Archives de catégorie : Je l’ai dit

Le malheur du bobo

Le plus gros défaut/malheur de l’Homme bobo, c’est qu’il met tout en œuvre pour montrer qu’il ne désire pas et qu’il est sa propre origine. Selon lui, tous les événements de son existence et toutes ses actions (si tant est qu’il agit…) doivent se faire sans qu’il l’ait décidé, par « coup de foudre », « coup de tête », « à l’improviste » (en fait, selon SON improviste à lui…). Rien ne doit être programmé, durable, couronné par la volonté et l’espérance. Il veut montrer à tout le monde qu’il n’aime qu’en pointillé, que l’amour s’impose à lui, car aimer, pour lui, c’est la honte et la soumission suprêmes. Il adopte une conception totalitaire de l’amour, même s’il l’affiche de manière molle, faussement détachée.

 

L’homosexualité : pas seulement une affaire de capacité, mais de corps

Je ne suis pas d’accord pour qu’on dise que les personnes homosexuelles ne PEUVENT pas être de bons parents. Ce n’est pas en termes de « capacité », de « possibilité » qu’il faut voir la chose, mais d’idéal : d’une part, tout ce qui est possible n’est pas forcément idéal ; et d’autre part, il est intellectuellement tout à fait envisageable qu’un enfant grandisse avec plus d’amour dans une famille monoparentale ou homoparentale que dans une famille intégrant la différence des sexes. La présence de la différence des sexes dans un couple est importante mais ne suffit pas à elle seule pour décréter que l’unique forme de famille possible pour accueillir un enfant est le couple femme-homme. C’est l’expérience aimante et joyeuse de la différence des sexes qui est idéale. Pas la différence des sexes seule. C’est pourquoi je dirais que le couple homosexuel n’est pas idéal pour l’accueil d’un enfant, même si dans les faits, il PEUT très bien le faire. Je ne dis pas que les couples homosexuels ne sont pas capables d’élever correctement des enfants. C’est qu’ils ne « doivent pas forcément, dans l’idéal ». Ce n’est pas pareil. Pour être un bon parent, cela ne dépend pas que de l’individu ou du couple : cela dépend aussi de la structure conjugale où cet individu s’inscrit, et des bienfaits non-négligeables du respect de la différence des sexes.

Forum du livre à Nice en 2004

Je me trouvais au Forum du Livre de Nice en juillet 2004. J’avais déjà bien avancé dans la rédaction de mon livre, et, comme j’étais obligé de venir passer le concours du Capès dans cette ville du sud, j’ai eu la chance d’assister à une conférence-débat passionnante sur le thème « Est-on dépendant de la culture que l’on a reçue ? » lors de ce meeting littéraire. Ça prenait un peu l’allure d’un causerie populaire improvisée, où chaque participant pouvait prendre la parole quand l’animatrice la leur donnait. Le mariage de Bègles était encore présent dans toutes les mémoires, et le débat s’est donc peu à peu orienté vers le sujet de l’homosexualité. Et là, alors que tout le monde restait très courtois et politiquement correct à propos des personnes homosexuelles, un type de 70 balais a déboulé en pleine assistance pour hurler très fort : « De toute façon, ils ont tous été violés quand ils avaient 10 ans… ! ». L’ensemble des gens qui étaient là se sont alors insurgés à l’unisson contre le vieux pirate qui est clairement passé pour un fou. Le tollé général qu’il a soulevé était génial à observer. Personne n’a cherché à savoir si ce qu’il disait avait du sens, contenait un substrat de vérité. Non, tous se sont mis à le huer et à le traiter de tous les noms, avant de passer à un autre sujet. Moi, intérieurement, je me marrais. J’avais envie d’hurler l’aveuglement social concernant le désir homosexuel, et en même temps, je ne pouvais rire qu’intérieurement de ce monsieur qui causalisait trop vulgairement un lien entre viol et désir homosexuel pour espérer être entendu et ne pas mettre les pieds dans le plat. Pris en sandwich entre deux camps aussi homophobes l’un que l’autre, j’ai préféré m’écraser… pour préparer, quelques années plus tard, ma réponse…

 

Il faudrait que je me taise ?

À ceux qui me regarderont avec des yeux outrés, qui pousseront des hauts cris, qui me traiteront de « dangereux homophobe » parce que j’ai osé dans mon livre faire le parallèle entre désir homosexuel et viol, j’ai envie de répondre : « Vous voulez que je vous rembobine la cassette ou quoi ? que je vous repasse toutes les conversations que j’ai eues personnellement avec mes amis homosexuels qui m’ont avoué qu’ils ont été violés quand ils étaient adolescents, pour que vous me croyiez ? ». Me demander de me taire à propos de ce que j’ai entendu en trop grand nombre dans la communauté homosexuelle, c’est faire insulte à toutes ces personnes-là qui m’ont ouvert leur cœur, qui ne m’ont pas menti, même s’il est évident qu’on ne peut pas faire de ces témoignages une généralité sur les homos (moi-même, je suis la preuve vivante que toutes les personnes homosexuelles n’ont pas été violées quand elles étaient petites).

 

Couples hétéros = Couples homos

Le plus important dans mon livre (Homosexualité intime + Homosexualité sociale) n’est pas tant la description du lien entre le viol (ou plutôt le fantasme de viol) et le désir homosexuel que la distinction que je fais entre le couple hétérosexuel et le couple femme-homme aimant non-hétérosexuel. Je me permets d’insister sur ce point car il est capital. Il faut bien comprendre que dans ma bouche, le terme d’hétérosexualité est extrêmement négatif. Le couple hétérosexuel est aussi irréel et violent que le couple homosexuel, et il n’y a pas lieu de faire du couple homosexuel et du couple hétérosexuel des opposés : je me bats pour qu’on les reconnaisse comme des jumeaux fantasmatiques. Après avoir compris cela, mon discours sur l’homosexualité vous paraîtra beaucoup plus aimant et intelligible.

 

Liberté ! Liberté !

Quoi qu’il t’arrive dans la vie, tu es LIBRE ! (…et parce que tu es libre, tu es possiblement et potentiellement capable de mal agir et de mal désirer – et cette liberté-là, tu dois la reconnaître et la revendiquer sans révolte –, mais aussi de bien agir et d’aimer vraiment – ce qui est mieux pour faire une expérience vraiment heureuse de ta liberté).

La mort de Jacques

Pendant l’été 2002, je suis allé à un week-end aux bords de la mer – à Préfailles, plus exactement – organisé par l’association gay Tonic’s. Réservé exclusivement aux hommes gay ! Nous étions une cinquantaine dans un grand gîte. L’ambiance était donc forcément propice à l’ennui et au baisodrome… Ça ne m’a pas empêché d’y venir : j’étais entouré de ma bande d’amis, et nous étions la vitrine de jeunes beaux garçons encore inaccessibles. Parmi les participants, il y avait un homme d’une soixantaine d’années, assez isolé. Je me suis donc mis en face de lui pour le premier repas, et ai entamé la conversation. Il s’appelait Jacques. Nous avons discuté un petit moment tous les deux. Nous partagions un point commun : la foi catholique. Mais lui me confiait, un peu angoissé, qu’il souffrait d’un écartèlement entre ses convictions religieuses et ses pulsions, entre ses idéaux profonds et une sexualité qu’il qualifiait lui-même de « compulsive ». C’était un homme très crispé dans sa manière de s’exprimer, qui souriait difficilement. Quelques mois après notre courte entrevue, j’ai appris que Jacques était mort. Il a été retrouvé assassiné chez lui, dans son appartement à Angers. La nouvelle de sa mort, évidemment, m’a fait froid dans le dos… mais c’est le vent de panique qui a soufflé dans le « milieu homosexuel » angevin que j’ai trouvé risible et instructif. J’ai appris beaucoup sur ce qu’est la réelle homophobie à ce moment-là. En effet, au départ, comme personne ne connaissait le fin mot de l’enquête, toutes les hypothèses, même les plus abracadabrantes, sont devenues plausibles. Jacques, qui de son vivant n’intéressait pas grand monde, est soudain devenu, une fois mort, digne de porter la palme du martyre parce qu’il se transformait, sans qu’on n’ait eu aucune preuve pour appuyer la thèse du crime homophobe, en « Parfaite Victime de l’Homophobie ». La police s’est rendue au local de Tonic’s pour interroger quelques adhérents. La nouvelle de cette mort macabre insoluble commençait à se propager comme une traînée de poudre. Quand ils m’annonçaient la nouvelle, mes propres amis gay me regardaient droit dans les yeux, avec une inquiétude presque drôle vue de l’extérieur, l’air de dire : « Tu te rends compte, Philippe… Il y a un tueur en série qui s’attaque spécifiquement aux homos dans Angers… C’est horrible… On va tous mourir… » Issue de l’enquête : il a été prouvé que Jacques a été étranglé par un de ses amants qui voulait le délivrer de son désespoir. Bizarrement, une fois le crime élucidé, plus personne n’a reparlé de cette histoire. Aucune réflexion sur l’homophobie en tant que processus typiquement homosexuel et hétérosexuel n’en est sortie. Ce qui comptait, c’était de se faire peur et d’extérioriser l’homophobie, de l’altériser pour ne pas la comprendre et la reconnaître comme possiblement nôtre. Dans l’indifférence quasi générale, Jacques a été manifestement instrumentalisé pour nourrir des peurs, satisfaire des egos … et pour finir jeté dans l’oubli. J’écris ces quelques lignes afin qu’il ne soit pas totalement mort pour rien.

La violence anodine du travestissement

J’ai remarqué que le maquillage sur un homme, mais plus fondamentalement la négation de son sexe (je n’ai pas dit « la négation de son genre sexué », attention), et donc de l’image qui va avec, sont germes de violence. Lors d’une soirée bal costumé 100 % gay à laquelle j’ai assisté, un de mes proches amis s’était travesti en femme. Sur lui, la féminité forcée rendait hyper vulgaire. C’était, j’avoue, hyper drôle de le voir oser porter une perruque noire de poufiasse, des talons hauts, des bas résilles immondes, et une mini-jupe qui lui allait super mal. Mais blague mise à part, j’ai pu être témoin d’un phénomène assez fascinant et beaucoup moins amusant : beaucoup d’hommes qui se trouvaient à proximité de cet ami sur la piste de danse ont commencé à se précipiter sur lui comme des bêtes. C’est fou ce que le déguisement de travesti peut appeler de pulsionnel chez certaines personnes déjà imbibées d’alcool. Simplement parce que mon pote en question s’était appliqué sur lui-même la sur-femme médiatique, la femme-objet, tout d’un coup, il devenait aux yeux des autres un pur objet de consommation, une fille facile, une « femme à violer ». Les hommes précieux et délicats qui nous entouraient se sont peu à peu métamorphosés sans crier gare en grosses brutes machistes à partir d’une certaine heure, et se sont rués sur lui, l’ont tripoté, l’ont maltraité même. Mon ami s’est retrouvé pendant la nuit à sucer des bites dans les toilettes. J’avais entendu un jour un homme homosexuel faire le constat suivant : que le maquillage sur un garçon avait une forte charge érotique, et que lorsqu’un individu dans une boîte était maquillé, il arrivait à coucher plus facilement. Depuis ce jour-là, je cesse de prendre le travestissement à la légère, de le considérer comme une activité uniquement raffinée et ludique.

Indifférence des personnes homos envers elles-mêmes

Je suis toujours stupéfait de voir l’indifférence qui règne entre personnes homosexuelles et le manque d’intérêt de beaucoup d’entre elles pour leur propre culture. Elles devraient être les premières à s’intéresser à leurs revendications, aux étiquettes que la société leur attribue. Mais non ! Les consommateurs ne voient pas plus loin que leurs petits intérêts, leurs histoires de cœur à deux balles ! J’ai fait le test un jour de demander, pour rigoler, à mon bande de copains homos d’Angers (moyenne d’âge : 25 ans à l’époque) qui était capable de me dire ce que signifiait le sigle PaCS. Sur 5 personnes, une seule a été capable de me donner la bonne réponse ! (… et encore, elle n’était pas du tout sûre d’elle…) ! Je n’ai même pas osé chercher à savoir s’ils connaissaient le nom de « Stonewall » : ils auraient été capables de me dire : « La nouvelle série d’M6… ? »