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Code n°15 – Attraction pour la « foi » (sous-codes : Bouddhisme / Faux croyants / Religiosité de bazar / Églises « protestantes »)

attraction foi

Attraction pour la « foi »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le Pharisianisme rainbow

 

« On ne croit plus en Dieu mais on fait comme si. » (Philippe Muray, Festivus festivus, 2005)

 

Foi, ça vient de « fides » en latin, qui signifie « fidélité ». À partir de là, comment peut-on croire la majorité des personnes homosexuelles quand elles soutiennent mordicus qu’elles ont la foi (voire encore plus que les cathos pratiquants) alors même que tous les sondages et les discussions interpersonnelles prouvent qu’elles ne croient pas en la fidélité, en l’amour unique et éternel d’une vie, et encore moins en l’Église-Institution catholique ? (cf. Une étude BienEtreGay et le club TBM, réalisée auprès d’un panel de 1500 hommes gays en France – dont 16,4% interviewés sont en couple – en 2011, montre que 75% des gays ne croient pas au couple et à la fidélité) Bien entendu, seul Dieu sonde les cœurs et appelle chacun là où il est. Mais cela requiert un minimum de liberté, de choix et de cohérence. Dieu ne s’imposera jamais à nous.

 

Quand l’être humain cherche à aimer Dieu sans les hommes qui vont avec, ou bien les Hommes sans Dieu qui va avec, parce qu’il ne croit pas en l’hallucinante incarnation de Dieu en Jésus, il se coupe ET de Dieu ET des Hommes, pour devenir un pharisien, un croyant révolté ou planant. Les membres de la communauté homosexuelle, de par leur rejet quasi généralisé de l’Église-Institution catholique (= l’Incarnation et le prolongement même de Jésus), et de par leur déni du Réel et des Hommes (la plupart d’entre eux n’accueillent pas, une fois qu’ils se mettent en couple homo ou en recherche de couple, le roc principal du Réel qu’est la différence des sexes), deviennent alors, quand ils rentrent sincèrement dans une pratique religieuse occasionnelle, des parodies de croyants, ayant une foi superstitieuse et sensibleriste qui part dans tous les sens (cela peut aller de l’extase panthéiste dénuée de sens, au relativisme spirituel mettant toutes les religions sur le même plan, à l’animisme, à la sorcellerie, à l’occultisme, à l’idolâtrie pour l’art, à la voyance, à l’adhésion à une secte, à la création d’une Gay Church, au louvoiement avec les protestantismes modérés, à une religiosité matinée de psychologie, à l’art de vivre New Age ou bio, à la « bobo spiritualité » sans Dieu ni maître, en passant par la confusion entre art et foi ou entre sexe et foi, etc.), foi qui se retourne généralement violemment contre Dieu et contre les vrais croyants – jugés « hypocrites » et « prétentieux » – au moment où on s’y attend le moins. Les ennemis de l’Église sont bien à l’extérieur (le vers n’est pas dans le Fruit), mais le plus souvent, jouent à (se) faire croire qu’ils sont à l’intérieur (cf. je vous renvoie aux codes « Blasphème » et « Curé gay » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qu’ils sont même plus authentiques que les « pratiquants officiels ».

 

Comme la majorité des personnes homosexuelles, par peur de renoncer à certains actes et plaisirs de la chair auxquels leur désir homosexuel les appelle, n’obéissent pas concrètement à Dieu et à son Église, elles s’inventent des dérivatifs, des rituels vaguement religieux, des associations d’obédience chrétienne ou spirituelles (club de massage, groupes de parole, club de rencontres où l’on « prie Jésus », etc.) ou des couples dans lequel le nom de Dieu est invoqué, mais de manière suffisamment « light » pour que les modes de vie homosexuelle et les amours ne soient pas remis en cause.

 

Or, pour être un croyant authentique, l’important n’est pas de s’époumoner en criant vers Dieu, des larmes plein les yeux, « Seigneur ! Seigneur ! Je crois en Toi ! Je t’aime et je prie ! » sans bouger de son siège, mais d’aller concrètement vers Lui, de suivre Ses commandements, et de L’aimer non seulement Lui mais aussi à travers toute son humanité institutionnelle, communautaire, exigeante, fragile, défaillante, hypocrite parfois, infidèle parfois, incarnée, apostolique, catholique et romaine, bref, ecclésiale. Dieu ne se trouve pas que dans les étoiles ! Celui qui dit qu’il aime Dieu, qu’il est croyant, et qu’il aime les Hommes sans être pratiquant et sans aimer l’Église-Institution (y compris le Pape, les prêtres, et les fidèles catholiques), celui-là, j’ai maintes fois l’occasion de le constater, est un rêveur misanthrope, un menteur, un hypocrite, un faux humaniste, et un faux croyant. On n’est véritablement croyant que si on est pratiquant, et qu’on a choisi sa préférence confessionnelle. Non, je regrette, toutes les religions ne se valent pas. Ce n’est pas parce que beaucoup d’entre elles sont des reflets bénéfiques du Soleil que toutes Le laissent passer pareil/au mieux, et que le Soleil cesse d’être Un à travers l’une d’entre elles en particulier. Le problème est que beaucoup de relativistes religieux (prophètes de leur idée d’« œcuménisme » et du « dialogue inter-religieux ») diabolisent la préférence, en la présentant comme un fondamentalisme qu’elle n’est pas (tendre et croire en LA Vérité unique n’est certainement pas prétendre La détenir ; et choisir une religion en particulier, parce qu’on la juge meilleure, n’est pas exclure ni mépriser toutes les autres), parce qu’en réalité ce sont eux les fondamentalistes – de la neutralité, du non-choix – et qu’au fond ils souhaitent justifier leur propre dispersion et leurs fantasmes inavoués de possession de la Vérité.

 

La clé, pour une personne homosexuelle, pour s’accepter telle qu’elle est vraiment, en prenant en compte son désir homosexuel tout en restant fidèle à Dieu et à l’Église, c’est la continence. L’Église catholique la demande. Toutes les personnes homosexuelles que je connais qui ne la vivent pas, et qui restent dans l’illusion d’un parfait compromis, d’une solution intermédiaire (= « Je peux mettre Dieu au centre de mon couple, sans que ça n’altère ni mon amour pour mon conjoint, ni mon amour pour Dieu et son Église »), finissent par mettre l’Église-Institution à la trappe ou en veilleuse, par ne plus rayonner pleinement, et par être déchirées intérieurement. Personnellement, j’ai essayé, à une période de ma vie, de vivre ce « moyen terme » entre vie de couple homosexuel et vie de foi. Et je me suis rendu compte que, autant la reconnaissance de son désir homosexuel me paraît totalement compatible avec le don entier de sa personne à Dieu et au catholicisme, autant le désir homosexuel actualisé sous forme de couple ou de désir de couple n’est pas compatible avec l’accueil plein de l’Amour de Jésus. On ne peut pas servir deux maîtres. À un moment donné, il faut choisir, et mettre l’Église catholique et Jésus en premier !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Blasphème », « Se prendre pour Dieu », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Curé gay », « Magicien », « Planeur », « Voyante extralucide », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Artiste raté », à la partie « Sorcières » du code « Carmen », et à la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

 

FICTION

 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

Film "Avril" de Gérald Hustache Mathieu

Film « Avril » de Gérald Hustache Mathieu

 

Beaucoup de fictions traitant d’homosexualité abordent directement la question de la religion. En effet, un certain nombre de héros homosexuels montrent un attrait pour la « chose religieuse » : cf. le film « A Very Natural Thing » (1974) de Christopher Larkin (avec l’ex-séminariste homosexuel), l’opéra Litanies à la Vierge noire (1936) de Francis Poulenc, la B.D. Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le roman Moïra (1950) de Julien Green, le roman A Visitation Of Spirits (1989) de Randall Kenan, le film « Nos Vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot (avec le héros homosexuel qui part aux JMJ et qui s’engage au Secours Catholique), le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, les chansons « Post Vacant » et « Ave Maria » de David Jean, la chanson « Prière païenne » de Céline Dion, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche (avec le personnage d’Étienne), le film « Maurice » (1987) de James Ivory (avec le personnage homosexuel de Maurice, déchiré entre sa foi et son homosexualité), le film « Sacré Cœur ! » (2008) de Baptiste Lamy, le film « Innocenti » (2008) de Jean-Baptiste Erreca, le film « Alleluia » (2008) de Stéphane Marti, le film « Molinier Is My Revolution » (2008) de Tom de Pékin, le film « Miracle de la chute » (2008) de Denis Guéguin, le film « Makwan, une lettre du paradis » (2008) de Roberto Malini et Dario Picciau, le film « Dev’nir prêtre » (2008) de Mino D.C., le film « Nue jamais » (2008) d’Awatef Fettar, le film « Marie » (2007) de Pascal Lièvre, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec le couple Fabrice/Bruno qui se rencontre pour la première fois dans une église), le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa (avec Steven qui fait du chant gospel), la pièce Cachafaz (1993) de Copi (avec Raulito en « homme-bonne-sœur »), le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, le film « 7e ciel » (2013) de Guillaume Foirest, le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls (avec le héros nu sous la douche, et qui porte une croix du Christ), le one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau (où Bénureau chante le Christ-Roi), le vidéo-clip de la chanson « Perfect World » de Gossip, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Paul, le héros homo, faisant preuve de piété dans une église), le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco (avec Jézabel, l’héroïne bisexuelle born again), la série Chappelle’s Show (2003) de Neal Brennan, le vidéo-clip de la chanson « Take Me To Church » d’Hozier, la chanson « Prière » de Mylène Farmer, le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion (avec le chœur de pédales chantant « Alléluia »), etc.

 

"Priscilla, folle du désert" de Stephan Elliott

« Priscilla, folle du désert » de Stephan Elliott

 

Par exemple, dans le film « Mon arbre » (2011) de Bérénice André, Marie, la « fille » de deux couples homosexuels, vit une dévotion mystique précoce pour la Vierge : elle voit des apparitions mariales dans sa chambre (d’ailleurs, sainte Marie a parfois des réactions de mère-fouettarde autoritaire), va à Lourdes, demande le baptême. Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Marie-Muriel est la caricature vivante de la grenouille de bénitier bourgeoise, coincée et sotte : elle chante « Jésus revient. » Et Max, le campeur homosexuel, a des visions mystiques : il voit la Vierge en Marie-Pierre, aperçoit Moïse et saint Pierre. Le roman Jours de mûres et de papillons (2014) de Marie Evkine, la narratrice lesbienne se retire dans un monastère. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M prie le chapelet musulman. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, a pour amant Palomino Cañedo, un instructeur en étude comparative des religions. Ce dernier va lui proposer de le sodomiser, de mettre en place « une cérémonie d’initiation ». Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, fait résonner l’Alleluia de Haendel au moment de son coming out. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Arthur, le héros homosexuel, chante du gospel en faisant la tournée des églises. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric, le héros homo, chante à la chorale de son église protestante américaine. Il possède un cadre de Jésus au-dessus de son lit, que Lily, une de ses meilleures amies, trouve « sexy ». Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Xavier, héros homosexuel très efféminé, porte en pendentif une croix du Christ.

 

Les grenouilles de bénitier frustrées et superstitieuses ne manquent pas dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1987) de Pedro Almodóvar (avec le personnage très dévot de Tina), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar, la chanson « I Have A Dream » du groupe ABBA (« I believe in angels… »), etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Perfect World" de Gossip

Vidéo-clip de la chanson « Perfect World » de Gossip

 

Le héros homosexuel formule plus souvent qu’on ne pourrait le penser sa profession de foi à Dieu : « Je crois en toi, Dieu ! et je sais que tu crois en moi ! » (Claude dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Libérée de ce passé, elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] s’aperçoit qu’elle croit encore aux miracles : retour de vigueur, espoir insensé. Elle croit à la naissance d’autres mots, d’autres émois. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 124) ; « There was a time that I pray to Jesus Christ. » (cf. la chanson « Mother & Father » de Madonna) ; « À l’époque, j’étais puceau et mystique. Je récitais des chapelets, à genou en prière. » (Guillaume, le héros homosexuel, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « J’ai très bien connu Michael… bibliquement. » (Guillaume parlant de son amour de jeunesse à 15 ans, idem) ; etc.

 

Dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, Rudolf Noureev, le danseur et chorégraphe homosexuel, en visitant la Sainte Chapelle de Paris, déclare : « J’aimerais vivre ici. » Son ami Pierre lui dit que c’est impossible : « Rudi, ce n’est pas si simple de vivre dans une église… » Mais Noureev insiste : « Je suis sérieux. ».
 

Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, le père Raymond, pourtant catholique, est en faveur de l’ordination des femmes. Et son « couple homo » (Bryan et Tom) de paroissiens cherche à le faire fléchir pour qu’il les marie… ce qu’il finira par faire : « C’est l’Amour de Dieu qui est là entre deux êtres qui s’aiment. ». Les héros homosexuels de cette pièce essaient de faire « évoluer » l’Église et d’avoir le beurre et l’argent du beurre : « Il s’agit d’une transition nécessaire. » ; « J’aime l’Église et je suis amoureux de Bryan. » (Tom) ; « On ne peut pas rajouter quelque chose à l’obéissance ? » (Tom ne parlant pas d’annuler l’obéissance à l’Église) ; etc. Ils sont même présentés/se présentent comme des croyants plus authentiques que les croyants traditionnels : « Bryan est le meilleur catholique que j’aie jamais rencontré ! » (Irène, la sœur gay friendly de Bryan, s’adressant au père Raymond) ; « J’avais tout organisé : l’avenir de l’Église. » (Bryan se prenant pour le pape) ; « Comme vous savez, on est tous les deux très croyants. On va à la messe tous les dimanches. On est des catholiques à la carte… » ; etc. Ils voient le coït homosexuel comme une célébration tout aussi catholique que les sacrements : « Pour Bryan, faire l’amour, c’est le huitième sacrement. » (Tom parlant de son amant « catho » avec qui il couche) ; « Je pense que faire l’amour c’est le huitième sacrement. » (Tom s’adressant au père Raymond) ; etc. À la fin, quand Tom met sa foi au second plan par rapport à l’acte homo, il fait son mea culpa auprès de Bryan : « Tu me pardonnes d’avoir cru en l’Église plus qu’en toi ? »
 
 

b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

Film "Entre Tinieblas" de Pedro Almodovar

Film « Entre Tinieblas » de Pedro Almodovar


 

Mais cette attraction vers la foi, observable chez beaucoup de personnages homosexuels, semble très passionnelle, excessive et éphémère. « Il était très vrai que les invertis étaient souvent religieux, mais aller à l’église était chez eux une forme de faiblesse ; ils devaient se faire, d’eux-mêmes, une religion s’ils en ressentaient un véritable besoin. Quant aux bénédictions, elles ne profitaient sans doute qu’aux églises et, pour le reste, n’étaient qu’affaire de superstition. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 532) ; « L’horoscope, ça ne peut être que moi. » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Moi, j’y crois, aux signes ! » (Carole, l’héroïne lesbienne supersticieuse, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc. Ils se donnent l’illusion qu’ils suivent à la lettre les commandements de la Loi évangélique, mais il leur manque l’Esprit de gratuité, un peu à l’image du jeune homme riche de la Bible qui obéit scolairement aux commandements de Jésus sans Lui donner entièrement sa personne. Par exemple, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien adopte une vision superstitieuse et clientéliste de l’Église catholique : il la prend pour une « grande magicienne » (p. 132) : « Sa vie était pure, mais d’une pureté aride et revêche, excluant toute charité […] » (p. 139) Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, se dit pathologiquement superstitieux : « Je suis superstitieux. Dorénavant, il va falloir que je passe sous ce putain d’échaffaudage pour sortir de chez moi ! » ; « C’est pathologique chez moi. C’est ma mère qui m’a refilé cette superstition, avec son théâtre ! » Il croit aux horoscopes. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy, l’héroïne lesbienne, fait une lecture très personnelle et intéressée de la Bible en reprenant à son compte les Dix Commandements pour leur faire dire n’importe quoi ; et dès qu’elle a un souci, elle considère la Bible comme son prozac : « Vite ! Ma Bible ! » Dans son roman La Cité des Rats (1979), Copi propose une version totalement revisitée de la Genèse (p. 88). Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon présente son stand-up comme un « mestacle », c’est-à-dire un mélange entre « messe » et « spectacle ». Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, femme lesbienne mariée, va voir une rebouteuse pour avoir un enfant.

 

Bien souvent, le héros homosexuel a un rapport de consommateur possessif, d’esthète, par rapport à Dieu : « J’attends Dieu avec gourmandise. » (la voix narrative du poème « Une Saison en enfer » (1873) d’Arthur Rimbaud) ; « Laurent est plus fidèle à son coiffeur qu’à la messe. » (cf. le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; etc. S’il n’est pas rassasié tout de suite par Celui qu’il appelle son « énergie vitale », il panique. Il change très vite de crémerie dès qu’il n’obtient pas les miracles visibles instantanés qu’il a réclamés. Il se raccroche fiévreusement à des signes spectaculaires qu’il trouve dans les sciences occultes, les superstitions populaires, la magie noire, la sorcellerie, l’astrologie : « Je suis superstitieux ? Superficiel ?? Je sais. » (le héros homosexuel métamorphosé en vitre, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Je suis très superstitieux. » (Frankie, le héros homosexuel du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; etc.

 
 

Khalid – « Tu me connais, Omar, je suis un peu superstitieux, un peu bizarre.

Omar – Pas plus que moi.

Khalid – Non, non, je le suis beaucoup plus que toi. »

(Khalid et Omar, les deux amants du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 131)

 
 

Par exemple, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos (latents), est superstitieux et a peur de la série Paranormal Activity. Dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, Mona, l’une des héroïnes lesbiennes, pratique le spiritisme. Dans son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque exhibe une religiosité syncrétique qui part un peu dans tous les sens… ou plutôt dans le sens de la consommation, de la religion télévisuelle profane, de la superstition (« J’suis tellement dans la merde que du coup, j’suis allé voir une voyante, madame Moufassa. »). Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar adore un marabout qui pratique « la magie originelle » (p. 40). Dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks, l’astrologue d’Elisabeth est une grande tapette. Dans le film pornographique « New York City Infierno » (1978) de Jacques Scandelari, un devin/marchand d’encens invite Paul à coucher avec lui : « Vous aimeriez savoir quelque chose sur votre avenir ? » Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Nono s’est fait tirer les cartes au lycée ; et Vivi pratique les sciences occultes et va voir un marabout « pour se rassurer ». Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marie-Ange, l’héroïne gay friendly, mêle prière et psychologie de bas étage. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, les personnages sont des gardiens, des messagers mystérieux, des esprits : le gardien, la directrice, etc.

 

Beaucoup d’auteurs homosexuels jouent avec les codes de la superstition populaire (les sorcières, la voyante, les chats noirs, les échelles, les miroirs cassés, la numérologie, etc.) : cf. la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi (la scène se passe au 13e étage). Les lieux religieux où se déroulent des apparitions et des miracles non-encore reconnus font les délices de certains artistes homosexuels athées mais en quête de spirituel : cf. la chanson « San Damiano » de Jann Halexander.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le héros et maître de cérémonie, Michael, incarne le catho homo déchiré, qui culpabilise tous ses amis homos (parce qu’il les imite amoureusement et sexuellement sans se l’avouer à lui-même), qui « pratique religieusement » comme on va se soulager la conscience de continuer à mal agir parallèlement à la messe dominicale. Il a un discours assez ambigu vis à vis de Dieu : « J’ai trouvé Dieu. » dit-il à l’un de ses amis homos, Donald, qui lui répond : « Ou alors Dieu est mort ? », ce à quoi Michael lui rétorque « Oui, Dieu merci ! ». Harold, son colocataire, lui fait remarquer son incohérence : « Tu ne sais pas dans quel camp tu es. Si on dit un truc religieux, tu critiques. Si on nie Dieu, tu critiques. Tu sembles avoir des problèmes dans ce domaine. Tu ne peux vivre ni avec, ni sans. Tu t’accroches à cette compagnie d’assurances qu’est l’Église. » Michael lui répond : « Oui, je crois en Dieu. S’il n’existe pas, je n’ai rien perdu. S’il existe, je suis couvert. Je suis catho qui pèche la nuit et va à l’église le lendemain. […] Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » Michael finit par nous offrir dans les dernières minutes du film une belle crise pédaloïde d’hystérie larmoyante, crise pédaloïde pseudo « catho » (je dis « pseudo catho », car dans les faits, la foi catholique vraiment vécue ne fait absolument pas déprimer par rapport à l’homosexualité : plutôt le contraire !) : « Donald !!! Donald !!! Qu’est-ce que j’ai fait ?? Qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. [Les yeux au Ciel] Seigneur, je n’y arriverai pas !! Je vais mourir. Je me sens si mal. » (Michael, icône de la culpabilité catho) Il termine sa soirée d’anniversaire par une messe de Minuit, pour prendre sa dose d’« opium du Peuple » : « Ça chassera peut-être mon angoisse… » Il n’a rien compris de l’Église puisqu’il s’en sert comme une solution-sparadrap sans lui obéir pleinement.

 

Michael et Donald à la fin du film "Les Garçons de la bande" de William Friedkin

Michael et Donald à la fin du film « Les Garçons de la bande » de William Friedkin


 

L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois le héros homosexuel à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes. Les liens fictionnels entre homosexualité et sectes ne manquent pas : cf. la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec les Mormons), le film « Family Fundamentals » (2002) d’Arthur Dong, le film « Prayers For Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, le film « Hate Crime » (2005) de Tommy Stovall (avec le chrétien extrémiste), le roman My Guru And Myself (1980) de Christopher Isherwood, le film « Kaboom » (2011) de Gregg Araki, le roman Le Contenu du silence (2012) de Lucía Etxebarría, etc. « Il [Le prince Koulotô] était le chef spirituel de deux cents millions d’âmes extrêmement pieuses qui lui faisaient cadeau tous les vendredis de son poids en diamants et d’un oiseau en papier, l’emblème de sa dynastie. » (cf. la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi, p. 93) ; « C’est vrai que ce phénomène [culpabilité par rapport à l’homosexualité] touche beaucoup de Mormons. » (Michael, le héros homo du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La culpabilité. En général, ça nous prend le dimanche. » (Océane Rose-Marie, l’héroïne lesbienne du one-woman-show Chaton violents, 2015) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, l’assistante appartient à la secte Moon. Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, Smith, le héros homosexuel, est pris pour le Messie, l’Élu, et son père, le Suprême, est à la tête d’une secte hippie underground Le Nouvel Ordre. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim, l’un des jeunes héros homosexuels, est très catholique pratiquant ; mais il commence à « sécher » la messe dominicale dès qu’il va nager avec Doyler et tomber homosexuellement amoureux de lui. Le couple homosexuel plus âgé qu’eux, Anthony et Scrotes, essaie de les initier à la vénération d’une religion de substitution, la Phalange sacrée de Thèbes, mythe qu’Anthony raconte à Jim.

 
 

c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

L’attachement du héros homosexuel à une foi consumériste et narcissique anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et les pauvres-du-bout-du-monde : « J’ai prié, même si je ne crois plus en Dieu, mais plutôt à une sorte de grand tout englobant toutes les religions, la sagesse des anciens, le mystère de la vie, la beauté de la nature, la pureté de l’enfant qui naît. » (Cécile, une des héroïnes lesbiennes du roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 136) Par exemple, quand les personnages de Copi prient, ils invoquent le « Dieu du Monde » (Martin dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi).

 

Il est fréquent que le héros homosexuel choisisse l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où ses émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » : « Écrire : c’est un sacerdoce, une entrée en religion. » (le narrateur homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 106) ; « Ma musique est une religion. » (la figure de Wagner dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; etc.

 

Pas étonnant que le personnage homosexuel trouve dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à lui-même sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreux héros homosexuels : cf. la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec le personnage homosexuel de Sébastien), le film « Pas de repos pour les braves » (2003) d’Alain Giraudie (avec le personnage de Basile Matin), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec les héros homosexuels fumant le calumet de la paix, dans une ambiance très New Age), la chanson « Heures hindoues » d’Étienne Daho, la chanson « Zen » de Zazie, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec Maître Dong, le père spirituel de France, l’héroïne lesbienne), la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le film « Bouddhi Bouddha » (2012) de Sophie Gallibert, le film « Bouddhi Bouddha » (2012) de Sophie Galibert (avec la séance de méditation bouddhiste qui dérape en sexe lesbien), le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, etc. « Le bouddhisme, c’est mon dada. » (Olivier, un des héros homosexuels de la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Par exemple, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest présente la réincarnation comme une « réalité » (p. 303) ; et toute l’intrigue repose sur les « réincarnations passées » du peintre Jioseppe Campi. Dans le film « Une Petite zone de turbulence » (2009) d’Alfred Lot, Jean-Pierre pratique le « détachement bouddhiste ». Dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari), il y a énormément de sculptures bouddhistes dans la chambre de Mnesya : l’héroïne lesbienne fait ses exercices de méditation bouddhiste. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, la théorie du ying et du yang sert à justifier la supposée attraction homosexuelle entre les deux amis Schmidt et Jenko. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, Orphée est le nouveau Christ des Cités, un peu Jésus, un peu Bouddha (car il parle de « briser le cercle des réincarnations »)… Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Sonia, l’héroïne lesbienne, pratique le taï-chi sur la plage. Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine, le héros homo, dans son boulot de publiciste, est chargé de faire un dossier sur le bouddhisme khmer. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Paul, l’amant de George, suit des cours de yoga. Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le père du héros homosexuel pratique le bouddhisme. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel allait proposer d’écrire Le Yoga pour les nuls avant de se lancer finalement dans la rédaction des Gays pour les nuls.

 

La louange du bouddhisme par bon nombre de personnages homosexuels rentre dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole : « Le bouddhisme, c’est précisément la neutralité. » (Japhy Ryder dans le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, p. 75) La glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions du libéralisme économique le plus matérialiste et individualiste, en somme.

 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, le héros bisexuel, porte un sweat du Che Guevara, se dit attiré par le bouddhisme et les philosophies orientales. Quant à son ami Damien, il prend des cours de taï-chi… mais il évite de s’entraîner à l’hôpital où il travaille comme infirmier, car ça a rouvert une plaie d’un de ses jeunes patients.
 

Le héros homosexuel ne croit pas, mais « fait comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Je ne me définis pas vraiment comme athée. Je dirais que je suis un musulman laïc. Je me sens complètement intégré à la République française, laïque, tout ça pour ça. Mais la religion, c’est un truc trop profondément ancré dans l’histoire de notre civilisation. C’est plus culturel que religieux, en fait. Je pense que je ne crois plus du tout en Dieu, pour tout te dire. En même temps, j’ai gardé comme une nostalgie de ça. Les rites. Les fêtes. La rupture du jeûne, par exemple, quand on fait le ramadan en famille. C’est un mouvement tellement convivial. Ça me manque vraiment. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 354-355) ; « Là-dessus, le bon sens et la religion sont tombés d’accord. Et parfois, elle [Ronit, la protagoniste lesbienne] sacrifie au rituel. Quand ça lui chante. Elle prépare des soupers du shabbat, chez elle, allume des bougies dans les immenses chandeliers en argent, fait rôtir un poulet. Il lui arrive même de prier. Bien qu’elle appelle ça ‘discuter avec Dieu’ et qu’il ne soit pas évident que ce soit une leçon d’humilité pour son âme. Elle part en vacances dans le sud des États-Unis et s’émerveille de la quantité de ciel qui s’offre à elle, chaque fois qu’elle décide de lever la tête. Elle a cette pensée : que l’on regarde en haut, en bas, le ciel est là, partout où nous allons. Nous pouvons choisir de le regarder ou non, mais quoi que nous fassions, il sera toujours présent, un objet de beauté et de lumière. Elle en éprouve un étrange réconfort. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303)

 

Il n’a pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Il pense qu’il lui suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant » : « Ça va aller. J’ai la foi. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 305) Il vivote d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 
 

d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

Toile "Requiem" de Steve Walker

Toile « Requiem » de Steve Walker


 

Comme le héros homosexuel a tendance à confondre ses désirs ou ses sensations épidermiques avec Dieu, il finit fatalement par interpréter ses pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À l’entendre, son homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié, une citadelle inattaquable. « J’ai réfléchi à ces deux états – être homosexuel, être juif. Ils ont beaucoup de points communs. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303) Il fait parler Dieu à sa place, et Lui attribue son désir homosexuel : « Je sais désormais que Dieu aime ce que nous sommes. N’en déplaise à tous ces frustrés de l’Église qui ont érigé la chasteté en valeur suprême ! » (Adrien, le héros homosexuel dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 105) ; « Dieu aime ma liberté au point, je crois, qu’Il accepte de ne pas regarder où elle me mènera. » (idem, p. 36) ; etc.

 

Ce serait même Dieu qui lui aurait donné son amant homosexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique. Dans son discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe, entre Dieu et l’amant homosexuel. « Je crois qu’Il approuve. » (Paul en parlant de Dieu, face à son couple dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Vous êtes une fille étrange. Tombée du ciel. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Mon ange. Tombé du ciel. » (idem) ; etc. Son adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Moi qui suis chrétien, je trouve ça beau d’aimer les corps : aimer la chair c’est aimer l’Homme. » (Chris s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 127) ; « Pierre, on dirait un gros bouddha en mousse, sauf dans les moments où il pique ses crises et me casse des objets sur la tête. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 68) ; « Mea culpa. Et sur mes lèvres les sourires de Pierre, de Jean, de Casimir. » (cf. la chanson « Ce je ne sais quoi. » du Beau Claude) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz, à l’occasion de la cérémonie d’enterrement du père (homosexuel) de Daniel, on a droit à la lecture du passage de l’Ancien Testament sur l’amitié entre David et Jonathan. Dans le film « Contra-corriente » (2011 de Javier Fuentes-León, Santiago compare son amant Miguel à Jésus, et la toile qu’il a peinte de lui au « Corps du Christ ». Plus tard, le visage du curé et de Santiago se superposent à l’écran. Lors de l’enterrement de Santiago (désolé de vous raconter la fin…), Miguel porte la dépouille de son amant comme une croix, et on assiste à un via crucis « New Generation ». Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam tombe amoureux de Lukacz qui a tout physiquement du Christ ; et inversement, Lukacz met la main sur le jeune prêtre. Le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino ne réunit que des couples homos juifs : Mounir et son amant Isaac, Oliver et Elio.

 

Le héros homosexuel attribue à Dieu l’amour homosexuel qu’il porte à son amant (cf. le code « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Et je prie… » (cf. la fin de la chanson « C’est lui » de Fred Actone ; s’il vous plait, on ne rigole pas…)

 

 

Il semble aimer la foi catholique pour les mauvaises raisons : « J’ai toujours gardé au fond du cœur une admiration pour Jésus, ce barbu au corps crucifié… Je ne veux pas blasphémer mais je ne peux pas non plus cacher mes fantasmes. » (Bjorn, un des personnages homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168) Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon Alexandra, la narratrice lesbienne, cherche à draguer une nonne dans un train. Dans le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, Deusto, le personnage homosexuel, tombe amoureux du prêtre Pedro Miguel qui lui vient en aide.

 

Le héros homosexuel donne à ses pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assure-t-il, il ne croit ni Dieu ni en l’Amour ») : « Je n’ai jamais été quelqu’un de religieux, mais j’ai le sentiment qu’une puissance qui dépasse le seul hasard a réuni nos vies. » (Bob à son amant Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 237) ; « Est-ce que tu crois à la réincarnation ou aux rêves prémonitoires ? Moi non, mais aujourd’hui je ne peux que douter. » (Randall à son amant Ernest, op. cit., p. 239)

 

Le bobo homosexuel aime bien spiritualiser ses vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Il a le culot sincère de dire que s’il veut coucher avec son prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aura la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle ! « Ce sont des silences religieux, je veux dire : des silences comme ceux des églises. Nous avons la ferveur des communiants, leur gravité. » (Arthur et son amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 119) L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce que le héros homosexuel appelle « la foi », c’est en réalité sa croyance superstitieuse aux « coups de foudre », son narcissisme esthétisant pseudo « sobre », sa sensiblerie, sa propre défaillance face à ses pulsions. Et bien sûr, toujours à la lueur d’une petite bougie… (cf. la partie « Bougie » du code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on l’écoute, le héros homosexuel vivrait un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon lui, on peut aller dans une backroom comme on rentre au couvent : cf. le vidéo-clip de la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (où le protagoniste a pour livre de chevet Itinéraire d’un enfant trop gâté : Des jésuites aux backroom), etc.

 

Pièce "L’Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim

Pièce « L’Opération du Saint-Esprit » de Michel Heim


 

Dans les œuvres homo-érotiques, on assiste souvent à des détournements libertins – à la fois provocateurs et sincères – des sacrements religieux. Par exemple, dans le roman Sperme (2011) de Jacques Astruc, le narrateur homosexuel donne au sperme une dimension sacrée. Dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, on retrouve la thèse de l’amour homosexuel entre saint Jean et le Christ. À chaque fois que dans les fictions homosexuelles le génital et le spirituel se rencontrent, on est très proche du blasphème (cf. je vous renvoie au code « Blasphème » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), mais avec, en plus, la volonté d’honorer et d’immortaliser ce qu’on détruit. « Ces chapelets de capotes enfilées inopinément par l’auteur de ce mauvais pastiche de Proust sur ces pines à peine pubères, faisaient capoter son plaisir. » (cf. la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 96) ; « Rien ne semble pouvoir briser le cycle monotone du quotidien mélancolique de Maria qui vit et travaille à Paris. Jusqu’au jour où cette prostituée anglaise, esseulée, sera élue et révélée par l’Annonciation. » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris)

 
 

e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

ATTRACTION Foi
 

L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, le héros associe le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique, à une communauté plus solidaire et justicière (elle lutterait contre le suicide des jeunes, les injustices sociales, le Sida, etc.) : « J’avais cru deviner à sa façon de parler qu’il était de la confrérie. » (Jean-Marc, l’un des personnages homosexuels dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 73) ; « De là à dire que nous les homos nous vivons dans le péché… Nous suivons bien mieux les Dix Commandements : Aimez-vous les uns les autres, Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, etc. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, à la fin de son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque sombre dans l’émotionnel spiritualiste : il demande sincèrement à son public de se faire un baiser de paix, « comme à l’église ». Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, lorsque Polly, l’héroïne lesbienne, lui demande de faire une pub de prévention contre le Sida, Mike, son pote homo, ironise : « Pour le Saint Sida ? » (p. 62)

 

Dans beaucoup de films ou vidéos-clips traitant d’homosexualité, les héros homosexuels jouent à la messe ou au mariage à l’église (mariage de fortune présidé bien sûr par le bon pote hétéro gay friendly) : le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, le vidéo-clip de la chanson « The Edge Of Glory » de Lady Gaga, le vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer, etc. « Pietro s’est décidé à changer définitivement de sexe, il veut devenir carmélite. » (le narrateur homosexuel parlant de son amant, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 146)

 

Film "La Mala Educacion" de Pedro Almodovar

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit reprend tous les symboles religieux pour les associer au libertinage et à la prostitution : il porte un pendentif en forme de croix christique, ou porte une grande croix de bois. Il fait même dire à un des personnages qu’il incarne (Mémé Huguette) : « Comment ça se fait qu’on soit les seuls vrais bons catholiques ? » À la fin du film « In & Out » (1997) de Frank Oz, on nous fait croire que Peter et Howard se préparent à leur propre mariage à l’église, avant que le spectateur découvre qu’il s’agit du mariage tardif de la mère d’Howard avec son compagnon.

 

Afin de se donner l’illusion qu’il est un vrai croyant plus authentique que les croyants officiels, le héros homosexuel se met esthétiquement en marge (un peu mais pas trop) de l’église-bâtiment, pendant des messes ou des cérémonies religieuses publiques (genre le personnage homosexuel de Leo dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, au moment de l’enterrement de son amant Luca). Il prend la place de l’outsider incorrect-pécheur-et-caché, du Zachée sur la route, soi-disant plus saint que ces croyants bourgeois bien propres sur eux, qui occupent les premiers bancs de l’église, qui jouent leur « mascarade sociale de la foi ». « Les derniers seront les premiers » (c’est sainte Céline Dion qui l’a dit). On retrouve souvent cet orgueil puant de la spiritualité marginale et anti-institutionnelle chez les icônes gay que la communauté homosexuelle s’est choisies (cf. les chansons « Au diable nos adieux » de Zazie, « La Petite Cantate » de Barbara, « Les Champs de peine » d’Anggun, « Ave Maria » de Noa dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon, etc.), ainsi que dans la mise en scène de la prostituée rentrant dans une église (cf. la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

Comme le personnage homosexuel veut quand même suivre une activité spirituelle et pieuse tout en ne perdant pas ses habitudes homosexuelles, il se rabat, en plus du bouddhisme, sur la branche du christianisme qui semble (je dis bien « qui semble ») la plus malléable et la moins claire sur la question de l’homosexualité, à savoir le protestantisme modéré. « On est de souche protestante. » (cf. la chanson « Chroniques d’une famille australienne » de Jann Halexander) ; « Nous lisions ou regardions la télévision. Sylvia aimait lorsque nous nous caressions devant le petit écran sous l’œil tristement compréhensif du prêtre ou du pasteur chargé de clore les émissions de la journée. » (Laura dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 42) ; « Un temps, j’avais été tenté par la scientologie, la méditation, la réflexion, le jeûne. » (Bjorn, l’un des héros homosexuels attaché aux protestants et à son pasteur le père Elvström, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168)

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, nombreux sont les héros qui se rapprochent de près ou de loin aux Églises réformées light (ou au contraire trop hard) : cf. le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, le film « But I’m A Cheer Leader » (1999) de Jamie Babbit, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick (avec le télévangéliste), le film « Ô Belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown, le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, le film « The Prom’s Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec Phil, le fondamentaliste évangéliste), le vidéo-clip de la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer (avec le Dieu-businessman), la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim (avec le Dieu chef d’entreprise), le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le roman Sapphistry (1980) de Pat Califia, le roman Oranges Are Not The Only Fruit (1985) de Jeannette Winterson, le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « Les Oranges ne sont pas les seuls fruits » (1989) de Beeban Kidron, le film « L’Ultime Souper » (1996) de Stacy Title, le film « Une Ville trop tranquille » (1997) de David DeCoteau, le film « L’Affaire Matthew Shepard » (2001) de Roger Spottiswoode, la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec la télé-évangéliste), la pièce The Importance Of Being Earnest (L’Importance d’être constant, 1895) d’Oscar Wilde (avec le Révérend Chasuble, très à cheval sur « l’Église primitive »… mais aussi sur Miss Prism), la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, etc.

 

Par exemple, dans le film « Children Of God » (2010) de Kareem Mortimer, Lena est la femme d’un pasteur (Ralph) secrètement homosexuel. Le film « Elena » (2010) de Nicole Conn nous présente une ribambelle de faux croyants : des cul-bénis ressemblant à des protestants évangéliques, des gourous de l’ésotérisme contemporain (avec notamment Tyler Montague, auteur de livres sur la « symétrie des âmes », surnommé d’ailleurs « le gourou de l’Amour » parce qu’il promeut l’amour universel bisexuel asexualisant/désexualisé), des pseudo artistes lesbiennes qui voient dans l’art une transcendance qui se substitue à l’Amour même. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Henri allait à la messe avec ses costumes gothiques quand il était jeune ; et Edmond, le père d’Henri, réellement homosexuel pour le coup, s’est protestantisé, version charismatique. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, une sorte de pasteur célèbre le mariage de Ben et Georges : il parle de l’amour comme d’une « énergie ». Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, les deux héroïnes lesbiennes, Idgie et Ruth, évoluent dans l’univers très puritain et moraliste de l’Église baptiste (Ruth est d’ailleurs fille du Pasteur). Dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, le pasteur de l’église évangélique que fréquente Éric le héros homo sort une prêche que le jeune garçon interprète comme gay friendly et comme un encouragement à pratiquer son homosexualité : « Nous devons tous apprendre à nous aimer nous-même avant de sincèrement aimer les autres. »

 

Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, un flou est volontairement entretenu autour de l’appartenance religieuse des personnages homos (tout ça pour discréditer l’Église catholique et l’amalgamer avec d’autres mouvements beaucoup moins solides…) : on finit par découvrir que l’un des protagonistes (l’amant d’Eddie) a des parents mormons, et qu’il est lui-même mormon ; quant aux parents d’Eddie, ils sont baptistes et pas du tout catholiques.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

Beaucoup de personnes homosexuelles dénigrent la religion, alors que leur désir de foi occupe paradoxalement une part importante de leur identité de femmes et d’hommes. « Il a une âme essentiellement religieuse et le sacré fait l’objet permanent de son souci. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 205) Seul ce que nous idolâtrons et aimons mal en croyant l’aimer follement peut nous trahir, et donc mériter à nos yeux notre vengeance. Ce qu’écrit Marguerite Radclyffe Hall dans The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) est, pour cette raison, d’une étonnante actualité : « De nombreux invertis étaient profondément religieux et c’était sûrement l’un de leurs plus amers problèmes. » (p. 589)

 

Julien Green

Julien Green


 

Durant leur vie, certaines montrent un désir ardent de foi : pensons à Jean-Michel Othoniel, Maryse Choisy, Julien Green, Edward Carpenter, Randall Kenan, James Dean, Néstor Perlongher, Javier Gómez, Ernesto Jiménez, Julio Mariscal, Jean Delannoy, Gerard Reve, Nicolas Vitiello (qui a campé le personnage de l’Abbé Pierre au théâtre), Antoine Méry, etc. Par exemple, Andy Warhol allait tous les dimanches à la messe. Dans son film « Le Cimetière des mots usés » (2011), François Zabaleta filme longuement des images réelles de la grotte de Lourdes, en plan fixe, sans musique. Christophe Moulin, lors de son concert Petits Secrets (2007) au Palais des Glaces à Paris, dit son attrait pour Dieu.

 

Mais en général, les personnes homosexuelles aiment Dieu sans son incarnation, sans son Institution, sans sa matérialité humaine. « Aujourd’hui, je revendique le religieux. […] Il va de soi qu’il n’est lié à aucune pratique institutionnalisée. » (Gina Pane, Lettre à une inconnue (2003), p. 114) Elles ignorent ou bien oublient qu’« être croyant », ce n’est pas seulement « aider son prochain » et « avoir des valeurs », de jolis « principes humanistes ». C’est avant tout suivre Quelqu’un, Jésus. Un homme incarné qui nous a appris que son corps était l’Église-Institution catholique et romaine.

 

Comme elles ne voient l’Église que de loin, leur passion inavouée pour l’« Ennemi catholique » se traduit en général chez elles par une imitation inconsciente et volontaire des caricatures qu’elles se font de lui. Elles adoptent souvent de l’Église une version kitsch en ne choisissant de portraiturer que des grenouilles de bénitiers frustrées et superstitieuses auxquelles elles s’identifient, parce que ces grenouilles, ce sont partiellement elles quand elles obéissent à leur désir homosexuel : la bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église après s’être fait violée est une icône gay classique (cf. la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Les œuvres de José Pérez Ocaña, d’Antonio Roig, de Ronald Firbank, de Pedro Almodóvar, d’Alberto Cardín, de Nazario, de Pierre et Gilles, etc., empruntent abondamment à l’imagerie catholique pour la louer/la pervertir à la sauce kitsch et camp. Les personnes homosexuelles reprennent dans leurs écrits les thèses libertines traditionnelles – telles que l’union homosexuelle de Jésus et de saint Jean, la liaison entre Marie-Madeleine et Jésus, l’amitié biblique entre David et Jonathan, ou entre Ruth et Noémie, l’homosexualité de saint Paul, etc. –, regorgent de symboles christiques, fondent des congrégations – notamment les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (je vous parle tout de suite après) –, suivent fidèlement le Pape dans tous ses déplacements (l’Europride à Paris en 1997 juste après les Journées Mondiales de la Jeunesse ; la première Worldpride à Rome, toujours après les JMJ de Rome en 2000 ; la Worldpride de Jérusalem en 2005 ; la présence d’un groupe de militants homosexuels aux JMJ de Cologne en 2005 ; etc.), font de leurs rassemblements ou de leurs concerts de grandes messes-show. Elles réemploient (sans s’en rendre compte ?) le langage étiqueté religieux de leurs supposés ennemis, pour le détourner à leurs fins (on peut entendre des sujets transgenres dire avec une conviction grave qu’il nous faut « suivre le Droit Chemin de l’homosexualité » : cf. phrase de conclusion de l’exposé de l’homme transsexuel M to F Natacha aux Journées Annuelles de Réflexion (JAR) de l’association David et Jonathan au Mont Dore, en 2004). Elles ne font que reproduire ce qu’elles jugent aliénant chez les croyants pratiquants. « La naissance de Zohia est comme un miracle. » (la voix-off commentant l’arrivée au monde d’une petite fille obtenue par GPA au sein d’un couple lesbien, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy, diffusée dans l’émission Tel Quel, sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012) ; « Et beaucoup plus tard, j’ai reconstitué ce que j’avais vécu naïvement, sans la moindre arrière-pensée, le schéma relationnel de cette communauté liée par un pacte dont le secret était l’érotisme masculin ou, pour m’exprimer sans voile, les relations homosexuelles qu’entretenaient les membres de son équipe de base, au centre de laquelle se trouvait le guide charismatique de base, le Männerheld – le héros des hommes. » (Nicolaus Sombart par rapport aux Wandervogel allemands, dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 124) ; etc.

 
 

b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

La différence entre sensibilité à Dieu et sensiblerie, c’est que la seconde est égocentrée et peu tournée vers l’autre, le Tout Autre, alors que la première est aride, grave, pauvre, exigeante, réaliste et durable. Dieu nous demande de venir à Lui avec un « cœur d’enfant », certes, mais non pour autant un cœur de niais béat et capricieux, de diva pleurnicheuse en quête de sensations, d’adolescent pacifiste fuyant le monde et les autres, d’imbécile heureux anesthésié. Il nous veut attachés au Réel !

 

Or la foi de beaucoup de personnes homosexuelles a le goût de la bonne intention qui se fige en esthétisme, de la religiosité qui se disperse en syncrétisme métaphysique et artistique sans unité. Par exemple, dans son autobiographie Impotens Deus (2006), Michel Bellin avoue avoir une « piété pubère » (p. 79). Dans la biographie Federico Y Su Mundo (1980) que Francisco García Lorca dédie à son frère homosexuel Federico, il est bien dit que la croyance en Dieu de Federico García Lorca se limite à « une passion amoureuse religieuse où s’entremêlent le désir mystique, l’immersion dans un vague monde musical, le pathétisme et le désespoir, la sensibilité blessée, le panthéisme, la poésie, fondus en un accord exalté » (pp. 87-88) Une foi de midinette bien gentille… qui a parfois le goût de l’inceste ou du viol : « Au départ de presque toutes ces lamentables existences, il y a les mères. Les petites vies étriquées de ces êtres qui vivent à deux ou se contentent des sordides aventures d’urinoirs sont les résultats de la bonne éducation, les fruits de leçons trop bien suivies sur la crainte du péché, les dangers de la femme, tout ce qui fait la honte d’une religion mal comprise. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 104) ; « Pour m’éviter de sombrer dans un chagrin qui risquait d’éveiller de nombreux souvenirs, il [le père Basile] se contentait de marquer une priorité par des prières. […] Inconsciemment nos rapports se fortifiaient par le pouvoir infini de Dieu. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 38) ; etc. C’est comme si les personnes homosexuelles utilisaient Dieu comme un magicien pour en plus lui faire justifier leur homophobie, leur haine d’elles-mêmes : « Si Dieu voulait transformer un homo en hétéro, Il aurait le pouvoir de le faire, j’en suis certain. » (Alexander, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi)

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz sont filmés des témoins homosexuels, dont certains sont issus de famille de tradition catholique, mais ils se sont éloignés eux-mêmes de la foi (c’est le cas de Pierre, qui projette ensuite sur ses proches son propre jugement de ses actes : « J’étais dans le péché. ») ; d’autres jouent encore à être croyants pratiquants et s’imaginent déjà le jour de leur mariage religieux, tandis qu’ils pénètrent dans une église abandonnée en plein cœur d’une forêt : « Ce sera bien pour se marier, comme chapelle ! On viendra là ! Adjugé ! » (Yann s’adressant à son compagnon Pierre) D’ailleurs, Yann et Pierre racontent que la première question qu’ils se sont posées l’un à l’autre lors de leur première rencontre amoureuse, c’était « Quel est ton signe zodiacal ? ». Ça commençait fort !

 

Aleister Crowley

Aleister Crowley


 

Pas mal de personnes homosexuelles sont portées sur l’ésotérisme, les spiritualités de supermarché, la religion à la carte. « Marie s’était entichée d’ésotérisme indien. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 99) ; « Notre communion spirituelle était précieuse à mes yeux. Tu croyais aux mêmes choses que moi. Les saints. Les djinns. La sorcellerie. La superstition. Les encens. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 116) ; « Christine n’est pas particulièrement dévote. C’est davantage une soif de culture qui l’anime. » (la biographe Marie-Louise Rodén parlant de la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « Benoît Berthe bouquine le cinquième tome de la saga ‘Harry Potter’ qui le passionne en ce moment. » (Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Dieu est amour, Éd. Flammarion, Paris, 2019, p. 30) ; etc. Ce qui les attire dans la foi, c’est en général l’émotionnel collectif, la sensiblerie, la superstition, la magie, le spectaculaire, la sensation de bien-être (comme si on aimait Dieu « pour quelque chose » !), le refuge contre les épreuves de la vie, le recentrement sur soi, le côté « strict » ou « mise en scène »… bref, tout ce que la foi authentique n’est pas mais qu’elles prennent pour la foi réelle et qu’elles attribuent aux « mauvais croyants » (parce que le pire, c’est que beaucoup d’entre elles se prennent pour les seuls bons croyants !). Leur fascination pour la religiosité-loisir, l’occultisme, le paranormal, les bondieuseries, les miracles, les philosophies New Age, les messes noires, etc., est connue. Par exemple, Pavel Tchelitchew s’intéressa à l’occultisme. Le baron Friedrich Alfred Krupp était amateur de littérature sataniste et des « messes noires ». Charles Nebster Leadbeater pratiqua l’occultisme ; en 1883, il rejoignit à Londres la Lodge of the Theosophical Society ; il voyagea en Inde et au Sri Lanka où il assimila un nouvel enseignement de la magie. Érik Satie aimait beaucoup l’ésotérisme. Il est également étonnant de rencontrer un certain nombre de personnes homos dans la franc-maçonnerie. Et parmi mes amis homosexuels, j’en connais beaucoup qui consultent des voyantes et des astrologues. Par exemple, la romancière bisexuelle Lucía Etxebarría dit être fascinée par les sciences occultes. Nicolas Fraisse est homosexuel et magnétiseur. Par ailleurs, beaucoup de personnes homosexuelles font partie de la franc-maçonnerie.

 

Vidéo-clip de la chanson "Losing My Religion" de R.E.M.

Vidéo-clip de la chanson « Losing My Religion » de R.E.M.


 

L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois les individus homosexuels à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes : « La plantureuse voisine avait trouvé une autre solution, une autre religion, proposée par une secte qui, selon la Chola, s’appelait l’‘Église scientifique’. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 187-188) Par exemple, le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher a adhéré à la secte religieuse du Santo Daime au Brésil. Aleister Crowley se consacra à la magie noire et fonda une confrérie, l’Aurore Dorée. Schiller écrit Die Malteser, Les Maltais – et maintes rumeurs courent sur les relations entre l’Ordre de Malte et l’homosexualité. Dans le documentaire « Ma très chère sœur Olivia » (2012) de Pierre-Clément Julien, Olivia C., un transsexuel M to F, est franc-maçonne. J’ai rencontré pour ma part plein d’ex-Témoins de Jéhovah dans le « milieu homosexuel ». Et ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait énormément de personnes homosexuelles chez les Mormons, les Scientologues, et autres membres de sectes. D’ailleurs, à Paris, juste en rentrant dans le quartier gay du Marais, non loin de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie, on tombe comme par hasard sur le Centre mormon, juxtaposant les bars homos… (dingue, non ?) Quand j’ai étudié, en 2001, la question des sectes pentecôtistes au Guatemala (cf. Philippe Ariño, El Indio Ultramoderno. Las Sectas Pentecostales En Guatemala, 2002), j’ai été frappé de voir les similarités entre ces deux mondes que l’opinion publique oppose bêtement. J’ai eu l’impression que d’étudier les sectes, c’était exactement comme étudier les fonctionnements internes de la communauté homosexuelle !

 
 

c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

Documentaire "We Were Here" de David Weissman

Documentaire « We Were Here » de David Weissman


 

L’attachement des personnes homosexuelles à une foi consumériste et anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et le pauvre-du-bout-du-monde : « L’extase est sacrée. Tout Homme est un ange. » (Allen Ginsberg dans le film « Howl » (2010) de Rob Epstein) Le narcissisme New Age du bobo homosexuel se veut altruiste en théorie, « universel »… mais en pratique, son relativisme mou cache une vision très déçue, déterministe, pessimiste, manichéenne et misanthrope de l’Amour et du genre humain. Car si l’Amour était soi-disant « partout », même dans la guerre, la souffrance et le mal, si l’Amour, pour exister et devenir complet, avait absolument besoin du mal comme d’une moitié androgynique qui L’équilibrerait (Eros et Thanatos, le « Yin » et le « Yang », tous ces concepts manichéens…), Il ne serait plus Lui-même, plus aimant ; car l’Amour n’est qu’Amour !

 

Il est fréquent que les personnes homosexuelles choisissent l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où leurs émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » (s’engouffrer, plutôt !). Par exemple, l’artiste performer lesbienne Gina Pane a suivi des études dans un atelier d’art sacré. Jean Cocteau, dans sa vie, a décoré de nombreuses chapelles.

 

Elles se piquent au jeu d’un holisme qui spiritualise les végétaux, les paysages naturels, les objets, les médias : « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 31) ; « Sur le chemin, un cinéma populaire, Royal El-Guidida, s’est présenté devant moi. Sans réfléchir j’ai acheté un billet et j’y suis entré célébrer ma nouvelle vie, au milieu d’une salle remplie d’hommes de tous âges qui se donnaient les uns aux autres sans complexe, sans se cacher, non loin des agents de police qui surveillaient l’entrée. Retrouver ma première religion. Mon rêve de toujours. Le cinéma par la peau. La transgression naturelle. Les corps dans l’intensité sexuelle. Des va-et-vient entre la salle immense avec orchestre et balcon et les toilettes. Un film. Deux films. Des stars. Adil Imam. Yousra. Nour Cherif. Leïla Eloui. » (idem, pp. 98-99) ; « À l’Opéra, on s’est convertis. » (le couple homo de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy)

 

Pas étonnant qu’un certain nombre d’individus homosexuels trouvent dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à eux-mêmes sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreuses personnes homosexuelles : Pier Paolo Pasolini, Allen Ginsberg, Jacques Adelsward, Laurent Dispot, Guy Hocquenghem, Néstor Perlongher, Michel Foucault, Alain Daniélou, Jack Kerouac, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Yukio Mishima, etc. Mylène Farmer a lu le Livre tibétain de la Vie et de la Mort (2005) de Sogyal Rinpoché. J. R. Ackerley a été attiré par l’expérience hindoue (cf. Journal hindou en 1932). Dans sa photographie Autoportrait (1927), Claude Cahun se déguise en statue de Bouddha. Lors de ses voyages, Yves Saint-Laurent achetait des statues énormes de Bouddha. Je vous renvoie également au film « Better Sex Through Yoga For Gay Men » (2003) d’Aaron Star.

 

Documentaire "Hot Nude Yoga" d'Aaron Star

Documentaire « Hot Nude Yoga » d’Aaron Star


 

La louange du bouddhisme par bon nombre de sujets homosexuels rentre dans cette focalisation nombriliste sur la conscience individuelle, dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole. Bref, la glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions engendrées par le libéralisme économique le plus féroce.

 

Documentaire "Yoga Secrets"

Documentaire « Yoga Secrets » de Raymond Lewis


 

Beaucoup de personnes homosexuelles ne croient pas, mais « font comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Tu aimais aller à la mosquée de temps en temps. Tu disais que tu aimais la gymnastique de la prière, être au milieu des inconnus en prière, dans la parole simple et directe avec Dieu. Dès qu’on s’est rencontrés, tu as arrêté de le faire. Tu n’osais plus. Notre lien est sacrilège aux yeux de l’islam. Tu n’arrivais pas à te débarrasser de ce sentiment. Je n’ai pas essayé de te faire changer d’avis. Moi-même je vivais dans cette contradiction. Moi-même j’avais besoin de croire. Je voulais croire. On a fini par trouver une solution. Je t’ai emmené à l’église Saint-Bernard et on a regardé les autres prier. Les églises, ce n’était pas nous à l’origine, cela ne représentait rien dans notre mémoire spirituelle. Rien ne nous attachait à elles et, pourtant, nous y sommes retournés plusieurs fois et nous avons fini par y découvrir une nouvelle spiritualité. Nous l’avons inventée ensemble, cette religion, cette foi, cette chapelle, ce coin sombre et lumineux, ce temps en dehors du temps. Ce christianisme non loin de Barbès. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 118)

 

Elles n’ont pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Elles pensent qu’il leur suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant ». Elles vivotent d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 
 

d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

Comme les personnes homosexuelles ont tendance à confondre leurs désirs ou leurs sensations épidermiques avec Dieu, elles finissent parfois par interpréter leurs pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À les entendre, leur homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié. Leurs grandes prêtresses télévisuelles les encouragent d’ailleurs à cela : « Laissez votre identité être votre religion. » (Lady Gaga citée dans le journal Métro, n°2008, mardi 17 mai 2011, p. 3) ; « Rupaul est une sorte de gourou, de Dalaï Lama pour la communauté homo. Mais il y a beaucoup d’hétéros qui regardent aussi. » (Rich Juzwiak, homosexuel, parlant de l’émission de télé-réalité transsexuelle aux USA Rupaul’s Drag Race, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel)etc.

 

Certains curés défroqués, vivant (depuis leur sortie de l’Église) leur homosexualité au grand jour, jouent les prophètes de ce qui, selon eux, est le « Véritable Évangile », l’Évangile « humaniste », plus proche des gens et de leurs réalités temporelles que l’Évangile du « Clergé d’en haut », en décrétant que « les homos » sont des créations de Dieu. Ils essentialisent, via une théologie de comptoir, l’homosexualité sous des prétextes divins, quitte à s’exprimer à la place de Dieu : « Moi, je voulais annoncer cette Bonne Nouvelle […] : Dieu nous aime ainsi, (homosexuels), parce que c’est ainsi qu’Il nous a créés, et Il l’a fait par pur amour. […] Et j’avais besoin de transmettre cette merveilleuse joie (‘Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile’, disait Pierre de Tarse) à mes frères, à la société et au monde. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 190) ; « Je crois que dieu m’a fait comme je suis. » (Hezra, femme musulmane lesbienne, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Les beaux principes de la Bible sont parfois assez vite détournés, comme le démontrent ces propos d’Antonio Toig, ex-carmélite : « Mon engagement personnel consistait à m’accepter tel que je suis. Je ne pouvais pas me retenir davantage : je ne pouvais pas vivre dans le mensonge, je devais être libre et ce principe de liberté est celui qui se trouve dans la Bible. » (Antonio Toig dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, pp. 297-298)

 

Il existe même des prêtres catholiques gays friendly qui dénaturent le message de leur Église en disant qu’on peut être pleinement cathos et pleinement homos (sous-entendu « en couple »), pour faire croire qu’ils sont plus ouverts que le Vatican classique (cf. le documentaire « Monsieur le Curé de Saint-Eustache » (2001) de François Chilowicz, l’ouvrage collectif Dieu les aime tels qu’ils sont : Pastorale pour homophiles (1968) du pasteur baptiste Joseph Doucé, le livre Qui suis-je pour juger ? (2013) de Frigide Barjot détournant le sens complet des propos du Pape François, etc.). Par exemple, dans l’émission Infra-Rouge « Et Dieu dans tout ça ? » (2011) de Philomène Esposito, le curé de saint Merry (église parisienne accueillant l’association Devenir Un En Christ pour qu’elle puisse « fêter Dieu »), le père Jacques Mérienne, en appelle à la compromission : « Il faut créer un consensus. »

 

Et beaucoup d’individus homosexuels croyants reprennent à leur compte ce discours identitariste/amoureux simpliste mais aussi déculpabilisant : « Dieu nous a créés comme ça. » (les témoins homos ougandais dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin) ; « Nous rejetons formellement tout a priori de péché en ce qui concerne l’homophilie… Les pulsions échappent à notre volonté; elles viennent de Dieu, notre Créateur. » (cf. phrase du premier bulletin de création de l’association David et Jonathan, en novembre 1983) ; « Ce n’est pas de leur faute, Allah les a créés comme ça. S’Il ne l’avait pas voulu, l’homosexualité n’existerait pas. » (la mère musulmane de Brahim Naït-Balk, dans l’autobiographie de ce dernier, Un Homo dans la cité (2009), p. 89) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro, Vicente dit que c’est Dieu qui l’a voulu gay, et tous les témoins pensent avec lui que « Dieu les aime tels qu’ils sont » (comprendre « pleinement homosexuels pratiquants »).

 

Ce serait même Dieu qui leur aurait donné leur partenaire amoureux/sexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique : « Quand je suis revenue à moi, j’ai vu Jackie, assise là, tel un ange. […] Même si j’ai voué ma vie à l’Église et au catholicisme, j’ai su que mon Dieu aimait Jackie, et qu’Il m’aimait de l’aimer, elle. » (une femme lesbienne à sa copine, témoignant dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Pierre, c’est un don du Ciel. » (Bertrand parlant de son amant Pierre dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « Juste comme vous, mes juges, qui avaient un droit d’aimer les femmes, moi aussi j’ai le droit d’aimer les hommes. Vous comme moi tenons ce droit de Dieu. Si vous refusez de reconnaître ce droit, allors vous attaquez la justice de Dieu, qui a mis ce besoin d’amour dans mon cœur, comme dans le vôtre. Vous avez le pouvoir de me condamner. Je dois vous contester le droit de le faire. » (Fritz Feldtmann, le directeur du théâtre de Brenne, arrêté par la police pour homosexualité, le 3 octobre 1867) ; etc.

 

Dans leur discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe/l’amant homosexuel. Leur adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Notre neveu [Alfredo] avait beaucoup aimé le pompier qui faisait le Christ sur la croix. » (les tantes d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier Folies-Fantômes (1997), p. 141) ; « Ernestito tomba à genoux devant Nacho comme il aurait pu le faire devant un saint d’une religion inconnue. » (Alfredo Arias, op. cit., p. 260) ; « J’ai accueilli son sperme tiède dans ma bouche avec extase, comme une hostie. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 96) ; etc.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, y compris celles qui se disent « athées » (surtout celles qui se disent athées, d’ailleurs !), donnent à leurs pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assurent-elles, elles ne croient ni Dieu ni en l’Amour »). Le mot « amour » étant pour elles plus sacré que la réalité qu’il recouvre, les personnes homosexuelles bobos vont se mettre à voir l’Amour partout et nulle part en même temps, surtout dans l’abstrait, loin de l’humain et des institutions ecclésiales (et toujours dans un discours saupoudré d’anglais et de références musicales vintage… « Tree Of Life », quand tu nous tiens…) : « L’amour de Dieu s’applique parfaitement dans l’amour d’un homme (cf. le passage du gospel à la soul séculaire), que le contact avec Dieu n’est jamais plus beau que quand on l’établit seul, selon sa propre inspiration, hors des dogmes… Dieu, il [ton « ex »] peut le trouver en allant se perdre dans les champs, en se recueillant sous un arbre. Les catholiques sont en fait trop peu entraînés à la méditation, trop engoncés par les règles de la prière, la liturgie. Invite-le à se perdre une fois de plus dans cette nature qui t’entoure, laisse-le, attends-le dans la maison… Hold on ! Le rapprochement de Dieu est presque un leurre. ‘Plus prés de toi Seigneur’… Dieu est partout, on n’est jamais aussi prés de lui qu’à chaque seconde, pour peu que l’on ait la Foi… Le séminaire est une voie respectable, mais c’est un choix dont l’explication engage d’autres considérations que la seule Foi (talk about it)… J’ai du mal à comprendre le choix de cet homme… En t’aimant , comme tu le racontes, il commet un acte sacré, et sa foi dans votre couple est induite par sa Foi en Dieu et la prolonge (il ne s’agit pas de te mettre sur un piédestal)… My prayers go to you two guys… » (cf. un certain « Anonyme », le 9 mai 2012, en réponse à l’article « Moi vs le Roi des rois » de Didier Lestrade, où ce dernier raconte sur son blog sa rupture avec un amant catholique qui l’a quitté pour suivre entièrement Jésus)

 

Certaines personnes homosexuelles sont même prêtes à tomber amoureuses d’un croyant pratiquant catho, et à épouser intellectuellement/esthétiquement la foi de ce dernier (« Même si je ne suis pas croyant, je te trouve très beau quand tu pries… »), pour « croire par procuration » (mais surtout pas par elles-mêmes, pleinement, avec leur cœur ! Ça ferait trop mal ! Ce serait trop demandé…), pour se justifier de ne pas pratiquer institutionnellement et d’être « athées » (« C’est riche, la diversité des croyances et des points de vue »…), pour cracher sur l’Institution catho quand même, du simple fait qu’elles auraient « le droit » de le faire puisqu’elles aimeraient vraiment un catho et qu’elles auraient le recul nécessaire pour connaître la réalité de l’Église de près, pour se persuader qu’elles sont de vrais croyants quand même, des « saints de l’ombre », d’humbles esprits pieux anonymes ! Le pastiche misérabiliste (mais ô combien prétentieux et pharisien !) de la veuve de l’Évangile qui donne son trésor de trois piécettes…

 

Pier Paolo Pasolini

Pier Paolo Pasolini


 

Quelquefois, la bondieuserie homosexuelle va même jusqu’à la louange d’une forme d’ascétisme, de discours où le corps et la sexualité-génitalité n’existeraient plus… mais c’est oublier que les individus qui le profèrent s’abaissent et s’adonnent à l’acte sensuel et génital homosexuel bien plus que de raison, alternent les moments de remords ascétiques et les phases de gourmandise sexuelle intense. Les bobos homosexuels aiment bien spiritualiser leurs vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Ils ont le culot sincère de dire que s’ils veulent coucher avec leur prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aurait la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle, la beauté transcendante et artistique d’un massage trantrique, aryuvédique ! L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce qu’ils appellent « la foi », c’est en réalité leur croyance superstitieuse aux « coups de foudre », leur narcissisme esthétisant pseudo « sobre », leur sensiblerie, leur propre défaillance face à leurs pulsions et à la luxure. Mais attention ! Toujours à la lueur d’une petite bougie (cf. la partie « Bougie » du code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on les écoute, ils vivraient un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon eux, on peut très bien aller dans une backroom comme on rentre au couvent : « J’étais au bordel comme au cloître. » (Olivier Py, L’Inachevé (2003), p. 41)

 

Par exemple, lorsque j’ai assisté à la visite guidée du cimetière du Père Labaise… pardon… Lachaise, à Paris, le 8 février 2012, le guide, lui-même homosexuel, m’a montré les « chapelles d’amour » où se rencontrent les garçons pour faire l’amour ensemble. Ce haut lieu de la vie homosexuelle parisienne clandestine a été le théâtre de drôles de pratiques occultes : messes noires, magie noire, spiritisme… Aujourd’hui, la « Chapelle des sucres Beghin Say » est une backroom fermée. Mais le cimetière demeure un lieu d’activité homosexuelle intense.

 
 

e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

La religion sécuritaire pour Saint Sida

La religion sécuritaire pour Saint Sida


 

L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, les personnes homosexuelles associent le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique, à une seconde famille spirituelle qu’elles auraient la chargent de sanctifier : « Je me piquai le doigt avec la pointe du compas qui traînait sur mon bureau. Je traçai avec mon sang au dos de l’image : ‘Seigneur, je te donne ma vie, pour toutes les personnes homosexuelles du monde entier.’ » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 51)

 

Certains membres de la communauté homosexuelle voient en la Gay Pride, dans les ambiances de discothèque, et dans l’engagement politique militant, une nouvelle religion. La puissance communionnelle qui s’y vit/vivrait, pourtant inhérente à tout rassemblement humain un peu conséquent et amical, est comparée très sincèrement à une « émotionnante » Gay Church : « Malgré la nudité de tous et de toutes, l’ambiance était, selon ce qu’on décrit ceux qui étaient présents ce soir-là, aussi spirituel que celui d’une église. […] La Licorería’ est devenue avec le temps un sanctuaire, où certaines nuits, en préparation d’une révolution mondiale future, ont lieu de mystérieux rites. » (cf. l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » de J. A. Herrero Brasas, dans son essai Primera Plana (2007), pp. 123-124)

 

Comme la majorité des personnes homoexuelles ne veulent pas s’attacher à une institution ecclésiale en particulier, elles se plient en général à un fondamentalisme athée – elles disent « humaniste » –, à une religion qui n’est pas encore clairement cataloguée socialement comme telle, mais qu’elles pensent être la seule juste. Nous pourrions la baptiser comme on veut : « Home-made Gay Religion », ou bien « Culte de l’Être suprême (= l’androgyne) », « Spiritualités plurielles et cosmiques », « Religion désincarnée », « Individualisme hédoniste et universaliste », « Secte des Cultures homosexuelles », « Gay Church », etc. Par exemple, dans son essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), Philippe Muray parle à juste titre des « sectes homosexuelles » (p. 51), religieuses pour une minorité d’entre elles, non-confessionnelles pour la majorité.

 

Comme certains protestants, beaucoup de personnes homosexuelles prétendent être plus croyantes et authentiques que leurs prédécesseurs catholiques : « Au bout du compte, je crois que les gays sont les gens les plus dévots. Ils devraient créer un saint gay. » (Víctor, témoin homosexuel s’exprimant dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro)

 

Le plus sérieusement du monde, certaines composent une parodie ecclésiale censée faire contrepoids à la réalité religieuse qu’elles ne connaissent pas – ou de trop près –, et qu’elles ont diabolisée à force de l’idéaliser. Par exemple, Michel Journiac, qui est passé à 18 ans par le petit et le grand séminaire, a organisé deux « Messes » en 1969 et 1975, c’est-à-dire deux « performances », intitulées Messes pour un corps ; il est allé jusqu’à faire communier son public au Corps du Christ avec du boudin qu’il avait confectionné avec son propre sang !

 

Loin de parler de rejet de la communauté homo par rapport à l’Église catholique, on pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’une adoration inversée. Beaucoup de personnes homosexuelles construisent une version transversale de la religion pour se convaincre ensuite que la caricature nouvellement créée est fidèle à la vraie religion, et pour rejeter ouvertement devant les autres et la vraie religion et sa caricature… comme cela, elles se gargarisent de faire d’une pierre deux coups.

 

Dans le documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, on voit bien que la caricature de croyants pratiquants reproduite par les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (mouvement associatif homosexuel créé à Castro en 1979, faisant de la prévention Sida en se déguisant en nonnes travesties ultra-maquillées) est tout sauf caricaturale dans l’esprit de ceux qui la construisent ou qui l’adulent (j’ai vu de mes propres yeux une salle de cinéma entière se lever pour ovationner le « courage » et la « sainteté profane » des Sœurs après la projection de leur documentaire, le 15 octobre 2011 au Forum des Images de Paris). Il s’agit bien, selon les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, de réactualiser le cliché vieillot de l’Église catholique « avec sérieux et avec dérision » : « Nous sommes un ordre agnostique. » ; « Nous sommes profondément sérieux. » Leur détournement des formules religieuses indique un attachement à ce qu’elles prétendent déformer (« Amen and the women ! »). Dans leur esprit, le déguisement prend le pas sur le Réel. « On n’est pas une parodie de bonnes sœurs. » (Sœur Belphégor) La dérision et le militantisme ne sont que les couvertures de leur schizophrénie spiritualiste. Une schizophrénie bien-intentionnée, qui prétend ne pas faire de mal à l’Église catho, voire même parfois L’honorer : « Je ne le fais pas par provocation. Même pas pour tirer sur l’Église. Si on voulait L’attaquer, l’Église, aujourd’hui, c’est comme tirer sur une ambulance ! » (Sœur Belphégor). Il y a de fortes chances que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgente pensent qu’elles sont plus humanistes, et quelque part plus vraies, que les croyants pratiquants réels : « Nous apportons beaucoup de joie et de paix spirituelle. » Elles font apparemment tout comme eux : elles ont leurs « messes », c’est-à-dire des moments de présentation des actions de l’association, qu’elles affichent comme des moments « forts » et « profonds » (« J’ai vu la ‘messe’. Ça a été comme un électrochoc. »). Elles organisent des « ressourcements », comme dans les retraites monastiques classiques, pour que chacun de leurs membres et sympathisants puisse se « réapproprier son corps » Elles accueillent dans leurs rangs des curés défroqués (« J’avais un deuil. Car j’avais été moine pendant 3 ans » déclare Sœur Quéquette dans le reportage). En s’éloignant de l’Église catholique, elles font leur petite cuisine spirituelle pseudo engagée… mais en réalité, cela équivaut à la « militance de l’indifférence » digne d’une Miss France, celle qui donne de « l’espoir » et de « l’optimisme » au lieu de l’Espérance, celle qui « célèbre l’amour et la joie » (et la paix dans le monde…), celle qui ne donne pas de clés vraiment solides pour trouver l’amour, et qui laisse les gens livrés à eux-mêmes (« On n’a pas à orienter. On a à écouter et à pacifier les gens. C’est ça, le travail des Sœurs : l’écoute, l’amour. »), celle qui « fait du bien » sans tendre vers le Meilleur (« Ça fait du bien. Ça nous donne de l’espoir. Ça donne envie de vivre. » déclare un témoin ayant vécu les « ressourcements » des Sœurs).

 

Au sein du « milieu homosexuel » international, on trouve un certain nombre d’organismes religieux homosexuels beaucoup plus sérieux que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, qui ne sont pas des associations d’Église à proprement parler (sauf Courage, survenue à la demande du cardinal Terence Cooke, archevêque de New York, à la fin des années 1970, et qui est la seule œuvre apostolique de l’Église catholique romaine, reconnue par le Saint-Siège), mais qui essaient de se faire entendre de Rome, tout en se défendant d’être des Gay Church : par exemple l’association Dignity (créée en 1969 aux États-Unis par le jésuite John McNeill), Catholics for equality (revendiquant actuellement l’introduction du mariage homosexuel aux États-Unis), Torrents de vie (une association protestante, mais qui n’est pas spécifiquement tournée vers le public homosexuel). David et Jonathan (créée en France en 1983, et qui est l’association chrétienne la plus rassemblante et fréquentée à l’heure actuelle), etc.

 

En règle générale, les associations chrétiennes d’accueil des personnes homosexuelles se montrent en théorie ouverte au dialogue avec l’Église-Institution, mais en pratique, elles restent encore fermées à Elle, étant donné qu’elles ne veulent pas encore poser de discours clair sur la question du couple homosexuel ni sur celle de l’appel ecclésial à la continence. En France, le statut quo est particulièrement visible avec David et Jonathan, qui reste campée sur ses positions par rapport à sa justification de l’identité homosexuelle et de la beauté du couple homosexuel, et qui marche au diapason du militantisme homosexuel profane. L’opposition à la Curie romaine est moins marquée chez des organismes LGBT chrétiens tels que Devenir Un En Christ (DUEC), la Communion Béthanie (créée par Jean-Michel Dunand, qui est une structure d’accueil et de prière qui veut se garder de tout discours interprétatif sur l’homosexualité), Aelred (à mon sens l’association homosexuelle catholique la plus solide qui existe en France, même si elle prône un ambigu « amour d’amitié », où l’amour platonique se mêle à un étrange brouillage de la frontière entre amitié et amour, quand bien même le passage à l’acte sexuel et au couple ne soit pas encouragé). Je ne dis que ces trois organismes ne sont pas encore clairs sur leur positionnement par rapport à l’Église, non du fait qu’ils se prononceraient « pour » le couple homosexuel (ils font déjà « moins pire » que David et Jonathan, et ont le mérite d’exister en tant que structures d’accueil chrétien), non du fait qu’ils s’opposeraient à l’Église-Institution (puisque ce n’est pas le cas), mais uniquement parce qu’ils ne se prononcent pas sur le couple homosexuel, et qu’ils ne proposent pas ouvertement la continence comme le meilleur chemin possible pour toute personne homosexuelle.

 
 

f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

Un peu après le bouddhisme, la confession religieuse qui a l’air de mieux « coller » avec la justification de la pratique homosexuelle conjugale, est le protestantisme. Je vous renvoie aux documentaires « Oranges Are Not The Only Fruit » (1989) de Melanie Chait et « Better Dead Than Gay » (1995) de Christopher O’Hare, au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, ainsi qu’à la publicité « Love For All » pour la marque de vêtements Björn Borg (dans laquelle le spectateur découvre progressivement que le mariage religieux auquel l’assemblée va assister ne se fait pas entre un homme et une femme, mais entre deux prêtres devant une femme pasteure). Dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi, on entend beaucoup d’interviewés homosexuels faisant partie du protestantisme : Alexander, Thomas, Sven (pasteur homo en couple avec Alexander)…

 

 

Pourquoi cela ? Parce que le protestantisme, contrairement au catholicisme, manque de docilité, d’unité, de chef clairement identifiable, de fermeté, mais aussi d’attaches au Réel et à l’Incarnation sacramentelle (cela me semble principalement dû au fait qu’il refuse de reconnaître la présence réelle de Jésus dans le Corps du Christ – autrement dit la transsubstantiation –, ce qui a forcément des conséquences sur son rapport au Réel, un rapport encore lointain, désincarné, livresque). Mais cette tolérance des Églises protestantes vis à vis du couple homosexuel n’est qu’un mirage que seuls les plus protestataires des protestants sont prêts à croire. Car si on écoute le protestantisme traditionnel (le plus nombreux), son refus de l’homosexualité pratiquée est identique à celui du catholicisme. J’ai entendu dire un jour que par rapport aux actes homosexuels, l’Église catholique formulait un « Non… mais… », alors que le protestantisme se situait plutôt dans le registre du « Oui… mais… », ce qui revient donc quasiment au même ! La majorité des Évangéliques, s’attachant littéralement aux écrits bibliques condamnant fermement les pratiques homosexuelles, se positionnent contre les bénédictions et le mariage des couples de même sexe. Pensons aux refus actuels de la bénédiction des couples homosexuels – et encore plus du mariage entre personnes de même sexe – de la part notamment de la Church of Scotland (Église presbytérienne d’Écosse, dite aussi The Kirk), de l’United Reformed Church (Église Réformée Unie, unissant les courants presbytérien anglais et congrégationnalistes britanniques), de la Fédération protestante de France et de l’Alliance évangélique, des Églises protestantes africaines (notamment nigérianes et rwandaises), de la Communion anglicane, de l’Église épiscopale des États-Unis, de l’Evangelical Lutheran Church in America (ELCA, Église luthérienne évangélique en Amérique, formée de quelques 10 000 congrégations totalisant 4,6 millions de fidèles), de l’United Methodist Church (UMC, Église méthodiste unie, deuxième plus grande Église protestante aux États-Unis avec 8 millions de fidèles), etc.

 

Seuls quelques groupuscules et Églises protestantes isolées donnent leur aval au couple homosexuel. Par exemple, aux États-Unis, les Églises Unitariennes-Universalistes bénissent des couples du même sexe depuis les années 1970. Les fameuses Metropolitan Community Churches (MCC), dont les membres sont majoritairement homosexuels, trouvent leur origine dans la première Église MCC fondée à Los Angeles par le révérend Troy Perry (lui-même homosexuel), avant les émeutes de Stonewall de 1969. Les MCC représentent, en 2003, plus de 300 églises à travers le monde, et plus de 40 000 membres répartis en 18 pays. Elles constituent également le lieu de naissance de douzaines d’organisations gay et lesbiennes ou de projets de justice sociale. Elles ont procédé à l’union de plusieurs couples de même sexe lors de la Gay/lesbien/bisexual Pride de New York en 1994, marche qui commémorait le 25e anniversaire de Stonewall. Un peu plus haut, l’Église Unie du Canada célèbre des mariages depuis que la loi le permet (2003). Des évêques anglicans canadiens ont béni en 2003 des unions de personnes du même sexe. En novembre de la même année, Gene Robinson qui vit ouvertement une relation homosexuelle durable, est élu évêque épiscopalien du New Hampshire. Mary Glasspool femme prêtre homosexuelle, élue en décembre 2010 évêque assistante du diocèse de Los Angeles, est ordonnée évêque le 15 mai 2010. Aux Pays-Bas, en 1986, la Remonstrantse Broedershap (Fraternité remonstante), la plus ancienne des Églises néerlandaises, fut la première Église européenne à accepter la bénédiction de couples non-mariés. Au début de 1997, le synode de l’Église Protestante du Nord de l’Allemagne (S.E.K.) décida de bénir des unions homosexuelles. Ce fut le cas, également, la même année, de Den Danske Folkekirke ou Folkekirken, l’Église évangélique-luthérienne nationale du Danemark. En octobre 2009, laSvenska kyrkan, l’Église évangélique luthérienne de Suède, approuva lors de son synode le mariage des couples homosexuels à l’église, autorisé par la loi suédoise depuis le 1er mai 2009. En 1998, au sein de la Confédération suisse, l’union synodale Berne-Jura, ainsi que la majorité des Églises cantonales alémaniques, acceptèrent la possibilité de bénir les couples homosexuels, sous condition de l’accord des communautés locales, et sans franchir le pas du mariage. En France, le pasteur baptiste (excommunié) Joseph Doucé célébrait les premières bénédictions d’unions homosexuelles en 1974, et créa le 10 octobre 1976 le Centre du Christ libérateur à Paris. En 2000 en Italie, la Chiesa Evangelica Valdese (Église évangélique vaudoise) accueillit favorablement l’organisation de la World Gay Pride, à Rome. Dernièrement, fin août 2010, le synode commun aux protestants vaudois et méthodistes italiens, réuni à Torre Pellice dans les vallées vaudoises italiennes, décida d’autoriser les bénédictions de couples homosexuels à l’église. En Grande-Bretagne, la Religious Society of Friends (Société religieuse des Amis ou Quakers) reconnaît en 2008 les partenariats homosexuels.

 

Il est logique que l’Église protestante, de par sa structure dispersée (que les plus optimistes appelleront plutôt « chance » et « ouverture à la diversité »), séduise davantage la communauté homosexuelle que l’Église catholique. La première offre davantage les brèches dont les personnes homosexuelles « croyantes », soucieuses de la reconnaissance religieuse de leurs unions amoureuses, rêvent pour justifier la « solidité sacrée » du désir homosexuel. Je connais un certain nombre d’amis homosexuels qui quittent précisément le catholicisme pour rejoindre le protestantisme modéré, voire le bouddhisme, parce qu’ils ont compris que l’Église catholique gardera fidèlement son cap, et ne justifiera jamais leur idéologie de l’identité homosexuelle éternelle, ou de l’amour homosexuel « sacré ». Néanmoins, ils se trompent en pensant que l’ouverture protestante à l’homosexualité ne soit pas homophobe : une grande majorité de protestants blesse et casse les personnes homosexuelles par un discours à la fois laxiste et rigide. Par exemple, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010, Alexandre, jeune témoin homo suisse de 24 ans, a été interné par des mouvements évangéliques : « Ils l’ont mis dans une clinique psychiatrique. » (le père d’Alexandre) Le pasteur de l’Église qu’il a fréquentée aux États-Unis lui a dit : « Tu es homosexuel. Tu es malade. Tu pourrais contaminer les autres. » Il lui a proposé une guérison.

 

 

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Code n°140 – Pédophilie

Pédophilie

Pédophilie

 

 


(Et le premier crétin qui me sort que, parce que je parle du lien de coïncidence entre homosexualité et pédophilie, j’assimilerais toutes les personnes homosexuelles aux pédophiles, ou que je jouerais inconsciemment le jeu des homophobes en déterrant un vieil amalgame, il s’en prend une ^^…)

 
 

NOTICE EXPLICATIVE

Oui. Vous avez bien entendu. Le mot qui sert à construire des monstres humains dont on ne veut rien savoir est lâché ! « PÉDOPHILE » Alors tout le monde est prêt à se déboucher les oreilles ? Je vous propose, pour une fois, de stopper l’hémorragie de la diabolisation d’un désir présent – à différents degrés – en tout être humain, y compris les femmes, et de nous poser pour réfléchir sur le malaise SOCIAL que disent les actes pédophiles, sans tomber dans l’écueil de stigmatiser des exceptions de bourreaux pour se soulager la conscience et surtout ne jamais s’identifier à eux. Je crois que le désir pédophile est humain, et même par les personnes comme moi qui ont conscience de n’être attirées que par des personnes adultes (… voire même carrément plus âgées que moi). La pédophilie dit une violation COLLECTIVE de la différence des générations (cela semble à priori le plus évident ; et cette violation marche dans les deux sens : du côté des plus âgés comme des plus jeunes), et des autres différences du Réel (en arrière-fond : la différence des espaces et la différence des sexes). C’est la raison pour laquelle les liens entre le désir homosexuel – qui rejette systématiquement la différence des sexes, et fréquemment la différence des générations – et le désir pédophile existent. Ces liens non-causaux et non-systématiques font pousser des hauts cris aux personnes homosexuelles qui diabolisent ET le désir pédophile ET leur propre désir homosexuel. Surtout en ces temps où la demande du droit au mariage homo, à l’adoption et à l’homoparentalité, se fait si insistante de leur part. Mais ne nous laissons pas impressionner. Si le cliché de « l’homosexuel pédophile » est visible, c’est bien pour des raisons (plus ou moins justes). Et si la plupart des membres de la communauté homosexuelle se précipitent à le traiter d’« homophobe » d’un air outré et scandalisé, raison de plus pour examiner la part de réel et la part de fantasme qui se cachent derrière l’odieuse étiquette !

 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Éternelle jeunesse », « Violeur homosexuel », « Élève/Prof », « Prostitution », « Poupées », « Petits morveux », « Inceste », « Parodies de mômes », « Curé gay », « Inceste entre frères », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Liens entre

pédophilie et homosexualité ?

 

PÉDOPHILIE 1

Don Bachardy et Christopher Isherwood (en « couple »)


 

Le lien pédophilie-homosexualité offusque beaucoup de personnes homosexuelles parce qu’il existe véritablement, même s’il est difficilement démontrable étant donné qu’il se range du côté des réalités fantasmées, donc des coïncidences et des images. C’est la raison pour laquelle il faut en parler, tout en dénonçant tous les discours qui établissent des rapports de causalité entre homosexualité et pédophilie. Les agressions pédophiles sont majoritairement le fait d’adultes (dits ou qui se disent) hétérosexuels, et il est évident que les personnes homosexuelles ne doivent pas, du fait de leur orientation sexuelle, être tenues à l’écart des structures d’encadrement de l’enfance.

 

Les personnes homosexuelles qui se livrent concrètement à des actes pédophiles sont assez rares. Leur nombre est souvent excessivement grossi par les personnes homosexuelles elles-mêmes. Il est par exemple dommageable de constater, venant d’un certain nombre de jeunes hommes gays, un amalgame quasi-systématique entre âge, homosexualité, et pédophilie : ils ont un peu trop tendance à qualifier de « vieux pervers » toute personne homosexuelle plus âgée qui s’intéresse(rait) à eux.

 

La phobie de la pédophilie concernant l’homosexualité, aussi injustifiée soit-elle, n’est pas pour autant à mépriser entièrement : elle est à analyser pour être combattue, sinon, elle risque de s’actualiser. C’est son rejet systématique, exercé massivement par la communauté homosexuelle et nos sociétés médiatisées, qui montre qu’elle correspond à une certaine réalité désirante, et parfois concrète. Par exemple, un nombre non-négligeable de couples homos se distinguent par un écart d’âge entre les partenaires nettement plus prononcé que chez les couples femme-homme (cf. Alfred Spira, Rapport Spira Bajos, 1992 ; j’aborde aussi largement le sujet des rapports amoureux homosexuels avec un écart prononcé d’âges entre les partenaires, dans les codes « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu » et « Inceste (Père et fils homos tous les deux) » sur mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par ailleurs, parmi les personnes homosexuelles qui dénoncent à juste titre l’assimilation causale de la pédophilie à l’homosexualité, il y a beaucoup plus de fervents défenseurs et de pratiquants de la pédophilie qu’on pourrait l’imaginer. Le meilleur exemple de ce paradoxe, c’est Guy Hocquenghem, qui écrivit en 1983 Les Petits Garçons. La réalité du tourisme sexuel dans les pays du Tiers-monde, ou de la prostitution masculine à échelle planétaire, vient confirmer que les liens de coïncidence non-reconnus entre homosexualité et pédophilie peuvent se faire actes.

 

Il n’est pas rare d’entendre certaines personnes homosexuelles invoquer tous les avantages que présente la relation pédophile pour l’adulte et l’enfant (par exemple la rupture de l’isolement et de la solitude, les bienfaits pédagogiques du chaperonnage, la possibilité pour un homme mûr d’échapper à la frustration sexuelle, la relation d’affection « forte » entre l’éraste et l’éromène, l’« expérience » que peut en tirer l’initié juvénile, etc.). Elles reprennent parfois mot pour mot le discours de l’homme pédéraste qui tend toujours à la flatterie de sa victime (« il est très mûr pour son âge »), à la glorification dédramatisante des sentiments au détriment de la reconnaissance de la violence des actes.

 

Le mythe de l’éternelle jeunesse, particulièrement palpable dans le « milieu homosexuel », montre l’élan incertainement et fantasmatiquement incestueux et pédophile du désir homosexuel, quand bien même un certain nombre de personnes homosexuelles sont sûres et certaines de n’être attirées que par des individus mûrs et adultes. Il traduit en négatif une angoisse de la vieillesse. On entend celle-ci exprimée par beaucoup de sujets homosexuels, y compris chez ceux qui n’ont que la vingtaine. Même s’ils savent bien qu’il leur faudra à un moment ou un autre renoncer à finir avec un petit jeune de vingt ans, ils ne se défont pas de cette utopie pour autant. Chaperonner un éphèbe pré-pubère, c’est un moyen détourné de faire le bain de jouvence du Pygmalion, mais aussi de revivre une jeunesse perdue en se substituant aux enfants.

 
 

GRAND DÉTAILLÉ

FICTION

Le personnage homosexuel est attiré sexuellement par les enfants et la jeunesse médiatique :

 

PÉDOPHILIE 2

Film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy


 

Les créations artistiques traitant d’homosexualité abordent énormément le thème de la pédophilie : cf. le film « Tendres Adolescents » (1980) de Jean-Daniel Cadinot, le film « La Conséquence » (1977) de Wolfgang Petersen, le film « Au Nom du Père » (1972) de Marco Bellocchio, le film « Solamente Nero » (1978) d’Antonio Bido, le film « L’Éveil de Maximo Oliveros » (2005) d’Auraeus Solito, le film « L.I.E. » (2001) de Michael Cuesta, le film « Peur primale » (1996) de Gregory Hoblit, le film « Happiness » (1998) de Todd Solondz, le film « Mystic River » (2004) de Clint Eastwood, le film « The Woodsman » (2004) de Nicole Kassell, le roman The White Cockades ; An Incident Of The Forty-five (1887) de Xavier Mayne, le film « Allemagne Année Zéro » (1948) de Roberto Rossellini, le film « Les 5000 doigts du Docteur T » (1952) de Roy Rowland, le film « If… » (1968) de Lindsay Anderson, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy, le film « Amours particulières » (1969) de Gérard Trembaciewicz, le film « Bruno, l’enfant du dimanche » (1968) de Louis Grospierre, le roman Nos Plaisirs (1983) de Mathieu Lindon, le film « Short Eyes » (1977) de Robert M. Young, le film « Sapore del Grano » (1986) de Gianni Da Campo, la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, le film « Jeepers Creepers » (« Le Chant du diable », 2000) de Victor Salva, le film « Souffle au cœur » (1971) de Louis Malle (avec le jésuite pédéraste), le film « Fiesta » (1995) de Pierre Boutron (avec le colonel Masagual, un officier franquiste pédéraste), le film « Scout toujours » (1985) de Gérard Jugnot (avec le personnage de Georges), les films « Les Amis » (1971) et « Un Enfant dans la foule » (1975) de Gérard Blain, le roman Sexy (2007) de Joyce Carol Oats (avec la relation entre Darren et Mr Tracy), le film « Naked Blood » (1995) de Hisayasu Satô, le film « Le Jardin des Délices » (1967) de Silvano Agosti, le roman Agostino(1944) d’Alberto Moravia, le film « Agostino » (1962) de Mauro Bolognini, le film « Tommy » (1975) de Ken Russell, le film « Blue Jeans » (1976) d’Hugues Burin des Roziers, le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern (avec le monde de la prostitution masculine), le film « Night Corridor » (2003) de Julian Lee, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens (mettant en scène des adolescents ayant parfois des ébats sexuels avec des adultes), le film « Walk a Crooked Path » (1970) de John Brason, le film « Une si jolie petite plage » (1948) d’Yves Allégret, le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka (la pédophilie est ici légitimée par la prostitution), le film « Whole New Thing » (2005) d’Amnon Buchbinder, le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon, le film « L’Exécutrice » (1985) de Michel Caputo, le film « Montreal Main » (1974) de Frank Vitale, le roman La Comunión De Los Atletas (1979) de Vicente Molina Foix, le film « La Ville dont le prince est un enfant » (1996) de Christophe Malavoy, le film « L’Île Atlantique » (2005) de Gérard Mordillat, le film « Precious Moments » (2002) de Lars Daniel Krutzkoff Jacobsen, le film « Smukke Dreng » (« Joli Garçon », 1993) de Carsten Sonder, le roman Jeux d’enfance (1930) de Giovanni Comisso, le film « La Classe de Neige » (1997) de Claude Miller, le film « La Vierge des Tueurs » (2000) de Barbet Schroeder, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « La Tendresse des Loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Un Printemps sous la neige » (1983) de Daniel Petrie, le film « Charlotte For Ever » (1986) de Serge Gainsbourg, le film « Gossenkind » (1992) de Peter Kern, le film « L’Enfant Miroir » (1990) de Philip Ridley, le film « So Lange Du Hier bist » (2005) de Stefan Westerwelle, le film « Vito E Gli Altri » (1992) d’Antonio Capuano, le film « Pianese Nunzio, 14 Anni A Maggio » (1996) d’Antonio Capuano, le film « Il Sapore Del Grano » (1986) de Gianni Di Campo, le film « Det Forsomte Forar » (1993) de Peter Schröder, le film « Si Te Dicen Que Caí » (1989) de Vicente Aranda, le film « The Lost Son » (1998) de Chris Menges, le film « La Tribu » (1990) d’Yves Boisset, le film « Le Trou » (1960) de Jacques Becker (l’un des quatre détenus, homosexuel, est incarcéré pour détournement de mineurs), le film « Grâce à Dieu » (2019) de François Ozon, etc.

 

Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Jonathan propose à son amant Matthieu de regarder le documentaire « Atrocité de la pédophilie en Thaïlande ». Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, le vieux Douglas drague le jeune Santiago. Dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau chante une relation pédophile entre un homme de 50 ans et une fillette de 14 ans : « Être un vieux pédophile, c’est vraiment pas facile. » Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Erik, le héros homosexuel, a vécu sa première expérience sexuelle à 13 ans. Dans le roman L’Ange impur (2012) de Samy Kossan, Samy a 15 ans quand il se prostitue. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, après avoir découvert son attraction homosexuelle pour les jeunes délinquants qu’il encadre, Adam se traite lui-même de pédophile. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Jacques, l’écrivain quinquagénaire est totalement subjugué par la jeunesse de Mathan, un branleur de 18 ans. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Emma, femme mûre, sort avec Adèle, qui est mineure (au fur et à mesure de l’intrigue, cette dernière passera le cap des 18 ans : ouf, ça devient ainsi une film vachement plus moral, nous sommes sauvés… Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas, homosexuel à la trentaine bien tassée, se met à draguer un petit jeune autrichien, Michael, au bord d’un lac ; et le lycéen rentre dans le jeu. Le héros homo aime visiblement la chair fraîche car il avait auparavant dragué lourdement un jeune serveur saisonnier du chalet de montagne où il s’était restauré avec ses deux autres amis homos Gabriel et Rudolf. Gabriel, quant à lui, semble attiré par les hommes mûrs (il part à la conquête d’un moniteur de colo hétéro, Andreas), mais pourtant, quand il débarque dans une église pour demander à un vieux prêtre où se trouve le groupe d’enfants d’Andreas, sans d’autres explications, sa réplique laisse entendre qu’il est lui aussi pédophile : « Je cherche des enfants. » Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand met avec l’application Grindr l’homosexualité sur le même plan que la pédophilie : « Grindr pour les gays. Kinder pour les pédophiles. » Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, ironise sur ses origines natales belges en disant qu’elles ont été le terreau de sa conscience d’être homo : « J’viens d’un p’tit village du Nord. Pédophilie, ça vous dit quelque chose ? Moi, au milieu de tout ça, j’ai compris que j’étais très sensible. Trop sensible. » Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, tous les personnages homosexuels masculins sont émerveillés par la jeunesse et les éphèbes… y compris les adolescents qui tombent amoureux entre eux : « L’amour des enfants lointains… l’amour lointain des enfants rappelle à l’humanité ses origines nobles. » (Mr Mack parlant de Jim, son fils homosexuel) Anthony, l’un des pédérastes « mûrs », dirige d’ailleurs une chorale d’enfants à l’église, et il a été condamné à aux travaux forcés pendant deux ans pour pédérastie sur mineurs. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, est arrêté par la police pour avoir des relations sexuelles avec des mineurs, et notamment un certain Murray qui le cambriole. Dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), le Comte Smokrev, bourgeois homosexuel d’une grande perversité, vénère une sculpture, L’Hermès de Praxitèle, représentant un homme caressant un jeune homme. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Tyler, le coloc hétéro de Frankie, le héros homosexuel, couche avec des filles mineures de moins de 17 ans… mais s’autorise presque un écart avec Frankie lors d’une séance-massage. Le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso traite de la prostitution masculine, et pire que ça, de la prostitution juvénile. Davide, le héros homosexuel, n’a que 14 ans, et vend quand même son corps aux hommes. Les prostitués masculins parodient ironiquement la réalité de la pédophilie dans leurs rangs : « On ne touche pas aux petits garçons ! » dira l’un d’entre eux. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Oliver (la trentaine) sort avec Elio, un mineur de 17 ans : « Fais pas l’enfant. Rendez-vous à minuit. » Dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, Serge sort avec Victor, un mineur… mais ça ne l’empêche pas de prôner l’amour et la maturité de Victor devant le père de ce dernier, Charles, qui le menace de le dénoncer à la police : « Je ne me sers pas de votre fils. » Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, le héros homosexuel, fait croire qu’il a été abusé entre l’âge de 10 à 14 ans par un prêtre pédophile de son école primaire catholique. Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, quand Anatolia, la mère de Secundo, apprend l’homosexualité de son mari Noé, elle pense immédiatement à protéger son fils : « Si tu touches à mon fils, je te tue ! » Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, John ironise lors d’un talk show télévisé sur sa relation épistolaire avec Rupert, un gamin de 10 ans qu’il renie publiquement : « On est faits l’un pour l’autre. »

 

Dans le téléfilm « Les Dix Petits Nègres » (2015) de Sarah Phelps, l’homosexualité est sous-jacente. William Blore, l’inspecteur, a violé dans une cellule de la prison de Dartmoor un prostitué homosexuel, James Stephen Landor, qui faisait le tapin dans les pissotières, et qu’il a fait condamner aux travaux forcés à perpétuité où il a fini ses jours : « Edward Landor était un pédéraste. Plutôt mourir que de m’approcher d’un de ces pervers ! » ; « Il était sans défense. Ce n’était qu’un gamin. »
 

Les pratiques pédophiles ne se limitent pas au monde homosexuel masculin. Les pédophiles lesbiennes ne sont pas à exclure du tableau : cf. le film « Ma Mère préfère les femmes (surtout les jeunes…) » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, le film « Olivia » (1951) de Jacqueline Audry (avec Edwige Feuillère et Simone Simon), le film « Rome, ville ouverte » (1945) de Roberto Rossellini, le film « Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain » (2001) de Jean-Pierre Jeunet (avec la garçonne d’un certain âge, chez qui Amélie sonne à la porte par erreur), et surtout le film « Massacre pour une orgie » (1964) de Jean-Pierre Bastid. « J’avais détourné une mineure de 15 ans qui était mon élève. » (Suzanne en parlant d’Erika, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 185) ; « La jeunesse qui rayonne à chaque instant de vous, voilà ce que la Reine aime chez Sidonie. » (cf. une réplique du film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Vous me faites à chaque fois l’effet d’un bain de jouvence. » (la Reine Marie-Antoinette à son amante Madame de Polignac, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Je donnerais gros pour avoir votre âge. » (Serena Merle louchant sur la jeune Isabelle, dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion) ; « Épousez-moi, mon bonhomme. J’étais dans la chaussure pour enfants. » (Mr Chapiro s’adressant à Vince, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner) ; etc.

 

Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, le Dr Alban Mann est qualifié par Jane, l’héroïne lesbienne, de « pédophile incestueux » (p. 76)… et les faits donneront raison à Jane car Mann viole sa jeune fille Anna. Cependant, Jane, pourtant en couple avec Petra, rentre exactement dans le même jeu qu’elle dénonce en s’intéressant de trop près à Anna : « Si Maria faisait courir le bruit que Jane était une espèce de prédatrice lesbienne avec un penchant pour les adolescentes, la vie à Berlin pouvait devenir impossible. » (Jane parlant de Maria la prostituée, op. cit., p. 168) Jane est fascinée par la jeune Anna au point de la rêver au pieu avec elle : « Elle rêvait d’Anna. Elles étaient seules dans le noir, les doux cheveux de la fille retombaient sur le visage de Jane. Elle eut l’impression d’être au lit avec elle et se mit à paniquer ; ce n’était pas ce qu’elle voulait, tout allait de travers. Les lèvres de la fille se posèrent sur les siennes et elles s’embrassèrent, la langue d’Anna frémissante et insistante. Jane comprit à nouveau ce qu’elle était en train de faire et tenta de la repousser mais quelque force supérieure les collait l’une à l’autre. Elle sentait le poids du corps de la fille, la douceur de ses seins, et elle se tortilla pour se dégager, tentant désespérément de s’échapper, mais elle avait beau se tourner dans toutes les directions, elle était piégée. Elle repoussa Anna de toutes ses forces, mais sans résultat, elles étaient verrouillées l’une à l’autre, et brusquement Jane comprit ce qui les retenait là. Elles étaient scellées, l’une au-dessus de l’autre, sous le plancher de l’immeuble de derrière. » (p. 222)
 

PÉDOPHILIE 3

Film « La Mauvaise Éducation » de Pedro Almodovar


 

Même si ce n’est pas systématique, le personnage homosexuel a pu être victime d’un viol pédophile dans son enfance : « Il n’avait pas 6 ans qu’il se faisait déjà attrapé par les Arabes du côté de la Huchette. » (Mme Simpson parlant au masculin de sa fille Irina, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi) ; « J’préfère encore me faire tripoter par un prêtre comme mes copains cathos quand ils vont au caté. » (Laurent Spielvogel à propos du rabbin à qui il va rendre visite, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « L’écrivain qui ne cherchait qu’une aventure amoureuse, ne l’aurait pas regardé deux fois s’il n’avait pas été séduisant. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, parlant de Goudron, l’écrivain plus âgé que lui et qui a tenté de le pervertir, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 173) ; « Il me tire à lui, je te dis, et je ne peux pas rompre l’emprise qu’il a sur moi. » (Pawel Tarnowski parlant du jeune David qui l’attire, idem, p. 175) ; « ’Tu désires l’abomination.’ Il ne pouvait y croire au début. Lui qui avait souffert des attentions de Goudron se transformait maintenant en Goudron ! Cela ne pouvait pas être vrai. Pourtant, c’était vrai ! » (Pawel Tarnowski parlant de son élan homosexuel pour le jeune David, suite à l’attachement pédophile de Goudron, idem, p. 177) ; « Ce que j’aurais fait à cette époque de ténèbres, d’autres me l’avaient fait. » (Pawel parlant du viol pédophile qu’il a subit par son mentor Goudron, idem, p. 441) ; « C’est très perturbant de découvrir le sexe comme ça. » (Joe, un homme homosexuel obèse, très anxieux et efféminé, qui a été violé par un prêtre à l’adolescence, dans le film « Spotlight » (2016) de Tom McCarthy) ; etc. Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, R. raconte qu’il s’est fait violer par un certain Laurent, « un fils de pute qui ne voulait pas mourir seul et qui a violé sa jeunesse » (p. 71).  Dans le one-man-show Cet homme va trop loin(2011) de Jérémy Ferrari, le Père Vert, avant de devenir un curé gay et pédophile, a jadis été violé par son père et par ses profs. Dans la B.D. La Chair des pommes (2006) de Freddy Nadolny Poustochkine, le héros homo, en pleine puberté, subit la pression d’un homme pédophile pendant qu’il découvre son homosexualité.

 

PÉDOPHILIE 4

B.D. « Kang » de Copi


 

En général, le personnage homosexuel ne fait pas secret de ses élans sexuels pédophiles. « Il a fini pédophile, comme tous ces pédérastes. » (Gérard en parlant de M. Folaste, dans le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba) ; « Et moi, je l’aime, la jeunesse. N’est-ce pas, Jean-Ba ? » (le prêtre s’adressant à son enfant de chœur de 14 ans, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Je découvris la douceur des regards complices de ces androgynes que sont parfois les adolescents. » (le narrateur homosexuel parlant de ses années collège dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 18-19) ; « Ce que je préfère dans ma vie de chiotte, ce sont ces groupes de potes ados à l’apogée de leur puissance génésique […] C’est tellement excitant de voir ces petits mecs jouir sans vergogne, à côté de ces kyrielles de vieillards lubriques de trente ans. » (« le chiotte » dans la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 87) ; « Marilyn possède des instantanés où on me voit embrasser les enfants sur la bouche, dormir enlacé avec eux : elle me fait un chantage. » (le héros homo marié parlant de sa harpie de compagne, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 77) ; « ‘Si j’osais, pensa M. Fruges, je l’embrasserais. J’adore les enfants. Celui-ci est enfermé en lui-même comme je l’étais à son âge, moi aussi. Il y a un regard d’une profonde admirable, avec, dans l’expression, quelque chose de blessé qui me plaît. » (Emmanuel Fruges face à Georges, 6 ans, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 153) ; « Il aimait vraiment l’enfance ; c’était même ce qu’il y avait en lui de moins atteint, de moins suspect. Les dimanches de communion, les bons jours, comme on disait encore dans sa famille, alors qu’il s’agenouillait à la sainte table, il cherchait à se placer tout près d’un enfant, s’il y en avait un, afin de lui voler un peu de cet amour surnaturel dont il sentait que le petit être était l’objet inconscient ; et, ce soir, il surveillait du coin de l’œil le garçonnet qui chantonnait tout seul et dont il admirait l’innocence comme un spécialiste reconnaît et apprécie le spécimen parfaitement venu d’une espèce rare. » (Emmanuel Fruges,idem, p. 156) ; « Comme un coup de tonnerre, l’idée éclata dans son cerveau : devenir cet enfant. Il frissonna et fit instinctivement un pas en arrière. Jamais une tentation pareille n’avait fondu sur lui avec une telle violence, et il en éprouva un choc qui faillit le terrasser. Que pouvaient être les triviaux désirs de la chair auprès de cette concupiscence nouvelle ? Ses yeux se fermèrent. ‘On n’a pas le droit’, pensa-t-il. Pendant quelques secondes, il eut l’impression de grands coups portés à l’intérieur de son crâne et il mit les deux mains à ses oreilles. » (idem, p. 157) ; « Berlot, le prof de sport, si soucieux de la propreté des corps qu’il vient jusqu’aux douches donner un coup de main aux plus lents. » (Quentin Lamotta, Vincent Garbo (2010), p. 42) ; « Ton père adorait vraiment nous regarder nager à poil. » (un ami s’adressant à Daniel après le coming out posthume du père de ce dernier, dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz) ; « Constant est d’un naturel extrêmement probe. […] Cependant, même les hommes dont le sens moral est des plus élevés sont extrêmement sensibles à l’influence des attraits physique d’autrui. L’histoire moderne, pas moins que celle de l’Antiquité, nous offre un grand nombre d’exemples terriblement éprouvants de ce à quoi je fais allusion… » (Gwendolen dans la pièce The Importance To Being Earnest, L’Importance d’être Constant (1895) d’Oscar Wilde) ; etc.

 

Dans la pièce Les Z’Héros de Branville (2009) de Jean-Christophe Moncys, Gérard a un « terrible secret » à révéler : son « attirance pour les jeunes hommes ». Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, on entend la figure de Marcel Proust chanter les bienfaits de l’amour des jeunes garçons : « L’amour d’un homme pour une femme ne peut pas se comparer à l’amour de ce même homme pour un adolescent. L’amour pour une femme charrie tellement d’habitudes, de certitudes, de passages obligés qu’il devient rapidement quelque chose d’agréable, certes, mais qu’on maîtrise, qui n’apporte pas de réelle surprise. L’amour pour un adolescent, lui, renferme tous les émerveillements, tous les emportements ; il a cette intensité désespérée, il est menacé d’extinction à tout moment et porté au plus haut, précisément par la grâce. » (pp. 83-84) D’ailleurs, dans ce même roman, Proust vit une histoire amoureuse avec Vincent, un jeune intellectuel de seize ans, tout aussi consentant que lui, mais conscient de l’invisibilité, du confort, et de la supériorité de son statut d’éromène : « C’est plus difficile pour vous que pour moi […] de vous tenir à côté d’un jeune homme de seize ans. » (Vincent s’adressant à Proust, idem, p. 21) ; « Si la syphilis causait autant de ravages que le sida et terrorisait pareillement les pédérastes de la fin du XIXe siècle, des adolescents n’auraient certes pas enfilé de capotes pour jouer à touche-pipi ! » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 97) ;

 

La relation pédophile devient parfois effective, consommée. Elle sera alors très souvent euphémisée par le terme passe-partout de « couple » ou d’« amour (entre ados) ». Par exemple, dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Omar, un des personnages homosexuels, a une liaison avec un ado de seize ans. Dans le film « Tras El Cristal » (1985) d’Agustí Villaronga, un pédophile nazi paralysé vit une histoire d’amour avec le jeune infirmier s’occupant de lui. Dans le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, un jeu de drague ambigu s’instaure entre le vieux musicien Ashenbach (50 ans passés) et le tout jeune et blond Tadzio (14 ans). Le roman Flamand noir (2004) de Bertrand N’Guyen Matoko raconte l’histoire de pédophilie entre un curé et un jeune étudiant noir. Dans le roman Le Livre muet (2007) de Sébastien Doubinsky, le géomètre Alessandro Salomonsen vit une relation homosexuelle avec Stefano, un adolescent de 15 ans. Dans le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti, l’icône gay Helmut Berger (interprétant le personnage de Martin Essenbeck) est en réalité un pédophile ; il provoque le suicide par pendaison de la petite Lisa qu’il avait initialement attouchée et couverte de cadeaux : « Lisa, regarde ce que je t’ai apporté. Il te plaît, ce petit cheval ? Tu pourras monter dessus, puisqu’il te plaît, hein ? Il faut le caresser. Caresse-le, Lisa, il est à toi. Tu l’aimes bien ? Tu seras très gentille avec lui. Tu le soigneras bien… parce qu’il t’aime beaucoup. J’assure. » Dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, au moment où le jeune prince Frédéric de Montmirail monte dans le carrosse de Saint Loup, le comité d’accueil qui lui est réservé par les deux mignons très efféminés Sergio et Myosothis mêle séduction et perversion (« Bonjour mon cœur… »). Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, Mimile dit qu’il est allé en taule : « La dernière fois, paraît que j’avais tué un vioque pour lui voler ses sous, la fois d’avant c’était un bambin pour le violer. » (pp. 62-63)

 

Si le personnage homosexuel renonce à la pédophilie, c’est par acquit de conscience. Quitte à en rajouter dans le rejet, il déclare que ça ne l’intéresse et ne le concerne en rien du tout. Mais c’est son mépris trop vite exposé de la jeunesse et du fantasme pédophile qui l’inculpe. « Je m’étais fait l’illusion de retrouver en vous ma propre jeunesse, mais rien en vous ne me séduit. Il y a trente ans, je vous aurais peut-être trouvé désirable, et encore je ne suis pas sûr de cela, et puis vous n’étiez qu’un nouveau-né. » (Cyrille au jeune Journaliste, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je n’allais quand même pas me jeter à la poursuite de jeunes hommes dans la vingtaine, moi qui avais tellement toujours ridiculisé ceux qui sombraient dans le culte de l’éphèbe ! Mais je ne pouvais pas non plus aller contre mes goûts ! » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 228) Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Georges, le père de famille homosexuel, est suspecté officieusement par sa femme Christelle de pédophilie : elle l’empêche d’approcher leurs propres enfants. Il s’en indigne… mais en même temps, il sors avec William, son amant secret qui a l’âge d’être son fils.

 

C’est parfois à travers le traitement fictionnel de l’homoparentalité que surgit en toile de fond le désir pédophile des personnages gays. Par exemple, dans le film « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen, Göran tombe sous le charme d’un jeune délinquant au commissariat, avant de découvrir que c’est son futur fils adoptif. Dans la pièce Try (1994) de Dennis Cooper, les deux pères adoptifs homosexuels violent le petit Ziggy. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le couple gay Ben et Michael « homosexualisent » le petit-neveu de 7 ans de Michael, Sumter. Ils prospectent ludiquement sur ses possibles tendances homosexuelles futures (« Tu crois qu’il est des nôtres ? », p. 104). La différence des générations est complètement banalisée et niée : « L’âge n’est pas un problème. » (Michael évoquant la différence d’âge importante avec son amant Ben, idem, p. 34)

 

La présomption de désir pédophile chez le héros homosexuel n’est pas toujours avérée : elle est parfois juste un soupçon pesant sur un bouc émissaire à qui on veut charger la barque. Par exemple, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, la Bouchère a peur pour son fils Franz et accuse Abram de pédophilie. Dans le film « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen, le jeune Patrik confie à un agent de police ses craintes d’avoir comme « famille d’accueil » un couple de deux « pères » homosexuels : « Si je me fais violer, ce sera de votre faute ! » Dans le film « Une petite zone de turbulence » (2009) d’Alfred Lot Olivier, le personnage de Philippe, hétérosexuel, fait une blague de mauvais goût à son futur beau-frère Matthieu qui s’inquiète de ne pas voir revenir son petit copain de Grèce pour le mariage de sa sœur : « On ne peut toujours le retrouver. On balance une photo sur internet. Ils ont retrouvé un pédophile comme ça ! »

 

PÉDOPHILIE 5

Film « 4h30 » de Royston Tan


 

Le problème du personnage homosexuel réellement pédophile, c’est qu’il ne s’identifie pas forcément comme un pédophile puisqu’en intentions, il ne considère plus l’enfant comme un être différent de lui mais comme un semblable, un individu responsable et aimant, à qui il fait la confiance de le vieillir, l’honneur de le rendre semblable à lui, à qui il peut faire l’amour, tout simplement. On lit parfois chez les héros homosexuels le désir d’aimer les enfants avec un cœur non pas humain, ni même un cœur de maman ou de papa, mais un cœur maternaliste ou paternaliste : « Le vrai problème, ce sont les enfants. La tristesse de ne pas en avoir et de ne pas pouvoir en adopter. J’ai toujours aimé les enfants. Je crois que j’aurais été une assez bonne mère. » (Tim dans le film « De la vie des marionnettes » (1980) d’Ingmar Bergman)

 

La tentation pédophile ne va pas que dans un seul sens (de l’adulte vers l’enfant) : elle peut aussi venir de l’adolescent homosexuel vers l’adulte de qui il veut se faire protéger et éduquer. Il est curieux de voir que certains jeunes homosexuels fictionnels se passionnent pour des personnages pédophiles, de qui ils prétendent se sentir très proches, ou qu’ils reconnaissent comme des jumeaux de désir. « Oui Madame, j’aime les hommes plus vieux. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) Par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Cédric lit un roman noir parlant d’un pédophile serial killer. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, la pédophilie vient du jeune homosexuel (Davide, 14 ans) vers ses amants, qu’il entraîne à la chute. Dans le film « Drift » (2002) de Quentin Lee, Léo, à la vingtaine à peine sonnée, avoue à son jeune amant Ryan, qu’il a maintenu une correspondance virtuelle soutenue avec un internaute pédophile qu’il a identifié inconsciemment comme un reflet de lui-même : « J’avais un pote, un gars de 52 ans, rencontré sur Internet, qui vivait en Iowa et qui s’attaquait à son neveu. Et pourtant, je sentais un lien viscéral avec lui… à travers les mots, les e-mails. Je m’enfermais des jours entiers pour communiquer avec lui. »

 

Quand le pas de la relation charnelle est franchie, le jeune amant n’est pas toujours choqué d’entretenir une liaison illicite avec un amant qui a l’âge d’être son père. Il croit qu’en se donnant à corps perdu à l’interdit, il vaincra ses peurs, il fera preuve de courage, il « s’assumera » pleinement en tant qu’homo, il sera initié à l’amour vrai. Par exemple, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, quand Linde, une femme mûre sortant avec Anamika, une lycéenne qui s’est fait agresser par des hommes dans un bus, est prise de remords par rapport à leur union amoureuse (« Je pense que nous devrions arrêter. Parce que tu es jeune et que je suis vieille. Parce qu’ils t’ont agressée, mais que je suis tout aussi coupable qu’eux. […]C’est à peine si tu as l’âge d’être consentante. C’est du détournement de mineur. », pp. 120-121), l’adolescente s’étonne, rechigne, et refuse la rupture conjugale. Dans le film « Quels adultes savent ! » (2003) de Jonathan Wald, Roy, le jeune héros se jette désespérément dans les bras de Maurice, un homme plus âgé que lui, pour connaître le sacrifice qui lui donnerait accès à ses fantasmes homosexuels de films pornos : après s’être fait dépuceler, il tombe de haut en découvrant qu’il a idéalisé un acte que l’adulte a, pour le coup, bâclé et banalisé.

 

PÉDOPHILE 7

Film « The Blossoming Of Maximo Oliveros » de Auraeus Solito


 

Quand j’écris que même les jeunes héros gays peuvent être pédophiles, et que la pédophilie n’est pas fondamentalement une question d’âge mais bien de désir, je ne plaisante pas du tout. Par exemple, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, la relation homosexuelle entre Chris et Ruzy, pourtant du même âge, est mise en parallèle avec la relation d’« amour » entre le père de Chris et une petite jeunette : « À 15 ans, c’est tellement mignon, tendre. » dira ce dernier.

 

Il arrive même que le jeune héros homosexuel viole son partenaire plus âgé. Par exemple, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Silberman se fait « bourrer » par son « beau-frère » de 14 ans dans les toilettes le jour de ses fiançailles (p. 48). Dans le film « Ausente » (« Absent », 2011) de Marco Berger, un élève drague son prof. Dans le roman La Cité des Rats (1979) du même auteur, la petite Vidvn suce le sexe de son père Mimile (p. 63). Dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay, l’adolescent Dani embrasse Gérard, le romancier quinquagénaire, sur la bouche, à la dérobée, sans que celui-ci s’y attende : « C’était bien ce que tu voulais, non ? M’embrasser ? » ; après un moment d’hésitation face à la violation implicite de l’interdit de l’inceste, l’adulte lui rend alors fougueusement son baiser. Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Helena est subjuguée par la « jeunesse » de Sigrid, et cette dernière en profite : leur liaison pousse Helena au suicide. Dans le film « Le Maillot de bain » (2013) de Mathilde Bayle, le jeune Rémi, 10 ans, ressent son premier émoi pour un beau papa de 35 ans, et part à sa conquête. Dans le film « Atomes » (2012) d’Arnaud Dufeys, Hugo, éducateur de 34 ans à l’internat, voit son quotidien perturbé par Jules, un adolescent provocateur qui lui fait du rentre-dedans.

 

La pédophilie peut être aussi une invention créée de toutes pièces par l’éromène qui ne veut soudainement plus assumer son attrait incestueux pour son amant plus âgé. Par exemple, dans la pièce Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, Jean Valjean se fait suspecter de pédophilie par le jeune adolescent qui au départ avait essayé de le draguer : le chantage à la pédophilie paraît aussi imparable et efficace que le chantage au viol exercé par une femme sur un homme, ou le chantage au racisme d’un Homme de couleur sur un Blanc. Dans le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, c’est Pascal, le jeune protagoniste, qui projette des sentiments amoureux non partagés et totalement démesurés sur l’adulte, Pierre.

 

Enfin, la pédophilie peut être réversible ou aller de paire avec l’attrait pour les personnes de son sexe plus âgées. Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, femme mariée, drague sa petite voisine de 13 ans (p. 21) ; jadis, quand elle était plus jeune et en pensionnat, elle avait été jadis se réfugier dans le lit d’une grande : « Une nuit, alors que tout le monde dormait, je m’étais levée et, après avoir entrouvert le rideau qui isolait le lit de la surveillante du dortoir, je m’étais glissée sous ses draps. Dans un demi-sommeil, elle me laissa faire. Je me blottis contre elle et commençai des caresses qu’elle ne refusa pas. De son côté, ses mains faisaient de même. J’étais dans un état d’émotion qui ne se pouvait imaginer. Ses doigts se portaient déjà sur mon intime, mais, dès que sa main se posa sur mes seins, à peine plus gros que ceux d’un garçon, elle me dit d’une voix qui, bien qu’étouffée, n’appelait aucune réplique : ‘Non, va-t-en, je ne veux pas, tu es trop petite.’ » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 225) Dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, Armand, 43 ans, aime normalement les hommes mûrs et les vieux. Mais il a été retrouvé nu dans un bosquet avec la jeune mineure Curly de 16 ans qu’il a violée : c’est ce qui donne à penser au flic qui l’arrête : « Le fait que vous aimiez les vieux m’incite à penser que vous aimez aussi les jeunes filles. »

 

Enfin, le fantasme pédophile ou incestueux compris dans le désir homosexuel se voit à travers la tromperie sur l’âge de certains personnages et sur le flou (volontaire ?) autour de la différence des sexes, flou entretenu dans beaucoup d’oeuvres de fiction homo-érotiques. C’est une récurrence par exemple chez Copi. « C’était une Indienne de 12 ans mais elle avait la poitrine d’une femme de 20 ans. » (Silvano – le héros qui croit avoir 70 ans alors qu’il en a 100 – en parlant de la bonne, dans le roman La Vie est un tango (1979), p. 156) L’inversion de la différence des générations est typiquement calquée sur la démarche et le discours du violeur (« Il est beaucoup plus mûr que les gars de son âge… »).

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 
PÉDOPHILIE causalité pub
 

Même si c’est tabou, un certain nombre de personnes homosexuelles ont été violées dans un contexte de pédophilie et d’adolescence. Et si elles n’ont pas été violées par des humains, elles l’ont au moins été par des images, images qui ont stimulé leurs élans pédophiles ou leur sexualité d’enfant : « Vivant dans ce monde de jeunes garçons, j’ai été initié tout naturellement. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « Il suffit pour s’en convaincre de regarder un porno gay, certains studios (Hélix par exemple) n’emploie que des jeunes adultes mais aux corps adolescents (pas trop musclés, imberbes, visage ado, coiffure Justin Bieber, beaucoup de scènes où les garçons sont habillés – au début, évidemment – en uniforme de lycéens…) et ces films ont beaucoup de succès dans le milieu homosexuel (je dois avouer en parler en connaissance de cause). » (cf. Robin, un ami homo, dans un mail envoyé en janvier 2014) ; « Ma découverte de la sexualité, c’est d’abord au travers de photos que je l’ai faite. Des photos pornographiques que mon père cachait dans un placard et sur lesquelles j’étais tombé par hasard. Ces photos montraient des couples en train de mimer l’acte sexuel à deux ou à plusieurs : c’est à cause de ces photos que j’ai découvert la masturbation, et pour moi la sexualité s’arrêtait à cela, car je n’ai pas reçu d’éducation sexuelle de mes parents. À l’école, c’étaient les débuts de l’éducation sexuelle et ce n’est pas avec ce que l’on nous disait que j’aurais pu comprendre grand-chose… l’acte homosexuel, par contre, m’était inconnu. C’est lors de vacances scolaires que je l’ai découvert à l’âge de douze ans, avec un homme d’une trentaine d’années… Il m’a proposé de monter dans sa chambre pour me montrer quelque chose. Les choses en question, c’étaient des photos pornographiques que ce monsieur faisait venir de Suède, de Hollande, de tous ces pays qui ont une réputation de mœurs très libérales. Ces photos… il y en avait pour tous les goûts : homosexualité masculine, féminine, enfant en cours de puberté en état d’érection, et même des photos de femmes en train de ‘faire l’amour’ avec des animaux. » (Philippe, homosexuel séropositif, dans son autobiographie L’enfer est à vos portes, 1991) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; « C’est comme la nécrophilie : c’est un péché. Tout comme l’alcoolisme ou la toxicomanie. L’homosexualité, c’est la même chose. L’homosexualité ne conduit pas seulement à la pédophilie. Mais aussi au meurtre, à la dépression et à la toxicomanie. Les statistiques le prouvent. » (Petras Gražulis, président du groupe politique lituanien d’extrême droite Ordre et Justice, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt) ; etc. Par exemple, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros, vit trois viols pédophiles avant de se dire homosexuel à l’âge adulte : « J’avais peut-être eu tort de lui avoir caché tous mes maux y compris mes agressions pédophiles. » (Ednar par rapport à sa mère, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 94) C’est ce qui est vraiment arrivé à l’auteur. Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Mateo, homosexuel et séropositif, raconte qu’il a été violé à l’âge de 15 ans, dans un bar gay, par « un type qui avait mis une saloperie dans son verre ». Il avoue que sur le coup qu’il ne se souvenait plus de rien.

 

PÉDOPHILIE 8

Oscar Wilde dans un cabaret de Paris (dessin par Jean Matet)


 

Les personnes à la fois homosexuelles et pédophiles ont de tout temps existé. En voici quelques exemples connus : Gilles de Rays, le criminel Haarmann d’Hanovre, Roger Peyrefitte, Michael Jackson, Henri de Montherlant, Jean Delannoy, Benjamin Britten, Luchino Visconti, Pier Paolo Pasolini, René Schérer, Justin Fashanu, Mariano Ramírez, Álvaro Retana, Antonio de Hoyos, Jacques Fersen, Horation Alger, James Rennie, Terrence Patrick Bean, le Dr John Money, etc. Michel Caignet fut poursuivi en 1997 dans une affaire de diffusion de films pornographiques pédophiles. John Baptist von Schweitzer séduit un garçon de 14 ans. L’acteur nord-américain Kevin Spacey, homosexuel, a harcelé un enfant de 14 ans. Même si le phénomène ne prend pas une ampleur démesurée (« Dans le monde des homosexuels, les pédérastes sont d’affreux malades dont les cas sont fort rares. » déclare Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 93), il n’est pas non plus isolé ou à ignorer. Par exemple, le romancier britannique Oscar Wilde couchait avec des mineurs. Le pasteur nord-américain Eddie Long est homosexuel et pédophile. L’écrivain français Tony Duvert dévoile son obsession pour les enfants dans tous ses romans ; il est d’ailleurs un pédophile notoire. Dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, Jean-Luc, jeune homme de 27 ans, témoigne de son parcours homosexuel tumultueux : il enchaîne les partenaires de tous les âges, et raconte même qu’il fut surpris avec un gamin de 12 ans. Dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, Jacques, le vieux couturier, a pour modèle et amant le jeune cadet de 16 ans, Pedro : « Il s’immobilisa, interloqué devant cette nudité inattendue. ‘C’est un rêve. C’est un ange descendu sur terre’, soupira le vieux couturier. » (p. 261) Les poésies de Luis Cernuda chantent les charmes des jeunes adolescents. Le juriste néerlandais Edward Brongersma est pédophile : il a même écrit un livre sur le sujet, La Pédophilie (1959-1964), où il explique que la pédophilie basée sur le « consentement » est tolérable. Guy Hocquenghem rédige Les Petits Garçons (1983) pour justifier la pédophilie. Yukio Mishima se met à défendre la pédérastie présente dans la tradition samouraï. André Gide plaide en faveur de la pédérastie dans son essai Corydon (1924), et tente de faire valoir qu’il existe des « pédérastes normaux », autrement dit non-efféminés. Dans les Jardins de Rome, il se livre sans complexe à des actes pédophiles en disant qu’il n’a rien à faire de la morale : « Mon Prix Nobel me couvre… » (André Gide cité par Marcel Jouhandeau dans l’émission « Apostrophe », Antenne 2, le 22 décembre 1978) En 1949, Pier Paolo Pasolini, à l’âge de 27 ans, est impliqué dans une affaire de détournement de mineurs avec 3 élèves. Dans son « Domaine des Esprits » où il habitait, le chanteur homo Charles Trénet accueillait des mineurs pour des surprises-parties sexuelles. Il a été pris en flagrant délit avec 4 jeunes Allemands de 19-20 ans. Il fut condamné à la prison pour attentat aux mœurs, à Aix (France). Jadis, le fou chantant avait vécu ce qu’il a fait subir ensuite aux plus jeunes : en 1928, à Perpignan, à 15 ans, il rencontra Albert Bausil, 50 ans, poète, comédien, directeur de journal, personnalité incontournable du Roussillon, qui est devenu son Pygmalion ; entre l’homme et l’enfant s’est noué une relation amoureuse, qui devint sexuelle (Selon Jean Edouard Barbe, dans sa préface du Coq catalan, Charlet Trénet rencontre Alfred Bausil en 1926, ils avaient donc 13 et 55 ans). Je vous renvoie également à cet article.

 

Selon Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), « l’Uraniste a droit à une satisfaction de ses désirs sexuels naturels et comme cela ne peut se faire qu’avec l’autorisation d’un jeune homme, cette autorisation, dans de telles conditions, non seulement est un acte moralement permissible, mais il peut être aussi un acte de charité chrétienne, et même, sous certaines circonstances, un devoir. Ulrichs va jusqu’à comparer la situation du garçon sollicité par l’Uraniste à celle d’une femme esseulée qui donne naissance à un enfant avec l’aide de deux soldats rencontrés en chemin qui, fortuitement, lui servent de sages-femmes. La pauvre a été contrainte d’exposer sa nudité la plus intime à leurs yeux. De la même façon, Ulrichs en est sûr, même si le jeune partenaire de l’Uraniste éprouve une aversion instinctuelle à l’encontre de la relation homosexuelle, il reconnaît par la raison que la pulsion amoureuse de l’Uraniste est innée, et qu’elle doit aboutir. En cette circonstance, on plaidera l’absence de péché et la pureté. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), pp. 86-87) ; « Il faut se rendre compte que l’amour des jeunes garçons à cette époque n’était pas le tabou absolu qu’il est devenu aujourd’hui. Deux personnages de la haute société, Elisar von Kuppfer et Eduard von Mayer (1872-1960), avaient bâti une philosophie et un style de vie basés sur l’esthétique pédérastique. Dans le ‘Paradis de Minusio’, situé à Locarno, en Suisse, quatre-vingts-quatre éphèbes nus s’exhibaient dans des poses variées au sein du Sanctuarium Artis Elisarion. » (idem, p. 160) ; etc.
 

La pédophilie n’est pas nécessairement la rencontre d’un adulte et d’un enfant. Elle peut tout à faite être la rencontre de deux adolescents vivant la génitalité qui n’est pas de leur âge. « C’est pendant mon adolescence que j’ai vécu les ‘mauvaises habitudes’. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) Par exemple, Charles Trénet a été trouvé nu quand il avait 15 ans, en train de s’amuser avec son camarade Max Barnes dans un jardin de l’Hôtel Mustafa Ier.
 

PÉDOPHILIE 9

Karol Szymanowski et Boris Kochno


 

Certaines personnes homosexuelles ont ouvertement parlé de leurs fantasmes pédophiles : « Moi, en filmant, je suis un pervers polymorphe ! Je veux me mettre dans la peau et le désir de l’homme qui aime les petites filles… » (François Ozon, dans l’article « La Vérité des Corps » de Philippe Rouyer et Claire Vassé, sur la revue Positif, n°521/522, juillet/août 2004, p. 42) ; « Naturellement, comme la plupart des hommes, je suis attiré par les jeunes mâles adolescents. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 55) ; « Un jour, le démon de midi ou de onze heures entre en jeu, un gamin parle et c’est le scandale, plus ou moins vite étouffé : ‘M. Un-Tel, le coiffeur (ou l’antiquaire) de la Place-aux-Huiles… Qui aurait cru ça ? … Si gentil… si doux… Surpris avec un petit garçon de douze ans !’ … et papati… et patata… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, racontant sa propre expérience pédophile, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 103) ; « J’ai un faible pour les jeunes garçons. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; etc.

 

L’auteur colombien Fernando Vallejo a d’ailleurs parfaitement compris la correspondance étroite qui existe entre différence des sexes (et donc sa violation : l’homosexualité) et différence des générations (et sa violation : la pédophilie), quand il s’amuse à détourner dans un jeu de mots l’adjectif « bisexuel » : « Je suis bisexuel : j’aime les mecs et les enfants… »

 

Dans l’iconographie homo-érotique, la représentation de la pédophilie saute aux yeux. Les dessins pornographiques de Roger Payne mettent fréquemment en scène des ébats sexuels entre des hommes mûrs et des adolescents. Concernant le shota japonais, c’est un genre de mangas représentant des gamins de 10 ans – montrés comme consentants et conscients de ce qu’ils font – dans des scènes homosexuelles avec des adultes : cette réalité de la pédophilie homosexuelle est occultée par les traductions, mais sur les dessins, on voit bien que les personnages n’ont pas plus de 13 ans.

 

Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, qui retrace différents parcours de personnes homosexuelles, on apprend par exemple que Pierrot le papy fermier homosexuel a vécu sa première relation homo à 12 ans avec un homme de 40 ans : ils se sont caressés mutuellement ; Christian, le dandy homosexuel quinquagénaire dit avoir aimé toucher (chez les Jésuites) le sexe des hommes plus âgés que lui ; Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, vit une « passion » destructrice avec Emmanuelle, de 27 ans de moins qu’elle.

 

Par ailleurs, le tourisme sexuel de par le monde est un phénomène réel et peu publicitaire pour les personnes homosexuelles, parce qu’on peut compter dans leurs rangs un certain nombre de clients pédophiles : « En Algérie, en Tunisie, la pédérastie est de pratique courante. Les jeunes cireurs maures se prostituent aux citadins. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 150)

 

PÉDOPHILIE 10

André Gide


 

Alors comment s’arrange la communauté homosexuelle pour cacher ou ignorer ce qui se passe en son sein à ce sujet ? C’est très simple : en général, elle joue l’offusquée ou l’amoureuse tolérante. La violence de la pédophilie est amortie par les bons sentiments, par une idéalisation des amitiés d’adolescence. L’homme pédophile, adulte comme pré-pubère, invoque, pour justifier l’acte pédosexuel, la beauté des sentiments, la tendresse, l’éducation, l’ouverture au monde, la protection, l’expérience, le don de soi, etc. C’est comme si l’éraste ( = l’adulte) et l’éromène ( = le jeune) ne formaient, en désir, qu’une seule et même personne, un homme-enfant fantasmatique : l’un parle à la place de l’autre, se vieillit et se rajeunit tout à la fois. « Encore une fois, on peut faire confiance à l’enfant pour dire si oui ou non il a subi une violence. » (Michel Foucault, « La Loi de la pudeur », 4 avril 1978, cité dans le recueil  Dits et Écrits II, 1976-1988 (2001), p. 776) Dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas (p. 85), Armand de Fluvià souligne une différence – importante pour lui, même si en vérité elle est peu évidente… – entre la pédophilie (que par ailleurs il condamne et qu’il différencie de la « pédérastie », uniquement applicable au contexte de la Grèce antique) et l’éphébophilie (il trouve qu’un enfant de 14 ans amoureux d’un adulte, s’il est sûr de ses sentiments et de sa sexualité, est tout à fait libre de se mettre en couple avec un homme mûr attiré par « sa grâce juvénile »). L’acte pédophile englobe aussi deux adolescents qui vivent ensemble une expérience génitale à un âge où le don entier des corps est prématuré et violent, y compris s’il est vécu dans l’innocence de la gravité de l’acte.

 

PÉDOPHILIE 11

 

De fil en aiguille, c’est ainsi qu’on se retrouve parfois avec d’anciennes victimes d’inceste ou d’actes pédophiles qui, une fois adultes, ratifient l’« amour homosexuel » comme elles ratifieraient l’« amour pédophile », et partent même à la recherche de petits jeunes, en reproduisant l’ancien viol presque à l’identique. Souvent, l’homme pédophile est une ancienne victime de pédophilie : « Comment lui dire ce que j’avais en moi. Il était si jeune, je ne voulais pas lui faire ce qu’on m’avait fait. Inscrire le doute. Pourtant je le désirais. Je perdais pieds, haletant d’envie d’aimer. » (Gaël-Laurent Tilium au sujet de son amant Sébastien, dans son autobiographie Recto/Verso (2007), p. 161) ; « Nous fîmes un détour par le collège de son enfance. […] Nous fûmes reçus par le proviseur qui se souvenait de Didier et qui nous permit de visiter l’internat. Je vis qu’il voulait surtout me montrer le dortoir. Des dizaines de petits lits blancs étaient alignés dans une immense salle sombre. Il me désigna le sien puis la petite chambre du surveillant, près de la porte. Il fit des allusions à ce qui se passait la nuit dans ces dortoirs. Je compris alors, sans qu’il le dise clairement, qu’il avait subi ici la même chose que moi. Mais étrangement, il était enjoué et avait l’air de trouver que c’était un bon souvenir. » (Christophe Tison parlant de Didier, l’homme qui a abusé de lui, dans son autobiographie Il m’aimait (2004) de Christophe Tison, p. 59) Par exemple, Aleister Crowley, abusé dans sa jeunesse par un ecclésiastique de Trinity College, va, dès sa sortie de Cambridge, publier un recueil de poésies érotiques, White Stains (Taches blanches, 1898), dans lequel il fait l’apologie de la pédophilie. La transformation mentale de l’abus pédophile en amour vrai ou anodin est un mécanisme souvent mis en œuvre dans la volonté d’effacement de la violence. « Avant, je ne voyais pas tellement ce qui m’était arrivé comme un abus. Je voyais ça comme une relation homosexuelle entre un adulte et un enfant. C’est récent que je perçois qu’il pouvait y avoir un abus là-dedans, même s’il n’y a pas eu de violence. Moi, j’étais plus ou moins consentant. » (Denis, 31 ans, victime d’abus à l’âge de 8 ans, et qui a ensuite abusé de son petit cousin une fois arrivé à l’âge adulte, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 163) On entend parfois ce genre de défense de la pédophilie de la part de certaines personnes homosexuelles : il faudrait permettre aux hommes pédérastes de laisser libre cours à leur désir pédophile car « l’absence de toute sexualité conduit beaucoup plus aux abus sexuels » (Hugo sur le site http://homophobie.free.fr, consulté en octobre 2003).

 

Alors j’entends d’ici certaines personnes homosexuelles ou gays friendly s’insurger de me voir souligner ce qui pour eux ne sont que des « exceptions », et me rétorquer que la grande majorité des personnes homosexuelles se savent exclusivement attirées par des adultes voire des hommes très mûrs. Par exemple, Jean-Louis Bory (professeur de littérature de métier) disait en boutade que ce ne n’étaient pas ses élèves qui devaient craindre ses avances, mais plutôt les pères de ses élèves ! Je pourrais le plagier dans les termes, étant moi aussi prof, et attiré par les papas. J’ai, pour ma part, la « chance » que mon homosexualité ne m’oriente que vers les hommes de mon âge, et surtout plus âgés que moi : jamais je n’ai été tenté par un de mes étudiants lycéens. Y compris mes élèves de terminale ne me paraissent pas assez cuits… 😉 Cependant, j’ai l’honnêteté de reconnaître que même moi, le gars attiré exclusivement par les hommes de minimum 30 ans, je suis cependant habité, de par mon désir homosexuel, par un élan pédophile, car à mon sens, je pourrais flatter (et j’ai déjà flatté par le passé) des hommes mûrs pédophiles et subjugués par ma jeunesse. Je crois également que l’homme pédophile n’est pas pédophile tout seul, que la pédophilie est une relation et un acte ; non des personnes clairement identifiables, avec un âge et un sexe précis. L’attraction pour les hommes plus âgés que moi a quelque chose du désir incestueux ou « inversement pédophile », si je puis dire. Et cette tendance pédophile qui me pousse vers les hommes mûrs s’inversera logiquement dès que je prendrai de l’âge.

 

Quand je tombe sur certains passages de l’autobiographie d’Eddy Bellegueule (qui a vécu un acte à la fois pédophile et homosexuel avec ses cousins, à un âge – 10 ans – qui l’inscrit dans l’âge mineur), je me dis que ça ne fait pas l’ombre d’un doute que le désir pédophile et le désir d’hommes mûrs s’entrecroisent : « Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps, déjà marqués par leur classe sociale, laissant déjà apparaître sous une peau fine et laiteuse d’enfants leur musculature d’adultes en devenir, aussi développée à force d’aider les pères à couper et stocker le bois, à force d’activité physique, des parties de football interminables et recommencées chaque jour. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153)

 

Parce que cela arrange tout le monde, on a tendance socialement à dérelationnaliser la pédophilie, à la cantonner uniquement du côté des personnes adultes. Certes, celles-ci sont censées être plus conscientes de leurs actes, plus libres, plus responsables, que les mineurs avec qui elles vivent une relation sexuelle et sentimentale. Mais ne perdons pas de vue qu’une personne mineure est, dans une moindre mesure, dotée de désir et de liberté aussi ; c’est un être libre en devenir. On ne comprendra véritablement la pédophilie que si on ne la réduit pas à une personne en particulier, qu’on n’en fait pas une ligne blanche traçant un trait bien net départageant les victimes éternelles d’un côté et les bourreaux éternels de l’autre, que si on l’envisage comme une relation, que si on en parle comme un désir universel non-systématiquement acté. Il est à ce titre fascinant de voir comment, sous couvert d’amour homosexuel, la victime et le bourreau d’un acte pédophile se font imparfaitement miroir, et répondent au même désir. Je prends soin de dire que cet écho existe mais n’est pas systématique (en d’autres termes, je ne justifie absolument pas le discours qui laisse entendre que l’enfant serait aussi pervers que l’adulte qui l’entraîne dans la pédophilie, et que, « quelque part » il l’aurait inconsciemment « bien cherché »). Cependant, reconnaître à la victime d’abus pédophiles sa capacité à reproduire ou non à l’âge adulte ces mêmes abus, c’est finalement défendre sa liberté, son évolution, et briser toute chaîne de déterminismes en ce qui la concerne. Plus on enferme une personne blessée sexuellement dans son enfance en éternelle victime, plus on l’encourage à devenir plus tard bourreau sans qu’elle ne s’en rende compte.

 

Le viol pédophile n’est pas unilatéral. Comme il est une relation impliquant deux individus, il peut être cultivé aussi par les personnes qu’on désigne et qui s’auto-désignent comme « victimes », ou comme « jeunes ». « À l’âge de 15 ans, se souvient Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), il eut sa première éjaculation nocturne. À cet âge, il aurait été séduit par un homme de trente ans. Il était très attiré par des soldats de 20 à 22 ans, dont il faisait le portrait en secret, ce qui suffisait à l’enflammer. Selon lui, l’homosexualité était prédominante dans l’armée allemande. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 79) ; Clairement, je connais certains mineurs qui viennent « chercher » les adultes, qui les encouragent à la luxure, qui réveillent en eux des penchants pédophiles. « Ma première relation sexuelle, je l’ai eue, je devais avoir 15-16 ans, j’étais plus jeune. Il y avait une dame comme vous, que ma mère avait fait venir. Elle préparait une maîtrise d’espagnol et d’anglais et ma mère m’avait fait donner des cours particuliers par cette fille, elle s’appelait Dorothée. Elle était lesbienne. J’étais attirée par elle, mais j’étais attirée aussi par une collègue de ma mère, mais je me méfiais comme de la peste des gens qui la fréquentaient, parce que j’avais peur qu’elle me fasse chanter, qu’ils disent : ‘Je vais le dire à ta mère, etc.’ Avec Dorothée, ça a pu être possible, car j’étais en terrain de confiance, je savais que si ma mère l’avait su, elle aurait eu les pires ennuis, elle aurait pu être attaquée pour détournement de mineure. C’est surtout aussi ce qui m’a mise en confiance, parce que si elle en parlait, elle pouvait se mettre en danger. » (Viviane, femme lesbienne de 38 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 63) Quoi qu’il en soit, même si l’adulte peut être en général jugé plus sévèrement à cause d’actes de pédophilie, il n’en reste pas moins que les torts seront toujours partagés entre l’adolescent et l’adulte. Parce que tout être humain est libre, qu’il peut évoluer, et qu’il n’est pas indéfiniment victime.

 

Nous ne devrions pas négliger la place qu’occupent la pornographie d’une part, et les rapports sexuels entre adolescents d’autre part, dans l’encouragement à la pédophilie homosexuelle, au lieu de mener une chasse aux sorcières en aval, du côté des adultes. J’ai reçu récemment un mail d’un ami pédo-psychiatre qui allait dans ce sens : « J’ai rarement eu l’occasion de rencontrer des pédophiles adultes. Je dois avouer avec regret et tristesse que les rares cas qu’il m’a été donné de rencontrer m’ont paru tout à fait irrécupérables tant le désir chez eux était envahissant et au delà de toute ressource thérapeutique, fut-elle chimique.Par contre, il m’a été donné de rencontrer à de nombreuses reprises des adolescents ayant abusé de plus jeunes. Parmi ces derniers, très peu avaient été eux-mêmes abusés. Tous avaient conscience d’avoir transgressé un interdit. Une très large majorité avait abusé d’un enfant du même sexe. Souvent dans l’entourage familial, dans 2 cas il s’agissait de demi-frères issus du père (alors que la fratrie matri-linéaire avait été respectée). Un accès précoce à la pornographie avait presque toujours été le facteur favorisant du passage à l’acte. Concernant les victimes (et au risque d’en faire hurler certains) je rejoindrais l’avis d’un certains nombre de psychanalystes leur sentiment vis à vis de l’abuseur était presque toujours ambivalent, le plateau de la balance pouvant pencher du côté d’une recherche active de répétition de l’acte auprès de l’abuseur). Il va de soi que l’ambivalence est fonction du lien affectif préalablement établi entre l’auteur et la victime. Certaines victimes m’ont avoué ne pas avoir réellement compris en quoi elles avaient été victimes ou abusées. Ce sont généralement ces dernières qui ont cherché plus tard à reproduire ce qu’elles avaient subi avec d’autres enfants. Pas plus tard que la semaine dernière, un patient que je suis depuis de nombreuses années m’a avoué avec beaucoup de culpabilité qu’après avoir été abusé à l’âge de 6ans par un adolescent dans une institution où il avait été placé (faits révélés à l’entourage d’une façon banalisante et qui n’avait donné lieu à aucune suite), il avait 4 ans plus tard, à l’émergence de sa puberté harcelé un de ses frères ainés et eu pendant plusieurs mois des relations avec ce dernier qui avait fini par y mettre fin. Face à de telles situations, il me semble néanmoins primordial de garder les idées claires vis à vis des patients : même si la victime a pu avoir une part de responsabilité dans les faits, la plus grande part de responsabilité revient toujours au plus âgé, plus averti et théoriquement plus conscient du caractère transgressif de l’acte. J’en viens maintenant à la façon dont cette ambivalence, et parfois cette complaisance de la victime peut être récupérée pour servir de justification au discours pédophile. Il me semble que ce type de discours se fonde sur une conception tout à fait erronée de la liberté de l’autre et en particulier de l’enfant. L’acte libre (qui ne saurait être simplement faire ce que l’on veut) relève d’une volonté pleinement consciente et prête à en assumer pleinement les conséquences (ce que l’on n’est pas en mesure d’attendre d’un enfant ou d’un adolescent dont la maturité affective et psychologique n’est pas suffisante). Pire encore, la réalisation d’un tel acte a fréquemment pour conséquence d’entrainer une dépendance affective ou sexuelle grave qui entraveront pour longtemps sa liberté. »

 

Si l’acte pédophile n’est pas nécessairement source de tentation/séduction pour la grande majorité des personnes homosexuelles (qui savent où elles en sont au niveau de leurs envies et de leurs attirances), il arrive en revanche qu’il soit redouté, ou même qu’il se cristallise en fantasme/peur chez beaucoup d’entre elles.

 

Pour ma part, j’ai rencontré dernièrement un ami homo de soixante ans, bien conservé, qui m’a avoué malicieusement qu’il « avait cette particularité d’aimer les jeunes. » Comme j’étais en train de rédiger cet article que vous lisez à présent, je lui ai demandé de préciser jusqu’à quel âge il était capable de descendre concernant sa recherche amoureuse. Il m’a avoué en riant que « grâce à Dieu », il n’était jamais encore sorti avec des mineurs : « Je ne reproduis pas ce que j’ai vécu dans mon enfance. » (je précise qu’il s’est fait violer à trois reprises dans son enfance, par un adulte différent à chaque fois). Dans son cas, la pédophilie reste donc confinée sur le terrain des fantasmes et des désirs non-actés. Mais je crois qu’elle est quand même présente en lui, de manière larvée. D’ailleurs, sa première expérience homosexuelle, celle qui selon lui reste la plus marquante et la plus indétrônable puisqu’il la qualifie encore d’« amour véritable », cinquante ans après, c’est précisément une expérience pédophile qui remonte à ses 14 ans, avec un autre jeune du même âge.

 

Je l’écris noir sur blanc parce que je l’ai entendu de mes propres oreilles : autant les actes pédophiles sont/ont l’air minoritaires dans la communauté homosexuelle, autant les fantasmes pédophiles sont pour le coup très répandus : « Coco devait avoir cinquante-six ou cinquante-sept ans, mais l’idée d’inceste avec un fils fictif remplissait son imaginaire érotique. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 94) ; « J’ai enseigné pendant quatre ans à des adolescents et aucun ne m’a appelé au secours. Ensuite, j’ai été nommée en École Normale où tous mes élèves étaient majeurs. Mais je me suis souvent demandé ce que j’aurais fait si j’avais été sollicitée par des collégiens ou des lycéens à la dérive, voire désespérés. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 97) Lors de ses émissions radiophoniques « Homo Micro » sur RFPP, l’animateur Brahim Naït-Balk fait souvent allusion à sa préférence sexuelle pour les jeunes éphèbes, même si sa morale personnelle réprime l’aveu d’élans pédophiles : « J’ai l’impression que pour moi le temps s’est arrêté à l’adolescence. Aujourd’hui, j’ai 45 ans et je suis systématiquement séduit par des très jeunes hommes d’environ une vingtaine d’années, comme si moi-même j’étais resté fixé à cet âge-là. » (pp. 47-48) écrit-il dans son autobiographie Un Homo dans la Cité (2009) ; « Étant donné qu’il m’arrivait de m’occuper d’enfants, j’étais obsédé par la crainte qu’ils me soupçonnent de pédophilie. C’était absurde, mais je ne pouvais m’empêcher d’y penser. » (idem, p. 65) ; « Pour compliquer davantage ma vie, il se trouve que je ne suis attiré que par les hommes beaucoup plus jeunes que moi. Dès qu’ils ont dépassé 25 ans, ils ne me plaisent plus. » (idem, p. 110) ; etc.

 

On peut mettre du côté du fantasme pédophile toutes les démarches actuelles de la communauté homosexuelle pour baisser l’âge de la majorité sexuelle, ses appels pressants aux coming out d’adolescents encore indéterminés dans leur orientation sexuelle (sous prétexte de prévention des suicides). Quand nous applaudissons à l’homosexualité des jeunes enfants et que nous leur facilitons l’accès au monde de la génitalité qui n’est pas encore le leur, nous cautionnons d’une certaine manière la pédophilie, que nous le voulions ou non. Je vous renvoie à la campagne visant à diffuser le dessin-animé pro-gay « Le Baiser de la Lune » (2010) de Sébastien Watel dans les écoles primaires en France ; aux vidéos circulant sur internet de jeunes ados nord-américains qui se sont suicidés, qu’on présente comme des « gays confirmés » et des martyrs de « l’homophobie » (exemple : Jamey Rodemeyer, 14 ans), ainsi qu’à la campagne « It Gets Better » aux USA ; aux articles « Le Petit Garçon qui voulait se déguiser en Daphné de Scoubidou » sur le numéro de Yagg du 8 novembre 2010 et « Angleterre : Transsexuel à 12 ans » sur l’Aleloo Magazine du 25 septembre 2011.

 

PÉDOPHILIE 12

Film « Teorema » de Luchino Visconti


 

Les personnes homosexuelles jouent et rient souvent de ce lien entre homosexualité et pédophilie, même si elles se montrent extrêmement susceptibles et agressives dès qu’il est traité par d’autres personnes qu’elles. Elles seules se donnent le droit d’en rire ; et il faut qu’il soit échangé sous cape, en comité restreint. Par exemple, dans le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (1984) de Pedro Almodóvar, la scène de la consultation chez le dentiste pédophile (célibataire, sans enfant, particulièrement complaisant avec Miguel, le jeune fils de Gloria) est savoureuse et explicite. On en rit d’autant plus qu’elle est l’œuvre d’un cinéaste homosexuel. Mais elle pourrait être jugée « homophobe » si elle venait d’un créateur non-homosexuel. Les caricatures d’homosexuels pédophiles fictionnels sont régulièrement créées et imitées par les membres de la communauté homosexuelle pour faire diversion sur leurs fantasmes pédophiles existants. Mais ont-ils conscience qu’ils donnent des bâtons pour se faire battre ? À l’évidence, non. L’auto-parodie, mâtinée de militance agressive, ne fait que confirmer le nature pédophile des désirs homosexuel et hétérosexuel.

 

Par exemple, le chanteur homosexuel Nicolas Bacchus se définit lui-même ironiquement comme un pédophile (cf. l’article « Identité Nationale : Une Chanson francophobe écrite par un pédophile »). Sur son blog, il causalise le lien entre homosexualité et pédophilie pour mieux attribuer cette caricature aux « homophobes » non-homosexuels (alors que c’est quand même lui qui la fait !), et noyer le poisson de la pédophilie homosexuelle en soutenant de manière assurée que « les » homosexuels ne sont ni plus ni moins pédophiles que les autres : « Il y a ce fameux fantasme du couple de pédés pédophiles qui ‘enfile’ sa progéniture. Le gamin ou la gamine atterrissant chez un couple homosexuel risque de tomber sur des détraqués. Le risque sans doute existe. Comme il existe pour n’importe quel enfant d’avoir un père pédophile et une mère complice. C’est triste à dire, mais les homosexuels sont des hétérosexuels comme les autres. » Je ne suis d’accord qu’avec sa dernière phrase ; et cependant, je ne dis certainement pas que le risque de passage à l’acte pédophile soit le même pour tout être humain. Bien au contraire. Je postule que ce risque est plus fort chez les personnes à sexualité blessée : autrement dit les individus homosexuels ET les individus hétéros-bisexuels (ne formant qu’une seule et même personne, au final) ; pas les personnes non-hétérosexuelles et non-homosexuelles.

 

PÉDOPHILIE 13

Film « Mysterious Skin » de Gregg Araki


 

Ce sont les personnes homosexuelles qui font elles-mêmes implicitement le lien de causalité entre homosexualité et pédophilie… pour ensuite dire que ce sont ceux qui ont identifié leur manège qui ont l’esprit mal tourné. Par exemple, je suis allé voir dernièrement la comédie musicale « Chantons dans le placard » (2011) de Michel Heim, qui retrace un panorama des chansons françaises parlant de manière plus ou moins voilée d’homosexualité ; et une place spéciale a été consacrée à la chanson de Guy Béart « Le Monsieur et le Jeune Homme », louant in extremis la beauté de la relation père-fils : l’ambiguïté homosexuelle a été cultivée quasiment jusqu’au bout, ET par l’auteur, ET par les comédiens homosexuels qui ont repris sa chanson (« Un monsieur aimait un jeune homme. Surtout, ne nous affolons pas : regardons autour de nous comme chaque amour va son propre pas. […]. Un monsieur aimait un jeune homme. Cela n’a rien que de banal. Les habitués des hippodromes font des folies pour un cheval. Ai-je dit qu’ils vivaient ensemble, ensemble une même maison ? […] Un monsieur aimait un jeune homme. Méprisant toute précaution ils allaient dans les vélodromes : le vélo, c’était leur passion. […] Un monsieur aimait un jeune homme, il lui payait tous ses cahiers. Le monsieur était économe, le jeune était écolier. Il lui payait aussi ses livres, lui donnait parfois quelque argent. […] Un monsieur aimait un jeune homme, ils marchaient la main dans la main […]. Ils échangèrent un baiser. Où croyez-vous que nous en sommes ? Jusqu’où nous conduisent nos pas ? Un monsieur aimait un jeune homme. Il est si doux d’être papa ! ») Il est donc bluffant de voir une nouvelle fois l’origine de l’homophobie. Car elle provient des personnes qui se disent attaquées par les clichés qu’elles créent et qu’elles diabolisent.

 

Minitel

Planche « Minitel » dans la B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi

 

Pour conclure, je tiens à souligner que les personnes homosexuelles âgées n’ont pas le monopole du ressenti du désir pédophile. Tout récemment, j’ai eu l’occasion de lier amitié avec un garçon de mon âge, homosexuel, et qui m’a révélé qu’il était malgré lui attiré par des mineurs. Grâce à son humour, à sa distance par rapport à l’homosexualité (il ne la pratique plus et essaie de vivre la continence), j’ai pu comprendre que pédophilie et personne équilibrée pouvait très bien se marier ensemble… même si j’imagine que leur alliance ne se fait pas sans combat ! J’admire les personnes pédophiles qui ne passent pas à l’acte.

 
 

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