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Code n°98 – Innocence

Innocence

Innocence

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Qui veut faire l’innocent fait le coupable

 

Vidéo-clip de la chanson "Sans contrefaçon" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer


 

En écho à l’essai La Tentation de l’innocence de Pascal Bruckner (un livre que j’aime beaucoup), je vais traiter ici du code de l’innocence dans les œuvres homosexuelles, c’est-à-dire de toutes les fois où les personnages homosexuels se représentent comme des anges, se rêvent sans taches et sans blessures, et ceci de manière presque inversement proportionnelle à leur pureté effective puisqu’en général ils sont (ou se sentent) coupables d’un viol qu’ils ont subi (ou qu’ils ont fait subir). Ce qui est pratique avec l’innocence, même si le pacte qu’elle nous propose est objectivement odieux, c’est qu’elle nous propose d’être éternellement blanchis, d’être des légumes insensibles et en bonne santé ou bien des zombies bienheureux baignant dans une complète béatitude immatérielle, à condition que nous cédions notre liberté. Et c’est en effet une vraie tentation humaine que l’évitement de la souffrance et de la culpabilité à tout prix, surtout dans les moments où notre responsabilité nous pèse comme un joug parce que nous avons mal agi. Ce fut la tentation du diable, c’est dire ! Alors vive la vieillesse, la fatigue de l’engagement, la lourdeur de notre condition humaine, l’exigence de nos idéaux, les merdes qui nous arriveraient à cause de notre liberté ! Les personnages homosexuels, en pleurant l’époque irréelle où ils auraient été Adam et Ève tout à la fois, nous rappellent combien il est douloureux de délaisser ses idéaux plutôt que de les vivre.
 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Viol », « Mariée », « Folie », « Oubli et Amnésie », « Douceur-poignard », « Déni », « Jardins synthétiques », « Planeur », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Amoureux », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Mère gay friendly », « Éternelle jeunesse », « Clonage », « Se prendre pour Dieu », « Se prendre pour le diable », « Vierge », « Parodies de Mômes », « Homosexualité noire et glorieuse », « Maquillage », « Appel déguisé », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Solitude », « Haine de la beauté », « Clown blanc et Masques », « Amant diabolique », « Je suis un Blanc-Noir », « Passion pour les catastrophes », « Première fois », « « Plus que naturel » », « Main coupée », et « Fleurs », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) La nostalgie de l’innocence :

Roman À mort l'innocent ! d'Arthur Ténor

Roman À mort l’innocent ! d’Arthur Ténor

 

Souvent, dans les fictions homo-érotiques, le personnage homosexuel, en rupture avec ses idéaux profonds, rêve de retrouver l’innocence de l’ange ou de l’enfant : cf. le roman Les Innocents (1952) de Francis Carco, le film « Les Innocents » (2003) de Bernardo Bertolucci, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, l’album Le Square des innocents (1974) de Catherine Lara, le film « L’Innocent » (1976) de Luchino Visconti, le roman Journal d’un innocent (1996) de William Cliff, le roman L’Innocent (1931) de Philippe Hériat, le roman El Inocente (1966) de Juan José Hernández, la pièce El Inocente (1968) de Joaquín Calvo Sotelo, le roman La dernière innocence (1953) de Cécile Bertin, le roman The Age Of Innocence (1920) d’Édith Wharton, le film « Born Innocent » (1974) de Donald Wrye, le film « Neige » (1981) de Juliet Berto et Jean-Henri Roger, le film « Pequeña Paloma Blanca » (2003) de Christian Barbé, le film « Innocence » (2003) de Bernardo Bertolucci, le film « Up The Chastity Belt » (1971) de Bob Kellett, le film « Ah ! Si j’étais restée pucelle » (1969) de Günter Schlesinger, le film « I’m Cool I’m Good » (2010) de Stanya Kahn, le film « Innocenti » (2008) de Jean-Baptiste Erreca, le film « Le Sexe des anges » (2011) de Xavier Villaverde, le film « The Innocence Of Muslims » (« L’Innocence des musulmans », 2012) de Nakoula Basseley Nakoula, le roman L’Amant pur (2014) de David Plante, le film « Innocent » (2005) de Simon Chung, etc.

 

« Moi aussi, tout petit, je croyais en moi. Mais j’ai changé. » (Môn, l’un des héros transgenres M to F s’adressant à Chaï, dans le film « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun) ; « Nous reste-il du temps pour redevenir innocents ? » (cf. une réplique dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Tous mes idéaux, des mots abîmés. […] Pourtant, je voudrais retrouver l’innocence. » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) ; « Ai-je jamais été innocent ? Si je l’ai jamais été, c’est parti très vite. Très vite, je crois avoir compris les jeux des grands, leurs enjeux, leurs discussions murmurées, leurs sous-entendus, leurs lâchetés, leurs espérances. Très vite, je n’ai plus été dupe. J’ai perdu ça : la naïveté, la fraîcheur, l’inconscience. » (Vincent, l’un des héros homosexuels du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 24) ; « J’étais innocent. » (Robbie, le héros homosexuel du film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann) ; « Mais comment retrouver l’innocence du commencement, la belle frénésie des toutes premières heures et la virginité perdue ? » (idem, p. 117) ; « Quand j’étais petit, j’avais des rêves, des ambitions. […] Maintenant, je vivote. » (Benoît, l’un des héros homosexuels parlant de l’amour, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; etc.
 
 

b) Qui veut faire l’innocent fait le coupable :

Film "Sexe des anges" de Xavier Villaverde

Film « Sexe des anges » de Xavier Villaverde


 

Le héros homosexuel est parfois tellement attiré par l’innocence qu’il tente de la dérober, de la prendre de force : « En société, j’imaginais les femmes qui m’entouraient déshabillées et offertes, et très vite, dans un état presque halluciné, je leur prêtais des postures ou des situations que je n’ose décrire, même dans mon carnet… Ma cruauté, dans ces instants, me préparait à l’idée qu’un jour je n’aurais plus vraiment de limite et que mon « vice » m’avalerait entièrement. Je combinais et raisonnais de plus en plus en fonction de lui, sentant bien que, quand j’étais dans ces étranges dispositions, en crise, comme on dirait, c’était lui qui déterminait tout ce que je pensais et faisais. J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. […] Je voulais ma nuit avec une femme, comme l’on veut sa naissance. Une nuit de noces, comme celle où je perdis ma virginité et décidai, pour cette occasion, de me choisir un nouveau prénom… Alexandra. Ce serait désormais par ce choix secret que je marquerais ma différence, comme l’avant et l’après du baptême. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; « Quand tu m’as connue, j’étais innocente et je le suis toujours. » (Rosa, la prostituée, s’adressant à son client Jules, juste avant de vivre un échange sexuel SM, dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali) ; etc.
 

Par excès de purisme ou de perfectionnisme, beaucoup de personnages homosexuels jettent l’éponge de leurs idéaux profonds, ou bien cherchent, quitte à être jusque-boutistes, à reconquérir leur innocence par un don sacrificiel d’eux-mêmes dans la débauche. Une sorte d’innocence inversée : cf. le roman L’Innocence du diable (2001) d’Éyet-Chékib Djazari, le film « Totò Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec l’ange qui fait caca), le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent, le film « Notre Paradis » (2010) de Gaël Morel (Vassili rencontre Angelo inanimé dans le Bois de Boulogne), le roman La Pérdida Del Reino (1972) de José Bianco, etc. Par exemple, beaucoup de pièces de Tennessee Williams traitent de la perte de l’innocence.
 

À travers la tournure interrogative notamment, on trouve la simulation d’innocence en rapport avec l’homosexualité dans des films tels que « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti, « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, ou bien « Pourquoi pas ! » (1977) de Coline Serreau. En générale, cette simulation cache de noirs desseins : « Je suis l’enfant insouciant. Je n’ai pas de morale. » (Vincent, le héros homosexuel de 16 ans, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 46-47) « On ne peut pas être innocents deux fois. » (Maria, l’héroïne jouant le rôle d’une lesbienne, dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas) ; « Je ne me souviens plus de ce que j’ai fait ces quatre derniers jours mais l’important est de savoir que je n’ai pas tué. Mon roman n’existe plus tant pis mais je suis innocent, c’est le principal. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977), pp. 133-134) ; « La dignité… ça fait longtemps qu’elle m’a quittée, celle-là… » (Jack, l’un des héros homosexuels de la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) ; « La plus grande chute est celle qu’on fait du haut de l’innocence. » (Merteuil dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller) ; etc. Par exemple, dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan explique qu’il « voit du sexe partout même dans les comptines pour enfants » : selon lui, « Au clair de la lune » est une chanson « érotique », et « Les 3 Petits Cochons, là, c’est carrément dans une soirée SM ! »
 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola s’amuse d’entretenir ouvertement avec Nina une relation lesbienne « extra-conjugale » qu’elle qualifie de « liaison somme toute bien innocente » auprès de sa copine régulière Vera.
 

Film "Innocent" de Simon Chung

Film « Innocent » de Simon Chung


 

Parfois, le héros homosexuel a vraiment été dépossédé de son innocence par un véritable viol, ou par un viol psychique (harcèlement) : cf. le roman À mort l’innocent ! (2007) d’Arthur Ténor. « Mon cœur, tu l’as volé, et sans détour. » (Benji s’adressant à son amant Maxence qui lui a fait perdre son innocence et sa virginité, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot) ; « Partager mon ennui le plus abyssal au premier venu qui trouvera ça banal. » (cf. la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer) ; « J’aime être propre : avant et après. […] La douche, c’était le grand moment. » (Eloy, le prostitué libertin en pleurs dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre) ; etc.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

a) La nostalgie de l’innocence :

la chanteuse Björk

la chanteuse Björk


 

Comme l’explique Jean-Louis Chardans dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), les personnes homosexuelles dites, à une certaine époque, « pédérastes » ont parfois été surnommées aussi « catamini », autrement dit « chattemittes, ceux qui jouaient les innocents » (p. 126).
 

L’innocence a toujours exercé dans la communauté homosexuelle une grande fascination. Je vous renvoie à l’essai Preservation Of Innocence (1949) de James Baldwin, à l’autobiographie Journal d’un innocent (1976) de Tony Duvert, au roman biographique Si tout n’a pas péri avec mon innocence (2013) d’Emmanuelle Bayamack-Tam, etc.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont fascinées par l’innocence (plus cinématographique et littéraire que réelle) : « C’était l’enfance, le temps de l’innocence. » (Stéphane Corbin lors de son concert Les Murmures du temps au Théâtre de L’île Saint-Louis Paul Rey en février 2011) ; « Dors comme une enfant innocente. » (Ebba, au lit avec son amante la reine Christine, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; etc. Par exemple, l’histoire du Petit Prince de Saint-Exupéry est l’un des livres favoris de James Dean, Néstor Perlongher, Mylène Farmer, Jacques-Yves Henry. Je vous renvoie au code « Conteur homo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Beaucoup de chanteuses ou d’actrices un peu lunaires (Jackie Kennedy, Valérie Lemercier, Björk, Mylène Farmer, Charlotte Gainsbourg, Vanessa Paradis, Céline Dion, etc.) sont des icônes gays.

 

Il est extrêmement fréquent, dans le discours des personnes homosexuelles, d’entendre la confusion entre sincérité et Vérité, ou bien entre perfectionnisme et perfection, purisme et pureté, intentions et Réalité. « Mais je suis pur et vertueux ! » (Jean-Louis Bory, ironique au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) Pas étonnant que la déception et la dépression subséquentes à cette idolâtrie pour l’innocence arrivent vite. Par exemple, dans son article « Cuba, El Sexo Y El Puente De Plata » (1986) sur son essai Prosa Plebeya (1997), Néstor Perlongher parle de la « nostalgie ironique d’une perte » (p. 120).
 
 

b) Qui veut faire l’innocent fait le coupable :

Film "La Vierge des tueurs" de Barbet Schroeder

Film « La Vierge des tueurs » de Barbet Schroeder


 

« Qui fait l’ange fait la bête. » écrivait Pascal. Par excès de purisme ou de perfectionnisme, beaucoup de personnes homosexuelles jettent l’éponge de leurs idéaux profonds, ou bien cherchent, quitte à être jusque-boutistes, à reconquérir leur innocence par un don sacrificiel d’elles-mêmes dans la débauche. Une sorte d’innocence inversée. Dans leur discours dénégateur de la violence sexuelle qu’elles vivent, c’est très marqué, cette croyance en une pureté déchue et ressuscitée par l’esthétisation de la chute. Je l’ai entendu en bouche de la totalité de mes amis gays libertins, gros consommateurs de sexe.

 

Parfois, elles ont vraiment été dépossédées de leur virginité par un véritable viol, ou un viol auquel elles se sont identifiées. « Au fil de ces rencontres, je fins par me faire ‘prendre’. Assurément. Puisque j’avais ressenti ce corps étranger qui me pénétrait lentement et sûrement. Mais de la façon la plus banale sans doute. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 114) Par exemple, le romancier québécois Denis-Martin Chabot raconte dans l’émission Homo Micro (diffusée sur Radio Paris Plurielle le 27 mars 2006) que son roman Innocence (2007) retrace « cette fameuse perte de l’innocence que nous avons perdu ce 11 septembre 2001 ».

 

Au fond, les personnes homosexuelles ne croient ni en la pureté ni en l’innocence. « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; « Je trouve ça tellement élégant, la manière dont il bafoue l’innocence. » (Celia, la conservatrice de musées face à un tableau « monstrueux », dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; etc. Le désir homosexuel exprime ce rapport idolâtre déçu avec la virginité.
 
 

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Code n°178 – Vierge (sous-codes : Vénus / Fée / Ève / Marie)

Vierge

Vierge

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vierge mais pas trop

 

Tableau de Pierre et Gilles

Tableau de Pierre et Gilles


 
 

Les individus homosexuels laissent une grande place à la Vierge Marie dans leur vie, aussi bien iconographiquement que réellement. Pour les bonnes raisons (ils sont attirés par sa pureté, par l’idéal de continence qu’elle les aide à vivre, par sa douceur, par son réalisme, par sa miséricorde maternelle, par sa vie toute donnée à Jésus, par sa sagesse et sa constance, parce qu’elle est la Reine du Ciel et notre mère à tous), mais aussi pour les mauvaises raisons quand ils perdent leur pureté par des actes qui désavouent leur virginité d’Enfants de Dieu. Dès que les sujets homosexuels pratiquent leur homosexualité, ils s’écartent de l’Incarnation de Jésus et de Marie, s’en moquent et La parodient. Ils se mettent à considérer la virginité comme un mythe mensonger et inaccessible (vaguement kitsch : la fée, la Vénus, la madone meringuée), cherchent à détruire la Vierge pour se mettre à sa place et se prendre pour Dieu, la représentent en putain ou en déesse inaccessible (que la véritable Vierge n’est pas : c’est vraiment la plus accessible et la plus immaculée des femmes). Ils établissent avec Marie (et finalement avec toutes les femmes réelles qu’elle représente : filles, femmes et mères) un rapport idolâtre d’adoration/mépris : ils la mettent sur un piédestal pour la vider de Réel, la tenir à distance, s’en faire une caricature et une frustration qui les pousseront plus tard à la voir comme une méchante ennemie, une araignée tentaculaire, une figure hypocrite de la bonne société puritaine, une sainte-nitouche à violer. Mais ils se plantent en beauté : la Vierge Marie, loin de nous juger, est là pour restaurer en chacun de nous notre pureté perdue, et la contaminer de sa pureté éternelle à elle. On ne peut comprendre le mystère et la grandeur de la continence que si on accueille la Vérité de l’identité royale et de la virginité de la Vierge Marie.
 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Première fois », « Reine », « Attraction pour la ‘foi’ », « Curé gay », « Blasphème », « Bergère », « Innocence », « Putain béatifiée », « Bourgeoise », « Mère possessive », « Destruction des femmes », « Super-héros », « Focalisation sur le péché », « FAP la ‘fille à pédés’ », « Matricide », « Jardins synthétiques », « Voyante extra-lucide », « Viol », « Inceste », « Grand-mère », « Actrice-Traîtresse », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Se prendre pour Dieu », « Femme allongée », « Mariée », « Sirène », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Mère gay friendly », « Carmen », « Tante-objet ou Mère-objet », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Regard féminin », à la partie « Peur de la sexualité » du code « Symboles phalliques », à la partie « Cendrillon » du code « Désert », à la partie « Peter Pan » du code « Parodies de Mômes », à la partie « Enfant voyeur » du code « Espion homo », à la partie « Contes de fée » du code « Conteur homo », et à la partie « Continence » du code « Solitude », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) La Vierge adorée :

La Vierge est un leitmotiv des fictions homo-érotiques. Souvent, le personnage homosexuel vénère une femme aérienne, sans tache, magnifique, immaculée : cf. la chanson « Ave Maria » d’Esméralda dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon, la chanson « Ave Maria » de David Jean, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim (avec Marcy, l’héroïne lesbienne ayant une dévotion hystérique à la statue de la vierge de Lourdes), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec la Vierge Marie), le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le roman La Sainte Vierge (1951) de Yukio Mishima, la chanson « Ave Maria » de Mylène Farmer, le roman Mauve le vierge (1988) d’Hervé Guibert, la sculpture Vierge de Tony Riga, la composition Litanies à la Vierge noire (1936) de Francis Poulenc, la chanson « Dans les rues de Londres » de Mylène Farmer (avec Virginia), le film « Immacolata et Concetta » (1979) de Salvatore Piscicelli, le film « The Virgin Larry » (2001) de Damion Dietz, le film « Dreams Of A Virgin » (1986) de Claudia Schillinger, le film « Casta Diva » (1983) d’Éric De Kuyper, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest (avec la figure virginale d’Anne-Catherine), le film « Marie » (2007) de Pascal Lièvre, le film « Les Biches » (1967) de Claude Chabrol (avec Why, l’amante vierge), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, la chanson « Siete Vírgenes » de Haze, le film « Le Décaméron » (1971) de Pier Paolo Pasolini, Le roman La Naissance d’une vierge (2015) de Gabriel Dia, etc.

 

Film "Le Décaméron" de Pier Paolo Pasolini

Film « Le Décaméron » de Pier Paolo Pasolini


 

L’innocence de la Vierge attire le héros homosexuel, surtout esthétiquement et émotionnellement : « Tout commence par une femme, et tout finit par une femme. » (le héros homosexuel dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) La Vierge lui permet de s’acheter une conscience, une grandeur et une pureté. Par exemple, dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie, l’une des héroïnes lesbiennes, chante « Like A Virgin » de Madonna. Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Chloé, l’héroïne lesbienne, caresse une sculpture de marbre blanc d’une vierge à l’enfant dans son hôpital psychiatrique. Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, la chanson « Like A Virgin » de Madonna sert à l’un des lascars à découvrir/révéler son homosexualité. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Joey, le jeune adolescent de 15 ans, sur qui pèse une suspicion d’homosexualité, dit qu’il a vécu son premier grand amour pour une fille sur les Îles Vierges. Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil comme Valmont se déguisent en vierges, avec un voile sur la tête. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Nicolas, le héros gay, chante l’Ave Maria avec sa voix de ténor. Dans le film « Glückskinder » (« Laissez faire les femmes ! », 1936) de Paul Martin, Frank, le héros homosexuel, aux côtés de son compagnon Stoddard, joue aux courses de chevaux et parie son argent sur une jument nommée Vierge Wendy : « Tout sur Vierge Wendy !! » Voyant qu’ils perdent, Stoddard se désespère : « Elle est où notre vierge ? ». Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Loïc et Seb, couple gay, considèrent Marie, leur meilleur amie, comme une mère porteuse de leur enfant (sans avoir couché avec elle), et plus largement, comme une vierge (…en cloque). Ils se prennent donc pour Dieu : « Marie est celle qui porte ton enfant. » dit Seb à Loïc.

 

C’est souvent la mère biologique ou cinématographique qui est virginisée, et qui maintient le héros dans le cocon chaud de l’inceste : « Qu’est-ce qui t’arrive ? T’as vu la Vierge ou quoi ? » (Cédric s’adressant en boutade à son amant Laurent en parlant de sa propre mère qu’il n’a pas vue débarquer dans la chambre, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; « Notre mère chantait l’Ave Maria. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Les fées le protègent. » (la Belle s’adressant à son père par rapport à la Bête, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; etc. Par exemple, dans le roman Philippe Sauveur (1924) de Ramon Fernandez, Philippe, le héros homosexuel, voue une « adoration sans borne à sa mère, prénommée Maria : la Mère par excellence, l’idole chaste qui ôte l’envie d’approcher les femmes.
 

 

La vierge célébrée dans la fantasmagorie homosexuelle est plutôt une femme mythologique, sans corps, avec les pouvoirs magiques d’une fée ou d’une Vénus végétale : cf. la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho, la chanson « Venus » du groupe Bananarama, la chanson « Ma Vénus d’ébène » de David Jean, le film « Venus Boyz » (2001) de Gabriel Baur, le roman Patty Diphusa, la Vénus des lavabos (1985) de Pedro Almodóvar, la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec Philibert, fan de la déesse de l’amour), la pièce El Público (1930-1936) de Federico García Lorca, le roman Venus Plus X (1960) de Theodore Sturgeon, les romans Venus Bonaparte (1994) et Mujercísimas (1995) de Terenci Moix, le film « La Déesse » (1958) de John Cromwell, le film « Venus In Furs » (1969) de Jess Franco, le film « La Tentation de Vénus » (1990) d’Istvan Szabo, la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, les poèmes de Wystan Hugh Auden, le film « La Belle et la Bête » (1946) de Jean Cocteau, la pièce C’est bien fée pour moi (2014) de Réda Chéraitia, le film « The Blue Bird » (« L’Oiseau bleu », 1976) de George Cukor (avec la fée Lumière), la chanson « L’Histoire d’une fée, c’est… » de Mylène Farmer, le one-man-show Des Lear (2009) de Vincent Nadal (avec la bonne marraine Janine), le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec les fées), la pièce C’est bien fée pour moi (2014) de Réda Chéraitia, le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever » des Spice Girls, la chanson « Doolididom » de Zazie, la chanson « La Nuit des fées » du groupe Indochine, le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha (avec Eva, la fille célibataire de Johanna, la mère, présentée à Rudolf, le héros gay), le film « Morgane et ses Nymphes » (1970) de Bruno Gantillon, le roman Ève (1987) de Guy Hocquenghem, le film « La Nouvelle Ève » (1999) de Catherine Corsini, la chanson « Ève » de Charles Trénet, le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 Jours de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (avec Eva), le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix (avec Eva), la pièce Eva Perón (1970) de Copi, la pièce Eva Perón (2002) de Marcial Di Fonzo Bo, le film « All About Eve » (1950) de Joseph Mankiewicz (avec Ève la lesbienne), le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, le film « Sonate d’automne » (1978) d’Ingmar Bergman (avec Ève), le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion (avec le personnage d’Eva), le film « Una Mujer Como Eva » (1979) de Nouchka Van Brakel, le film « Golden Years » (2009) d’Aimee Knight (avec Ève), le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet (où Antoine, le protagoniste principal, tombe amoureux d’Eva), le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier (avec Eva), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Adam est… Ève » (1954) de René Gaveau, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson, le film « All About Alice » (1974) de Ray Harrison, le film « A Woman Like Eve » (1979) de Nouchka Van Brakel, le film « Adao E Eva » (1995) de Joaquim Leitao, etc.
 

« Votre nom à lui vaut de l’or. » (le Père O’Toiler s’adressant à la Tante Eva, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill)
 

Dans les fictions homo-érotiques, on constate que la Vierge est désincarnée et n’a pas tellement figure humaine. Elle est l’allégorie idéalisée d’une misogynie homosexuelle voilée : « Je n’ai pas dit femme. J’ai dit vierge. » (Dracula, le vampire homosexuel du film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey) ; « I need a real Virgin. » (Pierre Burger dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Son profil est celui des vierges mythiques. » (Maxence, le jeune peintre sensible dessinant les contours de sa femme idéale, dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « Ce que j’aime en une femme, en une vierge, c’est la modestie sainte ; ce qui me fait bondir d’amour, c’est la pudeur et la piété ; c’est ce que j’adorai en toi, jeune bergère ! » (Arthur Rimbaud, Un Cœur sous la soutane, 1870) ; « Quand le numéro se termine, la scène est plongée dans l’obscurité jusqu’à ce que, tout en haut, une lumière commence à se lever, comme un jour à travers la brume, et l’on voit dans son cercle se dessiner une silhouette de femme : divine, grande, parfaite, mais estompée, qui se profile chaque fois davantage, parce qu’en s’approchant elle traverse des rideaux de tulle, ce qui fait qu’on peut de mieux en mieux la distinguer, dans une robe de lamé argent qui ceint son corps comme une gaine. La femme la plus, la plus divine que tu puisses imaginer. Et elle chante une chanson, d’abord en français, puis en allemand. Elle se trouve en haut de la scène, et soudain s’allume à ses pieds, comme un éclair, une ligne horizontale de lampes. » (Molina, le héros homosexuel décrivant l’apparition de l’actrice Léni, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 53) ; « J’aime les filles, mais je ne les baise pas. » (Matt, le héros homosexuel du film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland) ; « La femme me paraissait au-delà de notre monde, comme une statue ou une apparition. Je n’arrivais pas à me figurer le contact de ma chair avec la sienne. Il me sembla que mon imagination était frappée d’impuissance de ce côté-là. » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 21) ; « Je veux t’attendre au zénith dans le ciel de la pleine lune ! Je veux ta virginité. » (Ahmed s’adressant à Lou l’héroïne lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « La Mylène, elle est pure ! Elle fait pas caca ! » (Tom, le fan de Mylène Farmer, dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Adrien, le héros homosexuel, veut qu’Eva (Fanny Ardant) reste éternellement vierge et ne fréquente pas d’autre homme que lui. Dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, même cas de figure : comme Marie, la « fille à pédé », a été « infidèle » à son meilleur ami homo Loïc (elle a osé sortir avec un autre homme que lui !), ce dernier la traite de « pute » et la pousse au suicide. Dans la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, Damien, l’un des héros homos, injurie Amélie de « salope » parce qu’elle a couché avec son frère Samuel. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel qui n’avait pas voulu de la jolie Franckie quand elle était célibataire, la jalouse quand elle revient avec son ex copain : il la voudrait éternellement vierge. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Romuald, le héros gay, s’inquiète de savoir si Frédérique, la lesbienne avec qui il va vivre une aventure sexuelle, est vraiment « vierge ». Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane, le héros homosexuel, qualifie sa meilleure amie lesbienne Florence de « Blanche-Neige » qui doit réserver sa virginité pour lui. Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil se dit attirée par le « derrière virginal » de Cécile Volanges, « cette vierge que le diable a recrutée contre elle ».

 

En virginisant son (ou sa) partenaire sexuel(-le), le personnage homosexuel désincarne et rend frigide l’amant(e) homosexuel(-le) avec qui il partage parfois sa vie, faisant preuve d’une homophobie inconsciente. « J’ai tourné la tête et j’ai vu qu’elle pleurait. Les larmes coulaient en silence, luisaient sur son visage pareil à un portrait médiéval de la Vierge Marie. Que faire ? » (Ronit parlant de son amante Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 146) ; « T’as l’air d’une fée. » (Howard, le héros homo face à sa future femme en robe de mariée, Emily, avec qui finalement il ne se mariera pas puisqu’il va faire son coming out le jour de leurs noces, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « La fée vietnamienne m’allonge, pour des messages pas très catholiques. » (cf. la chanson lesbienne « Body Physical » de Buzy) ; « Elle me croit inoffensive… mais les fées aussi sont dangereuses. » (Rinn, l’une des héroïnes lesbiennes, par rapport à Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Vous êtes la nouvelle Vierge Marie ? » (Yoann, le héros homosexuel, s’adressant à l’ex-femme de son amant Julien, Zoé, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « La Sainte Vierge incarnée ! » (Azario, un ami homo de Davide tout content d’avoir peinturluré de maquillage son amie gothique, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Elle baise pas. C’est une sainte. » (Meri, le transsexuel M to F se moquant de la prudence de Davide, son jeune camarade homo de 14 ans, idem) ; etc.
 
 

b) La Vierge violée :

Parfois, le personnage homosexuel est tellement fasciné par la déesse virginale que son imaginaire a créée qu’il finit, par orgueil et jalousie, par s’y identifier et par se prendre pour Dieu : « Je suis pour vous une fée bienfaisante. » (Madame de Merteuil s’adressant au Vicomte de Valmont, Lettre LXXXV, dans le roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos) ; « Tu penses qu’on a pris leur place ? » (Sulky et Sulku, les deux artistes efféminés à propos des vierges du Musée, dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; etc. Par exemple, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Sumter, le petit neveux de Michael (soupçonné d’être homo), dit qu’il veut devenir « une vierge imprévoyante » en s’identifiant à une marionnette biblique. Dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, Ken, l’un des héros homosexuels, considère Claudio comme la Sainte Vierge. Dans le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, Molly, l’héroïne lesbienne, interprète la Vierge Marie lors de la kermesse scolaire. Dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Mousse avoue qu’elle aimerait bien être la réincarnation de la Vierge Marie. Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Adam, l’un des héros homosexuels, demande à un ange efféminé, s’il « est une bonne ou une mauvaise fée ? » ; ce dernier lui répond : « Je ne suis pas une fée, je suis votre ange gardien : Dorothée. » Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, la jeune héroïne, Marie, 10 ans, conçue par un projet de coparentalité (un « couple » d’hommes et un « couple » de femmes) est totalement perdue dans son identité : elle est au départ gagnée par la prière et par une piété pour la Vierge Marie (une statue qui lui parle, qui s’anime pendant ses oraisons, et de manière de plus en plus sévère et autoritaire), mais peu à peu, elle va s’identifier à Elle : « Marie se pose des questions sur sa venue au monde : serait-elle, comme ‘l’autre Marie’, l’Immaculée Conception ? » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris du Forum des Images de Paris s’étalant du 7 au 16 octobre 2011). Le fillette finira par se moquer de la vraie Vierge Marie, en faisant même une bataille d’eau bénite avec l’eau de Lourdes en plein sanctuaire. Elle présente d’ailleurs avec décontraction la Vierge comme un arbre généalogique arachnéen difforme.

 

Roman La Vierge rouge de Fernando Arrabal

Roman La Vierge rouge de Fernando Arrabal


 

La Vierge ou la fée fantasmée par le héros homosexuel n’est d’ailleurs pas tellement une femme ni un être sexué. Elle devient l’androgyne dépossédé de sa féminité corporelle, voire carrément l’amant homosexuel : cf. la série radiophonique Biohomo Man de l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle (avec le personnage de la « Fée Lation » : subtil…) « L’Immaculée Conception, c’est vous ! » (Janine s’adressant à son amante Simone, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra compare sa compagne Jane à la Vierge : « Comme la Madone. ’ Petra désigna du menton le tableau de bord où était adossée une carte religieuse. Une Vierge parée de bijoux portait un enfant Jésus plein de vie entièrement nu hormis une couronne dorée surmontée d’un halo. » (p. 13) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin se déguise en fée pour reconquérir Bryan. Et cela marche, car Bryan croit au mythe : « J’ai l’impression d’avoir rencontré une fée qui va tout changer ! Je peux faire un vœu ? » (p. 282) Dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud, Marina, le héros travesti M to F, se définit comme « la marraine la bonne fée » du bébé d’Anna.
 

La Vierge travestie par les fantasmes narcissiques du héros homosexuel, c’est la femme indépendante, la mère célibataire, la lesbienne qui ne sera pas salie par le contact d’un homme, c’est la femme libérée qui a fait un bébé toute seule et qui n’aura pas à collaborer avec la sexuation (différence des sexes) ni à communier avec la condition humaine, elle se réduit au costume de travelo ou de transsexuel : « Désexuez-moi ! » (Lady Macbeth dans la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare)
 

Pour le héros homosexuel, la virginité est synonyme de frustration et de refus de l’Amour : « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « Ève, mère de toutes les mères, n’a-t-elle pas couché avec le premier venu ? » (Chris, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 64) ; « Définitivement, les Virilius, c’est un groupe de puceaux. » (Jean-Henri, l’un des Virilius, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Groupe de puceaux amateurs ! » (Jean-Marc, le héros homosexuel, idem) ; « Sa chasteté était pire que celle d’une vierge. » (Reinaldo Arenas dans le film « Avant la nuit » (2000) de Julian Schnabel) ; « Marilyn, qui était toujours vierge, la première. » (le narrateur homosexuel parlant de la « fille à pédés » dévergondée, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 32) ; « Mimile habilla Vidvn des frocs de la Vierge de l’autel de Notre-Dame tout poussiéreux et probablement infestés de microbes. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 125) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’Enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Il faut avoir vu le visage de la mère comme celui d’une madone sur les peintures religieuses, le teint cireux, comme si les années s’étaient emparées de ce visage pour l’affaisser, le dévaster. » (la figure de Marcel Proust dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 115) ; « Eva sortit des toilettes, effondrée, les yeux délavés de mascara. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p.116) ; etc.
 

Comme le héros homosexuel finit par se rendre compte de ses propres limites (il ne parvient pas à être la Vierge sainte), et que la Vierge toute-puissante (et les femmes réelles) n’est pas la super-héroïne qu’il avait imaginée (elle a le « défaut » d’être humble, servante, vulnérable et aimante : elle est toute-puissance d’Amour, et non toute-puissance du Bien et du mal), il se met à salir la virginité de celle-ci, à rêver la Vierge méchante. « J’aime pas les vierges. » (Stella, l’héroïne lesbienne du film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald) ; « Les vierges ne nous ont jamais intéressés. » (John, le héros homosexuel du film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc. Il se sent nargué par sa perfection. « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] J’étais insensiblement attirée et sous le charme de la sœur. […] Je concentrai mon esprit sur les pensées choquantes qui me traversaient l’esprit. Je l’imaginais déshabillée et en situation de me donner ce que j’aurais voulu d’elle sur l’instant. […] J’avais souvent pensé que dans les couvents, parmi ces femmes enfermées, certaines devaient entre elles trouver un peu de satisfaction… […] Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. […]Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. Elle n’en fut pas surprise et se laissa faire, mais sans participer en rien. Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (Alexandra, la narratrice lesbienne rencontrant une jeune religieuse dans un train, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-224)

 

Le motif de la Vierge violente, méchante, incestueuse ou prostituée revient extrêmement souvent dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « The Virgin Soldiers » (1969) de John Dexter, le film « La Virgen De Los Sicarios » (« La Vierge des tueurs », 2000) de Barbet Schrœder, la chanson « Like A Virgin » de Madonna, le poème de la « Vierge Folle » d’Arthur Rimbaud, le one-woman-show Vierge et Rebelle (2008) de Camille Broquet, la B.D La Verdadera Historia Del Superguerrero Del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario, le poème Howlin’ (1956) d’Allen Ginsberg, le film « La Sorcière vierge » (1972) de Ray Austin, le film « Mondo Trasho » (1970) de John Waters, le film « Virgin Machine » (1988) d’Elfi Mikesh, le film « Die Jungfrauen Maschine » (« Virgin Machine », 1988) de Monika Treut, le film « Uniform Masturbation : Virgin’s Underpanties » (1992) d’Hisayasu Satō, le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec Aubépine, une réplique de la fée Carabosse), la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti (avec Ève, présentée comme l’origine d’un monde pécheur), le film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » (2011) d’Antony Hickling (avec la maman prostituée virginisée, ultra fusionnelle et castratrice avec son fils homosexuel adulte), le roman La Vierge rouge (1986) de Fernando Arrabal, la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec la thématique de la vierge violée), etc.

 

Film "L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy" d’Antony Hickling

Film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » d’Antony Hickling


 

« Mes parents ne croyaient pas aux fées. Elles les ont punis en ma personne. » (la Bête dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Jane jeta un regard à la Vierge, très haut dans une niche. Les yeux de la statue étaient baissés d’un air modeste, contemplant ses mains. Jane reporta son attention sur le prêtre, tentant de se débarrasser du sentiment que la Vierge allait lever la tête et lui lancer un regard noir dès que personne ne la regarderait. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 205) ; « De près, son visage évoquait celui d’une sorcière. » » (Jane regardant Maria la prostituée, idem, p. 157) ; « C’est un peu like a verge-in, chez nous. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro ultra beauf se destinant à être mère porteuse pour un couple gay, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « La vierge devient pute. » (« X », le héros homo du film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) ; etc.

 

En général, en dépeignant une Mater Dolorosa pleurnicharde et/ou cruelle, le héros homosexuel se venge sur la Vierge Marie de sa propre virginité perdue (à cause, parfois, d’un viol qu’il a subi, ou d’un acte d’impureté qu’il a posé) : cf. le roman Nuestra Virgen De Los Mártires (1983) de Terenci Moix, le film « Ludwig, requiem pour un roi vierge » (1972) d’Hans-Jurgen Syberberg, le film « West-Side Story » (1961) de Robert Wise (avec Maria), etc. « Un sourire, Blanche-Neige. La vie est belle ! » (Meri, le travesti M to F, s’adressant à Davide le héros homosexuel, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) Par exemple, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès, le personnage homosexuel évoque l’existence d’« une petite vierge élevée pour être putain ». Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Rob, le jour du mariage de Rachel l’héroïne lesbienne se forçant à se marier avec un homme qu’elle n’aime pas et cachant son homosexualité, fait une blague sur la fausse virginité de « l’heureuse mariée ».

 

Film "La Vierge des tueurs" de Barbet Schroeder

Film « La Vierge des tueurs » de Barbet Schroeder


 

La figure de la Vierge violée est très présente dans les œuvres artistiques homosexuelles : cf. le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, le film « La Source ou la fontaine de la jeune fille » (1960) d’Ingmar Bergman (avec le viol de Karin), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé (avec la figure de Jean Cocteau qui encule un ange), la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec Blanche-Neige se faisant poursuivre par le chasseur Rocco), le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan (avec Blanche en caricature de la féminité fatale), le film « Totò Che Visse Due volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco (avec le viol de l’ange), le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling (avec le viol du puceau, Jean-Christophe), la chanson « L’Annonciation » de Mylène Farmer (racontant un avortement ou une sodomie), la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier (avec la danseuse en tutu obèse, Marilyn Monroe, portant le prénom de « Lourdes »), le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar (avec la voyante, vierge effarouchée qui n’a jamais couché), le film « Pride » de Matthew Warchus (avec Joe, le puceau dépucelé), le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec la Schtroumpfette dans des films d’épouvante), la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks (avec le Dr Frankenstein Junior encore vierge), le film « Madre Amadísima » (2010) de Pilar Tavora (avec la statue d’une vierge noire, défouloir d’homophobie d’un sacristain), etc. Quelquefois, l’icône de la Vierge violée excite les pulsions sadiques, vengeresses ou mélancoliques, du héros homosexuel refusant de se reconnaître humblement coupable de ses défauts ou de sa pratique pécheresse : « C’est toujours la pucelle qui s’en sort le mieux à la fin. » (Jonathan, l’un des héros homosexuels, parlant des films d’horreur, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Malgré son côté sainte-nitouche, ça doit être une sacrée salope au lit ! » (Jonathan en parlant de son futur « plan cul » avec Matthieu, idem) ; « Et Marie est martyre. Blood and tears. » (cf. la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer) ; « Nous ferons des jeunes filles vierges des cadavres exquis. » (Pretorius, le vampire homosexuel de la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Dorita se donna à lui [Silvano] pour la première fois la nuit des adieux, dans la salle de classe, sur le bureau de Silvano, tandis que la pluie fouettait les carreaux. Dorita était vierge. L’expérience fut douloureuse pour tous les deux. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 12) ; « Je suis une vierge effarouchée, une pucelle en mal de sensations. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train, (2005) de Cy Jung, p. 141) ; etc.
 

Vidéo-clip de la chanson "Plus grandir" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer


 

Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer, la statuette de la Vierge tombe au sol et vole en éclats. Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (épisode 3, saison 1), un jeune postulant séminariste décapite la statue de la patronne du séminaire, sainte Claire. On retrouve également la Vierge décapitée dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, une femme travestie en homme, « Virgo Fortis », est pourchassée par « des soldats qui veulent la violer ». Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, un couple lesbien (formé par une grande Allemande robuste et sa compagne petite) prend un malin plaisir à violer des vierges : « En plus de ravir leur innocence, comme le faisaient les hommes, elles prenaient aux jeunes filles presque de nouveau leur virginité. » (p. 109) Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se fait sodomiser par Palomino : « Ça fait mal. Ça pique ! Je vais vomir. Je saigne ! ». Ce dernier le rassure un peu : « Une vierge est censée saigner. Tu es l’Ancien Monde. Je suis le Nouveau Monde. Je veux jouir de ton cul russe et virginal. » La désillusion est au bout du chemin : « Je suis arrivé au Mexique encore vierge. Je repars en Russie débauché. »
 

La Vierge violée n’est pas un cliché réaliste, nous sommes d’accord, puisque à la Fin des Temps, la Vierge Marie ne parviendra pas à être dévorée par le dragon, et même mieux, elle partira au désert puis vaincra définitivement la Bête qui avait déversé sur Elle ses torrents fluviaux. La Nouvelle Ève gardera sa pureté. Mais en tous cas, l’icône homosexuelle de la Vierge violée renvoie à une réalité fantasmée, à savoir l’existence du désir homosexuel qui est un élan devenant impur de rechercher la pureté sans Dieu et sans la différence des sexes que ce Dernier a créée.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La Vierge adorée :

On retrouve une fascination assez générale (comme chez toutes les catégories de personnes fragiles, blessées et pécheresses, d’ailleurs…) des personnes homosexuelles pratiquant leur désir homosexuel pour la virginité. Par exemple, j’ai eu la chance d’assister à la représentation de la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport. Elle commençait fort puisqu’avant que les rideaux rouges se lèvent, les comédiens distribuaient déjà un questionnaire sur la virginité au public, et s’essayaient à la parthénologie, à savoir la science spécialisée dans l’étude de la virginité.
 

Et un certain nombre d’individus homosexuels s’intéressent à la charismatique Vierge Marie catholique. Mais ce n’est pas tellement une piété mariale profonde. C’est au mieux un fantasme esthétique, amoureux et humoristique, au pire ça frôle le délire angéliste schizophrène. Par exemple, le roi homosexuel Louis II de Bavière a fait construire une grotte dédiée à Vénus dans un de ses châteaux. Félix Sierra, quant à lui, porte un tatouage de la Vierge de la Macarena. Pour ma part, quand j’avais 5-7 ans, je dessinais déjà en maternelle de très jolies vierges. Je vous renvoie également à la passion du poète argentin homosexuel Néstor Perlongher pour Eva Perón (il a largement développé dans son œuvre poétique la dimension biblique du prénom de la présidente), à l’article « El Pez Doncella » (1998) de Manuel Rivas (sur la nouvelle théorie de l’évolution, dénonçant le transhumanisme contemporain). Certaines personnes homosexuelles se déguisent en anges ou en religieuses consacrées dans les soirées, ricanent de leur éloignement de la virginité véritable et de leur prétention à vouloir encore y prétendre.
 

« J’étais en adoration devant un animateur d’Europe 1, Jean-Louis Lafont, dont la voix et l’allure d’éternel adolescent me ravissaient. Je collectionnais les autocollants avec sa photo et passais tout mon argent de poche en achat de 45 tours. Europe 1 réalisait certaines de ses émissions en direct dans différentes villes de France, le fameux ‘Podium’. En prévision de son passage dans notre région, je me préparais donc à cet événement en endossant le rôle de sa femme imaginaire dans mes jeux. J’avais choisi un prénom de fée : je m’appelais Viviane Lafont. Je n’avais aucune envie de me transformer en femme. Mais, si je veux jouer avec le prénom d’enchanteresse que j’avais choisi, j’espérais qu’un petit miracle allait se produire et me rétablir dans la normalité environnante. Car j’avais très vite saisi que seule une femme avait le droit d’être attirée par les garçons. Si, par magie, je me réveillais un beau matin en fille, tout serait rentré dans l’ordre. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 29)
 

L’identification à la Vénus, à la fée mythologique, à l’Ève végétale, passe peut-être mieux que l’identification directe à la Vierge Marie. Par exemple, « La Fée » est le pseudonyme d’une journaliste lesbienne publiant quelques billets dans la revue Têtu. Et déjà, en 1895, en Angleterre et aux États-Unis, « fairy » figurait déjà dans la liste des sobriquets se rapportant aux personnes efféminées mâles homosexuelles.
 

José Julio Sarria

José Julio Sarria


 

Avant de devenir un personnage ironique propice à tous les détournements camp et kitsch, la Vierge est un idéal esthétique et sentimental très aimé par la communauté homosexuelle. Elle incarne la maternité, la douceur, la grâce, la puissance de la finesse, une sophistication épurée et extraordinaire à la fois : « Les icônes gays, ce sont des femmes sophistiquées. Elles semblent inaccessibles, elles ont quelque chose de divin. Elles sont des objets de fantasmes : elles font envie. Il n’y a pas de désir sexuel du gay envers son idole, mais il y a un grand désir de fantasme : cette femme, elle est forte, elle fait des choses impressionnantes, elle est glamour, tout ce que je ne serai jamais mais qu’on a envie d’être au fond de nous. » (Franck Cnuddle dans l’émission Plus vite que la musique, diffusée sur la chaîne M6, 2001) Certaines personnes homosexuelles, avant de se dire exclusivement homos et de se tourner radicalement vers les personnes de leur sexe, ont recherché, sur la cour d’école, pendant leur adolescence, voire même à l’âge adulte (quand leurs relations sentimentales dans le « milieu » se sont révélées désolantes), cette femme sans tache, parfaite, virginale comme porte de sortie à leur homosexualité. Celle qui réparerait tout. Celle qui les sortirait de l’enfer. Beaucoup, dans leur sublimation de la femme, pas toujours très réaliste, ont minoré le poids de leur désir homosexuel : « Je passai ma première d’études aux Beaux-Arts dans le labeur et la chasteté, avec l’idée fixe d’épouser, à l’issue de mes années d’études, une amie d’enfance, morte depuis et que j’aimais alors par-dessus tout au monde. Aujourd’hui, avec le recul du passé, je me rends compte que je l’aimais trop pour m’apercevoir que je ne la désirais pas. Je sais : certains esprits admettent difficilement l’un sans l’autre. Cependant, hormis cette jeune fille, aucune femme n’a habité mes rêves ni réussi à éveiller en moi quelque désir… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 94) ; « La femme est mise à la place de la mère : il l’aime mais ne la désire pas. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les Homosexuels (1996), p. 32) ; « L’égérie gay : une vierge maternelle […]puissante et vulnérable. […]L’égérie des homosexuels n’est pas la femme réelle : elle semble être plus déesse que femme. » (idem, pp. 157-160). Il est probable que la femme-objet médiatique, qui prétende accéder à une nature divine asexuée, ait encouragé les individus homosexuels à sacraliser l’Éternel Féminin tout en mettant peu à peu les femmes réelles à distance : « J’ai voulu être hors du commun. Je voulais dépasser la condition humaine. » (Jeanne Moreau, idem, p. 166) ; « Juger la femme par sa virginité signifie la considérer essentiellement comme un objet sexuel qui est respectable quand il appartient à un seul homme légitime et répugnant quand il s’offre par amour ou désir. C’est une façon de refuser à la femme le droit à l’amour, au plaisir sexuel. » (Rennie Yotova, Écrire le viol (2007), p. 77) ; etc.
 

Pas étonnant non plus, dans les faits, que les femmes confondant virginité et frigidité – autrement dit une virginité libre et féconde et une virginité mal vécue, stérile, télévisuelle – et convoitant la Sainte Vierge, soient les « filles à pédés » autoproclamées sur nos écrans. « I believe in angels… » (cf. la chanson « I Have A Dream » du groupe ABBA). Je pense particulièrement à Mylène Farmer, Ophélie Winter ou encore Virginie Tellenne alias « Frigide Barjot ». La virginité se cristallisant en trophée est une tentation forte chez les personnalités blessées, en panne d’identité et voulant se racheter une innocence pour cacher leur passé douloureux.
 

Frigide Barjot

Frigide Barjot : Elle est à môa!!


 
 

b) La Vierge violée :

Beaucoup plus sournoisement, chez les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité, l’identification à la Vierge correspond à un fantasme d’être Dieu, et surtout à une peur panique de la génitalité, du corps, de la sexualité en général : « Lorsque j’ai rencontré la première femme avec qui j’ai eu ma première relation, je commençais à me dire que je devais être lesbienne et pas asexuée comme je pouvais le penser vers dix-sept ans probablement. » (Nicole, femme lesbienne de 42 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 56) ; « La Vierge, c’est un monstre par définition. Dans le sens de malformation. Elle a des pouvoirs. Au sens de créature.[…] L’autre paradoxe de Carravage, c’est que le modèle de la Vierge était une pute. » (Celia la conservatrice de musées face au tableau de Carravage où la Vierge Marie, toute habillée de rouge, est enterrée, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « Elle fait sa vierge au possible, avec défiance du mâle et gêne de son corps. » (Simone de Beauvoir, parlant ironiquement de son amante Nathalie, dans une lettre rapportée dans la pièce-biopic Pour l’amour de Simone (2017) d’Anne-Marie Philipe) ; « J’avais sept ans, j’avais 10 ans. J’étais la virginité même. Une virginité coupable. Les questions sordides que posaient les curés et les pères capucins à l’enfant pieux que j’étais, et qui s’agenouillait régulièrement dans le confessionnal, me plongeaient dans une angoisse sans fond. On me demandait avec insistance si je n’avais pas ‘des gestes impurs’ des ‘pensées impures’, si je ne me touchais pas. […] On avait réussi à me faire vivre mon corps comme une malédiction. Je n’osais m’endormir, de peur de mourir dans le péché. D’un innocent on avait fait un criminel torturé par les remords à la moindre rêverie. Je suis un rescapé. Le rescapé d’un monstrueux chantage. » (Pierre Biner, homo, dans TVB Hebdo en 1980) ; etc.
 

Et comme fatalement, la Réalité, les limites humaines et aussi l’orgueil apparaissent, elles finissent par se moquer de leur prétention. Dans le « milieu homosexuel », la virginité de Marie ou de la fée fait très souvent les frais du détournement ironique camp, un peu politisé, un brin subversif et blasphématoire : je vous renvoie par exemple aux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (ces religieuses ultra-maquillées et faisant leur show surtout aux Gay Pride), ou encore aux Radical Faeries (les fées gays version bobo hippie). « Dans La Nouvelle Eve, j’avais entouré le personnage de Karine Viard d’une nuée de copines homos, des bonnes fées toujours prêtes à la sortir des situations difficiles. » (Catherine Corsini, la réalisatrice du film « La Nouvelle Ève », août 2015) Et concernant les lois comme le « mariage pour tous » (et donc la PMA et la GPA), certaines personnes homosexuelles, notamment lesbiennes, avouent à leur insu qu’elles se prennent pour la Vierge Marie étant donné qu’elles soutiennent très sérieusement que la Sainte Famille (Joseph/Marie/Jésus) est une famille adoptive, non-naturelle, et que la Vierge serait le meilleur exemple de mère porteuse de l’Histoire de l’Humanité. Manque de bol : dans les faits, l’insémination de la Vierge n’est pas artificielle, ni désincarnée ni aussi chère que la PMA puisque c’est l’Esprit Saint qui a fécondé Marie. Certes, Joseph est bien le père adoptif de Jésus. Mais là où la PMA et la GPA suppriment le lien d’amour dans la différence des sexes – lien dont tout être humain a besoin pour se construire et être heureux, et qui peut exister même dans les cas d’adoption par des couples femme-homme stériles aimants -, la Sainte Famille honore totalement ce lien d’amour entre l’homme et la femme donné à l’enfant. Donc même le cas de l’engendrement de Jésus par l’opération du Saint Esprit non seulement ne peut pas être mis sur le même plan que le « mariage pour tous » et ses conséquences, mais en plus, il prouve que beaucoup de personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité et souhaitant fabriquer égoïstement des enfants sans la différence des sexes – « Elle a fait un bébé toute seule » – se prennent pour la Vierge… donc c’est plutôt inquiétant…
 
VIERGE sainte_vierge_marie_salope_contre_le_mariage_gay
 
 

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