Archives de catégorie : Je l’ai dit

Mes livres, homophobes ???

Alors que mon livre (Homosexualité intime + Homosexualité sociale) n’a rien d’homophobe et qu’il est au contraire, pour les personnes homosexuelles, l’écrit le plus aimant et libérant que je connaisse, j’ai bien peur que ceux qui risquent de moins bien le comprendre et de l’attaquer le plus durement seront les membres de la communauté homosexuelle. L’Histoire le prouve sans arrêt : l’homophobie est typiquement homosexuelle et hétérosexuelle.

 

Rencontre avec un gogo-dancer

Un soir que j’étais de sortie au bar Le Bon Accord en compagnie de Sébastien, un de mes seuls vrais amis homos de mon âge à Rennes, je suis tombé par hasard sur une soirée « Gogo Dancer » (vous savez, les mecs super-bodybuildés, aux muscles huileux, qui se trémoussent en string sur une mise en scène à deux balles, et qui font à un moment donné tomber « accidentellement » leur serviette de bain… le truc à priori débile, inesthétique, mais drôle quand on regarde ça à plusieurs et de loin… de très très loin). Mais avant que le type qui allait se donner en spectacle ce soir-là fasse son strip-tease et sa chorégraphie risible – lui-même jouait à fond sur le côté « second degré » de sa démarche –, j’ai trouvé un moment pour m’approcher de lui au comptoir du bar et entamer la conversation. Je lui ai demandé son prénom, et si sa mère était au courant de ses exhibitions, si elle en était fière. Il a rapidement rigolé de mes questions intimes et un peu « provoc ». J’ai ironisé sur son statut pseudo « volontaire » de bête de foires, et essayé de lui faire comprendre que pour en être arrivé là, il était beaucoup moins libre qu’il ne voulait bien le laisser croire. Ça le faisait marrer que je sois aussi révolté, que je mette en doute sa sincérité, que je m’insurge de sa situation à sa place, alors que j’aurais dû lécher la vitrine, comme les autres. Je lui disais : « Tu n’es pas pleinement libre. Quoi que tu en dises, en faisant ça, tu n’es pas libre ! » Il se marrait de plus belle, mais en me regardant tout de même avec des yeux attendris (un mélange de « cause toujours tu m’intéresses » et de « ça me touche beaucoup que tu ne me laisses pas faire »). J’insistais en assumant complètement mon rôle de gars révolté et impuissant face à « l’Irréparable » qui allait se jouer devant moi (et qui n’était, en soi, pas si grave…) : « Mais tu sais, rien de t’empêche, là, tout de suite, de changer d’avis, de tout annuler, de prendre tes affaires, et de partir. Tu es libre ! » Mes mots n’ont pas suffi. Il a quand même fait son strip-tease. Cela dit, mon discours, qui n’a pas été perçu comme moralisateur (et pour cause, il ne l’était pas : à aucun moment je ne l’ai jugé… et peut-être que j’ai été le seul client de la soirée à m’être intéressé à lui, à avoir osé le bousculer) n’a pas été vain. Après s’être rhabillé, il est venu me rejoindre au bar et avait l’air déçu que je parte aussi vite. Son « au revoir » était celui d’un homme qui avait été touché. Uniquement touché, je crois, par le rappel de sa liberté.

De gauche ou de droite ?

Politiquement, je pense qu’il n’y a pas à se définir « de gauche » ou « de droite », mais à défendre des engagements politiques humanistes concrets et justes. Ce qui influence mon bulletin de vote, ce sont en priorité les Personnes, qu’elles soient de gauche ou de droite ; pas d’abord leur couleur politique, puisqu’il y a des deux côtés des gens ouverts et des gros cons (j’entends par « gros cons » soit des personnes qui établissent une frontière manichéenne étanche entre la gauche et la droite en définissant tel camp comme éternellement « bon » par rapport à l’autre qui serait éternellement « mauvais », soit des personnes qui sacralisent la neutralité comme unique terrain de justice et d’engagement « non-fasciste » pour s’acheter une bonne conscience et justifier leur lâcheté.).

Tabou social de l’homosexualité

J’ai remarqué que l’un des sujets de société qui divisait actuellement le plus l’opinion publique était l’homosexualité. Cette question est vraiment facteur de conflits profonds dans notre monde, même si on ne s’en rend pas vraiment compte puisque nos media cherchent à la banaliser (dans le témoignage émotionnel dénué de légende) et à l’évacuer. Peu de personnes semblent avoir vraiment une idée ou un positionnement justifié sur l’amour homosexuel. On se contente de départager ceux qui sont/seraient « pour » ou « contre » sans chercher à sortir de ce binarisme manichéen. La majorité des personnes ne savent pas quoi en penser. Comme si on avait peur du sujet. Comme si on avait subi une amnésie sociale. C’est assez saisissant. Même les responsables des grandes religions tiennent un discours encore trop flou, maladroit, et apeuré, sur l’homosexualité. Ils sortent des arguments bien faibles pour justifier leur – pourtant juste – réticence (« Le couple homo n’est pas idéal parce que c’est dit dans la Bible » ; « Dieu a créé l’homme ET la femme : ce n’est pas pour rien »), mais avec la timidité de ceux qui ne veulent pas passer pour des réac’ (timidité qui les incrimine, du coup). Du point de vue des débats de société, il est quand même incroyable que les intellectuels et les chercheurs en éthique arrivent à peu près à se mettre d’accord sur une grande palette de thèmes pourtant épineux (le clonage, l’euthanasie, l’avortement, le préservatif, etc.) sauf un seul : l’homosexualité. Comme par hasard… Comme s’il s’agissait d’une question ultra difficile, insoluble. Et quand elle est un peu abordée dans les émissions de télé, tout le monde s’excite en un rien de temps. Ceux qui se disent « hétéros » ont peur de gaffer et de blesser quand ils en parlent ; ceux qui se disent « homos » la défendent avec une assurance trop assurée et agressive pour s’appuyer sur une vraie réflexion sur le désir homosexuel (d’ailleurs, quand on leur demande de mettre des mots sur leur homosexualité, la discussion tourne vite court… On arrive très vite à les coller sur des points pourtant hyper connus de la culture générale homosexuelle). Que se passe-t-il donc avec le désir homosexuel ? Si vous voulez mon avis, je crois qu’il ne déchaînerait pas autant les passions et ne diviserait pas autant les gens s’il ne portait pas déjà en lui la trace ou les germes du viol.

Pub MIR Couleurs

Vous connaissez la publicité de MIR Couleurs ? Vous savez, la pub (un peu datée, c’est vrai) où sont mis en comparaison deux clowns : l’un utilisant comme lessive MIR Couleurs (et qui a gardé, après lavage, des vêtements aux couleurs éclatantes) ; et l’autre qui a pris une « lessive classique » et qui pleure de ne pas avoir retrouvé l’éclat d’origine de ses habits… ? Et bien mon approche, par mon livre, de l’homosexualité, suit un peu le même processus : c’est en apparence un rapprochement de tous les clichés de l’homosexualité, donc une démarche enfermante, caricaturale, pro-identitaire gay, pro-clichés homosexuels (et homophobes du coup !)… mais en réalité, c’est un rapprochement qui tente de s’arrêter à temps, qui vise dans un deuxième temps à un éloignement de l’identité et de l’amour homosexuels. Autrement dit, c’est un rapprochement comparatif non-fusionnel et non-manichéen qui dit : « Vous voyez, ces clichés, ils existent : considérez-les comme des signes d’un désir spécifique, sans réduire les personnes homosexuelles ni moi-même à ceux-là. Ils ne sont pas des personnes ou des faits réels, mais ils peuvent le devenir si moi ou n’importe quelle autre personne se met devant l’écran de cinéma où ils sont projetés, pour les cacher ou au contraire pour les mettre trop en avant comme des réalités sur LES homosexuels. »