Beaucoup de femmes lesbiennes (ou leurs défenseurs) se servent de la différence des sexes pour n’attribuer les caractéristiques universelles du désir homosexuel qu’aux hommes homosexuels, et pour ne pas se sentir concernées par les discours sur l’homosexualité. On les entend dire par exemple que l’homosexualité féminine n’a absolument rien à voir avec l’homosexualité masculine, et que, pour le coup, tout propos analysant le désir homosexuel est nécessairement « trop généraliste », « machiste », « misogyne », « excessif ». Je m’oppose bien évidemment à leur lecture sexiste et dénégatrice des faits. Car, même si le désir homosexuel se vit différemment selon les sexes, il n’en reste pas moins qu’il est violent et divisant du côté gay comme du côté lesbien. La différence des sexes n’agit que dans un second temps, dans la phase de réception et d’actualisation du désir homosexuel… et là, en effet, au sujet de la gestion, il y a quelques différences entre l’homosexualité masculine et le lesbianisme, mais qui restent très secondaires par rapport aux grandes lignes générales qu’on peut relever du désir homosexuel (Non, les femmes lesbiennes ne sont pas nécessairement plus douces, plus sentimentales, plus fidèles, que les hommes gay : celles qui le croient, en général, nous démontrent par leurs actes tout le contraire!). Nos amies lesbiennes sont tout sauf douces entre elles, non du fait d’être femmes, ni du fait d’être lesbiennes, mais du fait d’être ensemble en couple homo ! C’est bien la conjugalité homosexuelle, donc l’acte, qu’il faut pointer du doigt; pas la personne homosexuelle ni son homosexualité. Si l’on s’en tient à l’analyse du désir homosexuel en lui-même, il y a très peu de différences entre les hommes et les femmes homosexuels. L’homosexualité masculine et l’homosexualité féminine se font miroir, parfois dans les extrêmes. Et c’est quelqu’un comme moi, qui étudie davantage l’homosexualité féminine que l’homosexualité masculine, qui peut vous l’assurer. La violence du rejet de la différence des sexes (celle-ci étant par définition LE socle du Réel), les effets rassurants mais aussi pervers de la recherche de ressemblance, le manque d’espace dans la relation, tout cela s’observe sans exception dans les couples homosexuels, tous sexes confondus. Une grande majorité de femmes lesbiennes, par sexisme et misandrie inconscientes, préfèrent focaliser l’attention sur la différence femme/homme pour ne pas avoir à réfléchir sur le sens profond du désir homosexuel et sur la portée des actes que celui-ci leur fait accomplir quand elles s’y soumettent. Mais n’oublions pas que celles qui s’appuient subitement, dans leur argumentaire, sur la différence des sexes pour montrer patte blanche, sont celles qui l’ont tout autant préalablement exclue de leur couple que les hommes !