Archives par mot-clé : crime

Code n°38 – Couple criminel

couple criminel

Couple criminel

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Associés amoureusement pour le crime

 

Photo de Pierre et Gilles

Photo « Les Pistolets » de Pierre et Gilles


 

Certains ne voudraient voir dans le couple homo qu’amour, petits cœurs, convivialité, et normalité. C’est mal connaître les couples homosexuels fictionnels, davantage réunis pour le sexe pur et dur et dans le crime (… et le camouflage de ce crime) que pour une noble cause. Les duos homosexuels braqueurs de banque, organisateurs de hold-up, malfrats recherchés par la police tels des nouveaux Bonnie & Clyde, meurtriers machiavéliques complotant contre ceux qui empêcheraient leur amour, tueurs de bébés et de personnes âgées, sont légion dans les œuvres homosexuelles, et disent quelque chose de la force de la médisance et de destruction que certains couples homos réels déploient envers eux-mêmes et leur société.

 

En effet, les unions homosexuelles ne se contentent pas de se faire du mal en interne. Le rejet de la différence des sexes en leur sein a forcément des implications concrètes dans leur rapport aux autres, aux enfants, aux femmes et aux hommes. La différence des sexes concerne et permet toute vie sociale humaine. Le rejet, en amour, de la différence des sexes, aussi. Et comme le rejet de la différence des sexes équivaut au rejet de toute vie humaine, le couple homo en tant que pratique aboutit systématiquement, à plus ou moins long terme, à des violences que le fait de les faire à deux et amoureusement atténuera dans l’esprit des amants homosexuels.

 

Film "Les Diaboliques" d'Henri-Georges Clouzot

Film « Les Diaboliques » d’Henri-Georges Clouzot


 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Voleurs », « Amant diabolique », « Doubles schizophréniques », « Homosexualité noire et glorieuse », « Mort = Épouse », « Liaisons dangereuses », « Reine », « Solitude », « Adeptes des pratiques SM », « Témoin silencieux d’un crime », « Défense du tyran », « Homosexuel homophobe », « Homosexuels psychorigides », « Super-héros », « Violeur homosexuel », « Symboles phalliques », « Parricide la bonne soupe », « Tout », « Voyage », et à la partie « Cowboy » du code « Don Juan », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 

FICTION

 
 

Film "La Corde" d'Alfred Hitchcock

Film « La Corde » d’Alfred Hitchcock


 

Le couple homosexuel fictionnel s’unit très souvent dans le crime : cf. le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques », 1942) de Luchino Visconti, le film « PuPu No Monogatari » (1998) de Kensaku Watanabe, les films « La Corde » (1948) et « L’Inconnu du Nord-Express » (1951) d’Alfred Hitchcock, le film « Guns 1748 » (1999) de Jake Scott, le film « Switchblade Sisters » (1975) de Jack Hill, le film « Frisk » (1995) de Todd Verow, le film « Jeff » (1968) de Jean Herman, le film « Reptile » (1970) de Joseph Mankiewicz, le film « The Maids » (1975) de Christopher Miles, le film « Les Abysses » (1962) de Nico Papatakis, le film « Piège mortel » (1982) de Sidney Lumet, le film « Friends And Family » (2001) de Kristen Coury, le film « Association criminelle » (1955) de Joseph H. Lewis, le film « Cent mille dollars au soleil » (1963) d’Henri Verneuil, le film « Swoon » (1992) de Tom Kalin, le film « J’ai pas sommeil » (1993) de Claire Denis, le film « Vies brûlées » (2000) de Marcelo Piñeyro, le film « Les Diaboliques » (1954) d’Henri Georges Clouzot, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Thelma et Louise » (1991) de Ridley Scott, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie (avec le meurtre parricide), les films « Swimming Pool » (2002) et « Amants criminels » (1998) de François Ozon, le film « Collateral » (2004) de Michael Mann (avec Vincent et Max), le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Appointment With Crime » (1946) de John Harlow, le film « Diabolique » (1995) de Jeremiah Chechick, le film « Le Génie du mal » (1959) de Richard Fleischer, le film « Week-end pour Helena » (1970) de Julio Diamante, le film « Tueurs fous » (1972) de Boris Szulzinger, le film « La Sentinelle des maudits » (1977) de Michael Winner, le film « By Hook Or By Crook » (2001) d’Harry Dodge et Silas Howard, le film « Fun » (1994) de Rafal Zielinski, le film « O Corpo » (1991) de José Antonio García, le film « Butterfly Kiss » (1995) de Michael Winterbottom, le film « Les Blessures assassines » (1999) de Jean-Pierre Denis, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie (avec Steve et Rémi), la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet, le vidéo-clip de la chanson « Addicted To Love » d’Avicii (avec le couples de lesbiennes-gangsters), le vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer (avec les jumelles tueuses), le film « Baise-moi » (2000) de Virginie Despentes, le film « The Living End » (1992) de Gregg Araki, le film « La Cérémonie » (1995) de Claude Chabrol (avec Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert en meurtrières d’une famille de bourgeois), le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa (avec Omar et Khalid planifiant la mort du second), le film « Dérive » (1983) d’Amos Guttman (avec Ilan et son amant), le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa (avec Steven et Phillip, les amants-gangsters), le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, le film « Dinero Fácil » (« Argent facile », 2010) de Carlos Montero Castiñera, le film « Una Noche » (2012) de Lucy Molloy (avec Elio et Raul, recherchés par la police), le film « Benzina » (« Gazoline », 2001) de Monica Stambrini (avec le couple lesbien enchaînant les meurtres), le film « Dirty Love » (2009) de Michael Tringe, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Priscilla, folle du désert » (1992) de Stephan Elliott, le film « Tan De Repente » (2002) de Diego Lerman, le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian clavier (avec le vol d’enfant dans un orphelinat), le film « La Virgen De Los Sicarios » (« La Vierge des tueurs », 2000) de Barbet Schroeder, le vidéo-clip de la chanson « All About Us » de Tatu, la chanson « Beautiful Killer » de Madonna, le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani (avec le voyage vers Kojoor en taxi entre Adineh l’héroïne transsexuelle F to M voleuse et Rana la femme mariée), le vidéo-clip de la chanson « Addicted to you » d’Avicii, etc.

 

 

Le couple homo meurtrier est d’abord une rumeur (de pédophilie, de trafic de drogues, de libertinage, d’assassinat, etc.) : « Je parie que toi et Peggy, vous faites des trucs aux gosses… » (Santiago s’adressant à Doris la lesbienne et sa compagne, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Je crois que vous êtes malades toutes les deux. » (Nina l’héroïne lesbienne se faisant manipuler par le couple lesbien Vera/Lola, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Un gay, c’est ennuyeux. Deux, c’est un appel au meurtre. » (Eytan, un des élèves gays du lycée, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

Mais bien souvent, la rumeur est avérée. Par exemple, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1990) de Copi, Mime et Fifi, deux travelos clochards, étranglent un pédé dans une vespasienne. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Ody et son frère Dany rentrent avec un flingue dans une villa bourgeoise pour y semer la terreur. Dans le film « Drool » (2008) de Nancy Kissam, le mari est tué par le couple de lesbiennes. Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, pour une question d’argent, les deux lesbiennes Lucie et Léonore collaborent en cachant une escroquerie dans le milieu artistique. Dans le film « Bayaw » (2009) de Monti Parungao, Rhennan est témoin de la mort accidentelle de Pia, tuée par Nilo. Dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, les vols et les crimes du père, Enrique, font miroir à la transsexualité de son fils M to F Michael. Dans le film « Notre Paradis » (2011) de Gaël Morel, Vassili, ancien escort boy sur le retour, et son jeune amant Angelo, jeune prostitué, s’aime et se servent l’un de l’autre comme appât pour agresser des vieux. C’est exactement le même fonctionnement de « couple » qu’on observe entre Henri et Jean dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau : les deux amants vivent leur idylle sous forme de vengeance et de règlement de comptes. Dans le roman La Douceur (1999) de Christophe Honoré, Steven a 11 ans lorsque, envoûté par Jeremy, un des camarades de colonie de vacances, il se laisse entraîner dans la complicité d’un crime d’une barbarie insoutenable sur un autre enfant du camp. Dans le film « Joe + Belle » (2011) de Veronica Kedar, c’est l’escapade israélienne de deux amantes cherchant à échapper à la police et à se débarrasser d’un corps. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Peggy et Doris la lesbienne tuent le vieux Douglas à coups de marteau : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ?!? Je l’ai tué !!! » s’écrit Peggy. Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, le « couple » des deux mamies Stella/Dotty prend la fuite de la maison de la retraite pour se marier clandestinement, en toute liberté. Dans le film « Monster » (2003) de Patty Jenkins, les amantes lesbiennes Selby et Aileen tuent des hommes pour se venger des violences qu’ils leur ont fait subir. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, raconte comment il est sorti avec un certain Fabrice, un « escroc qui l’a ruiné après lui avoir fait vivre une vie de « princesse » : « Il s’est tiré avec la caisse. Plus rien. Une princesse déchue. » Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, fait équipe avec sa mère, pour chiper dans les magasins, agresser les autres, fumer ensemble, faire des conneries : « On va faire équipe, nous deux. » (Steve s’adressant à sa mère) Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie et Ruth maquillent le meurtre du mari de la seconde, Bennett. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel joue aux Cours Florent le rôle de Lorenzaccio tuant son amant Alexandre. Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, les deux amantes lesbiennes, Marilyn et Mona, fuient ensemble l’homicide involontaire que Mona a commis sur sa belle-mère. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol et Thérèse partent en vadrouille, Carol avec un flingue dans son sac.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas et Nathan forment un couple dangereux. Nathan empoisonne ses clopes pour rendre malade un de ses camarades de classe homophobe. Et il flirte tellement avec le danger qu’il s’embarque dans une voiture d’un prédateur sexuel à la sortie d’une boîte, et personne ne le reverra plus jamais. À l’âge adulte, Jonas, pourtant le garçon sage à l’adolescence, est devenu un vrai junkie : il est amené au poste de police pour avoir déclenché une baston dans un club gay, The Boys. Il pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, et le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. Si je reviens et que tout le monde est mort, et que t’as buté tout le monde, on fait comment ? » Il enfreint toutes les règles et fume dans sa chambre d’hôtel. Les deux amants sont finalement devenus des bad boys au contact l’un de l’autre.
 

Les deux membres du couple homosexuel fictionnel semblent tirer de l’extériorisation criminelle de leur ennui « conjugal » une excitation, une jouissance quasi sexuelle qui les confortent dans l’idée qu’ils sont faits l’un pour l’autre, qu’ils constituent un duo de choc éternel, à la Bonnie & Clyde, qu’ils sont capables d’un grand sacrifice d’amour : « Nous avons été cruels et nous avons été splendides. » (Dorian Gray s’adressant à son amant Basile, suite à la mort de Sybil Vane qui s’est suicidée parce que Dorian l’a répudiée, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Et vous saurez d’emblée qu’il s’agit d’un roman policier, qu’il y a plusieurs crimes et deux coupables mais pas de police (je n’aime pas ça dans les romans policiers) donc, pas de châtiment. » (Copi, Le Bal des Folles (1977), p. 21) ; « Nous sommes unis comme un vieux couple. Pour le meilleur… après le pire. » (Lacenaire s’adressant à son acolyte Avril, associé dans le crime, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; « Mama, I’m in love with a criminal, and this type of love is irrational, is physical. » (cf. la chanson « Criminal » de Britney Spears) ; « Nous sommes des dieux, Scrotes, et ces deux jeunes hommes sont nos jouets. » (Anthony s’adressant à son amant, par rapport au jeune couple homo naissant Jim/Doyler, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « C’est un genre de Bonnie & Clyde version Clyde & Clyde… » (Georges, le policier parlant du « Gang des Fleuristes » cambrioleurs qui n’est autre que le couple d’amants formé par Bart et Hugo, dans l’épisode 272 de la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1 le 20 août 2018) ; etc.

 

Film "Thelma et Louise" de Ridley Scott

Film « Thelma et Louise » de Ridley Scott

 

Et le pire, c’est que certains réalisateurs gays friendly ou homosexuels essaient de nous faire croire en la « beauté » du cynisme, du désespoir, de la folie meurtrière, de l’enchaînement tragique, de ce couple homosexuel uni dans la mort. Par exemple, dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Lucien et son amant Kyril (qu’il surnomme « mon poussin »), fomentent toute une entreprise de foutage de gueule autour de la fausse chanteuse Marguerite.

 

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Film "Benzina" de Monica Stambrini

Film « Benzina » de Monica Stambrini


 

L’expulsion, en amour et en sexualité, de la différence des sexes porte en germe une réelle violence à l’intérieur des « couples » homosexuels et à l’extérieur d’eux. L’acte homosexuel louvoie avec l’homophobie et un engrenage parfois criminel qui semble dépasser les sincérités des deux personnes qui se sont mises d’accord pour le poser. « J’y suis allé pour avoir du sexe avec les hommes. C’est la première chose que j’ai faite. Donc ce gars avec qui j’avais chatté un temps sur Internet était de Flint, dans le Michigan. C’est là-bas que j’ai perdu ma virginité. La capitale mondiale des assassinats, c’est de notoriété publique [rires] [. [ » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) Je vous renvoie par exemple à l’histoire vraie (qui a inspiré le film « Monster ») du « couple » lesbien Aileen Wuornos/Tyria Moore en 1987 aux États-Unis.

 


 

On retrouve quelques sombres affaires de crime dans lesquelles des amants homosexuels ont trempé. Par exemple, en 1924, le couple d’amants Nathan Leopold et Richard Loeb (qui inspira le film « La Corde » d’Alfred Hitchcock en 1948) assassina un jeune homme et justifia son crime par une théorie nietzschéenne sur l’Homme supérieur. En 1968, Ramón Novarro fut assassiné par deux frères (Bert et Daniel) qu’il connaissait déjà et qu’il avait payés pour venir chez lui avoir des relations sexuelles. En 1998, aux États-Unis, Aaron McKinney et Russell Henderson, les assassins de Matthew Shepard, prétendument « hétéros », se sont faits passer pour un « couple gay » dans les toilettes du bar Fireside auprès de Matthew, homosexuel déclaré, avant de l’embarquer dans leur camionnette pour le draguer et l’assassiner. Je pense également, en 2019, à ce crime passionnel entre amants dans le Val-de-Marne.

 

Ces faits divers pourraient être rangés dans le dossier des anecdotes, pourraient paraître isolés et peu représentatifs de l’ensemble des couples homosexuels qui, pour la plupart, n’aspirent à faire de mal à personne et ne sont pas impliqués dans des affaires de mœurs aussi grave. Mais je crois que ce code s’adresse précisément aux unions homos en apparence inoffensives, rangées, douces, fidèles, « intégrées » socialement, car même si « le couple homosexuel criminel » reste avant tout un cliché non-actualisé, il dit quelque chose de la violence et de la nuisance réelles qui se vivent dans tout « couple homo »… et cette violence ressurgit en agressivité, en infidélité, en prostitution, en vol, en humiliation, en militantisme agressif, en injures, en boulimie de « droits LGBT » et de lois qui pour le coup justifient des crimes réels. Ceci est d’autant plus vrai depuis l’approbation du « mariage pour tous » dans certains pays, car cette loi ouvre à la PMA (Procréation Médicalement Assistée) et la GPA (Gestation Pour Autrui), donc au tri d’embryons surnuméraires, au meurtre d’enfant ou de parents, à la création d’orphelins.

 

Par exemple, lors de sa conférence sur « L’homoparentalité aux USA » à Sciences-Po Paris le 7 décembre 2011, l’avocat Darren Rosenblum raconte comment lui et son copain ont obtenu une enfant par GPA. En l’écoutant, on dénotait dans son discours la culpabilité d’être objectivement dans l’illégalité. Ils habitent actuellement dans le Marais, mais gardent le secret sur la GPA : « J’ai un peu peur d’être maltraité par les gens au moment où je suis avec ma fille. » Ils sont peu fiers du crime symbolique et réel qu’ils ont opéré sur la mère de « leur » petite fille.

 

Des lois comme le PaCS (Union civile) ou « le mariage pour tous », par la justification de l’expulsion de la différence des sexes qu’elles imposent à l’ensemble d’une société, diffusent une inhumanité qu’il convient de prendre très au sérieux.

 
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°90 – Homosexuel homophobe (sous-code : Frère homophobe)

Homosexuel homophobe

Homosexuel homophobe

 

 

 

Vous pouvez retrouver un autre éclairage détaillé sur l’homosexualité homophobe dans mon essai Homosexualité sociale (décembre 2008), dans L’homophobie en vérité (septembre 2013), ainsi que dans l’un des articles les plus importants de ce site, intitulé Le Phil de l’Araignée « On n’a rien compris à l’homophobie…« . Et pour les plus pressés ou paresseux, reste ma conférence lyonnaise sur l’homophobie, qui a été plébiscitée par tous les gens présents.

 
 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Voici un scoop sur l’homosexualité qui, par les temps qui courent, fera certainement pousser des hauts cris du côté des militants homosexuels, mais que je vais essayer de vous expliquer ici : LE DÉSIR HOMOSEXUEL EST HOMOPHOBE. Je ne dis pas simplement qu’il provient de l’homophobie, ou qu’il attise l’homophobie. Je dis carrément qu’il EST, par nature, homophobe. Et que tant qu’on s’obstinera à ne pas percevoir cela, on se rendra compte que les attaques homophobes iront crescendo avec la soi-disant montée sociale de tolérance gay friendly.

 

Alors en guise de prélude pour vous expliquer dans quel obscurantisme et quel degré d’aveuglement sur l’homosexualité la communauté homosexuelle est tombée, je vais vous citer les 3 idées reçues qui reviennent le plus fréquemment lorsqu’on aborde le thème de l’homophobie homosexuelle, et sur lesquelles les personnes homosexuelles et bisexuelles butent, autant par mauvaise foi que par ignorance :

 

1 – « Le désir homosexuel est toujours positif, aimant, et en faveur de lui-même. »

2 – « Une fois qu’on a fait son coming out, qu’on s’assume en tant qu’homo, et qu’on est « bien casé« , on ne peut plus être homophobe. »

3 – « Il n’y a que les personnes hétéros, ou les personnes homos qui n’ont pas encore accepté leur homosexualité, qui peuvent être homophobes. » (il existe une version soft et plus hypocrite de la n°3, concoctée par ceux qui veulent bien reconnaître le phénomène de l’homophobie intériorisée mais pour mieux le minorer par rapport à la supposée homophobie hétérosexuelle : « Les hétéros homophobes sont quand même largement plus nombreux que les homos homophobes. »)

 

Ces trois idées reçues – qui sont pour moi d’une bêtise monumentale – ont la dent dure dans la communauté homosexuelle et dans notre société. En plus de ne pas se fonder sur la réalité, elles empêchent la grande majorité des personnes homosexuelles de comprendre vraiment les agressions homophobes, d’y remédier, et de reconnaître les fonctionnements violents et paradoxaux du désir homosexuel.

 

Le code « homosexuel homophobe » est l’un des plus importants de ce Dictionnaire des Codes homosexuels, car il renvoie à la nature profonde du désir homosexuel, et à la définition de l’homophobie : le désir homo est un élan idolâtre, à la fois pour et contre lui-même, qui traduit plus un manque ou une faiblesse du désir, qu’un désir plein, fort, positif, et ancré dans le Réel. C’est cette assise du désir homosexuel dans le monde du fantasme déréalisant bien plus que dans celui du Réel qui crée en la personne homosexuelle un écartèlement, une division, une schizophrénie, une haine inconsciente de soi, un tiraillement qui peut ressortir en homophobie : les sujets homosexuels en général s’adorent ou se détestent… mais en tout cas ne s’aiment pas. Et il s’avère que dans les fictions, comme parfois dans leur quotidien, cette haine de soi se traduit chez eux par une persécution de leurs pairs homosexuels : les anciens casseurs de pédé se disent homos quelques années plus tard (cette homophobie – la plus connue – s’appelle l’homosexualité latente refoulée, ou homophobie intériorisée), ou bien les « nouveaux pédés » (les born again), croyant s’assumer pleinement homos mais incapables de regarder en face la nature duelle semi amoureuse semi violente de leur désir homosexuel, redeviennent les persécuteurs « hors-milieu » et anti-homos qu’ils avaient été, notamment avec leurs amants successifs. Actuellement, c’est la thèse du refoulement/refus de l’homosexualité qui est communément admise en ce qui concerne l’homophobie. Mais plus complète et responsabilisante me semble celle de la justification aveugle du désir homo en tant qu’identité éternelle et en tant qu’amour.

 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Androgynie bouffon/tyran », « Liaisons dangereuses », « Hitler gay », « Milieu homosexuel infernal », « Violeur homosexuel », « Méchant pauvre », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Homosexuels psychorigides », « Défense du tyran », « Témoin silencieux d’un crime », « Poids des mots et des regards » et la partie « L’homo combatif face à l’homo lâche » dans le code « Faux révolutionnaires », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

1 – PETIT « CONDENSÉ »

Le désir homosexuel, étant par nature une force éloignée du Réel puisqu’il rejette la différence des sexes (l’un des principaux rocs de la Réalité, et de l’origine de la vie), a du mal à se soutenir lui-même, à fonder des identités pleines et des amours durables, à ne pas se retourner contre lui-même à un moment donné parce qu’il fait machine arrière par peur d’accéder à la vraie Différence. C’est sans doute pour cette raison que l’essayiste nord-américain David Halperin écrit que l’homosexualité masculine ou féminine est « à la fois une identité homophobe en tant que totalisante et normalisatrice, et une identité dont toute négation et tout refus ne sont pas moins homophobes », et que sa revendication est « nécessaire mais politiquement catastrophique » (cf. l’article « Sociologie » de Jean-Manuel de Queiroz, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 380) Le désir homosexuel est un désir idolâtre, à la fois pour et contre lui-même, qui se déteste en même temps qu’il cherche à se dire avec fierté, qui a du mal à s’incarner, qui exprime la haine de soi en même temps qu’un trop-plein d’orgueil. Mais l’orgueil n’est pas autre chose qu’une blessure d’amour. Oui, je l’écris noir sur blanc : la spécificité du désir homosexuel, c’est d’être homophobe, c’est-à-dire contre lui-même. D’ailleurs, le terme « homophobie » – qui signifie littéralement « la peur du même » – ne pouvait pas mieux le démontrer !

 

HOMOPHOBE 1

Pièce « Somewhere in the Pacific » de Neal Bell


 

La communauté homosexuelle traque l’homophobie sans même s’être interrogée sur son sens profond, sur l’effet-miroir haineux dont elle est le témoin. « L’homophobie exprime une inquiétude face à l’autre indiscernable, équivoque, et dont les pratiques sont un peu les miennes. » (Frédéric Martel, Le Rose et le noir (1996), p. 444) Elle n’est qu’une haine de soi se traduisant parfois par une agression opérée sur les Hommes reconnus comme jumeaux de fantasmes (parfois actualisés). C’est sûrement ce qui fait dire aux personnages homosexuels du film « Les Garçons de la bande » (1972) de William Friedkin : « Si seulement nous pouvions ne pas nous haïr autant… C’est ça notre drame. » C’est une réalité difficilement audible dans nos sociétés contemporaines, mais qui s’impose à nous dans les faits : toutes les personnes homophobes sont homosexuelles/bisexuelles, et les personnes homosexuelles, très souvent homophobes. Cela se vérifie fréquemment dans les œuvres de fiction – le personnage persécutant le ou les homosexuel(s) se trouve être au final homosexuel lui aussi –, et parfois dans les faits. « À 16 ans, je cassais la gueule aux pédés. À 20 ans, je couchais avec. » (Jacques Nolot dans son film « La Chatte à deux têtes », 2002) ; « J’ai besoin de discrétion. » (Michel, le psychopathe homosexuel tuant ses amants dès qu’ils commencent à trop s’attacher, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie) ; etc. Par expérience, on découvre à maintes reprises que ceux qui traitent les personnes homosexuelles d’« obsédés, de malades, de pervers, de détraqués » (Sébastien, Ne deviens pas gay, tu finiras triste (1998), p. 60) sont à la fois homophobes et homosexuels. Il faut s’y faire au départ, mais une fois qu’on a compris cela, beaucoup de choses sur les mécanismes de la violence s’éclairent par la suite. Les individus homophobes sont finalement ceux qui reprochent aux personnes homosexuelles d’être homosexuels eux-mêmes. La personne homophobe et la personne homosexuelle se ressemblent dans la peur de leur ressemblance, et ne supportent pas de se renvoyer l’un à l’autre leur désir mutuel de mort. Les individus homophobes ont toujours d’excellents amis homosexuels, connaissent très bien le « milieu », disent ouvertement qu’ils ne sont pas homophobes/homosexuels, semblent trop au courant des pratiques homosexuelles et des blagues sur les pédés pour ne pas « en être ». L’Homme qui rejette l’homosexualité pour en faire une espèce humaine à part entière qui serait tout à fait lui ou pas du tout lui est le même qui, en croyant s’en débarrasser, l’intériorise.

 

Qui oblige les personnes homosexuelles à se cloîtrer dans la clandestinité ? Bien avant que ce soit « la société » qui les y ait contraints, c’est un mode de vie qu’elles ont elles-mêmes choisi. Qui pratiquent les sinistres outing ? Sûrement pas prioritairement « les hétéros homophobes ». Ceux qui outent les personnes homosexuelles sont les individus qui côtoient leurs bars, leurs réseaux Internet, leurs cercles amicaux ou amoureux, donc des personnes homosexuelles aussi. Qui critique le plus la visibilité homosexuelle à la télévision ou à la Gay Pride ? Qui empêche la communauté homosexuelle de se faire une place confortable dans la société et d’être forte ? Ses propres membres. « Comment y aurait-il un pouvoir gay ? Ils se détestent tous ! » ironise Frédéric Mitterrand (c. f. l’interview « Y a-t-il une Culture gay ? » dans la revue TÉLÉRAMA, n° 2893, le 22 juin 2005, p. 18). Ceux qui défendent la cause homosexuelle dans les media s’étonnent que les seules lettres d’insultes qu’ils reçoivent proviennent presque exclusivement de leurs frères communautaires : « Je ne pensais pas qu’il y avait autant d’intolérance chez les homos. Ils se plaignent à longueur de journée de ne pas avoir tel ou tel droit et ils ne sont même pas unis entre eux.[…] Les seuls papiers méchants que j’ai eus dans la presse, c’était dans la presse gay. Quand je suis sorti de ‘La Ferme’, j’ai eu 10000 lettres de fans, et six lettres d’insultes qui venaient toutes de gays. » (Vincent McDoom dans le magazine Égéries, n° 1, décembre 2004/janvier 2005, pp. 52-55) ; « David Berger récolte des menaces de mort. Selon lui, ces dernières émanent principalement d’homosexuels. » (la du documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc.

 

Par exemple, dans les années 1920-30 en Allemagne, alors que Magnus Hirschfeld lance une pétition pour l’abolition de l’article 175, des tracts distribués devant son domicile accusait : « Dr Hirschfeld : un danger public ». Il sera attaqué par un autre militant homosexuel, Benedict Friedlander, pour avoir attiré la pitié sur les homosexuels au lieu de défendre leur dignité.
 

Actuellement, les gens ne voient dans la figure de la personne homophobe que l’individu gay frustré, honteux, « follophobe », tristounet, frigide. Ils oublient d’inclure dans le portrait toutes les personnes homosexuelles « assumées », extraverties, tout sourire, chantant le bonheur d’être gay ou lesbienne. Par exemple, certains sujets homosexuels se plaisent à imaginer qu’« il n’y a pas plus lesbophobe qu’une lesbienne qui s’ignore » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 15). Qu’ils se détrompent. Il y a tout aussi lesbophobe qu’une femme lesbienne refoulée : une femme lesbienne qui croit se connaître par cœur et qui, du fait de s’étiqueter éternellement lesbienne, refuse de reconnaître qu’elle puisse un jour devenir lesbophobe. On observe à bien des occasions des personnes homosexuelles, jouant en temps normal les grandes tapettes ou les militants de la première heure, se métamorphoser sans crier gare en brutes épaisses détestant leur communauté d’adoption. Bien des personnes homosexuelles, en disant qu’elles s’assument à 100% en tant qu’« homos », rejoignent dans l’extrême les personnes homophobes qui nient en bloc leur homosexualité, puisqu’elles aussi essentialisent le désir homosexuel, se caricaturent, se figent en objet, et donc refoulent qui elles sont profondément. S’il arrive exceptionnellement que certaines personnes homosexuelles reconnaissent que leur désir homosexuel est en partie homophobe, c’est pour mieux se donner l’illusion que depuis leur merveilleuse conversion à la « cause gay », elles s’assument pleinement en tant qu’homosexuelles et que la triste page de leur passé homophobe est déjà bel et bien tournée. S’avouer « ex-homophobe », cela revient pour elles à combattre l’homophobie et à montrer patte blanche. Mais derrière la personne homosexuelle et agressivement fière de l’être se cache souvent une personne (ex)homophobe convaincue, qui affirme haut et fort que l’homosexualité est quelque chose de monstrueux ou de génial : cela dépend des époques, du sens du vent, et des caprices de son désir homosexuel.

 

Encourager socialement l’homosexualité, cela revient à encourager l’homophobie. Le mécanisme paradoxal et homophobe du désir homosexuel est particulièrement bien expliqué par Frédéric Mitterrand dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), quand il raconte comment lui et tant d’autres personnes homosexuelles connues (Pier Paolo Pasolini, Ramón Novarro, etc.) en sont arrivés à être persécutés et même tués par des amants homosexuels avec qui ils avaient été trop maternels, trop homosexuellement aimants : « Les plus graves menaces surgissent quand on est trop gentil ; le garçon est troublé, il s’expose à éprouver de la sympathie, il ne peut plus mépriser commodément. Si sa nature est franchement mauvaise, il peut prendre peur, s’enrager et devenir incontrôlable avec des pulsions de meurtre pour se débarrasser du gêneur qui a bousculé son équilibre et ses habitudes. […] Des Pelosi la grenouille, j’en ai croisé pas mal dans des endroits glauques à Paris. […] Je sais que je ne suis pas le seul à être hanté par ce crime et par tout ce qu’il laisse supposer. » (pp. 163-164) En effet, l’attaque homophobe survient si l’on traite l’homosexualité avec trop de complaisance, si non seulement on reconnaît son désir homosexuel mais en plus on s’y adonne. Ce sont ces pages qui devraient circuler dans les établissements scolaires pour la lutte contre l’homophobie ! La véritable homophobie, ce n’est pas uniquement être trop méchant envers les individus homosexuels : c’est aussi être trop gentil, trop peu exigeant et vrai. C’est pourquoi une société gay friendly et relativiste constitue une menace pour la communauté homosexuelle, tout autant qu’une société explicitement homophobe. « Aux États-Unis, à mesure que les gais et les lesbiennes réussissent à faire valoir leur droits, le nombre de meurtres homophobes semble augmenter en proportion directe. » (Louis-Georges Tin, Homosexualités : Expression/Répression (2000), p. 9) Au lieu d’applaudir ou de cracher sur les personnes homosexuelles, de leur distribuer les bons et les mauvais points, si nous réfléchissions à ce qu’est véritablement le désir homosexuel ? Un désir bassement humain, ni complètement mauvais ni tout à fait banal, parce qu’il est le signe de drames et d’une blessure à soulager.

 

Nous aurons, je crois, fait le premier grand pas contre l’homophobie le jour où nous comprendrons que, plus l’homosexualité sera tolérée socialement en tant qu’identité éternelle/idéal d’amour d’une part, et en tant que négatif parfait de l’homophobie d’autre part, plus la vraie homophobie s’accentuera. Non seulement les individus dits « hétéros » ne veulent aucun mal aux personnes homosexuelles, mais en plus de cela, à force de vouloir leur bonheur, l’écrivent parfois à leur place en ignorant totalement ce qu’elles vivent. C’est peut-être là leur seule homophobie : l’ignorance et l’indifférence sous couvert de respect des différences.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

FICTION

a) L’homophobie avant-coming out : Le personnage homosexuel est en réalité homophobe parce qu’il refoule son désir homosexuel :


 

Les exemples d’homophobes homosexuels ne manquent pas à travers les fictions. C’est le cas dans le film « American Beauty » (2000) de Sam Mendes (avec le père de Ricky, assassin du héros Lester parce que celui-ci l’attire), le téléfilm « Madame le Proviseur : Jardin privé » (2000) de Sébastien Grall (avec un cas de outing), le film « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti (avec une laborieuse acceptation d’homosexualité de la part du héros), le film « Urbania » (2004) de Jon Shear (avec le personnage très ambigu de Dean), le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon (dans lequel le meurtrier homophobe est finalement homosexuel), le film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould (où le prêtre persécuteur dévoile au final sa queue de loup homo !), le film « Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston (avec le Major Weldon, homosexuel très refoulé, qui finira par assassiner l’amant tant convoité), le film « En El Paraíso No Existe El Dolor » (1995) de Víctor Sacca, le film « Grande école » (2003) de Robert Salis (avec le personnage très ambigu de Louis-Arnault), le film « Antibodies » (2005) de Christian Alvart, le film « Merci… Dr Rey ! » (2001) d’Andrew Litvack, le film « Hôtel des Amériques » (1981) d’André Téchiné, le film « Like It is » (1998) de Paul Oremland (avec le personnage de Craig), le roman La Colmena (1951) de Camilo José Cela (avec Matiitas, l’homosexuel refoulé et assassin), la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas (où le gardien et le prisonnier jouent au chat et à la souris), le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló (où l’agresseur féminise Randy avant de lui pisser dessus), le film « Terminus paradis » (1998) de Lucian Pintilie, le film « Feux croisés » (1947) d’Edward Dmytryck, le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche, le docu-fiction « Dear Mister Gacy » (2011) de Svetozar Ristovski, le film « Rude » (1995) de Clément Virgo, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin (où criminalité et amour homosexuel s’unissent), le film « The Fan » (1981) d’Edward Bianchi, le film « De sang-froid » (1984) de Penelope Spheeris, le film « Contre-enquête » (1990) de Sidney Lumet, le film « Dirty Love » (2009) de Michael Tringe, le film « Edmond » (2005) de Stuart Gordon, le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le film « Les Lunettes d’or » (1987) de Giuliano Montaldo (avec le prostitué profiteur), le film « Cercle vicieux » (2001) de Gary Wicks (avec le tapin homo tueur), le film « Dafydd » (1993) de Ceri Sherlock, le film « L’Immeuble Yacoubian » (2005) de Marwan Hamed (avec le prostitué tueur), le roman Dix petits phoques (2003) de Jean-Paul Tapie (avec l’adjuvant Diaz qui extermine les homos parce qu’il n’a pas pu les conquérir), le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec Mary, la lesbienne homophobe), le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant (avec le personnage de Gregor), la chanson « J’ai tout aimé de toi » de Carmen Maria Vega, etc.

 

« Quoi qu’il y ait pu y avoir entre nous, c’est terminé ! » (Marie repoussant violemment son amante Ayla aux vestiaires de la piscine, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « Je suis pas un PD comme toi. Alors maintenant, tu ne m’approches plus. Si tu parles de ça, j’t’éclate la gueule ! T’as compris ou pas ? » (Selim menaçant son amant Victor, dans le téléfilm Fiertés de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018)
 

Par exemple, dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Kai, le héros homosexuel, n’arrive pas à faire son coming out à sa mère et à assumer son copain Richard (« Tu dormiras dans la chambre d’amis. On fera semblant d’être amis. »). Le secret qu’il entretient autour de son homosexualité est pointé du doigt comme le responsable de la mise en quarantaine de sa mère Junn en maison de retraite… alors qu’en réalité, c’est l’acte du couple homosexuel qui est responsable de l’isolement maternel. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah, l’odieuse amante de Charlène, n’assume pas leur relation. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien raconte à Rémi (qui tombe amoureux de lui) qu’il a déjà connu dans son adolescence une ou deux expériences de touche-pipi avec un mec, « la bonne vieille amitié amoureuse », mais que ce mec a fini casseur de pédés, et que cette curieuse métamorphose l’a dissuadé de suivre jusqu’au bout le chemin de l’homosexualité : « C’est quand même vachement déstabilisant. » Rémi, qui n’arrive plus à dissimuler ses sentiments à Damien dont il se dit éperdument amoureux, continue à se dire « hétéro » : « J’t’arrête tout de suite. Je suis pas une tarlouze ! » À la fin, il persiste dans son discours d’ouverture/indéfinition bisexuelle homophobe : « Je ne suis même pas homo. Il y a deux ans, j’ai juste aimé follement l’homme de la vie de l’ancienne femme de la mienne. Depuis, tout est rentré dans l’ordre. »

 

Il arrive très souvent que les personnages homophobes soient présentés comme des homosexuels refoulés, haineux d’eux-mêmes depuis longtemps. « T’étais anti-gays au lycée. Même avec moi… » (Schmidt s’adressant à son meilleur ami Jenko, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; « Scrotes, pourquoi insistez-vous sur le fait que je me méprise moi-même ? » (Anthony, le héros homosexuel s’adressant à son amant, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Je ne suis pas comme toi. Ce baiser, c’était juste pour essayer. Je suis pas homo ! » (Louis s’adressant à son amant Nathan, dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel) ; etc. Par exemple, dans le film « Qui a envie d’être aimé ? » (2010) d’Anne Giafferi, les rappeurs qu’écoute Antoine sont définis comme « des mecs qui s’enculent et niquent leur mère ». Qui tue Sébastien à Cabeza de Lobo dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz ? Non pas « les hétéros », mais ses anciens amants homos. Mankiewicz n’est pas le seul auteur homosexuel à décrire le cercle des prétendants homosexuels comme des brigands. Dans sa chanson « Boomerang », Étienne Daho parle du « gang » de ses amants. Un gigolo tue son client dans le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing a appelé la police pour cambriolage : en réalité, il s’est fait voler par un jeune amant, Murray, dans son domicile. Dans le film « L’Appât » (1975) de Peter Patzak, l’homosexuel est assassiné par son prostitué. Le protagoniste homo du film « Le Quatrième homme » (1983) de Paul Verhoeven détrousse des hommes gays dont il sait qu’ils ne porteront pas plainte. Dans le film « Seul avec Claude » (1992) de Jean Beaudin, un tapin se livre à la police après avoir assassiné son amant. Dans le film « Maurice » (1987) de James Ivory, le prostitué homophobe trahit le très homosexuel Vicomte Risley en l’attirant dans un guet-apens après l’avoir dragué. Dans le film « Minuit dans le jardin du bien et du mal » (1997) de Clint Eastwood, Jim Williams finit par assassiner un amant gigolo qui lui demandait toujours plus d’argent. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, les flics profitent de leur autorité pour arrêter des travelos pour que ces derniers les sucent ; et pendant tout le film, un serial killer se venge et tue les hommes avec lesquels il « baise » parce qu’il ne supporte pas d’éprouver pour eux du désir : « Tu m’as forcé à faire ça ! » Dans le film « 7e Ciel » (2013) de Guillaume Foirest, « Sofiane est homosexuel et homophobe, un jour racaille, un soir pédé, un peu perdu » (dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 56). Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Frank le mari de Ruth l’héroïne lesbienne, particulièrement hostile à l’union de sa femme avec Idgie la sauvageonne, est paradoxalement décrit comme un homosexuel : « J’lui trouve l’air tapette. Il paraît que tous ces messieurs en Georgie sont du genre folles tordues. » (Grady) Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le « syndrome John Travolta » est le nom donné au pédé honteux qui ne s’assume pas. Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus identifie l’insulte « pédé ! » comme la preuve de l’homophobie : « ’Pédé’ ! C’est pas de la frustration sexuelle, ça ? » Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, réagit un peu de même : « J’ai jamais aimé ce mot ‘pédé’. C’est un peu moche, brutal, dur, carrément méprisant. Ça m’agresse. » Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Martin, le héros hétéro homophobe, qui met la pression à Simon et le fait chanter sur son homosexualité afin d’obtenir les faveurs d’Abby (une pote de Simon), a tout l’air de l’homosexuel refoulé : à un bal masqué, il se travestit en femme et porte une robe ; il propose à Simon de « rester dormir chez lui » ; plus tard, il feint de se couper un doigt avec une feuille ; et enfin, à l’issue du film, il déclare sa flamme à Simon pour le piéger : « Simon, c’est moi, je suis Blue [pseudonyme secret de l’amant que Simon attend]. Je t’aime. »

 

Souvent, les héros homosexuels ont des démêlés avec des prostitué(e)s qu’ils essaient de convertir à l’ « amour (homo) » : « Nous sommes des victimes désignées. Et nous avons affaire à de véritables professionnels. D’abord ils nous disent qu’ils ont 20 ans et puis, ils nous volent. Et alors seulement ils nous montrent leur carte d’identité. Et naturellement nous ne pouvons pas porter plainte qu’en prenant le risque d’être poursuivis et arrêtés pour incitation de mineurs à la débauche. » (Jean Desailly, homme riche dévalisé par un tapin dans le film « Un Flic » (1971) de Jean-Pierre Melville) ; « Si j’étais capable, je draguerais tous les soirs. […] C’est vraiment juste quand je drague que je me sens en vie. C’est effrayant comment je me sens quand je sors. Je suis vraiment fou. Je deviens électrisé. Sauf que moi c’est dangereux. J’ai un de mes amis qui s’est fait poignarder dans sa douche. […] Je me fais voler en permanence dans mon appartement. Les gars partent avec mes disques, mes bouteilles de vin, ma montre. » (Claude dans le film « Déclin de l’empire américain » (1985) de Denys Arcand) ; « Dire qu’il y a des folles qui ont peur de draguer dans la rue et se font voler ou massacrer par des gigolos qu’ils ont dragué dans les boîtes de nuit ! » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 44) ; « Elle me prit par le bras et m’entraîna dans un coin sombre, comme elle devait le faire pour décider le client quand il n’était pas sûr de lui. Elle ouvrit un peu mon manteau et chercha entre mes jambes ce qu’il n’y avait pas. Elle entreprit de me palper plus avant. Je me mis à la regarder bien en face. […] Elle m’attrapa le bras violemment. Terrorisée, j’eus l’énergie de m’enfuir, courant comme je le pouvais dans mon accoutrement, manquant de trébucher dix fois sur mon pantalon trop long… Je l’entendis qui disait quelque chose comme : ‘J’ai d’la moralité, moi !’ Puis, très clairement, le mot ‘ordure’ claqua dans la nuit. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne, face à une prostituée qu’elle a essayé de draguer, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 40-41) Par exemple, dans le téléfilm « Les Dix Petits Nègres » (2015) de Sarah Phelps, l’homosexualité est sous-jacente. William Blore, l’inspecteur, a violé dans une cellule de la prison de Dartmoor un prostitué homosexuel, James Stephen Landor, qui faisait le tapin dans les pissotières, et qu’il a fait condamner aux travaux forcés à perpétuité où il a fini ses jours : « Edward Landor était un pédéraste. Plutôt mourir que de m’approcher d’un de ces pervers ! »

 

Comment expliquer que l’agresseur homophobe soit en réalité homosexuel ? En général, c’est parce que le désir homosexuel n’est pas reconnu tel qu’il est que la pulsion homosexuelle refoulée par le personnage bisexuel ressort avec la rapidité et la violence d’un bouchon de champagne. Par exemple, dans le film « More Or Less » (2010) d’Alexander Antunes Siqueira, Ivo agresse constamment Sandro, un de ses camarades de classe, avant de lui avouer son trouble. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, le personnage estampillé « homophobe » et chargé d’être méchant avec le duo initialement amical Gabriel/Léo, est extrêmement ambigu, en réalité : il projette sur les deux garçons une homosexualité qu’il est le seul à ressentir ; il interprète leurs gestes amicaux innocents en drague suspecte ; il attend leur union (« Alors, Léonardo, tu as un nouveau copain ? ») parce qu’il est lui-même peu au clair avec sa sexualité (il est blond, a les cheveux longs, est un peu androgyne). Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, les agresseurs de Dany, le héros gay provocateur, l’identifient comme homo et lui proposent qu’il les suce comme il suce sa sucette. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, les héros homosexuels se font insulter de « Bent Bastards ! » par un des fils homophobes de Maureen… (« Qu’ils viennent ici ! Ils se régaleraient ! ») qui se révèlera à la fin très gay friendly. Et au début du film, avant de « s’assumer pleinement gay », Joe, lors de sa toute première Gay Pride londonienne, surenchérit les insultes homophobes d’une passante offusquée qui trouve la manifestation « répugnante ! »… et pour ne pas passer pour homo, il acquiesce : « Exactement ! ». Dans le film « Le Français » (2015) de Diastème, Marco se fait poignarder par un homme maghrébin avec qui il y a un échange de regards ambigu, limite amoureux, à l’entrée de la boîte où Marco, pourtant hétéro, est videur. C’est cette reconnaissance mutuelle implicite de jalousie et de faiblesse qui provoque l’incident. Dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017, Chloé est la méchante qui accuse Louison d’être lesbienne et qui la fait chier sur ça, précisément parce qu’elle est potentiellement lesbienne elle aussi (« Ça, tu vas me le payer… » marmonne-t-elle). Lorsque elle invente une nouvelle preuve de lesbianisme à Louison quand elle voit celle-ci se rapprocher de son amie Chanelle, Chanelle dévoile le pot aux roses et sort à Chloé : « En fait, si tu fais ça, c’est que tu la kiffes ? ».

 

Un certain nombre de personnages homosexuels nient leur identité homosexuelle (en tant que désir existant ; je ne parle pas ici d’identité homosexuelle envisagée à tort par notre société comme « LA vérité ontologique fondamentale de l’individu qui ressent en lui un désir homosexuel ») : « Je ne suis pas homosexuel ! » (Louis, un des personnages homos de la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Ah non mais attends, j’suis pas gay ! » (Bernard, le personnage homo qui fera plus tard son coming out à sa meilleure amie Donatienne, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Je ne suis pas comme ça ! » (Miguel s’adressant à son amant Santiago dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León) ; « Mais non !! Je ne suis pas gay !! » (Jules, le héros homosexuel de la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Je te préviens. J’suis pas pédé… » (Laurent, le personnage homo du one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « C’était la première fois que je parlais de mon homosexualité et c’était pour la renier ! » (Ednar, le héros homo du roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 44) ; « Moi, j’ai horreur de ça ! » (le narrateur à propos de l’homosexualité de son auteur, dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, p. 18) ; « Y’a plein de bisexuels dans les séries TV. Sauf que j’en suis pas. » (Lennon le héros qui se révèlera bisexuel et homos à la fin de la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Je vous pisse à la raie, sale pédale ! » (Didier à Bernard, son futur amant, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Cyril et Sébastien Ceglia) ; « Je ne suis pas une sale pédale comme toi. » (Ugo à son ami-amant homosexuel, avant de lui révéler qu’il est lui-même un homo refoulé, dans le film « No Soy Como Tú » (2012) de Fernando Figueiras); etc. Dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio, le personnage d’Aurora a du mal à accepter ses attirances lesbiennes. Dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, Scott joue les parfaits hétéros en disant qu’il ne baise avec les mecs que pour l’argent, par nécessité… même si cela se révèle être un mensonge. Le personnage qui rejette l’homosexualité est le même qui, en croyant s’en débarrasser, l’intériorise. Par exemple dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger, la maman de Ziggy offre à son fils l’intégrale de Tchaïkovski pour son anniversaire. Certes, Ziggy l’a revendu le lendemain au disquaire… mais il est resté enchaîné à ce qu’il a rejeté puisque Tchaïkovski était homosexuel et que Ziggy devient homosexuel à son tour en se choisissant un autre gourou tout aussi ambigu sexuellement : David Bowie. Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Édouard, pourtant homosexuel, prend des positions très homophobes devant les caméras de télévision afin de s’acheter un électorat de droite et parfaire sa carrière politique (c’est la raison pour laquelle son petit ami, Georges, le quittera). Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, c’est juste après s’être embrassés que Seiger dit à son amant Marc : « Je suis pas gay. » et ce dernier, pour ne pas le contredire, lui rétorque par le même déni d’acte : « Bien sûr que non. » Plus tard, face à des témoins, Sieger bousculera Marc en pleine forêt, lieu où ils avaient pourtant tous les deux rendez-vous.

 

C’est au moment de découvrir leurs penchants homosexuels, et leur probable violence une fois qu’ils sont actualisés, que certains personnages agressent ceux qu’ils identifient comme de dangereux tentateurs : leurs pairs homosexuels. Par exemple, dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, le héros homo fracasse le crâne du mec qu’il vient d’embrasser sur la bouche dans un vestiaire de douches : il finit par le tuer. Dans le film « Nettoyage à sec » (1997) d’Anne Fontaine, par exemple, Jean-Marie se fait sodomiser par le beau et provoquant Loïc dans le sous-sol de son pressing, avant de lui coller le fer à repasser brûlant sur la figure et de le tuer en le jetant violemment par terre. Dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Dan White, l’assassin d’Harvey, est un homosexuel refoulé. Le refoulement de l’homosexualité conduisant au fascisme est développé dans le roman Le Conformiste (1951) d’Alberto Moravia. Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, les hommes du village jouent les efféminés pour se moquer de l’homosexuel Abram. Et comme par hasard, le plus virulent et le plus homophobe de tous, c’est Georg, celui qui imite le mieux la tapette ! Dans la B.D. Pressions & Impressions (2007) de Didier Eberlé, le personnage homophobe de Martial, présenté pourtant comme un gros beauf masculin, est très ambigu : il est même plus efféminé que Romain, l’homo « officiel » ! Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, l’ambiguïté du personnage hétéro de Mike – qui provoque Johnny, le héros homosexuel, soi-disant gratuitement et méchamment, et qui finira par le poignarder – est dévoilée par Johnny lui-même : « Mike, tu es le plus gros pédé que j’ai jamais vu. »

 

Il arrive très souvent que le personnage homosexuel, avant de se dire homo et de vivre des amours homosexuelles, ait un passé homophobe chargé (et parfois un futur homophobe post-coming out non moins musclé !). Comme si l’origine de son homosexualité était l’homophobie. « Avec les pédés, j’peux pas. En même temps, faut que je fasse gaffe : y’a pas plus folles que les folles qui critiquent les folles. […] C’est drôle. À 16 ans, je cassais du pédé dans les parcs. À 20, je couchais avec. » (Jacques Nolot dans son film « La Chatte à deux têtes », 2002) ; « C’était un peu paradoxal – j’envisageais de révéler mon homosexualité à nos parents, et en même temps je mentais à toutes les filles que je rencontrais. » (Petra, l’héroïne lesbienne se travestissant en homme en boîte, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 83) ; etc. Par exemple, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Raphaël s’est fait traiter de « tapette » par Benoît au collège… et à l’âge adulte, ce même Benoît fera pourtant son coming out, tombera amoureux du souffre-douleur qu’il avait jadis méprisé (et qui, avec le temps, est devenu un canon ! c’est fou, la vie, hein ?), et ils formeront un couple homo merveilleux et heureux. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Esteban, qui se dira homo plus tard, a jadis été forcé par ses camarades de collège à être homophobe envers Mourad : il l’a battu dans les vestiaires. On assiste exactement à la même scène, cette fois dans le film « Broderskab » (« Brotherhood », 2010) de Nicolo Donato, où Jimmy est chargé de frapper à mort son copain Lars pour prouver à son groupe néo-nazis que tous les deux ne sont pas amants (ce qu’il fera). Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, se fait maltraiter physiquement et verbalement par un camarade de classe, Terell, qui le féminise pour mieux se justifier de le redresser « comme un homme » : « Je suis pas pédé… mais je te niquerais bien. » Son attitude agressive en dit long sur cet adolescent aux dreadlocks le transformant en Steevie Wonder efféminé… Par ailleurs, Kevin, l’amant secret de Chiron, sous la pression de ses camarades et de Terell, se retrouve à donner des coups de poing à Chiron pour que leur liaison ne soit pas découverte. Dans le film « Homophobie » (2012) de Peter Enhancer, on assiste à la lente et surprenante métamorphose de l’homophobe en homosexuel : ce film prouve inconsciemment que l’homophobie, c’est l’homosexualité pratiquée.

 

 

Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Jonathan, l’un des personnages homos, raconte qu’il faisait partie de la bande de « casseurs de pédés » qui a tabassé un homme homosexuel de son village… alors qu’il se dira plus tard homosexuel ! « La petite frappe, c’est devenu moi… » avouera-t-il à son amant Frank qui, pour le coup, n’en revient pas que son homme soit un ex-homophobe : « Incroyable… T’as été un péquenaud haineux avant de devenir un Super-Pédé… » Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac a été « casseur du pédé » avant de devenir homosexuel. C’est exactement le même cas de figure avec le personnage de Joe Bill dans la pièce Inconcevable (2007) Jordan Beswick.

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, le héros, n’est pas venu en aide à un camarade de classe efféminé, Julien, qui comme lui était homosexuel, et qui a fini par se suicider parce que ses camarades le rejetaient : « C’était mon frère de cœur. Nous avions la même faiblesse – si c’en est une – mais je ne me reconnaissais pas en lui. Je l’avais toujours ignoré. Finalement, j’étais peut-être pire que ceux qui se moquaient de lui. » (p. 49) ; « Personne n’était là quand Julien en avait besoin, quand il était bien vivant, quand il désespérait. Personne pour l’écouter, pour le comprendre et lui tendre la main… alors, il est parti. » (p. 51) Un peu plus loin dans le roman, Kévin, le petit copain de Bryan, se fait attaquer par un gang de « casseurs de pédés ». Laurent, le garçon qui est à la tête de ce groupe homophobe, se montre particulièrement ambigu dans ses gestes d’agresseur, vu qu’il embrasse sa victime sur la bouche (p. 266). Kévin explique à son amant Bryan tous les paradoxes de Laurent : « On peut faire semblant, comme le gros connard qui m’a peloté dans le parc. Lui, tout en cassant du pédé, il mourrait d’envie de me baiser et peut-être même qu’encore aujourd’hui, il pense à moi en se masturbant ! » (p. 323) À la fin de l’histoire (désolé de vous la raconter, pour ceux qui voulaient lire ce navet romanesque), Laurent finit par assassiner Bryan. Kévin-et-la-Ferrari-rouge, inconsolable, comprend une nouvelle fois que l’assassinat homophobe n’est pas qu’une déclaration de haine gratuite et hétérosexuelle : « Bryan est mort pour rien, juste parce qu’un malade, qui bande pour moi et qui rêve de me sauter, voulait se débarrasser de lui. » (p. 457) ; et Laurent passe en effet aux aveux devant Kévin : « Je ne sais pas quand, ni où, mais je sais que je te baiserai. J’en fais la promesse sur la tombe de ton pote. T’es trop beau ! Je n’y suis pour rien si tu me fais bander ! » (p. 459)

 

HOMOPHOBE 2

Film « Broderskab » de Nicolo Donato


 

Dans le film « Broderskab » (« Brotherhood », 2010) de Nicolo Donato (dont j’ai parlé précédemment, et qui est un film magnifique), on observe d’abord une homophobie intériorisée chez l’un des deux membres du couple, Lars, qui a du mal à se faire à son identité homosexuelle ; et dans un second temps, ce même Lars subit un outing surprenant de la part d’un de ses compagnons politiques qui nourrit envers lui un mélange d’admiration amoureuse et de haine (tiens… la jalousie, c’est une bonne définition de l’homophobie !). Dans le film « Nos Vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot, Lukas traite au départ François de « sale pédé ! », puis couche un peu plus tard avec lui en mettant ses penchants homosexuels sur le compte de l’alcool et de la camaraderie militaire… Il « s’assumera » homosexuel à la fin du film. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Louis tabasse Nathan dans les vestiaires de sport, pour se blanchir/désinculper auprès des autres camarades par rapport à son homosexualité. Dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, l’amour entre les deux adolescents Matthieu et Jan commence par une grande violence homophobe. À la fin du film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, César finit en couple avec Louis… qu’il avait au départ traité de « sale pédale ».

 
 

b) L’homophobie post-coming out : le personnage homosexuel est en réalité homophobe parce qu’il célèbre trop son désir homosexuel : 

En règle générale, et contre toute attente, les agressions fictionnelles homophobes ne viennent pas de l’extérieur, ni des personnages « hétéros ». Elles concernent les personnages soi-disant hétéros mais en réalité très bisexuels, et les personnages homosexuels entre eux, même s’ils sont les premiers à le regretter et à trouver cela absurde : « Un gay contre un gay, c’est malheureux… » (Harvey Milk, dans le film éponyme (2009) de Gus Van Sant) ; « On peut se demander si l’homophobie n’est pas créée par les homosexuels eux-mêmes ! » (le narrateur homosexuel du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Pourquoi tu me détestes ?? » (Thérèse, l’héroïne lesbienne s’adressant à l’ex-maîtresse Abby de son amante Carol, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; etc. Par exemple, lors de son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), l’humoriste homosexuel Samuel Laroque déverse toute sa haine sur ses frères homos : « Les hommes politiques, c’est un peu comme les homosexuels. Ça te fait gober tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe. […] Les homos, c’est pas de la tarte. Y’a pas plus intolérant qu’un homo dans le milieu. »

 

Plus on regarde des fictions traitant d’homosexualité, plus on découvre que l’homophobie n’est pas qu’une homosexualité refoulée. Elle est aussi et surtout une homosexualité en apparence fièrement assumée et pleinement active. C’est quand tout semble être en règle que le naturel violent du désir homosexuel revient au galop, cette fois de manière tout à fait incompréhensible. Comme pour tuer l’ennui. « Chaque gay doit avoir un motif d’en tuer un autre… » signale sournoisement Xav dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand. Par exemple, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Sidney, l’héroïne homo, oute tous les présentateurs-télé : c’est son jeu. Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, l’héroïne lesbienne, est prête à « outer » sa jeune voisine par jalousie (p. 50). Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Romeo renie son amant Johnny en pleine fête en disant à sa girl friend Lonette qu’« il ne le connaît pas » ; il lui gueule même dessus : « Dégage ! » Dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), Shane, le héros homo, fait tout pour outer, ou plutôt forcer Amy et Karma à être homosexuelles comme lui : « Je suis tellement fier de mes petites ! » Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand avoue qu’en amour, il « recherche un gay pas gay ». Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, le jeune Elio, 17 ans, pourtant homosexuel et sortant en cachette avec Oliver, se moque ouvertement du couple d’amis gays français invité par ses parents à la maison, Mounir et Isaac, qu’il juge « ridicules ». Il les surnomme « Sony et Cher », et les méprise car il refoule son homosexualité.
 

Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam maltraite, insulte, rackette et violente Éric, le gay de son lycée, et qui deviendra son futur amant : « Ferme ta petite gueule, Trompette en l’air. » ; « Fais gaffe où tu vas, pédé. » (c.f. épisode 1 de la saison 1) ; « Comment ça va aujourd’hui, p’tite tapette ? » (Adam s’adressant à un camarade blond, dans l’épisode 2 de la saison 1) ; « Tu veux quoi, Adam ? » (Éric) « J’vais te tuer, connard. » (Adam, dans l’épisode 7 de la saison 1). Au moment où ils se donnent leur premier baiser et couchent ensemble (c.f. épisode 8 de la saison 1), juste avant, ils se battent dans la salle de musique, se plaquent violemment contre le sol, se crachent dessus (« Alors, ça te plaît ? » demande Adam). Comme c’est romantique… Et même après être sortis ensemble, Adam continue de le menacer de mort : « Si jamais t’en parles à qui que ce soit, je te jure que je te tue. »

 

Certains héros homosexuels, après avoir posé leur premier geste homosexuel, se rétractent et le renient. Par exemple, dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, juste après avoir volé un baiser à son futur amant Marc, Engel n’assume pas : « C’était une blague. » Plus tard, quand ils se mettent en couple, Marc, l’homme marié, refuse sa situation, ce qui fait réagir Engel : « T’es homo, Marc, assume ! » Marc lui répond : « Je suis pas homo ! » et il lui fout un pain. Il finira par le renier. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Gabriel ment à Léo quand il lui dit qu’il ne se souvient de rien à la fête où pourtant il lui a donné leur premier baiser : ce désaveu montre qu’il n’assume pas du tout son acte homo. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, comme Howard ne supporte pas de tomber amoureux de Peter, il lui fout un coup de poing dans la figure. Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Jean traite son futur amant Henri d’« enculé ». Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adrian est l’homosexuel pratiquant qui a identifié l’homosexualité latente du père Adam, et qui le fait chanter. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Arnaud s’insurge contre Benjamin et le traite de tous les noms : « Encore un truc de pédale ! » ; « Connard, va ! Trou de balle ! » ; « Tapette ! » ; etc. Benjamin ne se montre pas plus doux : « L’enfant de catin ! » Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, avant de sortir « durablement » ensemble, Carole rejette les avances de Delphine, en ne se déclarant pas lesbienne : « J’ai des copines lesbiennes. Je ne le suis pas, c’est tout. » Delphine lui répond « Moi non plus », et juste après, elles s’embrassent à pleine bouche.

 

Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, toutes les héroïnes lesbiennes se réfugient derrière l’excuse de la bisexualité ou bien dans le déni pour devenir homophobe. Zoé trahit sa meilleure amie Clara, alors que c’était elle qui à la base l’avait poussé à être lesbienne et avait éveillé en elle un désir homo : « J’t’aime plus, Clara. J’ai fait l’amour avec Sébastien. À cause de toi, j’ai failli faire une croix sur les garçons. C’est toi qui as un problème avec les mecs. Pas moi. » Ensuite, Clara met du temps à assumer qu’elle a couché avec Sonia (et encore… elle a du mal à dire qu’elle en est amoureuse) : « J’suis pas une lesbienne ! Deux filles entre elles, j’vois pas l’intérêt. » Une fois qu’elle sort avec Sonia, elle la renie devant les autres : « Elle me saoule. Elle n’arrête pas de me coller… »

 

Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, à Moscou, Anton et Vlad, un jeune couple homosexuel est par hasard le témoin passif d’une agression de rue. Plus tard, ils apprendront que la victime a succombé aux coups et qu’il s’agissait d’un crime homophobe. Leur enquête pour retrouver la trace du meurtrier les renvoie peu à peu aux sphères de drague internet homosexuelles : « Les rendez-vous entre gays sur internet, c’est toujours un peu craignos. » (Katya) Pire : elle les renvoie à eux-mêmes. En effet, Vlad n’a pas secouru Nikolay, le jeune gay qui se faisait tabasser à mort, quand il passait en voiture devant lui. Audrey, le tueur homophobe, et ami d’Anton, comme une voix d’outre-tombe, joue sur cette culpabilité et complicité homosexuelles : « Il faut au moins un mentor et un disciple pour réussir une quête. » ; « Pourquoi ne pas être sorti de la voiture ce jour-là ? » (idem). Anton finit par succomber à cette voix et par croire qu’en effet, la complicité de son amant Vlad vaut meurtre : « Tu as tué un homme, Vlad ! Tu as tué un homme ! » Vlad lui fout un poing dans la gueule et le quitte définitivement, blessé de cette semi-vérité, de la révélation de son homophobie homosexuelle.
 

Le plus contradictoire (et comique), c’est déjà quand les personnages homosexuels s’insultent de tous les noms d’oiseaux que l’homophobie ait créés, alors qu’ils forment pourtant à eux deux un couple qui prouve qu’ils sont aussi homo l’un que l’autre et qu’ils n’en a pas un pour rattraper l’autre ! : « On n’est pas des pédés ! » (Fred à son amant Max, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « On n’est pas des tapettes ! » (Yoann, le héros homosexuel hyper efféminé, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Connard, enculé, salope, connasse ! » (Emmanuel, du haut de l’immeuble, à son amant Omar qu’il a violé, dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré) ; « Pète-toi la gueule ! Tafiole ! » (Claude, le héros homo insultant un patineur artistique à la télé, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « C’est une folle ridicule. » (la voix narrative parlant du Rouquin, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 109) ; « Quand est-ce que tu auras fini de me poursuivre, sale pédale ? » (Pietro à Copi, son ex-amant, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 57) ; « On se dit partout connasse ! On se déteste, on s’insulte de sale peste ! » (cf. la chanson « L’Amour ça va » du groupe Mauvais Genre) ; « Tu ne te trouves pas un peu ridicule, connasse de travelo ? » (Luc insultant Micheline, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Ta gueule, espèce de connasse de travelo de merde ! » (Luc à Micheline, idem) ; « C’est toi, le spectacle sordide ; tu es le seul spectacle sordide ici. » (Jean à Micheline, idem) ; « On n’est pas des pédés ! » (Sébastien, le héros homosexuel, en conclusion de la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « Il faut toujours que les uns traitent à tort et à travers les autres de pédés, alors qu’ils se livrent peu ou prou aux mêmes activités. » (cf. la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, Le Mariage de Bertrand, p. 84) ; « Pas de ça chez moi ! Je te rends ton baiser ! » (Nathalie s’adressant à Tatiana dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa) ; « Toi et moi on sait repérer les mecs bien. Pas comme toutes ces folles qui cherchent à baiser. » (Romain, le compagnon d’Alexis, s’adressant à Laurent qui sort en secret avec Alexis, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; « Une folle qui danse, c’est moche. » (Todd, l’homosexuel viril, dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; « Je ne supporte pas les pédés. » (Adrien, le héros homosexuel efféminé, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc. Dans la pièce Comme Ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, David et Philibert se traitent mutuellement d’« enculé ! » et de « pédé ! ». Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Stella, l’héroïne lesbienne, traite Prentice de « Sissy » parce qu’il fait des mouvements de danse sur la plage.

 

Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, tous les personnages homosexuels jouent les grandes folles décomplexées de pratiquer leur homosexualité, mais sont odieux entre eux : Michael veut pousser Alan au outing et dans les bras de Justin ; Alan est follophobe, frappe Emory et l’insulte de « Pédale ! » (« Je n’aime pas sa façon de parler, ça me tape sur les nerfs. ») ; Harold humilie son coloc Michael, et ce dernier organise une fête où il règlera ses comptes avec tous ses « amis » : « Je me sens si mal. J’en ai assez de vivre et j’ai peur de mourir. Si on pouvait ne pas tant se haïr. C’est tout. Si on essayait de ne pas tant nous détester. » conclut-il.

 

Il est également très fréquent que le personnage homosexuel dise ouvertement son aversion pour la communauté homo et pour ses semblables homosexuels : « La pensée de devenir involontairement comme eux… me faisait peur, me rendait malade et en colère. » (William Windom à propos des homosexuels, dans le film « Le Détective » (1968) de Gordon Douglas) ; « Il est important que vous le sachiez : je ne suis pas ‘un homo comme ils disent’. Si je reconnais beaucoup de mes frères et sœurs dans le personnage de la chanson de Charles Aznavour – mal dans sa peau, minable, pathétique –, moi, personnellement, je ne m’y reconnais pas. » (Dominique dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 25) ; « Moi ce qui me gêne, c’est les pédés. Y en a trop. » (Willie, lui-même homosexuel, dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 96) ; « Elles me font chier, toutes ces folles. » (François, précisément la plus « grande folle » du roman Riches, cruels et fardés(2002) d’Hervé Claude, p. 112) ; « J’aime pas les mecs qui traînent dans les bars à pédé. » (JP dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, l’épisode 5 « Oublier Paris ») ; « Nicolas se désintéresse de la femme, mais ne s’intéresse guère au ‘gay’. Sa curiosité s’applique exclusivement aux jeunes mâles ‘normaux’. […] Il voit trop de femme dans l’homosexuel. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), pp. 21-22) ; « Le milieu, c’est pas mon style ! » (Benoît dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « J’aime pas les pédés ! » (Lou dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ah, race de femmes maudites, vous êtes toutes des putes ignorant tout de la bite ! » (Ahmed à des lesbiennes dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’aurais envie de les tuer, mais il vaut mieux que je ne perde pas mes pédales. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 130) ; « Maintenant, finies les tantes ! On en a plein le dos ! » (les protagonistes homos de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Qu’est-ce qu’elles peuvent être niaises dans les bras les unes des autres ! » (Cy Jung, Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005), p. 164) ; « Je veux un mari, 2 enfants, une maison et un chien. Pas être une salope comme les autres ! » (Paul, le héros homo parlant de ses amis homos en couple, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Nous ne serons plus jamais gay. » (la troupe de chanteurs homos de la comédie musicale Adam et Steve, idem) ; « Il n’y a pas pire que d’être gay. » (Eddie, homosexuel, idem) ; « En gros, c’est des crétins comme les autres. » (Glenn, le héros homo parlant des autres homos, dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh) ; « Je le trouve beau, jeune, fort. Après un moment, il se rhabille, je l’imite. Je lui demande son prénom, il répond ‘H.’ et j’ajoute ‘Tu vois, ce qui est important, c’est de vivre chaque instant. Peu importe quoi, peu importe avec qui.’ Puis il dit ‘Adieu’ et il s’en va sans se retourner. Je hurle le plus fort possible ‘Connard, gros connard, sale pédé de merde, va crever. » (Mike, le narrateur homo, en parlant de « H. » qu’il rencontre à la gare du Nord, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 61) ; « Y’en a marre des déhanchés sur Lady Gaga et Mylène Farmer. » (François, le héros homosexuel, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) ; etc. Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Brockett, le meilleur ami homosexuel de l’héroïne lesbienne Stephen, reproche à celle-ci son homophobie : « Vous fuyez vos semblables comme s’ils étaient des démons ! » (p. 451) Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Guy a tué l’amant (Herbert) de l’amant (Fabien) de son amant (Hugues), par « amour ». Dans sa chanson « Normal », Eddy de Pretto traite son amant d’« assassin » qui le rejettent parce que porteur du VIH.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, les héros homosexuels se détruisent entre eux : les amants Nathan et Jonas se conduisent à la mort, et Jonas abandonne son ami aux mains d’un prédateur homo rencontré en sortie de boîte, et qui lui-même décriait l’inhumanité du milieu homo : « Une fois que tu seras là-dedans, tu verras à quel point c’est triste et moche. ». Avant d’être assassiné par ce client, Nathan se plaignait que lui et Jonas n’aient pas pu rentrer dans le club gay The Boys parce qu’ils étaient mineurs, et donnait des coups de pied contre la porte de la discothèque, en insultant le videur : « Putain ! Quel enculé, ce mec ! T’as vu comment il m’a parlé ! » Dix-huit ans plus tard, Jonas enchaîne les plans cul sur les sites de rencontres, et se rend chez un internaute qui ne correspond pas à sa photo de profil sur Grindr : ce dernier pense que, sur un malentendu, le « plan cul » pourra quand même passer… mais il révèle néanmoins les revers de son mensonge : « Y’en a plein qui ont voulu me casser la gueule. »
 

Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, il n’y a aucune solidarité fraternelle entre personnages homosexuels. Anwar et Éric, qui sont pourtant les deux gays officiellement connus de leur lycée, se tirent dans les pattes : « Toi, t’as l’air d’être un clown de chantier. » (Anwar, dans l’épisode 6 de la sainson 1). Éric, au moment où il pète un câble et file son premier coup de poing « viril » à quelqu’un, jette son dévolu sur Anwar et s’en prend aveuglément à lui… ce qui étonne ce dernier : « Frapper le seul autre gay ici… bien joué, Éric ! Maintenant, ma mère pense que t’es un sale homophobe. J’suis toujours pas ton pote. » (c. f. épisode 6).
 

Dans son spectacle Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. décrit l’homophobie comme un virus… et demande ensuite – comme elle est bien inspirée ! – à la salle entière, remplie de personnes homosexuelles, de se taper dessus les unes les autres ! Dans la pièce Se Dice De Mí en Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Alba, la femme lesbienne, rejette son fils Roberto parce qu’il est homo. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, il y a une kyrielle de personnages homosexuels homophobes : par exemple, un homo est violé dans une tournante par des bad boys, qu’il définit comme par hasard comme ses « jumeaux » ; par ailleurs, la chanson « Je hais les gays » de ce même spectacle ouvre les festivités (elle est interprétée par les quatre comédiens-chanteurs qui virent leur cuti au fur et à mesure de l’intrigue). Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Pédé se fait attaquer par Fifi et Mimi, les deux clochards travestis, et traiter de « pouffiasse », d’« hystérique ». Dans la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, « des travestis cubains et pro-lesbiens s’attaquent à une boîte homosexuelle à Pigalle, et aux homos dans les backroom » (p. 90). Ce genre d’assauts homophobes, commandités par les personnages homosexuels eux-mêmes sont apparemment monnaie courante : « Une guerre tribale, comme d’habitude. » (idem, p. 91) L’écrivain Essobal Lenoir, dans sa nouvelle « Kleptophile » (2010), croque les clones du Marais en portraiturant leurs « déhanchements de dindes et gloussements d’oies », comme s’il se décrivait lui-même ou détruisait ses propres fantasmes : « Toutes ces folles à franges se faisaient monter au rayon j’ai vingt ans, bien qu’elles en eussent au moins le double chacune » (p. 77) Dans le film « Une Femme, un jour… » (1974) de Leonard Keigel, Caroline assène qu’elle est « normale » par rapport aux autres femmes lesbiennes. Dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier passe son temps à se faire passer pour un homo supérieur aux autres homos de son entourage, même s’il prétend être un « homo ordinaire ». Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Jonathan ne veut pas être catalogué « homo du Marais », alors qu’il en a pourtant tous les travers (« Surtout, ne jamais aimer Mylène ! »). Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Glenn et Russell méprisent les « éternels bars gays »… genre « on ne mange pas de ce pain-là ! »… alors qu’ils se sont rencontrés précisément dans un bar gay ! C’est toute la production artistique homosexuelle qui appelle à la haine du « milieu homosexuel ». C’est fou, non ?

 
 

c) L’homophobie prend parfois le visage de la tolérance gay friendly, voire homosexuelle :

Mais c’est également la tolérance gay friendly et l’acceptation sans borne de l’homosexualité qui sont les vecteurs de l’homophobie ordinaire. Par exemple, on entend ce genre d’injonctions apparemment paradoxales (mais en réalité très logiques !) énoncées par des personnages bisexuels qui se targuent d’être des « hétéros ouverts » : « Les homophobes, ça devrait pas exister. C’est comme les pédés. » (le personnage de l’hétérosexuelle dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet) ; « J’aime pas trop les pédés, même si je suis du genre tolérant. » (Claudio dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 58) ; « Pourtant, vraiment, les mecs, ce n’est pas mon truc… » (idem, p. 60) ; « On n’est pas homophobes ! Sales pédés ! » (les Virilius – dont certains sont homosexuels refoulés et pratiquants – dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; etc. Certains héros homosexuels, conscients de leur « ancienne » homophobie, expriment un piteux mea culpa : « Peut-être que j’étais jaloux. Tu l’assumes depuis que t’as 16 ans. » (Simon, le héros homo, s’excusant auprès d’Eytan, un camarade affiché « gay » depuis bien plus longtemps que lui dans leur lycée, et se justifiant de ne pas avoir été plus tôt solidaire avec lui, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti)

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, une « pote » d’Adèle, pro-gay et indifférente à la pratique homosexuelle, insulte pourtant sa copine de « sale goudou » et s’imagine en train de se faire mater/tripoter salement par elle. Adèle rentre dans son jeu et dément qu’elle est lesbienne devant ses camarades : « Puisque je vous dis que je ne suis pas lesbienne ! »

 

Pire. L’homophobie homosexuelle arbore le masque du militantisme LGBT (pro-mariage-gay, pro-PMA, pro-GPA). Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Gatal, le héros homosexuel, est outé et forcé par le couple homo de ses deux « pères » à trouver absolument « mari ». Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, l’homophobie est présentée comme une mode d’un passé révolu, donc vue comme une irréalité : « Hey, Adam, je sais pas si t’es au courant mais l’homophobie, ça fait vraiment 2008. C’est super ringard. » (Anwar, homo, s’adressant à un autre gay, dans l’épisode 1 de la saison 1).
 

C’est la pratique homosexuelle – hors et dans le « milieu » – qui provoque indirectement l’agression homophobe par la violence et le rejet de la différence des sexes qu’elle induit. Par exemple, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, c’est après que Charlotte et Mélodie se soient embrassées dans un bar qui provoque chez un des clients du bar une grosse bagarre. Cette coïncidence (ou effet-miroir) laisse Michel, l’amant officiel de Charlotte et l’amant officieux de Mélodie, songeur : « Qu’est-ce que vous lui avez fait pour qu’il soit aussi agressif comme ça ? »
 

Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, c’est un festival d’homophobie homosexuelle. Par exemple, Cédric se fait traiter de « connard » et d’« enculé » par son propre « mari » Bertrand… Et les membres de l’association sportive gay de water-polo Les Crevettes pailletées dont il fait partie passent leur temps à se tirer dans les pattes, même s’ils ont décidé de partir ensemble aux Gays Games. Leur voyage est compromis par leur mésentente : « J’ai pas quitté ma famille pour me faire insulter par mes amis ! » (Cédric) ; « Si vous ne vous supportez plus, on n’est pas obligés d’y aller ! » (Jean, le capitaine de l’équipe). Certains, tels que Joël, font preuve de transphobie et de la lesbophobie : « On va commencer à prendre des trans ?!? Pourquoi pas des gouines tant qu’on y est ?!? On n’est pas l’Arche de Noé ! » Il s’en prend notamment à Fred, le trans M to F : « T’as pas ta place ici ! » On apprendra plus tard que sa transphobie remonte à son passé pendant lequel une personne trans lui a piqué sa place à la trésorerie d’une association. Fred se venge en traitant Joël de vieux croûton : « Une vieille en moins ! » Ils se réconcilient in extremis.
 
 

d) Le frère (de sang) du personnage homosexuel se montre particulièrement homophobe :

Qui mieux que la figure récurrente du frère homophobe dans les fictions homos pouvait prouver que l’homophobie n’est qu’un effet-miroir d’un seul et même désir : le désir homosexuel ? On retrouve ce frère homophobe dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick (avec le personnage de Cindy, la catho tradi aux idées très arrêtées), le film « Embrasser les tigres » (2004) de Teddi Lussi Modeste, le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne (avec le frère « casseur de pédés »), le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec le grand frère qui fait une crise de jalousie parce que son frère homo Vincent serait le préféré des parents), le film « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure (avec Régis, le frère collabo qui trahit son frère), le film « Le Clan » (2003) de Gaël Morel, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée (avec les frères particulièrement intolérants de Zac), le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana (avec Guillermo le frère de Rafaelito), le film « Lola et Bilidikid » (1998) de Kutlug Ataman, le film « Dernière sortie pour Brooklyn » (1989) d’Uli Edel, le film « Pervola » (1985) d’Orlow Seunke, la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis (avec Viviane, la sœur très bourgeoise et très homophobe de Jean), la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec la sœur homophobe de Tania), le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent (Antoine, le frère « hétéro » de Quentin, son jumeau gay, devient carrément son maquereau), le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec Bastiano, le frère homophobe de Pietrino), la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce (avec Alex, le frère homophobe de Philippe l’homosexuel), le film « Circumstance » (2011) de Maryam Keshavarz (avec Mehtan, le frère homophobe de l’héroïne lesbienne Ati), etc. Par exemple, dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, Ed, le frère de Sieger le héros homosexuel, est un hétéro qui traite son petit frère de « pédé » quand ce dernier est avec de simples amis.

 

HOMOPHOBE 3

Film « Un amour à taire » de Christian Faure


 

Chez le personnage dont le frère est homo, l’acceptation précipitée de l’homosexualité de son frangin gay, si acceptation il y a, n’est parfois que l’expression d’une homophobie inversée, c’est-à-dire une confirmation/affirmation de l’étiquette du macho hétérosexuel qu’il s’attribue pour se rassurer qu’il n’est pas « homo comme son frère » : « Quand, à 26 ans, j’avais enfin annoncé à mes parents que j’étais gay, Irwin avait accueilli la nouvelle avec flegme tel qu’il m’a fallu un bail pour comprendre ce qu’il ressentait, c’était principalement du soulagement. Pour lui, ma sortie du placard signifiait qu’il n’était plus la honte de la famille ; il pouvait s’occuper de faire des mômes et de vendre des baraques, de redevenir le mec. » (Michael à propos de son frère Irwin, dans le roman-feuilleton Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 90) ; « Ça t’intéresse de savoir si mon frère est gay ? » (Martin, l’hétéro homophobe, qui fait chanter Simon sur son homosexualité, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Martin) ; etc.

 

C’est parfois le frère gay friendly qui est capable d’une belle démonstration d’homophobie. « T’as tourné le dos au monde. T’es qu’un pédé égoïste ! » (Ayrton s’adressant à son grand frère homo Donato, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « À cause de ta différence, on m’a toujours traitée comme une paria dans cette famille. » (la sœur hétéro de Jérémie, le héros homo qui avoue finalement son hétérosexualité, dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare) ; « Son frère est venu me menacer de me casser la gueule si je publiais ces horreurs. » (Guillaume, journaliste homosexuel, à propos de l’homosexualité de son ami Gérard, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « Quand je pense qu’ado, t’étais mon idole ! » (Daniel s’adressant à son frère Louise, désormais trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « Lydia, c’est la soeur de Rick. Elle l’a dégayïsé. Depuis, Rick est devenu son cobaye. » (Jane, patiente lesbienne parlant des deux directeurs du centre de thérapies de conversion de l’homosexualité, dans le film « Come as you are » (2014) de Desiree Akhavan) ; etc. Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la sœur du héros homosexuel William, fait des leçons à Georges, le copain de William sur le fait qu’il n’assumerait pas son couple avec William parce qu’il ne délaisse pas son statut bancal d’homme marié bisexuel. Elle et son frère le maltraitent verbalement et physiquement : « Tu te fous de moi ! Ça fait cinq ans que tu m’abreuves de mensonges ! Marre ! Marre ! Marre ! Marre d’être englouti dans ta double vie ! » (William) Les homosexuels assumés (ou leurs défenseurs gays friendly) font le procès des hommes bourgeois bisexuels, donc de leurs amants secrets. Dans le film « Les Tuche » (2011) d’Olivier Baroux, Donald suspecte son grand-frère Wilfried de le maltraiter simplement à cause du « refoulement de sa propre homosexualité » : Wilfried demande à Donald d’« arrêter de parler comme un p’tit pédé »… parce qu’en réalité, il complexe d’être moins brillant intellectuellement que lui. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Moti, Juif orthodoxe, et frère homophobe d’Anat (femme mariée à Oren, homme qui a eu une liaison secrète avec l’Allemand Tomas avant de décéder tragiquementdans un accident de voiture) gifle Tomas et l’oblige à quitter Israël pour retourner à Berlin, dès qu’il découvre le lien amoureux entre Oren (son beau-frère) et Tomas.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) L’homophobie avant-coming out : Beaucoup de personnes homosexuelles deviennent homophobes parce qu’elles refoulent leur désir homosexuel

N.B. : Voir également le code « Liaisons dangereuses » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

La haine de soi – il serait peut-être temps qu’on s’en rende compte (… rien qu’en voyant l’origine étymologique du mot « homophobie ») – est l’un des piliers du désir homosexuel. Si on est trop « ennemi de soi-même, comment aimer les autres ? » reconnaît justement Étienne Daho dans sa chanson « Retour à toi ». En parlant des individus homosexuels dans son essai Homoparenté (2010), le psychanalyste Jean-Pierre Winter a ces mots un peu secs mais finalement très justes : « Les uns et les autres sont divisés par ce qu’on appelle une ‘haine de soi’. L’homosexuel est clivé intérieurement entre un homosexuel et un détracteur de l’homosexualité. » (p. 196) Au commencement de l’homophobie, il y a un désir et un orgueil blessé, une peur qui s’appelle l’homosexualité : « Pendant de longs jours, j’eus l’impression d’être guéri : la vision ignoble de ce garçon, que je croyais viril, les images de cet homme singeant la femme en présence d’un autre homme tout aussi efféminé, tout cela endormait en moi toute velléité de recommencer. Toutes mes aventures, je les avais eues ou menées sous le signe de cette domination : en un mot, je ne m’étais jamais vu moi-même. Sensible et féminin, désirant d’impossibles caresses, j’eus alors la révélation que l’on n’est pas fait pour cela ; je sus qu’il y avait, en cet individu, quelque chose de détruit, comme en moi-même. Une sorte de timidité sexuelle faisait de nous ‘les invertis’, des monstres, des malades. Ainsi, il m’arrivait parfois de ne pas croire à ma propre homosexualité. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 110) ; « C’était un garçon charmant, affectueux, mais sa discrétion excessive m’agaçait, et pour cause ; c’était un Antillais ‘pures sucres’. Rarement dans la journée nous sortions ensemble. Il avait toujours cette crainte de tomber sur une connaissance et de devoir se justifier. Le plus embêtant était que ce garçon n’avait jamais l’esprit tranquille par rapport à cette homosexualité qui le perturbait.[…] À la longue, je ne supportais plus ses jérémiades ; malgré tous mes efforts, je finis par lâcher prise. En vivant si mal son homosexualité, Hugo se mettait de fait dans la catégorie des homosexuels limite homophobes. En effet, il n’est pas rare de rencontrer ce genre de personne dans la communauté ; c’est même fréquent aux Antilles. » (Ednar, le héros homosexuel du roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 177-178) ; « Vous vous aimez si peu que ça ? » (un des psys s’adressant à Guillaume, le héros bisexuel, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « Comment être un autre si on n’essaie pas d’être soi-même ? » (Gabriel et Nicolas, les deux potes gays du film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « Aux côtés d’hommes, je m’ennuie très rapidement. Je les considère comme des pères ou frères. Pas comme des hommes avec qui je dois coucher. Je trouve qu’un homme sent mauvais et c’est crade. J’aime pas qu’un homme me regarde, qu’il soit hétéro et encore moins homo. J’ai l’impression qu’ils ressentent quelque chose en moi, ou ils me projettent mon propre miroir et ça me répugne encore plus. […] J’ai rêvé que je me faisais violer par des hommes et au final ils m’avaient tué. […] Je me reconnais dans beaucoup de points que tu cites comme par exemple sur les agressions homosexuelles qui sont commises par des homos refoulés. Et c’est vrai que pour mon cas, non pas que j’aie eu fait des agressions ni physiques ni verbales, loin de là, mais dès que je croise des hommes qui ont un regard empli d’attention à mon égard, ça me fout la rage. Sûrement, le fait de voir son propre miroir ne fait pas plaisir à voir. Mais c’est idem pour les lesbiennes. Ça m’énerve encore plus car j’ai l’impression qu’elles me rejettent dans mon intégrité en tant qu’individu. Je me dis qu’elles sont heureuses sans nous, et qu’elles se font du bien entre elles alors que moi je voudrais aussi en faire partie. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Himmler a aussi été un des persécuteurs les plus assidus des homosexuels allemands. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 253) ; « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Il arrive très souvent que la personne homosexuelle, avant de se dire homo et de vivre des amours homosexuels, ait un passé homophobe chargé (et parfois un futur homophobe post-coming out non moins musclé !). « En prépa, je me souviens, j’avais une amie qui m’avait fait des déclarations amoureuses et je l’avais envoyée chier violemment. » (Catherine, femme lesbienne de 32 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 57) ; « En fait, si une fille pouvait provoquer chez moi quelque chose qui n’était pas nommable à l’époque, j’avais tendance à l’agresser. » (Élodie, femme lesbienne de 46 ans, idem, p. 60) ; « Je lui répétais sans arrêt que l’homosexualité était quelque chose de dégoûtant, de ‘carrément dégueulasse’, qui pouvait mener à la damnation, à l’enfer ou à la maladie.» (Eddy Bellegueule, homosexuel, parlant de son petit frère Rudy qu’il veut transformer en « hétérosexuel », dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 53) ; « Avec deux ou trois élèves de ma classe, nous nous moquions d’un garçon du lycée que nous jugions efféminé et que nous traitions de ‘tapette’. En l’insultant, je m’insultais moi-même, par ricochet, et le plus triste, c’est que je le savais confusément. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 203) ; « J’entendais dans la cour de récréation les élèves se traiter de ‘pédé’. C’était une insulte, pour moi. Une simple insulte, rien de plus, que j’utilisais à mon tour sans penser à mal, pour être comme les autres. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 16) ; « Je me tenais à l’écart de tout ce qui se rapprochait plus ou moins de l’homosexualité. » (Eddy Bellegueule, homosexuel, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 147) ; « J’avais échoué, avec Sabrina, dans la lutte entre ma volonté de devenir un dur et cette volonté du corps qui me poussait vers les hommes, c’est-à-dire contre ma famille, contre le village tout entier. Pourtant je ne voulais pas abandonner et continuais à me répéter cette phrase, obsédante, ‘Aujourd’hui je serai un dur’. Mon échec avec Sabrina me poussait à accentuer mes efforts. Je prenais garde à rendre ma voix plus grave, toujours plus grave. Je m’empêchais d’agiter les mains lorsque je parlais, les glissant dans mes proches pour les immobiliser. Après cette nuit qui m’avait révélé plus que jamais l’impossibilité pour moi de m’émouvoir pour un corps féminin, je me suis intéressé plus sérieusement au football que je ne l’avais fait auparavant. Je le regardais à la télévision et apprenais par cœur le nom des joueurs de l’équipe de France. Je regardais le catch aussi, comme mes frères et mon père. J’affirmais toujours plus ma haine des homosexuels pour mettre à distance les soupçons. Je devais être en classe de troisième, peu avant la fin du collège. Il y avait un autre garçon, plus efféminé encore que moi, qui était surnommé ‘la Tanche’. Je le haïssais de ne pas partager ma souffrance, de ne pas chercher à la partager, ne pas essayer d’entrer en contact avec moi. Se mêlait pourtant à cette haine un sentiment de proximité, d’avoir enfin près de moi quelqu’un qui me ressemblait. Je le regardais d’un œil fasciné et plusieurs fois j’avais essayé de l’approcher (uniquement lorsqu’il était seul à la bibliothèque, car il ne fallait pas que je sois vu en train de lui parler). Il restait distant. Un jour qu’il faisait du bruit dans le couloir où une foule assez importante d’élèves était amassée, j’ai crié ‘Ferme ta gueule pédale’. Tous les élèves ont ri. Tout le monde l’a regardé et m’a regardé. J’avais réussi, l’instant de cette injure dans le couloir, à déplacer la honte sur lui. » (idem, p. 195-196) ; etc. Dans son autobiographie Libre (2011), Jean-Michel Dunand raconte comment il a renié son homosexualité face à un garçon avec qui il avait eu une aventure (« Je te préviens, je ne suis pas du tout homo. C’est juste une expérience. », p. 38), ou bien l’épisode inverse durant lequel Yann, l’un de ses amants, après leur première nuit ensemble, s’est défilé en présentant la même excuse homophobe pour se désengager au plus vite (« D’abord, je ne suis même pas sûr d’être vraiment homo. » idem, p. 85)

 

HOMOPHOBE 4

Film « La Chatte à 2 têtes » de Jacques Nolot


 

Dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, Eddy Bellegueule raconte toute l’ambivalence séductrice de ses deux bourreaux du collège (un grand roux et un petit) : « Regarde, c’est Bellegueule, la pédale. » (p. 20) Et le pire, c’est que lui, par homophobie intériorisée, rentre dans leur jeu ! « Ils sont revenus. Ils appréciaient la quiétude du lieu où ils étaient assurés de me trouver sans prendre le risque d’être surpris par la surveillante. Ils m’y attendaient chaque jour. Chaque jour je revenais, comme un rendez-vous que nous aurions fixé, un contrat silencieux. […] Uniquement cette idée : ici, personne ne nous verrait, personne ne saurait. […] Dans le couloir, je les entendais s’approcher, comme les chiens qui peuvent reconnaître les pas de leur maître parmi mille autres, à des distances à peine imaginables pour un être humain. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs au collège, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 38)

 

Il est grand temps que nous le reconnaissions. L’agresseur n° 1 des personnes homosexuels n’est pas le « méchant non-homosexuel » mais bien l’homme à la sexualité ambiguë/incertaine, le macho qui joue les « hétéros » pour mieux masquer son homosexualité latente, sa bisexualité violente, cette bisexualité qui s’exprimera à l’occasion par une brutalité envers sa femme/les femmes et envers ses amants homosexuels occasionnels, ou dans des rapports fortement liés au cadre violent de la prostitution et du jeu collectif cruel de la « chasse aux pédés » : « Au grand dam de ma propre expérience, j’étais souvent désagréablement surpris qu’à l’unanimité, ces trop ‘Posés’, idéalisés et en même temps si ressemblants, qui parlaient de tare congénitale et de détournement, condamnaient cette pratique et refusaient de voir cette autre image de la sexualité pourtant si révélatrice de leur personnalité. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 61) ; « Si véritablement je n’étais pas leur star, à coup sûr, je devins par la suite une célébrité parmi eux [les garçons]. Ma féminité les rendait impulsifs les uns les autres. Ils m’aimaient, me parlaient avec douceur en me caressant la nuque ou le dos, comme il était permis ici pour démontrer une certaine affection. » (idem, p. 58) ; « Ce qui est arrivé, oublie-le. Je ne tiens pas à ce que cela se sache et encore moins à ce que tu le prennes comme la naissance d’un amour véritable. Vous êtes ‘toutes’ les mêmes. » (un ex-amant parlant à Berthrand Nguyen Matoko, idem, p. 72) ; « La violence traduit la peur d’être séduit. » (Rennie Yotova, Écrire le viol (2007), p. 111) ; « Quand je vois un beau gars qui me plaît dans la rue, il faut que je change de trottoir. Je connais trop ma sensibilité. » (un témoin homo refoulé, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 198) ; « Bruno, malgré un discours carrément homophobe, a vraisemblablement davantage de relations homosexuelles que de relations hétérosexuelles. Il en va de même pour Éric, qui se prostitue exclusivement avec des hommes ; quoiqu’il s’affirme plus volontiers hétérosexuel qu’homosexuel, il n’a presque jamais eu de rapports hétérosexuels. » (idem, p. 241) ; « Dans leur ambivalence, certains semblent ‘jouer avec le feu’ : ils sont à la fois attirés et dégoûtés par l’homosexualité. Une grande anxiété mais aussi une curiosité certaine en amènent plusieurs à entretenir à la fois des préoccupations homosexuelles et homophobes. Le cas de Bruno, 25 ans, est à ce titre éloquent. Il dit détester les homosexuels mais hésite, au cours de promenades nocturnes, entre deux possibilités : les pourchasser ou les inviter à faire l’amour avec lui… » (idem, p. 198) François, 17 ans, sympathisant des skinheads, et abusé dans son enfance, participe activement à des expéditions de « tabassage de tapettes » dans le village gay de Montréal : « J’ai de la misère avec les homos. L’an passé, avec des amis, on allait dans le quartier gay à Montréal, le soir. J’en attirais un dans une ruelle en lui parlant puis, avec les chums [chum = ‘mec’ en Québec] qui m’attendaient cachés, on lui faisait les poches, on lui râpait la face sur l’asphalte si on pouvait. C’était comme une vengeance. […] Finalement c’est à des gars comme mon père que j’en veux, pas aux homosexuels. Je fais la différence aujourd’hui entre les hypocrites qui abusent et les homos. » (idem, p. 171) ; « Il n’est pas nécessaire, pour expliquer l’attitude ambivalente à l’égard du rival, d’invoquer une homosexualité latente ou refoulée. Le rival détourne vers lui une bonne partie de l’attention que le sujet, en bonne hétérosexualité, devrait réserver à l’objet ; cette attention est forcément ‘ambivalente’ puisqu’à l’exaspération suscitée par l’obstacle se mêle l’admiration et même l’exaspération que suscite les prouesses du don juan. » (René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), p. 474) ; etc.

 

Les agresseurs homophobes se font souvent passer pour des homos pour satisfaire leurs appétits sexuels sans en assumer la responsabilité, comme le montrent certains articles. « Le grand point faible de l’homosexualité, c’est sa lâcheté : surpris en flagrant délit ‘d’outrage aux mœurs dans un lieu dit public’, le pédéraste ne peut chercher aucun secours chez son partenaire de rencontre ; il est seul. Personne n’est jamais homosexuel… sauf celui qui se fait pincer. Une ignoble loi de la jungle régit notre existence et nous vivons dans la perpétuelle attente de la catastrophe. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 103) ; « Le violoniste virtuose Paul Körner est victime de chantage de la part du prostitué Franz Bollek. Körner refusant de continuer à payer toujours plus d’argent au maître-chanteur, Bollek le dénonce pour infraction à l’article 175. Au cours du procès qui s’ensuit, le docteur Magnus Hirschfeld, qui joue son propre rôle, prononce un ardent plaidoyer contre l’intolérance et la discrimination dont sont victimes les homosexuels. Bollek est condamné pour extorsion de fonds. Körner, qui est pourtant victime de chantage, est lui aussi condamné, mais pour avoir enfreint l’article 175. Sa réputation est ruinée, il ne supporte pas l’opprobre public et finit par se suicider. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 112) ; « Pour le poète René Crevel, Magnus Hirschfeld est un ‘abominable charlatan’, un ‘Moloch qui dévore chaque jour au moins un hermaphrodite ou un travesti’. De fait, Crevel n’était pas le seul homosexuel à détester Hirschfeld, on le verra. » (idem, p. 113) ; etc.

 

À titre d’exemples d’homophobie homosexuelle entre amants, Costas Taktsis, l’écrivain grec, est assassiné (étranglé) le 30 août 1988 par un amant de passage, alors qu’il se prostituait dans les rues d’Athènes. L’agresseur du chanteur espagnol Miguel de Molina n’est autre qu’un homme homosexuel lui aussi (cf. l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 56). Carlos Travers, à l’automne 1979 à Madrid, est tué par un prostitué, étranglé par un câble. Álvaro Retana, le romancier espagnol, est assassiné par un prostitué homosexuel en 1970. Joan Joachim Winckelmann est assassiné dans sa chambre d’hôtel de Trieste par un jeune voyou, Francesco Arcangeli. Ramón Novarro, amateur de jeunes prostitués, est retrouvé mort dans sa piscine, assassiné par deux gigolos. Pier Paolo Pasolini a été tué par Pino Pelosi, un jeune homme homosexuel de 17 ans, le 1er novembre 1975. L’homme politique Harvey Milk est assassiné par Dan White en 1978 à San Francisco : l’orientation sexuelle du tueur, si l’on s’en tient à l’adaptation cinématographique de Gus Van Sant, semble plus que trouble. Le directeur de Sciences Po Paris, Richard Descoings, est retrouvé nu et décédé à 53 ans sur son lit de chambre d’hôtel à New-York en 2012 : il y avait fait de drôles d’expériences avec deux jeunes prostitués. Le 4 avril 2012, Jean-Nérée Ronfort, un expert en antiquités de 69 ans, a été découvert par son compagnon gisant au sol de son bureau, le crâne fracassé : il a été tué par trois prostitués roumains de 20, 21 et 25 ans. Le 12 juin 2016, Omar Mateen, l’auteur de la fusillade la plus meurtrière des États-Unis dans la boîte gay The Pulse à Orlando, en tirant sur 49 personnes, s’est révélé être homosexuel refoulé et client régulier de l’établissement.

 

Personnellement, j’ai rencontré à Angers, l’année 2002, un homme de cinquante ans, Jacques, à l’association homosexuelle Tonic’s. Quand je lui ai parlé en tête à tête au cours d’un dîner associatif, il avait l’air d’être assez torturé, d’avoir des pratiques aux antipodes de ses idéaux profonds. Si je devais résumer, l’impression que Jacques m’a laissée est celle d’un dragueur désespéré. J’ai appris quelques années plus tard qu’il avait été retrouvé mort étranglé dans son appartement. Tout de suite mes amis homos de l’époque m’ont raconté les faits et ont conclu au meurtre HOMOPHOBE perpétré par un terrible psychopathe hétéro qui s’attaquerait à tous les homosexuels de cette belle ville d’Angers (Qui sera le prochain sur la liste du « méchant Homophobe » ? Sûrement). Le fin mot de l’histoire n’intéressa pas grand monde (à part moi…). En effet, la police a découvert qu’il s’agissait d’un règlement de compte entre amants, et que Jacques avait demandé à son amant homo de passage de le soulager définitivement d’une existence trop lourde à porter. Affaire classée. Pas qu’homophobe : homosexuelle surtout !

 

Beaucoup d’hommes et de femmes homosexuels décrivent le visage homosexuel de leur agresseur homophobe : « Le pire ennemi est la folle exhubérante. » (la voix-off du film « Ce n’est pas l’homosexualité qui est perverse » (1971) de Rosa Von Prauheim) ; « J’ai moi-même été plusieurs fois la victime d’agressions. » (Denis Daniel à propos de ses amants, dans Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 119) ; « La vie de cet intellectuel [Pasolini] qui ne se sentait bien qu’avec la canaille était fascinante et, on le comprendrait quelques années plus tard, assez effrayante. » (Jean-Claude Brialy dans Le Ruisseau des singes (2000), p. 144) ; « Ce qui, pour moi, reste un mystère absolu, c’est pourquoi ces garçons, malgré leur haine féroce pour les homos, voulaient avoir des relations sexuelles avec un gay comme moi. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 81) ; « J’ai travaillé pendant 4 ans avec une ‘bande de loubards’, tels qu’ils se définissaient eux-mêmes, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Fréquemment, ils allaient ‘casser du pédé’ au square des Batignolles. En repensant à eux, à leurs discours, aux descriptions qu’ils aimaient faire, s’intégrant à leur mode de provocation par rapport à l’adulte, à l’éduc, je reconnais volontiers ma cécité. La bande : une cinquantaine de jeunes de 14 à 30 ans, bardés de chaînes, de croix gammées pour certains, de blousons de cuir, vivaient une homosexualité latente. […] Sans vouloir en rien énoncer que ces hommes provoquaient le viol parce que homosexuels, le viol d’hommes est peut-être localisé autour des sphères homosexuelles. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), pp. 183-184)

 

Dans son témoignage sur un viol collectif survenu contre un homme homosexuel par une bande de jeunes, Carlos López décrit leur homosexualité latente (Carlos López, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 115). En avril 1993, deux hommes sont arrêtés (l’un de 60 ans, Félix P.R., l’autre de 50 ans, Gregorio C.M.) parce qu’ils se faisaient passer pour des policiers au cinéma Carretas de Madrid afin de forcer des clients à coucher avec eux (Fernando Maldonado, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 142). Pendant la Seconde Guerre mondiale, un prisonnier homosexuel raconte que ses deux compagnons de cellule de camp de concentration, qui maltraitaient la « pédale » qu’il était parce qu’ils se disaient « hétéros », étaient finalement homosexuels : « De ce qu’ils racontaient, je pus déduire qu’ils étaient tous deux mariés, mais j’ai découvert dès la première nuit qu’ils se faisaient des choses sans se cacher. D’après ce qu’ils pensaient, c’était un moyen de remplacement et pas une histoire de pédés ! » (un témoin cité dans l’ouvrage Les Hommes au triangle rose (1981) de Hans Heger) Le 12 octobre 1998 aux États-Unis, Aaron McKinney et Russell Henderson, les assassins de Matthew Shepard prétendument « hétéros », le soir du meurtre, dans les toilettes du bar Fireside, se sont faits passer pour un « couple gay » auprès de Matthew, avant de l’embarquer dans leur camionnette pour le draguer et le torturer ; après leur procès, on découvre l’homosexualité refoulée de Aaron en prison (l’un de ses compagnons de cellule, Andrew, le laissera sous-entendre : « Pourquoi t’as enculé cette putain de tante ? Parce que tu vas devenir une putain de tante aussi… »).

 

Le crime homophobe est toujours l’aveu d’un trouble sexuel mal géré. « Je me fis traiter de ‘sacré makoumè ( = pédé) par beaucoup de personnes, même par les jeunes de mon âge, qui, la veille encore, m’avaient sollicité pour un plan masturbation à un coin de plage. » (Ednar, le héros homosexuel du roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 69) Par exemple, à Oxnard, en Californie, le 12 février 2008, le jeune Brandon McInerney (14 ans), trouvant que Lawrence King (15 ans) flirtait trop ouvertement avec lui, l’a tué de deux balles dans la tête devant tous leurs camarades de classe.

 

L’orientation bisexuelle ou homosexuelle n’est quasiment jamais dévoilée par l’agresseur : « La plupart des agresseurs auraient tendance à se définir comme hétérosexuels exclusifs et s’avèreraient, de surcroît, homophobes » (Michel Dorais, Ça arrive aussi aux garçons (1997), p. 108), ce qui conduit la victime à désigner naïvement son violeur homophobe comme « 100 % hétérosexuel » (alors qu’à mon avis, si l’agresseur a une orientation sexuelle, il a les trois en même temps : homosexuelle, hétérosexuelle, et bisexuelle !) et à se croire elle-même parfois d’orientation homosexuelle, du fait de son statut de victime passive : « La plupart des agresseurs sont décrits par leurs victimes comme étant ou s’affirmant d’orientation hétérosexuelle, quelquefois bisexuelle, très rarement homosexuelle. » (idem, p. 73) Encore une fois, la majorité des personnes homosexuelles se voilent la face sur la nature homophobe du désir homosexuel, et sur le caractère homosexuel de l’agression homophobe.

 

Dans mon cas personnel, et dans le cadre de ma pratique professionnelle de prof d’espagnol au lycée, j’ai constaté que les seules attaques homophobes que j’ai connues ne sont venues que des garçons les plus efféminés ou des filles les plus garçonnes, ou bien à l’extrême-inverse, des élèves qui forçaient trop leur hétérosexualité et leur identité masculine pour en être totalement sûrs (ils n’avaient d’ailleurs aucun succès avec les filles…).

 
 

b) L’homophobie post-coming out : Beaucoup de personnes homosexuelles sont en réalité homophobes parce qu’elles célèbrent trop leur désir homosexuel

N.B. : Je vous renvoie également aux code « Milieu homosexuel infernal » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Actuellement, l’homophobie est souvent caricaturée par les personnes homosexuelles comme un refoulement, un refus de ne pas s’accepter soi-même et de ne pas passer à l’acte homo (« La pire des homophobies, c’est l’homophobie intériorisée. » déclarera par exemple Sébastien Carpentier, lors de sa conférence au Centre LGBT de Paris à l’occasion de la sortie de son essai sociologique Délinquance juvénile et discrimination sexuelle, en janvier 2012)… alors qu’en réalité, l’homophobie est aussi le passage à la pratique homo, est aussi la caricature du coming out ! Car qui, par l’identité et la pratique homosexuelle, rejette la différence des sexes (dont nous sommes tous issus) finit toujours par se rejeter lui-même dès qu’il se croit « un homo » ou qu’il pose un acte homo. C’est totalement logique ! L’homophobie bien homosexuelle est le résultat de l’éjection (jalouse) de la différence des sexes, y compris entre personnes homosexuelles : « Hans Blüher manifeste du dégoût pour Magnus Hirschfeld – dégoût représentatif de l’attitude du camp homosexuel masculin pour celui des ‘efféminés’, dans lequel il range le célèbre docteur et son comité humanitaire. » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 137)

 

En tout individu homosexuel, même après son coming out, même en couple « stable », il y a des vieux réflexes d’homophobie qui reviennent au galop : « Encore aujourd’hui, à 24 ans, Alexandre n’arrive pas à dire aux autres qu’il est homosexuel. Pourtant, à 24 ans, c’est un homosexuel qui est ouvert, qui le dit, qui assume déjà bien. » (le père d’Alexandre, encore étonné de la persistance de l’homophobie de son fils homo, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010) ; « Je n’oublierai jamais l’horreur indicible qui glaça la lymphe de mes glandes quand le mot honteux jaillit dans mon esprit torturé : j’étais un homosexuel.’ Parce qu’on est tous plus ou moins passés par là, les tourments de William Burroughs relèvent de l’universel. » (cf. la citation de Burroughs commentée par un journaliste de la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 104) ; « Je ne vais pas vous faire le coup du coming out, ce serait presque banal et dénué d’intérêt. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 14) ; « Est-ce que je suis homo ou hétéro ? Je me vois comme hétéro ; l’homosexualité, ce n’est pas pour moi. Je suis certain que ça vient des abus. » (Bruno, un garçon bisexuel de 25 ans, cité dans Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 206) ; « Pour s’intégrer à la meute, on rajoute une couche d’homophobie à l’homophobie. » (un témoin homosexuel breton avouant qu’il dissimule son homosexualité au travail, dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; etc. Le cinéaste homosexuel britannique Terence Davies considère l’homosexualité comme une « exécrable malédiction » (cf. l’interview dans le journal The Guardian, 6 octobre 2000). On voit bien, à travers de tels témoignages, qu’il ne suffit pas de se dire « homosexuel » pour bien le vivre. C’est bien parce que le désir homosexuel est intrinsèquement homophobe que Didier Éribon dit que le coming out est une démarche souvent ratée et à refaire éternellement : pas pour une autre raison (même si le sociologue soutiendra à l’inverse que c’est à cause de l’imbattable homophobie sociale que ce travail de Sisyphe est sans fin). Cette homophobie intériorisée peut d’ailleurs prendre le visage de l’auto-parodie, comme c’est le cas dans cette vidéo, où ses concepteurs jouent à imiter les homophobes (… de leur propre camp).

 

Les exemples de haine homophobe des personnes homosexuelles déclarées fusent. Par exemple, André Gide ne tolère que les hommes pédérastes, pas les personnes homosexuelles efféminées qu’il juge « anormales ». Jean Genet « n’aime pas les homosexuels » (Edmund White concernant Jean Genet, cité dans Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 29). Dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, Simon, comme la majorité des personnes homosexuelles, « se sent très différent des homosexuels » (p. 89). Dans le documentaire « Pierre Louÿs : 1870-1925 » (2000) de Pierre Dumayet et de Robert Bober, Pierre Louÿs, pourtant homosexuel, dit être « dégoûté de l’homosexualité ». La lesbophobie des hommes gay est assez répandue. Mais celle des femmes lesbiennes entre elles est tout aussi marquée (cf. le film « Sex Revelations » (1996) de Jane Anderson). Violette Leduc, Marguerite Yourcenar, ou Cathy Bernheim, se sont même demandées si elles ne détestaient pas seulement les femmes mais aussi les femmes lesbiennes. Virginia Woolf, par exemple, refuse d’être assimilée aux « saphistes » et aux hommes efféminés qui s’affichent.

 

Cela choquera certains que je le dise, mais c’est pourtant vrai. Le premier acte d’homophobie intériorisée, c’est déjà le suicide opéré au nom de l’homosexualité/l’homophobie. Par exemple, le militant gay Alfredo Ormando, en 1998, s’est immolé lui-même par le feu sur la place saint Pierre au Vatican pour protester contre l’homophobie. Son acte a-t-il été reconnu comme un acte homophobe ? Pas du tout, puisqu’il est enrobé d’intentions pro-gay, d’émotionnel catastrophiste, et qu’il est dirigé contre sa propre personne. Notre époque a tout simplement du mal à envisager qu’on puisse être son pire ennemi… Autre exemple d’homophobie homosexuelle par le suicide : celui de Sébastien Nouchet, qui, on l’a appris plus tard, n’a pas été la victime de l’acte homophobe odieux qu’on croyait, mais qui s’est en réalité incendié lui-même à l’essence dans son jardin le 16 janvier 2004 (cette affaire avait défrayé la chronique et ému l’opinion publique juste au moment des Gay Pride françaises).

 

Magnus Hirschfeld prétendra en 1914 que 300 de ses patients, soit 3% des 10 000 individus homosexuels qu’il a reçus, se sont donné la mort. Pour les seules années 1906-1907, on comptait six suicides parmi les homosexuels officiers de l’armée allemande, dont l’existence avait été dévastée par les réclamations de maîtres-chanteurs.
 

L’homophobie homosexuel prend parfois le visage sournois de la victimisation. En effet, la logique victimiaire peut pousser certaines personnes homosexuelles à rechercher l’homophobie pour « exister », ou bien à créer et à répéter pour elle-même ce qu’elles n’attribuent qu’aux autres (« Choquant ? Pour les homophobes. » signale une affiche de Journée Mondiale contre l’Homophobie ; « Un homosexuel aux Antilles ne peut être respecté. » déclare avec fatalité Ednar, le héros homosexuel du roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 81) Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Élisabeth et Catherine font en sorte d’être virées de leur boulot uniquement au nom de leur homosexualité.

 

Par exemple, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès le comédien sur scène se met à citer des phrases que les homophobes auraient dites… mais qui sortent quand même de lui, au final : « Les homos, je leur pisse à la raie ! Le Sida est la punition divine sur les homos et les drogués. »

 

L’homosexualisation de la violence faite à une personne qui ressent un désir homosexuel, comme si sa seule homosexualité suffisait à expliquer l’acte violent qu’elle a vécu et qu’une attaque justifiait qu’on réduise des personnes à leur orientation sexuelle, est aussi homophobe que l’« homophobie » pointée du doigt : « Un gamin venait d’être battu dans cette ville parce qu’il était homo ! » (un jeune garçon homo parlant du meurtre de Matthew Shepard, dans la pièce Le Projet Laramie (2001) de Moisés Kaufman)

 

Mais allons plus loin en reconnaissant que ce sont ceux qui persécutent le plus la communauté homosexuelle qui sont, dans le privé, les individus les plus homosexuellement pratiquants. Par exemple, dans les années 1950, le sénateur homosexuel américain Joseph McCarthy organise une véritable « chasse aux sorcières » contre les communistes et les personnes homosexuelles aux États-Unis. Son amant, l’avocat républicain et gay honteux, Roy Cohn, mort des suites du Sida en 1988, a toute sa vie exprimé publiquement son dégoût des personnes homosexuelles et prétendu être atteint d’un cancer au moment de sa mort (son histoire est représentée dans la pièce Angels In America (1991) de Tony Kushner). Autre cas qui semble inouï : celui du directeur du F.B.I., J. Edgar Hoover. Cet homme a pourchassé les personnes homosexuelles en temps de maccarthysme alors même qu’il a vécu 40 ans avec son compagnon (c’est pourquoi Sébastien Chauvin, dans son article « Hoover », publié dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003), évoque le « paradoxe Hoover »). Tout récemment, en 2010, on a découvert que le pasteur Eddie Long, télévangéliste nord-américain pourtant particulièrement connu pour ses prêches anti-gay, est pédophile et homosexuel. Wes Goodman est un député américain homophobe ET homosexuel. En 2011, aux États-Unis, on découvre que Phillip Hinkle, opposant au mariage gay dans l’État de l’Indiana, a eu des relations sexuelles avec un jeune escort boy. Idem pour le sénateur républicain Roberto Arango, opposé au « mariage homo »… mais inscrit et posant nu sur Grindr ! En France, le politicien Renaud Donnedieu de Vabres est « outé » alors qu’il défile contre le PaCS en 1999 ! Les ambiguïtés homophobes de la pratique homosexuelle se vérifient à l’échelle d’une nation ou de communautés particulièrement hostiles aux personnes homosexuelles : « Il se passe dans l’Islam le contraire de ce qui se passe en Occident. En Occident, aujourd’hui, le pouvoir est libéral, mais l’opinion reste à la traîne ; dans l’Islam, les autorités répriment ce que la population pratique sans complexe. » (Dominique Fernandez, L’Amour qui ose dire son nom (2000), p. 11)

 

HOMOPHOBE 5

Film « Tu n’aimeras point » de Haim Tabakman


 

Beaucoup de personnes homosexuelles disent clairement leur mépris de leurs « semblables » d’orientation sexuelle et leur préférence sexuelle pour tous les individus qui, de près ou de loin, ne « font pas homos » : « Quand un gars s’approche et qu’il me plaît, je le laisse faire. Quand il ne me plaît pas et qu’il s’approche trop, je lui dis : ‘Aie, qu’est-ce que tu fais ? Laisse-moi tranquille, maudite tapette !’. » (Bruno, bisexuel de 25 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 205) ; « Je ne fais pas partie de ces vieilles folles qui se peinturlurent. » (Francis Bacon dans le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton) ; « C’est avec quelqu’un comme lui que je conçois une relation entre deux garçons, peut-être parce que nous nous ressemblons, parce qu’on ne dirait pas que nous sommes homosexuels. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 144) ; « Je ne suis toujours pas gay. Je n’ai jamais supporté cette appellation souvent utilisée du bout d’une lèvre incertaine, mêlant grivoiserie retenue et honte passagère à l’égard des garçons qui préfèrent les garçons. […] Je ne me reconnais en aucun cas dans ce que certains appellent ‘le milieu’. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), pp. 255-256) ; « Le plus triste dans sa déchéance alcoolique aura été son antisémitisme, ses délires homophobes. » (Gore Vidal parlant de l’écrivain homo Jack Kerouac, dans Palimpseste – Mémoires (1995), p. 352) ; « Les pédés sont des cons. Ils nous détestent. Ils marchent comme des zombies. Notre but, c’est de réveiller toutes ces folles ! » (Thibault, homosexuel, leader du mouvement Act-Up, dans le docu-fiction « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo)

 

Le libertinage donne une illusion de liberté et construit finalement un ghetto doré, avec des nouvelles règles, une nouvelle loi de la jungle : « Outre la mauvaise réputation qu’avait la Savane la nuit, je lui rapportais en détail certaines agressions dont j’avais été témoin. Sur la place, je rencontrais toutes sortes d’individus ; les ‘branchés’ étaient une population très hétéroclite. On était du même bord, mais on ne se fréquentait pas. Sans doute par manque de confiance, beaucoup se méfiaient de leur propre clan et jouaient à cache-cache en permanence, se dénigrant et se méprisant mutuellement. Impensable pour un groupe déjà victime du malheur de sa propre différence ! C’est quand même surprenant et regrettable d’en arriver là.[…] Cette histoire de clans est une fatalité pour la communauté et l’on ressentait une rivalité oppressante entre les groupes différents. En fait, chaque groupe entrait dans une catégorie bien distincte : les extravagants, les cancaniers, les très discrets et enfin les ‘leaders’, ceux qui incitaient à la prise de conscience contre les discriminations et l’homophobie dans la région d’outre-mer. Je trouvais bien dommage cette diversification au sein de la communauté. » (Ednar parlant des lieux de drague antillais, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 188-189)

 

Le 7 avril 2011, je discutais avec un ami metteur en scène et écrivain, Jérémy Patinier, à la fin de la représentation d’une de ses pièces. On parlait de ses projets à venir. Et il me dit qu’il est en train d’écrire une pièce plus ouvertement gay que ses précédents travaux… mais qui traitera du « comment rester folle tout en étant hors milieu ». Je me suis dit en moi-même : Pourquoi les créateurs homosexuels ont-ils en général tant de mal à assumer de parler franchement d’homosexualité, même quand ils prétendent sincèrement le faire ?

 

Certains membres de la communauté homosexuelle se leurrent en pensant que seule l’homosexualité refoulée est facteur de violence et que « de toutes les déclinaisons, la moins néfaste n’est certainement pas l’homophobie intériorisée » (Daniel Borrillo, « Homophobie », dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 255). Le sujet homosexuel peut devenir homophobe après s’être « assumé » pleinement homosexuel, comme c’est le cas avec « Sébastien » (cf. l’autobiographie Ne deviens pas gay, tu finiras triste (1998) de Sébastien). On le voit également à travers l’article de Manuel Puig, « El Error Gay », publié dans le journal argentin El Porteño en 1990, dans lequel l’écrivain fait une critique sévère du « milieu homosexuel ». Ou encore à travers les mots de l’écrivain Berthrand Nguyen Matoko, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004) : « Je me demandais pourquoi les choses n’étaient pas si simples entre garçons, pourquoi la médisance avait cours dans nos esprits. […] Je me butais à dire que j’étais rejeté par ce même milieu, tout en le fréquentant assidument. Je savais que je me contredisais. Pire, j’avais tendance à me positionner en victime vis-à-vis à d’eux. […] On se haïssait. On se scrutait en chiens de faïence. Ainsi allaient nos humeurs. […] Des liens de rivalité et de dépendance, des uns par rapport aux autres, s’installèrent par la suite. Nous étions en fait des assoiffés du renouveau et du sexe, même si , nos mœurs nous obligeaient à une pseudo convivialité. » (p. 141)

 

On entend très souvent de la part des personnes homosexuelles une attaque féroce du « milieu homosexuel », surtout à travers la Gay Pride. C’est sensiblement les mêmes discours sur l’exhibition et la discrétion qui reviennent sur le tapis (genre « ‘Ils’ donnent une mauvaise de nous. Tous les homos n’ont pas une vie sexuelle débridée et des plumes dans le cul ! ») : « Dans la réalité, une mouvance gay s’exprime dans les médias d’une manière provocatrice qui me dérange et le tapage médiatique qui en résulte offre une vision unilatérale de l’homosexualité. » (Jean-Michel Dunand, Libre (2011), p. 132) Le plus gênant, à mon sens, dans ces plaintes – lâches mais compréhensibles – , c’est qu’elles sont démobilisatrices, et surtout, elles déplacent et réduisent la critique des actes homosexuels à une simple question de visibilité, de paraître (« Après tout, les homos/nous font/faisons bien ce qu’ils veulent/ce que nous voulons, à partir du moment où ça ne se voit pas… »). Elles ne règlent absolument pas la question morale des actes homosexuels. En cela, je trouve que la demande du fameux « droit à l’indifférence » pour se fondre dans la masse, la revendication d’une homosexualité invisible et belle dans la fidélité, la critique homosexuelle de la Gay Pride, si et seulement si elles ne donnent pas lieu à une reconnaissance et à une remise en cause des actes homosexuels privés, sont des démarches particulièrement homophobes. À travers beaucoup de récits d’auteurs homosexuels dépeignant avec amertume et cynisme la soi-disant superficialité du « milieu », on décèle une forme de déni de leurs propres actes, d’auto-punition d’être tombés dans les panneaux qu’ils dénoncent. Dans tous les cas, on ne sort pas la tête de l’eau, et le débat sur la nature et le sens du désir homo passe à la trappe… pour laisser du coup un espace vacant à une homophobie croissante.

 

Par exemple, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar effectue un va-et-vient entre mensonge et caricature d’affirmation de soi, par l’homosexualité. Il est libéré sans être libre : « Après quelques années de retrait en marge du combat contre l’intolérance, je ressentis tout à coup le besoin d’exprimer au grand jour mon identité sexuelle. […] Cette prise de conscience, bien que tardive, faisait de moi un homme libre, oh, que dis-je ! Un homosexuel totalement libéré… » (p. 185)

 

Les artistes homosexuels savent implicitement que leur public le plus impitoyable, ce n’est pas les personnes dites « hétérosexuelles » mais bien les membres antipathiques de leur propre « famille homosexuelle ». « Je suis lesbienne. Donc quand je vais voir un film qui parle du sujet, je suis la pire ! » (Océane Rose-Marie se décrivant sur le qui-vive pendant qu’elle voyait « La Vie d’Adèle » au cinéma, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) ; « Les mêmes folles qui s’étaient hystérisées dans les manifs du FHAR – le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire – étaient prêtes à brûler théâtres et cinémas où l’on jouait La Cage aux folles. Et à cribler d’épingles des figurines à l’effigie de Jacques Chazot, copieusement honni, et qui donna pourtant à la follitude quelques-unes de ses lettres de noblesse. » (cf. la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 72) À la question « Ça vous gênerait d’avoir un public uniquement gay ? », Pascal Rocher, metteur en scène homosexuel, répond en boutade : « Oui. Parce qu’ils ne sont pas faciles, ils sont sans pitié ! » (cf. le magazine Égéries, n°1, décembre 2004/janvier 2005, p. 95) ; etc. Par exemple, le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture » (« Out », 2014) de Maxime Donzel, méprise le coming out du chanteur Ricky Martin comme s’il avait été un manque de courage, car il l’aurait fait parce qu’il était en fin de carrière et aurait voulu vendre son livre. De nombreuses personnes homosexuelles médiatiques continuent de nous prouver qu’elles ont fait concrètement l’expérience de l’homophobie homosexuelle, et que l’homophobie hétérosexuelle n’est qu’un mythe. Mais malheureusement, nous persistons à nous boucher les oreilles pour contenter notre propre haine des couples femme-homme réussis et préserver nos illusions amoureuses !

 

Nos illusions paternalistes et maternalistes aussi ! Entre elles, même les personnalités homosexuelles médiatiques et « assumées », peuvent s’écharper comme jamais. C’est ce qui s’est passé lors de l’émission On n’est pas couchés de Laurent Ruquier diffusée le 20 octobre 2018 sur la chaîne France 2, pendant laquelle Muriel Robin, Marc-Olivier Fogiel et Laurent Ruquier (je ne compte même pas Christine Angot) se sont ligués contre le jeune chroniqueur homo Charles Consigny, à propos d’un désaccord sur la GPA (Gestation Pour Autrui).
 

 

Pour clore ce long exposé sur l’homophobie homosexuelle, j’avais envie de finir par un best of de tous les témoignages (mal connus du grand public puisqu’ils ne résonnent qu’en coulisses) de ces personnalités homosexuelles qui, en croyant bien faire et défendre courageusement leur Patrie LGBT, sont revenues du champ de bataille blessées – et abasourdies ! – par les balles qu’elles ont reçues, non de la part de l’« ennemi hétérosexuel » du devant, mais de l’ennemi homosexuel qui se tenait derrière elles et qui était censé logiquement les couvrir ! :

 

« Je ne pensais pas qu’il y avait autant d’intolérance chez les homos. Ils se plaignent à longueur de journée de ne pas avoir tel ou tel droit et ils ne sont même pas unis entre eux.[…] Les seuls papiers méchants que j’ai eus dans la presse, c’était dans la presse gay. Quand je suis sorti de ‘La Ferme’, j’ai eu 10000 lettres de fans, et six lettres d’insultes qui venaient toutes de gays. » (Vincent McDoom dans le magazine Égéries, n°1, décembre 2004/janvier 2005, pp. 52-55) ; « Sache qu’on ne m’a pas classé dans une catégorie après mon passage à la télé. Certes, je suis l’homo de service à mon boulot et c’est pour rire que mes collègues balancent des blagues sur les pédés. Mais les gens veulent me connaître pour mes qualités et mes défauts, pas pour mon homosexualité. Ce qui est amusant, c’est que ce sont les homos qui me caricaturent en s’imaginant que j’aime les mêmes choses que les folles, qui fréquentent le milieu. Les homos sont intolérants. » (cf. un extrait d’une lettre de Jérôme qui a été l’invité remarqué de l’émission Jour après Jour de novembre 2000 sur France 2, et qu’il m’a écrite personnellement en 2001) ; « Avec Clovis [Cornillac], nous avons été surpris de la petite polémique qu’il a pu y avoir à la sortie cinéma de ‘Poltergay’, concernant le côté homophobe ou homophile du film. On est vraiment tombés des nues. » (Éric Lavaine, le réalisateur du film « Poltergay » (2005), cité dans Le Cinéma français et l’homosexualité (2008) d’Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, p. 57) ; « J’ai été mieux perçu par les rappeurs que par les homos. » (le rappeur gay Monis à l’émission Homo Micro de Radio Paris Plurielle le 1er mars 2010) ; « J’ai plus souffert dans le milieu LGBT que dans le milieu du rap [pourtant réputé homophobe]. » (ce même rappeur, cette fois à l’émission Homo Micro du 25 avril 2011) ; « J’ai eu beaucoup plus de problèmes avec les femmes qu’avec les hommes. Les mecs m’ont toujours accepté à 85% avec mon penchant pour les filles. Les filles ne m’ont pas accepté à 85% avec mon penchant pour les mecs. » (Christine, intervenante bisexuelle, huée par le public de l’émission Ça se discute, diffusée sur France 2 le 18 février 2004, parce qu’elle a osé dire tout haut que l’homophobie était plus homosexuelle qu’« hétérosexuelle ») ; « Curieusement, du côté hétérosexuel, je n’ai jamais eu d’ennemis. Évidemment, il existe toujours quelques vrais conservateurs. Mais mes pires ennemis, je me les suis fait parmi les homos. » (Rosa Von Praunheim dans le documentaire « 68, Faites l’amour et recommencez ! » (2008) de Sabine Stadtmueller) ; « Magnus Hirschfeld fut tellement détesté non seulement par les antisémites, mais aussi par certains homosexuels allemands. » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 117) ; « Vous prêchez la compréhension, la tolérance et puis vous vous attaquez aux autres. Seulement parce que quelqu’un a une opinion différente. Est-ce une manière de penser démocratique et éclairée ? C’est de l’ignorance, parce qu’il ignore le fait que d’autres peuvent avoir une opinion différente, aussi digne de respect que la sienne. Domenico a ses idées, il a fait certains choix. Elton John a fait des choix différents. Différents choix, différentes vies. Respect égal. Je constate, surtout en ligne, qu’il y a beaucoup d’homosexuels qui sont homophobes : des homosexuels qui attaquent d’autres homosexuels qui expriment des idées différentes des leurs. » (Gabbana, le styliste homosexuel qui a exprimé en mars 2015, avec son ex-compagnon Dolce, son opposition à l’adoption par les couples homos, et son indignation face à l’appel au boycott de leur marque de prêt-à-porter par le chanteur Elton John) ; « Je ne connais pas du tout ce milieu. Je ne sais pas s’il a ses cadres. Je le vis en homme libre. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc.
 

Tweet daté du 27 octobre 2018


 

José Mantero, l’ex-prêtre catholique, raconte qu’au moment de son coming out dans la revue gay espagnole Zero en février 2002, ses deux ennemis ont été la hiérarchie catholique, et, à sa grande surprise, les membres des mouvements homosexuels officiels, « les dirigeants gay du moment, trop préoccupés par leur propre ascension personnelle » (José Mantero, « Doce Días De Febrero », dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, pp. 189-194). Lors de la sortie du livre-bombe Le Rose et le noir (1996), on couvre d’insultes le pourtant très objectif Frédéric Martel qui a décrit la censure qui sévit dans le « milieu homosexuel », notamment au moment de l’apparition du Sida en France : « Un gay trahit les gays » (cf. propos rapportés dans l’essai La Politisation de l’ordre sexuel (2008) d’Albert Le Dorze, p. 103). Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont parle de la cruauté et de l’ingratitude d’une grande partie de la population homosexuelle à l’encontre d’un de ses pionniers, André Baudry, ancien séminariste, créateur des thés dansants et de la fameuse « danse du tapis », qui a fondé la première association française ouvertement homosexuelle, Arcadie, et qui a déblayé le chemin de la communauté homosexuelle actuelle. « Il était de bon ton de ricaner derrière le dos de cet homme et je n’ai jamais compris pourquoi. Les gens de gauche le trouvaient trop à droite alors qu’Arcadie était apolitique, les homosexuels honteux lui reprochaient de rendre visible ce qu’ils auraient préféré voir tenu caché, les femmes regrettaient qu’il soit un homme et tous ceux qui n’avaient jamais remué le petit doigt pour améliorer notre sort criaient, quoi qu’il fasse, qu’il se fourvoyait. Tout en laissant braire ces ânes, j’ai adhéré au club et j’ai été de tous les congrès et de tous les débats jusqu’à ce qu’André Baudry finisse par jeter l’éponge. J’ai toujours eu la plus grande estime pour cet homme qui s’était entièrement dévoué à la cause de ses semblables et en qui l’on pouvait avoir toute confiance. […] Il connaissait tous les Arcadiens par leur nom et il avait pour chacun d’eux un mot chaleureux. Merci à vous, cher André Baudry ! » (p. 69) Qui, parmi la jeune génération homosexuelle, connaît ce monsieur ? Et qui, chez les rares militants homosexuels plus âgés qui l’identifient, rendent hommage à celui que la légende actuelle à presque transformer en « pédé bourgeois, honteux » (voire homophobe !) ? Pas grand monde. Par ailleurs, Paula Dumont continue d’évoquer l’homophobie homosexuelle, mais cette fois celle dont elle a fait les frais de la part de son entourage proche. Elle évoque en effet l’inimitié de certaines de ses amies lesbiennes qui ne supportent pas qu’elle ose afficher son homosexualité au grand jour : « Il était manifeste que Catherine était choquée par la visibilité de mon homosexualité. Pour elle, j’étais la représentation, la statue vivante, l’incarnation même du lesbianisme. » (idem, p. 174). Geneviève Pastre, quant à elle, regrette que certaines lesbiennes féministes lui aient reproché d’avoir affiché ouvertement son homosexualité : « J’ai reçu ce boycott du petit monde féministe-lesbien, en pleine figure. » (Geneviève Pastre, De l’amour lesbien (1980), p. 15) Et bien oui ! On a beau jouer le vieux routier du « milieu homosexuel », ce n’est pas pour ça qu’on a compris d’où venait les balles ! En mars/avril 2020, Pete Buttigieg, le candidat homosexuel à la présidentielle des États-Unis parle de la « négativité » de l’électorat gay à son égard… même si, pour rester poli, il met ça sur le compte du fossé générationnel et la violence des réseaux sociaux.

 

Je peux aussi vous parler de mon cas personnel, avec un exemple particulièrement parlant d’homophobie homosexuelle. Le 3 mai 2011, le jour de mon anniversaire, j’ai reçu une véritable pluie de vœux de la part de mes amis, et notamment de mes contacts Facebook. Jamais on ne m’avait autant souhaité mon anniversaire ! Le député UMP, Christian Vanneste, réputé très homophobe, m’a également écrit un simple « bon anniversaire » sur mon mur public Facebook. Il faisait partie de mes contacts car suite à ma participation au duo « Lettre ouverte » que j’avais chanté avec le rappeur Monis (et qui était clairement une main tendue, non une matraque : « Ceci n’est pas une déclaration de guerre. Juste un appel à la paix. C’est notre lettre ouverte. » termine la chanson), je souhaitais poursuivre ce dialogue amorcé, appliquer ce que j’avais défendu, et m’expliquer sur ma démarche. Les vœux de Vanneste étaient donc discrets mais justifiés. Perdus au milieu de 300 autres messages de sympathie, ils ont quand même été identifiés par quelques-uns de mes camarades chroniqueurs de l’émission radio Homo Micro de Fréquence Paris Plurielle, dans laquelle je travaillais bénévolement depuis 2 ans et demi, presque tous les lundis, pour animer la chronique symbolique. L’un d’eux est allé moucharder dans un mail collectif adressé à toute l’équipe radio que « le très homophobe Christian Vanneste avait souhaité un bon anniversaire au Roi des Codes » que j’étais. J’ai bien évidemment réagi, en proposant à ce chroniqueur-Grand-Inquisiteur de fouiller mes 2500 contacts Facebook (et même ma corbeille à papier !) s’il voulait absolument m’associer à tous mes amis et à toutes mes nombreuses lectures pour prouver que j’étais bien le dangereux homophobe qu’il suspectait ! S’en est suivi un échange de mails plus ou moins orduriers, certains me taxant de « traître homophobe » ou me reprochant ma foi catholique. Si ces soi-disant « défenseurs des homos » savaient au moins se relire quand ils rédigent un mail délateur, ça m’éviterait d’avoir à expliquer que les individus homophobes ne se trouvent pas du côté qu’on croit. La preuve en est qu’en m’attaquant, le chroniqueur qui m’a « balancé » auprès des autres, et m’a forcé à quitter l’émission, a terminé son tout premier mail collectif par un aveu qui résume à lui seul tout ce que j’ai essayé de vous expliquer sur l’homophobie de ces militants pro-gays : « Bises homophobes. » Enfin, à l’heure actuelle, le visage 100% homosexuel des attaques et insultes homophobes dont je fais les frais est particulièrement visible sur Twitter : en effet, les seuls qui m’agressent, me traitent de malade mental, m’empêchent de parler d’homosexualité et de l’analyser, ce sont des personnes homosexuelles (ou des personnes bisexuelles se présentant comme « hétéros gay friendly« ) !

 

Les hommes et les femmes homosexuels sont réellement plus exposés à être confrontés à la violence dans leur vie. Ce plus grand risque de violence arrive malheureusement au sein des relations LGBT. En 2002, une étude réalisée par Greenwood et d’autres faisait apparaître que « dans une population représentative on constate statistiquement que le degré de violence dans les relations entre hommes homosexuels était considérablement supérieur au degré de violence des hommes envers les femmes dans une communauté femme-homme. » Greenwood indique que « la fréquence sur 5 ans de violence physique entre des MSM citadins (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) (22%) était significativement plus élevée que la fréquence annuelle de violence grave (3,4%) ou que le taux annuel des violences totales (11,6%) dans un échantillon représentatif de femmes qui étaient mariées ou en concubinage avec des hommes. »

 

Comme le dit fort à propos l’écrivaine Nina Bouraoui dans l’émission « Culture et dépendances » (diffusée le 9 juin 2004 sur France 3), « avant de combattre l’homophobie des autres, il faut avant tout dépasser notre propre homophobie », et envisager l’homophobie non pas comme un processus extérieur à nous, mais comme un processus intérieur, lié à la nature profonde de notre désir homosexuel. Un désir pour et contre lui-même.

 

Pour finir ce chapitre sur la menace homophobe de la gay friendly attitude, j’aimerais insister sur le grand danger que représente actuellement la banalisation bisexuelle de l’homosexualité chez les personnes pro-gays qui, sous prétexte de faire ce qu’elles veulent et d’avoir la paix pour ne plus être obligées de faire leur coming out ou de rendre des comptes sur leurs actes sexuels (ni aux autres ni à leur partenaire de vie), invitent à ce que le désir homosexuel soit nié, soit mis sur le même plan invisible que les autres désirs, pour être justifié et ignoré dans un même mouvement. « J’ose espérer à l’avenir qu’on ne parlera plus d’orientation sexuelle, que ça deviendra juste un fait naturel. » (une femme trentenaire lesbienne dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) Cette homophobie bobo-bisexuelle (particulièrement visible dans le fait divers qui a impliqué un couple lesbien agressé en septembre 2018 à Paris par Arthur, un homme bisexuel), qui ne souhaite plus entendre parler d’homosexualité et qui réduit les individus homosexuels au silence, arrive de manière très forte dans les pays occidentaux. En plus de rajouter du flou sentimentaliste, individualiste et relativiste sur le désir homosexuel, et de déconnecter les êtres humains de leurs actes sexuels, elle est de l’indifférence qui se fait passer pour du respect. Donc elle est redoutable. Je décris ses travers paradoxaux dans le code « Amoureux » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

d) Le frère (de sang) du sujet homosexuel se montre parfois particulièrement homophobe :

Le cliché du frère homophobe peut se vérifier dans les faits, comme en témoigne cet homme homosexuel qui a été violé par son frère quand il était petit : « C’est lui qui m’a appris l’homosexualité qu’il me reproche aujourd’hui. Comme s’il ne se souvenait plus de rien. » (Jean-Sylvain dans, Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 55) Par exemple, dans son film autobiographique « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013), Guillaume Gallienne raconte que son frère a essayé de le noyer dans la piscine quand ce dernier a appris qu’il avait eu une liaison avec un Noir. Dans la biopic « Vice » (2018) d’Adam McKay, Liz est présentée comme la sœur homophobe : elle s’oppose publiquement au « mariage gay » alors que sa sœur Mary est lesbienne.

 

Applaudir à l’homosexualité de son frère, cela revient concrètement à cautionner qu’on attaque ce dernier parce qu’on ne serait radicalement pas du tout comme lui… Il arrive aussi que le frère soit trop proche de son frangin homo pour se sentir à l’aise avec l’ambiguïté homosexuelle de ce dernier ou bien qu’il partage avec lui le secret d’une blessure : « Ni mon père ni mes frères et sœurs n’eurent le moindre soupçon de ce qui s’est passé. Seul mon frère aîné demeurait l’ennemi et le témoin secret qui nous [le père Basile et moi] liait. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 40) ; « Ti Éloi. Ce dernier, si par hasard il apprenait son terrible secret, lui briserait les os. » (Ednar en parlant de son grand-frère, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 20) ; etc. Avoir un frère homosexuel renvoie forcément un reflet de sa propre sexualité ! « Il s’entêtait, aboyait, balbutiait, m’adressait des injures de toutes sortes. » (Eddy Bellegueule parlant de son grand frère Vincent, alcoolique et brutal, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 38) ; « C’est vraiment Frédéric qui a réagi le plus mal à ce moment-là. On a vraiment senti ce mouvement de combat en lui-même, ce dégoût. » (Alexandre, témoin homo parlant de son frère cadet Frédéric dit « hétéro », dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne diffusée sur RTS le 24 juin 2010) ; etc. Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Quand ils ont renoncé leur homosexualité, leurs proches les ont rejetés » diffusée sur France 2 le 8 juin 2016, Tony, 19 ans, se dit homosexuel et a un frère jumeau dit « hétéro », Enzo, qui au départ a bien réagi au coming out de son frère pour finalement, par peur des comparaisons, l’insulter : « J’ai eu droit aux insultes. » De mon côté, même s’il affiche un discours gay friendly pour faire bien en société (il se dit pro-mariage-pour-tous), mon frère jumeau adopte à mon égard des attitudes homophobes puisqu’il pathologise (et me réduit à) mon homosexualité (pour me transformer en dangereux « cas » qui aurait gâché sa vie), et qu’il nie complètement mes études sur l’homosexualité.

 

Enfin, je commence à connaître un certain nombre de cas où l’attention et l’empathie qu’a suscitées le coming out d’une personne dans une famille ont réveillé des jalousies cachées (entre un fils « hétéro » et ses parents, entre un frère « hétéro » et son frère « homo »).

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°170 – Témoin silencieux d’un crime

Témoin silencieux

Témoin silencieux d’un crime

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Dans les œuvres homosexuelles, il arrive beaucoup plus souvent qu’on ne le croit que le héros homosexuel soit le témoin accidentel d’un vol, d’un meurtre, d’une agression homophobe, ou d’un viol, qu’il n’a pas commis, mais dont il est le complice, au moins oculaire, et qu’il ne dénonce pas. Le doute entre sa lâcheté de spectateur et son impuissance objective porte un nom : le désir homosexuel, celui-ci étant à la fois un désir d’amour lâche et violent par nature, et un désir de viol non-actualisé, qui s’imposerait à celui qui le ressent sans qu’il n’y puisse rien. Le fait que ce personnage ne vienne pas en aide à un de ces compagnons (en général homosexuel comme lui) montre bien la dualité homophobe du désir homosexuel, qui est à la fois pour et contre lui-même (puisque c’est un désir idolâtre). Ces exemples fictionnels de non-assistance à personne en danger, tout irréels qu’ils soient, montrent que l’homophobie intériorisée est une étape récurrente dans l’affirmation d’une homosexualité.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Homosexuel homophobe », « Déni », « Défense du tyran », « Adeptes des pratiques SM », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Regard féminin », « Femme au balcon », « Amour ambigu de l’étranger », « Passion pour les catastrophes », « Voleurs », « Violeur homosexuel », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Main coupée », « Voyeur vu », « Espion », « Hitler gay », « Tout », « Couple criminel », « Milieu homosexuel infernal », « Prostitution », à la partie « Peur de la sexualité » du code « Symboles phalliques », à la partie « Désir de viol » du code « Viol », à la partie « Apocalyse » du code « Entre-deux-guerres », à la partie « L’homo combatif face à l’homo lâche » du code « Faux Révolutionnaires » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

Film "Pornography : A Thriller" de David Kittredge

Film « Pornography : A Thriller » de David Kittredge


 

Dans certaines fictions traitant d’homosexualité, le héros homosexuel est témoin d’un meurtre, d’un viol ou d’un vol, qu’en général il ne dénonce pas : cf. le vidéo-clip de la chanson « Take Me To Church » d’Hozier, la chanson « J’étais là » de Zazie, le film « Témoin » (1978) de Jean-Pierre Mocky, le film « Merci… Dr Rey ! » (2003) d’Andrew Litvack (avec le personnage de Thomas), le film « Adored Diary Of A Porn Star » (2004) de Marco Filiberti (avec Federico et son frère Riki), le film « Cahier volé » (1991) de Christine Lipinska, le film « Je veux seulement qu’on m’aime » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec Aschenbach, spectateur d’une peste urbaine), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti (avec le personnage de Robert), le film « Le Faucon maltais » (1941) de John Huston (avec le personnage d’Avril), le film « Quai des Orfèvres » (1947) d’Henri-Georges Clouzot (avec le personnage de Dora Meunier), le film « Les Désarrois de l’élève Törless » (1966) de Volker Schlöndorff, le film « Fremde Freundin » (1999) d’Anne Hoegh Krohn, le film « Wonderland » (1988) de Philip Saveville, les films « Huit Femmes » (2001) et « Swimming-pool » (2003) de François Ozon, etc. « Madame Pignou entendit les pleurs d’un bébé dans l’arrière-boutique, essaya d’alerter la boulangère, mais pas un mot ne sortait de sa bouche, elle était devenue muette. » (Copi, « Madame Pignou » (1978), p. 49) ; « Le perroquet vert, témoin d’un meurtre d’une princesse russe, et qui perdait les plumes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 75) ; « C’est la première fois que je perds. » (Donato, le héros homo secouriste de mer qui a laissé se noyer l’amant de son futur partenaire, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; etc.

 

 

Par exemple, dans le film « Saint » (1996) de Bavo Defurne, un adolescent, caché dans une forêt, assiste, impuissant, à l’exécution d’un homme homosexuel par une bande de soldat. Dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph Mankiewicz, Catherine (Elizabeth Taylor), pendant tout le film, garde le silence sur la scène du meurtre homophobe collectif qu’a subi son cousin homosexuel Sébastien. Dans le film « Dressed To Kill » (« Pulsions », 1980) de Brian de Palma, une call-girl qui a surpris un meurtre dans un ascenseur devient la proie de la meurtrière, une mystérieuse blonde transsexuelle M to F. Dans le film « Dinero Fácil » (2010) de Carlos Montero, Jaime le prostitué est témoin d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Dans le film « Les Enfants du Paradis » (1945) de Marcel Carné, Avril, le complice et l’amant de Lacenaire, devient voyeur d’un meurtre. Dans le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques », 1944) de Luchino Visconti, Gino est témoin du meurtre que Giovanna opère sur son mari, et s’affaire à le camoufler. Dans le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, Manuel Blanc se fait violer par un mec sous les yeux d’Ingrid. Dans le film « La source ou la fontaine de la jeune fille » (1960) d’Ingmar Bergman, Ingeri assiste au viol de Karin. Cachée derrière un buisson, alors qu’elle tient une pierre dans sa main pour lui venir en aide, elle n’intervient pas. Dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1925) d’André Gide, Édouard est témoin du vol de livre d’Eudolfe qu’il garde secret. Dans le film « Rear Window » (« Fenêtre sur cour », 1955) d’Alfred Hitchcock, Jeff, au départ, veut faire justice lui-même et ne veut pas prévenir la police pour le meurtre qu’il a vu depuis sa fenêtre. Dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, Timofei, le héros homo, aperçoit un vol de portefeuilles mais il ne fait rien pour arrêter le voleur. Dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, Jean-Jacques regarde passivement le viol de Jean-Marc, son copain, par ses camarades de « Mission ». Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie et Ruth maquillent le meurtre du mari de la seconde, Bennett.

 

Le plus étonnant, c’est la passivité et la complicité du héros homosexuel vis à vis du meurtrier qu’il a surpris ou du violeur qu’il adore secrètement. « Je ne vous dénoncerai pas. » (Robbie s’adressant au couple criminel dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann) ; « Je l’ai regardé tuer plusieurs mecs. » (Wayne concernant les meurtres de Dean, dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper) ; « Ze zont des zhomophobes qui m’ont attaqué, i’ zont voulu me tuer. I’ zont crié zale pédé, z’étaient des zhomophobes, et i’ m’ont buté. » (Willie, pourtant agressé par un homosexuel, son « ex » Doumé, dans le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 195) ; « La peinture qu’elle avait achetée se trouvait encore devant sa porte, mais Jane avait rechigné à se mettre au travail. Les mots seraient encore là même si elle appliquait une nouvelle couche de laque ; elle voulait que leur laideur reste gravée au fer rouge dans les souvenirs des Mann comme ils l’étaient dans les siens. La colère qu’elle avait pu ressentir vis-à-vis de la fille en rapport avec le graffiti avait disparu. Si c’était Anna qui avait dégradé sa porte, elle l’avait fait par désespoir et par peur de ce que les soupçons de Jane pourraient entrainer pour son père. Si c’était Mann, alors lui aussi était désespéré et effrayé. Cette idée la travaillait. » (Jane, l’héroïne lesbienne qui ne se décide pas à effacer le graffiti homophobe « Lesben Raus ! » qui figure à la peinture rouge sur le mur d’entrée de l’appartement qu’elle partage avec sa compagne Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 155) ; etc.

 

Film "L'Inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

Film « L’Inconnu du lac » d’Alain Guiraudie


 

Par exemple, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, tous les personnages homos sont témoins d’un meurtre (celui que Michel a opéré sur Pascal ; Henri, de son propre meurtre par Michel), mais tous protègent par leur silence et par leur attachement à leurs pulsions sexuelles le meurtrier. Que ce soit Henri ou Franck, ils se jettent dans la gueule du loup. Le cas de Franck, le héros, est particulièrement fascinant. Il a vu pendant la nuit, caché dans les fourrés, son amant Michel noyer Pascal. Et le lendemain, il ment à l’un de ses camarades nudistes (« Je suis rentré me coucher… »), ment également au commissaire (quand ce dernier lui tend une photo de la victime, Franck fait mine de ne pas la connaître : « J’étais dans le bois… Je n’ai rien remarqué… »). On découvre que ce sont principalement les sentiments qui servent d’ultime rempart au déni du viol : quand Michel constate que Franck ne le dénonce pas et le couvre, il lui dit « Je crois que tu m’aimes toujours un peu… »

 

Film "L'Homme blessé" de Patrice Chéreau

Film « L’Homme blessé » de Patrice Chéreau


 

Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, le jeune Henri, par amour pour Jean, un homme criminel plus mûr que lui, se replie dans le silence et la prostitution. Au départ, dans les toilettes où Jean a laissé pour mort un type qu’il a tabassé, Henri se voit forcé au silence par un baiser forcé et cannibale que lui donne Jean. Et ensuite, c’est de son propre chef qu’Henri, hypnotisé par la nudité de Jean, couvre ce dernier et pratique les mêmes larcins.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homo, ne porte pas secours à son amant Nathan qui se fait assassiner sous ses yeux par un prédateur sexuel dans une bagnole de laquelle il est le seul à descendre. Ce souvenir le hante jusque dans ses rêves puisque il voit Nathan frapper en vain à la fenêtre de la vitre de la voiture où il s’est enfermé, près d’une station de service où il attend son père : « Ouvre-moi Jonas ! Pourquoi tu fais ça ?!? Il arrive, Jonas ! S’te plaît, ouvre !!! » (Nathan). Dix-huit ans après, lorsque Jonas passe aux aveux et raconte les circonstances réelles de la disparition énigmatique de Nathan, la maman de ce dernier s’étonne encore de la passivité du jeune homme : « Y’a juste un truc que je comprends pas. Pourquoi tu l’as pas dit ? » Jonas ne sait pas quoi répondre, et son mutisme semble s’expliquer par un complexe de culpabilité, voire une homophobie intériorisée : « Je sais pas. J’y arrivais pas. J’avais honte. ». La mère de Nathan persiste : « Mais honte de quoi ? T’avais 15 ans… ». La question restera sans réponse. Néanmoins, Jonas se voit dédouané de toute faute par le petit frère de Nathan, Léonard : « Si tu l’avais pas abandonné au final, tu serais sans doute mort avec lui. »
 

Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Mélodie, l’héroïne bisexuelle, est avocate… mais au lieu de défendre la justice, elle se sert de son pouvoir de magistrat pour couvrir le délit ou le crime. Par exemple, face à un contrôle de police où son ami Michel manque de souffler dans un ballon alors qu’il est alcoolisé au volant, elle fait preuve de persuasion avec un policier pour échapper in extremis au retrait de permis… et ça marche. Plus tard, Mélodie a en charge un pervers qu’elle prend en pitié, qu’elle parvient à défendre en plaidoirie, en faisant passer les attouchements sexuels qu’il a fait sur une femme pour un dérapage : « Il s’agit d’un geste d’amour qui a mal tourné. » Mais à la fin du film, elle se retrouve face à une récidive beaucoup plus grave du même violeur, puisque cette fois, il est passé au viol. Elle a donc couvert et laisser courir en liberté un agresseur multi-récidiviste. Face à ses amis qui s’étonnent qu’elle ait défendu l’injustifiable, elle joue d’abord l’indifférence professionnaliste (« Bien sûr que je vais le défendre. C’est mon métier. ») avant de fondre carrément en larmes, surprise par une culpabilité inconsciente qui déborde en elle (« Je n’en peux plus de toute cette merde. Je ne sais plus à quoi m’accrocher ! ») Tout le film montre que, au même moment qu’elle vit son homosexualité, Mélodie défend à plusieurs reprises le viol : il y a une corrélation constante entre plaidoirie du viol et justification de la banalité/beauté de l’amour bisexuel/asexué.
 

Dans le film « Bayaw » (2009) de Monti Parungao, Rhennan est témoin de la mort accidentelle de Pia, tuée par Nilo, son amant qu’il défendra jusqu’au bout. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Paul, on ne sait pourquoi, protège son agresseur Dargelos qui lui a jeté volontairement une pierre à la poitrine. Dans le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine, Bruno voit Fabrice voler des cierges à l’église : non seulement il ne dénonce pas le délit, mais il tombe amoureux du larron ! Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara a laissé son amante Sonia se faire insulter et maltraiter par un groupe de garçons lesbophobes, et vient ensuite lui demander pardon : « J’suis vraiment désolée. J’arrivais à rien dire… » Dans le film « Indian Palace » (2011) de John Madden, Graham a une liaison homosexuelle avec un domestique indien, Manadj, qui finit mal puisque le père de Manadj perd son travail et toute la famille de ce dernier est renvoyée suite à ce « déshonneur ». Graham ne fait rien pour défendre son amour de jeunesse : « Au lieu de ça, j’ai laissé faire. Je n’ai pas émis la moindre protestation. » Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, en même temps qu’ils entament une relation amicale renforcée qui les fait passer pour homos, les deux adolescents Vlad et Joey se font comme par hasard suspecter de vol de livres en français dans leur bahut. On découvrira qu’en réalité, c’est Ben le grand-oncle homo de Joey, qui est l’auteur du larcin. Il se dénonce bien tard, après que le pauvre Joey se soit fait engueuler sévèrement par son père et presque suspecter d’homosexualité, le temps d’un dîner tendu. Dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, la jeune Anna défendra jusqu’à la mort son père qui la viole.

 

Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène se fait maltraiter psychologiquement par son amante Sarah… mais par « amour », elle l’excuse : « T’es pas vraiment méchante, en fait. C’est à cause de ta mère. Je l’ai vue. T’es juste paumée. J’ai compris pourquoi t’es comme ça. » Victoire, la meilleure amie de Charlène, essaie de la raisonner : « J’comprends pas comment t’acceptes. Elle te traite comme une merde. » Charlène lui rétorque : « Je ne te demande pas de comprendre. » Finalement, Charlène ne fait que reproduire la soumission de sa mère vis-à-vis de son père : « Pourquoi tu lui pardonnes à chaque fois ? » lui demande-t-elle ; « Parce que je ne peux pas faire autrement… » lui répond sa maman.
 

Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (épisode 1 de la saison 2), Emmanuel, le séminariste homosexuel noir, n’a pas aidé son camarade Christian qui s’est fait agresser puis voler de l’argent par une mendiante au foyer du Bon Secours où ils tenaient une permanence d’accueil (il s’est caché sous les tables pour prier un « Je vous salue Marie » sans bouger). Plus tard, toujours par faiblesse, mais aussi par dette de sa première lâcheté, il couvre Christian (qui a décapité une statue) et garde le silence sur son méfait.

 

Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, à Moscou, Anton et Vlad, un jeune couple homosexuel est par hasard le témoin passif d’une agression de rue. Vlad déconseille à Anton d’aller secourir le jeune Nikolay : « Tu vas jouer au héros ? » Plus tard, ils apprendront que la victime a succombé aux coups et qu’il s’agissait d’un crime homophobe. Vlad refuse qu’Anton mène l’enquête, pas simplement pour le risque qu’elle revêt, mais surtout par peur que sa culpabilité de non-assistance à personne en danger soit révélée au grand jour. Sous l’effet de l’alcool, Anton finit par intégrer à cette croyance qu’en effet, la complicité de son compagnon vaille meurtre : « Tu as tué un homme, Vlad ! Tu as tué un homme ! » Vlad lui met un poing dans la gueule et le quitte définitivement. À la fin, Anton découvre que le meurtrier de Nikolay n’est autre que de ses proches amis, Audrey, qui, lui aussi, va le regarder passivement se faire rouer de coups par ses potes homophobes dans une forêt enneigée de Russie.
 

Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, l’idylle entre Kena et Ziki, les deux héroïnes lesbiennes, commence bizarrement. Les deux femmes ont des pères qui sont rivaux aux élections municipales d’un lotissement de Nairobi (Kenya)… et Kena voit Ziki arracher et vandaliser les affiches électorales de son propre père. Elle lui court après… et tombe sous le charme de la canaille.
 

Chez le héros homosexuel, le déni de la connaissance d’un meurtre ou d’un viol peut traduire aussi une haine de soi, un manque de confiance, un mal-être identitaire, ou l’intériorisation inconsciente d’un opprobre, intériorisation qui sera interprétée comme un signe d’homosexualité. Par exemple, dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Félix, le héros homo, est témoin d’un meurtre dont il n’est à l’origine pas responsable, … seulement voilà, il finit par s’en rendre un peu responsable en niant les faits. Le défense du violeur sera finalement expliquée par la haine secrète de soi, le racisme (ou l’homophobie) intériorisé : « J’avais peur de ces mecs, de ces flics, de tout. Je sais pas comment t’expliquer ça… J’arrivais pas à leur expliquer qu’un type m’avait frappé parce que j’avais une tête d’Arabe… J’avais honte. » Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, le père Adam est témoin du viol par sodomie que Adrian exerce sur le jeune Rudy (héros qui s’était jadis confessé à lui). Au lieu de dénoncer ce qu’il a vu, Adam l’incorpore comme une confirmation qu’il est lui-même bien homosexuel. Par la suite, Adrian s’amuse du chantage au silence qu’il impose à ce prêtre homosexuel refoulé, et en profite pour l’« outer » : « LE PRÊTRE EST UNE PÉDALE ! » fait-il inscrire en rouge sur un mur.

 

Film "Drôle de Félix" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Film « Drôle de Félix » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau


 

Le violé a vu le plaisir de son violeur au moment du coït et y a cru tellement qu’il l’a pris pour une preuve d’amour à maintenir cachée. Je vous renvoie à la partie sur le « Désir de viol » dans le code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Dans le téléfilm « La Bête curieuse » (2017) de Laurent Perreau, Céline (jouée par Laura Smet) surprend sa collègue hôtelière Élodie en plein ébat amoureux lesbien avec une femme dans les vestiaires. Mais pour ne pas que son plus grand crime (Céline a tué son violeur puis se retrouve en liberté conditionnelle avec un bracelet électronique) soit dévoilé, elle décide de couvrir Élodie et son amante auprès de leur grand chef en l’empêchant de les surprendre dans la situation embarrassante. Il faut rappeler qu’Élodie, avant ce service rendue par Céline, se montrait particulièrement cruelle, jalouse, envers elle.
 

Également, le silence du héros homosexuel face au meurtre peut indiquer la dualité homophobe de son désir homosexuel, sa complicité avec l’homophobie. Par exemple, l’opéra Billy Bud (1951) de Benjamin Britten raconte l’histoire d’un marin persécuté pour ses opinions politiques supposées et qui tue son persécuteur sans que l’officier qui est amoureux de lui n’ose intervenir. Dans le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló, Raidel est témoin du viol punitif que son camarade Randy subit de la part de ses camarades cadets dans les dortoirs et les douches du lycée militaire où ils sont tous deux inscrits. Il le voit se faire pisser dessus, sans intervenir. Dans le film « Forty Deuce » (« Quarante partout », 1982) de Paul Morrissey, un prostitué (interprété par Kevin Bacon) essaie de couvrir la mort par surdose d’un autre gamin. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Mourad, l’un des héros homosexuels, raconte comment, lors de son adolescence au lycée, il a non seulement été témoin du tabassage d’Esteban, un camarade suspecté d’être homo, dans les vestiaires, mais en plus, pour camoufler sa propre homosexualité, il y a participé. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, même scénario. Frank, le héros homo, avant de faire à l’âge adulte son coming out, a vu et pris part au passage à tabac d’un homme homosexuel efféminé de son village, Jonathan, que les « casseurs de pédés » dont il faisait partie, n’ont pas épargné. Et depuis, dès qu’il « croise un homme balafré » dans la rue, il repense avec angoisse au visage coupé en deux de son jumeau d’orientation sexuelle. Dans le film « Le Bal de nuit » (1959) de Maurice Cloche, un gay dévalisé n’ose pas porter plainte. Dans le film « Ô Belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown, Andy a vu son amant Brad se faire tabasser par les garçons de sa bande. Il avoue en pleurs qu’il est resté regarder la scène sans venir le secourir. Dans le roman Pompes funèbres (1947) de Jean Genet, les Allemands violent Riton sous les yeux d’Érik Seiler, sans que celui-ci fasse un geste pour le défendre.

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, le héros homo, parle de son camarade de classe efféminé, Julien, qui s’est suicidé parce que ses camarades le rejetaient, et que lui n’a rien fait non plus pour lui venir en aide : « C’était mon frère de cœur. Nous avions la même faiblesse – si c’en est une – mais je ne me reconnaissais pas en lui. Je l’avais toujours ignoré. Finalement, j’étais peut-être pire que ceux qui se moquaient de lui. […] « Personne n’était là quand Julien en avait besoin, quand il était bien vivant, quand il désespérait. Personne pour l’écouter, pour le comprendre et lui tendre la main… alors, il est parti. […] En réalité, je déprimais complètement. On mit cela sur le compte de la mort de Julien. C’était en partie vrai, mais la vraie raison de ma déprime venait du fait que je pensais à celui [Kévin] qui n’était pas là, comme d’hab, et qui pleurait avec moi tout à l’heure, quand nos épaules s’étaient touchées. Les filles et ma mère avaient raison, je n’étais pas là, j’étais encore au cimetière. Pas avec Julien, j’y étais avec mon amoureux. » (pp. 49-52) ; « Un jour, un copain s’en est pris à Julien, il trouvait qu’il avait une démarche et des gestes efféminés. […] Nous sommes tous restés là, impassibles, immobiles, personne n’a osé prendre sa défense. Je m’en voudrai toute ma vie. Je suis jeune mais je traîne déjà mes fantômes derrière moi. C’était mon frère, il l’ignorait. Moi, je le savais, je l’ai toujours su. Je l’ai renié plus fort que les autres. Je l’ai ignoré, abandonné, laissé souffrir en solitaire. » (idem, pp. 388-389) ; etc. À la fin de l’histoire, quand Kévin se fait tabasser à mort par un groupe d’homophobes, après un dîner au resto en amoureux avec Bryan, ce dernier reste totalement passif, à regarder son amant se faire tuer. Il ne veut pas être suspecté d’être homo, et de souffrir les mêmes représailles : « Je n’étais pas fier de moi, je n’avais rien fait pour aider mon ami. » (idem, p. 264)

 

Parfois, le viol ou le meurtre que le personnage homosexuel a vu ou a cru voir – et qu’il tait, en gardant son amertume pour lui – est fantasmatique (même s’il peut reposer sur un substrat de réel) : le héros a considéré la sexualité (entre un homme et une femme ; ou bien entre deux personnes de même sexe) comme sale, odieuse, violente, et a eu un contact prématuré avec l’intimité génitale des adultes. Il interprètera son silence vis à vis du « viol » (et vis à vis de son fantasme de viol surtout !) comme une confirmation secrète de son homosexualité. « Stephen [l’héroïne lesbienne, amoureuse de sa gouvernante Collins] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. […] Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 38-39) Par exemple, dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume est témoin que son meilleur ami Jérémy baise sous la pluie Lisa, et il qualifie par jalousie cette dernière de pute : « C’est vraiment une espèce de… »

 

Enfin, à plus grande échelle, le silence du héros homosexuel face aux crimes qu’il voit (dans la vraie vie comme sur ses écrans de télé) peut dire chez lui une misanthropie, une indifférence désinvolte à l’horreur et à la souffrance des autres, un égoïsme. « Il n’y a pas de mal à ça. » (Julia, une des héroïnes lesbiennes s’adressant à Lisa qui vient de se faire avorter, dans le film « Como Esquecer », « Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino)

 

On retrouve les personnages homos dilettantes qui soufflent sur la mousse de leur bain d’actrices pendant que le monde entier s’écroule autour d’elles dans la chanson « J’en ai marre » d’Alizée, le vidéo-clip « XXL » de Mylène Farmer, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le poème « La Almena, Los Caballos » de Néstor Perlongher, etc. « Tout est chaos à côté. » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) ; « C’est dans l’air, c’est nucléaire. On s’en fout. […] On finira au fond du trou. Et… moi je chante. Moi je… m’invente une vie. » (cf. la chanson « C’est dans l’air » de Mylène Farmer) ; « J’ai la peau douce, dans mon bain de mousse. Je bulle à l’ombre des bombes. » (cf. la chanson « J’en ai marre » d’Alizée) ; « J’étais à la manif avec tous mes copains. […] J’étais là pour aider pour le Sida les sans papiers. J’ai chanté, chanté. Sûr que j’étais là pour faire la fête ! Et j’ai levé mon verre à ceux qui n’ont plus rien. […] J’étais là et je n’ai rien fait. » (cf. la chanson « J’étais là » de Zazie) ; « Encore quelques jours à Singapour à rechercher l’amour du haut d’un réverbère. Je regarde la terre. Je n’y vois rien à faire. Alors je resterai réfugié à l’intérieur de mon bunker. » (cf. la chanson « Punker » du groupe Indochine) ; « Tu devras faire entrer en toi cette insensibilité à l’égard du monde. » (le narrateur de la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet) ; « C’était la première fois que cousin Sébastien avait des velléités de modifier une conjoncture terrestre. » (Leonora à propos de son cousin homosexuel, dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz), etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Un certain nombre (non négligeable) d’individus homosexuels ont été témoins de meurtres ou de viols qu’ils taisent (cf. je vous renvoie aux codes « Déni » et « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ils sont les premiers à ne pas être capables de s’expliquer le pourquoi de leur silence. « Je n’en ai jamais parlé à personne, je n’ai pas porté plainte, et j’ai encore honte de m’être laissé faire. » (Brahim Naït-Balk évoquant la succession de viols qu’il a subis de la part du groupe de jeunes hommes qu’il encadrait, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), p. 8) ; « Je ne me suis jamais dit : ‘Il est dégueulasse celui qui m’a contaminé. ’ J’ai pris mes responsabilités. » (Romain, homosexuel et séropositif, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) ; etc.

 

Le plus étonnant, c’est la passivité et la complicité de certaines personnes homosexuelles vis à vis du meurtrier qu’elles ont surpris ou du violeur qu’elles adorent secrètement. Par exemple, Truman Capote a pris la défense du prisonnier et criminel Perry Smith dont il raconte l’histoire dans son roman-réalité A Cold Blood (De sang-froid, 1966). Dans le documentaire « Stefan Sweig, histoire d’un Européen » (2015) de François Busnel, il est démontré que l’écrivain Stefan Sweig n’a pas dénoncé ouvertement le nazisme et « suit sa pente dominante qui est celle du compromis ».

 

Vidéo-clip de la chanson "Sans logique" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer


 

Quelquefois (étrange syndrome de Stockholm, par lequel la victime défend son agresseur ou bien celui qu’elle a vu agresser), le violé homosexuel a observé le plaisir de son violeur au moment du coït et y a cru tellement qu’il l’a pris pour une preuve d’amour à maintenir cachée. « Ils [les deux collégiens violeurs] sont revenus. Ils appréciaient la quiétude du lieu où ils étaient assurés de me trouver sans prendre le risque d’être surpris par la surveillante. Ils m’y attendaient chaque jour. Chaque jour je revenais, comme un rendez-vous que nous aurions fixé, un contrat silencieux. […] Uniquement cette idée : ici, personne ne nous verrait, personne ne saurait. […] Je ne sais pas si les garçons du couloir auraient qualifié leur comportement de violent. » (Eddy Bellegueule dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 38-42) ; « J’étais un efféminé qui méritait les coups. Je ne voulais pas que la surveillante me retrouve dans le même couloir, recroquevillé, le regard implorant – même si, je l’ai dit, la plupart du temps j’essayais, sans toujours y parvenir, de garder le sourire quand ils me frappaient. » (idem, p. 88) ; « Cette expérience m’était à tel point incroyable que, je préférais me taire, craignant sans doute de passer pour un être anormal et déséquilibré. Mais rien ne pouvait jamais m’ôter l’absolue certitude, que je n’avais pas rêvé ni été victime d’une hallucination. J’étais la victime et le témoin, c’est sûr, la cible d’un amour impossible. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant du viol qu’il a subi, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 70) ; etc.

 

Beaucoup d’affaires criminelles impliquent les personnes homosexuelles (cf. je vous renvoie aux codes « Violeur homosexuel », « Viol », « Voleurs », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexuel homophobe » et « Prostitution » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Mais comme en général, ces dernières ont collaboré de près ou de loin – par une pratique sexuelle, par un jeu de séduction ou par les sentiments – avec le bourreau qui a mal agit devant elles, elles préfèrent garder le silence : cf. je vous renvoie à deux articles : « Les homos taisent leurs agressions » et « Ils détroussaient des gays parce qu’ils portent moins plainte« . « Outre la mauvaise réputation qu’avait la Savane la nuit, je lui rapportais en détail certaines agressions dont j’avais été témoin. Sur la place, je rencontrais toutes sortes d’individus ; les ‘branchés’ étaient une population très hétéroclite. On était du même bord, mais on ne se fréquentait pas. Sans doute par manque de confiance, beaucoup se méfiaient de leur propre clan et jouaient à cache-cache en permanence, se dénigrant et se méprisant mutuellement. Impensable pour un groupe déjà victime du malheur de sa propre différence ! C’est quand même surprenant et regrettable d’en arriver là. » (Ednar parlant des lieux de drague antillais à sa mère, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 188-189) Par exemple, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans décrit précisément la succession des « générations de maîtres-chanteurs » (p. 39) qui se succèdent dans le cadre de la prostitution homosexuelle masculine : « Le grand point faible de l’homosexualité, c’est sa lâcheté : surpris en flagrant délit ‘d’outrage aux mœurs dans un lieu dit public’, le pédéraste ne peut chercher aucun secours chez son partenaire de rencontre ; il est seul. Personne n’est jamais homosexuel… sauf celui qui se fait pincer. Une ignoble loi de la jungle régit notre existence et nous vivons dans la perpétuelle attente de la catastrophe. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, idem, p. 103) Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), Didier Éribon raconte (sans raconter vraiment) les « cassages de pédés » sur les lieux de drague homo : « Je dois mentionner aussi les innombrables agressions dont je fus, au fil des années, le témoin impuissant, réduit à ressasser ensuite pendant des jours, des semaines, le lâche soulagement d’avoir été épargné […]. Plus d’une fois il m’arriva de quitter précipitamment un de ces endroits, échappant de justesse au sort qui s’abattait sur d’autres. » (p. 220)

 

Le silence des personnes homosexuelles à propos du viol ou des actes d’homophobie indique la dualité homophobe de leur désir homosexuel, leur complicité avec l’homophobie à travers la pratique homosexuelle. « La question du chantage a été centrale dans toute l’histoire de l’homosexualité. Des hommes, pris au piège, étaient livrés à des voyous qui les tenaient à leur merci, et une seule rencontre malencontreuse pouvait briser une vie. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 69) Selon Himmler, « l’homosexuel » est « un objet idéal de pression, d’abord parce qu’il est lui-même passible de sanctions, deuxièmement parce que c’est un type malléable, et troisièmement parce qu’il est veule et dépourvu de toute volonté » (Himmler, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 258)

 

Parfois, le viol ou le meurtre que la personne homosexuelle a vu ou a cru voir – et qu’elle tait, en gardant son amertume pour elle – est fantasmatique (même s’il peut reposer sur un substrat de réel) : elle a considéré la sexualité (entre un homme et une femme ; ou bien entre deux personnes de même sexe) comme sale, odieuse, violente, et a eu un contact prématuré avec l’intimité génitale des adultes. Elle interprètera son silence vis à vis du « viol » (et vis à vis de son fantasme de viol surtout !) comme une confirmation secrète de son homosexualité. « Une autre fois, ma mère dut s’absenter quelques jours pour se rendre au chevet de sa mère malade. J’ignorais tout à cette époque de la vie que pouvait mener mon père. Un soir, entrant dans la chambre de mes parents, que je croyais vide, j’eus la surprise d’y trouver mon père tenant dans ses bras notre cuisinière à demi dévêtue… Mon père m’administra un soufflet, pour me punir d’être entré sans frapper ; c’était la première fois qu’il me giflait… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 79)

 

Enfin, à plus grande échelle, le silence des personnes homos face aux crimes qu’elles voient (dans la vraie vie comme sur ses écrans de télé) peut dire chez elles une misanthropie désinvolte, une indifférence à l’horreur et aux souffrances des autres, un égoïsme. Par exemple, dans le documentaire « Chandelier » (2002) de Steven Cohen, le performer transgenre M to F, se balade dans les bidonvilles de Johannesburg où il regarde narcissiquement et passivement la destruction autour de lui, contemple les dégâts des « méchants humains » sans bouger le petit doigt. Certains critiques disent de Marcel Proust qu’il était un « auteur asthmatique et salonnard, décadent, narcissique, fermé aux dures réalités de la lutte des classes, ignorant tout de la dialectique et des problèmes économiques. » (cf. l’article « La France de Saint-André-des-Champs » de Jean Plumyène, dans le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 51)

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°181 – Violeur homosexuel (sous-codes : Psychopathe homosexuel / Victime du grand viol reproduisant un autre viol)

violeur homosexuel

Violeur homosexuel

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Tous des violeurs ?

 
 

Sujet épineux qui ne manquera pas de choquer les gens qui se victimisent et qui diabolisent leurs ennemis ! Mais tant pis. Je ne suis pas là pour croire aux bonnes et mauvaises intentions, mais pour découvrir le Réel, reconnaître des faits (parfois dramatiques et violents) et défendre l’Amour en actes !

 

Ce n’est pas pour des prunes que dans tous mes écrits, je soutiens que le désir homosexuel est par nature le signe d’un viol parfois réel, ou en tous cas un fantasme de viol (dans le double sens de l’expression : fantasme de violer ou/et fantasme d’être violé)… même si, en disant cela, rien ni personne ne m’autorisé à penser que toutes les personnes homosexuelles sont des violeurs en puissance. Elles sont bien plus violées que violentes (cf. je vous renvoie au code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels)… mais à force de croire qu’elles ne sont que violées, une part d’entre elles assouvit son plan secret de vengeance plus régulièrement que prévu !

 

Le visage du violeur homosexuel n’est pas nécessairement porté par celui qu’on attend. On se trompe en beauté si on pense que le violeur homosexuel ne peut être que l’individu adulte (à partir de la quarantaine, environ), masculin, bear ou butch, « actif » sexuellement, adepte des pratiques sado-maso, 100% méchant et malveillant. J’ai vu des hommes et des femmes homosexuels, en apparence innocents, conformes physiquement aux canons de la mode de leur sexuation biologique originelle, jeunes, jouant les fragiles, homosexuels dits « assumés », sincères et « amoureux », frapper quand on s’y attendait le moins ! N’oublions jamais que tout être humain est profondément libre, donc ni « victime à vie », ni « bourreau à vie »… Autant nous pouvons assurer que tout bourreau a été victime, autant on ne pourra jamais dire que toute victime sera plus tard bourreau… et heureusement ! (Merci la résilience !) Or ceux qui l’oublient, afin de diaboliser les violeurs et béatifier les victimes de viol, sont en général des gens qui violent aussi, qui suppriment la liberté humaine en causalisant/personnifiant le viol.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Destruction des femmes », « Milieu homosexuel infernal », « « Première fois » », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Pédophilie », « Cannibalisme », « Vampirisme », « Homosexualité noire et glorieuse », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Liaisons dangereuses », « Coït homosexuel = viol », « Milieu psychiatrique », « Viol », « Inceste », « Humour-poignard », « Douceur-poignard », « Parricide la bonne soupe », « Méchant pauvre », « Voleurs », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Se prendre pour Dieu« , « Se prendre pour le diable », « Super-héros », « Couple criminel », « Homosexuels psychorigides », « Amant diabolique », « Androgynie bouffon/tyran », « Homosexuel homophobe », « Voyeur vu », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », à la partie « Voyeur » du code « Espion », et à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

a) Le violeur homosexuel : légende ou réalité ?

VIOLEUR 1 psychose

Film « Psychose » d’Alfred Hitchcock


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, une rumeur causalisant le lien entre homosexualité et viol circule autour du héros homosexuel ou de l’homosexualité en général : « Ok, les gars… j’ai peut-être un p’tit problème de violence. » (Océane Rose-Marie parlant de son adolescence, dans son one-woman-show Châtons violents, 2015) ; « Tu sais ce qu’il a fait, monsieur ton fils ? Il a violé le Rovo. » (la Bouchère à Barbara, la mère d’Abram, le héros homosexuel qui a fait de la prison, dans le film « Jagdszenen Aus Niederbayern », « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; « Si je me fais violer, ce sera de votre faute. » (Patrik, le jeune adolescent hétérosexuel, en s’adressant à l’agent qui le laisse partir avec ses deux pères homosexuels adoptifs, dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « T’es tellement fou que tu pourrais tous nous violer ! » (Pénélope au protagoniste principal du one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Je parie que toi et Peggy, vous faites des trucs aux gosses… » (Santiago s’adressant à Doris la lesbienne, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Peut-être qu’elle est folle, qu’elle va nous assassiner ! » (Fanny s’adressant à son mari Jean-Pierre par rapport à Catherine, l’héroïne lesbienne dont elle va tomber amoureuse, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Chaque homme tue celui qu’il aime. » (le maquereau de Davide le jeune héros homosexuel de 14 ans, pendant qu’il se désape avant de le violer, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Mais t’es qu’un connard de psychopathe ! » (Damien insultant Rémi qui lui a donné un coup de serpillère sur la tête en croyant assommer un rat, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Le psycho ! Le psycho !! » (Chanelle en panique au moment de voir l’ombre de Louison la lesbienne dans la grotte, dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017) ; « Tu l’as violée, c’est tout ! » (Marcel s’adressant à son « mari » Dominique par rapport à Mireille, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; « La victime est belle et le crime est si gay ! » (c.f. la chanson « Coeur de loup » de Philippe Lafontaine) ; etc.

 

Il n’y a pas que les personnages dits « hétéros » qui présentent les homosexuels fictionnels comme des « obsédés sexuels » et des « pervers ». La mauvaise réputation provient aussi et surtout des héros homos eux-mêmes, même si elle prend le visage sexiste de la misandrie (beaucoup d’héroïnes lesbiennes prennent les hommes gays pour des violeurs, parce qu’ils ont le malheur d’être nés « mâles »…), de la misogynie (beaucoup de héros gays voient les femmes comme des tigresses et des prédatrices sublimes), de la peur de la sexualité, de la phobie de la génitalité, de l’auto-parodie cynique, voire de l’effroi amoureux (cf. je vous renvoie aux codes « Liaisons dangereuses », « Viol », « Prostitution » et « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

« J’ai échappé au viol ! » (Mimil, le héros homosexuel parlant des avances de son ami Jeff, dans la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob) ; « Pas elle ! Elle va me violer !! » (Camille, l’héroïne lesbienne face à sa nouvelle camarade de cellule carcérale Caroline, avec qui elle formera finalement un couple après sa conversion au lesbianisme, dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Pfu, vous êtes pareils tous les deux, Simon et toi, complètement obsédés. Je vais finir par croire que c’est un syndrome homosexuel… Non, en fait j’en suis convaincue ! Un jour, tu vas voir, j’en aurais marre que les pédés parlent que de cul, on dirait que chez vous, si y avait pas le cul, y aurait rien. Vous êtes complètement obsédés, tous. Bande de freaks ! » (Polly, l’héroïne lesbienne s’adressant à ses deux amis gays Simon et Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 25) ; « Coucher avec des filles, c’est un truc de pédés. » (cf. une réplique du film (2004) de Matthew Vaughn) ; « Il y a un tueur en liberté dans cette maison. Et vous avez le profil requis ! » (Giles Ralston s’adressant à Christopher Wren, le héros homosexuel, dans la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; etc.

 

Quelquefois, le héros homosexuel voit en son amant un violeur : « Je n’avais jamais voulu voir la vraie nature de Jan. […] Maintenant que j’ai vu Jan menacer Gordon, depuis cet instant où il a braqué son automatique vers moi, je sais aussi comment leur empire, leur business s’est édifié… » (Bjorn à propos de son propre amant Jan, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 159) ; « Ton amant gay est un voleur et un assassin. » (Combs au héros homosexuel Price, dans le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis) ; « Non, je n’ai jamais été violé et abandonné comme par ce regard en une seconde et en pleine rue, subtil, sagace, sûr de son harpon et sans remords… Cet homme… s’est retourné tout d’un coup et, me dévoilant son visage d’Archange, m’adressa face à face ce message d’une langueur, d’une ferveur et à la fin d’une férocité qui n’avaient plus rien d’humain… » (Marcel Jouhandeau, Carnets de Don Juan (1947), p. 96)

 

Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, c’est au moment où les deux héroïnes (Ronit et Esti) se retrouvent toutes les deux dans un bosquet pour se dire leur amour que Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série » (p. 139) Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Mélodie arrive chez son amante Charlotte avec une robe de soirée assez sexy. Elle qui passe ses journées à gérer des affaires de viol en cour d’assise, elle n’en revient pas de voir Charlotte se transformer en violeuse à son encontre, hors d’un contexte professionnel. « C’est un vrai appel au viol, ton truc… » s’en amuse au départ Charlotte, qui devient de plus en plus insistante (« En fait, t’as fait ça pour me rendre dingue ! »), au point d’inquiéter Mélodie : « Mais arrête ! ». Finalement, Mélodie se laisse faire : « Alors c’est que ça ? Faut que je te fuis pour que tu me rattrapes ? ». Dans l’épisode 1 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam, le héros homosexuel, est présenté comme un psychopathe, un monstre (Aimee le surnomme « Bitzilla »). Éric, son futur amant, avertit Otis qu’ « Adam va le tuer dans sa propre maison ».

 

Par peur ou fantasme de donner crédit à cette croyance populaire au lien de causalité viol/homosexualité (pas totalement infondée non plus, car le désir homosexuel et les actes qu’il implique sont par nature semi-sincères semi-violents), certains personnages homosexuels prennent l’image du violeur homosexuel pour une vérité sur eux-mêmes, pour un ordre et un modèle. Ils intériorisent alors le fantasme de violer vraiment : « Je l’aurais violée sur-le-champ, si j’avais pu. » (Suzanne à propos de son amante Héloïse, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 305) ; « Déshabille-toi et j’arriverai. Comme l’homme du rêve… » (Léopold, le héros homosexuel s’adressant à son amant Franz qui vient de lui raconter le rêve incestueux et effrayant qu’il faisait étant jeune à propos de son beau-père, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Je vais t’égorger, tu le sais, ça ? » (Guen, le héros homosexuel, parlant à Stan, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder, Holmes (très homosexualisé dans le film) s’amuse à passer pour le violeur de Gabrielle. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le protagoniste principal part à la recherche de son violeur (« Quand j’étais enfant, j’ai été violé. Franchement, c’était génial. Et ce site m’a permis de retrouver la trace de mon violeur. Et je suis drôlement content d’avoir retrouvé mon grand-père. ») et incite les membres du public à devenir violeurs eux-mêmes (notamment en répondant à un questionnaire sur le site fictionnel « syndromedestockholm.com » : « Quel genre de psychopathe êtes-vous ? »). Dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, il est fait référence à « l’obsession de violence » chez les personnages homosexuels.

 

Le violeur homosexuel commence par s’auto-persuader qu’il ne viole pas quand il essaie d’exercer son emprise psychologiquement sur son amant. « N’ayez crainte, je n’ai pas l’intention de vous violer, mais seulement de vous interroger. » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant au journaliste, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) Il fait souvent porter à sa victime son propre discours de l’évidence, une évidence en général infondée et qui n’est le signe que de son attachement à ses pulsions, à ses projections identitaires et amoureuses. Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, il est très souvent question de la défense de la « prédestination » dans les rencontres amoureuses. Celles-ci seraient déjà écrites d’avance, ne se choisiraient pas, et devraient obligatoirement se vivre. Ce film offre une vision totalement déterministe et peu libre de l’amour : « Il n’y a pas de hasards. » dit Emma à son amant Adèle qu’elle vampirise. Le violeur homosexuel voit des « signes » et des « confirmations » de ses désirs partout.

 
 

b) Le violeur homosexuel passe effectivement à l’action :

Dans certaines créations homo-érotiques, il arrive que le personnage homosexuel viole des femmes (cf. je vous renvoie avec insistance au code « Destruction des femmes » et à la partie « Prostituée tuée » du code « Prostitution », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2011) de Stéphane Druet (avec Pedro, le héros homosexuel, infligeant une séance de torture à Claudia avec sa guitare), le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville (avec la figure lesbianisé d’Angelina Jolie en violeuse), le film « Frankenstein Junior » (1974) de Mel Brooks (avec Dracula, le vampire efféminé), le film « Hécate, maîtresse de la nuit » (1982) de Daniel Schmid (avec Julien, le jeune ambassadeur qui violente Clotilde), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec la violeuse lesbienne Lorelei), le film « Je suis une nymphomane » (1970) de Max Pécas, le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, le film « Kill Your Darlings » (2014) de John Krokidas, etc.

 

« Je te fends la chatte ! » (Venceslao parlant à Mechita dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi) ; « Comme j’utilise le mot ‘chatte’, j’passe par un violeur en puissance. » (Max dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Ayez pitié d’une pauvre femme par-dessus vieille ! J’allume la boule. Vous la voyez votre petite Delphine pendue ? Monsieur, me dit-elle, je me sens mal. Mes sels ! Je la gifle. Je l’attrape par les cheveux, lui cogne le front contre la boule de cristal, elle râle, elle s’affaisse sur sa chaise, elle a une grosse boule bleue sur le front, un filet de sang coule de son oreille. En bas on entend le bruit régulier de la caisse, je regarde par la fenêtre, le boulevard Magenta est toujours le même. La vieille continue de râler, je l’étrangle, elle meurt assise. Je me recoiffe de mon peigne de poche, j’enfile mon imperméable. » (le narrateur homosexuel parlant de Mme Audieu, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 89) ; « Il paraît que c’est un truc de pédés, d’homos refoulés, les mecs qui niquent des gonzesses dans tous les coins. » (Fred à son futur copain Greg, dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin) ; etc.

 

VIOLEUR 2 Parle avec elle

Film « Hable Con Ella » de Pedro Almodovar


 

Par exemple, dans « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar, on découvre avec étonnement à la fin du film que l’infirmier homosexuel Benigno a violé la patiente dans le coma qu’il veillait pourtant jour et nuit à l’hôpital avec une sollicitude quasi maternelle. Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier, le héros homosexuel qui était jadis en couple avec sa copine Yvette, avoue qu’il « a eu le malheur de l’aimer à outrance ». Dans la pièce Le Choc d’Icare (2013) de Muriel Montossey, Romain, le héros homosexuel, séquestre Ariane. Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, Mr Alouette est le violeur de « Madame ». Dans le film « Maigret tend un piège » (1958) de Jean Delannoy, Marcel Maurin, le personnage homosexuel (doté d’une mère castratrice), tue des femmes. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Roberto, l’un des héros homosexuels, ne supportant pas d’être dragué par Alejandra, la maltraite violemment et la fout sous la douche ; plus tard, il dira à la jeune femme : « Moi, je t’aurais déjà tuée ! » Dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, Charlène accuse Jean-Louis, le héros homosexuel, de l’avoir violée. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos refoulés, après sa tentative de kidnapping de Carla Bruni dont il dit être fou amoureux, est activement recherché par la police. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno, le héros homosexuel, va essayer d’étrangler une vieille femme bourgeoise désirant connaître la sensation d’étouffement. Dans le film « I Love You Baby » (2001) d’Alfonso Albacete et David Menkes, Daniel montre à son amant Marcos la scène d’un film de merde où il a joué un petit rôle secondaire d’un homme cagoulé qui agresse une femme dans une ruelle urbaine ; il commente la scène en prenant un malin plaisir à rentrer dans la peau de son personnage (« Ici, c’est moi, cagoulé. […] T’as vu comme je sors mon couteau. […] Bouge pas, salope, ou je te bute ! »). Dans le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar, Angel (Antonio Banderas) suit en filature une fille dans une rue pendant la nuit et la viole sur le capot d’une voiture, en écoutant intérieurement la voix de son professeur de corrida : « Les filles, c’est comme les taureaux. Faut les choper quand elles s’y attendent le moins. » Dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, Stan, le personnage homosexuel, enfonce un tisonnier dans le sexe de la femme bourgeoise qu’il tue au moment de lui faire l’amour. Dans le roman Journal d’Adam (1978) de Knut Faldbakken, une femme est battue par le héros homosexuel. Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Paul Esménard tue Berthe par strangulation : « Il saisit le cou de Berthe dans ses doigts. Pendant une seconde, elle eut le temps de crier, mais d’une simple pression de pouce il la fit taire. […] Paul avança, posa la femme sur le lit et reconnut alors qu’elle était morte. Un peignoir blanc et mauve recouvrait son petit corps potelé qui semblait presque celui d’une enfant. » (pp. 115-116) Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, tous les personnages sont des violeurs : par exemple Bacchus a « abusé de plein de pauvres filles », les bacchantes se ruent sur Penthée et le dévorent, la naïade viole le bel Hermaphrodite, Jupiter viole Europe, etc. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent, le héros homosexuel sur le point de se marier avec Sophie, passe son temps à la frapper et à lui gueuler dessus. Il était tout aussi violent avec son ex-amant Stéphane : « Mes coups, parfois, je les retenais pas. Mes mots, oui. » Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Alban Mann traite sa propre fille de « pute » (p. 18), et finira par la tuer, comme il a assassiné sa femme Greta, elle-même prostituée « professionnelle ». Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah harcèle son amante Charlène, au point que celle-ci en vient au main et l’étouffe avec un coussin. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, le skinhead gay tente d’agresser sexuellement Jane la lesbienne : « Le rire de ce skinhead éméché résonna contre les murs, aigu et efféminé » (p. 95) Dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas, Maryline, l’héroïne bisexuelle, est inculpée pour homicide involontaire sur son mari Gérard qui l’a violée et harcelée. Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Seb et Loïc, couple homo, harcèlent leur meilleure amie Marie et l’empêchent d’être heureuse et d’avoir une vie amoureuse avec un homme, Charles.

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, s’en prend aux femmes de son entourage, et surtout à sa mère, qu’il bat, tente de draguer, tripote à sa guise et embrasse de force sur la bouche : « T’aimes bien quand j’te chope comme ça, hein ? ». Celle-ci se rend compte que « Steve, c’est un violent. » Steve ne maltraite pas que sa maman : il tente de s’attaquer à Kyla, la voisine, mère au foyer qui se défend violemment : « Tu ne me touches plus ! »
 

Dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, Armand, le héros de 43 ans, vit une relation pédophile avec Curly, une fillette de 16 ans alors qu’il était pourtant exclusivement homosexuel. Ils sont arrêtés par les flics sur un lieu de drague homosexuelle pour cause d’exhibitionnisme. Et lorsque Armand essaie de se valoir qu’il ne peut pas être pédophile puisqu’en temps normal il est homosexuel et seulement attiré par les hommes plus âgés que lui, le chef de la police lui laisse entendre que ce n’est absolument pas contradictoire, et que la pédophilie fait imparfaitement miroir à l’homosexualité et au goût incestuel de la vieillesse : « Le fait que vous aimiez les vieux m’incite à penser que vous aimez aussi les jeunes filles. » À la fin du film, la nature violente de l’amour exceptionnel qu’Armand porte à Curly se déclare. Lors de leur fugue amoureuse notamment, il la force à la sodomie, et Curly le prend très mal (« Arrête !!! T’es vraiment un connard ! […] Ça te fait quoi de me faire des coups comme ça ? »). Une fois que le père de la fillette retrouve le couple en cavale, Armand nie le viol : « Ça va, c’est bon, j’l’ai pas violée ! » Un peu plus tard, les amoureux prennent à nouveau la fuite. Curly se met à croire au grand Amour. Mais lassé de son idylle hétérosexuelle, Armand a un comportement très surprenant à l’égard de son amoureuse : à la fin du film, pour se débarrasser d’elle, il la ligote de force et l’abandonne dans la forêt. Il retourne à sa vie d’homo d’avant, en couchant avec des vieillards…

 

Dans la série 13 Reasons why (2018), Montgomery de la Cruz (alias Monty) viole Tyler avec un balai dans les toilettes dans le dernier épisode de la saison 2 (ce qui a fait grand bruit parmi les fans car la scène était extrêmement choquante). Dans l’épisode 5 de la saison 3, Winston fait une fellation en secret au même Monty à l’occasion d’une fête lycéenne et ce dernier finit par le tabasser quand son jeune amant lui demande s’ils peuvent se revoir en public : une fois arrêté pour le viol de Winston dans l’épisode 13 de la saison 3, Monty finit par avouer qu’il a une attirance pour les hommes face à son père au parloir de la prison.
 

Le viol des protagonistes féminines n’est pas uniquement le fait des héros homosexuels mâles. Il est aussi opéré parfois par des personnages lesbiens qui fantasment de se comporter en hommes violents : cf. le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan (avec Chloé, l’amante intrusive), le film « Haute Tension » (2003) d’Alexandre Aja (avec Cécile de France en lesbienne psychopathe), le film « Intrusion » (2003) d’Artemio Benki (avec l’auto-stoppeuse dangereuse), etc. Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, la bourgeoise, viole sa petite voisine de 14 ans : « J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (p. 57) Elle renouvelle l’expérience sur une cousine de son âge, adulte comme elle : « Je me rappelle qu’avant son départ, le matin, pratiquement contre sa volonté, par la faim que j’avais encore d’elle, je l’ai presque forcée, ainsi que le ferait un homme, allant au plus près du désir, comme un mari brutal. Moi qui pourtant ne voulait que sa tendresse. » (p. 72) L’héroïne lesbienne de ce roman ne s’intéresse pas à l’identité de ses amantes, mais plutôt à sa propre jouissance : « J’étais presque exclusivement intéressée par la fente des filles […] à tel point d’ailleurs que leurs visages ou leurs corps m’indiffèrent. » (p. 76) ; « Je me dis : ‘Il m’en faut une, et peu importe la figure qu’elle aura.’ » (p. 79) Elle prend également pour modèle un couple de femmes allemandes (amies de sa cousine) qui pratiquaient elles aussi le viol sur des vierges « hétérosexuelles » : « Ayant fait, si l’on peut dire, le tour des plaisirs les plus ordinaires, elles se mirent en tête que le viol tel que les hommes le pratiquent parfois leur permettrait une beaucoup plus grande liberté quant à leur choix. L’opportunité d’un voyage en Grèce les amena à passer à l’action. Elles voulaient absolument vivre cette sensation de puissance que l’on doit ressentir dans le viol, y prenant comme un plaisir supplémentaire du fait qu’il soit considéré partout comme un crime. » (p. 108) Son but est de voler l’amour et la tendresse à ses amantes, en faisant passer sa violence impatiente pour de la fougue belle, spontanée et accidentelle : « Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. » (Alexandra face à une jeune religieuse, op. cit., p. 223) ; « Elle m’a prise à nouveau. » (Mathurine, la servante violée par son patron, « Monsieur », qu’elle féminise – « Madame, c’est Monsieur. » – dans la pièce Viol (2014) de Louis Lefèbvre) ; etc.

 

Au départ, comme certains héros homosexuels fictionnels n’assument pas l’existence du désir homosexuel en eux, il arrive qu’ils cherchent à se prouver à eux-mêmes ou à prouver à leur société leur hétérosexualité en couchant avec leur meilleure amie, en violant la « fille à pédés » ou la prostituée : cf. le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Paul se forçant à coucher avec Mousse, ou plutôt la forçant à coucher avec lui), le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (où Vincent, le héros homo, fait l’amour avec Noémie, sa meilleure amie, pour savoir s’il est vraiment homo), le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (avec Laurent qui se force à coucher avec Carole, sa meilleure amie, un soir d’ivresse, pour se prouver qu’il peut être « hétéro », et qui la viole pendant son sommeil), etc. Par exemple, dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Marc, pour essayer de se persuader qu’il n’est pas homo, tente de violer sa femme Bettina, de la forcer à la sodomie.

 

VIOLEUR 3 Spiderman

Spiderman et Psyché


 

Le personnage homosexuel viole aussi des hommes, et très souvent des amants (cf. je vous renvoie avec insistance aux codes « Parricide la bonne soupe » et « Amant diabolique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, le film « J’ai pas sommeil » (1993) de Claire Denis (avec le tueur en série Thierry Paulin), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Fred, le violeur homosexuel), le film « Frisk » (1995) de Todd Verow (avec le psychopathe homosexuel), le film « Notre paradis » (2011) de Gaël Morel (avec un serial killer gay), la série britannique Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald (avec Mia, le tueur en série transsexuel M to F), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Emmanuel, le héros homosexuel qui a pour habitude de violer ses amants), le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne, le roman Querelle de Brest (1947) de Jean Genet (avec les violeurs Nono et Querelle), le film « Le Dernier train du Katanga » (1967) de Jack Cardiff, le film « Furenchi Doressingu » (1997) d’Hisashi Saito, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, le film « Speeters » (2000) de Paul Verhoeven (avec Eef, l’homosexuel refoulé et « casseur de pédés »), le film « Irréversible » (2002) de Gaspar Noé (avec le Ténia, violeur homosexuel), le film « Sixième Sens » (1986) de Michael Mann, le film « Toute nudité sera châtiée » (1973) d’Arnaldo Jabor, le film « Mad Max » (1979) de George Miller, le film « Midnight Express » (1978) d’Alan Parker, le film « Brubaker » (1980) de Stuart Rosenberg, le film « The Sweet Smell Of Death » (1995) de Wong Ying Git, le film « Gazoline » (2003) de Monica Strambini, le film « L’Épouvantail » (1973) de Jerry Schatzberg, le film « The Glass House » (1972) de Tom Gries, le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol (avec le personnage de Cyril), le film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti (avec le personnage de Louis), le film « Tremblement de terre » (1974) de Mark Robson, le film « Grégoire Moulin contre l’Humanité » (2002) d’Artus de Penguern (avec Jean-François, le violeur joué par Didier Bénureau), le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, le film « Sans rémission » (1992) d’Edward James Olmos, le film « Chute libre » (1993) de Joel Schumacher, le film « Amours mortelles » (2001) de Damian Harris, le film « Moon 44 » (1990) de Roland Emmerich, le film « Lucifer-Sensommer : Gul Og Sort » (1990) de Roar Skolmen, le film « Cold Light Of Day » (1990) de Fhiona Louise, le film « All Night Long 2 » (1994) de Katsuya Matsumara, le film « Sac de nœuds » (1984) de Josiane Balasko, le film « Le Dénommé » (1988) de Jean-Claude Dague, le film « Okoge » (1992) de Nakajima Takehiro, le film « Huangjin Daotian » (1993) de Chou Tan, le film « Impasse des vertus » (1955) de Pierre Méré (avec le jeune pompiste truand), le film « Le Grand Pardon » (1984) d’Alexandre Arcady (avec le truand joué par Bernard Giraudeau et tué dans le lit de son amant), la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin (avec Lacenaire, le criminel), le film « Cannibal » (2005) de Marian Dora, le film « My Night With Andrew Cunanan » (« Ma nuit avec Andrew Cunanan », 2012) de Devin Kordt-Thomas (sur un jeune tueur en série), etc.

 

Par exemple, dans le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló, Randy se fait violer et pisser dessus par un camarade de classe au lycée. Dans la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, Francis, le seul personnage homosexuel de l’intrigue, tente de violer Stan, l’un des protagonistes hétéros, en profitant chez lui d’un état de faiblesse. Dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, les « penetrators » homosexuels exercent des viols à la chaîne. Dans le film « Female Trouble » (1974) de John Waters, Divine joue le rôle d’un violeur homosexuel. Dans le roman Moravagine (1926) de Blaise Cendrars, le personnage de Moravagine incarne la figure du violeur homosexuel androgyne. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, le héros homosexuel, le jeune Joaquín, âgé seulement de 8 ans, impose le silence à son camarade qu’il a attouché sous la tente en camp scout : « S’il te plaît, ne le dis à personne. » Dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, le héros homosexuel finit par tuer l’homme qui l’a excité sous la douche à la piscine.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, le prédateur homo, sans doute client du bar Boys Paradise, emmène de force en voiture le couple Nathan-Jonas dans un établissement gay, La Dolce Vita qui en réalité n’existe pas, pour finalement ne pas les faire descendre et pour tuer Nathan en le frappant. Et pourtant, ce violeur n’avait pas l’air du tout dangereux puisqu’il écoutait à fond dans sa voiture « T’en va pas » d’Elsa, une chanson pour midinette. Nathan, quant à lui, n’avait pas le profil de la parfaite victime, puisqu’il mentait sur son viol, et manipulait Jonas comme un prédateur lui aussi : « T’y avais quand même pas cru à cette histoire de curé ? » (Nathan ayant fait croire à Jonas qu’il a été violé par un prêtre pédophile à 14 ans… pour cacher qu’il a été violé par un groupe de jeunes aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans). Survivant du drame qui a frappé son compagnon Nathan, dix-ans après, Jonas, pourtant chétif à l’adolescence, présente le même profil criminel. Il déclenche une baston au Boys. Et lorsqu’il pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. Si je reviens et que tout le monde est mort, et que t’as buté tout le monde, on fait comment ? ».
 

« Y yo / pillaba yo » (cf. le poème « Anales » de Néstor Perlongher) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of LonelinessLe Puits de solitude (1928), pp. 38-39)

 

Hubert – « De toute façon vous m’aviez déshonoré bien avant d’avoir déshonoré ma famille. Quant à ma sœur Adeline, ne vous en formalisez pas, je l’avais déshonorée bien avant vous.

Cyrille (le héros homosexuel) – Vous êtes diabolique, Hubert. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 

Certains personnages homosexuels violeurs s’en prennent à des êtres fragiles (cf. je vous renvoie aux codes « Pédophilie », « Vierge » et « Petits morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Tu violes des p’tits handicapés de 10 ans : le commun du p’tit pédé. » (Jonathan s’adressant cyniquement à son amant Frank, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Elle était d’une grande beauté, les larmes qu’elle versait donnaient à son visage une expression et un charme extraordinaires. J’avais l’envie presque irrépressible d’abuser d’elle. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du romanLes Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 116), etc. Par exemple, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, Veronika, comme un aigle prédateur, « déniaise » sa camarade de danse Nina, fébrile comme de la porcelaine. Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, le père de Christian est un homme impuissant avec les femmes, et qui a violé son fils (qui deviendra plus tard homosexuel). Dans le film « La Caduta Degli Dei » (« Les Damnés », 1969) de Luchino Visconti, Martin Essenbeck viole une fillette juive. Dans le film « Antibodies » (2005) de Christian Alvart, Jürgen Bartsch, 15 ans, assassine et viole des garçons encore plus jeunes que lui. Dans le roman Try (1994) de Dennis Cooper, un couple homosexuel composé de deux pères adoptifs violent leur petit Ziggy.

 

D’autres personnages homosexuels violent en se cherchant un partenaire sexuel plus « fort » qu’eux. Ils deviennent violeurs par omission en quelque sorte, par amant interposé, en se plaçant en victimes, parce qu’ils appellent leur pair « actif » à les pénétrer et qu’ils l’engagent à obéir à leur mise en scène de viol dont ils sont les héros « passifs » : « Pendant un apéro au Boobs’bourg, en attendant les autres, Cody m’avoue qu’à New York il met des petites annonces sur craiglist.org en se faisant passer pour une fille : ‘Comme ça, quand les hommes ils veulent ma chatte, je dis à eux je suis un pédé mais je peux te sucer bien ta bite à fond et avaler ton jus. Ça marche, quoi, les hommes ils ont envie d’une fille parce qu’ils pensent que c’est la seule chose qui les fait bander mais un jour où ils sont en manque ils goûtent à la bouche ou le cul d’un pédé et d’un coup ils se rendent compte que ce qui les fait bander c’est le sexe, et pas une fille, quoi. Je suis comme une sorte de terroriste queer comme j’oblige les hommes hétéros de se rendre compte que tout le monde est pédé, quoi, parce que tout le monde bande pour n’importe qui. » (Cody, le héros homosexuel nord-américain très efféminé du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 98-99) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… […] Je referme la porte et tout de suite nous portons nos mains sur le visages de l’autre, pour sentir le bandeau, pour être sûr que le contact est respecté. Il sourit, je sens sous mes doigts sa bouche tendue. Moi aussi je souris. On se prend dans les bras l’un de l’autre et on cherche nos bouches, qu’on s’embrasse voracement, qu’on viole avec la langue. Après un instant, en reprenant notre souffle, il dit ‘Ouhaou, c’est chaud !’ Je le prends par la main. Je me glisse devant lui, et ensemble nous marchons comme un seul homme dans l’appartement, Vianney parfaitement collé à ma nuque, mon dos, mes fesses, mes jambes. » (Mike, le narrateur homosexuel racontant son aventure avec un certain Vianney, op. cit., p. 84) Le viol n’est jamais effectué par une seule personne (= le bourreau), mais bien le produit d’une relation, d’un consentement mutuel, où la victime et son bourreau jouent tous les deux un rôle (même un rôle réduit parfois à celui d’objets qu’ils ne seront jamais) : « Dans le sexe, c’est surtout Claude qui parle, qui dit ‘Maintenant je suis un mec, je viens de te voir passer devant moi dans la rue, je te chope dans un coin sombre et je te baise comme la belle salope que tu es…’ Polly aime bien être passive, ça l’arrange que Claude veuille toujours être dominante. » (Mike parlant du couple lesbien Claude-Polly, op. cit., p. 74)

 

Dans son obsession pour le corps et la beauté de son amant, le personnage homosexuel montre parfois l’impatience cannibale du violeur, ses pulsions de possession : « Je veux sa bouche. Je veux son cul. Il est à moi ! » (Lennon parlant de Martin dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti)

 
 

c) Comment le héros homosexuel en arrive-t-il à passer à l’acte odieux ?

VIOLEUR 3 Lit

Film « Jeanne Dielman » de Chantal Akerman


 

Le violé devient parfois violeur. Par exemple, dans le roman Radcliffe (1963) de David Storey, Léonard Radcliffe, soumis au joug de son amant Vic, avoue son propre despotisme sous-jacent : « Le pire dans tout ça, c’est qu’une partie de moi l’aime et l’autre partie de moi ne lui sera jamais soumise. » D’ailleurs, à la fin de l’histoire, lui qui était jadis homosexuel soumis et passif, finit par tuer Vic et par devenir l’homosexuel actif et prédateur une fois incarcéré. Dans le roman Baise-moi (2002) de Virginie Despentes, Nadine et Manu, les deux héros transsexuels M to F violés, deviennent aussi violents que leurs agresseurs. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, se retrouve embarqué dans une série de meurtres en cascade parce qu’il a découvert l’ambiguïté homosexuelle du jeu de son premier amant, Dick, qu’il a tué accidentellement et par légitime défense. Il tue au moins trois hommes et se comporte comme un parfait manipulateur.

 

Dans les œuvres traitant d’homosexualité, il existe très souvent un ambigu rapport idolâtre d’attraction-répulsion, d’imitation (involontaire ?), d’amour, entre la victime et son agresseur. « De ma vie, je ne m’étais jamais fait baiser sans le vouloir. Je sais maintenant que tout peut arriver. Et que, même sans le vouloir, on peut aimer cela. » (Bjorn, l’un des personnages homosexuels, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 154) ; « J’adore qu’on profite de moi. […] Personne ne me force. » (Matthew Ferguson, le gigolo du film « Eclipse » (1995) de Jeremy Podeswa) ; « Je ne criais jamais, j’étais tellement heureuse d’être ton objet, d’exister. » (Cécile à son amante Chloé dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, pp. 39-40) ; « J’ai envie d’être l’outil de sa jouissance. » (la narratrice lesbienne parlant de son amante, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 65) ; « ’Tu désires l’abomination.’ Il ne pouvait y croire au début. Lui qui avait souffert des attentions de Goudron se transformait maintenant en Goudron ! Cela ne pouvait pas être vrai. Pourtant, c’était vrai ! » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, parlant de son élan homosexuel pour le jeune David, suite à l’attachement pédophile de Goudron, un écrivain bien plus âgé que lui et qui l’avait courtisé, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 177) ; « Ce que j’aurais fait à cette époque de ténèbres, d’autres me l’avaient fait. » (idem, p. 441) ; etc. Par exemple, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le Dr Labrosse fantasme de se faire violer par un jeune Sénégalais de 16-17 ans appelé « Babacar ». Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, plus Antionetta, la femme au foyer, rêve d’être violée par son voisin de pallier homosexuel Gabriele, plus elle joue la saint-nitouche persécutée qui se fait des gros films : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en, je vous en supplie ! » Elle embrasse de force Gabriele sur la bouche quand celui-ci lui avoue qu’il est homosexuel. Vexé d’avoir été pris pour un macho qui allait satisfaire une femme mariée désireuse de « se faire sauter sur la terrasse » de l’immeuble, et aussi pour se venger de son double jeu, il finit par la violenter vraiment : « Je ne suis pas le Superman viril que tu attendais !! »

 

Le basculement de rôles violé/violeur est symbolisée d’une manière très particulière dans les fictions homo-érotiques. La victime homosexuelle d’un viol se voit généralement inculpée d’un meurtre qu’elle n’a pas voulu commettre et auquel elle a été poussée par son tortionnaire. Par « légitime défense », elle reproduit le viol : cf. le film « Légitime violence » (1982) de Serge Leroy, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, les films « Dial M For Murder » (« Le Crime était presque parfait », 1954), « Torn Curtain » (« Le Rideau déchiré », 1966), « Psycho » (« Psychose », 1960), et « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock, le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques », 1943) de Luchino Visconti, le film « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar, le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt, le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné, le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Flying With One Wing » (2002) d’Asoka Handagama, le film « Le Roi et le clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « La Victime » (1961) de Basil Dearden, le film « Pouvoir intime » (1987) d’Yves Simoneau, l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli (avec Kamel), etc.

 

Par exemple, dans son roman Le Conformiste (1951), l’écrivain Alberto Moravia décrit l’évolution de Marcel, une jeune victime d’attouchements sexuels qui tue par accident son agresseur. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, pour se venger des attaques homophobes de Terell, un camarade de lycée, débarque en classe et lui casse une chaise sur le dos, laissant ce dernier inconscient. Il est embarqué par la police. Dans le film « Chaînes » (1928) de Wilhelm Dieterle, Franz tue sans le vouloir un inconnu qui dérangeait sa femme. Dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, Théron est responsable d’un crime involontaire. Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, Daventry a tué ses deux agresseurs en opérant un assassinat de légitime défense. Dans le roman Adrienne Mesurat (1927) de Julien Green, Adrienne tue son dictateur de père en le poussant accidentellement dans les escaliers. Dans le film « Prisonnier » (2004) d’Étienne Faure, le petit viol est presque excusé par l’existence d’un plus grand viol dont le protagoniste n’est pas responsable : en effet, Julien séquestre son amant Tom dans son grenier afin de le protéger de la police, « par amour ». Dans le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, les deux amantes provoquent l’attaque cardiaque accidentelle du despotique botaniste. Dans le film « Les Diaboliques » (1955) d’Henri-Georges Clouzot, le couple de lesbiennes est à la fois victime et bourreau de l’homme qu’il veut éliminer. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo Nathan euthanasie son amant Sean, puis ensuite pleurer son geste.

 

Le héros homosexuel décide d’imiter son violeur, et de le violer à son tour, en baptisant leur relation d’« amoureuse ». Comme s’ils étaient tous les deux quitte ! Leur union serait « égalitaire dans la violence », ré-équilibrée par le viol : « Entre la baffe qu’elle m’a donnée et ce titre de transport que je n’ai pas payé, qui de nous deux est la débitrice ? » (la narratrice lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 49)

 

Par exemple, dans le roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel faisant son service militaire, décide volontairement de coucher trois fois avec Octave, son violeur d’adolescence, pour réparer une ancienne souillure par une domination inédite sur ce dernier : « Je ressentais ce désir comme une sorte de revanche pour satisfaire égoïstement ma propre libido. » (p. 92)

 

Et quand son amant ne lui a rien fait, le violeur homosexuel décide de le punir de sa fragilité, de sa complicité à se laisser dominer par lui. Le pire, c’est que dans toute sa schizophrénie, il trouve le moyen de s’auto-victimiser pour nier qu’il fait le mal. Il ne viole pas par gaieté de cœur, vous comprenez… Il fait ça par « sacrifice d’amour », parce que c’est sa victime qui le lui aurait demandé… : « Cette folle perverse rêve depuis des années d’être tuée, elle est à la recherche d’un assassin, voilà : elle l’a trouvé : c’est moi. » (le narrateur homosexuel parlant de Mme Audieu, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 110) ; « Tu m’as forcé à faire ça ! » (Steeve juste avant de poignarder mortellement Vincent, son amant d’un soir, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) Ou bien il survalorise l’individu qu’il a violé, en lui inventant une liberté, une maturité, un consentement, un désir, une liberté et des sentiments qu’il n’a vraisemblablement pas (genre : « Il n’ose pas me le dire, mais je suis persuadé qu’il a aimé ça ! Je suis sûre qu’il est fou de moi… » ou « Il est très mûr pour son âge ; et puis en plus, il était d’accord ! ») : « Contre toute attente, la bergère se prit entièrement à ce qu’elles [= le couple lesbien violeur] faisaient et devint, selon ce que disaient les amies de ma cousine, une partenaire aussi réceptive qu’audacieuse. […] À leur grande surprise, elles la virent, alors qu’elles étaient déjà très loin, faire de gentils gestes de la main pour leur dire au revoir. […] Les deux amies considéraient par ailleurs leur action comme une initiation et nourrissaient le souhait caché que les autres femmes se convertissent, espérant ouvrir leur esprit, les libérer des conventions et des contraintes qui trop longtemps les avaient enfermées. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 108-110)

 

Par exemple, dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport, l’héroïne lesbienne dit que les cris de résistance de sa copine (« Arrête, lâche-moi !!! ») quand elle la viole amplifient son désir et l’encouragent à poursuivre : « Ça, ça me fait bander comme un cheval ! » Elle finit par projeter sur son amante son propre désir/amour éjecté : « J’suis sûre qu’elle a adoré sa première fois même si elle prétend le contraire. »

 

La « correction » du violeur homosexuel se pare souvent des meilleures intentions (solidarité, lutte contre l’homophobie, défense de l’amour homosexuel, etc.). C’est la raison pour laquelle il ne se voit même pas déraper. Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, les amants Georges et William tapent sur Pierre l’hétérosexuel, et essaient de l’approcher, de le provoquer physiquement (par rapport à une homosexualité supposée latente chez lui). Georges lui fout une baffe, et ça finit en bagarre que les lamentations théâtrales d’Adèle, la « fille à pédé » pleureuse internationale, viennent miraculeusement éteindre en jetant tout de même toute la faute sur la soi-disant « homophobie » de Pierre.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le violeur homosexuel : légende ou réalité ?

Dans nos civilisations contemporaines, une rumeur causalisant le lien entre homosexualité et viol circule autour des personnes homosexuelles ou de l’homosexualité en général. Il suffit d’écouter le mythe des violeurs d’enfants (les « enculeurs d’adolescents », comme diraient Jacques de Guillebon et Falk Van Gaver, dans leur article « Voie sans issue » de la revue Nouvelles de France, en août 2012) développés par quelques tribuns du FN, réac’ gauchistes et autres ecclésiastiques de la droite évangélique américaine : « Que faisons-nous contre ces hommes qui violent nos enfants ? » (le parlementaire David Baati dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin)

 

Il n’y a pas que les personnes hétérosexuelles qui présentent les personnes homosexuelles comme des « obsédés sexuels » et des « pervers ». La mauvaise réputation provient aussi et surtout des individus homos eux-mêmes, même si elle prend tantôt le visage sexiste de la misandrie (beaucoup de femmes lesbiennes prennent les hommes gays pour des violeurs, parce qu’ils ont le malheur d’être nés « mâles »…), tantôt celui de la misogynie (beaucoup d’hommes gays voient les femmes comme des tigresses et des prédatrices sublimes), tantôt celui de la peur de la sexualité, de la phobie de la génitalité, de l’effroi amoureux, voire de l’auto-parodie cynique. Je ne citerai à ce titre qu’un seul exemple parlant : l’ouvrage Trois milliards de pervers : grande encyclopédie des homosexualités (1973) de Félix Guattari et Guy Hocquenghem. Dans la programmation du festival de cinéma gay & queer Chéries-Chéris édition 2013 au Forum des Images de Paris, il y a une nuit consacrée aux « serial killers et killeuses ». Et je vous renvoie aux codes « Liaisons dangereuses », « Viol », « Prostitution » et « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

J’ai entendu par exemple des amis homosexuels/bisexuels qui m’ont avoué que lorsqu’ils avaient couché avec des femmes, ils avaient eu l’impression de les violer. On retrouve cette idée dans l’autobiographie Un Homo dans la cité (2009) de l’animateur radio homosexuel Brahim Naït-Balk : « Alors que j’avais déjà 25 ans et que j’étais toujours vierge, plus par désespoir que par désir j’ai répondu aux avances d’une collègue éducatrice. Elle me draguait depuis un moment et je la fuyais. Un soir de réveillon du jour de l’An, nous nous sommes retrouvés dans une chambre du foyer et je me suis lancé. C’était horrible, je me suis forcé à la pénétrer, sans préliminaires. J’ai eu l’impression de la violer. Tout de suite après, je l’ai fuie comme un voleur. » (pp. 40-41)

 

En amour homosexuel aussi, j’ai entendu à de nombreuses reprises mes amis me décrire en privé leur initiation sexuelle ou leur propre partenaire amoureux comme un violeur (cf. je vous renvoie aux codes « « Première fois » », « Viol » et « Amant diabolique » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Par peur ou fantasme de donner crédit à cette croyance populaire au lien de causalité viol/homosexualité (pas totalement infondée non plus, car le désir homosexuel et les actes qu’il implique sont par nature semi-sincères semi-violents), certains individus homosexuels prennent l’image du violeur homosexuel pour une vérité sur eux-mêmes, pour un ordre et un modèle. Ils intériorisent alors le fantasme de violer vraiment : « Pour moi, le viol, avant tout, a cette particularité : il est obsédant. J’y reviens tout le temps. […] J’imagine toujours pouvoir un jour en finir avec ça. […] Impossible. Il est fondateur. De ce que je suis en tant qu’écrivain, en tant que femme qui n’en est plus une. C’est en même temps ce qui me défigure, et ce qui me constitue. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 53) ; « Étant donné qu’il m’arrivait de m’occuper d’enfants, j’étais obsédé par la crainte qu’ils me soupçonnent de pédophilie. C’était absurde, mais je ne pouvais m’empêcher d’y penser. » (Brahim Naït-Balk, l’animateur radio qui ne cache absolument pas son attirance pour les jeunes garçons, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), p. 65) ; « Je veux faire des films qui rendent les spectateurs fous, qui les poussent à commettre un meurtre. » (le réalisateur Hisayasu Sato) ; « J’y suis allé pour avoir du sexe avec les hommes. C’est la première chose que j’ai faite. Donc ce gars avec qui j’avais chatté un temps sur Internet était de Flint, dans le Michigan. C’est là-bas que j’ai perdu ma virginité. La capitale mondiale des assassinats, c’est de notoriété publique [rires] [. [ » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; etc. Par exemple, en 1971, la féministe Susan Griffin frappe l’opinion publique en déclarant qu’elle « n’a jamais pu se débarrasser de la peur du viol ».

 

Certains auteurs homosexuels, par leur sacralisation des méchants de dessins animés, des dictateurs et des Grands Hommes, montrent, certainement à leur insu, une fascination pour le violeur (cf. je vous renvoie aux codes « Se prendre pour Dieu », « Se prendre pour le diable », « Homosexualité noire et glorieuse », « Liaisons dangereuses », « Homosexuel homophobe », « Couple criminel », « Super-héros », et à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je suis un chasseur ! Pas un gratte-papier. J’aimerais être de ceux qui visitent les appartements des opposants politiques et s’emparent de leur contenu, des livres au courrier et aux meubles, et les envoient vers Berlin. » (Heinrich, figure par excellence du voleur/violeur, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 103) Par exemple, dans son recueil de poésie Le Condamné à mort (1942), Jean Genet met le « tueur à la lourde braguette » sur un piédestal.

 
 

b) Le violeur homosexuel passe parfois effectivement à l’action :

Par malheur, il arrive que certains individus homosexuels violent vraiment. Par exemple, en 1869, l’affaire Zastrow fait la « une » des journaux. Carl Ernest Wilhelm von Zastrow (1821-1877), ancien militaire, peintre, est arrêté pour viol homosexuel. Je pense également à ce jeune violeur nantais de 18 ans (2 novembre 2016) qui ne s’attaquait qu’à des hommes. On trouve sur le garçon qui a été sa victime un anus si élargi qu’il ne peut plus retenir ses excréments. Le 5 juillet 1869, Zastrow, dans le box des accusés : « J’appartiens à ces malheureux qui à cause d’un défaut de leur nature ne ressentent aucune inclination pour le sexe féminin. J’ai souvent parlé de ça avec des hommes, qui alors m’ont traité froidement et inamicalement, de telle sorte que je me suis retrouvé seul au monde. » Le cas de l’Ougandais homo de 37 ans Emanuel G., qui a violé en septembre 2016 une femme dans la rue à Freising en Bavière, laisse également perplexe.

 

Cela peut commencer par la société toute entière et l’État, sous prétexte de lutte politique contre le monstre « Homophobie ». Je pense par exemple dans toutes les Gay Pride à la simulation de viol par l’exhibitionnisme agressif. Je pense aussi aux méthodes musclées et agressives d’associations comme Act Up, ou bien à des coups de folie isolés (Dernièrement, un certain Floyd Corkins, 28 ans, ancien bénévole homo au Centre LGBT de Washington, a ouvert le feu au siège d’une organisation chrétienne conservatrice, le 16 août 2012).

 

Le grand viol social peut-être précédé du petit viol homosexuel. Autre exemple : dans ce fait divers daté du 22 décembre 2016, on voit bien que l’agression homophobe s’origine sur le petit délit de larcin homosexuel.
 

Le viol se poursuit aussi sur des femmes (cf. je vous renvoie avec insistance au code « Destruction des femmes » et à la partie « Prostituée tuée » du code « Prostitution » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Le garagiste [Nacho], agenouillé près d’Ernestito, demandait pardon, pardon pour ses péchés. Il avait tué la femme, la seule qui aurait pu l’éloigner de son secret, des hommes, de son désir des hommes. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 314) Ce viol est en général exercé par deux profils de personnes homosexuelles : soit les individus homosexuels refoulés, soit à l’opposé les individus homosexuels soi-disant « homosexuellement assumés ». Et là encore, le sexe de ces agresseurs homosexuels importe peu.

 

VIOLEUR 4 Favorites

« Favorites »


 

Au départ, comme certains individus homosexuels n’assument pas l’existence du désir homosexuel en eux, il arrive qu’ils cherchent à se prouver à eux-mêmes ou à prouver à leur société leur hétérosexualité en couchant avec leur meilleure amie, en violant la « fille à pédés » ou la prostituée. Le violeur endossera alors le déguisement du faux bisexuel ou de l’hétérosexuel surfait (pléonasme). Et pour ce qui est de l’individu homosexuel qui cherche à prouver à sa société qu’il est « 100% homosexuel » et que « ça se passe très bien », l’obstination à rester conforme à son masque du coming out ou à son étiquette de « parfait mec casé en couple homosexuel » a tendance à se traduire sur la durée par une agression vis à vis des femmes, des hommes mariés et des personnes homosexuelles en général.

 

Par exemple, dans le roman Manigances (2011) de Denis-Martin Chabot, il y a le personnage du « prédateur », Julien, à l’identité sexuelle trouble, qui viole les hommes qu’il rencontre, et qui leur laisse des séquelles (l’histoire est basée sur des faits réels).

 

N’en déplaise à la communauté homosexuelle, les loups sont dans la bergerie (même s’ils passent leur temps à se dire « hors milieu » !). Certains hommes et certaines femmes homosexuels violent non seulement des femmes mais aussi des hommes, et particulièrement des amants de passe ou des compagnons de vie qu’ils harcèlent parfois pendant des mois (cf. je vous renvoie avec insistance aux codes « Milieu homosexuel infernal », « Parricide la bonne soupe », « Homosexuel homophobe », « Liaisons dangereuses » et  « Amant diabolique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). On citera ici le nom d’hommes homosexuel serial killer, funestement passés à la postérité parce qu’ils tuaient successivement leurs compagnons d’un soir (ils sévissaient dans et à l’extérieur du « milieu gay » stricto sensu) : Jeffrey Dahmer, Andrew Cunanan, Gilles de Rais, Luis Alfredo Garavito, Randy Steven Kraft, Luka Magnotta (présenté comme le « premier web killer » de notre époque), etc. Allez faire un tour sur cette page pour ceux parmi vous qui veulent frémir…

 

Le violeur des personnes homosexuels, loin d’avoir une sexualité stable et non-homosexuelle, cache son homosexualité derrière la violence d’une hétérosexualité excessivement prouvée en actes, trop assurée et travaillée : « Je connais leur rapport tordu à leur propre sexualité. […] À moins qu’ils n’aient eu eux-mêmes des tendances homosexuelles qu’ils n’osaient s’avouer. […] Ce qui, pour moi, reste un mystère absolu, c’est pourquoi ces garçons, malgré leur haine féroce pour les homos, voulaient avoir des relations sexuelles avec un gay comme moi. » (Brahim Naït-Balk parlant de ses violeurs, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), pp. 78-81)

 

Certains individus homosexuels violeurs s’en prennent à des êtres fragiles (cf. je vous renvoie aux codes « Méchant pauvre », « Prostitution », « Pédophilie », « Vierge » et « Petits morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qui donnent par leur faiblesse l’illusion d’un consentement : je pense par exemple à ce fait-divers du couple lesbien de Verdun, ainsi qu’au témoignage d’Alfred, homosexuel, qui a « violé un tapin » et que relate cet acte dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang (cet ouvrage a beaucoup d’intérêt dans la mesure où l’auteur a eu l’intelligence de choisir d’interviewer non seulement des victimes masculines de viol mais aussi des agresseurs, jadis victimes).

 

Je vous signale au passage cet article destiné à ceux qui me soutiennent que l’homosexualité n’a rien à voir avec ce que nous vivons (crise, terrorisme, islamisme, transhumanisme, attentats d’Orlando ou de Nice, etc.), qu’ « il n’y a pas que ça dans la vie », et que le fait que j’en fasse le centre des débats sociétaux serait le signe de ma « monomanie narcissique homosexuelle »… D’aucun vont se servir de ce qu’ils identifient comme une bizarrerie paradoxale ou minoritaire, pour affirmer haut et fort qu’il faut encore plus faire son coming out et encore plus pratiquer son homosexualité. Quand tout le monde la réduit à un refoulement d’homosexualité, moi, je dis que l’homophobie est à la fois refoulement et surtout pratique et identité « assumées » d’homosexualité.
 

Pourquoi les personnes homosexuelles ont tellement de mal à reconnaître l’existence du lien non-causal entre homosexualité et pédophilie, par exemple ? Parce qu’il les renvoie parfois au douloureux (et enjolivé… par stratégie de survie !) souvenir de leur initiation au plaisir (homo)sexuel par leur violeur, qui s’est présenté à eux comme un guide, un père bienveillant, un amant protecteur.

 

Le violeur tient exactement le même refrain d’indifférence de la sacralisation du « consentement mutuel » et de l’absence de bien ou de mal : « Pour ma part, je me suis fait une règle de ne pas juger la sexualité des autres ; tant que ça se passe entre adultes conscients et consentants, je pense que rien de mal ne peut se faire. » (Voir sur ce lien)

 

D’autres personnes homosexuelles violent en se cherchant un partenaire sexuel plus « fort » qu’elles. Elles deviennent violeurs par omission en quelque sorte, par amant interposé, en se plaçant en victimes, parce qu’elles appellent leur pair « actif » à les pénétrer et qu’elles l’engagent à obéir à leur mise en scène de viol dont elles seraient les héros « passifs ». J’ai en tête plein de récits d’amis homosexuels qui ont forcé leur partenaire sexuel à les violer au lit parce que « ça les excitait ». « Je rêve d’être kidnappé, attaché, offert, je rêve d’être à la merci. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 55) Oui, détrompez-vous si vous doutez de ce que j’écris là. Le violeur homosexuel n’est pas forcément le « dominant » !

 

Le rôle du violeur homosexuel n’est pas nécessairement porté par celui qu’on attend. On se trompe en beauté si on pense que le violeur homosexuel ne peut être que l’individu adulte (à partir de la quarantaine, environ), masculin, bear ou butch, « actif » sexuellement, adepte des pratiques sado-maso, 100% méchant et malveillant. J’ai vu des hommes et des femmes homosexuels, en apparence innocents, conformes physiquement aux canons de la mode de leur sexuation biologique originelle, parfois jeunes et pimpants, jouant les fragiles, homosexuels dits « assumés », sincères et « amoureux », frapper quand on s’y attendait le moins ! N’oublions jamais que tout être humain est profondément libre, donc ni « victime à vie », ni « bourreau à vie »… Autant nous pouvons assurer que tout bourreau a été victime, autant on ne pourra jamais dire que toute victime sera plus tard bourreau… et heureusement ! (Merci la résilience !) Or ceux qui l’oublient, afin de diaboliser les violeurs et béatifier les victimes de viol, sont en général des gens qui violent aussi, qui suppriment la liberté humaine en causalisant/per le viol.

 

Pour vous donner un exemple très parlant, je me trouvais un jour aux studios de la radio RFPP à Paris, pour animer, comme chaque lundi, l’émission Homo Micro aux côtés de Brahim Naït-Balk et de quelques chroniqueurs. C’était le 20 décembre 2010. Fabien, le « chroniqueur santé » (jeune, beau gosse, raffiné, en couple assumé et discret, visiblement plutôt passif sexuellement), a avoué ouvertement à l’antenne que l’un de ses fantasmes sexuels secrets était de « violer une femme ». Quand il a prononcé cette phrase hallucinante (que personne n’a relevée, sauf moi évidemment… et Sylvain, le chroniqueur de la « revue de presse », qui m’a instantanément fixé droit dans les yeux, bouche bée, en étant sur le point de dire en me pointant du doigt : « C’est fou… Ce fantasme de viol chez les homos, c’est exactement ce qu’a décrit Philippe dans des émissions précédentes ! Avait-il finalement raison ?!? »). Je pense, connaissant Fabien, que ce n’était de sa part que l’expression d’un fantasme non-actualisé (j’ose espérer, et je n’en doute pas, car ce garçon est l’exemple même de la mesure et de l’homosexualité clean). Mais en revanche, ce fantasme doit être certainement actualisé par des personnalités moins équilibrées que Fabien, et de manière beaucoup plus répandue qu’on ne le croit dans la communauté homosexuelle. Ce n’est pas pour des prunes que j’écris noir sur blanc dans mes essais que le désir homosexuel est par nature le signe d’un viol parfois réel ou en tous cas un fantasme de viol (dans le double sens de l’expression : fantasme de violer ou/et fantasme de violer).

 

J’ai remarqué que les vrais violeurs homosexuels pouvaient être aussi bien sur-virils qu’hyper efféminés (Récemment, j’en ai croisés trois parmi mes connaissances homosexuelles lointaines – des hommes entre 25 et 35 ans – qui peuvent se montrer non seulement menteurs et langues de vipère, mais aussi menaçants et incontrôlables). Ils ont le visage crispé du sadomasochiste. Et je ne souhaite à personne de se retrouver nez à nez avec leur hystérie schizophrène inattendue…

 
 

c) Comment le sujet homosexuel en arrive-t-il à passer à l’acte odieux ?

VIOLEUR 5 Inconnu Nord

Film « Strangers On A Train » d’Alfred Hitchcock


 

Triste et désarçonnant constat : le violé devient parfois violeur. Par exemple, Diane de Margerie évoque le « désir d’agression » inhérent à la personnalité du romancier japonais Yukio Mishima (Correspondance 1945-1970 (1997), p. 22).

 

De récentes études canadiennes de criminologie prouvent qu’un des grands facteurs aggravants de récidive des viols est l’agression entre personnes de même sexe ; par exemple, les incarcérations en cas d’inceste ou de pédophilie entre personnes des sexes différents sont plus rarement répétées (sources données par le pédo-psychiatre Vincent Rouyer).

 

Force est de reconnaître qu’il existe très souvent un ambigu rapport idolâtre d’attraction-répulsion, d’imitation (involontaire ?), d’amour, entre la victime et son agresseur. Le désir d’être violeur a pu être précédé par le désir d’être violé (cf. je vous renvoie évidemment la partie « Désir de viol » du code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) :

 

« Coco [travesti M to F], à la sortie de la gare, indiqua une pissotière.

– ‘Celle-là fonctionne très bien. Des mecs à perdre la tête. Maintenant, une fois sur deux, on te vole ou on te tue.

Mais on te viole d’abord au moins ? s’inquiéta Paquito.

Oui, parfois », le rassura Coco en souriant avec sa dentition canine impeccable. »

(Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 94)

 

Pourquoi ne parle-t-on quasiment jamais des violeurs homosexuels réels ? Parce qu’en cas d’agression, en général, le violeur, pour jouer au dur, cache son orientation bisexuelle ou homosexuelle qui le désignerait comme faible, blessé ou semblable à sa proie : « La plupart des agresseurs auraient tendance à se définir comme hétérosexuels exclusifs et s’avèreraient, de surcroît, homophobes » (p. 108) explique Michel Dorais dans son essai Ça arrive aussi aux garçons (1997). Et dans leur naïveté, la plupart de leurs victime croient leurs violeurs sur parole, validant intérieurement ainsi la possibilité de s’affirmer elles-mêmes homosexuelles par réaction d’opposition, par réflexe de survie : « La plupart des agresseurs sont décrits par leurs victimes comme étant ou s’affirmant d’orientation hétérosexuelle, quelquefois bisexuelle, très rarement homosexuelle. » (idem, p. 73)

 

Aussi incompréhensible que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles sont fascinées par leur violeur et justifient le viol : « Les violeurs, loin d’être des monstres ou des fous mus par une pulsion sexuelle irrépressible, sont des hommes normaux ayant parfaitement intégré les modèles érotiques. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), p. 23) ; « Il croyait que j’avais peur. Ce qu’il me proposait m’allait très bien. […] Je me sentais bien, bizarrement bien, et je ne luttais pas contre ce bien-être. » (Abdellah Taïa parlant de son violeur, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 15-17) ; « J’aimais Chouaïb. À présent, je l’admirais. » (idem, p. 26) ; « Il ne faut pas punir J. » (Gilles justifiant son violeur, dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 177) ; « J’ai été victime d’un viol à Marseille, tard dans la nuit. Je n’aime pas le simplisme d’un certain féminisme qui déclare que tout viol est une chose atterrante… Je serai même assez affreux pour dire que je l’ai bien vécu… C’est-à-dire que j’ai compris de quelle misère était fait cet Arabe qui m’a coincé dans un coin. C’est comme si c’était une mauvaise drague qui avait mal tourné. Je n’ai pas porté plainte contre lui. Non, j’ai causé avec lui. On est même allé boire un verre après (rire)… J’ai offert une bière à mon violeur. » (idem, pp. 182-183)

 

Il arrive que l’individu homosexuel cherche à imiter son violeur, et qu’il décide de le violer à son tour, en baptisant leur relation d’« amoureuse ». Comme s’ils étaient tous les deux quitte ! Leur union serait « égalitaire dans la violence », ré-équilibrée par le viol et une « bonne correction », en commémoration du passé : « Il fallait, à tout prix, que je me persuade, que j’étais l’homme au même titre que le père Basile [le prêtre pédophile qui l’a violé] ou mon initiateur et que, partant de ce principe, je pouvais jouer le rôle du preneur. » (Berthrand Nguyen Matoko, très longtemps strictement « passif » sexuellement, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 119) Il y a comme une conjuration trouvée dans la reproduction du viol : « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta)

 

On retrouve à ce titre la reproduction du schéma violeur/violé chez beaucoup de couples homosexuels existants (la tapette/le moustachu ou l’actif/le passif du côté des hommes gays ; la fem/la butch du côté des femmes lesbiennes) : « masculin = actif = violeur = pénétrer = appropriant = dominant ; féminin = passive = violée = dominée = trou = appropriée » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988, p. 196)

 

Même si ce n’est absolument pas systématique, certaines personnes homosexuelles peuvent parfois reproduire le viol qu’elles ont jadis subi. Par exemple, dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, de nombreux témoignages (qui par ailleurs remettent en cause l’adage « Qui a été abusé abusera ») illustrent que des jeunes hommes jadis violés ont violé à leur tour : « Dès qu’ils sentent qu’ils peuvent être les plus forts, certains garçons victimes d’agressions physiques ou sexuelles vont tenter de rejouer la même scène traumatique à leur tour, en inversant les rôles. » (pp. 57-58) C’est parfois avec horreur que certains individus homosexuels découvrent qu’ils peuvent reproduire inconsciemment ce que pourtant ils ont détesté chez leur agresseur, comme c’est le cas de Denis, 31 ans, victime d’abus à l’âge de 8 ans, et qui a abusé de son petit cousin une fois arrivé à l’âge adulte : « D’avoir abusé de quelqu’un, c’est encore ça le plus gros, même aujourd’hui. Plus que l’abus que j’ai subi. » (Denis, idem, p. 160). Un autre témoin homosexuel, Paul parle d’« imaginer, fantasmer le viol, quand il prend quelqu’un en stop. Des fois. La discussion sur les dangers du stop… » (idem, p. 186).

 

À Liège (Belgique), en juillet 2012, Raphaël Wargnies, 35 ans, a assassiné à coups de marteau un homme dans un jardin public. Interpellé aussitôt, il a reconnu les faits, et a expliqué avoir été violé par un homosexuel dans le même parc un an plus tôt, à l’été 2011. Aux États-Unis, le 26 août 2015, Vester Flanagan, 41 ans, a tué la journaliste Alison Parker, 24 ans, et son caméraman Adam Ward, 27 ans, alors qu’ils intervenaient en direct dans le cadre d’une émission matinale de la chaîne WDBJ7. Flanagan a lui-même filmé la tuerie avant d’en poster des extraits sur les réseaux sociaux, en soutenant qu’il avait été discriminé en raison de sa couleur de peau et de son orientation homosexuelle. Poursuivi par la police, il s’est suicidé quelques heures plus tard.

 

Et quand son amant ne lui a rien fait, le violeur homosexuel décide parfois de le punir de sa/leur fragilité, de sa complicité à se laisser dominer par lui. Le pire, c’est que dans toute sa schizophrénie, il trouve souvent le moyen de s’auto-victimiser pour nier qu’il fait le mal. Il ne viole pas par gaieté de cœur, vous comprenez… Il fait ça par « sacrifice d’amour », parce que c’est sa victime qui le lui aurait demandé… Ou bien il survalorise l’individu qu’il a violé, en lui inventant une liberté, une maturité, un consentement, un désir, une liberté et des sentiments qu’il n’a vraisemblablement pas (genre : « Il n’ose pas me le dire, mais je suis persuadé qu’il a aimé ça ! Je suis sûre qu’il est fou de moi… » ou « Il est très mûr pour son âge ; et puis en plus, il était d’accord ! ») : « Les despotes n’exigent pas seulement qu’on leur obéisse corps et âme. Ils exigent aussi d’être aimés de ceux qu’ils brisent. » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), p. 160) L’enfer est pavé de bonnes intentions amoureuses. N’oublions jamais.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.