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Code n°119 – Mère gay friendly (sous-codes : Homoparents exemplaires / Homophobes repentants)

Mère gay friendly

Mère gay friendly

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 
 

Si tu es heureux comme ça / Moi ce que je veux, c’est le bonheur de mon fils / Ça ne change rien pour moi / Je crois que je t’aime encore plus

 

Il existe quelqu’un qui a tout comprendu de l’homosexualité avant tout le monde : c’est la mère gay friendly. Elle est portée aux nues par la communauté homosexuelle, et utilisée comme caution morale. Elle existe parfois en vrai, mais on la voit surtout sur nos écrans de télé (les premières mères gays friendly étaient d’ailleurs des actrices : Elizabeth Taylor, Barbara Streisand, Alice Sapritch, Lisa Minnelli, Madonna, Eva Darlan, etc.). Elle se targue d’être la militante de la première heure en faveur des droits-des-homos, et défend bec et ongles son titre d’« hétérosexuelle désintéressée » qui n’aurait aucune couverture à tirer à elle dans la défense de l’homosexualité (sauf celle qui recouvre son divorce ou le viol qu’elle a subi…),  et qui n’aurait pour seule motivation que l’amour inconditionnel/gratuit de son fils. Visiblement, elle incarne la fulgurante Conversion sociale vers la Tolérance à laquelle toute personne « hétéro » (et donc, fatalement, « homophobe », logique) est appelée à vivre pour sortir de son ignorance. Cette femme « miraculée », très soucieuse de se montrer souriante/révoltée/débordante d’émotions devant les caméras, en utilisant l’homosexualité de son fils comme faire-valoir personnel et comme pièce à conviction de son « incroyable ouverture d’esprit », joue la pasionaria s’offrant en holocauste pour le pardon des péchés « des » homophobes qui ne se repentiront jamais (les pauvres : ils ne savent même pas qu’ils sont homophobes…) et pour le Salut de l’Humanité. On y croit…

 

MÈRE MG 1

Mère de « Queer As Folk » (« My Gay Son Makes Me So Proud »)


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « S’homosexualiser par le matriarcat », « Tante-objet ou maman-objet », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « FAP la « fille à pédé(s) » », « Mère possessive », à la partie « Applaudissements » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », et à la partie « L’homo combatif face à l’homo lâche » du code « Faux révolutionnaires », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Les mamans bonnes copines qui ont tout comprendu :

Film "Jamais sans toi" (2009) d'Aluizio Abranches

Film « Jamais sans toi » (2009) d’Aluizio Abranches


 

La figure de la maman militante pour les droits homosexuels est désormais un classique des œuvres de fiction homosexuelles (elle nous prouve que le ridicule ne tue pas) : cf. la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec la mère de Tania), le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare (avec la mère de Jean, le héros homo décédé), le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (dans lequel la maman d’Antonin joue parfois à la mère-copine), le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec Catherine, la « Mère-Courage »), le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier (avec Colette, la maman-copine de Marc), le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron (avec les mamans « en avance » par rapport aux pères question tolérance gay friendly), le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (avec Emma, la maman culotée qui va débloquer la situation : ce rôle transformera à jamais la comédienne Éva Darlan en icône gay), le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka (avec la maman de « X »), le film « Drôle de Félix » (2000) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec Isabelle, la mère de famille compréhensive, prenant Félix le fugitif sous son aile), la série Queer As Folk (avec les mères gay friendly surexcitées, telles que Debbie Novotny), le film « Un Soupçon de rose » (2004) d’Ian Iqbal Rashid, le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (la mère adulescente de Charlène l’héroïne lesbienne), le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker (avec Mrs Webster, la maman de Luce l’héroïne lesbienne), etc. Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Pointer du doigt » de Bruno Roy, la mère du protagoniste homosexuel est filmée comme la seule qui comprend l’homosexualité de son fils. Dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan, Cyrano présente Roxane comme une femme « gaiement maternelle ». Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Emma, l’héroïne lesbienne dont les parents sont divorcés, a une mère très « open » question homosexualité. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer), Lena, la femme bafouée, est celle qui voit tout et qui comprend dès le départ l’émoi homo-érotique que ressent Johnny pour Romeo sur le bateau qui les conduit sur l’île des Bahamas. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, la maman de Marco (Hélène) et celle de Sean s’engagent dans la lutte contre le Sida et pour l’homosexualité de leurs fils gays.

 

« J’ai envie pour mon fils d’être sa meilleure amie. » (Sylvie projetant sa relation avec son fils hypothétique, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « J’aime beaucoup ma mère. Je l’aime davantage comme une camarade ou comme une amie. » (Franz, l’un des héros homos de la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Ta mère serait ravie ! » (le père s’adressant à sa fille lesbienne Claire, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Je suis contente. Je suis contente. On est de nouveau amis. » (la mère d’Antoine s’adressant à son fils homosexuel, à propos de son homosexualité, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; etc.

 

MÈRE GF 2 Sarandon prayer for bobby

Téléfilm « Prayers For Bobby » de Russell Mulcahy

 

La mère gay friendly entraîne avec elle toute une foule d’« homoparents » qui, comme elle, deviennent d’exemplaires partisans de la Cause homosexuelle, des modèles du « Progrès social » : cf. le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti, « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun, « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, etc.

 

Par exemple, dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), la mère de Jefferey Jordan s’annonce comme une femme complice de l’homosexualité de son fils : « Ma mère a voulu que je l’emmène en boîte gay. Elle voulait découvrir mon univers. Elle n’a pas été déçue du voyage. » Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, la mère de Nathan, le héros homosexuel, prend les devants dès qu’elle est au courant que son fils sort avec Jonas, et décide d’inviter chez elle la maman de celui-ci.
 

La particularité de la mère (réelle ou symbolique) du héros homosexuel, c’est qu’elle est dotée d’une intuition quasi surnaturelle (« l’intuition féminine », on appelle ça ?) : « Une femme est beaucoup plus intuitive. » (une réplique du one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « S’il ne le sait pas, moi, je le sais ! » (Sibylle par rapport à l’homosexualité de Nelligan Bougandrapeau, le héros secrètement homo, dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; « Moi les homos, je les repère en un clin d’œil. » (Luce – Marthe Villalonga – dans la série Y’a pas d’âge diffusée sur France 2 le mardi 15 octobre 2013) ; « Martine avait déjà tout compris. » (Martine, le mère de Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 17) ; « On ne trompe pas une mère. » (Sara à son fils homo Malik à qui elle veut arracher le secret de son homosexualité, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Je crois que j’ai su qu’il était tombé amoureux de vous avant que lui-même ne le sache. Une mère devine ces choses-là. […] Je connaissais mon fils mieux que moi-même. » (la mère d’Arthur à Vincent, l’amant de ce dernier, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 194) ; « Mon fils était un héros. Moi, je le savais. Il est des dispositions que seule une mère perçoit. » (la psychiatre dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 220) ; « Quand il y a de l’amour, on peut tout comprendre. » (la mère de Paulo dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron) ; « C’est fou, les mères, on a un sixième sens ! » (Grany dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « Je dois avoir un sixième sens, comme maman ! » (le héros de la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, p. 41) ; « Pourtant, j’ai l’impression qu’elle sait déjà. » (Chris, le héros homosexuel par rapport à l’intuition de son amie gay friendly « psychologue » Marie-Ange, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « L’intuition féminine… Ben tu peux pas comprendre. Je suis une femme, moi. » (Benjamin, le héros homosexuel jouant l’ironie, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Tu sais que j’ai une sacrée intuition. » (Katja, la meilleure amie de Phil, le héros homo du film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) « Tu ne peux pas manipuler mes pensées. […] Bon, ok, tu peux. » (Phil, s’avouant vaincu, idem) ; etc. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, dit que sa maman avait deviné très vite son homosexualité : « Maman, elle sent ces choses-là. » ; etc. Par exemple, dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Maya la lesbienne défend « l’intuition féminine ». Dans la série homo Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, l’épisode 2 est intitulé comme par hasard « Intuition féminine ». Dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent, Vincent, sur le point de s’homosexualiser, croit au « sixième sens féminin ». Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, la mère de Santiago se met au diapason de l’homosexualité de son fils : elle s’habille en violet (la couleur du lesbianisme), et c’est paraît-il grâce à elle qu’il a eu une « sensibilité artistique ». Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Sophie (la nana pas subtile du tout, en réalité) dit qu’elle « a le don pour cerner les gens ». Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la sœur du héros homosexuel William, est celle qui devine tout (elle est voyante, d’ailleurs) et qui a compris l’homosexualité de son frère avant tout le monde : « Je savais même que tu savais que je savais. » (William) Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, un des messages forts, c’est que celui qui ne sait rien en sait plus que celui qui sait, et que l’intuition serait féminine : on le voit avec le personnage de Joan Clarke, cette femme néophyte et apparemment sans formation scientifique, qui se retrouve propulsée au rang de grande espionne.

 

La maman gay friendly est une sainte visionnaire qui comprend tout et qui a même le pouvoir de blanchir tout ce qu’on lui annonce : on lui dit qu’on est homo, et on repart avec sa bienveillante bénédiction. Il y a chez cette mère gay friendly un désir puéril et sexiste de parfaire son image d’éternelle adolescente séductrice ; elle se sert de l’homosexualité de son fils pour revivre une seconde jeunesse, pour mettre en place son plan de vengeance contre le temps, les hommes, ses erreurs et ses viols passés, ses limites humaines, et finalement son propre sexe : « Déjà que nous piquez tous les beaux mecs, laissez-moi au moins notre intuition. » (Alice s’adressant à Fred son ami gay, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) Par exemple, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille aide son fils Matthieu à se travestir en le maquillant ; elle refuse de se faire appeler « grand-mère » ou « mamie » par son petit-fils, et veut garder son prénom. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, la mère de Kévin, le héros homo, s’habille comme une jeune, surfe sur Facebook, etc.

 

Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, la grand-mère d’Antonio et de Tommaso, les deux frères homos, a tout de la femme soumise-insoumise, qui s’est mariée par devoir, mais qui ensuite envoie tous ses carcans balader avec l’âge : elle mange sucré, ne se médicamente pas toujours, boit plus que de raison, et finit même par se suicider en se goinfrant de gâteaux. Elle est présentée dans ce film gay friendly comme la conscience visionnaire, la sagesse incarnée qui valide la « justesse » de l’homosexualité de ses petits-fils : « Antonio me l’a dit. Mais je l’aurais compris sans ça. » dit-elle à Tommaso qui lui demande si elle savais pour l’homosexualité d’Antonio.
 

MÈRE GF 3 Pourquoi pas moi Giusti

Josepha dans le film « Pourquoi pas moi? » de Stéphane Giusti


 

La mère gay friendly est la reine des bons sentiments conformistes, des slogans publicitaires sans fond, et des morales débiles (du style « L’important, c’est d’aimer et d’être soi-même », « Il n’y a rien de plus naturel que l’amour » ; « Ce qui compte, c’est ton bonheur », « C’est génial, aime et fais ce que tu veux… mais attention au Sida : protège-toi et aie toujours des capotes sur toi ») : « L’important, c’est que tu sois heureux. » (la mère face à son fils qui fait son coming out, dans un sketch « Coming out du dimanche midi » de l’émission Tout le monde il est beau sur la chaîne Canal +, 2011) ; « J’ai toujours été fière d’avoir un fils homo. » (la mère de Pablo dans le film « Mi-fugue mi-raisin » (1994) de Fernando Colomo) ; « Malik, moi, je ne veux que ton bonheur. » (Sara à son fils homo, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Oui, j’approuve. Tu fais ce que tu veux, et puis c’est honnête, et puis c’est à la mode. » (la mère à son fils homosexuel, dans le film « Johan, Carnet intime d’un homosexuel » (1975) de Philippe Vallois) ; « Vous êtes magnifiques tous les deux. » (Eugenia s’adressant à Ben et George, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs) ; « Vous êtes un exemple pour nous. » (le discours larmoyant de Petra, idem) ; « Mi hija es lesbiana y estoy muy orgullosa de ella. » (Mme Chapiro, présidente de l’Association des mères de lesbiennes latino-américaines new-yorkaises, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner) ; « Ta mère est très contente de tes progrès chez le psy. » (Benjamin s’adressant à son amant Arnaud qui ne s’assume pas homo et qui consulte pour se guérir de se croire hétérosexuel, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Ma mère va m’aider pour le bébé. » (Irène parlant du bébé qu’elle va élever avec son frère homo Bryan, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc. Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la mère de Bryan nous sert le laïus bien connu du « L’important, c’est la communication » (il faut bien qu’elle montre qu’elle a des rudiments en psychologie et que c’est une grande communicante qui a le pouvoir de régler tout type de problème affectif, … comme Mimi Mathy dans Joséphine Ange-gardien) : « Discutons, on ne le fait jamais assez. » (p. 358) ; et son fils entonne le même refrain adolescent et niais (je dis niais car en vrai, l’important n’est pas en soi de « communiquer », mais plutôt ce qu’on communique et comment on le fait) : « On est là pour s’expliquer… Il faut tout se dire. » (p. 358) Ici, c’est la prétention à la transparence – alors qu’en réalité rien n’est dit de l’homosexualité – qui ferait presque sourire.

 

La sympathie maternelle gay friendly arrive avec des gros sabots, quitte à être gentiment brusque. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, la mère de Guillaume, le héros bisexuel, sort une phrase suffisamment explicite et apprise pour forcer son fils à se dire homosexuel sans que celui-ci puisse se sentir enfermé dans une identité qui n’est au fond pas la sienne : « Tu sais, y’en a plein qui vivent très heureux. » Mais comme elle voit qu’il ne comprend toujours pas l’implicite de la formule de politesse gay friendly qu’elle vient d’employer, elle finit par s’énerver tendrement sur lui avant de s’éclipser : « Enfin, les pédés, les homos, quoi ! »

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la soeur de William (le héros homo), fait des leçons à Georges, le copain de William, sur le fait qu’il n’assumerait pas totalement son couple avec William. C’est elle à qui revient la tache de débusquer et de mater l’homophobie intériorisée qui traîne chez l’homme marié bisexuel. Et cette inquisitrice gay friendly fait la leçon aux hétéros qui ne la suivraient pas immédiatement dans son grand élan de solidarité pro-gays et qui esquisseraient l’ombre d’un doute sur la véracité de l’amour homosexuel : « Deux hommes ensemble, ça vous dérange ? » menace-t-elle Pierre, l’hétéro pas très assuré ni très expert sur l’homosexualité. La gentillesse écrasante de la Miss France autoritaire, un chouïa gestapo arc-en-ciel.

 

On lit derrière ce nouveau rapprochement post-coming out entre mère et fils homo un nouveau prétexte à l’inceste, à la fusion adolescente annulant la différence des générations : « Je vais attendre que tu me dises que tu m’aimes tel que je suis. » (Fabien Tucci, homosexuel, faisant du chantage à son père au moment du coming out, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Ma mère me prenait pour sa meilleure amie. » (Claire dans la pièce Une heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat) Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane est la mère rebelle, impertinente, mâchant son chewing-gum, se conduisant comme une gamine, faisant des conneries comme son fils homo Steve. Dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, la mère de Bruno garde jalousement la nouvelle de l’homosexualité de celui-ci, comme une manière de le posséder encore davantage comme un mari de substitution : « C’est notre secret. […] Il n’est pas désagréable pour une mère de sentir qu’elle est la seule femme qui compte dans le cœur de son fils. […] Je suis l’amie de mon fils… euh, la mère de mon fils, bien sûr. » Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, le fils aîné de la bourgeoise Marie-Muriel, Matthieu-Alexandre, est homosexuel et elle ne s’en rend même pas compte… même si elle donne au public toutes les preuves flagrantes de son homosexualité : il fait partie d’un club très fermé d’art, est présenté comme « très sensible », et lui a offert une sculpture en forme de bite.

 

MÈRE MG 5 Beautiful thing

Film « Beautiful Thing » d’Hettie Macdonald


 

Derrière leur joie de l’homosexualité de leur fils ou de leur fille, beaucoup de mères d’homosexuel ont du mal à cacher leur opportunisme. Par exemple, la maman de Rachel, dans le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, en intégrant l’association P Flag et en passant fiévreusement à la télé en tant que « mère de lesbienne », fait un peu honte à sa fille parce qu’elle en fait trop dans l’acceptation de l’homosexualité de celle-ci… Dans le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, Mrs Hunter, la maman incestueuse de Nico (qui finira d’ailleurs lesbienne, tout comme la mère du film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald) embrasse son fils gay sur la bouche.

 

Grâce à un coming out sans vague et souriant, la mère gay friendly établit avec son fils chéri un pacte d’adoration mutuelle et de non-agression. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, par exemple, on voit Bryan, le héros homosexuel, complimenter sa mère comme une actrice qui aurait parfaitement rempli son contrat : « T’es trop cool, maman… » (p. 406) ; « C’est la vie qui est une vaste comédie où on a tous un rôle. Toi, tu joues le rôle de la maman parfaite. […] Moi, je joue le rôle du fils parfait… » (idem, p. 375) À son tour, celle-ci corrobore narcissiquement les flatteries en les retournant à l’identique à son fiston : « Je t’aime et je suis fière de toi ! Bien sûr que t’es parfait ! » (p. 376) La mère comme le fils se confortent dans le mirage de la relation filiale fusionnelle parfaite, dans le mensonge du coming out, pour évacuer tous les drames qu’il cache. L’éloge infantilisant permet en plus au personnage homosexuel de museler ses parents pour qu’à l’avenir ils ne lui opposent aucune résistance dès qu’il s’agira de ses choix conjugaux homosexuels : ses géniteurs se transforment en bonnes poires bien dressées, et, en plus, dans un consentement total. « Merci maman ! Je suis sûr que tu ne me comprends pas, mais tu fais comme si, c’est cool. » (idem, p. 370)

 
 

b) L’hétéro homophobe fait son mea culpa larmoyant devant les homosexuels :

Cela démarre timidement avec l’expression d’une sympathie et d’une tolérance hétérosexuelle (qui, aux yeux de certains militants homosexuels pressés, résonne maintenant comme de l’homophobie) : l’hétéro fictionnel, même s’il ne dit pas encore qu’il est « pour l’homosexualité », admet au moins qu’il n’est « pas contre ». Son appui ressemble à de l’indifférence, mais il est quand même fréquemment montré comme exemple dans les fictions homo-érotiques : « J’ai rien contre eux. J’ai l’esprit ouvert. » (Charles Newman à propos de l’homosexualité, dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano) ; « J’me fiche de ce que vous pouvez être. » (Amalia par rapport à l’homosexualité de Saint Loup, dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; etc.

 

Souvent, la défense de l’homosexualité ne vient pas du personnage homo lui-même mais d’un hétéro qui raconte l’histoire de sa poignante et coûteuse découverte de l’amour homo : cf. le film « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti (avec Josepha, la mère qui réunit tous les homoparents des amis de sa fille lesbienne le temps d’un week-end champêtre, pour leur ouvrir les yeux sur la « beauté banale de l’homosexualité »), le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron (avec Grany, la grand-mère courageuse, qui vient clouer le bec aux homophobes), la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec la figure de l’hétéro gay friendly très « open »), etc. Par exemple, dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, c’est Prentice, le jeune et bel auto-stoppeur, super roots et super hétéro, pris en stop par le vieux couple de lesbiennes âgées, qui à la fin du film, devant un public ému et qui l’applaudira, nous fait son laïus bobo et pro-gay : « Je n’ai jamais vu un amour comme Stella et Dotty. […] Si l’amour est votre idéal, prenez exemple sur ces deux vieilles gouines. »

 

L’homoparent fictionnel a tendance à s’inventer des excuses-bidon pour étouffer sa juste culpabilité concernant l’homosexualité de son fils/de sa fille : il se croit excessivement attaché au paraître, aux petits-enfants, à l’image sociale, à ses croyances religieuses. « Peut-être que je pense trop aux gens… au qu’en dira-t-on. » (Sara face à son fils homo Malik, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « En fait, je sais très bien ce qui te choque. C’est de savoir que je suis avec une fille. C’est ça ? » (Romane, l’héroïne lesbienne s’adressant à son père, dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien) « Mais non. Mais non. Tu fais ta vie avec qui tu veux. Tu sais très bien que je n’ai jamais rien eu contre les… » (Alain, le père, idem) « Les quoi ? C’est quoi, le mot que tu cherches ? Lesbiennes ? » (Romane, idem) ; « Ça te dérange pas de savoir que je vais vivre avec une fille ? » (Romane, idem) « Mais non ! Bon, j’te dis pas que ça me fait plaisir, bien sûr. Mais j’m’y ferai. C’est ta vie. L’essentiel, c’est que tu sois heureuse. » (Alain, idem) « Merci papa. » (Romane, idem)

 

MÈRE GF 6 Ariane Ascaride

Ariane Ascaride


 

Le témoignage de ce nouveau converti a d’autant plus de force que ce dernier se présente comme un hétérosexuel pur jus et totalement désintéressé par les droits des homos, un simple humaniste qui s’est laissé surprendre par la compassion, un ex-homophobe (en général, son discours pro-gay se fait devant une assemblée nombreuse, larmoyante et penaude, dans un tribunal, une High School nord-américaine, ou un plateau télé) : cf. le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec la maman de Steven, jadis homophobe, qui va finalement défendre son fils), la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand (avec la maman de JP, dont la conversion à l’acceptation de l’homosexualité de son fils est très rapide), le film « Prayers for Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy (avec Mary, la maman ex-homophobe qui va parler courageusement devant les caméras de télévision), la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval (avec Marina, la mère de Fred, qui n’est pas aussi « fermée » que prévu), le film « Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John l’Ecuyer (avec le tour à 90° de la rigide Emily Hall), le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema (avec le révérend qui demande pardon pour son propre aveuglement homophobe et celui de ses ouailles), le film « Boat Trip » (2003) de Mort Nathan (avec le plaidoyer tolérance de Nick, l’hétéro), etc. Par exemple, dans la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, le père Steeven (un prêtre… donc attention : supposé « gros con ») prend la défense de la communauté homo, et se montre devant les caméras très affecté/compassé par la mort de Matthew Shepard (jeune homosexuel de 19 ans, assassiné sauvagement). Dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, la dernière réplique du film est la formulation d’un « Pardon » de Marie, la mère endeuillée par le suicide de son fils homo Adrien : même si ce n’est pas dit, le spectateur finit par comprendre que c’est l’homophobie des parents qui a conduit Adrien à mettre fin à ses jours. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, la mère d’Howard (le protagoniste homosexuel), qui au départ était homophobe, organise de manière improvisée le jour du mariage hétéro de son fils, une sorte de cercle d’Alcooliques Anonymes avec les petites vieilles qui l’entourent, pour mieux sourire à la nouvelle du coming out de son fils. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, le père beauf de Johnny (le héros homo), à la fin de l’histoire, fait un irrationnel turn-over, et encourage même son fils à retrouver son copain Romeo. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Corinne, la mère du jeune Louis, homosexuel, passe d’homophobe à gay friendly, et fait la morale à son mari : « C’est à nous de changer, c’est pas à lui. »

 

« Je suis désolée d’avoir voulu te changer. Tu nous pardonneras ? On s’est trompé. Pardon. » (Patty, la mère-speakerine s’adressant à Steve dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Ma fille couche avec des femmes. Ça ne me dérange pas. » (le père s’adressant à sa fille lesbienne Claire, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Je t’en prie ma chérie, écoute ton cœur. » (Ned, le père de Rachel, l’héroïne lesbienne lui faisant son coming out, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; etc.

 

Certains ex-homophobes hétérosexuels font leur mea culpa au nom de la « honteuse et aveugle communauté hétérosexiste et patriarcale » dont ils font malheureusement partie : c’est le cas par exemple du frère Antoine dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, religieux demandant pardon au jeune Malcolm pour la « fermeture homophobe » de son Église catholique, et encourageant ce dernier à revenir dans les bras de son amant Adrien.

 

L’hommage des hétéros sympathisants se veut émouvant. Ils s’inclinent devant les « héros » homosexuels : « Ce sont des personnes comme vous qui me font aimer ce métier, qui me donnent envie de soigner, de ne jamais désespérer. » (l’infirmière à Adrien, idem, p. 132) ; « Tu sais, en tant que père, je suis capable de t’aimer comme tu es. Même à moitié nu, sur un char de la Gay Pride. » (Eddy le « père » gay friendly s’adressant à son « fils » Édouard, dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt) ; « Je vais dire une banalité. Mais ce qui compte, c’est d’aimer. » (Tommaso, un père de famille qui croit que son fils Andrea est gay, et qui affiche une tolérance ++, dans le film « Tout mais pas ça », « Se Dio vuole » (2015) d’Edoardo Falcone) ; « C’est le courage de mon fils qui me donne des leçons. » (père d’Éric à son fils homo) (le père d’Éric le héros homo dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; « Merci de m’avoir fait grandir malgré mon grand âge. » (Richard, le père homophobe d’Antoine son fils homo, s’adressant aux « mariés » Antoine et Christophe le jour de leur « mariage », dans le téléfilm « Le Mari de mon mari » (2016) de Charles Nemes) ; etc.

 

Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, c’est un défilé de personnages bien-pensants, soit très méchants, soit très gentils (= comprendre « pro-gays »), soit des méchants qui deviennent spectaculairement gentils (parce qu’en réalité, l’homosexualité leur permet de laisser exprimer en eux un désir bisexuel secrètement refoulé). Par exemple, la vieille Gwen, hétérosexuelle, se laisse enseigner l’homosexualité par ses amis militants LGBT, puis, émue de sa propre capacité à changer d’avis sur la question, elle joue les miraculées ayant vu la Vierge : « Vous m’avez ouvert les yeux, les filles. » dit-elle à ses nouvelles amies lesbiennes, les yeux pleins de larmes. Quant à Hefina, la villageoise gay friendly (et secrètement lesbienne), elle engueule vertement tous les gens de son village s’ils ne sont pas assez enthousiastes et accueillants vis à vis du groupe LGBT qui s’est incrusté dans leur contrée. Nan mais ho ! On va vous apprendre ce c’est que la tolérance ! Et pour finir, le couple hétérosexuel Martin/Sian (avec Sian, la femme bien en chair) est montré comme un exemple d’ignorance homophobe bien dressé à la « gay friendly attitude ». Il en devient même, à la fin, agressivement gay friendly, genre « chien de garde ».

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la mère de Bryan défend l’homosexualité son fils, et son plaidoyer gay friendly final a d’autant plus d’impact qu’elle s’était montrée particulièrement homophobe au début de l’histoire : « Ma mère se sentit fière d’elle. Elle avait le sentiment que cette discussion lui avait vraiment fait comprendre son fils, qu’en me défendant de la sorte, elle n’avait jamais été aussi proche de moi. » (Bryan, p. 400) La dramatisation autour du coming out, même si elle apparaît comme pro-gay, est en réalité déplacée, irréaliste et homophobe : en effet, la mère de Bryan change soudain d’avis sur l’homosexualité de son fils qu’elle n’acceptait pas, en faisant un amalgame abusif entre deux réalités qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre : l’avortement d’une part et le rejet de l’homosexualité d’autre part (comme si toute résistance à la « vérité homosexuelle » était criminelle ; comme si le coming out était à la fois un événement extraordinairement joyeux et un cataclysme irréparable) : « Elle avait changé de ton et sa voix était plus douce. Elle avait presque les larmes aux yeux […] : ‘J’ai réalisé que si mes parents m’avaient dit, comme moi : ‘‘Tu ne peux pas le garder’’ lorsque j’étais enceinte de toi, et si je les avais écoutés, tu serais mort, il y a dix-sept ans. » (idem, p. 353) Dans une naïveté et un totalitarisme effarants, les auteurs vont jusqu’à associer le refus de l’homosexualité à l’infanticide, même si cet excès catastrophiste, ce chantage aux sentiments, seront ensuite noyés dans la formulation-bateau de jolis sentiments. « Tu n’es coupable de rien du tout. Tu es comme on t’a fait. Je suis désolée d’avoir si mal réagi hier. Ça ne sert à rien de pleurer et de crier. Je ne te ferai pas changer et je n’en ai pas l’intention. Si tu trouves ton bonheur avec Kévin, si c’est ton choix, à moi de m’adapter même si ce n’est pas évident. J’ai toujours été très fière de toi. Il n’y a pas de raison que ça change. […] La seule chose que j’ai comprise, c’est que quoi que tu fasses, je t’aimerai toujours. » (la mère de Bryan, op. cit., pp. 354-355) ; « Je t’aime comme tu es et quoi que tu fasses, je t’aimerai toujours. Tu es toute ma vie ! » (idem, p. 356)

 

En général, ces conversions de parents hétéros sont trop rapides, spectaculaires, et dénuées de réflexion, pour être réellement effectives. Il existe encore malheureusement des rebelles au dressage idéologique pro-gay. La mère gay friendly n’est pas toujours si gay friendly que cela : une fois qu’elle a joué la comédie de l’amour parental inconditionnel devant les caméras, se profilent très vite chez elle la jalousie, la possessivité, l’intérêt castrateur, l’homophobie. Elle se place en faveur de l’homosexualité de son fils tant qu’il reste éternellement sous ses jupons, bien célibataire, et qu’il ne ramène pas d’homme à la maison. Une fois qu’une tierce personne vient menacer l’équilibre incestueux qu’elle a construit avec son chérubin de fils, elle nous fait une crise ! « Je t’ai consacré toute ma vie. Je t’ai donné tout mon amour, et t’es prêt à me laisser tomber une semaine sur deux ! » (la mère de Bryan à son fils, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 367) Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, ça a l’air d’être la parfaite entente et les fous rires complices entre Kai le héros homosexuel et sa mère Junn (qui a tout deviné en secret de son homosexualité)… mais en réalité, la maman n’accueille son fils que s’il accepte d’être tout à elle. Elle jalouse Richard, l’amant de ce dernier : « Il a beau être ton ami, je ne l’ai jamais aimé. » Elle le rend responsable de sa mise en quarantaine dans une maison de retraite. « Elle est jalouse. Je suis le fils unique. » (Kai s’adressant à Richard). Junn passe aux aveux avec Richard après la mort accidentelle de son fils : « J’étais si jalouse de vous. […]Comme toutes les mamans du monde, je voulais que Kai soit à mes côtés. » Dans le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gendrault, c’est finalement le personnage le plus gay friendly de l’histoire qui se montrera aussi le plus hostile au couple homo : dès qu’Angelo, le héros gay, trouve chaussure à son pied, rien ne va plus du côté de sa mère ! Comme si on essayait de nous montrer que c’est précisément lorsqu’on essaie d’être le plus « tolérant » possible envers l’homosexualité que l’on prépare le mieux l’homophobie sociale…

 

D’ailleurs, l’homophobie du maternalisme gay friendly peut très bien être endossée par le héros homosexuel lui-même. Par exemple, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), Shane, le héros homo, fait tout pour outer, ou plutôt forcer Amy et Karma à être homosexuelles comme lui : « Je suis tellement fier de mes petites ! »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Les mamans bonnes copines compréhensives :

Il est une tradition particulièrement hypocrite et savoureuse qui sévit actuellement dans la grande majorité des émissions télévisuelles traitant du coming out : on fait venir, pour la « Minute Émotion », la fameuse mère gay friendly à des talk shows afin de la présenter comme le modèle à suivre en matière d’avancée de la tolérance pro-homos. Cette reine du carnaval, qui maintenant est même disposée à défiler aux Gay Pride, se prête au jeu de l’exhibition, sans en mesurer vraiment les conséquences pour sa propre vie intime future. Elle parle du coming out de son fils dans une optique de guérison, comme on étale ses états d’âme chez un psy, mais avec la seule différence qu’elle le fait avec un narcissisme beauf (qui la désigne à son insu comme la complice opportuniste de sa détresse), pour le plaisir de se raconter, d’expier ses fautes et sa culpabilité, de se montrer sous son meilleur jour. Car c’est bien connu : une mère est naturellement douce, psychologue, accueillante, forte, compatissante, sensible… Pas mal de personnes homosexuelles sont prêtes à avaler cette couleuvre : « Au fond d’elle-même, ma mère savait que j’étais gay. J’étais un gay précoce. » (le chanteur homo Jake Shears interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Ma mère devient militante elle aussi. Elle aimerait qu’on parle de l’intersexuation autant que des Vegan ou des vacances en Grèce. » (Déborah, personne intersexe élevée en fille, dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018)

 

MÈRE GF 7 Au-delà de la haine

Documentaire « Au-delà de la haine » d’Olivier Meyrou (avec la soeur de François)

 

Les exemples de mères gays friendly impudiques ne manquent pas. Je garde en mémoire l’intervention grotesque – et pourtant sincère – de la comédienne française Chantal Lauby, venue en tant que mère « hétérosexuelle » pleurer pour les personnes homosexuelles devant les caméras de Jean-Luc Delarue à l’émission Jour après Jour, sur France 2, en novembre 2000. Je pense aussi actuellement au rôle de mère très concernée par la lutte contre l’homophobie que prend la chroniqueuse Frigide Barjot en France. De son côté, Ariane Ascaride défend la cause homosexuelle en maman-actrice « ouverte » dans le film-fiction « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, on nous montre un repas de famille autour de la mère, Thérèse, lesbienne, et ses enfants déjà grands… et tout le monde rigole. Dans le documentaire « Yang + Yin : Gender in Chinese Cinema » (1997) de Stanley Kwan, la mère du réalisateur est invitée à parler ouvertement de l’homosexualité de son fils. En général, les interventions médiatiques de l’association Contact en France (association des « parents d’homos ») sont menées par des mères (les papas sont minoritaires) ; et lors des émissions télévisuelles traitant d’homosexualité, on nous ressert toujours la même « maman d’homo », Christiane (à croire que les programmateurs n’en ont qu’un seul modèle !), qui raconte 36 000 fois le même coming out depuis des années… et qui promet à chaque fois que ce sera son dernier passage-télé. Dans l’émission Infra-Rouge intitulée « Souffre-douleurs : ils se manifestent » diffusée sur la chaîne France 2 le 10 février 2015, le jeune Lucas Letellier, lycéen se disant « homosexuel », témoigne du harcèlement scolaire qu’il a subi, aux côtés de sa mère, une femme agressivement gay friendly, qui, derrière un soutien expansif, marque bien son territoire (et le fils ne s’en révolte même pas !) : « T’es toujours mon grand bébé quand même ! » Il est frappant de voir dans le discours de ces mamans gays friendly réelles la revendication de la pseudo « intuition féminine » et de leur exceptionnelle et naturelle « douceur de mères ».

 

Cette mère gay friendly n’est pas d’abord la « mère de sang » mais bien l’actrice, donc la mère symbolique : « C’est un grand plaisir pour moi de participer au festival Chéries-Chéris, où je compte tant d’amis. » (Blanca Li, lors du 18e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2012)

 

MÈRE GF 7 Évelyne et Christiane

Évelyne et Christiane dans « Y’a une solution à tout » sur Direct 8


 
 

b) Les parents de fils ou fille homosexuel(-le) exemplaires :

Je vous renvoie aux témoignages de parents collectés dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, aux reportages sur l’association Contact en France, au documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy dans l’émission Tel Quel diffusée le 14 mai 2012 sur la chaîne France 4 (avec notamment les parents de Sarah), ainsi qu’au documentaire italien « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti sur les parents d’enfants homos.

 

Les premières victimes du coming out sont souvent les parents – les « homoparents », comme les baptise Fabrice Pradas (dans son essai Cinéma gay (2005), p. 41). Dans la majorité des cas, ils sont pris entre deux feux. Tandis qu’on leur demande de parler d’homosexualité de toute urgence à leurs enfants, on les avertit que tout ce qu’ils diront porte déjà contre eux et que leur discours est de toute manière stéréotypé et réactionnaire, voire criminel puisque le rejet de l’homosexualité constituerait la première cause de suicide chez les jeunes. L’ultimatum lancé est terrible quand la proposition de dialogue autour de l’homosexualité n’est qu’une demande tacite de consentement silencieux.

 

Il arrive souvent que les personnes homosexuelles tapent sur la nuque de leurs parents par moyens détournés. Plutôt que de se donner la peine d’argumenter et de discuter, elles les invitent à s’éloigner d’elles pour qu’ils se soignent tout seuls comme des grands et aillent propager la Bonne Nouvelle de leur guérison aux autres homoparents malades d’homophobie. À la télévision, un nombre important de reportages sur l’homosexualité sont destinés à éduquer les parents afin que ceux-ci choisissent le droit chemin. Le mot « éducation » sera la plupart du temps remplacé par un jargon scientifique ou émotionnel : il est question d’« information », de « sensibilisation », de « prévention », de « solidarité », de « dialogue »… « Les droits et les libertés des personnes homosexuelles n’ont cessé d’évoluer durant ces quarante dernières années. […] Immersion au cœur de l’association Contact, dont les bénévoles : parents, homos, membres de la famille ou amis se démènent autour d’un mot qui manque bien souvent au sein de nos familles aujourd’hui : le dialogue. Au travers de cette mixité intergénérationnelle, regard sur des histoires de vie, d’acceptation ; de fierté, de honte et surtout d’amour. » (cf. le résumé du documentaire « 20 ans de Contact » (2013) d’Héloïse Lester, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 89) On nous montre des images de coming out très réussis, de conversions de parents coûteuses mais ultra-rapides, de géniteurs durs à cuire miraculeusement conquis à la cause homosexuelle, de parents gays friendly bien dressés qui tapent du poing sur la table et clouent le bec aux ennemis de leurs enfants à leur place. La mère ouverte et compréhensive, qui pleure d’émotion pour les personnes homosexuelles, est un personnage connu des films et des talk shows. Évidemment, le « père-bourrin-comprend-rien » est écarté de la scène idyllique de complicité filiale (voire amicale !)… même si, de plus en plus, il ose pénétrer timidement dans le champ de vision des caméras.

 

Après la mère gay friendly, on a aussi droit aux pères gay friendly ! : par exemple, dans son one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out (2010), Kavanagh avoue très sérieusement au public que si son propre fils, une fois adulte, lui annonçait qu’il était homo, il se dirait : « Je m’en fous. J’veux qu’il soit heureux. » Quel courage. C’est magnifique. Il en faut, du panache pour oser soutenir ce genre de discours… parce que de nos jours, on risque la prison…

 

MÈRE GF 7 - I'm proud of my gay son

« I’m proud of my gay son » (Gay Pride aux USA)


 

Certains parents se piquent au jeu de l’auto-analyse repentante, pour regagner la sympathie de leur progéniture par l’autoflagellation. Tout le monde s’y met : on n’arrête pas la chaîne de la moralisation pédagogique en si bon chemin ! Lors des réunions dans les associations homosexuelles (par exemple Contact en France), les « parents d’enfant homosexuel » qui ont « assumé » l’homosexualité de leur fils ou de leur fille (comme si c’était la leur…), vont à leur tour endosser le rôle gratifiant des donneurs de leçons pour les autres, en les regardant droit dans les yeux et en simulant la complicité des victimes : « Être homoparents n’est pas une fatalité. Nous sommes tous passés par là, nous savons ce que c’est… Il n’y a pas de raisons de culpabiliser ni de douter. Il faut juste accepter notre fils tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Soyons fiers de lui et de son homosexualité, par amour pour lui. Ne souhaitons-nous pas plus que tout au monde son bonheur ? »

 

À l’heure actuelle, beaucoup de parents battent leur coulpe avec le sourire, se font la morale tout seuls ou bien entre eux, sans qu’on ait besoin d’intervenir. « Il était à deux doigts de leur tomber dessus’ a conclu ma mère. » (la mère parlant de son mari prêt à défendre son fils Eddy Bellegueule traité de « pédale », dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 119) On écoute leur « litanie de la honte du réactionnaire », qui paradoxalement ne demande pas pardon pour ce qui mériterait précisément réparation (inceste, divorce, instrumentalisation des enfants, trop-plein d’amour, etc.). Maintenant, certains en sont rendus à un point où ils réclament leur étiquette de « vieux cons » que leurs enfants homosexuels ne pensaient même pas leur coller. Les homoparents étaient jadis cons dans l’opposition à l’homosexualité ; ils le deviennent maintenant tout autant dans l’accueil désarmé !

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Femmes entre elles » de l’émission Dans les yeux d’Olivier (réalisé par Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, diffusé sur la chaîne France 2 le 12 avril 2011), les parents de Fanny, une jeune lesbienne, se présentent comme des malades cheminant progressivement vers l’acceptation de l’homosexualité de leur fille : « C’est en voie de guérison. » Mais à quoi cela sert de s’affaiblir, si c’est en plus pour alimenter les non-dits ?

 

Il ne me semble pas abusif du tout de parler de harcèlement moral à propos de la politique de « sensibilisation » des parents d’enfant homosexuel à l’acceptation de l’homosexualité. On fait comprendre aux homoparents encore récalcitrants qu’ils jouent avec le feu s’ils n’assument pas l’homosexualité de leur enfant à sa place : « Ne pas aider les jeunes gays et lesbiennes à accepter (leur homosexualité), c’est les livrer à l’homophobie de leurs copains, à l’angoisse d’être différents, voire à la tentation du suicide… C’est surtout manquer gravement à l’éducation affective et sexuelle des adultes de demain. Il y a urgence : les récents actes homophobes nous rappellent que l’enjeu n’est pas seulement individuel mais aussi social, tant il est vrai que la reconnaissance des différences doit se faire très tôt. » (cf. la revue DJ Actu, « L’Homosexualité à l’École : Faut-il en parler ? », n°109, avril 2004, p. 3) Mais c’est ni plus ni moins du chantage aux sentiments et du déni de souffrance.

 

L’éventuelle critique parentale du caricatural coming out est souvent diabolisée dans le catastrophisme émotionnel. Par exemple, dans le film « Prayers For Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, inspiré d’une histoire vraie, Mary Griffith, une mère « homophobe » va, à cause du suicide de son fils, faire partie de l’association d’homoparents PFLAG, et associer son ancestral refus de l’homosexualité à un meurtre, pour ne pas comprendre que ce refus n’est ni aussi absurde ni aussi violent qu’une mort volontaire.

 

Or je crois que les réticences des parents face au coming out sont en partie justifiées. Mis bien souvent au pied du mur au moment du coming out, ils ne réagissent pas toujours finement. Leurs arguments parfois simplistes et maladroits ne sont cependant pas à prendre au pied de la lettre, mais plutôt à retraduire en peur justifiée que leur enfant soit malheureux, qu’il ne construise pas sa vie sur du solide, qu’il ne soit pas bien entouré, qu’il ne puisse pas se passer du bonheur de fonder une famille. Certes, la bonne intention n’excuse pas tout ce qui est proféré, mais elle explique, atténue, appelle à la clémence, et est parfois recevable. En effet, comme je l’explique plus longuement dans mon traitement du code « Mort » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, annoncer son homosexualité, cela revient aussi à faire jour sur son désir de mourir, ce qui est objectivement violent à entendre. Beaucoup de personnes homosexuelles reçoivent comme des coups de poignard des questions parentales parfois gênantes, et pourtant essentielles, existentielles.

 
 

c) Les personnes « homophobes » repentantes :

La conversion de l’indécrottable hétérosexuel homophobe est présentée comme un héroïsme spectaculaire. « Je suis reconnaissant à ma mère, non seulement de m’avoir accepté tel que je suis, mais de me manifester encore plus d’affection depuis qu’elle sait. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 11) D’ailleurs, on l’applaudit plus au mérite que pour la valeur même de son acte (car au fond, il n’y a rien de noble à se taire et à se soumettre à l’homosexuellement correct).

 

La communauté homosexuelle, aussi surprenant que cela puisse paraître, court après les personnes qu’elles jugent les plus homophobes, pour ensuite y dénicher ses meilleurs représentants gay friendly : c’est une manière pour elle de s’auto-attribuer le rôle de la Prêtresse-guériseuse qui, dans sa grande bonté, absout les péchés d’une exception d’homophobe qu’elle va gentiment gracier (mais une fois n’est pas coutume : le reste « des » homophobes sera sévèrement puni !), et d’authentifier les rares miracles de tolérance qui existent encore sur cette Terre hétéro-patriarcale hostile…

 

Pour devenir un « héros d’un quart d’heure » gay friendly, rien de plus simple ! Si vous êtes mère, vous avez toutes les chances. Si vous êtes une femme lesbienne noire, aussi. Mais le top du top, c’est quand même si vous êtes homophobe. Il suffit de défendre l’identité et les amours homosexuelles tout en gardant sagement son statut « d’homophobe hétérosexuel », de « vieux », d’homme politique « de droite », etc., pour être porté aux nues par la communauté homosexuelle : pensons par exemple à l’enseignante « hétérosexuelle » nord-américaine Penny Culliton qui s’est battue pour faire étudier des livres mettant en scène des héros ouvertement homos à ses élèves ; ou bien à une femme ministre de droite comme Roselyne Bachelot, qui a pleuré au micro de l’Assemblée Nationale en faveur de l’adoption du PaCS ; ou encore à l’essai Iglesia Católica Y Homosexualidad (2006) de Raúl Lugo Rodríguez, qui s’annonce comme le pamphlet du pardon demandé par un ecclésiastique à la communauté homosexuelle. Que c’est gay friendly, l’homophobie !

 

D’ailleurs, les applaudissements des proches et leur tolérance gay friendly sont tellement puants et lâches qu’en réalité, ils ne font pas plaisir aux personnes homosexuelles, qui finissent par se rendre compte qu’elles sont utilisées : « Je ne voulais pas d’une mère comme ça. Pourquoi ? Je ne saurai pas dire… […] J’en voulais pas ! Est-ce qu’on peut imaginer un tel paradoxe ? » (une témoin lesbienne racontant sa gêne par rapport au soutien excessif de la mère d’une de ses ex-compagnes vis à vis de leur couple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Les gens intolérants qui me jugent sont les gens ouverts qui croient bien faire en pensant que je suis né ainsi alors que je sais que c’est pas vrai, et qu’ils veulent absolument me rendre gay. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, juin 2014) ; etc. Par exemple, dans son film autobiographique « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013), Guillaume Gallienne dit qu’il veut écrire une pièce racontant l’histoire d’« un garçon qui doit assumer son hétérosexualité dans une famille qui a décrété qu’il était homosexuel ».

 

Pour ma part – et je conclurai ainsi –, je me suis toujours méfié des élans euphoriques d’acceptation sociale de l’homosexualité. Dans mon parcours personnel, j’ai souvent remarqué que ce sont les personnes en théorie les plus gay friendly de mon entourage familial, celles qui ont applaudi des deux mains à mon coming out et qui ont banalisé mon désir homosexuel dans un relativisme bon ton (alors que je ne leur demandais justement pas une telle effusion de jubilation), qui contre toute attente se sont révélées sur la durée le plus homophobes à mon encontre et qui ont pathologisé/instrumentalisé mon homosexualité pour me clouer le bec quand je faisais lumière sur leurs blessures. Beaucoup de personnes soi-disant « hétérosexuelles » sautent trop précipitamment sur l’essentialisation du désir homosexuel pour avoir les mains propres dans cette histoire : le coming out est la cloche qui recouvre les problèmes de l’individu homosexuel comme ceux de l’individu hétéro qui ne sait pas aimer. Les personnes les plus véritablement respectueuses de mon homosexualité que je connais sont finalement celles qui ont eu l’audace de me reconnaître en tant que personne et non en tant qu’homo, qui ont reconnu mon désir homosexuel tout en le laissant au second plan.

 
 

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Code n°120 – Mère possessive (sous-codes : Maman mon tout mon roi / Maman-gâteau)

Mère possessive

Mère possessive

 

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Ma mère m’adore, je l’adore

… et c’est justement ça le problème

 
 

L’association mère-homosexualité agace souvent la communauté homosexuelle au plus haut point. Et il est facile de comprendre pourquoi : bien des sujets homosexuels ne désirent pas analyser la relation idolâtre qu’ils entretiennent avec l’être qui est pour eux le plus détestable et le plus cher au monde. Ils démontrent par leurs propos qu’ils ont élevé leur mère au rang de déesse ou de vierge, pour mieux fuir les femmes réelles. Dans les œuvres homo-érotiques, cette matrone toute-puissante prend tellement de place qu’elle donne très souvent la mort aux hommes ou à leur propre fils. Cela peut correspondre à une certaine réalité. Même si tous les schémas psychologiques attribuant à une mère, et à elle seule, l’origine de l’homosexualité d’un fils sont suspects, le cliché de la mère possessive est malheureusement loin de n’être qu’une caricature ! Les personnes homosexuelles de notre entourage qui n’ont toujours pas réussi à couper le cordon, et qui sont assaillies de la présence étouffante de leur bonne maman, réelle ou symbolique (une nourrice, une tante excentrique, une sœur, une grand-mère, une institutrice, une actrice, une chanteuse, etc.) ne manquent pas! Certaines personnes homosexuelles sont victimes de la revendication virile de leur mère : la mère cinématographique – et parfois la mère réelle – cherche souvent à montrer à son fils que son père n’est qu’un tyran « sans couilles », prend la place de son enfant au point d’envahir son espace psychique, l’aide à s’homosexualiser, impose le sacrifice de toute individualité, et cultive la politique du secret de polichinelle.

 

Et le pire, c’est que la majorité des personnes homosexuelles cautionne cet abaissement à l’idole maternelle par la validation passive de leur homosexualité. Par exemple, Julien Green nie que sa mère ait été tyrannique (« Non, elle était très douce », affirme-t-il à l’émission Apostrophe, diffusée sur la chaîne Antenne 2 le 20 mai 1983), et reconnaît tout de suite après qu’elle a largement outrepassé ses fonctions maternelles. Comme l’écrivait Marcel Proust dans sa préface à Sodome et Gomorrhe (1922), qui pourtant adorait sa mère, « il est difficile de supposer que la mère ou la sœur qui nous aime absolument, ne saisisse pas dans l’essence de notre nature toutes les conséquences, même mauvaises, qu’elle peut porter, difficile aussi de croire que dans son amour pour cette essence elle ne pardonne en elle ces conséquences détestables. » Beaucoup d’individus homosexuels ont droit aux confidences maternelles qui ne les regardent pas, servent de substitut marital pour reporter/illustrer un divorce, si bien qu’ils ne savent plus exactement comment définir ce lien de proximité excessive mais irréelle avec leur mère, et n’osent pas toujours prendre le large.

 

La frustration que leur apporte la relation fusionnelle qu’ils maintiennent parfois avec leur mère réelle et les enjeux de stérilité qu’elle induit ont de forte chance d’être contre-investis dans une soumission totale au modèle du bon enfant dévoué et parfait. Un pacte tacite de non-agression unit fréquemment la mère réelle et son fils homosexuel. « Tu acceptes de me faire dieu, et je ne dénoncerai pas tes abus » déclare le fils à sa mère ; « Tu acceptes d’être tout à moi, et en retour tu seras mon idole (ou je serai ton idole) » promet la mère à son fils. Leur duo peut avoir un fonctionnement bancal mais qui contente pour un temps les deux parties : la mère accepte de servir de joli trophée ou de femme de substitution à son fils ; et la mère fétichise son fils homosexuel en Don Juan, en objet sacré qui peut se prendre plus tard pour l’amour même : « Elle m’aimait excessivement. C’était trop. Moi, je l’aimais beaucoup. Elle a installé l’amour en moi. Elle a fait de moi un homme qui a toujours été amoureux » avoue Julien Green (toujours dans l’émission Apostrophe). Remettre en cause la passion maternelle, cela revient selon certaines personnes homosexuelles à renoncer à leur statut divin, et bon nombre d’entre elles ne sont visiblement pas prêtes à cela, même si à d’autres moments, elles avouent ressentir la projection d’idéaux comme une tyrannie. Bien des fils d’homoparents s’adressent à eux-mêmes le cri sans révolte similaire à celui que Pierre pousse dans le film « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré : « Pourquoi est-ce qu’on demande toujours aux fils d’être des dieux ? »

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Inceste », « Bergère », « Vierge », « Regard féminin », « Parricide la bonne soupe », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Grand-mère », « Infirmière », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Reine », « Actrice-Traîtresse », « Tante-objet ou maman-objet », « Mère gay friendly », « Sirène », à la partie « Peur de devenir folle » du code « Folie », à la partie « Fausse résistance » du code « Matricide », et à la partie « Festins » du code « Obèses anorexiques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Maman mon tout mon roi :

Dans beaucoup de créations traitant d’homosexualité, la figure de la mère est célébrée par le héros homosexuel : cf. la chanson « Mother Love » du groupe Queen, « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock (avec Bruno adorant sa mère), la chanson « Maman la plus belle du monde » de Luis Mariano, le film « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré, le film « Belle Maman » (1999) de Gabriel Aghion, « Je retourne chez maman » (1952) de George Cukor, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (avec la figure idéalisée de la mère), le film « Mommie Dearest » (1981) de Frank Perry, le film « Maman très chère » (1981) de Frank Perry, la pièce Casimir et Caroline (2009) de Horváth von Ödön (avec Eugène vivant seul chez sa mère), le film « Mamma Mia » (2007) de Phyllida Lloyd (un grand classique gay !), le roman Du côté de chez Swann (1913) de Marcel Proust, le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie, la chanson « Mama » des Spice Girls, la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti (où François est présenté comme un éternel adolescent qui vivra toute sa vie au crochet de sa mère), la chanson « Dimanche 6 août » de Stefan Corbin, le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier (avec la chanson « Maman, c’est toi, la plus belle du monde »), la chanson « Je t’aime maman » de Lorie, la chanson « Oh Mama » de Jeanne Mas, « Toutes les mamas » de Maurane, le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand (abordant la catégorie des gays fils-à-maman), la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, la chanson « Xavier » d’Anne Sylvestre, etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Mama" des Spice Girls

Vidéo-clip de la chanson « Mama » des Spice Girls


 

Les héros homosexuels, filles comme garçons, ne tarissent pas d’éloges à l’égard de leur génitrice : « C’est la plus belle chose au monde, l’amour d’une mère. » (João dans le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz) ; « Rien ne remplacera le sein d’une vraie nourrice ! » (Mimi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 374) ; « Je crois que tu es la femme la plus importante de ma vie. » (Laurent, le héros homo, à sa mère Suzanne, dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « Le seul regard de femme que tu portes en ton âme n’est plus sur cette terre, et ce regard de femme, c’est celui de ta mère. » (la Groupie s’adressant à la figure bisexuelle de James Dean, dans la chanson « Éternel Rebelle » du spectacle musical La Légende de Jimmy de Luc Plamondon) ; « Moi, j’étais un fils-à-maman. » (cf. la chanson « La Chanson de Ziggy » de Ziggy et Marie-Jeanne dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger) ; « Maman avait raison. » (Jean-Paul parlant à sa future femme Catherine, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; « Je travaille toujours bien ici. Ça doit être toi qui m’inspires. » (Yves parlant à sa maman, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « Maman et moi, on s’aime plus que n’importe qui. […] Elle est très pudique. Elle n’aime pas s’épancher. Elle n’a aucun défaut. Ma mère, elle est géniale. » (Guillaume, le héros bisexuel du film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « La fourchette, c’est la maman. Le couteau, c’est le papa. La fourchette, c’est celle que je préfère. » (Laurent Spielvogel dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Le Prince Laurent a hérité de la grâce et de l’élégance de la Reine Berthe. » (Laurent Spielvogel parlant de lui et de sa mère version réifiée/royale, idem) ; « Les baisers d’une maman guérissent toutes les blessures. » (la maman de Davide, le héros homosexuel, embrassant les tétons, le ventre et la bouche de son fils, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel, déclare que sa mère (Adesse) est « la femme qu’il admirait le plus au monde » (p. 58) : « Je crois que j’ai toujours eu besoin d’elle pour entretenir ce cordon ombilical dont je n’arrivais pas à me défaire. » (idem, p. 69) ; « Adesse représentait pour lui la personne la plus chère au monde. » (idem, p. 70) ; « Entre la mère et le fils, il existait comme une force télépathique qui leur permettait d’agir simultanément à des kilomètres. » (idem, p. 108) Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine, le héros homosexuel, passe « tout son temps au téléphone avec sa mère ». Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Gabriele, le héros homosexuel, avoue que chez lui, pendant son enfance, c’est sa mère qui régentait tout : « Ma mère, c’était peut-être pas un homme, mais c’était un génie. C’était une grande dame. » Elle était sa reine : « À la maison, j’aidais toujours ma mère. » Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le jeune héros homosexuel, a une relation de proximité avec sa maman. Il l’embrasse dans l’église. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le héros homo, écrit un livre avec pour épitaphe « À la mémoire de ma mère » et maintient avec sa maman Sam une relation quasi conjugale : « Je vis seul avec ma mère. » L’un et l’autre portent une chaîne autour du coup avec les initiales de l’autre gravées sur un pendentif. C’est le même schéma incestuel que vit John, lui-même homo, avec Grace sa maman : « Je te connais. J’ai été la première. » dit-elle.

 

Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika, l’héroïne lesbienne, en cours de dessin en maternelle, peint une carte pour sa mère dans laquelle elle écrit : « Maman, tu es la reine de mon cœur. » (p. 86) Dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, Wassim, l’un des personnages homosexuels, embrasse goulument sa maman. Il arrive que le héros homosexuel, comme un grand gamin, appelle sa mère au secours : « Mama, ouh ouh ouh, I don’t want to die… I’m just a poor boy, nobody loves me (He’s just a poor boy from a poor family). » (cf. la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen) Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Kai (le héros homosexuel) et sa mère Junn ont une relation complice très fusionnelle, incestuelle : « Maman, t’es la n°1 dans mon cœur. » déclare Kai à cette dernière). Junn veut vivre le restant de ses jours avec son fils et lui en veut de l’avoir mise en maison de retraite : « Je suis la famille avant tout. Tu ne peux pas te débarrasser de ta mère comme ça. » « Comme toutes les mamans du monde, je voulais que Kai soit à mes côtés. » La mère et le fils s’entendent comme deux meilleurs amis ou comme un petit couple qui partage toutes les confidences, toutes les histoires de cœur. Richard, l’amant secret de Kai, les décrit comme deux jumeaux : « Vous êtes pareils tous les deux. » Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Elio, 17 ans et homosexuel, a une relation fusionnelle avec sa mère Annella : ils s’embrassent sur la bouche, et goulument dans le cou.

 

Très souvent dans les créations artistiques traitant d’homosexualité, le héros homosexuel est associé à un « fils à maman ». « Le p’tit Martin [héros sur lequel pèse une forte présomption d’homosexualité] à sa maman est une Cendrillon ! » (Malik, le héros hétéro, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Ton fils c’est ton portrait craché. Tout pour l’apparence ! » (Laurent Spielvogel imitant son père parlant à sa mère, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Tu vas le laisser tranquille ! Tu vas arrêter de le couver comme ça ?!? Tu vas en faire une… » (Charles, le père de Victor le jeune héros homosexuel, s’adressant à sa femme Martine, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; etc. Par exemple, dans le film « Attitudes » (2005) de Xavier Dolan, Jules, le héros homosexuel, est traité de « p’tit gars à sa maman » par un camarade du collège. Dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Malik, le héros homosexuel, pense que le fait d’avoir grandi avec une mère castratrice et ses cinq tantes « aurait pu faire de lui un pédé ». Dans le film « Friendly Persuasion » (« La Loi du Seigneur », 1956) de William Wyler, Jacques, pourtant jeune adulte, est constamment sous la coupe de sa mère : elle le borde encore dans son lit (« Combien de fois je vais encore te border ? »). Le père de Jacques fait la remarque à son épouse : « Eliza, tu ne peux pas le garder dans tes jupons toute ta vie. »

 

La réputation du vieux garçon homosexuel (= le Tanguy) collé aux basques de sa maman chérie n’est plus à faire ! Très souvent, mère et fils hébergent sous le même toit : cf. le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie (avec Armand, le héros homosexuel de 43 ans, qui vit encore seul avec sa mère), la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (avec le voisin célibataire homo, vivant chez sa mère), le film « Tanguy » (2001) d’Étienne Chatiliez, la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan (avec le coiffeur homo Romain, habitant seul chez sa mère) ; etc.

 

« J’habite seul avec maman dans un très vieil appartement, rue Sarasate. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour) ; « J’habite seule avec maman. » (Micheline le travesti M to F de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Y’a qu’un homo pour vivre encore chez sa mère à trente ans… » (Laurent à Cédric quand ce dernier lui demande comme il a deviné son homosexualité, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) Par exemple, dans la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, Jacques est toujours fourré sous les jupes de sa mère. Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram « veut vivre auprès de sa mère ». Dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, Jacques, le héros qui se travestit en Chantal en cachette, vit encore avec sa vieille mère ; il s’habille d’ailleurs comme elle : « Ma mère elle-même s’habille en femme. »

 

La mère possessive est la figure maternelle symbolique au sens large : elle peut s’étendre à la sœur, la nourrice, la tante, l’institutrice, l’actrice, à toutes femmes qui exercent un pouvoir désirant sur le personnage homosexuel. « Servante à la place de ma mère. Femme à la place de ma mère. » (Omar évoquant Hadda, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa) ; « Elle est sympa, la photo de ta mère sur le mur. » (Raphaël par rapport au portrait de Jackie Quartz trônant dans le salon de son copain Benoît, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « J’aime bien les mères, moi ! » (Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; etc.

 

La mère adorée en question n’est pas toujours la biologique mais la cinématographique : « C’est quoi le problème ? C’est sa mère, Sophie Marceau ? » (Alex par rapport au héros homosexuel Gabriel, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce) Par exemple, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, la sonnerie de portable de Léo, indiquant un appel entrant de sa mère, c’est « Casse-Noisette » de Tchaïkovsky. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu parle de sa mère en l’imitant comme s’il s’agissait de la mère cinématographique : « Parce que je le vaux bien. » Dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, Jacques Alvarez, l’homme transgenre M to F, vit encore avec sa vieille mère : il s’habille comme elle, en soutenant que « sa mère elle-même s’habille en femme. » La mère, dans ces cas-là, est un féminin d’accessoire.

 

Elle a d’ailleurs tout d’une déesse impalpable, immatérielle et parfaite : « Une mère ne se trompe jamais. » (Hubert, le héros gay de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Ma mère a toujours été très très complice de moi, en cachette de mon père pour que je puisse rêver, pour que je puisse devenir moi. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) La mère du personnage homosexuel n’est pas incarnée. C’est une icône virginale. « Je me souviens que je suis très content. Comme toujours quand je crois qu’elle est très heureuse. Et belle. » (le narrateur en parlant de sa mère, dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 9) ; « Je décide d’attendre sans bouger un long et profond sommeil qui ressemble à la mort comme je l’imagine. J’y vois maman dans une grande robe blanche. Elle me sourit, court dans un champ de fleurs bleues. On dirait qu’elle vole. » (idem, p. 88) ; « Il y a des centaines de photos de maman. Elle était si belle… Il ne fallait pas la toucher tant elle était si belle… » (le jeune Thomas, dans le bâti Lars Norén (2011) mis en scène par Antonia Malinova, salle Adjani des Cours Florent, à Paris) ; « Elle est au commencement, elle est là dès la première phrase écrite, elle ne me quitte jamais. Sa présence est sur tout. Elle est la figure tutélaire, le guide, celle qui montre le chemin. Le culte que je lui voue est religieux. […] Je crois souvent que ma vie, que toute ma vie s’est façonnée par rapport à elle, que tout procède d’elle. » (Vincent en parlant de sa mère, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 56-57) ; « Je te salue maman. » (cf. la chanson « Je te salue maman » de Laurent Viel) ; « Que ma mère t’entende. » (Larry, l’un des héros homos du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Qu’est-ce qu’il y a ? T’as vu la Vierge ? » (Laurent s’adressant à son copain Cédric qui a vu par inadvertance au réveil la mère de Laurent les surprendre ensemble au lit, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; etc. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, par exemple, la chanson du générique final est « Maman la plus belle du monde » de Luis Mariano ; et à un moment donné du synopsis, la mère d’Hubert (le héros homosexuel) est déguisée en sainte Thérèse de Lisieux. Avant de la haïr au point d’avoir des souhaits matricides, Hubert voue une passion sans bornes pour sa maman : « Je sais pas ce qui s’est passé. Quand j’étais petit, je l’aimais. » Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Mrs Webster, la maman de Luce l’héroïne lesbienne, se prend pour Dieu : « Je suis peut-être aussi vieille que Dieu. »

 

 

Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, décrit « le sentiment de quasi-vénération que le visage de sa mère avait éveillé en elle » (p. 22) depuis sa naissance : « La beauté de sa mère était toujours une révélation pour elle ; elle la surprenait chaque fois qu’elle la voyait ; c’était l’une de ces choses singulièrement intolérables, comme le parfum des reines-des-prés sous les haies. […] Anna [le prénom de la maman] disait parfois : ‘Qu’avez-vous donc, Stephen ? Pour l’amour de Dieu, chérie, cessez de me dévisager ainsi !’ Et Stephen se sentait rougir de honte et de confusion parce qu’Anna avait surpris sa contemplation. » (idem, p. 49)

 
POSSESSIVE 2 Mariano
 

S’établit très souvent entre la mère et son fils homo un contrat de sacralisation mutuelle (= « Je t’adore si tu m’adores ; je deviens toi et ainsi, nous serons divins à nous deux »), un empiètement de vie privée consenti : « Ma mère m’adore. Et il va de soi que je l’adore aussi. » (Dominique, le héros gay du roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 15) ; « De son propre aveu, elle n’a jamais aimé que moi. » (idem, p. 33) ; « On dirait que tu m’adores. » (Evita parlant à sa mère dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Y’a personne qui va y toucher. Ce sera mon enfant à moi. » (Marie Lou par rapport à son quatrième et dernier enfant, Roger, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « Je ne peux pas te dire je t’aime. J’aime trop ma maman. » (Didier Bénureau dans son one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Même si on a prétendu le contraire parce que ça nous arrangeait bien tous les deux… » (Guillaume, le héros bisexuel parlant de la possessivité jalouse et faussement désintéressée de sa mère, possessivité qui a constitué une sorte d’équilibre fragile entre eux, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; etc. Dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, Joséphine formule à son fils homosexuel Kévin un tendre « Je t’adore ! », et celui-ci lui répond : « Moi aussi je t’adore… mais tu m’écrases les pieds ! » Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, voyage sous le nom de sa mère. Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Isabelle compte appeler son futur fils (qu’elle prévoit d’avoir avec Pierre, le héros homo) « Superman » et veut pour lui « le meilleur », la « réussite », la « perfection » (… et non le bonheur). Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, s’entend dire par sa mère abusive : « Je n’ai que toi. Tu n’as que moi. »

 

Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, Fernand Cazenave, le héros homosexuel refoulé, est un fils-à-maman vivant une relation particulièrement fusionnelle avec sa mère tyrannique : « La mère et le fils, accrochés flanc à flanc comme de vieilles frégates, s’éloignaient sur l’allée du Midi et ne reparaissaient qu’une fois achevé le tour du rond. » (p. 28) Sa génitrice l’appelle d’ailleurs « son fils adoré » (idem, p. 35) et l’absorbe complètement : « Sa mère le poussait en avant ; elle était en lui ; elle le possédait. » (idem, p. 116)

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, est totalement amoureux de sa mère. Il la dragouille comme une fiancée : « Chaque fois que je te revois, tu rajeunis. » ; « Qu’est-ce que tu sens bon… » ; « C’est toujours toi ma préférée, même si tu me bats. » ; « On va faire équipe, nous deux. » Il la tripote en la prenant par derrière. Il l’embrasse sur la bouche en mettant sa main pour faire tampon entre les deux bouches. Puis, à la fin du film, il lui fait carrément un baiser langoureux sur la bouche, en ajoutant : « T’es ma priorité. ». Sa mère s’en révolte à peine, même si elle avoue en privé à son amie Kyla que son fils souffre d’une pathologie : « Il a un trouble de l’attachement. » Elle rentre dans le jeu fusionnel : « T’es là pour maman, et vice et versa. » ; « Je vais t’aimer de plus en plus fort, et c’est toi qui vas m’aimer de moins en moins : c’est la nature. »
 

Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac croit qu’avec sa maman, il fonctionne par télépathie, qu’ils forment ensemble un seul corps. On retrouve la même symbiose mère-fils dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti. Dans le film « Peeling » (2002) d’Heidi Anne Bollock, la mère de Beth imite sa fille lesbienne en tout (par exemple, elle se fait des couettes comme elle). Dans le roman Les Parents terribles (1939) de Jean Cocteau, le fils saute sur le lit de sa mère.

 

La mère de l’homosexuel (et ses représentantes féminines futures) est en général la jumelle narcissique : « Je ne me rassemble et ne me définis qu’autour d’elle. Par quelle illusion j’ai pu croire jusqu’à ce jour que je la façonnais à ma ressemblance ? Tandis qu’au contraire c’est moi qui me pliais à la sienne ; et je ne le remarquais pas ! Ou plutôt : par un étrange croisement d’influences amoureuses, nos deux êtres, réciproquement, se déformaient. Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s’aiment se façonne à cette idole qu’il contemple dans le cœur de l’autre… » (Édouard dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1925) d’André Gide, p. 83) ; « Lady Griffith aimait Vincent peut-être ; mais elle aimait en lui le succès. […] Elle se penchait avec un instinct d’amante et de mère au-dessus de ce grand enfant qu’elle prenait à tâche de former. Elle en faisait son œuvre, sa statue. » (idem, pp.72-73) ; « Mon image de Lucile est image de moi-même. Rien ne pourra nous séparer. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 73) ; « Ma Mère : mon miroir. » (Margot dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Maman, je serai toujours là pour te protéger.’ Je gonflais ma poitrine et lui montrais mes biceps. […] Je reportais toute mon affection sur ma mère qui me le rendait bien. » (Bryan à sa mère dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 20) ; « Ma mère, c’est toute ma vie. » (Kévin à Bryan, idem, p. 325) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc.

 

Le personnage homosexuel demande parfois à rentrer à nouveau dans le ventre de sa mère, à connaître éternellement le bien-être de l’état intra-utérin : « Quel frisson de m’anéantir dans son ventre. » (cf. la chanson « L’Amour naissant » de Mylène Farmer) ; « Si je comprends bien, tu n’as jamais vraiment ‘coupé le cordon’ avec ta mère. » (Sylvia s’adressant à son amante Laura, dans le roman Deux Femmes (1975) de Harry Muslisch, p. 82) ; etc.

 

Téléfilm "À la recherche du temps perdu" de Nina Companeez

Téléfilm « À la recherche du temps perdu » de Nina Companeez


 

La fusion possessive entre le héros homosexuel et sa mère contente apparemment les deux parties. Le seul problème, c’est que la distance vitale entre le fils et la mère n’existe plus, que l’un et l’autre consentent à vivre ensemble une relation incestueuse qui les transforme en objets : « La seule et unique fois où j’aurais pu conclure avec une femme, j’ai pensé à ma mère. » (le héros homosexuel dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « On finissait par se croire non en face d’une mère et d’un fils, mais d’un vieux ménage. » (la description d’Adolphe Forbach et de sa mère, dans le roman Le Bal du Comte d’Orgel (1924) de Raymond Radiguet, p. 52) ; « Théron m’appartient. » (Annah, la mère de Théron, à son mari, dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli) ; « Maman est gentille. Eh ben tu vois, tu les as eus, tes glands ? Et le beige te va très bien. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère lui parlant dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015 ; « Toi aussi, maman, t’es belle. » lui répond-il en retour) Par exemple, dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, la maman de Bruno est toute contente d’être « la chose » de son fils : « Il n’est pas désagréable pour une mère de sentir qu’elle est la seule femme qui compte dans le cœur de son fils. » ; etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Par exemple, dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel, la mère filme son fils romain et le prend pour un substitut marital. Dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, la maman d’Éric réifie son fils par la photo. Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, la mère traite son fils de poupée : « Si à la place d’un mannequin, j’avais eu un vrai homme comme ton père ! » Dans son roman Vincent Garbo (2010), Quentin Lamotta dénonce l’appropriation abusive des mères sur les nouveaux-nés, « l’excessive bienveillance des parents » : « L’enfant […] est l’objet de répétées tentatives d’appropriation. Les femmes surtout. » (p. 38) ; « Qui, mais qui d’autre que Garbo, dira jamais la malfaisance de toutes ses fausses mères dévoreuses sur la sensorielle organisation du petit ? » (idem, p. 39) ; « On se le passe de mains en mains, le Vincent, de bras en bras, tel un joujou Celluloïd, et personne alentour, jamais personne pour le sauver de cette inadmissible emprise sur son corps. » (idem, p. 39) ; « L’amour inquiet des parents m’est trop pesante charge. » (idem, p. 86) Dans son roman Le Monarque (1988), Knut Faldbakken parle des « mères poisseuses de sollicitude » (p. 17) qui engendrent des hommes-poupons.

 

Certains héros homosexuels finissent par devenir aussi possessifs en « amour » que leur mère (biologique ou cinématographique), en croyant aimer vraiment leur partenaire d’un amour maternellement exemplaire : « Je ne suis ni possessive ni jalouse en rien, c’est ma nature. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 97) ; « Il faut que vous sachiez, Vincent, que j’ai, de l’amitié, une conception un peu, voire tout à fait, tyrannique et possessive. » (la figure de Marcel Proust s’adressant à son jeune amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 91) ; « À sa naissance, il deviendrait une personne, quelqu’un que Jane n’aimerait peut-être pas, mais pour le moment il était tout à elle. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 193) ; etc.

 
 

b) Le personnage homosexuel est soumis à l’influence d’une mère intrusive et incestueuse :

La mère possessive est un leitmotiv des fictions homosexuelles : cf. le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (où Josiane Balasko interprète le rôle d’Andrea Martal, une mère très étouffante avec José, son fils homo), le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló (avec la mère de Randy, qui le surprotège), la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (avec le personnage de Marie), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, le film « Cher disparu » (1965) de Tony Richardson, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1983) de Pedro Álmodóvar, la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, le film « Le Protégé de Madame Qing » (2000) de Liu Bingjian, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock (avec la maman de Norman Bates), le film « Mother Knows Best » (2009) de Bardi Gudmundsson (où Gudini vit à Reykjavik avec une mère très possessive), le film « Les belles manières » (1978) de Jean-Claude Guiguet (avec le fils trop choyé d’une dame élégante), la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette (avec la mère possessive de Diane), le film « Je préfère qu’on reste amis » (2005) d’Éric Toledano et Olivier Nakache (avec la maman de Claude), le film « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « Music Lovers » (1970) de Ken Russell, le film « The Sins Of Rachel » (1972) de Richard Fontaine, le film « Lola et Bilidikid » (1998) de Kutlug Ataman, le film « La Toile d’araignée » (1975) de Stuart Rosenberg, le film « La Vie de Brian » (1979) de Terry Jones (avec la mère possessive acariâtre), le film « Le Lion en hiver » (1968) d’Anthony Harvey, le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, le film « Mi-fugue mi-raisin » (1994) de Fernando Colomo, le film « Muerte En La Playa » (1988) d’Enrique Gómez, le roman Beatriz Y Los Cuerpos Celestes (1998) de Lucía Etxebarria, le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick (avec le cliché de la mère possessive juive), le roman Les Parents terribles (1939) de Jean Cocteau (avec la mère absorbante), le film « Avant le déluge » (1953) d’André Cayatte, la pièce La Casa De Bernarda Alba (La Maison de Bernalda Alba, 1936) de Federico García Lorca (avec la figure de la matrone toute-puissante), le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau (avec la saoulante mère d’Henri, stressée-de-la-vie), le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron (le titre initial était « Je t’aime tant »), le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault (avec la maman d’Angelo), le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « Collateral » (2004) de Michael Mann (avec la mère de Max à l’hôpital), la pièce Les Babas Cadres (2008) de Christian Dob, le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart (avec la mère juive d’Arnold), le film « Mamma Roma » (1962) de Pier Paolo Pasolini (avec Anna Magnani), le roman Ernesto (1975) d’Umberto Saba, le film « Gay Club » (1980) de Ramón Fernández, le film « Los Placeres Ocultos » (1977) d’Eloy de la Iglesia, la pièce Flor De Otoño (1982) de José María Rodríguez Méndez, le roman Oranges Are Not The Only Fruit (1985) de Jeannette Winterson, le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, la comédie musicale Into The Woods (1987) de Stephen Sondheim, le roman L’École du sud (1991) de Dominique Fernandez, le roman Mes Parents (1986) d’Hervé Guibert, le film « Big Mamma » (1999) de Raja Gosnell, le film « A Different Kind Of Love » (1981) de Brian Mills, le film « Better Than Chocolate » (1999) d’Anne Wheeler, le film « Doña Herlinda Y Su Hijo » (1984) de Jaime Humberto Hermosillo, le film « 101 Reykjavik » (2000) de Baltasar Kormakur (avec la mère de Hlynur), le film « Gugu, O Bom De Cama » (1980) de Mario Benvenutti, le film « Taxi Nach Cairo » (1988) de Frank Ripploh, la pièce La Religieuse (1760) de Denis Diderot (avec la mère incestueuse), le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec la mère inquisitrice de Julie), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec Sara, la mère possessive), le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky (avec la mère de Nina, une vraie mante religieuse incestueuse), le film « Ylan » (2008) de Bruno Rodriguez-Haney, la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval (avec « la collante » Marina, la mère de Fred), la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec la mère de Léo, le héros homo), le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec la maman de Léo, le héros homo aveugle, sans cesse sur lui parce qu’elle a peur qu’il lui arrive malheur), la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi (avec Solange, la belle-mère pot de colle), la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand (avec Catherine, la mère bourgeoise), etc.

 

La maman du héros homo est apparemment pleine de sollicitude. Ce serait sa particularité : « Anna Gordon était d’une race de mères dévouées. » (Marguerite Radclyffe Hall à propos de la mère de Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 23) Par exemple, dans la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters, Mme Turnblad, la mère de Tracy, est interprétée par un homme travesti, et est une femme hyper prévenante, acariâtre et tendre à la fois.

 

Mais l’homo-maman a tendance à s’immiscer un peu trop dans la vie privée de sa progéniture. Le franchissement de la frontière de la différence des générations n’annonce rien de bon.

 

Dans le registre « mère-bonne-copine refusant de vieillir », cédant à tous les caprices de son fils homosexuel, et lui demandant de lui agrafer son soutif, on a les mères des films « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré, « Pôv fille ! » (2003) de Jean-Luc Baraton, « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti, « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, « Reinas » (2005) de Manuel Gómez Pereira, etc.

 

Il est très fréquent de voir la mère du héros homo rentrer sans prévenir dans la chambre de son fils : cf. le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, le film « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, le film « Hitchcocked » (2006) d’Ed Slattery (avec la mère qui rentre dans la salle d’eau où son fils est sous la douche avec un homme), etc. « Ma mère se précipite dans ma chambre sans frapper. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 140) ; « Je t’ai attendu toute la soirée. » (la mère de Franck endormie et voyant son fils, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel) ; « N’ouvre pas, maman, je suis nu ! […] J’arrive, maman ! Ne casse pas la serrure ! » (« L. », le héros transgenre M to F, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Les femmes sont des vraies louves quand il s’agit de leurs petits. » (Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; etc. Dans le film « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Cédric dit de sa mère qu’elle est tellement indiscrète qu’elle serait capable de « défoncer la porte de sa chambre ». Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Monique, la mère de Delphine, découvre sa fille nue au lit avec une autre femme, Carole, en rentrant de force dans sa chambre.

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la mère de Bryan est très intrusive : « Ma mère c’est l’œil de Moscou : elle voit, entend et devine tout ! » (p. 176) ; « Le lendemain matin, ma mère entra dans la chambre pour nous réveiller. Je n’avais pas verrouillé la porte la veille. Elle resta un moment en arrêt devant le lit. » (idem, p. 333) Quand Bryan déclare à sa maman que « les rapports entre une mère et son fils sont toujours ambigus » et qu’il a « souvent l’impression qu’elle ne vit sa vie qu’à travers lui », celle-ci, dans une désinvolture absolue, ne dément pas : « C’est sûrement vrai » (idem, p. 195) Elle envisage même de vivre avec lui ad vitam aeternam et de le garder toujours sous son toit : « Tu as été mon fils et en même temps l’amour de ma vie. Tu es sûrement l’homme que j’ai le plus embrassé ! […] Quand tu étais petit, on s’embrassait toujours sur la bouche. Quand tu as grandi, tu n’as plus voulu. Tu ne voulais même plus que je te tienne par la main. » (idem, p. 353) Bryan n’est pas du tout choqué par ce que lui dit sa mère. Au contraire, il prend cette révélation comme une superbe déclaration d’amour, et se laisse conquérir : « Je sais… je sais tout ça, maman. Je t’aime, je ne t’oublierai jamais. »

 

La possessivité maternelle est parfois la conséquence de l’apathie paternelle, comme le montre clairement le père passif du film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron. Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, la mère de Gabriel, le héros homosexuel, fouille dans l’ordi portable de son fils… et son père ne réagit pas : « Elle a toujours tout régenter. »

 

Le désir de la mère possessive est assez trouble et ambiguë, difficile à définir. À la fois c’est un désir d’amour et un désir de viol : « Tu me rappelles maman, quand elle avançait masquée, à vouloir je n’sais quoi. » (Camille parlant à sa sœur Pauline, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel) Par exemple, dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, la mère de Joaquín, le héros homosexuel, est ultra-protectrice et diabolise le père devant son fils de 15 ans.

 

Étape par étape, la maman possessive gravit les échelons de la violation d’intimité de son fils. Par exemple, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, Ernest se fait suivre dans la rue par sa propre mère (p. 119). Dans la pièce Eva Perón (1970) de Copi, Evita est épiée par sa mère qui cherche à lui extorquer les numéros de ses comptes en banque. Dans le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato, la mère de Lars ouvre le courrier de son fils sans sa permission. L’amour de la mère est tellement dévorant et passionnel qu’il peut parfois effrayer le protagoniste homo même : « Ma mère, elle me fait plus peur qu’un peloton de militaires. » (Roberto le trans, dans la comédie musicale Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphan Druet) ; « O.K. ! T’as gagné ! Comme d’habitude ! » (le narrateur homosexuel craquant devant l’insistance de sa mère, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 40) ; etc. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, la mère de Kévin (le héros homo), juive de surcroît, tente de récupérer son fils par tous les moyens, et s’est inscrite sur GrinDr pour le géolocaliser. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, quand on demande à Jonas, le héros homo, ce qu’il fabrique sur son portable, alors qu’il est en train de répondre à un chat sur l’application Grindr, il dit « Non non, c’est ma mère ».

 

Et cette peur n’est pas infondée puisque le fanatisme maternel va parfois jusqu’au meurtre ! Par exemple, dans la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe, la mère possessive de Mikel finit par assassiner son fils. Dans la comédie musicale Pacific Overtures (1976) de Stephen Sondheim, on entend une chanson racontant l’histoire d’une mère qui empoisonne lentement son fils. On retrouve la mère tueuse dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, dans la pièce Hamlet, Prince de Danemark (1602) de William Shakespeare, dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, etc. Dans la chanson « Bohemian Rhapsody » de Queen, Freddie Mercury chante que sa mère l’a tué : « Mama, just killed a man, put a gun against his head, pulled my trigger, now he’s dead. » Dans le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard, la mère de Thomas décide de supprimer l’instance de son fils cloné quand celle-ci ne correspond pas au fils idéal souhaité et qu’elle lui désobéit ; c’est une femme par ailleurs pleine de bonnes intentions, en théorie : « Je veux ce qu’il y a de meilleur pour mon fils. » Mais l’amour vrai est la sincérité en actes, non la sincérité nue.

 

Plus que la mort du corps, c’est la mort du Désir que la mère du héros homosexuel inflige à son fils. En se présentant comme son absolu d’amour, elle lui bouche toutes les voies qui le conduiraient à l’Altérité des sexes. « C’est elle qui a eu peur que j’aime une autre femme qu’elle. » (Guillaume, le héros bisexuel parlant de la jalousie secrète de sa mère qui voit toute femme qui approche son fils comme une rivale, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) Par exemple, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, la mère de Dominique prédit à son fiston qu’« il ne trouvera jamais une femme qui la vaille, ni même un homme ! » (p. 100) Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, avant qu’il ne décide d’avoir un môme avec une femme, la mère de Pierre, le héros homo, s’était faite à l’idée que son fils n’aurait pas d’autre femme dans sa vie qu’elle…

 

C’est dans l’amour homosexuel que le personnage homosexuel trouve un moyen de rejoindre sa mère : il se donne l’illusion qu’il aime son amant (ou que son amant l’aime) comme une mère aimerait son enfant : « Adrien avait aussi un immense besoin d’être aimé. Il y avait en lui un enfant qui cherchait à être protégé, consolé, un enfant qui requérait un amour total. […] Il était bien conscient que cet amour-là ressemblait à l’amour perdu de la mère. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 40) ; « L’exposé fut donné par une fille de terminale, qui parla de l’image de la déesse-mère dans la civilisation Harappan. Je songeai à Linde à chaque fois qu’elle disait ‘déesse-mère’. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de sa copine Linde, de 20 ans son aînée, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 232) ; « Si ça continue, ma mère va finir par t’aimer plus que moi ! T’as vu comme elle prend ta défense ! Comment tu fais pour séduire tout le monde ? […] Oui, t’as commencé par moi, puis mon chien et maintenant c’est ma mère ! » (Bryan faisant une crise de jalousie à son amant Kévin à propos de sa propre mère, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 158) ; « Je t’aime aussi, maman, je t’aime. Je ne m’en étais jamais rendu compte à quel point. Mais j’aime aussi Kévin, je n’y suis pour rien ! Et je ne sais pas lequel de vous deux occupe la plus grande place dans mon cœur. » (Bryan à sa mère, idem, p. 355) ; etc. Le héros homosexuel ne peut pas aimer les femmes dans la mesure où il recherche chez elles une maternité impossible. Il se cogne contre le mur de l’inceste. Par exemple, dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan, Cyrano se dit touché par une Roxane « si gaiement maternelle » qu’il ne peut l’atteindre. J’aborde plus largement le lien entre maternité et homosexualité dans le code « S’homosexualiser par le matriarcat » du Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Si l’on revient à la genèse de la possessivité maternelle, on se heurte souvent au viol. La mère du héros homosexuel camoufle l’agression dont elle a été jadis victime, ou bien compense une épreuve qu’elle n’a pas pu/voulu surmonter, par un surinvestissement affectif incestueux sur la personne de son fils. Par exemple, dans le film « Save Me » (2010) de Robert Cary, Gayle joue la « mère » de substitution de Mark parce qu’elle a perdu un fils : leur relation sera d’autant plus fusionnel et excessif que le travail de deuil de la femme n’a pas été fait.

 
 

c) Maman-gâteau :

Dans les fictions homo-érotiques, la possessivité maternelle est fréquemment illustrée par la présence de maman-gâteau (cf. la partie « Nourriture comme métaphore du viol » dans le code « Obèses anorexiques » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ma mère m’a envoyé un frigo pour mon anniversaire ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Elles n’ont pas trop de regrets, nos mères au foyer. Elles nous font de jolis plats, et qui regorgent de fla-flas. Elles n’en voient pas les dégâts, nos mères attentionnées. » (cf. la chanson « Nos Mères » des Valentins) ; « Dan posa la Key lime pie sur la table comme ma mère le faisait jadis avec sa dinde de Noël. » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 105) ; « Elle m’a envoyé un colis avec de la nourriture. » (Stéphane en parlant de sa mère, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Elle s’est mise en tête de cuisiner. Tu connais ta mère ! » (Tereza parlant à Phil, le héros homo, de sa maman Glass, piètre cuisinière, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa); etc.

 

La mère (et les femmes en général) sont celles qui gavent de nourriture l’homosexuel : cf. le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Leonora), le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec la grand-mère d’Étienne qui a gavé de dragées son petit-fils homo jusqu’à l’en rendre malade), le roman Paradiso (1966) de José Lezama Lima (avec le dîner gargantuesque de doña Augusta), le film « Cappuccino » (2010) de Tamer Ruggli (avec la mère possessive de Jérémie), le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre (avec Lucile et ses gâteaux), le roman Petit déjeuner chez Tiffany (1958) de Truman Capote, le film « Échappée belle » (1999) de Lukas Moodysson, le film « Vague de chaleur » (1958) de George Cukor, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la chanson « La Femme au milieu » d’Emmanuel Moire, etc.

 

Par exemple, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau interprète une mère qui gave son petit Jeanjean (elle lui donne des mies de pain, des tonnes de cachets d’aspirine pour qu’il « ait ses 16h de sommeil » !) au point de le transformer en statue et de le rendre « inexpressif » : « Maman’ a toujours été très très gentille avec Jeanjean. » dit-elle en parlant d’elle à la troisième personne à son fils. Son « amour » passionnel de mère est exclusif (« Pas de femmes ! Que ta petite maman ! »), la pousse même à être violente et à frapper son fils : « Quel abruti ! » Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Tomas, le héros homo allemand, a été élevé par sa grand-mère : « J’ai grandi avec ma grand-mère. ». Tomas attribue à sa grand-mère sa vocation de pâtissier puisqu’elle cuisinait des gâteaux aussi. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Grace, la maman possessive de John le héros homo, lui fait toujours du bœuf Bourguignon en pensant qu’il l’adore, et elle ne le laisse jamais parler. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, « Bonne Maman », la maman de Vita Sackville-West, Lady Sackville, est la maman-gâteau, qui gâte ses petits-enfants et leur offre des pâtisseries.

 

Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, la mère de Sylvia apporte des gâteaux à sa fille lesbienne. Dans une nouvelle écrite en 2003, un ami romancier me décrivait « cette chaleureuse grand-mère, veillant à la confection de gâteaux que les petits-enfants, démons de la conscience humaine, décapiteront par leurs dents avant de les lâcher en pâture aux chiens. » (p. 20) Dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte, Grany se surnomme « mamie-macarons ». Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, China a mis accidentellement l’insecticide anti-cafards dans le biberon de son bébé, croyant que c’était du lait concentré.

 

Le personnage homosexuel n’a pas souvent la force de caractère de refuser les gâteaux-cadeaux empoisonnés que sa mère lui offre « par amour » : « Je ne vois pas pourquoi tu me forces à toujours prendre le thé. Tu sais que je déteste tes gâteaux ! » (Louise à Jeanne dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Ma mère dit toujours qu’il faut savoir refermer la boîte de gâteaux. » (Max, le « fils à maman » du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 113) ; « Elle est terrible. […] C’est la femme la plus égoïste du monde. » (François à propos de sa « belle-mère », la mère de son amant Max, idem) En général, il ne dénonce qu’à demi-mot le cocon (pourtant étouffant) d’une enfance maternelle et sucrée qui s’éternise : « Une haleine familière : tu reconnais cette note laiteuse, aseptisée comme l’intérieur d’une mère. […] Un murmure jaillit des lèvres de ta mère : ‘Mon chéri !’. Tu te demandes si tu n’es pas en plein désert, si ta suffocation n’est pas la cause d’un mirage trop vrai pour être beau. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 167) C’est la complaisance et la gourmandise qui très souvent ont le dernier mot.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Maman mon tout mon roi :

Dans les personnalités homosexuelles connues, on dénombre beaucoup de fanatiques de la figure maternelle : « Il semblait bien que Marc, qui adorait sa mère, ne se remettrait jamais véritablement de sa disparition. » (Paula Dumont parlant de son meilleur ami gay, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 76) ; « Je l’ai tant aimée dans mon enfance. » (Annie Ernaux parlant de sa mère, dans son autobiographie Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 33) ; « L’image qui me reste de l’enfant que je fus est celle d’un garçon longtemps fourré dans les jupons de sa mère. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 18) ; « Même si elle est possessive, l’amour sans limites qu’elle me voue est venu à bout de son éducation et de ses préjugés. » (idem, p. 88) ; « J’ai beaucoup aimé ma mère, et c’est là le seul bon souvenir de mon enfance. » (Fritz Lang cité dans le film « Enfances » (2007) de Yann Le Gal) ; « L’influence de ma mère a été considérable. » (Julien Green cité par Philippe Vannini, « Julien Green, l’Histoire d’un Sudiste », dans Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 96) ; « Dès mes premières années d’enfance, j’ai voulu imiter ma mère ; par instinct, mais aussi par orgueil, je me suis comporté en femme. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 78) ; « Jean-Claude, c’était le chouchou, celui qu’il fallait protéger. Et pour cause, ma mère savait avant moi qui j’étais. » (Jean-Claude Janvier Modeste en parlant de sa relation avec sa mère, en interview en 2011) ; « Ma mère comptait tellement pour moi. J’ai passé ma vie à la séduire. » (une témoin lesbienne de 70 ans dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Ma famille maternelle est au courant parce que je suis très proche d’eux, ma mère, ma tante et ma grand mère qui sont définitivement les femmes de ma vie. » (Maxime, « Mister gay » de juillet 2014 pour la revue Têtu) ; « Après, ma mère m’a adoré et j’ai adoré ma mère. Comme ma mère aurait voulu une fille, elle me traite en fille. » (Jean Marais dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain) ; « La personnalité de leurs mères marque de manière puissante leur enfance. » (la voix-off dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; « J’aimais passionnément ma chère maman. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; « Je cherchais chez une femme – du moins pendant assez longtemps – ma mère. Il m’a manqué l’amour d’une mère pendant ma jeunesse. Et au commencement, je cherchais surtout la Mère. Un sentiment de sécurité. Et cette tendresse qu’on trouve difficilement chez un homme. » (Édith, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko se targue de « l’amour irréprochable, passionnel et fier » (p. 54) qu’il voue à sa mère : « Ma mère avait ce privilège de mériter ma vénération et mon amour pour elle, était presque de la dévotion. » (p. 22)

 

Film "Verfolgt" d’Angelina Maccarone

Film « Verfolgt » d’Angelina Maccarone


 

À 15 ans, à la question « Qu’est-ce qui vous causerait le plus de malheur ? », posée dans un questionnaire d’un album de famille, l’écrivain français Marcel Proust répond : « Être séparé de Maman. » ; en 1905, à la mort de sa mère, son monde s’écroule : « Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation. » (Marcel Proust cité dans l’article « Chronologie » de Jean-Yves Tadié, sur le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 20) De son côté, Denis Daniel présente sa mère comme « l’être qu’il chérit le plus sur terre » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 45) ; lorsqu’elle meurt, il a cette phrase étonnante : « Je pensais sincèrement ne pas pouvoir survivre à maman. » (idem, p. 44) ; son père est complice de la relation incestueuse qu’il maintient avec elle : « Mon fils, je connais l’amour que tu portes à ta mère. » (idem, p. 98) Par ailleurs, l’Espagnol Félix Sierra porte un tatouage « M » en hommage à sa mère sur l’épaule gauche (vrai de vrai !). Pier Paolo Pasolini dira de son film « Œdipe Roi » (1967) qu’il est « autobiographique » (cf. le reportage « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975 » (1997) d’Alain Bergada) : « Toute ma vie a été centrée sur elle. » (Pasolini à propos de sa mère, idem) Certains auteurs homosexuels glorifient leur mère jusque dans leurs créations, comme une Muse. Le dramaturge argentin Copi donne le prénom de sa mère (China) à la fille de Venceslao, le héros de sa pièce L’Ombre de Venceslao (1978).

 

Une relation incestueuse adolescente, une forme de « copinage », s’instaure parfois entre le sujet homosexuel et sa maman : « Maintenant ma mère, c’est ma copine. » (Denis cité dans Pierre Verdrager, L’Homosexualité dans tous ses états (2007), p. 278) ; « Je veux dire que tu me ressembles et je ne suis pas moche. Tu aurais pu être ma petite sœur finalement. Parfois, je m’explique tes collections d’hommes musclés. » (la mère d’Ernestino à son fils homo, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 180) ; « De ma première année de scolarité jusqu’à l’âge de neuf ans, je vécus dans la chaleur exclusivement maternelle. […] J’étais son flamant rose, pas celui des autres. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 12) ; « Ma mère et moi étions proches quand j’étais très jeune : ce qu’on dit des petits garçons, la proximité qu’ils peuvent avoir avec leur mère – cela avant que la honte creuse la distance entre elle et moi. Avant cela, elle s’exclamait devant qui voulait l’entendre que j’étais bien le fils de sa mère, que ça ne faisait pas de doute. Quand la nuit tombait, une peur inexplicable s’emparait de moi. Je ne voulais pas dormir seul. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 78-79) ; « En raison, donc, non seulement de la télévision qui me dérangeait mais surtout de la peur de dormir seul, je me rendais plusieurs fois par semaine devant la chambre de mes parents, l’une des rares pièces de la maison dotée d’une porte. Je n’entrais pas tout de suite, j’attendais devant l’entrée qu’ils terminent. D’une manière générale, j’avais pris cette habitude (et cela jusqu’à dix ans ‘C’est pas normal’, disait ma mère, ‘il est pas normal ce gosse’) de suivre ma mère partout dans la maison. Quand elle entrait dans la salle de bains je l’attendais devant la porte. J’essayais d’en forcer l’ouverture, je donnais des coups de pied dans les murs, je hurlais, je pleurais. Quand elle se rendait aux toilettes, j’exigeais d’elle qu’elle laisse la porte ouverte pour la surveiller, comme par crainte qu’elle ne se volatilise. Elle gardera cette habitude de toujours laisser la porte des toilettes ouvertes quand elle fera ses besoins, habitude qui plus tard me révulsera. Elle ne cédait pas tout de suite. Mon comportement irritait mon grand frère, qui m’appelait ‘Fontaine’ à cause de mes larmes. Il ne souffrait pas qu’un garçon puisse pleurer autant. À force d’insistance, ma mère finissait toujours par céder. » (idem, pp. 80-81) ; « À chaque déplacement de Mika, il n’est pas rare de voir sa mère à ses côtés, qui l’attend, l’observe, aide à porter ses costumes. » (cf. l’article « Paloma, le drame de Mika » de Pauline Delassus) ; etc.

 

Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, et intervenant central du reportage, prend se douche avec sa mère. On les voit s’enlacer tout nus. C’est à peine croyable.
 

 

La mère est tellement adorée qu’elle en perd parfois son humanité. Elle est considérée comme une déesse irréelle planante, un fétiche sacré qui rendrait divin celui qui le posséderait : « Maman, c’est une maman ; c’est pas une femme. » (Max, 86 ans, dans l’émission « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) ; « Moi, j’te croyais immortelle. » (Stefan Corbin à propos de sa mère, lors de son concert parisien Les Murmures du temps, 2011) ; « Schreber restait secrètement un petit enfant qui désirait être l’unique possesseur de la mère – possession rendue possible uniquement par son identification à elle, primitive et magique – une fusion symbolique et magique. » (Edmund White dans l’article « Faits et hypothèses » de Robert J. Stoller, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 217) ; « Vers cette époque-là, ma mère tombe gravement malade du cancer. Elle est la seule personne qui compte vraiment pour moi. Je promets à Dieu, si elle survit, d’être le garçon parfait dont elle rêve. J’ai donné ma vie pour sauver sa vie. » (Justin, 34 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 248) Le fils comme la mère s’envisagent comme des idoles sacrées qui, une fois séparés de leur moitié, en perdraient leur pouvoir magique et leur identité : « Ma mère disait souvent : ‘Brahim, c’est mon porte-bonheur. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 95) ; « Ma mère elle était malade. Mais maintenant, elle comprend tout. » (Roberto, disquaire homo, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

En lisant certains écrits, on constate que la mère possessive dont il est question est un veau d’or, une idole, un reflet narcissique. Par exemple, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa parle d’une symbiose surnaturelle avec une mère-extra-terrestre : « Une rencontre. Une fusion. » (p. 11) ; « Il ne reste de ma première vie, mon premier cycle de vie, l’enfance nue, seule, parfois en groupe, qu’une odeur, humaine, forte, dérangeante, possessive. Celle de ma mère M’Barka. Celle de mon corps campagnard et légèrement gras. […] Je suis avec elle dans son corps. » (idem, p. 10) Cette drôle de maman semble être un trait de caractère, une personnalité forte, plus qu’un être humain réel : « Comme ma mère, je suis têtu, dictateur, quand je le veux. » (idem, p. 119)

 

On découvre que dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, la mère possessive, avant d’être la mère réelle, est d’abord la maman cinématographique, autrement dit l’actrice : « Filmer mes parents, je l’ai déjà fait : Béatrice Dalle qui ouvre la tombe de mon père, Isabelle Huppert qui me prend dans ses bras, ma mère a déjà deux actrices à son actif. […] Les filmer pour de vrai, ça donnerait quoi ? » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 150) « Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver sa tombe. Face à elle, j’ai prié machinalement. J’ai lu des versets du Coran. J’ai dit des mots de ma mère. » (Abdellah Taïa parlant de l’actrice Souad Hosni, Une Mélancolie arabe (2008), p. 91)

 
 

b) Beaucoup de personnes homosexuelles sont soumises à l’influence d’une mère intrusive et incestueuse :

La mère possessive d’enfant homosexuel n’est pas qu’un cliché (sous-entendu « un mythe homophobe »). Elle existe bien plus souvent qu’on ne le croit (surtout depuis qu’on nous force à la réduire à un cliché non-actualisé !). Rassurez-vous, je ne jette pas la pierre aux mères réelles qui essaient de se dépêtrer comme elles peuvent de leur situation affective et amoureuse parfois tourmentée, qui tentent de se débarrasser de leur culpabilité maternelle au moment de la découverte de l’homosexualité de leur enfant. D’une part parce que chaque mère d’un fils ou d’une fille homosexuel-le est unique (pour ma part, je ne pense pas que ma maman ait été spécialement mère-tigresse avec moi) et que tous les schémas psychologiques attribuant à une mère – et à elle seule – l’origine de l’homosexualité d’un fils sont suspects ; et d’autre part, parce que la mère possessive est davantage une icône cinématographique que la mère biologique (comme nous venons de le voir un peu plus haut). Cela dit, elle peut quand même être parfois la mère biologique.

 

Les individus homosexuels ayant subi les assauts d’une « bonne mère » bien possessive sont légion : on peut citer Andy Warhol, Howard Brookner, Arthur Rimbaud (et sa fameuse « mère Rimbe »), René Crevel, Marcel Jouhandeau, Julien Green, André Gide, Wilfred Owen, Yukio Mishima, Federico García Lorca, Terenci Moix, Oscar Wilde, Mujica Lainez, Marcel Proust, Christopher Isherwood, Tennessee Williams, Cole Porter, Pedro Almodóvar, Pierre Palmade, Copi, Jean-Pierre Coffe, etc.

 

Par exemple, l’hystérie maternelle et le rapport symbiotique malsain avec la mère sont des thèmes de prédilection des films de Gaël Morel (cf. le film « Après lui » (2006), « New Wave » (2008), etc.). Dans le documentaire « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti, la mère de Tiziana (femme lesbienne), rentre dans la chambre de sa fille sans frapper.

 

Certains parmi eux osent dire timidement que leur maman pousse le bouchon un peu trop loin : « Ma mère, elle ne parle pas : elle crie. » (le romancier marocain Abdellah Taïa) ; « Elle était très possessive. » (Paula Dumont parlant de sa mère, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), p. 38) Roger Stéphane évoque l’« inépuisable bienveillance de sa mère » (Roger Stéphane, Parce que c’était lui (2005), p. 32). Freud, concernant le cas de Léonard de Vinci, parle d’« un surcroît de tendresse de la mère » et d’« un passage du père à l’arrière-plan » : « Le garçon refoule l’amour pour la mère, en se mettant lui-même à la place de celle-ci, en s’identifiant à elle et en prenant sa propre personne pour le modèle à la ressemblance duquel il choisira ses nouveaux objets d’amour. » (Sigmund Freud, Un Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, 1910) La mère d’Alfred Hitchcock était ultra-autoritaire (cf. le film « Enfances » (2007) de Yann Le Gal).

 

Dans mon propre cas, il ait possible que ma maman biologique, de par sa fragilité psychique, ait été avec moi excessivement protectrice (de son propre aveu, elle m’a dit qu’elle avait vraisemblablement été une « mère-tigresse » avec moi). Et parmi mes amis homosexuels, même s’il est impossible d’en faire une règle, je constate que beaucoup ont une mère avec qui ils maintiennent un lien malsain d’excessive distance et d’excessif rapprochement. D’ailleurs, un de mes « ex » (celui avec qui je suis resté le plus longtemps en « couple ») maintenait avec ses amants un rapport infantilisant où à la fois il les traitait comme des petits enfants à choyer et il se plaçait comme un bébé. Il m’a avoué que sa propre maman (qui été bizarrement ravie de l’homosexualité de son fils et des couples homos qu’il formait… pour mieux les contrôler) avait à une époque poussé le vice jusqu’à se créer un profil d’internaute homo sur le site de rencontres et de chat gay que fréquentait son fils, histoire de garder un œil inquisiteur sur les fréquentations du fiston. Véridique !

 

Le cliché de la mère possessive est d’autant plus tabou dans la communauté homosexuelle qu’il renvoie à l’un des interdits majeurs de la société toute entière : l’inceste. Le problème des personnes homosexuelles n’est pas tant que leur orientation sexuelle soit le signe de cette réalité sociale violence, mais bien qu’elles ne la dénoncent jamais. Trop souvent, l’iconoclastie maternelle orchestrée par le « milieu homosexuel » vient au contraire renforcer l’idolâtrie.

 

Beaucoup d’artistes homosexuels ont imité les mères possessives pour se moquer de la leur, tout en lui rendant hommage. Je pense en particulier à la Madame Sarfati d’Élie Kakou, à la chanteuse au nom très signifiant « Madonna », à Carole Fredericks en mère-ventouse dans les concerts de Mylène Farmer, ou bien aux mises en scène de Jérémy Patinier : « Ce soir, je suis votre GOD… votre dieu… votre superchica, votre madre à tous… Mes enfaaaaaaaaants ! (didascalies : La comédienne leur fait un câlin au premier rang/très mère juive…) » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, p. 83) Mais ces parodies caricaturales sont au service du déni de l’inceste : elles illustrent plus qu’elles ne remettent en cause le viol incestueux.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Beaucoup de personnes homosexuelles servent de substitut marital à leur maman, de paravent cachant le divorce de leurs parents, et finissent par occuper auprès de leur génitrice une place qui n’est pas la leur : « J’ai tout le temps besoin de sécurité, de soutien, très négatif, pas d’avenir en vu, dépendant toujours de ma mère je vis toujours chez elle actuellement, l’inconnu m’effraie, ainsi que les relations avec les autres hommes ou femmes. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Quand mes frères et sœurs s’étonnaient de mon absentéisme, ma mère le justifiait par le fait que j’étais l’aîné et qu’elle avait besoin de moi pour accomplir certaines tâches. Un peu comme on le dit d’un mari. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 18) ; « Je fais en sorte de rentrer tard pour éviter cette impression de vivre en couple avec elle… » (idem, p. 90) Elles ont l’impression de trahir leur mère en résistant à la fusion qu’elle leur impose : « J’ai toujours l’impression qu’elle a besoin de moi. J’organise ma vie en fonction de ses besoins. Je ne veux pas la blesser. Encore cette maudite culpabilité ! » (idem, p. 90) Par exemple, dans son autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004), Alexandre Delmar, en parlant du « regard éternel de [sa] maman, ses grands yeux bleus à la fois inquisiteurs et remplis d’amour » pour lui (p. 73), illustre tout à fait le ressentiment coupable et ambivalent qu’expérimente le fils homosexuel envers sa mère : un mélange entre la culpabilité face à une dette d’amour, et le dégoût.

 

Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans attribue – de manière trop causale pour être tout à fait juste – l’homosexualité masculine aux « mères sans pudeur » (p. 107) : « Cette femme se montrait à son fils nue de la tête aux pieds et faisait devant lui toute sa toilette. Mon ami m’avait d’ailleurs confié que, très souvent, naguère, ils couchaient dans le même lit. Elle avait pour son fils un amour qui n’avait rien à voir avec l’amour maternel, ni avec la dignité de n’importe quel être humain. Elle semblait réellement amoureuse de son fils et se trouvait certainement à la source profonde de son homosexualité. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, parlant de G., idem, p. 107) Mais en effet, il est fort possible que l’impudeur adolescente de mères immatures ait pu influer d’une manière ou d’une autre sur la révélation filiale d’une homosexualité. Certaines mamans, en parfaites Jocaste en proie à des fantasmes de fusion avec leur descendant, éteignent peu à peu tout désir et toute vie psychique épanouie chez leur fils ou leur fille : « Réalisation du narcissisme absolu et retrouvailles indifférenciées avec la mère primitive ne font qu’un. Deux façons de rejoindre un même enclos psychique où la satisfaction prend la forme de l’abolition de la vie de représentation, d’un sommeil sans rêve. C’est le paradoxe d’un fantasme qui ne s’accomplit que dans un mouvement de disparition de toute vie fantasmatique, qui ne s’accomplit qu’à lui-même s’abolir. Les retrouvailles avec les origines de la vie se payent de la mort psychique. Le chemin est court qui mène du ventre à la tombe. » (Jacques André, « L’Empire du même », dans Mères et filles (2003), p. 21) Les mères d’enfant homosexuel, en étant trop proches de lui, ont pu s’aimer égoïstement elles-mêmes à travers l’instrumentalisation discrète du fruit de leurs entrailles : « La mère ‘polymorphe’ qui caresse, embrasse, berce, allaite et réchauffe en son sein, prenant son enfant pour substitut (?) d’un objet sexuel à part entière, est elle-même l’enfant de sa sexualité. » (Jacques André, « Le Lit de Jocaste », dans l’essai Incestes (2001), pp. 20-21) Ce narcissisme parental mortifère s’explique. Il est fort possible que le secret de la possessivité de la mère soit le viol. Une mère ne devient tigresse que parce qu’elle est/se sent maltraitée par son mari, qu’elle compense un manque d’amour. Elle serre fort son bébé contre elle pour se consoler de sa terrible solitude.

 
 

c) Maman-gâteau :

Je terminerai brièvement ce chapitre en parlant du lien entre possessivité maternelle et gavage alimentaire. L’inceste qu’ont vécu (et que vivent encore) certaines personnes homosexuelles vient probablement d’un trop-plein d’amour donné par leur mère. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si elles désignent parfois la nourriture préparée par maman comme un instrument de mort, ou bien qu’elles décrivent leur génitrice comme un monstre cannibale : « Ce frigo que sa mère offre au héros n’est rien d’autre qu’un cercueil. » (la comédienne Marilú Marini à propos de la pièce Le Frigo (1970) de Copi, dans l’article « Marilú Marini retrouve Copi » d’Armelle Héliot, sur le journal Le Figaro du 7 janvier 1999) ; « J’ai tellement insisté [pour aller voir le spectacle de magie de Fou Man Chou] que ma grand-mère a dû enfiler sa robe à volants, ses mitaines de dentelle, son petit chapeau et ses chaussures à talons. […] Elle m’a acheté des bonbons. Comme ça, la panoplie nécessaire aux rêves était complète. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 150) ; « Il y a une grande douceur asilaire, et le comble de cette douceur, c’est la nourriture. » (Michel Foucault, « Sur Histoire de Paul », entretien avec R. Féret en 1976, p. 61) ; « Searles a souligné la menace constituée par les tendances cannibaliques de la mère de Schreber, et que le fils avait déplacées sur un père plein de brutalité. » (Robert J. Stoller, « Faits et hypothèses », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 217)

 
 

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