Archives par mot-clé : viol

Il commence à me plaire beaucoup, ce cardinal Marx


 

Pris pour cible (en particulier par la blogueuse Jeanne Smits et la caste journalistique des bobos cathos anars d’extrême droite) en ce moment, surtout – et c’est aussi couillon que ça – parce qu’il a eu le malheur de s’appeler « Marx », le cardinal Reinhard Marx commence à me plaire. Je le dis sans ironie. Il me plaît non seulement parce qu’il est attaqué par mes ennemis, mais parce que, si ces pharisiens identitaires et civilisationnistes s’en prennent à lui, 1) c’est qu’il doit avoir quelque chose de très bon (la bonté du martyr déclenche toujours les foudres de la jalousie), 2) c’est qu’il a sans doute aussi besoin de soutien. Alors j’y vais ! Et je suis persuadé (ne me demandez pas pourquoi) que ce prêtre n’a rien du nouveau James Martin.
 

Déjà, il y a quelques temps de cela, de manière excessive et purement spéculative, les fachos ont voulu faire de ce cardinal un odieux moderniste pro-gays, du fait qu’il n’a pas condamné aussi sèchement et fermement qu’ils l’attendaient les bénédictions des « couples » homos : ils se sont alors empressés de lui faire dire qu’il était « pour » ! Et aujourd’hui, du fait que le cardinal Marx refuse le fétichisme de la Croix, l’instrumentalisation hystérique et identitariste de l’objet « crucifix » à des fins civilisationnistes, politiciennes, millénaristes, Jeanne Smits veut le transformer en « ennemi de la Croix et de la Tradition ». Les agents de la Réacosphère, comme de parfaits Judas, pros de la distribution des bons ou mauvais points, de la notation cultiste et du barème de relativisme ou de modernisme jugeant si tel ou tel cardinal est « solide »/« en règle » (au sens matériel des termes) ou « dangereusement adogmatique », ont tranché pour Marx ! Il refuse de faire de la Croix du Christ une matraque, une circulaire administrative ? = C’est donc un Ennemi de l’Église, d’autant plus horrible qu’il est interne et à la tête !! On va se calmer tout de suite. Il s’est juste opposé à votre fétichisme, à votre matérialisme conquérant. Il vous a juste dit que la Croix du Christ, c’est d’abord et avant tout votre vie donnée à Jésus et aux autres dans l’AMOUR, et non une insigne à placarder sur le fronton d’un maximum d’édifices et de salles de classe pour marquer le territoire de l’Empire chrétien. Et il a bien raison. Vous êtes malades.
 

 

Leur délire paranoïaque n’a plus de borne


 

Je découvre avec bonheur leur concept de « catholiques insoumis »… Les pauvres, ils sont dans l’illusion de force et de puissance (total pastiche des extrémistes gauchistes).


 

Sans transition, je rajoute à ce papier deux autres petites « news ». La première concerne une autre chasse aux sorcières qui s’installe avec force depuis les affaires de viols de petites filles (Angélique par David Ramault, Maëlys par Nordhal Lelandais, etc.) et de harcèlements sexuels (le procès de la Manada à la San Fermín en Espagne) en Europe. Je réagis car un phénomène m’inquiète : celui de l’ouverture du fichier de l’activité sexuelle de tous les êtres humains sous prétexte d’en dénoncer/prévenir leurs « déviances ». Le désir social croissant en France de justice absolue (sans Charité) à l’égard des ex-violeurs et des anciens pédophiles, de « tolérance zéro » (exprimée par des gens qui par ailleurs vouent un culte à la tolérance), de connaissance absolue et généralisée du fichier des délinquants sexuels (comme c’est déjà le cas aux États-Unis), de punition radicale, de l’établissement de l’incarcération systématique voire de la peine de mort, me fait froid dans le dos. Voulons-nous d’un État américanisé, d’un pays où chaque citoyen est le shérif de l’autre, où le pardon et le secret (garant du respect, de la conversion et de la survie d’autrui) n’ont plus leur place ??
 

Enfin, dernière nouvelle que je souhaitais commenter, c’est la récente promotion hystérique de l’homosexualité sur le plateau de The Voice en Australie. Il y a deux jours, le chanteur Nathan Brake, lors de son audition à l’aveugle, en a profité pour faire sa demande officielle en « mariage » à son compagnon Mitchell Baines avec qui il est en « couple » depuis 6 ans. La jury Kelly Rowland s’est sérieusement engagée à venir chanter à leur « mariage » le jour de leur « engagement ». Et après ça, on m’arguera que je vois la propagande pro-gays partout où elle ne serait pas, que je suis centré sur « mon » sujet du fait que je suis directement concerné, et que l’homosexualité n’est pas politique ni massive… À ceux qui sont toujours endormis, réveillez-vous. Ce n’est pas moi qui exagère : c’est vous qui êtes mous ET rigides.
 

Code n°3 – Aigle noir (sous-code : Oiseau)

Aigle noir

Aigle noir

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Oiseau en plein viol

 

Vidéo-clip de la chanson "Frozen" de Madonna

Vidéo-clip de la chanson « Frozen » de Madonna

 

Animal formant partie du quatuor diabolique de mon Dictionnaire (aux côtés du taureau, de l’araignée, et de la panthère), l’aigle noir symbolise en général deux choses dans les œuvres homosexuelles : soit le viol (comme l’a discrètement chanté Barbara à propos de l’inceste qu’elle a subi), soit un éloignement de la Réalité (éloignement pouvant se révéler également dangereux parce qu’il s’oriente vers la déshumanisation et la désincarnation). En effet, l’humain qui se rêve oiseau n’a pas les pieds sur terre, vit dans les fantasmes de divinité royale et d’extase qui se mutent parfois en élan fusionnel agressif, en poussée prédatrice vers tout ce qui excite ses instincts. C’est la raison pour laquelle l’aigle noir, en temps normal figure de noblesse et de force, apparaît beaucoup plus négativement dans les fictions traitant d’homosexualité comme le messager/acteur du viol, de l’inceste, notamment à travers le symbolisme homo-érotique bien connu du rapt de Ganymède par l’aigle Zeus.

 

Tableau Le Rapt de Ganymède

Tableau Le Rapt de Ganymède

 
 

N.B.: Je vous renvoie également aux codes « Se prendre pour Dieu », « Planeur », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « Femme au balcon », « Animaux empaillés », « Icare », « Hitler gay », « Voleurs », « Pédophilie », « Quatuor », « Douceur-poignard », et à la partie sur la femme-paon du code « Homosexuels psychorigides » , dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) L’aigle noir homosexuel est souvent funèbre ou carnassier :

Film "Soudain l'été dernier" de Joseph Mankiewicz

Film « Soudain l’été dernier » de Joseph Mankiewicz

 

L’oiseau noir apparaît dans le roman 31, Rue de l’Aigle (1998) d’Abdelkader Djemaï, la pochette de l’album « L’Autre » de Mylène Farmer (avec le corbeau), la chanson « L’Aigle noir » de Barbara (racontant l’inceste qu’elle a subi de la part de son propre père), la pièce L’Aigle à deux têtes (1943) de Jean Cocteau, la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le film « The Eagle Shooting Heroes » (1994) de Jeffrey Lau, le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (comme par hasard, le héros s’appelle George Falconer…), la chanson « Flower Power » de Nathalie Cardone (avec les aigles à deux têtes), la chanson « Always » d’Anggun, le film « Les Mille et une Nuits » (1974) de Pier Paolo Pasolini, le roman L’Aigle de fer (1949) de Jean Orieux, la chanson « Tempête » d’Alizée, le film « Le Faucon maltais » (1941) de John Huston, le roman Les Aigles foudroyés (1997) de Frédéric Mitterrand, le film « Le Rideau déchiré » (1966) d’Alfred Hitchcock (avec le rapt de Ganymède au Musée de Berlin), la pièce El Vals De Los Buitres (1996) d’Hugo Argüelles, le poème « My Mother Would Be A Falconress » (1968) de Robert Duncan, la pièce Les Indélébiles (2008) d’Igor Koumpan et Jeff Sirerol, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato (avec l’amant-aigle), le film « Le Corbeau » (1935) de Louis Friedlander, le film « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton (avec l’aigle noir), le film « L’Alpagueur » (1975) de Philippe Labro (avec le personnage gay de l’Épervier), le film « L’Aigle noir » (1925) de Clarence Brown (avec Rudolph Valentino), le dessin L’Ange à l’envers (1976) d’Endre Rozsda, la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le tableau Osman (1972) de Jacques Sultana, le tableau Ganymède (1970) d’Hannes Steinert, les vautours dans les tableaux de Pierre-André Guérin, la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, la chanson « Cap Falcon » d’Étienne Daho, le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec le vautour), la chanson « J’ai demandé à la lune » d’Indochine (représentée par l’aigle sur écran géant pendant la tournée Météor Tour 2010 à Paris Bercy), le tableau Chiron et Achilles (1922-1924) de John Singer Sargent, la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro (avec l’aigle), la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche (épisode 8, « Une Famille pour Noël » ; avec les ailes d’aigle sur Gérard Depardieu), le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin avec Skip, un des héros homosexuels, et l’aigle sur son blouson), le film « L’Aigle de la neuvième légion » (2011) de Kevin Macdonald, le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic (avec le tag de l’aigle à deux têtes sur la voiture), etc.

 

Pièce Les Oiseaux d'Alfredo Arias

Pièce Les Oiseaux d’Alfredo Arias

 

Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, il est fait référence à saint Jean en aigle : « L’aigle qui devait porter sur ses ailes les Saintes Écritures et dont l’expression ordinaire était inquiète, avait, lui aussi, l’air tout à fait joyeux. » (p. 117) Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, par exemple, Laurie rêve qu’elle est attaquée par des vautours. Dans sa pièce Des Lear (2009), Vincent Nadal parle d’un « abominable vautour ». Dans le générique du film « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, on nous signale par écrit que « le corbeau blanc » est une expression employée pour désigner « quelqu’un qui est différent des autres ». L’aigle n’est pas souvent une figure de douceur dans la fantasmagorie homo-érotique, comme on peut le constater par exemple dans le roman de James Purdy Je suis vivant dans ma tombe (1975) : « Un matin, je vis un aigle poursuivre un échassier, et tous deux, je le jure, plongèrent dans les eaux sans en resurgir. » (Garnet Montrose, p. 151) Il est plutôt oiseau de mauvais augure, figure de mort : « Ô notre funèbre Oiseau noir ! » (Arthur Rimbaud, « Les Corbeaux », dans Poésies 1869-1872, p. 48) ; « Un vautour accroché à une antenne se balance entre le vide et le vide. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 91) ; « Nanou dit que je fais des cauchemars. Une fois, j’ai réveillé tout le monde tellement j’ai crié fort. Je me rappelle que c’était à cause d’une pluie d’oiseaux morts qui tombaient sur moi. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 14) ; etc. Dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, les oiseaux sont en réalité une foule d’outre-tombe, une allégorie de la mort, une armée de morts-vivants en quelque sorte. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, l’aigle, c’est le héros homosexuel lui-même, ou bien ceux qui l’observent : « On a la vue rapace, à ces hauteurs. Tout est proie, vu d’en haut. Tout ce qui grouille et gigote en bas, Vincent Garbo compris, c’est insecte à gober, rampant repas frugal pour aigle de haute volure. » (p. 91) ; etc. Dans la chanson « Pas d’access » de Mylène Farmer, la voix se décrit comme un rapace : « Je suis Birdy. » Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Vita Sackville-West, dans une lettre qu’elle adresse depuis l’Égypte à son amante Virginia Woolf, fait une liste de mots renvoyant à l’égyptologie. Et les deux derniers, ce sont : « Vautours. Virginia. » Un peu plus tard, elle se rend compte que Virginia est amoureuse d’elle… ce qui amuse Dorothy, l’amie de Vita, qui s’adresse à cette dernière en ces termes : « Tu as enfin attrapé ta proie ? » À la fin, Virginia voit des hallucinations, notamment un vol de corbeaux qui fond sur elle au point de la faire tomber.

 

AIGLE Black 1

AIGLE Black 2

Film "Black Swan" de Darren Aronofsky

Film « Black Swan » de Darren Aronofsky

 

L’aigle noir peut être l’animalisation de l’amant(e) homosexuel(le). Par exemple, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, Veronika, la (fausse) amante lesbienne, est la femme-aigle qui s’abat sur sa proie. Elle porte d’ailleurs des ailes d’aigle tatouées sur le dos : on les voit au moment où elle fait le cunnilingus à Nina (Natalie Portman). On retrouve bien évidemment ici le mythe du rapt de Ganymède et de l’aigle violeur, en parallèle avec la légende du Lac des Cygnes.

 

Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Konrad, l’un des héros homosexuels, porte à la place du cœur un tatouage énorme d’un aigle. Et à la fin du film, alors que les trois héros homosexuels sont aux bords de la mer dans un abri de secouristes vitrés et sans toit, on voit quelques autocollants d’aigles noirs mis sur les vitres. L’aigle est clairement un symbole d’enfermement narcissique invisible.
 

Ganymède kidnappé par l’aigle Zeus est un topos homosexuel dans l’iconographie universelle (je vous renvoie notamment aux calligraphies de Michel-Ange, qui a pris pour modèle le beau Tommaso de Cavalieri pour représenter cette scène mythique : Le Rêve de la vie humaine (1533), L’Enlèvement de Ganymède (1532), La Chute de Phaéton (1533) et La Peine de Tityus. « Quelle honte secrète caches-tu, Ganymède ? » (Scrotes, l’amant d’Anthony, s’adressant au jeune Jim, homosexuel aussi, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill)

 

Pet Shop Boys

Pet Shop Boys

 

Pour en revenir à l’association du rapace aquilin à l’amant homosexuel, on l’observe dans le film « Un Mariage à trois » (2009) de Jacques Doillon : à un moment, Stéphane dit à Théo : « Des rapaces de ton genre, ça niche dans des endroits inaccessibles. » Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan demande à son amant Kévin d’ « arrêter de le regarder comme s’il était un oiseau de mauvais augure qui porte malheur » (p. 444). Dans son one-man-show Ali au pays des merveilles (2011), Ali Bougheraba rentre dans la peau de Fayssal, un homosexuel, qui raconte ses histoires de cœur sur un air de chanson bien connu : « Un beau jour, ou peut-être une nuit, près d’un Black je m’étais endormi. » L’oiseau est invoqué comme un double amoureux ou une source d’inspiration : « Mais où donc es-tu, vieux corbeau ? Viens donc me délivrer de l’ennui comme tu l’as fait ce soir-là ! » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 48) Dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, quand le jeune Frédéric demande à Saint Loup « C’est quoi un sodomite ? », ce dernier lui répond par cette jolie pirouette : « C’est un oiseau. Un drôle d’oiseau. » Dans la chanson « Éden Éden » d’Alizée, il est signalé que « toutes les jeunes filles sont des faucons ». Dans le best-seller lesbien La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, il est curieux de voir comme les personnages lesbiens diabolisent les oiseaux avant de s’y identifier. C’est ce qui transparaît clairement dans ces mots de Ronit : « C’est incongru […] de voir des mouettes tourbillonner là-haut dans le ciel, avec leurs ailes immenses, blanches et grises et leur bec étonnamment grand et menaçant, descendre en piqué et s’emparer d’un morceau de bagel abandonné. J’ai été surprise de les voir en pleine nuit tracer des cercles dans le ciel tandis que je marchais samedi soir dans Hendon. […] J’ai rêvé des mouettes de Hendon, cette nuit-là, de la pointe acérée de leur bec et de la souplesse de leurs griffes. De cette façon qu’elles ont de tourner la tête sur le côté et de vous regarder d’un œil unique, perçant et impénétrable. Un rêve digne de Tippi Hedren, lorsqu’elle s’enfuit, poursuivie par des hordes de mouettes, sauf que ces oiseaux-là ne faisaient rien, n’attaquaient pas, n’entraient pas par la cheminée ni ne cassaient les vitres. Ils regardaient seulement. » (pp. 161-162) ; « La nuit dernière, j’ai rêvé que je volais au-dessus de Hendon. Le vent m’entourait de tous les côtés, mes poumons en étaient remplis. Hendon s’étalait sous moi. » (idem, p. 301) À la fin du roman, Esti et Ronit observent deux sombres rapaces s’attaquer à un déchet urbain abandonné au sol, comme s’il s’agissait d’une métaphore de leur propre action destructrice face à l’amour : « Les deux oiseaux noirs en avaient terminé avec leur hamburger. » (p. 252)

 

Film "Lost & Delirious" de Léa Pool

Film « Lost & Delirious » de Léa Pool

 

L’aigle est également associé à une Muse, à une actrice ou à une maîtresse symbolique exerçant un fort pouvoir sur la conscience qui la décrit (d’ailleurs, il n’est pas anodin qu’en héraldique, l’aigle soit féminin). « Rosa Luwembourg, malgré ses erreurs, restera un aigle. » (cf. pièce Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « J’ai été fasciné par ‘Black Swan’. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; etc. C’est le cas par exemple dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, quand le personnage d’Yvon parle de la vénéneuse Groucha : « Pendant ce temps-là, cette sorcière continuait à pérorer, comme un oiseau sur son perchoir, très haut, tout en haut de sa cage, tandis que j’étais vautré au fond, au milieu des chiures de volatile. » (p. 267) Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, c’est la mère oppressante qui endosse le costume de l’aigle avilissant : « Cahoté par la vieille voiture à deux roues, la tête renversée, l’enfant voyait couler un trouble ciel d’octobre entre les noires cimes pressées et il criait quand, d’une rive mouvante à l’autre, passait un triangle d’oiseaux. Si quelque courant d’eau vive faisait s’infléchir la route et se décelait par une fraîcheur brusque, sa mère le couvrait de son manteau comme d’une aile noire. » (pp. 105-106)

 

Film "L’Aigle de la 9e légion" de Kevin Macdonald

Film « L’Aigle de la 9e légion » de Kevin Macdonald

 

Dans l’œuvre de Copi, l’aigle est particulièrement présent. C’est une figure symbolique étrange. On dirait une idole totémique qui fait changer de sexe. « Une vieille légende africaine disait que le dieu de l’Univers à venir naîtrait de l’accouplement d’un roi noir et de deux femmes identiques à cheveux dorés qui auraient un pénis et qui arriveraient dans le royaume avec un oiseau métallique. » (Copi, la nouvelle « Les vieux travelos » (1978), p. 93) ; « Son petit oiseau semble vouloir déployer ses ailes dans ma cage dorée… » (Jefferey Jordan parlant du sexe de son amant et de la sodomie, dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc. L’aigle chez Copi peut représenter le fantasme de l’actrice : c’est le cas dans Le Bal des Folles (1977) : « À côté du hibou sur la cheminée je vois une photo de Marilyn petite, avec le hibou (celui qui est à présent empaillé ou bien un autre qui lui ressemble beaucoup) accroché à son épaule. C’est une petite fille maigre au nez crochu, on dirait un aigle, elle ressemble beaucoup à sa mère d’à présent. » (pp. 81-82) ; ou bien l’être désiré et craint à la fois : « Silvano était toujours assis les yeux froncés sous le figuier. Lezama pensa au profil d’un aigle. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 160) Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978), le vieux Largui se fait attaquer par un vautour dans le désert. Chez Copi, le volatile peut figurer aussi le sexe : « Oui, la bite est un oiseau ! Mais c’est un oiseau plongeur ! Il aime bien se baigner ! » (Copi, Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1986, p. 340)

 

l'icône gay-bobo Barbara

l’icône gay-bobo Barbara

 

En général, dans les œuvres homosexuelles, l’aigle est signe de viol. Dans la pièce Le Frigo (2011) de Copi, par exemple, Mr Alouette est le violeur de « Madame ». Dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, Azem l’Albanais, fait du trafic de drogues, et d’héroïne, grâce à de vrais aigles qui lui rapportent la marchandise : « Notre aigle apporte des cadeaux. » Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel, le violeur homo, porte comme par hasard un tee-shirt avec l’insigne « EAGLE 00 ». Dans les fictions homosexuelles, très souvent, c’est la femme violée qui excite les oiseaux dans les boutiques de volatiles et les animaleries. C’est le cas dans le film « Pas de printemps pour Marnie » (1964) d’Alfred Hitchcock, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-araignée, 1979) de Manuel Puig, dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, etc.

 

« Il n’est qu’un oiseau de mauvais augure. Cet homme est froid comme la mort. » (le Père 2 par rapport à son futur gendre, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « J’ai vu les aigles fondre sur les lapins. » (le fiancé de Gatal, idem) ; « Jane commençait à aimer l’agression des oiseaux. Ils étaient d’une constance rassurante, comme une tante bien-aimée qui vous accueillait toujours avec une menace, mais n’allait jamais plus loin. » (Jane, l’héroïne lesbienne parlant des corbeaux et des oiseaux de proie à côté de chez elle près du cimetière, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) ; etc.
 
 

b) Parfois, l’homosexuel se prend pour un oiseau :

Il est question d’oiseau en lien avec l’homosexualité dans le film « Mon copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat, le roman Doux oiseau de la jeunesse (1959) de Tennessee Williams, le roman Oiseau de la nuit (1998) de Guy Hocquenghem, le tableau L’Homme à l’oiseau (2000) de Luan Xiaojie, le film « Des oiseaux petits et gros » (1966) de Pier Paolo Pasolini, la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le film « Les Ailes » (1927) de William Wellman, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, le film « L’Oiseau au plumage de cristal » (1968) de Dario Argento, le film « Pequeña Paloma Blanca » (2003) de Christian Barbé, le poème « Oiseau privé » d’Armand Guibert, le film « The Bridge » (2005) de George Barbakadze (avec la sculpture d’oiseau), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (et un oiseleur avec des canaris), l’album I Am A Bird Now d’Anthony’s and the Johnsons, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec les oiseaux en plein cœur de New-York), etc.

 

Film "La Cage aux folles" d'Édouard Molinaro

Film « La Cage aux folles » d’Édouard Molinaro

 

Il arrive que le personnage homosexuel rêve d’échapper à sa condition humaine en s’identifiant à un oiseau (avec parfois un petit jeu de mot sur l’expression « gai comme un pinson »). « Quand j’étais enfant, j’ai longtemps rêvé de trouver la formule magique de l’envol. Oui, je voulais voler comme les oiseaux. » (Audric dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, p. 30) ; « J’ai jamais eu les pieds sur terre, j’aimerais mieux être un oiseau. » (cf. la chanson « S.O.S. d’un terrien en détresse » de Johnny Rockfort dans le spectacle musical Starmania) ; « Jean-Luc… ? Il faisait des PDF dans une société d’élevage de pinsons… » (un femme à propos de son ex-compagnon Jean-Luc, converti en homo, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Ça fait quoi que votre fils soit pédé comme un pinson ? » (Max s’adressant à la mère de son petit ami, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « J’adore tous les oiseaux. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; etc. Par exemple, dans le film « The Burning Boy » (2000) de Kieran Galvin, Ben dit à son ami qu’il aurait rêvé d’être un oiseau. Dans son one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, Faissal, le personnage homosexuel imite souvent les mouvements des ailes de l’oiseau. Mais la revendication d’être un « volant voleur » ne dure qu’un temps, car le héros homosexuel veut tout de même retrouver sa liberté d’Homme : « Je ne suis pas qu’un petit piaf. » (Janine dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Sans doute la peur de se faire plumer ou d’être pris pour un pigeon… « Je fais la chasse aux pigeons dans les toilettes des gares. » (Herbert, homosexuel, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) Le couple homosexuel est décrit parfois comme un duo d’oiseaux, même si celui-ci ne vole pas haut, empêché qu’il serait par la société de surplomber le ciel de l’Amour : « Qui arrête les colombes en plein vol à deux au ras du sol ? Une femme avec une femme. » (cf. la chanson « Une femme avec une femme » du groupe Mecano) Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, les danseurs homosexuels de danse contemporaine simulent d’être des oiseaux. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux amantes Kena et Ziki regardent le vol des oiseaux planant dans le ciel de Nairobi (Kenya).

 

Par exemple, dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, la rencontre entre Antonietta, la femme au foyer soumise, et Gabriele, le héros homosexuel, se fait grâce à l’escapade de sa cage du mainate d’Antonietta, « Rosemonde », un perroquet mâle mais qui porte un prénom de femme.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Je vous renvoie au documentaire « Les Oiseaux de nuit » (1977) de Luc Barnier et Alain Lasfargues, traitant du monde de la prostitution masculine.

 

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles

 

Il existe quelques coïncidences troublantes entre le monde homosexuel réel et l’aigle noir. Par exemple Léonard de Vinci (connu pour être homosexuel), alors qu’il est encore au berceau, croit qu’un vautour se pose sur lui. Freud se penchera d’ailleurs sur cette histoire et y consacrera une étude psychanalytique approfondie. Sous l’Allemagne nazie, les mouvements de jeunesse des Wandervögel (littéralement : Oiseaux migrateurs) étaient imprégnés d’homosexualité. « Comment comprendre le succès du mouvement Wandervogel ? Par la composante homosexuelle, tout simplement. De même que les chefs étaient attirés par les garçons, les garçons étaient attirés par les chefs. Dans les deux cas, l’attraction était érotique. Plus tard le nom de Wandervogel deviendrait synonyme de pédérastie. » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 144) L’image de l’oiseau est omniprésente dans l’œuvre de Tennessee Williams ; de plus, ce dernier a été surnommé de son vivant « l’Oiseau Magnifique » (Gore Vidal, Palimpseste Mémoires (1995), p. 237). Sarah Bernhardt s’est travestie en homme dans la pièce L’Aiglon (1900) d’Edmond Rostand. Plus proche de nous, Eagle est le nom du groupe gay IBM. À Montréal (Québec), il y a un bar gay qui s’appelle l’Aigle noir. Et en France, il existe une association homo appelée AIGLE (Amicale ISAE Gay et Lesbien des Étudiants).

 

Sarah Bernhardt dans L'Aiglon

Sarah Bernhardt dans L’Aiglon

 

Beaucoup d’auteurs homosexuels parlent de la personne qu’ils désirent homosexuellement comme d’un aigle. Par exemple, dans son autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004), Alexandre Delmar, en évoquant l’un de ses amants, écrit qu’« il est un aigle au milieu des corbeaux ». (p. 15) C’est le cas également de certains militants pour la « Cause gay », comme Beatriz Gimeno, qui décrit la communauté homosexuelle comme une armada volante : « Nous avons rêvé de voler très haut, et nous avons volé. » (citée dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 38) On retrouve les aigles-rapaces de la « Lesbian Nation » chez les quatre chouettes saphiques baptisées les OWLs (Older Wiser Lesbians = Lesbiennes de plus de 40 ans) dans le film « The Owls » (2010) de Cheryl Dunye. Le monde gay tout entier est associé aux oiseaux par l’écrivain cubain Reinaldo Arenas dans El Color Del Verano (1982). Être un oiseau serait la condition homosexuelle même ! : « Un homosexuel est un être aérien, sans attache, sans lieu fixe qui lui soit propre […]. Nous sommes toujours suspendus en l’air, aux aguets. Notre condition aérienne est parfaite et c’est très bien que l’on nous ait affublés de noms d’oiseaux. Nous sommes des oiseaux parce que nous sommes toujours en l’air, un air qui n’est pas non plus à nous – rien n’est à nous, d’ailleurs – mais au moins il est sans frontières. » (p. 480) ; « Quand je m’observais, quand je dépouillais l’enfant en moi pour me placer sur le terrain absolu des autres, je me trouvais fier et beau de ressembler à un oiseau prestigieux à qui la nature a attribué l’élégance et cette couleur qui lui va à merveille. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 11-12) ; « J’ai commencé à faire bouger mes p’tites ailes. Des p’tites ailes qui sont devenues démesurées. » (Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, en parlant de mai 68 et de sa propre émancipation sexuelle, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc. Je vous renvoie au choix du pseudonyme de la journaliste lesbienne Ursula del Águila ainsi qu’au chanteur bisexuel péruvien David del Águila. Dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), Alfredo Arias raconte la fascination de son ami Jacques pour les soldats : « Je les aime, parce qu’ils sont purs avec leur regard triste, mélancolique… leurs pas incertains, timides, perdus dans cette grande ville… s’attendrissant devant les aigles et les lions en cage… » Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, la position « cambrée » » en parachutisme est la position de l’oiseau. Dans l’émission Aventures de la médecine spéciale « Sexualité et Médecine » de Michel Cymes diffusée sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, en écoutant Léonie, homme transsexuel M to F de 29 ans, on voit qu’il envisage son opération de changement de sexe comme une angélisation : « Maintenant, je me sens pousser des ailes. »… même s’il pleure à l’intérieur.

 

AIGLE Tom of Finland

Tom of Finland

 

En remontant aux origines littéraires du désir homosexuel, on trouve déjà dans le monde platonicien les traces de cet aigle autrement appelé l’androgyne : « On connaît le discours d’Aristophane – celui que Platon lui a fait tenir dans Le Banquet sur la nature et l’origine de l’amour ou encore celui qu’il nous donne dans Les Oiseaux et qui fait naître Éros bisexué d’un œuf sans germe, fruit du vent, pondu par la nuit aux ailes noires, avant toute chose’. » (Pierre Fédida, « D’une essentielle dissymétrie dans la psychanalyse », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 220)

 

Ganymède

Ganymède

 

Le motif de l’aigle violeur n’est pas qu’une image d’Épinal anodine et toujours désincarnée. Elle peut exprimer chez certaines personnes homosexuelles le fantasme de viol ou un viol qu’elles ont réellement vécu (une relation parfois pédophile, ou infantilisante) : « Je devins distant avec mes camarades, de même qu’avec le père Basile, nos rapports s’orientèrent sur la voie des remises en question. Je lui reprochais de s’être épris de moi d’une manière excessive, et pensais que c’était une faute de m’avoir fait découvrir ses pulsions sexuelles ; je lui reprochais également l’initiative, qu’il avait prise de me combler de petits cadeaux, de me parler souvent avec douceur par rapport aux autres élèves, et de s’appliquer à m’expliquer que j’étais beau et tout rose, comme un bébé qui vient de naître. […] Cet amour était devenu une abjection qui m’étouffait à la manière d’une proie exposée aux griffes de son prédateur. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 40-41)

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°74 – Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois

femme vierge se faisa

Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

 

« Le prologue fut la clairière des chênes… »

 

Si je vous dis que la grande majorité des personnes homosexuelles se prennent pour une actrice de film d’épouvante que le destin a envoyée courir au fin fond d’une forêt noire où elle se fait violer un soir d’été ou de carnaval, vous me rirez au nez… et vous aurez bien raison ! C’est ridiculement vrai !

 

Elles célèbrent la femme-objet surtout en tant que martyre violée, d’abord à l’image, et parfois dans la réalité télévisuelle (pensons à Barbara, Dalida, Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Édith Piaf, etc.). L’identification à la femme violée est un moyen pour elles d’exister et de se forger un destin maudit grandiose. Loin de s’insurger pour le triste sort réservé à la reine du carnaval, elles cristallisent la scène en estampe à imiter. Le viol est un fantasme esthétique homosexuel lié à la féminité fatale.

 

Cette poupée carnavelesque brûlée « vive » symbolise à mon avis deux choses : d’une part l’existence d’un fantasme de viol (chez la plupart des individus homosexuels ; parfois l’expression inconsciente d’un viol réellement vécu par une minorité d’entre eux) ; et d’autre part l’hypocrisie et la violence dramatique qui se cachent derrière la fête organisée socialement autour de l’homosexualité. La communauté homosexuelle met régulièrement en scène le viol cinématographique de leurs icônes féminines, non pour dénoncer le viol des femmes réelles, mais pour le magnifier et s’y identifier afin de cacher leur propre viol/fantasme de viol.

 

La scène du viol de leur actrice fétiche contient souvent les mêmes ingrédients : la femme vierge qu’elles adorent court comme une folle (c’est le cas de le dire !) et se fait violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois. Cette héroïne tragique se prend les pieds dans sa belle robe, est ridiculisée/honorée par les carcans de sa féminité (les talons hauts, les grandes robes à crinoline, la couronne de diadèmes de travers, les cheveux longs décoiffés, le maquillage qui coule, etc.).

 

Il ne s’agit pas d’un vrai viol, mais prioritairement d’une mise en scène de fantasme de viol. La majorité des personnes homosexuelles s’intéressent davantage à l’actrice qui singe l’agression qu’à la femme véritablement violée. Même les moins excentriques et efféminées d’entre elles adorent se mettre dans la peau de la « folle perdue » effarouchée, ayant de la peine à parler, feignant la fausse résistance pour qu’on la viole sans qu’on ait besoin de le lui demander, s’excusant mélodramatiquement d’avoir enclenché une situation cataclysmique, implorant le pardon pour sa conduite involontairement scandaleuse. Plus qu’un réel désarroi, ces personnes exhibent un fantasme de viol parce qu’elles le trouvent esthétiquement beau et émouvant, bien avant de le juger ridicule. Déjà très tôt, dans la cour de récréation, elles aimaient particulièrement les filles qui criaient au viol pour un oui pour un non, et qui prenaient la fuite (…en ralentissant un peu pour vérifier qu’elles étaient bien poursuivies par les garçons) en n’attendant qu’une chose : qu’on leur soulève la jupe. En particulier beaucoup d’hommes gay, dans leur jeunesse, se prenaient vraiment pour ces filles-là. Au lieu de leur courir après, ils se sont joints discrètement à leur course. Ils voulaient que le loup les attrape pour le simple plaisir d’avoir eux aussi le droit de pousser le cri-qui-tue : « Au viol !!! », cri qui leur était injustement interdit parce qu’ils étaient nés garçons.

 

FORÊT 1 Noir et blanc

Film « Les Amoureux » de Mai Zetterling


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Reine », « Destruction des femmes », « Putain béatifiée », « Prostitution », « Milieu homosexuel infernal », « Matricide », « Actrice-traîtresse », « Femme-Araignée », « Femme allongée », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Violeur homosexuel », « Homosexuel homophobe », « Vierge », « Oubli et amnésie », « Jardins synthétiques », « Cour des miracles homosexuelle », « Funambulisme et somnambulisme », à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et masques », à la partie « Jeu virant au drame » du code « Jeu », et à la partie « Cris de l’actrice de film d’épouvante » du code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Viol dans la forêt :

L’histoire du désir homosexuel commence dans une forêt. « Le prologue fut la clairière des chênes. », comme nous l’indique à juste propos Elisabeth Taylor dans le film très homophile « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, où l’homosexualité du héros homosexuel, Sébastien, est mystérieusement illustrée par un cauchemar de sa cousine, Catherine (Elisabeth Taylor) dans lequel elle se met dans la peau d’une femme vierge violée dans une forêt un soir de carnaval.

 

Film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz

 

En général, la forêt est d’abord associée par le personnage homosexuel à une femme, une actrice maternelle : « La femme-araignée m’a montré du doigt un chemin dans la forêt… » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 264) ; « Tiens, voilà la vieille qui passe là-bas. Tiens, voilà la vieille qui sort du grand bois. Ah ! Quelle merveille, La vieille, la vieille. Ah ! Quelle merveille, cette vieille-là… » (cf. la chanson « La Vieille » de Charles Trénet) ; « Je croyais que ma vraie mère, c’était Marie Laforêt. » (Stéphane, le personnage gay de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « J’aime une forêt. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 150) ; « J’ai 600 ans. Ma mère était sorcière. […] Ma mère a été brûlée vive, et moi bannie. Mais avant qu’elle ne périsse, elle m’a fait jurer de rendre cette forêt à jamais maudite. Que ceux et celles qui y rentrent d’en ressortent jamais. […] Promettez-moi une chose. Si je vous dis de courir, de fuir la forêt sans vous retourner, faites-le, sans discuter. » (la mystérieuse Sévéria s’adressant à Ariane, la sœur du héros homosexuel Hector, dans la forêt, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, évoque « son récent désir des forêts » (p. 143). Le bois est donc signalé inconsciemment comme un lieu d’origine. Et cette origine, c’est souvent la sexualité, et plus particulièrement la sexualité violente. Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, se retrouvent à parler de leur dépeculage dans un bosquet. Sarah dit que « la première fois, ça ne se passe jamais bien. Charlène lui rétorque qu’elle ne l’a jamais fait avec un homme. Puis elles entendent un bruit de bête sauvage effrayante qui les fait quitter précipitamment le lieu, terrorisées.
 

On retrouve le thème du viol en lien avec la forêt dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (Paul est enterré par sa sœur Élisabeth dans une forêt), le roman Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell, la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard (dans laquelle la mère de Dzav  est prostituée au Bois de Boulogne), le film « J’aimerais j’aimerais » de Jann Halexander, le film « Marche triomphale » (1976) de Marco Bellocchio, la pièce Nightwood (1936) de Djuna Barnes, le film « Saint » (1996) de Bavo Defurne (avec le saint Sébastien gay tué collectivement dans une forêt), la nouvelle « Trahison de la forêt » (1904) de Renée Vivien, le film « Je t’aime, je te tue » (1971) d’Uwe Brandner, le film « Chasse à l’homme » (2010) de Stéphane Olijnyk, le film « Amnesia » (2005) de Denis Langlois, la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, le film « Brigade des mœurs » (1984) de Max Pécas, le film « Lesbian Psycho » (2010) de Sharon Ferranti (avec les meurtres de lesbiennes à répétition lors d’un camping sauvage), le film « Dreamwood » (1972) de James Broughton, les pièces La Nuit juste avant les forêts (1977) et Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès (avec Fatima violée dans le jardin), la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas (avec Fadia égorgée dans une forêt), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Williams nu dans la forêt, espionné par le Major), le film « Les Trois Souhaits » (1999) de Rudolph Jula, le film « The Singing Forest » (2003) de Jorge Ameer, le roman Forêt haute mortelle randonnée (2002) d’Eyet-Chékib Djazari, le roman Ma Forêt Fantôme (2003) de Denis Lachaud, le film « Le Frère du Guerrier » (2002) de Pierre Jolivet, le spectacle musical La Bête au bois dormant (1997) de Michel Heim, le film « The Woodsman » (2004) de Nicole Kassell, le film « Amants criminels » (1998) de François Ozon (avec Luc violé dans une forêt), le film « Promenons-nous dans les bois » (1999) de Lionel Delplanque, le film « Un Chant d’amour » (1950) et la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (où des meurtres ont lieu dans la forêt), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Madeleine, la rousse vierge violée dans un bois par des hommes masqués), le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye (avec le suicide de Wang Ping dans la forêt), la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo), le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio (avec la peur d’entrer dans la forêt), le film « Les Fraises des bois » de Dominique Choisy, le film « Chaleur humaine » (2012) de Christophe Predari, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent, la chanson « Imprudentes ! » de Georgius, etc.

 

Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Bernard fait son coming out à Didier au moment du dessert… qui est une forêt noire ! Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, la forêt est le lieu de l’incitation au sexe, de la tentation amoureuse interdite et clandestine. Engel a établi un code pour inviter à l’acte homo son collègue de travail puis amant Marc : il propose le footing en forêt (« Une virée en forêt ? » ; « Mais si tu as quand même envie de courir… »). Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, c’est au moment où Rachel, l’héroïne lesbienne mariée à un homme Heck qu’elle n’aime pas et découvrant son homosexualité, emmène Heck dans une forêt pour qu’il la baise sauvagement. Non seulement ce dernier ne s’exécute pas, mais en plus le couple marié tombe sur deux mecs homos batifolant derrière un arbre.

 

Film "Lesbian Psycho" de Sharon Ferranti

Film « Lesbian Psycho » de Sharon Ferranti

 

Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Audrey, l’agresseur homophobe qui se fait passer pour ami, entraîne son pote homo Anton dans la forêt russe avant de le faire tabasser par ses potes. Il le prévient d’abord : « La forêt n’est pas l’endroit le plus sûr. » Sur son conseil, il le fait courir, avant de le mater se faire rouer presque mortellement de coups.
 

En général, dans les fictions homo-érotiques, la forêt fait peur : « Nous [les Rats] décidâmes à l’unanimité que cet endroit n’était pas le nôtre. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 130) Elle apparaît comme le lieu d’un viol ou de la mort : « Plus les nœuds se resserrent autour de son corps et plus l’imagination de Clara s’envole. Elle se retrouve alors nue à l’orée d’un bois. » (cf. le film « Belle de nature » (2009) de Maria Beatty) ; « Il était une fois, au cœur d’une forêt sombre et mystérieuse, un loup féroce qui dévorait tous les voyageurs qui s’y aventuraient. » (Isabelle racontant une histoire à Félix, le héros homo, dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Chloé avait du sang entre les dents quand on l’a retrouvée inanimée dans la forêt de Sénart […]. Elle avait reçu un mauvais coup sur la tête, sans doute d’un homme qui en voulait à son corps. » (la narratrice lesbienne parlant de sa compagne, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 136) ; etc. Le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau démarre précisément par une scène de ballade en forêt, pendant laquelle Frédérick, le protagoniste homosexuel, revit un terrible traumatisme : en tombant nez à nez avec le chien d’un promeneur qui lui rappelle son passage dans les camps de concentration nazis. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Matthieu s’est tué en voiture contre l’arbre d’une forêt. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany (le héros homosexuel) et son grand frère Ody sont contraints de fuir dans une forêt, parce Dany a tiré à l’arme à feu sur ses agresseurs homophobes. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, fait un cauchemar où il voit son amant Kevin sodomiser Samantha dans un jardin en pleine nuit.

 

Film "Mezzanotte" (2014) de Sebastiano Riso

Film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso


 

Dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, l’allusion à l’avortement se lit entre les lignes de la métaphore de la vierge au bois violée : « La dame en noir […] Devais-je, ne devais-je pas ? là était la question ! Pressée, pressante et autoritaire, la mort ne me laissa pas le temps de répondre, elle m’inséra la tige glacée qui commençait un curieux voyage à travers la nuit de mon plus intime intérieur. […] Étais-je morte ou semi-consciente ? Je ne sais plus. Je me souviens uniquement d’un rêve, un simple songe qui occupa toute la nuit. […] et le rêve recommençait, semblable au précédent. J’étais dans une clairière brûlée par le soleil du mois d’août. […] Pas de surprise, qu’un terrain défraîchi. Autour de lui, une forêt dense respire bruyamment. Le chant des arbres qui saignent m’appelle, sans crainte, j’abandonne alors la clairière. […] la clairière était ma chambre, triste mais tranquille, la forêt était au-delà de mes murs ; cette forme obscure, ombre habile et trompeuse était l’idée vraie d’un goudron qui avait eu le pouvoir de m’asphyxier ! la serre bruyante avait un attrait irrésistible mais son sol renfermait un monstre noir auquel personne ne pouvait échapper. Pas même le soleil ! […] Ce matin, plus de trace de la mort. Enfuie avec la nuit, mes rêves et mon soupir, elle m’a abandonnée sans espoir de la revoir. » (pp. 108-114)

 

Le viol sylvestre dont parle l’homosexuel ou la lesbienne se fait dans un contexte de drague homosexuelle, de prostitution, ou même parfois d’amour conjugal homo : « Je suis dans la forêt. Et j’y resterai tant que je ne t’aurai pas vue. » (Rinn, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Ça, c’est la forêt. Ça, c’est encore la forêt… » (Diane, tout pendant qu’elle feuillette tranquillement un album d’aquarelles, alors qu’elle vient de faire interner son fils homo, Steve, en hôpital psychiatrique, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan) ; « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « Les jardins du Sacré-Cœur sont bien gardés par les flics ! Vous ne me faites pas peur ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Gare à tes fesses Mathilde. Je vais te voir, je vais t’avoir, à moi, rien qu’à moi ! Un, deux, trois, nous irons au bois. […] Mes mains te dévorent. Je te bouscule contre un arbre. […] J’aime ma violence. » (la voix narrative lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 153) ; « Dors, dors, petit méchant loup… nous irons demain cueillir des fraises… dans les bois de Saint-Amour ! » (Louise au jeune garçon de Jeanne, dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Promenons-nous dans les bois pendant que l’amour n’y est pas. » (cf. la chanson « Plus fort que moi » du groupe Cassandre) ; « On n’est pas obligé de finir dans les bois comme des putes. » (Polly, l’héroïne lesbienne à son pote homo Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 32) ; « Ariane, j’ai bien lu ton dernier mail. Je ne suis pas surpris par ce que tu m’as dit. Et j’ai eu peur que tu m’en veuilles. Je savais que tu aimais Arsène mais qu’au fond de toi… (soupir). Qu’est-ce que ça a dû être dur pour toi, ma sœur adorée, de cacher la vérité. Mais maman aussi, elle doit savoir. Arsène et moi, on se donnait des rendez-vous secrets dans la forêt des Charniers. Des fois, j’y vais seul. Je sais que c’est une folie. Cette forêt, elle est fréquentée par des toxicos, des néo-nazis, des pédés comme moi. Et il y a autre chose. Il y a quelque chose de plus étrange qui m’attire là-bas. Tu sais, c’est un lieu chargé d’histoires tellement sordides… où le sang a coulé… Tu sais, petite sœur : la peur, elle peut faire naître en nous bien des choses. » (cf. les premiers mots de Hector par rapport à son amant Arsène, à sa sœur Ariane, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Le lendemain, je reçus de nouveau la visite de ma petite voisine [âgée de 14 ans]. Elle avait mis dans ses cheveux de jolis rubans roses et portait une robe marron. Elle était apprêtée comme pour un dimanche. Je la sentais nerveuse, impatiente, elle d’ordinaire si calme. Sans attendre, elle me demanda si je voulais aller me promener dans la forêt. Le temps n’était guère favorable, on entendait au loin les grondements de l’orage. Ma curiosité piquée au vif, je me demandais ce qu’elle avait pu comploter la nuit durant. Après m’être assez couverte pour affronter les intempéries, je l’accompagnai vers la forêt, dans un silence total. Je la sentais tendue, contrariée presque, et pourtant déterminée. Je pressai le pas vers ce mystérieux rendez-vous, sans en connaître ni le lieu ni le motif. Soudainement, avec l’audace qu’ont par instants les timides, elle me dit qu’elle ressentait un besoin pressant. Elle se dirigea vers une petite clairière. Comme la veille, elle s’accroupit en soulevant sa robe, mais cette fois elle se retroussa tout à fait. Elle me dit : ‘J’ai écouté ce que vous m’avez recommandé hier, je fais attention à ne pas me souiller.’ Je la vis bien écarter les jambes. Elle pissait un peu, se montrer à moi était son seul dessein. Quand elle eut fini, je sortis un mouchoir de ma manche et m’approchai d’elle. Elle s’était fait comprendre, et elle me regarda avec un air de soulagement puis de ravissement. Tout doucement, je passai le tissu sur sa fente. Je sentais son souffle sur ma nuque et, quand je la regardais dans les yeux, je voyais comme de la reconnaissance. Je laissai tomber à terre le petit mouchoir, et avec ma main d’abord, puis mes doigts, je la caressai. Bientôt, il y eut un autre genre de mouillé, et mon doigt glissait comme s’il était enduit de la meilleure huile. Il y en eut plus que je n’aurais pu le penser. D’un coup, elle était comme en transe, au plus fort de l’émotion inattendue qu’elle avait reçue. Mes doigts continuaient en cadence de la caresser, bien que le mieux pour elle fût passé. Me servant alors de mon plus petit doigt comme les hommes d’autre chose, je décidai d’aller avec elle plus avant. Je m’approchai davantage pour, comme j’en avais l’envie, donner à ma bouche le plaisir qu’elle préfère, quand l’orage éclata, inondant d’un coup nos corps en entier. Ne voulant pas tout perdre, je ramassai le mouchoir et le passai entre ses cuisses, puis le rangeai aussitôt, bien à l’abri dans ma manche. Avec mon aide, elle se rajusta. On se mit à courir au plus grand train possible en direction de la route. La voiture d’un voisin s’arrêta et nous ramena chacune chez nous. Ce fut d’abord elle qui descendit. Je vis sa mère ouvrir la porte de la maison. Un signe de la main… Et bonsoir… » (Alexandra, l’héroïne lesbienne adulte, violant la gamine de 14 ans, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 24-26) ; « Loup y es-tu ? Que fais-tu ? » (Steeve, le psychopathe homosexuel tuant un jeune homme dans une forêt urbaine, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « Oui, j’ai fait carrière au bois… » (la mère transgenre dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Bande de faux-culs, vous les bourgeois ! Vous êtes les premiers à défiler dans les manifs ‘Les pédés au bûcher !’, mais on vous voit dans les bois ! » (Herbert, homosexuel, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Tu devrais rentrer chez toi. C’est pas un endroit pour toi. » (Serge rencontrant pour la première fois son jeune amant Victor dans un parc parisien plein de prédateurs, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji a un rencard « sexe » avec un homme aux « toilettes près du bois, la première porte au fond ». Dans la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude, le chanteur fait une rencontre amoureuse dans une forêt le Jour de la Toussaint : « Le frisson de tes pas électrise les feuilles. » Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, « avoir l’appel de la forêt » signifie avoir envie de se prostituer et de « se faire sauter » : Zize, travesti M to F, relooke Claire, sa « nièce hideuse », comme une pute et la laisse sur un parking pour qu’elle fasse son apprentissage de la sexualité. Dans le film « L’Hôtel des Amériques » (1981) d’André Téchiné, le jeune postier, draguant dans les sous-bois, se fait tabasser. Dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Michel est l’homme qui court dans la forêt et qui s’y fera tuer. Dans le film « Teens Like Phil » (2011) de David Rosler et Dominic Haxton, l’amitié entre Phil et Adam sera détruite après un événement inattendu dans un parc, qui va plonger les deux garçons dans l’autodestruction et la violence. Dans certaines nouvelles d’Essobal Lenoir, la forêt est montrée comme un lieu de drague homosexuelle idéal mais dangereux : « La présence incongrue d’un landau, faut-il le dire ? au beau milieu de ce chemin verdoyant, à la lisière de cette forêt vouée depuis des lustres aux sabbats des pédérastes de toute la région […]. ‘Que fait cet homme sans femme, avec ce bébé, parmi toutes ces tantes ?’ se demandait le fils. […] Toutes ces lopettes allaient l’attaquer, lui voler son bébé ou le violer pendant qu’il dormait. » (cf. la nouvelle « À l’Ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 30-31) D’ailleurs, dans la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010), Pascal s’y fait violer : « Nous progressions au pas dans une forêt sauvage, silencieuse, menaçante, d’obscurs voyous dont nous ne voyions luire au feu des phares et des rares réverbères que les étranges diadèmes de rangées de dents d’ivoire et d’or en couronnes. […] Succédant à la troupe humaine, une meute de chiens galopait à notre rencontre. Il était trop tard pour arrêter. » (p. 101) Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le groupe de prostitués homosexuels vivent dans les parcs de Catano, comme des clochards, et font l’objet de descentes policières fréquentes.

 

Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, la forêt est un lieu de mort, où l’on jonche des cadavres et où se trouve une sorcière nommée « l’Avorteuse ». C’est le lieu du crime homophobe : Herbert y est tué par un adversaire homo, Guy.
 

Dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander, Hector Da Silva, le héros homosexuel, est retrouvé mort, mystérieusement assassiné dans la Forêt des Charniers ; sa sœur, qui visiblement avait un lien incestueux avec lui, et qui mène l’enquête dans cette même forêt, est aussi obligée de s’enfermer dans les toilettes publiques d’une clairière parce qu’elle est poursuivie par trois violeurs.

 

La forêt donne même à l’amant homosexuel habituellement aimé un visage de violeur. Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, quand Esti et Ronit se retrouvent toutes les deux pour la première fois dans un bosquet et qu’elles sont prêtes à se dire leur amour, Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série » (p. 139) ; « Esti a reculé d’un pas. La moitié de son visage a disparu dans l’ombre. Autour de nous, les arbres bruissaient et bourdonnaient. » (idem, p. 143) Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, le pacte diabolique entre Brittomart et Fabien se fait à proximité d’une forêt urbaine : « Il se tut ; leurs pas se ralentirent et ils quittèrent l’avenue pour s’engager dans un petit bois. ‘Arrêtons-nous, dit l’homme quand ils eurent atteint une clairière. Le silence est ici d’une profondeur admirable. Il semble que la nuit nous tienne dans ses mains refermées. Personne au monde ne saurait dire où nous sommes.’ » (p. 73) Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, au moment où Sylvia propose à Laura de coucher avec elle pour la première fois, celle-ci vit un trouble : « Je reposai sur la table le papier à cigarette avec son petit tas de tabac. J’étais totalement désorientée, comme perdue dans une forêt obscure mais chaude et humide et embaumant le jasmin. Sans un regard vers elle, je me levai et allai tirer les rideaux, tout en murmurant : ‘Nel mezzo del cammin di nostra vita, Mi ritrovai per una selva oscura.’ Je me déshabillai dans la plus grande confusion. Je ne savais plus où j’en étais. » (p. 35) Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, après avoir vu la nudité violente d’un homme transsexuel M to F portant une chevelure de rousse, un jeune chasseur, traumatisé, tente de fuir en courant la forêt mais fait tomber son fusil et finit par se métamorphoser en cerf.

 

La forêt est le lieu de la confrontation amoureuse fatale. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar tue son amant Khalid dans une forêt (la Mamora, la plus grande forêt du Maroc) : « À l’intérieur de cette forêt noire, […] Khalid a eu une idée surprenante. Il oubliait visiblement, de plus en plus, qui il était et surtout qui était son père. La forêt juste devant nous, proche, très proche, la foule derrière nous, abandonnée, nous avons repris notre conversation à la fois sérieuse et folle. Et, cette fois-ci, c’était moi qui avais du mal à suivre, à être à la hauteur. » (Omar, p. 123) ; « L’heure de la vengeance avait sonné. La forêt n’était plus la forêt. Je n’étais plus dans la forêt. Khalid devait payer un jour à l’autre. » (idem, p. 128) ; « Un autre jeu, entre nous, allait commencer. Mais ce n’était pas vraiment un jeu. Nous avons vite compris que dans la forêt les jeux n’avaient pas le même sens ni le même goût qu’ailleurs. » (idem, p. 137) ; « Dès les premiers mots, j’ai su que ce que nous venions de vivre intensément ensemble, cet échange, cette fusion, cette transformation, ce pacte, cette forêt noire […]. » (p. 165) Et juste après son homicide, Omar se maquille en femme-objet violée : « Les pieds nus j’ai marché dans la forêt. À la main droite un rouge à lèvres. Chanel. Il était neuf. Il venait de Paris. […] Maintenant, sur cette route, au milieu de la forêt, je sais. Maintenant que la nuit va partir, ce crime va revenir et son souvenir sera atroce. » (idem, p. 178)

 

Film "L'Inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

Film « L’Inconnu du lac » d’Alain Guiraudie

 

Parfois, dans cette forêt, le héros tombe sur le diable. Celui-ci le viole, et le transforme en « Homme nouveau », autrement dit en homosexuel : cf. la nouvelle El Bosque, El Lobo Y El Hombre Nuevo (1991) de Senel Paz, le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, etc. Par exemple, dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, « Big Demon » est le nom du prostitué transsexuel du Bois de Boulogne.

 

Aux yeux de la victime ( ?) homosexuelle, ce choc sexuel – qu’elle appellera « dépucelage » – est une révélation : « Raconte-moi les bois ! » (Dick, l’homosexuel violé, à Max, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) Dans le film « Notre Paradis » (2011) de Gaël Morel, Vassili rencontre Angelo, un autre compère prostitué, inanimé dans le Bois de Boulogne ; celui considère ce nouvel amour homosexuel, connu après l’agression, comme une véritable seconde naissance : « Je suis né il y a quelques jours dans un bois. Et tout qui s’est passé avant ça compte pas. »

 

L’amalgame de la forêt avec le viol qu’opère souvent le personnage homosexuel ne repose pas systématiquement sur un viol réel. Il peut renvoyer symboliquement chez lui à une peur panique (enfantine et humaine) de la sexualité dans sa globalité. Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, se refuse à Martin, un prétendant masculin qui la respecterait, parce qu’elle veut garder pour elle le confortable état virginal de l’Ève damnée et écartée définitivement du Jardin d’Éden, et surtout cristalliser les images du viol sylvestre (la fameuse « scène primitive » dont parlent certains psychanalystes) qu’elle a vu et empêché étant petite : « Stephen avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés […] Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (Stephen encore enfant, pp. 38-39) ; « Elle vit Martin se promenant parmi de sombres places vertes… il lui était facile d’imaginer son existence dans les forêts lointaines, une vie d’homme embellie par le danger, chose primitive, forte, impérieuse… une vie d’homme, la vie qui aurait pu être le sienne… Et ses yeux s’emplirent de lourdes larmes de regret, encore qu’elle ne sût pas tout à fait pourquoi elle pleurait. Elle savait seulement que le sentiment aigu d’une grande perte, un sentiment aigu d’imperfection la possédait, et elle laissa les larmes couler sur ses joues, les essuyant du doigt à mesure qu’elles tombaient. Elle vint à passer près du vieux hangar où elle avait vu Collins dans les bras du valet de pied. »

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Dianne et son frère homo Phil courent dans une forêt. Et cette forêt est vraiment à l’image de la sexualité du héros : un mélange d’inceste (avec sa mère, sa meilleure amie et sa sœur) et de destruction (à l’âge adulte, la forêt est dévastée par un violent orage).
 

La forêt est aussi lieu à la fois du viol réel et du viol fantasmé, désiré. Par exemple, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, il suffit d’écouter Éric raconter sa première expérience sexuelle avec une fille (une expérience ratée qui le conduit à se retrancher vers l’homosexualité) pour comprendre que la forêt homosexuelle qui fait tant peur peut être une symbolisation du sexe touffu de la femme, ou une métaphore de l’arrivée précipitée dans le monde de la génitalité-sans-amour : « Un film, vieux de plusieurs décennies, se déroula dans sa tête. Éric devait avoir 16 ou 17 ans, lorsqu’au détour d’une dune, en Bretagne, durant les grandes vacances, il s’était perdu dans un fourré, en compagnie d’une amie un peu plus âgée que lui. Ils s’étaient éloignés de leur campement. […] La jeune fille, qui s’appelait Julie, l’attira peu après dans la clairière d’un petit bois et, se transformant soudain en Érynnie, lui arracha les vêtements, le forçant à se débattre, mais, plus rapide, et surtout plus agile que lui, elle parvint à le maîtriser et à lui faire perdre sa virginité. C’était un souvenir douloureux. À la fois surpris et humilié, Éric se jura de ne plus jamais s’y laisser prendre. Ce fut la première et la dernière relation physique qu’il eut avec une femme. Cet événement fut-il à l’origine de son homosexualité, ou celle-ci couvait-elle déjà en lui depuis sa plus tendre enfance ? » (pp. 9-10)

 

Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa, l’humoriste bisexuelle, raconte comme elle a rencontré une première fois le prince charmant dans une forêt, un homme qui l’a laissée tomber pour au moins 30 ans.

 

Il n’est pas anodin que la forêt dans les œuvres homo-érotiques soit également le lieu de l’auto-viol (autrement dit de l’homoviol onanique) : cf. le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie (avec Armand, le héros homosexuel, courant dans la forêt et s’y masturbant), le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs (avec Erik se masturbant dans la forêt) ; etc. « Je rêve pour sortir du bois, pour ma toute première fois… [d’une branlette] » (un des personnages homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel)

 
 

b) Je suis une gentille, et je suis poursuivie par un méchant

« C’est dans la nuit de Rébecca que la légende partira. » (cf. la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine)

 

Film "Blanche-Neige et les 7 nains" de Walt Disney

Film « Blanche-Neige et les 7 nains » de Walt Disney

 

Pour rentrer dans la forêt maudite, c’est souvent que le personnage homosexuel se met dans la peau d’une femme vierge. Il désire incarner une figure allégorique qui le tient beaucoup à cœur : celle de la Fugitive, de la Folle perdue. « Y’a toujours ce moment fatidique qui te revient où l’homme en moi a l’angoisse de se retrouver paumé dans la forêt comme le Petit Chaperon rouge ou Blanche-Neige. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Ne pars pas dans les bois toute seule : tu vas te faire violer ! » (Hugues, le héros homosexuel, s’adressant à sa femme Catherine, qui finira par croiser dans la forêt un homme diabolique avec « une tête de fou, démoniaque, le sexe à l’air », dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; etc.

 

Cette fugitive joue la femme pure que la sexualité ne touchera jamais ou ne touchera que brutalement : « C’est là le problème ! Aujourd’hui il y a des hommes qui se sont posés sur mon arbre. Tu te rends compte ? Justement mon jour de lessive ! » (Jeanne à son amie Louise dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, p. 37)

 

Dans la série des fictions représentant des vierges homosexuelles courant dans une forêt, vous avez le film « Alice In Wonderland » (« Alice au pays des merveilles », 2010) de Tim Burton (avec Alice courant dans la forêt), le vidéo-clip de la chanson « Run » de Leona Lewis, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » de Cassandre (avec la femme violée courant dans la forêt), le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne (avec une Aurore avançant dans une forêt virtuelle), le film « The Others » (« Les Autres », 2001) d’Alejandro Amenábar (avec Nicole Kidman en femme haletante et perdue dans un bois), le film « La Meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller (avec Philippe courant dans la forêt), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec Steven courant dans une forêt après avoir été attaqué), le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma (avec Laura courant dans la forêt, comme damnée par son mensonge identitaire honteux), le film « Wild Side » (2004) de Sébastien Lifshitz (avec Mikhail courant dans la forêt), la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet (avec les femmes hystériques enfermées dans un hôpital psychiatrique au cœur d’une forêt), le film « The Cream » (2011) de Jean-Marie Villeneuve (deux amants se courent après dans une forêt), le film « Homophobie » (2012) de Peter Enhancer (filmant un homme qui court vers son amant… mais on a l’impression qu’il va l’agresser), le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska (avec le père Adam, secrètement homosexuel, courant dans la forêt), etc.

 

La fugitive – ou le personnage homosexuel qui s’y identifie – ne court pas nécessairement dans une forêt, d’ailleurs. Il court tout court ! : cf. le roman Courir avec des ciseaux (2007) d’Augusten Burroughs, les nouvelles « La Prisonnière » (1925) et « La Fugitive » (1927) de Marcel Proust, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato (avec la princesse en robe qui court comme une dératée), le film « In & Out » (1998) de Franz Oz (avec la mariée à qui il n’arrive que des catastrophes qui viennent gâcher son rêve de princesse), le film « Sara préfère la course » (2013) de Chloé Robichaud, le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, etc. « Je cours, je cours. Sans respirer. Puis je tombe. Des gens rient. » (Khalid dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 10) ; « Je courais, je courais, je courais. Mais pourquoi ? » (Franz, le héros homosexuel racontant un de ses rêves érotiques, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Nous courions sur le chemin du collège, dans la chaleur impitoyable de l’après-midi. Qui allait arriver le premier ? Moi, bien sûr. Comme toujours. Moi, le plus fort. Moi, le garde du corps. Moi, parce que c’est ce que je savais faire mieux que Khalid. Courir. Courir. Courir. Depuis le début de notre amitié, de notre histoire. Courir à en mourir. » (Omar parlant de son amant, idem, p. 83) ; « Elle se met à marcher comme une folle dans tout Paris, elle est bouleversée par la mort du pauvre jeune homme […] elle continue à marcher dans Paris, et les peintres qui peignent sur les trottoirs la regardent, parce qu’elle marche comme une folle, la pauvre, comme une somnambule… » (Molina, le personnage homosexuel, parlant de Lénie, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 81) ; « Une barrière me séparait de mes camarades. Je n’avais pas le droit de shooter comme eux dans un ballon, ni de courir comme une folle dans la cour. » (Corinne dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 214) ; « Essoufflée, la jeune femme arrive à une cabine téléphonique. » (Anne-Catherine poursuivie par la Guilde, dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 311) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 72) ; « Je marche dans Babel et dans ses dédales. » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; etc.

 

Film "The Gay Bed & Breakfast Of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast Of Terror » de Jaymes Thompson

 

Le personnage homosexuel aime visiblement courir, et envisage la fuite de la vierge menacée de viol comme un esthétisme sublime. Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Catherine est la femme courant « comme si elle avait une bande de loups de Sibérie à ses trousses ». Dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque, La Schtroumpfette tourne dans des films d’épouvante. Dans la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, la voix narratrice se voit en train de courir « sur les talons/l’étalon d’une reine en cavale ». Dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, Martha se rappelle son premier émoi lesbien pour Karen quand elles étaient à l’école ensemble : ce fut lorsqu’elle la vit haletante, poursuivie par le prof de chimie (« Quelle jolie fille ! »).

 

Dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, l’héroïne, Madeleine, joue à merveille la femme traquée, l’héroïne tragique… pas si fugitive que cela, puisqu’elle joue la vierge effarouchée pour noyer le poisson de sa collaboration sexuelle avec celui qu’elle prétend fuir, le méchant Nazi Heinrich : « Je dois quitter Paris au plus vite ! À n’importe quel prix. […] Désemparée, ne sachant pas où aller. […] Pour la première fois de ma vie, je sens la mort qui plane sur moi. Il faut fuir, et vite. » (pp. 20-21) ; « Je voudrais tellement lui dire ce qui m’est arrivé aujourd’hui ? Comment vais-je réussir à garder mon secret ? » (idem, p. 22) ; « Je risque ma peau. Pour qui ? Pour quoi ? Je n’ai que vingt-quatre ans ! » (idem, p. 49) ; « Je suis la maîtresse d’un espion, d’un traître, d’un ennemi ! » (idem, p. 78) ; « Comment le sort a-t-il pu mettre un Boche sur ma route ? […] Comme je regrette ces nuits d’ivresse ! […] Je suis en danger. Où que j’aille, les nazis me rechercheront. » (p. 78) ; « J’étouffe ! Je me revois dans les bras de cette brute. Grâce au ciel, j’ai échappé au pire. » (p. 86) ; « Ai-je eu raison de fuir ? » (p. 136) ; « Il me reste deux rues à traverser pour atteindre Lyon Perrache, lorsque quatre hommes surgissent et s’approchent rapidement de moi. Avant que je n’aie eu le temps de réagir, ils me poussent à terre. Aussi surprise qu’épouvantée, j’appelle à l’aide de toutes mes forces. Cela n’effraie pas mes agresseurs. » (idem, p. 56) ; etc.

 

Mais revenons à notre fugitive dans la forêt, et observons l’attitude qu’elle adopte quand elle y pénètre. En général, elle s’y frotte violemment, même si elle garde une certaine majesté et une démarche solennelle au départ. « Il était une fois une jeune rêveuse qui vagabondait seule dans la forêt. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami romancier en 2003, p. 61) ; « Somnambule j’ai trop couru dans le noir des grandes forêts. » (cf. la chanson « En rouge et noir » de Jeanne Mas) ; « Il était une fois quelque part dans un pays qu’on ne connaît pas une fée qui avançait dans le froid avançait dans un mauvais temps tonight. » (cf. la chanson « La Nuit des Fées » du groupe Indochine) ; « Je descendis en nuisette et en mules. Je traversai le jardin. Les herbes folles me caressaient les jambes et me faisaient frissonner atrocement. Mais ce n’était rien à côté des ronces cruelles dévorant la chapelle, ronces dans lesquelles, telle Cendrillon, je perdis une mule, et aussi quelques gouttes de sang. La porte de la chapelle était entrouverte. Je me jetai à genoux contre le tombeau de la mère de lady Philippa. » (Bathilde se rendant devant la tombe de lady Philippa, la jeune bourgeoise violée par son père, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 306) ; etc. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Julia est la femme violée par son père, qui marche seule « avec provocation » dans les rue de Harlem, regardée par tous les passant : « On peut dire qu’elle est perdue. Voilà pourquoi elle marche aussi lentement. »

 

Film "Shortbus" de John Cameron Mitchell

Film « Shortbus » de John Cameron Mitchell

 

Mais très vite, la fugitive s’affole comme une femme hystérique, et paniquer en courant dans tous les sens. J’ai en tête cette scène très importante du film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, dans laquelle on voit Sofia, la « psy », filmée en panique totale dans une forêt, comme si elle était poursuivie par un violeur.

 

La folle course sylvestre « à la Ingrid Bergman » dans la nouvelle « Adiós a Mamá » (1981) de Reinaldo Arenas est à ce titre très signifiante : le narrateur homo se décrit en train de traverser une forêt où il se fait griffer par des branchages et des fougères ; il joue une star de cinéma défigurée et magnifiquement pressée. Cette femme en fuite est généralement sublimée par la figure de la cavalière pourchassée, une amazone désespérée et forte à la fois : Marnie dans le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock, Leonora dans le film « Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston, Mylène Farmer dans le vidéo-clip de sa chanson « Libertine » et de « Je te dis tout », la mariée de la pièce Bodas De Sangre (Noces de sang, 1932) de Federico García Lorca, Tamsin dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, la reine de la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, Gina G. dans le vidéo-clip de sa chanson « Ti Amo », le roman Sur un cheval (1960) de Pierre Guyotat, etc. « Comme Raftery [le cheval de Stephen, l’héroïne lesbienne] prenait son élan, les singulières imaginations de Stephen se renforcèrent et commencèrent à l’obséder. Elle se figura qu’elle était poursuivie, que la meute était derrière elle au lieu d’être en avant, que les gens excités, les yeux étincelants, la poursuivaient, des gens cruels, implacables, infatigables… ils étaient nombreux et elle n’était qu’une créature solitaire, avec les hommes dressés contre elle. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 165) ; etc. Dans le film « Farinelli » (1994) de Gérard Corbiau, Farinelli, le castra, tombe de fièvre à chaque fois qu’il entend les galops de son cheval blanc qui fend la forêt à toute allure et duquel il serait tombé dans son enfance. En réalité, c’est de son viol et de la castration opérée par son frère qu’il parle, mais il ne le découvrira qu’à la fin du film. Dans le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, on assiste à la cavalcade des amants homosexuels suite au meurtre qu’ils ont commis.

 

La course de la vierge folle renvoie davantage à un viol fui qu’à la course joyeuse de celui qui va de l’avant : « J’ai couru longtemps. Je me suis lavé les mains dans la rivière. C’était juste une dispute. » (Abram, le héros homosexuel, après avoir assassiné la Tonka au poignard, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (2011) de Peter Fleischmann) La femme qui court dans la forêt peut être aussi la mère qui se dérobe au désir incestueux de son fils homosexuel. « Élisabeth de Bataurie coure vers moi. De toute façon, elle coure toujours vers moi. » (Pretorius, le vampire parlant de sa femme bourgeoise favorite, dans la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; etc. Par exemple, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert, le jeune héros homosexuel, se rêve habillé en costume de marié, poursuivant en vain dans une forêt sa propre maman en robe de mariée, qui galope plus vite que lui. Il a été le « roi » de sa mère dans son enfance, et lui demande à l’âge adulte de « le rejoindre dans son Royaume ». Dans un autre film de Dolan, « Les Amours imaginaires » (2010), Francis, le héros homosexuel, court dans la forêt à la poursuite de Marie, habillée en rouge et portant des talons aiguilles rouges. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, l’un des héros homos, écrit un roman dans lequel il se met dans la peau de sa grand-mère, une fugitive qui finit par pleurer pendant sa promenade dans la forêt montagneuse : « Elle marche d’un pas régulier, calme et décidé à la fois. Elle regarde la vallée. Son village est minuscule vu d’ici. Elle décide de tout quitter : sa famille, son village, son pays. C’est agréable d’être seule. Pour la première fois de sa vie, elle est vraiment seule. Elle regarde les passants dans la rue. Leurs mouvements sont beaux. Brusquement, elle pleure. » Au même moment, on voit son pote (homo aussi) Gabriel courir comme une folle perdue dans la forêt autrichienne : il y voit une statue grandeur nature d’un cerf criblé de flèches.

 
 

c) Devenir la Reine du Carnaval immolée au feu de l’été :

La femme violée, illustrant que le désir homosexuel est un fantasme de viol, occupe une place très importante dans les créations artistiques homosexuelles, et donc dans l’inconscient collectif homosexuel : on la retrouve dans le roman El Pecado Y La Noche (1912) d’Antonio de Hoyos, la chanson « Sauvez-moi » de Jeanne Mas, la comédie musicale Into The Woods (1986) de Stephen Sondheim, le film « La Captive » (2000) de Chantal Akerman, le roman L’Homme traqué (1922) de Francis Carco, le vidéo-clip de la chanson « Piece Of Me » de Britney Spears, le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, le film « Mujer Al Borde De Un Ataque De Nervios » (« Femme au bord de la crise de nerfs », 1987) de Pedro Almodóvar, les films « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) et « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock, les chansons « L’Annonciation », « Libertine », et « Avant que l’ombre » de Mylène Farmer, la nouvelle El Fiord (1969) d’Osvaldo Lamborghini (racontant un viol collectif), le film « Antonia et ses filles » (1995) de Marleen Gorris, le film « La Reine Margot » (1994) de Patrice Chéreau (toujours avec la scène du viol collectif), le téléfilm « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure (avec Sarah, la femme violée), le film « Flying With One Wing » (2004) d’Asoka Handagama (où l’héroïne est violée par le docteur), le film « Beckmann Und Markowski » (1996) de Kai Wessel, le film « Ascetic : Woman And Woman » (1976) de Kim Shu-hyeong, le film « Frenesi » (1996) d’Alfonso Albacete, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi, les chansons « Maria-Magdalena » et « Don’t Be Agressive » de Sandra, le vidéo-clip de la chanson « Oui j’l’adore » de Pauline Ester (avec une femme qui vit plutôt bien la maltraitance que lui inflige son compagnon), le film « Tabou » (1931) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « The Woman I Stole » (1933) d’Irving Cummings, le film « La Fontaine d’Aréthuse » (1949) d’Ingmar Bergman (avec le personnage de Viola), le film « Monolog Eines Stars » (1974) de Rosa von Praunheim, le film « La Mort de Maria Malibran » (1971) de Werner Schroeter, la pièce Adriana Mater (2002) d’Amin Maalouf, le film « La jeune fille assassinée » (1974) de Roger Vadim, le film « Daayra, la ronde brisée » (1996) d’Amol Palekar, le film « Wet And Rope » (1979) de Koyu Ohara, le film « Sudden Impact » (1983) de Clint Eastwood, le film « Scarlet Diva » (2000) d’Asia Argento, la pièce Cosmétique de l’ennemi (2008) d’Amélie Nothomb, le roman Éden, Éden, Éden (1971) de Pierre Guyotat, la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter (avec le viol de la femme caché par quatre comédiens en avant-scène), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec Gabrielle, la femme violée amnésique, en fuite), le film « Belly Dancer » (2009) de Pascal Lièvre (avec l’identification à la femme violée), la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec la femme violée par « le Cosaque »), le one-woman-show de Betty Speaks (2009) e Louis de Ville, le film « Le Locataire » (1975) de Roman Polanski (avec l’identification des personnages homosexuels à la femme violée), le film « Totò che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco (avec le viol de l’ange), etc.

 

D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre le personnage homosexuel dire sa fascination identificatoire à la femme violée : « Rien n’est plus émouvant qu’une belle femme qui souffre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 77) ; « Je la regarde : elle a vingt ans. Je la regarde : elle est blonde, elle a la peau douce et une expression fatiguée, elle a peur. Je la regarde : elle passe la porte que Gisèle devant elle retient, elle passe la porte et elle plonge en enfer pour tenter de sortir d’un autre enfer. C’est le début du printemps, les frimas d’avril, elle laisse derrière elle les arbres que le vent fait frissonner, une jeunesse pauvre et digne, des illusions peut-être et elle pénètre dans la chaleur artificielle d’une ancienne demeure bourgeoise reconvertie en maison close. Elle vient vendre son corps puisque c’est tout ce qu’il lui reste. » (Vincent décrivant la mère-prostituée d’Arthur, son amant, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 203) ; « J’aime Hadda. Elle est noire, Hadda. Elle est très grande. Je n’arrive pas à lui donner un âge. Vingt ans ? Elle ressemble à une femme que j’ai connue de loin, juste avant l’adolescence. Qui ? Où ? Une parente ? Une parente noire ? Hadda ne parle pas. On lui a coupé la langue ? Elle n’a plus rien à dire ? Elle a déjà tout dit ? tout ? Tout ? On m’a dit qu’elle était devenue muette. […] Je l’ai suivie, Hadda. Un corps généreux, tellement noir. Un corps vaste, inédit. Beau ? Un corps pour les hommes, les saints, les dieux. Les enfants. Un appel. […] Où commencent les origines de Hadda ? De quelle forêt arrive-t-elle ? » (Omar en parlant de la bonne – qu’il définit très souvent comme une prostituée –, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 78-79) ; « J’avais rêvé que j’observais le viol de lady Philippa par les vitraux brisés de la chapelle. En même temps, j’étais lady Philippa moi-même, contemplant terrorisée mon propre visage dans l’ouverture en forme d’ogive, depuis la pierre tombale où je subissais ce terrible attentat. En revanche, mon agresseur lui-même n’était dans mon rêve qu’une masse sombre et sans visage. » (Bathilde dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 303) ; etc.

 

L’identification à la femme bourgeoise abusée est massive : « Tu me hais, comme tous les pédés haïssent les femmes, sauf dans les films en noir et blanc où les actrices y souffrent avec dignité. » (Diana à Mitchell, dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane) ; « À partir du moment où il était entré dans cette maison, il n’avait rien vu que le visage de Berthe renversé en arrière dans le désordre de sa chevelure opulente. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 113) ; « À sa façon, il l’aimait, mais il ne l’aimait que malheureuse, la plaignant dans son cœur avec cette mystérieuse sincérité des êtres doubles. » (Oncle Firmin par rapport à Élise, idem, p. 223) Par exemple, dans son spectacle Charlène Duval… entre copines(2011), Charlène Duval (un homme travesti) se met à la place de Tina Turner (en racontant que cette dernière a été battue par son mari). Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le personnage homosexuel, est fasciné malgré lui par la femme violée cinématographique ; quand il raconte ses films des années 1930 à son compagnon de cellule, Valentín, qu’il tente par la même occasion de draguer, il ne cache pas sa complaisance face à la position de soumission de ses héroïnes féminines : « Le magnat lui flanque une gifle terrible qui la fait tomber par terre, et s’en va. Elle reste étendue sur un tapis qui ressemble à de l’hermine, ses cheveux sont encore plus noirs que l’hermine est blanche, et ses larmes qui scintillent, on dirait des étoiles… » (p. 217) ; « Elle est la fois une déesse, et une femme très fragile, qui tremble de peur. » (idem, p. 57) Valentín tente de le raisonner : « Pour être femme, il ne faut pas être… je ne sais pas, moi… martyre. » (p. 230) Mais rien n’y fait. Molina justifie tout par l’esthétique, y compris le viol.

 

Le personnage homosexuel est attaché à la femme violée comme à une mère, ou une jumelle narcissique (cf. je vous renvoie au code « Viol », ainsi qu’à la partie « Mère-putain » du code « Matricide » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la mère de Dzav se prostitue au Bois de Boulogne. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, la forêt est directement liée à la prostitution maternelle : dès que le couple homo y pénètre, il se demande s’il ne va pas y croiser une prostituée : « Et si on trouvait une prostituée pour ton père ? » (Khalid à Omar, p. 124) Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, la forêt est le lieu de l’adultère : c’est là que Suzanne Pujol (la mère jouée par Catherine Deneuve) vit toutes ses aventures extra-conjugales. Les premières images du film la montrent d’ailleurs en train d’y faire son jogging avec son survêtement rouge.

 

Le viol n’exercerait pas d’attraction fantasmatique chez le personnage homosexuel s’il n’était pas magnifié par les réalisateurs de cinéma, et s’il n’était pas suivi d’une vengeance. La femme violée est belle surtout parce qu’elle revient à la charge de celui qui a/aurait abuser d’elle (cf. je vous renvoie à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Mireya [l’héroïne de la série La Vie désespérée de Mireya, la blonde de Pompeya] taillade le visage du Morocho, son homme, avec une bouteille de vin Mendoza qu’elle a cassée sur le comptoir en étain du café El Riachuelo. Mireya court désespérée dans la rue. Il pleut des cordes. La blonde s’appuie contre un réverbère et pleure à chaudes larmes. Ses pleurs se mélangent aux gouttes de pluie. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 247)

 

Si le personnage homosexuel se passionne pour la femme violée comme un fanatique épicurien se prosterne devant un char de mi-carême. En même temps qu’il rêve de la destruction flamboyante de son idole féminine, il sait que les flashs des photographes qui la consument/la consomment, l’immortalisent aussi, la rendent toute-puissante.

 

La reine du carnaval coiffée sur un poteau d’exécution (parfois un tronc d’arbre de forêt) est un cliché homosexuel très couru dans les œuvres artistiques homo-érotiques (cf. je vous renvoie à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et masques », et à la partie « Saint Sébastien » du code « Adeptes des pratiques SM » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Son viol a lieu en général un soir de Mardi gras : « Par le plus grand des hasards, ça tombait le jour de la mi-Carême. » (Avril parlant du meurtre que lui et Lacenaire ont perpétré, dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; « Mon premier souvenir, c’était le soir du bal de Mardi gras. C’est vraiment mon premier souvenir. Avant le printemps dernier, je ne me souviens de rien, de rien du tout. C’est comme si ma vie avait commencé et fini ce soir-là. » (Catherine dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) ; « C’était un soir de Mardi gras, le dernier jour du carnaval. » (cf. la chanson « La Légende de Rose Latulipe » de Cindy et Ronan dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, où Rose Latulipe rencontre le diable) ; « Un jour, influencé par l’atmosphère permissive du mardi gras, quelqu’un émit l’idée vague, en lorgnant l’objectif qui saillait sur mon ventre, de photos porno. […] Quelques jours plus tard cependant, Didier, dans l’oreille de qui l’idée avait fait mouche, me proposa sans ambages d’immortaliser ses ébats avec sa copine Aurore. » (la voix narrative, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 24-25) ; « Ta mère est là, quelque part, en train de faire son dernier carnaval. » (le marabout parlant à Patrick, travesti, dans le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue) ; etc.

 

Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, il n’est pas anodin que l’explosion meurtrière de la chaudière qui met le feu à la fête interlope et fait un carnage de « folles homos » dans l’Hôtel Continental ait lieu un soir estival de carnaval : « C’est mardi, mais c’est mardi gras. Aujourd’hui, les folles du Continental sont permises de se travestir, elles vont et viennent sans arrêt des galeries Lafayette qui se trouvent tout près, ce soir il y a un grand bal autour de la piscine. » (p. 129) ; « Et c’est Paris au mois de mai. » (p. 132) Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, au cinéma Orpheus, en bas de chez Giles le héros homo (qui habite avec une femme muette, Elisa, qui fait l’amour avec une bête de l’Espace), est à l’affiche le film « Mardi Gras : Descente aux enfers ». Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Segundo se trucide le pied par flagellation pendant le carnaval péruvien. Dans le roman Harlem Quartet (mise en scène par Élise Vigier en 2018) de James Baldwin, Julia Miller, la fille-à-pédés, violée par son père, et qui devient mannequin, raconte, sur fond d’amnésie et de fête, qu’elle a reproduit le viol de son enfance : « Pour Mardi gras, des gens m’ont photographiée, ici, à la Nouvelle-Orléans. J’ai rien compris. Et je suis ici. […] À chaque fois que je me mettais à dormir, je faisais des rêves horribles. » Je vous renvoie aussi aux fantômes homosexuels de la boîte gay du film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, discothèque qui a brûlé dans les années 1970 (cf. le code « Milieu homosexuel infernal » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Dans le vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson, on retrouve la femme violée dans un bois suite à une sortie loisir au cinéma avec son petit copain (ce dernier finira par se transformer en monstre). Dans le film « Gilda » (1946) de Charles Vidor, Rita Hayworth se définit comme la reine du carnaval qui va mourir. Le film « The Queen » (2006) de Stephen Frears nous montre une Reine d’Angleterre dans la tourmente médiatique, et à qui l’on discute la couronne et la légitimité.

 

Au départ, la femme est érigée sur un piédestal, comme une vraie duchesse. « Vamos, subiendo la cuesta, que arriba la noche se viste de fiesta… » (cf. les paroles d’une chanson de Tita Merello, entonnée au moment où China meurt assassinée par un coup d’État, dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Nous courûmes tous vers Notre-Dame, la Reine des Rats en tête, suivis du serpent, et nous grimpâmes sur le haut du balcon d’où la Reine adressa un bref discours à la foule. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 93) ; etc.

 

Puis l’intronisation laisse place à la détronisation et au massacre : « C’est de ta faute si nous mourrons de faim. […] Tu es une mauvaise reine. Je vais te manger ! » (la Princesse à sa mère la Reine, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je déteste les cantatrices d’opéra, il est impossible de les faire taire. » (Cyrille dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi)

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, le Thénardier dit à sa femme qu’il « l’a violée un soir près de Versailles ». Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille se dirige vers les flammes de l’arbre qui a tué son fils et qui brûle. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, un soir de carnaval urbain brésilien, Rosa, la jolie prostituée, manque de se faire égorger au rasoir par le client du bar où Julien lui déclare son amour. Puis, au milieu de la foule, Julien lui déclare son amour. Mais, entraînée par la fête, Rosa se dérobe. Ils se prêtent serment sous un voile rouge : une déclaration d’amour qui sent le soufre car elle repose sur un ultimatum, une promesse d’amour que Rosa ne va pas tenir.

 

Le fan et sa déesse se donnent mutuellement rendez-vous pour la fusion destructrice finale : « Je vous attends dans l’au-delà per il grande finale ! » (la cantatrice Regina Morti, idem) ; « C’est le rêve de ta vie de te faire bien empaler, enculé efféminé, petite Reine de la Beauté du podium de ton quartier. » (Fifi à Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 304) ; « Le perroquet vert, témoin d’un meurtre d’une princesse russe, et qui perdait les plumes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 75) ; « J’ai été intronisée Andouille de France. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; etc.

 

Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram, le héros homo, a rencontré la Tonka lors d’un carnaval, et se force à tomber amoureux d’elle, avant de l’assassiner : « J’ai décidé d’essayer avec la Tonka. »

 

Au fur et à mesure, la reine carnavalesque se met à trébucher de ses talons hauts, à perdre son prestige : « Elles trébuchaient dans l’escalier, dans les couloirs elles chancelaient, et leurs rires nous fusillaient, nos mères désemparées. » (cf. la chanson « Nos Mères » des Valentins) Le peuple qui a jadis adulé l’actrice la traîne maintenant en procès parce qu’elle a osé être humaine. Par exemple, dans la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978) de Copi, on nous raconte la lente descente aux enfers de Truddy, une femme apparemment ordinaire, qui va peu à peu être intronisée comme une reine du carnaval, avant de finir livrée à la vindicte populaire, à la destruction massive sans motif apparent : « Tout le restaurant éclata de rire lorsqu’elle trébucha sur le pas de la porte et s’écroula par terre. » (p. 31) ; « Elle se retrouva, couverte d’ecchymoses, sur le sol de la voiture que les gens secouaient. » (idem, pp. 34-35) ; « Deux rangées de motards protégeaient le cortège de cris hostiles de la foule qui se massait à leur passage sur les trottoirs. Le mot ‘guillotine’ était scandé de plus en plus fermement. Truddy s’agrippa aux grilles et cria ‘Help ! Help ! Help !’ le plus fort qu’elle put. » (p. 36) ; « Dans un dernier flash, elle vit le visage de sa mère, morte à sa naissance et qu’elle n’avait connue que par des photos. » (p. 40) Dans L’Hystéricon(2010) de Christophe Bigot, le lecteur assiste à une fête finale tournant autour de la peste de l’histoire, Amande, une fille qui, parce qu’elle a trop brillé et qu’elle a croqué tous ses camarades pendant le roman, va « passer à l’échafaud » sur décision de la collectivité : « Tout le monde s’étais mis sur son trente et un pour cette soirée d’adieu. Les couleurs exaltant le bronzage étaient de sortie, environnées de parfums légers ou capiteux, boisés ou fruités. Mais Amande était à coup sûr la plus belle, une fois encore. […] Avec son turban cerise sur la tête, son débardeur assorti, sa minijupe noire et ses espadrilles à talon compensé, elle était ravageuse, et elle le savait. Une véritable reine. Mais ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle venait en réalité de faire une toilette de condamnée à mort. » (pp. 418-419)

 

Très souvent, le personnage homosexuel observe sa princesse flamber sur un char qu’il a lui-même : « La jeune prostituée était devenue une torche vivante, elle courait dans tous les sens, s’écrasant contre les derniers miroirs qui volaient en éclats. » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 55) ; « J’espère qu’un jour elle flambera avec ses nylons et sa torche. » (la voix narrative à propos de Marilyn, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 71) ; « Où est-elle ? Ça sent le brûlé ! Oh, zut, je l’ai mise dans le grille-pain ! Qu’est-ce qu’elle a rétréci, on dirait une baudruche. » (Loretta Strong dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Je leur [les Hommes-Singes de l’Étoile Polaire] fous une grenade ! Et hop ! Bon débarras ! Aïe, je brûle ! Faites-moi une place dans le frigidaire ! » (idem) Par exemple, lors du concert Météor Tour (2010) d’Indochine à Bercy, une Miss Italy sous les flammes est exhibée en gros plan sur les trois écrans géants de la scène.

 

Cette crémation iconoclaste est en partie désirée par le personnage homosexuel. Son rapport avec la reine est idolâtre, c’est-à-dire qu’il est d’ordre passionnel : c’est un « je t’aime/je te hais », une attraction-répulsion. Comme il le ferait avec une poupée vaudou sacrée, il la maltraite : « Je te tue, Madame ! Tu sais ce que je vais faire avec ta porcelaine de Limoges ? Je vais te lacérer les fesses et je vais te crever les yeux, ma petite patronne ! » (Goliatha à « L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Le perroquet vert, témoin d’un meurtre d’une princesse russe, et qui perdait les plumes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 75) Mais cette maltraitance se veut acte d’amour : si le héros gay incendie sa star, c’est pour prouver qu’elle est indestructible. Il faut que ça finisse mal, éternellement mal, pour cette pauvre reine du carnaval incendiée ! C’est la règle ! Par exemple, dans son spectacle Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval (un homme travesti) se met dans la peau d’une jeune fille « pauvre, laide, sans avenir […] maltraitée par un macro, qui meurt à la fin dans une super-production » ; plus tard, elle continue de rêver d’une mort cinématographique féminine grandiose : « Le rôle de ma vie, c’est Marie-Antoinette. » (Charlène Duval dans le spectacle Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval) Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, l’héroïne lesbienne s’émeut pour Marie-Antoinette, « la reine infortunée, comme si, pour quelque raison, la malheureuse femme en appelait personnellement à Stephen. » (p. 314) ; « Je suis certain d’être bon pour la guillotine, rien qu’à y penser mes cheveux se dressent sur ma tête. Quand je songe au procès qui m’attend je suis encore plus effrayé. Tant pis, je me suiciderai quand cette vie me deviendra trop dure. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 125)

 

La Reine du héros homosexuel est celle qui ne part jamais, même quand elle fait ses adieux : « La tradition veut que je ne meure jamais ! » (la Reine dans la pièce La Pyramide !(1975) de Copi) Son fan veut « mourir pour toujours sur scène », comme elle (ou comme Dalida) : « Restons ici, ma Fifi ! Moi je vais mourir aussi ! C’est mon dernier printemps ! » (Mimi à Fifi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 300) Dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, suite au carnage opéré sur la reine du carnaval Glou-Glou Bzz « au milieu d’un désordre phénoménal (les tables cassées parmi les bouteilles arrosées de confettis) » (p. 22), le narrateur se fait à son tour massacrer et « trucider la bite » : « À chaque fois que je laissais échapper un cri, l’assistance repartait d’un gros rire. […] Et ne songeons même pas à demander de l’aide aux esquimaux : pour cette peuplade, Glou-Glou Bzz représentait plus qu’une reine. » (p. 24) Le protagoniste homosexuel suit celle qu’il a immolée/qui a été immolée jusqu’à la tombe, dans une imitation parfaite de la mise en scène meurtrière du carnaval.

 

Le viol de la reine du carnaval se déroule en général en plein été, de préférence le soir (comme s’il s’agissait d’un cauchemar, d’une pure parenthèse) : « Quel maquillage porte à l’aube maman ? » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 27) Par exemple, dans la pièce La Pyramide (1975) de Copi, la mère apparaît sous les traits d’une souveraine carnavalesque violée « un soir de juillet ». Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Laura, l’héroïne lesbienne, se fait passer, le temps d’un été, pour un garçon ; elle sera punie de son mensonge par l’ensemble de ses camarades de jeu qui, une fois le pot aux roses découvert, décideront de la déshabiller en pleine forêt, pour la punir. C’est l’été, dans la forêt, que se fait parfois la rencontre du personnage homosexuel avec le diable violeur : « Au début de l’été […] l’intrus se tenait là et me regardait de ses yeux bleus grands ouverts. […] Dégoûté de lui – et surtout dégoûté de ce qu’il m’avait fait perdre mon empire sur moi-même –, je lui lançai : ‘Allez donc au diable !’ […] L’incident venait d’avoir lieu dans le bois des pins. » (Garnet Montrose concernant sa rencontre avec Daventry, dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, pp. 40-41) ; « Savez-vous qu’un pucelage ne pèse pas lourd un soir d’été ? » (Démétrius à Helena quand ils se trouvent en forêt, dans la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1596) de William Shakespeare) ; « C’est mon premier été. » (Tareq, le héros homosexuel syrien arrivé en Finlande, dans le film « A Moment in the Reeds », « Entre les roseaux » (2019) de Mikko Makela) ; « Dans la chaleur de l’été… c’est sûr il va se passer des trucs. » (Vincent, héros homo, dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare) ; etc.

 

C’est la raison pour laquelle cette saison est crainte : « ‘Je me suis toujours méfié de l’été’, avait dit Pierre Gravepierre. Pourquoi résonnaient-ils comme une vérité première, inattaquable ? Pascal n’eut pas besoin de chercher longtemps la réponse. Tout ce qui lui était arrivé de pire, lui était arrivé en été. » (Claude Brami, Le Garçon sur la colline (1980), p. 123) ; « L’été cet enculé pousse même le vice jusqu’à me faire demander l’heure aux frimeurs à lunettes réfléchissantes. » (Vincent dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 58) ; etc. Elle est annoncée sous les auspices de la mort et de la violence insouciante : « Tu lis Les Fleurs du mal ‘aimé’ : c’est le livre le mieux pour l’été. » (cf. la chanson « Toc de mac » d’Alizée) ; « Pourquoi on parle d’avenir ? C’est l’été, Chloé ! » (Malik parlant à Chloé dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Les escaliers du Sacré-Cœur de Paris. Un nuit du mois d’août. » (cf. les didascalies de la Acte I de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 299) ; « Après maintes étés est mort le cygne. » (George citant un roman d’Aldous Huxley dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford) ; « Jane regarda une nouvelle fois le bâtiment en ruine qui s’élevait de l’autre côté de la rue, comprenant que, même en été, son ombre s’étirerait dans la chambre, étouffant toute chance de chaleur. Elle avait pris l’immeuble de derrière pour une réplique, plus jolie que le leur, plus élégant et rénové, mais peut-être était-ce l’inverse et leur bâtiment était-il le reflet de l’immeuble délabré. Cette idée lui donna l’impression d’être petite, et l’enfant qu’elle portait plus petit encore, un poisson solitaire piégé dans des eaux fluviales. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 70-71) ; « Il fait une chaleur d’hété…ros ! » (Seb, personnage homo, décrivant une situation orageuse, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc. L’été décrit dans les fictions homosexuelles s’apparente à la fournaise d’un enfer symbolique. Par exemple, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank, le héros gay, décrit l’ambiance de la backroom où il s’est rendu, cette pièce obscure imprégnée d’une atmosphère « violente comme une brise d’été ». Dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, la canicule estivale est présentée comme un moment de mort. Dans le film « Vacation ! » (2010) de Zach Clark, des vacances d’été entre quatre amies de collège dégénèrent, et se concluent tragiquement. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Mathan, le jeune héros homosexuel, affirme que « l’été, c’est l’adversaire de la Création »… ce à quoi répond son ex-amant Jacques : « Eh bien il faut le vaincre. […] J’aime bien être dans le renoncement de l’été. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le héros homosexuel, parle de « l’été de mes 11 ans » comme un événement traumatique où il a été à la fois violé symboliquement par ses camarades de classe, et trahi par la star (John F. Donovan) qu’il idolâtrait. »

 

On retrouve les liens de coïncidence entre l’été homosexuel et le viol dans de nombreuses œuvres homosexuelles : cf. le film « A Midsummer Night’s Dream » (1999) de Michael Hoffman, la chanson « Gourmandises » d’Alizée (« Les baisers d’un été où la main s’achemine… […] Oh Loup, y es-tu ? »), la chanson « Cruel Summer » du groupe Bananarama, le film « Pluies d’été » (1977) de Carlos Diegues, la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine, les chansons « L’Été », « Un Merveilleux Été » (racontant une rupture amoureuse), et « Les Bords de Seine » d’Étienne Daho, le roman El Mismo Mar De Todos Los Veranos (1978) d’Esther Tusquets, le roman La Mort en été (1953) de Yukio Mishima, le film « Été 85 » (2020) de François Ozon, le film « Summer Blues » (2002) de Frank Moslvold, le film « Tania Borealis ou l’étoile d’un été » (2001) de Patrice Martineau, le roman El Color Del Verano (1982) de Reinaldo Arenas (roman d’anticipation racontant le débordement frénétique d’un carnaval de la Havane sous la dictature cubaine), le roman Chronique d’un été (2002) de Patrick Gale, le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1982) de Pedro Almodóvar, le film « Aux folles les pompiers ! » (2003) de Didier Blasco (« Elles ne sont pas toutes mortes cet été. Certaines ont survécu. Voici le témoignage de deux rescapées. »), le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, le film « Froid comme l’été » (2002) de Jacques Maillot, le film « Les Orages d’un été » (1996) de Kevin Bacon, le film « L’Été de mes 17 ans » (2004) de Chen Yin-yung, le film « Summer Of Sam » (1999) de Spike Lee, le film « Summer Storm » (2004) de Marco Kreuzpaintner, le film « Summer Wishes, Winter Dreams » (1973) de Gilbert Cates, le film « Le Zizi de Billy » (2003) de Spencer Lee Schilly, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitmann (qui se déroule pendant les grandes vacances), le film « The Greenage Summer » (1961) de Lewi Gilbert, le roman Été (1982) de Jean-Renaud Camus et Denis Duvert, le film « Dernier été à New Ulm » (1995) de Keith Froelich, le film « Vols d’été » (1988) de Yousry Nasrallah, la chanson « Réveiller le monde » de Mylène Farmer, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le roman Le dernier été des Indiens (1982) de Robert Lalonde, les films « Jeux d’été » (1951) et « Sourires d’une nuit d’été » (1955) d’Ingmar Bergman, le roman Un Été indien (1943) de Truman Capote, le recueil de poèmes Amor de Verano (1985) de Nancy Cárdenas, la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1595) de William Shakespeare, le roman Les Autres, un soir d’été (1970) d’Hector Bianciotti, le film « Parfum d’absinthe » (2005) d’Achim von Borries (avec la vague estivale de suicides), le film « Un Été américain » (1969) d’Henry Chapier, le concert Météor Tour (2010) d’Indochine (où le lien entre été et guerre est fait), le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, le film « And Then Came Summer » (« Et quand vient l’été », 2000) de Jeff London, le téléfilm « Clara, cet été-là » (2002) de Patrick Grandperret (avec le thème de la perte de la virginité), le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti (avec la mort de Francesca, la femme de Mateo qui se fait écraser par une voiture quand elle découvre Mateo au lit avec un homme), la chanson « Summertime Sadness » de Lana del Rey, le film « Frauensee » (« À fleur d’eau », 2012) de Zoltan Paul, le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger, le film « My Name Is Love » (2008) de David Färdmar, le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, le film « Hors Jeux » (1980) d’André Almuro, film « Daniel » (2012) de Vincent Fitz-Jim, le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet (avec l’été toujours meurtrier), etc.

 

Le viol homosexuel a lieu en général pendant un soir d’été, ce moment flou de transition entre le fantasme du viol et la réalité fantasmée du viol : « Un jeune homme rencontre un étranger pour un plan sexe, une expérience qui va le changer à jamais… » (cf. description du film « Spring » (2011) de Hong Khaou sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « Je suis homo, j’avais un copain qui est mort cet été, on l’a assassiné sous mes yeux. » (Kévin parlant de son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 460) ; « J’me suis fait violer quand j’avais 15 ans. Un été, par un oncle. » (Marie dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow) ; « La lun’ se lève dans le ciel rouge comm’ par un’ nuit d’été ! Cachafaz et la Raulito vont passer de l’autre côté ! » (le Chœur des voisines dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Pour toi, j’ai perdu l’innocence, l’honneur, l’honorabilité. Je t’ai connue sur le trottoir, le corps ouvert de falbalas, là-bas, là-bas sur les ramblas. Au bord du fleuve, un soir d’été. » (Cachafaz à son amant Raulito, idem) ; « C’était l’été de nos treize ans. L’été des sœurs de sang. Dovid a eu migraine sur migraine, cet été-là. » (Ronit dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 217) ; « Tous les étés sont meurtriers. » (le sosie homosexuel d’Isabelle Adjani dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « C’est meilleur que l’été indien. » (les deux chanteurs, en prononçant cette phrase, se coupent chacun le visage en deux, idem) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi

 

Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Ahmed perd son seul et unique amour l’été : « Oui, l’être aimé. Car s’il n’était pas certain au début de l’été de ses sentiments envers Saïd, la romance des dernières semaines l’a affirmé, et la mort vient de le confirmer : il était amoureux de son ami, quoi qu’il fût. » (p. 47) Dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, l’été est associé à la fois à la fusion homosexuelle et à la rupture entre les amantes : « Dans son lit, par cette tiède nuit d’été austral, Gabrielle s’étonne des remous imprévisibles qui créent en elle les mots de la lumineuse Émilie. Égarée, emportée dans un vertigineux tourbillon, il lui revient en mémoire la détresse d’Ulysse sur le point de succomber au chant mortel des sirènes. » (pp. 72-73) ; « Vous dans votre hiver, moi dans mon été. » (Émilie s’adressant à sa compagne Gabrielle, idem, p. 175) Le film « Last Summer » (2013) de Mark Thiedeman relate l’histoire de deux adolescents que la vie (et l’été) va séparer. Dans le film « Le Maillot de bain » (2013) de Mathilde Bayle, l’été se revêt d’inceste : le jeune Rémi, 10 ans, ressent son premier émoi pour un beau papa de 35 ans. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, chaque été, c’est le temps de l’absence de Georges (en voyage) et de la mort du couple Georges/William. Dans le film « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues, Tonia le trans raconte comment il a été violé à jamais par le regard de son amant, un soir d’été. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar assassine son amant Khalid pendant l’été, en plein cœur d’une forêt : « L’été était triste. La vie mélangée au vin rouge bon marché était triste. » (p. 96) ; « Il n’y aura pas de prochaines vacances d’été. Tout s’arrête ici. » (p. 170) Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, sur la terrasse de l’appartement new-yorkais de Michael et Harold, on lit cette inscription au mur : « SUMMER 1918 ». Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Abby raconte qu’elle a couché avec son amie d’enfance Carol qu’elle connaît depuis l’âge de 10 ans, un soir d’été. Dans le film « La Maison vide » (2012) de Matthieu Hippeau, Vincent, homosexuel, pénètre dans une maison vide pour la cambrioler, en plein été. Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, le mélange entre été, guerre, carnaval, et homosexualité, est complet : « Vous dites : cet été est si beau. On s’en veut de l’aimer tellement. Je dis : on oublie la guerre avec ce merveilleux soleil. La guerre, on ne sait plus ce que c’est. Vous dites : ce sont des choses épouvantables, les choses que vous dites, vous ne devriez pas dire de pareilles choses. Vous pensez comme moi. Vous oubliez la guerre. » (Vincent à Proust, p. 19) ; « Sans la guerre, sans ce magnifique été de l’absence des hommes, nous serions-nous rencontrés ? » (idem, p. 24) ; « Après tout, pourquoi cet été de toutes les tragédies ne pourrait-il pas être l’été de toutes les comédies ? » (idem, p. 28) ; « Rien n’a changé dans nos tranchées de boue séchée au soleil de juillet. » (idem, pp. 138-139) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Viol dans la forêt :

Existe-t-il des correspondances concrètes entre le code de la « femme vierge violée un soir de carnaval ou d’été dans une forêt » et les personnes homosexuelles réelles ? Bien sûr que oui. Les symboles ne tombent pas comme ça du ciel : ils ont bien été créés par plusieurs consciences humaines ; et ils traduisent au moins une réalité fantasmatique qui mérite d’être étudiée.

 

Certains auteurs homosexuels nous montrent du doigt ce lieu énigmatique de la forêt, sans même savoir eux-mêmes trop pourquoi : « C’est un peu des fantômes au bord des allées du bois. » (Gilles parlant de ses circuits de drague homosexuelle au Bois de Vincennes, dans l’émission Backstage à la radio France Culture, le lundi 23 mai 2016, à propos du film « Promenons-nous dans les bois » de Claire Simon) ; « Pour Philippe, ce chemin vers la forêt… Salam… Abdellah. » (cf. dédicace personnelle du romancier Abdellah Taïa sur mon exemplaire de son roman Jour du Roi, à la Librairie parisienne Les Mots à la Bouche à Paris, le 10 septembre 2010) Selon eux, la forêt serait le théâtre d’un viol : « Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait. » (Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny, le 15 mai 1871) ; « Je suis folle de rage de ce qu’en face de trois hommes, une carabine et piégée dans une forêt dont on ne peut s’échapper en courant, je me sente encore aujourd’hui coupable de ne pas avoir eu le courage de nous défendre avec un petit couteau. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie, 2006) ; « À sept ans, ce garçonnet [Ednar] subit des attouchements sexuels de la part d’un collègue de travail de son père. Malheureusement, sachant que personne ne s’intéresserait à son problème, il ne put se confier. Man Éloi, sa mère, ne détectait pas les soucis de son fils, ni à quel point il était martyrisé par son frère. Il ne put jamais trouver les mots pour exprimer son désarroi et sa souffrance. […] Et voilà qu’en plus de toutes ces difficultés, un autre drame s’ajouta à son calvaire. Une nouvelle tentative d’agression sexuelle perpétrée par Octave [23 ans], l’un des meilleurs copains de son frère Hugues. À onze ans, la vie d’Ednar commençait par une descente aux enfers, cet abîme qui déjà le convoitait en le livrant à la merci et à l’incompréhension des personnes censées l’aimer et le protéger. Affecté par ce sentiment de culpabilité, cet enfant ne put dévoiler les secrets trop lourds à porter dans son cœur. Jamais dans sa famille il n’osa avouer son malheur dans le sous-bois. Il en parla à demi mots à ses copains de classe, qui eux non plus n’avaient pas le droit de répéter ces choses-là aux grandes personnes. À l’époque, il n’était pas permis aux jeunes enfants de dénoncer les perversités ni les égarements des anciens. […] Ce traumatisme inavouable fut l’un des plus grands secrets de sa vie. Et lorsqu’il devint adulte lui-même, il évoqua cette mauvaise rencontre comme ‘l’incident’ qui n’aurait jamais dû être. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), pp. 12-13) ; etc.

 

Je vous renvoie également au documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan (sur la transsexualité), au chapitre intitulé « La Belle au bois violée » de l’essai Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? (2002) de Marcela Iacub, à la première planche de la B.D. autobiographique Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud (qui démarre précisément par une agression au centre aéré dans une forêt), à la biographie Femme qui court (2019) de Gérard de Cortanze (sur Violette Morris).

 

FORÊT 7 Fabrice Neaud

 

A priori, on pourrait se dire que la peur de la forêt n’a rien de spécifiquement homosexuel. En effet, je ne connais pas grand monde qui ne serait pas effrayé à l’idée de connaître l’expérience solitaire d’une nuit en pleine forêt… ; et puis la forêt où habiterait le grand méchant loup hante depuis très longtemps l’imaginaire des enfants.

 

Seulement, c’est sur la résurgence de ce thème enfantin dans le discours de personnes maintenant adultes (et dont beaucoup sont homosexuelles), que j’aimerais retenir votre attention, car celle-ci nous explique la nature du désir homosexuel : un désir enfantin, en apparence festif et chaleureux, mais qui est fondé sur un éloignement du Réel, une peur de la sexualité, et une attraction idolâtre pour le viol cinématographique (et parfois réel). Encore une fois, j’indique une tendance et des généralités du désir homosexuel, qui ne sont pas des généralités sur LES homos.

 

« Un jour, chez des amis, alors que les parents étaient fort occupés à deviser dans le fond du parc, je fus le témoin d’une véritable orgie enfantine, à laquelle, d’ailleurs, je ne pris aucune part, me sentant trop décontenancé à la vue des petites filles. Des frères, des sœurs, d’autres garçons se livraient à des expériences sexuelles très poussées et je garderai toujours en mémoire le spectacle de la sœur d’un de mes camarades ‘utilisée’ par quatre garçons à la suite… Cette scène (qui se renouvelait, d’ailleurs, paraît-il, à chacune des réunions familiales, à l’insu des parents, naturellement) fut interrompue, ce jour-là, par l’entrée intempestive de la mère de l’une des fillettes… Ce fut un beau scandale. Il y eut des scènes pénibles. Un procès faillit en résulter mais, au cours des interrogatoires, chacun se tira d’affaire par des mensonges. Cet épisode aux couleurs crues s’imprima profondément dans mon esprit et me fit, plus que jamais prendre en horreur les filles et les femmes. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 79)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

Mes amis. Quand je vous dis que mon Dictionnaire des Codes homosexuels est inspiré et qu’il me dépasse en grande partie, ce n’est pas de la connerie. Le 10 octobre 2014, un ami de Facebook, David Hockley, m’a filé le lien d’un documentaire, « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check, qui retrace le parcours de trois personnes homosexuelles qui ont découvert l’Amour de Jésus et de l’Église catholique pour elles. Et l’une d’elles, Rilene, une femme de 60 ans, raconte qu’après être sortie de 25 années de relation avec sa compagne Margo, c’était comme si elle avait quitté un « rêve ». Et elle revient précisément sur un souvenir violent qui l’a marqué (un viol incestueux de deux jumelles dans une forêt), qu’elle a vécu dans les années 1980 avec Margo, qui est resté gravé en elle comme un déclic de la violence de l’homosexualité, et qui constitue un écho parfait à ce code sur la femme violée dans une forêt au soir de carnaval : « C’était en 1983-1984, au début de notre relation. On était allées faire un tour dans les forêts de Géorgie. Ça s’appelait ‘Fête de la Femme’. Il y avait plein de femmes aux seins nus et nageant nues dans le lac. Dans ce lieu de camp, en pleine forêt, deux femmes étaient… comment dire… en train de s’aimer. Et elles se sont retournées vers nous, et j’ai eu un choc… parce qu’elles étaient des jumelles identiques, de vraies jumelles. J’ai eu comme une réaction viscérale. Ça m’a énormément perturbée. Et j’ai dit à Margo : ‘Elles sont jumelles, celles qui sont en train de faire l’amour ?’ Elle m’a répondu : ‘Oui.’ Et j’ai rajouté : ‘Ça te semble juste ?’ Et elle m’a rétorqué : ‘Si tu commences à juger, alors les gens pourront commencer à nous juger nous.’ Ce fut un moment de réveil de ma conscience. C’était une situation tellement embarrassante que j’aurais eu l’opportunité de m’éloigner de Margo, mais à l’époque je ne l’ai pas fait. »
 

Dans le documentaire « Viol : elles se manifestent » (2014) d’Andrea Rowling-Gaston (où plusieurs intervenantes sont lesbiennes), certaines femmes ont été violées dans une clairière ou une forêt. Charles Trénet a été trouvé nu quand il avait 15 ans, en train de s’amuser avec son camarade Max Barnes dans un jardin de l’Hôtel Mustafa Ier.
 

Dans la culture du « milieu homosexuel », dans les sphères de rencontres amoureuses entre individus de même sexe, le rapport désirant vis à vis de la forêt est souvent idolâtre, souffrant et rêvé : il ne faut pas perdre de vue que les bois sont à la fois les lieux excitants de la fusion d’amour clandestine, l’espace libertaire de tous les possibles (comme au moment du carnaval où les conventions sont inversées et soi-disant détruites), mais aussi les endroits de la perte d’identité, de l’angoisse, de l’exploitation : « Une grande place en bordure du Bois où vont ceux qui ne savent plus où aller, c’est là que je l’ai rencontré. » (Christian Giudicelli parlant de sa première rencontre avec Kamel sur un lieu de prostitution, dans son autobiographie Parloir (2002), p. 15) ; « Un jour, l’un des garçons de la bande de ma cité, Morad, un dealer réputé pour sa dureté, m’a accosté à l’entrée du bois. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p 77) ; « J’ai continué à soigneusement éviter de croiser […] Morad, mon violeur du bois de Sèvres. » (idem, p. 83) ; « J’avais seize ans. La prof d’italien nous emmenait voir une pièce. Je suis arrivé en retard. Chaillot était fermé. Alors j’ai voulu connaître le sexe. Le sexe était plus fort. Plus fort que la peur. Plus fort que moi. Je suis descendu dans les jardins. J’avais lu dans Le Nouvel Obs que ça draguait. J’ai zoné dans les bosquets, moyennement rassuré. Un mec s’est approché, beaucoup plus vieux que moi, trente ans, moustachu. Il m’a demandé ce que je faisais là. J’ai dit ‘Je drague’. Il a dit ‘Moi aussi’. Je l’ai suivi jusque derrière une espèce de monument grec. On s’est embrassé. J’avais déjà roulé des pelles à deux ou trois filles, mais là c’était différent. Électrique. Après on s’est sucé. Le goût était horrible. J’ai joui, je ne me souviens pas comment. Je ne me permettais pas de faire très attention à ces choses-là à l’époque. Quand je suis rentré à la maison j’étais en sueur, j’avais envie de vomir. » (Guillaume Dustan racontant sa première fois homosexuelle, dans son autobiographie Plus fort que moi, 1998) ; etc.

 

Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), quand Didier Éribon parlent des endroits de drague homosexuelle, et notamment des parcs et des forêts, il les associe inconsciemment à un lieu de viol, à une cour des miracles où « casseurs de pédé », loubards, prostitués, clients aisés, flics, gravitent ensemble, bref, à un espace du viol consenti : « Les lieux gays sont hantés par l’histoire de cette violence : chaque allée, chaque banc, chaque espace à l’écart des regards portent inscrits en eux tout le passé, tout le présent, et sans doute le futur de ces attaques et des blessures physiques qu’elles laissèrent, laissent et laisseront derrière elles – sans parler des blessures psychiques. Mais rien n’y fait : malgré tout, c’est-à-dire malgré les expériences douloureuses que l’on a soi-même vécues ou celles vécues par d’autres et dont on a été le témoin ou dont on a entendu le récit, malgré la peur, on revient dans ces espaces de liberté. » (p. 221)

 

Aussi farfelu que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles ont réellement vécu un viol dans une forêt, comme le rapporte Daniel Welzer-Lang à la fin de son essai Le Viol au masculin (1988) : « Le viol d’homme ? Un secret honteux encore moins verbalisé que le viol de femme. C’est à cette époque que moi-même je me suis souvenu : J’ai 6 ans, il a 13 ans. Je me souviens de lui comme du ‘fiancé’ de ma sœur. Il a un solex et un grand chien que je dois appeler policier. Il m’emmène sur son solex pour me faire plaisir. Il s’arrête à la lisière d’un bois. ‘Viens’, me dit-il. Je ne me souviens plus très bien, les images se brouillent, son sexe est sorti, il le masturbe. ‘Tu sais comment ?…’ je regarde éberlué. Je n’ai aucune information sur ce qu’il dit, sur ce qu’il fait. Il veut que je le touche. J’ai peur. Je suis seul dans la forêt avec lui. Pas possible de fuir. Je touche, je regarde en l’air, il veut aussi me… Je ne me souviens pas de la suite. Il s’appelait Jacky, habitait Épinal, la ville de mes parents. ‘Si tu en parles, je te casserai la gueule, je saurai toujours te retrouver…’ Il m’a ramené. J’ai senti son regard, longtemps, longtemps… J’ai jamais été violé. Il ne m’a pas pénétré. Je n’en ai jamais parlé avant… Une période récente… J’avais oublié… Oubliée aussi cette main de camionneur qui cherche à te caresser quand tu dors, et que tu acceptes de masturber… pour avoir la paix. 18 ans… Oubliée cette main du pion de l’établissement scolaire qui m’avait pris en stop près de Gérardmer… 16 ans. J’ai éprouvé un énorme plaisir à ses caresses discrètes, très respectueuses de ma personne. J’ai regretté ce soir-là que… Gestes enfouis dans mes images d’adolescent : chaque homme sait qu’il n’a pas toujours été dominant. » (pp. 188-189)

 
 

b) Je suis une gentille, et je suis poursuivie par un méchant

La femme violée cinématographique courant comme une folle pour échapper à un agresseur souvent invisible est un fantasme identificatoire que l’on peut facilement observer chez certaines personnes homosexuelles si on y prend garde : cf. le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud (avec la blonde pleurant dans le taxi pendant que le paysage urbain défile). Par exemple, dans le documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cohen et Amei Wallach, on nous montre le passion de Louise Bourgeois pour la figure de la fugueuse. L’actrice courant au ralenti dans une forêt ou dans un couloir est un vrai fantasme homosexuel : beaucoup d’icônes gay (cf. les vidéo-clips des chansons « Alice et June » du groupe Indochine, « Everytime » de Britney Spears, « Substitute For Love » de Madonna, « It’s All Coming Back to Me Now » de Céline Dion, « Just A Little Bit » de Gina G., « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, « C’est la vie » de Marc Lavoine, etc.) sont des fugitives : « Je pense que cette image de moi, pleurant, courant, sur le tapis, devait être une très belle image. » (une témoin dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo)

 

Mais inversons maintenant le tableau. Symboliquement, je crois que la cristallisation homosexuelle sur la figure de la fugitive menacée de viol est l’expression, à mon avis, d’une course des sujets homosexuels vers la mort : à force de fuir la mort réelle, ils la rejoignent en désir par leur sacralisation de la mort fictionnelle de la reine carnavalesque cinématographique. « Victor Garcia, Copi, Jérôme Savary font partie des gens qui courent devant la mort. » (Colette Godard, L’Enfant de la fête, 1996) ; « J’étais dans ma deuxième vie. Je venais de rencontrer la mort. J’étais parti. Puis je suis revenu. Je courais. Je courais. Vite, vite. Vite. Vite. Vers où ? Pourquoi ? Je ne le sais pas pour l’instant. Je ne me rappelle pas tout. Je ne me rappelle rien maintenant à vrai dire. Mais ça va venir, je le sais. » (les toutes premières lignes de l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, p. 9) ; « La mort m’avait choisi. » (idem, p. 14) ; « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. […] Ce jour-là, je courais vers une image, une femme. L’actrice égyptienne. Une grande star. Une grande dame. Souad Hosni. Elle passait à la télévision dans un feuilleton que j’adorais. Houa et Hiya : Elle et Lui. Je courais vers elle pour l’embrasser. Être pendant une heure avec elle, amoureux en pleurs, danseur libre, comédien de ma propre vie. » (idem, p. 32) ; « Je n’ai jamais oublié Souad Hosni. Je n’avais pas oublié son feuilleton Houa et Hiya qui me faisait courir dans mon adolescence, à la sortie du collège. J’avais depuis rattrapé mon retard en regardant presque tous les films qu’elle avait tournés. Je l’avais suivie de près, de très près, avec attention et une certaine admiration. Et puis, au début des années 90, après l’échec retentissant de son film Troisième Classe, elle avait disparu. Pendant deux ou trois ans, on ne savait pas où elle était. Elle se cachait en fait à Londres où elle soignait un mal de dos et une dépression chroniques. On la disait sans le sou, ruinée. L’État égyptien, qui payait pour son hospitalisation, avait fini par la lâcher, l’abandonner. En juin 2001, elle s’était suicidée en se jetant du balcon de l’appartement où elle résidait à Londres. » (idem, p. 91) ; etc.

 

En ce qui concerne mon propre vécu, je me souviens que, lorsque j’avais 5-8 ans, j’adorais déjà l’actrice violée en fuite. D’ailleurs, au centre aéré comme sur les cours de récré, j’imitais les femmes fugitives, les magical girls pressées, les Drôles de Dames ou Super Jaimie courant à perdre haleine, les héroïnes aériennes des dessins animés tels que Cat’s Eyes, Jeanne et Serge, Sheera, Daphnée deScoubidou, la rousse Sheila à la cape d’invisibilité dans Le Sourire du Dragon, etc. Et dans la vie réelle, quand je devais jouer à des jeux collectifs comme le « loup-chaîne », la « balle aux prisonniers », l’« épervier », ou bien le « cache-cache », mon excitation était à son comble, car j’avais l’occasion de me faire mon film intérieur du viol singé. Du moins, c’est ainsi que je l’analyse maintenant, avec du recul. J’aimais en rajouter dans l’affolement de ma course, dans la gestuelle, dans les mouvements de tête (il ne faut pas perdre de vue que, dans mon imaginaire, j’avais une chevelure exceptionnelle, un vrai brushing de star !) ; et quand je courais, je me sentais puissante et fragile en même temps, j’étais en train d’écarter des branches et des feuillages fictifs avec mes mains, je simulais d’avoir fait une course énorme et héroïque (alors qu’objectivement, je n’aimais pas courir de longues distances…), d’être à bout de souffle, et d’arriver au ralenti sur la ligne d’arrivée d’un 100 mètres olympique. Bref, la star dans son clip, pourchassée par les paparazzis. Je prenais un malin plaisir à rentrer inconsciemment dans la peau de la vierge en fuite, criant « au viol ! ».

 
 

c) Devenir la Reine du Carnaval immolée au feu de l’été :

La fascination identificatoire pour la femme violée, je l’ai observée chez beaucoup de personnes homosexuelles : « Cette résurgence du thème de l’androgyne à la fin du XIXe siècle est peut être le revers de l’obsession de la femme fatale. » (Françoise Cachin, « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 90) Le désir homosexuel pousse les êtres humains à se prendre pour les archétypes de la féminité tragique. Chez les hommes gay, cela se fera davantage par le biais de l’esthétisme ; côté femmes lesbiennes, on penche plus sur le registre du militantisme politique. Mais dans les deux cas, c’est la même louange iconoclaste/iconodule. Par exemple, dans le documentaire « Debout ! » (1999) de Carole Roussopoulos, on voit clairement que les femmes féministes, lesbiennes ou non, sont attirées par la « femme violée du bout du monde », afin de se servir d’elle comme « opportunité » pour prouver l’oppression machiste qui les domine/dominerait. Dès qu’un fait d’actualité concernant le malheur des femmes se présente (par exemple les mères célibataires dans les hôpitaux, les femmes qui veulent se faire avorter, les femmes talibanes, etc.), le MLF accoure vers ses victimes : « Les femmes battues, c’était parfait ! Parce que si les femmes étaient battues, c’est bien parce qu’il y avait quelqu’un pour les battre. » (Annie Sugier)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles s’intéressent à la femme violée médiatique (Maria Callas, Régine, Barbara, Chantal Goya, Dalida, Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Édith Piaf, Britney Spears, Lady Di, Eva Perón, Judy Garland, Greta Garbo, Madonna, Yvonne George, etc.). Par exemple, dans son autobiographie Le Ruisseau des Singes (2000), Jean-Claude Brialy dit sa passion pour la Dame au Camélia, Marie Duplessis, qui fut violée très jeune par son père, se prostitua, et mourut à 23 ans.

 

L’identification à la femme violée peut parfois être le signe d’un viol homosexuel (incestueux) vécu dans l’enfance : « Un soir que je passais dans un parc, j’ai entendu crier. C’était une fille qu’une gang de gars essayait de violer ! Je me suis aussitôt senti à sa place. » (François cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 173) ; « Oh mon papili, emmène-moi dans la forêt ! » (Guillaume, le héros bisexuel suppliant face à son père dans un rêve éveillé où il se prend pour une impératrice autrichienne, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; etc. Dans son autobiographie Antes Que Anochezca (1992), Reinaldo Arenas, le romancier cubain, illustre que son goût des femmes fatales médiatiques est à l’image d’un contexte familial troublé : « Le monde de mon enfance était un monde peuplé de femmes abandonnées. » (p. 20)

 

L’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias suffit, à elle seule, à prouver le lien coexistant entre le désir homosexuel et la reine carnavalesque violée (= intronisée puis détrônée) dans une forêt. Tout y est ! Lisez plutôt ces quelques morceaux choisis : « Elle a mis à chauffer la cire sur la cuisinière. Les pots ont explosé et le liquide brûlant a recouvert son corps comme une horrible robe dégoulinante. Elle a passé des mois à l’hôpital. Nous avons entendu son cri désespéré quand elle s’est regardée dans le miroir pou la première fois après l’accident. Nous étions à notre porte, sur la terrasse. Elle est rentrée comme une folle dans le poulailler et, pour se venger de sa tragédie, elle a égorgé, une à une, toutes les poules qui essayaient de s’envoler avec terreur. J’ai compris l’absurdité d’avoir des ailes sans pouvoir voler. Elle a fini par saisir le coq qu’elle a achevé avec les dents. Un nuage laissa filtrer les rayons d’une lune grise qui illumina le terrible visage monstrueux, ensanglanté par le sang du coq. Quelque temps après, elle est repartie. Elle a disparu dans la nature. Peut-être a-t-elle cherché dans la jungle la compassion des bêtes […]. Ce poulailler devint ma scène : il avait été le décor d’une véritable tragédie, je pouvais donc l’habiter de mes fantaisies. » (pp. 166-167) ; « On expliquait mal comment une si grande actrice [Cora Margot] était tombée dans une telle déchéance qu’elle fût forcée à promener son art dans un petit cirque de dernière catégorie qui n’avait même pas pu se payer un toit pour son chapiteau. » (idem, p. 304) ; « J’adore le Carnaval, les défilés, les carrosses, les chariots décorés. La seule chose qui me dérange, ce sont les types qui viennent pisser derrière nos arbres du trottoir. » (une des 3 tantes d’Alfredo, op. cit., p. 111) ; « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo s’adressant à sa grand-mère, op. cit., pp. 157-158) ; « Tu m’as surpris, le soir du carnaval. Je m’étais faufilé, en pleine nuit, à l’extérieur, encore en pyjama. Au-delà du terrain vague, brillaient les lumières du dancing où les gens s’amusaient. Je me suis arrêté dans la maison en ruine où vivait encore une vieille. Je me suis assis à côté d’elle en silence. Nous avons vu quelques masques se diriger vers le dancing. Puis mon attention fut attirée par des rires venus d’un petit cirque miteux. Sur la pointe des pieds, je me suis approché de la fenêtre d’une roulotte. La trapéziste avait une blessure entre les jambes. Le dompteur y enfonça une énorme chose. Elle criait, mais à l’évidence cela lui procurait du plaisir. Quand je suis rentré, tu m’as grondé. Je me suis endormi, j’ai rêvé que la trapéziste et le dompteur me découvraient, me tiraient par une jambe vers eux et me serraient entre leurs corps. Des cailloux chauds roulèrent dans mon sexe. » (idem, p. 157) ; etc.

 

Un certain nombre d’artistes homosexuels sont iconoclastes avec les icônes de la féminité qu’ils adorent. À mon sens, ils expriment leur jalousie de ne pas parvenir à être/de croire être elles. « Je me souviens de Copi jouant la Loretta dans un fourreau de Saint-Laurent et crachant ce texte en vingt-cinq minutes en avalant de la vodka. » (Christian Bourgois dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 7) Mais dans un second temps, paradoxalement, l’immolation de la star se veut aussi acte d’amour, de purification par le feu, prétend être une preuve que l’actrice détruite iconographiquement est immortelle… parce qu’elle résiste même aux flammes des langues et des spotlights !

 

LIBERTINE

 

On retrouve un lien entre l’homosexualité et la reine brûlée du carnaval à travers la figure de Jeanne d’Arc, ce travesti portant des habits d’homme et qui symbolisant l’androgynie (Marie-Christine Pouchelle, « L’Hybride », Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 80-81).

 

Enfin, je finirai par parler des liens étonnants qui existent entre l’homosexualité et l’été. Cette période de l’année est associée par certaines personnes homosexuelles à une phase d’incertitude, de flou artistique perturbant entre la réalité et la fiction, de fête carnavalesque qui finit mal, voire de viol : « L’été, c’est la période de liberté avant de rentrer dans la norme sociale. » (le présentateur de Yagg pendant l’Avant-Première du film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, au Cinéma Gaumont Opéra Premier de Paris, en présence de la réalisatrice, le 14 avril 2011) ; « État d’alerte dans de nombreux départements, la terre hurle de soif, les vignes crèvent sur pied, la forêt brûle, ça pue les vacances, les autoroutes puent le goudron et la mort, couscous parties dans les campings, les maisons de retraite sont des saunas. On appelle ça l’été, ce bonheur. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 158) ; « Au milieu de l’été de mes 15 ans, j’ai fait une tentative de suicide. » (Perry Brass, vétéran gay évoquant le harcèlement scolaire, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc. Pendant son concert Les Murmures du temps (2011) au Théâtre de L’île Saint-Louis, le chanteur français Stéphane Corbin ne cache pas son aversion pour l’été : « Depuis, l’été me rend triste. » ; « Saison d’été, les yeux mouillés. » Toujours dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, l’été renvoie à la prostitution et à l’inceste : « L’été est pervers ! s’est écrié Coco. Cette saison nous révèle les trésors insoupçonnés que l’hiver nous cache, sous les tricots, les vestes, les pantalons. » (p. 16) Par exemple, quand Alfredo s’adresse à sa grand-mère en ces termes (« Je crois que tu as menti, ce soir d’été. On est descendus sur la terrasse pour sentir la fraîcheur de la nuit et on a entendu une voiture s’arrêter. On s’est déplacés silencieusement pour espionner. On a vu le beau garçon, l’athlète qui faisait de délicats dessins de fleurs. Il faisait chaud. Il était presque nu dans la voiture. Sa peau brillait, recouverte d’une fine pellicule de sueur. Le conducteur de la voiture était un homme plus âgé, aux cheveux blancs. Ils se sont embrassés sur la bouche. Et tu m’as dit que c’était son père. », p. 165), celle-ci cautionne le viol et joue la politique de l’autruche comme le fait la reine du carnaval fictionnelle : « C’est vrai, un père qui aime profondément son fils. » Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa raconte son premier contact violent/fascinant avec la sexualité : il avait 13 ans quand il a vu un voisin des impasses du Bloc 14 se masturber : « C’était l’été, en plein été, août, le 7 août. […] Abdellah, fils de Ssi Aziz, se masturbait. » (p. 11) Plus tard, on l’entend associer son destin de femme vierge violée à une ambiance estivale brutale : « Je voulais dire beaucoup de choses. Des histoires secrètes. Des mots d’été chauds. Mes impressions, ce que ce petit chef m’inspirait, les torrents qu’il était en train de provoquer en moi. Le feu. Le sang. La glace. Le vent. Je voulais surtout qu’il sache que malgré tout ce qu’on disait sur moi à Hay Salam, ‘la petite fille’, ‘la poupée’, malgré tous les surnoms de trahison j’étais encore vierge. Vierge vierge. Vierge des fesses. » (pp. 20-21)

 

C’est l’été qui marque l’arrivée du Réel, et donc un réveil brutal pour les endormis. Comme le montrent les paroles du Christ, cette saison est le moment de la clarté embrasante de la Révélation apocalyptique de Dieu : « Jésus parlait à ses disciples de sa venue. Il leur dit cette 
parabole : ‘Voyez le figuier et tous les autres arbres. 
Dès qu’ils bourgeonnent, vous n’avez qu’à les regarder pour savoir que 
l’été est déjà proche. 
De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le 
royaume de Dieu est proche. 
Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas sans que tout 
arrive. 
Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » (Lc 21, 29-33)

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°135 – Oubli et Amnésie (sous-code : Trou noir)

Oubli

Oubli et Amnésie

 

NOTICE EXPLICATIVE

Alzgaymer

 

À force de voir dans les fictions homo-érotiques autant de personnages homosexuels atteints d’énigmatiques troubles de la mémoire, on a de quoi suspecter qu’il existe des liens forts entre amnésie et homosexualité, et plus fondamentalement entre irréel et homosexualité, entre viol et homosexualité. Dans leur cas, doit-on trancher entre la mémoire sélective ou l’oubli inconscient ? Non, car avec le désir homosexuel, on oscille constamment entre fantasme de viol et viol réel.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Fresques historiques », « Planeur », « Noir », « Déni », « Viol », « Faux intellectuels », « Funambulisme et somnambulisme », « Morts-vivants« , « Témoin silencieux d’un crime », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Sommeil », « Symboles phalliques », « Manège », « « Première fois » », « Aube », « Drogues », à la partie « Hypnotiseur » du code « Médecines parallèles » et à la partie « Hamlet » du code « Parricide la bonne soupe », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

a) La perte de mémoire :

OUBLI 1

Film « Amnesia – The James Brighton Enigma » de Denis Langlois


 

Dans les fictions homo-érotiques, il est souvent fait référence à l’oubli : cf. le roman Les Amnésiques (1995) d’Hervé Claude, le roman Fue Ayer Y No Me Acuerdo (1995) de Jaime Bayly, le film « Forgive And Forget » (2004) de Steve John Shepherd, le film « Saved By The Belles » (2003) de Ziad Touma, la chanson « Nobody’s Perfect » de Madonna (« I can’t remember… when I was young… »), le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino, le recueil de poèmes Donde Habite El Olvido (1934) de Luis Cernuda, le roman À la recherche du temps perdu (1913-1927) de Marcel Proust, le roman La Presqu’île des brouillards (1991) de Francis Robert, le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau (avec les trous de mémoire d’Orphée, qui fait l’expérience troublante de l’insomniaque descendant aux enfers), la chanson « Jalousies » d’Étienne Daho (« Profonde amnésie, tu ne te souviens même pas de qui je suis. »), le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix, la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, le film « Potains mondains et amnésie partielle » (2001) de Peter Chelsom, le film « L’Incroyable histoire vraie de deux filles amoureuses » (1995) de Maria Maggenti, le film « La Fenêtre d’en face » (2002) de Ferzan Oztepek, le film « La Ville » (1998) de Yousry Nasrallah, la nouvelle « L’Écrivain » (1978) de Copi, la chanson « J’ai des doutes » de Sarah Mandiano, le film « Avant que j’oublie » (2007) de Jacques Nolot, la chanson « Oups ! I Did It Again ! » de Britney Spears, la série télévisée humoristique Samantha Oups ! (2004-2007) de David Strajmayster, la comédie musicale Se Dice de Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec Elsa et ses trous de mémoire), la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho, le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta (avec le passage où Daniel, le héros homosexuel, commence toutes ses phrases par « Je me souviens… », sur un ton tellement endormi et automatique que son introspection ressemble plutôt à un assoupissement), le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le sketch de Belle-Maman de Didier Bénureau (souffrant Alzheimer, soi-disant), la chanson « Blur » de Britney Spears, le film « Khochkach » (« Fleur d’oubli », 2006) de Salma Baccar, la chanson « L’Oubli » de Michel Rivard, etc. Par exemple, dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari, il y a le livre Cultural Amnesia dans la chambre de la protagoniste lesbienne, Mnesya.

 

Souvent, le personnage homosexuel ou l’un de ses proches a une mémoire de poisson : « Je sais, j’ai pas de mémoire. » (une des héroïnes de la pièce Nationale 666 (2009) de Lilian Lloyd) ; « Je suis née très très loin. Où ? Je sais plus. » (Cherry, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « Comme vous l’avez probablement déjà soupçonné, je n’ai pratiquement plus de mémoire. » (le narrateur du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 9) ; « Toi ! Tu es encore tombée dans l’amnésie, crétine ! » (Joséphine à sa sœur Fougère, dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, p. 46) ; « Je ne sais pas pourquoi je suis ici. » (Franz dans l’appartement de Léopold, l’homme qu’il a suivi dans la rue, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Tu sais que j’ai pas de mémoire. » (le docteur Bosmans s’adressant à Jean, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « Mon voisin sur un coup de tête s’est jeté aux oubliettes. » (cf. la chanson « Mon Voisin » du Beau Claude) ; « Je ne me souviens jamais des titres, même des films. » (Vincent, le jeune héros homosexuel de la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Des légères pertes de mémoire… C’est pas grave. » (Richard, l’un des héros homosexuels du film « Lilting », « La Délicatesse » (2014) de Hong Khaou) ; « Le plus terrible quand on vieillit, c’est la mémoire. » (Ben, le héros homosexuel, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs) ; « T’as une mémoire de poisson rouge. » (Otis s’adressant à son meilleur ami gay Éric, dans l’épisode 2 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Saint Valentin » (2012) de Philippe Landoulsi, le jeune client de Valentin (un caissier de supermarché) fait semblant d’oublier toujours un article pour repasser à la caisse et le draguer ; Valentin ne se rend pas compte de son manège : « C’est bon, vous avez rien oublié ? » Dans le roman Quand as-tu vu ton père pour la dernière fois ? (2014) d’Alex Taylor, le père de 90 ans est atteint de la maladie d’Alzheimer. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Kai oublie quatre fois de rendre son CD à sa mère Junn. Elle ne l’écoutera qu’après sa mort. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol, l’héroïne lesbienne, oublie (de manière manifestement intentionnelle) ses gants dans le magasin de jouets de sa future amante Thérèse.

 

Copi, le dramaturge argentin, semble spécialiste du traitement du manque de mémoire ! Dans sa pièce La Journée d’une rêveuse (1968), tous les personnages oublient quelque chose : le « vrai facteur » égare ses souliers chez Jeanne ; Jeanne, elle, oublie des moments (« À vrai dire, je ne m’en souviens pas au juste. […] Je crois que j’ai perdu un moment. Est-ce que ça arrive ? de perdre un moment ? ») ; et un peu plus tard, toujours le vrai facteur affirme ne plus du tout se souvenir du « jour de la gondole ». Pareil dans la pièce La Pyramide ! (1975) : « Il [le fantôme du Rat] a perdu la mémoire, le malheureux. » ; « Vous avez encore perdu la mémoire ? » demande la Reine au Jésuite. On retrouve les pertes de mémoires dans une autre pièce de Copi, Loretta Strong (1978) : « Ma mémoire, ma mémoire, de quoi elle parle ? » s’interroge l’héroïne ; « Vous ne vous souvenez plus de rien ? Je peux toujours vous raconter votre histoire mais je ne vois pas à quoi ça vous avancerait, puisque vous n’avez plus de mémoire ! » dit Loretta à Linda. Dans la nouvelle « La Baraka » (1983), Madame Ada « est en pleine crise d’amnésie » (p. 45). Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986), la Comédienne zappe complètement son texte : « J’ai oublié la suite. Miloud, tu me souffles. On est page 9. » Dans la toute dernière œuvre théâtrale de Copi, Une Visite inopportune (1988), c’est Cyrille, le héros homosexuel, qui, à la veille de sa mort, se remémore difficilement certains épisodes de sa vie : « Une nuit de printemps dont l’année échappe à ma mémoire… »

 

L’amnésie est parfois l’autre nom donné à l’homosexualité, ce qui est logique car le désir homosexuel, étant donné qu’il éjecte le socle fondateur du Réel humanisant qu’est la différence des sexes, est un élan déconnecté du Réel, de la mémoire, de l’identité, de la vie. « Je crois que je t’ai aimé. Mais j’oublie. » (Anthony s’adressant à son ex-amant Scrotes, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) Par exemple, dans la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, c’est précisément quand Stan est en pleine amnésie qu’on le prend soudain pour un homo. Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Benoît, le héros homosexuel, dit être est en « mode ‘amnésie’ » : « C’est décidé, demain, j’arrête… de me réveiller. » Dans le roman Encerclement (2010) de Karl Frode Tiller, David est frappé d’amnésie.

 

L’acte homosexuel est souvent intrinsèquement lié au déni de celui-ci par l’oubli, donc à l’homophobie. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Peter a couché avec son pote Bernard un soir d’ivresse, mais « il a fait comme si rien ne s’était passé » : il devait être « tellement saoul qu’il ne se souvenait de rien ». Beaucoup de personnages homosexuels, par peur d’eux-mêmes et de la conséquence de leurs actes sexuels, jouent les amnésiques ou le sont vraiment. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Gabriel simule d’avoir oublié d’avoir embrassé Léo, à cause de l’alcool. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Nathan, le héros homo, n’assumant pas son baiser à Louis, déclare : « Je ne me souviens pas qui c’était. J’étais saoul. »

 
 

b) L’amnésie comme métaphore du viol :

Le personnage homosexuel a tendance à oublier, parce que précisément il a été jadis oublié, compté pour rien, peu aimé : « Ma vie fut celle d’être celui qui souffre et qu’on oublie. » (Cyrano de Bergerac dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « J’ai retrouvé ma mère. Le problème, c’est qu’elle m’a oublié. Pour rester avec elle, j’ai pris la place du chat. » (Bill, le héros de la pièce éponyme (2011) de Balthazar Barbaut) ; « Depuis que t’es parti, je fais de l’amnésie ! » (Vincent s’adressant à son amant Fabio, Dans l’épisode 96 « Trois anges valent mieux qu’un ! » de Joséphine ange gardien) ; etc.

 

OUBLI 2 Kaboom

Film « Kaboom » de Gregg Araki


 

Plus grave encore. On découvre que ses trous de mémoire « inexpliqués » sont souvent générés par un viol ou un choc violent : cf. la pièce A Streetcar Named Desire (Un Tramway nommé Désir, 1947) de Tennessee Williams, le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec Gabrielle, la femme faussement violée et faussement amnésique), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec les victimes d’une secte, ayant une mémoire très parcellaire et éclatée), le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock (dans lequel Marnie a enfoui le meurtre parricide), le film « L’Arbre et la forêt » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec les parcelles de souvenir des camps de concentration), le film « Giogino » (1994) de Laurent Boutonnat, etc. « Je ne me souviens pas de ce qui m’est arrivé. » (Graciela qui a perdu connaissance après s’être fait attaquer par un homme, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 52) ; « Marcel nécessitait encore de longues heures en réadaptation et beaucoup d’aide. Il fallait tout lui rappeler. Ses oublis se multipliaient. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 15) ; « Je n’aimais pas son haleine à l’odeur de bière et de cigarette. […] Quand j’ai été dans sa bouche, j’ai trouvé ça divin. J’ai oublié qui j’étais. » (le jeune Mathan parlant de sa première fois homosexuelle, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « J’ai tout oublié dans l’instant. » (Vincent s’adressant à son ex-compagnon Stéphane, qu’il a quitté et qu’il frappait régulièrement, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Jane resta allongée dans le noir, attendant l’oubli. » (Jane, l’héroïne lesbienne dénonçant le viol d’Anna, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 102) ; « Sa mémoire lui jouait des tours. » (idem, p. 231) ; etc.

 

Par exemple, à la fin du film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, l’amnésie de Catherine sera finalement expliquée par le choc traumatique du meurtre homophobe de Sébastien, son cousin homosexuel ; par ailleurs, les oublis de Mrs Venable (la mère de Sébastien) trouvent leur source dans l’occultation du rapport incestueux mère-fils : « Ah ! Ce manque de mémoire… ! Mon plus grand défaut ! » Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, sous l’effet de space cookies ingérés à une fête, Smith, le héros homosexuel, est plongé dans une drôle de rêverie amnésique : « J’ai perdu connaissance à mon réveil. » Cette rêverie fait suite à une scène de viols sur une femme rousse dans une forêt. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Hank, l’un des héros homosexuels, raconte le traumatisme de sa première aventure sexuelle avec un homme (il est parti de la ville où sa femme, enceinte, devait accoucher, pour lui être infidèle et vivre un « plan cul »)… puis il essaie de relativiser : « Je suis tombé sur un gars sympa. Je ne l’ai jamais revu ensuite. […] Ce qui est drôle, c’est que je ne me rappelle pas son nom. […] Après, ce fut plus facile. On s’améliore avec la pratique. » Dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, le personnage de Muriel a subi une lobotomie qui l’a transformée en amnésique : « Il paraît que l’on a sectionné dans ma tête une substance blanche… » Dans le roman A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana, Nemesio, suite au viol homosexuel qu’il a vécu, souffre d’amnésie. Dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, les enfants violés, qui deviendront homosexuels à l’âge adulte, sont tous amnésiques (certains remplacent même le souvenir du viol par la croyance aux extra-terrestres). Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Chloé, l’héroïne lesbienne, devient complètement amnésique après avoir subi un viol dans une forêt. Dans le film « Notre Paradis » (2010) de Gaël Morel, Angelo, un prostitué, est retrouvé inanimé par son futur amant Vassili au Bois de Boulogne, et a tout oublié des violences qu’on lui a infligées : « Je suis né il y a quelques jours dans un bois. Et tout qui s’est passé avant ça compte pas. » Dans le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1987) de Pedro Almodóvar, Pablo Quintero, après un accident de voiture qui l’a plongé dans le coma, se remet doucement du choc à l’hôpital, mais ne se souvient plus de rien. Il existe un lien entre amnésie et monstruosité. Par exemple, dans le film « Otto ; Or, Up With Dead People » (2007) de Bruce Labruce, Otto, un jeune zombi paumé, sans souvenirs, erre dans Berlin.

 

Le plus étrange, c’est que ce qui est oublié occupe quelquefois quand même tout l’espace psychique de la mémoire sensorielle et immédiate du héros homosexuel violé de façon obsessionnelle. Par exemple, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, a dirigé des fouilles archéologiques à Carthage pour le musée du Louvre, et a vécu là-bas sa première expérience homosexuelle avec un homme anonyme : « Il était grand, costaud. Je sais même pas s’il était beau. Je ne me souviens même pas de son visage. […] Les détails s’imposent à moi de façon démoniaque ! »

 

L’alliance/l’alternance paradoxale et fusionnelle entre l’amnésie et la mémoire – signe d’un désir schizophrénique ou d’une gestion de la différence des sexes particulièrement déséquilibrée et violente (donc hétérosexuelle ou homosexuelle) – est parfois représenté par un couple femme-homme dans lequel l’un d’eux dit ouvertement et inconsciemment ce que l’autre a oublié ou veut cacher. Par exemple, dans la pièce Macbeth (1606) de William Shakespeare, c’est Lady Macbeth qui avoue, lors d’une balade somnambulique, le crime oublié que son mari a perpétré. Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, les personnages qui se targuent d’avoir une très bonne mémoire (« J’ai une excellente mémoire. […] J’ai une excellente mémoire pour ce qui concerne les détails. » déclare Juan Domingo Perón) voit leur autre moitié schizophrénique répondre l’inverse (« J’ai encore perdu mes lunettes ! Où est-ce que j’ai pu les laisser ? » lui rétorque sa femme Evita). Dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, la Reine-mère et sa fille sont comme les deux moitiés androgyniques/encéphaliques d’un même désir divisant, niant les individualités : « Dès que ma fille n’est plus là, ma mémoire défaille. » Dans le film « Tell Me A Memory » (2010) de Jon Bryant Crawford, l’amnésie rejoint l’inceste puisque Jack tombe amoureux de Finny, un grand-père beaucoup plus âgé que lui, et qui a la maladie d’Alzheimer.

 

Capture d’écran 2013-09-01 à 16.13.52

B.D. « Femme assise » de Copi


 

L’homosexualité est parfois le masque commode ou la stratégie de survie employés par le héros amnésique pour occulter le viol dont il a été victime. « Vas-y ! J’oublie tout ! » (Maryline, l’héroïne bisexuelle violée par Gérard, dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas). C’est exactement ce que se passe dans le film « Amnésie, l’Énigme James Brighton » (2005) de Denis Langlois, où Matthew, un jeune Nord-Américain, est retrouvé nu et amnésique dans un parking du Vieux Montréal, avec la seule certitude d’être gay (on découvre en fait qu’il a été embrigadé dans une secte). Dans le roman Nouveau Départ (2011) de Yukari Yashiki, Katsuzô, le héros homosexuel, ne supportant plus que son amant bisexuel Tomoki ne soit pas tout à lui et aille voir aussi les femmes, l’assomme et le transforme en amnésique, pour qu’il s’homosexualise entièrement. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, sommé d’expliquer devant Madame le proviseur son étrange passion pour « l’imitation de chanteuses mélodramatiques décédées », prétexte le trou de mémoire : « Je n’en ai aucun souvenir puisque j’étais dans un état second quand c’est arrivé. »

 

Chez le héros homosexuel, l’oubli est parfois l’instrument du déni de la mort, de la violence, et de la souffrance ; ou bien l’instrument de son irresponsabilité et de sa complicité avec le mal : « Si vous saviez comme j’aimerais ne me souvenir de rien. » (la figure d’Anton Tchekhov, dans la pièce Anton, es-tu là ? (2012) de Jérôme Thibault, au Funambule de Montmartre, juin 2012, Paris) ; « Zut ! J’avais oublié que vous étiez mort ! » (l’Infirmière à Cyrille et à Regina Morti, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Moi, j’ai pas de mémoire. À chaque fois qu’on me fout en taule, c’est pour un truc dont je me souviens que dalle ; c’est là mon malheur. » (Mimile, le héros du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 62) ; « Mes spécialistes disent que j’ai pas de mémoire parce que j’ai reçu un éclat d’obus sur la tête quand j’étais dans la Légion, mais c’est faux, je n’en ai jamais reçu, c’est la seule chose dont je me souvienne. » (idem, p. 63) ; « Vous dites : cet été est si beau. On s’en veut de l’aimer tellement. Je dis : on oublie la guerre avec ce merveilleux soleil. La guerre, on ne sait plus ce que c’est. Vous dites : ce sont des choses épouvantables, les choses que vous dites, vous ne devriez pas dire de pareilles choses. Vous pensez comme moi. Vous oubliez la guerre. » (Vincent à la figure de Marcel Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 19) ; « Oublier, c’est revivre. » (cf. la chanson « Adieu » de Philippe Tailleferd) ; « Tu dis : je suis l’homme sans ascendance, ni fraternité, ni descendance. Je suis cette chose posée au milieu du monde mais non reliée au monde. Je suis celui qui ne sait pas d’où il vient, qui n’a personne avec qui partager son histoire et qui ne laissera pas de traces. Ainsi, quand je serai mort, c’est davantage que le nom que je porte qui disparaîtra, c’est mon existence même qui sera niée, jetée aux oubliettes. » (Marcel Proust à son jeune amant Vincent, op. cit., p. 101) ; « Ça va peut-être te choquer, mais cet attentat me rassure. À cause de son caractère exceptionnel. Parce que le hasard ne choisit pas que les drames. Je suis persuadé que nous nous rencontrerons, que dans très peu de temps […] nous oublierons que les tours tombent et que le temps passe. » (Christ parlant du 11 septembre à son amant Ernest, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, pp. 133-134) ; « Le visage de ma mère ? Je l’ai oublié. Parce que je n’avais pas le droit de me plaindre. Ce droit, aujourd’hui, je le prends. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 93) ; etc.

 

Il n’est pas rare que le héros homosexuel travestisse son déni de viol en ré-écriture « historique » : « Pourquoi j’ai l’impression que l’oubli est une forme de mémoire ? » (Maurice dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti) Il atténue ou relativise son passé douloureux en le jetant discrètement aux oubliettes. Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin aborde les blessures d’enfance dues à la mésentente de ses parents (« Pendant des années, j’ai été réveillé en sursaut par les cris de mes parents. Quand mon père rentrait bourré, c’était l’horreur… », p. 416)… mais tout de suite après, il nie, dans un optimisme forcé, qu’elles lui font encore mal : « Ce n’est pas important. J’ai envie d’oublier toutes ces choses qui hantent ma mémoire. » Un peu avant, Bryan, son compagnon, est tombé dans le coma suite à son accident de moto ; mais quand Kévin vient lui rendre visite à l’hôpital, et qu’il sort de son coma, il simule quand même l’amnésie pour faire une petite blague (« Ton petit numéro d’amnésique n’est pas drôle ! », p. 203).

 

OUBLI 3 - bougie

Film « Goldfish memory » d’Elizabeth Gill


 

L’amnésie dont parlent les fictions homo-érotiques ressemble à une errance identitaire, à une captation amoureuse diabolique, à un ravissement, à une soumission consentie. Elle a un nom : consentement au mal. « Je souffre de ne pas savoir quelle blessure vous me faites. » (le héros homosexuel à l’homme qui vient le draguer, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « J’en sais rien. J’ai pas de nom. » (Dick, le héros homosexuel violé, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Je sais à peine comment je m’appelle : Tourbillon de poussière. Peut-être qu’un vent m’a poussé çà et là. Je n’ai ni foi ni patrie. Je suis menteuse, ça oui, et je sais seulement que je mens. » (le narrateur du poème « Polvareda » de Copi) ; « Depuis que je t’ai rencontré, je ne sais plus quel est mon nom, je ne sais plus où vont mes pas. Que m’as-tu fait ensorceleur ? » (Raulito à son amant Cachafaz, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Profonde amnésie, tu ne te souviens même plus de qui je suis. » (cf. la chanson « Jalousies » d’Étienne Daho) ; « Dis que tu viens d’un monde effacé… monde de songe… » (Molina, le héros homosexuel à son amant Valentín, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979), Manuel Puig, p. 219) ; « Je suis dans ton ventre, je suis un fœtus, je m’oublie. » (Alice à son amante Elsa, dans le film « Alice » (2004) de Sylvie Ballyot) ; « Ces absences, tu les as toujours ? » (un amant de Dany, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; etc. Par exemple, dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny a peur de s’abandonner, et donc son futur amant Romeo lui apprend à faire « la planche » dans la mer : « Pour flotter, il faut lâcher prise et tout oublier. »

 

Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, on ne comprend pas pourquoi Paul, le héros, protège son agresseur, Dargelos, qui lui a pourtant jeté volontairement une pierre à la poitrine qui l’a assommée : une fois revenu à lui, il niera les faits en disant qu’il n’a reçu qu’une boule de neige et qu’il a tout oublié.

 

Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, l’oubli renvoie à la perte de personnalité engendrée par la fusion au sein du couple homosexuel, ainsi qu’au meurtre expiatoire destiné à empêcher cette fusion (Omar finira par tuer Khalid dans la forêt, pour lui ravir son identité et récupérer la sienne) : « Tu m’as ignoré, oublié, écarté. Tué. Tu ne m’as même pas regardé, Khalid, tu n’as même pas cherché à me prendre avec toi par les yeux. » (Omar, p. 132) ; « À l’intérieur de cette forêt noire, […] Khalid a eu une idée surprenante. Il oubliait visiblement, de plus en plus, qui il était et surtout qui était son père. La forêt juste devant nous, proche, très proche, la foule derrière nous, abandonnée, nous avons repris notre conversation à la fois sérieuse et folle. Et, cette fois-ci, c’était moi qui avais du mal à suivre, à être à la hauteur. » (idem, p. 123)

 

Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank est sujet à de drôles de trous de mémoire, qui agacent son analyste le Dr Apsey, parce qu’ils ressemblent à de la comédie et de la mauvaise foi : « Vos trous de mémoire se manifestent toujours aux moments les plus opportuns. » Et en effet, l’oubli indique un mensonge et surtout un acte de débauche : Frank avoue à son psy qu’il est allé dans un sex club : « J’ai baisé pour oublier qui j’étais. »

 

L’amnésie est, non sans raison, associée à la pulsion violente : « Est-ce qu’il y a dans la testostérone une substance amnésique ? » (Léa s’adressant avec misandrie à Lennon, le héros homosexuel, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2012) de Christophe et Stéphane Botti)

 

L’oubli en question est plutôt l’intention d’oubli face à l’impression à la fois douce et désagréable d’un éternel recommencement, d’un ennuyeux « déjà-vu » dans le libertinage. Bref, il est synonyme de lassitude, de sacrifice raté, de désespérance, d’enfer : « À la place de l’excitation d’une nouvelle rencontre, je ressens de l’abattement. Je regrette mon idée. C’est une fois encore la même chose, la même histoire, avec les mêmes protagonistes et la même inconnue d’avance. Ça ressemble à un épisode de Derrick. Un peu de drague cheap, son regard cheap, son regard triste, mes mains qui se perdent sur son corps, sa queue fine et dure, son cul humide, sa langue molle et son jus. La rencontre, l’amour, le vide intersidéral, les adieux lâches, l’oubli. » (Mike, le héros homosexuel vivant un ènième « plan cul », dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 60) ; « Qu’est-ce que j’ai fait de mes menottes, moi ? Ah oui ! Je les ai oubliées chez Hervé ! » (un ami homo du couple lesbien Kim/Alexandra, parlant de sa relation « amoureuse » sado-masochiste, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; « Si seulement je pouvais avoir le souvenir de ce qui nous est arrivé… » (Didier, le héros homosexuel par rapport à la « nuit d’amour » qu’il vient de vivre avec Bernard sous l’effet de l’alcool, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Je me sens si différent. Comme si avant, j’avais un corps mais j’étais pas dedans. » (idem) ; etc.

 

C’est parfois l’argent et la cupidité (autrement dit l’idolâtrie) qui aveuglent le héros homosexuel, qui lui font perdre la conscience : « Est-ce que le lecteur soupçonne que j’oublie ce que j’écris ? En tout cas bon débarras, un roman de plus, une avance de plus. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 155)

 

Le héros homosexuel n’est pas forcément passif par rapport à l’oubli et à l’effacement de mémoire : il rentre parfois dans leur jeu. Par exemple, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Pédé est un père démissionnaire, qui a abandonné sa fille Lou pendant 17 ans : « J’avais oublié cette enfant ! » Dans l’épisode 5 (intitulé comme par hasard « Oublier Paris »…) de la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, JP, le héros gay, incite sa meilleure amie Clara à avorter. Dans la pièce Un petit jeu sans conséquence (2012) de Jean Dell et Gérard Sibleyras, Patrick, le personnage homosexuel, « a provoqué l’Alzheimer de son grand-père ».

 

Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, l’amnésie occupe une grande place, et est moteur/écran du viol. Jean, l’un des héros homos, a de nombreuses absences : il oublie le gigot dans le four (« Oh, merde, j’ai complètement oublié ! ») ou bien la vinaigrette pour la salade de ses invités (« Oh, merde, j’ai oublié ! »). Finalement, les oublis des personnages annoncent soit des pulsions sexuelles obsessionnelles (« Tu parles peut-être de ma bite, enfin, de celle que tu as dans la tête. Va, oublie-moi, elle va bien ramollir dans ta mémoire, ma bite ! » reproche Luc à son amant Jean), soit des crimes affreux. Par exemple, Daphnée, après avoir tué son bébé d’une balle dans la nuque, est assaillie par les trous de mémoire, d’une part parce qu’elle rentre dans un processus de déni particulièrement pathologique, d’autre part parce qu’elle se drogue énormément (elle est sous acide) : « Oh, j’avais oublié qu’elle était morte ! » ; « Oh, mon Dieu ! que c’est dur de descendre après l’acide. J’ai le cerveau en marmelade ! »

 

Dans le roman Le Bal des folles (1977), toujours de Copi, le narrateur homosexuel se décrit comme un écrivain apathique, sans inspiration, sans désir, souffrant de « crises d’amnésie » (p. 137), ayant « l’air absent » : « J’oublie tout ce que j’écris. » (idem, p. 9) ; « Je ne me souviens plus de ce que j’ai fait ces quatre derniers jours. » (idem, pp. 133-134) ; « Je suis devenu amnésique, c’est ça qui est ennuyeux. » (idem, p. 136) Pour tuer l’ennui, il raconte qu’il commet des crimes odieux, qui sont tellement teintés d’amnésie qu’on finit par comprendre qu’ils sont fantasmés. « Enfant des rues, il est habitué au tourisme. Plus amoureux de moi qu’il ne le croit, il a besoin de mon regard pour vivre, je suis déjà son assassin. Enfin, assassin c’est un grand mot, je ne sais pas encore que je vais le tuer, il ne sait pas que je peux l’oublier. » (idem, p. 23)

 
 

c) J’ai un trou… :

OUBLI 6 Femme assise

B.D. « Femme assise » de Copi


 

En lien avec la perte de mémoire, et aussi avec le trou naturel de la sexualité porteuse de vie (à savoir le vagin ; pas trop le nombril), on remarque que les allusions à un certain « trou (noir) » sont nombreuses dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « Ô trouble » (1998) de Sylvia Calle (avec le trou noir considéré comme un sujet de conversation hétérosexuel excluant les homos), le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis, la chanson « Le Trou de mon quai » des Charlots, le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec la tanière des rats qui les rend invisibles), la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi (avec les puits creusés dans le sable), le film « Garçon stupide » (2004) de Lionel Baier (avec l’entrée effrayante de la grotte, à la toute fin), la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez-Arcos (avec la grotte), le film « Le Trou aux folles » (1979) de Franco Martinelli, le film « Y’a plus de trou à percer » (1971) de J. Johnsone, la B.D. Kiwi au paradis (1999) de Teddy of Paris, le dessin Le Trou de l’œil (1965) d’Endre Rozsda, la chanson « Les Crises de l’âme » de Jeanne Mas, le film « Le Trou » (1960) de Jacques Becker, le film « Le Maillot de bain » (2013) de Mathilde Bayle, etc.

 

« Oh pardon, j’ai un trou ! » (l’Assistante dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’veux juste m’enfuir dans un désert et creuse un trou dans une dune. » (Hubert, le héros homosexuel, s’adressant à sa mère qu’il cherche à fuir, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Moi, j’ai toujours la même place : un gros trou que j’ai creusé dans le sable et où j’ai installé quelques effets personnels et même un phonographe à piles. » (le narrateur homosexuel du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 52) ; « La balle est passée de l’autre côté du meuble. Voilà le trou. » (Copi, La Tour de la Défense, 1974) ; « Alors, Dieu, vous avez fait un bon voyage ? Pas trop d’encombrements dans les trous noirs ? » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’bouche les trous, j’suis un vrai bouche-trous. » (Line, le présentateur travesti en bourgeoise, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Dans la vie, tout homme sort d’un trou pour finir dans un autre. » (la psy dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Tu croyais la tenir, roturière, la couronne, tu te la fous dans ton trou ! » (Fifi s’adressant à l’héroïne lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ce n’était point un trou à rats. » (cf. la chanson « Chroniques d’une famille australienne » de Jann Halexander) ; etc. Par exemple, dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, Sylvie est définie par David comme un « trou normand ».

 

Mais cette référence au trou noir n’est généralement pas positive. Elle dénote au contraire d’une conception négative de la mémoire et de la sexualité humaine, et renvoie parfois directement à la mort : « Elle a un trou de balle dans la nuque ! » (Jean oscultant le cadavre de la petite Katia, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Je vais chercher le chalumeau et je vais te faire un trou grand comme ça sur le front, tu vas voir ! » (Goliatha s’adressant au frigo, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « À la verticale de ma fenêtre, le trou bée sous moi comme un tombeau ouvert. » (Laura dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 201) ; « Tu rêves d’un trou dans lequel on s’enterre pour ne plus être que deux. » (Robert parlant à son frère Louis, dans la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Là où j’étais et fus toujours, je ne serai plus, je serai loin, caché dans les grands espaces, dans un trou, à me mentir et à ricaner. » (Louis dans la pièce Juste la fin du monde (1999) de Jean-Luc Lagarce) ; « Ils [les penetrators violeurs] avaient des gants. Ils peuvent te faire disparaître. Comme dans un trou noir. » (Dick, le héros homosexuel violé, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Va draguer autour des gares ! Ici, ce n’est pas ton trou ! » (Fifi, le travesti clochard s’adressant à Pédé, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’ai froid, je me sens sac vide, je tombe en arrière, m’enfonce dans le mou du lit, et perds connaissance dans un trou noir. » (le narrateur dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 114) ; « Je vais tout de même pas me faire enculer sous prétexte que c’est un ami. […] Il s’agit de mon trou du cul. Et mon trou du cul, j’ai pas envie de le transformer en entrée de métro. » (Michel Blanc dans le rôle d’Antoine, dans le film « Tenue de soirée » (1986) de Bertrand Blier) ; « On broie du noir. On va finir dans un trou noir. » (Didier, le syndicaliste du one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) ; « Comme j’étais mal et que j’avais envie de chialer, je suis parti en roulant très vite. Après, c’est le trou noir. » (Bryan à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 205) ; « Si je pouvais creuser un trou par terre pour que personne ne me voie, je le ferais. » (Patricia, l’héroïne lesbienne du film « P.A. » (2010) de Sophie Laly) ; « Je ne suis rien. Je suis une absence. Une lacune. Un trou noir. » (Nina, l’héroïne lesbienne dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Ça te fait peur, toi, les trous noirs ? » (Wilfried Tuche, le héros homo refoulé, allongé sur la plage avec son pote Raphaël qu’il drague, dans le film « Les Tuche » (2011) d’Olivier Baroux) ; etc.

 

Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel raconte que les gays adorent organiser des soirées déguisées à thèmes, et que ses amis sortent à cette occasion leur « trou », c’est-à-dire leur mauvaise part cinématographique d’eux-même : « Et le trou. Eh ben oui. Tous mes copains ont une sœur maléfique. »
 

Dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, Gabrielle, l’une des deux héroïnes lesbiennes, creuse un trou noir dans son jardin pour y enterrer ses journaux intimes : « Elle jette dans le trou ses cahiers toilés, ses carnets intimes, des lettres de Marc. Elle jette ses années de jeune fille, de femme, de mère… » (p. 124) Dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, les puits de poules servent de tombeaux pour les chiens. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Harper parle souvent du trou de l’ozone.

 

Le trou noir semble figurer ce passage de l’inconnu sexuel qui fait peur : « Au fond, seule issue protégée par une barrière extensible, un escalier en colimaçon grimpait jusqu’au grenier. J’attendis que les employés bleus eussent atteint le point le plus éloigné de leur boustrophédon, et le trou béant m’engloutit à mon tour. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Au Musée » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 109) ; « Je ne veux pas mourir assassiné par une femme. J’ai passé ma vie à fuir les femmes ! […] Quand je quittais la scène, elles m’attendaient en coulisse par grappes ! Parfois elles montaient par le trou du souffleur ! » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Dès les dernières scènes, j’ai toujours attendu avec impatience la fin d’un spectacle. Je voulais me débarrasser au plus vite de mon personnage. Quand le rideau est tombé, avant de regagner votre loge, il y a un instant où vous n’êtes personne. C’est un plaisir inimaginable. Je vais essayer de me faufiler dans l’au-delà par l’un de ces trous noirs. » (idem) Par exemple, dans le film « Alice In Wonderland » (« Alice au pays des merveilles », 2010) de Tim Burton, le trou noir représente clairement la peur du mariage et de la sexualité.

 

Ou bien il s’agit du trou noir du voyeurisme. Dans le film « Une si petite distance » (2007) de Caroline Fournier, Camille découvre un petit trou dans le mur de sa salle de bain par lequel elle peut voir sa voisine nue en train de prendre son bain. Idem dans le film « Psycho » (« Psychose », 1960) d’Alfred Hitchcock, avec Norman Bates, l’inverti refoulé, espionnant par le trou de ses murs Marion Crane en train de se déshabiller. Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, l’héroïne lesbienne, raconte « l’épisode du trou » (p. 142) que ses deux bonnes et elle percent dans le mur de sa chambre afin d’y fixer un miroir à travers lequel elles peuvent satisfaire leur voyeurisme : « Le trou se présentait à nous parfaitement rectiligne, et la bonne en était très fière. Elle se proposa d’aller chercher le miroir et de le tenir à la place que nous avions prévue afin que nous puissions voir l’effet qu’il faisait. » (p. 140). « Comme prévu, la bonne posa le miroir sur l’orifice, côté chambre. » (p. 142) ; « Marie décrocha la gravure que nous avions accrochée devant notre ‘trou’. » (p. 151)

 

D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle le trou noir se rapporte souvent à un contexte prostitutif (cf. je vous renvoie surtout à la partie « Pute borgne » du code « Regard féminin » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Change de trottoir ! Le mien est piégé. Sors du trou noir, je fais mon métier ! J’ai peur de rien. Je suis une femme pressée ! » (cf. la chanson « Une Femme pressée » des L5) ; « Le trou sera tout élargi pour nous. » (un homme en parlant de la prostituée, dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « Je sortirai de ce trou de ta mémoire où tu m’as jeté on ne sait quel jour, trou noir à l’envers de quoi j’ai plongé dans ma nuit la tête en bas. » (Vincent Garbo à Carole « la salope », dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 79) ; etc. Je vous renvoie également au film « Punition en uniforme, le chevillage au carré pour trou rond » (1991) d’Hisayasu Sato, au film « Les Rencontres d’après-minuit » (2013) de Yann Gonzalez (où l’Adolescent, faisant partie d’une orgie, est borgne comme un pirate), ainsi qu’au film « Le Trou noir » (1997) de François Ozon (avec la prostituée borgne qui fait une fellation à son client avec l’orifice de son œil manquant… en lui chantant la Marseillaise…). Dans le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley, le trou de balle de Nathan est au centre de l’intrigue : on croit au départ que c’est un furoncle, puis on se demande si ce n’est pas une piqûre d’araignée… Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, Gwendoline, à 16 ans, se retrouve à tourner son premier film porno « Danse avec mes deux trous ». Dans le roman La Dette (2006) de Gilles Sebhan, le narrateur dit que les Arabes le « trouent ». Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Julien, en couple avec Yoann, est sujet à des « trous noirs » parce que sa belle-mère le drogue, pour le violer et le photographier dans des situations compromettantes : « Le trou noir… le trou normand, oui. » grommelle Yoann.

 

L’acte sexuel est comparé à l’intrusion d’une épingle dans une image, ou d’une perceuse dans un mur, ou du pénis dans un autre trou corporel que le vagin (en général l’orifice de l’œil… ou bien l’anus ; rarement le nombril) : « C’était rapide comme un jingle pub et maladroit comme tous les hommes la première fois où ils tiennent une perceuse dans les mains. On essaie de trouer mais il faut juste ne pas commencer comme ça, tout de suite, à vouloir retaper tout le garage. » (une jeune femme dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « La bite espagnole joue avec nos nerfs pour qu’on y aille et quand on y est, décapitation, paf dans l’œil ! » (la Comtesse Conule de la Tronchade dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Son nombril était profond et sentait un peu le cul. […] Je n’ai jamais entendu parler d’un nombril pareil, je pense que c’était une monstruosité de la nature. » (le narrateur homosexuel parlant du trou noir de son amant Pietro, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 40) ; « Esteban a fini par taper à l’aveugle par taper à l’aveugle, un bras après l’autre, pesamment, de plus en plus vite, et puis les autres aussi s’y sont remis en m’insultant, et puis après ça a été le trou noir. » (Mourad, l’un des deux personnages homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 341-342) ; etc.

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, raconte le vide existentiel qu’il expérimente du fait de ne pas connaître son père biologique, vide s’originant vraisemblablement dans la conduite de prostituée de sa mère, Glass, enceinte d’un homme à 16 ans (elle se définit elle-même comme « Bitch » : « pute » en anglais… donc comme un vulgaire trou) : « Et aujourd’hui ? C’est normal de ne rien savoir sur notre père, le mystérieux numéro 3 de la liste. Pour moi, ça restait un vide étrange. Un trou noir. Comme si le vide en moi prenait des couleurs. » Ce trou noir (on comprend que c’est le vide paternel et le vide généalogique) obsède Phil : « Pourquoi ce foutu trou noir me mine à ce point ?!? Comment quelqu’un peut te manquer, alors que tu ne le connais pas ? »
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) La perte de mémoire :

OUBLI 4 Mylène

Mylène Farmer, en plein forme


 

Le motif de l’amnésie n’est pas qu’un cliché fictionnel. Il peut renvoyer à certaines réalités du désir homosexuel. On peut déjà constater que le thème de l’oubli occupe toute l’œuvre de Manuel Puig, Copi, Tennessee Williams, Elia Kazan, Alfred Hitchcock, etc. On le retrouve aussi dans le « milieu homosexuel » : par exemple, L’Amnésia est un café qui se trouve au cœur du quartier homosexuel français du Marais, rue Vieille du Temple, à Paris.

 

Chez les personnes homosexuelles, l’oubli est à la fois inconscient et recherché. Difficile de trancher entre les deux… car c’est souvent les deux ! : « Lorsque j’écris un roman […], il s’écrit presque tout seul, après quoi je l’oublie, car je ne garde pas en mémoire mes romans. » (Copi, le dramaturge et romancier argentin, cité dans l’article « Copi : ‘Je suis un auteur argentin même si j’écris en français’ » de Raquel Linenberg, sur le journal La Quinzaine littéraire du 16 janvier 1988) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 

Dans mon entourage amical homosexuel, j’ai déjà constaté à diverses reprises que certains amis avaient une vraie mémoire de poisson, alors que par ailleurs, cela ne les empêchait absolument pas d’être très drôles et d’avoir un cerveau qui fonctionne très bien ! En fin de compte, la question de l’amnésie homosexuelle ne concerne pas l’intellect, mais bien le cœur (par conséquent l’intelligence, le désir). Le désir homosexuel étant un manque de désir, il interfère donc sur la mémoire.

 
 

b) L’amnésie comme signe du viol ou fantasme de viol :

L’oubli chez les personnes homosexuelles peut être la marque d’un non-amour de soi, de fuite de sa réalité, précisément parce que jadis elles ont été oubliées, comptées pour rien, peu aimées : « Quelque chose d’étrange en moi les touchait. Mon absence au monde. L’oubli de mon corps. Mes 50 kg. Mon effacement progressif. […] On ne m’avait donc pas complètement oublié malgré mon désir de disparaître, devenir invisible. […] J’avais oublié mon corps. Je ne mangeais presque plus. J’étais maigre et je le suis resté longtemps. Longtemps. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 59-60) ; « C’était tellement horrible que j’ai préféré oublier. » (un jeune témoin homo étant tombé sur un get-apen tendu par un groupe de caïds qui se sont faits passer pour un amant sur un site de rencontres, dans le reportage « Homo en banlieue : le combat de Lyes » de l’émission Envoyé Spécial, diffusé sur France 2, le 7 février 2019) ; etc.

 

Plus grave encore, il est connu que l’amnésie intégrale fait généralement suite à des faits très traumatiques comme des chocs violents (accident, confrontation subite à la mort, forte émotion), ou le viol et les abus sexuels : « J’étais dans ma deuxième vie. Je venais de rencontrer la mort. J’étais parti. Puis je suis revenu. Je courais. Je courais. Vite, vite. Vite. Vite. Vers où ? Pourquoi ? Je ne le sais pas pour l’instant. Je ne me rappelle pas tout. Je ne me rappelle rien maintenant à vrai dire. Mais ça va venir, je le sais. » (cf. les toutes premières lignes de l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, quand il raconte comment il a survécu à une électrocution étant enfant, p. 9) ; « Plus tard, à l’approche de la première lumière qui annonce le grand jour, je me retrouvais dans sa chambre sans trop savoir pourquoi. Sa forte ombre qui tournait autour de moi bourdonnait des mots incompréhensibles, tel un chanteur aux mâchoires serrées. […] La sensation de beauté qui m’avait ébloui la veille, laissa la place à un visage banalement masculin, pas nécessairement très beau mais sexy, avec un air d’ivresse dans les yeux. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 66-67) ; « ‘Tu m’appartiens désormais, me dit-il’. C’était des mots d’homme, des mots possessionnels et j’en avais la cognition. À seize ans, je n’étais plus le même. J’avais soudainement comme une impression de vide, ce vide qui semblait être ma mort et mon humiliation. […] Qu’étais-je devenu, pour un jour, une nuit, toute une vie ? » (idem, p. 70) ; « Ce qui est arrivé, oublie-le. Je ne tiens pas à ce que cela se sache et encore moins à ce que tu le prennes comme la naissance d’un amour véritable. Vous êtes ‘toutes’ les mêmes. » (un ex-amant parlant à Berthrand Nguyen Matoko du viol qu’il lui a fait subir, op. cit., p. 72) ; « Je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé. Ce sont mes agresseurs qui ont raconté. […] J’ai, Dieu merci, souvenir de rien. » (Bruno Weil, jeune homme homosexuel passé à tabac par quatre hommes qui l’ont laissé pour mort, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Je me souviens de pas grand-chose. Mes souvenirs sont troubles de cette nuit-là. » (Wilfred, homme homosexuel de 39 ans tabassé par un groupe d’hommes homophobes, idem) ; etc.

 

Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Romain demande à ses amis homos séropos quelle a été leur pire expérience sexuelle. Seul Mateo répond en boutade : « Ma pire expérience sexuelle ? Je sais pas. Y’en a eues tellement ! » Il raconte plus sérieusement qu’il a été violé à l’âge de 15 ans, dans un bar gay, par « un type qui avait mis une saloperie dans son verre ». Il avoue que sur le coup qu’il ne se souvenait plus de rien.
 

L’homosexualité devient parfois le masque pratique employé par certains individus pour occulter le viol dont ils ont été victimes. « J’ai choisi d’oublier et de ranger dans une petite boîte de mon cerveau tout ce qui était arrivé pendant mon adolescence. […] Arrivé à ce point de ma vie, j’accepte et je suis même content d’être gay. » (André, 33 ans, sodomisé sauvagement par son père à l’âge de 13 à 16 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, pp. 130-131) ; « De fait, quand j’essaie de me rappeler les années où j’étais au collège, je me rappelle seulement de ma main sur d’autres garçons, rarement et seulement s’ils me le demandaient, mais je ne me rappelle de la main d’aucun d’entre eux sur moi. […] Quand je me rappelle de cette époque, je me vois comme un jeune garçon innocent. » (J. R. Ackerley, Mon Père et moi (1968), sur le site www.islaternura.com); « En fait, j’étais très jeune et aussi très expérimenté, et je l’aurais… Bon, je sais pas… C’est d’ailleurs quelque chose dont je ne me souviens même pas, que j’ai complètement évacué de ma mémoire, en fait. Quelque part aussi, je n’ai sans doute pas opposé de résistance absolue. D’ailleurs, j’en aurais été incapable, parce que physiquement, c’est quelqu’un qui était beaucoup plus fort que moi. Et ça m’a laissé un très mauvais souvenir sur le moment. Ça m’a dissuadé de… recommencer ce genre d’expérience sur la base du volontariat… pendant quelques temps. » (Pierre, homme homosexuel parlant de son violeur, cité dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 182)

 

Il n’est pas rare que certaines personnes homosexuelles jouent l’amnésie pour jeter discrètement leur passé douloureux aux oubliettes, et aussi pour se laisser aller à un train de vie de débauche, sans liberté ni sens, où les amants s’oublient et s’utilisent l’un l’autre tacitement : « Je ne sais pas. Je n’ai jamais su. Vivre. Trop dur. Trop de malheur. Tout est de ma faute. Non pourtant. Oublier. Vider la tête. » (Guillaume Dustan, Nicolas Pages (1999), p. 15) ; « J’aimerais partir. Ne rien faire. Pour tout oublier. Devenir sage. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; « Pendant toute une nouvelle période, je courus de nouveau les aventures, cherchant surtout à oublier et à me faire oublier. » (Jean-Luc, homme homosexuel de 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 108) ; « C’est comme un objet qu’on pose sur une table. Des fois on oublie qu’il est là. » (un témoin homosexuel parlant d’un amant, dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Par la suite, j’ai eu des oublis par rapport à mon enfance et tout ce qui s’est passé à ce moment-là. […] Toute cette période, je l’ai effacée. Je n’ai pas de notion de temps. […] Ça n’a pas été un souci pour moi. […] J’ai quelques séquelles de tout ça, même si je l’ai toujours bien pris et que ça se passe très bien… mais j’ai des séquelles dans ma vie de femme. Et ça, par contre, je peux pas vraiment en parler avec lui. Pour moi, tous les hommes sont un peu homosexuels, donc c’est un peu compliqué tous les jours. » (Amandine, femme quarantaine qui, à 19 ans, a appris que son père était homosexuel, et qui raconte son histoire – proche finalement de l’inceste – dans l’émission Toute une histoire spéciale « Mon père est parti avec un homme » diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013)

 

Nul n’est passif par rapport à l’oubli. Parfois, on entend des individus homos rentrer dans le jeu de la destruction de la mémoire. « J’ai vu ses beaux yeux bleus, en effet, et j’ai fait comme tout le monde : j’ai oublié la démocratie. » (Philippe, l’ami de Pascal Sevran, prenant la défense du beau dictateur de Syrie, dans l’autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006) de Pascal Sevran, p. 90) Pour compléter, je vous renvoie bien évidemment à un des codes les plus importants de ce Dictionnaire des Codes homosexuels, c’est-à-dire celui du « Déni ».

 
 

c) J’ai un trou… :

Le trou noir évoqué par certaines personnes homosexuelles, bien plus encore qu’une perte de mémoire, renvoie à une sacralisation du vide : « Ce trou-là, personne n’en parle alors que tout le monde le vit. » (Céline Sciamma, lesbienne, parlant de la période Sida, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) ; « La conversation s’engage. Une conversation pleine de trous. Parce que, quand l’interlocuteur a envoyé sa réplique, s’ensuivent deux ou trois dessins où ça ne cause pas. […] On voit bien que ça pense, là-dedans. Copi a des silences éloquents, dirai-je. […] Déconcertant, voilà. Copi est déconcertant. » (Cavana parlant de la Femme assise (2002) de Copi) Par exemple, dans son article « Deux Copi, conformes au maître » publié dans le journal Libération le 31 décembre 1999, René Solis propose aux spectateurs de « se faufiler dans l’au-delà par un de ces trous noirs » indiqués par le dramaturge homo Copi. Dans le documentaire « Viol : elles se manifestent » (2014) d’Andrea Rowling-Gaston (où plusieurs intervenantes sont lesbiennes), certaines femmes ont été violées dans une clairière ou une forêt, ou parlent d’un « trou noir ».

 

Et comme je l’ai évoqué plus haut, ce trou noir symbolise aussi plus profondément la mort, et une peur/diabolisation excessive de la sexualité (cf. je vous renvoie surtout à la partie « Pute borgne » du code « Regard féminin » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Elle était petite de taille, sans âge et portait des habits noirs. Elle était sans doute une mendiante et elle avait hérité d’un certain pouvoir. Elle savait faire. Elle savait toucher. […] Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité. […] Et enfin, de sa main droite, elle a bouché mes narines. Plus d’air. Le grand sommeil. Le noir paisible. […] La dame en noir a lâché mon nez et de sa bouche a soufflé sur moi. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 93-94) ; « Je l’ai fait. Je savais ce que je faisais. J’ai fait avec ce garçon ce que je n’ai jamais fait avec toi. Des gestes nouveaux. Des pratiques nouvelles. Du danger. Une grande violence. Le noir autrement qu’avec toi. » (Abdellah Taïa racontant ses infidélités à son amant régulier Slimane, op. cit., p. 122) ; « Je laissais couler le temps dans mes pensées pour me retrouver tranquillement dans les bras de ma mère. Nous vécûmes ainsi pendant longtemps avec des accents de surréalisme, comme quand on entre dans un tunnel et que l’on ne sait pas si, on va en ressortir vivant. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de sa relation incestuelle avec sa maman, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 14) ; etc.

 

Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Celia, la conservatrice de musée, recherchant avec Bertrand la représentation de la monstruosité dans les chefs-d’œuvre de la peinture, souligne pour elle « l’importance de la trouée » : elle dit qu’« il y a toujours un trou d’air » chez le monstre.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°149 – Première fois

Première fois bon

Première fois

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

La première fois homo : caractérisée par l’absence de liberté et de Réel

 

C’est curieux comme l’initiation homosexuelle, même dans des créations artistiques qui veulent donner une bonne image de l’homosexualité, se passe dans la douleur et l’absence de liberté.

 

Quand on écoute les personnages homosexuels fictionnels – et beaucoup plus d’individus homosexuels réels qu’on n’imagine – raconter leur « première fois homosexuelle » (premier baiser, premières caresses, premier coït, coming out), on est saisi de voir que pour eux, ce n’est pas une partie de plaisir, agréable et apaisée. Tout le contraire ! Ils sentent inconsciemment qu’en actes, ils s’éloignent du Réel, et que cette fuite est amère, qu’elle les catapulte dans un rêve éveillé qui corporellement semble répondre à la perfection à leurs attentes, mais qui dans leur cœur les blesse et les rend tristes.

 

Ils nous racontent par exemple qu’ils ont pleuré juste après avoir reçu leur premier baiser homo… bien qu’ils n’aient révélé leur curieuse réaction à personne, en croyant que c’était eux seuls qui avaient un « problème », un sursaut « injustifié » de culpabilité, qu’il n’y a pas de baiser spécifiquement « homosexuel » mais des baisers d’amour tout court. Ce réflexe de tristesse nous dit bien que le désir homosexuel n’est pas un désir uniquement d’amour, mais également un élan violent, même si sa violence est juste devinée, atténuée par le jeu ou l’euphorie des sens, et ré-écrite positivement a posteriori dans le rose sucré (de la sincérité, de la passion, des sentiments, de l’excitation face à la nouveauté) ou carrément dans le noir (de la gravité d’un sacrifice d’amour brutal et désespéré – dans le sens salafiste du terme « sacrifice » -, de l’orgueil gay militant et volontairement « dérangeant », de la comédie relativiste de la Drama Queen).

 

Non pas que la « première fois » amoureuse soit tellement plus réussie chez les personnes hétérosexuelles (ce n’est mieux que chez les couples femme-homme aimants, qui, eux, ont pris le temps de se choisir pleinement et de respecter le Réel) qui vivent aussi le premier baiser ou le premier coït comme une souillure, un mauvais moment, une déception.

 

Avant la publication de mon tout premier livre (sur les liens non-causaux entre homosexualité et viol), j’avais entrepris de récolter des témoignages de personnes homosexuelles dans le Marais, à Paris, en les interviewant sur leur « première fois » homosexuelle (premier émoi, premier regard, premier baiser, premier flirt, premier grand amour, première coucherie, etc.), car je sentais que dans l’initiation à l’acte homosexuel, il se passait quelque chose de pas normal, qui me mettrait sur la piste du viol. Je me suis vite rendu compte que le projet était trop audacieux et qu’il tournerait court, car lors des interviews, je me heurtais au même refus, chez mes témoins, de vraiment revenir sur les faits et sur leur « première fois ». D’emblée, ils enchaînaient sur le Grand Amour qu’ils souhaitaient trouver (sans trop y croire…) dans les aventures qui précédaient leur première fois. Mais bon, finalement, c’était une confirmation que la piste du mauvais souvenir était quand même la bonne ! Et puis les témoignages des amis sont finalement venus tout naturellement.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Coït homosexuel = viol », « Amant diabolique », « Amant triste », « Violeur homosexuel », « Symboles phalliques », « Moitié », « Viol », « Liaisons dangereuses », « Fusion », « Déni », « Manège », « Appel déguisé », « Jeu », « Douceur-poignard », et à la partie « Langue au chat » du code « Amant diabolique », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

1 – PETIT « CONDENSÉ »

Film "High Strung" de Roger Nyard

Film « High Strung » de Roger Nyard


 

Il semble que, dans le rapprochement amoureux homosexuel, le passage violent du mythe à la réalité fantasmée s’initie bien avant le passage à l’acte génital et la pénétration anale ou vaginale. Le viol se limite au simple baiser sur la bouche. Quand on écoute certaines personnes homosexuelles raconter leur premier baiser homosexuel, on les trouve bizarrement peu enthousiastes. Elles ne sont ni dégoûtées, ni amusées, mais juste fascinées par un geste qu’elles situent davantage sur le terrain de la science-fiction que sur celui de la beauté mémorable. Il leur a souvent laissé une impression de catapultage forcé dans un monde inconnu, paranormal. « Nous nous sommes embrassées, et j’ai su que ma vie avait basculé. J’ai été projetée d’un monde à l’autre. J’ai été poussée. » (Corinne, intervenante lesbienne  mimant le mouvement de projection violente vers l’avant avec la main, dans l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) C’est comme s’il faisait passer brutalement du fantasme à la réalité fantasmée en entravant une liberté. Relativement nombreux sont les sujets homosexuels qui ont fondu en larmes quand ils l’ont reçu. Même dans les fictions, nous voyons quelques exemples de ce surprenant « baiser-homosexuel-qui-fait-pleurer ». « Et voilà que je pleure, sans expliquer pourquoi. G. me regarde avec une douce interrogation. Que lui dire ? Que je ne l’aime pas ? Ce n’est pas vrai. Aimer, c’est si facile. Que je l’aime moins ? Ce n’est pas vrai non plus. C’est autrement, voilà tout. Je pleure parce que je cède à mon désir de caresses. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), pp. 47-48) Il est parfois clairement associé au viol (cf. « Yossi et Jagger » (2002) d’Eytan Fox, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, etc.). Le baiser homosexuel peut avoir la violence d’une caresse dénuée d’amour, comme le décrit Stefan Zweig dans son roman La Confusion des sentiments (1926) : « Ce fut un baiser comme je n’en avais jamais reçu d’une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri mortel. » (p. 126)

 

Bien souvent, l’initiation à la génitalité homosexuelle est vécue comme un traumatisme. Il n’est pas anodin que les artistes homosexuels traitent régulièrement des « premières fois » dans leurs créations. Même si les personnes homosexuelles n’ont pas le monopole du viol ou du fantasme de viol – beaucoup de jeunes filles ou de garçons hétérosexuels ont vécu leur défloration comme un viol –, en revanche, je crois que leurs unions corporelles y sont plus biologiquement, corporellement, psychiquement, et symboliquement exposées que les unions entre la femme et l’homme, du fait de l’exclusion radicale de la différence des sexes dans tous les couples homosexuels, et de la nature du désir homosexuel, davantage tourné vers la réification. Si les jeunes adolescents homosexuels reculent au maximum l’échéance de leur premier « passage à l’acte », que la majorité d’entre eux sont allés à la génitalité « comme on va chez le dentiste », ce n’est pas sans raison. Il y a une violence dans l’acte génital (et simplement sensuel) homosexuel, qui reste difficile à définir, mais qui pourtant existe. Cela vaut le coup d’écouter les récits du premier rapport sexuel des personnes homosexuelles : on a parfois l’impression d’entendre une mise en scène de viol – et plus rarement un viol réel. Ceci transparaît parfois dans le discours des personnages fictionnels homosexuels. « La première fois, c’est toujours bizarre » avoue Julián, dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay. Dans « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le jeune Roy, demande à son amant qui vient juste de le déflorer : « On se sent toujours comme ça après ? ».

 

Si la pénétration anale va en se banalisant dans les discours sociaux actuels, il ne faut pas oublier qu’au départ, elle fait mal aux personnes pénétrées et pénétrantes, pas seulement physiquement mais aussi psychiquement. Dans le film « Mauvaises Fréquentations » (2000) d’Antonio Hens, le personnage de Guillermo nous dit bien ce qui se passe la « première fois », et aussi pendant l’après-sodomie. « Je ne m’étais jamais laissé pénétrer. Mais il a dit que j’allais aimer, je n’avais qu’à me détendre. Malgré la salive et mes efforts pour me relaxer, ça faisait un mal de chien. Voyant qu’il n’y arrivait pas, il s’est mis à pousser de toutes ses forces. J’ai jamais eu aussi mal. Mais depuis, je me dilate sans problème. » Par la suite, beaucoup de personnes gay réécrivent l’épisode de la pénétration dans l’angélisme – la prostate serait même, selon certains, le « point G homosexuel » ! (pourquoi pas, après tout ?) –, ou se mettent à mépriser les partenaires sexuels qui mettent du temps à accepter la sodomie. Mais le malaise concernant la pénétration anale revient autrement dans le couple, généralement sous forme d’agressivité et d’indifférence mutuelles.

 

Dans la bouche des personnes homosexuelles réelles, le sentiment de viol concernant le dépucelage se mêle souvent à l’optimisme forcé. « La première fois où ça s’est fait avec un garçon, c’était très fort… très violent. » (Denis dans l’émission Bas les Masques, diffusée sur la chaîne France 2, en septembre 1992) Mais au final, la violence symbolique gagne tout le tableau. « Ça s’est passé mal, très très mal, parce que c’est comme si ça en rajoutait encore, en définitive. Le fait de passer à l’acte, pour moi, faisait que ça rajoutait encore de la complication à mon existence. » (Olivier, 37 ans, parlant de la découverte de son homosexualité et de son premier passage à l’acte homosexuel, dans le documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) Il n’est absolument pas rare de rencontrer des sujets homosexuels qui ont vu leur amant effondré juste après qu’ils l’aient « déniaisé ». Sur le coup, ils n’ont pas saisi pourquoi. Ce dernier s’est tout de suite excusé d’avoir pleuré, leur a assuré que c’étaient des larmes de joie et de découverte, qu’elles étaient un soubresaut de culpabilité induite par le poids culturel (« judéo-chrétien » !) et éducationnel. Et l’énigme s’est approfondie sans trouver d’écho. Beaucoup de personnes homosexuelles ne peuvent même pas dire leur souffrance du viol à leur partenaire, car elles sentent qu’il ne pourra pas les comprendre. Et plus profondément encore, il leur est difficile de lui avouer un fantasme de viol – et plus rarement un viol réel – consenti à deux.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) La première fois homosexuelle est vécue par le protagoniste gay comme un traumatisme :

Film "Miroirs d’été" d’Étienne Desrosiers

Film « Miroirs d’été » d’Étienne Desrosiers


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, il est souvent question de l’initiation coûteuse à la sensualité/sexualité homosexuelle : cf. le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, les films « Les Puceaux » (1997) et « Robe d’été » (1996) de François Ozon, le film « Carne Trémula » (« En chair et en os », 1997) de Pedro Almodóvar, le film « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, le film La Trilogie de la vie (1975) de Pier Paolo Pasolini, la chanson « Toute première fois » de Jeanne Mas, les chansons « Fuck Them All », « Plus grandir », « Libertine », « Dans les rues de Londres » de Mylène Farmer, le film « Ode To Billy Joe » (1976) de Max Baer, le film « Premier amour, version infernale » (1968) de Susumu Hani, le film « La Sagrada Familia » (2006) de Sebastián Campos, la chanson « Tu m’as possédée par surprise » de Madame Raymonde, le film « Einaym Pkuhot » (« Tu n’aimeras point », 2009) de Haim Tabakman (avec la tristesse post-acte homo visible dans l’attitude d’Aaron), etc.

 

Au départ, la première fois homosexuelle est totalement déproblématisée, sacralisée et banalisée. Par exemple, dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport, les quatre comédiens distribuent au tout début des questionnaires au public pour qu’il raconte sa première fois (sexuelle). Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny prend le fait de s’abandonner à faire la planche sur l’eau avec son futur amant Romeo pour une incroyable révélation d’amour : « C’est la première fois. »… laissant sous-entendre que c’est l’amour homo qui l’aide à s’abandonner vraiment, à faire confiance pour la première fois à quelqu’un. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, croit que les premières fois sont toujours les bonnes. C’est sa théorie en amour. Il est obnubilé par l’idée d’embrasser quelqu’un et d’être embrassé en retour, et est certain que la première sera la bonne. Il n’hésite pas à verser dans le théorie relativiste de l’expérimentalisme de tout : « Il y a toujours une première fois. » dit-il par exemple avant de s’autoriser à vivre sa première cuite. Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Tareq, le héros homosexuel, raconte que sa première fois homosexuelle, à l’âge de 17 ans, il l’a vécue avec un homme plus âgé que lui : « Je cherchais sûrement une figure paternelle. Quant à Leevi, son amant, il dit que sa première fois homosexuelle (quand il est sorti avec un homme) a impulsé la mort de sa maman : « Ça a commencé juste avant la mort de ma mère. »

 

Mais assez vite, on découvre que le fait de tomber amoureux homosexuellement n’est déjà pas source d’apaisement chez certains héros homosexuels. « À la première seconde, je savais que j’allais l’aimer, que j’allais souffrir. Au fond, il m’avait déjà échappé au premier instant où je l’ai vu. J’ai voulu faire durer cette imposture le plus longtemps possible. La douleur est éblouissante, très pure. » (Stéphane parlant de son ex-amant, le jeune et beau Vincent qui le frappe de temps en temps physiquement, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Pourquoi je me sens si coupable ? » (Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, suite à sa première expérience homosexuelle avec un homme anonyme de Carthage, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm) ; « J’avais trop peur. Je tremblais. » (Guillaume parlant de son histoire avec Michael, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « Tu trembles. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse avec qui elle couche pour la première fois, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « C’est la première fois ? Ben dis donc… T’es pas un grand bavard, toi… » (Serge s’adressant à son jeune amant Victor après leur nuit de sexe, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; « Je peux pas… C’est pas bien… Ça ne peut pas durer… Je ne peux pas l’assumer. » (John s’adressant à son amant Will juste après leur nuit de sexe, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc. Par exemple, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Franck s’éprend d’un homme, Michel, qu’il a connu sur un lieu de drague homo où il y a une série de meurtres : « J’crois que je suis en train de tomber amoureux. » avoue-t-il à son pote Henri qui le sent quand même inquiet (et pour cause : Michel est le tueur !) : « Et c’est ça qui te tracasse ? » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, juste avant de coucher avec son ami Todd, Frankie exprime une appréhension : « C’est peut-être pas une bonne idée… » Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin (mis en scène par Élise Vigier en 2018), Arthur, le héros homosexuel, vit très mal l’acte homo : « Ma bite a commencé à grossir, et j’ai commencé à pleurer. » ; « J’ai jamais oublié cet homme. À cause de lui, j’ai jamais pu toucher quelqu’un avant longtemps. » ; « Merde. C’est quoi mon problème ? » Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Elio pleure lorsqu’il pratique l’homosexualité avec Oliver. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Arthur, le personnage homosexuel, fond en larmes en disant son « amour » pour son amant Crunch : « Je suis amoureux de toi. »… « Alors pourquoi tu pleures ? » lui demande Crunch. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan embrasse Jonas sur la bouche dans la salle de sport du collège. Jonas ne s’en trouve pas bien : « Oh… j’ai la tête qui tourne. ».

 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi manque de s’étrangler (parce que son écharpe s’est prise dans la machine à laver) au moment où il rencontre pour la première fois Damien à la laverie, et dont il tombe amoureux. Et quand Damien raconte ses expériences homosexuelles, ce n’est pas brillant non plus : « C’est quand même vachement déstabilisant. J’ai tout de suite compris que c’était pas mon truc. Y’avait quelque chose en moins. » Dans la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1, Hugo, le héros homo, drague Bart Valorta pendant une baignade… et dans un premier temps, Bart réagit super mal et le renvoie chier… avant de céder un peu plus tard (c.f. les épisodes 260 et 262, diffusés les 7 et 9 août 2018).
 

C’est le premier rapport sexuel en général, qu’il se passe entre deux personnes de sexes différents ou entre deux personnes de même sexe, qui est mis en scène de manière dramatique dans les fictions homosexuelles : « Dorita se donna à lui [Silvano] pour la première fois la nuit des adieux, dans la salle de classe, sur le bureau de Silvano, tandis que la pluie fouettait les carreaux. Dorita était vierge. L’expérience fut douloureuse pour tous les deux. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 12) ; « Comme elle me l’avait dit, la première fois est toujours déterminante, qu’elle soit de souffrance ou d’harmonie, surtout pour le goût spécial que j’ai. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 132) ; « Elle est rentrée en moi. J’ai cru que j’allais exploser. » (Irène après sa première relation lesbienne, dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport) ; « T’as les mains froides… » (Karim parlant à Guillaume, son « plan cul » anxieux d’aller chez lui, un gars qu’il ne connaît pas, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « Ça, comme première tentative, c’était raté de chez raté. » (Guillaume, idem) ; « Je ne veux plus qu’on reparle de ça. C’est malsain. » (Clara après que Zoé, sa meilleure amie, lui ait fait sa déclaration et l’ait embrassée, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; etc. Par exemple, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent filme un couple d’adolescents en train de vivre son tout premiers coït sylvestre. Dans le film « La Ballade de l’impossible » (2011) de Tran Anh Hung, Kisuki, le héros (homosexuel ?) se suicide parce que sa « première fois » avec Naoko, sa copine, se révèle désastreuse ; cette femme lui fait croire à son impuissance sexuelle. Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane veut être dépucelée par son amante Marie (« J’voudrais que ce soit toi, Marie. Que tu sois la première. Que tu me débarrasses. »), ce qui met cette dernière dans l’embarras (« Je peux pas faire ça. »). Cette défloration se passe mal, dans la tristesse et les larmes… même si Floriane conclut laconiquement, après le premier baiser sur la bouche : « Ben tu vois ?… c’était pas si difficile. » Dans le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez, le premier baiser que s’échange Walter et Julien Doré est mal vécu par Walter. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Suki est inanimée suite au baiser forcé qu’elle a reçu de Rinn.

 

Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler, après sa nuit d’amour avec Jim, est pris de crampes insupportables au ventre : « C’est pas bon d’avaler la mer d’Irlande. » lui rétorque Jim, pour faire de l’humour.

 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin raconte à son psy sa première rencontre homosexuelle avec son amant Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, alors que le tableau est idyllique : « C’était comme au cinéma. C’était au bord de la plage. C’est alors qu’il m’est apparu. Un petit air de Ryan Goslin… avec le corps d’Élie Sémoun. » De son côté, Arnaud donne une autre version des faits au psychanalyste, en partant sur le quiproquo incestueux que le thérapeute lui parlait de sa première cuite : « Ma première fois, c’était avec mon oncle dans sa cave. » « Je comprends le traumatisme… » interrompt le psy. « J’avais 12 ans. J’étais consentant. […] C’était un Cabernet d’Anjou. Ma première cuite. » Réalisant qu’il y a eu malentendu, Arnaud se reprend : « Je sortais du cinéma. Il faisait 40° C. Ça puait la pisse. Je passe par Paris-Plage. Et là, avec le soleil qui m’aveugle, je me prends Ben en pleine gueule. Mais bon, moi j’ai le mal de mer, alors je lui en veux pas. »
 

Beaucoup de personnages homosexuels nous mettent en garde contre le passage douloureux à l’acte homosexuel (qu’ils ont vécu ou ont vu vivre), sans pour autant le dénoncer explicitement. « Ça devient vexant. J’ai l’impression de revivre mon dépucelage. […] Je suis à plat. La deuxième raison qui me rappelle mon dépucelage. » (Arnold, l’un des héros homos de la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; « J’ai détesté ça la première fois. » (Sven dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009), d’Ella Lemhagen) ; « C’est quand même sacrément dur l’âge des premières amours, petit pédé. » (cf. la chanson « Petit Pédé » de Renaud) ; « Viens, ferme les yeux sur nos premières nuits. » (cf. la chanson « J’attends » de Mylène Farmer) ; « Quel malheur, quel coup de hache dans ma vie qui était déjà en morceau ! Quelle passion si insensée, coupable, odieuse, s’est emparée de moi ! C’est une honte, et elle me fera toujours rougir. » (Albert dans le roman Mademoiselle de Maupin (1835) de Théophile Gautier, paragraphe final du chapitre 8) ; « Pascal se sentait brouillé et malade. Et tellement sale. Il avait eu beau se frotter les mains à s’en écorcher la peau, il savait bien que c’était inutile. Ce genre de trace ne s’effaçait jamais. » (Claude Brami, Le Garçon sur la colline (1980), p. 246) ; « C’était l’été de nos treize ans. L’été des sœurs de sang. Dovid a eu migraine sur migraine, cet été-là. » (Ronit parlant de sa première fois lesbienne, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 217)

 

Par exemple, dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Erik a eu du sexe homosexuel dès l’âge à 13 ans pour la première fois, et ça ne semble pas relié à de superbes souvenirs : « Je cache des vérités importantes depuis que j’ai 13 ans. » se contente-t-il de dire de manière laconique.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, nous avons droit à tous les récits d’initiation homosexuelle des héros homosexuels. Par exemple, pour Hank, ça a été l’angoisse… même s’il s’empresse ensuite de banaliser : « La première fois que je l’ai fait, c’était pendant la grossesse de ma femme. Il y avait une réunion de professeurs, à New York. Ma femme ne se sentant pas bien, j’y suis allé seul. Et dans le train, j’y ai pensé. J’y pensais, j’y pensais pendant tout le voyage. Et peu après mon arrivée, j’avais emballé un mec dans les toilettes de la gare. […] Je n’avais jamais fait ça de ma vie auparavant. J’avais une trouille bleue. […] Mais je suis tombé sur un gars sympa. Je ne l’ai jamais revu ensuite. […] Ce qui est drôle, c’est que je ne me rappelle pas son nom. […] Après, ce fut plus facile. On s’améliore avec la pratique. » Michael raconte que lors de son dépucelage, il ne se souvient de rien : « La première fois, je tenais pas debout. » Bernard, quant à lui, a couché avec son pote Peter un soir alcoolisé, et il est le seul à s’en souvenir et à avoir accordé de l’importance à leur dérapage : « C’était l’après-midi. Toute la matinée, j’ai été malade à l’idée de l’affronter. […] Il a fait comme si rien ne s’était passé. »

 

Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, quand Nicolas, le héros gay, raconte son initiation à l’homosexualité au jeune Michael, lycéen en questionnement, il tente d’édulcorer les choses : « L’amour entre hommes, c’est pareil qu’avec les filles. Ça peut faire mal au début… mais tout ça, c’est l’expérience. » Comme Michael le rejette, Nicolas finit par cracher le morceau et par dire que sa « première fois » homosexuelle a été « plutôt glauque »… puis il s’empresse de renier son aveu : « Mais tu sais, la première fois, c’est jamais bien. »

 
 

b) Le baiser qui fait pleurer :

Symboliquement, le premier passage à l’acte homosexuel tourne surtout autour de l’action du baiser. Il est souvent question de l’importance (et des dégâts !) du premier baiser homosexuel dans les fictions homosexuelles : cf. le film « First Kiss » (1996) de Linda Cullen, le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, le film « Butterfly Kiss » (1995) de Michael Winterbottom, le recueil de poèmes Espadas Como Labios (Des épées comme des lèvres, 1932) de Vicente Aleixandre, le poème « Canción De Amor Para Los Nazis En Baviera » de Néstor Perlongher, le film « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le roman El Peso De La Paja. El Beso De Peter Pan (1993) de Terenci Moix, la chanson « Tatuaje » de Rafael de León, le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling (avec le baiser volé), le film « O Beijo » (1964) de Flavio Tambellini, le film « Csokkal Es Körömmel » (« Baisers et égratignures », 1995) de György Szomjas, le film « Kiss Kiss Bang Bang » (2005) de Shane Black, le film « O Beijo No Asfalto » (1985) de Bruno Barreto, le film « Kiss Or Kill » (1997) de Bill Bennett, le tableau Le Baiser (1992) de Michel Giliberti, le film « Kiss Me God Damn It ! » (2006) de Stian Kristiansen, etc.

 

Bizarrement, le personnage homosexuel a peur de ce baiser homosexuel. Il lui arrive de le fuir. Par exemple, dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, Benjamin se dérobe au baiser sur la bouche que Vincent s’apprête à lui faire : « Excuse-moi. J’peux pas te donner c’que tu veux. Pas ici… pas comme ça. »

 

Ce qui est très curieux, c’est qu’il fait souvent pleurer le héros gay qui le reçoit ou le donne : cf. le film « A Kiss In The Snow » (1997) de Frank Mosvold, le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré, le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, le film « Kissing Jessica Stein » (2002) de Charles Herman-Wurmfeld, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « Aimée et Jaguar » (1998) de Max Färberböck, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, etc.

 

« Et vous l’avez embrassé ! Vous en frémissez. Vous n’ignorez pas qu’il est des étreintes dont on conserve à jamais la brûlure. » (la voix narrative parlant de la déesse « Littérature », dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 150) ; « Les baisers, les premiers, goût d’embruns, goût de spleen. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « J’attends ma peine, sa bouche est si douce. » (cf. la chanson « Je t’aime Mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Ce fut un baiser comme je n’en avais jamais reçu d’une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri mortel. Le tremblement convulsif de son corps passa en moi. […] Mon âme s’abandonnait à lui, et pourtant j’étais épouvanté jusqu’au tréfonds de moi-même par la répulsion qu’avait mon corps à se retrouver ainsi au contact d’un homme – affreuse confusion des sentiments… » (le héros homosexuel recevant son premier baiser de son amant, dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, p. 126) ; « Ce fut une secousse comme quand un corps se désarticule violemment. » (idem) ; « Ce fut un innocent coup d’œil en arrière qui perdit le fils. L’homme, que le père semblait fuir, lança au fils un baiser aérien, et ce baiser percuta avec une telle violence l’innocence de ses pensées qu’il faillit tomber à la renverse ; mais le fourmillement délicieux que cette collision déclencha le laissa sur sa faim. » (cf. la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 30)

 

Le baiser homosexuel fictionnel n’est généralement pas donné et reçu en toute liberté : il est arraché (comme dans les films « Baisers volés » (1968) de François Truffaut, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, la chanson « Le Baiser » du groupe Indochine, etc.), ou bien à l’image d’une collaboration, d’un viol. « Y’a des baisers volés dans les trains de tsarine. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. […] Je suis encore troublé par ce baiser volé. » (Kévin à son amant Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 207) ; « Mes baisers sont souillés. » (cf. la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer) ; « Je souffre de tes yeux, de tes mains, de tes lèvres… qui savent si bien mentir… et je demande à mon ombre, sans trêve… si ce baiser sacré… peut me trahir. » (les paroles d’un boléro chanté dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 215) ; « Je n’aimais pas son haleine à l’odeur de bière et de cigarette. […] Quand j’ai été dans sa bouche, j’ai trouvé ça divin. J’ai oublié qui j’étais. » (le jeune Mathan parlant de sa première fois homosexuelle, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, quand James se fait embrasser pour la première fois sur la bouche par Ceth, un amant insistant, il lui dit qu’« il ne le sent pas » tout en se laissant néanmoins faire ; mais plus les baisers s’enchaînent avec fougue, plus il pleure et rejette violemment son partenaire comme une furie : « Non !!! Tu ne vois pas que je ne veux pas ??? » Dans le film « Babysitting » (2014) de Philippe Lacheau, Sam et Franck s’embrassent à leur insu dans le noir (une Dark Room d’un parc d’attractions), mauvaise blague orchestrée par Sonia que les deux hommes se disputent : en découvrant les images, ça ne les fait pas rire du tout.

 

Le baiser homosexuel peut être associé aussi au meurtre et à l’acte diabolique. « Ta petite bouche m’a appris à pécher. » (cf. la chanson « Piensa En Mí » de Luz Cazal) Par exemple, au moment du baiser entre Julia et Élisabeth dans le film « Danse macabre » (1963) d’Antonio Margheriti, la seconde saisit un coupe-papier pour poignarder sa tentatrice. Dans le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong, le premier baiser a le goût amer de la pomme du Jardin d’Éden.

 

Dans le film « The Burning Boy » (2000) de Kieran Galvin, le premier baiser homosexuel entraîne la mort. En effet, c’est au moment où Ben donne à son meilleur ami Chill le signe charnel que ce dernier attendait tant que paradoxalement, Chill se met à pleurer. « Mais tu pleures ? » s’étonne Ben. « Non, je ne pleure pas. » répond Chill. Ben essaie alors de relativiser l’acte qu’ils viennent de poser (« Écoute, ça va, c’est pas grave. Je sais que je te plais. ») mais Chill s’énerve, pousse son copain, qui finit par faire une mauvaise chute le laissant totalement inanimé dans un cabanon qui prendra entièrement feu. Ce film vise à faire comprendre au spectateur que le refus de sa propre homosexualité est criminel ; mais au-delà de cette dialectique idéologique, on nous montre en toile de fond que le baiser homosexuel tue.

 

 
 

c) L’acte homosexuel rejoint indirectement ou directement le viol :

Le passage à l’acte homosexuel n’est pas violent prioritairement parce qu’il y aurait pénétration génitale (car certains militants homosexuels se plaisent à penser que ce serait uniquement la vision de deux corps masculins qui s’emboîtent et s’enculent qui gênerait les opposants à l’homosexualité), mais bien parce que le désir homosexuel est violent par nature.

 

Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, se retrouvent à parler de leur dépucelage dans un bosquet. Sarah dit que « la première fois [génitale], ça ne se passe jamais bien. Charlène lui rétorque qu’elle ne l’a jamais fait avec un homme. Puis elles entendent un bruit de bête sauvage effrayante qui les fait quitter précipitamment le lieu, terrorisées. Un peu plus tard, sous l’effet de l’alcool et dans un moment d’intimité, elles s’embrassent sur la bouche dans leur caravane. Ce geste recouvre une forme de mélancolie fataliste : « It’s too late. I’m in love. » déclare Charlène à Sarah. Juste après le baiser, étonnamment, Sarah lui fout tout de suite après une gifle magistrale : « I’m not ready ! », geste blessant qui déromantise bien évidemment la scène. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso Davide, le héros homo de 14 ans, est enculé contre un mur en verre, sur fond rouge, par un autre prostitué.
 

D’ailleurs, c’est bien pour cela que dans les fictions homosexuelles, la violence et la tristesse de l’acte homosexuel sont ressenties bien avant le passage au lit. Elles se présentent déjà à partir de la rencontre de l’amant, de la perception d’un attachement sentimental disproportionné.

 

Le héros homosexuel a un étrange mauvais pressentiment quand il rencontre son amant : « La première fois que j’ai vu Julien, j’ai su que j’étais perdu. Julien me donne l’image retouchée, parfait, d’une condamnation à l’avance. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 114) Il freine des quatre fers au moment de réaliser son fantasme, et on/il ne comprend pas pourquoi. « Moi, ce qui m’a ouvert les yeux, c’est un type. On s’apprêtait à faire l’amour et… il éclate en sanglots. Là-dessus, il dit : ‘Excuse-moi, j’suis désolé… Ce n’est plus aussi drôle qu’autrefois.’ » (Jeffrey, le héros homosexuel, dans le film éponyme (1995) de Christophe Ashley) ; « Tu ne sais pas pourquoi je pleure. » (Violette Leduc à son amie Hermine, dans le roman La Bâtarde (1964), p. 221) ; « J’ai pas envie de la voir nue, j’ai pas envie de le voir nu. » (cf. la chanson « Troisième Sexe » du groupe Indochine) ; « Puisque c’est la première fois, ça vous dérange pas si on éteint la lumière. » (Dzav–Bonnard à leur producteur, au moment du coït, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard)

 

Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, quand Esti et Ronit se retrouvent toutes les deux pour la première fois dans un bosquet et qu’elles sont prêtes à se révéler leurs sentiments, Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série ». (p. 139) Elles finissent par sortir ensemble. Mais plus tard, c’est toujours la même résistance qui revient : « Je l’ai repoussée et tenue à l’écart, à bout de bras. Je suis plus forte qu’elle, je l’ai toujours été. Ça n’a pas été difficile. ‘Non, Esti ! ai-je dit. Tu dois arrêter maintenant. Ce n’est pas, enfin, ça suffit, tu arrêtes, d’accord ?» (Ronit, idem, p. 145)

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, au moment de vivre son premier rapprochement homosexuel, Bryan se sent très mal et repousse son copain Kévin, même s’il se cherche ensuite des excuses pour trouver sa gêne absurde (il dit qu’il se trouve « compliqué ») : « Je regrettais presque d’avoir réagi aussi connement. Évidemment que j’en rêvais, pourquoi lui faire croire le contraire ? Je pouvais mentir aux autres mais pas à lui… et à chaque fois, cette impression d’avoir un cerveau compliqué… c’était lui le responsable, pas moi ! » (p. 120)

 

La première fois homosexuelle est marquée par un contexte d’absence de liberté (on appelle cela l’« homosexualité de circonstance » dans la réalité). Par exemple, dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Markus et Gabriel s’embrassent sous l’effet de l’alcool, alors qu’ils ne sont pas en pleine possession de leurs moyens. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Peter embrasse de force Howard sur la bouche.

 

Le désir homosexuel n’est pas un élan libre à la base. « Un jeune garçon aux yeux verts vous sourit. On vous pousse par derrière. Vous avancez. » (Thibaut de Saint Pol, N’oubliez pas de vivre (2004), p. 16) Il peut dire un attachement malsain aux origines. C’est la raison pour laquelle la première fois homosexuelle est parfois associée à un acte incestueux : « Que signifiait le baiser qui l’avait tant troublé : défi, ou mépris ? L’homme les avait-il pris, son père et lui, pour des invertis ? » (la voix narrative dans la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 31) Dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, Alex affirme en blague que sa « première fois homosexuelle », ça a été avec son beau-père. Dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, le baiser entre Elliot et Paul, au départ plaisant, laisse place à la culpabilité : Elliot regarde la place vide de son père dans le bar. Idem dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, où ce sera le fait que le baiser homosexuel soit vu et rendu concret par le regard d’un vieillard, qui remplira le héros homosexuel d’une culpabilité criminelle à l’égard de son camarade de vestiaires. Dans le téléfilm « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, le premier rapport amoureux homosexuel fait l’objet d’une vraie bagarre dans les vestiaires entre les deux amants, Lucas et Martin.

 

Plus radicalement, la première fois homosexuelle renvoie au viol, à la trahison, à une imposture identitaire et amoureuse. « Toute sodomie commence par un viol. » (Paul dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Soudain, tandis que j’étais à moitié nu, je ne sais par quel subterfuge inconscient de l’esprit, les images de ma première nuit d’amour avec Franck se projetèrent sur ce lit, comme en surimposition. Scènes de film muet, où l’un des protagonistes – moi, en l’occurrence –, est pris d’un terrible remords pour ce qu’il a fait subir au jeune garçon. » (Éric en parlant de son amant Franck, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 35) ; « La honte et le plaisir, l’impression à la fois d’être souillé et d’enfreindre un tabou vieux comme le monde se mêlent en lui. » (la description de Franck sodomisé, idem, p. 39) ; « Tu sais, ma première amie, je l’ai trahie. » (Cherry à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « C’est très perturbant de découvrir le sexe comme ça. » (Joe, un homme homosexuel obèse, très anxieux et efféminé, qui a été violé par un prêtre à l’adolescence, dans le film « Spotlight » (2016) de Tom McCarthy) ; etc.

 

Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, Balthasar dit : « J’ai eu un orgasme mais ça fait mal. » Ce à quoi Louis lui répond : « T’étais pourtant prévenu… Le dépucelage… » Dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, le jeune Michael, au moment de réaliser sa première fellation, fait tout pour reculer l’échéance : « Tu as un bonbon ? » Dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, on observe une sodomie qui fait mal, qui inquiète, qui n’est pas librement choisie. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, le premier coït homosexuel entre Raúl et le jeune Roberto se passe très mal, dans une grande appréhension et violence : « Tu vas me faire mal! […] Ça fait mal ! » hurle Roberto avant d’être effectivement violé et frappé par son amant.

 

Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, José et Ander font la première fois l’amour dans les toilettes un jour de mariage ; certes, Ander a bu, mais il est aussi tellement traumatisé de la violence de la pénétration anale et de son assujettissement à son homosexualité qu’il en vomit sur place.

 

Dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, les deux meilleurs amis, Jan et Matthieu, finissent par coucher ensemble, et Matthieu le vit super mal : « Putain, mais lâche-moi, espèce de pédale ! » Il pousse Jan contre une fenêtre qui vole en éclat et qui le blesse à la jambe.

 

Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, la première fois où Russell et Glenn se rencontrent, c’est dans les toilettes d’une boîte gay, un soir de déprime mutuelle. Et quand ils font ensemble un brin de causette (présenté comme « profond » par le réalisateur), on apprend que la toute première fois de Russell lui est apparue comme « trop violente ».

 

Les dommages collatéraux du premier acte homosexuel peuvent être bien entendu d’ordre physique : « Tu avais mal à l’endroit du… coït. » (Dominique à Jérôme en parlant de la nuit d’amour alcoolisée entre Jérôme et François l’homosexuel, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) Mais ils sont avant tout psychologiques.

 

Dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, par exemple, l’amour lesbien naît du voyeurisme : l’héroïne observe par le trou du mur de son appartement sa voisine nue dans sa salle de bain, et la toute première fois, celle-ci hurle de se découvrir ainsi violée… avant de se laisser au fur et à mesure espionner avec complaisance.

 

Dans le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, le premier rapport sexuel entre Craig et Matt est vécu comme un drame. En effet, dans un premier temps, Craig, en bon puceau, attend son amant au fond de leur lit, avec une réelle appréhension, même s’il lui assure que « tout va bien », et qu’il sera par la suite à l’initiative de tous les actes sensuels qu’ils vont poser. Ensuite, il reçoit les caresses de son copain comme un vrai supplice. Puis il demande machinalement à Matt : « Je veux que tu me baises. » Son copain, entièrement nu, lui demande s’il est « sûr » de sa décision, étant donné le peu d’appétence manifestée. Craig prend sur lui et se force à ne pas se contredire : « Oui, pénètre-moi ! ». Matt, déjà coupable, insiste à nouveau : « Tu es sûr que tu veux le faire ?… ». Son ami lui ordonne : « Fais-le ! ». Au moment où Craig se fait finalement pénétrer, il se relève précipitamment du lit, réagit très violemment, se tape la tête contre les murs de la chambre en injuriant Matt. Plus tard, son compagnon lui avouera qu’il a compris sa mauvaise réaction, car lui aussi avait pleuré lorsqu’il s’était fait jadis déflorer. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle est poussée dans les bras des femmes parce qu’elle avait été prématurément et préalablement poussée dans les bras des garçons à cause de la pression des copines de lycée.

 

La première fois homosexuelle est aussi en lien avec la violence des rapports sociaux et commerciaux au sein de la communauté homosexuelle, de l’inhumanité des sites de rencontres Internet et des lieux de drague homosexuelle (qui offrent parfois le cadre du premier contact brutal du héros avec son homosexualité). Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji, le héros homosexuel, débarque pour la première fois au sauna et vit un parcours initiatique difficile…

 

La première fois homosexuelle est également liée à la mort, à la guerre et aux grandes catastrophes. « J’avais l’impression que j’étais en train de mourir. Mais vue comme ça, la mort, c’était ce que j’avais connu de meilleur dans ma vie. » (Mourad, le personnage homosexuel décrivant son premier émoi amoureux homosexuel, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) Dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, le héros homosexuel dit avoir rencontré son « mari » pour la première fois le 11 septembre 2001. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan et Kevin, les deux amants homos, se rencontrent pour la première fois au cimetière, face à la tombe de Julien, un gay du lycée qui s’est suicidé : « Nous étions là, figés devant ce cercueil que nous regardions en silence. » (p. 50) Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, le beau Vincent raconte que la première fois qu’il a couché homosexuellement, c’était dans un coin reculé d’une plage, à l’âge de 15 ans, avec un homme de 20 ans, Sébastien, qui s’est tué à l’arme à feu un an après.

 
 

d) La ré-écriture enchanteresse et volontariste de la « première fois » homosexuelle :

 

Pourtant, l’initiation homosexuelle n’apparaît pas tout de suite comme violente, car sa brutalité est amortie par les intentions amoureuses. Beaucoup de personnages homosexuels, dans leurs élans ados, fantasment sur l’idée de « première fois » : « Just a first kiss from my lover… beautiful kiss and forever : I love him… » (cf. la chanson « Father I Am » de Jann Halexander) ; « On s’assied sur le lit, on se caresse, on s’embrasse avec fureur ou grande tendresse, alternativement. Vianney s’allonge et je le caresse doucement, je découvre son corps avec mes doigts devenus beaucoup plus sensibles. J’arrive à son visage, il murmure ‘J’ai envie de pleurer. C’est comme un rêve, un truc trop beau pour être vrai. Je me demande quand la tuile va nous tomber dessus. » (Mike, le narrateur homosexuel faisant pour la première fois l’amour avec un inconnu, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 85) ; etc.

 

Film "Tomboy" de Céline Sciamma

Film « Tomboy » de Céline Sciamma


 

On comprend que si la « première fois homosexuelle » est parfois décrite en des termes positifs, ce n’est pas tant parce que les faits sont regardés tels qu’ils sont, mais bien parce qu’ils sont l’objet d’une ré-écriture enchanteresse postérieure à l’acte homo : « Nos corps se sont touchés. Soudain, nous nous sommes embrassées. Je ne sais pas comment cela s’est produit. Je me sentais nauséeuse… Je me suis laissée aller. Je me suis sentie bien. » (l’héroïne racontant une aventure lesbienne à sa mère, dans le film « Les Rendez-vous d’Anna » (1978) de Chantal Akerman) ; « Je ne sais même plus si je l’ai vraiment aimé. Quand je l’ai rencontré, il était comme perdu. Moi, je n’étais pas mieux que lui. […] Son histoire m’a touché, sa souffrance, ses larmes, ses questions. […] Je le sentais désespéré et c’était la première fois que je rencontrais quelqu’un d’aussi vrai. […] Je me suis attaché à ce qu’il représentait, peut-être plus qu’à lui d’ailleurs. » (Malcolm en parlant d’Adrien, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, pp. 119-120) ; « ‘L’autre jour, il faisait gris comme le jour où Gilberto m’a quitté, mais ça allait. Je suis allé chez un mec pour baiser, on a fumé et avant de baiser, d’un coup tout est remonté. Je me suis mis à pleurer, je ne pouvais plus m’arrêter.’ En riant, il ajoute ‘Le pauvre garçon ne savait pas quoi faire !’ » (Simon dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 113) ; etc.

 

Même si dans les faits la « première fois » et la virginité sont rendues bien loin, certains héros homos s’évertuent en amour à rejouer cycliquement la comédie de la « première fois ». « C’est dans la nuit de Rebecca que la légende partira, et aujourd’hui pour une troisième fois elle décidait de sa première fois. » (la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine) ; « Inconsciemment, reproduire chaque fois la toute première fois, le tout premier mauvais choix. » (cf. la chanson « L’Inconstant » d’Étienne Daho) ; « Avec un mec, c’est chaque fois la première fois… Encore plus. » (Franck dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Je pourrais citer chaque premier baiser de mes relations. » (Matthieu… qui, plus tard, trompera quand même son copain Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; etc. Dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2010) de Jérémy Patinier, la première fois est le lieu de la division déniée : « J’ai été seule puis une et demi, j’ai grandi en comprenant comme ça que je ne supporterais mon corps que lorsque je nouerais au sien, lorsque nous serons en nous, l’un dans l’autre, chacun réconciliés avec sa première fois… » (une jeune femme dans l’acte 2 intitulé justement « La Première fois ») ; « Je n’ai jamais eu de première fois puisque j’ai tout de suite eu l’impression que c’était déjà la deuxième. » (idem)

 

Le personnage homosexuel, dans ses élans bourgeois-bohème, fantasme beaucoup sur l’idée de « première fois ». Intellectuellement, elle lui plaît. Même si ses actes ne sont pas purs, il exhibera souvent à l’amant qu’il cherche à posséder ses intentions de retour à la virginité à travers l’amour homosexuel : « Et ne croyez pas que, d’ordinaire, je sois sujette à ces sortes d’emballements. Pour moi comme pour vous, sans doute, c’est une première fois. Il me faut, il nous faut l’accepter. » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 69) Il affectionne les coups de foudre, les « premières fois » saturées de désirs (pulsionnels) et de sensations, mais où la liberté est quasi absente. A-t-il compris qu’il n’était pas à l’origine de l’Amour originel ? que l’Amour vrai n’était pas brutal ? Visiblement, non.

 

Par exemple, on l’entend dire toutes les trois semaines qu’il est tombé fou amoureux, que « cette fois, il a vraiment rencontré LE bon », que « c’est complètement différent de tout ce qu’il a connu auparavant »… Face à l’amant, il sert le même discours sincère de la renaissance : « C’est la première fois que ça m’arrive ; t’es la première personne avec qui je le fais ; Tout ça, je ne l’ai jamais dit à personne avant ». Mais concrètement, dans sa vie, la réalité de la « première fois » sexuelle est beaucoup plus liée à celle de la rupture, de la bonne intention non-actée, ou de la pulsion égoïste romantisée (autrement dit de la masturbation), qu’à la véritable virginité, une virginité reçue et non pas créée par ses propres forces/perceptions humaines. « Je rêve pour sortir du bois, pour ma toute première fois… [d’une branlette] » (un des personnages homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Ma première relation homo, je l’ai eue avec moi-même. » (David dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino), Julia, l’héroïne lesbienne, se palpe sous sa douche (en souvenir de sa dernière relation amoureuse terminée) et pleure tout de suite après.

 

Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, la « première fois » est tellement idéalisée qu’en actes, elle fait faire n’importe quoi au héros homosexuel : « Je m’étais juré de pas coucher le premier soir ! Mais que voulez-vous ? J’avais rencontré mon Prince Charmant ! Je me sentais comme Cendrillon ! Elle avait trouvé chaussure à son pied et moi… »

 

Dans le film « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, la première fois entre le jeune Roy et son amant plus âgé, Maurice, se déroule de manière tragique et en même temps totalement dédramatisée. En effet, à la fois Roy pleure quand il se fait pénétrer (on comprend qu’il ment quand il fait croire à son aîné que ce n’est pas sa première fois homosexuelle), et juste après le coït douloureux, il caresse langoureusement le poitrail de son « copain d’un soir » en scandant à voix basse et de manière répétée le prénom « Maurice… Maurice… » qu’il vient de découvrir (les amants ne s’étaient même pas donnés la peine de se présenter avant de passer au lit !)… alors que pour l’homme plus expérimenté, on voit qu’il s’agissait d’un banal « plan cul », d’une formalité qu’il va s’empresser d’oublier. Au moment du départ de Maurice, Roy, assis sur la cuvette des toilettes, dés-idéalise l’idylle, et pose une question dans le vide, qui restera sans réponse : « On se sent toujours comme ça après ? »

 

Une autre parade trouvée par le personnage homosexuel pour noyer sa tristesse d’être un homosexuel pratiquant débutant, c’est l’intention ludique : « Le passage à l’acte ressemble à s’y méprendre à ces jeux où les enfants se répartissent les rôles entre gendarmes et voleurs : ‘On dirait que tu es mort’, en sachant que le pistolet est en bois. La cravache de Mathilde est un gourdin en papier mâché, mes fesses la tête de guignol. » (la voix narrative lesbienne, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 60)

 

Par exemple, dans les films « I Want Your Love » (2010) de Travis Mathews ou « Action Vérité » (1994) de François Ozon, le passage à l’acte passe par le biais du défi ludique.

 

Mais le jeu en question ressemble à un piège, une diversion mensongère, un catapultage précipité dans le monde de la sexualité clinique et pornographique. Par exemple, dans la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marcjetti, Marc évoque sa première expérience homogénitale : « Ça s’est fait bizarrement. Au détour d’un jeu. »

 

Dans le film « Infidèles » (2010) de Claude Pérès, un réalisateur et un acteur s’enferment dans un appartement, seuls, avec une caméra, toute une nuit, jusqu’au lever du jour, pour mettre à l’épreuve leurs désirs. Leur jeu ambigu finit par tourner mal.

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin, juste avant de passer au lit avec Bryan, lui fait passer un drôle de bizutage : il « dit sur un ton catégorique : ‘On va jouer à un jeu : la bataille. T’as un jeu de cartes ?’[…] J’aime bien jouer avec toi’, dit-il, avec ce sourire qui en disait long sur ce qu’il pensait. » (p. 123)

 

Dans beaucoup de fictions homosexuelles, le passage à l’acte homosexuel finit par faire rire jaune, et par blesser.

 
 

e) Le premier viol homosexuel vient de l’imaginaire et de l’éloignement du Réel :

Comme je l’ai dit un peu plus haut, la violence de l’acte homosexuel n’est pas prioritairement une question de pénétration génitale ou de gestes brusques dans le cadre amoureux (les pratiques ouvertement violentes restent circonscrites aux sphères très minoritaires de l’univers SM). Elle se situe avant tout dans la violence d’une sincérité, sincérité exposée comme vraie et aimante, alors qu’elle n’équivaut pas à la Vérité ni à l’Amour (on peut vouloir le bien sans le faire ! on peut être franc, consentant, sincère, intentionnel, sans être vrai !)

 

Le meilleur exemple de « premières fois homosexuelles » ratées, d’actualisations violentes de la sincérité, ce sont déjà les coming out : « C’était la première fois que je parlais de mon homosexualité et c’était pour la renier ! » (Ednar disant à Yvonne qu’il n’est pas homo alors qu’elle a découvert à raison son homosexualité, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 44)

 

La violence de la première fois homosexuelle, c’est aussi celle du regard libidineux, ou d’un simple « Je t’aime », tellement inapproprié au Réel et à la réalité de la relation qu’il a l’effet d’une gifle : « En sortant du casino, […] je lui ai dit que j’avais envie de faire l’amour avec elle. Elle m’a regardée tristement. Je pouvais lire dans ses pensées : ‘Si même les femmes ne me laissent pas tranquille, maintenant, qu’est-ce que je vais devenir ? » (Suzanne en parlant de Fédora et de leur première rencontre, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 238) La déclaration d’amour homosexuel apparaît comme un arrivisme suspect, flattant la défaillance humaine des deux personnages qui vont s’adonner à leur désir homosexuel en toute passivité/sincérité : « Elle a ajouté, d’une voix étranglée : ‘Je vous aime’ et elle s’est mise à pleurer. » (Erika décrite par Suzanne lorsqu’elle lui déclare sa flamme pour la première fois, idem, p. 185)

 

L’acte homosexuel a le pouvoir d’anesthésier la conscience de mal faire. Il rend flou la frontière entre le bien et le mal, entre réalité et fantasme, si bien que le héros homosexuel qui se décide à croire en la beauté et en la réalité de l’identité homosexuelle ou de l’amour homosexuel vit une forme de division interne indéfinissable, de captation psychique, d’hypnose, de rêve éveillé digne des meilleurs films de science-fiction (quand l’être humain s’extériorise trop), entre ce qu’il ressent et ce qu’il vit concrètement. « Quand j’ai sonné à la porte, j’étais dans un état second. » (Florence dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Je ne me reconnais plus. Ce qui me faisait l’égal des autres n’existe plus. Je leur ressemblais malgré mes défauts. Les miens et ceux de mon monde. Tu m’as soustrait à l’ordre naturel des choses. Je ne m’en suis pas rendu compte lors de ton séjour. Je m’en aperçois, alors que tu t’en vas ? En te parlant, je prends conscience de ma diversité. Qu’adviendra-t-il de moi ? Ce sera comme vivre tout près d’un autre moi-même qui n’a rien de commun avec moi. Faut-il toucher le fond de cette diversité que tu m’as révélée et qui est ma vraie nature angoissée ? » (Pietro à l’Étranger qui l’a défloré, dans le film « Teorema », « Théorème » (1968), de Pier Paolo Pasolini) ; « La chambre obscure impliquait certains actes concrets. Julien attendait des choses, que son hôte n’avait à présent guère le courage d’entreprendre. La chaleur était pénible. Nicolas se sentait décalé, hors de lui-même, tandis que ce corps offert devenait soudain réel. Attendant d’être accommodés à la cuisine de Nicolas, les 65 kilos de Julien s’imposaient maintenant comme un paquet de chair peu compatible avec la rêverie qui les avait conduits jusque-là. […] Il devenait spectateur de Julien et de lui-même. […] Nicolas n’osait révéler son malaise à celui devant lequel il avait, depuis trois jours, montré tant de détermination. Il fallait payer. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), pp. 82-85)

 

Dans le roman Papa a tort (1999) de Frédéric Huet, Antoine entraîne Julien dans un guet-apens (cette situation finit par plaire à ce dernier, malgré la violence objective de la démarche) : « Je lui ai emboîté le pas. Antoine m’a entraîné jusqu’aux toilettes où il m’a brusquement poussé. J’ai demandé : ‘Pourquoi ?’. ‘Tu verras. C’est un secret’. Alors je me suis avancé sans broncher et Antoine a refermé la porte derrière lui. Et puis là… oh, la, la, la, la, j’en tremble rien qu’à l’écrire mais Antoine qui s’est immobilisé devant moi, m’a plaqué violemment contre le mur, s’est collé à ma poitrine jusqu’à presque m’étouffer, et d’un geste langoureux, il a posé sa bouche contre ma bouche, et tout en se penchant délicatement près de mon oreille, il m’a soufflé : ‘Je t’aime.’ J’ai failli m’évanouir à cet instant. J’étais transporté aux anges, renversé, ébranlé. »

 

Dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, Tanguy déclare vivre écartelé « entre deux mondes » (p. 237) juste après avoir vécu sa première expérience homosexuelle.

 

Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz (20 ans) se retrouve dans l’appartement de Léopold (35 ans) – ils se sont flairés dans la rue et ils ne se connaissent pas – et la situation précipitée mais voulue par eux deux laisse Franz dans un profond désarroi. Juste avant qu’ils s’embrassent, le jeune homme semble perdu (« Je ne sais pas… Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Vous m’avez pris de court… ») et raconte que son tout premier baiser homosexuel (avec la langue) reçu par Joachim – un camarade dans un foyer de lycéen – l’avait troublé (« Je me suis senti très mal. »). Lorsqu’il embrasse Léopold pour la première fois, Franz est pris d’étourdissements : « Ça fait tout drôle… J’ai vraisemblablement trop bu. » Une fois l’acte sexuel consumé, Franz est à la fois repu et pris de culpabilité : « Je me suis bien fait avoir. »

 

Le personnage homosexuel semble nous dire que la beauté de l’acte homosexuel réside prioritairement dans sa non-actualisation, dans sa non-réalisation ; dès que celui-ci devient concret, il perd de sa splendeur. La première fois n’a que la magie de l’irréel : « Tout est allé très vite et Olivier ne réalise pas trop ce qui vient de se passer. Il est content que son ami ait pris cette initiative. Plusieurs fois il avait rêvé de ce moment, où il pourrait enfin embrasser son fantasme sur la bouche. Mais la réalité a finalement été bien décevante. Maintenant, il ne sait plus s’il est heureux que ça se soit produit ou non. » (Olivier, le héros homo du roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 173)

 

Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, quand Sieger reçoit et donne son premier baiser à son amant Marc, il s’allonge sur l’eau en regardant le ciel, comme éberlué par une irréalité. Dans le film « Fotostar » (2002) de Michele Andina, Konrad, le héros homosexuel, une fois qu’il se trouve enfin dans le salon de Jonas, l’homme qu’il a dragué et qui l’embrasse langoureusement sur la bouche, finit par se rétracter. Au moment d’accéder enfin pour de vrai à l’homme de ses fantasmes érotiques, il découvre avec effroi l’envers du décor, la vanité de la possession de l’homme-objet que son désir homosexuel avait commandé. On le voit paralysé par la peur. Jonas essaie de le tranquilliser : « Tu n’as aucune raison d’avoir peur. » Mais Konrad nie sa crispation sans pour autant y remédier (« Mais je n’ai pas peur. »)… contradiction qui perturbe bien évidemment Jonas (« Alors détends-toi. Qu’est-ce que tu as ? »). C’est au moment où Konrad prétexte d’aller aux toilettes qu’il quitte en douce l’appartement de son ami. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux amantes Kena et Ziki se retrouvent pour la première fois en intimité dans une camionnette… mais au moment de s’embrasser, Kena est tellement gênée qu’elle quitte le lieu : « Je dois y aller. » Plus tard, juste après leur première coucherie et leur nuit d’amour, les deux amantes Ziki et Kena partagent leurs impressions… et Ziki a du mal à réaliser la factualité de leur acte génital : « J’aimerais que ce soit vrai. »… « Mais c’est vrai ! » lui répond gentiment Kena, pour la rassurer.

 

Dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay, c’est le même scénario : l’amant-puceau qui avait « allumé le chauffe-eau » ne prend finalement pas la douche, parce qu’il a inconsciemment peur du viol qu’il a enclenché en toute bonne foi et toute audace. Dani, adolescent de moins de 18 ans, drague Julián, un écrivain homosexuel à la quarantaine bien tassée, et lui saute littéralement dessus pour qu’il couche ensemble. D’abord, il lui vole un baiser… ce qui laisse Julián pantois (il noie sa gêne dans un rire nerveux : « Ça te gêne pas d’embrasser un homme ? ») Dani joue alors la carte du naturel forcé (« Pourquoi ça me gênerait ? ») et du mensonge, puisqu’il fait croire que ce n’est pas sa première fois et qu’il a déjà couché avec son meilleur ami Nico, ce qui est pertinemment faux (« Ce n’est pas ma première fois. Oui, je l’ai déjà fait avant. Et le reste aussi. Baiser, faire l’amour… Bon… plus ou moins. »). Dani cherche à masquer sa peur par une audace effrénée, démesurée : il ouvre précipitamment la braguette de Julián et se met torse nu devant lui. Ce dernier essaie d’amortir la précipitation suspecte du jeune « chien fou » (« Dani… Dani… On continue ? T’es sûr ? Tu veux vraiment qu’on continue ? »), et sans pour autant rejeter sa proposition, il fume, met de la musique, part se préparer, afin de rajouter à la baise pédophile une lenteur et un romantisme qui la déréaliseront. Mais au moment où il revient dans le salon, entre-temps, le petit oiseau soi-disant téméraire et effronté s’est envolé…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La première fois homosexuelle est vécue par beaucoup de personnes homosexuelles comme un traumatisme :

J’entends déjà d’ici certains esprits pessimistes me rétorquer à propos de ce code : « Mais pourquoi inventes-tu un malaise là où il n’y en a pas eu ? Moi, j’ai vécu mon premier baiser comme une libération ! Et le jour de la découverte de mon homosexualité a été, sans déconner, une révélation, le plus beau jour de ma vie ! Pourquoi fouilles-tu la merde et cherches-tu à culpabiliser l’ensemble des personnes homosexuelles en les faisant revenir sur un souvenir intime et lointain qu’elles n’ont plus en mémoire ? » Et je leur répondrai : « Et pourquoi, d’après vous, elles se sont autant empressées de l’oublier ou de ne pas l’analyser, ce souvenir ? »

 

De même, j’imagine le parallèle immédiat et facile qui peut être fait avec l’hétérosexualité : « Tu sais, ce que tu dis sur la ‘première fois’ homosexuelle, c’est la même chose pour tous les couples hétéros… Ce n’est jamais parfait pour eux non plus du premier coup. On est tous gauches et inexpérimentés quand on débute sexuellement. On ne sort jamais la première fois avec la bonne personne. Et l’acte sexuel humain a toujours une part de violence naturelle, inhérente à la passion, au rythme bestial du coït, aux jeux sexuels, au rapport de pouvoirs entre amants pendant l’accouplement. J’ai l’impression que tu idéalises un peu le tableau des couples hétéros, pour mieux noircir le tableau des homos. Mais c’est noir… ou gris… pour tout le monde ! Il n’y pas d’amour ou de baiser spécifiquement homos : il y a de l’amour et des baisers tout court ! ». Et je pourrais rétorquer à ces défenseurs de la banalité du coït humain : « Mais qui vous dit que la première fois n’est jamais parfaite dans les couples femme-homme, si ce n’est vous, parce que vous ne croyez plus en l’Amour vrai ? Qui vous dit qu’il n’y a pas des couples qui s’attendent vraiment et qui soignent complètement leur première fois, au point de vivre même leurs petits défauts de débutants comme des occasions de rire et de s’aimer davantage ? » Ce n’est pas parce que techniquement ce n’est pas parfait – quand on est novice, on est, c’est vrai, forcément maladroit – que ce n’en est pas moins idéal et génial dès la première fois quand même pour ces deux êtres de sexes différents qui vivent l’émerveillement de la découverte de leurs différences et de leur virginité offerte intacte à la bonne personne qui les a attendus. Même si la première fois homosexuelle n’est pas systématiquement facteur de tristesse et d’horreur, en tout cas, elle n’est pas autant source d’émerveillement, de paix profonde, de patience, de respect, de durée, de joie, de surprise, que la première fois entre deux personnes de sexes différents qui ne se sont pas ruées sur le gâteau de la sexualité et qui ont vraiment pris la peine de ne pas se posséder l’une l’autre dans une fusion fiévreuse et une précipitation angoissée.

 

Même dans la réalité, j’ai constaté à maintes reprises que la première fois homo-affective/homosexuelle est souvent traumatique (ce n’est pas rien de vivre concrètement l’exclusion de la différence des sexes !). D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si statistiquement le premier rapport homosexuel est vécu beaucoup plus tard que dans les couples femme-homme, comme si le choc était inconsciemment deviné, reporté, craint : « Les personnes qui ont eu un partenaire du même sexe dans les 12 derniers mois rapportent une activité sexuelle plus diversifiée que les autres. Elles ont débuté leur vie sexuelle plus précocement : 17,3 ans ‘versus’ 18,6 ans pour les femmes hétérosexuelles, et 17,1 ans ‘versus’ 17,6 ans pour les hommes hétérosexuels. Leur premier rapport homosexuel a eu lieu à 22,8 ans pour les filles et 18,8 ans pour les garçons. » (Enquête sur la sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 251) Le caractère précipité, compulsif, pressé, bâclé, que prend souvent la première expérience homosexuelle ne fait que renforcer le climat de peur qui entoure inconsciemment l’acte homosexuel, ne fait que prouver que celui-ci est né d’une frustration ou même qu’il engendre une frustration).

 

Beaucoup de psychiatres et de psychologues vous le diront. Il n’est pas anodin de passer à l’acte homosexuel. Quand je m’étais entretenu, en 2012, avec le journaliste Jacques Arènes (qui semblait un peu timoré à l’idée d’envisager, comme moi, un lien entre désir homosexuel et viol), ce dernier n’a pas pu s’empêcher de m’avouer qu’au vue de son accompagnement psychologique auprès de ses patients homosexuels, il constatait à maintes reprises une ambiguïté violente qui se cristallisait autour de l’initiation à la pratique homosexuelle.

 

Et quand les individus homosexuels posent un regard rétrospectif honnête sur leur dépucelage homosexuel, quand ils s’aventurent à ouvrir le livre de leur honte, on entend beaucoup de remords : « Ça s’est passé mal, très très mal, parce que c’est comme si ça en rajoutait encore, en définitive. Le fait de passer à l’acte, pour moi, faisait que ça rajoutait encore de la complication à mon existence. » (Olivier, 37 ans, parlant de son premier passage à l’acte homosexuel, dans le documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) ; « Mon premier contact avec un pédé fut un réel moment d’intense stupidité. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 72) ; « Le premier soir, ça a été presque beurk. La première rencontre ça a été un peu catastrophique. » (Yann parlant de son amant Pierre, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « J’avais seize ans. La prof d’italien nous emmenait voir une pièce. Je suis arrivé en retard. Chaillot était fermé. Alors j’ai voulu connaître le sexe. Le sexe était plus fort. Plus fort que la peur. Plus fort que moi. Je suis descendu dans les jardins. J’avais lu dans ‘Le Nouvel Obs‘ que ça draguait. J’ai zoné dans les bosquets, moyennement rassuré. Un mec s’est approché, beaucoup plus vieux que moi, trente ans, moustachu. Il m’a demandé ce que je faisais là. J’ai dit Je drague’. Il a dit ‘Moi aussi’. Je l’ai suivi jusque derrière une espèce de monument grec. On s’est embrassé. J’avais déjà roulé des pelles à deux ou trois filles, mais là c’était différent. Électrique. Après on s’est sucé. Le goût était horrible. J’ai joui, je ne me souviens pas comment. Je ne me permettais pas de faire très attention à ces choses-là à l’époque. Quand je suis rentré à la maison j’étais en sueur, j’avais envie de vomir. » (Guillaume Dustan, Plus fort que moi, 1998) ; « J’y suis allé pour avoir du sexe avec les hommes. C’est la première chose que j’ai faite. Donc ce gars avec qui j’avais chatté un temps sur Internet était de Flint, dans le Michigan. C’est là-bas que j’ai perdu ma virginité. La capitale mondiale des assassinats, c’est de notoriété publique [rires] . Ce n’était pas la destination la plus romantique. […] Ce fut un épisode sans importance. Ça n’a pas été… il n’y a pas eu de feux d’artifice. Juste après, j’ai senti une forte culpabilité et honte. » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Il est arrivé. Ça n’a pas vraiment bien collé. Il est reparti. Ça n’a pas collé la première fois. » (Pierre racontant sa première rencontre avec Bertrand, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 

Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Romain demande à ses amis homos séropos quelle a été leur pire expérience sexuelle. Seul Mateo répond en boutade : « Ma pire expérience sexuelle ? Je sais pas. Y’en a eues tellement ! » Il raconte plus sérieusement qu’il a été violé à l’âge de 15 ans, dans un bar gay, par « un type qui avait mis une saloperie dans son verre ». Il avoue que sur le coup qu’il ne se souvenait plus de rien.
 

Énormément de personnes homosexuelles nous mettent en garde contre le passage douloureux à l’acte (qu’ils ont vécu ou ont vu vivre), sans pour autant le dénoncer explicitement. « La première fois que nous avons passée ensemble, je n’ai fait que pleurer. Elle était aussi démunie que moi si bien que l’une comme l’autre, en toute bonne foi, nous avons cru nous aimer. » (Paula Dumont en parlant de son couple avec Martine, dans son essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 70)

 

Par exemple, dans le documentaire « Le Bal des chattes sauvages » (2005) de Véronika Minder, l’acte homosexuel n’est pas présenté comme anodin : à la perspective de la rencontre d’amour homosexuelle, les amantes ressentent une profonde et curieuse tristesse. Elles préfèrent appeler cela une « sauvagerie »…

 
 

b) Le baiser qui fait pleurer :

Film "L'Évangile selon saint Matthieu" de Pier Paolo Pasolini

Film « L’Évangile selon saint Matthieu » de Pasolini


 

Symboliquement, le principal premier passage à l’acte homosexuel est le baiser. Dans le discours de certaines personnes homosexuelles, il est souvent question de l’importance (et des dégâts !) du premier baiser homosexuel : « Dans mon premier film, ‘Crescendo’, on voit un premier baiser, celui que le personnage principal, qui au début du film est hétéro, échange avec un garçon. Comme il n’est pas habitué, il court cracher dans un lavabo. Moi aussi j’ai fait ça la première fois. Mais évidemment, il y prend vite goût… » (le réalisateur Jean-Daniel Cadinot, cité dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 70)

 

En écoutant certains amis homosexuels me raconter leur initiation homosexuelle en privé, j’ai été frappé de voir qu’elle ressemblait parfois à un viol, bien que cela ne soit même pas conscientisé et identifié comme tel par la victime « consentante ». Parmi eux, quelques-uns ont littéralement fondu en larmes juste après avoir reçu un simple baiser, ou une caresse soi-disant anodine. Je n’invente rien. On me l’a raconté.

 

Le baiser homosexuel n’est généralement pas donné et reçu en toute liberté. Il est arraché, ou bien apparaît comme une collaboration, un viol : « Une seule pensée traverse alors mon esprit avant de sombrer totalement dans le plaisir indescriptible du premier baiser échangé avec un garçon : comment vais-je réagir en me regardant dans la glace demain matin ? » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 123)

 

Par exemple, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy (diffusé dans l’émission Tel Quel, sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012), Guillaume, homosexuel, raconte qu’il a éclaté en sanglots devant sa glace après sa première nuit de passage à l’acte homo.

 
 

c) L’acte homosexuel rejoint indirectement ou directement le viol :

La première fois homosexuelle est marquée en général par un contexte d’absence de liberté (on appelle cela l’« homosexualité de circonstance » : je parle plus longuement de ce type particulier d’homosexualité dans les codes « Entre-deux-guerres » et « Drogues » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’avais bien eu une première expérience après l’armée, mais ça s’était très mal passé. Alors j’ai cru que j’étais hétéro. » (Joaquim cité dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 102)

 

Elle n’est pas une expérience plaisante. Elle provoque parfois même un malaise corporel, un dégoût. « Je n’aimais pas Djaghilew et pourtant, je vivais avec lui. Je l’ai haï du premier jour que je l’ai connu. […] Tout de suite, je lui permis de faire l’amour avec moi. Je tremblais comme une feuille et je m’efforçais de dissimuler la haine qu’il m’inspirait… » (le danseur Waslaw Nijinksy à propos de son amant Djaghilew, dans le Journal de Nijinsky)

 

Dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), le dramaturge Denis Daniel raconte que les démarrages de ses rapports homosexuels provoquèrent chez lui d’« inexplicables malaises » (p. 113).

 

Salvador Dalí raconte que la « première fois » (pénétration anale) avec le poète espagnol Federico García Lorca a été très mal vécue par le second (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 235).

 

Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa décrit son tout premier contact avec la sexualité : à 13 ans, il voit un voisin des impasses du Bloc 14 se masturber. « C’était l’été, en plein été, août, le 7 août. […] Abdellah, fils de Ssi Aziz, se masturbait. » (p. 11) Plus tard, il vit sa première expérience sexuelle avec un cousin plus âgé que lui, Chouaïb, qui le viole… ce qui n’empêche pas l’écrivain de penser qu’il a finalement adoré cela : « Chouaïb était maintenant nu, entièrement nu. […] C’est à ce moment-là que j’ai réalisé ce qui allait physiquement m’arriver, se produire en moi. Exploser en moi. Pour la première fois. J’ai fermé mes fesses. J’ai fermé mes yeux. Avec force. » (p. 22)

 

La première fois homosexuelle est aussi en lien avec la violence des rapports sociaux et commerciaux au sein de la communauté homosexuelle, avec l’inhumanité des sites de rencontres Internet et des lieux de drague (qui offrent le premier contact concret avec une homosexualité pratiquée). Par exemple, dans son autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011), Jean-Michel Dunand raconte que sa première fois homosexuelle s’est passée dans un contexte glauque : un homme plus âgé que lui l’a tripoté dans des toilettes publiques.

 

La première fois homosexuelle est associée également à la mort, à l’amour impossible avec un être absent. « C’est l’amour le plus douloureux ! C’est la première fois que mon cœur s’est ouvert à l’amour, l’amour vrai, peut-être la seule fois de ma vie. » (Emilio Prados cité dans l’essai De Sodoma A Chueca (2004) d’Alberto Mira, p. 233)

 

Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte avec des mots précis « le traumatisme de sa première expérience homosexuelle » (p. 99) : « À peine fut-il sur moi, que je versais des larmes de désolation. L’instant de sodomie, rigoureusement chargé, vit tout mon être disparaître dans les profondeurs du mal pour ne devenir qu’une empreinte. Les filles pensais-je alors, subissent-elles le même sort ? J’avais terriblement mal et je hurlais que jamais plus je ne résisterais, mais qu’il fallait que cela cesse. Torture terrifiante qui m’incendiait de partout, son sexe sans pitié qui me ravageait par des tamponnements secs et violents. » (idem, p. 68) ; « Je sentais chaque centimètre de mon corps me distendre et m’étirer. Indéfiniment. De me sentir possédé, je me mis à pleurer. » (idem, p. 69) ; « Tu m’appartiens désormais, me dit-il’. C’était des mots d’homme, des mots possessionnels et j’en avais la cognition. À seize ans, je n’étais plus le même. J’avais soudainement comme une impression de vide, ce vide qui semblait être ma mort et mon humiliation. […] Qu’étais-je devenu, pour un jour, une nuit, toute une vie ? » (idem, p. 70) ; « Rien ne m’avait préparé à l’extraordinaire sensation que j’avais éprouvée à contempler ma propre sexualité de l’extérieur. J’estimais au fond de moi, qu’un passionnant épisode de ma vie ratait son départ. » (idem, p. 74)

 
 

d) La ré-écriture enchanteresse et volontariste de la « première fois » homosexuelle :

Pourtant, l’initiation homosexuelle n’apparaît pas tout de suite comme violente aux yeux des personnes homosexuelles pratiquantes, car sa brutalité est amortie par les intentions amoureuses, et par une auto-persuasion individuelle (matinée d’un « militantisme de l’optimisme ») qui stipule que « le mal était malgré tout nécessaire et en valait la chandelle ».

 

Parfois, le traumatisme de la « première fois » est interprété sous forme de conte de fée révolutionnaire, pour atténuer le vrai choc. « J’ai perdu ma virginité avec bonheur. Ses regards d’admiration et d’incrédulité ont suffi à faire compenser toutes mes frustrations. » (Kim Pérez Fernández-Figares, homme transsexuel cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 254) ; « En 2005, Christine Bakke fait pour la première fois l’amour avec une femme : ‘C’était sa première fois à elle aussi, ce que j’ai trouvé très beau. Il n’y avait aucune attente, c’état naturel, ça coulait de source.’ » (Christine Bakke, ex-ex-lesbienne, interviewée à Denver, dans le Colorado, fin 2018, dans l’essai Dieu est amour (2019) de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Éd. Flammarion, Paris, p. 84) ; etc.

 

On comprend que si la « première fois homosexuelle » est parfois décrite en des termes positifs, ce n’est pas tant parce que les faits sont regardés tels qu’ils sont, mais bien parce qu’ils sont l’objet d’une ré-écriture enchanteresse postérieure à l’acte homo.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, dans leurs élans bobos, fantasment sur le concept de « première fois ». Même si dans les faits la « première fois » et la virginité sont rendues bien loin, certaines s’évertuent en amour à rejouer cycliquement la comédie de la « première fois ». Par exemple, on les entend dire toutes les trois semaines qu’elles sont tombées folles amoureuses, que « cette fois, elles ont vraiment rencontré LA bonne personne », que « c’est complètement différent de tout ce qu’elles ont connu auparavant »… Face à l’amant, elles servent le même discours sincère de la renaissance : « C’est la première fois que ça m’arrive ; t’es la première personne avec qui je fais ça ; Tout ça, je ne l’ai jamais dit à personne d’autre ». Mais concrètement, dans leur vie, la réalité de la « première fois » est beaucoup plus liée à celle de la rupture, de la bonne intention non-actée, ou de la pulsion égoïste romantisée, qu’à la véritable virginité, une virginité reçue et non pas créée par nos propres forces/perceptions humaines.

 

L’esprit bobo, vénérant l’instant au détriment de la durée, a un rapport idolâtre aux premières fois : à la fois il les idéalise, et il les méprise comme des rêves de midinettes. « J’essaie de me rappeler. Le début. Ce qui m’a attiré. La nuit. Une boîte de nuit où je me rendais pour la première fois de ma vie. La foule branchée que je n’aimais pas. […] Il dansait. Seul. […] Plus tard, audacieux, je lui ai parlé, je l’ai complimenté. Il a levé les yeux, a souri et moi je suis tombé amoureux, immédiatement, instantanément. On appelle ça le coup de foudre. Moi, j’appelle ça la reconnaissance mutuelle. […] Je ne l’ai pas quitté. Il ne m’a pas quitté. On a dansé ensemble. Une fois. Un slow. ‘Pull marine’. Isabelle Adjani. » (Abdellah Taïa parlant de sa première rencontre avec Slimane, celui qui sera son amant pendant quelques années, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 108) ; « Comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure… Je suis devenue une vraie femme. » (Thérèse par rapport à sa toute première fois lesbienne, où une ancienne camarade de classe dévergondée l’a dépucelée, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc.

 

Une autre parade trouvée par les personnes homosexuelles pour noyer leur tristesse d’être des individus homos pratiquants régulièrement débutants, c’est la focalisation sur le coming out, sur l’exhibition de soi : elles vont régulièrement mettre en scène la première fois qu’elles ont annoncé leur homosexualité, pour ne pas avoir à révéler que la véritable difficulté n’a pas été d’annoncer son désir homosexuel, mais bien de l’avoir actualisé/concrétisé avec un copain !

 

Et une grande partie de la société participe de ce déni de violence de la première fois homosexuelle qu’est le coming out. Le coming out est une fausse première fois qui cache la vraie, le train qui en dissimule un autre. C’est pour cette raison, à mon avis, que les premières fois homosexuelles sont guettées autant que craintes par nos contemporains (excitation voyeuriste et misérabiliste sur le coming out, suspens autour du baiser homo dans les séries télévisées, curiosité malsaine par rapport à l’acte génital, attente de conversion inexpliquée de l’hétérosexualité à l’homosexualité, gros plan scabreux sur la violence soi-disant « homophobe », etc.).

 

Sinon, bien évidemment, l’astuce la plus efficace que se sont trouvées beaucoup de personnes homosexuelles pour nier la déception/violence de leur premier passage à l’acte homosexuel, c’est la victimisation, et son corollaire : l’extériorisation du viol sur un ennemi tout-puissant (qui portera tantôt le nom d’« homophobie intériorisée », de « culpabilité », de « regard culturel »).

 

En général, le fameux « regard social » – qui bien souvent et l’autre nom d’un regard sur soi et sur sa propre situation qu’on n’ose pas assumer ni écouter – a bon dos… « La première fois, c’était pas très bien. Parce que j’avais peur du regard des gens. » (Amélie, 28 ans, à qui on demande comment était son premier baiser lesbien, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger)

 

Certains individus homosexuels vont inverser les choses, en disant que l’acte homosexuel est objectivement bon, mais qu’il n’est rendu mauvais que par une lecture postérieure et subjective à l’aune des préjugés éducationnels, religieux, et sociaux sans fondements qu’on nous aurait mis dans la tête. Je ne suis bien sûr pas d’accord avec cette interprétation réductrice. Notre regard sur l’acte homosexuel vient de l’acte en lui-même, de la perception de celui qui le vit, et de la société : les trois ensemble. L’apparente valeur positive de l’acte homosexuel tient à mon sens davantage de la décharge émotionnelle/nerveuse qu’il a permise dans l’instant, du défouloir post-dépression, du petit soulagement vécu dans une frustration affective globale, du contentement rassurant et ponctuel dans les câlins, que de l’acte en lui-même. « Il m’a invité à le suivre dans une cabine et j’ai eu ma première expérience sexuelle adulte. Ce n’est pas ainsi que j’avais imaginé cette première fois, mais j’avais envie d’y aller à son contact, besoin de me perdre dans un corps-à-corps. Toute cette frustration accumulée me pesait, j’avais une folle envie de me défouler, je me suis donc lancé. Sur le moment, cette intense décharge d’adrénaline n’a pas été désagréable. C’est seulement après que je me suis senti mal à l’aise. J’avais un goût amer à la bouche, je me sentais sale. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 44-45) Je crois en effet que l’acte homosexuel (contrairement à la découverte initiale de son désir homosexuel – qui n’est pas triste –, ou bien du bon déroulement de certains coming out) est traumatique en lui-même, pas dans le sens commun, brutal, et évident du mot « viol », mais dans le sens de « ravissement » : on ne sait pas quoi en penser, de ce cette première fois homosexuelle ; elle n’est ni assez grande pour remplir de joie, ni assez douce pour être banale. « Au début, j’étais à la fois surpris et gêné. Mais, dès que j’ai su répondre à ses avances, nous avons multiplié les occasions de nous isoler et, à mon grand bonheur, nos jeux sexuels se sont poursuivis pendant plusieurs mois. Mais, subitement, j’allais découvrir le chagrin de la perte, car il s’est détourné de moi pour une fille. Il m’a abandonné. Il avait tourné la page. J’avais été utilisé et jeté, sans même un mot d’explication. Je m’en suis voulu d’avoir répondu à ses avances. Je n’étais pas capable de lui faire des reproches, puisque tout s’était passé dans le non-dit. J’ai ravalé mon humiliation ; ce ne serait pas la dernière fois. » (idem, pp. 20-21)

 
 

e) Le premier viol homosexuel vient de l’imaginaire et de l’éloignement du Réel :

La violence de l’acte homosexuel n’est pas prioritairement une question de pénétration génitale ou de gestes brusques (qui pourraient être vécus dans le cadre très minoritaire de l’univers SM par exemple). Elle se situe avant tout dans la violence d’une sincérité, sincérité exposée comme vraie et aimante, alors qu’elle n’équivaut pas à la Vérité ni à l’Amour (on peut vouloir le bien sans le faire ! on peut être franc, consentant, sincère, intentionnel, sans être vrai !)

 

« C’était la première fois qu’Ednar faisait l’amour ; enfin un ‘câlin’. Quoi de plus naturel pour un jeune homme de seize ans, si le prétendant n’était pas un copain de son âge rencontré par hasard un soir sur la plage ! Mais voilà, une fois ce premier ‘rapport sexuel’ consommé, il lui procura plus de dégoût que de plaisir. » (Jean-Claude Janvier-Modeste dans son autobiographie romancée Un Fils différent (2011), p. 19) ; « Avec ma première petite amie, je n’ai pas eu de relation sexuelle. C’était un amour platonique. Elle disait qu’on faisait quelque chose de très laid. » (Mària Takàcs, la réalisatrice hongroise lesbienne, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt) ; etc.

 

Le meilleur exemple de « premières fois homosexuelles » ratées, d’actualisations violentes de la sincérité, ce sont déjà les coming out : « Depuis l’âge de 16 ans, je savais que j’étais vraiment attirée par les femmes, je le savais, je le sentais ce truc-là. C’était assez paradoxal, parce que la première connaissance que j’ai eue de l’homosexualité, j’étais plutôt prête à la rejeter, à l’éviter. » (Laura, une femme lesbienne de 49 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 52) ; « Moi je me dis, je viens d’un milieu plutôt intello, alternatif, où a priori, c’était possible d’assumer ça plutôt facilement, et en fait je me suis grave pris la tête pendant dix ans et je ne sais pas pourquoi. » (Louise, femme lesbienne de 31 ans, idem, p. 54)

 

La violence de la première fois homosexuelle, c’est aussi celle du regard libidineux de notre semblable sexué, ou bien celle d’un simple « Je t’aime », tellement inapproprié au Réel et à la réalité de la relation qu’il a l’effet d’une gifle. Par exemple, lors de l’émission Dans les yeux d’Olivier d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, diffusée sur la chaîne France 2 (spéciale « Les Femmes entre elles », le 12 avril 2011), quand Tina a annoncé à sa copine Stéphanie, 24 ans (et de vingt ans sa cadette !) qu’elle l’aime et qu’elle ne peut pas vivre sans elle, celle-ci avoue « s’être effondrée » La déclaration d’amour homosexuel apparaît comme un arrivisme suspect, flattant la défaillance humaine des deux amants qui s’adonnent (de manière consentie mais si peu libre !) à leur désir homosexuel.

 

L’acte homosexuel a le pouvoir d’anesthésier la conscience de mal faire. Il rend flou la frontière entre le bien et le mal, entre réalité et fantasme, si bien que les personnes homosexuelles qui se décident à croire en la beauté et en la réalité de l’identité homosexuelle ou de l’amour homosexuel vivent une forme de division interne indéfinissable, de captation psychique, d’hypnose, de rêve éveillé digne des meilleurs films de science-fiction (quand l’être humain s’extériorise trop), entre ce qu’elles ressentent et ce qu’elles vivent concrètement.

 

Par exemple, lors du talk-show Ça se discute (diffusé sur la chaîne France 2, le 18 février 2004), une intervenante lesbienne, Corinne, jadis mariée à un homme qui s’appelle Matthieu, décrit sa « première fois » lesbienne. Pendant qu’elle s’exprime, elle mime avec les mains le mouvement de projection violente vers l’avant qui a immédiatement précédé le baiser homosexuel : « Nous nous sommes embrassées, et j’ai su que ma vie avait basculé. J’ai été projetée d’un monde à l’autre. J’ai été poussée et je suis rentrée au travail avec elle, et tout ce que je savais dire sur le trajet – c’est elle qui me l’a dit plus tard parce que moi, j’étais un peu partie ailleurs – c’était ‘putain merde, fait chier, putain merde, fait chier, putain merde, fait chier’ parce que j’ai tout de suite su en 3 secondes que mon mariage était fini et qu’en fait, le ‘putain merde, fait chier’ c’était ‘putain merde, ça y est, ce que tu attendais depuis X années vient enfin d’arriver’. Et 15 jours plus tard, j’annonçais à Matthieu que je le quittais. »

 

Les personnes homosexuelles pratiquantes semblent nous dire que la beauté de l’acte homosexuel réside prioritairement dans sa non-actualisation ; dès que celui-ci devient concret, il perd de sa splendeur. Il n’a que la magie de l’irréel.

 

Pour ma part, je me souviens de ma première fois homosexuelle. Je l’ai vécue tard. À 29 ans. En 2009. À Paris. Dans un contexte relativement respectueux, sincère, consenti, pas du tout glauque, mais malgré tout précipité et peu libre. Je n’en garde pas un souvenir cauchemardesque, au contraire. C’était juste un moment surréaliste, où j’étais dans un état second. Je n’aimais pas cet homme (un peu plus âgé que moi et qui m’a servi de cobaye, au fond). Quand il m’a serré dans ses bras puis embrassé sur la bouche, je tremblais de tout mon corps (alors que je n’avais pas froid). J’étais tétanisé. Il a bien fallu quinze minutes avant que je me détende. Pourtant, il n’a pas été brusque avec moi et m’offrait des gestes qui me faisaient plaisir, qui étaient censés me rassurer. Cet homme a été, en apparences, très respectueux avec moi (même s’il me traitait comme un bibelot). Mais j’étais transi de peur et de culpabilité parce que je sentais que je vivais la médiocrité que j’avais devinée depuis mes 20 ans (sans que personne ne m’ait dit que « c’était mal »). Parce que je sentais que le fantasme devenait réalité et que malgré tout, il ne me comblait pas. Je voyais déjà que ça n’allait pas. Je tremblais comme une feuille. Je n’étais plus moi-même. Mais sur le coup, j’ai accepté comme logiques cette transformation, mon laisser-faire, un abandon à la sensualité et à la facilité. Je crois que pour ce premier contact avec la sexualité homosexuelle, j’ai été violenté et j’ai violenté. Mais comme mon partenaire et moi étions d’accord pour le faire, nous nous sommes forcés à amortir mentalement le choc. Nous n’avons même pas couché ensemble. Nous nous sommes juste enlacés et embrassés. La violence dont je parle n’est effectivement pas tant dans la brutalité des gestes – car les gestes posés étaient doux, presque chastes, d’une naïveté adolescente – que dans l’absence de liberté, l’égoïsme mutuel, l’éloignement du Réel, le manque de désir et de joie. C’est drôle : alors que je n’étais pas du tout dans l’état d’esprit de trouver ce que j’allais vivre « diabolique » ou au contraire totalement idyllique, alors même que mon premier amant n’avait absolument pas connaissance de ce que j’avais déjà écrit des années auparavant sur le passage à l’acte homosexuel (dans mon livre qui venait d’être publié), tout s’est pourtant passé exactement comme je l’avais écrit, à la virgule près. J’ai en effet vécu, pendant ma première fois homosexuelle, un « truc » surjoué, narcissique, immature, hallucinant (dans le sens de « ravissement » peu choquant), assez banal, désordonné, insensé, sans joie profonde. Tout sauf exceptionnel, en somme. Comme quoi, on n’a pas besoin d’en passer obligatoirement par l’expérience pour voir juste sur l’acte homosexuel et juger de son irréalité/sa violence consentie. Et de cela, je n’en ai jamais douté.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

Code n°178 – Vierge (sous-codes : Vénus / Fée / Ève / Marie)

Vierge

Vierge

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vierge mais pas trop

 

Tableau de Pierre et Gilles

Tableau de Pierre et Gilles


 
 

Les individus homosexuels laissent une grande place à la Vierge Marie dans leur vie, aussi bien iconographiquement que réellement. Pour les bonnes raisons (ils sont attirés par sa pureté, par l’idéal de continence qu’elle les aide à vivre, par sa douceur, par son réalisme, par sa miséricorde maternelle, par sa vie toute donnée à Jésus, par sa sagesse et sa constance, parce qu’elle est la Reine du Ciel et notre mère à tous), mais aussi pour les mauvaises raisons quand ils perdent leur pureté par des actes qui désavouent leur virginité d’Enfants de Dieu. Dès que les sujets homosexuels pratiquent leur homosexualité, ils s’écartent de l’Incarnation de Jésus et de Marie, s’en moquent et La parodient. Ils se mettent à considérer la virginité comme un mythe mensonger et inaccessible (vaguement kitsch : la fée, la Vénus, la madone meringuée), cherchent à détruire la Vierge pour se mettre à sa place et se prendre pour Dieu, la représentent en putain ou en déesse inaccessible (que la véritable Vierge n’est pas : c’est vraiment la plus accessible et la plus immaculée des femmes). Ils établissent avec Marie (et finalement avec toutes les femmes réelles qu’elle représente : filles, femmes et mères) un rapport idolâtre d’adoration/mépris : ils la mettent sur un piédestal pour la vider de Réel, la tenir à distance, s’en faire une caricature et une frustration qui les pousseront plus tard à la voir comme une méchante ennemie, une araignée tentaculaire, une figure hypocrite de la bonne société puritaine, une sainte-nitouche à violer. Mais ils se plantent en beauté : la Vierge Marie, loin de nous juger, est là pour restaurer en chacun de nous notre pureté perdue, et la contaminer de sa pureté éternelle à elle. On ne peut comprendre le mystère et la grandeur de la continence que si on accueille la Vérité de l’identité royale et de la virginité de la Vierge Marie.
 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Première fois », « Reine », « Attraction pour la ‘foi’ », « Curé gay », « Blasphème », « Bergère », « Innocence », « Putain béatifiée », « Bourgeoise », « Mère possessive », « Destruction des femmes », « Super-héros », « Focalisation sur le péché », « FAP la ‘fille à pédés’ », « Matricide », « Jardins synthétiques », « Voyante extra-lucide », « Viol », « Inceste », « Grand-mère », « Actrice-Traîtresse », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Se prendre pour Dieu », « Femme allongée », « Mariée », « Sirène », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Mère gay friendly », « Carmen », « Tante-objet ou Mère-objet », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Regard féminin », à la partie « Peur de la sexualité » du code « Symboles phalliques », à la partie « Cendrillon » du code « Désert », à la partie « Peter Pan » du code « Parodies de Mômes », à la partie « Enfant voyeur » du code « Espion homo », à la partie « Contes de fée » du code « Conteur homo », et à la partie « Continence » du code « Solitude », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) La Vierge adorée :

La Vierge est un leitmotiv des fictions homo-érotiques. Souvent, le personnage homosexuel vénère une femme aérienne, sans tache, magnifique, immaculée : cf. la chanson « Ave Maria » d’Esméralda dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon, la chanson « Ave Maria » de David Jean, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim (avec Marcy, l’héroïne lesbienne ayant une dévotion hystérique à la statue de la vierge de Lourdes), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec la Vierge Marie), le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le roman La Sainte Vierge (1951) de Yukio Mishima, la chanson « Ave Maria » de Mylène Farmer, le roman Mauve le vierge (1988) d’Hervé Guibert, la sculpture Vierge de Tony Riga, la composition Litanies à la Vierge noire (1936) de Francis Poulenc, la chanson « Dans les rues de Londres » de Mylène Farmer (avec Virginia), le film « Immacolata et Concetta » (1979) de Salvatore Piscicelli, le film « The Virgin Larry » (2001) de Damion Dietz, le film « Dreams Of A Virgin » (1986) de Claudia Schillinger, le film « Casta Diva » (1983) d’Éric De Kuyper, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest (avec la figure virginale d’Anne-Catherine), le film « Marie » (2007) de Pascal Lièvre, le film « Les Biches » (1967) de Claude Chabrol (avec Why, l’amante vierge), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, la chanson « Siete Vírgenes » de Haze, le film « Le Décaméron » (1971) de Pier Paolo Pasolini, Le roman La Naissance d’une vierge (2015) de Gabriel Dia, etc.

 

Film "Le Décaméron" de Pier Paolo Pasolini

Film « Le Décaméron » de Pier Paolo Pasolini


 

L’innocence de la Vierge attire le héros homosexuel, surtout esthétiquement et émotionnellement : « Tout commence par une femme, et tout finit par une femme. » (le héros homosexuel dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) La Vierge lui permet de s’acheter une conscience, une grandeur et une pureté. Par exemple, dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie, l’une des héroïnes lesbiennes, chante « Like A Virgin » de Madonna. Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Chloé, l’héroïne lesbienne, caresse une sculpture de marbre blanc d’une vierge à l’enfant dans son hôpital psychiatrique. Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, la chanson « Like A Virgin » de Madonna sert à l’un des lascars à découvrir/révéler son homosexualité. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Joey, le jeune adolescent de 15 ans, sur qui pèse une suspicion d’homosexualité, dit qu’il a vécu son premier grand amour pour une fille sur les Îles Vierges. Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil comme Valmont se déguisent en vierges, avec un voile sur la tête. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Nicolas, le héros gay, chante l’Ave Maria avec sa voix de ténor. Dans le film « Glückskinder » (« Laissez faire les femmes ! », 1936) de Paul Martin, Frank, le héros homosexuel, aux côtés de son compagnon Stoddard, joue aux courses de chevaux et parie son argent sur une jument nommée Vierge Wendy : « Tout sur Vierge Wendy !! » Voyant qu’ils perdent, Stoddard se désespère : « Elle est où notre vierge ? ». Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Loïc et Seb, couple gay, considèrent Marie, leur meilleur amie, comme une mère porteuse de leur enfant (sans avoir couché avec elle), et plus largement, comme une vierge (…en cloque). Ils se prennent donc pour Dieu : « Marie est celle qui porte ton enfant. » dit Seb à Loïc.

 

C’est souvent la mère biologique ou cinématographique qui est virginisée, et qui maintient le héros dans le cocon chaud de l’inceste : « Qu’est-ce qui t’arrive ? T’as vu la Vierge ou quoi ? » (Cédric s’adressant en boutade à son amant Laurent en parlant de sa propre mère qu’il n’a pas vue débarquer dans la chambre, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; « Notre mère chantait l’Ave Maria. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Les fées le protègent. » (la Belle s’adressant à son père par rapport à la Bête, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; etc. Par exemple, dans le roman Philippe Sauveur (1924) de Ramon Fernandez, Philippe, le héros homosexuel, voue une « adoration sans borne à sa mère, prénommée Maria : la Mère par excellence, l’idole chaste qui ôte l’envie d’approcher les femmes.
 

 

La vierge célébrée dans la fantasmagorie homosexuelle est plutôt une femme mythologique, sans corps, avec les pouvoirs magiques d’une fée ou d’une Vénus végétale : cf. la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho, la chanson « Venus » du groupe Bananarama, la chanson « Ma Vénus d’ébène » de David Jean, le film « Venus Boyz » (2001) de Gabriel Baur, le roman Patty Diphusa, la Vénus des lavabos (1985) de Pedro Almodóvar, la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec Philibert, fan de la déesse de l’amour), la pièce El Público (1930-1936) de Federico García Lorca, le roman Venus Plus X (1960) de Theodore Sturgeon, les romans Venus Bonaparte (1994) et Mujercísimas (1995) de Terenci Moix, le film « La Déesse » (1958) de John Cromwell, le film « Venus In Furs » (1969) de Jess Franco, le film « La Tentation de Vénus » (1990) d’Istvan Szabo, la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, les poèmes de Wystan Hugh Auden, le film « La Belle et la Bête » (1946) de Jean Cocteau, la pièce C’est bien fée pour moi (2014) de Réda Chéraitia, le film « The Blue Bird » (« L’Oiseau bleu », 1976) de George Cukor (avec la fée Lumière), la chanson « L’Histoire d’une fée, c’est… » de Mylène Farmer, le one-man-show Des Lear (2009) de Vincent Nadal (avec la bonne marraine Janine), le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec les fées), la pièce C’est bien fée pour moi (2014) de Réda Chéraitia, le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever » des Spice Girls, la chanson « Doolididom » de Zazie, la chanson « La Nuit des fées » du groupe Indochine, le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha (avec Eva, la fille célibataire de Johanna, la mère, présentée à Rudolf, le héros gay), le film « Morgane et ses Nymphes » (1970) de Bruno Gantillon, le roman Ève (1987) de Guy Hocquenghem, le film « La Nouvelle Ève » (1999) de Catherine Corsini, la chanson « Ève » de Charles Trénet, le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 Jours de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (avec Eva), le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix (avec Eva), la pièce Eva Perón (1970) de Copi, la pièce Eva Perón (2002) de Marcial Di Fonzo Bo, le film « All About Eve » (1950) de Joseph Mankiewicz (avec Ève la lesbienne), le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, le film « Sonate d’automne » (1978) d’Ingmar Bergman (avec Ève), le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion (avec le personnage d’Eva), le film « Una Mujer Como Eva » (1979) de Nouchka Van Brakel, le film « Golden Years » (2009) d’Aimee Knight (avec Ève), le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet (où Antoine, le protagoniste principal, tombe amoureux d’Eva), le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier (avec Eva), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Adam est… Ève » (1954) de René Gaveau, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson, le film « All About Alice » (1974) de Ray Harrison, le film « A Woman Like Eve » (1979) de Nouchka Van Brakel, le film « Adao E Eva » (1995) de Joaquim Leitao, etc.
 

« Votre nom à lui vaut de l’or. » (le Père O’Toiler s’adressant à la Tante Eva, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill)
 

Dans les fictions homo-érotiques, on constate que la Vierge est désincarnée et n’a pas tellement figure humaine. Elle est l’allégorie idéalisée d’une misogynie homosexuelle voilée : « Je n’ai pas dit femme. J’ai dit vierge. » (Dracula, le vampire homosexuel du film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey) ; « I need a real Virgin. » (Pierre Burger dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Son profil est celui des vierges mythiques. » (Maxence, le jeune peintre sensible dessinant les contours de sa femme idéale, dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « Ce que j’aime en une femme, en une vierge, c’est la modestie sainte ; ce qui me fait bondir d’amour, c’est la pudeur et la piété ; c’est ce que j’adorai en toi, jeune bergère ! » (Arthur Rimbaud, Un Cœur sous la soutane, 1870) ; « Quand le numéro se termine, la scène est plongée dans l’obscurité jusqu’à ce que, tout en haut, une lumière commence à se lever, comme un jour à travers la brume, et l’on voit dans son cercle se dessiner une silhouette de femme : divine, grande, parfaite, mais estompée, qui se profile chaque fois davantage, parce qu’en s’approchant elle traverse des rideaux de tulle, ce qui fait qu’on peut de mieux en mieux la distinguer, dans une robe de lamé argent qui ceint son corps comme une gaine. La femme la plus, la plus divine que tu puisses imaginer. Et elle chante une chanson, d’abord en français, puis en allemand. Elle se trouve en haut de la scène, et soudain s’allume à ses pieds, comme un éclair, une ligne horizontale de lampes. » (Molina, le héros homosexuel décrivant l’apparition de l’actrice Léni, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 53) ; « J’aime les filles, mais je ne les baise pas. » (Matt, le héros homosexuel du film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland) ; « La femme me paraissait au-delà de notre monde, comme une statue ou une apparition. Je n’arrivais pas à me figurer le contact de ma chair avec la sienne. Il me sembla que mon imagination était frappée d’impuissance de ce côté-là. » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 21) ; « Je veux t’attendre au zénith dans le ciel de la pleine lune ! Je veux ta virginité. » (Ahmed s’adressant à Lou l’héroïne lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « La Mylène, elle est pure ! Elle fait pas caca ! » (Tom, le fan de Mylène Farmer, dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Adrien, le héros homosexuel, veut qu’Eva (Fanny Ardant) reste éternellement vierge et ne fréquente pas d’autre homme que lui. Dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, même cas de figure : comme Marie, la « fille à pédé », a été « infidèle » à son meilleur ami homo Loïc (elle a osé sortir avec un autre homme que lui !), ce dernier la traite de « pute » et la pousse au suicide. Dans la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, Damien, l’un des héros homos, injurie Amélie de « salope » parce qu’elle a couché avec son frère Samuel. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel qui n’avait pas voulu de la jolie Franckie quand elle était célibataire, la jalouse quand elle revient avec son ex copain : il la voudrait éternellement vierge. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Romuald, le héros gay, s’inquiète de savoir si Frédérique, la lesbienne avec qui il va vivre une aventure sexuelle, est vraiment « vierge ». Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane, le héros homosexuel, qualifie sa meilleure amie lesbienne Florence de « Blanche-Neige » qui doit réserver sa virginité pour lui. Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil se dit attirée par le « derrière virginal » de Cécile Volanges, « cette vierge que le diable a recrutée contre elle ».

 

En virginisant son (ou sa) partenaire sexuel(-le), le personnage homosexuel désincarne et rend frigide l’amant(e) homosexuel(-le) avec qui il partage parfois sa vie, faisant preuve d’une homophobie inconsciente. « J’ai tourné la tête et j’ai vu qu’elle pleurait. Les larmes coulaient en silence, luisaient sur son visage pareil à un portrait médiéval de la Vierge Marie. Que faire ? » (Ronit parlant de son amante Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 146) ; « T’as l’air d’une fée. » (Howard, le héros homo face à sa future femme en robe de mariée, Emily, avec qui finalement il ne se mariera pas puisqu’il va faire son coming out le jour de leurs noces, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « La fée vietnamienne m’allonge, pour des messages pas très catholiques. » (cf. la chanson lesbienne « Body Physical » de Buzy) ; « Elle me croit inoffensive… mais les fées aussi sont dangereuses. » (Rinn, l’une des héroïnes lesbiennes, par rapport à Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Vous êtes la nouvelle Vierge Marie ? » (Yoann, le héros homosexuel, s’adressant à l’ex-femme de son amant Julien, Zoé, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « La Sainte Vierge incarnée ! » (Azario, un ami homo de Davide tout content d’avoir peinturluré de maquillage son amie gothique, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Elle baise pas. C’est une sainte. » (Meri, le transsexuel M to F se moquant de la prudence de Davide, son jeune camarade homo de 14 ans, idem) ; etc.
 
 

b) La Vierge violée :

Parfois, le personnage homosexuel est tellement fasciné par la déesse virginale que son imaginaire a créée qu’il finit, par orgueil et jalousie, par s’y identifier et par se prendre pour Dieu : « Je suis pour vous une fée bienfaisante. » (Madame de Merteuil s’adressant au Vicomte de Valmont, Lettre LXXXV, dans le roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos) ; « Tu penses qu’on a pris leur place ? » (Sulky et Sulku, les deux artistes efféminés à propos des vierges du Musée, dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; etc. Par exemple, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Sumter, le petit neveux de Michael (soupçonné d’être homo), dit qu’il veut devenir « une vierge imprévoyante » en s’identifiant à une marionnette biblique. Dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, Ken, l’un des héros homosexuels, considère Claudio comme la Sainte Vierge. Dans le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, Molly, l’héroïne lesbienne, interprète la Vierge Marie lors de la kermesse scolaire. Dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Mousse avoue qu’elle aimerait bien être la réincarnation de la Vierge Marie. Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Adam, l’un des héros homosexuels, demande à un ange efféminé, s’il « est une bonne ou une mauvaise fée ? » ; ce dernier lui répond : « Je ne suis pas une fée, je suis votre ange gardien : Dorothée. » Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, la jeune héroïne, Marie, 10 ans, conçue par un projet de coparentalité (un « couple » d’hommes et un « couple » de femmes) est totalement perdue dans son identité : elle est au départ gagnée par la prière et par une piété pour la Vierge Marie (une statue qui lui parle, qui s’anime pendant ses oraisons, et de manière de plus en plus sévère et autoritaire), mais peu à peu, elle va s’identifier à Elle : « Marie se pose des questions sur sa venue au monde : serait-elle, comme ‘l’autre Marie’, l’Immaculée Conception ? » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris du Forum des Images de Paris s’étalant du 7 au 16 octobre 2011). Le fillette finira par se moquer de la vraie Vierge Marie, en faisant même une bataille d’eau bénite avec l’eau de Lourdes en plein sanctuaire. Elle présente d’ailleurs avec décontraction la Vierge comme un arbre généalogique arachnéen difforme.

 

Roman La Vierge rouge de Fernando Arrabal

Roman La Vierge rouge de Fernando Arrabal


 

La Vierge ou la fée fantasmée par le héros homosexuel n’est d’ailleurs pas tellement une femme ni un être sexué. Elle devient l’androgyne dépossédé de sa féminité corporelle, voire carrément l’amant homosexuel : cf. la série radiophonique Biohomo Man de l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle (avec le personnage de la « Fée Lation » : subtil…) « L’Immaculée Conception, c’est vous ! » (Janine s’adressant à son amante Simone, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra compare sa compagne Jane à la Vierge : « Comme la Madone. ’ Petra désigna du menton le tableau de bord où était adossée une carte religieuse. Une Vierge parée de bijoux portait un enfant Jésus plein de vie entièrement nu hormis une couronne dorée surmontée d’un halo. » (p. 13) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin se déguise en fée pour reconquérir Bryan. Et cela marche, car Bryan croit au mythe : « J’ai l’impression d’avoir rencontré une fée qui va tout changer ! Je peux faire un vœu ? » (p. 282) Dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud, Marina, le héros travesti M to F, se définit comme « la marraine la bonne fée » du bébé d’Anna.
 

La Vierge travestie par les fantasmes narcissiques du héros homosexuel, c’est la femme indépendante, la mère célibataire, la lesbienne qui ne sera pas salie par le contact d’un homme, c’est la femme libérée qui a fait un bébé toute seule et qui n’aura pas à collaborer avec la sexuation (différence des sexes) ni à communier avec la condition humaine, elle se réduit au costume de travelo ou de transsexuel : « Désexuez-moi ! » (Lady Macbeth dans la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare)
 

Pour le héros homosexuel, la virginité est synonyme de frustration et de refus de l’Amour : « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « Ève, mère de toutes les mères, n’a-t-elle pas couché avec le premier venu ? » (Chris, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 64) ; « Définitivement, les Virilius, c’est un groupe de puceaux. » (Jean-Henri, l’un des Virilius, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Groupe de puceaux amateurs ! » (Jean-Marc, le héros homosexuel, idem) ; « Sa chasteté était pire que celle d’une vierge. » (Reinaldo Arenas dans le film « Avant la nuit » (2000) de Julian Schnabel) ; « Marilyn, qui était toujours vierge, la première. » (le narrateur homosexuel parlant de la « fille à pédés » dévergondée, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 32) ; « Mimile habilla Vidvn des frocs de la Vierge de l’autel de Notre-Dame tout poussiéreux et probablement infestés de microbes. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 125) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’Enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Il faut avoir vu le visage de la mère comme celui d’une madone sur les peintures religieuses, le teint cireux, comme si les années s’étaient emparées de ce visage pour l’affaisser, le dévaster. » (la figure de Marcel Proust dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 115) ; « Eva sortit des toilettes, effondrée, les yeux délavés de mascara. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p.116) ; etc.
 

Comme le héros homosexuel finit par se rendre compte de ses propres limites (il ne parvient pas à être la Vierge sainte), et que la Vierge toute-puissante (et les femmes réelles) n’est pas la super-héroïne qu’il avait imaginée (elle a le « défaut » d’être humble, servante, vulnérable et aimante : elle est toute-puissance d’Amour, et non toute-puissance du Bien et du mal), il se met à salir la virginité de celle-ci, à rêver la Vierge méchante. « J’aime pas les vierges. » (Stella, l’héroïne lesbienne du film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald) ; « Les vierges ne nous ont jamais intéressés. » (John, le héros homosexuel du film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc. Il se sent nargué par sa perfection. « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] J’étais insensiblement attirée et sous le charme de la sœur. […] Je concentrai mon esprit sur les pensées choquantes qui me traversaient l’esprit. Je l’imaginais déshabillée et en situation de me donner ce que j’aurais voulu d’elle sur l’instant. […] J’avais souvent pensé que dans les couvents, parmi ces femmes enfermées, certaines devaient entre elles trouver un peu de satisfaction… […] Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. […]Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. Elle n’en fut pas surprise et se laissa faire, mais sans participer en rien. Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (Alexandra, la narratrice lesbienne rencontrant une jeune religieuse dans un train, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-224)

 

Le motif de la Vierge violente, méchante, incestueuse ou prostituée revient extrêmement souvent dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « The Virgin Soldiers » (1969) de John Dexter, le film « La Virgen De Los Sicarios » (« La Vierge des tueurs », 2000) de Barbet Schrœder, la chanson « Like A Virgin » de Madonna, le poème de la « Vierge Folle » d’Arthur Rimbaud, le one-woman-show Vierge et Rebelle (2008) de Camille Broquet, la B.D La Verdadera Historia Del Superguerrero Del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario, le poème Howlin’ (1956) d’Allen Ginsberg, le film « La Sorcière vierge » (1972) de Ray Austin, le film « Mondo Trasho » (1970) de John Waters, le film « Virgin Machine » (1988) d’Elfi Mikesh, le film « Die Jungfrauen Maschine » (« Virgin Machine », 1988) de Monika Treut, le film « Uniform Masturbation : Virgin’s Underpanties » (1992) d’Hisayasu Satō, le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec Aubépine, une réplique de la fée Carabosse), la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti (avec Ève, présentée comme l’origine d’un monde pécheur), le film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » (2011) d’Antony Hickling (avec la maman prostituée virginisée, ultra fusionnelle et castratrice avec son fils homosexuel adulte), le roman La Vierge rouge (1986) de Fernando Arrabal, la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec la thématique de la vierge violée), etc.

 

Film "L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy" d’Antony Hickling

Film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » d’Antony Hickling


 

« Mes parents ne croyaient pas aux fées. Elles les ont punis en ma personne. » (la Bête dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Jane jeta un regard à la Vierge, très haut dans une niche. Les yeux de la statue étaient baissés d’un air modeste, contemplant ses mains. Jane reporta son attention sur le prêtre, tentant de se débarrasser du sentiment que la Vierge allait lever la tête et lui lancer un regard noir dès que personne ne la regarderait. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 205) ; « De près, son visage évoquait celui d’une sorcière. » » (Jane regardant Maria la prostituée, idem, p. 157) ; « C’est un peu like a verge-in, chez nous. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro ultra beauf se destinant à être mère porteuse pour un couple gay, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « La vierge devient pute. » (« X », le héros homo du film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) ; etc.

 

En général, en dépeignant une Mater Dolorosa pleurnicharde et/ou cruelle, le héros homosexuel se venge sur la Vierge Marie de sa propre virginité perdue (à cause, parfois, d’un viol qu’il a subi, ou d’un acte d’impureté qu’il a posé) : cf. le roman Nuestra Virgen De Los Mártires (1983) de Terenci Moix, le film « Ludwig, requiem pour un roi vierge » (1972) d’Hans-Jurgen Syberberg, le film « West-Side Story » (1961) de Robert Wise (avec Maria), etc. « Un sourire, Blanche-Neige. La vie est belle ! » (Meri, le travesti M to F, s’adressant à Davide le héros homosexuel, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) Par exemple, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès, le personnage homosexuel évoque l’existence d’« une petite vierge élevée pour être putain ». Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Rob, le jour du mariage de Rachel l’héroïne lesbienne se forçant à se marier avec un homme qu’elle n’aime pas et cachant son homosexualité, fait une blague sur la fausse virginité de « l’heureuse mariée ».

 

Film "La Vierge des tueurs" de Barbet Schroeder

Film « La Vierge des tueurs » de Barbet Schroeder


 

La figure de la Vierge violée est très présente dans les œuvres artistiques homosexuelles : cf. le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, le film « La Source ou la fontaine de la jeune fille » (1960) d’Ingmar Bergman (avec le viol de Karin), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé (avec la figure de Jean Cocteau qui encule un ange), la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec Blanche-Neige se faisant poursuivre par le chasseur Rocco), le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan (avec Blanche en caricature de la féminité fatale), le film « Totò Che Visse Due volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco (avec le viol de l’ange), le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling (avec le viol du puceau, Jean-Christophe), la chanson « L’Annonciation » de Mylène Farmer (racontant un avortement ou une sodomie), la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier (avec la danseuse en tutu obèse, Marilyn Monroe, portant le prénom de « Lourdes »), le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar (avec la voyante, vierge effarouchée qui n’a jamais couché), le film « Pride » de Matthew Warchus (avec Joe, le puceau dépucelé), le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec la Schtroumpfette dans des films d’épouvante), la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks (avec le Dr Frankenstein Junior encore vierge), le film « Madre Amadísima » (2010) de Pilar Tavora (avec la statue d’une vierge noire, défouloir d’homophobie d’un sacristain), etc. Quelquefois, l’icône de la Vierge violée excite les pulsions sadiques, vengeresses ou mélancoliques, du héros homosexuel refusant de se reconnaître humblement coupable de ses défauts ou de sa pratique pécheresse : « C’est toujours la pucelle qui s’en sort le mieux à la fin. » (Jonathan, l’un des héros homosexuels, parlant des films d’horreur, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Malgré son côté sainte-nitouche, ça doit être une sacrée salope au lit ! » (Jonathan en parlant de son futur « plan cul » avec Matthieu, idem) ; « Et Marie est martyre. Blood and tears. » (cf. la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer) ; « Nous ferons des jeunes filles vierges des cadavres exquis. » (Pretorius, le vampire homosexuel de la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Dorita se donna à lui [Silvano] pour la première fois la nuit des adieux, dans la salle de classe, sur le bureau de Silvano, tandis que la pluie fouettait les carreaux. Dorita était vierge. L’expérience fut douloureuse pour tous les deux. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 12) ; « Je suis une vierge effarouchée, une pucelle en mal de sensations. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train, (2005) de Cy Jung, p. 141) ; etc.
 

Vidéo-clip de la chanson "Plus grandir" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer


 

Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer, la statuette de la Vierge tombe au sol et vole en éclats. Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (épisode 3, saison 1), un jeune postulant séminariste décapite la statue de la patronne du séminaire, sainte Claire. On retrouve également la Vierge décapitée dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, une femme travestie en homme, « Virgo Fortis », est pourchassée par « des soldats qui veulent la violer ». Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, un couple lesbien (formé par une grande Allemande robuste et sa compagne petite) prend un malin plaisir à violer des vierges : « En plus de ravir leur innocence, comme le faisaient les hommes, elles prenaient aux jeunes filles presque de nouveau leur virginité. » (p. 109) Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se fait sodomiser par Palomino : « Ça fait mal. Ça pique ! Je vais vomir. Je saigne ! ». Ce dernier le rassure un peu : « Une vierge est censée saigner. Tu es l’Ancien Monde. Je suis le Nouveau Monde. Je veux jouir de ton cul russe et virginal. » La désillusion est au bout du chemin : « Je suis arrivé au Mexique encore vierge. Je repars en Russie débauché. »
 

La Vierge violée n’est pas un cliché réaliste, nous sommes d’accord, puisque à la Fin des Temps, la Vierge Marie ne parviendra pas à être dévorée par le dragon, et même mieux, elle partira au désert puis vaincra définitivement la Bête qui avait déversé sur Elle ses torrents fluviaux. La Nouvelle Ève gardera sa pureté. Mais en tous cas, l’icône homosexuelle de la Vierge violée renvoie à une réalité fantasmée, à savoir l’existence du désir homosexuel qui est un élan devenant impur de rechercher la pureté sans Dieu et sans la différence des sexes que ce Dernier a créée.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La Vierge adorée :

On retrouve une fascination assez générale (comme chez toutes les catégories de personnes fragiles, blessées et pécheresses, d’ailleurs…) des personnes homosexuelles pratiquant leur désir homosexuel pour la virginité. Par exemple, j’ai eu la chance d’assister à la représentation de la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport. Elle commençait fort puisqu’avant que les rideaux rouges se lèvent, les comédiens distribuaient déjà un questionnaire sur la virginité au public, et s’essayaient à la parthénologie, à savoir la science spécialisée dans l’étude de la virginité.
 

Et un certain nombre d’individus homosexuels s’intéressent à la charismatique Vierge Marie catholique. Mais ce n’est pas tellement une piété mariale profonde. C’est au mieux un fantasme esthétique, amoureux et humoristique, au pire ça frôle le délire angéliste schizophrène. Par exemple, le roi homosexuel Louis II de Bavière a fait construire une grotte dédiée à Vénus dans un de ses châteaux. Félix Sierra, quant à lui, porte un tatouage de la Vierge de la Macarena. Pour ma part, quand j’avais 5-7 ans, je dessinais déjà en maternelle de très jolies vierges. Je vous renvoie également à la passion du poète argentin homosexuel Néstor Perlongher pour Eva Perón (il a largement développé dans son œuvre poétique la dimension biblique du prénom de la présidente), à l’article « El Pez Doncella » (1998) de Manuel Rivas (sur la nouvelle théorie de l’évolution, dénonçant le transhumanisme contemporain). Certaines personnes homosexuelles se déguisent en anges ou en religieuses consacrées dans les soirées, ricanent de leur éloignement de la virginité véritable et de leur prétention à vouloir encore y prétendre.
 

« J’étais en adoration devant un animateur d’Europe 1, Jean-Louis Lafont, dont la voix et l’allure d’éternel adolescent me ravissaient. Je collectionnais les autocollants avec sa photo et passais tout mon argent de poche en achat de 45 tours. Europe 1 réalisait certaines de ses émissions en direct dans différentes villes de France, le fameux ‘Podium’. En prévision de son passage dans notre région, je me préparais donc à cet événement en endossant le rôle de sa femme imaginaire dans mes jeux. J’avais choisi un prénom de fée : je m’appelais Viviane Lafont. Je n’avais aucune envie de me transformer en femme. Mais, si je veux jouer avec le prénom d’enchanteresse que j’avais choisi, j’espérais qu’un petit miracle allait se produire et me rétablir dans la normalité environnante. Car j’avais très vite saisi que seule une femme avait le droit d’être attirée par les garçons. Si, par magie, je me réveillais un beau matin en fille, tout serait rentré dans l’ordre. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 29)
 

L’identification à la Vénus, à la fée mythologique, à l’Ève végétale, passe peut-être mieux que l’identification directe à la Vierge Marie. Par exemple, « La Fée » est le pseudonyme d’une journaliste lesbienne publiant quelques billets dans la revue Têtu. Et déjà, en 1895, en Angleterre et aux États-Unis, « fairy » figurait déjà dans la liste des sobriquets se rapportant aux personnes efféminées mâles homosexuelles.
 

José Julio Sarria

José Julio Sarria


 

Avant de devenir un personnage ironique propice à tous les détournements camp et kitsch, la Vierge est un idéal esthétique et sentimental très aimé par la communauté homosexuelle. Elle incarne la maternité, la douceur, la grâce, la puissance de la finesse, une sophistication épurée et extraordinaire à la fois : « Les icônes gays, ce sont des femmes sophistiquées. Elles semblent inaccessibles, elles ont quelque chose de divin. Elles sont des objets de fantasmes : elles font envie. Il n’y a pas de désir sexuel du gay envers son idole, mais il y a un grand désir de fantasme : cette femme, elle est forte, elle fait des choses impressionnantes, elle est glamour, tout ce que je ne serai jamais mais qu’on a envie d’être au fond de nous. » (Franck Cnuddle dans l’émission Plus vite que la musique, diffusée sur la chaîne M6, 2001) Certaines personnes homosexuelles, avant de se dire exclusivement homos et de se tourner radicalement vers les personnes de leur sexe, ont recherché, sur la cour d’école, pendant leur adolescence, voire même à l’âge adulte (quand leurs relations sentimentales dans le « milieu » se sont révélées désolantes), cette femme sans tache, parfaite, virginale comme porte de sortie à leur homosexualité. Celle qui réparerait tout. Celle qui les sortirait de l’enfer. Beaucoup, dans leur sublimation de la femme, pas toujours très réaliste, ont minoré le poids de leur désir homosexuel : « Je passai ma première d’études aux Beaux-Arts dans le labeur et la chasteté, avec l’idée fixe d’épouser, à l’issue de mes années d’études, une amie d’enfance, morte depuis et que j’aimais alors par-dessus tout au monde. Aujourd’hui, avec le recul du passé, je me rends compte que je l’aimais trop pour m’apercevoir que je ne la désirais pas. Je sais : certains esprits admettent difficilement l’un sans l’autre. Cependant, hormis cette jeune fille, aucune femme n’a habité mes rêves ni réussi à éveiller en moi quelque désir… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 94) ; « La femme est mise à la place de la mère : il l’aime mais ne la désire pas. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les Homosexuels (1996), p. 32) ; « L’égérie gay : une vierge maternelle […]puissante et vulnérable. […]L’égérie des homosexuels n’est pas la femme réelle : elle semble être plus déesse que femme. » (idem, pp. 157-160). Il est probable que la femme-objet médiatique, qui prétende accéder à une nature divine asexuée, ait encouragé les individus homosexuels à sacraliser l’Éternel Féminin tout en mettant peu à peu les femmes réelles à distance : « J’ai voulu être hors du commun. Je voulais dépasser la condition humaine. » (Jeanne Moreau, idem, p. 166) ; « Juger la femme par sa virginité signifie la considérer essentiellement comme un objet sexuel qui est respectable quand il appartient à un seul homme légitime et répugnant quand il s’offre par amour ou désir. C’est une façon de refuser à la femme le droit à l’amour, au plaisir sexuel. » (Rennie Yotova, Écrire le viol (2007), p. 77) ; etc.
 

Pas étonnant non plus, dans les faits, que les femmes confondant virginité et frigidité – autrement dit une virginité libre et féconde et une virginité mal vécue, stérile, télévisuelle – et convoitant la Sainte Vierge, soient les « filles à pédés » autoproclamées sur nos écrans. « I believe in angels… » (cf. la chanson « I Have A Dream » du groupe ABBA). Je pense particulièrement à Mylène Farmer, Ophélie Winter ou encore Virginie Tellenne alias « Frigide Barjot ». La virginité se cristallisant en trophée est une tentation forte chez les personnalités blessées, en panne d’identité et voulant se racheter une innocence pour cacher leur passé douloureux.
 

Frigide Barjot

Frigide Barjot : Elle est à môa!!


 
 

b) La Vierge violée :

Beaucoup plus sournoisement, chez les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité, l’identification à la Vierge correspond à un fantasme d’être Dieu, et surtout à une peur panique de la génitalité, du corps, de la sexualité en général : « Lorsque j’ai rencontré la première femme avec qui j’ai eu ma première relation, je commençais à me dire que je devais être lesbienne et pas asexuée comme je pouvais le penser vers dix-sept ans probablement. » (Nicole, femme lesbienne de 42 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 56) ; « La Vierge, c’est un monstre par définition. Dans le sens de malformation. Elle a des pouvoirs. Au sens de créature.[…] L’autre paradoxe de Carravage, c’est que le modèle de la Vierge était une pute. » (Celia la conservatrice de musées face au tableau de Carravage où la Vierge Marie, toute habillée de rouge, est enterrée, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « Elle fait sa vierge au possible, avec défiance du mâle et gêne de son corps. » (Simone de Beauvoir, parlant ironiquement de son amante Nathalie, dans une lettre rapportée dans la pièce-biopic Pour l’amour de Simone (2017) d’Anne-Marie Philipe) ; « J’avais sept ans, j’avais 10 ans. J’étais la virginité même. Une virginité coupable. Les questions sordides que posaient les curés et les pères capucins à l’enfant pieux que j’étais, et qui s’agenouillait régulièrement dans le confessionnal, me plongeaient dans une angoisse sans fond. On me demandait avec insistance si je n’avais pas ‘des gestes impurs’ des ‘pensées impures’, si je ne me touchais pas. […] On avait réussi à me faire vivre mon corps comme une malédiction. Je n’osais m’endormir, de peur de mourir dans le péché. D’un innocent on avait fait un criminel torturé par les remords à la moindre rêverie. Je suis un rescapé. Le rescapé d’un monstrueux chantage. » (Pierre Biner, homo, dans TVB Hebdo en 1980) ; etc.
 

Et comme fatalement, la Réalité, les limites humaines et aussi l’orgueil apparaissent, elles finissent par se moquer de leur prétention. Dans le « milieu homosexuel », la virginité de Marie ou de la fée fait très souvent les frais du détournement ironique camp, un peu politisé, un brin subversif et blasphématoire : je vous renvoie par exemple aux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (ces religieuses ultra-maquillées et faisant leur show surtout aux Gay Pride), ou encore aux Radical Faeries (les fées gays version bobo hippie). « Dans La Nouvelle Eve, j’avais entouré le personnage de Karine Viard d’une nuée de copines homos, des bonnes fées toujours prêtes à la sortir des situations difficiles. » (Catherine Corsini, la réalisatrice du film « La Nouvelle Ève », août 2015) Et concernant les lois comme le « mariage pour tous » (et donc la PMA et la GPA), certaines personnes homosexuelles, notamment lesbiennes, avouent à leur insu qu’elles se prennent pour la Vierge Marie étant donné qu’elles soutiennent très sérieusement que la Sainte Famille (Joseph/Marie/Jésus) est une famille adoptive, non-naturelle, et que la Vierge serait le meilleur exemple de mère porteuse de l’Histoire de l’Humanité. Manque de bol : dans les faits, l’insémination de la Vierge n’est pas artificielle, ni désincarnée ni aussi chère que la PMA puisque c’est l’Esprit Saint qui a fécondé Marie. Certes, Joseph est bien le père adoptif de Jésus. Mais là où la PMA et la GPA suppriment le lien d’amour dans la différence des sexes – lien dont tout être humain a besoin pour se construire et être heureux, et qui peut exister même dans les cas d’adoption par des couples femme-homme stériles aimants -, la Sainte Famille honore totalement ce lien d’amour entre l’homme et la femme donné à l’enfant. Donc même le cas de l’engendrement de Jésus par l’opération du Saint Esprit non seulement ne peut pas être mis sur le même plan que le « mariage pour tous » et ses conséquences, mais en plus, il prouve que beaucoup de personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité et souhaitant fabriquer égoïstement des enfants sans la différence des sexes – « Elle a fait un bébé toute seule » – se prennent pour la Vierge… donc c’est plutôt inquiétant…
 
VIERGE sainte_vierge_marie_salope_contre_le_mariage_gay
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

Code n°180 – Viol

viol

Viol

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Et si le secret de l’homosexualité,

c’était « juste » le viol (au pire) ou la peur de la sexualité (au mieux) ?

 

« Est-ce que c’est vraiment une vraie question inné ou acquis ? Je trouve que c’est une question absurde. C’est une manière très violente d’essayer de savoir le vrai secret de l’homosexualité, comme si la sexualité avait un secret. Non. Le secret de la sexualité, c’est d’être heureux » prétend dogmatiquement l’essayiste-historien homosexuel Jean Le Bitoux au micro de l’émission Homo Micro du 13 février 2007, sur RFPP. On voit bien ici la politique de l’autruche menée par la grande majorité des personnes homosexuelles et leur société à propos du désir homosexuel. Alors pour commencer, si vous le voulez bien, je vais lâcher cette bombe: Et si le secret de l’homosexualité, c’était minoritairement le viol, et majoritairement le fantasme de viol ? Ne vous inquiétez pas. Au début, ça choque ; et une fois qu’on regarde les faits, on arrête de s’offusquer, on respire, on boit frais, et tout le flou artistique qui entourait le concept d’homosexualité se dissipe.

 

Comment ça ? On ne vous a pas mis au courant ? On ne vous a pas dit pourquoi il faut « un peu » arrêter d’applaudir au coming out des personnes homosexuelles comme on le fait, arrêter de banaliser l’amour homosexuel comme s’il était équivalent à n’importe quel type de relations humaines à deux sous prétexte qu’on l’appelle « Amour », arrêter de vouloir faire signer à une nation entière le « mariage gay » comme s’il allait de soi ? Moi qui ai amorcé depuis l’an 2000 une étude (qui n’en est qu’à ses balbutiements, en plus) sur les liens non-causaux entre désir homosexuel et viol, moi qui suis parfois le dépositaire de confidences d’amis homos ayant été abusés sexuellement dans leur enfance (j’en connais au moins 70, ce qui est énorme ! mais comme ces confidences sont soumises en général au secret amical ou médical – dans le cas des thérapeutes –, tous ceux qui « savent » ferment leur gueule !), je vous demande pour une fois de redescendre sur Terre et d’ouvrir bien grand vos oreilles au lieu de jouer aux hypocrites ou aux ignorants.

 

Mais pour qui se prennent-ils, tous ces anciens amis homosexuels qui me tournent actuellement le dos parce que je passe à la télé pour dénoncer les failles du Système propagandiste pro-gay ? Ils ont de la merde dans les yeux pour se planter ainsi de cible, c’est pas possible ! À quel jeu pervers jouent tous ces pseudos « intellectuels » homosexuels, confortablement assis sur leur fauteuil universitaire (salut Louis-George Tin ! salut Natacha Chetcuti !), derrière leurs stands associatifs LGBT, dans leur studio radiophonique, à la tribune d’honneur face aux caméras pour la défense des droits des homos et la lutte contre l’homophobie, et qui osent me juger comme « un dangereux homophobe » et me regarder d’un œil torve comme si j’étais un criminel, pour la simple et bonne raison que j’ose parler de ce lien (évident mais mal connu) entre viol et homosexualité, un lien dont personne ne parle, pas même les victimes concernées !?! On marche sur la tête !

 

Ce sont ces militants homosexuels qui font preuve d’une véritable homophobie ! puisqu’ils sont capables d’une violence inouïe pour préserver leurs images de marque et leurs utopies amoureuses personnelles, pour censurer ces réalités violentes dont une minorité d’entre eux a été victime, et pour désigner comme « homophobe » tout individu qui révèlera au grand jour leur petite comédie de la croisade contre l’homophobie. Honte sur eux ! Et honte à ceux qui me conseillent, face à mes recherches, de « parler d’autre chose que d’homosexualité » (parce que ce thème m’enfermerait et qu’on en fait vite le tour, parce que je parlerais au nom et à la place des autres) ! Honte à ceux qui me demandent de me taire parce que ce que je peux dire, « même si c’est juste, donne du grain à moudre » à ceux qui font l’amalgame entre homosexualité et pédophilie, ou homosexualité et criminalité ! Honte à ces censeurs qui me mettent un scotch sur la bouche et qui me haïssent parce que je donnerais une mauvaise image des couples homos, des cathos homos, et que je pousserais même des jeunes en quête d’une image positive de l’homosexualité au suicide ! Honte à ces chroniqueurs-radio qui ricanent derrière mon dos et gloussent à propos de mes « codes » qu’ils ne comprennent pas ! Honte à ces critiques qui disent que mes livres seraient mal écrits, qu’ils seraient trop universitaires, « à la limite de la probité intellectuelle », et que je me sers du thème sensationnaliste du viol pour faire parler de moi ! Honte à tous ces gens ! Leurs actes parlent contre eux ! C’est leur silence sur l’homosexualité qui tue véritablement nos frères homosexuels, et non ce que je dis sur le viol !

 

Leur faut-il un dessin pour qu’ils comprennent ? Ne voient-ils pas qu’ils se servent du Sida, de l’« Homophobie », du soi-disant « devoir de cohésion communautaire », ou de la course aux « droits des homos », comme des cache-misère pour nourrir leur propre homophobie intériorisée et continuer à haïr leurs « amis » homosexuels dans un parfait semblant de camaraderie ? Par leur désinvolture, leur mollesse, leur ignorance, leur relativisme, ils cultivent le déni et le mensonge. J’ai envie de hurler ! OUI, j’ai la haine ! Je suis en colère devant tant d’hypocrisie sociale sur le viol, hypocrisie qu’ils nourrissent en prétextant toujours que ce sont les autres les fautifs et eux les victimes !

 

En 2009, j’ai reçu un mail très long d’un pédopsychiatre qui est tombé par hasard sur le site de l’Araignée du Désert, et qui m’encourageait à continuer d’écrire sur le viol, à diffuser mon message, parce qu’il suit beaucoup de patients homosexuels ; et il m’assure que la plupart d’entre eux ont été violés ou ont subi des attouchements sexuels dans leur jeunesse. Quand je lis ce genre de témoignages, qui viennent à moi sans que j’aie eu à les réclamer, je respire, parce que le vent de censure sur la souffrance est tel dans la communauté homosexuelle actuelle qu’à certains moments, j’en arriverais à douter de moi-même, à me dire que j’y vais un peu trop fort en parlant du viol en lien avec l’homosexualité, même si j’ai toujours veillé à minoriser ce thème à une poignée de personnes homosexuelles pour ne pas le transformer en généralité sur « les » homos.

 

Ce n’est pas la première fois qu’un membre du personnel soignant m’interpelle vivement à ce sujet. Déjà, en 2010, dans un hôpital public de Paris, lors d’une prise de sang pendant laquelle j’avais sympathisé avec une infirmière spécialisée dans les maladies infectieuses (et qui, m’a-t-elle dit, voyait défiler une flopée de personnes homosexuelles dans son cabinet), m’a coupé la parole : « Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de patients homosexuels que je rencontre ici et qui me racontent leur viol ! C’est hallucinant ! » À chaque fois qu’on me confirme dans mes découvertes, je tombe des nues. J’ai beau y être préparé, je n’arrive jamais à m’y faire ! C’est quand même fou ! Je suis pris entre la révolte de devoir taire ces révélations par respect de la confidentialité, et l’immense joie de recevoir le cadeau de la confiance que je n’attendais absolument pas et qui m’est spécialement offert, même s’il concerne un sujet très grave. Alors au fur et à mesure que j’avance dans la vie, j’emmagasine les preuves d’amour, j’emmagasine… (dans mon coffret à araignées étincelantes)… et à un moment donné, je n’en peux plus de garder tous ces bijoux pour moi ! Il n’y a plus de place. Ça déborde ! J’en détiens, des secrets lourds, qui bien souvent sont ignorés du conjoint de ces mêmes amis (qui ne lui ont rien dit du viol qu’ils ont vécu !), au point que je passe parfois aux yeux de leur « moitié » pour un dangereux « briseur de couples » ou un « fouteur de merde » si je tente ne serait-ce que de soulever un peu le couvercle de leur tambouille conjugale explosive ! Mais je sais de quoi je parle, puisque j’ai entendu les choses de mes propres oreilles, vu en tête à tête des amis me parler du drame de leur vie (que parfois ils banalisent pour « aller de l’avant », pour « croire en l’amour homo quand même »). Et ça, ça ne s’oublie jamais. J’ai écrit d’ailleurs un article du Phil de l’Araignée sur ce site, intitulé « Ari-Baba et les 40 Violés », pour raconter en détail ce que mes 90 amis homosexuels violés m’avaient confié. Pour qu’on me croie. Pour sortir enfin du tabou. Car comme le dit le sociologue Daniel Welzer-Lang (qui est allé à la rencontre de groupes de parole où se trouvait une majorité de personnes gay, et qui est resté pourtant très discret sur la question de l’homosexualité), il existe une énorme chape de plomb sur les liens non-causaux entre désir homosexuel et peur, désir homosexuel et violence, désir homosexuel et souffrance : « À les écouter, il n’est pas abusif de parler de TABOU. Il ne s’agit pas seulement de honte. […] Comment expliquer que des hommes – qui pour certains ont lutté des années ensemble, revendiquant le droit de disposer de leur corps, de leurs désirs, des hommes qui, contrairement à d’autres mâles, ont pris l’habitude de se rencontrer pour parler d’eux, de leur vie la plus intime…– n’aient jamais parlé de ces scènes de viol entre eux ? Énoncent même qu’ils n’en ont jamais discuté avec leurs compagnons après plusieurs années de vie commune… Quel est le sens de ce tabou ? » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin, 1988) Il est temps que ça cesse. C’est pour tous mes amis homosexuels (présents et à venir) qui ont subi des violences et d’énormes drames (avant coming out, après coming out, et en général avant et après) que j’écris ces lignes. Pour qu’on ne vous oublie pas !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Coït homosexuel = viol », « Adeptes des pratiques SM », « Homosexuel homophobe », « Voleurs », « Violeur homosexuel », « Milieu homosexuel infernal », « Pédophilie », « Inceste », « Inceste entre frères », « Prostitution », « Oubli et amnésie », « Poupées », « Destruction des femmes », « Défense du tyran », « Entre-deux-guerres », « Amant diabolique », « Témoin silencieux d’un crime », « Déni » et « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Rentrons dans le vif du sujet, avec ce petit condensé du code « viol », dans lequel j’aborderai les grandes lignes de réflexion sur les liens entre désir homosexuel et viol. Pour commencer, on ne dit pas assez, dans la production intellectuelle consacrée à l’homosexualité, que quelques scientifiques se sont déjà penchés sur la question des liens entre viol et orientation homosexuelle : Stoller, Finkelhor, Johnson, Shrier, Dorais, Welzer-Lang, etc. Je vous indique plus particulièrement les témoignages de sujets homosexuels violés dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états(2007) de Pierre Verdrager, l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, ainsi, bien sûr, que Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, précédemment cité.

 
 

Liens entre désir homosexuel et viol :

uniquement de coïncidence

 

Tennessee Williams a livré ce qui me semble être une des clés de l’énigme homosexuelle à travers la réplique d’Élisabeth Taylor « Le prologue fut la clairière des chênes » prononcée dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (Catherine s’est/se serait fait violer dans une forêt, et souffre d’amnésie suite à l’événement qu’elle assimile à l’homosexualité de son cousin Sébastien). Je crois en effet que le désir homosexuel est né d’un viol fantasmé – et parfois réel –, et de la hantise désirante de son retour. Le récit d’adolescence de Frédéric Mitterrand concernant un de ses camarades en fournit un exemple éloquent : « Un jour, il fait semblant de vouloir me violer pour faire rire la compagnie ; […] je me relève, j’insulte les rieurs, et je m’enfuis. Je me joue sans conviction la comédie de la blessure irréparable mais je ne triche pas longtemps, je préfère admettre la vérité : j’aimerais tellement être seul avec lui et qu’il recommence. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise vie (2005), p. 193) Ensuite, le désir de viol a pu se faire acte en s’intériorisant durablement en orientation homosexuelle, à défaut de s’actualiser en viol génital.

 

Le mot « viol », dans le sens courant du terme, désigne des relations sexuelles imposées avec pénétration et punies par la loi comme un délit, ou bien des attouchements sexuels non mutuellement consentis par les deux personnes qui les pratiquent. Mais, à mon avis, le viol réel n’est pas réductible à la pénétration ni aux rapprochements corporels visiblement sauvages. Nous pouvons très bien violer ou être violés à distance, sans nécessairement que les corps se touchent. Par exemple, les images brutales et policées que nous montre le cinéma nous violent bien souvent dans la mesure où elles nous ôtent partiellement nos sens, notre liberté, et nous éloignent de la Réalité. À mon sens, le viol doit s’entendre également comme le fait d’être pris pour Dieu (et non une créature humaine), pour quelqu’un d’autre que soi, pour une photocopie, pour une moitié d’homme, pour un Homme invisible, pour un objet, pour un mythe.

 

Ce qui me fait établir des liens entre homosexualité et viol, ce sont d’abord les vécus des personnes homosexuelles (certaines ont été abusées dans leur enfance, et cela de manière numériquement peu significative), et surtout l’univers symbolique qu’elles développent dans leurs créations. Très rares sont les productions artistiques homo-érotiques où le parallèle entre viol et homosexualité n’est pas fait, où la femme violée cinématographique n’apparaît pas comme un modèle esthétique à imiter.

 
 

Plus qu’un viol réel, un fantasme

 

Il ne faut pas perdre de vue que le viol à l’état de désir n’est pas le viol réel, même s’il a pu être suscité par un viol réel ou un regard réifiant. Le terme de viol est fortement soumis à notre subjectivité, et parfois employé à outrance par les personnes homosexuelles. Certaines prouvent à travers leurs jeux d’acteurs grandiloquents que leur identification au viol a l’excès des fantasmes. « Je suis le viol génital. Je suis la violence pure » déclarent certains hommes transsexuels (Psychosis, dans le documentaire « God Save The Queens », La Nuit gay, diffusé sur la chaîne Canal + le 23 juin 1995. Son discours fait écho à la chanson « Travesti » de Sadia dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger : « Je suis le sexe démystifié, je suis la violence personnifiée. »). Il est par exemple fréquent d’entendre dans la bouche des femmes lesbiennes l’amalgame entre l’amour femme-homme et le viol (selon certaines, les hommes seraient tous des violeurs en puissance !).

 

On connaît mal l’origine de ce fantasme de viol. Il naît sûrement de l’ébahissement de l’Homme face à la découverte de sa liberté et de son unicité. Je reprendrai les termes de Jean-Paul Sartre pour décrire l’émergence de l’homosexualité : « On ne naît pas homosexuel ou normal : chacun devient l’un ou l’autre selon les accidents de son histoire et sa propre réaction à ces accidents. Je tiens que l’inversion n’est pas l’effet d’un choix prénatal, ni d’une malformation endocrinienne ni même le résultat passif et déterminé de complexes : c’est une issue qu’on découvre au moment d’étouffer. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet, comédien et martyr (1952), p. 94) Beaucoup de personnes homosexuelles ont cru très tôt – et continuent de croire à l’âge adulte – qu’elles doivent troquer leur réification déifiante (par la simulation de souffrances atroces ou d’euphorie extatique) contre leur liberté si elles veulent conserver l’amour des autres. Déjà petites, elles ont développé une passion secrète, existentielle même, pour le viol, ou plutôt l’image intérieure de ce qu’elles s’imaginaient être le viol, pour retenir toute l’attention de leur entourage (remémorons-nous les simulations de crises nerveuses d’André Gide, de Yukio Mishima, de Jean Cocteau, de Marcel Proust, etc.). Beaucoup se sont dites intérieurement que leur fantasme de viol, une fois représenté sur elles-mêmes, pouvait être une manière d’être reconnues et d’exister en tant que fétiche sacré. Elles recourent à un fantasme violent pour exister aux yeux d’autrui.

 

Le viol dont elles parlent est souvent une impression de viol née d’un fantasme de persécution : « J’étais convaincu que j’allais être violé, brutalisé, agressé sexuellement par un homme inconnu, d’une façon qui rappelle la réalité crue d’un viol. » (Rick Moody dans À la recherche du voile noir (2004) de Nelly Kaprièlian) Ce fantasme ressemble à l’enthousiasme qu’il est fréquent d’observer chez les jeunes enfants demandant aux adultes de leur entourage « de les attraper » et de les pourchasser, même si évidemment, ils désirent sans se le formuler explicitement que le viol reste uniquement sur le terrain du jeu et de la représentation.

 

Le désir de viol peut être aussi l’expression d’une peur de se reconnaître aimable, de sentir un regard désirant posé sur son corps érotisé : aux yeux du violeur comme du violé potentiels, tout ce qui est corporel ou lié à l’amour est considéré comme du viol, toutes les séparations nécessaires de l’existence (la coupure avec le sein de la mère – « Je dois quitter mon unité fusionnelle avec ma génitrice et sortir du ventre maternel pour vivre. » –, la reconnaissance de la différence des sexes – « Je ne serai jamais l’autre sexe. » –, le respect de la différence des espaces – « Je suis unique et je ne serai jamais les autres. ») sont vécues comme de cruelles injustices. La sexualité est mise à distance à travers l’expression d’une angoisse de viol qui parle du sexe sans le vivre. Le viol devient alors la création verbale de celui qui ne veut pas que sa souffrance soit démasquée. Comme l’écrit à juste titre Jacques Arènes, « dans le rapport à l’autre, la perte d’estime de soi peut être ressentie comme un vol ou un viol. Tout le monde semble témoin de notre humiliation. » (Jacques Arènes, Souci de soi, Oubli de soi (2002), p. 58) L’amour, mettant en lumière une réalité désagréable, concrète ou fantasmée, semble « faire violence » (quand bien même il ne la fasse pas), parce que sans son éclairage solaire, nous ne nous serions pas aperçus de l’existence de nos ombres portées. L’autre a découvert notre douleur d’exister, nos fragilités, notre homosexualité que nous voulions à tout prix cacher, et a fait irruption dans notre intimité honteuse. Comme il nous appelle à nous ouvrir au monde, et qu’il exerce une intrusion pour entrer en relation avec nous, nous pouvons croire qu’il nous viole. Le viol est parfois l’autre nom donné à la peur de ne pas être aimé, et à l’occasion que nous offrent les autres d’en sortir.

 

Quelquefois, ce que les personnes homosexuelles appellent « viol » est aussi tout simplement l’expression de la divergence entre leurs désirs et ceux des autres, divergence qu’elles traduisent en termes d’opposition brutale parce qu’elles veulent leur imposer leurs propres désirs. L’esprit adolescent qui crie au viol et au fascisme pour un oui pour non est celui qui se persuade qu’on lui a tout imposé, car en réalité c’est lui qui veut imposer sa volonté au reste du monde.

 
 

Le viol fantasmé, un avant-goût improbable du viol réel

 

Une chose est sûre : le viol ne provoque pas automatiquement l’homosexualité. Il existe entre eux des croisements qui ne relèvent pas de la causalité. L’homosexualité peut être tantôt le fruit d’un fantasme ne renvoyant à aucun viol réel, tantôt le fruit, et quelquefois l’arbre d’un viol réel. Je prends soin de souligner ce « quelquefois », parce que tout Homme est fondamentalement libre et qu’il n’est pas uniquement le produit de ce que les épreuves de la vie ont fait de lui, il ne reproduira pas forcément les agressions qu’il a subies. Cette capacité à s’adapter aux blessures de l’existence et à rebondir après les chocs, porte un nom : la résilience. L’attitude résiliente, qui passe par une nécessaire formulation des événements ou une analyse de leurs versions imagées, soutient qu’être traité injustement n’est rien, excepté si nous ruminons inlassablement les injustices dont nous avons/aurions pâti.

 

Si les liens entre désir homosexuel et viol restent assurément de coïncidence, et donc peu inquiétants, on peut se demander cependant dans quelle mesure le fait de les nier en diabolisant les liens de causalité cette fois (à travers notamment une fixation sur le viol uniquement génital), ne les encourage pas à s’actualiser imparfaitement dans la réalité concrète.

 

L’insistance sur la génitalité concernant le viol est due au phénomène de la sacralisation-déni du viol dans nos sociétés actuelles. L’opinion publique a été habituée à ne considérer le viol que sous l’angle du génital (autrement dit le plus spectaculaire et le plus paranoïaque), et plus rarement dans son sens figuré, psychologique et symbolique. C’est une manière pour elle de ne pas en parler et de cacher/nourrir ses propres frustrations sexuelles. Le viol, en même temps qu’il est nié ou banalisé par la société voyeuriste et frigide, est vu partout : dans les regards (le fameux « délit de regard » puni par certaines lois nord-américaines), les blagues potaches, les étreintes amicales, le moindre contact physique entre femmes et hommes, etc. C’est le désir sexuel lui-même qui est la cible d’une société qui ne voit les individus que par le génital, en oubliant paradoxalement les corps.

 

Le viol réel est toujours à entendre comme le viol génital, bien sûr, mais il est d’abord à envisager dans son sens symbolique, c’est-à-dire dans sa version fantasmatique non-actualisée : il signifie prioritairement l’intrusion violente du mythe, des objets, de l’image déréalisée, du fantasme, du paraître, dans la Réalité. Le passage du fantasme à la réalité concrète est toujours dramatique (il aboutit au meurtre, au viol, aux agressions, etc.). Mais le désir de viol, quant à lui, n’est pas nécessairement choquant, parce que non systématiquement actualisé : comme il agit davantage sur le terrain de l’imaginaire que de la réalité concrète, contrairement au viol génital, il peut être contré par la liberté humaine. Il constitue pourtant bien une bombe à retardement, mais il n’est pas de même nature que le viol génital. Il est plutôt synonyme de discours imposé du conteur, de kitsch, de douce captation de l’imaginaire par la fantaisie, de regard idolâtre qui dit « je vais te manger… », qui demande « dévore-moi ! transperce-moi ! ».

 

En effet, les regards aussi peuvent violer. Dès que nous observons une personne davantage comme un objet qu’en tant qu’Homme, en privilégiant son paraître à son être, nous lui faisons violence. Par exemple, Pedro Almodóvar montre bien que le drame initial de beaucoup de personnes homosexuelles est le fait d’avoir été considérées comme des objets. Dans son film « Tacones Lejanos » (« Talons aiguilles », 1991), Rebeca (Victoria Abril) est mise à prix, en boutade, par son beau-père dans un marché. Cet événement anodin aura des retombées dramatiques puisqu’une fois adulte, elle l’assassinera pour se venger. À partir du moment où quelqu’un veut nous faire image, y compris pour nous porter aux nues, il nous viole, et ce « viol symbolique » dont parle Pierre Bourdieu n’est pas moins réel que le viol génital avec contact forcé des corps. Jean-Paul Sartre, concernant Jean Genet, ne mâchait pas ses mots quand il écrivait dans Saint Genet (1952) que « Genet, sexuellement, est d’abord un enfant violé » : « Ce premier viol, ce fut le regard de l’autre, qui l’a surpris, pénétré, transformé pour toujours en objet. Qu’on m’entende : je ne dis pas que sa crise originelle ressemble à un viol, je dis qu’elle en est un. » (p. 96) Le regard du viol n’est pas toujours désagréable : il peut être, comme le décrit Marcel Jouhandeau dans Carnets de Don Juan (1947), « plus grave qu’une nuit d’amour » (p. 96). Ce n’est pas un hasard si les scènes de viol dans les œuvres homosexuelles se déroulent généralement pendant l’été, un soir de carnaval, à l’orée d’un bois, c’est-à-dire à un moment où le jeu l’emporte sur le respect de l’Homme, où le mythe, l’air de rien, contamine la réalité concrète, où la fête carnavalesque devient accidentellement sérieuse, où la conscience humaine est au repos.

 

Dans mon étude du désir homosexuel, je prends le viol d’abord dans son sens symbolique étant donné qu’il est un fantasme bien avant d’être parfois un fantasme actualisé. La conscience violée ou qui désire être violée, par réflexe de survie, se crée une fiction qui va occulter, dans le rose ou bien dans le noir, la réalité désagréable qu’elle a (peut-être) vécue. Parce qu’elle a probablement été utilisée, elle va se croire fétiche magique… même si concrètement ce sceptre est brisé. Comme, selon elle, elle a été cassée en deux, divisée en deux moitiés androgyniques, elle craint que la recherche de son unité agisse comme une rupture totale avec ce qu’elle est vraiment ; et paradoxalement, elle croit que la rupture totale avec elle-même va lui permettre de ne faire plus qu’Un. Le viol devient alors, dans son esprit, son unité. C’est ce qui fait dire à Neil, le héros homosexuel du film « Mysterious skin » (2004) de Gregg Araki, que le viol pédophile dont il a été victime dans sa jeunesse l’a rendu unique. En effet, en parlant de son violeur, il lui reconnaît la découverte de son unicité : « J’étais son seul amour, son seul trophée. J’étais unique. » Le viol a le pouvoir de donner à ses victimes une impression d’unité dans la réification et la contrefaçon d’amour (= je suis un fétiche donc je suis aimé), alors que pourtant, comme le montre la scène du viol pédophile de « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar durant laquelle le visage d’Ignacio se scinde en deux à l’écran, il cultive en elles ce désir de l’androgyne, les brise en deux, et leur annonce que sans lui elles ne valent rien.

 
 

Viol génital homo

et fracture sociale entre les femmes et les hommes

 

Il est clair que même si la majorité des personnes homosexuelles n’ont pas été concrètement « violées » dans le sens commun et légal du terme, certaines se sont cependant fait violer par un membre de leur famille, du même sexe qu’elles ou du sexe opposé avec lequel elles n’étaient pas consentantes. Dans les cas recensés, nous trouvons par exemple Virginia Woolf, Vincent McDoom, Lawrence d’Arabie, Manuel Puig, Jean Genet, Marc Batard, François Augiéras, Carolyn Kage, Miguel Frías Molina, Juan Soto, Aleister Crowley, David Wojnarowicz, etc. Cela transparaît par le traitement particulièrement réitéré du viol dans les fictions créées par des auteurs homosexuels. Demandez à n’importe quel psychiatre s’il a parmi ses patients homosexuels des victimes de violences sexuelles : bien qu’il ne soit pas de son ressort d’en faire une généralité, il lui est difficile de le nier. Mais nul besoin d’être spécialiste pour constater par exemple la forte représentativité des personnes homosexuelles lors des galas de charité organisés pour la lutte contre les violences sexuelles, ou bien pour écouter les confidences d’amis homosexuels qui ont été abusés dans leur adolescence. Lorsqu’on aborde la question du lien entre viol et homosexualité dans une assemblée, elle soulève généralement un tollé fascinant à voir. Puis, en fin de réunion, il arrive qu’une poignée d’individus vienne nous voir pour nous dire le bien que cela leur a fait de voir leur drame – ou leur fantasme de drame – enfin dévoilé !

 

Le désir de viol n’est pas proprement homosexuel : tout Homme possède, à différents degrés, des fantasmes de viol (surtout dans les moments où ça ne va pas), quelle que soit sa nature sexuée et son orientation sexuelle. Le désir du viol existe en chaque personne homosexuelle, non du fait de son homosexualité mais simplement de son humanité ; mais néanmoins il convient de rajouter que, compte tenu du fait qu’ensuite ce désir est généralement plus développé chez l’Homme blessé ou désirant être blessé que chez l’Homme moins agressé sexuellement ou au désir moins masochiste, et que les personnes homosexuelles sont dans leur majorité des individus qui ont vécu la différence des sexes comme une blessure, il semble important de dire que le désir de viol chez elles tendance à être plus particulièrement marqué.

 

Le désir de viol chez beaucoup de personnes homosexuelles procède très souvent d’une peur panique de la sexualité. Ce qui l’illustre le plus explicitement sont les scènes cinématographiques où sont montrés des enfants observant un viol ou bien un adulte forcé d’être témoin d’un coït violent entre une femme et homme. L’enfant-voyeur se retrouve face au sexe (qu’il croit) violé. Il symbolise ce tiers exclu du spectacle coïtal, ce dernier s’organisant souvent dans l’esprit de certaines personnes homosexuelles comme une image de guerre dans le pire des cas (Bruce Chatwin, par exemple, affirme concernant ses parents que son « enfance fut la guerre et le sentiment de la guerre »), au mieux comme un fantasme de viol fascinant. Les personnes homosexuelles ont rarement résolu leur complexe d’Œdipe, et en veulent à leurs parents (réels et surtout symboliques/télévisuels) de les avoir trahies, abandonnées. Elles ont pu les surprendre en train de faire l’amour sans amour, et sont reparties dégoûtées du sexe en croyant le connaître. « D’où naît l’angoisse devant la scène primitive ? De la démesure d’une sexualité incompréhensible à l’enfant, de l’excitation qui l’assaille, de ce que les parents s’en mêlent… L’exclusion de la scène signe l’amour trahi. Au commencement était la trahison. » (Dominique Scarfone, De la trahison, 1999) Leur désir homosexuel nous dit que les fantasmes de l’inceste et du viol n’ont pas été intégrés. Or, comme l’écrit Jacques André, « pour être vraiment libre et heureux dans sa vie amoureuse, il faut s’être familiarisé avec la représentation de l’inceste » (Jacques André, « Le Lit de Jocaste », Incestes (2001), p. 19) et la violence naturelle inhérente à toute sexualité humaine.

 

C’est sans doute la raison pour laquelle la majorité des personnes homosexuelles ont vécu généralement leur première rencontre génitale avec la personne aimée beaucoup plus tardivement que les individus dits « hétérosexuels ». Elles sont venues à la sexualité à reculons, « parce qu’il fallait bien », passant ainsi d’un état subi (= l’adolescence continente) à un autre (= le sexe à la chaîne). Il est assez frappant, quand on discute avec certaines femmes lesbiennes, de constater leur vision très violente de la rencontre génitale avec les hommes : elles pensent qu’elles vont « se faire prendre par le mâle » (Muriel Bonneville, Mi-ange, mi-démon (2006), p. 11). Fantasmatiquement, beaucoup de personnes homosexuelles voient leur mère souffrir pendant qu’elle est possédée par les hommes. « Pendant longtemps, j’ai été jaloux de ma mère à cause de mon grand-père ; dans mon imaginaire, je le voyais en train de la violer avec son sexe énorme ; je voulais intervenir ; et c’était impossible. » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1990), p. 31)

 

Il est probable que le viol que les personnes homosexuelles ont cru subir est celui de la séparation excessive entre les sexes, mais aussi celui de l’absence de séparation. Socialement, l’effacement progressif des espaces féminins et masculins va crescendo. La parité et la mixité sont des valeurs de plus en plus imposées – et donc menacées – dans nos civilisations, et le trouble pour celui qui essaie de se construire une identité sexuée et d’apprivoiser son corps de femme ou d’homme s’accentue. La définition sexuelle semble être laissée non plus à la Nature, à l’extérieur, à la société, à la famille, aux parents, mais à l’appréciation personnelle de l’individu qui risque, du coup, de ne plus savoir qui il est. De l’excès du partage des sexes connu dans les siècles antérieurs, nous sommes passés à un autre, tout aussi handicapant pour la réalisation de la rencontre entre femmes et hommes : le retrait de la démarcation.

 

Il est handicapant dans la mesure où la séparation temporaire, loin d’impliquer nécessairement la rupture, peut dans le meilleur des cas signifier « reconnaissance », « condition préalable à la relation », « espace d’échanges », « préparation de la rencontre ». Une société qui laisse ses membres se regrouper et se séparer selon les âges, les sexes, les religions, les cultures, les pays, les passions communes, les affinités, les convictions politiques, les liens familiaux, etc., est une collectivité humaine qui respire la démocratie. L’encouragement à la distinction entre les sexes n’a rien de militaire ni de « fasciste » : c’est l’empêcher à tout prix (sous couvert d’« égalité de droits » ou « des sexes » par exemple) qui devient totalitaire.

 

Les personnes homosexuelles, par ce qu’elles sont et désirent, expriment ce malaise social de l’indifférenciation des sexes. La plupart du temps, elles le justifient : certaines n’acceptent pas la distinction filles/garçons faite dans les écoles, les hôpitaux, au seuil des toilettes et des vestiaires, chez le coiffeur, dans les dictionnaires, etc., parce que pour elles, elle équivaut à la séparation totale entre les sexes, et plus fondamentalement à la remise en cause de leur désir d’être tous les sexes. Mais de temps en temps, inconsciemment, elles regrettent que l’effacement de cette frontière empêche les femmes et les hommes de se rencontrer.

 

Le désir homosexuel est l’indicateur de la blessure que la femme et l’homme s’infligent dans leur couple par l’image médiatique d’abord, et parfois dans la réalité concrète. L’homme est actuellement de plus en plus condamné à porter l’étiquette du « beauf bourrin » et ennuyeux ou du parfait prince charmant qu’il n’est pas. La femme, quant à elle, est réduite à l’image de tigresse « salope » ou de femme au foyer, blonde et soumise. L’un comme l’autre se réifient à l’image… si bien qu’au final, certaines femmes et certains hommes réels ne veulent plus se côtoyer simplement, et prétendent parfois s’autosuffire dans l’affirmation d’une homosexualité ou d’un isolement fier de lui-même. Beaucoup de femmes et d’hommes actuels s’enlisent dans le débat sexiste, ou esthétisent leur angoisse par rapport à la disparition des membres du sexe « opposé » en questionnement disco (« Où sont les Femmes ? ») n’indiquant pas un renoncement aux mythes télévisuels de l’hypervirilité ou de l’hyperféminité, mais au contraire une réinstauration de ceux-ci.

 

Certaines personnes homosexuelles illustrent en image que c’est en partie l’abandon des femmes par les hommes, ou l’abandon des hommes par les femmes, qui ont fait d’elles « des homos ». Il est indéniable, même si nous ne pouvons pas en faire une règle, qu’il y a énormément d’enfants de parents divorcés parmi les personnes homosexuelles, ou bien de jeunes adultes dont les géniteurs restent ensemble par convenance ou pour l’image. Il n’est pas très étonnant non plus que les militants gay les plus intransigeants sur la pureté homosexuelle soient aussi ceux qui ont un passé hétérosexuel particulièrement lourd. Ce conflit (fantasmé) entre leurs parents peut se traduire par une intériorisation identificatoire, un sentiment de bâtardise (largement mis en mots par Rosa Bonheur, Violette Leduc, Jean Genet, ou encore William Shakespeare), une affirmation officielle d’une identité homosexuelle factice qui est à l’image du clash entre leur père et leur mère. Le « Je souffre de votre (possible) désunion » se mute en « Papa et maman, je suis homo… et je garderai secret votre (désir de) divorce. »

 

Pour conclure, je dirais que les liens entre désir homosexuel et viol n’ont pas à être centrés sur les individus homosexuels ni même sur leurs couples. Le désir homosexuel est d’abord le signe social du manque d’amour, voire des viols, au sein de certains couples femme-hommes. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas le banaliser, mais au contraire le considérer comme un prodigieux moyen de dénonciation des dysfonctionnements des couples hétérosexuels, pour aider justement les hommes et les femmes à mieux se rencontrer.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

Dans les fictions homo-érotiques, il est extrêmement fréquent, même dans celles qui veulent donner une image positive de l’homosexualité, que le personnage homosexuel ait vécu le viol ou vive dans la crainte/désir de son retour :

 
 

a) Le viol réel :

Affiche Concert "N°5" de Mylène Farmer au Stade de France, en 2009

Affiche Concert « N°5 » de Mylène Farmer au Stade de France, en 2009, en tournante… pardon, en tournée


 

On retrouve le thème du viol dans la B.D. Du côté des violés (1977) de Copi, le film « Abuse » (1983) d’Arthur J. Bressan JR, le film « Mauvais genres » (2001) de Francis Girod (avec l’homo violé), le film « Prends-moi » (2005) d’Everett Lewis, le film « Violent » (1950) de Nicholas Ray, le roman L’Amant des morts (2008) de Mathieu Riboulet (où Jérôme se fait violer par son père), le film « La Source ou la fontaine de la jeune fille » (1960) d’Ingmar Bergman, le film « Comment le désir vient aux filles (Je suis frigide mais je me soigne) » (1972) de Max Pécas, le film « Les Mille et une nuit » (1974) de Pier Paolo Pasolini, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, le film « Les Voleurs de chevaux » (2007) de Micha Wald, le film « Only The Brave » (1994) d’Ana Kokkinos, le film « Postcards From America » (1994) de Steve McLean, le film « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « Zatoïchi » (2003) de Takeshi Kitano (avec l’enfant violé), le film « L’Homme de cendres » (1986) de Nouri Bouzid (avec l’homo violé), le film « L’Immeuble Yacoubian » (2006) de Marwan Hamed (avec l’homo qui a été violé par le domestique nubien noir), le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano (avec Roberto qui jadis a été violenté par son père), le roman La Cité des rats (1979) (avec le viol collectif de l’albatros), le film « Jin Nian Xia Tian » (« Fish and Elephant », 2001) de Yu Li, le film « Bénis soient ceux qui ont soif » (1997) de Carl Jorgen Kioning, le film « Mon Capitaine, un homme d’honneur » (1997) de Massimo Spano, le film « Stir » (1980) de Stephen Wallace, le film « La Capote qui tue » (1997) de Martin Walz, le film « Tianshi Xin » (1995) de Lee Fu, le film « Pixote, la loi du plus faible » (1980) d’Héctor Babenco, la série The L World (dans laquelle une des héroïnes lesbiennes est violée dans une fête foraine), le one-man-show Cet homme va trop loin (2011) de Jérémy Ferrari (avec le Père Vert, curé gay et pédophile, jadis violé par son père et par ses profs), le film « Birth 3 » (2010) d’Anthony Hickling (avec le viol dans un parking), la série Julie Lescaut (dans un des épisodes, une lesbienne y est violée), la chanson « Coming out » d’Alexis HK (« Je remercie toute l’équipe de la Gare Saint-Lazare… »), le film « Adieu ma concubine » (1993) de Chen Kaige (avec l’homo violé), le film « Bad Boys » (1983) de Rick Rosenthal, le film « Squat » (1999) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Ghosts Of The Civil Dead » (1989) de John Hillcoat, le film « Scum » (1979) d’Alan Clarke, le film « Gutten Som Kunne Fly » (1993) de Svend Wam, le film « Le Quatrième homme » (1983) de Paul Verhoeven, le film « Night Corridor » (2003) de Julian Lee (avec l’homo violé), le film « Cheap Killers » (1998) de Clarence Fok, le film « 2 by 4 » (1997) de Jimmy Smallhorne, le film « L’Été de Kikujiro » (1999) de Takeshi Kitano (avec l’enfant violé), le film « Khroustaliov, ma voiture ! » (1997) d’Alexei Guerman, le film « Hustler White » (1997) de Bruce LaBruce et Rick Castro (avec le viol collectif), le film « Out Back » (« Le Réveil dans la terreur », 1971) de Ted Kotcheff, le film « Cowboy Jesus » (1996) de Jamie Yerkes, le film « Olivier Olivier » (1991) d’Agnieszka Holland (avec Grégoire Colin violé), le film « Au-delà du bien et du mal » (1976) de Liliana Cavani, le film « Délivrance » (1971) de John Boorman, le film « Uroki V Kontse Vesnoy » (1989) d’Oleg Kavun, le roman Un Voyage au Mont Athos (1988) de François Augiéras, le film « Strange Fruit » (2004) de Kyle Schidkner, le film « Shinjuku Kurashakai » (« Les Affranchis de Shinjuku », 1995) de Takashi Miike, les films « Les Voleurs » (1996) et « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, le film « Gigola » (2010) de Laure Charpentier, le film « Sexual Dependency » (2002) de Rodrigo Bellott, le film « Évadés » (1994) de Frank Darabont, le film « Multiple Maniacs » (1971) de John Waters, le film « El Topo » (1971) d’Alejandro Jodorowsk, le film « Fièvre à Colombus University » (1995) de John Singleton (avec la lesbienne violée), le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, les films « Violence et Passion » (1974) et « Rocco et ses frères » (1961) de Luchino Visconti, le film « Sleepers » (1996) de Barry Levinson, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le film « Verdict » (1974) d’André Cayatte, le film « The Mudge Boy » (2002) de Michael Burke, le film « American History X » (1998) de Tony Kaye, les pièces Roberto Zucco (1989), Quai Ouest (1985), et Dans la solitude d’un champ de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès, le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, le roman Boquitas Pintadas (Le plus beau tango du monde, 1972) de Manuel Puig, les films « Pepi, Luci, Bom Y Las Chicas Del Montón » (« Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier », 1980), « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) et « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar, la nouvelle « Fiord » (1969) d’Osvaldo Lamborghini, le film « Raping ! » (1978) de Yasuharu Hasebe (avec le viol d’un homme par un gang de motards), le film « Le Jardin des délices » (1967) de Silvano Agosti, le roman Le Viol de Lucrèce (1946) de Benjamin Britten, le roman Querelle de Brest (1947) de Jean Genet, le film « Portier de nuit » (1973) de Liliana Cavani, le film « Les Valseuses » (1973) de Bertrand Blier, le roman Tout ce qui est à toi… (2000) de Sandra Scoppettone, le film « Violent Cop » (1989) de Takeshi Kitano, le roman Le Reflet d’une ombre (2004) de Jonathan Denis, le film « 5×2 » (2004) de François Ozon, le film « Reviens, Jimmy Dean, reviens » (1982) de Robert Altman, le film « Flying With One Wing » (2002) d’Asoka Handagama, le film « Multiple Maniacs » (1970) de John Waters, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar (avec Anamika, l’héroïne lesbienne violée dans un bus), le film « La Soif du mal » (1958) d’Orson Welles (avec le viol collectif), le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce (avec le viol « correctif » de la lesbienne), le film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg (avec Christian l’homosexuel violé), le roman Le Cœur volé (1871) d’Arthur Rimbaud, le film « Vito E Gli Altri » (1992) d’Antonio Capuano, le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Les Désarrois de l’élève Törless » (1966) de Volker Schlöndorff, le film « Le Viol du vampire » (1967) de Jean Rollin, le film « Visage pâle » (1985) de Claude Gagnon (avec le viol collectif), le film « Sin Destino » (1999) de Leopoldo Laborde (avec l’homo violé dans son enfance), le film « Toto Che Visse Due Volte » (1998) de Daniele Cripi et Franco Maresco (avec la scène du viol collectif de l’ange), le film « Acla » (1992) d’Aurelio Grimaldi, le film « Irréversible » (2001) de Gaspar Noé, la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson (avec Dick, l’homo violé par les penetrator homosexuels), le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec Jack violenté par son père), le film « Rachel Getting Married » (« Rachel se marie », 2009) de Jonathan Demme (avec le coiffeur homosexuel abusé), le film « Claude et Greta » (1970) de Max Pécas (Claude a été violée dans sa jeunesse), le film « Baise-moi » (2000) de Virginie Despentes (avec le viol de Manu), le film « Les Amants criminels » (1998) de François Ozon (Luc est violé par un ogre), le film « AAPJMW » (2009) de Antoine+Manuel, le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling (avec le viol du puceau, Jean-Christophe, à Paris), etc.

 

 

Par exemple, dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Glass a été mise enceinte à 16 ans aux États-Unis et vit désormais en Allemagne. Son fils, Phil, le héros homo, est fruit de ce viol. Dans le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix, Julia, une femme lesbienne, a été violée dans son enfance par un ami de la famille. Dans le roman A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana, Burney et son ami César endorment Nemesio pour le violer dans sa chambre. Mylène Farmer se fait violer dans les vidéo-clips de ses chansons « Plus grandir », « Je te rends ton amour », et « L’Annonciation ». Le viol est déclencheur de l’amour homosexuel dans le film « Drefting Gravity » (1997) de John Keitel. Dans le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, Félicia se rappelle d’un souvenir d’enfance : son oncle, nu dans son bain, l’a forcé(e) à plonger la main dans l’eau pour masturber son sexe, et lui a fait promettre de garder le secret. Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le Dr Labrosse, quand il était encore enfant de chœur, a été violé par le personnage qui joue le prêtre. Dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, Shirin, l’un des deux héroïnes lesbiennes, est forcée de voir un chauffeur de taxi (dans lequel elle est rentrée) se masturber avec son pied à elle. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, le lesbianisme de Clara survient du viol (par les mecs : le musicien, les autres garçons de la colo qui l’agressent verbalement et physiquement), de la peur de la génitalité, de la violence de la pression de la drague entre ados. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, l’homosexualité d’Adèle naît de la pression sociale à « niquer », à « faire couple » à tout prix : les amies lycéennes d’Adèle la poussent littéralement dans les bras de Thomas, avec qui elle vivra un coït qui ne se passera pas bien. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, un automobiliste homophobe voit Éric, le héros homo, déguisé en travelo (« Enfoiré de gay ! »), le viole et le tabasse (c.f. épisode 5 de la saison 1). Et dans la chambre de Jackson (c.f. épisode 8 de la saison 1), les lesbiennes sont présentées comme des personnes violées et violentes : Jackson a un poster « Lesbians » où une poitrine de femme est touchée par plusieurs mains baladeuses.

 

Nombreux sont les personnages homosexuels qui utilisent le mot « viol » dans leurs répliques : « Le violoncelle, c’est plutôt gai/gay ! » (Camille dans son one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Hélas ! Amour, que tu fus consterné lorsque tu vis ce temple profané. » (Voltaire, L’Anti-Giton, 1714) ; « Et bien moi, dans le poulailler, je me suis fait violer par Yves Lecoq ! » (Jean-Philippe, l’homosexuel de la pièce Coming out (2007) de Patrick Hernandez) ; « J’me suis fait violer ! » (Sébastien l’homosexuel dans la pièce Qui aime bien trahit bien !(2008) de Vincent Delboy) ; « T’as peut-être été violé. » (Corinne s’adressant au narrateur homosexuel, dans le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Ils ne pensaient qu’à eux-mêmes. Ils ne me voyaient pas. Ils me violaient. S’en rendaient-ils seulement compte ? C’était une routine pour eux. » (Hadda la servante noire violée, dans le roman Le Jour du Roi(2010) d’Abdellah Taïa, p. 202) ; « J’me fais violer tous les soirs par le même concombre. » (Albert dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Pawel lutta continuellement avec des sentiments de haine contre Smokrev, convaincu qu’il avait été volé et violé. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, parlant de l’homosexuel pervers Smokrev, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 308) ; « Ce que j’aurais fait à cette époque de ténèbres, d’autres me l’avaient fait. » (Pawel parlant du viol pédophile qu’il a subit par son mentor Goudron, idem, p. 441) ; « Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie, n’ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins, le canevas banal de nos piteux destins, c’est que notre âme, hélas !, n’est pas assez hardie. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Le viol dont il est question est parfois le viol social subi à l’école, au collège ou au lycée. « Mon surnom, c’est Toupie, tu sais très bien. Avec tes potes, vous me faites tourner… » (Benjamin s’adressant à son amant Arnaud, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) On peut citer par exemple le viol de l’homosexuel Mourad dans les vestiaires par ses camarades, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo l’homo s’est fait casser la gueule en classe de CM1 sur la cour de récré. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (« Ne le dis à personne », 1998) de Francisco Lombardi, le jeune Joaquín à 8 ans et un autre de ses camarades scouts se violent mutuellement sous une tente, et se promettent de garder le silence. Dans le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló, Randy est victime d’un viol collectif au lycée militaire. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, le mathématicien homosexuel Alan Turing s’est fait maltraiter au collège par ses camarades de pensionnat. Ils l’ont même séquestré sous un plancher de bois clouté. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, est violenté par ses camarades parce qu’il ne sait pas se défendre et qu’il se fait traiter de « tapette » ou d’« homo ».

 

 

Mais le viol surgit surtout dans la sphère familiale. Certains héros gays ont été battus par leurs parents ou ont vu ces derniers se maltraiter. Par exemple, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay, Roger et ses frères sont les enfants du viol : « Comme les trois autres fois où tu m’as violée, tu m’as fait un autre petit ! » (Mari Lou, la mère de Roger, à son mari). Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, les deux protagonistes homos (Rovo, le semi-demeuré, et Abram, le héros principal) ont été maltraités. D’ailleurs, Barbara, la mère d’Abram, décrit inconsciemment les violences domestiques comme le terreau de l’homosexualité de son fils : « P’têt que j’aurais pas dû le battre comme ça. » Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin s’est fait frapper par son père quand il était petit ; et la description des coups est suffisamment chargée d’ambiguïté (et d’inceste !) pour présenter le viol comme le détonateur du désir homosexuel du héros : « J’aurais voulu être Superman pour l’éclater. Mais un soir, il s’en est pris à moi. J’étais en CP, j’avais ramené un bulletin de notes un peu moins bon que d’habitude. Il m’a mis tout nu, m’a allongé sur le lit… j’étais terrifié. Il a défait sa ceinture et a commencé à me frapper, sans tenir compte de mon âge, comme si j’étais un adulte ou un criminel. Mais le bulletin, ce n’était qu’un prétexte. Il trouvait que j’avais l’air efféminé. À six ans ! Il me traitait de petit pédé, qu’il allait faire de moi un homme. » (p. 422)

 

Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Julien, le héros homosexuel, se rend compte qu’il a été violé par sa belle-mère Solange : « Pourquoi vous m’avez violé ?? » La belle-mère ricane : « Violé… Tout de suite les grands mots… » Finalement, Solange se rabat sur Yoann, l’amant efféminé de Julien. Elle lui fonce dessus, et ce dernier, au départ, résiste : « Elle voulait me violer ! C’est elle ! C’est moi qui était en-dessous. » Puis finalement, pour une affaire d’héritage, Yoann accepte de faire un gosse à la quinquagénaire.
 

Le viol, c’est tout simplement l’autre nom donné au manque d’amour, de désir (entre parents et enfant par exemple ; ou entre les parents). « Je cache des vérités importantes depuis que j’ai 13 ans. » (Erik, le héros homosexuel dépucelé à 13 ans, dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs) ; « J’ai toujours pensé que ce qui avait rendu Erika chaotique dans son comportement sentimental, c’est une enfance malheureuse. […] Et curieusement, elle ne semble pas avoir eu vraiment conscience de ce malheur. De son enfance, elle a toujours dit : ‘Ce n’était pas marrant, mais il y a pire.’ Évidemment, matériellement il y a pire. La première fois qu’elle a prétendu que sa mère la détestait, je ne l’ai évidemment pas crue. […] Pourtant, quand j’ai vu Elisabeth Westermann, j’ai su qu’Erika disait la vérité. Sa mère ne la détestait peut-être pas, mais elle lui manifestait une telle indifférence que cela revenait au même, ou pire. » (Suzanne, l’héroïne lesbienne du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 189) ; « Bon, d’accord, ton mari t’a violée. » (Zulma parlant à sa fille Alba dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) Le personnage homosexuel est souvent le témoin involontaire d’un viol entre un homme et une femme, et cette scène reste gravée en lui comme un traumatisme : « Stephen avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. […] Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 38-39) L’homosexuel croit qu’il est le résultat d’un viol. « Mon père viole Ourdhia, le couteau taillade son sexe, j’ai peur. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 73) Par exemple, dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, le Diable des Rats apparaît à Gouri pour lui annoncer le secret de sa conception : « Je suis ton père que tu n’as pas connu ; j’ai violé ta pauvre souris blanche de mère vierge dans le caniveau de la rue de l’Ancienne-Comédie un soir de folie. » (p. 117) Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank, le héros homosexuel, dit qu’il s’est fait battre par ses parents quand il était petit : « Mon père me frappait au visage. » Il explique que le fait que ses parents le battent tous les deux, « ça consolidait leur mariage ».

 

En général, le viol que subit le personnage homo concerne d’abord le/son couple, et les relations sentimentales entre héros homosexuels. Il se rapporte tout autant aux relations femme-homme qu’aux relations homme-homme ou femme-femme. Par exemple, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, R. raconte qu’il s’est fait violer par un certain Laurent, « un fils de pute qui voulait pas mourir seul et qui a violé ma jeunesse » (p. 71). Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Rinn, l’une des héroïnes lesbiennes, force son amie Suki à l’embrasser sur la bouche, par jeu et « pour s’entraîner ». Cela finit mal car elles sont surprises par Juna et Kanojo. Suki est inanimée suite au baiser. Un peu plus tard, Rinn crie au viol à cause des actes de ses amies : « J’ai pas demandé à être tripotée comme ça. C’est pas de ma faute ! Laissez-moi ! Je ne veux pas qu’on me touche ! » Je reparle plus longuement du viol au sein du couple homo dans mon étude des codes « Coït homosexuel = viol » et « Liaisons dangereuses », ainsi que de l’homophobie homosexuelle avec le code « Homosexuel homophobe » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Il est fréquent que le viol que le héros homosexuel connaît soit tout simplement la pratique homosexuelle et qu’il soit perpétré par ses pairs homosexuels : cf. le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló (avec le viol collectif sur Randy au lycée militaire), etc. « Selon le rituel de nos frères de Russie, nous allons te purifier. » (les Virilius, commando d’homosexuels refoulés s’adressant à Jean-Marc, l’infiltré homosexuel, qu’ils vont torturer, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis)

 

Enfin, le viol renvoie également à une violence dirigée vers soi-même, soit par la masturbation, soit par le suicide : « À l’avenir, je me violerai sur un tapis dans le pré. » (Anthony, l’un des hréos homosexuels du roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Y yo / pillaba yo ! » (cf. le poème « Anales » de Néstor Perlongher); etc.
 
 

b) Le viol fantasmé (= craint et désiré) :

Comme on vient de le voir, la mention du viol ne repose pas toujours sur un viol réel. Il peut être l’expression d’une crainte de la sexualité en général et de la différence des sexes en particulier, parce que certaines personnes l’ont vue par accident abîmée (cf. je vous renvoie au chapitre « Peur de la sexualité » dans le code « Symboles phalliques » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa, l’héroïne lesbienne, en voyant arriver un homme vers elle alors qu’elle est au volant d’une voiture, croit d’abord qu’il s’agit d’un violeur, avant de découvrir que c’est un flic.

 

Vidéo-clip de la chanson "Mon coloc" de Max Boublil

Vidéo-clip de la chanson « Mon coloc » de Max Boublil


 

Le désir homosexuel du personnage homo semble survenir à la suite d’un viol ou d’une diabolisation paranoïaque de la sexualité, et des hommes en particulier (chez les héroïnes lesbiennes surtout) : « On hurle, on flâne, on regarde, on triche, on vole. Et ils violent. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 9) ; « Les hommes, ils m’ont fait… j’étais toute petite en plus… ils m’ont fait… RIEN. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Il [le mari de Rani] m’apparut en imagination, un type laid au visage grêlé et aux mains sales. Riant et la prenant à son corps défendant. Soulevant son sari pour l’envahir. Poussant un brusque gémissement avant de s’endormir. Exactement comme dans un film que j’avais vu à la télé. Je voulais le tuer. » (Anamika, l’héroïne lesbienne dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, pp. 58-59) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, par exemple, la paranoïa du viol chez Mahaut, la protagoniste lesbienne, la fait aller vers le lesbianisme (on la voit se faire accoster puis agresser par un homme sur les quais de Seine, et immédiatement après, croiser le regard de sa future promise). Dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017, Louison, l’héroïne lesbienne, est angoissée par sa première fois (sexuelle, et avec un mec). De son angoisse d’être dépucelée va naître la conviction qu’elle est vraiment homosexuelle. Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, Suzanne traite tous les hommes de violeurs : « On ne peut pas m’objecter que mon expérience des hommes est courte : Gaston et quelques violeurs. » (pp. 84-85) D’ailleurs, quand sa meilleure amie, Anne, lui demande explicitement si elle a déjà été violée, Suzanne lui répond avec malice « Évidemment » (idem, p. 152). Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, une femme travesti en homme, « Virgo Fortis », est pourchassée par « des soldats qui veulent la violer ». En restant célibataire et en cherchant à échapper à son sexe, elle prétend « échapper au mariage-inceste-viol ». Dans le film « Drool » (2009) de Nancy Kissam, Anora devient lesbienne parce qu’elle est maltraitée par son mari. Dans le film « Corps à corps » (2010) Julien Ralanton, c’est le même scénario : l’héroïne arrive au lesbianisme après s’être fait violer par deux inconnus dans un coin de rue.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Le violence cachée du couple homosexuel, calqué sur celle du couple hétéro, est devinée et crainte par beaucoup de personnages homosexuels : « J’ai échappé au viol ! » (Mimil, au moment où Jeff lui fait des avances, dans la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob) ; « Je crois que mon coloc [homosexuel] va me violer. » (cf. la chanson « Mon Coloc » de Max Boublil) ; « Pas elle ! Elle va me violer !! » (Camille face à sa nouvelle camarade de cellule carcérale Caroline, avec qui elle formera finalement un couple après sa conversion au lesbianisme, dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; etc. C’est parfois le regard réifiant ou un sourire violent (cf. la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) qui a symboliquement violé le personnage homosexuel : « À cause de ce regard sur moi, la virginité en moi se sent soudain violée. » (cf. une réplique de la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès) ; « T’as réagi comme si j’avais abusé de toi. » (Oliver rappelant à Elio la première fois où il lui a massé/touché l’épaule, dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Parfois, le spectateur ou le lecteur peut douter de la vraisemblance de ce viol, qui ressemble davantage à un bobard ou à un conte imaginaire inventé par le héros pour se faire plaindre, pour frémir et pour exister, qu’à un viol réel. « Je me bats contre une douleur fantôme qui me hante depuis des mois, des années. » (Muriel Bonneville, Mi-ange, mi-démon (2006), p. 7) ; « J’ai peur de devenir folle. Toutes les nuits je rêve qu’on me viole. » (cf. la chanson « Les Adieux d’un sex-symbol » de Stella Spotlight dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger).

 

C’est également la superstition populaire qui associe parfois l’homosexualité au viol. Par exemple, dans le film « Kick-Ass » (2009) de Matthew Vaughn, Dave est suspecté d’être gay après avoir été retrouvé nu suite à une agression urbaine. Cela dit, toute superstition trouve son explication sur un substrat de réalité (… réalité au moins désirante).

 

Le plus incroyable survient quand les héros homosexuels se mettent à transformer le viol en fantasme. Comme dit Genet, ils « bandent pour le crime ». Par exemple, dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le héros se découvre homo après avoir été violé, mais paradoxalement, définit son homosexualité comme « une perle intérieure ». Dans la chanson « Viole d’amour » du groupe Cassandre, le viol est à la fois avoué et dénié pour l’annonce de l’amour homosexuel futur (« Il a l’âge de ton père, c’est peut-être le tien, il t’a mis en enfer ce matin. Il a violé ton cœur […]. Mais oublie ce viol d’amour car moi je t’aime. »). Dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel, couche à l’armée trois fois avec Octave, son violeur d’adolescence : « Je ressentais ce désir comme une sorte de revanche pour satisfaire égoïstement ma propre libido. » (p. 92) Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le narrateur homosexuel se rend sur un drôle de site internet, « Syndromedestockholm.com », pour y retrouver et draguer son violeur : « Quand j’étais enfant, j’ai été violé. Franchement, c’était génial. Et ce site m’a permis de retrouver la trace de mon violeur. Et je suis drôlement content d’avoir retrouvé mon grand-père. » Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le camionneur (Jupiter) a déjà violé Lio, et s’en prend à la jeune Europe, qui ne se dérobe même pas : « Tu as compris qui j’étais ? Je t’enlève, Europe. Ta vie ne sera plus jamais comme avant. Je te kidnappe. » La jeune lycéenne, au lieu de se révolter, se laisse faire : « Tu me sauves. » Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca dit sa fascination pour Déborah, un piège-à-hommes : « C’était mon idole. » Et il se met à parodier la chanson de Nancy Sinatra « Bang-Bang » : « Vous étiez tous gendarmes et violeurs. Et je criais gang-bang. Et j’adorais gang-bang. »
 

Dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, la femme violée est considérée par l’héroïne lesbienne Jane comme une sœur jumelle : « Les filles qui se font violenter sont souvent hyper sexualisées. » (p. 55) ; « À partir de maintenant, Anna Mann était livrée à elle-même. Plus d’une fille sur deux était victime d’abus sexuels. C’était la façon dont tournait le monde et on n’y pouvait rien. » (idem, p. 89) ; « On aurait dit qu’elle se préparait pour un gang bang. » (idem, p. 99)
 

Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Mélodie, l’héroïne bisexuelle, est avocate… mais au lieu de défendre la justice, elle se sert de son pouvoir de magistrat pour couvrir le délit ou le crime. Par exemple, face à un contrôle de police où son ami Michel manque de souffler dans un ballon alors qu’il est alcoolisé au volant, elle fait preuve de persuasion avec un policier pour échapper in extremis au retrait de permis… et ça marche. Plus tard, Mélodie a en charge un pervers qu’elle prend en pitié, qu’elle parvient à défendre en plaidoirie, en faisant passer les attouchements sexuels qu’il a fait sur une femme pour un dérapage : « Il s’agit d’un geste d’amour qui a mal tourné. » Mais à la fin du film, elle se retrouve face à une récidive beaucoup plus grave du même violeur, puisque cette fois, il est passé au viol. Elle a donc couvert et laisser courir en liberté un agresseur multi-récidiviste. Face à ses amis qui s’étonnent qu’elle ait défendu l’injustifiable, elle joue d’abord l’indifférence professionnaliste (« Bien sûr que je vais le défendre. C’est mon métier. ») avant de fondre carrément en larmes, surprise par une culpabilité inconsciente qui déborde en elle (« Je n’en peux plus de toute cette merde. Je ne sais plus à quoi m’accrocher ! ») Tout le film montre que, au même moment qu’elle vit son homosexualité, Mélodie défend à plusieurs reprises le viol : il y a une corrélation constante entre plaidoirie du viol et justification de la banalité/beauté de l’amour bisexuel/asexué.
 

Parfois, le héros homosexuel considère le viol comme SA Vérité profonde : « Je ne désespérais pas de lui avouer, un jour, ‘ma’ vérité. » (Ednar dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 181) ; « J’veux être une brouette. » (Sarah, l’héroïne lesbienne, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; « Qu’on me viole, qu’on m’attrape, j’ai besoin d’un bon coup. » (cf. la chanson « L’Hymne à l’amour » de David Courtin) ; etc.

 

Certains personnages homos disent explicitement qu’ils désirent le viol (et posent la question qu’on n’attendait pas : « Que faire quand on trouve notre violeur beau ? ») : « De ma vie, je ne m’étais jamais fait baiser sans le vouloir. Je sais maintenant que tout peut arriver. Et que, même sans le vouloir, on peut aimer cela. » (Bjorn, l’un des héros homos du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 154) ; « Je ne veux pas qu’elle s’introduise. J’aime être contrainte. Je ne veux pas qu’elle m’introduise. Même si elle me dit qu’elle m’aime. » (SweetLipsMesss dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3e Festigay du Théâtre Côté-Cour, en 2009) ; « Tu pries pour que ton frère, comme toi, au même moment, soit blotti dans les bras d’un beau jeune homme plein de vigueur, et qui prendrait soin de toi comme d’une poupée. » (Félix à propos d’un soldat allié, Bob, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 132) ; « La façon dont elles l’avaient traité ne le choqua point ; il trouvait les deux vieux travelos adorables, il se mit à bander. » (le prince Koulotô désirant ses deux violeurs, dans la nouvelle « Les Vieux Travelos » (1978) de Copi, p. 90) ; « Nature du décès : j’me suis fait violer par trois beaux jeunes hommes. » (Lucienne dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard) ; « J’aimerais bien prendre un coup. » (Jules, le héros homosexuel dont la langue a fourché car il pensait dire à la serveuse « Je vais prendre un coup », dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « J’préfère encore me faire tripoter par un prêtre comme mes copains cathos quand ils vont au caté. » (Laurent Spielvogel à propos du rabbin à qui il va rendre visite, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Les garçons préfèrent toujours ceux qui les malmènent. » (idem) ; « Le jour, la nuit, surtout, j’aimerais qu’on me viole. Je mettrais ma parole tous les mâles sur mes genoux » (c.f. la chanson « Ah ! Si j’étais une fille ! » de Gabriello) ; etc.

 

L’excitation d’être violé et d’avoir été violé ressort chez tous les personnages homosexuels du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, par exemple : « Cody dit ‘Je m’a suis fait voler. Nourdine il a tout volé, l’argent et la caméra de New York University que j’avais empruntée. Oh my god, on habitait ensemble, et cette matin, je m’est levé et tout avait disparu dans l’appartement.’ Je l’accompagne pour porter plainte. Je lui dis ‘Ça te plaît, hein, que ce mec t’ait volé ? C’est la preuve que tu avais raison d’avoir peur. Maintenant ça te fait jouir d’avoir été une femme violée et volée, c’est comme si ton rêve magique d’être une femme avait été poussé au maximum.’ Cody, pris en faute, me regarde de travers. » (Mike, le narrateur homosexuel, s’adressant à son pote gay nord-américain Cody, p. 111) ; « Cody cherche des Arabes. Il est obnubilé, il dit ‘Je sens que je pourrais être une femme avec eux parce qu’ils se servent de ton corps comme celui d’une femelle, tu vois, comme si t’étais une objet de plaisir et que tu n’existais pas comme personne. » (Cody, idem, p. 91) ; « Tu crois que c’est comme les pédés qui cherchent à se faire violenter dans le SM, tu finis toujours par t’apercevoir à un moment ou un autre que ce qu’ils recherchent dans cette violence contrôlée (parce qu’elle est donnée dans un cadre sexuel strict) c’est de vivre ce qu’ils ont le sentiment de mériter en tant que pédé. Genre je suis pédé, je mérite de me faire tabasser, je me fais honte, steplé, tabasse-moi pour que je sois en concordance avec moi-même. Tu crois pas ? » (Polly, op. cit., p. 47) ; « Vianney consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… » (Mike racontant son « plan cul » avec un certain Vianney, op. cit., p. 84) ; « Polly [l’héroïne lesbienne] dit que le sida n’est pas une fatalité, que les pédés doivent arrêter de penser qu’ils le méritent. ‘C’est faux, c’est même archi-faux, affirme-t-elle, c’est comme quand vous pensez que vous méritez de vous faire agresser. Faut arrêter avec tout ça, on ne mérite pas le sida ni de se faire agresser quand on est pédé. Par contre, on peut se demander si cette propension des pédés à croire ça ne cache pas plutôt une forme d’auto-homophobie intériorisée.’ Elle a tort. » (Mike, op. cit., pp. 72-73) ; etc.

 

Dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport, c’est quand sa copine lui résiste (« Arrête, lâche-moi ! ») qu’une des héroïnes lesbiennes se dit encore plus excitée (« Ça, ça me fait bander comme un cheval ! »). Dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier, Lourdes demande à son public qu’il la fouette, la batte, et la viole. On retrouve le rêve d’être violé dans le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day. Dans la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim, l’héroïne toute heureuse d’avoir été violée par « le Cosaque ». Dans la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, Louna fait croire qu’elle a été violée pour exister aux yeux de ses amies. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, au moment où Omar arrive chez Marcel pour lui demander l’hospitalité (« Allez, ouvre, j’vais pas t’violer. »), ce dernier lui répond en boutade : « Ah… c’est dommage… » Dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier, face à son psy, décrit le cambriolage dont il aurait été l’objet, comme un viol (on découvre ensuite que ce vol était en réalité fictif, pur produit de son imagination, simplement pour le plaisir d’avoir à crier « Au viol ! ») : « Donc j’ai été violé !!!… mais bien sûr au sens figuré ! J’parle de mon appartement ! […] Ils n’ont rien volé. Mais ils auraient pu ! » Dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, il est fait référence à « l’obsession de violence » chez les personnages. Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le Dr Labrosse fantasme de se faire violer par un jeune Sénégalais de 16-17 ans appelé « Babacar ». Dans le film « Strangers In A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno va essayer d’étrangler une vieille femme bourgeoise désirant connaître la sensation d’étouffement. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, tous les personnages homosexuels désirent le viol et finissent par défendre l’amant qui va les violer/assassiner : Franck, le héros, soutient Michel jusqu’au bout ; et Henri, après avoir couché avec Michel pour préserver Franck, avouera dans son dernier souffle : « J’ai eu ce que je cherchais. » Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel efféminé, attise, par sa provocation, la haine de ses agresseurs homophobes et met de l’huile sur le feu en les insultant. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, quand Emmanuel commence à violenter le jeune étudiant en histoire qu’il va finalement violer (« Tu veux pas que je te fasse mal, non ? »), ce dernier, après un court moment d’hésitation, lui répond sérieusement : « Ben… je sais pas…[…] Ça me gêne pas, la brutalité. » Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, semble être tout excité de vivre des situations mortelles même fantasmées : « Quelqu’un a fermé la porte. Mon Dieu ! Nous sommes piégés !!! »

 

L’évocation du viol fantasmé est une technique de drague : le libertin homosexuel joue la victime pour mieux approcher sa proie, l’apitoyer. « Je me suis cyniquement engouffrée dans la brèche qu’elle m’offrait, et je lui ai parlé de mes violeurs. Il était temps, finalement, que ces garçons servent à quelque chose, et dans ce cas précis à justifier mon dégoût des hommes. Du dégoût des hommes au goût des femmes, il n’y a qu’un pas. » (Suzanne par rapport à Agnès, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 225) ; « J’ai pris ce que tu m’as donné, de mon plein gré. Ce n’est pas de ta faute, Thérèse. » (Carol, l’héroïne lesbienne consolant son amante Thérèse en pleurs, culpabilisant d’avoir couché avec elle, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes)

 

Par exemple, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Marcel fait croire à Frédéric qu’il s’est fait violer, pour l’attirer à lui : « Marcel rapplique en expliquant qu’il a rencontré, dans la rue, un couple de garçons, il y a de ça deux jours. Il les a suivis chez eux. Ils l’ont saoulé ou drogué. Il ne se souvient pas du reste de la soirée ou de la nuit. Il s’est réveillé sur un banc, dans une station de métro, alors qu’un policier l’a secoué pour le chasser. Il a mal partout, surtout au cul. Il croit avoir été violé. Ils lui ont aussi pris son portefeuille. » (p. 22) On apprend un peu plus loin qu’il s’agit d’un mensonge amoureux fondé sur la victimisation : « Peut-être par remords d’avoir abusé de la situation, il lui écrit pour tout avouer, d’abord que le récit de Toronto était tout à fait faux, qu’il n’avait jamais quitté Montréal, qu’il s’agissait d’une histoire inventée de toutes pièces pour le rendre plus intéressant à ses yeux. » (p. 23) Pourtant, cela n’empêche pas Marcel de récidiver avec un autre amant, Bertrand : « Ce courriel contrarie Marcel au point qu’il fait attendre sa réplique à son tour pendant toute une semaine. Il envoie alors un message dans lequel il reprend son histoire de fugue à Toronto, son viol et son vol, la même qu’il avait inventée pour Frédéric. » (p. 39) Il faut savoir que le viol est une technique de drague très employée par les personnages homosexuels des fictions pour se faire aimer.

 

Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, pour échapper au service militaire et à l’armée, invente tout un tas de sévices (il plaisante avec le calembour « Sévice militaire », d’ailleurs) qu’il a/aurait subis de la part de ses frères, ses camarades d’école (« Ils étaient 119 sur moi ! »), rapport qui se révèle dissuasif puisque le médecin militaire finit par l’exempter de son devoir d’État : « Il a imaginé des choses tellement immondes qu’il a écrit un rapport de 4 pages. »

 

Le plus curieux, c’est que parfois, le personnage homosexuel va se persuader d’avoir trouvé son unité dans la brisure du viol (réel) qu’il a subi. « Je plongeai dans la rivière. Baissant l’échine, je remontai un champ de vigne voisin, quand je sentis la masse de l’homme, comme un carapaçon de laine, me plaquer au sol en plein soleil. La chaleur de sa poigne se propagea jusqu’à mon cœur, et figea ma volonté. Il murmura à mon oreille les mots étrangers du manque et du désir. Il me lécha la nuque et le cou. Il écarta mes fesses et y colla ses joues râpeuses pour m’enduire de salive, tout en caressant mes hanches. J’avais plus que la chair de poule, mon corps tremblait tout entier comme si je n’étais plus qu’un cœur énorme, badoum, badoum… […] Quelque chose se tordait et craquait en moi. » (la voix narrative de la nouvelle « La Carapace » d’Essobal Lenoir, Le Mariage de Bertrand (2010), p. 15) ; « Je me sens si différent. Comme si avant, j’avais un corps mais j’étais pas dedans. » (Didier après son expérience homo, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Je n’aimais pas son haleine à l’odeur de bière et de cigarette. […] Quand j’ai été dans sa bouche, j’ai trouvé ça divin. J’ai oublié qui j’étais. » (le jeune Mathan parlant de sa première fois homosexuelle, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, le viol et le désir de viol sont tellement imbriqués que le spectateur ne sait plus si c’est du lard ou du cochon : « On m’a encore droguée au GHB ! J’attire cette drogue ! » (la mère) ; « Bien sûr qu’on a abusé de moi ! 30 fois selon l’urgentiste ! Il aurait manqué plus que ça ! » (idem). Tous les personnages vivent leur viol scabreux comme une renaissance et un moment de jouissance incroyable. Par exemple, la jeune lycéenne transgenre M to F Gwendoline a été violée par « deux tapettes » racailles (dont un certain Mounir) dans une cave, et déclare que pour toutes les filles, « le viol et la double pénètr’, c’est le minimum ! » : « Aaaah… les tournantes, c’était vraiment génial ! ». Elle présente le viol comme le coup de grâce qui lui rend sa sainteté et sa virginité (on entend résonner l’« Alleluia » de Haendel) : « Je réalise qui je suis et quel sera mon destin ! »

 
 

c) Le personnage homosexuel ou gay friendly aime pousser le cri du viol en imitant l’actrice terrorisée des films d’épouvante :

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Appel déguisé », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » » et « Clown blanc et Masques » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Ce qui m’a mis sur la piste des liens non-causaux entre désir homosexuel et viol, c’est l’insistance des artistes homosexuels à représenter et à s’identifier à l’actrice violée cinématographique.

 

La figure de la femme violée, notamment, revient très souvent, comme si les héros homosexuels (et leurs auteurs !) cherchaient à s’y identifier (cf. je vous renvoie surtout aux codes « Femme allongée », « Femme-Araignée » et « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey (avec la défloration de la petite Perla), le film « La Piel Que Habito » (2011) de Pedro Almodóvar (avec un père qui opère sa fille après qu’elle se soit fait violer), le film « La Reine Margot » (1994) de Patrice Chéreau, le roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, le film « Ascetic : Woman And Woman » (1976) de Kim Shu-hyeong, la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams (où Archie viole Mégane), le film « Club de femmes » (1936) de Jacques Deval (avec Juliette violée), la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy (où le Thénardier dit à sa femme qu’il « l’a violée un soir près de Versailles »), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (Gabrielle, la femme violée amnésique), la chanson « Last Night » de Britney Spears, la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi (avec Solitaire, la femme violée et abandonnée), le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz (avec Dakota, la femme poursuivie par Ayrton), etc.

 

« Cette fille, Virginie, violée sur la place, et bien c’est moi. […] J’ai toujours été un peu joueuse avec les touristes… […] T’imagines ce que c’est, un viol ?? T’imagines pas ?? C’est l’inverse de donner la vie. On vous prend la vie. Un sentiment de mort. » (Léa, l’héroïne hétérosexuelle de la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Je suis sentimentale et parfois femme fatale. » (cf. la chanson « Je suis toutes les femmes » de Dalida) ; « Alejandro, please, just let me go ! » (Lady Gaga dans sa chanson « Alejandro ») ; « Je je suis si fragile qu’on me tienne la main ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Sauvez-moi ! Quand il me soulève et qu’il me prend la main, ma voix se dérègle ! » (cf. la chanson « Sauvez-moi ! » de Jeanne Mas) ; « Elle me montre la première page d’Ici-Paris : une imitatrice de Marilyn Monroe s’est pendue dans sa cellule dans la prison de Regina Celi à Rome : c’est Marilyn, la mienne ! » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 51) ; « Dorita se donna à lui [Silvano] pour la première fois la nuit des adieux, dans la salle de classe, sur le bureau de Silvano, tandis que la pluie fouettait les carreaux. Dorita était vierge. L’expérience fut douloureuse pour tous les deux. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 12) ; « Rien n’est plus émouvant qu’une belle femme qui souffre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 77) ; « C’était comme si certaines filles portaient une marque secrète que seuls les pervers pouvaient voir. Une fois qu’elles avaient été abusées, d’autres salauds parvenaient à le sentir d’une façon ou d’un autre, et ils les pistaient pour prendre leur tour. […]Pourquoi est-ce que tu cherches sans cesse des excuses à ces hommes ? Ils ont cherché à gagner ta confiance pour abuser de toi. Même le prêtre ; il a préféré ignorer quel âge tu avais. Tu ne fais pas du tout dix-sept ans. Au fond de son cœur, il savait que tu étais trop jeune. Tu ne le vois pas ? » (Jane, l’héroïne lesbienne s’adressant à la jeune Anna, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 242) ; « Encore une fois l’histoire d’une femme trompée. Une de plus… » (Atos Pezzini, homosexuel, parlant des Noces de Figaro, dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli) ; etc. Par exemple, à la fin du téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, on apprend que le requin d’entreprise qu’est devenue Élisabeth (Fanny Ardant) a été violé dans son adolescence. Dans le film « Incidences » (2012) d’Andromak, Anne a été victime d’un viol dès son plus jeune âge. Dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, Armand, homo de 43 ans, empêche le viol d’une jeune femme, Curly, menacée par quatre jeunes hommes. Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette, l’héroïne lesbienne, subit un viol d’intimité : son grand frère Adrien rentre dans sa chambre alors qu’elle se déshabille. Dans le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval s’identifie à Tina Turner, la femme battue par son mari. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Catherine, part dans la forêt et y croise un homme diabolique avec « une tête de fou, démoniaque, le sexe à l’air », qui la fait hurler. Tous les personnages de la pièce avouent leur fantasme de viol : « Les sales types, les voyoux comme Herbert, j’adore ça. » (Fabien, le jeune héros homosexuel)

 

Film "Cabaret" de Bob Fosse

Film « Cabaret » de Bob Fosse


 

On retrouve ce goût homosexuel pour le cri de la femme violée cinématographique dans le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse (avec Sally aimant hurler au passage des trains), les film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz ou bien « Reflection In A Goldeye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (Elizabeth Taylor y poussent des cris d’anthologie), le film « Passion » (1964) de Yasuzo Masumara (avec le personnage de Mitsuko), la chanson « And I Hate You » de Mélissa Mars, le poème « Cri écrit » (1925) de Jean Cocteau, le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras (avec l’affiche géante d’une actrice de film d’épouvante sur le mur de la chambre), le film « Psycho » (« Psychose », 1960) d’Alfred Hitchcock (avec la scène de Marion sous la douche), le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day (avec l’affiche « My Fair Evie »), le film « La Flor De Mi Secreto » (« La Fleur de mon secret », 1995) de Pedro Almodóvar (avec le concours télévisuel du meilleur cri d’effroi), le film « The Others » (« Les Autres », 2001) d’Alejandro Amenábar (avec Nicole Kidman, la femme violée hurlante), le film « Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! (1985) de Russ Meyer, le film « Office Lady Rape : Disgrace ! » (1990) d’Hisayasu Sato, le film « Sudden Fear » (1952) de David Miller (avec Joan Crawford), le film « Screaming Mimi » (1958) de Gerd Oswald, le film « La Plainte de l’Impératrice » (1990) de Pina Bausch, la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, les chansons « Fallait pas commencer » de Lio ou « Embrasse-moi Idiot » de Bill Baxter (avec les cris des choristes), la chanson « Me Persigue un Chulo » de Las Ketchup, etc. Par exemple, dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la sonnerie de téléphone portable de Graziella, la présentatrice-télé, ce sont des cris continus de femme agressée.

 

Le viol ressemble alors davantage à une posture esthétique tragi-comique qu’à un viol réel : « Il ne me reste qu’à […] hurler qu’on m’a violé et que je vais tout répéter à mes très violents frérots. » (Vincent Garbo qui veut incriminer le prêtre qu’il a perverti, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 134) ; « Au secours ! Au viol ! » (le gode vibreur parlant, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Papa, ils ont violé mon cœur ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « T’es tellement fou que tu pourrais tous nous violer ! » (Pénélope dans le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Ne râlez pas comme ça ! On dirait qu’on vous égorge ! » (une réplique de la pièce Loretta Strong (1974) de Copi) ; « Je suis absolument bouleversée, il vient de m’arriver une chose atroce ! Je me suis fait violer par mon chauffeur, c’est le mari de ma gouvernante, ce sont des gens terrifiants, elle s’habille en gitane pour me faire honte lors de mes réceptions. Elle surveille tous mes gestes, je l’ai surprise à me photographier dans ma baignoire ! Et son mari est un colosse qui m’a violée à deux reprises ! » (« L. » à Hugh dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, p. 13) ; « Quel enlèvement ? Vous avez avalé l’histoire de cette morveuse ? […] La simulation du viol est sa spécialité. » (le Gros en parlant de Graciela à Silvano, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, pp. 63-64. C’est moi qui souligne) ; « Jane pensait avoir rêvé de Greta, la mère d’Anna, qui reposait sous le plancher du deuxième étage, mais dans son rêve Greta se mélangait avec des putes d’Alban et la fille assassinée du film ; la façon dont ses yeux s’étaient écarquillés quand le couteau s’était enfoncé. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 79) ; etc. Dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, la voix narrative lesbienne exprime son envie de pousser le cri des petites filles aux garçons qui les poursuivent sur la cour d’école : « Que vous ne nous attrapiez pas ! »

 

Dans les romans de Thibaut de Saint-Pol, en général, transparaissent justement les fantasmes de persécution homosexuels. On voit que l’auteur, tout masculin qu’il soit, aime particulièrement jouer les Grandes Folles perdues fugitives, se mettre dans la peau de la Drama Queen aux prises avec un ignoble Méchant de dessin animé. C’est palpable dans À mon cœur défendant (2010), où son héroïne Madeleine est poursuivie par un Nazi… et c’est afffffreux : « Je dois quitter Paris au plus vite ! À n’importe quel prix. […] Désemparée, ne sachant pas où aller. […] Pour la première fois de ma vie, je sens la mort qui plane sur moi. Il faut fuir, et vite. » (pp. 20-21) ; « Je voudrais tellement lui dire ce qui m’est arrivé aujourd’hui ! Comment vais-je réussir à garder mon secret ? » (Idem, p. 22) ; « Je risque ma peau. Pour qui ? Pour quoi ? Je n’ai que vingt-quatre ans ! » (idem, p. 49) ; « Je suis la maîtresse d’un espion, d’un traître, d’un ennemi ! » (idem, p. 78) ; « Comment le sort a-t-il pu mettre un Boche sur ma route ? […] Comme je regrette ces nuits d’ivresse ! […] Je suis en danger. Où que j’aille, les nazis me rechercheront. » (idem, p. 78) ; « J’étouffe ! Je me revois dans les bras de cette brute. Grâce au ciel, j’ai échappé au pire. » (idem, p. 86) ; « Ai-je eu raison de fuir ? » (idem, p. 136) La vierge effarouchée s’exprime !

 

Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, on retrouve cette même identification esthétisante au viol : je me suis amusé à relever toutes les fois où Lord Bigot a employé l’adjectif « atroce » (… et tous les autres adjectifs avec des « r » ou des « a » dedans, dont la communauté homosexuelle raffole : « affreux », « affligeant », « abominable », « désastreux », « glauque », « pathétique »…). D’ailleurs, ce n’est pas un hasard que dans ce même roman, l’identification à la femme violée soit si marquée (cf. le viol d’Irène par Trudel, ou encore le récit de Bathilde s’identifiant à lady Philippa) : « J’avais rêvé que j’observais le viol de lady Philippa par les vitraux brisés de la chapelle. En même temps, j’étais lady Philippa moi-même. » (p. 303)

 

Soit parce qu’ils ont vécu un viol réel, soit parce qu’ils ont au moins vécu un effondrement identitaire qui les angoisse et les appelle à vouloir être dominés et être quelqu’un d’autre ( = l’actrice violée sublimée par le cinéma et qui redevient forte en se vengeant), beaucoup de héros homosexuels cherchent à s’identifier et à se faire violer par la femme machiste phallique : « Je ferai comme une fille qui se défend. » (cf. la chanson « Le Grand Secret » d’Indochine) Je vous renvoie évidemment au code sur Catwoman dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

d) Le drame du personnage homosexuel est d’être pris pour un objet ou de désirer être un objet :

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Pygmalion » et « Poupées » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Je vous renvoie aussi au film « Showboy » (2002) de Christian Taylor et Lindy Heyman, au film « Adieu forain » (1998) de Daoud Aoulad-Syad, au film « Prends-moi » (2005) d’Everett Lewis, etc. Par exemple, dans le film « Les Mille et une nuit » (1974) de Pier Paolo Pasolini, Zoumourroud est vendue sur un marché aux esclaves. Idem pour Rebeca (Victoria Abril) dans le film « Tacones Lejanos » (« Talons aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, Joaquín, le héros homosexuel, à 15 ans est traité de « poupée de porcelaine » par son père. Dans la pièce très autobiographique Mi Vida Después (2011) de Lola Arias, Vanina, l’héroïne lesbienne, dit avoir souffert d’être utilisée comme « faire-valoir » par son père militaire. On retrouve le thème de l’identification du « je » homosexuel à un fétiche immolé dans les chansons « Marchand de fleurs » des Valentins, « Le Brasier » d’Étienne Daho. Le personnage homosexuel exprime souvent son impression d’être réifié, ou son désir d’être consommé : « On se le passe de mains en mains, le Vincent, de bras en bras, tel un joujou Celluloïd, et personne alentour, jamais personne pour le sauver de cette inadmissible emprise sur son corps. » (cf. le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 39) ; « Tanguy s’était habitué à être ballotté par-ci, par-là… » (Michel del Castillo, Tanguy, (1957), p. 182) ; « Ne suis-je que fausse monnaie ? » (un personnage homosexuel de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Tu vas me faire le plaisir de t’endurcir, mon fils ! » (le Père 2 homo s’adressant à son fils homo Gatal, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Je ne suis pas un homme et je n’ai pas le droit d’être une femme. Je suis un jouet, on a ignoré que j’ai un cœur ! » (Reine Gertrud dans le film « Hamlet » (1921) de Sven Gade) ; « Me voilà objet. » (Julien dans la pièce Une rupture d’aujourd’hui (2007) de Jacques-Yves Henry) ; « Je suis de la terre glaise, on fait de moi ce que l’on veut, de la terre malléable à merci. Je ne sais pas ce que je suis. » (Cécile dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 42) ; « J’ai vraiment un corps de base. Si j’étais une voiture, je serais sans option. Mon père m’a eue en soldes. C’est un radin. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Je ne criais jamais, j’étais tellement heureuse d’être ton objet, d’exister. » (Cécile à son amante Chloé, idem, pp. 39-40) ; « J’adore qu’on profite de moi. […] Personne ne me force. » (Matthew Ferguson, le gigolo du film « Eclipse » (1995) de Jeremy Podeswa) ; « J’ai envie d’être l’outil de sa jouissance. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 65) ; « Je voudrais être un objet. » (Cyril dans la pièce Parce qu’il n’avait plus de désir (2007) de Lévy Blancard)

 

L’esthétisme artistique réifiant altère chez les héros homosexuels l’impression d’être violés et utilisés… alors que pourtant, c’est souvent le cas.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles ont vécu réellement le viol génital :

Je vous renvoie à l’essai Une Vie violente (1959) de Pier Paolo Pasolini, à l’ami gay violé dans l’autobiographie Quitter la ville (2000) de Christine Angot, à l’essai L’Envers des cimes (1996) de l’alpiniste Marc Batard, au dossier de témoignages de sujets homosexuels violés dans la revue Histoires d’Elles (n°3, février 1978), aux témoignages de l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang et de l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, au documentaire « Viol : elles se manifestent » (2014) d’Andrea Rowling-Gaston (où plusieurs intervenantes sont lesbiennes). Je rappelle aussi qu’il y a eu une campagne féministe contre le viol en 1976 en France (et chacun sait combien les mouvements lesbien et féministe se télescopent).

 

Toile de Francis Bacon

Toile de Francis Bacon


 

Un certain nombre de personnes homosexuelles ont déjà pu être violées au sein de leur famille, par la violence d’un inceste, par le divorce des parents, par l’abandon amical ou familial, par le visionnement d’images porno qui a blessé en elles l’image de la différence des sexes, par un mariage malheureux : « La jeunesse du futur poète [Oscar Wilde] s’écoule, non pas dans le calme, mais dans les échos et les remous d’un scandale qui désagrège sa famille : la maîtresse de son père fait du chantage, intente un procès aux Wilde en prétendant avoir été endormie au chloroforme puis violée par sir William. Les amis de collège d’Oscar, qui suivent le procès dans les journaux, ne lui épargnent aucun détail… ‘Voilà donc où conduit ce grossier amour des hommes pour les femmes, à cette boue !’ écrira-t-il plus tard, en parlant de cette lamentable affaire. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 170) ; « À sept ans, ce garçonnet [Ednar] subit des attouchements sexuels de la part d’un collègue de travail de son père. Malheureusement, sachant que personne ne s’intéresserait à son problème, il ne put se confier. Man Éloi (Adesse), sa mère, ne détectait pas les soucis de son fils, ni à quel point il était martyrisé par son frère. Il ne put jamais trouver les mots pour exprimer son désarroi et sa souffrance. […] Et voilà qu’en plus de toutes ces difficultés, un autre drame s’ajouta à son calvaire. Une nouvelle tentative d’agression sexuelle perpétrée par Octave [23 ans], l’un des meilleurs copains de son frère Hugues. À onze ans, la vie d’Ednar commençait par une descente aux enfers, cet abîme qui déjà le convoitait en le livrant à la merci et à l’incompréhension des personnes censées l’aimer et le protéger. Affecté par ce sentiment de culpabilité, cet enfant ne put dévoiler les secrets trop lourds à porter dans son cœur. Jamais dans sa famille il n’osa avouer son malheur dans le sous-bois. Il en parla à demi mots à ses copains de classe, qui eux non plus n’avaient pas le droit de répéter ces choses-là aux grandes personnes. À l’époque, il n’était pas permis aux jeunes enfants de dénoncer les perversités ni les égarements des anciens. […] Ce traumatisme inavouable fut l’un des plus grands secrets de sa vie. Et lorsqu’il devint adulte lui-même, il évoqua cette mauvaise rencontre comme ‘l’incident’ qui n’aurait jamais dû être […]. Décidément, le malheur s’acharnait sur cet enfant ; l’adolescent venait d’avoir treize ans, lorsqu’il tomba dans un autre piège. Cette fois un ancien collègue de son père l’attira chez lui dans un guet-apens ; lorsqu’il comprit le but de l’invitation, il voulut s’enfuir. L’homme le retint ; il se débattit, parvint à se libérer et, enjambant la fenêtre, il s’enfuit et escalada le mur du cimetière voisin. Dans le crépuscule, il prit la poudre d’escampette pour échapper au viol. L’homme le poursuivit, en vain. Là non plus, il ne put se confier à un adulte et, pire, c’est lui qui culpabilisait. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman très autobiographique Un Fils différent (2011), où il raconte à travers son personnage Ednar les trois viols pédophiles qu’il a subis dans l’adolescence, pp. 12-14) ; « Mon cousin a profité de moi. Mon cousin avec qui il s’est passé des choses… très dures. C’était avec lui que j’ai perdu une partie de moi. Une fois mariée avec lui, il m’a fait payer le fait que j’aie été avec une fille avant. Il m’a séquestré. Il y a eu des coups. J’étais juste un corps. » (Amina, jeune femme de 20 ans, lesbienne, de culture musulmane, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Sexuellement, ça se passait de manière catastrophique. » (Irène, une femme lesbienne de 65 ans, jadis mariée avec un homme, idem) ; « Je pourrais également être prostitué – et même travesti, navré si cela vous choque. Violé à l’âge de 12 ans, j’ai grandi dans une famille où l’inceste était monnaie courante. Les hommes de mon enfance – à commencer par mon père – n’étaient pas à la hauteur. Pire, ils auraient dû me dégoûter d’être un homme. » (Père Jean-Philippe Chauveau, Que celui qui n’a jamais péché… (2012), p. 17) ; « Ces souffrances profondément déstabilisatrices ont souvent pour origine un passé de viols et de violences. » (Père Jean-Philippe parlant des personnes transsexuelles, idem, p. 233) ; « ‘J’aurais voulu naître femme. Rendez-moi mon vrai corps.’ Voilà ce que les transsexuels demandent aux médecins. Christopher, par exemple. J’avais un feeling spécial avec lui car ses parents étaient alcooliques et j’imaginais sans mal les sévices de son enfance. Il a commencé la prostitution à 14 ans, Porte Dauphine. Il s’est retrouvé ligoté et violé par plusieurs mecs en même temps. Un jour, il a décidé de se faire opérer pour devenir transsexuel. » (idem, p. 245) ; « La transsexualité ça a sauvé ma vie parce que ça m’a permis de rejeter un corps qui avait été violé. » (Sébastien/Victoria, homme trans M to F de 43 ans, dans le documentaire « Pédophilie, un silence de cathédrale » (2018) de Richard Puech) ; etc.

 

 

Pour ce qui est des cas de personnes homosexuelles violées connues, je vais tenter de vous en dresser la liste, même si elle est très incomplète (d’autant plus qu’entre le viol réellement effectif et le ressenti du viol, la frontière est ténue). Par exemple, le chanteur homo argentin Miguel Frías Molina a été abusé par un prêtre dans sa jeunesse. Frank Worthen a été violé et est homosexuel. À l’université, Andrew Comiskey contracte une maladie vénérienne et est victime d’un viol collectif à son domicile. Le romancier Juan Soto, à 12 ans, a été violé par un soldat italien. Le comédien homosexuel Jean Marais ou bien encore le philosophe Michel Foucault ont été abusés dans leur adolescence. Dans l’essai de Fernando Olmeda El Látigo Y La Pluma (2004), on peut lire le récit d’Isabel, une femme lesbienne violée. Dans le documentaire « Verzaubert » (1993) de Dorothee Van Diepenbroick, on nous montre une femme lesbienne qui a été violée par son beau-père. Le poète mystique anglais Aleister Crowley est abusé dans sa jeunesse par un ecclésiastique de Trinity College. Marc Batard, alpiniste homosexuel, a été violé par son oncle. L’écrivain français Jean Genet est violé dans le centre pénitentiaire où il est interné pendant son adolescence : il raconte cette expérience dans Le Journal du voleur, en 1949. Durant sa jeunesse, l’écrivain François Augiéras est violé par son oncle, puis par ses précepteurs. En avril 1871, Arthur Rimbaud se fait violer dès son arrivée à Paris par une bande de soldats de la Commune. L’acteur Vincent McDoom a été violé par son oncle. Virginia Woolf a été l’objet d’agressions sexuelles de la part de ses deux demi-frères, George et Gerald Duckworth. La première expérience de l’amour que le journaliste britannique J. R. Ackerley raconte dans Mon Père et moi (1968) est celle des menaces d’attouchements sexuels du responsable du dortoir auxquelles il résiste. S’en suit une autre expérience peu de temps après avec un camarade où cette fois, il réprime son dégoût et s’habitue peu à peu à trouver cela normal. En novembre 1917, Lawrence d’Arabie est capturé lors d’une opération de reconnaissance à Deraa. Dans Les Sept piliers de la sagesse (1916), il explique comment il est torturé et violé par un officier turc, puis par ses hommes : « Cette nuit, dans le Déraa, la citadelle même de mon intégrité personnelle a été irrévocablement perdue. » (Lawrence d’Arabie cité dans le Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997) de Michel Larivière, p. 213) Dans son autobiographie Libre (2011), Jean-Michel Dunand relate comment il s’est fait toucher par un homme plus vieux que lui dans les toilettes publiques du sanctuaire de Lourdes. Dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta sur la chaîne Play Cuatro (juin 2011), un des intervenants, Vicente, a été violé par un prêtre à l’âge de 13 ans. Le témoignage Franck ou le sida vaincu par l’espérance (1987) de Daniel Ange, expose que Franck, homosexuel, a été violé étant enfant. À 12 ans, la photographe lesbienne Claude Cahun est victime d’une agression à caractère antisémite et sera retirée du lycée de Nantes. Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Mateo, homosexuel et séropositif, raconte qu’il a été violé à l’âge de 15 ans, dans un bar gay, par « un type qui avait mis une saloperie dans son verre ». Il dit qu’il ne se souvient plus de rien. Pour ce qui me concerne, j’ai été encerclé par la quasi totalité des garçons de ma classe de 5e au collège Jeanne d’Arc de Cholet (France) et me suis fait « gentiment » passer à tabac. Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, avoue avoir été « abusée ».

 

L’hypothèse du viol comme stimulus du désir homosexuel avait déjà été soulevée par Aristote dans Éthique de Nicomaque (-335). Plutarque fait également mention du viol concernant l’étiologie de l’homosexualité dans Dialogue sur l’amour (Ier siècle ap. J.-C.). Bien plus tard, Proudhon met à tort le lien entre homosexualité et viol sur le terrain de la causalité : « Sans aller jusqu’à la mort, je regrette que cette infamie qui commence à se propager parmi nous, soit traitée avec autant d’indulgence. Je voudrais qu’elle fût, dans tous les cas, assimilée au viol, et punie de vingt ans de réclusion. » (Proudhon, Amour et mariage, 1858)

 

À notre époque, on continue de parler du viol homosexuel, même si ces discours restent particulièrement méconnus et minoritaires. Par exemple, le chercheur américain David Finkelhor n’hésite pas à affirmer que les garçons agressés avant l’âge de 13 ans auraient quatre fois plus tendance que les autres à revivre des expériences homosexuelles (David Finkelhor, « Four Preconditions : A Model », dans Child Sexual Abuse : New Theory And Research, 1984). À la lumière de leur expérience clinique, les psychologues Johnson et Shrier constatent que beaucoup plus de garçons agressés par des hommes se désigneront plus tard comme homosexuels ou bisexuels – six à sept fois plus, en moyenne – que de garçons qui furent agressés par des femmes (R. L. Johnson et D. K. Shrier, « Sexual Victimisation Of Boys : Experience At An Adolescent Medecine Clinic », dans Journal Of Adolescent Health Care, n°6, 1985, pp. 372-376). Une thérapeute américaine, Susan Wachob (citée par E. Jansen, « Daddy Dearest », dans la revue Genre, n°21, septembre 1994, p. 37), fait remarquer que les garçons « pré-homosexuels » sont des victimes toutes désignées d’abus sexuels. Dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt, le réalisateur se dessine en train de se rendre dans une boîte gay appelé « Violence ». Et plus tard, il relève ceci : « D’après une étude publiée par l’Union Européenne, plus d’un quart d’entre nous ont été passés à tabac au moins une fois, et 29% ont vécu une agression sexuelle. »

 

Beaucoup de personnes homosexuelles se sont retrouvées en situation de viol, comme l’explique Gore Vidal dans ses Mémoires (1995) : « Il y avait de dangereux hommes plus âgés, comme celui qui s’était assis à côté de moi au Keith’s Theater et avait posé sa main sur mon entrejambe. Je m’étais enfui. Tous les garçons que j’ai connus avaient eu une expérience similaire. » (p. 428) Et la question de l’activité ou de la passivité lors du coït n’est pas centrale. Je me souviens par exemple de ce jeune homme du Québec, qui a été abusé parce qu’il est tombé dans un guet-apens, et qui m’a écrit ces quelques lignes le 4 avril 2011 dernier (prouvant qu’on peut très bien être violé tout en se retrouvant en apparences dans la position de « l’actif ») : « La question sur l’homosexualité me secoue depuis plus de 14 ans aujourd’hui. Depuis bien longtemps, j’ai voulu comprendre cela. Je n’en savais pas grand-chose, jusqu’au moment ou par faiblesse, peur, – je ne sais pas comment le dire – je suis tombé, je dis bien, je suis tombé dans un piège. Une personne adulte, de plus de dix ans que moi, m’a introduit dans ce monde d’homosexualité. La personne m’a violé, bien que ce soit moi qui jouais le rôle de l’homme… »

 

Dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, se maltraite lui-même en voulant devenir quelqu’un d’autre, en se droguant, en « affaiblissant son corps » (expression tirée du film) : il ne se nourrit plus, ne dort quasiment plus, s’impose des cours de danse classique qui lui détruisent les pieds et la santé, se coupe le sexe aux ciseaux. Sa prof-chorégraphe, Marie-Louise Wilderijckx, est témoin de cette maltraitance (« Je sais que tu souffres. […] Tu ne te facilites pas la tâche, hein ? Vraiment pas. »), que Lara s’impose beaucoup plus à lui-même qu’elle ne vient des autres… même si, à un moment donné, à une soirée « entre filles », il est encerclé par ses camarades féminines danseuses, chapeautées par la cruelle Loïs, qui le somment de se déshabiller devant elles et de leur montrer son sexe : « Montre ! Montre ! Montre ! », dans une scène d’une grande humiliation. À un moment donné, à une soirée « entre filles », il est encerclé par ses camarades féminines danseuses, chapeautées par la cruelle Loïs, qui le somment de se déshabiller devant elles et de leur montrer son sexe : « Montre ! Montre ! Montre ! », dans une scène d’une grande humiliation.
 

Le viol que certaines personnes homosexuelles ont vécu a pu être un viol social, une dictature vécue lors de leur cursus scolaire ou du climat social oppressant où elle ont évolué. « J’avais souffert d’abus dans mon enfance, de harcèlement scolaire, je n’avais pas une très bonne relation avec ma mère. » (Christine Bakke, ex-ex-lesbienne, interviewée à Denver, dans le Colorado, fin 2018, dans l’essai Dieu est amour (2019) de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Éd. Flammarion, Paris, p. 79) ; « Copi, lui, reflète cette part obscure de la culture argentine : une violence qui n’a jamais été résolue. » (Alfredo Arias dans l’interview « Copi, ma part obscure » d’Hugues Le Tanneur, pour le journal Eden du 6 janvier 1999) ; « Enfant, Yves Saint Laurent a été maltraité par ses camarades d’Oran. Il se réfugiait dans les toilettes. » (Janie Samet dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; etc. Par exemple, dans son autobiographie Folies-fantômes (1997), Alfredo Arias raconte les bizutages qu’il a connus avec son compagnon Ernestino au collège militaire argentin : « Ils épiaient surtout les plus faibles : nous [Ernestino et moi] appartenions à ce lot. Ils se jetaient alors sur leurs proies, avec une réserve de tortures ‘inoffensives’, telles que le rasage des poils du pubis quand ils ne nous vidaient pas le contenu d’un tube de pâte dentifrice dans l’anus. Ou bien encore ils y introduisaient des craies et des bougies. Ces viols n’étaient pas considérés comme des crimes, mais comme des divertissements totalement acceptés. » (p. 190)

 

Et plus tard, à l’âge adulte, il arrive souvent que le viol que vivent les personnes homosexuelles se réactualise (à travers des rencontres « amoureuses » entre sujets dits « mûrs ») étant donné que la violence de l’épisode d’enfance n’a pas été reconnue par la victime. Ça n’en retire pas pour autant la brutalité de ce nouveau viol… même si celle-ci se pare de « responsabilité » et d’un drôle de ravissement. « ‘Tu m’appartiens désormais’, me dit-il. C’était des mots d’homme, des mots possessionnels et j’en avais la cognition. À seize ans, je n’étais plus le même. J’avais soudainement comme une impression de vide, ce vide qui semblait être ma mort et mon humiliation. […] Qu’étais-je devenu, pour un jour, une nuit, toute une vie ? […] Si je n’avais pas l’intention de ressembler à une fille, bien que certaines filles passent complètement inaperçues après un viol, c’est que cette situation de ‘Tel est pris, qui croyait prendre’, désignait un cauchemar marqué à jamais. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 70)

 

Il est temps que notre société reconnaisse aux hommes (et notamment aux personnes homosexuelles nées garçons) le statut de personne violée, quand tel est vraiment le cas. « Lorsque j’ai été invité au stage d’été, dont le thème était l’identité masculine, j’ai hésité à prendre mon magnétophone. La relecture des quelques notes prises sur le viol d’hommes, sur les rapports entre viol et homosexualité m’a amené à élaborer l’hypothèse que peut-être les homosexuels (ils étaient largement majoritaires dans ce stage prévu pour une rencontre d’homo-hétérosexuels) pourraient me donner des informations. […] Je recommençai l’expérience : sur les 8 hommes interrogés, 4 me décrivirent des scènes de viol où ils étaient acteurs, 3 en étaient victimes et 1 avait été agresseur. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), pp. 181-182) ; « Je pourrais multiplier les traces discursives qui démontrent que le viol d’hommes existe hors des milieux carcéraux ou militaires. […] Les responsables du service de recherche du ministère de la Justice (Centre de sociologie du droit, CNRS) me disaient leur étonnement au vu des résultats d’une enquête récente de victimisation auprès de 11 000 personnes en France : pour 40 personnes déclarant avoir subi des agressions sexuelles, un quart étaient des hommes. » (idem, p. 190) ; « En 1977, lorsque les féministes engageaient la campagne contre le viol, quelques cas de viols d’hommes apparaissaient, très liés à cette mouvance sociale. » (idem, p. 180) ; « Il est généralement très difficile de savoir si l’orientation homosexuelle ou bisexuelle d’un jeune homme fut antérieure ou ultérieure à son agression, la plupart des abus survenant en bas âge. » (Michel Dorais, Ça arrive aussi aux garçons (1997), p. 110) ; « Sera-t-on étonné d’apprendre que les participants à cette étude ont révélé avoir eu des fantasmes de nature homosexuelle dans une proportion de deux cas sur trois, quelle que soit par ailleurs leur orientation sexuelle affirmée ? » (Michel Dorais, parlant de ses 30 études de cas de jeunes hommes abusés par un homme dans leur enfance/adolescence, idem, pp. 186-187) ; « Les recherches nord-américaines les plus récentes avancent que un garçon sur six serait victime d’abus sexuels. […] Parmi certains sous-groupes plus vulnérables de la population masculine, la proportion de victimes d’abus sexuels serait encore plus élevée. Une enquête menée par la même commission Badgley auprès de 229 jeunes prostitués indique pour un tiers de ces garçons, le premier rapport sexuel avait eu lieu lors d’une agression sexuelle. […] Les garçons d’orientation homosexuelle ou bisexuelle pourraient aussi être – ou avoir été – davantage sujets à des agressions sexuelles. D’après une enquête menée par le magazine gay ‘The Advocate’ (n°661-662, 23 août 1994) auprès de ses lecteurs (2500 questionnaires en retour), 21% des répondants considéraient en effet avoir été victimes d’abus sexuels avant l’âge de 16 ans. » (idem, pp. 31-32)

 

Et aux sceptiques qui me diront : « Ouais, mais ce que tu dis sur les homos, c’est pareil pour les hétéros… Tout hétéro a pu vivre ses premières expériences sexuelles comme un viol, car c’est toute la sexualité humaine qui est violente », je leur répondrais que le viol, même s’il n’est pas spécifiquement homosexuel, qu’il ne concerne qu’une minorité de personnes homosexuelles (moi même, je n’ai jamais été violé, au sens « sale » et « légal » du terme !), et qu’il ne sera jamais (et heureusement) « homosexualisable », est quand même plus présent et plus marqué dans les sphères bisexuelles qu’ailleurs. Ce n’est pas moi qui le sors de mon chapeau pour diabolisée l’union homosexuelle. C’est une tendance prouvée par les statistiques (même si le défaut des statistiques, c’est qu’elles encouragent à la causalité, alors que le lien entre désir homosexuel et viol n’est ni causal ni systématique) : « Les personnes ayant déjà eu des pratiques homo-bisexuelles ont beaucoup plus souvent que les autres subi des rapports sexuels contraints (tentatives ou rapports imposés) : 45,4% des femmes homo-bisexuelles contre 14,9% des femmes hétérosexuelles, 23,9% des hommes homo-bisexuels contre 3,9% des hommes hétérosexuels. » (Enquête sur la sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 262) « Les attouchements sexuels sont rapportés par 12,9% des femmes et 4,1% des hommes. […] Ils surviennent très majoritairement pendant l’enfance ou l’adolescence : 50% des femmes concernées ont subi ces attouchements avant l’âge de 10 ans et 50% des hommes avant l’âge de 11 ans. Près de la moitié des attouchements ont été immédiatement suivis d’une tentative de rapport forcé ou d’un rapport forcé (50% pour les femmes, 44% pour les hommes). […] Au total, les femmes rapportent trois fois plus souvent que les hommes avoir été confrontées à une agression à caractère sexuel, qu’il s’agisse d’un attouchement, d’une tentative ou d’un rapport forcé : 20,4% des femmes et 6,8% des hommes de 18-69 ans. […] Parmi les personnes qui ont vécu ces agressions, 59% des femmes et 67% des hommes ont subi des premiers rapports forcés ou tentatives à moins de 18 ans. […] Chez les hommes, c’est dans le groupe âgé de 35 à 49 ans que les individus disent avoir subi le plus de rapports forcés avant la majorité (plus de 4% des hommes de cet âge, et 77% de ceux qui ont connu des rapports forcés. […] Les personnes qui ont eu des partenaires du même sexe déclarent beaucoup plus de rapports forcés que les personnes qui n’ont eu que des partenaires de l’autre sexe. Ainsi, 44 % des femmes ayant eu des rapports homosexuels dans leur vie déclarent avoir subi des rapports forcés ou des tentatives (contre 15% des hétérosexuelles), dont 31% avaient moins de 18 ans la première fois ; c’est le cas de 23% des hommes qui ont eu des rapports homosexuels (contre 4,5% des hétérosexuels), dont 15% avaient moins de 18 ans la première fois. » (idem, pp. 385-389) ; « Il est dérangeant de constater qu’alors que moins de 4% de garçons (en population générale) ont été victimes d’agressions sexuelles de la part d’hommes adultes, une étude majeure récente démontre que le taux de victimes d’agression sexuelle par des hommes adultes dans une population d’hommes homos et bisexuels était presque dix fois supérieure (35%). Il est également rapporté que 75% des hommes homosexuels ont eu une première expérience homosexuelle avant l’âge de 16 ans, contre 22% d’expérience hétérosexuelle précoce chez les hommes hétérosexuels. » (cf. l’article de Jeff Johnston)

 

Ce lien entre viol et homosexualité dérange évidemment la majorité des personnes homosexuelles pratiquantes, qui d’abord s’étonnent, avant de s’énerver parce qu’elles-mêmes ont la bêtise de le causaliser : « À croire que tous les gays italiens, ou presque, sont des jeunes gens abusés et violés, des prostitués ou des travestis, quand ce n’est pas les trois à la fois… » (Didier Roth-Bettoni en observant la production cinématographique homosexuelle en Italie, dans L’Homosexualité au cinéma (2007), p. 482)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

On apprend parfois les viols de l’enfance de manière accidentelle, au détour d’une « banale » crise conjugale (vécue par une personne homosexuelle encore en transition avec son passé « hétérosexuel »), crise présentée comme une révélation « libérante » d’homosexualité. On parle à peine des antécédents violents de jeunesse : ils sont même enfermés dans des crochets qui les transforment en anecdotes ! : « Ça n’allait pas avec mon mari, je suis allée voir une conseillère conjugale car je me posais des questions sur moi. […] Elle m’a dit : ‘Est-ce que tu n’as pas pensé que tu pouvais être homosexuelle ?’ Et alors là, c’était comme si d’un seul coup, j’étais rincé et que d’un seul coup, je voyais clair. Donc à partir de ce moment-là, je voulu en parler à mon mari. Mais je n’y arrivais pas, je ne trouvais pas les mots. J’avais une ou deux amies à l’hôpital où je travaillais et avec elles je discutais de ce que j’avais subi étant jeune [Elle parle de violences sexuelles subies dans l’enfance]. » (Agathe, femme lesbienne de 48 ans, interviewée dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 67-68. C’est moi qui souligne) La reconnaissance de l’influence du viol dans l’apparition du désir homosexuel sera souvent zappée, au profit d’une glorification de l’amour homosexuel nouveau et d’une remise en cause du mariage femme-homme. Encore une fois, on préfère ne pas regarder la réalité en face.

 
 

b) Le viol fantasmé (= craint et désiré) :

La mention du viol chez les personnes homosexuelles ne repose pas toujours sur un viol réel. Il peut être l’expression d’une crainte de la sexualité en général et de la différence des sexes en particulier, parce que certaines personnes l’ont vue par accident abîmée (cf. je vous renvoie au chapitre « Peur de la sexualité » dans le code « Symboles phalliques » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Un jour, chez des amis, alors que les parents étaient fort occupés à deviser dans le fond du parc, je fus le témoin d’une véritable orgie enfantine, à laquelle, d’ailleurs, je ne pris aucune part, me sentant trop décontenancé à la vue des petites filles. Des frères, des sœurs, d’autres garçons se livraient à des expériences sexuelles très poussées et je garderai toujours en mémoire le spectacle de la sœur d’un de mes camarades ‘utilisée’ par quatre garçons à la suite… Cette scène (qui se renouvelait, d’ailleurs, paraît-il, à chacune des réunions familiales, à l’insu des parents, naturellement) fut interrompue, ce jour-là, par l’entrée intempestive de la mère de l’une des fillettes… Ce fut un beau scandale. Il y eut des scènes pénibles. Un procès faillit en résulter mais, au cours des interrogatoires, chacun se tira d’affaire par des mensonges. Cet épisode aux couleurs crues s’imprima profondément dans mon esprit et me fit, plus que jamais prendre en horreur les filles et les femmes. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 79)

 

Cependant, le rapport des sujets homosexuels pratiquants est d’attraction-répulsion. Une sorte de mélange (inextricable ?) entre peur et attirance. Il arrive que le viol réel et ses étapes préliminaires soient présentés par certaines personnes homosexuelles comme un conte de fée ou sous l’angle d’un jeu amico-artistico-amoureux, comme pour en édulcorer la violence (cf. je vous renvoie à la partie « Déni du viol » dans le code « Déni » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure… Je suis devenue une vraie femme. » (Thérèse, 70 ans, parlant de sa toute première fois lesbienne, où une ancienne camarade de classe dévergondée l’a dépucelée, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) Par exemple, dans le documentaire « La Dany : la Diva du Parc Bolivar » (2010) de Julie Giles et Jim Giles, la Dany est un artiste de rue trans M to F de Medellín en Colombie : il improvise des shows avec des descriptions crues et comiques de kidnapping, viols, infidélités. Et dans le documentaire « Beauty And Brains » (2010) de Catherine Donaldson, on voit que les concours de beauté sont une manière pour certaines personnes transgenres du Népal de camoufler/vaincre les viols et les abus qu’elles ont réellement subis.

 

Entre désir et viol et passage à l’acte, la frontière est très floue. Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko, homosexuel, raconte comment il s’est fait violer à l’adolescence par son confesseur, un certain père Basile. Fait étonnant : le viol pédophile ne semble pas horrible à ses yeux : « Le temps nous enveloppa dans un tourbillon difficile à définir, celui de la léthargie du bonheur. J’avais fini par me dévoiler comme une fleur qui étale ses pétales en plein soleil. » (p. 34) ; « Dans son office où il me recevait les après-midi, il y avait non seulement de quoi manger et boire, mais également un piano où je m’amusais à jouer n’importe quoi et n’importe comment. » (idem, p. 35) ; « Je ressentais parfois du dépit d’être ainsi désacralisé, parce que le père Basile aidait des barrières à s’affranchir de leur idée de la réalité. » (idem, p. 36). La relation entre le violeur et le violé a même pris une tournure spirituelle : « Pour m’éviter de sombrer dans un chagrin qui risquait d’éveiller de nombreux souvenirs, il se contentait de marquer une priorité par des prières. […] Inconsciemment nos rapports se fortifiaient par le pouvoir infini de Dieu. » (idem, p. 38) Plus tard, dans ses relations homosexuelles adultes, la violence du viol sera amortie par les sentiments, le consentement mutuel et la satisfaction éphémère de la séduction : « Un sentiment de honte et de culpabilité vint adoucir cette douleur dans les derniers instants de doutes affreux, d’où jaillirent des idées d’orgueil féminin : Mon corps plaisait. » (idem, p. 68)

 

Concernant le désir violent, je crois que le fantasme de viol peut aussi faire violence, et dire un viol qui l’a précédé. « Il [Copi] était en train de répéter un monologue : les péripéties d’un astronaute perdu dans l’espace après avoir été violé par les rats de je ne sais quelle planète. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes (1997), p. 12) Ce n’est pas pour rien si Jean-Paul Sartre écrit que l’imaginaire est l’autre nom du « mal » ! Dans son essai Homoparenté (2010), le psychanalyste Jean-Pierre nous explique à juste raison qu’il existe « une autre violence : le refus du réel » (p. 115)

 

Par exemple, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, le désir de viol, la sublimation de la violence, et la complicité paradoxale d’Eddy Bellegueule sont palpables, aussi bien quand il se fait violer par deux camarades de classe au collège, qu’ensuite quand il se fait sodomiser par ses cousins dans un hangar, puis à l’âge adulte lorsqu’il s’essaie (en vain) à l’hétérosexualité et qu’il décide d’assumer de pratiquer l’homosexualité avec des hommes censés le brutaliser pour lui donner la force masculine qu’il n’aurait pas : « Ils sont revenus. Ils appréciaient la quiétude du lieu où ils étaient assurés de me trouver sans prendre le risque d’être surpris par la surveillante. Ils m’y attendaient chaque jour. Chaque jour je revenais, comme un rendez-vous que nous aurions fixé, un contrat silencieux. […] Uniquement cette idée : ici, personne ne nous verrait, personne ne saurait. […] Dans le couloir, je les entendais s’approcher, comme les chiens qui peuvent reconnaître les pas de leur maître parmi mille autres, à des distances à peine imaginables pour un être humain. » (p. 38) ; « Le grand roux et l’autre au dos voûté me mettent un ultime coup. Ils partaient subitement. Aussitôt ils parlaient d’autre chose. » (p. 41) ; « Je ne sais pas si les garçons du couloir auraient qualifié leur comportement de violent. » (p. 42) ; « J’ai senti son sexe chaud contre mes fesses, puis en moi. Il me donnait des indications ‘Écarte’, ‘Lève un peu ton cul’. J’obéissais à toutes ses exigences avec cette impression de réaliser et de devenir enfin ce que j’étais. » (pp. 152-153) ; « J’ai d’abord imaginé que je lui faisais l’amour, à elle, Sabrina, sachant qu’une pareille image ne pouvait pas me faire bander. Puis j’ai imaginé des corps d’hommes contre le mien, des corps musclés et velus qui seraient entrés en collision avec le mien, trois, quatre hommes massifs et brutaux. J’ai imaginé des hommes qui m’auraient saisi les bras pour m’empêcher de faire le moindre mouvement et auraient introduit leur sexe en moi, un à un, posant leurs mains sur ma bouche pour me faire taire. Des hommes qui auraient transpercé, déchiré mon corps comme une fragile feuille de papier. J’ai imaginé les deux garçons, le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté, me contraignant à toucher leur sexe, d’abord avec mes mains puis avec mes lèvres et enfin ma langue. J’ai rêvé qu’ils continuaient à me cracher au visage, les coups et les injures ‘pédé’, ‘tarlouze’ alors qu’ils introduisaient leur membre dans ma bouche, non pas un à un mais tous les deux en même temps, m’empêchant de respirer, me faisant vomir. Rien n’y faisait. Chaque contact de Sabrina avec ma peau me ramenait à la vérité de ce qui se passait, de son corps de femme que je détestais. » (p. 193) La morbidité à l’état brut.
 

Il est difficile d’isoler le viol fantasmé du viol réel. Celui qui désire le viol, on l’apprend en découvrant peu à peu son histoire, est bien souvent quelqu’un qui a connu le viol ou qui est proche d’en commettre un. Cependant, je me dois, au nom de notre inaliénable liberté humaine et de la probabilité du lien homosexualité/viol, d’aborder aussi le viol en tant que désir uniquement, ou subjectivité. « La violence, c’est d’abord ‘les violences’, physiques et symboliques, celles que l’on sent, que l’on voit et que l’on interprète comme telles. » (cf. l’article « Violence » de Sébastien Chauvin, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 422. C’est moi qui souligne) Par exemple, Diane de Margerie évoque le « désir d’agression » inhérent à la personnalité de Yukio Mishima (Yukio Mishima, Correspondance 1945-1970 (1997), p. 22). Dans l’affaire Matthew Shepard, l’adolescent homosexuel (séropositif) nord-américain sauvagement assassiné en 1998 dans le Wyoming, il a été prouvé l’élan d’attraction étrange et masochiste de Matthew envers ses deux agresseurs qu’il a essayé de draguer avant que ces derniers ne le battent à mort. En 1971, la féministe Susan Griffin frappe l’opinion publique en déclarant : « Je n’ai jamais pu me débarrasser de la peur du viol. » (Susan Griffin, « Rape : The All-American Crime », Remparts, septembre 1971) Aussi étrange que puisse paraître le syndrome de Stockholm (celui qui consiste à dire qu’une victime d’agression défend parfois son agresseur), un certain nombre de personnes homosexuelles ne sont pas réfractaires à l’idée de viol, voire recherchent le viol (entre peur et désir, la frontière est mince !) : « Je rêve d’être kidnappé, attaché, offert, je rêve d’être à la merci. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 55) ; « Pour moi, le viol, avant tout, a cette particularité : il est obsédant. J’y reviens tout le temps. […] J’imagine toujours pouvoir un jour en finir avec ça. […] Impossible. Il est fondateur. De ce que je suis en tant qu’écrivain, en tant que femme qui n’en est plus une. C’est en même temps ce qui me défigure, et ce qui me constitue. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 53) ; « Les femmes préfèrent les salauds, nous aussi parfois. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 75) ; « Y avait-il chez moi une certaine attirance pour ce plaisir bestial et interdit ? […] J’avais aussi compris que j’y trouvais un plaisir malsain. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 58-61) ; « J’allais devenir célèbre en me faisant kidnapper. » (Brüno dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles) ; « Lola Sola se débat. Mais on comprend tout de suite qu’elle aime ça. Qu’elle aime un homme puissant. » (Alfredo Arias dans l’essai Folies-fantômes (1997), p. 253) ; « Par instants, je m’attendais à le voir me sauter dessus et me faire violer après m’avoir roué de coups… Rien de tout cela ne se produisit. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 101) ; « Une certaine proportion d’homosexuels sont dans une sublimation de la séropositivité ou revendiquent une séroconversion volontaire […]. La séropositivité permet d’annoncer son homosexualité, de faire en quelque sorte partie du ‘club’. » (Thomas Montfort, Sida, le vaccin de la vérité (1995), p. 30) ; « J’ai rêvé que je me faisais violer par des hommes et au final ils m’avaient tué. J’ai aussi rêvé que je suis avec un homme, j’ai eu une forte érection, mais dans le rêve, nous étions allongés corps contre corps. Il me serrait dans ses bras comme si c’était un père, comme si c’était l’énergie qui me manquait et pas le corps qui m’attirait. Ça me procurait une sécurité qui m’a mis en érection, qui me redonnait mon sexe dans toute sa force. J’ai aussi rêvé d’un jeune homo qui était excité à côté de moi, et par haine envers lui, je lui ai parlé comme s’il était un gars pervers qui voulait mon doigt dans son cul, en le traitant de salope. Et je m’exécute avec mépris, et je ressors mon doigt plein de merde avec un profond dégoût de cette situation. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Dans cette fascination du chef et de la force, il y avait beaucoup de féminité latente, une certaine forme d’homosexualité. Au fond, chez la plupart de ces intellectuels fascistes, je pense à Brasillach, à Abel Bonnard, à Laubreaux, à Bucard, il y avait le désir inconscient de se faire enculer par les S.S. » (Emmanuel Berl s’adressant à Patrick Modiano, cité dans la biographie Ramon (2008) de Dominique Fernandez, p. 140) ; etc.

 

Dans son Journal (1889-1939), André Gide définit l’homme inverti comme celui qui « dans la comédie de l’amour, assume le rôle d’une femme et désire être possédé » (p. 671).

 

Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), le romancier Abdellah Taïa affiche sans complexe son soutien pourtant choquant au viol, quand il raconte ses premières expériences sexuelles avec les hommes qui l’ont violé : « Il croyait que j’avais peur. Ce qu’il me proposait m’allait très bien. […] Je me sentais bien, bizarrement bien, et je ne luttais pas contre ce bien-être. » (pp. 15-17) ; « Je ne dormais pas. J’attendais. Couché sur le ventre, j’essayais de retrouver dans ma tête des images du chef barbu de la bande qui, je devais me rendre à l’évidence, m’avait séquestré. » (idem, p. 18) ; « Je dois toutefois avouer que, même en plein enfer, une partie de moi était heureuse, aimait ça, ce machisme, cette dictature… Je me disais alors : ‘C’est ça l’amour, c’est ça l’amour… j’ai de la chance… Il faut tenir le coup… C’est ça l’amour…» (idem, p. 117.)

 

Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), Didier Éribon décrit les lieux de drague communément fréquentés par la population homosexuelle comme la scène privilégiée – et malgré tout aimée, c’est ça le pire ! – du viol (autant homophobe qu’homosexuel) : « On est confronté dans ces lieux de drague, hélas, à de multiples formes de violence. On y croise des gens bizarres ou des demi-fous et il faut être sur ses gardes. Et surtout on s’expose à être l’objet d’agressions physiques par des voyous ou bien à des fréquents contrôles d’identité par la police, qui y pratique un véritable harcèlement. Cela a-t-il changé ? J’en doute. […] Les lieux gays sont hantés par l’histoire de cette violence : chaque allée, chaque banc, chaque espace à l’écart des regards portent inscrits en eux tout le passé, tout le présent, et sans doute le futur de ces attaques et des blessures physiques qu’elles laissèrent, laissent et laisseront derrière elles – sans parler des blessures psychiques. Mais rien n’y fait : malgré tout, c’est-à-dire malgré les expériences douloureuses que l’on a soi-même vécues ou celles vécues par d’autres et dont on a été le témoin ou dont on a entendu le récit, malgré la peur, on revient dans ces espaces de liberté. » (pp. 219-221)

 

Film "L'Amour violé" de Yannick Bellon

Film « L’Amour violé » de Yannick Bellon


 

Beaucoup de femmes lesbiennes ont un « passé hétéro » chargé, qu’elles préfèrent taire quand il s’agit de justifier de le mettre en lien avec la découverte de leur homosexualité, et grossir quand il s’agit de diaboliser la gent masculine. « Ma mère était inquiète pour moi, parce qu’elle savait que j’avais beaucoup souffert avec mon ancien amant, donc elle devait se dire que c’était de sa faute si j’étais devenue lesbienne. » (Lise, femme lesbienne de 30 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 103) Mais quand on creuse un peu, on découvre assez vite que leur dénonciation du viol ne se base pas sur la réalité, ni sur des preuves tangibles. Leur obsession pour le viol rejoint la paranoïa misandre (= anti-hommes). Par exemple, Susan Brownmiller et Andrea Dworkin affirment que le viol fait partie intégrante de la sexualité masculine (cf. citées dans l’essai X Y de l’identité masculine (1992) d’Élisabeth Badinter, p. 212) Puisque selon elles le patriarcat et ladite « domination masculine » sont des données universelles indiscutables, elles en viennent à penser que tous les hommes sont des violeurs potentiels ! « Tout homme est un violeur en puissance. » (cf. Manifeste de juin 1976, dans la revue Le Quotidien des femmes, n°10, vendredi 25 juin 1976, cité dans l’essai Les Lois de l’amour : Les politiques de la sexualité en France (1950-2002) (2002) de Janine Mossuz-Lavau, p. 240) ; « C’est pas de notre faute si on est violées. » (Anne Zelensky dans le documentaire « Debout ! : Une Histoire du Mouvement de Libération des Femmes 1970-1980 » (1999) de Carole Roussopoulos) ; « J’ai très vite renoncé à passer à l’acte parce que j’étais confrontée au regard de garçons imbus de leur supériorité et je sentais que je serais ‘baisée. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 82) ; « Je suis partie aux États-Unis avec un pote. Et un jour dans une boîte, j’ai failli me faire violer et là je me suis dit : ‘Non, je ne suis pas un homme, mais habillée comme cela ça ne me correspond pas, il y a quelque chose qui ne va pas.’ Et la séduction que j’exerçais à l’égard des hommes ne me plaisait pas, leur regard ne me plaisait pas. Pas parce qu’ils étaient libidineux, mais parce que je ne voulais pas cela avec les hommes. Pour moi, les hommes c’était mes frères. Alors, la seule fois où j’ai embrassé un homme (j’ai eu quelques flirts comme ça), j’avais l’impression d’une relation incestueuse, tu vois un truc tu touches avec la langue et tu as l’impression de ramasser des fraises, tu vois ? (rires). » (Gaëlle, une femme lesbienne de 37 ans, dans l’étude Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 80-81) ; « Je suis consciente de vivre dans une société où les femmes ont une place à part et où, du jour au lendemain, on peut m’attaquer, m’agresser, me violer, où je n’ai pas encore mon salaire comme mon collègue masculin. Donc je suis une femme et j’ai aussi la sensibilité d’une femme lesbienne. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, idem, p. 90) Comme l’explique très bien Tony Anatrella dans Le Règne de Narcisse (2005), « l’idéologie du gender consiste à informer toute femme du fait que la pénétration hétérosexuelle, étant un pouvoir de l’homme sur la femme, est une violation. » (p. 123)

 

Le problème majeur que pose cette obsession du viol chez beaucoup de femmes lesbiennes, c’est qu’au lieu d’aider à la reconnaissance du viol (et donc à la reconnaissance de la nature semi-aimante semi-violente du désir homosexuel) pour mieux y remédier, elle contribue à sa banalisation. Comme l’écrit à juste raison Michel Schneider dans La Confusion des sexes (2007), « si tout est viol, rien ne l’est. » (p. 48)

 

Le viol peut d’ailleurs être (non sans raison, même s’il ne s’agit pas ici de justifier la démarche, bien sûr ; je ne fais qu’expliquer) une présomption des personnes homophobes sur les personnes homosexuelles : il arrive par exemple qu’un homme macho, blessé dans sa virilité (bisexuel refoulé certainement), va se mettre à traiter la femme lesbienne de « mal baisée » ou l’homme gay de « vieux gars coincé » pour camoufler une blessure au niveau de sa propre sexualité (comme on peut le constater dans l’émission d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq Dans les yeux d’Olivier, du 12 avril 2011, sur France 2, où Jessica, lesbienne, se fait insulter par ses agresseurs en des termes certes injustifiés mais mine de rien particulièrement signifiants : « Sale gouine ! Tu t’es fait violer par ton père ! »). Ce qui est pervers dans l’histoire du lien entre homosexualité et viol, c’est que celui-ci est généralement occulté par la communauté homosexuelle, notamment parce qu’il est parfois employé comme justificatif et comme moteur de viols dits « correctifs » opérés par les agresseurs bisexuels/homophobes à l’encontre de leurs presque-jumeaux homosexuels qu’ils prétendent « corriger de leur déviance sexuelle ». Dans certains cas dramatiques, un viol se rajoute à l’autre, tout simplement parce que, que ce soit du côté homophobe comme du côté homosexuel (deux camps qui se font miroir et qui n’en forment qu’un, en réalité), le lien de coïncidence entre le désir homosexuel et le viol est à la fois ignoré et causalisé. On peut citer comme exemples de faits divers scabreux (et si rarement analysés !) les viols des individus transsexuels en Amérique du Sud (et ailleurs), ainsi que le tout récent viol « correctif » de la militante lesbienne de 24 ans Noxolo Nogwaza en Afrique du Sud, survenu en mai 2011. Comme le constate Jeanne Broyon et Anne Gintzburger dans leur reportage « Des Filles entre elles » (2010), « les lesbiennes agressées, c’est monnaie courante. » Et cela ne va pas aller en s’arrangeant si on ne fait que constater ce viol dans une victimisation qui transforme à tort la nation lesbienne en martyre de la « domination masculine/homophobe » !

 

Le viol est, pour certains militants LGBT, le trophée ou le fond de commerce qui permettra de se victimiser et donc de gagner tous les combats politiques et économiques (contre la prétendue « domination masculine ») : « Avant, on avait le Sida. Maintenant, on a des psychopathes ou des espions qui peuvent nous violer. » (Xav, l’un des héros homosexuels de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) Par exemple, dans le documentaire « Debout ! » (1999) de Carole Roussopoulos, on voit clairement que les femmes féministes, lesbiennes ou non, sont attirées par la « femme violée du bout du monde », afin de se servir d’elle comme « opportunité » pour prouver l’oppression machiste qui les domine/dominerait. : « Les femmes battues, c’était parfait ! Parce que si les femmes étaient battues, c’est bien parce qu’il y avait quelqu’un pour les battre. » (Annie Sugier)

 
 

c) Le cri de la femme violée :

La figure de la femme violée, notamment, revient très souvent, comme si les personnes homosexuelles cherchaient à s’y identifier : cf. la tournée de concerts Fatale (2011) de Britney Spears, etc. « Cette résurgence du thème de l’androgyne à la fin du XIXe siècle est peut-être le revers de l’obsession de la femme fatale. » (cf. l’article « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau » de Françoise Cachin, dans l’ouvrage collectif Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 90) ; « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997), pp. 157-158) ; etc. Comme je le montre abondamment dans mes travaux, même si bien sûr on ne peut pas dire que toutes les personnes homosexuelles ont été violées, en revanche on peut constater que le fantasme de viol est l’autre nom des désirs homosexuel et hétérosexuel : les icônes d’identification des personnes homosexuelles (pratiquantes ou sur le point de l’être) sont celles de la femme violée cinématographique (plus une chanteuse ou une actrice interprètera ce rôle sur les écrans, plus elle a des chances d’être choisie comme « icône gay ») ou du violeur Superman asexué (le cowboy et toutes les figures donjuanesques de l’Éternel Masculin).

 

Par exemple, dans le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton, Francis Bacon dit être fasciné par les bouches criantes des films d’épouvante. Michael Jackson, quant à lui, a esthétisé ses petits cris aigus en les intercalant dans beaucoup de ses chansons. Gore Vidal, dans ses Mémoires – Palimpseste (1995), raconte comment le cri de l’actrice de film d’épouvante l’habite éternellement : « À la fin de Fall River Legend d’Agnès de Mille, le hurlement de Norma Kaye, au moment où elle se lève au centre de la scène, la robe couverte du sang de ses parents, résonnera toujours dans ma tête comme un vrai cri. » (p. 198) Dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005), Christophe Honoré fait de même quand il parle d’Isabelle Adjani lors d’une émission de radio qu’ils doivent faire ensemble : « Elle m’offre une grimace hurlant la peur, l’angoisse et je la crois, je suis de son côté, dans l’effroi. » (p. 11)

 

Soit parce qu’elles ont vécu un viol réel, soit parce qu’elles ont au moins vécu un effondrement identitaire qui les angoisse et les appelle à vouloir être dominées et être quelqu’un d’autre ( = l’actrice violée sublimée par le cinéma et qui redevient forte en se vengeant), beaucoup de personnes homosexuelles cherchent à s’identifier et à se faire violer par la femme machiste phallique : « Je crois que si les hymnes gays sont souvent interprétés par des femmes, c’est parce qu’on peut tout à fait s’identifier à elles, à leur position d’opprimées. Et opprimées, elles le sont toujours, malheureusement. C’est pour ça qu’on est enclin à s’identifier à une femme qui se défend, qui garde la tête haute. » (Barbie Breakout, dragqueen, interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « C’est des filles qui sont comme des garçons. Elles n’ont pas froid aux yeux. Elles sont fortes. » (Michel Gaubert, idem) ; « Les icônes gays ont souvent un destin tragique. Elles chantent des chansons impressionnantes, excessives, mais elles ont une existence difficiles parce qu’elles vivent constamment sous le regard du public. On entend sans cesse parler d’elles dans les médias. On sait que leur vie amoureuse est un fiasco. Ce sont des vies assez tragiques. Et c’est ce qui les rend attirantes à nos yeux. » (Steve Blame, idem) Par exemple, la chanteuse Madonna, qui est l’égérie gay mondiale le plus connue, a craché le morceau : elle a été violée à l’âge de 19 ans à New York. Idem, dernièrement, avec Lady Gaga, violée elle aussi à 19 ans. Le viol ou l’étiquette de victime justicière que le viol cinématographique ravit les personnes en panne d’identité et orgueilleuses. Je vous renvoie à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

d) Le drame intime des personnes homosexuelles est d’être prises pour des objets ou de désirer être objet :

Si on prend le temps d’écouter simplement les personnes homosexuelles, on lit très souvent dans leur propos l’histoire intime d’une exploitation, d’un viol, d’une instrumentalisation consentie : « C’est difficile pour moi d’avoir une vision saine de l’homosexualité. Les hommes que j’ai aimés m’ont toujours abandonné après s’être servis de moi. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 251) ; « Je suis un bouchon au fil de l’eau, un naufragé qui tente de s’agripper à une bouée de sauvetage, on peut faire de moi ce que l’on veut, je suis prêt à toutes les aventures. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise vie (2005), p. 154) ; « On a tous envie d’être objet. » (un témoin homosexuel cité dans Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 55) ; « Des fantasmes de viol […], moi aussi j’en ai. » (Gilles, idem, p. 131) « Je pense aux photos que je laisse derrière moi. […] Ces photos que je réservais à qui ? Un photographe professionnel ? Oui, et qui me prendrait en main, je n’aurais pas le choix, me dénuderait, exposerait enfin mon corps mince, rose imberbe, ferait de moi un modèle offert et vicieux, une si jeune pute. Évidemment qu’on ne racontera pas au petit frère mon impressionnant potentiel pour devenir idole. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), pp. 51-52) ; « J’avais désormais une image. Une étiquette officielle. Un label. Le garçon efféminé. La petite femme. On allait passer sur moi. On allait chaque jour et de plus en plus abuser de moi. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 28) ; etc.

 

Je vous parlais un peu plus haut de cette étonnante impression d’unité et de « bonheur » que la victime d’un viol trouve dans sa réification sacralisante… même si elle ne s’aperçoit pas qu’elle a été traitée comme un trophée inerte brisé. On retrouve ce réenchantement du viol à travers les mots de Christophe Tison, écrivain racontant comment il en est arrivé à « aimer » son agresseur pédophile parce qu’il a été adoré/détruit par lui : « Didier m’accueillait comme si j’étais l’enfant-roi. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), pp. 20-21) ; « Je ne me représentais que les plaisirs que ce séjour chez lui m’apportait. Cette liberté d’enfant-roi, d’enfant choisi et chéri. D’enfant qui se décompose et se morcelle doucement. (La peur tirait son fil et me décousait, et me décousait…) » (idem, pp. 49-50)

 

L’esthétisme artistique réifiant altère chez beaucoup de personnes homosexuelles l’impression d’être violées et utilisées… alors que pourtant, c’est souvent le cas.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°181 – Violeur homosexuel (sous-codes : Psychopathe homosexuel / Victime du grand viol reproduisant un autre viol)

violeur homosexuel

Violeur homosexuel

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Tous des violeurs ?

 
 

Sujet épineux qui ne manquera pas de choquer les gens qui se victimisent et qui diabolisent leurs ennemis ! Mais tant pis. Je ne suis pas là pour croire aux bonnes et mauvaises intentions, mais pour découvrir le Réel, reconnaître des faits (parfois dramatiques et violents) et défendre l’Amour en actes !

 

Ce n’est pas pour des prunes que dans tous mes écrits, je soutiens que le désir homosexuel est par nature le signe d’un viol parfois réel, ou en tous cas un fantasme de viol (dans le double sens de l’expression : fantasme de violer ou/et fantasme d’être violé)… même si, en disant cela, rien ni personne ne m’autorisé à penser que toutes les personnes homosexuelles sont des violeurs en puissance. Elles sont bien plus violées que violentes (cf. je vous renvoie au code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels)… mais à force de croire qu’elles ne sont que violées, une part d’entre elles assouvit son plan secret de vengeance plus régulièrement que prévu !

 

Le visage du violeur homosexuel n’est pas nécessairement porté par celui qu’on attend. On se trompe en beauté si on pense que le violeur homosexuel ne peut être que l’individu adulte (à partir de la quarantaine, environ), masculin, bear ou butch, « actif » sexuellement, adepte des pratiques sado-maso, 100% méchant et malveillant. J’ai vu des hommes et des femmes homosexuels, en apparence innocents, conformes physiquement aux canons de la mode de leur sexuation biologique originelle, jeunes, jouant les fragiles, homosexuels dits « assumés », sincères et « amoureux », frapper quand on s’y attendait le moins ! N’oublions jamais que tout être humain est profondément libre, donc ni « victime à vie », ni « bourreau à vie »… Autant nous pouvons assurer que tout bourreau a été victime, autant on ne pourra jamais dire que toute victime sera plus tard bourreau… et heureusement ! (Merci la résilience !) Or ceux qui l’oublient, afin de diaboliser les violeurs et béatifier les victimes de viol, sont en général des gens qui violent aussi, qui suppriment la liberté humaine en causalisant/personnifiant le viol.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Destruction des femmes », « Milieu homosexuel infernal », « « Première fois » », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Pédophilie », « Cannibalisme », « Vampirisme », « Homosexualité noire et glorieuse », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Liaisons dangereuses », « Coït homosexuel = viol », « Milieu psychiatrique », « Viol », « Inceste », « Humour-poignard », « Douceur-poignard », « Parricide la bonne soupe », « Méchant pauvre », « Voleurs », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Se prendre pour Dieu« , « Se prendre pour le diable », « Super-héros », « Couple criminel », « Homosexuels psychorigides », « Amant diabolique », « Androgynie bouffon/tyran », « Homosexuel homophobe », « Voyeur vu », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », à la partie « Voyeur » du code « Espion », et à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

a) Le violeur homosexuel : légende ou réalité ?

VIOLEUR 1 psychose

Film « Psychose » d’Alfred Hitchcock


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, une rumeur causalisant le lien entre homosexualité et viol circule autour du héros homosexuel ou de l’homosexualité en général : « Ok, les gars… j’ai peut-être un p’tit problème de violence. » (Océane Rose-Marie parlant de son adolescence, dans son one-woman-show Châtons violents, 2015) ; « Tu sais ce qu’il a fait, monsieur ton fils ? Il a violé le Rovo. » (la Bouchère à Barbara, la mère d’Abram, le héros homosexuel qui a fait de la prison, dans le film « Jagdszenen Aus Niederbayern », « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; « Si je me fais violer, ce sera de votre faute. » (Patrik, le jeune adolescent hétérosexuel, en s’adressant à l’agent qui le laisse partir avec ses deux pères homosexuels adoptifs, dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « T’es tellement fou que tu pourrais tous nous violer ! » (Pénélope au protagoniste principal du one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Je parie que toi et Peggy, vous faites des trucs aux gosses… » (Santiago s’adressant à Doris la lesbienne, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Peut-être qu’elle est folle, qu’elle va nous assassiner ! » (Fanny s’adressant à son mari Jean-Pierre par rapport à Catherine, l’héroïne lesbienne dont elle va tomber amoureuse, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Chaque homme tue celui qu’il aime. » (le maquereau de Davide le jeune héros homosexuel de 14 ans, pendant qu’il se désape avant de le violer, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Mais t’es qu’un connard de psychopathe ! » (Damien insultant Rémi qui lui a donné un coup de serpillère sur la tête en croyant assommer un rat, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Le psycho ! Le psycho !! » (Chanelle en panique au moment de voir l’ombre de Louison la lesbienne dans la grotte, dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017) ; « Tu l’as violée, c’est tout ! » (Marcel s’adressant à son « mari » Dominique par rapport à Mireille, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; « La victime est belle et le crime est si gay ! » (c.f. la chanson « Coeur de loup » de Philippe Lafontaine) ; etc.

 

Il n’y a pas que les personnages dits « hétéros » qui présentent les homosexuels fictionnels comme des « obsédés sexuels » et des « pervers ». La mauvaise réputation provient aussi et surtout des héros homos eux-mêmes, même si elle prend le visage sexiste de la misandrie (beaucoup d’héroïnes lesbiennes prennent les hommes gays pour des violeurs, parce qu’ils ont le malheur d’être nés « mâles »…), de la misogynie (beaucoup de héros gays voient les femmes comme des tigresses et des prédatrices sublimes), de la peur de la sexualité, de la phobie de la génitalité, de l’auto-parodie cynique, voire de l’effroi amoureux (cf. je vous renvoie aux codes « Liaisons dangereuses », « Viol », « Prostitution » et « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

« J’ai échappé au viol ! » (Mimil, le héros homosexuel parlant des avances de son ami Jeff, dans la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob) ; « Pas elle ! Elle va me violer !! » (Camille, l’héroïne lesbienne face à sa nouvelle camarade de cellule carcérale Caroline, avec qui elle formera finalement un couple après sa conversion au lesbianisme, dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Pfu, vous êtes pareils tous les deux, Simon et toi, complètement obsédés. Je vais finir par croire que c’est un syndrome homosexuel… Non, en fait j’en suis convaincue ! Un jour, tu vas voir, j’en aurais marre que les pédés parlent que de cul, on dirait que chez vous, si y avait pas le cul, y aurait rien. Vous êtes complètement obsédés, tous. Bande de freaks ! » (Polly, l’héroïne lesbienne s’adressant à ses deux amis gays Simon et Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 25) ; « Coucher avec des filles, c’est un truc de pédés. » (cf. une réplique du film (2004) de Matthew Vaughn) ; « Il y a un tueur en liberté dans cette maison. Et vous avez le profil requis ! » (Giles Ralston s’adressant à Christopher Wren, le héros homosexuel, dans la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; etc.

 

Quelquefois, le héros homosexuel voit en son amant un violeur : « Je n’avais jamais voulu voir la vraie nature de Jan. […] Maintenant que j’ai vu Jan menacer Gordon, depuis cet instant où il a braqué son automatique vers moi, je sais aussi comment leur empire, leur business s’est édifié… » (Bjorn à propos de son propre amant Jan, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 159) ; « Ton amant gay est un voleur et un assassin. » (Combs au héros homosexuel Price, dans le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis) ; « Non, je n’ai jamais été violé et abandonné comme par ce regard en une seconde et en pleine rue, subtil, sagace, sûr de son harpon et sans remords… Cet homme… s’est retourné tout d’un coup et, me dévoilant son visage d’Archange, m’adressa face à face ce message d’une langueur, d’une ferveur et à la fin d’une férocité qui n’avaient plus rien d’humain… » (Marcel Jouhandeau, Carnets de Don Juan (1947), p. 96)

 

Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, c’est au moment où les deux héroïnes (Ronit et Esti) se retrouvent toutes les deux dans un bosquet pour se dire leur amour que Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série » (p. 139) Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Mélodie arrive chez son amante Charlotte avec une robe de soirée assez sexy. Elle qui passe ses journées à gérer des affaires de viol en cour d’assise, elle n’en revient pas de voir Charlotte se transformer en violeuse à son encontre, hors d’un contexte professionnel. « C’est un vrai appel au viol, ton truc… » s’en amuse au départ Charlotte, qui devient de plus en plus insistante (« En fait, t’as fait ça pour me rendre dingue ! »), au point d’inquiéter Mélodie : « Mais arrête ! ». Finalement, Mélodie se laisse faire : « Alors c’est que ça ? Faut que je te fuis pour que tu me rattrapes ? ». Dans l’épisode 1 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam, le héros homosexuel, est présenté comme un psychopathe, un monstre (Aimee le surnomme « Bitzilla »). Éric, son futur amant, avertit Otis qu’ « Adam va le tuer dans sa propre maison ».

 

Par peur ou fantasme de donner crédit à cette croyance populaire au lien de causalité viol/homosexualité (pas totalement infondée non plus, car le désir homosexuel et les actes qu’il implique sont par nature semi-sincères semi-violents), certains personnages homosexuels prennent l’image du violeur homosexuel pour une vérité sur eux-mêmes, pour un ordre et un modèle. Ils intériorisent alors le fantasme de violer vraiment : « Je l’aurais violée sur-le-champ, si j’avais pu. » (Suzanne à propos de son amante Héloïse, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 305) ; « Déshabille-toi et j’arriverai. Comme l’homme du rêve… » (Léopold, le héros homosexuel s’adressant à son amant Franz qui vient de lui raconter le rêve incestueux et effrayant qu’il faisait étant jeune à propos de son beau-père, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Je vais t’égorger, tu le sais, ça ? » (Guen, le héros homosexuel, parlant à Stan, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder, Holmes (très homosexualisé dans le film) s’amuse à passer pour le violeur de Gabrielle. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le protagoniste principal part à la recherche de son violeur (« Quand j’étais enfant, j’ai été violé. Franchement, c’était génial. Et ce site m’a permis de retrouver la trace de mon violeur. Et je suis drôlement content d’avoir retrouvé mon grand-père. ») et incite les membres du public à devenir violeurs eux-mêmes (notamment en répondant à un questionnaire sur le site fictionnel « syndromedestockholm.com » : « Quel genre de psychopathe êtes-vous ? »). Dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, il est fait référence à « l’obsession de violence » chez les personnages homosexuels.

 

Le violeur homosexuel commence par s’auto-persuader qu’il ne viole pas quand il essaie d’exercer son emprise psychologiquement sur son amant. « N’ayez crainte, je n’ai pas l’intention de vous violer, mais seulement de vous interroger. » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant au journaliste, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) Il fait souvent porter à sa victime son propre discours de l’évidence, une évidence en général infondée et qui n’est le signe que de son attachement à ses pulsions, à ses projections identitaires et amoureuses. Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, il est très souvent question de la défense de la « prédestination » dans les rencontres amoureuses. Celles-ci seraient déjà écrites d’avance, ne se choisiraient pas, et devraient obligatoirement se vivre. Ce film offre une vision totalement déterministe et peu libre de l’amour : « Il n’y a pas de hasards. » dit Emma à son amant Adèle qu’elle vampirise. Le violeur homosexuel voit des « signes » et des « confirmations » de ses désirs partout.

 
 

b) Le violeur homosexuel passe effectivement à l’action :

Dans certaines créations homo-érotiques, il arrive que le personnage homosexuel viole des femmes (cf. je vous renvoie avec insistance au code « Destruction des femmes » et à la partie « Prostituée tuée » du code « Prostitution », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2011) de Stéphane Druet (avec Pedro, le héros homosexuel, infligeant une séance de torture à Claudia avec sa guitare), le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville (avec la figure lesbianisé d’Angelina Jolie en violeuse), le film « Frankenstein Junior » (1974) de Mel Brooks (avec Dracula, le vampire efféminé), le film « Hécate, maîtresse de la nuit » (1982) de Daniel Schmid (avec Julien, le jeune ambassadeur qui violente Clotilde), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec la violeuse lesbienne Lorelei), le film « Je suis une nymphomane » (1970) de Max Pécas, le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, le film « Kill Your Darlings » (2014) de John Krokidas, etc.

 

« Je te fends la chatte ! » (Venceslao parlant à Mechita dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi) ; « Comme j’utilise le mot ‘chatte’, j’passe par un violeur en puissance. » (Max dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Ayez pitié d’une pauvre femme par-dessus vieille ! J’allume la boule. Vous la voyez votre petite Delphine pendue ? Monsieur, me dit-elle, je me sens mal. Mes sels ! Je la gifle. Je l’attrape par les cheveux, lui cogne le front contre la boule de cristal, elle râle, elle s’affaisse sur sa chaise, elle a une grosse boule bleue sur le front, un filet de sang coule de son oreille. En bas on entend le bruit régulier de la caisse, je regarde par la fenêtre, le boulevard Magenta est toujours le même. La vieille continue de râler, je l’étrangle, elle meurt assise. Je me recoiffe de mon peigne de poche, j’enfile mon imperméable. » (le narrateur homosexuel parlant de Mme Audieu, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 89) ; « Il paraît que c’est un truc de pédés, d’homos refoulés, les mecs qui niquent des gonzesses dans tous les coins. » (Fred à son futur copain Greg, dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin) ; etc.

 

VIOLEUR 2 Parle avec elle

Film « Hable Con Ella » de Pedro Almodovar


 

Par exemple, dans « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar, on découvre avec étonnement à la fin du film que l’infirmier homosexuel Benigno a violé la patiente dans le coma qu’il veillait pourtant jour et nuit à l’hôpital avec une sollicitude quasi maternelle. Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier, le héros homosexuel qui était jadis en couple avec sa copine Yvette, avoue qu’il « a eu le malheur de l’aimer à outrance ». Dans la pièce Le Choc d’Icare (2013) de Muriel Montossey, Romain, le héros homosexuel, séquestre Ariane. Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, Mr Alouette est le violeur de « Madame ». Dans le film « Maigret tend un piège » (1958) de Jean Delannoy, Marcel Maurin, le personnage homosexuel (doté d’une mère castratrice), tue des femmes. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Roberto, l’un des héros homosexuels, ne supportant pas d’être dragué par Alejandra, la maltraite violemment et la fout sous la douche ; plus tard, il dira à la jeune femme : « Moi, je t’aurais déjà tuée ! » Dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, Charlène accuse Jean-Louis, le héros homosexuel, de l’avoir violée. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos refoulés, après sa tentative de kidnapping de Carla Bruni dont il dit être fou amoureux, est activement recherché par la police. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno, le héros homosexuel, va essayer d’étrangler une vieille femme bourgeoise désirant connaître la sensation d’étouffement. Dans le film « I Love You Baby » (2001) d’Alfonso Albacete et David Menkes, Daniel montre à son amant Marcos la scène d’un film de merde où il a joué un petit rôle secondaire d’un homme cagoulé qui agresse une femme dans une ruelle urbaine ; il commente la scène en prenant un malin plaisir à rentrer dans la peau de son personnage (« Ici, c’est moi, cagoulé. […] T’as vu comme je sors mon couteau. […] Bouge pas, salope, ou je te bute ! »). Dans le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar, Angel (Antonio Banderas) suit en filature une fille dans une rue pendant la nuit et la viole sur le capot d’une voiture, en écoutant intérieurement la voix de son professeur de corrida : « Les filles, c’est comme les taureaux. Faut les choper quand elles s’y attendent le moins. » Dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, Stan, le personnage homosexuel, enfonce un tisonnier dans le sexe de la femme bourgeoise qu’il tue au moment de lui faire l’amour. Dans le roman Journal d’Adam (1978) de Knut Faldbakken, une femme est battue par le héros homosexuel. Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Paul Esménard tue Berthe par strangulation : « Il saisit le cou de Berthe dans ses doigts. Pendant une seconde, elle eut le temps de crier, mais d’une simple pression de pouce il la fit taire. […] Paul avança, posa la femme sur le lit et reconnut alors qu’elle était morte. Un peignoir blanc et mauve recouvrait son petit corps potelé qui semblait presque celui d’une enfant. » (pp. 115-116) Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, tous les personnages sont des violeurs : par exemple Bacchus a « abusé de plein de pauvres filles », les bacchantes se ruent sur Penthée et le dévorent, la naïade viole le bel Hermaphrodite, Jupiter viole Europe, etc. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent, le héros homosexuel sur le point de se marier avec Sophie, passe son temps à la frapper et à lui gueuler dessus. Il était tout aussi violent avec son ex-amant Stéphane : « Mes coups, parfois, je les retenais pas. Mes mots, oui. » Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Alban Mann traite sa propre fille de « pute » (p. 18), et finira par la tuer, comme il a assassiné sa femme Greta, elle-même prostituée « professionnelle ». Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah harcèle son amante Charlène, au point que celle-ci en vient au main et l’étouffe avec un coussin. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, le skinhead gay tente d’agresser sexuellement Jane la lesbienne : « Le rire de ce skinhead éméché résonna contre les murs, aigu et efféminé » (p. 95) Dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas, Maryline, l’héroïne bisexuelle, est inculpée pour homicide involontaire sur son mari Gérard qui l’a violée et harcelée. Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Seb et Loïc, couple homo, harcèlent leur meilleure amie Marie et l’empêchent d’être heureuse et d’avoir une vie amoureuse avec un homme, Charles.

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, s’en prend aux femmes de son entourage, et surtout à sa mère, qu’il bat, tente de draguer, tripote à sa guise et embrasse de force sur la bouche : « T’aimes bien quand j’te chope comme ça, hein ? ». Celle-ci se rend compte que « Steve, c’est un violent. » Steve ne maltraite pas que sa maman : il tente de s’attaquer à Kyla, la voisine, mère au foyer qui se défend violemment : « Tu ne me touches plus ! »
 

Dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, Armand, le héros de 43 ans, vit une relation pédophile avec Curly, une fillette de 16 ans alors qu’il était pourtant exclusivement homosexuel. Ils sont arrêtés par les flics sur un lieu de drague homosexuelle pour cause d’exhibitionnisme. Et lorsque Armand essaie de se valoir qu’il ne peut pas être pédophile puisqu’en temps normal il est homosexuel et seulement attiré par les hommes plus âgés que lui, le chef de la police lui laisse entendre que ce n’est absolument pas contradictoire, et que la pédophilie fait imparfaitement miroir à l’homosexualité et au goût incestuel de la vieillesse : « Le fait que vous aimiez les vieux m’incite à penser que vous aimez aussi les jeunes filles. » À la fin du film, la nature violente de l’amour exceptionnel qu’Armand porte à Curly se déclare. Lors de leur fugue amoureuse notamment, il la force à la sodomie, et Curly le prend très mal (« Arrête !!! T’es vraiment un connard ! […] Ça te fait quoi de me faire des coups comme ça ? »). Une fois que le père de la fillette retrouve le couple en cavale, Armand nie le viol : « Ça va, c’est bon, j’l’ai pas violée ! » Un peu plus tard, les amoureux prennent à nouveau la fuite. Curly se met à croire au grand Amour. Mais lassé de son idylle hétérosexuelle, Armand a un comportement très surprenant à l’égard de son amoureuse : à la fin du film, pour se débarrasser d’elle, il la ligote de force et l’abandonne dans la forêt. Il retourne à sa vie d’homo d’avant, en couchant avec des vieillards…

 

Dans la série 13 Reasons why (2018), Montgomery de la Cruz (alias Monty) viole Tyler avec un balai dans les toilettes dans le dernier épisode de la saison 2 (ce qui a fait grand bruit parmi les fans car la scène était extrêmement choquante). Dans l’épisode 5 de la saison 3, Winston fait une fellation en secret au même Monty à l’occasion d’une fête lycéenne et ce dernier finit par le tabasser quand son jeune amant lui demande s’ils peuvent se revoir en public : une fois arrêté pour le viol de Winston dans l’épisode 13 de la saison 3, Monty finit par avouer qu’il a une attirance pour les hommes face à son père au parloir de la prison.
 

Le viol des protagonistes féminines n’est pas uniquement le fait des héros homosexuels mâles. Il est aussi opéré parfois par des personnages lesbiens qui fantasment de se comporter en hommes violents : cf. le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan (avec Chloé, l’amante intrusive), le film « Haute Tension » (2003) d’Alexandre Aja (avec Cécile de France en lesbienne psychopathe), le film « Intrusion » (2003) d’Artemio Benki (avec l’auto-stoppeuse dangereuse), etc. Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, la bourgeoise, viole sa petite voisine de 14 ans : « J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (p. 57) Elle renouvelle l’expérience sur une cousine de son âge, adulte comme elle : « Je me rappelle qu’avant son départ, le matin, pratiquement contre sa volonté, par la faim que j’avais encore d’elle, je l’ai presque forcée, ainsi que le ferait un homme, allant au plus près du désir, comme un mari brutal. Moi qui pourtant ne voulait que sa tendresse. » (p. 72) L’héroïne lesbienne de ce roman ne s’intéresse pas à l’identité de ses amantes, mais plutôt à sa propre jouissance : « J’étais presque exclusivement intéressée par la fente des filles […] à tel point d’ailleurs que leurs visages ou leurs corps m’indiffèrent. » (p. 76) ; « Je me dis : ‘Il m’en faut une, et peu importe la figure qu’elle aura.’ » (p. 79) Elle prend également pour modèle un couple de femmes allemandes (amies de sa cousine) qui pratiquaient elles aussi le viol sur des vierges « hétérosexuelles » : « Ayant fait, si l’on peut dire, le tour des plaisirs les plus ordinaires, elles se mirent en tête que le viol tel que les hommes le pratiquent parfois leur permettrait une beaucoup plus grande liberté quant à leur choix. L’opportunité d’un voyage en Grèce les amena à passer à l’action. Elles voulaient absolument vivre cette sensation de puissance que l’on doit ressentir dans le viol, y prenant comme un plaisir supplémentaire du fait qu’il soit considéré partout comme un crime. » (p. 108) Son but est de voler l’amour et la tendresse à ses amantes, en faisant passer sa violence impatiente pour de la fougue belle, spontanée et accidentelle : « Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. » (Alexandra face à une jeune religieuse, op. cit., p. 223) ; « Elle m’a prise à nouveau. » (Mathurine, la servante violée par son patron, « Monsieur », qu’elle féminise – « Madame, c’est Monsieur. » – dans la pièce Viol (2014) de Louis Lefèbvre) ; etc.

 

Au départ, comme certains héros homosexuels fictionnels n’assument pas l’existence du désir homosexuel en eux, il arrive qu’ils cherchent à se prouver à eux-mêmes ou à prouver à leur société leur hétérosexualité en couchant avec leur meilleure amie, en violant la « fille à pédés » ou la prostituée : cf. le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Paul se forçant à coucher avec Mousse, ou plutôt la forçant à coucher avec lui), le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (où Vincent, le héros homo, fait l’amour avec Noémie, sa meilleure amie, pour savoir s’il est vraiment homo), le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (avec Laurent qui se force à coucher avec Carole, sa meilleure amie, un soir d’ivresse, pour se prouver qu’il peut être « hétéro », et qui la viole pendant son sommeil), etc. Par exemple, dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Marc, pour essayer de se persuader qu’il n’est pas homo, tente de violer sa femme Bettina, de la forcer à la sodomie.

 

VIOLEUR 3 Spiderman

Spiderman et Psyché


 

Le personnage homosexuel viole aussi des hommes, et très souvent des amants (cf. je vous renvoie avec insistance aux codes « Parricide la bonne soupe » et « Amant diabolique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, le film « J’ai pas sommeil » (1993) de Claire Denis (avec le tueur en série Thierry Paulin), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Fred, le violeur homosexuel), le film « Frisk » (1995) de Todd Verow (avec le psychopathe homosexuel), le film « Notre paradis » (2011) de Gaël Morel (avec un serial killer gay), la série britannique Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald (avec Mia, le tueur en série transsexuel M to F), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Emmanuel, le héros homosexuel qui a pour habitude de violer ses amants), le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne, le roman Querelle de Brest (1947) de Jean Genet (avec les violeurs Nono et Querelle), le film « Le Dernier train du Katanga » (1967) de Jack Cardiff, le film « Furenchi Doressingu » (1997) d’Hisashi Saito, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, le film « Speeters » (2000) de Paul Verhoeven (avec Eef, l’homosexuel refoulé et « casseur de pédés »), le film « Irréversible » (2002) de Gaspar Noé (avec le Ténia, violeur homosexuel), le film « Sixième Sens » (1986) de Michael Mann, le film « Toute nudité sera châtiée » (1973) d’Arnaldo Jabor, le film « Mad Max » (1979) de George Miller, le film « Midnight Express » (1978) d’Alan Parker, le film « Brubaker » (1980) de Stuart Rosenberg, le film « The Sweet Smell Of Death » (1995) de Wong Ying Git, le film « Gazoline » (2003) de Monica Strambini, le film « L’Épouvantail » (1973) de Jerry Schatzberg, le film « The Glass House » (1972) de Tom Gries, le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol (avec le personnage de Cyril), le film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti (avec le personnage de Louis), le film « Tremblement de terre » (1974) de Mark Robson, le film « Grégoire Moulin contre l’Humanité » (2002) d’Artus de Penguern (avec Jean-François, le violeur joué par Didier Bénureau), le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, le film « Sans rémission » (1992) d’Edward James Olmos, le film « Chute libre » (1993) de Joel Schumacher, le film « Amours mortelles » (2001) de Damian Harris, le film « Moon 44 » (1990) de Roland Emmerich, le film « Lucifer-Sensommer : Gul Og Sort » (1990) de Roar Skolmen, le film « Cold Light Of Day » (1990) de Fhiona Louise, le film « All Night Long 2 » (1994) de Katsuya Matsumara, le film « Sac de nœuds » (1984) de Josiane Balasko, le film « Le Dénommé » (1988) de Jean-Claude Dague, le film « Okoge » (1992) de Nakajima Takehiro, le film « Huangjin Daotian » (1993) de Chou Tan, le film « Impasse des vertus » (1955) de Pierre Méré (avec le jeune pompiste truand), le film « Le Grand Pardon » (1984) d’Alexandre Arcady (avec le truand joué par Bernard Giraudeau et tué dans le lit de son amant), la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin (avec Lacenaire, le criminel), le film « Cannibal » (2005) de Marian Dora, le film « My Night With Andrew Cunanan » (« Ma nuit avec Andrew Cunanan », 2012) de Devin Kordt-Thomas (sur un jeune tueur en série), etc.

 

Par exemple, dans le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló, Randy se fait violer et pisser dessus par un camarade de classe au lycée. Dans la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, Francis, le seul personnage homosexuel de l’intrigue, tente de violer Stan, l’un des protagonistes hétéros, en profitant chez lui d’un état de faiblesse. Dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, les « penetrators » homosexuels exercent des viols à la chaîne. Dans le film « Female Trouble » (1974) de John Waters, Divine joue le rôle d’un violeur homosexuel. Dans le roman Moravagine (1926) de Blaise Cendrars, le personnage de Moravagine incarne la figure du violeur homosexuel androgyne. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, le héros homosexuel, le jeune Joaquín, âgé seulement de 8 ans, impose le silence à son camarade qu’il a attouché sous la tente en camp scout : « S’il te plaît, ne le dis à personne. » Dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, le héros homosexuel finit par tuer l’homme qui l’a excité sous la douche à la piscine.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, le prédateur homo, sans doute client du bar Boys Paradise, emmène de force en voiture le couple Nathan-Jonas dans un établissement gay, La Dolce Vita qui en réalité n’existe pas, pour finalement ne pas les faire descendre et pour tuer Nathan en le frappant. Et pourtant, ce violeur n’avait pas l’air du tout dangereux puisqu’il écoutait à fond dans sa voiture « T’en va pas » d’Elsa, une chanson pour midinette. Nathan, quant à lui, n’avait pas le profil de la parfaite victime, puisqu’il mentait sur son viol, et manipulait Jonas comme un prédateur lui aussi : « T’y avais quand même pas cru à cette histoire de curé ? » (Nathan ayant fait croire à Jonas qu’il a été violé par un prêtre pédophile à 14 ans… pour cacher qu’il a été violé par un groupe de jeunes aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans). Survivant du drame qui a frappé son compagnon Nathan, dix-ans après, Jonas, pourtant chétif à l’adolescence, présente le même profil criminel. Il déclenche une baston au Boys. Et lorsqu’il pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. Si je reviens et que tout le monde est mort, et que t’as buté tout le monde, on fait comment ? ».
 

« Y yo / pillaba yo » (cf. le poème « Anales » de Néstor Perlongher) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of LonelinessLe Puits de solitude (1928), pp. 38-39)

 

Hubert – « De toute façon vous m’aviez déshonoré bien avant d’avoir déshonoré ma famille. Quant à ma sœur Adeline, ne vous en formalisez pas, je l’avais déshonorée bien avant vous.

Cyrille (le héros homosexuel) – Vous êtes diabolique, Hubert. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 

Certains personnages homosexuels violeurs s’en prennent à des êtres fragiles (cf. je vous renvoie aux codes « Pédophilie », « Vierge » et « Petits morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Tu violes des p’tits handicapés de 10 ans : le commun du p’tit pédé. » (Jonathan s’adressant cyniquement à son amant Frank, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Elle était d’une grande beauté, les larmes qu’elle versait donnaient à son visage une expression et un charme extraordinaires. J’avais l’envie presque irrépressible d’abuser d’elle. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du romanLes Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 116), etc. Par exemple, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, Veronika, comme un aigle prédateur, « déniaise » sa camarade de danse Nina, fébrile comme de la porcelaine. Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, le père de Christian est un homme impuissant avec les femmes, et qui a violé son fils (qui deviendra plus tard homosexuel). Dans le film « La Caduta Degli Dei » (« Les Damnés », 1969) de Luchino Visconti, Martin Essenbeck viole une fillette juive. Dans le film « Antibodies » (2005) de Christian Alvart, Jürgen Bartsch, 15 ans, assassine et viole des garçons encore plus jeunes que lui. Dans le roman Try (1994) de Dennis Cooper, un couple homosexuel composé de deux pères adoptifs violent leur petit Ziggy.

 

D’autres personnages homosexuels violent en se cherchant un partenaire sexuel plus « fort » qu’eux. Ils deviennent violeurs par omission en quelque sorte, par amant interposé, en se plaçant en victimes, parce qu’ils appellent leur pair « actif » à les pénétrer et qu’ils l’engagent à obéir à leur mise en scène de viol dont ils sont les héros « passifs » : « Pendant un apéro au Boobs’bourg, en attendant les autres, Cody m’avoue qu’à New York il met des petites annonces sur craiglist.org en se faisant passer pour une fille : ‘Comme ça, quand les hommes ils veulent ma chatte, je dis à eux je suis un pédé mais je peux te sucer bien ta bite à fond et avaler ton jus. Ça marche, quoi, les hommes ils ont envie d’une fille parce qu’ils pensent que c’est la seule chose qui les fait bander mais un jour où ils sont en manque ils goûtent à la bouche ou le cul d’un pédé et d’un coup ils se rendent compte que ce qui les fait bander c’est le sexe, et pas une fille, quoi. Je suis comme une sorte de terroriste queer comme j’oblige les hommes hétéros de se rendre compte que tout le monde est pédé, quoi, parce que tout le monde bande pour n’importe qui. » (Cody, le héros homosexuel nord-américain très efféminé du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 98-99) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… […] Je referme la porte et tout de suite nous portons nos mains sur le visages de l’autre, pour sentir le bandeau, pour être sûr que le contact est respecté. Il sourit, je sens sous mes doigts sa bouche tendue. Moi aussi je souris. On se prend dans les bras l’un de l’autre et on cherche nos bouches, qu’on s’embrasse voracement, qu’on viole avec la langue. Après un instant, en reprenant notre souffle, il dit ‘Ouhaou, c’est chaud !’ Je le prends par la main. Je me glisse devant lui, et ensemble nous marchons comme un seul homme dans l’appartement, Vianney parfaitement collé à ma nuque, mon dos, mes fesses, mes jambes. » (Mike, le narrateur homosexuel racontant son aventure avec un certain Vianney, op. cit., p. 84) Le viol n’est jamais effectué par une seule personne (= le bourreau), mais bien le produit d’une relation, d’un consentement mutuel, où la victime et son bourreau jouent tous les deux un rôle (même un rôle réduit parfois à celui d’objets qu’ils ne seront jamais) : « Dans le sexe, c’est surtout Claude qui parle, qui dit ‘Maintenant je suis un mec, je viens de te voir passer devant moi dans la rue, je te chope dans un coin sombre et je te baise comme la belle salope que tu es…’ Polly aime bien être passive, ça l’arrange que Claude veuille toujours être dominante. » (Mike parlant du couple lesbien Claude-Polly, op. cit., p. 74)

 

Dans son obsession pour le corps et la beauté de son amant, le personnage homosexuel montre parfois l’impatience cannibale du violeur, ses pulsions de possession : « Je veux sa bouche. Je veux son cul. Il est à moi ! » (Lennon parlant de Martin dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti)

 
 

c) Comment le héros homosexuel en arrive-t-il à passer à l’acte odieux ?

VIOLEUR 3 Lit

Film « Jeanne Dielman » de Chantal Akerman


 

Le violé devient parfois violeur. Par exemple, dans le roman Radcliffe (1963) de David Storey, Léonard Radcliffe, soumis au joug de son amant Vic, avoue son propre despotisme sous-jacent : « Le pire dans tout ça, c’est qu’une partie de moi l’aime et l’autre partie de moi ne lui sera jamais soumise. » D’ailleurs, à la fin de l’histoire, lui qui était jadis homosexuel soumis et passif, finit par tuer Vic et par devenir l’homosexuel actif et prédateur une fois incarcéré. Dans le roman Baise-moi (2002) de Virginie Despentes, Nadine et Manu, les deux héros transsexuels M to F violés, deviennent aussi violents que leurs agresseurs. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, se retrouve embarqué dans une série de meurtres en cascade parce qu’il a découvert l’ambiguïté homosexuelle du jeu de son premier amant, Dick, qu’il a tué accidentellement et par légitime défense. Il tue au moins trois hommes et se comporte comme un parfait manipulateur.

 

Dans les œuvres traitant d’homosexualité, il existe très souvent un ambigu rapport idolâtre d’attraction-répulsion, d’imitation (involontaire ?), d’amour, entre la victime et son agresseur. « De ma vie, je ne m’étais jamais fait baiser sans le vouloir. Je sais maintenant que tout peut arriver. Et que, même sans le vouloir, on peut aimer cela. » (Bjorn, l’un des personnages homosexuels, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 154) ; « J’adore qu’on profite de moi. […] Personne ne me force. » (Matthew Ferguson, le gigolo du film « Eclipse » (1995) de Jeremy Podeswa) ; « Je ne criais jamais, j’étais tellement heureuse d’être ton objet, d’exister. » (Cécile à son amante Chloé dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, pp. 39-40) ; « J’ai envie d’être l’outil de sa jouissance. » (la narratrice lesbienne parlant de son amante, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 65) ; « ’Tu désires l’abomination.’ Il ne pouvait y croire au début. Lui qui avait souffert des attentions de Goudron se transformait maintenant en Goudron ! Cela ne pouvait pas être vrai. Pourtant, c’était vrai ! » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, parlant de son élan homosexuel pour le jeune David, suite à l’attachement pédophile de Goudron, un écrivain bien plus âgé que lui et qui l’avait courtisé, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 177) ; « Ce que j’aurais fait à cette époque de ténèbres, d’autres me l’avaient fait. » (idem, p. 441) ; etc. Par exemple, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le Dr Labrosse fantasme de se faire violer par un jeune Sénégalais de 16-17 ans appelé « Babacar ». Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, plus Antionetta, la femme au foyer, rêve d’être violée par son voisin de pallier homosexuel Gabriele, plus elle joue la saint-nitouche persécutée qui se fait des gros films : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en, je vous en supplie ! » Elle embrasse de force Gabriele sur la bouche quand celui-ci lui avoue qu’il est homosexuel. Vexé d’avoir été pris pour un macho qui allait satisfaire une femme mariée désireuse de « se faire sauter sur la terrasse » de l’immeuble, et aussi pour se venger de son double jeu, il finit par la violenter vraiment : « Je ne suis pas le Superman viril que tu attendais !! »

 

Le basculement de rôles violé/violeur est symbolisée d’une manière très particulière dans les fictions homo-érotiques. La victime homosexuelle d’un viol se voit généralement inculpée d’un meurtre qu’elle n’a pas voulu commettre et auquel elle a été poussée par son tortionnaire. Par « légitime défense », elle reproduit le viol : cf. le film « Légitime violence » (1982) de Serge Leroy, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, les films « Dial M For Murder » (« Le Crime était presque parfait », 1954), « Torn Curtain » (« Le Rideau déchiré », 1966), « Psycho » (« Psychose », 1960), et « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock, le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques », 1943) de Luchino Visconti, le film « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar, le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt, le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné, le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Flying With One Wing » (2002) d’Asoka Handagama, le film « Le Roi et le clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « La Victime » (1961) de Basil Dearden, le film « Pouvoir intime » (1987) d’Yves Simoneau, l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli (avec Kamel), etc.

 

Par exemple, dans son roman Le Conformiste (1951), l’écrivain Alberto Moravia décrit l’évolution de Marcel, une jeune victime d’attouchements sexuels qui tue par accident son agresseur. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, pour se venger des attaques homophobes de Terell, un camarade de lycée, débarque en classe et lui casse une chaise sur le dos, laissant ce dernier inconscient. Il est embarqué par la police. Dans le film « Chaînes » (1928) de Wilhelm Dieterle, Franz tue sans le vouloir un inconnu qui dérangeait sa femme. Dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, Théron est responsable d’un crime involontaire. Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, Daventry a tué ses deux agresseurs en opérant un assassinat de légitime défense. Dans le roman Adrienne Mesurat (1927) de Julien Green, Adrienne tue son dictateur de père en le poussant accidentellement dans les escaliers. Dans le film « Prisonnier » (2004) d’Étienne Faure, le petit viol est presque excusé par l’existence d’un plus grand viol dont le protagoniste n’est pas responsable : en effet, Julien séquestre son amant Tom dans son grenier afin de le protéger de la police, « par amour ». Dans le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, les deux amantes provoquent l’attaque cardiaque accidentelle du despotique botaniste. Dans le film « Les Diaboliques » (1955) d’Henri-Georges Clouzot, le couple de lesbiennes est à la fois victime et bourreau de l’homme qu’il veut éliminer. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo Nathan euthanasie son amant Sean, puis ensuite pleurer son geste.

 

Le héros homosexuel décide d’imiter son violeur, et de le violer à son tour, en baptisant leur relation d’« amoureuse ». Comme s’ils étaient tous les deux quitte ! Leur union serait « égalitaire dans la violence », ré-équilibrée par le viol : « Entre la baffe qu’elle m’a donnée et ce titre de transport que je n’ai pas payé, qui de nous deux est la débitrice ? » (la narratrice lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 49)

 

Par exemple, dans le roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel faisant son service militaire, décide volontairement de coucher trois fois avec Octave, son violeur d’adolescence, pour réparer une ancienne souillure par une domination inédite sur ce dernier : « Je ressentais ce désir comme une sorte de revanche pour satisfaire égoïstement ma propre libido. » (p. 92)

 

Et quand son amant ne lui a rien fait, le violeur homosexuel décide de le punir de sa fragilité, de sa complicité à se laisser dominer par lui. Le pire, c’est que dans toute sa schizophrénie, il trouve le moyen de s’auto-victimiser pour nier qu’il fait le mal. Il ne viole pas par gaieté de cœur, vous comprenez… Il fait ça par « sacrifice d’amour », parce que c’est sa victime qui le lui aurait demandé… : « Cette folle perverse rêve depuis des années d’être tuée, elle est à la recherche d’un assassin, voilà : elle l’a trouvé : c’est moi. » (le narrateur homosexuel parlant de Mme Audieu, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 110) ; « Tu m’as forcé à faire ça ! » (Steeve juste avant de poignarder mortellement Vincent, son amant d’un soir, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) Ou bien il survalorise l’individu qu’il a violé, en lui inventant une liberté, une maturité, un consentement, un désir, une liberté et des sentiments qu’il n’a vraisemblablement pas (genre : « Il n’ose pas me le dire, mais je suis persuadé qu’il a aimé ça ! Je suis sûre qu’il est fou de moi… » ou « Il est très mûr pour son âge ; et puis en plus, il était d’accord ! ») : « Contre toute attente, la bergère se prit entièrement à ce qu’elles [= le couple lesbien violeur] faisaient et devint, selon ce que disaient les amies de ma cousine, une partenaire aussi réceptive qu’audacieuse. […] À leur grande surprise, elles la virent, alors qu’elles étaient déjà très loin, faire de gentils gestes de la main pour leur dire au revoir. […] Les deux amies considéraient par ailleurs leur action comme une initiation et nourrissaient le souhait caché que les autres femmes se convertissent, espérant ouvrir leur esprit, les libérer des conventions et des contraintes qui trop longtemps les avaient enfermées. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 108-110)

 

Par exemple, dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport, l’héroïne lesbienne dit que les cris de résistance de sa copine (« Arrête, lâche-moi !!! ») quand elle la viole amplifient son désir et l’encouragent à poursuivre : « Ça, ça me fait bander comme un cheval ! » Elle finit par projeter sur son amante son propre désir/amour éjecté : « J’suis sûre qu’elle a adoré sa première fois même si elle prétend le contraire. »

 

La « correction » du violeur homosexuel se pare souvent des meilleures intentions (solidarité, lutte contre l’homophobie, défense de l’amour homosexuel, etc.). C’est la raison pour laquelle il ne se voit même pas déraper. Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, les amants Georges et William tapent sur Pierre l’hétérosexuel, et essaient de l’approcher, de le provoquer physiquement (par rapport à une homosexualité supposée latente chez lui). Georges lui fout une baffe, et ça finit en bagarre que les lamentations théâtrales d’Adèle, la « fille à pédé » pleureuse internationale, viennent miraculeusement éteindre en jetant tout de même toute la faute sur la soi-disant « homophobie » de Pierre.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le violeur homosexuel : légende ou réalité ?

Dans nos civilisations contemporaines, une rumeur causalisant le lien entre homosexualité et viol circule autour des personnes homosexuelles ou de l’homosexualité en général. Il suffit d’écouter le mythe des violeurs d’enfants (les « enculeurs d’adolescents », comme diraient Jacques de Guillebon et Falk Van Gaver, dans leur article « Voie sans issue » de la revue Nouvelles de France, en août 2012) développés par quelques tribuns du FN, réac’ gauchistes et autres ecclésiastiques de la droite évangélique américaine : « Que faisons-nous contre ces hommes qui violent nos enfants ? » (le parlementaire David Baati dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin)

 

Il n’y a pas que les personnes hétérosexuelles qui présentent les personnes homosexuelles comme des « obsédés sexuels » et des « pervers ». La mauvaise réputation provient aussi et surtout des individus homos eux-mêmes, même si elle prend tantôt le visage sexiste de la misandrie (beaucoup de femmes lesbiennes prennent les hommes gays pour des violeurs, parce qu’ils ont le malheur d’être nés « mâles »…), tantôt celui de la misogynie (beaucoup d’hommes gays voient les femmes comme des tigresses et des prédatrices sublimes), tantôt celui de la peur de la sexualité, de la phobie de la génitalité, de l’effroi amoureux, voire de l’auto-parodie cynique. Je ne citerai à ce titre qu’un seul exemple parlant : l’ouvrage Trois milliards de pervers : grande encyclopédie des homosexualités (1973) de Félix Guattari et Guy Hocquenghem. Dans la programmation du festival de cinéma gay & queer Chéries-Chéris édition 2013 au Forum des Images de Paris, il y a une nuit consacrée aux « serial killers et killeuses ». Et je vous renvoie aux codes « Liaisons dangereuses », « Viol », « Prostitution » et « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

J’ai entendu par exemple des amis homosexuels/bisexuels qui m’ont avoué que lorsqu’ils avaient couché avec des femmes, ils avaient eu l’impression de les violer. On retrouve cette idée dans l’autobiographie Un Homo dans la cité (2009) de l’animateur radio homosexuel Brahim Naït-Balk : « Alors que j’avais déjà 25 ans et que j’étais toujours vierge, plus par désespoir que par désir j’ai répondu aux avances d’une collègue éducatrice. Elle me draguait depuis un moment et je la fuyais. Un soir de réveillon du jour de l’An, nous nous sommes retrouvés dans une chambre du foyer et je me suis lancé. C’était horrible, je me suis forcé à la pénétrer, sans préliminaires. J’ai eu l’impression de la violer. Tout de suite après, je l’ai fuie comme un voleur. » (pp. 40-41)

 

En amour homosexuel aussi, j’ai entendu à de nombreuses reprises mes amis me décrire en privé leur initiation sexuelle ou leur propre partenaire amoureux comme un violeur (cf. je vous renvoie aux codes « « Première fois » », « Viol » et « Amant diabolique » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Par peur ou fantasme de donner crédit à cette croyance populaire au lien de causalité viol/homosexualité (pas totalement infondée non plus, car le désir homosexuel et les actes qu’il implique sont par nature semi-sincères semi-violents), certains individus homosexuels prennent l’image du violeur homosexuel pour une vérité sur eux-mêmes, pour un ordre et un modèle. Ils intériorisent alors le fantasme de violer vraiment : « Pour moi, le viol, avant tout, a cette particularité : il est obsédant. J’y reviens tout le temps. […] J’imagine toujours pouvoir un jour en finir avec ça. […] Impossible. Il est fondateur. De ce que je suis en tant qu’écrivain, en tant que femme qui n’en est plus une. C’est en même temps ce qui me défigure, et ce qui me constitue. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 53) ; « Étant donné qu’il m’arrivait de m’occuper d’enfants, j’étais obsédé par la crainte qu’ils me soupçonnent de pédophilie. C’était absurde, mais je ne pouvais m’empêcher d’y penser. » (Brahim Naït-Balk, l’animateur radio qui ne cache absolument pas son attirance pour les jeunes garçons, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), p. 65) ; « Je veux faire des films qui rendent les spectateurs fous, qui les poussent à commettre un meurtre. » (le réalisateur Hisayasu Sato) ; « J’y suis allé pour avoir du sexe avec les hommes. C’est la première chose que j’ai faite. Donc ce gars avec qui j’avais chatté un temps sur Internet était de Flint, dans le Michigan. C’est là-bas que j’ai perdu ma virginité. La capitale mondiale des assassinats, c’est de notoriété publique [rires] [. [ » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; etc. Par exemple, en 1971, la féministe Susan Griffin frappe l’opinion publique en déclarant qu’elle « n’a jamais pu se débarrasser de la peur du viol ».

 

Certains auteurs homosexuels, par leur sacralisation des méchants de dessins animés, des dictateurs et des Grands Hommes, montrent, certainement à leur insu, une fascination pour le violeur (cf. je vous renvoie aux codes « Se prendre pour Dieu », « Se prendre pour le diable », « Homosexualité noire et glorieuse », « Liaisons dangereuses », « Homosexuel homophobe », « Couple criminel », « Super-héros », et à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je suis un chasseur ! Pas un gratte-papier. J’aimerais être de ceux qui visitent les appartements des opposants politiques et s’emparent de leur contenu, des livres au courrier et aux meubles, et les envoient vers Berlin. » (Heinrich, figure par excellence du voleur/violeur, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 103) Par exemple, dans son recueil de poésie Le Condamné à mort (1942), Jean Genet met le « tueur à la lourde braguette » sur un piédestal.

 
 

b) Le violeur homosexuel passe parfois effectivement à l’action :

Par malheur, il arrive que certains individus homosexuels violent vraiment. Par exemple, en 1869, l’affaire Zastrow fait la « une » des journaux. Carl Ernest Wilhelm von Zastrow (1821-1877), ancien militaire, peintre, est arrêté pour viol homosexuel. Je pense également à ce jeune violeur nantais de 18 ans (2 novembre 2016) qui ne s’attaquait qu’à des hommes. On trouve sur le garçon qui a été sa victime un anus si élargi qu’il ne peut plus retenir ses excréments. Le 5 juillet 1869, Zastrow, dans le box des accusés : « J’appartiens à ces malheureux qui à cause d’un défaut de leur nature ne ressentent aucune inclination pour le sexe féminin. J’ai souvent parlé de ça avec des hommes, qui alors m’ont traité froidement et inamicalement, de telle sorte que je me suis retrouvé seul au monde. » Le cas de l’Ougandais homo de 37 ans Emanuel G., qui a violé en septembre 2016 une femme dans la rue à Freising en Bavière, laisse également perplexe.

 

Cela peut commencer par la société toute entière et l’État, sous prétexte de lutte politique contre le monstre « Homophobie ». Je pense par exemple dans toutes les Gay Pride à la simulation de viol par l’exhibitionnisme agressif. Je pense aussi aux méthodes musclées et agressives d’associations comme Act Up, ou bien à des coups de folie isolés (Dernièrement, un certain Floyd Corkins, 28 ans, ancien bénévole homo au Centre LGBT de Washington, a ouvert le feu au siège d’une organisation chrétienne conservatrice, le 16 août 2012).

 

Le grand viol social peut-être précédé du petit viol homosexuel. Autre exemple : dans ce fait divers daté du 22 décembre 2016, on voit bien que l’agression homophobe s’origine sur le petit délit de larcin homosexuel.
 

Le viol se poursuit aussi sur des femmes (cf. je vous renvoie avec insistance au code « Destruction des femmes » et à la partie « Prostituée tuée » du code « Prostitution » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Le garagiste [Nacho], agenouillé près d’Ernestito, demandait pardon, pardon pour ses péchés. Il avait tué la femme, la seule qui aurait pu l’éloigner de son secret, des hommes, de son désir des hommes. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 314) Ce viol est en général exercé par deux profils de personnes homosexuelles : soit les individus homosexuels refoulés, soit à l’opposé les individus homosexuels soi-disant « homosexuellement assumés ». Et là encore, le sexe de ces agresseurs homosexuels importe peu.

 

VIOLEUR 4 Favorites

« Favorites »


 

Au départ, comme certains individus homosexuels n’assument pas l’existence du désir homosexuel en eux, il arrive qu’ils cherchent à se prouver à eux-mêmes ou à prouver à leur société leur hétérosexualité en couchant avec leur meilleure amie, en violant la « fille à pédés » ou la prostituée. Le violeur endossera alors le déguisement du faux bisexuel ou de l’hétérosexuel surfait (pléonasme). Et pour ce qui est de l’individu homosexuel qui cherche à prouver à sa société qu’il est « 100% homosexuel » et que « ça se passe très bien », l’obstination à rester conforme à son masque du coming out ou à son étiquette de « parfait mec casé en couple homosexuel » a tendance à se traduire sur la durée par une agression vis à vis des femmes, des hommes mariés et des personnes homosexuelles en général.

 

Par exemple, dans le roman Manigances (2011) de Denis-Martin Chabot, il y a le personnage du « prédateur », Julien, à l’identité sexuelle trouble, qui viole les hommes qu’il rencontre, et qui leur laisse des séquelles (l’histoire est basée sur des faits réels).

 

N’en déplaise à la communauté homosexuelle, les loups sont dans la bergerie (même s’ils passent leur temps à se dire « hors milieu » !). Certains hommes et certaines femmes homosexuels violent non seulement des femmes mais aussi des hommes, et particulièrement des amants de passe ou des compagnons de vie qu’ils harcèlent parfois pendant des mois (cf. je vous renvoie avec insistance aux codes « Milieu homosexuel infernal », « Parricide la bonne soupe », « Homosexuel homophobe », « Liaisons dangereuses » et  « Amant diabolique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). On citera ici le nom d’hommes homosexuel serial killer, funestement passés à la postérité parce qu’ils tuaient successivement leurs compagnons d’un soir (ils sévissaient dans et à l’extérieur du « milieu gay » stricto sensu) : Jeffrey Dahmer, Andrew Cunanan, Gilles de Rais, Luis Alfredo Garavito, Randy Steven Kraft, Luka Magnotta (présenté comme le « premier web killer » de notre époque), etc. Allez faire un tour sur cette page pour ceux parmi vous qui veulent frémir…

 

Le violeur des personnes homosexuels, loin d’avoir une sexualité stable et non-homosexuelle, cache son homosexualité derrière la violence d’une hétérosexualité excessivement prouvée en actes, trop assurée et travaillée : « Je connais leur rapport tordu à leur propre sexualité. […] À moins qu’ils n’aient eu eux-mêmes des tendances homosexuelles qu’ils n’osaient s’avouer. […] Ce qui, pour moi, reste un mystère absolu, c’est pourquoi ces garçons, malgré leur haine féroce pour les homos, voulaient avoir des relations sexuelles avec un gay comme moi. » (Brahim Naït-Balk parlant de ses violeurs, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), pp. 78-81)

 

Certains individus homosexuels violeurs s’en prennent à des êtres fragiles (cf. je vous renvoie aux codes « Méchant pauvre », « Prostitution », « Pédophilie », « Vierge » et « Petits morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qui donnent par leur faiblesse l’illusion d’un consentement : je pense par exemple à ce fait-divers du couple lesbien de Verdun, ainsi qu’au témoignage d’Alfred, homosexuel, qui a « violé un tapin » et que relate cet acte dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang (cet ouvrage a beaucoup d’intérêt dans la mesure où l’auteur a eu l’intelligence de choisir d’interviewer non seulement des victimes masculines de viol mais aussi des agresseurs, jadis victimes).

 

Je vous signale au passage cet article destiné à ceux qui me soutiennent que l’homosexualité n’a rien à voir avec ce que nous vivons (crise, terrorisme, islamisme, transhumanisme, attentats d’Orlando ou de Nice, etc.), qu’ « il n’y a pas que ça dans la vie », et que le fait que j’en fasse le centre des débats sociétaux serait le signe de ma « monomanie narcissique homosexuelle »… D’aucun vont se servir de ce qu’ils identifient comme une bizarrerie paradoxale ou minoritaire, pour affirmer haut et fort qu’il faut encore plus faire son coming out et encore plus pratiquer son homosexualité. Quand tout le monde la réduit à un refoulement d’homosexualité, moi, je dis que l’homophobie est à la fois refoulement et surtout pratique et identité « assumées » d’homosexualité.
 

Pourquoi les personnes homosexuelles ont tellement de mal à reconnaître l’existence du lien non-causal entre homosexualité et pédophilie, par exemple ? Parce qu’il les renvoie parfois au douloureux (et enjolivé… par stratégie de survie !) souvenir de leur initiation au plaisir (homo)sexuel par leur violeur, qui s’est présenté à eux comme un guide, un père bienveillant, un amant protecteur.

 

Le violeur tient exactement le même refrain d’indifférence de la sacralisation du « consentement mutuel » et de l’absence de bien ou de mal : « Pour ma part, je me suis fait une règle de ne pas juger la sexualité des autres ; tant que ça se passe entre adultes conscients et consentants, je pense que rien de mal ne peut se faire. » (Voir sur ce lien)

 

D’autres personnes homosexuelles violent en se cherchant un partenaire sexuel plus « fort » qu’elles. Elles deviennent violeurs par omission en quelque sorte, par amant interposé, en se plaçant en victimes, parce qu’elles appellent leur pair « actif » à les pénétrer et qu’elles l’engagent à obéir à leur mise en scène de viol dont elles seraient les héros « passifs ». J’ai en tête plein de récits d’amis homosexuels qui ont forcé leur partenaire sexuel à les violer au lit parce que « ça les excitait ». « Je rêve d’être kidnappé, attaché, offert, je rêve d’être à la merci. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 55) Oui, détrompez-vous si vous doutez de ce que j’écris là. Le violeur homosexuel n’est pas forcément le « dominant » !

 

Le rôle du violeur homosexuel n’est pas nécessairement porté par celui qu’on attend. On se trompe en beauté si on pense que le violeur homosexuel ne peut être que l’individu adulte (à partir de la quarantaine, environ), masculin, bear ou butch, « actif » sexuellement, adepte des pratiques sado-maso, 100% méchant et malveillant. J’ai vu des hommes et des femmes homosexuels, en apparence innocents, conformes physiquement aux canons de la mode de leur sexuation biologique originelle, parfois jeunes et pimpants, jouant les fragiles, homosexuels dits « assumés », sincères et « amoureux », frapper quand on s’y attendait le moins ! N’oublions jamais que tout être humain est profondément libre, donc ni « victime à vie », ni « bourreau à vie »… Autant nous pouvons assurer que tout bourreau a été victime, autant on ne pourra jamais dire que toute victime sera plus tard bourreau… et heureusement ! (Merci la résilience !) Or ceux qui l’oublient, afin de diaboliser les violeurs et béatifier les victimes de viol, sont en général des gens qui violent aussi, qui suppriment la liberté humaine en causalisant/per le viol.

 

Pour vous donner un exemple très parlant, je me trouvais un jour aux studios de la radio RFPP à Paris, pour animer, comme chaque lundi, l’émission Homo Micro aux côtés de Brahim Naït-Balk et de quelques chroniqueurs. C’était le 20 décembre 2010. Fabien, le « chroniqueur santé » (jeune, beau gosse, raffiné, en couple assumé et discret, visiblement plutôt passif sexuellement), a avoué ouvertement à l’antenne que l’un de ses fantasmes sexuels secrets était de « violer une femme ». Quand il a prononcé cette phrase hallucinante (que personne n’a relevée, sauf moi évidemment… et Sylvain, le chroniqueur de la « revue de presse », qui m’a instantanément fixé droit dans les yeux, bouche bée, en étant sur le point de dire en me pointant du doigt : « C’est fou… Ce fantasme de viol chez les homos, c’est exactement ce qu’a décrit Philippe dans des émissions précédentes ! Avait-il finalement raison ?!? »). Je pense, connaissant Fabien, que ce n’était de sa part que l’expression d’un fantasme non-actualisé (j’ose espérer, et je n’en doute pas, car ce garçon est l’exemple même de la mesure et de l’homosexualité clean). Mais en revanche, ce fantasme doit être certainement actualisé par des personnalités moins équilibrées que Fabien, et de manière beaucoup plus répandue qu’on ne le croit dans la communauté homosexuelle. Ce n’est pas pour des prunes que j’écris noir sur blanc dans mes essais que le désir homosexuel est par nature le signe d’un viol parfois réel ou en tous cas un fantasme de viol (dans le double sens de l’expression : fantasme de violer ou/et fantasme de violer).

 

J’ai remarqué que les vrais violeurs homosexuels pouvaient être aussi bien sur-virils qu’hyper efféminés (Récemment, j’en ai croisés trois parmi mes connaissances homosexuelles lointaines – des hommes entre 25 et 35 ans – qui peuvent se montrer non seulement menteurs et langues de vipère, mais aussi menaçants et incontrôlables). Ils ont le visage crispé du sadomasochiste. Et je ne souhaite à personne de se retrouver nez à nez avec leur hystérie schizophrène inattendue…

 
 

c) Comment le sujet homosexuel en arrive-t-il à passer à l’acte odieux ?

VIOLEUR 5 Inconnu Nord

Film « Strangers On A Train » d’Alfred Hitchcock


 

Triste et désarçonnant constat : le violé devient parfois violeur. Par exemple, Diane de Margerie évoque le « désir d’agression » inhérent à la personnalité du romancier japonais Yukio Mishima (Correspondance 1945-1970 (1997), p. 22).

 

De récentes études canadiennes de criminologie prouvent qu’un des grands facteurs aggravants de récidive des viols est l’agression entre personnes de même sexe ; par exemple, les incarcérations en cas d’inceste ou de pédophilie entre personnes des sexes différents sont plus rarement répétées (sources données par le pédo-psychiatre Vincent Rouyer).

 

Force est de reconnaître qu’il existe très souvent un ambigu rapport idolâtre d’attraction-répulsion, d’imitation (involontaire ?), d’amour, entre la victime et son agresseur. Le désir d’être violeur a pu être précédé par le désir d’être violé (cf. je vous renvoie évidemment la partie « Désir de viol » du code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) :

 

« Coco [travesti M to F], à la sortie de la gare, indiqua une pissotière.

– ‘Celle-là fonctionne très bien. Des mecs à perdre la tête. Maintenant, une fois sur deux, on te vole ou on te tue.

Mais on te viole d’abord au moins ? s’inquiéta Paquito.

Oui, parfois », le rassura Coco en souriant avec sa dentition canine impeccable. »

(Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 94)

 

Pourquoi ne parle-t-on quasiment jamais des violeurs homosexuels réels ? Parce qu’en cas d’agression, en général, le violeur, pour jouer au dur, cache son orientation bisexuelle ou homosexuelle qui le désignerait comme faible, blessé ou semblable à sa proie : « La plupart des agresseurs auraient tendance à se définir comme hétérosexuels exclusifs et s’avèreraient, de surcroît, homophobes » (p. 108) explique Michel Dorais dans son essai Ça arrive aussi aux garçons (1997). Et dans leur naïveté, la plupart de leurs victime croient leurs violeurs sur parole, validant intérieurement ainsi la possibilité de s’affirmer elles-mêmes homosexuelles par réaction d’opposition, par réflexe de survie : « La plupart des agresseurs sont décrits par leurs victimes comme étant ou s’affirmant d’orientation hétérosexuelle, quelquefois bisexuelle, très rarement homosexuelle. » (idem, p. 73)

 

Aussi incompréhensible que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles sont fascinées par leur violeur et justifient le viol : « Les violeurs, loin d’être des monstres ou des fous mus par une pulsion sexuelle irrépressible, sont des hommes normaux ayant parfaitement intégré les modèles érotiques. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), p. 23) ; « Il croyait que j’avais peur. Ce qu’il me proposait m’allait très bien. […] Je me sentais bien, bizarrement bien, et je ne luttais pas contre ce bien-être. » (Abdellah Taïa parlant de son violeur, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 15-17) ; « J’aimais Chouaïb. À présent, je l’admirais. » (idem, p. 26) ; « Il ne faut pas punir J. » (Gilles justifiant son violeur, dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 177) ; « J’ai été victime d’un viol à Marseille, tard dans la nuit. Je n’aime pas le simplisme d’un certain féminisme qui déclare que tout viol est une chose atterrante… Je serai même assez affreux pour dire que je l’ai bien vécu… C’est-à-dire que j’ai compris de quelle misère était fait cet Arabe qui m’a coincé dans un coin. C’est comme si c’était une mauvaise drague qui avait mal tourné. Je n’ai pas porté plainte contre lui. Non, j’ai causé avec lui. On est même allé boire un verre après (rire)… J’ai offert une bière à mon violeur. » (idem, pp. 182-183)

 

Il arrive que l’individu homosexuel cherche à imiter son violeur, et qu’il décide de le violer à son tour, en baptisant leur relation d’« amoureuse ». Comme s’ils étaient tous les deux quitte ! Leur union serait « égalitaire dans la violence », ré-équilibrée par le viol et une « bonne correction », en commémoration du passé : « Il fallait, à tout prix, que je me persuade, que j’étais l’homme au même titre que le père Basile [le prêtre pédophile qui l’a violé] ou mon initiateur et que, partant de ce principe, je pouvais jouer le rôle du preneur. » (Berthrand Nguyen Matoko, très longtemps strictement « passif » sexuellement, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 119) Il y a comme une conjuration trouvée dans la reproduction du viol : « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta)

 

On retrouve à ce titre la reproduction du schéma violeur/violé chez beaucoup de couples homosexuels existants (la tapette/le moustachu ou l’actif/le passif du côté des hommes gays ; la fem/la butch du côté des femmes lesbiennes) : « masculin = actif = violeur = pénétrer = appropriant = dominant ; féminin = passive = violée = dominée = trou = appropriée » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988, p. 196)

 

Même si ce n’est absolument pas systématique, certaines personnes homosexuelles peuvent parfois reproduire le viol qu’elles ont jadis subi. Par exemple, dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, de nombreux témoignages (qui par ailleurs remettent en cause l’adage « Qui a été abusé abusera ») illustrent que des jeunes hommes jadis violés ont violé à leur tour : « Dès qu’ils sentent qu’ils peuvent être les plus forts, certains garçons victimes d’agressions physiques ou sexuelles vont tenter de rejouer la même scène traumatique à leur tour, en inversant les rôles. » (pp. 57-58) C’est parfois avec horreur que certains individus homosexuels découvrent qu’ils peuvent reproduire inconsciemment ce que pourtant ils ont détesté chez leur agresseur, comme c’est le cas de Denis, 31 ans, victime d’abus à l’âge de 8 ans, et qui a abusé de son petit cousin une fois arrivé à l’âge adulte : « D’avoir abusé de quelqu’un, c’est encore ça le plus gros, même aujourd’hui. Plus que l’abus que j’ai subi. » (Denis, idem, p. 160). Un autre témoin homosexuel, Paul parle d’« imaginer, fantasmer le viol, quand il prend quelqu’un en stop. Des fois. La discussion sur les dangers du stop… » (idem, p. 186).

 

À Liège (Belgique), en juillet 2012, Raphaël Wargnies, 35 ans, a assassiné à coups de marteau un homme dans un jardin public. Interpellé aussitôt, il a reconnu les faits, et a expliqué avoir été violé par un homosexuel dans le même parc un an plus tôt, à l’été 2011. Aux États-Unis, le 26 août 2015, Vester Flanagan, 41 ans, a tué la journaliste Alison Parker, 24 ans, et son caméraman Adam Ward, 27 ans, alors qu’ils intervenaient en direct dans le cadre d’une émission matinale de la chaîne WDBJ7. Flanagan a lui-même filmé la tuerie avant d’en poster des extraits sur les réseaux sociaux, en soutenant qu’il avait été discriminé en raison de sa couleur de peau et de son orientation homosexuelle. Poursuivi par la police, il s’est suicidé quelques heures plus tard.

 

Et quand son amant ne lui a rien fait, le violeur homosexuel décide parfois de le punir de sa/leur fragilité, de sa complicité à se laisser dominer par lui. Le pire, c’est que dans toute sa schizophrénie, il trouve souvent le moyen de s’auto-victimiser pour nier qu’il fait le mal. Il ne viole pas par gaieté de cœur, vous comprenez… Il fait ça par « sacrifice d’amour », parce que c’est sa victime qui le lui aurait demandé… Ou bien il survalorise l’individu qu’il a violé, en lui inventant une liberté, une maturité, un consentement, un désir, une liberté et des sentiments qu’il n’a vraisemblablement pas (genre : « Il n’ose pas me le dire, mais je suis persuadé qu’il a aimé ça ! Je suis sûre qu’il est fou de moi… » ou « Il est très mûr pour son âge ; et puis en plus, il était d’accord ! ») : « Les despotes n’exigent pas seulement qu’on leur obéisse corps et âme. Ils exigent aussi d’être aimés de ceux qu’ils brisent. » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), p. 160) L’enfer est pavé de bonnes intentions amoureuses. N’oublions jamais.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

Le mot « Homophobie » à la place de la reconnaissance du viol

Le gros problème en ce moment dans les discours habituels sur l’homosexualité, c’est qu’on se focalise sur le terme « homophobie » pour ne pas parler du viol… alors que pourtant ces deux mots sont synonymes ! La grande majorité des personnes homosexuelles les ont opposés, ont mis l’un pour l’autre, afin que le vocable « homophobie » serve de cache-misère à ce qu’il prétend pourtant très sincèrement dénoncer. « Homophobie » est devenu avec le temps un mot magique qui vaudrait comme un argument indiscutable, un idole qu’on ne veut pas analyser. Il est une glorification (de l’agresseur ou de la victime) ou une sacralisation des intentions (de l’agresseur ou de la victime) plutôt qu’une reconnaissance des faits et de l’universalité de toute violence humaine.