelle, tant au niveau du nombre que de l’importance des charges qui leur sont confiées. On entend certaines d’entre elles s’en plaindre, parfois ouvertement (rien que le titre choisi par la comédienne Océane Rose-Marie pour sa pièce La Lesbienne invisible – un one-woman-show qui cartonne en ce moment à Paris – suffit à l’illustrer) ; mais le plus souvent, cette plainte est silencieuse et se règle mal, c’est-à-dire par l’isolement et la rupture avec la communauté homosexuelle masculine. Est-ce une conséquence d’un mauvais accueil ou d’un refus délibéré de ne pas se mélanger ? Sûrement les deux, on n’aura jamais la réponse. Force est de reconnaître qu’en règle générale les réseaux relationnels lesbiens ne brillent pas par leur chaleur et leur ouverture aux membres du sexe qui les ont/auraient violées (Pour vous donner un bref exemple, alors que je voulais participer au 19e Festival International du Film lesbien et féministe de Paris, le Cineffable, au Théâtre du Trianon, en novembre 2007, j’ai été refoulé à l’entrée par un groupe de sept femmes lesbiennes du simple fait d’« être un homme » et qu’elles ne se voyaient pas « supporter la présence d’un seul homme dans la salle ». J’ai à peine pu me défendre que ce qui au départ était sorti en boutade de leur bouche a fini par devenir un ordre…). Après, ce qui est sûr, c’est que dans les faits, dans le « milieu homosexuel », la communauté lesbienne fait beaucoup moins le poids que son pendant masculin, et ce, depuis la naissance du communautarisme homosexuel. Les premiers bars homosexuels du début du XXème, les cabarets, et les thés dansants, réunissaient toujours une majorité de garçons. Les femmes ne se retrouvaient que dans des sphères sociales plus réduites (les salons lesbiens, les cercles intellectuels, les élites artistiques bourgeoises…). Aujourd’hui, c’est la même chanson : le monde lesbien est circonscrit aux groupes amicaux, aux réseaux relationnels privés, à des milieux extrêmement minoritaires (milieu sportif entre autres, mais aussi associatifs, féministes, musicaux). D’autre part, quand on pense aux chefs de file de la communauté homosexuelle, on cite d’emblée des hommes (Oscar Wilde, Marcel Proust, André Gide, Jean Genet, Jean Cocteau, … Steevy Boulay). Qui, à part les connaisseurs, ferait d’abord mémoire des femmes et évoquerait en premier lieu Sappho, Natalie Clifford Barney, Virginia Woolf, Radclyffe Hall, Colette, Monique Wittig, K.D. Lang, ou Lady Gaga ? Très peu de monde. Les femmes lesbiennes passent très souvent au second plan. Rien qu’en France, actuellement, la revue Têtu se vend plus que les quelques magazines lesbiens proposés (Lesbia Magazine, La Dizième Muse, Têtue, etc.), même si ces derniers ont le mérite d’exister. Les films pornos lesbiens ne soulèvent pas l’enthousiasme de la communauté lesbienne, alors qu’ils sont célébrés en masse par beaucoup d’hommes homosexuels. Quand on se balade dans le quartier du Marais à Paris, on voit une majorité d’hommes. Très peu de femmes. Il n’y a pas d’équivalents lesbiens aux bars gay l’Open ou le Cox (les femmes voudraient faire pareil qu’elles ne pourraient pas y prétendre : les établissements lesbiens comme le « feu » Troisième Lieu ou la Baby Doll ne font pas pitié, loin de là, mais ne rivalisent pas avec les bars masculins du Marais). Par ailleurs, ce n’est pas demain la veille qu’on verra une chaîne lesbienne voir le jour. Déjà que Pink TV s’essouffle, alors qu’elle est prioritairement destinée à un public gay… Et si on regarde du côté du cinéma, c’est le même constat : les films grand public lesbiens (y compris « La Rumeur », « Sex Revelations », « Boys don’t cry », « Gazon maudit », « La Vie d’Adèle »…) n’atteindront jamais la popularité d’un film comme « Le Secret de Brokeback Mountain » ou « Pédale douce », le rayonnement d’un téléfilm comme « Juste une question d’amour ». À tort ou à raison ? Là n’est pas la question. C’est une réalité, tout simplement. J’imagine mal qu’une pièce comme La Cage aux Folles, traitant de l’homosexualité masculine, retrouve un aussi grand succès dans une version lesbienne. Autant ne pas y penser ! L’homosexualité masculine est plus flamboyante, visible, risible, décapante, populaire, conviviale, transgressive, que l’homosexualité lesbienne. L’homosexualité féminine est une orientation caméléon, qui se fond dans la masse d’une société machiste et androgyne où la différence des sexes est diluée dans un « Sans contrefaçon, je suis un garçon » généralisé. Le look garçon manqué, signe d’une uniformisation et d’une asexualisation sociale, choque beaucoup moins que l’efféminement sur un corps de garçon. On associera plus facilement les gestes de tendresse entre femmes à l’amitié qu’à l’amour. On acceptera que deux copines se tiennent par la main dans la rue, alors que chez des garçons, cela paraît presque automatiquement suspect (sauf dans le Maghreb… encore que…). L’homosexualité masculine est plus dure à porter quelque part, car elle est plus discutée/discutable, plus évidente d’être paradoxalement perçue comme surnaturelle, jugée plus violente du coup : il est donc logique que, une fois assumée, et à partir du moment où l’opinion publique s’est laissée convaincre par les media qu’elle s’appelait « amour », elle soit davantage plébiscitée et qu’elle cueille les fruits médiatiques de son exceptionnalité. L’homosexualité masculine paraît plus consistante, plus imitable d’être jugée inimitable et incompréhensible par notre société. L’homosexualité féminine, au contraire, est plus insignifiante, plus vulgarisée, plus fragile. On la prend moins au sérieux. D’où l’hypothèse que le manque de visibilité saphique soit le signe que l’homosexualité est un désir qui concerne davantage les hommes que les femmes. Les femmes qui parlent de leur désir homosexuel ne sont d’ailleurs pas souvent crues : on pense qu’elles ne sont pas « vraiment lesbiennes », que leur homosexualité est juste une passade, une mauvaise passe. L’homme étant jugé plus « actif » pendant l’acte sexuel que la femme (et il est certain que pendant le coït sexuel, il le soit : c’est lui qui pénètre, non lui qui est pénétré), et la femme plus encline à simuler, on donne à l’homme un plus grand taux d’homosexualité. Le lesbianisme passe pour un entêtement voulu : le retour « à la normale » (comprendre « l’hétérosexualité ») est envisageable ; on accrédite finalement beaucoup plus ces pauvres « cas désespérés de la sexualité » que seraient les hommes gay, ces êtres vivant une orientation sexuelle imposée, que les femmes lesbiennes. Au final, dans l’esprit de beaucoup de nos contemporains, la défense de l’homosexualité féminine équivaut à un soutien de la bisexualité plus que de l’homosexualité[1]. En revanche, on interdira beaucoup plus aux hommes le statut de « bisexuels ». C’est la différence entre le lesbianisme (qui serait un comportement, comme la bisexualité) et l’homosexualité masculine (qui serait un désir et une identité indélébiles).

 

 

L’homosexualité féminine, une fois banalisée sur les écrans (voire décrédibilisée et « beaufisée » : dès le départ elle a été stigmatisée comme une sexualité-rince l’œil pour hétéros vicelards dans les films pornos, ou réduite à un harem, à un foyer de prostitution…), a perdu sa valeur de modèle d’amour possible et beau. On l’a décrédibilisée assez vite. En revanche, l’amour gay, présenté pourtant comme un « amour par défaut », a finalement tiré bien davantage son épingle du jeu : il est impossible… donc finalement rendu plus possible que l’amour lesbien. Plus c’est gros, plus ça passe ! Nos sociétés des contes de fées modernes asexualisants se mettent à défendre comme des évidences ce qu’elles ne cherchent pas à comprendre. Il est plus facile pour elles de soutenir un couple gay qu’elles ne comprennent pas qu’un couple lesbien qu’elles peuvent davantage analyser comme l’effet d’un peur de la sexualité, comme un phénomène « curable » et passager. L’homosexualité féminine nous est présentée comme une maladie chronique ; l’homosexualité masculine, comme un handicap de naissance. C’est là toute la différence ! L’amour homosexuel apparaît comme plus pur que l’amour lesbien : les femmes lesbiennes ont davantage de chances d’avoir un passé dit « hétéro » et de « pactiser » avec le monde hétéro que les hommes gay, qui n’ont très souvent pas de passé « hétéro ».

 

 

Ce n’est pas évidemment pas en termes naturalistes (et donc sexistes), ni en termes d’« activités génitales » (actif/passif), qu’il faut, à mon avis, envisager la différence entre homosexualité masculine et homosexualité féminine, même si « différence » il y a. C’est au niveau de la nature du désir homosexuel que tout se joue.

 
 

Le désir homosexuel masculin a-t-il devancé le désir homosexuel lesbien ?

 

S’il n’y a pas d’essence éternelle masculine ou féminine (et encore moins gay ou lesbienne), le désir homosexuel est ressenti autant par des hommes que par des femmes, c’est indéniable. Mais je crois qu’il concerne davantage les hommes car c’est un désir machiste, qui s’attaque à la force masculine des hommes réels pour mettre en avant une sur-féminité violente niant les limites et les faiblesses humaines.

 

Le désir hétérosexuel, un désir misogyne et machiste, en rabaissant les hommes réels pour élever les hommes féminisés et ultra-virils, s’en prend aux femmes réelles. Quant au désir homosexuel, un désir tout aussi misogyne et machiste que le désir hétérosexuel, en rabaissant les hommes réels pour élever les hommes féminisés et ultra-virils, s’en prend majoritairement aux hommes réels. Il est donc logique que ce soit les hommes qui se sentent en priorité homosexuels par rapport aux femmes. Nous nous trouvons dans une société qui combat le père par un culte de la mère-objet maternante niant la mort et les fragilités humaines : une mère machiste en somme, trop maternante pour ne pas être violente. On peut alors aisément comprendre que des pères de substitution, refusant la paternité biologique pour lui préférer une auto-paternité narcissique, soient par conséquent plus nombreux.

 

Le machisme – et le désir homosexuel est un désir machiste : un machisme inversé, où la femme avec un sexe d’homme est LE modèle social à imiter[2] – est un désir porté majoritairement par des hommes (… y compris des hommes honteux de leur masculinité !), même s’il n’est pas réservé qu’aux hommes bien entendu. Certains media nous incitent à nous identifier à un homme proche de Superman, asexué, tout puissant, sans limites, sans fragilité, sans corporéité, et nous poussent à reconnaître en la femme un ange naïf et dangereux, une femme phallique, féline, violée et violente, dotée d’un sexe masculin, et se vengeant d’une domination masculine présentée comme éternelle et historique. Or, s’il est vrai que beaucoup d’hommes font du mal aux femmes dans notre société, on fait très peu mention et mémoire du mal que de nombreuses femmes infligent aux hommes. Et cette injustice non-dénoncée finit par s’humaniser maladroitement, crier avec son sparadrap sur la bouche, se personnifier en l’homme homosexuel. Les personnes homosexuelles nées garçons sont la mémoire muette et inconsciente du viol des femmes (cinématographiques et réelles) et du viol opéré sur les hommes par des hommes machos et des femmes machistes refusant leurs soi-disant « faiblesses de femmes ».

 

Le désir homosexuel dit une crise de la masculinité et surtout une remise en cause de la force/fragilité des hommes. C’est la force masculine – une force fragile, douce – qui est depuis quelques décennies attaquée, caricaturée, et ridiculisée. On se retrouve dans une société de plus en plus couveuse, maternante, bien-intentionnée, agressivement compréhensive, qui refuse les limites, l’autorité, et les aspérités du Réel. Les nouvelles mères sont les futures femmes lesbiennes, des working girls indépendantes, « célibattantes », qui croient pouvoir se passer très bien des hommes pour « faire des enfants » et avoir du plaisir au lit.

 

Je vois une autre raison, plus essentialiste que constructionniste cette fois, expliquant que la nature du désir homosexuel s’agence davantage avec une manière particulièrement masculine de vivre ses désirs et de gérer sa sexualité. À mon avis, le désir homosexuel oriente les individus vers une sexualité plus compulsive, instinctive, parcellaire, dispersée, éphémère… Il cadre donc mieux avec la sexualité hygiénique, mécanique, pulsionnelle, moins sentimentalisée et cérébrale, des hommes. En matière de sexualité, les femmes sont moins gourmandes sur l’instant, moins titillées par leurs désirs sexuels immédiats (ce qui ne veut pas dire qu’elles ne peuvent pas, en matière de génitalité, se comporter en vampires nymphomanes sur la durée… parfois plus que bien des hommes !). Elles sont plus globales dans leur manière d’appréhender la sexualité. Les femmes fréquentant les sex-shops sont une espèce extrêmement rare. Ce sont les hommes qui, depuis la nuit des temps, ont eu besoin d’aller au bordel pour se défouler. Il est donc compréhensible que cette différence entre les sexes se transpose dans le « milieu homosexuel » : qui se rencontre dans les pissotières, les lieux de drague, les bars, les saunas, les backrooms ? Certainement pas les femmes lesbiennes. Il y a bien eu des essais d’introduction de backrooms dans les établissements lesbiens : cela a été un bide monumental, une grosse blague ; on s’est forcé récemment à faire des films pornos lesbiens, par souci d’équité et d’égalité-uniformité des sexes, mais cela ne correspond pas concrètement à un besoin féminin répandu. Les hommes restent les hommes, qu’ils soient homosexuels ou non. Et comme le « milieu homosexuel » assume plus un rôle de défouloir sexuel que de cadre pour un engagement d’amour durable, il n’est pas étonnant qu’il attire davantage les hommes que les femmes. Et qu’il y ait donc plus d’hommes gay que de femmes lesbiennes.

 
 

Une cohabitation difficile

 

 

 

Pour camoufler leur machisme et leur misogynie, beaucoup de femmes lesbiennes et d’hommes gay font diversion en cultivant entre eux une pseudo égalité (de nombre, de droits, d’identités, de capacités, d’amour…) et une amitié artificielle censée prouvée à la face du monde qu’ils sont tous deux absolument capables d’intégrer avec succès la différence des sexes au sein de leurs relations interpersonnelles. Dans le « milieu homo », cette contrefaçon porte le doux nom de « mixité » (sa jumelle « parité » est partie faire de la politique…). S’il pouvait y avoir une légende derrière ce mot, on lirait ce genre de discours : « Je t’aime tant que je ne crains rien de toi. Je m’approche de l’autre sexe à condition qu’il ne me demande pas de me donner entièrement à lui ». Selon cette logique, l’autre est considéré comme un parfait « collègue ». « Pour moi, les hommes, ce sont des camarades et je suis leur égale » entendons-nous de la part de certaines femmes lesbiennes[3].

 

La mixité au sein de la communauté homosexuelle est malheureusement plus un beau principe bien intentionné qu’une pratique. Je le constate quand, par exemple, je vois qu’au fil des années, les bars mixtes se transforment en établissements uniquement lesbiens ou strictement gay dans les petites villes de province. Même à San Francisco (États-Unis), le « Centre du monde homosexuel », les personnes lesbiennes et gay ne se côtoient pas vraiment : il y a d’un côté le quartier de Castro (pour les garçons) et de l’autre le quartier de Mission (pour les filles). Au fond, il n’existe pas vraiment de ville homosexuelle. Actuellement, le processus de séparation entre les femmes lesbiennes et les hommes gay est tellement avancé que la plupart des femmes lesbiennes voyant un homme gay lire des ouvrages sur le lesbianisme le regardent avec des yeux ronds, comme s’il n’était pas logique qu’il puisse s’intéresser à « leur » culture à elles.

 

Autre exemple parlant : la durée de vie des associations mixtes homosexuelles est particulièrement réduite[4]. Ceci est expliqué notamment par le fait que le dénominateur commun de la communauté homosexuelle soit l’orientation sexuelle : les hommes gay y viennent parce qu’ils sont attirés par les hommes ; les femmes lesbiennes par les femmes. Il est donc forcé qu’un jour ou l’autre, la scission femme/homme se fasse.

 

Nous pourrions nous dire que les hommes gay et les femmes lesbiennes ont peu de chances de se retrouver esthétiquement et éthiquement, d’autant plus que dans leur système de pensée, leurs affinités relationnelles obéissent d’abord à leurs goûts et préférences sexuelles. Les femmes lesbiennes ont souvent pour idéal d’identification esthétique ce que les hommes gay prétendent détester : l’homme macho. Et inversement, les hommes gay ont un goût spécial pour les femmes-objets très féminines, que les femmes lesbiennes refusent d’être et rejettent violemment. Beaucoup de femmes lesbiennes adorent les sports collectifs, les travaux manuels réservés aux hommes… tout ce que les garçons gay haïssent !

 

Cependant, les hommes homosexuels ont un rapport ambigu avec les femmes lesbiennes, car ces dernières sont la transposition dans la réalité concrète de la femme forte et guerrière que tous deux convoitent (la seule différence, c’est que les femmes lesbiennes vont s’y identifier et la désirer sexuellement, alors que les hommes gay se contenteront simplement de s’y identifier). Ils aiment esthétiquement l’icône que les femmes lesbiennes ont voulu imiter, mais pas son actualisation homosexuelle, celle-ci les dégoûtant plus qu’autre chose. Le libertin garde pour la « femme plus que femme » un intérêt méprisant, tout comme la libertine voue à Don Juan et à la gent masculine qu’il représente une haine viscérale maquillée généralement en indifférence.

 

 

Même si certaines femmes lesbiennes se targuent d’être plus « sérieuses et sentimentales » en amour que les hommes (je ne sais pas d’où elles tirent un conte pareil… Peut-être parce qu’elles considèrent la pénétration vaginale par le pénis « mâle » comme l’unique MAL possible pendant un coït), elles sont tout aussi dures, infidèles, mufles, entre elles, que le seraient deux hommes entre eux. Il n’est pas rare que leur relation s’oriente vers le sadomasochisme[5]. Et les rituels de la drague saphique ne manquent pas de cruauté bien souvent. Je ne crois absolument pas que les femmes lesbiennes soient « plus douces » et « matures » dans leur(s) couple(s) homosexuel(s) et leur sexualité que les hommes gay du simple fait d’être femmes… même si, pour leur défense, j’ai quand même remarqué que les femmes lesbiennes avaient une conscience associative ou de l’engagement conjugal durable plus forte que les hommes gays « en général »… ce qui ne m’empêche pas de considérer qu’au-delà de la différence femme/homme, c’est le désir homosexuel, l’irrespect de la différence des sexes, et l’univers uniformisant des ressemblances, qui sont facteurs de violence. Qu’on soit né homme ou qu’on soit né femme.

 

Les femmes lesbiennes se plaignent très souvent du manque de mixité dans les associations. Pourtant, elles font autant bande à part que leurs homologues masculins. Minorité dans la minorité, elles jouent de leur double statut d’exclues (en tant que femmes et en tant que lesbiennes) pour s’isoler encore plus des hommes gay. Beaucoup d’entre elles n’ont aucune sympathie pour les « folles », ni pour les hommes que les personnes gay représentent, tout comme de nombreux hommes gay méprisent les femmes lesbiennes. Certains ne gardent de la femme lesbienne que l’image d’une camionneuse antipathique qui ne leur adresse pas la parole quand elle débarque dans leur groupe d’amis, et qui ne fait la bise qu’aux filles… (authentique !)

 

Heureusement, femmes lesbiennes et hommes gay ont en commun leur humanité, ce qui leur permet parfois de tisser de vrais liens d’amitié. Mais n’idéalisons pas le tableau. Beaucoup d’hommes gay ont l’impression désagréable que leurs relations avec les femmes lesbiennes ne se construisent que par intérêt, et réciproquement pour les femmes lesbiennes. Cela s’explique assez bien : l’attirance amicale qu’aurait créée l’attraction sexuelle n’est plus là. On se rend vite compte qu’entre femmes lesbiennes et hommes gay, ce manque de complémentarité symbolique des désirs sexuels influe même dans la qualité des relations simplement amicales. Chacune des parties a l’impression de passer bien après la recherche d’amant(e)s de l’autre, et de servir de « bouche-trou » lors des soirées. Pour le coup, la déférence gay envers les femmes lesbiennes vire souvent à une parodie de galanterie ou de copinage, qui indique parfois l’existence des braises d’un incendie qui ne demande qu’à s’étendre. Il n’est pas étonnant de voir que le binôme « amical » que forment l’homme gay et la femme lesbienne est très souvent totalitaire ou sado-maso – donc hétérosexuel – dans les fictions et parfois dans la réalité concrète[6]. La femme lesbienne et l’homme homosexuel simulent l’harmonie parfaite. En réalité, ils ne font que différer le moment de leur affrontement réel. Tant que leurs conquêtes pour les « droits sociaux des homos » ne cesseront de s’accumuler, ils joueront la comédie de l’amitié. Une fois qu’ils n’auront plus besoin l’un de l’autre et qu’ils auront souri ensemble pour la photo, ils risquent de se jeter/s’anéantir mutuellement s’ils ne travaillent pas ensemble à démasquer les ambiguïtés violentes de leur désir homosexuel.

 

Le paradoxe, c’est que tandis que les hommes gay rejètent les femmes lesbiennes, ils les attendent. La présence de celles-ci leur fait un bien fou. Il suffit qu’il y ait une seule femme lesbienne dans leurs rencontres majoritairement masculines pour qu’ils soient plus respectueux entre eux et qu’ils se tiennent mieux. Les femmes manquent véritablement aux hommes gay. Ils ne l’avouent pas souvent car leur désir le plus profond est encore trop encombré de fantasmes en tout genre pour qu’ils s’autorisent à en parler. Les femmes lesbiennes, quant à elles, expriment aussi le besoin d’avoir une bande d’amis garçons, même si elles soupirent à chaque fois qu’elles voient arriver les groupes de « mâles » dans « leurs » bars. En réalité, la désertion progressive des femmes lesbiennes dans le « milieu gay », ainsi que la séparation toujours plus marquée des sexes, sont peu profitables à l’ensemble des personnes homosexuelles… mais nous y tendons malheureusement, puisque de plus en plus, nous constatons un phénomène de compartimentation des minorités au sein même de la communauté homosexuelle. Le « narcissisme des petites différences » suit sa route… Qui l’arrêtera ?

 


 

[1] D’ailleurs, les hommes homosexuels cultivent aussi l’amalgame quand ils sortent la blague qu’ils pourraient devenir « lesbiennes » quand ils s’imaginent un jour virer de bord et sortir avec une femme.

[2] Je le décris justement dans mon essai Homosexualité intime, à la page 151, comme « un machisme peinturluré de rose ».

[3] Une femme lesbienne dans l’émission « La Vie à Vif » (1982), dans La Nuit gay sur Canal +, le 23 juin 1995.

[4] La seule exception où j’ai vu un mélange femmes lesbiennes/hommes gay réussi, c’est l’association chrétienne David et Jonathan. DJ est d’ailleurs l’association homosexuelle la plus durable de France : si sa couleur religieuse peut attirer les suspicions, elle devrait au moins forcer le respect pour sa longévité et l’ouverture à la différence des sexes qu’elle propose depuis 30 ans.

[5] Les Maudites Femelles, par exemple, est une association lesbienne SM existante en France.

[6] N.B. : Voir également le code « duo totalitaire lesbienne/gay » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.